CHANT
épiques, à la fin d'iiii livre; le Tasse vous entraîne malgré que vous en ayez, et l'on ne peut plus quitter son ouvrage quand on en a commencé la lecture. 11 n'en faut pas inférer de là que j'accorde au Tusse hi prééminence sur les autres poètes épiques; je dis seulement que par rapporta nous, il l'emporte du côté de la imirlànc sur Homère et Virgile qui, au jugement des Grecs et des Uoinains, l'auraient peut-être emporté sur lui, si la colère d'Achille, l'établissement des restes de Troie en Italie, et la prise de Jérusalem par Godefroy de Bouillon, avaient pu être des événements chantés en même temps, et occasionner des poëmes jugés par les mêmes juges. Il me semble que les Italiens ont plus de droit que nous d'appeler les parties de leurs poëmes épiques des chants, ces poëmes étant divisés chez eux par sta)ices qui se chantent. Les gondoliers de Venise chantent ou plutôt psalmodient par cœur toute la Jérusalem délivrée, et l'on ne chante point parmi nous la Ilcnriade ou le Lutrin, ni chez les Anglais le Paradis perdu. Il suit de ce qui précède que les différents chants d'un poëme épique devraient être entre eux comme les actes d'un poëme dramatique ; et que, de même que l'intérêt doit croître dans le dramatique de scène en scène, d'acte en acte jusqu'à la catastrophe, il devrait aussi croître dans l'épique d'événements en événements, de chants en chants^ jusqu'à la conclusion.
Chant {Belles-Lettres), se dit encore dans notre ancienne poésie de plusieurs sortes de pièces de vers, les unes assujetties à certaines règles, les autres n'en ayant proprement aucune particulière. Il y a le chant i^oyal, le citant de Mai, le chant nuptial, le chant de joie, le chant pastoral^ le chant de folie. Voyez, dans Clément Marot, des exemples de tous ces chants.
Le chant royal suit les mêmes règles que la ballade, la même mesure de vers, le même mélange de rimes, et le même nombre de stances, si toutefois il est déterminé dans la ballade; il a aussi son vers de refrain et son envoi. Il ne diffère, dit-on, de la ballade que par le sujet. Le sujet de la ballade est toujours badin; celui du chant royal est toujours sérieux. Cependant il y a dans Marot même un chant royal, dont le refrain est : de bander Varc ne guérit point la plaie, qui fut donné par François P'", et dont le sujet est de pure galanterie. Le chant de Mai est aussi une ballade, mais dont le sujet est donné; c'est
le retour des charmes de la nature, des beaux jours et des plaisirs, avec le retour du mois de mai. Selon que le poëte traite ce sujet d'une manière grave ou badine, le chant de Mai est grave ou badin, Il y en a deux dans Marot, et tous les deux dans le genre grave. Le refrain n'est pas exactement le même à toutes les stances du premier ; il est dans une stance en précepte, et dans l'autre en défense : louez le nom du Créateur-^ n'en louez nulle créature. Cette licence a lieu dans la ballade, sous quelque titre qu'elle soit. Le chant nuptial n'est qu'un épithalame en stances, où quelquefois les stances sont en ballade, dont le refrain est ou varié par quelque opposition agréable, ou même à chaque stance. Le chant de joie est une ballade ordinaire sur quelque grand sujet d'allégresse, soit publique, soit particulière. Le chant pastoral^ une ballade dont les images et l'allégorie sont champêtres. Le chant de folie n'est qu'une petite pièce satirique en vers de dix syllabes, où l'on chante ironiquement le travers de quelqu'un.
CHAOS, s. m. [Philos, et Myth.) Le chaos, en mythologie, est père de l'Érèbe et de la Nuit, mère des dieux. Les anciens philosophes ont entendu, par ce mot, un mélange confus de particules de toute espèce, sans forme ni régularité, auquel ils supposent le mouvement essentiel , lui attribuant en conséquence la formation de l'univers. Ce système est chez eux un corollaire d'un axiome excellent en lui-même, mais qu'ils généralisent un peu trop ; savoir : que rien ne se fait de rien ; ex nihilo nihil fit; au lieu de restreindre ce principe aux effets, ils retendent jusqu'à la cause efficiente, et regardent la création comme une idée chimérique et contradictoire.
