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ÉMAIL

On dit qu'il y a un très-beau morceau d'histoire de ces deux artistes dans la Bibliothèque de Genève.

M. Rouquctfait l'éloge d'un peintre suédois appelé M. Zink. Ce peintre a travaillé en Angleterre. 11 a fait un grand nombre de portraits où l'on voit Vâmail manié avec une extrême facilité, l'indocilité des matières subjugée, et les entraves que l'art de Vêmail met au génie entièrement brisées. Le peintre de Genève dit de M. Zink ce qu'il a dit de Petitot, qu'il a possédé des manœuvres et des matières qui lui étaient particulières, et sans lesquelles ses ouvrages n'auraient jamais eu la liberté du pinceau, la fraîcheur, la vérité, l'empâtement qui leur donnent l'effet de la nature. Les mots par lesquels M. Rouquet finit l'éloge de M. Zink sont remarquables : « Il est bien humiliant, (t dit M. Rouquet, pour la nature humaine, que les génies aient « la jalousie d'être seuls. » M. Zink n'a point fait d'élève.

Nous avons aujourd'hui quelques hommes habiles dans la peinture en émail , tout le monde connaît les portraits de ce même M. Rouquet que nous venons de citer, ceux de M. Liotard, et les compositions de M. Durand. Je me fais l'honneur d'être l'ami de ce dernier, qui n'est pas moins estimable par l'honnêteté de ses mœurs et la modestie de son caractère, que par l'excellence de son talent. La postérité, qui fera cas de ses ouvrages en émail, recherchera avec le plus grand empressement les morceaux qu'il a exécutés sur la nacre, et qui auront échappé à la barbarie de nos petits maîtres. Mais je crains bien que la plupart de ces bas-reliefs admirables, roulés brutalement sur des tables de marbre, qui égratignent et défigurent les plus belles têtes, les plus beaux contours, ne soient elTacés et détruits, lorsque les amateurs en connaîtront la valeur, qui n'est pas ignorée aujourd'hui, surtout des premiers artistes. C'est en lui voyant travailler un très-beau morceau de peinture en émail, soit qu'on le considère par le sujet, ou par le dessin, ou par la composition, ou par l'expression, ou même par le coloris, que j'ai écrit une partie de cet article sur la peinture en émail. Je vais faire connaître en peu de mots le morceau dont il s'agit.

C'est une plaque destinée à former le fond d'une tabatière d'homme, d'une forme ronde, et d'une grandeur qui passe un peu l'ordinaire. On voit sur le devant un grand Amour de dix-

KMBRASÉ. M3

liiiil ans, droit, l'air liioiiipliaiit (!t satisfail, appiiyf'î sur sou arc, et moulraiit du doi},'!, Ilerciiki qui appnnid à (lier d'Ouiplialc ; cot Auiour semble dire à celui qui le regarde ces deux vers :

Qui (|U(! tu sois, tu vois Ion maîtro;

11 l'est, le fut, ou lo doit ôtrc.

On

Quand tu serais Jupiter ni^îme, Je te ferais filiîr aussi.

Hercule est renversé nonchalaninimt aux pieds d'Oniphale, sur laquelle il attache les regards les plus tendres et les plus passionnés. Oniphale est occupée k lui apprendre à faire tourner un luseau dont elle lient l'extrémité entre ses doigts. La dignité de son visage, la finesse de son souris, je ne sais quels vestiges d'une passion mal celée qui s'échappe imperceptiblement de tous ses traits, sont autant de choses ([u'il faut voir et qui ne peuvent s'écrire. Elle est assise sur la peau du lion de JNémée; un de ses pieds délicats est posé sur la tête de l'animal terrible ; cependant trois petits Amours se jouent de la massue du héros qu'ils ont mise en balançoire. Ils ont chacun leur caractère. L'n paysage forme le fond du tableau. Ce morceau vu à l'œil nu fait un grand plaisir ; mais regardé à la loupe, c'est tout autre chose encore; on en est enchanté'.

EMBRASE, adj. [Grmn.). Un corps est embrasé lorsque le feu dont il est pénétré dans toute sa substance est sensible pour les yeux à sa surface, mais ne paraît plus s'étendre au delà. Voici presque tous les degrés par lesquels un corps combustible peut passer, depuis son igtiition, ou le moment auquel le feu lui a été appliqué, jusqu'au moment où il est consumé : il était froid, il devient chaud, brûlant, ardent, enflammé, embrasé, consumé. Tant qu'on en peut supporter le toucher, il est chaudil est brûlant quand on ne peut plus le toucher sans ressentir delà douleur; il est ardent lorsque le feu dont il est pénétré s'est rendu sensible aux yeux, par une couleur rouge qu'on remarque à sa surface ; il est enflammé lorsque le feu dont il est pénétré s'élance et se rend sensible aux yeux au delà de

1. Voir les extraits que nous avons donnes du Traité des couleurs pour la peinture en émail, par M. de Montamy, et ce que nous avons dit en note, t. XIII, p. 56.

