CAUCASE
bornes précises de; la nrccssilc' dans lesquelles il faut tenir les abus et les scandales. Voj/. Anis-Locirnus et Cas dk conscience.
CATilKDKAM':, s. 1". (///.s/. '.rrU's.) On entend par ce mot Vâjlisc cpiscopalc d'un lieu. Ce nom lui a été donné du mot cathedra^ ou siège épiscopal. On liie l'origine de ce nom de ce que les prêtres qui composaient l'ancien presbylerium avec leur évêquc étaient assis dans des chaires à la manière des Juifs dans leurs consistoires, et que l'évêque présidait dans un siège plus élevé ; d'où vient qu'on célèbre encore présentement les fêtes de la chaire de Saint-Pierre à Rome et à Antioche. Il ne faut pas confondre ces anciennes cathédrales avec les églises qu'on nomme aujourd'hui cathcdrales, parce que ce mot d'église ne signifiait en ce temps-là qu'une assemblée de chrétiens, et non jdes temples, comme ils sont bâtis aujourd'hui, et que les chrétiens n'ont point eu la liberté de bâtir ces temples avant l'empereur Constantin. Néanmoins plusieurs auteurs espagnols qui ont écrit de l'antiquité de leurs églises cathédrales assurent qu'il y en a eu de bâties dès le temps des apôtres : mais tout ce qu'on dit de ces anciennes cathédrales est fabuleux. Quant au nom d'église cathédrale, il n'est pas fort ancien. On appelait l'église principale celle où l'évêque célébrait ordinairement, la grande église, l'église épiscopale, l'église de la ville. Le nom de cathédrale n'a été en usage que dans l'église latine, et depuis le x^ siècle.
CAUCASE, s. m. {Myth. et Géog.) Chaîne de montagnes qui commence au-dessus de la Colchide et finit à la mer Caspienne. C'est là que Prométhée enchaîné eut le foie déchiré par un vautour ou par un aigle. Les habitants de cette contrée prenant, si l'on en croit Philostrate, cette fable à la lettre, faisaient la guerre aux aigles, dénichaient leurs petits, et les perçaient avec des flèches ardentes ; ou l'interprétant, selon Strabon, de la condition malheureuse des humains, ils se mettaient en deuil à la naissance des enfants, et se réjouissaient àleurs funérailles. Il n'y a point de chrétien vraiment pénétré des vérités de sa religion qui ne dût imiter l'habitant du Caucase, et se féliciter de la mort de ses enfants. La mort assure à l'enfant qui vient de naître une félicité éternelle, et le sort de l'homme qui paraît avoir vécu le plus saintement est encore incertain. Que notre religion est tout à la fois terrible et consolante !
iO CEINTURE.
CEILAN, Zeylan ou Cevlon. [Géog.) Ile très-considérable d'Asie, dans la mer des Indes; les Hollandais en possèdent presque toutes les côtes, et le roi de Candi est maître de l'intérieur du pays, qui contient sept royaumes; les insulaires se nomment CIdngulais; ils sont idolâtres. Leurs mariages se font d'une manière assez extraordinaire; c'est la fille qui choisit un mari, et qui fait ensuite part de son choix à ses parents, qui, lorsqu'ils l'approuvent, préparent un grand repas. Le fiancé va avec ses amis chez sa fiancée; ils se lient les pouces ensemble, et vont ensuite se coucher ; ou l'homme tient un bout du linge de la femme, et le met autour de ses reins; la femme tient l'autre bout, on leur verse de l'eau sur la tête et sur le corps; cela fait, ils vivent ensemble aussi longtemps qu'ils s'accordent. La première nuit des noces est au mari, la seconde est pour son frère, et s'il a un troisième ou quatrième frère, jusqu'au septième, chacun a sa nuit; de cette manière une femme suffît pour une famille entière. Les Ghingulais ont un soin extrême de ne jamais se mésallier, et ils poussent le scrupule si loin sur leur noblesse, qu'ils ne prendraient point la moindre chose, pas même un verre d'eau, chez un homme d'un rang inférieur au leur; un homme du commun n'a pas la permission même de frapper à la porte de son supérieur. Les femmes qui sont convaincues d'avoir eu commerce avec quelqu'un au-dessous d'elles sont punies de mort. L'île de Ceilan est fort abondante en cannelle, gingembre, ivoire, pierres précieuses, camphre, etc. C'est la Taprobane des Anciens.
CEINTURE, s. f. [Hist. anc. et mod.) Lisière de soie, de laine, de cuir ou d'autres matières, que l'on attache autour des reins. L'usage en est ancien. Chez les Juifs, Dieu ordonna au grand prêtre d'en porter une. Les Juifs étaient ceints lorsqu'ils célébraient la Pâque, suivant l'ordre qu'ils en avaient reçu. Dès ce temps la ceinture servait aussi de bourse. L'amplitude des habits grecs et romains en rendit l'usage nécessaire chez ces peuples. Ceux qui disputaient dans les jeux olympiques se ceignaient : mais vers la trente-quatrième olympiade, la ceinture leur fut interdite et ils se dépouillèrent pour courir. La défense de porter la ceinture fut quelquefois chez les Anciens une tache d'ignominie et la punition de quelque faute; d'où il s'ensuit que cette partie du vêtement marquait quel-
CKINTIJHK. /,!
que dignid'! parmi eux. F.a ceinture n'était pas moins à l'usage des femmes que des hommes; elles s'en servaient, soit pour relever leurs robes, soit pour en fixer les plis. Il y avait de la grâce à soutenir à la hauteur de la main le lé du côté droit, ce qui laissait le bas de la jaudie à découvert; et une négligence outrée, à n'avoir point de ceinture et à laisser tomber sa tunique : de là les expressions latines disciucti, alte cineli^ pour désigner un homme indolent ou alerte. Mécène ayant témoigné peu d'inquiétude sur les derniers devoirs de la vie, persuadé que la nature prend soin ellemême de notre sépulture, Sénèque dit de lui : « aile cinctum dixisse putes » ; vous croiriez que celui qui a dit ce mot portait sa ceinture bien haut. « Gardez-vous, dit Sylla en parlant de César, d'un homme dont la ceinture est trop lâche. » Il y avait chez les Celtes une ceinture qui servait pour ainsi dire de mesure publique de la taille parmi les hommes. Comme l'état veillait à ce qu'ils fussent alertes, il punissait ceux qui ne pouvaient la porter. L'usage des ceintures a été fort commun dans nos contrées; mais les hommes ayant cessé de s'habiller en long, et pris le justaucorps et le manteau court, l'usage s'en est restreint peu à peu aux premiers magistrats, aux gens d'Église, aux religieux et aux femmes ; encore les femmes n'en portent-elles presque plus aujourd'hui, que les paniers et les robes lâches sont devenus communs, malgré les ecclésiastiques, qui se récrièrent beaucoup contre cette mode, qui, laissant aux femmes, à ce qu'ils croyaient, la liberté de cacher les suites de leurs fautes, pronostiquait un accroissement de dissolution. Nous avons jadis attaché, ainsi que les Anciens, une marque d'infamie à la privation de la ceinture -^ les banqueroutiers et autres débiteurs insolvables étaient contraints de la quitter. La raison de cet usage est que nos ancêtres attachant à \tViV ceinture une bourse, des clefs, etc., la ceinture était un symbole d'état ou de condition, dont la privation de cette partie du vêtement indiquait qu'on était déchu. L'histoire rapporte que la veuve de Philippe 1", duc de Bourgogne, renonça au droit qu'elle avait à sa succession, en quittant sa ceinture sur le tombeau du duc.