Anciennement les sophistes , les sages du paganisme, les naturalistes, les théologiens, et les poètes, ont embrassé la même opinion. Le chaos est pour eux le plus ancien des êtres; l'Être éternel, le premier des principes et le berceau de l'univers. Les Barbares, les Phéniciens, les Egyptiens, les Perses, etc., ont rapporté l'origine du monde à une masse informe et confuse de matières entassées pêle-mêle, et mues en tout sens les unes sur les autres. Aristophane, Euripide, etc., les philosophes ioniques et platoniciens, etc., les stoïciens même partent du chaos, et regardent ses périodes et ses révolutions comme des passages successifs d'un chaos dans un autre.
jusqu'à ce qu'enfin les lois du mouvement, et les diiïérentes combinaisons, aient anienr l'ordre des choses qui conslituent cet univers.
Chez les Latins, Ennius, Varron, Ovide, Lucrèce, Stace, etc., n'ont point eu d'aulre senlinient. L'opinion de l'éterniti'^ et de la fécondité du chiios a conunencé chez les Barbares, d'où elle a passé aux Grecs, et des Grecs aux Romains et aux autres nations, en sorte qu'il est incertain si elle a été plus ancienne que générale.
Le docteur Burnet assure, avec raison, que si l'on en excepte Aristote et les pythagoriciens, personne n'a jamais soutenu que notre monde ait eu de toute éternité la même forme que nous lui voyons; mais que, suivant l'opinion constante des sages de tous les temps, ce que nous appelons maintenant le globe terrentre n'était dans son origine qu'une masse informe, contenant les principes et les matériaux du monde tel que nous le voyons. Le même auteur conjecture que les théologiens païens qui ont écrit de la théogonie ont imité dans leur système celui des philosophes, en déduisant l'origine des dieux du principe universel, d'où les philosophes déduisaient tous les êtres.
Quoiqu'on puisse assurer que la première idée du chaos ait été très-générale et très-ancienne, il n'est cependant pas impossible de déterminer quel est le premier à qui il faut l'attribuer. Moïse, le plus ancien des écrivains, représente, au commencement de son histoire, le monde comme n'ayant été d'abord qu'une masse informe, où les éléments étaient sans ordre et confondus; et c'est vraisemblablement de là que les philosophes grecs et barbares ont emprunté la première notion de leur chaos : en effet, selon Moïse, cette masse était couverte d'eau; et plusieurs d'entre les philosophes anciens ont prétendu que le chaos n'était qu'une masse d'eau : ce qu'il ne faut entendre ni de l'Océan, ni d'une eau élémentaire et pure; mais d'une espèce de bourbier, dont la fermentation devait produire cet univers dans le temps.
Cudworth, Grotius, Schmid, Dickinson et d'autres achèvent de confirmer cette prétention, en insistant sur l'analogie qu'il y a entre l'esprit de Dieu que Moïse nous représente porté sur les eaux, et l'amour que les mythologistes ont occupé à débrouiller le chaos; ils ajoutent encore qu'un sentiment très-
ancien, soit en philosophie, soit en mythologie, c'est qu'il y a un esprit dans les eaux, aqua per apiriliim movetur, d'où ils concluent que les anciens philosophes ont tiré des ouvrages de Moïse et ce sentiment, et la notion de chaos, qu'ils ont ensuite altérée comme il leur a plu.
