L'honnête homme est un homme universel
29. La charité est cette affection constante et raisonnée qui nous immole au genre humain, comme s'il ne faisait avec nous qu'un individu , et qui nous associe à ses malheurs et à ses prospérités.
30. Il n'y a que l'honnête homme qui ait le droit de haïr et d'aimer.
31. Compense l'injure par l'aversion, et le bienfait par la reconnaissance, car c'est la justice.
32. Tomber et ne se point relever, voilà proprement ce que c'est que faillir.
33. C'est une espèce de trouble d'esprit que de souhaiter aux autres, ou ce qui n'est pas en notre puissance, ou des choses contradictoires.
34. L'homme parfait agit selon son état, et ne veut rien qui lui soit étranger.
35. Celui qui ôtudie la sagcssn a neuf qualités en vue : la perspicacité de l'œil, la lincs.se de l'oreille, la sérénité du front, la f^ravité du corps, la véracité du propos, l'exactitude dans l'action, le conseil dans les cas douteux, l'examen des suites dans la vengeance et dans la colère.
La morale de Confucius est, comme l'on voit, bien supérieure à sa métaphysique et à sa physique. On peut consulter Bulfinger sur les maximes qu'il a laissées du gouvernement de la famille, des fonctions de la magistrature, et de l'administration de l'empire.
Comme les mandarins et les lettrés ne font pas le gros de la nation, et que l'étude des lettres ne doit pas être une occupation bien commune, la difficulté en étant là beaucoup plus grande qu'ailleurs, il semble qu'il resterait encore bien des choses importantes à dire sur les Chinois, et cela est vrai ; mais nous ne nous sommes pas proposé de faire l'abrégé de leur histoire, mais celui seulement de leur philosophie. Nous observerons cependant: 1" Que, quoiqu'on ne puisse accorder aux Chinois toute l'antiquité dont ils se vantent, et qui ne leur est guère disputée par leurs panégyristes, on ne peut nier toutefois que la date de leur empire ne soit très-voisine du déluge. 2° Que plus on leur accordera d'ancienneté, plus on aura de reproches à leur faire sur l'im.perfection de leur langue et de leur écriture: il est inconcevable que des peuples à qui l'on donne tant d'esprit et de sagacité aient multiplié à l'infini les accents au lieu de multiplier les mots, et multiplié à l'infini les caractères au lieu d'en combiner un petit nombre. 3° Que l'éloquence et la poésie tenant de fort près à la perfection de la langue, ils ne sont selon toute'apparence ni grands orateurs ni grands poètes, û" Que leurs drames sont bien imparfaits, s'il est vrai qu'on y prenne un homme au berceau, qu'on y représente la suite de toute sa vie, et que l'action théâtrale dure plusieurs mois de suite. 5° Que dans ces contrées le peuple est très-enclin à l'idolâtrie, et que son idolâtrie est fort grossière, si l'histoire suivante qu'on lit dans le P. le Comte est bien vraie. Ce missionnaire de la Chine raconte que les médecins ayant abandonné la fille d'un Nankinois, cet homme, qui aimait éperdument son enfant, ne sachant plus à qui s'adresser, s'avisa de demander sa guérison à une de ses idoles. Il n'épargna ni
les sacrifices, ni les mets, ni les parfums, ni l'argent. Il prodigua à l'idole tout ce qu'il crut lui être agréable; cependant sa fille mourut. Son zèle alors et sa piété dégénérèrent en fureur; il résolut de se venger d'une idole qui l'avait abusé. Il porta sa plainte devant le juge, et poursuivit cette affaire comme un procès en règle, qu'il gagna, malgré toute la sollicitation des bonzes, qui craignaient avec juste raison que la punition d'une idole qui n'exauçait pas n'eût des suites fâcheuses pour les autres idoles et pour eux. Ces idolâtres ne sont pas toujours aussi modérés, lorsqu'ils sont mécontents de leur idole ; ils les haranguent à peu près dans ces termes : « Crois-tu que nous ayons tort dans notre indignation? Sois juge entre nous et toi; depuis longtemps nous te soignons; tu es logée dans un temple, tu es dorée de la tête aux pieds; nous t'avons toujours servi les choses les plus