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Z,2 CHOSE

ce jugement qui la détermine à être telle ou telle. Choisir est relatif aux choses ; faire choix, aux personnes. La salubrité des lieux est un objet que le souverain ne doit pas négliger, quand il se choisit une résidence ; la probité rigoureuse est une qualité essentielle dans les personnes dont il fera choix pour être ses ministres. Choisir est relatif à la comparaison des qualités ; 2)référer, à l'action qui la suit. J'ai choisi entre beaucoup d'étoffes ; mais après avoir bien examiné, j'ai donné la préférence à celle que vous me voyez. Le moment où l'on aperçoit l'excellence d'un objet sur un autre est celui de la préférence, au moins dans l'esprit. Lorsque M. l'abbé Girard a dit qu'on ne choisissait pas toujours ce qu'on préférait, et qu'on ne préférait pas toujours ce qu'on choisissait, il nous a paru qu'il n'opposait pas ces deux termes par leurs véritables différences. On préfère toujours celui qu'on a choisi-, on prendrait toujours celui qu'on a préféré-, mais on n'a pas toujours, ni celui qu'on a choisi, ni celui qu'on a préféré. Choisir ne se dit que des choses, mais préférer se dit et des choses et des personnes : on peut 2?7-éférer le velours entre les étoffes, et les caractères doux entre les autres. M. l'abbé Girard prétend que l'amour préfère €t ne choisit pas; cette pensée, ou l'opposition des acceptions préférer et choisir en ce sens, nous parait fausse : le seul amant qui n'ait pas choisi, c'est celui qui, n'ayant pas deux objets à comparer, n'a pu donner la préférence. Opter, c'est être dans la nécessité ou d'accepter ou de refuser l'une de deux choses; lorsqu'il n'y a pas contrainte d'acceptation ou de refus, il peut y avoir encore un cas d'option, mais c'est le seul ; celui où l'on n'aperçoit entre deux objets aucune raison de préférence. Élire ne se dit guère que d'un choix de personnes relatif à quelque dignité qui s'obtient à la pluralité des voix : le souverain choisit ses favoris; le peuple élit ses maires.

CHOSE, s. f. {Gram.) On désigne indistinctement par ce mot tout être inanimé, soit réel, soit modal; être est plus général que chose, en ce qu'il se dit indistinctement de tout ce qui ■est, au lieu qu'il y a des êtres dont chose ne se dit pas. On ne dit pas de Bien que c'est une chose-, on ne le dit pas de l'homme. Chose se prend encore par opposition à mot -, ainsi il y a le mot et la chose; il s'oppose encore à simulacre ou apparence. Cadit pcrsona, manet, res.

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CimiSTIANISMl!:, s. m. [T/u'olog. et Politiq.) C'est la religion qui reconnaît Jésus-Clu'ist pour son autour. Ne le confondons point ici avec les diverses sectes de philosophie. L'Kvangile, qui contient ses dogmes, sa morale, ses promesses, n'est point un de ces systèmes ingénieux que l'esprit des philosophes enfante à force de réflexions. La plupart, peu inquiets d'être utiles aux hommes, s'occupent bien plus à satisfaire leur vanité ipar la découverte de quelques vérités, toujours stériles pour la a-éformation des mœurs, et le plus souvent inutiles au genre Jiumain. Mais Jésus-Christ, en apportant au monde sa religion, •s'est proposé une lin plus noble, qui est d'instruire les hommes •et de les rendre meilleurs. C'est cette même vue qui dirigea iles législateurs dans la composition de leurs lois, lorsque, pour les rendre plus utiles, ils les appuyèrent du dogme des peines et des récompenses d'une autre vie ; c'est donc avec eux qu'il •convient plus naturellement de comparer le législateur des ■chrétiens qu'avec les philosophes.

Le christianisme peut être considéré dans son rapport, ou •avec des vérités sublimes et révélées, ou avec des intérêts politiques, c'est-à-dire dans son rapport, ou avec les félicités de l'autre vie, ou avec le bonheur qu'il peut procurer dans celleci. Envisagé sous le premier aspect, il est, entre toutes les religions qui se disent révélées, la seule qui le soit effectivement, et par conséquent la seule qu'il faut embrasser. Les titres de sa divinité sont contenus dans les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament. La critique la plus sévère reconnaît l'authenticité de ces livres; la raison la plus fière respecte la vérité des faits qu'ils rapportent ; et la saine philosophie, s'appuyant sur leur authenticité et sur leur vérité, conclut de l'une et de l'autre que ces livres sont divinement inspirés. La main de Dieu est visiblement empreinte dans le style de tant d'auteurs •et d'un génie si différent, lequel annonce des hommes échauffés dans leur composition d'un autre feu que de celui des passions humaines; dans cette morale pure et sublime qui brille •dans leurs ouvrages; dans la révélation de ces mystères qui étonnent et confondent la raison, et qui ne lui laissent d'autre ressource que de les adorer en silence ; dans cette foule d'événements prodigieux qui ont signalé dans tous les temps le pouvoir de l'Etre suprême; dans cette multitude d'oracles qui,

Ihh CHHISTIANISME.

perçant à travers les nuages du temps, nous montrent comme présent ce qui est enfoncé dans la profondeur des siècles; dans le rapport des deux Testaments si sensible et si palpable par lui-même, qu'il n'est pas possible de ne pas voir que la révélation des chrétiens est fondée sur la révélation des Juifs.

