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CANICULE

de Somme et d'Oiso a viv formé sous les ministères des cardinaux de Riclielieu et de Mazarin, et sous celui de M. de Coiherl.

Mais un des plus gi-ands et des plus merveilleux ouvrages de cette espèce, et en même temps un des plus utiles, c'est la jonction des deux mers par le raïuil de Languedoc, proposé sous François T''", sous Henri IV, sous Louis XIII, entrepris et achevé sous Louis \IV. Il commence par un réservoir de quatre mille pas de circonférence, et de quatre-vingts pieds de profondeur, qui reçoit les eaux de la montagne Noire. Elles descendent à JNaurouse dans un bassin de deux cents toises de longueur et de cent cinquante de largeur, revêtu de pierres de taille. C'est là le point de partage d'où les eaux se distribuent à droite et à gauche dans un atiuil de soixante-quatre lieues de long, oîi se jettent plusieurs petites rivières, soutenues d'espace en espace de cent quatre écluses. Les huit écluses qui sont voisines de Béziers forment un très-beau spectacle; c'est une cascade de cent cinquante-six toises de long sur onze toises de pente.

Ce cmufl est conduit en plusieurs endroits sur des aqueducs et sur des ponts d'une hauteur incroj^able, qui donnent passage entre leurs arches à d'autres rivières. Ailleurs, il est coupé dans le roc tantôt à découvert, tantôt en voûte, sur la longueur de plus de mille pas. Il se joint d'un bout à la Garonne près de Toulouse; de l'autre, traversant deux fois l'Aude, il passe entre Agde et Béziers, et va lînir au grand lac de Tau, qui s'étend jusqu'au port de Cette.

Ce monument est comparable à tout ce que les Romains ont tenté de plus grand. Il fut projeté en 1666, et démontré possible par une multitude infinie d'opérations longues et pénibles, faites sur les lieux, par François Riquet, qui le finit avant sa mort, arrivée en 1680. Quand les grandes choses sont exécutées, il est facile à ceux qui les contemplent de les imaginer plus parfaites et plus grandes. C'est ce qui est arrivé ici. On a proposé un réservoir plus grand que le premier, un amal plus large, et des écluses plus grandes; mais on a été arrêté par les frais.

CANICULE, s. f. {Astron.) Les Romains étaient si persuadés de la malignité de la canicule, que, pour en écarter les

influences, ils lui sacrifiaient tous les ans un chien roux; le chien avait eu la préférence clans le choix des victimes, à cause de la conformité des noms. Ce n'est pas la seule occasion où cette conformité ait donné naissance à des branches de superstition : la canicule passait, ou pour la chienne d'Érigone, ou pour le chien que Jupiter donna à Minos, que Minos donna à Procris, et que Procris donna à Céphale.

CANON, cil Théologie^ c'est un catalogue authentique des livres qu'on doit reconnaître pour divins, fait par une autorité légitime, et donné au peuple pour lui apprendre quels sont les textes originaux qui doivent être la règle de sa conduite et de sa foi. Le canon de la Bible n'a pas été le même en tout temps; il n'a pas été uniforme dans toutes les sociétés qui reconnaissent ce recueil pour un livre divin. Les catholiques romains sont en contestation sur ce point avec les protestants. L'Église chrétienne, outre les livres du Nouveau Testament qu'elle a admis dans son canon^ en a encore ajouté, dans le canon de l'Ancien Testament qu'elle a reçu de l'Église juive, quelques-uns qui n'étaient point auparavant dans le canon de celle-ci, et qu'elle ne reconnaissait point pour des livres divins. Ce sont ces diflerences qui ont donné lieu à la distribution des Livres Saints en protocanoniquca^ dcutcrocanoniqucs, et apocryphes. Il faut cependant observer qu'elles ne tombent que sur un très-petit nombre de livres. On convient sur le plus grand nombre qui compose le corps de la Bible. On peut former, sur le sujet que nous traitons, plusieurs questions importantes. Nous en allons examiner quelques-unes, moins pour les décider que pour proposer à ceux qui doivent un jour se livrer à la critique quelques exemples de la manière de discuter et d'éclaircir les questions de cette nature.

