‹ Dictionnaire encyclopédiqueChapitre 21 sur 98 · CENTAURES · texte numérisé non relu

CENTAURES

de six et demi de long. Elle était tissue comme nos toiles; ses fils étaient gros comme ceux de la toile de chanvre ; elle était usée et sale comme mie vieille nappe de cuisine; mais plus douce à manier et plus pliable qu'une étoffe de soie. On trouva dans cette toile des ossements, avec un crâne à demi brûlé. On avait mis sans doute dans cette toile le corps du défunt, afin que ses cendres ne s'écartassent point, et ne se mêlassent pas avec celles du bûcher, d'où on les retira pour les transporter dans la grande tombe. On jeta cette toile dans le feu, où elle resta longtemps sans être brûlée ni endommagée. Le P. Montfaucon, qui semble promettre plusieurs manières de séparer les cendres du mort et celles du bûcher, n'indique pourtant que celle-ci. On rapportait les cendres de ceux qui mouraient au loin dans leur pays; et il n'était pas rare d'enfermer les cendres de plusieurs personnes dans une même urne.

CENTAURES, s. m. pi. (Myth.), monstres de la fable moitié hommes et moitié chevaux : elle les a fait naître d'ixion et d'une nuée. Ceux qui prétendent trouver un sens à toutes les visions de la crédule antiquité disent que les centaures étaient des peuples qui habitaient la contrée de la Thessalie voisine du mont Pélion, qu'ils domptèrent les premiers chevaux; et que comme avant eux l'on n'avait point encore vu d'homme à cheval, on prit l'homme et le cheval sur lequel il était monté pour un seul et même animal. Quoi qu'il en soit de cette explication, il est certain que le centaure Chiron, précepteur d'Achille, n'était qu'un excellent écuyer. Ceux des centaures qui assistèrent aux noces de Pirithoûs et de Déidainie s'y querellèrent avec les Lapithes, qu'Hercule vengea en chassant les centaures de la Thessalie. Y a-t-il eu vraiment des centaures^ ou ces monstres sontils fabuleux? c'est ce qu'il n'est point facile de décider. Plutarque dit qu'on en présenta un, qui venait de naître d'une cavale, aux sept sages; Pline, qu'il en a vu un qu'on avait apporté d'Egypte à Rome, embaumé à la manière du pays; saint Jérôme, que saint Antoine rencontra un hippocentaui-e dans le désert, etc. Si l'on veut décider la question par l'histoire naturelle, on trouvera dans un grand nombre d'animaux qui proviennent du mélange de deux espèces des raisons suffisantes pour admettre la possibilité des centaures des faunes, etc. Quant à la manière fabuleuse dont ils naquirent d'ixion et de la nuée,

CCNTON. 61

on l;i raconte de plusieurs niaiii6rcs diiïérentes : les uns prétendent qu'ixion, devenu amoureux de Junon à la table; de Ju[)iter, osa déclarer sa passion à la déesse, et que Jupiter, loin de s'oiïenser de cette témérité, oll'rit aux embrassements d'Ixion une nuée formée cà la ressemblance de Junon, de laquelle naquit un centaure : d'autres disent qu'ixion ayant engagé, par l'espoir de la récompense, déjeunes Tliessaliensd'un village voisin de la montagne appelée IScpItclc ou iSiiix à combattre des taureaux qui ravageaient la campagne autour du mont Pélion, le nom de la montagne, et le succès des jeunes gens contre les taureaux, donnèrent lieu à la fable d'Ixion et des centaures : enfin, Tzetzès assure que le Jupiter dont Ixion aima la femme était un roi de Thessalie qui eut la condescendance pour la passion d'Ixion, non de lui céder sa femme, mais de lui substituer une de ses filles d'honneur appelée Sephelc, de laquelle naquit un fils appelé Imbrus, et surnommé dans la suite Centaure, de XEvxpov, piquant, et de 6i»pa, queue. D'autres donnent pour étymologie /.svTpsîv toùç xaupou;, pungere taiœos, parce que, dit-on, les centaures étaient des gardes du roi de Thessalie, qui ramenèrent à l'établedes taureaux qui s'étaient enfuis et effarouchés.

CEiNTON, s. m. {En poésie.) Pièce de vers composée en entier de vers ou de passages pris de côtés et d'autres, soit dans le même auteur, soit dans différents écrivains, et disposés seulement dans une nouvelle forme ou un nouvel ordre qui compose un ouvrage, et donne à ces lambeaux un sens tout différent de celui qu'ils ont dans l'original.

