DES
ML'BÉTIQUES. I. Définition. BfoDB diction. Cr^AssiFiCATiONS. On désigne sous ce nom tous les ogents jiK^dicamcnteux et les moyens thérapeutiques qui augmentent la diurèse, c*est-à-dire la sécrétion de Turine, agents stimulants de la fonction des reins, qifils exagèrent plus ou moins en lui faisant dépasser son niveau habituel ou actuel, ils appartiennent à la grande classe des hypercriniques, dans laquelle soilt rangés nos médicaments destinés ï rendre plus active et abondante la sécrétion des glandes à conduit excréteur, comprenant les sudorifiques, les sialagogues, les galactagogues, etc., etc.
Le mot diurétique est grec, ^loupirnxdct et il a été introduit dans notre langue atec sa signiHcation antique.
Dès la plus haute antiquité, cncfTet, les médecins distinguaient parmi les médicaments qu'ils employaient ceux qui font uriner avec abondance, et savaient les administrer à propos dans les hydropisics principalement, pour évacuer au ddiors les aquosités en excès dans lorganisme.
flippocrate, qui faisait de Turine de ses malades une étude si minutieuse au point de vue du diagnostic et du pronostic des affections morbides, a pu juger sainement des effets thérapeutiques de quelques médicaments diurétiques. 11 prescrivait volontiers les boissons aqueuses, le nitre, la scille, le vin blanc, etc., ^r obtenir la diurèse, lesquels figurent encore aujourd'hui parmi nos meilleurs stimulants du rein, ainsi que je Tiudiquerai bientôt.
Galien de son côté vantait, à l'excès peut-être, le vinaigre et le vin scillitiques, ocellcnts remèdes, toujours en honneur dans nos prescriptions.
Bien des noms nouveaux furent ajoutés, depuis Tépoque où vivaient ces grands hommes, sur la liste des agents diurétiques ; mais je dois épargner au lecteur leur éniimératiou fastidieuse, sans le moindre intérêt d'ailleurs.
Si donc Ion consultait cette liste, très-longue, je le répète, ou pourra croire que nous sommes Siàmirablement pourvus et plutôt embarrassée dioti ifiéjr, EKC, XXX, \
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DIURÉTIQUES. 3
rébit de sa circulation; qu'une certaine activité de cette circulation, qu*une tension particulière du sang, faTorisent sa fonction et que des conditions opposées : stase sanguine et déj>ression circulatoire^ la diminuent ou launiliilent ?
Ces conditions physiologiques étant données, je pense que Ton peut comprendre Vaction des diuréti(|ues de la façon suivante :
Certains d*entre eux rendent la masse du sang plus considérable, augmentent aÎBsi sa tension et obligent le glomérule à doubler son activité pour rétablir réquilibre ; ceci est une nécessité vitale, une sorte d*épuration obligée.
Un pareil résultat s'observe après Tingestion de Teau, Tun de nos plus puissants diurétiques, et de toutes les substances qui renferment de grandes proportioDS de ce liquide; après toutes les transfusions un peu abondantes de sang, de lait, etc. ; toutes les fois, en déûuitive, que le système vasculaire est en état de pléthore.
D'autres diurétiques agissent non plus sur le contenu des vaisseaux, mais sur ces vaisseaux eux-mômes, augmentent par leur intermédiaire la tension du sang : d où encore la nécessité d'une action plus grande des glomérules et la filtration plus abondante du fluide qu'ils élaborent. La digitale, la scille, les deux diurétiques dont on ne saurait raisonnablement contester l'action puissante, ont sans doute une pareille action.
Enfin, il est un certain nombre de substances qui s'éliminent à travers les reins, extraites du sang peut-être par ces cellules à bâtonnets, dont j'ai signalé tout h l'heure le rôle physiologique important ; ces substances peuvent agir topiquement et stimuler sa fonction, comme les aliments sapides font sécréter abondamment la salive et le suc gastrique. Je citerai les balsamiques, les cantharides et les sels neutres (vraisemblablement) : azotates de soude ou de potasse, acétate de potasse, chlorate de soude ou de potasse, etc. Toutefois, à propos de ces derniers sel.<, je dois dire qu'on a invoqué uue action physique particulière, mise en lumière par certaines expériences de Poiseuille, et imaginé une théorie hiea subtile de leur action diurétique.
Cet expérimentateur ing('nicux ayant démontré, en effet, que l'écoulement des liquides dans les tubes inertes est favorisé par certains sels : le bromure de potassium, le nitrate de potasse, l'azotate d'ammoniaque, etc., pensa que l'action diorétîi|ue de ces médicaments devait être toute mécanique, et se résoudre à une filtration plus rapide du liquide urinaire à travers son émonctoire, le rein.
Je demanderai alors aux partisans de cette tliéorie comment ils expliquent les échecs nombreux des sels neutres prescrits pour exciter la diurèse. Une loi physique est immuable, et toute action qui dérive de celte loi est constante. De telle sorte que, si le nilre agissait réellement en vertu de la loi de Poiseuille, il devrait avoir des edets invariables : or il n'en est rien.
