XIV
le livre de Sapicntia de Cardan , et les Disquisitioncs magicœ de Delrio.
Ce dernier auteur propose des notions et des divisions de la divination un peu différentes de celles qui précèdent. Il définit la divination la révHation des choses cachées^ en vertu d'un pacte fait avec le démon [significatio occultorum ex pactis conventis rnm clœmone): définition qui n'est pas exacte, puisqu'il y a des espèces de divination, telle que la naturelle , qui ne sont fondées sur aucun engagement avec le diable.
Delrio distingue deux espèces de pactes, l'un implicite, l'autre explicite ; conséquemment il institue deux sortes de divinations. Il comprend sous la première la théomancie ou les oracles, et la manganie ou goécie, à laquelle il rapporte la nécromancie^ Yhydromancie, la géomancie, etc. Il range sous la seconde Varuspiscine, avec Vanthrojjomancie, la céromancie, la lithomancie, toutes les divinations qui se font par l'inspection d'un objet, les augures, les aruspiccs, les sorts, etc.; les conjectures tirées des astres, des arbres, des éléments, des météores, des plantes, des animaux, etc. ; il observe seulement que cette dernière est tantôt licite, tantôt illicite; et par cette distinction il détruit sa définition générale : car si toute divination est fondée sur un pacte, soit implicite, soit explicite, il n'y en a aucune qui puisse être innocente.
Les Grecs et les Romains eurent pour toutes ces sottises le respect le plus religieux, tant qu'ils ne furent point éclairés par la culture des sciences ; mais ils s'en désabusèrent peu à peu. Caton, consulté sur ce que pronostiquaient des bottines mangées par des rats, répondit qu'il n'y avait rien de surprenant en cela; mais que c'eût été un prodige inouï si les bottines avaient mangé les rats. Cicéron ne fut pas plus crédule : la myomancie n'est pas mieux traitée dans ses livres, et il n'épargne pas le ridicule à toutes les autres sortes de divinations, sans en excepter ni les oracles, ni les augures, ni les aruspices. Après avoir remarqué que jamais un plus grand intérêt n'avait agité les Romains que celui qui les divisait dans la querelle de César et de Pompée, il ajoute que jamais aussi on n'avait tant interrogé les dieux : hoc hello civili dii immortales quam multa luserunt !
M. Pluche, dans son Histoire du ciel, conséquemment au
système qu'il s'est formô, fail naître la divination chez les Égyptiens de l'oubli de la signilication des symboles dont on se servait au commencement pour annoncer au peuple les devoirs cl les occupations, soit de la vie civile, soit de la religion ; et lorsqu'on lui demande comment il s'est })u faire que la signification des symboles se soit perdue, et que tout l'appareil de la religion ait pris un tour si étrange, il répond « que ce fut en s'attachant à la lettre que les peuples reçurent presque universellement les augures, la persuasion des inlluences planétaires, les prédictions de l'astrologie, les opérations de l'alchimie, les différents genres de divinations, par les serpents, par les oiseaux, par les bâtons, etc., la magie, les enchantements, les évocations, etc. Le monde, ajoute-t-il, se trouva ainsi tout rempli d'opinions insensées, dont on n'est pas partout également revenu, et dont il est très-utile de bien connaître le faux, parce qu'elles sont aussi contraires à la vraie piété et au repos de la vie qu'à l'avancement du vrai savoir. » Mais comment arriva-t-il que les peuples prirent tous les symboles à la lettre? Il ne faut pour cela qu'une grande révolution dans un État, qui soit suivie de trois ou quatre siècles d'ignorance. Nous avons l'expérience et de ces révolutions dans l'État, et de l'effet des siècles d'ignorance qui les ont suivies, sur les idées et les opinions des hommes, tant en matière de sciences et d'arts qu'en matière de religion.
M. l'abbé de Condillac a fait aussi quelques conjectures philosophiques sur l'origine et les progrès de la divination : comme elles sont très-justes, et qu'elles peuvent s'étendre à beaucoup d'autres systèmes d'erreurs, nous invitons le lecteur à lire particulièrement ce morceau, dans le Traité que le métaphysicien que nous venons de citer a publié sur les Systèmes. Voici ses idées principales, auxquelles nous avons pris la liberté d'entrelacer quelques-unes des nôtres.
Nous sommes alternativement heureux et malheureux, quelquefois sans savoir pourquoi : ces alternatives ont été une source naturelle de conjectures pour ces esprits qui croient interroger la nature quand ils ne consultent que leur imagination. Tant que les maux ne furent que particuliers, aucune de ces conjectures ne se répandit assez pour devenir l'opinion publique ; mais une affliction fut-elle épidémique, elle devint
un objet capable de fixer l'attention générale, et une occasion pour les hommes à imagination de faire adopter leurs idées. Un mol qui leur échappa peut-être alors par hasard fut le fondement d'un préjugé : un être qui se trouve heureux en faisant le malheur du genre humain, introduit dans une apostrophe, dans une exclamation pathétique, fut à l'instant réalisé par la multitude, qui se sentit pour ainsi dire consolée, lorsqu'on lui présenta un objet à qui elle pût s'en prendre dans son infortune.