Quoi qu'il en soit du chaos des Anciens et de son origine, il est constant que celui de Moïse renfermait dans son sein toutes les natures déjà terminées, et que leur assortiment, ménagé par la main du Tout-Puissant, enfanta bientôt cette variété de créatures qui embellissent l'univers. S'imaginer, à l'exemple de quelques systématiques, que Dieu ne produisit d'abord qu'une matière vague et indéterminée, d'où le mouvement fit éclore peu à peu, par des fermentations intestines, des alfaissements, des attractions, un soleil, une terre, et toute la décoration du monde; prétendre, avec Whiston, que l'ancien chaos a été l'atmosphère d'une comète; qu'il y a entre la terre et les comètes des rapports qui démontrent que toute planète n'est autre chose qu'une comète qui a pris une constitution régulière et durable, qui s'est placée à une distance convenable du soleil, et qui tourne autour de lui dans un orbe presque circulaire; et qu'une comète n'est qu'une planète qui commence à se détruire ou à se réformer, c'est-à-dire un chaos, qui dans son état primordial se meut dans un orbe très-excentrique : soutenir toutes ces choses, et beaucoup d'autres dont l'énumération nous mènerait trop loin, c'est abandonner l'histoire pour se repaître de songes, substituer des opinions sans vraisemblance aux vérités éternelles que Dieu attestait par la bouche de Moïse. Selon cet historien, l'eau était déjà faite, puisqu'il nous dit que V esprit de Dieu était porté sur les eaux; les sphères célestes, ainsi que notre globe, étaient déjà faites, puisque le ciel qu'elles composent était créé.
Cette physique de Moïse, qui nous représente la sagesse éternelle, réglant la nature et la fonction de chaque chose par autant de volontés et de commandements exprès; cette physique, qui n'a recours à des lois générales, constantes et uniformes, que pour entretenir le monde dans son premier état, et non pour le former, vaut bien sans doute les imaginations systématiques, soit des matérialistes anciens, qui font naître l'univers du mouvement fortuit des atomes, soit des physiciens
modnrnos, qui liront Ions les ôlros d'une maliil'rc homo^^'îne a ii;iir'e en tonl sens, (les dcrnicis ne font |)as jiUention (}n'allril)ii('r an clioc inipr(u(Mi\ d'un inoiivi'mcnt avengle la formation do tons les êtros particuliers, et cette harmonie si parfaite, qui les tient dépendants les uns des autres dans leurs fonctions, c'est dérober à Dieu la plus grande gloire qui puisse lui revenir de la fabrique de l'univers, pour en favoriser une cause qui, sans se connaître, et sans avoir d'idée de ce qu'elle fait, produit néanmoins les ouvrages les plus beaux et les plus réguliers : c'est retomber en quelque façon dans les absurdités d'un Straton et d'un Spinosa. {Voyez Spinosis.me).
On ne peut s'empêcher de remarquer ici combien la philosophie est peu sûre dans ses principes, et peu constante dans ses démarches : elle a prétendu autrefois que le mouvement et la matière étaient les seuls êtres nécessaires; si elle a persisté dans la suite à soutenir que la matière était incréée, du moins elle l'a soumise à un être intelligent pour lui faire prendre mille formes différentes, et pour disposer ses parties dans cet ordre de convenance d'où résulte le monde : aujourd'hui elle consent que la matière soit créée, et que Dieu lui imprime le mouvement; mais elle veut que ce mouvement émané de la main de Dieu puisse, abandonné à lui-même, opérer tous les phénomènes de ce monde visible. Un philosophe qui ose entreprendre d'expliquer, par les seules lois du mouvement, la mécanique et même la première formation des choses, et qui dit : donnez-iiwi de la matière et dut)iouvement^ et je ferai un monde, doit démontrer auparavant (ce qui est facile) que l'existence et le mouvement ne sont point essentiels à la matière; car, sans cela, ce philosophe, croyant mal à propos ne rien voir dans les merveilles de cet univers que le mouvement seul n'ait pu produire, est menacé de tomber dans l'athéisme.
