MARCION - MARCOMANS
S. Irénée, Clément d'Alexandrie, Origène, Hippolyte, S. Cyrille de Jérusalem, S. Épiphane (1), S. Chrysostome, S. Jérôme, S. Prudence. Les Clémentines hérétiques paraissent aussi dirigées contre le système de M arcion (2). L'empereur Constantin le Grand avait déjà promulgué des lois pénales contre eux et leur avait interdit tout culte public et privé (3); les empereurs ses successeurs firent de même. Cependant Théodoret, évêque de Cyre, en Syrie, trouva, au cinquième siècle, encore tant d'adhérents de cette secte dans son diocèse qu'il parvint, non sans peine et sans danger, à en convertir et à en baptiser plus de 10,000 (4). Mais, à cette époque , c'était , ce semble , des principes plutôt manichéens que marcionites que professait la secte ramenée par Théodoret, comme le prouve assez clairement le résumé qu'il fait de leur système (5). Ceux qui ne rentrèrent pas dans l'Église catholique se confondirent bientôt après avec les Manichéens.
Cf. Tillemont, Mém., t II, Y Hérésie des Marcionites, p. 266-85 ; Nêander, Hist. de rÉgl., 1. 1, p. 2, p. 779-812 (qui a tellement idéalisé l'hérésie marcionite qu'on reconnaît à peine Marcion); Matter, Hist. du Gnosticisme.
Fessleb.
marcomans (conversion des ).
Cette grande peuplade germanique s'était établie, avant l'ère chrétienne, entre le Rhin et le Mein, bien avant dans la partie septentrionale du cercle wurtembergeois actuel du Neckar. A la suite de leur défaite par Drusus, sous Arioviste, la puissance des Marcomans avait été fort ébranlée, et ils couraient le danger de tomber sous la dépendance
des Romains, lorsque Marbod, un de leurs chefs les plus énergiques et les plus intelligents, qui n'était barbare que par la naissance , mettant à profit l'expérience qu'il avait acquise durant sa captivité parmi les Romains, proposa aux Marcomans d'abandonner leur résidence le long du Rhin, du Mein et du Neckar, et de fonder un nouvel empire qui, éloigné des provinces romaines, leur assurerait la liberté comme à lui le pouvoir. Les Marcomans adoptèrent son projet, se mirent en mouvement vers le temps de la naissance de Jésus-Christ, et Marbod les conduisit dans la Bohême actuelle, occupée alors par les Boïens, et s'empara de cette région, qui continua de s'appeler Bohême, du nom de ses anciens habitants. Les Marcomans une fois établis se tinrent assez longtemps tranquilles. Dès qu'ils se sentirent complètement remis de leurs anciennes pertes ils attaquèrent à plusieurs reprises les Romains, subirent des défaites successives sous IN erva , Trajan, Marc- Au rèle (1), et finirent par disparaître de l'histoire au cinquième siècle, à la suite de l'invasion des Huns (2) et de leur propre mélange avec d'autres peuplades, notamment avec les Goths (3).
On ne sait pas exactement l'époque où les Marcomans reçusent la première annonce du Christianisme. Il est probable qu'ils en entendirent parler par les Romains, avec lesquels ils entrèrent en rapport , et par les prisonniers revenant de captivité. D'après Paulin (4), dont aucun auteur contemporain ne confirme le témoignage, voici comment les Marcomans auraient été amenés au Christianisme. Leur reine Fritigile ou Fridigile (5) aurait été disposée en faveur de l'Évangile par un Chrétien
1*1 n*r*s-% M. (1) Foy. Marc-Acbêle.
P) Foy. Clément (S.). (2) Foy. Hun».
(S) Euȏbe, de Fila ConsL, l DE, c M et 65. (S) Foy. Goths.
(4) Ttaéod., Epi$t., iM. (ft) /» vita Ambros % c 3S.
(5) HœrcL Fabul., L I, c. 24. I (ft) Foy. Bavière, Bohêmr.