Y a-t-il eu chez les Juifs un canon des livres sacrés ? Première question. Le peuple juif ne reconnaissait pas toutes sortes de livres pour divins; cependant il accordait ce caractère à quelques-uns : do)ic il y a eu chez lui un canon de ces livres ^ fixé et détenniné par l'autorité de la synagogue. Peut-on douter de cette vérité quand on considère que les Juifs donnaient tous le titre de divins aux mêmes livres, et que le consentement était entre eux unanime sur ce point? D'où pouvait naître cette unanimité? sinon d'une règle faite et connue qui marquait

àquoi l'on devait s'en tenir; c'est-à-dire d'un cnnon ou d'iiii câtalo(i;iie authentique qui (ixait le nombre des livres, et en indiquait les noms. On m; conçoit pas qu'entre plusieurs livres écrits en dilïerenls temps et par dillérents auteurs, il y en ait eu un certain nombre générab'UKMit admis pour divins à l'exclusion des autres, sans un catalogue autorisé qui distinguât ceux-ci de ceux pour qui l'on n'a pas eu la même vénération; et ce serait nous donner une opinion aussi fausse que dangereuse de la nation juive, que de nous la représenter acceptant indistinctement et sans examen tout ce qu'il plaisait à chaque particulier de lui proposer comme inspiré : ce qui précède me paraît sans réplique. Il ne s'agit plus que de prouver que les Juifs n'ont reconnu pour divins qu'un certain nombre de livres, et qu'ils se sont tous accordés à diviniser les mômes. Les preuves en sont sous les yeux. La première se tire de l'unifor-t mité des catalogues que les anciens Pères ont rapportés toutes les fois qu'ils ont eu lieu de faire l'énumération des livres reconnus pour sacrés par les Hébreux. Si les Juifs n'avaient pas eux-mêmes fixé le nombre de leurs livres divins, les Pères ne se seraient pas avisés de le faire : ils se seraient contentés de marquer ceux que les chrétiens devaient regarder comme tels, sans se mettre en peine de la croyance des Juifs là-dessus; ou s'ils avaient osé supposer un canon juif qui n'eût pas existé, ils ne l'auraient pas tous fabriqué de la même manière; la vérité ne les dirigeant pas, le caprice les eût fait varier, soit dans le choix, soit dans le nombre; et plusieurs n'auraient pas manqué surtout d'y insérer ceux que nous nommons deutcrocanoniques, puisqu'ils les croyaient divins, et les citaient comme tels. Nous devons donc être persuadés de leur bonne foi par l'uniformité de leur langage, et par la sincérité de l'aveu qu'ils ont fait que quelques livres mis par l'Église au rang des anciennes écritures canoniques en étaient exclus par les synagogues. La même raison doit aussi nous convaincre qu'ils ont été suffisamment instruits de ce fait : car s'il y avait eu de la diversité ou des variations sur ce point entre les Juifs, ils auraient eu au moins autant de facilité pour s'en informer que pour savoir qu'on y comptait ces livres par les lettres de l'alphabet, et ils nous auraient transmis l'un comme l'autre. L'accord des Pères sur

la question dont il s'agit démontre donc celui des Juifs sur leur canon.

Mais à l'autorité des Pères se joint celle de Josèphe, qui sur ces matières, dit M. Huet, en vaut une foule d'autres, iinus pro mille. Josèphe, de race sacerdotale, et profondément instruit de tout ce qui concernait sa nation, est du sentiment des Pères. On lit dans son premier livre contre Appion, que les Juifs n'ont pas, comme les Grecs, une multitude de livres; qu'ils n'en reconnaissent qu'un certain nombre comme divins; que ces livres contiennent tout ce qui s'est passé depuis le commencement du monde jusqu'à Artaxercès; que, quoiqu'ils aient d'autres écrits, ces écrits n'ont pas entre eux la même autorité que les livres divins, et que chaque Juif est prêt à répandre son sang pour la défense de ceux-ci : donc il y avait chez les Juifs, selon Josèphe, un nombre fixé et détermine de livres reconnus pour divins; et c'est là précisément ce que nous appelons canon.