Ce mot est \siXin, cento, et signifie à la lettre un manteau fait de pièces rapportées : il vient du grec xévTpwv, qui veut dire la même chose. Les soldats romains, dans les sièges, se servaient de centons, ou de vieilles étoffes rapetassées, pour se garantir des traits de l'ennemi; et l'on couvrait aussi, au même dessein, les machines de guerre, les galeries, et autres choses nécessaires aux approches, de peaux de bêtes fraîchement écorchées, que les auteurs appellent cenlons.

Ausone a donné des règles de la composition des centons; et lui-même en a fait un très-obscène tiré des vers de Virgile : 11 faut prendre, dit-il, des morceaux détachés du même poëte, ou de plusieurs : on peut prendre les vers entiers, ou les partager en deux, et lier une moitié empruntée d'un poëte à la

es CEPENDANT.

moitié qu'un autre aura fournie; mais il n'est pas iper.mis d'insérer deux vers de suite ni d'en prendre moins que la -moitié

d'un.

Proba Falconia a écrit la Tie de 'Jésus-Christ en centons tirés de Virgile, aussi bien qu'Alexandre Rosso., et Etienne de Pleurre, chanoine régulier de. Saint-Victor de .Paris, ^oici un exemple de ces cernons dans l'adoration ides Mages.

Anyo RATIO MACORuau Malh., n.

Ecce autem primi sub dumina solis, et ortus i, Stella facem ducens, multa cum lucet cucurrit *. Signavitque viam^, cœli in regione serena * ,: Tum reges* (credo quia sit divinitus illis*' Ingenium et rerum Taito prudentia major') ïxterni veniunt* quœ cuique est copia, lœti', 'Munera portantes '" molles sua tua thura Sabaei " 'Dona dehinc auro gravia " myrrliaque madeiïtes^^^ Agaovere Deum regem " regumque parentem ^^. .Mutavere vias^^; perfectis ordine votis ^■',, Insuetumjper iter ** spatiain^ua quisqus recessit ".

CEPENDANT, Pourtant, Néanmgœws, Toutefois, synonymes. [Gram.) M. l'abbé Girard dit que pourtant a plus d'énergie, affirme avec plus de fermeté:; que cependant est moins absolu, et affirme seulement contre les apparences; que néanmoins indique deux choses opposées, doatil'on affirme l'une sans aaier l'autre ; et que âoulefois marque une exception à une rèjgle assez générale : ce qu'il confirmepar les exemples suivants, ou d'autres semblables. Que tous les critiques s'élèvent contre un ouvrage, qu'ils le poursuivent avec AouteiFinjustice et lamauvaise^volonté possible, ils n'empêcheront pourtant pas le public d'êti'e équitable, et de l'adieters'ilestbon.. Quelques écrivains ont répandu

1. Mneid., lib. VI, v. 255. — 2. /d., lib. n, v. 6ÏÏ4. — 3. 7a., lib. V, v. '526. — 4. Id., lib. VIII, V. 528.— h.ld., lib. ^VllI, v. 330. — G. Gcure., lib. a, ^v. 415. — 7. id., lib. I, V. 416. — 8. jEneid., lib. VII, v. 98. — 9. /d., lib. Y, v. 100. — 10. Id., lib. XI, V. 333. — 11. Georg., lib. I, v. 57. — 12. ^neid., lib, III, v. 464. — 113. ild., lib. XII, v. 400. — 14. /d., lib. IX, v. 659. — 15. /d., lib. VI, v. 765. — 16. Geore., lib. I, v. 448. — 17. ^neid., lib. III, v. 548. — 18. Id., lib. VI,'v. 46. — 19. /d., lib., XU, V. 126. (D.)

dans leurs oiivragOK Iok maximes les iplusopposnes ;à la morale chrétienne; d'autros onl piil)Iié les systèmes les plus contraires ■à ses .dogmes; ccpetidanl Ica uiib et les autres ont été bons parents, bons amis, J)ons citoyens imôme, si !on leur pardonne la faute qu'ils ont commise en (pia^lité d'auteurs. Bourdaloue a de la sécheresse; ncinmioins il fut célèbre parmi les orateurs de son tenn)s. On dit que certains journalistes ne louent que (.ce -qu'ils font; toutefois ils ont :loué Y Bistoim maturélle, et d'autres excellents ouvrages qu'ils n'ont 'pas faits.

