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plusieurs siècles avant l'invention de l'écriture; que c'est la raison pour laquelle cet événement ne nous a point été transmis; en un mot, que ces masses, loin (rrterniser l'orgueil ou la stupidiié de ces peuples, sont des monuments de leur prudence et du prix inestimable qu'ils attachaient à la conservation de leurs connaissances. Et la preuve qu'ils ne se sont point trompés dans leur raisonnement, c'est que leur ouvrage a résisté pendant une suite innombrable de siècles à l'action destructive des éléments qu'ils avaient prévue, et qu'il n'a été endommagé que par la barbarie des hommes, contre laquelle les sages égyptiens ou n'ont point pensé à prendre des précautions, ou ont senti l'impossibilité d'en prendre de bonnes. Tel est notre sentiment sur la construction des pyramides de l'Egypte; il serait bien étonnant que dans le grand nombre de ceux qui ont écrit de ces édilices, personne n'eût rencontré mie conjecture qui se présente si naturellement.
Si l'on fait remonter l'institution des prêtres égyptiens jasqu'au temps d'Hermès trismégiste, il n'y eut dans l'État aucun ordre de citoyens plus ancien que l'ordre ecclésiastique ; et si l'on examine avec attention quelques-unes des lois fondamentales de cette institution, on verra combien il était impossible que l'ordre des hiérophantes ne devînt pas nombreux, puissant, redoutable, et qu'il n'entraînât pas tous les maux dont l'Egypte fut désolée.
Il n'en était pas dans l'Egypte ainsi que dans les autres contrées du monde païen oîi un temple n'avait qu'un prêtre et qu'un dieu. On adorait dans un seul temple égyptien un grand nombre de dieux. Il y avait un prêtre au moins pour chaque dieu, et un séminaire de prêtres pour chaque temple. Combien n'était-il pas facile de prendre trop de goût pour un état où l'on vivait aisément sans rien faire; où, placé à coté de l'autel, on partageait l'hommage avec l'idole, et l'on voyait les autres hommes prosternés à ses pieds; où l'on en imposait aux souverains mêmes; où l'on était regardé comme le ministre d'en haut et l'interprète de la volonté du ciel; où le caractère sacré dont on était revêtu permettait beaucoup d'injustices, et mettait presque toujours à couvert du châtiment; où l'on avait la conliance des peuples; où l'on dominait sur les familles dont on possédait les secrets; en un mot, où l'on réunissait en saper-
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sonne l;i considrialion, raiiloiilt', l'opulence, la laiiK-ariliso cl la sécurité. D'ailleurs il ('lait peiinis aux prêtres i-gyptirns d'avoir dus l'euunes, et il est (re.\[)érieuce que les femmes des ministres sont très-fécondes.
Mais pour (|ue l'hiéropliantisme engloutît tous les autres états, et ruinât plus sûrement encore la nation, la prêtrise îgijptii'imc fut une de ces professions dans Icsffuelles les fils étaient oblij^'és de succéder ;ï leurs |)èn!s. !>(• lils d'un prêtre était ])rètre né; ce qui n'empêchait point (ju'on ne ])ùt entrei' dans l'ordre ecclésiastique sans être de famille sacerdotale. Cet ordre enlevait donc continuellement des membres aux autres professions, et ne leur en restituait jamais aucun.
Mais il en était des biens ainsi que des personnes. Ce qui avait appartenu ime fois aux prêtres ne pouvait plus retourner aux laïques. La richesse des prêtres allait toujours en croissant connue leur nombre. D'ailleurs la masse des superstitions lucratives d'une contrée suit la proportion de ses prêtres, de ses devins, de ses augures, de ses diseurs de bonne aventure, et de tous ceux en général qui tirent leur subsistance de leur commerce avec le ciel.
Ajoutons à ces considérations qu'il n'y avait peut-être sur la terre aucun sol plus favorable à la superstition que l'Egypte. Sa fécondation était un prodige annuel. Les phénomènes qui accompagnaient naturellement l'arrivée des eaux, leur séjour et leur retraite portaient les esprits à l'étonnement. L'émigration régulière des lieux bas vers les lieux hauts; l'oisiveté de cette demeure; le temps qu'on y donnait à l'étude de l'astronomie; la vie sédentaire et renfermée qu'on y menait; les météores, les exhalaisons, les vapeurs sombres et malsaines qui s'élevaient de la vase de toute une vaste contrée, trempée d'eau et frappée d'un soleil ardent; les monstres qu'on y voyait éclore; une infinité d'événements produits dans le mouvement général de toute l'Egypte s'enfuyant à l'arrivée de son fleuve, et redescendant des montagnes à mesure que les plaines se découvraient ; tant de causes ne pouvaient manquer de rendre cette nation superstitieuse, car la superstition est partout une suite nécessaire des phénomènes surprenants dont les raisons sont ignorées.
.Mais lorsque dans une contrée le rapport de ceux qui tra-
vaillent à ceux qui ne font rien va toujours en diminuant, il faut à la longue que les bras qui s'occupent ne puissent plus suppléer à l'inaction de ceux qui demeurent oisifs, et que la condition de la fainéantise y devienne onéreuse à elle-même. Ce fut aussi ce qui arriva en Egypte; mais le mal était alors trop grand pour y remédier. 11 fallut abandonner les choses à leur torrent. Le gouvernement en fut ébranlé. L'indigence et l'esprit d'intérêt engendrèrent parmi les prêtres l'esprit d'intolérance. Les uns prétendirent qu'on adorât exclusivement les grues; d'autres voulurent qu'il n'y eût de vrai dieu que le crocodile. Ceux-ci ne prêchèrent que le culte des chats, et anathématisèrent le culte des oignons. Ceux-là condamnèrent les mangeurs de fèves à être bridés comme des impies. Plus ces articles de croyance étaient ridicules, plus les prêtres y mirent de chaleur. Les séminaires s:; soulevèrent les uns contre les autres, les peuples crurent qu'il s'agissait du renversement des autels et de la ruine de la religion, tandis qu'au fond il n'était question entre les prêtres que de s'attirer la confiance et les offrandes des peuples. On prit les armes, on se battit, et la terre fut arrosée de sang.
L'Egypte fut superstitieuse dans tous les temps ; parce que rien ne nous garantit entièrement de l'influence du climat, et qu'il n'y a guère de notions antérieures dans notre espiùt à celles qui nous viennent du spectacle journalier du sol que nous habitons. Mais le mal n'était pas aussi général sous les premiers dépositaires de la sagesse de Trismégiste qu'il le devint sous les derniers hiérophantes.