Mais lorsque la crainte eut engendré un génie malfaisant, l'espérance ne tarda pas à créer un génie favorable, et l'imagination, conduite, par la diversité des phénomènes, des circonstances, de la combinaison des idées, des opinions, des événements, des réflexions, à en multiplier les espèces, en remplit la terre, les eaux et les airs, et leur établit une infinité de cultes divers, qui éprouvèrent à leur tour une infinité de révolutions différentes. L'influence du soleil sur tout ce qui existe était trop sensible pour n'être pas remarquée; et bientôt cet astre fut compté parmi les êtres bienfaisants. On supposa de l'influence à la lune; on étendit ce système à tous les corps célestes : l'imagination, aidée par des conjonctures que le temps amène nécessairement, dispensa à son gré entre ces corps un caractère de bonté ou de malignité ; et les cieux parurent aussi concerter le bonheur ou le malheur des hommes : on y lut tous les grands événements, les guerres, les pestes, les famines, la mort des souverains, etc. ; on attacha ces événements aux phénomènes les plus rares, tels que les éclipses, l'apparition des comètes; ou l'on supposa du rapport entre ces choses, ou plutôt la coïncidence fortuite des événements et des phénomènes fit croire qu'il y en avait.
Un moment de réflexion sur l'enchaînement universel des êtres aurait renversé toutes ces idées : mais la crainte et l'espérance réfléchissent-elles? le moyen de rejeter en doute l'influence d'une planète lorsqu'elle nous promet la mort d'un tyran?...
La liaison qu'on est si fort tenté de supposer entre les noms et les choses dirigea dans la dispensation des caractères qu'on cherchait à attacher aux êtres : la flatterie avait donné à une planète le nom de Jupiter, de Mars, de Vénus; la superstition
rendit ces astres (lispciisatciirs (l(;s digiiilrs, de lu force, de la beauté ; les signes du zodiaque durent leurs vertus aux animaux d'après lesquels ils avaient v\v fornirs. Mais toute qualité a ses analogues : l'analogii; arrondit donc le cortège des J)onncs ou mauvaises qualités qu'un corps céleste pouvait darder sur un être à la naissance duquel il présidait; l'action des corps célestes se tempéra réciproquement.
Ce système était exposé à beaucoup de difficultés ; mais, ou l'on ne daignait pas s'y arrêter, ou l'on n'était guère embarrassé d'y trouver des réponses. Voilà donc le système d'astrologie judiciaire élevé : on fait des prédictions; on en fait une bonne sur neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mauvaises; mais la bonne est la seule dont on parle, et sur laquelle on juge de l'art.
Cette seule prédiction merveilleuse, racontée en mille manières différentes, se multiplie en mille prédictions heureuses : le mensonge et la fourberie entrent en jeu; et bientôt on a plus de faits et plus de merveilles qu'il n'en faut pour faire face à la philosophie, méfiante, à la vérité, mais à qui l'expérience ne manque jamais d'en imposer, quand on la lui objecte.
Lorsque les influences des corps célestes furent bien avouées on ne put se dispenser d'accorder quelque intelligence à ces êtres : on s'adressa donc à eux, on les évoqua. On saisit une baguette ; on traça des figures, sur la terre, dans les airs ; on prononça à voix haute ou basse des discours mystérieux, et l'on se promit d'obtenir tout ce qu'on désirait.
Mais l'on considéra que s'il était important de pouvoir évoquer des êtres bien ou malfaisants, il l'était bien plus d'avoir sur soi quelque chose qui nous en assurât la protection : on suivit les mêmes principes, et l'on construisit des talismans, des amulettes, etc.
S'il est des événements fortuits qui secondent la découverte des vérités, il en est aussi qui favorisent les progrès de l'erreur : tel fut l'oubli du sens des caractères hiéroglyphiques, qui suivit nécessairement l'établissement des caractères de l'alphabet. On attribua donc aux caractères hiéroglyphiques telle vertu qu'on désira ; ces signes passèrent dans la magie : le système de là divination n'en devint que plus composé, plus obscur, et plus merveilleux.
Les hiéroglyphes renfermaient des traits de toute espèce :
il n'y eut donc plus de ligne qui ne devînt un signe; il ne fut plus question que de chercher ce signe sur quelque partie du corps humain, dans la main, par exemple, pour donner naissance à la chiromancie.