GÉRAMIiS, s. m. pi. {/Jht. anc), vases de terre cuite dont on se servait dans les repas. .Jusqu'au temps des Macédoniens, dit Athénée, on se servait de vases de terre cuite; le luxe-s'étant fort accru parmi les Romains, Gléopâtre, la dernière 'des reines 'd'Jigypte, voulut les imiter; mais pour ne pas changer l'ancien nom, elle appela cérames, ou vases de lerre tcuite, les coupes d'or et d'argent qu'elle faisait distribuer aux convives lorsqu'ils se retiraient. Ces présents qu'on faisait aux convives s'appelaient ;aussi ^pophorètes. C'était un lusage établi dont on trouve plusieurs exemples; celui de donner des coupes d'or et d'argent était d'une dépense excessive, qu'apparemment on ne répétait pas souvent, et n'était pas assurément du temps où Tor était si rare,'que Pliilippe de Macédoine, père d'Alexandre, cachait toutes les nuits sous son chevet une petite fiole d'or qu'il avait, de peur qu'on ne la lui volât.

CERBÈRE, s. m. {Mythologie.) Nom que les poètes ont donné à un chien à itrois tètes et à trois gueules, qu'ils ont fait naître de Typhon et d'Échidna, et qu'ils ont placé à la porte des enfers; ils racontent qu'il caresse les âmes qui y descendent; qu'il empêche d'en sortir celles qui y sont descendues, et qu'il en éloigne les vivants^ ils prétendent qu'Hercule l'enchaîna et s'en ifit suivre. Ceux qui se piquent de trouver du sens à toutes les fables disent que 'Cerbère est un symbole de la terre qui absorbe tout, ou du temps à qui rien ne résiste; ses trois gueules sont le présent, le passé et l'avenir. D'autres font de iJerbère un aerpent habitant du Ténare, promontoire de la Laconie qu'il irsEvageait; et comme il y avait dans le mêmeendroitune caverne dont l'entrée passait pour une des portes de l'enfer, ils ajoutèrent que ce monstre était le chien de Pluton. La victoire qu'Hercule rempoi'ta sur lui est, suivant d'autres, une allégorie de

eA CÉRÉMONIES.

l'empire que ce héros avait sur ses passions; Omphale et Déjanire le prouvent.

CËRËMOMES, s. f. pi. {Ilist. civ. et eccUs.) Les cér/'monies sont en général des démonstrations extérieures et symboliques, qui font partie des usages de la police et du culte d'une société. Laissant à d'autres le soin de chercher la véritable étymologie du mot ceremonia, et de décider s'il vient de cereris munîa, ou de cœre mimia, ou du verbe grec yspeTv, nous observerons d'abord qu'il y a, selon notre définition, trois sortes de cérhnonies : des ccrênionies politiques, telles que le couronnement d'un prince, l'introduction d'un ambassadeur, etc.; des cérémonies religieuses, telles que l'ordination d'un prêtre, le sacre d'un évêque, le baptême ou la bénédiction d'une cloche, etc.; des cérémonies politico-religieuses, c'est-à-dire où les usages du peuple se trouvent mêlés avec la discipline de l'Église, telles que la cérémonie du mariage prise dans toute son étendue.

11 y a deux choses principales à examiner sur les cérémonies: leur origine, soit dans la société, soit dans la religion, et leur nécessité dans la religion ; quant au premier point, il paraît que chaque cérémonie, dans la société, a son origine particulière, relative à quelque fait primitif et aux circonstances de ce fait, et qu'il en est de même de l'origine de chaque cérémonie dans la religion, avec cette différence qu'on peut rechercher ce qui a donné lieu à celles-ci, qui forment tantôt un système sage et raisonné, ou qui ne sont d'autres fois qu'un assemblage d'extravagances, d'absurdités, et de petitesses, sans motif, sans liaison, sans autorité.

11 est donc à propos dans cette recherche de distribuer les cérémonies religieuses en deux classes : en cérémonies pieuses et saintes, et en cérémonies superstitieuses et abominables.