Les anciens prêtres de l'Egypte prétendaient que leurs dieux étaient adorés même des barbares. En effet, le culte en était répandu dans la Chaldée, dans presque toutes les contrées de l'Asie, et l'on en retrouve encore aujourd'hui des traces trèsdistinctes parmi les cérémonies religieuses de l'Inde. Ils regardaient Osiris, Isis, Orus, Hermès, Anubis, comme des ànies célestes qui avaient généreusement abandonné le séjour de la félicité suprême, pris un corps humain et accepté toute la misère de notre condition, pour converser avec nous, nous instruire de la nature du juste et de l'injuste, nous communiquer les sciences et les arts, nous donner des lois, et nous rendre plus sages et moins malheureux. Ils se disaient descendants de ces
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êtres immor(('ls, et les iK'iilicrs dn leurs divins esprits. Doctiiiic excellente à dôbilci-înix pniplcs; aussi n'y avait-il aiirieiiiicment aucun cwl((; supcrsliliciix dont les iiiinistn;s u'oussciit quelque! pivUMiliou do cette nature; ils réunirent quelquefois la souveraineté avec le sacerdoce. Ils étaient distribués en dilï'érentes classes employées à diiïérents exercices, et distinguées par des marques particulièVes. Ils avaient renoncé à toute occupation manuelle et profane. Ils erraient sans cesse entre les simulacres des dieux, la demarclie compost'e, l'air austère, la contenance droite, et les mains renfermées sous leurs vêtements. Une de leurs fonctions principales était d'exhoiter les peuples à garder un attachement inviolable pour les usages du pays, et ils avaient un assez grand intérêt à bien remplir ce devoir du sacerdoce. Ils observaient le ciel pendant la nuit; ils avaient des purifications pour le jour. Ils célébraient un oHice qui consistait à chanter quelques hymnes le matin, à midi, l'après-midi et le soir. Ils remplissaient les intervalles par l'étude de l'arithmétique, de la géométrie et de la physique expérimentale, -epl t/.v èfATTsipiav. Leur vêtement était propre et modeste; c'était une étoile de lin; leur chaussure était une natte de jonc. Ils pratiquaient sur eux la circoncision. Ils se rasaient tout le corps. Ils s'abluaient d'eau froide trois fois par jour. Ils buvaient peu de vin. Ils s'interdisaient le pain dans le temps de purification, ou ils y mêlaient de l'hysope. L'huile et le poisson leur étaient absolument défendus. Ils n'osaient pas même semer des fèves. Voici l'ordre et la marche d'une de leurs processions.
Les chantres étaient à la tête, ayant à la main quelques symboles de l'art musical. Les chantres étaient particulièrement versés dans les deux livres de Mercure, qui renfermaient les hymnes des dieux et les maximes des rois.
Ils étaient suivis de tireurs d'horoscopes, portant la palme et le cadran solaire, les deux symboles de l'astrologie judiciaire. Ceux-ci étaient savants dans les quatre livres de Mercure sur les mouvements des astres, leur lumière, leur coucher, leur lever, les conjonctions et les oppositions de la lune et du soleil.
Après les tireurs d'horoscopes, marchaient les scribes des choses sacrées, une plume sur la tête, l'écritoire, l'encrier et le jonc à la main. Ils avaient la connaissance de l'hiéroglyphe, de la cosmologie, de la géographie, du cours du soleil, de la lune
et des autres planètes, de la topographie de l'Egypte et des lieux consacrés, des mesures, et de quelques autres objets relatifs à la politique et à la religion.
Après les horoscopistes venaient ceux qu'on appelait les stolites, avec les symboles de la justice, et les coupes de libations, ils n'ignoraient rien de ce qui concerne le choix des victimes, la discipline des temples, le culte divin, les cérémonies de la religion, les sacrifices, les prémices, les hymnes, les prières, les fêtes, les pompes publiques, et autres matières qui composaient dix des livres de Mercure.
Les prophètes fermaient la procession. Ils avaient la poitrine nue; ils portaient dans leur sein découvert Vhydria; ceux qui veillaient aux pains sacrés les accompagnaient. Les prophètes étaient initiés à tout ce qui a rapport à la nature des dieux et à l'esprit des lois; ils présidaient à la répartition des impôts; et les livres sacei'dotaux qui contenaient leur science étaient au nombre de dix.
Toute la sagesse égyptienne formait quarante-deux volumes, dont les six derniers, à l'usage des pastophores, traitaient de l'anatomie, de la médecine, des maladies, des remèdes, des instruments, des yeux et des femmes. Ces livres étaient gardés dans les temples. Les lieux où ils étaient déposés n'étaient accessibles qu'aux anciens d'entre les prêtres. On n'initiait que les naturels du pays, qu'on faisait passer auparavant par de longues épreuves. Si la recommandation d'un souverain contraignait à admettre dans un séminaire quelque personnage étranger, on n'épargnait rien pour le rebuter. On enseignait d'abord au néophyte l'épistolographie, ou la forme et la valeur des caractères ordinaires. De là il passait à la connaissance de l'Écriture sainte ou de la science du sacerdoce, et son cours de théologie finissait par les traités de l'hiéroglyphe ou du style lapidaire, qui se divisait en caractères parlants, symboliques, imitatifs et allégoriques.