La tradition constante du peuple juif est une troisième preuve qu'on ne peut rejeter. Ils ne comptent encore aujourd'hui entre les livres divins que ceux, disent-ils, dont leurs anciens Pères ont dressé le canon dans le temps de la grande synagogue, qui fleurit après le retour de la captivité. C'est même en partie par cette raison qu'elle fut nommée grande. L'auteur du traité de Megillah dans la Gémare, nous apprend au chap. III que ce titre lui fut donné, non-seulement pour avoir ajouté au nom de Dieu l'épithète gadol, grand, magnifique; mais encore pour avoir dressé le canon des livres sacrés : donc, pouvonsnous conclure pour la troisième fois, il est certain cpiil y a eu chez les Juifs un canon déterminé et authentique des livres de V Ancien Testament, regardés comme divins.

N'y a-t-il jamais eu chez les Juifs qu'un même et seul canon des saintes Écritures? Seconde question, pour servir de confirmation aux preuves de la question précédente. Quelques auteurs ont avancé que les Juifs avaient fait, en différents temps, différents canons de leurs livres sacrés; et qu'outre le premier composé de vingt-deux livres, ils en avaient dressé d'autres où ils avaient inséré comme divins: Tobie^ Judith, l'Ecclésiastique, la Sagesse et les Machabées.

Génébrard suppose, dans sa chronologie, trois différents

amans faits par les assemblées de la synagogue : le premier au temps cl'Esdras, dressé par la grande synagogue, qu'il compte pour le cinquième synode : il contenait vingt-deux livres; le second, au temps du pontife Éléazar, dans un synode assemblé pour délibérer sur la version que demandait le roi Ptolémée, et que nous appelons des Septante, où l'on mit au nombre des livres divins Tobie, Judith, la Sof/esse et V Ecdésiustique -, le troisième, au temps d'Ilircan, dans le septième synode assemblé pour conlirmer la secte des Pharisiens, dont llillel et Sammai étaient les chefs, et condamner Sador et Barjetos, promoteurs de celle des Saducéens, et où le dernier <ï/;«o?i fut augmenté du livre des Machabces, et les deux eanons précédents, confirmés malgré les Saducéens, qui, comme les Samaritains, ne voulaient admettre pour divins que les cinq livres de Moïse. A entendre Génébrard établir si délibérément toutes ces distinctions, on dirait qu'il a tous les témoignages de l'histoire ancienne des Juifs en sa faveur; cependant on n'y trouve rien de pareil, et l'on peut regarder sa narration comme un des efforts d'imagination les plus extraordinaires, et une des meilleures preuves que l'on ait de la nécessité de vérifier les faits avant que de les admettre en démonstration,

Serrarius, qui est venu après Génébrard, n'a pas jugé à propos d'attribuer aux Juifs trois canons différents. Il a cru que c'était assez de deux, l'un de vingt-deux livres fait par Esdras ; et le même, augmenté des livres deutérocanoniques, et dressé du temps des Machabées. Pour preuve de ce double canon, il lui a semblé, ainsi qu'à Génébrard, que sa parole suffisait. Il se propose cependant l'objection du silence des Pères sur ces différents canons, et de leur accord unanime à n'en reconnaître qu'un composé de vingt-deux livres divins. Mais sa réponse est moins celle d'un savant qui cherche la vérité, que celle d'un disputant qui défend sa thèse. Il prétend avec confiance que les Pères, en parlant du canon des écritures juives, composées de vingt-deux livres, n'ont fait mention que du premier, sans exclure les autres. Quoi donc , lorsqu'on examine par une recherche expresse quels sont les livres admis pour divins par une nation, qu'on en marque positivement le nombre, et qu'on en donne les noms en particulier, on n'exclut pas ceux qu'on ne nomme pas? Moïse, en disant qu'Abraham prit avec lui trois