11 n'y a eu de cérémonies religieuses pieuses et saintes sur la surface de la terre, 1° que le petit nombre de celles qui accompagnèrent le culte naturel que les premiers hommes rendirent à Dieu en pleine campagne, dans la simplicité de leur cœur et l'innocence de leurs mœurs, n'ayant d'autre temple que l'univers, d'autre autel qu'une touffe de gazon, d'autre offrande qu'une gerbe, d'autre victime qu'un agneau, et d'autres sacrificateurs qu'eux-mêmes, et qui ont duré depuis Adam jusqu'à Moïse; 2° les cérémonies qu'il plut à Dieu de prescrire au peuple

CKHKMONIES. G5

juif, par sa propre bouche ou par celle de ses pontifes et de ses prophètes, qui commencèrent à Moïse, et que Jésus-Christ a abolies; 3° les a'rnnont'es de la religion chrétienne, que son divin instituteur a indiquées, que ses apôtres et leurs successeurs ont instituées, qui sont toujours sanctifiées par l'esprit des ministres qui les exécutent et des fidèles qui y assistent, et qui dureront jusqu'à la fin des siècles.

L'origine de ces cvrémonics est fondée sur l'histoire, et nous est transmise par des livres sur l'authenticité desquels il n'y a point de doute. Elles furent chez les premiers hommes des mouvements de la nature inspirée; chez les Juifs, une portion des lois d'un gouvernement théocratique; chez les chrétiens, des symboles de foi, d'espérance et de charité; et il ne peut y avoir sur elles deux sentiments. Loin donc de nous les idées de Marsham et de Spencer; c'est presque un blasphème que de déduire les ccrcmonies du Lcvilique des rites égyptiens.

Mais il n'en est pas de même des cérémoniefi superstitieuses-, il semble qu'à l'exception de ce que les saintes Écritm'es nous en apprennent, le reste soit entièrement abandonné aux disputes de la philosophie ; et voici en peu de mots ce qu'elle nous suggère de plus raisonnable. Elle réduit les causes de l'idolâtrie à la flatterie, à l'admiration, à la tendresse, à la crainte, à l'espérance, mal entendues; conséquemment il paraît que toutes les cérémonies superstitieuses ne sont que des expressions de ces différents sentiments, variées selon l'intérêt, le caprice et la méchanceté des prêtres idolâtres. Faites une combinaison des passions qui ont donné naissance aux idoles, avec celles de leurs ministres, et tous les monstres d'abomination et de cruauté qui noircissent les volumes de nos historiens et de nos voyageurs , vous les en verrez sortir, sans avoir recours aux conjectures d'Huet, de Bochart, de Vossius et de Dickinson, où l'on remarque quelquefois plus de zèle que de vraisemblance.

Quant à la question de la nécessité des cérémonies pour un culte, la solution dépend d'une autre ; savoir, si la religion est faite pour le seul philosophe, ou pour le philosophe et le peuple : dans le premier cas, on pourrait peut-être soutenir que les cérémonies sont superflues , puisqu'elles n'ont d'autre but que de nous rappeler les objets de notre foi et de nos devoirs, dont le philosophe se souvient bien sans le secours des signes sen- XIV. 5

sibles; mais la religion est faite indistinctement pour tous les hommes, comme il en faut convenir; donc, comme les prodiges de la nature ramènent sans cesse le philosophe à l'existence d'un Dieu créateur; dans la religion chrétienne, par exemple, les cérémonies ramèneront sans cesse le chrétien à la loi d'un Dieu crucifié. Les représentations sensibles, de quelque nature qu'elles soient, ont une force prodigieuse sur l'imagination du commun des hommes ; jamais l'éloquence d'Antoine n'eût fait ce que fit la robe de César. Quod liiteratis est scripiura, hoc idiotis prœstat pictural (S. Grégoire le Grand, lib. ix, epist. ix.)

CERTITUDES s. f. {Logique, Métaphysique et Morale.) C'est proprement une qualité du jugement qui emporte l'adhésion forte et invincible de notre esprit à la proposition que nous affirmons.

On peut prendre le mot de certitude en différents sens : ce mot s'applique quelquefois à la vérité ou à la proposition même à laquelle l'esprit adhère, comme quand on dit la certitude de telle proposition, etc. Quelquefois il se prend, comme dans la définition que nous en avons donnée, pour l'adhésion même de l'esprit à la proposition qu'il regarde comme certaine.