Leur philosophie morale se rapportait principalement à la commodité de la vie et à la science du gouvernement. Si l'on considère qu'au sortir de leur école Thaïes sacrifia aux dieux, pour avoir trouvé le moyen de décrire le cercle et de mesurer le triangle ; que Pythagore immola cent bœufs pour avoir découvert la propriété du carré de l'hypothénuse, on n'aura pas une haute
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o|)iiiion (l(î leur {j^t'-oiiK-Uic. Lnir .'isli-oiioiiiio se K'diiisait à la (•(mnaissaiico du IcNcr et du coiiclicr des aslrcs, des aspects des planètes, des solsiic(>s, des (''(|iiiii()\(;.s, des parties du zodiaque; coiinaissaiice qu'ils appliquaient à des caN'uls astrologiques et géiiéthliaques. Eudoxc publia les |)remières idées systématiques sur le mouvement des coi-ps célestes; Thaïes prédit la première éclipse, soit que ce dernier en eût inventé la méthode, soit qu'il l'eût apprise en %ypte ; qu'était-ce que l'astronomie ((jyptiennc? il y a toiiteaj)parence que leurs observations ne devaient leur réputation qu'à l'inexactitude de cellesqu'on faisaitailleurs. La gamme de leur musique avait trois tons, et leur lyre trois cordes. Il y avait longtemps que Pythagore avait cessé d'être leur disciple, lorsqu'il s'occupait encore à chercher les rapports des intervalles des sons. Un long usage d'embaumer les corps aurait dû perfectionner leur médecine ; cependant ce qu'on en peut dire de mieux, c'est qu'ils avaient des médecins pour chaque partie du corps et pour chaque maladie. C'était, du reste, un tissu de pratiques superstitieuses, très-commodes pour pallier rinefficacité des remèdes et l'ignorance du médecin. Si le malade ne guérissait pas, c'est qu'il avait la conscience en mauvais état. Tout ce que Borrichius a débité de leur chimie n'est qu'un délire érudit ; il est démontré que la question de la transmutation des métaux n'avait point été agitée avant le règne de Constantin. On ne peut nier qu'ils n'aient pratiqué, de temps immémorial, l'astrologie judiciaire; mais les en estimerons-nous beaucoup davantage? Ils ont eu d'excellents magiciens, témoin leur querelle avec ^loïse en présence de Pharaon, et la métamorphose de leurs verges en serpents. Ce tour de sorcier est un des plus forts dont il soit fait mention dans l'histoire. Ils ont eu deux théologies, l'une ésotérique et l'autre exotérique. La première consistait à n'admettre d'autre dieu que l'univers, d'autres principes des êtres que la matière et le mouvement. Osiris était le soleil, la lune était Isis. Ils disaient : « Au commencement tout était confondu : le ciel et la terre n'étaient qu'un; mais dans le temps les éléments se séparèrent. L'air s'agita ; sa partie ignée, portée au centre, forma les astres et alluma le soleil. Son sédiment grossier ne resta pas sans mouvement. Il se roula sur lui-même, et la terre parut. Le soleil échauffa cette masse inerte : les germes qu'elle contenait fermentèrent, et la vie se
manifesta sous une infinité de formes diverses. Ciiaque être vivant s'élança dans l'élément qui lui convenait. Le monde, ajoutaient-ils, a ses révolutions périodiques, à chacune desquelles il est consumé par le feu. Il renaît de sa cendre pour subir le même sort à la fin d'une autre révolution. Ces révolutions n'ont point eu de commencement et n'auront point de fin. La terre est un globe sphérique. Les astres sont des amas de feu. L'inlluence de tous les corps célestes conspire à la production et à la diversité des corps terrestres. Dans les éclipses de lune ce corps est plongé dans l'ombre de la terre. La lune est une espèce de terre planétaire. »
Les Égyptiens persistèrent dans le matérialisme jusqu'à ce qu'on leur en eût fait sentir l'absurdité. Alors ils reconnurent un principe intelligent, l'âme du monde, présenta tout, animant tout, et gouvernant tout selon des lois immuables. Tout ce qui était en émanait; tout ce qui cessait d'être y retournait : c'était la source et l'abîme des existences. Ils furent successivement déistes, platoniciens, manichéens, selon les conjonctures et les systèmes dominants. lis admirèrent l'immortalité de l'âme. Ils prièrent pour les morts. Leur Amenthès fut une espèce d'enfer ou d'élysée. Ils faisaient aux moribonds la recommandation de l'âme en ces termes : Sol omnibus î7?îperans, vos dii univcrsi qui vitam hominibus largimini, me accipitc ,• et diis œternis contubenialem futurum reddite. Selon eux les âmes des justes rentraient dans le sein du grand principe, immédiatement après la séparation d'avec le corps. Celles des méchants se purifiaient ou se dépravaient encore davantage, en circulant dans le monde sous de nouvelles formes. La matière était éternelle ; elle n'avait été ni émanée, ni produite, ni créée. Le monde avait eu un commencement ; mais la matière n'avait point commencé et ne pouvait finir. Elle existait par elle-même, ainsi que le principe immatériel. Le principe immatériel était l'être éternel qui informe; la matière était l'être éternel qui est informé. Le mariage d'Osiris et d'Isis était une allégorie de ce système. Osiris et Isis engendrèrent Orus ou l'univers, qu'ils regardaient comme l'acte du principe actif appliqué au principe passif.
La maxime fondamentale de leur théologie exotérique fut de ne rejeter aucune superstition étrangère ; conséquemment il
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n'y (Mil poiiil (le (lieu p('rs(''Ciil('' sur l;i surface de l;i terre qui ne Ironvril un ;isile dans fpiclquf! temple cfiyplioi; on lui en ouvrait les portes, pourvu (pi'il se laiss;\t habiller à la manière du pays. Le culte qu'ils rendirent aux hôtes, et à d'autres êtres de la nature, fut une suite assez naturelle de riiiéroglyphe. Les ligures hiéroglyphiques représentées sur la pierre désignèrent dans les commencements différents phénomènes de la nature ; mais elles devinrent pour le peuple des représentations de la divinité, lorsque l'intelligence vn fut perdue et qu'elles n'eurent plus de sens ; de là cette foule de dieux de toute espèce dont l'Kgypte était remplie; de là ces contestations sanglantes qui s'élevèrent entre les prêtres, lorsque la partie laborieuse de la nation ne fut plus en état de fournir à ses propres besoins, et en même temps aux ])esoins de la })ortion oisive.
Summus utrimque
Inde furor vulgo, quocl numina vicinorum Odit uterque locus, qiiiun solos credat habendos Esse deos, quos ipse colit.
JuvÉNAL, Sat. XV, V. 35 et seq.
Ce serait ici le lieu de parler des antiquités égyptiennes, et des auteurs qui ont écrit de la théologie et de la philosophie des Égyptiens: mais la plupart de ces auteurs ont disparu dans l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie; ce qui nous en reste est apocryphe, si l'on en excepte quelques fragments conservés en citations dans d'autres ouvrages. Sanchoniathon est sans autorité. Manéthon était de Diospolis ou de Sébennis : il vécut sous Ptolémée Philadelphe. Il écrivit beaucoup de l'histoire de la philosophie et de la théologie des Egyptiens. Voici le jugement qu'Eusèbe a porté de ses ouvrages : E.r columnis, dit Eusèbe, in syriadiea terra jjositis, quibus sacra clialecto sacrœ erant notœ insculptœ a TJioot, primo Mercurio ; post cliluvium vero ex sacra lingua in grœcam notis ibidem sacris versœ fuerunt ; interque libros in adita œgyptia relatœ ab Agatho dœmone, altero Mercurio pâtre Tat; iinde ipse ait libros scriptes ab avo Mercnrii Trisinegisti... Quel fond pourrions-nous faire sur cette traduction de traduction de symboles en hiéroglyphes, d'hiéroglyphes en caractères égyptiens Sàcrés, de carac-
tères égyptiens sacrés en lettres grecques sacrées, de lettres grecques sacrées en caractère ordinaire, quand l'ouvrage de Manéthon serait parvenu jusqu'à nous.
La table Isiaque est une des antiquités égyptiennes les plus remarquables. Pierre Bembe la retira d'entre les mains d'un ouvrier qui l'avait jetée parmi d'autres mitrailles. Elle passa de là dans le cabinet de Vincent, duc de iMantoue. Les Impériaux s'emparèrent de Mantoue en 1(i30, et la table Isiaque disparut dans le sac de cette ville : un médecin du duc de Savoie la recouvra longtemps après, et la renferma parmi les antiquités de son souverain, où elle existe apparemment. Que n'a-t-on point vu dans cette table? c'est un nuage où les figures se sont multipliées, selon qu'on avait plus d'imagination et de connaissances. Rudbeck y a trouvé l'alphabet des Lapons; Fabricius, les signes du zodiaque et les mois de l'année; Herwart, les propriétés de l'aimant et la polarité de l'aiguille aimantée; Kircher, Pignorius, Witsius, tout ce qu'ils ont voulu ; ce qui n'empêchera pas ceux qui viendront après eux d'y voir encore tout ce qu'ils voudront ; c'est un morceau admirable pour ne laisser aux modernes, de leurs découvertes, que ce qu'on ne jugera pas digne d'être attribué aux Anciens*.