MARCOMANS — MARÉSA
venu d'Italie ; elle aurait envoyé de précieux cadeaux a l'église de Milan, en priant S. Ambroise, le célèbre évéque de cette ville, de lui adresser quelques enseignements sur la religion chrétienne. S. Ambroise lui aurait envoyé une espèce de catéchisme, et bientôt non-seulement la reioe , mais le roi et leurs sujets seraient entrés dans l'Église, par conséquent vers la fin du quatrième siècle.
Cf. Schrôckh, Hist. de l'Égl., p. 7; Héfélé, Hist. de l'introd. du Christiaiu dam le sud-ouest de la Germanie; Tacite, Annales; DionCassius, Uist. rom., I. 64.
Fbitz.
MARCO-POLO. Voy. Jean de Monté-
COBVINO.
marculphe, moine frank qui vécut vers 660, composa un recueil des formules suivant lesquelles on traitait généralement les affaires ecclésiastiques et civiles et rédigeait les actes authentiques. La première partie de son Formulaire contient des renseignements sur les affaires royales, la seconde sur les affaires des particuliers. Ce formulaire est de la plus haute importance pour apprendre à connaître la situation légale de l'Église vis-à-vis l'État. Il fut publié pour la première fois, avec d'excellents commentaires, par Jérôme Bignon (1613) , et plus complètement par Baluze , dans son Recueil de Capitulâmes, 1677, 2 vol. in-fol.
Voyez Fourni lairb.
M A H DOC II K F.. / oyez ESTHEB.
jmarÉsa (nWNIO, c'e6t-à-dire possession), ville située dans les plaines de la tribu de Juda (l), à deux milles romains sud d'Éleutliéropolis, est souvent nommée dans les livres saints. Elle fut fortifiée par Roboam et devint célèbre par la victoire du roi Asa sur Sera l'É-
(I) Jo$ui, 15, M,
thiopien (1). Elle appartint tantôt à l'Idumée, tantôt à Juda, fut plusieurs fois ruinée et finalement détruite par les Parthes. S. Jérôme et Eusèbe ne la connaissent que par set ruines, que Robinson a retrouvées, dans les temps modernes, aux environs de Beit-Dschibrin, l'Euthéropolii des anciens. « Au nord de Beit-Dschibrin, dit-il, on voit un village nommé Deir-Dubban, où se trouvent, parmi les pierres calcaires et molles qui recouvrent le sol, différentes fosses irrégulières, quelques-unes presque quadrangulaires, toutes profondes de 15 à 30 pieds et s enfonçant perpendiculairement dans le sol. Au bas de ces fosses se trouvent des portes inégales ou des passages peu élevés, voûtés , encombrés , qui conduisent à de grandes cavernes creusées dans les rochers et qu'on peut comparer à des coupoles ou à des salles ayant la forme de cloches, hautes de 20 à 30 pieds et d'un diamètre de 10 à 20 pieds. La coupole se termine le plus souvent par une petite ouverture ronde qui communique avec le sol supérieur et donne le jour à la caverne. Ces salles sont la plupart distribuées par groupes de deux ou trois, communiquant les unes avec les autres. » Dans une de ces cavernes, située vers le sud -ouest, Robinson trouva seize chambres formant une sorte de labyrinthe. Robinson découvrit de même , dans le Wadi situé au sud de Beit-Dschibrin, dans un sol composé de pierres calcaires, au sud de la vallée, des cavernes du même genre, beaucoup plus vastes, plus travaillées, formant de hautes salles en forme de coupoles, de vastes espaces couverts de toits, soutenus par des colonnes prises dans le rocher même. Robiuson est tout à fait dans le doute sur l'origine et la destination de ces salies.
fl) II Parai., 14,0.
228 MARGUERITE (Ste)
Raumer les compare à des cavités également en forme de conpoles et en pierres calcaires qui se trouvent près de Paris et près de Maestricht, et présume, avec assez de vraisemblance, qu'elles proviennent de Troglodytes (1).