L'imagination des hommes n'agit jamais plus fortement et plus capricieusement que dans le sommeil ; mais à qui la superstition pouvait-elle attribuer ces scènes d'objets si singulières et si frappantes qui nous sont offertes dans certains songes, si ce n'est aux dieux? Telle fut l'origine de l'onéirocritique : il était difficile qu'on n'aperçût pas entre les événements du jour et les représentations nocturnes quelques vestiges d'analogie; ces vestiges devinrent le fondement de l'onéirocritique : on attacha tel événement à tel objet; et bientôt il se trouva des gens qui eurent des prédictions prêtes pour tout ce qu'on avait rêvé. Il arriva même ici une bizarrerie, c'est que le contraire de ce que l'on avait rêvé pendant la nuit, étant quelquefois arrivé pendant le jour, on en fit la règle de prédire par les contraires.
Mais que devait-il arriver à des hommes obsédés des prestiges de la divination, et se croyant sans cesse environnés d'êtres bien ou malfaisants, sinon de se jeter sur tous les objets et sur tous les événements, et de les transformer en types, en avertissements, en signes, en pronostics, etc. Aussi ils ne tardèrent pas d'entendre la volonté des dieux dans le chant d'un rossignol, de voir leurs décrets dans le mouvement des ailes d'une corneille, et d'en lire les arrêts irrévocables dans les entrailles d'un veau, surtout pendant les sacrifices; et tels furent les fondements de l'art des aruspices. Quelques paroles échappées au sacrificateur se trouvèrent par hasard relatives au motif secret de celui qui recourait à l'assistance des dieux ; on les prit pour une inspiration : ce succès donna occasion à plus d'une distraction de cette espèce; moins on parut maître de ses mouvements, plus ils semblèrent divins, et l'on crut qu'il fallait perdre la raison à force de s'agiter, pour être inspiré et rendre un oracle. Ce fut par cette raison qu'on éleva des temples dans les lieux où les exhalaisons de la terre aliénaient l'esprit. Il ne manquait plus que de faire mouvoir et parler les statues, et la fourberie des prêtres eut bientôt contenté la superstition des peuples.
DIVINyVTION. 295
L'imagination va vite quand cllu s'c'garc. S'il y ados dieux, ils disposent de tout : donc il n'y a rien qui ne puisse être le signe de leur volonté et de notre destinée; et voilà tout d'un coup les choses les plus communes et les plus rares érigées en bons ou mauvais augures; mais les objets de vénération ayant, à cet égard, quelque liaison de culte avec les dieux, on les crut plus propres que les autres à désigner leur volonté, et l'on chercha des prophéties dans les poëmes de la guerre de Troie.
Ce système d'absurdités acheva de s'accréditer par les opinions qu'eurent les philosophes de l'action de Dieu sur l'àme humaine, par la facilité que quelques hommes trouvèrent dans les connaissances de la médecine, pour s'élever à la dignité de sorciers, et par la nécessité d'un motif respectable pour le peuple, qui déterminât ses chefs à agir ou à attendre, sans se compromettre, et sans avoir à répondre ni du délai, ni du succès : cette nécessité rendit la politique favorable aux augures, aux aruspices et aux oracles ; et ce fut ainsi que tout concourut - à nourrir les erreurs les plus grossières.
Ces erreurs furent si générales que les lumières de la religion ne purent empêcher qu'elles ne se répandissent, du moins en partie, chez les Juifs et chez les chrétiens. On vit même parmi ceux-ci des hommes prétendre interroger les morts et appeler le diable, par des cérémonies semblables à celles des païens dans l'évocation des astres et des démons. lAlais si l'universalité d'un préjugé peut empêcher le philosophe timide de le braver, elle ne l'empêchera point de le trouver ridicule ; et s'il était assez courageux pour sacrifier son repos et exposer sa vie afin de détromper ses concitoyens d'un système d'erreurs qui les rendraient misérables et méchants, il n'en serait que plus estimable, du moins aux yeux de la postérité qui juge les opinions des temps passés sans partialité. Ne regarde-t-elle pas aujoud'hui les livres que Cicéron a écrits sur la Nature des Dieux et sur la Divination comme ses meilleurs ouvrages, quoiqu'ils aient dû naturellement lui attirer de la part des prêtres du paganisme les titres injurieux d'impie, et de la part de ces hommes modérés qui prétendent qu'il faut respecter les préjugés populaires, les épithètes d'esprit dangereux et turbulent? D'où il s'ensuit qu'en quelque temps, et chez quelque peuple que ce puisse être, la vertu et la vérité méritent seules notre
respect. N'y a-t-il pas aujourd'hui, au milieu du xviii^ siècle, à Paris, beaucoup de courage et de mérite à fouler aux pieds les extravagances du paganisme? C'était sous Néron qu'il était beau de médire de Jupiter; et c'est ce que les premiers héros du christianisme ont osé, et ce qu'ils n'eussent point fait s'ils avaient été du nombre de ces génies étroits et de ces âmes pusillanimes qui tiennent la vérité captive lorsqu'il y a quelque danger à l'annoncer.