ÉLÉATIQUE (secte.) Ilisf. de la Philosophie. La secte cléatiqnc fut ainsi appelée d'Élée, ville de la Grande-Grèce, où naquirent Parménide, Zenon et Leucippe, trois célèbres défenseurs de la philosophie dont nous allons parler.
Xénophane de Golophone passe pour le fondateur de VEléaiisme. On dit qu'il succéda à Télauge, fils de Pythagore, qui enseignait en Italie la doctrine de son père. Ce qu'il y a de certain, c'est que les éléatiques furent quelquefois appelés /^yM//goriciciis.
Il se fit un grand schisme dans l'école éléatique, qui la divisa en deux sortes de philosophes qui conservèrent le même nom, mais dont les principes furent aussi opposés qu'il était possible qu'ils le fussent ; les uns, se perdant dans des abstractions et élevant la certitude des connaissances métaphysiques aux
1. Conférez ici ce que nous avons dit du livre de M. Dutens, surYOrigine des Découvertes attribuées aux Modernes, dans le Discours préliminaire qui sert d'introduction au dictionnaire de la philosopliie ancienne et moderne de VEncyclopédie méthodique. Voyez depuis la page 15 jusqu'à la page 21. (N.).
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tlépons (le l.i scicnro des faits, regardèrent la physique expérimentale et rt'tiKle de la natnre coninie l'occupation vainc et trompeuse d'un liomnii' qui, portant la vérité en lui-même, lu clierchait au dehors, et devenait, de propos délibéré, le jouet perpétuel de l'iipparence et des fantômes : dp ce nombre furent Xénophane, Parménide, Mélisse et Zenon ; les autres, au contraire, persuadés cpi'il n'y a de vérité que dans les propositions fondées sur le témoijijnage de nos sens, et que la connaissance des phénonumes de hi nature est la seule vraie philosophie, se livrèrent tout entiers à l'étude de la physique : et l'on trouve k la tête de ceux-ci les noms célèbres de Leucippe, de Démocrite, de Protagoras, de Diagoras et d'Anaxarque. Ce schisme nous donne la division de l'histoire de la philosophie êlâitiq^ie, en histoire de VElêalisme métaphysique, et en histoire de YÉléalismc physique.
Histoire des ('•Icaliqitcs mêtopliysiciem. Xénophane vécut si longtemps, qu'on ne sait à quelle année rapporter sa naissance. La diflérence entre les historiens est de vingt olympiades: mais il est diflicile d'en trouver une autre que la cinquante-sixième qui satisfasse à tous les faits donnés. Xénophane, né dans la cinquante-sixième olympiade, put apprendre les éléments de la grammaire, tandis qu'Anaximandre fleurissait; entrer dans l'école pythagoricienne à l'âge de vingt-cinq ans, professer la philosophie jusqu'à l'âge de quatre-vingt-douze, être témoin de la défaite des Perses à Platée et à Marathon, voir le règne d'Hiéron, avoir Empédocle pour disciple, atteindre le commencement de la quatre-vingt-unième olympiade, et mourir âgé de cent ans.
Xénophane n'eut point de maître. Persécuté dans sa patrie, il se retira à Zancle ou à Catane dans la Sicile. Il était poëte et philosophe. Réduit à la dernière indigence, il alla demander du pain à Hiéron. Demander du pain à un tyran ! il valait encore • mieux chanter ses vers dans les rues; cela eût été plus honnête et plus conforme aux mœurs du temps. Indigné des fables qu'Homère et Hésiode avaient débitées sur le compte des dieux, il écrivit contre ces deux poètes ; mais les vers d'Hésiode et d'Homère sont parvenus jusqu'à nous, et ceux de Xénophane sont tombés dans l'oubli. Il combattit les principes de Thaïes et de Pythagore ; il harcela un peu le philosophe Épiménide; il écrivit l'histoire de son pays ; il jeta les fondements d'une
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nouvelle philosophie dans un ouvrage intitulé De la Nature. Ses disputes avec les philosophes de son temps servirent aussi d'aliment à la mauvaise humeur de Timon ; je veux dire que le misanthrope s'en réjouissait intérieurement, quoiqu'il en parût fâché à l'extérieur.
Nous n'avons point les ouvrages des éléatiques; et l'on accuse ceux d'entre les anciens qui ont fait mention de leurs principes d'avoir mis peu d'exactitude et de fidélité dans l'exposition qu'ils nous en ont laissée. Il y a toute apparence que les éléafiqiies avaient la double doctrine. Voici tout ce qu'on a pu recueillir de leur métaphysique et de leur physique.
31 et (/physique de Xénophane. Rien ne se fait de rien. Ce qui est a donc toujours été : mais ce qui est éternel est infini : ce qui est infini est un : car où il y a dissimilitude il y a pluralité. Ce qui est éternel, infini, un, partout le même, est aussi immuable et immobile: car s'il pouvait changer de lieu, il ne serait pas infini; et s'il pouvait devenir autre, il y aurait en lui des choses qui commenceraient et des choses qui finiraient sans cause ; il se ferait quelque chose de rien, et rien de quelque chose; ce qui est absurde. Il n'y a qu'un être qui soit éternel, infini, un, immuable, immobile, tout, et cet être est Dieu. Dieu n'est point corps ; cependant sa substance s'étendant également en tout sens, remplit un espace immense sphérique. Il n'a rien de commun avec l'homme. Dieu voit tout, entend tout, est présent à tout ; il est en même temps l'intelligence, la durée, la nature; il n'a point notre forme, il n'a point nos passions; ses sens ne sont point tels que les nôtres.
Ce système n'est pas éloigné du spinosisme. Si Xénophane semble reconnaître deux substances dont l'union intime constitue un tout, qu'il appelle Vimivers, d'un autre côté l'une de ces substances est figurée, et ne peut, selon ce philosophe, se concevoir distinguée et séparée de l'autre que par abstraction. Leur nature n'est pas essentiellement différente; d'ailleurs cette âme de l'univers que Xénophane paraît avoir imaginée, et que tous les philosophes qui l'ont suivi ont admise, n'était rien de ce que nous entendons par un esprit.