La distinction des étoffes et des habits subsista en France jusqu'au commencement du xV" siècle. On a un arrêt du Parle-
h2 CELIBAT.
ment de 1420, qui défend aux femmes prostituées la robe à collet renversé, la queue, les boutonnières, et la ceinture dorée: mais les femmes galantes ne se soumirent pas longtemps à cette défense, l'uniformité de leur habillement les confondit bientôt avec les femmes sages; et la privation ou l'usage de la ceinture n'étant plus une marque de distinction, on fit le proverbe : Bonne renommée vaut mieux que ceinture dorée.
L'usage des ceintures parmi nous n'étant point passé, mais seulement restreint, comme nous l'avons dit, nous avons une communauté de ceinturiers. Les ceinturiers s'appelaient autrefois courroyers.
Ceinture de virginité des modernes ,• elle n'a rien de commun avec celle des Anciens. Chez les Anciens, l'époux ôtait à sa femme la ceinture virginale la première nuit de ses noces ; et chez les modernes, c'est un présent qu'un mari jaloux lui fait quelquefois dès le lendemain. Cette ceinture est composée de deux lames de fer très-flexibles, assemblées en croix; ces lames sont couvertes de velours. L'une de ces lames fait le tour du corps au-dessus des reins; l'autre passe entre les cuisses, et son extrémité vient rencontrer les deux extrémités de la première lame ; elles sont toutes trois tenues réunies par un cadenas dont le mari seul a le secret. La lame qui passe entre les cuisses est percée de manière à assurer un mari de la sagesse de sa femme, sans gêner les autres fonctions naturelles. On dit que cet instrument si infâme, si injurieux au sexe, a pris naissance en Italie ; c'est peut-être une calomnie ; ce qu'il y a de certain, c'est que l'Italie n'est pas le seul pays où l'on en ait fait usage.
CELEUSME, s. m. {Hist. anc.) C'est le nom du cri par lequel on exhortait chez les Grecs les rameurs à redoubler leurs efforts. Ce cri était, selon Aristophane, rhippapé ou oop. Le céleusme était aussi à l'usage des gens de mer, chez les Romains. « Les commandants avec leurs céleusmes, dit Arrien, ordonnaient aux rameurs de commencer ou de cesser; et les rameurs, répondant par un cri, plongeaient tous à la fois leurs rames dans le fleuve. »
CELIBAT, s. m. [Hist. anc. et mod. et yjiorale.) C'est l'état d'une personne qui vit sans s'engager dans le mariage. Cet état peut être considéré en lui-même sous trois aspects différents :
ci: LIMA T. 43
1" ou (''pard à rcspèco, hiimaiiic ; 2° à la société; 3" à la société clirélicniic. Mais avant ([uc de considérer le cHibul en luimôme, nous allons exposer en peu de mots sa fortune et ses révolutions parmi les lionnnes. M. Morin, de rAcad»''mie des Belles-Lettres, en réduit l'iiistoire aux propositions suivantes. Le cHibal est aussi ancien que le monde ; il est aussi étendu que le monde : il durera autant et infiniment plus que le monde.
Histoire (ibrâjîc du a'iibat. Le célibat est aussi ancien que le monde, s'il est vrai, ainsi que le prétendent quelques auteurs de l'ancienne et de la nouvelle loi, que nos premiers parents ne perdirent leur innocence qu'en cessant de garder le célibat; et qu'ils n'auraient jamais été chassés du paradis s'ils n'eussent mangé le fruit défendu ; action qui dans le style modeste et figuré de l'Écriture ne désigne autre chose, selon eux, que l'infraction du ci'iibat. Ils tirent les preuves de cette interprétation grammaticale du sentiment de nudité qui suivit immédiatement le péché d'Eve et d'Adam; de l'idée d'irrégularité attachée presque par toute la terre à l'acte charnel; de la honte qui l'accompagne; du remords qu'il cause; du péché originel qui se communique par cette voie : enfin de l'état où nous retournerons au sortir de cette vie, où il ne sera question ni de maris ni de femmes, et qui sera un cclibat éternel.
11 ne m'appartient pas, dit M. Morin, de donner à cette opinion les qualifications qui lui conviennent; elle est singu^lière : elle paraît opposée à la lettre de l'Écriture; c'en est assez pour la rejeter. L'Écriture nous apprend qu'Adam et Eve vécurent dans le paradis comme frère et sœur, comme les anges vivent dans le ciel, comme nous y vivrons un jour; cela suffit, et voilà le premier et le parfait célibat. Savoir combien il dura, c'est une question purement curieuse. Les uns disent quelques heures ; d'autres quelques jours ; il y en a qui, fondés sur des raisons mystiques, sur je ne sais quelles traditions de l'Église grecque, sur l'époque de la naissance de Gain, poussent cet intervalle jusqu'à trente ans.