DRANSES, s. m. pi. [Géogr. ancienne.)^ anciens peuples de ïhrace. On dit qu'ils s'aflligeaient sur la naissance des enfants, et qu'ils se réjouissaient de la mort des hommes : la naissance était, selon eux, le commencement de la misère, et la mort en était la fin. Il était bien difficile que les Dranses, qui regardaient la vie comme un mal, se crussent obligés de remercier les dieux de ce présent. Quoi qu'il en soit, l'opinion générale d'un peuple sur le malheur de la vie est moins une injure faite à la Providence qu'un jugement très-sévère de la manière dont ce peuple est gouverné. Ce n'est pas la nature, c'est la tyrannie qui impose sur la tète des hommes un poids qui les fait gémir et détester leur condition. S'il y avait sur la surface de la terre un lieu où les hommes redoutassent le mariage, et où les hommes mariés se refusassent à cette impulsion si puissante et si douce qui nous convie à la propagation de l'espèce et à la production de notre semblable, pour se porter à des actions illicites et peu naturelles, de peur d'augmenter le nombre desmalheureux; c'est là que le gouvernement serait aussi mauvais qu'il est possible qu'il le soit.
DROIT NATUREL {Morale.). L'usage de ce mot est si familier qu'il n'y a presque personne qui ne soit convaincu au dedans de soi-même que la chose lui est évidemment connue. Ce sentiment intérieur est commun au philosophe et à l'homme qui n'a point rélléchi; avec cette seule différence qu'à la question; qii est-ce que le droit? celui-ci, manquant aussitôt et de termeset d'idées, vous renvoie au tribunal de la conscience et reste muet; et que le premier n'est réduit au silence et à des réflexions plus profondes, qu'après avoir tourné dans un cercle vicieux qui le ramène au point même d'où il était parti, ou le jette dans quelque autre question non moins difficile à résoudre que celle dont il se croyait débarrassé par sa définition.
Le |)hiIosophe interrog»' dit : le droit est le fondement ou la raison première de la justice. Mais qu'est-ce que la justice? c'est l'oblif/ation de rendre à chacun ce qui lui appartient. Mais ({u'csl-cc qui a[)parli('nl à l'un plutôt qu'à l'autre dans un étal de choses où tout serait à tous, et où peut-être l'idée distincte d'obligation ii'cxistciail pas encoie? et que devrait aux autres celui qui leur perinettraii tout, et ne leur demanderait rien? C'est ici que le philosophe commence à sentir que de toutes les notions de la morale, celle du droit naturel est une des plus importantes et des plus diiriciles à déterminer. Aussi croirions-nous avoir fait beaucoup dans cet article, si nous réussissions à établir clairement quelques principes à l'aide desquels on pût résoudre les difilcullés les plus considérables qu'on a coutume de proposer contre la notion du droit naturel. Pour cet elTel, il est nécessaire de reprendre les choses de haut, et de ne rien avancer qui ne soit évident, du moins de cette évidence dont les questions morales sont susceptibles, et qui satisfait tout homme sensé.
i. Il est évident que si l'homme n'est pas libre, ou que si ses déterminations instantanées, ou même ses oscillations, naissant de quelque chose de matériel qui soit extérieur à son âme, son choix n'est point l'acte pur d'une substance incorporelle et d'une faculté simple de cette substance; il n'y aura ni bonté ni méchanceté raisonnées, quoiqu'il puisse y avoir bonté et méchanceté animales; il n'y aura ni bien ni mal moral, ni juste ni injuste, ni obligation ni droit. D'où l'on voit, pour le dire en passant, combien il importe d'établir solidement la réalité, je ne dis pas du volontaire, mais de la liberté, qu'on ne confond que trop ordinairement avec le volontaire.
2. Nous existons d'une existence pauvre, contentieuse, inquiète. Nous avons des passions et des besoins. Nous voulons être heureux; et à tout moment l'homme injuste et passionné se sent porté à faire à autrui ce qu'il ne voudrait pas qu'on lui fît à lui-même. C'est un jugement qu'il prononce au fond de son âme, et qu'il ne peut se dérober. Il voit sa méchanceté, et il faut qu'il se l'avoue, ou qu'il accorde à chacun la même autorité qu'il s'arroge.