On peut encore distinguer, comme M. d'Alembert l'a fait dans le Discours prélimiruiire de l Encyclopédie, l'évidence de la certitude, en disant que l'évidence appartient proprement aux idées dont l'esprit aperçoit la liaison tout d'un coup, et la certitude à celles dont il n'aperçoit la liaison que par le secours d'un certain nombre d'idées intermédiaires. Ainsi, par exemple : le tout est plus grand que sa partie, est une proposition évidente par elle-même, parce que l'esprit aperçoit tout d'un coup, et sans aucune idée intermédiaire, la liaison qui est entre les idées de tout et de plus grand, de partie et de plus petit; mais cette proposition : le carré de Vhypothénuse d'un triangle rectangle est égal à la somme des carrés des deux côtés, est une proposition certaine et non évidente par elle-même, parce qu'il

\. L'article Certitude est de l'abbé de Prades. Nous donnons ici le préambule dont Diderot le fit précéder et les quelques lignes qu'il mit à la suite. Cela est important, parce que c'est de ce rapprochement que les ennemis de V Encyclopédie tirèrent la preuve de la connivence des encyclopédistes avec l'abbé dans l'aflaire de la thèse de ce dernier. Cet article se trouvait à la fin du second volume, après la publication duquel eut lieu la première suspension de l'Encyclopédie.

faut plusieurs propositions in tormOdi aires et consécutives pour en apercevoir la vérité. Dans ce cas, on peut dire que la certitude résulte d'un nombre plus ou moins grand de propositions évidentes qui se suivent immédiatement, mais que l'esprit ne peut embrasser toutes à la fois, et (|u'il est obligé d'envisager et de détailler successivement.

D'où il s'ensuit, 1" (jue le nombre des propositions pourrait être si grand, môme en une démonstration géométrique, qu'elles en feraient un labyrinthe, dans lequel le meilleur esprit, venant à s'égarer, ne serait point conduit à la certitude. Si les propriétés de la spirale n'avaient pu se démontrer autrement que par la voie tortueuse qu'Arcbimède a suivie, un des meilleurs géomètres du siècle passé n'eût jamais été certain de la découverte de ces propriétés. J'ai lu plusieurs fois, disait-il, cet endroit d'Arcbimède, et je n'ai pas mémoire d'en avoir jamais senti toute la force : Et memini me nunquam vim illius percejJisse tolam.

2" De là il s'ensuit encore que la certitude en mathématiques naît toujours de l'évidence, puisqu'elle vient de la liaison aperçue successivement entre plusieurs idées consécutives et voisines.

Chambers dit que l'évidence est proprement dans la liaison que l'esprit aperçoit entre les idées, et la certitude dans le jugement qu'il porte sur ces idées ; mais il me semble que c'est là se jouer un peu des mots ; car voir la liaison de deux idées et juger, c'est la même chose.

On pourrait encore, comme on l'a fait dans le discours préliminaire de V Encyclopédie, distinguer l'évidence de la certitude, en disant que l'évidence appartient aux vérités purement spéculatives de métaphysique et de mathématiques , et la certitude aux objets physiques et aux faits que l'on observe dans la nature, et dont la connaissance nous vient par les sens. Dans ce sens, il serait évident que le carré de l'hypothénuse est égal aux carrés des deux côtés dans un triangle rectangle, et il serait certain que l'aimant attire le fer.

On distingue dans l'école deux sortes de certitude; l'une de spéculation, laquelle naît de l'évidence de la chose; l'autre d'adhésion, qui naît de l'importance de la chose. Les scolastiques appliquent cette dernière aux matières de foi. Cette dis-

tinction paraît assez frivole; car l'adhésion ne naît point de l'importance de la chose, mais de l'évidence ; d'ailleurs la certitude de spéculation et l'adhésion sont proprement un seul et même acte de l'esprit.

On distingue encore, mais avec plus de raison, les trois espèces suivantes de certitude^ par rapport aux trois degrés d'évidence qui la font naître.

La certitude métaphysique est celle qui vient de l'évidence métaphysique. Telle est celle qu'un géomètre a de cette proposition, que les trois angles d'un triangle sont égaux à deux angles droits, parce qu'il est métaphysiquement , c'est-à-dire absolument aussi impossible que cela ne soit pas, qu'il l'est qu'un triangle soit carré.

La certitude physique est celle qui vient de l'évidence physique : telle est celle qu'a une personne qu'il y a du feu sur sa main quand elle le voit et qu'elle se sent brûler, parce qu'il est physiquement impossible que cela ne soit pas, quoique absolument et rigoureusement parlant, cela pût ne pas être.