A ce premier célibat, les docteurs juifs en font succéder un autre qui dura bien davantage ; car ils prétendent qu'Adam et Eve, confus de leur crime, en firent pénitence pendant cent ans, sans avoir aucun commerce ensemble; conjecture qu'ils établissent sur la naissance de Seth, leur troisième fils, que Moïse
Uk CELIBAT.
ne leur donne qu'cà l'âge de cent trente ans. Mais à parler juste, il n'y a qu'Abel à qui l'on puisse attribuer l'honneur d'avoir gardé le célibat pendant toute la vie. Savoir si son exemple fut imité dans les générations suivantes; si les fils de Dieu qui se laissèrent corrompre par les filles des hommes n'étaient point une espèce de religieux qui tombèrent dans le désordre, c'est ce que l'on ne saurait dire; la chose n'est pas impossible. S'il est vrai qu'il y eût alors des femmes qui affectaient la stérilité, comme il paraît par un fragment du prétendu livre d'Enoch, il pourrait bien y avoir eu aussi des hommes qui en fissent profession ; mais les apparences n'y sont pas favorables. Il était question alors de peupler le monde; la loi de Dieu et celle de la nature imposaient à toutes sortes de personnes une espèce de nécessité de travailler à l'augmentation du genre humain; et il est à présumer que ceux qui vivaient dans ce temps-là se faisaient une affaire principale d'obéir à ce précepte. Tout ce que l'histoire nous apprend, dit M. Morin, des patriarches de ce temps-là, c'est qu'ils prenaient et donnaient des femmes; c'est qu'ils mirent au monde des fils et des filles, et puis moururent, comme s'ils n'avaient eu rien de plus important à faire.
Ce fut à peu près la même chose dans les premiers siècles qui suivirent le déluge. Il y avait beaucoup à défricher, et peu d'ouvriers ; c'était à qui engendrerait le plus. Alors l'honneur, la noblesse, la puissance des hommes, consistaient dans le nombre des enfants ; on était sûr par là de s'attirer une grande considération, de se faire respecter de ses voisins et d'avoir une place dans l'histoire. Celle des Juifs n'a pas oublié le nom de Jaïr, qui avait trente fils dans le service ; ni celle des Grecs, les noms de Danaûs et d'Egyptus, dont l'un avait cinquante fils, et l'autre cinquante filles. La stérilité passait alors pour une espèce d'infamie dans les deux sexes, et pour une marque non équivoque de la malédiction de Dieu ; au contraire, on regardait comme un témoignage authentique de sa bénédiction d'avoir autour de sa table un grand nombre d'enfants. Le célibat était une espèce de péché contre nature; aujourd'hui, ce n'est plus la même chose.
Moïse ne laissa guère aux hommes la liberté de se marier ou non. Lycurgue nota d'infamie les célibataires. Il y avait même une solennité particulière àLacédémone, où les femmes les pro-
duisaient tout nus au pied des autels, et leur faisaient faire à la nature une amende honorable, qu'elles accompagnaient d'une correction très-sévère. Ces républicains poussèrent encore les précautions plus loin, en publiant des règlements contre ceux qui se mariaient trop tard, o-ir/aixia, et contre les maris qui n'en usaient pas bien avec leurs femmes, xajcoyafAïa.
Dans la suite des temps, les hommes étant moins rares, on mitigea ces lois pénales, l'iaton tolère, dans sa République, le c^//^«/ jusqu'à trente-cinq ans; mais passé cet âge, il interdit seulement les irlibataircs des emplois, et leur marque le dernier rang dans les cérémonies publiques. Les lois romaines, qui succédèrent aux grecques, furent aussi moins rigoureuses contre le célibat; cependant les censeurs étaient chargés d'empêcher ce genre de vie solitaire, préjudiciable à l'État, cœlibes esse prohibcndo. Pour le rendre odieux, ils ne recevaient les célibataires ni à tester, ni à rendre témoignage; et voici la première question que l'on faisait à ceux qui se présentaient pour prêter serment : ex animi lui sententia, lu equum habes, tu uxorem habes? à votre âme et conscience, avez-vous un cheval, avezvous une femme? mais les Romains ne se contentaient pas de les affliger dans ce monde, leurs théologiens les menaçaient aussi de peines extraordinaires dans les enfers. Extrema omnium calamitas et i7?ipielas accidit illi qui absque filiis a vita disceditj et dœmonibus jnaximas dal pœnas post obitum. C'est la plus grande des impiétés et le dernier des malheurs, de sortir du monde sans y laisser des enfants ; les démons font souffrir à ces gens-là de cruelles peines après leur mort.
Malgré toutes ces précautions temporelles et spirituelles, le célibat ne laissait pas de faire son chemin ; les lois mêmes en sont une preuve. On ne s'avise pas d'en faire contre des désordres qui ne subsistent qu'en idée ; savoir par où et comment celui-ci commença, l'histoire n'en dit rien : il est à présumer que de simples raisons morales et des goûts particuliers l'emportèrent sur tant de lois pénales, bursales, infamantes, et sur les inquiétudes de la conscience. Il fallut sans doute, dans les commencements, des motifs plus pressants, de bonnes raisons physiques ; telles étaient celles de ces tempéraments heureux et sages, que la nature dispense de réduire en pratique la grande règle de la multiplication ; il y en a eu dans tous les temps. Nos
auteurs leur donnent des titres flétrissants ; les Orientaux au contraire les appellent eunuques du soleil, eunuques du ciel, faits par la main de Dieu, qualités honorables, qui doivent non-seulement les consoler du malheur de leur état, mais encore les autoriser devant Dieu et devant les hommes à s'en glorifier, comme d'une grâce spéciale, qui les décharge d'une bonne partie des sollicitudes de la vie, et les transporte tout d'un coup au milieu du chemin de la vertu.
Mais sans examiner sérieusement si c'est un avantage ou un désavantage, il est fort apparent que ces béats ont été les premiers à prendre le parti du célibat; ce genre de vie leur doit sans doute son origine, et peut-être sa dénomination; car les Grecs appelaient les invalides dont il s'agit xo>.oPol, qui n'est pas éloigné de cœlihes. En effet, le célibat était le seul parti que les y.o"Xo[3oi eussent à prendre pour obéir aux ordres de la nature, pour leur repos, pour leur honneur, et dans les règles de la bonne foi; s'ils ne s'y déterminaient pas d'eux-mêmes, les lois leur en imposaient la nécessité ; celle de Moïse y était expresse. Les lois des autres nations ne leur étaient guère plus favorables; si elles leur permettaient d'avoir des femmes, il était aussi permis aux femmes de les abandonner.
Les hommes de cet état équivoque et rare dans les commencements, également méprisés des deux sexes, se trouvèrent exposés à plusieurs mortifications, qui les réduisirent à une vie obscure et retirée; mais la nécessité leur suggéra bientôt différents moyens d'en sortir, et de se rendre recomm-andables ; dégagés des mouvements inquiets de l'amour étranger et de l'amour propre, ils s'assujettirent aux volontés des autres avec un dévouement singulier; et ils furent trouvés si commodes, que tout le monde en voulut avoir ; ceux qui n'en avaient point en firent par une opération hardie et des plus inhumaines : les pères, les maîtres, les souverains, s'arrogèrent le droit de réduire leurs enfants, leurs esclaves, leurs sujets, dans cet état ambigu ; et le monde entier, qui ne connaissait dans le commencement que deux sexes, fut étonné de se trouver insensiblement partagé en trois portions à peu près égales.