C'est sur un des points du sol que nous venons de parler que s'élevait l'antique
Marguerite (Ste) , vierge et tyre, vénérée dès la plus haute antiquité par l'Église grecque, qui la nomme aussi Marine, avec laquelle il ne faut pas la confondre (2). Marguerite fut honorée en Occident depuis le septième siècle , surtout en Angleterre. Ce fut vraisemblablement Théodore, archevêque de Cantorbéry, qui répandit son culte dans cette lie. On ne sait rien de certain ni sur la manière dont elle subit le martyre, ni sur le temps de sa mort, parce que les actes de son martyre, grecs et latins, ne sont pas authentiques. On ne sait par conséquent pas non plus à quoi se rapporte le serpent qui accompagne le plus souvent ses images. C'est probablement un symbole du démon, que les livres apocryphes représentent sous la forme du dragon. Ce qu'il y a de plus certain dans la légende de Ste Marguerite, c'est qu'elle naquit en Pisidie ; que son père, qui était païen, la renia, et que ce fut durant la persécution de Dioclétien qu'elle tomba victime de la colère du préteur Olybrius, que sa beauté avait touché et qui avait voulu l'épouser.
Voir Bolland., 20 juillet.
Marguerite (Ste), reine d*Écosse, issue de S. Edouard le Confesseur, épousa, à l'âge de 24 ans, le roi d'Ecosse Malcolm (1070), mourut le 16 novembre 1093, et fut canonisée par le Pape Innocent IV en 1251.
(1) Arnold, Palatine, Halle, 1845, p. 174, roy. Marin.
— MARHF.ÎNECKE
La vie de cette sainte forme une des plus belles pages de l'histoire d'Écosse. Elle fut un modèle de piété et de vertu, l'ange de son époux, l'institutrice de ses enfants, la protectrice de la religion, des mœurs et de la justice ; elle déploya un zèle ardent à maintenir les lois de l'Église et à nommer de bons évéques ; elle protégea les arts et les sciences, et fut la vraie mère de son pays, portant dans son cœur les pauvres et les malheureux. On peut voir des détails dans la biographie rédigée par son confesseur, qui se trouve dans les Bollandistes, au 10 juin, jour de sa féte. Cette biographie est en même temps un document important pour l'histoire de l'Église d'Ecosse. Nous n'en rappelons que deux traits : la sainte reine pressait souvent son confesseur de lui faire connaître sans réserve toutes ses fautes; elle 6t convoquer plusieurs conciles, y parut, y porta la parole, et insista énergiquementsurla restauration des lois de l'Église.
marguerite de Cortone (Sainte)t née à Alviano, en Toscane, en 1248, vécut dans le plus affreux désordre jusqu'à l'âge de 25 ans. Ayant vu un jour un cadavre presque entièrement dévoré par les vers, et ayant appris que c'était le corps d'un homme qu'elle avait aimé, elle se sentit touchée de la grâce et entra dans le couvent des Franciscaines de Cortone, où elle fît une austère pénitence. Elle mourut le 22 février 1297 et fut canonisée par le Pape Benoît XIII, en 1728. Son histoire fait le pendant de celle de Ste Marie d'Égypte.
Voir Bolland., 9 avril.
SCHRÔDL.
MARHEINECKE ( PHILIPPE - CON- RAD), né à Hildesheim en 1780, étudia à Gôttingue la théologie luthérienne, obtint, en 1804, le grade de docteur en philosophie de l'université d'Erlangen, et devint, en 1809, professeur de théologie ordinaire à Heidelberg. Ses maî-
MARHEINECKE - MARIAGE
très, Plank et Daub, exercèrent une incontestable influence sur lui. En 181 1 il obtint le grade de docteur en théologie à Berlin, où il avait été appelé, après avoir rerusé de se rendre à K6nigsberg. En 1820 il fut nommé prédicateur de l'Église de la Trinité, et, en 1821, membre du consistoire suprême.