Physique de Xénophane. — Il n'y a qu'un univers; mais il y a une infinité de mondes. Comme il n'y a point de mouvement vrai, il n'y a en effet ni génération, ni dépérissement, ni
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;ilt(M;ili()ii. Il n'y a ni coMiiiieiicerJieiil ni lin d ■ rien, (jik; des apparciK'Os. Les a|)|)art'nc(!s sont les scnics |)ro(!c.s.sions réelles (le l'état (le |)ossil)iliie à rétal (l'existence, et de TtUat d'existence h celui d anniliilalion. Les sens ne peuvent nous «'lever à la connaissance de la raison première de l'univers. Ils nous ironipent nécessairement sur ses lois. Il ne nous vient de science solide que de la raison; tout ce ((ui n'est fondé que sur le témoignage des sens est opinion. La métaphysique est la scien('e des choses; la physifjue est l'étude des apparences. Ce ([ue nous apercevons en nous est; ce que nous apercevons hors de nous nous paraît.] Mais la seule vraie philosophie est des choses (|ui sont, et non de celles cpii paraissent.
Malgré ce mépris que les clcatiqius faisaient de la science des faits et de la connaissance de la nature, ils s'en occupaient sérieusement, ils en jugeaient seulement moins favorablement que les philosophes de leur temps. Ils auraient été d'accord avec les pyrrhoniens sur l'incertitude du rapport des sens, mais ils auraient défendu contre eux l'infaillibilité de la raison.
11 y a, disaient les élcatiqncs. quatre éléments; ils se combinent pour former la terre. La tene est la matière de tous les êtres. Les astres sont des nuages enllammés : ces gros charbons s'éteignent le jour et s'allument la nuit. Le soleil est un amas de particules ignées, qui se détruit et se reforme en vingtquatre heures; il se lève le matin comme un grand brasier allumé de vapeurs récentes : ces vapeurs se consument à mesure que son cours s'avance; le soir il tombe épuisé sur la terre; son mouvement se fait en ligne droite : c'est la distance qui donne à l'espace qu'il parcourt une courbure apparente. Il y a plusieurs soleils; chaque climat, chaque zone a le sien. La lune est un nuage condensé; elle est habitée; il y a des régions, des villes. Les nuées ne sont que des exhalaisons que le soleil attire de la surface de la terre. Est-ce l'aftluence des mixtes qui se précipitent dans les mers qui les sale? Les mers ont couvert toute la terre; ce phénomène est démontré par la présence des corps marins sur sa surface et dans ses entrailles. Le genre humain finira lorsque la terre étant entraînée au fond des mers, cet amas d'eau se répandra également partout, détrempera le globe, et n'en formera qu'un bourbier; les siècles
s'écouleront, l'immense bourbier se séchera et les hommes renaîtront. Voilà la grande révolution de tous les êtres.
Ne perdons point de vue, au milieu de ces puérilités, plusieurs idées qui ne sont point au-dessous de la philosophie de nos temps; la distinction des éléments, leur combinaison, d'où résulte la terre; la terre, principe général des corps; l'apparence circulaire, eU'et de la grande distance; la pluralité des mondes et des soleils; la lune habitée; les nuages formés des exhalaisons terrestres ; le séjour de la mer sur tous les points de la surface de la terre. Il était difficile qu'une science qui en était à son alphabet rencontrât un plus grand nombre de vérités ou d'idées heureuses.
Tel était l'état de la philosophie clcatique, lorsque Parménide naquit. 11 était d'Élée. Il eut Zenon pour disciple. Il s'entretint avec Socrate. Il écrivit sa philosophie en vers; il ne nous en reste que des lambeaux si décousus, qu'on n'en peut former aucun ensemble systématique. 11 y a de l'apparence qu'il donna aussi la préférence à la raison sur les sens; qu'il regarda la physique comme la science des opinions, et la métaphysique comme la science des choses, et qu'il laissa Yéléalisnte spéculatif où il en était, à moins qu'on ne veuille s'en rapporter à Platon et attribuer à Parménide tout ce que le platonisme a débité depuis sur les idées. Parménide se fit un système de physique particulier. Il regarda le froid et le chaud, ou la terre et le feu, comme les principes des êtres ; il découvrit que le soleil et la lune brillaient de la même lumière, mais que l'éclat de la lune était emprunté; il plaça la terre au centre du monde; il attribua son immobilité à sa distance égale en tout sens de chacun des autres points de l'univers. Pour expliquer la génération des substances qui nous envh'onnent, il disait : u Le feu a été appliqué à la terre, le limon s'est échaufl'é, l'homme et tout ce qui a vie a été engendré; le monde finira; la portion principale de l'âme humaine est placée dans le cœur. »
Parménide naquit dans la soixajite-neuvième olympiade. On ignore le temps de sa mort. Les Éléens l'appelèrent au gouvernement; mais des troubles populaires le dégoûtèrent bientôt des affaires publiques, et il se retira pour se livrer tout entier à la philosophie.
Mélisse, de Samos, fleurit dans la quatre-vingt-quatrième
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()Iyiii|)i;ul('. Il lut lioiiiinc (I'KIjiI ;iv;ml qiio d'ôtre pliilosoplie. Il eût peut-être élr plus avaiitjig(Mi\ pour les peii|)l(;s rpi'il eût coininencé par être pliilosoj)!!»! avant (lue d'être homme d'Ktal. Il écrivit dans sa retraite J)f llClrc et De la Nature . Il ne changea rien à la philosophie de ses prédécesseurs : il croyait seulement ([ue la nature des dieux étant incompréhensible, il fallait s'en taire, et (|ue ce (jui n'est pas est im[)ossil)le; deux principes dont le premier marque l)eancou[) de retenue, et le second beaucoup de hardiesse. On croil (pu! ce lut notre philosophe (|ui connnandail les Samiens, lors(|ue leur Hotte battit celle des Athéniens.
Zenon Vélêatique fut un beau garçon que Parménide ne reçut pas dans son école sans qu'on en médît. Il se mêla aussi des alTaires publi([ues avant que de s'appliquer à l'étude de la philosophie. On dit qu'il se trouva dans Agrigente, lorsque cette ville gémissait sous la tyi'annie de Phalaris; qu'ayant employé sans succès toutes les ressources de la philosophie pour adoucir cette bête féroce, il inspira à la jeunesse l'honnête et dangereux dessein de s'en délivrer; que Phalaris, instruit de cette conspiration, fit saisir Zenon et l'exposa aux plus cruels tourments, dans l'espérance que la violence de la douleur lui arracherait les noms de ses complices ; que le philosophe ne nomma que le favori du tyran; qu'au milieu des supplices, son éloquence réveilla les lâches Agrigentins; qu'ils rougirent de s'abandonner eux-mêmes, tandis qu'un étranger expirait à leurs yeux pour avoir entrepris de les tirer de l'esclavage; qu'ils se soulevèrent brusquement, et que le tyran fut assommé à coups de pierres. Les uns ajoutent qu'ayant invité Phalaris à s'approcher, sous prétexte de lui révéler tout ce qu'il désirait savoir, il le mordit par l'oreille, et ne lâcha prise qu'en mourant sous les coups que les bourreaux lui donnèrent. D'autres que, pour oter à Phalaris toute espérance de connaître le fond de la conjuration, il se coupa la langue avec les dents, et la cracha au visage du tyran. Mais ([uelque honneur que la philosophie puisse recueillir de ces faits, nous ne pouvons nous en dissimuler l'incertitude. Zenon ne vécut ni sous Phalaris, ni sous Denis; et l'on raconte les mêmes choses d'Anaxarque.