Ouvrons donc les yeux sur l'enthousiasme dangereux du système; et croyons, avec Moïse, que quand Dieu créa la matière, on ne peut douter que dans cette première action par laquelle il tira du néant le ciel et la terre, il n'ait déterminé par autant de volontés particulières tous les divers matériaux qui dans le cours des opérations suivantes servirent à la formation du monde. Dans les cinq derniers jours de la création. Dieu ne fit que placer chaque être au lieu qu'il lui avait destiné pour
former le tableau de l'univers; tout jusqu'à ce temps était demeuré muet, stupide, engourdi dans la nature : la scène du monde ne se développa qu'à mesure que la voix toute-puissante du Créateur rangea les êtres dans cet ordre merveilleux qui en fait aujourd'hui la beauté.
Loin d'imaginer que l'idée de chaos ait été particulière à Moïse, concluons encore de ce qui a été dit ci-dessus que tous les peuples, soit barbares, soit lettrés, paraissent avoir conservé le souvenir d'un état de ténèbres et de confusion antérieur à l'arrangement du monde; que cette tradition s'est à la vérité fort défigurée par l'ignorance des peuples et les imaginations des poètes, mais qu'il y a toute apparence que la source où ils l'ont puisée leur est commune avec nous.
A ces corollaires, ajoutons ceux qui suivent : 1" qu'il ne faut, dans aucun système de physique, contredire les vérités primordiales de la religion que la Genèse nous enseigne; 2'' qu'il ne doit être permis aux philosophes de faire des hypothèses que dans les choses sur lesquelles la Genèse ne s'explique pas clairement; 3° que, par conséquent, on aurait tort d'accuser d'impiété, comme l'ont fait quelques zélés de nos jours, un physicien qui soutiendrait que la terre a été couverte autrefois par des eaux différentes de celles du déluge. Il ne faut que lire le premier chapitre de la Genèse pour voir combien cette hypothèse est soutenable. Moïse semble supposer, dans les deux premiers versets de ce livre, que Dieu avait créé le chaos avant que d'en séparer les diverses parties : il dit qu'alors la terre était informe, que les ténèbres étaient sur la surface de l'abîme, et que l'esprit de Dieu était porté sur les eaux; d'où il s'ensuit que la masse terrestre a été couverte anciennement d'eaux, qui n'étaient point celles du déluge; supposition que nos physiciens font avec lui. Il ajoute que Dieu sépara les eaux supérieures des inférieures, et qu'il ordonna à celles-ci de s'écouler et de se rassembler pour laisser paraître la terre; et appareat arida, et factum est ita. Plus on lira ce chapitre, plus on se convaincra que le système dont nous parlons ne doit point blesser les oreilles pieuses et timorées ; h" que les saintes Écritures, ayant été faites non pour nous instruire des sciences profanes et de la physique, mais des vérités de foi que nous devons croire, et des vertus que nous devons pratiquer, il n'y
a aucun danger à se montrer indulgent sur le reste, surtout lorsqu'on ne contrcdil [)oiui la révélation. Exemple. On lit, dans le chapitre même dont il s'agit, que Dieu créa la lumière le premier jour, et le soleil après; cependant accusera-t-on le cartésien d'impiété, s'il lui arrive de prétendre que la lumière n'est rien sans le soleil? Ne suffît-il pas, pour mettre ce philosophe à couvert de tout reproche, que Dieu ait créé, selon lui, le premier jour, les globules du second élément, dont la pression devait ensuite se faire par l'action du soleil. Les nevvtoniens, qui font venir du soleil la lumière en ligne directe, n'auront pas à la vérité la même réponse à donner; mais ils n'en seront pas plus impies pour cela : des commentateurs respectables par leurs lumières et par leur foi, expliquent ce passage : selon ces auteurs, cette lumière, que Dieu créa le premier jour, ce sont les anges ; explication dont on aurait grand tort de n'être pas satisfait, puisque l'Eglise ne l'a jamais désapprouvée, et qu'elle concilie les Écritures avec la bonne physique; 5° que si quelques savants ont cru et croient encore qu'au lieu de creavît dans le premier verset de la Genèse, il faut lire, suivant l'hébreu, fonnavit, disposuit, cette idée n'a rien d'hétérodoxe, quand même on ferait exister le chaos longtemps avant la formation de l'univers; bien entendu qu'on le regardera toujours comme créé, et qu'on ne s'avisera pas de conclure du formavit, disposuit de l'hébreu, que Moïse a cru la matière nécessaire ; ce serait lui faire dire une absurdité, dont il était bien éloigné, lui qui ne cesse de nous répéter que Dieu a fait de rien toutes choses; ce serait supposer que l'Écriture, inspirée tout entière par l'Esprit-Saint, quoique écrite par différentes mains, a contredit grossièrement, dès le premier verset, ce qu'elle nous enseigne en mille autres endroits avec autant d'élévation que de vérité, quil ny a que Dieu qui soit- 6" qu'en prenant les précautions précédentes, on peut dire du chaos tout ce qu'on voudra.