Il ût successivement des cours d'histoire de rÉglise et des dogmes, de droit ecclésiastique, de symbolique, de théologie pratique et d'homilétique. Il mourut le 9 mai 1846. Il a laissé les ouvrages suivants : Sermons et Dissertations; Histoire universelle du Christianisme, 1806 (travail de sa jeunesse qu'il n'acheva pas, de même que son Histoire de la Morale chrétienne) ; Symbolique chrétienne, ou Critique historique des dogmes catholiques, luthériens, réformés et sociniens, 8 vol., Hcidelberg, 1810-13; Aphorisme* pour la rénovation de la vie religieuse , 1813; Histoire de la Réforme en Allemagne, 4 vol., 1816-34; Fondements de la Dogmatique chrétienne, 1819; V éd., 1827; Manuel de la Foi chrétienne, 1823 ; Introduction à un cours public sur la valeur de la philosophie de Hégel dans la théùlogie chrétienne, 1842. Marheinecke fit une critique détaillée de la Symbolique de Molli» r et de l'Athanase de Gôrres, au point de vue exclusif du protestantisme, dans laquelle il montra bien plus de justice et de respect pour Môhler que le Dr Baur de Tubingue.
En exposant le système catholique il se prononce en faveur de l'usage d'une langue spéciale (morte) dans l'Eglise.
Marheinecke est un des théologiens modernes les plus célèbres parmi les protestants. Il semble, dans ses idées sur l'Église, être d'accord avec Schleiermacher; mais, dans le fond, il en diffère radicalement; car il est Hégélien et a des premiers complètement appli-
qué la philosophie hégélienne à la dogmatique.
Haas.
mariage. Suivant la doctrine catholique le mariage est l'union qui lie à perpétuité l'homme et la femme voulant réaliser le but que le Créateur eut en vue en établissant la différence des sexes, c'est-à-dire voulant se supporter mutuellement, se compléter l'un par l'autre et propager la race humaine par la procréation et l'éducation des enfants, union consacrée d'ailleurs par Jésus- Christ au moyen du sacrement qu'il a institué à cette fin. Ainsi le mariage a pour but spécial et suprême le plus grand bien des époux et des enfants que Dieu doit leur donner. C'est par là que le mariage diffère de toutes les autres associations humaines contractées dans des vues terrestres ; c'est une association religieuse. Il a sans doute pour base la différence des sexes et l'attrait qu'ils ont à s'unir; mais sa base morale, le caractère vraiment humain qui constitue sa dignité et IVIève au-dessus de l'union purement animale des sexes, est l'amour mutuel de l'homme et de la femme. Cet amour suppose le don complet de l'un à l'autre; il se réalise par leur rapport intime, par leur sollicitude pour l'éducation de leurs enfants, et fait du mariage le fondement de la famille et la première école de civilisation morale et religieuse des peupies. C'est ce que les païens eux-mêmes reconnurent; de la naquirent la plupart des usages religieux dont ils entourèrent la célébration du mariage.
Mais la Révélation nous fait plus clairement comprendre ce caractère élevé du mariage non - seulement en nous le montrant comme l'union la plus intime que les hommes puissent contracter, comme une union indissoluble (i), mais
(1) a. 2». 5. Afa//A., 19, Owj.
MARIAGE
en proclamant que la mission des époux est de se prêter un mutuel secours, de se sanctifier l'un l'autre et d'élever chrétiennement leurs enfants (1). Cette haute destinée du mariage explique pourquoi le Fondateur de notre sainte religion Ta élevé à la dignité de sacrement, comme nous l'apprend formellement la doctrine révélée ; car l'Apôtre parle clairement de la vertu sacramentelle du mariage (2) en le nommant un grand mystère, j*u(mripicv ui'^a, parce qu'il est l'image de l'union du Christ et de son Église, ce qui n'a de sens que dans le cas où l'union des époux est, comme celle du Christ et de l'Église, une union surnaturelle , sanctifiée par la grâce divine. Les Pères de l'Église, Tertullien, S. Ambroise , S. Cyrille et les Pères du quatrième concile de Carthage, de 398 , non-seulement voient dans le mariage un acte saint et religieux, mais encore ils enseignent formellement que le Christ sanctifia le mariage et lui destina une grdce particulière. Tel est l'enseignement de S. Cyrille d'Alexandrie, de S. Épiphane, de S. Maxime, de S. Chrysostome, de S. Ambroise, de S. Innocent tous ces docteurs nomment expressément le mariage un sacrement, dans le sens ecclésiastique . du mot. Tertullien, S. Ambroise , S. Chrysostome et surtout S. Augustin trouvent dans le sacrement le motif de l'indissolubilité du mariage chrétien. Le même principe ressort des rituels des Églises d'Orient et d'Occident, qui placent toujours le mariage parmi les sept sacrements (3).