délicieuses ; si tu n'as pas mangé, c'est ta faute. Tu ne saurais dire que tu aies manqué d'encens; nous avons tout fait de notre part , et tu n'as rien fait de la tienne : plus nous te donnons, plus nous devenons pauvres; conviens que si nous te devons, tu nous dois aussi. Or, dis-nous de quels biens tu nous a comblés. » La fin de cette harangue est ordinairement d'abattre l'idole et de la traîner dans les boues. Les bonzes débauchés, hypocrites et avares, encouragent le plus qu'ils peuvent à la superstition. Ils en sont surtout pour les pèlerinages, et les femmes aussi, qui donnent beaucoup dans cette dévotion, qui n'est pas fort du goût des maris, jcdoux au point que nos missionnaires ont été obligés de bâtir aux nouveaux convertis des églises séparées pour les deux sexes. [Voyez le P. le Comte.) 6° Qu'il paraît que parmi les religions étrangères tolérées, la religion chrétienne tient le haut rang; que les mahométans n'y sont pas nombreux, quoiqu'ils y aient des mosquées superbes ; que les Jésuites ont beaucoup mieux réussi dans ce pays que ceux qui y ont exercé en même temps ou depuis les fonctions apostoliques ; que les femmes chinoises semblent fort pieuses, s'il est vrai, comme dit le P. le Comte, qu'elles voudraient se confesser tous les Jours, soit goût pour le sacrement, soit tendresse de piété, soit quelque autre raison qui leur est particulière : qu'à en juger par les objections de l'empereur aux premiers missionnaires, les Chinois ne l'ont pas embrassée en aveugles, u Si la connaissance de Jésus-Christ est
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nécessaire au salul, disait cet empereur aux missionnaires, et que d'ailleurs Dieu nous ail voulu sincèrement sauver, comment nous a-t-il laissés si longtemps dans l'erreur? Il y a plus de seize siècles que votre religion est établie dans le monde, et nous n'en avons rien su. La Chine est-elle si peu de chose, qu'elle ne mérite pas qu'on pense à elle, tandis que tant de barbares sont éclairés?» C'est une difficulté qu'on propose tous les jours sur les bancs en Sorbonne. « Les missionnaires, ajoute le P. le Comte, qui rapporte cette difficulté, y répondirent, et le prince fut content,- ce qui devait être : des missionnaires seraient ou bien ignorants, ou bien maladroits, s'ils s'embarquaient pour la conversion d'un peuple un peu policé sans avoir la réponse à cette objection commune. 7° Que les Chinois ont d'assez bonnes manufactures en étoffes et en porcelaines ; mais que s'ils excellent par la matière, ils pèchent absolument par le goût et la forme ; qu'ils en seront encore longtemps aux magots; qu'ils ont de belles couleurs et de mauvaises peintures; en un mot, qu'ils n'ont pas le génie d'invention et de découvertes qui brille aujourd'hui dans l'Europe : que s'ils avaient eu des hommes supérieurs, leurs lumières auraient forcé les obstacles par la seule impossibilité de rester captives ; qu'en général l'esprit d'orient est plus tranquille, plus paresseux, plus renfermé dans les besoins essentiels, plus borné à ce qu'il trouve établi, moins avide de nouveautés que l'esprit d'occident; ce qui doit rendre particulièrement à la Chine les usages plus constants, le gouvernement plus uniforme, les lois plus durables ; mais que les sciences et les arts demandant une activité plus inquiète, une curiosité qui ne se lasse point de chercher, une sorte d'incapacité de se satisfaire, nous y sommes plus propres , et qu'il n'est pas étonnant que , quoique les Chinois soient les plus anciens, nous les ayons devancés de si loin. Voyez les Mém. de VAcad., année 1727. L'Histoire de la philos, et des philosoph. de Brucker, Bulfinger, Leibnitz, le P. le Comte. Les Mém. des miss, étrmig., etc., et les iMém. de VAcad. des Inscrij).
CHOISIR, Faire choix, Élire, Opter, Préférer, v. {Synon. Gram.) Termes relatifs, ou seulement au jugement que l'âme porte de différents objets dont elle a comparé les qualités entre elles, ou à ce jugement, et à une action qui suit ou doit suivre