La certitude morale est celle qui est fondée sur l'évidence morale ; telle est celle qu'une personne a du gain ou de la perte de son procès, quand son procureur ou ses amis le lui mandent, ou qu'on lui envoie copie du jugement, parce qu'il est moralement impossible que tant de personnes se réunissent pour en tromper une autre à qui elles prennent intérêt, quoique cela ne soit pas rigoureusement et absolument impossible.

On trouve dans les Transactions philosophiques un calcul algébrique des degrés de la certitude morale, qui provient des témoignages des hommes dans tous les cas possibles.

L'auteur prétend que si un récit passe avant que de parvenir jusqu'à nous par douze personnes successives, dont chacune lui donne | de certitude, il n'y aura plus que \ de certitude après ces douze récits, de façon qu'il y aura autant à parier pour la vérité que pour la fausseté de la chose en question ; que si la proportion de la certitude est de {|f , elle ne tombera alors à j qu'au soixante-dixième rapport ; et que si elle n'est que -j^,, elle ne tombera alors à | qu'au six cent quatre-vingt-quinzième rapport.

CKiniTUDE. C9

En pjénéral, soit l la fraction qui exprime la rer/i/udr que chacun donne au lécit, ce n'cil passant par deux témoins n'aura

plus, selon l'auteur dont nous parlons, que |^, de rcr/iludc; et

>i passant par it léMiiolns, la rrrlifudc sera ^^. Cela est aisé à

1) prouver par les règles des combinaisons. Supposons, comme ci-dessus, la certitude = | et deux témoins successifs ; il y a donc, pour ainsi dire un cas où le premier trompera, cinq où il dira vrai; un cas où le second trompera, et cinq où il dira vrai. Il y a donc trente-six cas en tout, et vingt-cinq cas où ils diront vrai tous deux; donc la certitude est || = (|)', et ainsi des autres.

Quant aux témoignages qui concourent, si deux personnes rapportent un fait et qu'elles lui donnent chacune en particulier I de certitude^ le fait aura alors par ce double témoignage || de certitude, c'est-à-dire sa probabilité sera à sa non-probabilité dans le rapport de trente-cinq à un. Si trois témoignages se réunissent, la certitude sera de fff. Le concours du témoignage de dix personnes qui donnent chacune { de certitude produira j-^ de certitude par la même raison. Cela est évident, car il y a trente-six cas en tout, et il n'y a qu'un cas où elles trompent toutes les deux. Les cas où l'une des deux tromperait doivent être comptés pour ceux qui donnent la certitude; car il n'en est pas ici comme du cas précédent, où les deux témoins sont successifs, et où l'un reçoit la tradition de l'autre. Ici les deux témoins sont supposés voir le fait et le connaître indépendamment l'un de l'autre; il suffit donc que l'un des deux ne trompe pas, au lieu que dans le premier cas la tromperie du premier rend le second trompeur, même quand il croit ne tromper pas et qu'il a intention de dire la vérité.

L'auteur calcule ensuite la certitude de la tradition orale, écrite et transmise successivement, et confirmée par plusieurs rapports successifs. Voyez l'article Probabilité, et surtout la suite de celui-ci, où la valeur de ces calculs et des raisonnements absurdes sur lesquels ils sont fondés est appréciée ce qu'elle vaut. C'est une dissertation de M. l'abbé de Prades, destinée à servir de discours préliminaire à un ouvrage important sur la vérité de la religion. Nous l'eussions peut-être analysée, si nous n'avions craint d'en altérer la force. L'objet

d'ailleurs en est si grand, les idées si neuves et si belles, le ton si noble, les preuves si bien exposées, que nous avons mieux aimé la rapporter tout entière. Nous espérons que ceux à qui l'intérêt de la religion est à cœur nous en sauront gré, et qu'elle sera très-utile aux autres. Au reste, nous pouvons assurer que si la fonction d'éditeur de Y Encyclopédie nous a jamais été agréable, c'est particulièrement dans ce moment. Mais il est temps de laisser parler l'auteur lui-même ; son ouvrage le louera mieux que tout ce que nous pourrions ajouter.