Enfin l'Église a solennellement proclamé que le mariage est un sacre-
Ci) Cf. Éphé$.t 5, 25. I Tim., È, 15. 12) Èphcs.,5, 25 sq.
(5) Cf. Marlène, de Antiq. Eccles. Rit., |. If p. 2, c. 01, art. 5, et Goar, Eucholog. t. rit. Gnec, Par., 1647. De OJfic* Coron. nupU p.3858q., et597aq.
ment institué par Jésus-Christ, dans les conciles œcuméniques de Lyon (1274), de Florence et de Trente. Toutes les sectes d'Orient sont, sous ce rapport, d'accord avec l'Église catholique, non-seulement les Grecs, mais les Nesto riens, les Arméniens, les Coptes, les Abyssiniens et les Maronites, quoique leur séparation date des premiers siècles. Luther rejeta ce sacrement parce que, disait-il, le mariage est une chose mondaine , qui doit être traitée comme une affaire de ce monde (1). L'apologie de la confession d'Augsbourg ne déclare le mariage un sacrement que dans un sens impropre, parce qu'il a pour lui l'institution divine et les promesses qui, toutefois, concernent surtout la vie corporelle , et dans ce sent il y a beaucoup de sacrements (2). Calvin nia de la même manière le caractère sacramentel du mariage, parce qu'avant Grégoire le Grand, dit-il, jamais personne ne le reconnut comme un sacrement, que les institutions divines sont bonnes et saintes sans être des sacrements, et qu'ainsi l'agriculture, l'architecture sont excellentes en tant qu'institutions divines, sans être pour cela des sacrements (3).
Il est hors de doute, pour le Catholique, que le mariage est un sacrement de la nouvelle alliance, de même que le Baptême et les autres sacrements ; mais il ne sait pas d'une manière aussi certaine quel est l'acte extérieur qui constitue le sacrement, quel est l'acte qui signifie et transmet à la fois la grâce divine ; car l'Église ne s'est point expliquée à ce sujet, et, dans les documents révélés, il n'y a que des données éloignées pouvant servir à résoudre la question. De là deux opinions qui ont
(1) D* la Fit conjugale, Wilteob., p. VI,
(2) C 7, art. 8, d. 13 sq.
MARIAGE
cherché à prévaloir bous ce rapport
dans l'Eglise.
La première admet que le mariage fut élevé eu lui-même et pour luimême au rang de sacrement par Jésus- Christ, de telle sorte que le sacrement ne peut jamais être séparé de l'union conjugale, et que tout mariage de Chrétiens fidèles est nécessairement un sacrement, ou qu'il n'y a pas de mariage, opinion, comme le remarque le cardinal Pallavicini (1), qui fut celle de presque tous les Pères réunis à Trente. Les partisans de cette opiuion soutiennent par conséquent logiquement que la conclusion du mariage par les conjoints est en même temps Vacte sacrameniel , que le don réciproque que se font les époux est la matière, l'acceptation mutuelle la forme (quoiqu'il y ait encore d'autres opinions à cet égard), et les contractants les dispensateurs ou ministres du sacrement.
La seconde opinion sépare l'union conjugale du sacrement, dont le mariage ue prend le caractère, dit-on, que par la bénédiction sacerdotale, et elle considère, par conséquent, l'union conjugale comme la matière, la bénédiction sacerdotale comme la forme, et le prêtre comme le ministre du sacrement.