Zenon était grand dialecticien. Il avait divisé sa logique en trois parties. 11 traitait, dans la première, de l'art de raisonner,
dans la seconde, de l'art de dialoguer; et dans la troisième, de l'art de disputer. Il n'eut point d'autre métaphysique que celle de Xéuophane. Il combattit la réalité du mouvement. Tout le monde connaît son sophisme de la tortue et d'Achille. Il disait : « Si je souffre sans indignation l'injure du méchant, je serai insensible à la louange de l'honnête homme. » Sa physique fut la même que celle de Parménide. 11 nia le vide. S'il ajouta au froid et au chaud l'humide et le sec, ce ne fut pas proprement comme quatre différents principes, mais comme quatre effets de deux causes, la terre et le feu.
IlUtoire des cléatiques physiciens. — Leucippe d'Abdère, disciple de Mélisse et de Zenon, et maître de Démocrite, s'aperçut bientôt que la méiiance outrée du témoignage des sens détruisait toute philosophie, et qu'il valait mieux rechercher en quelles circonstances ils nous trompaient que de se persuader à soi-même et aux autres, par des subtilités de logique, qu'ils nous trompent toujours. Il se dégoûta de la métaphysique de Xénophane, des idées de Platon, des nombres de Pythagore, des sophismes de Zenon, et s'abandonna tout entier à l'étude de la nature, à la connaissance de l'univers et à la recherche des propriétés et des attributs des êtres. Le seul moyen, disait-il, de réconcilier les sens avec la raison, qui semblent s'être brouillés depuis l'origine de la secte cicatique, c'est de recueillir des faits et d'en faire la base de la spéculation. Sans les faits, toutes les idées systématiques ne portent sur rien : ce sont des ombres inconstantes qui ne se ressemblent qu'un instant.
On peut regarder Leucippe comme le fondateur de la philosophie corpusculaire. Ce n'est pas qu'avant lui on n'eût considéré les corps comme des amas de particules; mais il est le premier qui ait fait, de la combinaison de ces particules, la cause universelle de toutes choses. Il avait pris la métaphysique en une telle aversion, que pour ne rien laisser, disait-il, d'arbitraire dans sa philosophie, il en avait banni le nom de Dieu. Les philosophes qui l'avaient précédé voyaient tout dans les idées; Leucippe ne voulut rien admettre que ce qu'il observerait dans les corps. 11 fit tout émaner de l'atome, de sa figure et de son mouvement.il imagina l'atomisme; Démocrite perfectionna ce système; Épicure le porta jusqu'où il pouvait s'élever.
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I/'ucippc ot Drinocritc, avaiciil dil que lus atonies (liiï('Tai(.'nt parle mouvcineiil, la (igiin! i!l la masse, et que c'était de leur coordination que naissaient tous les ùlrcs. Kpicure ajouta qu'il y avait des atomes d'une nature si hétérogène, qu'ils ne pouvaient ni se rencontrer, ni s'unir. L('U(ip[)e et Uémocrite avaient prétendu que toutes les molécules élémentaires avaient commencé })ar se mouvoir en ligiu; droite, l'^picure remarqua que, si elles avaient commenrô à se mouvoir toutes en ligne droite, elles n'auraient jamais changé de direction, ne se seraient point choquées, ne se seraient point combinées, et n'auraient produit aucune substance; d'où il conclut qu'elles s'étaient mues dans des directions un peu inclinées les unes aux autres, et convergentes vers quelque point commun, à peu près comme nous voyons les graves tomber vers le centre de la terre. Leucippc et Démocrite avaient animé leurs atomes d'une même force de gravitation. Épicure fil graviter les siens diversement. Voilà les principales différences de la philosophie de Leucippe et d'Kpicure qui nous soient connues.
Leucippe disait encore : L'univers est infini. Il y a un vide absolu, et un plein absolu: ce sont les deux portions de l'espace en général. Les atomes se meuvent dans le vide. Tout naît de leurs combinaisons. Ils forment des mondes qui se résolvent en atomes. Entraînés autour d'un centre commun, ils se rencontrent, se choquent, se séparent, s'unissent; les plus légers sont jetés dans les espaces vides, qui embrassent extérieurement le tourbillon général. Les autres tendent fortement vers le centre ; ils s'y hâtent, s'y pressent, s'y accrochent et y forment une masse qui augmente sans cesse en densité. Cette masse attire à elle tout ce qui l'approche; de là naissent l'humide, le limoneux, le sec, le chaud, le brûlant, l'enflammé, les eaux, la terre, les pierres, les hommes, le feu, la flamme, les astres. Le soleil est environné d'une grande atmosphère qui lui est extérieure. C'est le mouvement qui entretient sans cesse le feu des astres, en portant au lieu qu'ils occupent des particules qui réparent les pertes qu'ils font. La lune ne brille que d'une lumière empruntée du soleil. Le soleil et la lune souffrent des éclipses, parce que la terre penche vers le midi. Si les éclipses de lune sont plus fréquentes que celles de soleil, il en faut chercher la raison dans la différence de leurs orbes. Les géué- XIV. 26
râlions, les dépérissements, les altérations, sont les suites d'une loi générale et nécessaire, qui agit dans toutes les molécules de la matière.
Quoique nous ayons perdu les ouvrages de Leucippe, il nous est resté, comme on voit, assez de connaissance des principes de sa philosophie pour juger du mérite de quelques-uns de nos systématiques modernes ; et nous pourrions demander aux cartésiens s'il y a loin des idées de Leucippe à celles de Descartes.