C'est ainsi qu'il convient de défendre la religion. Voilà ce qu'on peut appeler prendre son ennemi corps à corps et l'attaquer par les endroits les plus inaccessibles. Ici tout est rempli de sens et d'énergie, et il n'y a pas la moindre teinture de fiel. On n'a pas craint de laisser à son antagoniste ce qu'il pouvait avoir d'adresse et d'esprit, parce qu'on était sûr d'en avoir plus que lui. On l'a fait paraître sur le champ de bataille avec tout l'art dont il était capable, et on ne l'a point surpris lâchement, parce qu'il fallait qu'il se confessât lui-même vaincu, et qu'on pouvait se promettre cet avantage. Qu'on compare celte dissertation avec ce qu'on a publié jusqu'à présent de plus fort sur la même matière, et l'on conviendra que si quelqu'un avait donné lieu à un si bel écrit, par les objections qu'on y résout, il aurait rendu un service important à la religion, quoiqu'il y qùXqw peut-être de la témérité aies proposer, surtout en langue vulgaire. Je dis peut-être^ parce que l'évidence est sûre d'obtenir tôt ou tard un pareil triomphe sur les prestiges du sophisme. Le mensonge a beau soufller sur le flambeau de la vérité ; loin de l'éteindre, tous ses efforts ne font qu'en redoubler l'éclat. Si l'auteur des Pensées philosophiques aimait un peu son ouvrage, il serait bien content de trois ou quatre auteurs que nous ne nommerons point ici par égard pour leur zèle et par respect pour leur cause; mais en revanche, qu'il serait mécontent de M. l'abbé de Prades, s'il n'aimait infiniment la vérité! Nous invitons ce dernier à suivre sa carrière avec courage, et à employer ses grands talents à la défense du seul culte sur la terre qui mérite un défenseur tel que lui. Nous disons aux autres et à ceux qui seraient tentés de les imiter : Sachez quil n'y a point d'objections qui puissent faire à la religion autant de

le k

C'KST POUHOUOI. 71

mal que les inmivaisci n'ponscs ; sarlivz que Icllc est la vi/rJuin- <rt('' des /i(nn)/ii's, qiw si rans n'avez rien dit qui raille, on avilira votre eause en vous faisant l' honneur de croire qu'il n'y avait rien de mieux à dire.

CESSbJIJ, DiscoMLNUEH, KrNiii. [Gramm. synon.) Termes relatifs à la durée successive d'une action. On finit en achevant; on cesse en abandonnant ; on discontinue en interrompant. Pour finir son discours à propos, il faut prévenir le moment où l'on ennuierait; on doit eesser sa poursuite quand on s'aperçoit qu'elle est inutile ; il faut discontinuer le travail quand on est fatigué.

GESTE. [Myth.) Ceinture mystérieuse dont l'imagination d'Homère a fait présent à Vénus. Ses deux effets les plus merveilleux étaient de rendre aimable la personne qui la portait aux yeux de ceux môme qui n'aimaient plus. L'hymen, le plus grand ennemi de la tendresse, n'était pas à l'abri de son prestige, ainsi que Jupiter s'en aperçut bien sur le mont Ida. Mercute fut accusé de l'avoir volée. Le mot ceste vient du grec xecïToç, ceinture, ou autre ouvrage fait à l'aiguille; et de ceste on fait inceste, qui signifie au simple ceinture déliée; et au figuré, concubinage ou fornication en général. On a restreint, depuis, ce terme à la fornication entre personnes alliées par le sang.

C'EST POURQUOI, Ainsi. {Gramm. synon.) Termes relatifs à la liaison d'un jugement de l'esprit avec un autre jugement. Cest pourquoi, dit M. l'abbé Girard dans ses Synonymes français, renferme dans sa signification particulière un rapport de cause et d'effet ; et ainsi ne renferme qu'un rapport de prémisses et de conséquence. Les femmes sont changeantes, c'est pourquoi les hommes deviennent inconstants ; nous leur dondons la liberté, ainsi nous paraissons les estimer plus que les Orientaux qui les enferment. Cest pourquoi se rendrait par cela est la raison jjour laquelle; et ainsi, ])a.r cela étant . La dernière de ces expressions n'indique qu'une condition. L'exemple suivant, où elles pourraient être employées toutes deux, en fera bien sentir la différence. Je puis dire : nous avons quelque affaire à la campagne, ainsi ?ious partirons demain, s'il fait beau; ou c'est pourquoi Jious partirons demain, s'il fait beau. Dans cet exemple, ainsi se rapporte à s'il fait beau, qui n'est que la con-

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