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CABINET

Europe, s'il doit y en avoir de bien rangés, il doit aussi y en avoir beaucoup d'autres qui peut-être auront le mérite de la richesse, mais qui n'auront pas celui de l'ordre. Cependant qu'est-ce qu'une collection d'êtres naturel^; sans le mérite de l'ordre? A quoi bon avoir rassemblé dans des édifices, à grande peine et à grands frais, une multitude de productions pour me les offrir confondues pêle-mêle et sans aucun égard, soit à la nature des choses, soit aux principes de l'histoire naturelle? Je dirais volontiers à ces naturalistes qui n'ont ni goût ni génie : (( Renvoyez toutes vos eocjuilles à la mer; rendez à la terre ses plantes et son engrais, et nettoyez vos ajjpartemenls de cette foule de cadavres d'oiseaux, de poissons et cV insectes, si vous 71 e)i pouvez faire qu'un chaos oii Je n'aperçois lien de distinct, qu'un amas oii les objets (pars ou entassés ne me donnent aucune idée nette et précise. Vous ne savez pas faire valoir l'opulence de la nature, et sa richesse dépérit entre vos mains. Restez au fond de la carrière, taillez des pierres-, mais laissez à d'autres le soin d'ordonner l'édifice. » Qu'on pardonne cette sortie au regret que j'ai de savoir dans des cabinets, même célèbres, les productions de la nature les plus précieuses, jetées comme dans un puits : on accourt sur les bords de ce puits, vous y suivez la foule, vous cherchez à percer les ténèbres qui couvrent tant de raretés; mais elles sont trop épaisses, vous vous fatiguez en vain, et vous ne remporterez que le chagrin d'être privé de tant de richesses, soit par l'indolence de celui qui les possède, soit par la négligence de ceux à qui le soin en est confié.

Nous n'aurions jamais fait, si nous entreprenions la critique ou l'éloge de toutes les collections d'histoire naturelle qui sont en Europe ; nous nous arrêterons seulement à la plus florissante de toutes, je veux dire le Cabinet du roi. Il me semble qu'on n'a rien négligé, soit pour faire valoir, soit pour rendre utile ce qu'il renferme. Jl a commencé dès sa naissance à intéresser le public par sa propreté et par son élégance : on a pris dans la suite tant de soins pour le compléter, que les acquisitions qu'il a faites en tout genre sont surprenantes, surtout si on les compare avec le peu d'années que l'on compte depuis son institution. Les choses les plus belles et les plus rares y ont afllué de tous les coins du monde, et elles y ont heureusement rencontré des mains capables de les réunir avec tant de convenance et de les

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iiiollre ensemble avec lanl d'ordre, qu'on n'aurait aucune peine à y rendre à la nature un compte clair et fidèle de ses richesses. Tn ('•lal)lissement si considérable et si bien conduit ne pouvait manciuer d'avoir de la célébritr et d'attirer des spectateurs; aussi il en vient de tous états, de toutes nations, et en si grand nombre, que dans la belle saison, lorsque le mauvais temps n'empêche pas de rester dans les salles du cabinet, leur espace y suffit à peine. On y reçoit douze à quinze cents personnes toutes les semaines : l'accès en est facile; chacun peut à son gré s'y introduire, s'amuser ou s'instruire. Les productions de la nature y sont exposées sans fard, et sans autre apprêt que celui que le bon goût, l'élégance et la connaissance des objets devaient suggérer : on y répond avec complaisance aux questions qui ont du rapport à l'histoire naturelle. La pédanterie (jui choque les honnêtes gens, et la charlatanerie qui retarde les progrès de la science, sont loin de ce sanctuaire : on y a senti, par une impulsion particulière aux âmes d'un certain ordre, quelle bassesse ce serait à des particuliers qui auraient quelques collections d'histoire naturelle de prétendre s'en faire un mérite réel et de travailler à enfler ce mérite, soit en les étalant avec faste, soit en les vantant au delà de leur juste prix, soit en mettant du mystère dans de petites pratiques qu'il est toujours assez facile de trouver, lorsqu'on vent se donner la peine de les chercher. On a senti qu'une telle conduite s'accorderait moins encore avec un grand établissement où l'on ne doit avoir d'autres vues que le bien de l'établissement, où en rendant le public témoin des procédés qu'on suit, on en tire de nouvelles lumières, et l'on répand le goût des mêmes occupations. C'est le but que M. Daubenton, garde et démonstrateur du Cabinet du roi, s'est proposé, et dans son travail au cabinet même qu'il amis en un si bel ordre, et dans la description qu'on en trouve dans Y Histoire naturelle.

Me sera-t-il permis de finir cet article par l'exposition d'un projet qui ne serait guère moins avantageux qu'honorable à la nation? Ce serait d'élever à la nature un temple qui fût digne d'elle. Je l'imagine composé de plusieurs corps de bâtiments proportionnés à la grandeur des êtres qu'ils devraient renfermer; celui du milieu serait spacieux, immense et destiné pour les monstres de la terre et de la mer ; de quel étonnement ne

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