Leucippe eut pour successeur Démocrite, un des premiers génies de l'antiquité. Démocrite naquit à Abdère, où sa famille était riche et puissante. Il fleurissait au commencement de la guerre du Péloponnèse. Dans le dessein qu'il avait formé de voyager, il laissa à ses frères les biens fonds, et il prit en argent ce qui lui revenait de la succession de son père. Il parcourut l'Egypte, où il apprit la géométrie dans les séminaires; la Chaldée, l'Ethiopie, où il conversa avec les gymnosophistes ; la Perse, où il interrogea les mages ; les Indes, etc. a Je n'ai rien épargné pour m'instruire, disait Démocrite; j'ai vu tous les hommes célèbres de mon temps ; j'ai parcouru toutes les contrées où j'ai espéré rencontrer la vérité : la distance des lieux ne m'a point effrayé; j'ai observé les différences de plusieurs climats ; j'ai recueilli les phénomènes de l'air, de la terre et des eaux : la fatigue des voyages ne m'a point empêché de méditer; j'ai cultivé les mathématiques sur les grandes routes, comme dans le silence de mon cabinet ; je ne crois pas que personne me surpasse aujourd'hui dans l'art de démontrer par les nombres et par les lignes, je n'en excepte pas même les prêtres de l'Egypte. »
Démocrite revint dans sa patrie, rempli de la sagesse de toutes les nations; mais il y fut réduit à la vie la plus étroite et la plus obscure ; ses longs voyages avaient entièrement épuisé sa fortune; heureusement il trouva dans l'amitié de Damasis, son frère, les secours dont il avait besoin. Les lois du pays refusaient la sépulture à celui qui avait dissipé le bien de ses pères. Démocrite ne crut pas devoir exposer sa mémoire à cette injure: il obtint de la république une somme considérable en argent, avec une statue d'airain, sur la seule lecture d'un de ses ouvrages. Dans la suite, ayant conjecturé, par des obser-
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valions i^'-Irorolof^Mqnos, qu'il y aurait une grande rlisclto d'iinilc, il acheta à hoii inarclié toute celle qui ('tait dans le commerce, la icvendil lorl cher, ei piouN.i aux détracteurs de 1.1 |)iiilos()|)liie (|ue le |)hil()s()|)he savait acquérir des ric-hesscs (|ii;iii(l il le voulait. Ses concitoyens l'appelèrent à l'administration des adaires publiques: il se conduisit à la tôte du gouvernement comme on l'attendait d'un homme de son caractère. Mais son goût dominant ne tarda pas à le rappeler à la contemplation et à la philoso[)hie. II s'enfonça dans les lieux sauvages et solitaires; il erra parmi les tombeaux; il se livra à l'étude de la morale, de la nature, de l'anatomie et des mathématiques; il consuma sa vie en expériences ; il lit dissoudre des pierres ; il exprima le suc des plantes; il disséqua les animaux. Ses imbéciles concitoyens le prirent alternativement pour magicien et pour insensé. Son entrevue avec Ilippocrale, qu'on avait appelé pour le guérir, est trop connue et trop incertaine pour que j'en fasse mention ici. Ses travaux et son extrême sobriété n'abrégèrent point ses jours. Il vécut près d'un siècle. Voici les principes généraux de sa philosophie.
Logique de Démocrite. Démocrite disait : « Il n'existe que les atomes et le vide ; il faut traiter le reste comme des simulacres trompeurs. L'homme est loin de la vérité. Chacun de nous a son opinion ; aucun n'a la science. Il y a deux philosophies ; l'une sensible, l'autre rationnelle ; il faut s'en tenir à la première, tant qu'on voit, qu'on sent, qu'on entend, qu'on goûte et qu'on touche ; il ne faut poursuivre le phénomène à la pointe de l'esprit que quand il échappe à la portée des sens. La voie expérimentale est longue, mais elle est sûre ; la voie du raisonnement a le même défaut, et n'a pas la même certitude. »
D'où l'on voit que Démocrite s'était un peu rapproché des idées de Xénophane en métaphysique, et qu'il s'était livré sans réserve à la méthode de philosopher de Leucippe en physique.
Physiologie de Démocrite. Démocrite disait : « Rien ne se fait de rien ; le vide et les atomes sont les causes efficientes de tout. La matière est un amas d'atomes, ou n'est qu'une vaine apparence. L'atome ne naît point du vide, ni le vide de l'atome : les corps existent dans le vide. Ils ne diffèrent que par la combinaison de leurs éléments. II faut rapporter l'espace
ZiO!» ÉLÉATIQUE.
aux atomes et au vide. Tout ce qui est plein est atome ; tout ce qui n'est pas atome est vide. Le vide et les atomes sont deux infinis, l'un en nombre, l'autre en étendue. Les atomes ont deux propriétés primitives, la figure et la masse. La figure varie à l'infini ; la masse est la plus petite possible. Tout ce que nous attribuons d'ailleurs aux atomes comme des propriétés est en nous. Ils se meuvent dans le vide immense, où il n'y a ni haut, ni bas, ni commencement, ni milieu, ni fin; ce mouvement a toujours été et ne cessera jamais. 11 se fait selon une direction oblique, telle que celle des graves. Le choc et la cohésion sont des suites de cette obliquité et de la diversité des figures. La justice, le destin, la providence, sont des termes vides de sens. Les actions réciproques des atomes sont les seules raisons éternelles de tout. Le mouvement circulaire en est un effet immédiat. La matière est une : toutes les différences émanent de l'ordre, de la figure et de la combinaison des atomes. La génération n'est que la cohésion des atomes homogènes: l'altération n'est qu'un accident de leur combinaison ; la corruption n'est que leur séparation ; l'augmentation, qu'une addition d'atomes; la diminution, qu'une soustraction d'atomes. Ce qui s'aperçoit par les sens est toujours vrai ; la doctrine des atomes rend raison de toute la diversité de nos sensations. Les mondes sont infinis en nombre : il y en a de parfaits, d'imparfaits, de semblables, de différents. Les espaces qu'ils occupent, les limites qui les circonscrivent, les intervalles qui les séparent, varient à l'infini. Les uns se forment, d'autres sont formés; d'autres se résolvent et se détruisent. Le monde n'a point d'âme, ou l'âme du monde est le mouvement igné. Le feu est un amas d'atomes sphériques. Il n'y a d'autres différences entre les atomes constitutifs de l'air, de l'eau et de la terre, que celle des masses. Les astres sont des amas de corpuscules ignés et légers, mus sur eux-mêmes. La lune a ses montagnes, ses vallées et ses plaines. Le soleil est un globe immense de feu. Les corps célestes sont emportés d'un mouvement général d'orient en occident. Plus leur orbe est voisin de la terre, plus il se meut lentement. Les comètes sont des amas de planètes si voisines, qu'elles n'excitent que la sensation d'un tout. Si l'on resserre dans un espace trop étroit une grande quantité d'atomes, il s'y formera un courant; si l'on disperse au contraire les atomes
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dans un vide trop grand pour leur ([uaiililt', ils doincuioront (Ml ropos. Dans le coinuieuccmonl, la terre fut emportée à travers l'im'.nen.sité de l'espacer d'un monvciiient irrégulicr. Klle acfpiitdans le temps de la consistance et du poids; son mouvement s(> ralentit pi'u à peu, puis il cessa. Klle doit son ropos à son étendue et à sa gravili'. C'est un vaste disque f{ui divise l'espace infini en deux liéiuisplières, l'un supérieur, et l'autre inférieur. Klle reste immobile ))ar l'égalité de force de ces deux hémisphères. Si l'on considère la section de l'espace universel, relativement à deux points déterminés de cet espace, elle sera droite et oblique. C'est en ce sens que l'axe de la terre est incliné. La ten'e est pleine d'eau : c'est la distribution inégale de ce fluide dans ses immenses et profondes concavités qui cause et entretient ses mouvements. Les mers décroissent sans cesse et tariront. Les hommes sont sortis du limon et de l'eau. L'âme humaine n'est que la chaleur des éléments du corps ; c'est par cette chaleur que l'homme se meut et qu'il vit. L'âme est mortelle, elle se dissipe avec le corps. La pai tie qui réside dans le cœur réfléchit, pense et veut ; celle qui est répandue uniformément partout ailleurs sent seulement. Le mouvement qui a engendré les êtres détruits les reformera. Les animaux, les hommes et les dieux ont chacun leurs sens propres. Les nôtres sont des miroirs qui reçoivent les images des choses. Toute sensation n'est qu'un toucher. La distinction du jour et de la nuit est une expression naturelle du temps. »
Thcologic de Déinocrite. a II y a des natures composées d'atomes très-subtils, qui ne se montrent à nous que dans les ténèbres. Ce sont des simulacres gigantesques : la dissolution en est plus diflicile et plus rare que des autres natures. Ces êtres ont des voix : ils sont plus instruits que nous. 11 y a dans l'avenir des événements qu'ils peuvent prévoir, et nous annoncer : les uns sont bienfaisants, les autres malfaisants. Ils habitent le vague des airs ; ils ont la figure humaine. Leur dimension peut s'étendre jusqu'à remplir des espaces immenses. » D'où l'on voit que Démocrite avait pris pour des êtres réels des fantômes de son imagination, et qu'il avait composé Fa théologie de ses propres visions ; ce qui était arrivé de son temps à beaucoup d'autres qui ne s'en doutaient pas.