cent dix-huit de ses serviteurs, pour délivrer Loth son neveu des mains de ses ennemis, n'a-t-il pas exclu le nombre de quatre cents? Et lorsque l'évangéliste dit que Jésus-Christ choisit douze apôtres parmi ses disciples, n'exclut-il pas un plus grand nombre? Les Pères pouvaient-ils nous dire plus expressément que le canon des livres de l'Ancien Testament n'allait pas jusqu'à trente qu'en nous assurant qu'il était de vingt-deux? Quand Meliton dit à Onésime qu'il a voyagé jusque dans l'Orient pour découvrir quels étaient les livres canoniques, et qu'il nomme ensuite ceux qu'il a découverts et connus, n'en dit-il pas assez pour nous faire entendre qu'il n'en a pas connu d'autres que ceux qu'il nomme? C'est donc exclure un livre du rang des livres sacrés que de ne point le mettre dans le catalogue qu'on en fait exprès pour en désigner le nombre et les titres. Donc, en faisant l'énumération des livres reconnus pour divins par les Juifs, les Pères ont nécessairement exclu tous ceux qu'ils n'ont pas nommés; de même que quand nos papiers publics donnent la liste des officiers que le roi a promus, on est en droit d'assurer qu'ils excluent de ce nombre tous ceux qui ne se trouvent pas dans leur liste. Mais si ces raisons ne suffisent pas, si l'on veut des preuves positives que les Pères ont exclu d'une manière expresse et formelle du canon des écritures admises pour divines par les Juifs tous les livres qu'ils n'ont pas comptés au nombre des vingt-deux, il ne sera pas difficile d'en trouver.

Saint Jérôme, dans son prologue défensif, dit qu'il l'a composé, afin qu'on sache que tous les livres qui ne sont pas des vingt-deux qu'il a nommés doivent être regardés comme apocryphes : Ut scire valeamus quidquid extra hos est (on verra dans la question suivante quels étaient ces vingt-deux livres) intcr apocrypha esse poncndum. Il ajoute ensuite que la Sagesse, l'Ecclésiastique, Tobie, Judith, ne sont pas dans le canon. Igitnr Sapieniia, quœ vulgo Salomonis inscribitur, et Jesu filii Sirach liber, et Judith, et Tobias, et Pastor, non sunt in canonc. Dans la préface sur Tobie, il dit que les Hébreux excluent ce livre du nombre des écritures divines, et le rejettent entre les apocryphes. Il en dit autant à la tête de son Commentaire sur le propJiète Jonas.

On lit, dans la lettre qu'Origène écrit à Africanus, que les

llrbrcux ne rccoiinaisseiU ni Tobic, ni Jndilli^ mais qu'ils les mettent au nombre des livres apocryphes : A'o.v oportvl srirc qi(od Ilcbrœi Tobin ?U)n ntimtiir iicquc JnditJi; non rnim ca Itdbcnt nisi in ûporrj/p/iis

Saint Épiplianc dit (N'ornb. m et iv) de son livre dos Poids cl Mesures, (pie les livres de /// Saf/csse et de V lîleelésiaslique ne sont [)as chez les Juifs au rang des Ixritures saintes.

L'auteur de la Synopse assure que Tubie, Judith, la Sur/esse et l'Eeelcsiastiquc ne sont point des livres canoniques, quoiqu'on les lise aux catéchumènes.

Y a-t-il rien de plus clair et de plus décisif que ces passages? Sur quoi se retranchera donc Serrarius? Il répétera que les Pères ne parlent dans tous ces endroits que du premier eunon dos Juifs; mais on ne l'en croira pas; on verra qu'ils y disent nettement que Judith^ Tobie, et les autres de la même classe ne sont pas reconnus pour divins par les Juifs, par les Hébreux, par la nation. D'ailleurs, ce second eunon imaginaire ne devait-il pas avoir été fait par les Juifs ainsi que le premier? Comment donc saint Jérôme et Origène auraient-ils pu avancer que les Juifs regardaient comme apocryphes des livres qu'ils auraient déclarés authentiquement divins et sacrés, quoique par un second eunon? Le premier ajouterait-il, comme il fait dans sa préface sur Tobie, que les Juifs peuvent lui reprocher d'avoir traduit cet ouvrage comme un livre divin, contre l'autol'ité de leur canon, s'il y avait eu parmi eux un second canon où Tobic eût été rais au rang des livres divins? Méliton n'a-t-il recherché que les livres du premier eunon, ou a-t-il voyagé jusque dans l'Orient pour connaître tous les ouvrages reconnus de son temps pour canoniques? En un mot, le dessein des Pères, en publiant le catalogue des livres admis pour divins chez les Juifs, était-il d'exposer la croyance de ce peuple au temps d'Esdras, ou plutôt celle de leur temps? Et s'il y avait eu lieu à quelque distinction pareille, ne l' auraient-ils pas faite? Laissons donc l'école penser là-dessus ce qu'elle voudra; mais concluons, nous, que les Juifs n'ont eu ni trois, ni deux canons, mais seulement un eunon de vingt-deux livres; et persistons dans ce sentiment jusqu'à ce qu'on nous en tire, en nous faisant voir que les Pères se sont trompés, ce qui n'est pas possible. Car d'où tirerait-on cette preuve? aucun ancien auteur n'a parlé