A ces célibats peu volontaires il en succéda de libres qui augmentèrent considérablement le nombre des premiers. Les gens de lettres et les philosophes par goût; les athlètes, les
gladiateurs, les nmsicioiis, par raison d'état; iino infinité d'autres par libertinage; quelques-uns par vertu, prirent un parti que Diogène trouvait si doux, qu'il s'étonnait que sa ressource ne devînt pas plus à la mode. Quelques professions y étaient obligées, telles que celle de teindre en écarlate, baphiarii. L'ambition et la politique grossirent encore le corps des (•cUhatdiresj ces hommes bizarres furent ménagés par les grands même, avides d'avoir place dans leur testament ; et par la raison contraire, les pères de famille dont on n'espérait rien furent oubliés, négligés, méprisés.
Nous avons vu jusqu'à présent le côlibat interdit, ensuite toléré, puis approuvé, enfin préconisé ; il ne tarda pas à devenir une condition essentielle dans la plupart de ceux qui s'attachèrent au service des autels. Melchisédech fut un homme sans famille et sans généalogie. Ceux qui se destinèrent au service du temple et au culte de la loi furent dispensés du mariage. Les filles eurent la même liberté. On assure que Moïse congédia sa femme quand il eut reçu la loi des mains de Dieu. Il ordonna aux sacrificateurs dont le tour d'olTicier à l'autel approcherait de se séquestrer de leurs femmes pendant quelques jours. Après lui les prophètes Élie, Elisée, Daniel et ses trois compagnons vécurent dans la continence. Les Nazaréens et la plus saine partie des Esséniens nous sont représentés par Josèphe comme une nation merveilleuse, qui avait trouvé le secret que Métellus Numidicus ambitionnait, de se perpétuer sans mariage, sans accouchement et sans aucun commerce avec les femmes.
Chez les Égyptiens, les prêtres d'Isis et la plupart de ceux qui s'attachaient au service de leurs divinités faisaient profession de chasteté ; et pour plus de sûreté, ils y étaient préparés dès leur enfance par des chirurgiens. Les gymnosophistes, les brachmanes, les hiérophantes des Athéniens, une bonne partie des disciples de Pythagore, ceux de Diogène, les vrais cyniques, et en général tous ceux et toutes celles qui se dévouaient au service des déesses, en usaient de la même manière. Il y avait dans la Thrace une société considérable de religieux célibataires, appelés jcrtcai ou créateurs, de la faculté de se produire sans le secours des femmes. L'obligation du célibat était imposée chez les Perses aux filles destinées au ser-
(,8 CELIBAT.
vice du soleil. Les Athéniens ont eu une maison de vierges. Tout le monde connaît les vestales romaines. Chez nos anciens Gaulois, neuf vierges, qui passaient pour avoir reçu du ciel des lumières et des grâces extraordinaires, gardaient un oracle fameux dans une petite île nommée Séné, sur les côtes de l'Armorique. Il y a des auteurs qui prétendent même que l'île entière n'était habitée que par des filles, dont quelques-unes faisaient de temps en temps des voyages sur les côtes voisines, d'où elles rapportaient de petits embryons pour conserver l'espèce. Toutes n'y allaient pas; il est à présumer, dit M. Morin, que le sort en décidait, et que celles qui avaient le malheur de tirer un billet noir étaient forcées de descendre dans la barque fatale qui les exposait sur le continent. Ces filles consacrées étaient en grande vénération; leur maison avait des privilèges singuliers, entre lesquels on peut compter celui de ne pouvoir être châtiées pour un crime, sans avoir avant toute chose perdu la qualité de fille.
Le célibat a eu ses martyrs chez les païens, et leurs histoires et leurs fables sont pleines de filles qui ont généreusement préféré la mort à la perte de l'honneur. L'aventure d'Hippolyte est connue, ainsi que sa résurrection par Diane, patronne des célibataires. Tous ces faits et une infinité d'autres étaient soutenus par les principes de la croyance. Les Grecs regardaient la chasteté comme une grâce surnaturelle ; les sacrifices n'étaient point censés complets, sans l'intervention d'une vierge ; ils pouvaient bien être commencés, libare -, mais ils ne pouvaient être consommés sans elles, litare. Ils avaient sur la virginité des propos magnifiques, des idées sublimes, des spéculations d'une grande beauté ; mais en approfondissant la conduite secrète de tous ces célibataires, et de tous ces virtuoses du paganisme, on n'y découvre, dit M. Morin, que désordres, que forfanterie et qu'hypocrisie. A commencer par leurs déesses, Vesta, la plus ancienne, était représentée avec un enfant; où l'avait-elle pris? Minerve avait par devers elle Érichtonius, une aventure avec Vulcain, et des temples en qualité de mère. Diane avait son chevalier Virbius et son Endymion; le plaisir qu'elle prenait à contempler celui-ci endormi en dit beaucoup et trop pour une vierge. Myrtilus accuse les Muses de complaisances un peu trop fortes pour un certain Mégalion, et leur donne à toutes des enfants
CKLIIJAT. 69
qu'il noiiiiiK! nom par nom. (l'est |)(;u(-cli(! {)oui' culte raison ([ne l'abbc' (larlaud les a|)|)('llo les filles de ÏOpîru de Jupilir. Les (lieux vierges no valaient guère mieux que les déesses, témoin Apollon et Mercure.
Les prêtres, sans en excepter ceux de Cybôlc, ne passaient pas dans le monde pour des gens d'une conduite bien régulière: on n'enterrait pas vives toutes les vestales qui péchaient. Pour l'honneur de leurs philosophes, M. Morin s'en lait, et finit ainsi l'histoire du rcUbtit, tel qu'il était au berceau, dans l'enfance, entre les bras de la nature ; état bien diiïérent du haut degré de perfection où nous le voyons aujourd'hui : changement qui n'est pas étonnant; celui-ci est l'ouvrage de la Grâce et du Saint-Esprit ; celui-là n'était que l'avorton imparfait d'une nature déréglée, dépravée, débauchée, triste rebut du mariage et de la virginité. (Voyez les Mémoires de l Aradéinie des InscriptionSy t. VI, p. 308. Ilist. critîq. du Cclibal). Tout ce qui précède n'est absolument que l'analyse de ce mémoire ; nous en avons retranché quelques endroits longs ; mais à peine nous sommes-nous accordé la liberté de changer une seule expression dans ce que nous en avons employé: il en sera de même dans la suite de cet article ; nous ne prenons rien sur nous, nous nous contenterons seulement de rapporter fidèlement, non-seulement les opinions, mais les discours mêmes des auteurs, et de ne puiser ici que dans des sources approuvées de tous les honnêtes gens. Après avoir montré ce que l'histoire nous apprend du célibat , nous allons maintenant envisager cet état avec les yeux de la philosophie, et exposer ce que différents écrivains ont pensé sur ce sujet.