Morale de Démocrite. La santé du corps et le repos de
l'âme sont le souverain bien de l'homme. L'homme sage ne s'attache fortement à rien de ce qui peut lui être enlevé. 11 faut se consoler de ce qui est, par la contemplation du possible. Le philosophe ne demandera rien, et méritera tout; ne s'étonnera guère, et se fera souvent admirer. C'est la loi qui fait le bien et le mal, le juste et l'injuste, le décent et le déshonnête. La connaissance du nécessaire est plus à désirer que la jouissance du superflu. L'éducation fait plus d'honnêtes gens que la nature. Il ne faut courir après la fortune que jusqu'au point marqué par les besoins de la nature. L'on s'épargnera bien des peines et des entreprises si l'on connaît ses forces, et si l'on ne se propose rien au delà, ni dans son domestique, ni dans la société. Celui qui s'est fait un caractère sait tout ce qui lui arrivera. Les lois n'ôtent la liberté qu'à ceux qui en abuseraient. On n'est point sous le malheur tant qu'on est loin de l'injustice : le méchant qui ignore la dissolution finale, et qui a la conscience de sa méchanceté, vit en crainte, meurt en transe, et ne peut s'empêcher d'attendre d'une justice ultérieure qui n'est pas ce qu'il a mérité de celle qui est, et à laquelle il n'ignore pas qu'il échappe en mourant. La bonne santé est dans la main de l'homme. L'intempérance donne de courtes joies et de longs déplaisirs, etc.
Démocrite prit pour disciple Protagoras, un de ses concitoyens; il le tira de la condition de portefaix pour l'élever à celle de philosophe. Démocrite, ayant considéré avec des yeux mécaniciens l'artifice singulier que Protagoras avait imaginé pour porter commodément un grand fardeau, l'interrogea, conçut sur ses réponses bonne opinion de son esprit, et se l'attacha. Protagoras professa l'éloquence et la philosophie. Il fit payer chèrement ses leçons: il écrivit un livre de la nature des dieux, qui lui mérita le nom ô^ impie, et qui l'exposa à des persécutions. Son ouvrage commençait par ces mots: Je ne sais s'il y a des dieux; la profondeur de cette recherche, jointe à la brièveté de la vie, m'ont condamné à l'ignorer toujours. Protagoras fut banni, et ses livres recherchés, brûlés et lus. Punitis ingcniis gliscit auctoritas.
Ce qu'on nous a transmis de sa philosophie n'a rien de particulier ; c'est la métaphysique de Xénophane, et la physique de Démocrite.
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\,'ch'allqiif l)i;i^i;()r;is, de l'île (!(• Mi-los, fut un Mulrc iinpio. H n;u|uit dans la (renle-iiuilièine olympiade. Les désordres (lii'ij remarqua dans l'ordre physique el moral le détermiuùrent ;ï nier l'exisleiice des dieux. Il ne renferma point sa faron de penser, malgré les dangers auxquels il s'exposait en la laissant Iranspirer. Le {^'ouvcrnemenl mit sa lèle à prix. On éleva une colonne d'nirain, par laquelle on pronieUail un talent à celui (jtii le luerait, cl deux lalenls à celui qui le prendrait vif. Une de ses imprudences fut d'avoir pris, au défaut d'autre bois, une statue d'Hercule pour faire cuire des navets. Le vaisseau qui le portait loin de sa patrie, ayant été accueilli par une violente tempête, les matelots, gens superstitieux dans le danger, commencèrent à se reprocher de l'avoir pris sur leur bord; mais le philosophe, leur montrant d'autres bâtiments qui ne couraient pas moins de danger que le leur, leur demanda avec un grand sang-froid si chacun de ces vaisseaux portait aussi un Diagoras. 11 disait dans une autre conjoncture, à un Samo- Ihrace de ses amis, qui lui faisait remarquer dans un temple de Neptune un grand nombre Cicx-voto offerts au dieu par des voyageurs qu'il avait sauvés du naufrage, que les prêtres ne seraient pas si fiers, si l'on avait pu tenir registre des prières do tous les honnêtes gens que Neptune avait laissé périr. Notre athée donna de bonnes lois aux Mantinéens, et mourut tranquillement à Gorinthe.
Anaxarque d'Abdère fut plus fameux par la licence de ses mœurs que par ses ouvrages. Il jouit de toute la faveur d'Alexandre : il s'occupa à corrompre ce jeune prince par la flatterie. Il parvint cà le rendre inaccessible à la vérité. II eut la bassesse de le consoler du meurtre de Glitus. An ignoras^ lui disait-il, jus et [as Jovi assidcre^ ut quidquid rex (igat, id fus justumque putctur. Il avait longtemps sollicité auprès d'Alexandre la perte de Nicocréon, tyran de l'Ile de Chypre. Une tempête le jeta entre les mains de ce dangereux ennemi. Alexandre n'était plus. Nicocréon fit piler Anaxarque dans un mortier. Ce malheureux mourut avec une fermeté digne d'un plus honnête homme. Il s'écriait sous les coups de pilon : Anaxarchi culeum , non Anaxarchum tundis. On dit aussi de lui qu'il se coupa la langue avec les dents, et qu'il la cracha au visage du tyran.
ÉMAIL, s. m, [Art. mccan.)^ branche de l'art de la verrerie