3. Mais quels reproches pourrons-nous faire à l'homme tourmenté par des passions si violentes, que la vie même lui
devient un poids onéreux s'il ne les satisfait, et qui, pour acquérir le droit de disposer de l'existence des autres, leur abandonne la sienne? Que lui répondrons-nous, s'il dit intrépidement : « Je sens que je porte l'épouvante et le trouble au milieu de l'espèce humaine; mais il faut ou que je sois malheureux, ou que je fasse le malheur des autres; et personne ne m'est plus cher que je me le suis à moi-même. Qu'on ne me reproche point cette abominable prédilection; elle n'est pas libre. C'est la voix de la nature qui ne s'explique jamais plus fortement en moi que quand elle me parle en ma faveur. Mais n'est-ce que dans mon cœur qu'elle se fait entendre avec la même violence! 0 hommes! c'est à vous que j'en appelle : Quel est celui d'entre vous qui, sur le point de mourir, ne rachèterait pas sa vie aux dépens de la plus grande partie du genre humain, s'il était sûr de l'impunité et du secret? 3Iais, continuera-t-il, je suis équitable et sincère. Si mon bonheur demande que je me défasse de toutes les existences qui me seront importunes, il faut aussi qu'un individu, quel qu'il soit, puisse se défaire de la mienne s'il en est importuné. La raison le veut, et j'y souscris. Je ne suis pas assez injuste pour exiger d'un autre un sacrifice que je ne veux point lui faire. »
h. J'aperçois d'abord une chose qui me semble avouée par le bon et par le méchant, c'est qu'il faut raisonner en tout, parce que l'homme n'est pas seulement un animal, mais un animal qui raisonne ; qu'il y a par conséquent dans la question dont il s'agit des moyens de découvrir la vérité; que celui qui refuse de la chercher renonce à la qualité d'homme, et doit être traité par le reste de son espèce comme une bête farouche ; et que la vérité une fois découverte, quiconque refuse de s'y conformer est insensé ou méchant d'une méchanceté morale.
5. Que répondrons-nous donc à notre raisonneur violent, avant que de l'étouffer? Que tout son discours se réduit à savoir s'il acquiert un droit sur l'existence des autres en leur abandonnant la sienne ; car il ne veut pas seulement être heureux, il veut encore être équitable, et par son équité écarter loin de lui l'épithète de mcchant- sans quoi il faudrait l'étoulTer sans lui répondre. Nous lui ferons donc remarquer que quand bien même ce qu'il abandonne lui appartiendrait si parfaitement qu'il en pût disposer à son gré, et que la condition qu'il pro-
pose aux autres leur serait eucore avantageuse, il n'a aucune autorité légitime pour la leur Taire accepter; que celui qui dit : je veux vivre, a autant de raison ([ue celui qui dit : je veux mourir-, que celui-ci n'a qu'une vie, et qu'en l'abandonnant il se rend maître d'une infinité de vies; que son échange serait à peine équitable, quand il n'y aurait que lui et un autre mécliant sur toute la surface de la terre; qu'il est absurde de faire vouloir à d'autres ce qu'on veut, qu'il est incertain que le péril qu'il fait courir à son semblable soit égal à celui auquel il veut bien s'exposer; que ce qu'il permet au hasard peut n'être pas d'un prix proportionné à ce qu'il me force de hasarder ; que la question du droit naturel est beaucoup plus compliquée qu'elle ne lui paraît; qu'il se constitue juge et partie, et que son tribunal pourrait bien n'avoir pas la compétence dans cette affaire.
6. Mais si nous ôtons à l'individu le droit de décider de la nature du juste et de l'injuste, où porterons-nous cette grande question? Où? Devant le genre humain ; c'est à lui seul qu'il appartient de la décider, parce que le bien de tous est la seule passion qu'il ait. Les volontés particulières sont suspectes; elles peuvent être bonnes ou méchantes, mais la volonté générale est toujours bonne; elle n'a jamais trompé, elle ne trompera jamais. Si les animaux étaient d'un ordre à peu près égal au nôtre, s'il y avait des moyens sûrs de communication entre eux et nous; s'ils pouvaient nous transmettre évidemment leurs sentiments et leurs pensées, et connaître les nôtres avec la même évidence; en un mot, s'ils pouvaient voter dans une assemblée générale, il faudrait les y appeler ; et la cause du droit naturel ne se plaiderait plus par devant l'humanité, mais par devant Vanimalitc. Mais les animaux sont séparés de nous par des barrières invariables et éternelles; et il s'agit ici d'un ordre de connaissances et d'idées particulières à l'espèce humaine, qui émanent de sa dignité^et qui la constituent.
7. C'est à la volonté générale que l'individu doit s'adresser pour savoir jusqu'où il doit être homme, citoyen, sujet, père, enfant, et quand il lui convient de vivre ou de mourir. C'est à elle à fixer les limites de tous les devoirs. Vous avez le droit naturel le plus sacré à tout ce qui ne vous est point contesté par l'espèce entière. C'est elle qui vous éclairera sur la nature
de vos pensées et de vos désirs. Tout ce que vous concevrez, tout ce que vous méditerez sera bon, grand, élevé, sublime, s'il est de l'intérêt général et commun. 11 n'y a de qualité essentielle à votre espèce que celle que vous exigez dans tous vos semblables pour votre bonheur et pour le leur. C'est cette conformité de vous à eux tous et d'eux tous à vous qui vous marquera quand vous sortirez de votre espèce, et quand vous y resterez. Ne la perdez donc jamais de vue, sans quoi vous verrez les notions de la bonté, de la justice, de l'humanité, de la vertu, chanceler dans votre entendement. Dites-vous souvent : Je suis homme, et je n'ai d'autres droits naturels véritablement inaliénables que ceux de l'humanité.