CHAR, s. m. {Hist. anc. et mod.) On donnait anciennement ce nom à presque toutes les voitures d'usage, soit à la ville, soit à la campagne, soit dans les batailles, soit dans les triomphes, etc.; nous l'avons restreint à celles qui sont traînées avec magnificence dans les carrousels, les courses de prix et autres fêtes publiques.
Les cliars anciens étaient à deux ou quatre roues; il y en a de ces deux sortes dans les bas-reliefs, les médailles, les arcs de triomphe et autres monuments qui nous restent de l'antiquité ; on y voit attelés, tantôt des chevaux, tantôt des lions, des tigres, des éléphants ; mais la diversité de ces attelages ne signifie rien par elle-même; il faut, ainsi que le Père Jobert, jésuite, l'a remarqué dans son Introduction à la science des médailles^ des inscriptions ou d'autres caractères concomitants des précédents , pour désigner ou le triomphe ou l'apothéose, etc.
On attribue l'invention des chars, les uns à Erichthonius, roi d'Athènes, que ses jambes torses empêchaient d'aller à pied; d'autres à Tlépolème ou à Trochilus; quelques-uns en font honneur à Pallas ; mais il paraît par le chapitre xli, vers 40 de la Gcncse, que l'usage des chars était antérieur à tous ces personnages.
Des étymologistes dérivent le mot currus ou carrus, de carr, terme celtique, dont il est fait mention dans les Commentaires de César. Cette date est ancienne. Le mot cai'r se dit encore aujourd'hui dans le même sens et avec la même prononciation dans la langue wallonne.
Les principaux chars des Anciens sont les chars pour la course, àpaaTa chez les Grecs, currus chez les Latins ; les chars couverts, currus arcuati; les chars armés de faux, currus falcati; les chars de triomphe, currus triwnphales.
Les chairs de course, àpaara, servaient aussi dans d'autres fêtes publiques ; c'était une espèce de coquille, montée sur deux roues, plus haute par devant que par derrière , et ornée de peintures et de sculptures ; on était assis dans cette voiture ; la différence spécifique qui les distinguait entre elles se tirait uniquement de la diversité des attelages; et ces attelages, ou de deux chevaux ou de quatre, ou de jeunes chevaux, ou de chevaux faits, ou de poulains, ou de mules, formaient différentes sortes de courses, différentes sortes de combats.