La première opinion a pour elle cette circonstance que le concile de Trente déclara que les mariages clandestins, contractés sans la bénédiction nuptiale, étaient véritables et réels , vera et rata, c'est-à-dire indissolubles, et, par là même, pourvus du caractère sacramentel ; que, lorsque des époux protestants et même juifs embrassent la religion catholique, on ne les oblige pas à recevoir de nouveau la bénédiction sacramentelle; que l'Église considère le mariage clandestin, contracté malgré un empêchement dlrimant qui a cessé
(1) HisU Cone, Trid., L XX, c. 4, n. U
plus tard, comme valide sans la bénédiction du prêtre ; que ni la formule de bénédiction actuellement en usage : Ego vos conjungo, etc., ni toute autre qui lui ressemble, même de loin, ne se trouve dans les anciens rituels (1), et qu'on ne saurait expliquer comment cette opinion, malgré son invraisemblance radicale, aurait pu naître si l'autre opinion était celle de l'Église.
On peut mettre en avant , pour soutenir la seconde opinion , l'analogie des autres sacrements, qui exigent un ministre que la consécration sacerdotale a rendu capable de conférer la grâce sacramentelle ; l'avis de quelques Pères, tels que Tertullien, Ambroise et Chrysostome, qui semblent déduire la grâce sacramentelle du mariage de la bénédiction sacerdotale (avis contre lequel parle l'usage de l'Église qui, dans les premiers siècles, refusait toujours de bénir les seconds mariages, sans pouvoir leur refuser la grâce sacramentelle), et enfin les décrets des conciles particuliers de Cologne (1536), de Cambrai (1567) et de Reims (1583), qui déclarent formellement le prêtre le ministre du sacrement de mariage. Quoique les motifs en faveur de la première opinion semblent l'emporter et aient eu toujours la majorité des théologiens pour eux, il est cependant libre à chacun de se décider pour l'une ou pour l'autre. Benoît XIV défend aux évêques de trancher cette question, par cela que l'Église n'a encore rien décidé et a abandonné cette matière aux recherches des théologiens (2).
Les sujets aptes au sacrement du mariage sont deux personnes de sexe différent, qui jouissent des capacités physiques et morales nécessaires au but du mariage, et qu'une loi de l'Église n'a pas privées de cette dernière aptitude ;
(1) Conf. Martèoe, de Ant, Eccl. ML, Jutv,, 1765, t. II.
(?) De Synod. diœc., I. VIII, c. il.
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MARIAGE
beaucoup d'autres motifs. La doctrine catholique a pour elle les paroles mêmes du Christ, qui, aussi bien dans S.
Marc (1) que dans S. Luc (2), déclare le mariage absolument indissoluble, et l'enseignement de S. Paul (3), qui professe la même doctrine. Les deux passages de S. Matthieu qu'on cite (4) ne son,t en aucune façon contradictoires , car le premier passage, 5, 32, dit simplement que celui qui, en dehors du cas d'adultère, renvoie sa femme, participe à l'incontinence dont elle peut être coupable, et que celui qui se marie avec une femme abandonnée, àmX«Xu|Mvr,, par conséquent aussi dans le cas d'adultère, commet un adultère. Dans le second passage, 19, 3-11, le Christ nous apprend l'absolue indissolubilité du mariage d'une manière tellement nette que le verset du milieu 9, si ce n'est en cas d'adultère, pi ùri «cp*i'«, ou doit être rapporté à la proposition précédente dans un sens analogue au passage entier, ou plutôt doit être considéré comme une addition tirée du passage précédent (5). Les deux passages disent par conséquent que le mari peut se séparer de sa femme en cas d'adultère, mais non qu'il peut en épouser une autre. Telle fut aussi de tout temps la doctrine prédominante de l'Église. Daus l'Église grecque il s'est, il est vrai, établi de bonue heure une pratique contraire; mais, comme le remarque expressément Origène (6), cette pratique était opposée à la loi donnée dès le commencement et à la loi écrite, et à la suite de cette coutume quelques Pères grecs, tels qu'Épipuane, Théodoret et Astérius , ont interprété le passage
0) H. il»
(S) 1 Cor., % it, 11.