8. Mais, direz-vous, où est le dépôt de cette volonté générale; où pourrai-je la consulter?... Dans les principes du droit écrit de toutes les nations policées; dans les actions sociales des peuples sauvages et barbares; dans les conventions tacites des ennemis du genre humain entre eux, et même dans l'indignation et le ressentiment, ces deux passions que la nature semble avoir placées jusque dans les animaux pour suppléer au défaut des lois sociales et de la vengeance publique.
9. Si vous méditez donc attentivement tout ce qui précède, vous resterez convaincu ; 1" que l'homme qui n'écoute que sa volonté particulière est l'ennemi du genre humain; 2° que la volonté générale est dans chaque individu un acte pur de l'entendement qui raisonne dans le silence des passions sur ce que l'homme peut exiger de son semblable, et sur ce que son semblable est en droit d'exiger de lui; 3" que cette considération de la volonté générale de l'espèce et du désir commun est la règle de la conduite relative d'un particulier à un particuher dans la même société, d'un particulier envers la société dont il est membre, et de la société dont il est membre envers les autres sociétés ; A" que la soumission à la volonté générale est le lien de toutes les sociétés, sans en excepter celles qui sont formées par le crime. Hélas! la vertu est si belle, que les voleurs en respectent l'image dans le fond même de leurs cavernes ! 5° que les lois doivent être faites pour tous et non pour un; autrement cet être solitaire ressemblerait au raisonneur violent que nous avons étouffé dans le paragraphe 5; (5° que, puisque des deux volontés, l'une générale et l'autre
DIUISKS. 301
parliciiliôre, la voloiili' géïK'^alc ircrrc jamais, il n'esl pas difïjcile (le voir à laquelle il faudrait, pour le bonheur du f,'enrc humain, que la puissance h'-f^islative appartînt, et quclif^ vf-nrralion l'on doit aux mortels augustes dont la volonli' particuli(''re réunit el l'aiiloritr cl rinfaillibilité de la volonté générale; 7" que (juand on supposerait la notion des espèces dans un flux perpétuel, la nature du droit naturel ne changerait pas, puisqu'elle serait toujours relative à la volonté générale et au désir commun de l'espèce entière; 8° que l'équité est à la justice comme la cause est h son eflet, ou que la justice ne peut être autre chose que l'équilé déclarée; 9° enfin, que toutes ces conséquences sont évidentes pour celui qui raisonne, et que celui qui ne veut pas raisonner, rononrant à la qualité d'homme, doit être traité comme un être dénaturé.
DRUSES, s. m. pi. [Ilist. cl Géog. inod.), peuples de la Palestine. Ils habitent les environs du mont Liban. Ils se disent chrétiens; mais tout leur christianisme consiste à parler avec respect de Jésus et de Marie. Ils ne sont point circoncis. Ils trouvent le vin bon et ils en boivent. Lorsque leurs fdles leur plaisent, ils les épousent sans scrupule. Ce qu'il y a de singulier, c'est qu'on les croit Français d'origine, et qu'on assure qu'ils ont eu des princes de la maison de Maan en Lorraine. On fait là-dessus une histoire qui n'est pas tout à fait sans vraisemblance. Si les pères n'ont aucune répugnance à coucher avec leurs filles, on pense bien que les frères ne sont pas plus difficiles sur le compte de leurs sœurs. Ils n'aimaient pas le jeûne. La prière leur paraît superflue. Ils n'attachent aucun mérite au pèlerinage de la Mecque. Du reste, ils demeurent dans des cavernes; ils sont très-occupés, et conséquemment assez honnêtes gens. Ils vont armés du sabre et du mousquet dont ils ne sont pas maladroits. Ils sont un peu * jaloux de leurs femmes, qui seules savent lire et écrire parmi eux. Les hommes se croient destinés par leur force, leur courage, leur intelligence, à quelque chose de plus utile et de plus relevé que de tracer des caractères sur du papier ; et ils ne conçoivent pas comment celui qui est capable de porter une arme peut s'amuser à tourner les feuillets d'un livre. Ils font commerce de soie, de vin, de blé et de salpêtre. Ils ont eu des démêlés avec le Turc qui les gouverne par des émirs qu'il fait
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étrangler de temps en temps. C'est le sort qu'eut à Constantinople Fexherecl-den, qui se prétendait allié à. la maison de Lorraine. DUPLICITÉ, s. f. {Morale.). C'est le vice propre de l'homme double; et l'homme double est un méchant qui a toutes les démonstrations de l'homme de bien, c'est-à-dire belle apparence, et mauvais jeu. La duplicité de caractère suppose, ce me semble, un mépris décidé de la vertu. L'homme double s'est dit à lui-même qu'il faut toujours être assez adroit pour se montrer honnête homme, mais qu'il ne faut jamais faire la sottise de l'être. Je croirais volontiers qu'il y a deux sortes de chiplicitê; l'une systématique et raisonnée, l'autre naturelle et pour ainsi dire animale; on ne revient guère de la première; on ne revient jamais de la seconde. Je doute qu'il y ait eu un homme d'une dupliriié assez consommée pour ne s'être point décelé. Il y a des circonstances où la finesse est bien voisine de la duplicité. L'homme double vous trompe, et l'homme fin, au contraire, fait que vous vous trompez vous-même. Il faudrait quelquefois avoir égard au ton, au geste, au visage, à l'expression, pour savoir si un homme a mis de la duplicité dans une action, ou s'il n'y a mis que de la finesse. Quoi que l'on puisse dire en faveur de la finesse, elle sera toujours une des nuances de la duplicité.