Un char attelé de deux chevaux s'appelait en grec cjvcopia, en latin bigœ. L'on prétend que l'un de ces chevaux était blanc, l'autre noir, dans les biges des pompes funèbres. La course des chars à deux chevaux d'un âge fait fut introduite aux jeux olympiques en la xciii^ olympiade; et par chevaux d'un âge
fail, on entendait des chevaux de cinq ans. 11 n'est point question, chez les Grecs, de chars à trois chevaux : les Latins en ont eu qu'ils appelaient irif/œ; mais il ne paraît pas qu'ils fussent d'usage dans les fêtes ; ou si l'on s'en servait dans les pompes, c'était seulement dans les pompes funèbres; car on imagina, dit-on, d'atteler trois chevaux de front, parce qu'il y avait des hommes de trois âges qui descendaient aux enfers. Les c/utrs attelés de quatre chevaux se nommaient en grec xeôpi-TToi, de xérpa, quatre^ et de ïtttwo;, cheval, et en latin quadn'gœ, qu'on a rendu par qnadn'fjcs, terme autorisé seulement en style de lapidaire et dans la science numismatique. La course à quatre chevaux était la plus magnilique et la plus noble de toutes; elle fut instituée ou renouvelée dans les jeux olympiques dès la xxv*-' olympiade; ainsi elle précéda la course à deux chevaux de plus de 278 ans. Le timon des chars était fort court, et l'on y attelait les chevaux de front, à la différence de nos attelages, où quatre et six chevaux rangés sur deux lignes se gênent et s'embarrassent, au lieu que de front ils déployaient leurs mouvements avec beaucoup plus d'ardeur et de liberté. Les deux du milieu, (^uyaToi, jugales, étaient les moins vifs; les deux autres , àooTp-^sç, funales, ou lorarii, les plus vigoureux et les mieux dressés, étaient l'un à droite et l'autre à gauche ; comme il fallait prendre à gauche pour aller gagner la borne, c'était le cheval qui tirait de ce côté qui dirigeait les autres. Lorsqu'il fallait tourner autour de cette borne fatale où tant de chars se brisaient, le cocher, animant son cheval de la droite, lui lâchait les rennes et les raccourcissait à celui de la gauche, qui devenait parce moyen le centre du mouvement des trois autres, et doublait la borne de si près, que le moyeu de la roue la rasait. Avant que de partir, tous les chars s'assemblaient à la barrière. On tirait au sort les places et les rangs; on se plaçait; et le signal donné, tous partaient.
Voyez, dans Homère, les courses célébrées aux funérailles de Patrocle. C'était à qui devancerait son concurrent; plusieurs étaient renversés en chemin ; celui qui, ayant doublé le premier la borne, atteignait le premier la barrière, avait le premier prix. 11 y avait aussi quelquefois des prix pour le second et pour le troisième. Les princes et les rois même étaient jaloux de cette distinction. La race des chevaux qui avaient vaincu souvent
dans ces combats d'honneur était illustrée : leur généalogie était connue; on n'en faisait des présents que dans les occasions les plus importantes; c'est, des richesses qu'Agamemnon fait proposer à Achile pour apaiser sa colère, une des plus précieuses. A Rome, dans le grand cirque, on donnait en un jour le spectacle décent quadriges, et l'on en faisait partir de la barrière jusqu'à vingt-cinq à la fois. Le départ était appelé en grec àçect;, en latin emissio, missus. On ignore combien il s'assemblait de quadriges à la barrière d'Olympie ; il est seulement certain qu'on en lâchait dans la lice ou dans l'hippodrome plusieurs à la fois. [Mémoù^e de V Académie des Inscriptions, t. viii et ix.) On prétend que les attelages de quatre chevaux de front se faisaient en l'honneur du soleil, et marquaient les quatre saisons de l'année. Les Latins avaient des sesiges ou chars à six chevaux de front ; on en voit un au faîte du grand arc de Sévère. Il y a dans Gruter une inscription deDioclès où il est parlé de septiges. Néron attela quelquefois au même char jusqu'à sept, et même jusqu'à dix chevaux. Ceux qui conduisaient les chars s'appelaient en général agitateurs, agitatores : si c'était un bige , bigarriij un quadrige, quadrigarii ; on ne rencontre point le nom de trigarii, ce qui prouve que les triges n'étaient qu'emblématiques, ou du moins qu'il n'y avait point de trige pour la course.
