CHANT
états différents, qui fait la variation. La variété n'est point dans les actions, elle est dans les êtres; elle peut être dans un être considéré solidairement; elle peut être entre plusieurs êtres considérés collectivement. Il n'y a point d'homme si constant dans ses principes qu'il n'en ait changé quelquefois; il n'y a point de gouvernement qui n'ait eu ses variations; il n'y a point d'espèce dans la nature qui n'ait une infinité de variétés qui l'approchent ou l'éloignent par des degrés insensibles d'une autre espèce. Entre ces êtres, si l'on considère les animaux, quelle que soit l'espèce d'animal qu'on prenne, quel que soit l'individu de cette espèce qu'on examine, on y remarquera une variété prodigieuse dans leurs parties, leurs fonctions, leur organisation, etc.
CHANT. [Littéral.) C'est une des parties dans lesquelles les Italiens et les Français divisent le poëme épique. Le mot chant, pris en ce sens, est synonyme à livre. On dit le premier livre de l'Iliade, de V Enéide, du Paradis perdu, etc., et le premier chant de la Jérusalem délivrée et de la Henriade. Le poëte épique tend à la fm de son ouvrage, en faisant passer son lecteur ou son héros par un enchaînement d'aventures extraordinaires, pathétiques, terribles, touchantes, merveilleuses. Il établit, dans le cours du récit général de ces aventures, comme des points de repos pour son lecteur et pour lui. La partie de son poëme comprise entre un de ces points et un autre qui le suit s'appelle un chant. Il y a dans un poëme épique des chants plus ou moins longs, plus ou moins intéressants, selon la nature des aventures qui y sont récitées. Il y a plus : il en est d'un cliant comme du poëme entier; il peut intéresser davantage une nation qu'une autre, dans un temps que dans un autre, une personne qu'une autre. Il y aurait une grande faute dans la machine, ou construction, ou conduite du poëme, si l'on pouvait prendre la fm d'un chant, quel qu'il fût, excepté le dernier, pour la fin du poëme; et il y aurait eu un grand art de la part du poëte, et il en fût résulté une grande perfection dans son poëme, s'il avait su le couper de manière que la fin d'un chant laissât une sorte d'impatience de connaître la suite des choses, et d'en commencer un autre. Le Tasse me paraît avoir singulièrement excellé dans cette partie. On peut interrompre la lecture d'Homère, de Virgile, et des autres poètes