ÉCART, s. m. [Gram.). On donne en général ce nom, au physique, à tout ce qui s'éloigne d'une direction qu'on distingue de toute autre, par quelque considération particulière ; et on le transporte au figuré, en regardant la droite raison, ou la loi, ou quelque autre principe de logique ou de morale, comme des directions qu'il convient de suivre pour éviter le blâme; ainsi il paraît que écart ne se devrait jamais prendre qu'en mauvaise part. Cependant il semble se prendre quelquefois en bonne, et l'on dit fort bien : c'est un esprit servile qui n'ose jamais s'écarter de la route commune. Je crois qu'on parlerait plus rigoureusement en disant sortir ou s'éloigner-, mais peut-être que s écarter se prend en bonne et en mauvaise part, et que écart ne se prend jamais qu'en mauvaise ; ce ne serait pas le seul exemple dans notre langue où l'acception du nom serait plus
KCLAIin;. 303
ou moins p^t'iuTalc. que celle du vorhe, où niAmo le nom cl le verbe auraient deux acceptions tout à fait dillérentes.
lïGAHTMIl, Ki.oiGM'R, Si';i'AHi:ii (/1/Vv mcnm.). On (loigne sans edort un objet d'un autre. Ecarter scmbh^ supposer quelque lien qui donne de la |)eiup à rompre, Iiloir/ncr marque une distance ])his considc-rablc qurairtcr. Ou .sr/7r//T les choses mêlées ou du moins uni(\s, et l'on n'a aucun égard à la distance. Les choses peuvent être séparées et contiguës.
E(^GLÉSI.\RQllE,s. m. {Hist. eedhiast.) On donnait anciennement ce litre à ceux qui étaient chargés de veiller à l'entretien des églises, de convoquer les paroissiens, d'allumer les cierges avant l'office, de lire, de chanter, de quêter, etc., en un mot de remplir toutes les fonctions de nos marguilliers qui leur ont succédé sous un nom différent, avec ce que le temps apporte en tout de mieux ou de pis.
ÉCLAIRÉ, Clairvoyant, adj. {Qram.), termes relatifs aux lumières de l'esprit. £'r//^/m'seditdes lumières acquises; clairvoyant^ des lumières naturelles : ces deux qualités sont entre elles comme la science et la pénétration. Il y a des occasions où toute la pénétration possible ne suggère point le parti qu'il convient de prendre ; alors ce n'est pas assez que d'être clairvoyant, il faut être éclairé; et réciproquement il y a des circonstances où toute la science possible laisse dans l'incertitude : alors ce n'est pas assez que d'être éclairé, il faut être clairvoyant. Il faut être éclairé dans les matières de faits passés, de lois prescrites, et autres semblables, qui ne sont point abandonnées à notre conjecture ; il faut être clairvoyant dans tous les cas où il s'agit de probabilités, et où la conjecture a lieu. L'homme éclairé sait ce qui s'est fait; l'homme clairvoyant devine ce qui se fera : l'un a beaucoup lu dans les livres, l'autre sait lire dans les têtes. L'homme éclairé se décide par des autorités, l'homme clairvoyant, par des raisons. H y a cette différence entre l'homme instruit et l'homme éclairé, que l'homme instruit connaît les choses, et que l'homme éclairé en sait encore faire une application convenable ; mais ils ont de commun que les connaissances acquises sont toujours la base de leur mérite; sans l'éducation, ils auraient été des hommes fort ordinaires; ce qu'on ne peut pas dire de l'homme clairvoyant. Il y a mille hommes instruits pour un homme éclairé-, cent hommes éclairés
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pour un homme clairvoyant ^ et cent hommes clairvoyants pour un homme de génie. L'homme de génie crée les choses; l'homme clairvoyant en déduit des principes; V homme éclaire en fait l'application ; l'homme instruit n'ignore ni les choses créées, ni les lois qu'on en a déduites, ni les applications qu'on en a faites : il sait tout, mais il ne produit rien.