Le char couvert ne différait des autres qu'en ce qu'il avait un dôme en cintre; il était à l'usage des Flamen, prêtres romains. Le char armé de faux était armé ainsi que son nom le désigne; des chevaux vigoureux le traînaient; il était destiné à percer les bataillons, et à trancher tout ce qui se présentait à sa rencontre. Les uns en attribuent l'invention aux Macédoniens ; d'autres à Cyrus : mais l'origine en est plus ancienne; et il paraît que Ninus en avait fait courir de pareils contre les Bactriens , et les Chananéens contre les Israélites. Ces chars n'avaient que deux grandes roues, auxquelles les faux étaient appliquées. Cyrus les perfectionna seulement en fortifiant les roues, et allongeant les essieux, à l'extrémité desquels il adapta encore d'autres faux de trois pieds de long qui coupaient horizontalement, tandis que d'autres, tranchant verticalement, mettaient en pièces tout ce qu'elles ramassaient à terre. Dans la suite on ajouta, à l'extrémité du timon, deux longues pointes, et
l'on garnit le derrière, du rhur di; couteaux qui empêchaient qu'on n'y montât. Cette machine, terrible en apparence, devenait inutile lorsqu'on tuait un des chevaux, ou qu'on parvenait à en saisir la bride. Plutarque dit qu'à la bataille de Gh('ronée, sous Sylla, les Romains en firent si peu de cas, qu'après avoir dispersé ou renversé ceux qui se présentèrent, ils se mirent à crier, comme ils avaient coutume dans les jeux du cirque, qu'on en fit puraHre iVaiilrca.
L'usage des clairs dans la guerre est très-ancien : les guerriers, avant l'usage de la cavalerie, étaient tous montés sur des chars : ils y étaient deux ; l'un chargé de conduire les chevaux, l'autre de combattre. C'est ainsi qu'on voit presque tous les héros d'Homère; ils mettent souvent pied à terre; et Diomède ne combat guère sur son char.
Le char de triomphe était attelé de quatre chevaux. On prétend que Romulus entra dans Rome sur un pareil char; d'autres n'en font remonter l'origine qu'à Tarquin le Vieux, et même à Valerius Poplicola. On lit dans Plutarque que Camille, étant entré triomphant dans Rome sur un charivdXné par quatre chevaux blancs, cette magnificence fut regardée comme une innovation blâmable. Le char de triomphe était rond, n'avait que deux roues ; le triomphateur s'y tenait debout, et gouvernait lui-même les chevaux : il n'était que doré sous les consuls; on en fit d'or et d'ivoire sous les empereurs. On lui donnait un air martial en l'arrosant de sang. On y attela quelquefois des éléphants et des lions. Quand le triomphateur montait, le cri était : DU, quorum nutu et ijnperio nata et aucta est res Romana, eadein plaçât i propitiique servate!
Nos chai's de triomphe sont décorés de peintures, de sculptures et de pavillons de différentes couleurs : ils ont lieu dans quelques villes du royaume : à Lille en Flandre, dans les processions publiques où l'on porte le saint-sacrement, on fait marcher à la tète des chars sur lesquels on a placé de jeunes filles : ces chars sont précédés du fou de la ville, qui a le titre de fou, et la fonction de faire mille extravagances, par charge. Cette cérémonie superstitieuse doit être regardée avec plus d'indulgence que de sévérité : ce n'est point une dérision; les habitants de Lille sont de très-bons chrétiens.
Les païens avaient aussi des processions et des chars de XIV. 7
triomphe pour certaines occasions. Il est fait mention dans la pompe de Ptolémée Pliiladelphe d'un char à quatre roues de quatorze coudées de long sur huit de large; il était tiré par cent quatre-vingts hommes : il portait un Bacchus haut de dix coudées, environné de prêtres, de prêtresses et de tout l'attirail des fêtes de Bacchus.
CHARGE, Fardeau, Poids, Faix. [Gram. Synon.) Termes qui sont tous relatifs à l'impression des corps sur nous, et à l'action opposée de nos forces sur eux, soit pour soutenir, soit pour vaincre leur pesanteur. S'il y a une compensation bien faite entre la pesanteur de la charge et la force du corps, on n'est ni trop ni trop peu chargé : si la charge est grande , et qu'elle emploie toutes les forces du corps ; si l'on y fait encore entrer l'idée effrayante du volume, on aura celle du fardeau -, si le fardeau excède les forces et qu'on y succombe, on rendra cette circonstance par faix. Le poids a moins de rapport à l'emploi des forces qu'à la comparaison des corps entre eux et à l'évaluation que nous faisons ou que nous avons faite de leur pesanteur par plusieurs applications de nos forces à d'autres corps. On dira donc : // en a sa charge; son fardeau est gros et lourd '^ il sera accablé sous le faix-, il ne faut pas estimer cette marchandise au poids.
