CHANCE
subsistant dans toute cette longue durée de siècles ; mais parce que je n'y vois que des calculs qui ne traînent après eux aucune révolution dans les choses humaines, je ne puis les regarder que comme les rêveries d'un calculateur.
CHz\LEUR, s. f. Se prend quelquefois pour cette révolution naturelle qui arrive dans l'animal, en conséquence de laquelle il est porté à s'approcher par préférence d'un animal de la même espèce et d'un autre sexe, et à s'occuper de la génération d'individus semblables à lui. Il y a dans cette révolution une variété surprenante : l'âge, la conformation, le climat, la saison, et une multitude infinie de causes semblent contribuer soit à l'accélérer, soit à l'éloigner. On ne sait si elle est périodique dans tous les animaux, et bien moins encore quels sont le commencement, la durée, et la fin de son période dans chaque animal. On ne sait par conséquent non plus ni si ce mouvement a une même cause générale dans toutes les espèces d'animaux, ni si cette cause varie dans chaque espèce; ce que la physique, l'histoire naturelle et la physiologie nous apprennent ou nous suggèrent sur cet objet important. Observons seulement ici que, par une bénédiction particulière de la Providence, qui, distinguant en tout l'homme de la bête, a voulu que l'espèce destinée à connaître ses œuvres et à la louer de de ses bienfaits fût la plus nombreuse, l'homme sain, bien constitué, dans l'état de santé et dans un âge requis, n'a besoin que de la présence de l'objet pour ressentir l'espèce de chaleur dont il s'agit ici, qui le meut fortement, mais qu'il peut toujours soumettre aux lois qu'il a reçues pour la régler. Il paraît que la fréquence de ses accès, qui commencent avec son adolescence, et qui durent autant et plus que ses forces, est une des suites de sa faculté de penser, et de se rappeler subitement certaines sensations agréables à la seule inspection des objets qui les lui ont fait éprouver. Si cela est, celle qui disait que si les animaux ne faisaient l'amour que par intervalles, c'est qu'ils étaient des bêtes, disait un mot bien plus philosophique qu'elle ne le pensait.
CHANCE, Bonheur. {Synon. et Gram.) Termes relatifs aux événements ou aux circonstances qui ont rendu et qui rendent un homme content de son existence: mais bonheur est plus général que chance j il embrasse presque tous ces événements.
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Cliance n'a guère de rapport qu'à ceux qui dépendent du hasard pur, ou dont la cause, étant tout à fait indépendante de nous, a pu et peut agir tout autrement que nous le désirons, sans que nous ayons aucun sujet de nous en plaindre. On peut nuire ou contribuer à son bonheur-^ la chance est hors de notre portée; on ne se rend point chanceux; on l'est ou on ne l'est pas. Un homme qui jouissait d'une fortune honnête a pu jouer ou ne pas jouer à pair ou non-, mais toutes ses qualités personnelles ne pouvaient augmenter sa chance.
CHAÎNGE, s. m. [Gram. Synon.) Action ou convention par laquelle on cède une chose pour une autre; il y a le troc, y ('change et \di permutation. M. l'abbé Girard prétend, dans ses Synonymes^ que change non-seulement n'exprime pas, mais exclut toute idée de rapport : ce qui ne me paraît pas exact; car changer est un mot relatif, dont le corrélatif est de persister dans la possession. On ne peut entendre le terme change sans avoir l'idée de la chose qu'on a, et celle de la chose pour laquelle on la cède. Il désigne l'action de donner et de recevoir. Il y a peu de changes où la bonne foi soit entière; il arrive même communément que les deux contractants pensent s'attraper l'un l'autre. S'il y a une inégalité convenue entre les choses qu'on change, la compensation de cette inégalité s'appelle échange. Qu'avez-vous donné en échange? Échange est cependant aussi synonyme à change; mais il ne s'applique qu'aux charges, aux terres et aux personnes : on dit faire im échange d'état, de biens et de prisonniers. Si le change est de meubles, d'ustensiles ou d'animaux, il se nomme troc; on troque des bijoux et des chevaux. Quant à la permutation, elle n'a lieu que dans le change des dignités ecclésiastiques : on permute sa cure, son canonicat avec un autre bénéfice.
CHANGExMEÎNT, Variation, Variété. {Gram. Synon.) Termes qui s'appliquent à tout ce qui altère l'identité soit absolue, soit relative ou des êtres ou des états. Le premier marque le passage d'un état à un autre; le second, le passage rapide par plusieurs étals successifs; le dernier, l'existence de plusieurs individus d'une même espèce, sous des états en partie semblables, en partie différents; ou d'un même individu, sous plusieurs états différents. Il ne faut qu'avoir passé d'un seul état à un autre pour avoir changé; c'est la succession rapide, sous des