(*) 5, 32, et 1», 5-11.
(5) Cf. Hug, de Conj. Chriet. vinculo indU- $ol. comment, eseg., Krih., 1816.
(6) Comm. in Matth., 1».
de S. Matthieu cité plus haut dans le sens de la dissolubilité du mariage en cas d'adultère.
Du reste, non-seulement les Pères latins, mais la majorité des Pères grecs, et différents conciles particuliers de toutes les parties de l'Église enseignent, non pas peut-être tous avec la même netteté, que le mariage est absolument indissoluble, même en cas d'adultère. A cette doctrine positive s'ajoutent les graves inconvénients que la doctrine opposée entraîne pour le bien-être des familles, ce qui fait que dans ces derniers temps des voix se sont élevées parmi les protestants eux-mêmes pour le rétablissement de la doctrine catholique sous ce rapport.
Tout ce que nous venons de dire ne porte que sur le mariage, non-seule* ment conclu, mais consommé, puisque le mariage non consommé, matrimo* m nium ratum , non consummatum, d'après la doctrine de l'Église, est rompu par la profession solennelle des vœux monastiques de l'un des époux (I), et à juste titre, un mariage non consommé étant purement spirituel, ne pouvant par conséquent être considéré comme un lien parfait, comme une union accomplie, puisque le lien spirituel est rompu par la sortie du monde, c'est-à-dire par la mort spirituelle d'un des conjoints.
L'indissolubilité du mariage est fondée sur sa dignité sacramentelle, qui achève et consacre l'amour naturel des époux et le but de leur union (2).
C'est ce qui explique pourquoi l'Apôtre (3), et après lui l'Église, considèrent le mariage entre les infidèles comme réel , mais non comme indissoluble, dans le cas où l'un des époux embrasse la foi catholique et où l'autre ne veut pas cohabiter avec le premier,
(1) Cf. Conc. Trid., mm. XXIV, can. 6.
(2) Cf. Décret. Eugen. , IFpro Arménie. (S 1 Cor., 7, 15.
284 MARIAGE
sans profaner le nom de Dieu ou commettre uu péché mortel. Dans ce cas le converti peut contracter un autre mariage (1).
L'effet du sacrement du mariage, d'après la doctrine du concile de Trente, est la grâce divine qui parfait l'amour naturel t rend l'union indissoluble et sanctifie les époux, en leur donnant les moyens de remplir avec joie et en conscience les devoirs de leur état (2).
Cf. Tournely, Curt. Theol., Col.
Agripp., 1762, t. IV ; Perrone, Prml.
thtol., Lov., 1838 sq., vol.VH ; Walter, Manuel du Droit ecclés., 1846, p. 609; Gunther, le Dernier Symbole, 1834, p. 217. Scbwabtz.
mariage (acte de), document extrait du registre matricule de la paroisse, qui constate d'une manière authentique le lien conjugal existant entre deux personnes de sexe différent. Les rubriques de ces registres renferment en général les noms de baptême et de famille, l'âge, la religion, l'état et le domicile des époux et de leurs témoins} a date du jour et l'indication du lieu où se célèbre le mariage, la signature du curé et le sceau de la paroisse.
« En France, où le mariage civil est adopté dans la législation, Y acte de mariage, dans le sens légal du mot, est l'acte constatant la célébration du mariage par l'officier de l'état civil et dressé par cet officier.
Le chapitre III du titre IV (livre I") du Code Napoléon est consacré aux actes de mariage.
11 y est question : 1°, dans les art. 63 à 65, des publications préalables (V. le mot Publications;; — 2», dans les art.
66 à 69, des oppositions au mariage (dont il sera traité plus loin), lesquelles doivent être signées des opposants, si-
(1) Cf. e. 1, de Divort,, et Benoit XIV, de Synod. diœee$., I. IV, c. ft, et I. XIII, c. II.
(2) Seu. XXIV, Doclr. de sacr. Matr.