ÉCL1<:CT1SME, s. m. {IJist. de la Philosophie anc. et mod.). L'éclectique est un philosophe qui, foulant aux pieds le préjugé, la tradition, l'ancienneté, le consentement universel, l'autorité, en un mot tout ce qui subjugue la foule des esprits, ose penser de lui-même, remonter aux principes généraux les plus clairs, les examiner, les discuter, n'admettre rien quesur le témoignage de son expérience et de sa raison; et de toutes les philosophies qu'il a analysées sans égard et sans partialité, s'en faire une particulière et domestique qui lui appartienne; je dis une philosophie particulière et domestique^ parce que l'ambition de l'éclectique est moins d'être le précepteur du genre humain que son disciple, de réformer les autres que de se réformer luimême, d'enseigner la vérité que de la connaître. Ce n'est point un homme qui plante ou qui sème; c'est un homme qui recueille et qui crible. Il jouirait tranquillement de la récolte qu'il aurait faite; il vivrait heureux et mourrait ignoré, si l'enthousiasme, la vanilé, ou peut-être un sentiment plus noble, ne le faisait sortir de son caractère.
Le sectaire est un homme qui a embrassé la doctrine d'un philosophe ; l'éclectique, au contraire, est un homme qui ne reconnaît point de maître; ainsi, quand on dit des éclectiques que ce fut une secte de philosophes, on assemble deux idées contradictoires, à moins qu'on ne veuille entendre aussi par le terme de secte la collection d'un certain nombre d'hommes qui n'ont qu'un seul principe commun, celui de ne soumettre leurs lumières à personne, de voir parleurs propres yeux, et de douter plutôt d'une chose vraie que de s'exposer, faute d'examen, à admettre une chose fausse.
Les éclectiques et les sceptiques ont eu cette conformité, qu'ils n'étaient d'accord avec personne; ceux-ci, parce qu'ils ne convenaient de rien; les autres, parce qu'ils ne convenaient que de quelques points. Si les éclectiques trouvaient dans le scepticisme des vérités qu'il fallait reconnaître, ce qui leur était
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(•oiiU'sti' menu; |)ai' lc.s.sc('|)ti(|iic.s; d'un autre côte, les sceptiques n'étaient point divisés entre eux ; au lieu qu'un éclectique adoptant assez communénienl d'un philosophe ce qu'un autre éclecticpie en i-cjciait, il en était de sa secte comme de ces sectes de religion, où il n'y a pa» deux individus qui aient rigoureusement la môme façon de penser.
Les sceptiques et les éclectiques auraient pu prendre pour devise commune : nuliius addiclus jurarc in vcrba. magislri; mais les éclectiques qui, n'étant pas si difficiles que les sceptiques, faisaient leur profit de beaucoup d'idées que ceux-ci dédaignaient, y auraient ajouté cet autre mot par lequel ils auraient rendu justice à leurs adversaires, sans sacrifier une liberté de penser dont ils étaient si jaloux : mdlum philosophion Itnn fuisse inancni qui non viderit ex vero uliquid. Si l'on réfléfliit un peu sur ces deux espèces de philosophes, on verra combien il était naturel de les comparer; on verra que le scepticisme étant la pierre de touche de V éclectisme, l'éclectique devrait toujours marcher à côté du sceptique, pour recueillir tout ce que son compagnon ne réduirait point en une poussière inutile, par la sévérité de ses essais.
Il s'ensuit de ce qui précède que Véclectisme^ pris à la rigueur, n'a point été une philosophie nouvelle, puisqu'il n'y a point de chef de secte qui n'ait été plus ou moins éclectique; et conséquemment que les éclectiques sont, parmi les philosophes, ce que sont les souverains sur la surface de la terre, les seuls qui soient restés dans l'état de nature où tout était à tous. Pour former son système, Pythagore mit à contribution les théologiens de l'Egypte, les gymnosophistes de l'Inde, les artistes de la Phénicie, et les philosophes de la Grèce. Platon s'enrichit des dépouilles de Socrate, d'Heraclite et d'Anaxagore; Zenon pilla le pythagorisme, le platonisme, l'héraclitisme, le cynisme : tous entreprirent de longs voyages; or, quel était le but de ces voyages, sinon d'interroger les différents peuples, de ramasser les vérités éparses sur la surface de la terre, et de revenir dans sa patrie remplis de la sagesse de toutes les nations? Mais comme il est presque impossible à un homme qui, parcourant beaucoup de pays, a rencontré beaucoup de religions, de ne pas chanceler dans la sienne, il est très-difficile à un homme de jugement, qui fréquente plusieurs écoles de philosophie,