Du célibat considéré en lui-même, 1° eu égard à V espèce humaine. Si un historien ou quelque voyageur nous faisait la description d'un être pensant, parfaitement isolé, sans supérieur, sans égal, sans inférieur, à l'abri de tout ce qui pourrait émouvoir les passions, seul en un mot de son espèce, nous dirions sans hésiter que cet être singulier doit être plongé dans la mélancolie ; car quelle consolation pourrait-il rencontrer dans un monde qui ne serait pour lui qu'une vaste solitude? Si l'on ajoutait que malgré les apparences il jouit de la vie, sent le bonheur d'exister, et trouve en lui-même quelque félicité ; alors nous pourrions convenir que ce n'est pas tout à fait un monstre, et XIV. 4
que relalivcmeiit à Im^même sa constitution n'est pas ontivrement absurde : <nuds nous îi'irjonsjanum jusqu'à dire qu'il est bon. Cependant si l'on, insistait, et qu'onobjectât qu'il est parfait dans son genre, et conséquemment que mous lui refusons à tort l'épithète de bon.; car qu'importe qu'il ait quelque chose ou qu'il n'ait rien à démêler avec d'autres., ;il faudrait bien franchir le mat, et reconnaîtne que icettêtre est bon,'S'iil est possible toutefois <qu!il soit ;pa):fait,enlm->mcme, sans avoir aucun .rapport aucune liaison avec l'univers dans lequel il est placé.
Maie si i'ton -venflit .à décou^mr à ila longue quelque système dans la nature dont l'espèce d'automate en question ;pùt être considéré comme faisant partie ; si l'on entrevoyait dans sa «tructure des .liens qui .l'attachassent à des êtres semblables à lui ; si sa conformation indiquait une chaîne de créatures utiles qui ne pût s'accroître et s'éterniser que par l'emploi des facultés qu'il aurait reçues de la nature., il perdrait incontinent Ifi titre de bon dontiuous l'avons idécoré; «car comment ce titre conviendrait-il à un individu qui., par son inaction et sa solitude, tendrait aussi directement à la ruine de son espèce? La conservation de l'espèce n'«&t-elle pas un ides devoirs «essentiels de l'individu, et tout individu qui i-aisonne «t qui est bien coniormé ne se i?end-!il pas coupable en manquant à ce devoir, à îmoins qu'il n'en ait été dispensé .par quelque autorité supéjEieure à celle de la naituufii? tVoyez XEmai sur 'le mérite <et la Vertu.
J'ajoute, à moins qu'il m'en ait iéié dispensé par. quelque autorité supérieure à celle de la natune, afin qu'il soit bien clair qu'il ne s'agit nullement ici à\i célibat coiïsaoïw pm^da religion', .mais de celui que l'imprudence, .la misanthi^opift, Ja légèreté, île libertinage., forment toxis les jours; ide xelui 'OÙ les deux sexes se corrompant par les sentiments naturels mêmes, ou -étouffant en eux ces 'sentiments sans aucune nécessité, fuient ^une union qui doit les rendre meilleurs, pom' vivre, soit dans un éloignement stérile., soit dans des unions qui les rendent toujours pii'es. Nous {n'ignorons pas que celui qui a donné à .l'homme tous ses membres peut le dispensai' de l'usage de quelques-'iins^ 'OU même lui défendre '.cet -usage, et itémoigner que ce saGrifice lui est agréable. Nous ne nions point qu'il n'y ait une certaine pureté corporelle,, .dont la nature abandonnée
CÉLIUAT. M
àelle-môme ne se serait jamais avis^'C, mais que iDieu a jugée nécessaire ipour approcher pJus dignement des lieux saints qu'il thahite, et vaquer d'une manière plus spirituelle au ministè^re -de ses autels. Si nous ne trouvons point en nous le germe de cette pureté, c'est qu'elle est, pour ainsi dire, une vertu révélée fit de foi.
Du célîhdt ronaidérâ, H" ru fignrd à la soriéic. 'Le cHibirt :que la religion n'a point sanctifié ne peut pas être contraire à la propagation de d'espèce humaine, ainsi que nous venons de le démontrer, sans (être nuisible ù la société. Il nuit à la société en l'appauvrissant et en la corrompant. En Vappauvrkmnl, s'il 'fist vrai, comme lon n'en peut guère douter, que la plus grande richesse d'un État consiste dans le nombre des sujets; qu'il faut compter la multitude des mains entre les objets de première nécessité dans le commerce; et que de nouveaux citoyens ne pouvant devenir tous soldats par la .l)alance de paix de l'Europe, et ne pouvant par la bonne police croupir dans roisiveté, itravailleraient les terres., peupleraient les manufactures, ou 'deviendraient navigateurs. En :la corrompant^ parce que c'est une règle tirée de la inature, ainsi que l'illustre auteur de YE^prii des Lois l'a bien remarqué, que plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se faire, plus on nuit à rceux qui sont faits; et que moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages, comme lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus de vols. Les Anciens connaissaient si bien ces avantages, et mettaient un si haut prix à la faculté naturelle de se marier et d'avoir des enfants, que leurs lois avaient pourvu à ce qu'elle ne fût point ôtée. Ils regardaient cette privation comme un moyen certain de diminuer les ressources d'un peuple, et d'y accroître la débauche. Aussi quand on recevait un legs à condition de garder le célibat, lorsqu'un patron faisait jurer son affranchi qu'il ne se marierait point, et qu'il n'aurait point d'enfant, la loi Pappienne annulait chez les •Romains et la condition et le serment. Ils avaient conçu que là où le célibat aurait la prééminence il ne pouvait guère y avoir d'honneur pom* l'état du mariage ; et 'conséquemment parmi leurs lois, on -n'en rencontre aucune qui contienne une -abrogation expresse des privilèges et des honneurs qu'ils avaient accordés aux mariages et au nombre des enfants.