k\li ENCYCLOPÉDIE.

sa surface ; il est cmhrasî- lorsque le feu a cessé de s'élancer et (le se rendre sensible aux yeux au delà de sa surface, et qu'il en paraît seulement pénétré dans toute sa substance, à peu près comme dans le cas oii il n'était qunrdcnt; il est consitmc lorsqu'il n'en reste plus que de la cendre. L'acception du substantif embrasement n'est pas exactement la même que celle du participe embrasé : on dit un corps embrasé, quel que soit ce corps, grand ou petit; mais on ne dit pas Vetnbrasement d'un petit corps ; embrasement porte avec soi une grande idée, celle d'une masse considérable de matières allumées.

EMPORTER, Y. a. Se dit en général d'une action en conséquence de laquelle un corps auquel cette action est appliquée passe d'un lieu dans un autre. On y joint pourtant cette vue de l'esprit, que la cause qui transporte est regardée comme continuellement appliquée à la chose emportée. On se sert de ce terme au simple et au figuré, au moral et au physique; mais le substantif emportement ne se prend qu'au moral, et marque 2ine agitation violente de Vâme. Le participe emporté se prend au physique et au moral ; on dit : on a emporté eette armoire, et c'est un emporté.

EMPREINTE, s. f. [Gram. et Arts mécan.). Il se dit de l'image qu'un corps laisse de lui-même sur un autre auquel il a été appliqué; si le corps est en relief, l'empreinte est en creux; si le corps est creux, Yempreinte est en relief; l'empreinte du corps est plane, si la surface appliquée l'est aussi ; mais à parler rigoureusement, ce dernier cas ne peut avoir lieu, si ce n'est peut-être lorsque le corps qu'on applique laisse son image tracée sur le corps auquel il est appliqué, par le moyen de quelque enduit qui se sépare de l'un pour s'attacher à l'autre; je dis jjeut-être, parce qu'alors l'enduit n'étant pas absolument sans épaisseur, on peut dire que V empreinte est de relief.

ENCOURIR, V. a. Ne se prend jamais qu'en mauvaise part; c'est s'attirer, mériter, subir. Certains écrivains 0}it encouru la haine de tous les gens de lettres, par la manière outrageante dont ils en ont traité quelques-uns ; le mépris des gens sensés, par le spectacle indécent de leurs convulsions, et la sévérité du gouvernement, par les troubles qu'on en craignait.

ENCYCLOPÉDIE, s. f. {Philosoph.). Ce moi si^niiie enchaîne-

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vinil des snnirrs^ ; il est compose'' do la proposition p^rccqno £v, r//, et des substantifs y.-j/Jo;, cerrlc, cl izcnihia, hisliliUiun^ .science, connaissance. V.w eiïet, le but d'une Encyclopédie est ^ di^ rasseinbU'f les connaissances éparses sur la surface de la terre; d'en exposer le système p;(''n«''ral aux lioimncs avec qui nous vivons, et de le transmettre aux lioinmes qui viendront après nous, alin que les travaux des siècles passés n'aient pas été des travaux inutiles pour les siècles qui succéderont; que nos neveux, devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux; et que nous ne mourions pas / sans avoir bien mérité du genre humain.

Il eût été diiïicile de se proposer un objet plus étendu que celui de traiter de tout ce qui a rapport à la curiosité de l'homme, à ses devoirs, à ses besoins et à ses plaisirs. Aussi quelques personnes, accoutumées à juger de lapossibilité d'une entreprise sur le peu de ressources qu'elles aperçoivent en elles-mêmes, ont prononcé que jamais nous n'achèverions la nôtre. (Voyez le Diclionnaire de Trévoux, dernière édition, au mot Encyclopédie.) Elles n'entendront de nous, pour toute réponse, que cet endroit du chancelier Bacon, qui semble leur être particulièrement adressé: De impossihilitatc ita stalao; eu omnia possibilia et jJrœstabilia esse censenda, cjuœ ah aliqnibus pcrfici possunt, licel non a quibnsvis^ et qiiœ a multis conjunctim, licet non ah wio; et qiiœ in suceessione sœcidorum, licet non eodem œvo; et denique qaœ multorum cura et sumptu, licet non opihus et industria singulorum. (Bacon. Lib. II, De Alignant. Scient., cap. i, page 103.)

Quand on vient à considérer la matière immense d'une Encyclopédie, la seule chose qu'on aperçoive distinctement, c'est que ce ne peut être l'ouvrage d'un seul homme. Et comment un seul homme, dans le court espace de sa vie, réussirait-il à connaître et à développer le système universel de la nature et de l'art, tandis que la société savante et nombreuse des académiciens de la Crusca a employé quarante années à former son vocabulaire ; et que nos académiciens français avaient travaillé soixante ans à leur Dictionnaire, avant que d'en publier la première édition? Cependant qu'est-ce qu'un dictionnaire de

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