du double canon. La tradition des Juifs y est formellement contraire. Ils n'ont encore aujourd'hui de livres divins que les vingt-deux qu'ils ont admis de tout temps comme tels. Josèphe dit, ainsi qu'on l'a déjà vu, et qu'on le verra plus bas encore, que sa nation ne reconnaît que vingt-deux livres divins; et que, si elle en a d'autres, elle ne leur accorde pas la même autorité. Mdis^ dira-t-on, Josvphe a 6-//^' l'Ecclésiastique dans son second livre contre Appion. Quand on en conviendrait, s'ensuivrait-il de là qu'il en a fait un livre divin? nullement. Mais il n'est point du tout décidé que Josèphe ait cité l' Ecclésiastique. Il se propose de démontrer l'excellence et la supériorité de la législation de Moïse sur celles de Solon, de Lycurgue et des autres. II rapporte, à cette occasion, des préceptes et des maximes, et il attribue à Moïse l'opinion que l'homme est supérieur en tout à la femme. Il lui fait dire que l'homme méchant est meilleur que la femme bienfaisante; yuvvi ^ï /sTpwv a^-n^h àvr^po; st; xà TîavTa, y-al vî Tcovr.pia aùroj ÙTrèp àyaôoTTOioiji yuvatxoç; paroles citées comme de Moïse, et non comme de V Ecclésiastique. On objectera, sans doute, que ce passage ne se trouve point dans Moïse. Soit. Donc Josèphe ne le lui attribue pas. Je le nie, parce que le fait est évident. Mais quand je conviendrais de tout ce qu'on prétend, on n'en pourrait jamais inférer que Josèphe ait déclaré l' Ecclésiastique livre canonique. M. Pithou remarque que les dernières paroles du passage cité de Josèphe ne sont pas de lui, et qu'elles ont été insérées selon toute apparence par quelque copiste. Cette critique est d'autant plus vraisemblable, qu'elles ne se trouvent pas dans l'ancienne version latine de Rufm. Donc le double et le triple canon sont des chimères^ les Juifs n'en faisant aucune mention, et les Pères ne les ayant point connus : ce qu'il fallait démontrer.

De combien de livres était composé le canon des Écritures divines chez les Juifs, et quels étaient ces livres? Troisième question, dont la solution servira d'éclaircissement et d'appui aux deux questions précédentes. Les Juifs ont toujours composé leur caiion de vingt-deux livres, ayant égard au nombre des lettres de leur alphabet dont ils faisaient usage pour les désigner, selon l'observation de saint Jérôme, dans son prologue général ou défensif. Quelques rabbins en ont compté vingtquatre, d'autres vingt-sept; mais ces différents calculs n'aug-

nuMitaient ni ne diminuaient le nombre réel des livres; certains livres divisés en plusieurs parties y occupaient seulement plusieurs places.