Du célibat considéré, 3° eu égard à la société chrétienne. Le culte des dieux demandant une attention continuelle et une pureté de corps et d'âme singulière, la plupart des peuples ont été portés à faire du clergé un corps séparé; ainsi chez les Égyptiens, les Juifs et les Perses, il y eut des familles consacrées au service de la divinité et des temples. Mais on ne pensa pas seulement à éloigner les ecclésiastiques des affaires et du commerce des mondains ; il y eut des religions où l'on prit encore le parti de leur ôter l'embarras d'une famille. On prétend que tel a été particulièrement l'esprit du christianisme, même dans son origine. Nous allons donner une exposition abrégée de sa discipline, afm que le lecteur en puisse juger par lui-même.
Il faut avouer que la loi du célibat pour les évêques, les prêtres et les diacres, est aussi ancienne que l'Église. Cependant il n'y a point de loi divine écrite qui défende d'ordonner prêtres des personnes mariées, ni aux prêtres de se marier. Jésus-Christ n'en a fait aucun précepte ; ce que saint Paul dit dans ses Épîtres à Timothée et à Tite sur la continence des évêques et des diacres tend seulement à défendre à l'évêque d'avoir plusieurs femmes en même temps ou successivement; oportet episcopwn esse wiius uxoris virum. La pratique même des premiers siècles de l'Église y est formelle ; on ne faisait nulle difficulté d'ordonner prêtres et évêques des hommes mariés; il était seulement défendu de se marier après la promotion aux ordres, ou de passer à d'autres noces, après la mort d'une première femme. Il y avait une exception particulière pour les veuves. On ne peut nier que l'esprit et le vœu de l'Église n'aient été que ses principaux ministres vécussent dans une grande continence, et qu'elle a toujours travaillé à en établir la loi; cependant l'usage d'ordonner prêtres des personnes mariées a subsisté et subsiste encore dans l'Église grecque, et n'a jamais été positivement improuvé par l'Église latine.
Quelques-uns croient que le troisième canon du premier concile de Nicée impose aux clercs majeurs, c'est-à-dire aux évêques, aux prêtres et aux diacres l'obligation du célibat. Mais le Père Alexandre prouve, dans une dissertation particulière, que le concile n'a point prétendu interdire aux clercs le commerce avec les femmes qu'ils avaient épousées avant leur ordi-
nation ; qu'il ne s'agit dans le canon objecté rfiic ries femmes nommées subinlrocbwUc et (u/npi'lœ^ et non des femmes légitimes ; et que ce n'est pas seulenient aux clercs majeurs, mais aussi aux clercs inférieurs que le concile interdit la cohabitation avec les agapèies : d'où ce savant théologien conclut que c'est le concubinage qu'il leur défend, et non l'usage du mariage légitimement contracté avant l'ordination. Il tire même avantage de l'histoire de Paphenuce si connue, et que d'autres auteurs ne paraissent avoir rejetée conmie une fable que parce qu'elle n'est aucunement favorable au céUbal du clergé.
Le concile de Nicée n'a donc, selon toute apparence, parlé que des mariages contractés depuis l'ordination, et du concubinage: mats le neuvième canon du concile d'Ancyre permet expressément à ceux qu'on ordonnerait diacres, et qui ne seraient pas mariés, de contracter mariage dans la suite, pourvu qu'ils eussent protesté dans le temps de l'ordination contre l'obligation du célibat. Il est vrai que cette indulgence ne fut étendue ni aux évêques ni aux prêtres, et que le concile de Neocassarée, tenu peu de temps après celui d'Ancyre, prononce formellement: presbyterum si uxoreni accepcrit^ ab ordine deponenduni, quoique le mariage ne fût pas nul, selon la remarque du P. Thomassin.. Le concile in TruUo, tenu l'an 692, confirma dans son xiii^ canon l'usage de l'Église grecque, et l'Eglise latine n'exigea point au concile de Florence qu'elle y renonçât. Cependant il rie faut pas celer que plusieurs des prêtres grecs sont moines, et gardent le célibat, et que l'on oblige ordinairement les patriarches et les évêques de faire profession de la vie monastique avant que d'être ordonnés. Il est encore à propos de dire qu'en Occident le célibat fut prescrit aux clercs par les décrets des papes Sirice et Innocent; que celui du premier est de l'an 385; que saint Léon étendit cette loi aux sous-diacres; que saint Grégoire l'avait imposée aux diacres de Sicile, et qu'elle fut confirmée par les conciles d'Llvire sur la fin du iii^ siècle, canon xxxui ; de Tolède, en l'an hOO; de Carthage, en Zil9, canon m et iv; d'Orange, en hlii, canon xxii et xxia; d'Arles, en /|52; de Tours, en liQi ; d'Agde, en 506; d'Orléans, en 538; par les capitulaires de nos rois, et divers conciles tenus en Occident; mais principalement par le concile de Trente; quoique sur les représentations de l'empereur, du duc de Bavière,
des Allemands et même du roL de France, on n'ait pas laisséd'y propo&er le mariage des prêtces,. et de le solliciter auprès, du pape, après la tenue du concile.. Leuc célîhal avait eu longtemps auparavant des adversaires : Vigilance et Jovien s'étaient élevés contre: sous saint Jérôme;' Wi clef, les Hussitea, les Bo*hémiens^, Luther, Calvin et lés Anglicans, en ont secoué le joug; et dans le temps de nos guerres dfe religion, le cardinal de Ghàtillon, Spifame, évêque de iNevers, et quelques ecclésiastiques duj second ordre, osèrent se marier publiquement; mais ces exemples n'eurentpoint. de suite.
Lorsque l'obligation du célibat fut généralie dans- l'Église catholique', ceux, d'entre; les- ecclésiastiques qui la violèrent furent d'abord interdits, pour la vie, des fonctions de leur ordre, et mis au rang des laïques. Justiuien, lecf. libs God. de episcop. et cler.y voulut ensuite que leucs enfanta fussent illégitimes, et incapables de succéder et de recevoir des legs; enfin il fut ordonné que ces mariages seraient cassés, et les parties mises en pénitence : d'où l'on voit comment l'infraction est devenue plus grave à. mesure que la. loi s'est invétérée. Dans le. commencement,, s'il arrivait qu'un prêtre se mariât,, il était déposé, et le mariage subsistait;, à. la longue, les ordres furent considérés comme un empêchement dirimant au mariage :; aujourd'hui uni clerc simple tonsuré qui se marie ne jouit plus des privilèges des ecclésiastiques pour la juridiction et l'exemption des charges publiques.. Il est censé avoir, renoncé par lé mariage à la cléricature et à ses droits. (Fleury, tnst. au Droit ecclés.y tom. i. Ane. et nouv. Disa. de l'Église du P. Thomassin).. Il s'ensuit de cet historique, dit feu M., l'abbé de Sainte Pierre, pour parler non en controversiste, mais en. simple poliitique chrétien, et en simple citoyen d'une société chrétienne» que le célibat des prêtres n'est qu'un point de discipline ;. qu'il n'est point essentiel! à la religion chrétienne;: qni'il n'a jamais^ été regardé comme un des fondements du schisme que nous avons avec les Grecs et les. protestants;; qu'il a été libre dans l'Église latine ; que l'Église, ayant le pouvoir de changer tous Les points de discipline d'institution humaine; si les États de l'Église catholique recevaient de grands avantages de rentrer dans cette ancienne liberté sans en recevoir aucun dommage effectif, il serait à souhaiter que celai fût; et que la question
CÉLIUA'T. 5f5'-
de CCS avanta^s est moins li^(''()logifpie'fyiTepolHifpre,et rof^arrlfe: plus l'es souveraiiis que l'Kj^iise, qui' n'aura plus qu'à prononcer.
