CAS DE CONSCIENCE
seigneurs, ou à de jeunes gentilshommes qui n'étaient pas encore chevaliers. Les Italiens ont reçu le jeu de cartes les derniers. Ce qui pourrait faire soupçonner que ce jeu a pris naissance en France, ce sont les fleurs de lis qu'on a toujours remarquées sur les habits de toutes les figures en cartes. Lahire, nom qu'on voit au bas du valet de cœur, pourrait avoir été l'inventeur des cartes, et s'être fait compagnon d'Hector et d'Ogier le Danois, qui sont les valets de carreaux et de pique, comme il semble que le cartier se soit réservé le valet de trèfle pour lui donner son nom
11 est surprenant que nos Français, qui se piquent si fort de bon goût, et qui veulent le mieux jusque dans les plus petites choses, se soient contentés jusqu'à présent des figures maussades dont les cartes sont peintes : il est évident qu'il n'en coûterait rien de plus pour y représenter des sujets plus agréables. Cela ne prouve-t-il point qu'il n'est pas aussi commun qu'on le pense, de jouer ou par amusement, ou sans intérêt? Pourvu qu'on tue le temps, ou qu'on gagne, on ne se soucie guère que ce soit avec des caries bien ou mal peintes.
CARTON. ( Tenue de librairie, de brochure, et de relieur.) C'est un ou plusieurs feuillets détachés d'une feuille entière. Il y a plusieurs cas où l'on est obligé de mettre des cartons dans les livres : !« Quand après l'impression, soit d'un manuscrit, soit d'un livre déjà imprimé, il reste de la matière dont la quantité ne suffit pas pour faire une feuille entière, ni même une demi-feuille, ce reste s'imprime sur un ou deux feuillets de papier séparés, et s'appelle carton; 2" Quand pendant le cours de l'impression il s'est glissé quelques fautes grossières dans l'ouvrage, ou quelque proposition hasardée relativement à la religion, au gouvernement, aux mœurs, ou à la réputation des particuliers, on a soin de déchirer la partie de la feuille sur laquelle se trouve ce qu'on veut supprimer, et l'on y substitue d'autres feuillets purgés de ces fautes, et ces feuillets se nomment aussi cartons.
Le public à Paris est tellement prévenu contre ces cartons, qu'on a vii des ouvrages décrédités parce qu'il y en avait, quoiqu'ils y eussent été placés pour la plus grande perfection de ces ouvrages.
CAS DE CONSCIENCE. {Morale.) Qu'est-ce qu'un cas de
CAS IJI-: CONSCIENCE. 35
conscience? c'est une question relative aux devoirs de l'iiomme cl du chrétien, dont il appartient au théologien appelé casuiste de peser la nature et les circonstances, et de décider selon la lumière de la raison, les lois de la société, les canons de l'Église, et les maximes de l'Évangile, quatre grandes autorités qui ne peuvent jamais être en contradiction.
iNous sommes chrétiens par la croyance des vérités révélées, et par la pratique des maximes évangéliques. Nous faisons à Dieu le sacrifice de notre raison par la foi, et nous lui faisons le sacrifice de nos penchants par la mortification : ces deux branches de l'abnégation de soi-même sont également essentielles au salut ; mais l'infraction n'en est peut-être pas également funeste à la société; et c'est une chose encore à savoir, si ceux qui attaquent les dogmes d'une religion sont aussi mauvais citoyens que ceux qui en corrompent la morale.
Il semble au premier coup d'oeil que le poison des corrupteurs de la morale soit fait pour plus de monde que celui des impies. La dépravation des mœurs est un effet direct de celles des principes moraux, au lieu qu'elle n'est qu'une suite moins prochaine de l'irréligion ; mais suite toutefois presque infaillible, ainsi qu'un de nos plus grands orateurs, le P. Bourdaloue, l'a bien démontré. L'incrédule est d'ailleurs quelquefois un homme qui, las de chercher inutilement dans les sources communes et les conversations ordinaires le rayon de lumière qui devait rompre l'écaillé de ses yeux, s'est adressé au public, en a reçu les éclaircissements dont il avait besoin, a abjuré son erreur, et a évité le plus grand de tous les malheurs, la mort dans l'impénitence : c'est un homme qui s'est exposé à nuire à beaucoup d'autres, pour guérir du mal dont il était attaqué. Mais celui qui défigure la morale tend à rendre les autres méchants, sans espérance d'en devenir lui-même meilleur.
Au reste, quel que soit le parti qu'on prenne dans cette question, l'équité veut qu'on distingue bien la personne de l'opinion, et l'auteur de l'ouvrage; car c'est bien ici qu'on a la preuve complète que les mœurs et les écrits sont deux choses différentes. La foule des casuistes que Pascal a convaincus de relâchement dans les principes en offre à peine un seul qu'on puisse accuser de relâchement dans la conduite; tous ne semblent avoir été indulgents que pour les autres : c'est au pied