Ceux qui comptaient vingt-quatre livres de l'Écriture séparaient les Lamentations de la Prophétie de Jérémie, et le livre do lîuth de celui dos Juges, que ceux qui n'en comptaient que vingt-doux laissaient unis : les premiers, afin de pouvoir marquer ces vingt-quatre livres avec les lettres de leur alphabet, répétaient trois fois la lettre yo^/, en l'honneur du nom de Dieu Jehova, que les Chaldéens écrivaient par trois j'od. Ce nombre do vingt-quatre est celui dont les Juifs d'à présent se servent pour désigner les livres de l'Écriture sainte ; et c'est peut-être à quoi les vingt-quatre vieillards de VApocahjpse font allusion.

Ceux qui comptaient vingt-sept livres séparaient encore en six nombres les livres des liois et des Paralipomènes^ qui n'en faisaient que trois pour les autres. Et pour les indiquer ils ajoutaient aux vingt-deux lettres ordinaires de l'alphabet les cinq finales, comme nous l'apprend saint Épiphane dans son livre des Poids et Mesures. Ceux qui savent l'alphabet hébreu (car il n'en faut pas savoir davantage) connaissent ces lettres finales. Ce sont cajjli, mem^ nun, pé, tsad, qui s'écrivent à la fin dos mots d'une manière différente que dans le milieu ou au commencement.

Le canon était donc toujours le même, soit qu'on comptât les livres par vingt-deux, vingt-quatre ou vingt-sept. Mais la première manière a été la plus générale et la plus commune; c'est celle de Josèphe. M. Simon donne l'ancienneté à celle de vingt-quatre; mais je ne sais sur quelle preuve, car il n'en rapporte aucune. J'avoue que ces matières ne me sont pas assez familières pour prendre parti dans cette question, et pour hasarder une conjecture.

Voyons maintenant quels étaient ces vingt-deux, vingtquatre et vingt-sept livres. Saint Jérôme, témoin digne de foi dans cette matière, en fait l'énumération suivante : La Genèse; l'Exode; le Lévitique; les Nombres; le Deutcronome; Josué; les Juges^ auquel est joint Ruth; Samuel : ce sont les deux premiers des Rois; les Rois : ce sont les deux derniers livres; Lsaïe; Jérànie, avec ses Lamentations; Ezéchiel; les douze petits Prophètes; Job; les Psaumes; les Proverbes; VEcclé- XIV. 2

siaste; le Cantique des Cantiques-, Daniel; les Paralipomènes , double; Esdras. double; Esthei\

Saint Épiphane [Hères. VIII, Nomb. vi, édit. de Petau) rapporte les mêmes livres que saint Jérôme. On retrouve le même canon en deux ou trois autres endroits de son livre des Poids et Mesures. [Voyez les Nomb. m, iv, xxii, xxiii.) On lit au nombre vingt-deux que les Hébreux n'ont que vingt-deux lettres à leur alphabet; que c'est par cette raison qu'ils ne comptent que vingt-deux livres sacrés, quoiqu'ils en aient vingt-sept, entre lesquels ils en doublent cinq, ainsi qu'ils ont cinq caractères doubles; d'où il arrive que comme il y a dans leur écriture vingt-sept caractères, qui ne font pourtant que vingt-deux lettres, de même ils ont proprement vingt-sept livres divins, qui se réduisent à vingt-deux.

Saint Cyrille de Jérusalem dit aux Chrétiens, dans sa quatrième catéchèse, de méditer les vingt-deux livres de l'Ancien Testament, et de se les mettre dans la mémoire tels qu'il va les nommer ; puis il les nomme ainsi que nous venons de les rapporter d'après saint Jérôme et saint Épiphane.

Saint Hilaire, dans son Prologue sur les Psaumes, ne diffère de l'énumération précédente, ni sur les nombres ni sur les livres. Le canon lx de Laodicée dit la même chose. Origène, cité par Eusèbe, avait dressé le même canon. Ce serait recommencer la même chose jusqu'à l'ennui que de rapporter ces

canons.

Méliton, évêque de Sardes, qui vivait au second siècle de l'Église, avait fait un catalogue qu'Eusèbe nous a conservé (chap. XXVI, liv. iv de son histoire). Il avait pris un soin particulier de s'instruire. Il avait voyagé exprès dans l'Orient, et son catalogue est le même que celui des auteurs précédents, car il est à présumer que l'oubli d'Esther est une faute de copiste.