Mais y a-t-iî des avantages k restituer les- eccléHiaKtiques d'ans l'ancienne rihertt'' du mariaj^e? G'èst un fait dont le czar fut tellement frappé, lorsfju'il parcourut \h France inrof/nilo] qu'il ne concevait" pas que dans un ihat où il' rencontrait de si bonnes lois et de ai sages établissements, on- y eût laissé subsister depuis tant db siècles une pratique qui' d'bn côté n'importait en rien à la religion, et qui de l'autre préjudiciait si' fort à la société chrétienne. Nous ne déciderons point si l'étonnément du czar était bien fondé; mais il n'est pas inutile d'analyser le mémoire de M. l'abbé dé Saint-PieiTei et c'est ce que: nous allons faire.
Avantages dh mariage des pretres^. 1" Si quarante millecurés avaient en France quatre^vingt mille- enfants, ces enfants étant sans contredît mieux élevés, l'État y gagnerait dès sujets et d'honnêtes gens, et l'Église des fidèles. 2" Iles ecclésiastiques, étant par leur état meilleurs maris- que les autres hommes, il' y aurait quarante mille femmes plus heureuses et plus vertueuses, 3° Il n'y a guère d'homme pour qui Ve célibat ne soit diflicilé à observer ; d'où il peut arriver que l'Église souffre un grand scandale par un prêtre opii manque à la continence, tandis qu'il ne revient aucune utilité- aux autres chrétiens de celui qui vit continent. li° Un prêtre ne mériterait guère moins devant Dieu en supportant les défauts de sa femme et de ses enfants qu'en résistant aux tentations de la- cfiaiK b'Iïes embarras du mariage sont utiles à celui qui les supporte, et les difficultés du céîïbat ne l^' sont à personne. 6'' Ee curé, père de femille, vertueux,, serait utile à plus de mondé- que celui qui pratique le célibat. 7° Quelques ecclésiastiques-, ponr qui l'observation du célibat est très-pénible-, ne croiraient pas avoir satisfait à. tout, quand ils n'ont rien à se reprocher dier ce côté. 8" Cent mille prêtres mariés formeraienu cent raille 'fômiilësv ce qui donnerait plhs de dix mille habitants de' plùs^ par an; quand on n'en' compterait que cinq- mille, ce calcul produirait encore un million de' Français en' deux cents ans. D'où ii s'ensuit que sans le célîhat des prêtres on- aurait aujourd'hui- quati^e millions de catholiques de plus, à prendre seulement depuis Fran-
cois I" : ce qui formerait une somme considérable d'argent, s'il est vrai, ainsi qu'un Anglais l'a supputé, qu'un homme vaut à l'État plus de neuf livres sterling. 9" Les maisons nobles trouveraient dans les familles des évêques des rejetons qui prolongeraient leur durée, etc. ( Voyez les ouvrages politiques de M. l'abbé de Saint-Pierre, tome ii, page \li6.)
Moyens de rendre aux ecelêsiastiques la liberté du mariage. Il faudrait, 1° former une compagnie qui méditât sur les obstacles, et qui travaillât à les lever. 2° Négocier avec les princes de la communion romaine, et former avec eux une confédération. 3° Négocier avec la cour de Rome; car M. l'abbé de Saint-Pierre prétend qu'il vaut mieux user de l'intervention du pape que de l'autorité d'un concile national; quoique, selon lui, le concile national abrégeât sans doute les procédures, et que, selon bien des théologiens, ce tribunal fût suffisant pour une affaire de cette nature. Voici maintenant les objections que M. l'abbé de Saint-Pierre se propose lui-même contre son projet, avec les réponses qu'il y fait.
Première objection. Les évêques d'Italie pourraient donc être mariés, comme saint Ambroise ; et les cardinaux et le pape, comme saint Pierre.
RÉPONSE. Assurément : M. l'abbé de Saint-Pierre ne voit ni mal à suivre ces exemples, ni inconvénient à ce que le pape et les cardinaux aient d'honnêtes femmes, des enfants vertueux, et une famille bien réglée.
Seconde objection. Le peuple a une vénération d'habitude pour ceux qui gardent le célibat, et qu'il est à propos qu'il conserve.
RÉPONSE. Ceux d'entre les pasteurs hollandais et anglais qui sont vertueux n'en sont pas moins respectés du peuple pour être mariés.
Troisième objection. Les prêtres ont, dans le célibat, plus de temps à donner aux fonctions de leur état qu'ils n'en auraient sous le mariage.
RÉPONSE. Les ministres protestants trouvent fort bien le temps d'avoir des enfants, de les élever, de gouverner leur famille, et de veiller sur leur paroisse. Ce serait offenser nos ecclésiastiques que de n'en pas présumer autant d'eux.
Quatrième objection. De jeunes curés de trente ans auront
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cinq h six enfants; qnelquofois peu d'acquit pour leur état, peu de fortune, et par coiisiVjuent beaucoup d'enii)arras.
RÉPONSE. Celui qui se présente aux ordres est reconnu pour homme sage et liabihi; il est obligé d'avoir un patrimoine; il aura son bénéfice ; la dot de sa fennne peut être honnête. Il est d'expérience que ceux d'entre les curés qui retirent des parents pauvres n'en sont pas pour cela plus à charge à l'Église ou à leur paroisse. D'ailleurs, quelle nécessité qu'une partie des ecclésiastiques vive dans l'opulence, tandis que l'autre languit dans la misère? Ne serait-il pas possible d'imaginer une meilleure distribution des revenus ecclésiastiques?
Cinquihnc objection. Le concile de Trente regarde le célibat comme un état plus parfait que le mariage.