Le mot charge a été transporté de tout ce qui donnait lieu à l'exercice des forces du corps à tout ce qui donne lieu à l'exercice des facultés de l'âme. Le mot charge^ au simple et au figuré, emporte presque toujours avec lui l'idée de contrainte.
Charge. {Peinture et Belles-Lettres.) C'est la représentation sur la toile ou le papier, par le moyen des couleurs, d'une personne, d'une action, ou plus généralement d'un sujet, dans laquelle la vérité et la ressemblance exacte ne sont altérées que par l'excès du ridicule. L'art consiste à démêler le vice réel ou d'opinion qui était déjà dans quelque partie, et à le porter par l'expression jusqu'à ce point d'exagération où l'on reconnaît encore la chose , et au delà duquel on ne la reconnaîtrait plus ; alors la charge est la plus forte qu'il soit possible. Depuis Léonard de Vinci jusqu'aujourd'hui, les peintres se sont livrés à cette espèce de peinture satirique et burlesque ; mais il y en a peu qui y aient montré plus de talent que le chevalier Guichi, peintre romain, encore aujourd'hui dans sa vigueur.
CHARIDOTÈS. 99
La prose et la poésie ont leurs cluirgcs comme la peinture ; et il n'est pas moins important dans un écrit que dans un tableau qu'il soit évident qu'on s'est proposé de faire une rluirge^ et que la charge ne rende pas toutefois l'objet méconnaissable. Il n'est pas nécessaire de juslilicr la seconde de ces conditions : quant à la première, si vous rhnrgcz, et qu'il ne soit pas évident que vous en avez eu le dessein, l'être auquel on compare votre description n'étant plus celui que vous avez pris pour modèle, votre ouvrage reste sans effet. Le plus court serait de ne jamais cJuirger, soit en peinture, soit en littérature. Un objet peint et décrit frappera toujours assez, si l'on sait le montrer tel qu'il est, et faire sortir tout ce que la nature y a mis.
Je ne sais même si une cJuirge n'est pas plus propre à consoler l'amour-propre qu'à le mortifier. Si vous exagérez mon défaut, vous m'inclinez à croire qu'il faudrait qu'il fût porté en moi jusqu'au point où vous l'avez représenté soit dans votre écrit, soit dans votre tableau, pour être vraiment réprébensible ; ou je ne me reconnais point aux traits que vous avez employés, ou l'excès que j'y remarque m'excuse à mes yeux. Tel a ri d'une charge dont il était le sujet, à qui une peinture de luimême plus voisine de la nature eût fait détourner la vue, ou peut-être verser des larmes. {Voyez Comédie).
CHARIDOTÈS, s. m. {Mythologie). Surnom sous lequel Mercure était adoré dans l'île de Samos. Voici une anecdote singulière de son culte. Le jour de sa fête, tandis qu'on était occupé à lui faire des sacrifices, les Samiens volaient impunément tout ce qu'ils rencontraient, et cela en mémoire de ce que leurs ancêtres, vaincus et dispersés par des ennemis, avaient été réduits à ne vivre pendant dix ans que de rapines et de brigandages; ou plutôt à l'exemple du dieu, qui passait pour le patron des voleurs. Ce trait seul suffirait, si l'antiquité ne nous en offrait pas une infinité d'autres, pour prouver combien il est essentiel que les hommes aient des idées justes de la divinité. Si la superstition élève sur des autels un Jupiter vindicatif, jaloux, sophiste, coière, aimant la supercherie, et encourageant les hommes au vol, au parjure, à la trahison, etc., je ne doute point qu'à l'aide des imposteurs et des poëies le peuple n'admire bientôt toutes ces imperfections, et n'y prenne du penchant; car il est aisé de métamorphoser les vices en vertus, quand on croit les re-