Bellarmin donne ici occasion à une réflexion, parce qu'il dit dans son livre des Ecrivains ecclésiastiques ; savoir, que Méliton a mis au rang des livres de l'Ancien Testament celui de la Sagesse, quoiqu'il ne fût jwint reconnu par les Juifs pour un livre divin. Mais Bellarmin se trompe lui-même. La Sagesse n'est point dans le canon de Méliton. On y lit : Salomonis Proverbia qiice et Sapientia, 2a).op.wvTo; Tlapoipiat -ri xal loi^iy.. D'où

il s'eiisuh que Mrliton ne nomme pas la StHjcssc comme un livre distinf^ué des Provcrhrs; c'est T'/î soit oublié, soit mal entendu, ([ui a donné lieu à la méprise. Mais, pour revenir au nanui des Juifs, Joséplie dit, dans son livre contre Appioti, qu'il n'y a dans sa nation que vingt-deux livres reconnus pour divins, cinq de Moïse, treize des prophètes, contenant l'histoire de tous les temps jusqu'à Artaxercôs, et quatre autres qui renl'erment des hymnes à la louange de Dieu, ou des préceptes pour les mœurs. Il n'entre pas dans le détail, mais il désigne évidemment les mêmes livres que ceux qui sont contenus dans les catalogues des Pères.

Sur ce que l'historien juif a placé dans ses antiquités l'histoire d'Esther sous le règne d'Artaxercès, et sur ce qu'il dit dans le même endroit que les prophètes n'ont écrit l'histoire que jusqua^xx temps de ce prince, et qu'on n'a pas la même foi à ce qui s'est passé depuis, M. Dupin s'est persuadé qu'il exclut le livre cVEsther du nombre des vingt-deux livres de son canon. Mais qui est-ce qui a dit à M. Dupin que Josèphe ne s'est point servi du mot jusque dans un sens exclusif, ainsi que du terme depuis dans un sens exclusif? Ce serait faire injure à d'habiles et judicieux auteurs qui ont précédé M. Dupin que de balancer leur témoignage par une observation grammaticale qui, au pis aller, ne prouve ni pour ni contre.

Il ne faut point non plus s'imaginer que Josèphe n'ait point mis le livre de Job au nombre des vingt-deux livres divins, parce qu'il ne dit rien dans son ouvrage des malheurs de ce saint homme. Cet auteur a pu regarder le livre de Job comme un livre inspiré, mais non comme une histoire véritable; comme un poëme qui montrait partout l'esprit de Dieu, mais non comme le récit d'un événement réel; et en ce sens, quel rapport pourrait avoir l'aventure de Job avec l'histoire de sa nation?

Quel est le temps et quel est V auteur du canon des livres sacrés chez les Juifs? Quatrième question. Il semble que ce serait aujourd'hui un paradoxe d'avancer qu'Esdras ne fut jamais l'auteur du canon des livres sacrés des Juifs, les docteurs même les plus judicieux ayant mis sur le compte d'Esdras tout ce dont ils ont ignoré l'auteur et l'origine, dans les choses qui concernent la Bible. Ils l'ont fait réparateur des livres per-

dus ou altérés, réformateur de la manière d'écrire ; quelquesuns même inventeur des points voyelles, et tous auteur du canon des Écritures. 11 n'y a sur ce dernier article qu'une opinion..Il est étonnant que nos Scaliger, nos Huet, ceux d'entre nous qui se piquent d'examiner de près les choses, n'aient pas disserté là-dessus ; la matière en valait pourtant bien la peine. M. Dupin, au lieu de transcrire en copiste l'opinion de ses prédécesseurs, aurait beaucoup mieux fait d'exposer la question, et de montrer combien il était difficile de la résoudre.

Quoi qu'il en soit de l'opinion commune, il me semble qu'il n'y aurait aucune témérité à assurer qu'on peut soutenir qu'EscIras n'est point l'auteur du canon des livres reconnus pour livres divins par les Juifs, soit qu'on veuille discuter ce fait par l'histoire des empereurs de Perse, et celle du retour de la captivité, soit qu'on en cherche l'éclaircissement dans les livres dEsdras et de Néhémie, qui peuvent particulièrement nous instruire. L'opinion contraire, quoique plus suivie, n'est point article de foi.