RÉPONSE. Il y a des équivoques à éviter dans les mots (Vctfft, de parfait, d'obligation : pourquoi vouloir qu'un prêtre soit plus parfait que saint Pierre? l'objection prouve trop, et par conséquent ne prouve rien. Ma thèse, dit M. l'abbé de Saint-Pierre, est purement politique, et consiste en trois propositions : 1° Le célibat est de pure discipline ecclésiastique que l'Église peut changer; 2° il serait avantageux aux États catholiques romains que cette discipline fût changée; 3" en attendant un concile national ou général, il est convenable que la cour de Rome reçoive , pour l'expédition de la dispense du célibat, une sonmie marquée payable par ceux qui la demanderont.
Tel est le système de M. l'abbé de Saint-Pierre que nous exposons, parce que le plan de notre ouvrage l'exige, et dont nous abandonnons le jugement à ceux à qui il appartient de juger de ces objets importants. Mais nous ne pouvons nous dispenser de remarquer en passant que ce philosophe citoyen ne s'est proposé que dans une édition de Hollande, faite sur une mauvaise copie, une objection qui se présente très-naturellement, et qui n'est pas une des moins importantes : c'est l'inconvénient des bénéfices rendus héréditaires; inconvénient qui ne se fait déjà que trop sentir, et qui deviendrait bien plus général. Quoi donc! faudrait -il anéantir toute résignation et coadjutorerie, et renvoyer aux supérieurs la collation de tous les bénéfices? Cela ne serait peut-être pas plus mal; et un évêque, qui connaît son diocèse et les bons sujets, est bien .
aulanb en état de nommer à une' place vacante, qu'un ecclésiastique moribond, obsédé par une foule die parents ou d'amis intéresBés : combien de simonies et dé procès scandaleux prévenus!
Il nous resterait, pour compléter cet article, à parler du cêlibiil monastique : mais nous nous- contenterons d'observer, avec le célèbre M:. Melon, i" qu'il y aurait un^ avantage inflni pour la, société et pour les particuliers que le prince usât strictement du pouvoir qu'il a de faire observer la loi qui défendrait l'état monastique avant l'âge de vingt-cinq ans ; ou, pour me servir de l'idée et de If expression dé M', Melon, qui ne permettrait pas d'aliéner sa liberté avant l'âge où l'on peut aliéner son bien. 2° Nous ajouterons, avec un auteur moderne , qu'on ne peut ni ti-op lire, ni trop louer, que le célibat pourrait devenir nuisible à proportion que lé corps des célibataires serait trop étendu, et que par conséquent celui des laïques ne le serait pas assez. S" Que les lois humaines, faites pour parler à l'esprit,, doivent donner dès préceptes et point de conseils; et que Ik' religion, faite pour parler au cœur, doit donner beaucoup^ de conseils^ et peu de préceptes ; que quand, par exemple, elle donne des règles, non pour lé bien, mais pour le meilleur, non pour ce qui est bon, mais pour ce qui est parfait, il est convenable que ce soient des conseils, et non pas des lois; car la perfection ne regarde pas l'universalité des hommes ni des choses : que de plus, si ce sont des lois, il en faudra une infinité d'autres pour faire observer les premières ; que l'expérience a confirmé ces principes, que quand le célibat, qui n'était qu'un conseil dans le christianisme, y devint une' loi expresse pour un certain ordre de citoyens, il en fallut chaque jour de nouvelles pour réduire les hommes à l'observation dé celle-ci; etconséquerament que le législateur se fatigua et fetigua la société pour faire exécuter aux hommes, par précepte, ce que ceux qui aiment la perfection auraient exécuté d'eux-mêmes comme conseil. /i^Que par lia: nature de Fentendement humain, nous aimons , en fait de religion, tout ce qui suppose un effort, comme en matière dé morale nous aimons- spéculativement tout ce qui porte le caractère' de sévérité ; et qu'ainsi le célibat di dû être, comme il est arrivé, plus agréable aux peuples à qui lï semblait convenir le moins, et pour qui il pouvait avoir de plus fâcheuses
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suilos; ôlt'c rfilcnu dans les cohIivl'h mr'ridioiiale.s de l'Europe, où, par la nature du cliiiuit, il était dilliciie à observer; être piToacril) dhns lies pays du Nord , où les passions sont moins vives; être admis où il y a peu (rhabitiints, et être rejeté dans lies endroits où il y en a beaucoup.
Ces observations sont si belles et si vraies, qu'elles ne peuvent se' répéter en trop d'endroits. Je lés ai tirées de l'excellent ouvrage dfe M. le président de ^t...'"; ce qui' précède est ou de M. Fleury, ou du Père Alexandre, ou du Père Thomassin ; ajoutez à cela ce que les Mémoires de V Académie des Lmcripiions et les ouvrages politiques de M. l'abbé dé Saint- Pierre et de M. Melon m'ont fourni, et à peine me restera-t-il de cet article que quelques phrases, encore sont-elles tirées d'un ouvrage dont on peut voir l'éloge dans le Journal de Tré~ voii.r, février 17/i6-. Malgré ces autorités, je ne serais pas étonné qu'il trouvât des critiques et des contradicteurs; mais il pourrait arriver aussi que, de même qu'au concile de Trente ce furent, à ce qu'on dit, les jeunes ecclésiastiques qui rejetèrent le plus opiniâtrement la proposition du mariage des prêtres, ce soient ceux d'entre les célibataires qui ont le plus besoin de femmes, et qui ont le moins lii les auteurs que je viens de citer, qui en blâmeront le plus hautement les principes.
GENDRES, s. f. pi. {Hist. anc.) Reste dés corps morts brûlés, selon l'usage des Anciens , Grecs et Romains : on comprend aisément qu'ils pouvaient reconnaître les ossements; mais comment'séparaient-ils les cendres du corps d'avec celles du bûcher? Us avaient, dit le savant P. Montfaucon,. plusieurs manières d'empêcher qu'elles ne se confondissent; l'une desquelles était d'envelopper le cadavre dans la toile d'amiante ou lin incombustible, que les Grecs appellent asbestos. On découvrit à Rome en 1702 dans une vigne, à un mille de la porte Majeure, une grande urne de marbre, dans laquelle était une toile d'amiante : cette toile avait neuf palmes romains de longueur, et sept palmes de liargeur; c'est; environ cinq pieds de large, sur plus
1. Montesquieu, Esprit des Lois, liv. XXIII, ch. xxi; liv. XXV, ch. iv et aillears.
(Br.)
2, V Essai sur le mérite et la vertu. V. t. I.