‹ Dictionnaire encyclopédiqueChapitre 28 sur 98 · CHARITÉ · texte numérisé non relu

CHARITÉ

connaître dans un être sur lequel on ne lève les yeux qu'avec vénération. Tel fut aussi l'efïet des histoires scandaleuses que la théologie païenne attribuait à ses dieux. Dans Térence, un jeune libertin s'excuse d'une action infâme par l'exemple de Jupiter. « Quoi! se dit-il à lui-même, un dieu n'a pas dédaigné de se changer en homme et de se glisser le long des tuiles dans la chambre d'une jeune fille? et quel Dieu encore? celui qui ébranle le ciel de son tonnerre; et moi, mortel chétif, j'aurais des scrupules? je craindrais d'en faire autant? ego vero illud feci^ et lubens. » Pétrone reproche au sénat qu'en tentant la justice des dieux par des présents, il semblait annoncer au peuple qu'il n'y avait rien qu'on ne pût faire pour ce métal précieux. Ipse senatus recti bonique prœceptor, mille pondo auri Cfipilolio ]}romittere solet, et ne quis dubitet pecuniam concupiscere, Jovem peculio exorat.

Platon chassait les poètes de sa république, sans doute parce que l'art de feindre, dont ils faisaient profession, ne respectant ni les dieux, ni les hommes, ni la nature, il n'y avait point d'auteurs plus propres à en imposer aux peuples sur les choses dont la connaissance ne pouvait être fausse, sans que les mœurs n'en fussent altérées.

C'est le christianisme qui a banni tous ces faux dieux et tous ces mauvais exemples, pour en présenter un autre aux hommes, qui les rendra d'autant plus saints, qu'ils en seront de plus parfaits imitateurs.

CHARITÉ, s. f. [Théologie). On la définit une vertu théologale, par laquelle nous aimons Dieu de tout noire cœur, et notre prochain comme nous-mêmes. Ainsi la charité a deux objets matériels. Dieu et le prochain.

La question de la charité ou de Y amour de Dieu a excité bien des disputes dans les écoles. Les uns ont prétendu qu'il n'y avait de véritable amour de Dieu que la charité, et que toute action qui n'est pas faite par ce motif est un péché.

D'autres, plus catholiques, qui n'admettent pareillement d'amour de Dieu que celui de charité, mais qui ne taxent point de péchés les actions faites par d'autres motifs, demandent si cette charité suppose ou ne suppose point de retour vers soi. Alors ils se partagent : les uns admettent ce retour, les autres le rejettent.

CIIAIMTI'. 101

Ceux qui l'admottont distiii^Mieiil la rhiirilr (»ri parfailo et imparfaite. La i)arraite, selon eux, ne diiïère de l'iniparfaile que par l'intensité des def^n'-s, et non par la diversité des motifs, comme le pensent leurs adversaires. Ils citent en faveur de leurs sentiments ce passage de saint Paul : Cupio dissolri et esscritm Chris(o, 011 le désir de la possession est joint à la rhuritc la plus vive.

Les uns et les autres traitent d'erreur le rigorisme de ceux dont nous avons parlé d'abord, qui font des péchés de toute action qui n'a pas le motif de cluiritc -, et ils enseignent dans l'église ([ue les actions faites par le motif de la foi, de l'espérance ou de la crainte de Dieu, loin d'être des péchés, sont des œuvres méritoires; ils vont plus loin: celles qui n'ont même pour principe que la vertu morale sont bonnes et louables selon eux, quoique non méritoires pour le salut.

11 y a deux excès à éviter également dans cette matière ; et ce qu'il y a de singulier, c'est que, quoiqu'ils soient directement opposés dans leurs principes, ils se réunissent dans leurs conséquences. Il y en a qui aiment Dieu en pensant tellement à eux, que Dieu ne tient que le second rang dans leur affection. Cet amour mercenaire ressemble à celui qu'on porte aux personnes, non pour les bonnes qualités qu'elles ont, mais seulement pour le bien qu'on en espère : c'est celui des faux amis qui nous abandonnent aussitôt que nous cessons de leur être utiles. La créature qui aime ainsi nourrit dans son cœur une espèce d'athéisme ; elle est son dieu à elle-même. Cet amour n'est point la charité -, on y trouverait en le sondant plus de crainte du diable que d'amour de Dieu.

11 y en a qui ont en horreur tout motif d'intérêt; ils regardent comme un attentat énorme cet autel qu'on semble élever dans son cœur à soi-même, et où Dieu n'est, pour ainsi dire, que le pontife de l'idole. L'amour de ceux-ci paraît très-pur; il exclut tout autre bien que le plaisir d'aimer; ce plaisir leur suffit ; ils n'attendent, ils n'espèrent rien au delà : tout se réduit pour eux à aimer un objet qui leur paraît infiniment aimable ; un regard échappé sur une qualité relative à leur bonheur souillerait leur affection ; ils sont prêts à sacrifier même ce sentiment si angélique, en ce qu'il a de sensible et de réfléchi, si les épreuves qui servent à le purifier exigent ce sacri-

Page 1