Les autres législateurs, pour imprimer aux peuples le respect envers les lois qu'ils leur donnaient, ont aussi aspiré à l'honneur d'en être regardés comme les organes de la Divinité. Amasis et Mnévis, législateurs des Égyptiens , prétendaient avoir reçu leurs rois de Mercure. Zoroastre, législateur des Bactriens, et Zamolxis, législateur des Hétes , se vantaient de les avoir reçus de Vesta : et Zathraustes, législateur des Arimaspes, d'un génie familier. Rhadamante et Minos, législateurs de Crète, feignaient d'avoir commerce avec Jupiter. Triptolème , législateur des Athéniens, affectait d'être inspiré par Cérès. Pythagore, législateur des Grotoniates, et Zaleuchus , législateur des Locriens, attribuaient leurs rois à Minerve; Lycurgue, législateur de Sparte, à Apollon; et Numa, législateur et roi de Rome, se vantait d'être inspiré par la déesse Égérie. Suivant les relations des Jésuites, le fondateur de la Chine est appelé Fanfur, fils du soleil, parce qu'il prétendait en descendre. L'histoire du Pérou dit que Manco-Capac, et Coya-Mama, sœur et femme de Manco- Capac, fondateurs de l'empire des Incas, se donnaient l'un pour fds et l'autre pour fdle du soleil, envoyés par leur père pour retirer les hommes de leur vie sauvage, et établir parmi eux l'ordre et la police. Thor et Odin, législateurs des Yisigoths, prétendirent aussi être inspirés , et même être des dieux. Les révélations de Mahomet, chef des Arabes, sont trop connues pour s'y arrêter. La race des législateurs inspirés s'est perpétuée longtemps, et paraît enfin s'être terminée dans Gengis- Khan, fondateur de l'empire des Mongols. Il avait eu des révélations, et il n'était pas moins que fils du soleil.

Cette conduite des législateurs, que nous voyons si constamment soutenue, et que nul d'entre eux n'a jamais démentie, nous fait voir évidemment qu'on a cru dans tous les temps que le dogme d'une Providence, qui se mêle des affaires humaines, est le plus puissant frein qu'on puisse donner aux hommes; et que ceux qui regardent la religion comme un ressort inutile dans les États connaissent bien peu la force de son influence

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sur les esprits. Mais en faisant descendre du ciel en terre comme d'une macliinc tous ces dieux, pour leur inspirer les lois qu'ils devaient dicter aux hommes, les législateurs nous montrent dans leurs personnes des fourbes et des imposteurs, qui, pour se rendre utiles au genre humain dans cette vie, ne pensaient guère à le rendre heureux dans une autre. En sacrifiant le vrai à l'utile, ils ne s'apercevaient pas que le coup qui frappait sur le premier, frappait en même temps sur le second, puisqu'il n'y a rien d'universellement utile qui ne soit exactement vrai.

Ces deux choses marchent, pour ainsi dire, de front; et nous les voyons toujours agir en même temps sur les esprits. Suivant cette idée, on pourrait quelquefois mesurer les degrés de vérité qu'une religion renferme par les degrés d'utilité que les États en retirent.

Pourquoi donc, me direz-vous, les législateurs n'ont-ils pas consulté le vrai, pour rendre plus utile aux peuples la religion sur laquelle ils fondaient leurs lois? C'est, vous répondrai-je , parce qu'ils les trouvèrent imbus, ou plutôt infectés de la superstition qui divinisait les astres, les héros, les princes. Ils n'ignoraient pas que les différentes branches du paganisme étaient autant de religions fausses et ridicules ; mais ils aimèrent mieux les laisser avec tous leurs défauts que de les épurer de toutes les superstitions qui les corrompaient. Ils craignaient qu'en détrompant l'esprit grossier des vulgaires humains sur cette multitude de dieux qu'ils adoraient, ils ne vinssent à leur persuader qu'il n'y avait point de dieu. Voilà ce qui les arrêtait; ils n'osaient hasarder la vérité que dans les grands mystères, si célèbres dans l'antiquité profane; encore avaientils soin de n'y admettre que des personnes choisies et capables de supporter l'idée du vrai Dieu. « Qu'était-ce qu'Athènes, dit le grand Bossuet dans son Histoire imiviTsclle, la plus polie et la plus savante de toutes les villes grecques, qui prenait pour athées ceux qui parlaient des choses intellectuelles, qui condamna Socrate pour avoir enseigné que les statues n'étaient pas des dieux, comme l'entendait le vulgaire?» Cette ville était bien capable d'intimider les législateurs qui n'auraient pas respecté, en fait de religion, les préjugés qu'un grand poëte nomme à si juste titre les rois du vulgaire.

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