En un mot, voici les difficultés qu'on aura à résoudre de part et d'autre , et ces difficultés me paraissent très-grandes : l*' il faut s'assurer du temps où Esdras a vécu ; 2° sous quel prince il est revenu de Babylone à Jérusalem ; 3° si tous les livres qui sont dans le canon étaient écrits avant lui; h" si luimême est auteur du livre qui porte son nom.

\'oilà la route par laquelle il faudra passer avant que d'arriver à la solution de la quatrième question ; nous n'y entrerons point, de crainte qu'elle ne nous menât bien au delà des bornes que nous nous sommes prescrites : ce que nous avons dit jusqu'àprésent suffit pour donner à ceux qui se sentent le goût de la critique un exemple de la manière dont ils doivent procéder pour parvenir à quelque résultat, satisfaisant pour eux et pour les autres; c'était là principalement notre but.

Il ne nous reste plus qu'une observation à faire, c'est que le canon qui fixe au nombre de vingt-deux les livres divins de l'Ancien Testament a été suivi dans la première Eglise jusqu'au concile de Garthage ; que ce concile augmenta beaucoup ce canon, comme il en avait le droit, et que le concile de Trente a encore été au delà du concile de Garthage, prononçant anathème contre ceux qui refuseront de se soumettre à ses décisions.

CAPROTINr:. 21

D'où il s'ensuit, qiu! dans toutes discussions critiques sur CCS Mialici'cs (Irlicatcs, le jii^'cuicut de l'Kglise doit toujours aller avant le nôtre, et que dans les occasions où il arriverait ([ue le résultat de nos recherches ne serait pas conforme à ses décrets, nous devons croire que l'erreur est de notre côté; l'autorité que nous avons alors contre nous est d'un si grand poids, qu'elle ne nous laisse pas seulement le mérite de la modestie, quand nous nous y soumettons, et que nous montrons une vanité impardonnable, quand nous balançons à nous soumettre. Tels sont les sentiments dans lesquels j'ai commencé, continué et fini cet article, pour lequel je demande au lecteur un peu d'indulgence; il la doit à la dilTiculté de la matière, et aux soins que j'ai pris pour la discuter comme elle le mérite.

CANOPE, s. m. {Mj/th.), dieu des Égyptiens, dont Suidas raconte ainsi l'origine : Il s'éleva, dit-il, un grand dilTérend entre les Égyptiens, les Chaldéens et les autres peuples voisins, sur la primauté de leurs dieux; après bien des contestations il fut arrêté qu'on les opposerait les uns aux autres, et que celui qui resterait vainqueur serait reconnu pour souverain. Or, les Chaldéens adoraient le feu, qui eut bientôt dévoré les dieux d'or, d'argent, de pierre et de bois qu'on lui exposa; et il allait être déclaré le maître des dieux, quand un prêtre de Canope, ville de l'Egypte, s'avisa de prendre une cruche de terre, qui servait à la purification des eaux du Nil, d'en boucher les trous avec de la cire, de la remplir d'eau, et de la placer sur la tête du dieu de Canope^ qui devait lutter contre le feu. A peine le dieu de Canope fut-il sur le feu, que la cire qui bouchait les petits trous du vase s' étant fondue, l'eau s'écoula, éteignit le feu, et que la souveraineté sur les autres dieux fut acquise au dieu de Canope^ grâce à l'invention de son ministre. On raconte la chose d'une autre manière, qui est un peu plus honorable pour le dieu, et où la prééminence fut une suite toute simple de ses qualités personnelles. On dit que le dieu même était représenté sous la forme d'un vase percé d'une infinité de petits trous imperceptibles, du milieu duquel s'élevait une tête d'homme ou de femme, ou de chien, ou de bouc, ou d'épervier, ce qui ne laisse au ministre que le mérite d'avoir bouché avec de la cire les petits trous de la divinité.

GAPROTIME, adj. f. [Ilist. anc), surnom que les anciens

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