Et puis voici que, d'après Poiseuille, l'alcool retarde l'écoulement des liquides dans les tubes : or c'est cependant un diurétique puissant.
Jusqu'à nouvel ordre, bornons-nous à croire que les sels neutres stimulent le rein en le traversant pour s'éliminer. L'organe répond plus ou moins à cette excitation, ou ne répond pas du tout; il en est ainsi de tous les actes vitaux qu'impressionnent très-différemment suivant les sujets leurs modificateurs désignés : c'est ce qui a donné lieu à la théorie de l'idiosyncrasie tiiérapeutique.
Classificatiom. Ce chapitre de Thistoire des diurétiques a sînji^ulièrcmeni ticné la sagacité des thérapeutistes : âossi ÏÂen la plupart onl-îls ç roi^os^ UM
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classitication différente et individuelle. Je n'entreprendrai pas de relater ici tous ces projets d'édiûces à bâtir sur le sable, et je pense que le lecteur me saura gré de lui épargner la lecture de documents stériles.
On ne peut songer à classer dans un ordre bien naturel les diurétiques qu'autant que leur mode d'action propre sera parfaitement connu. Or, nous sommes loin, très-loin de cette connaissance approfondie. Le problème est complexe et il ne sera résolu qu'après des recherches patientes et nombreuses, dans des conditions d'une difficulté inouïe.
Donc je considère comme purement artificielles les classifications souvent citées de Goldiug Bird, qui divise les diurétiques en hydragogues^ c'est-à-dire agissant sur les parties aqueuses de l'urine, et en nitragogues, c'est-à-dire augmentant l'excrétion d*ui*ée; de Bouchardat, qui simplement les range sous deux titres : D. végétaux et D. minéraux; de Rabuteau et Sée, qui admettent 3 groupes : les diurétiques dialytiques, mécaniques et mixtes, ces derniers ayant un pied dans les deux camps, etc.
Si j'avais un choix obligé à faire dans les diverses classifications proposées jusqu'ici, j'opterais de préférence pour la division indiquée par Barrallier, laquelle a l'avantage de la simplicité, en même temps qu'elle s'appuie sur les données physiologiques les plus probables. Suivant ce médecin distingué, les diurétiques agissent : i<^ en augmentant la masse du sang; 2^ en modifiant 'mécaniquement la circulation; 3*^ en excitant directement la sécrétion rénale.
On pourrait, je crois, simplifier encore cette classification, car les diurétiques qui agissent en augmentant la masse du sang et ceux qui infiucncent mécaniquement la circulation ont au fond le même mode d'action : ils donnent au fluide sanguin plus de tension : passive dans un cas, active dans l'autre.
De sorte qu'il n'y aurait en réalité, suivant cette manière de voir, que deux groupes de diurétiques : les uns, simples stimulants des cléments actifs, excréteurs, de la glande (cellules à bâtonnets) ; les autres, agents mécaniques augmentant la tension du sang dans les vaisseaux, et forçant les glomérules à plus d'énergie d'action.
Aux premiers on pourrait donner le nom de diurétiques vrais ou directs, ouragogues, le mot existe dans la littérature grecque : oùjoa, âY<u, et il aurait l'avantage de se rapprocher de vocables analogues usités en thérapeutique: sialagogues, galactagogues, etc. ; toutefois, c'est malheureuseument un néologisme d'une euphonie impariaile ; les seconds seraient par contre les diurétiques indi' réels ou mécaniques.
' Mais, en définitive, les agents des deux groupes ne sont que des stimulants, dont l'action porte tantôt sur les corpuscules de Halpighi, tantôt sur les éléments cellulaires dos tubuli, etqui développent en outre dans le rein, primitivement ou secondairement, des modifications vasculaires : d'où il suit que leurs modes d'action intimes sont bien près de se confondre. En effet, toute action hypercrinique résulte nécessairement d'abord d'une excitation de l'organe sécréteur et ensuite d'un appel de sang propre à fournir les éléments de la sécrétion, ce qu'on traduit généralement par les mots de congestion physiologique.
II. Enumkration. première classe : agents mécaniques. Sous la réserve que ma classification est plutôt ici d'ordre didactique ou descriptif, voici l'énoncé des principaux médicaments diurétiques de ce groupe, dans lequel on peut, d'après ce qui vient d'être dit, introduire deux subdivisions : 1° les diurétiques
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par pléthore vasculaire ou transfusants ; 2* les diurétiques Yaso-moteurs ou par tension active.
Premier groupe. L'eau et tous les liquides très-chargés d'eau, tels que : les tisanes d'orge, chiendent, queue de cerise, graine de lin, guimauve, saponaire, boglosse, bourrache; le petit-lait, les bouillons de veau et de poulet, l'oxycrat, les limonades, etc, etc., pris à haute dose, font uriner; ce sont les diurétiques aqueux, délayants, antiphlogistiques, des anciennes pharmacopées. Toutes ces substances sont réellement diurétiques à dose suffisante, mais elles doivent cette propriété plutôt à leur eau qu'à elle-môme, à l'eau, puissant agent de diurèse, quoi qu'en ait dit Sandras, qui nie formellement cette action.
N'est-ce pas Teau seule encore qui devient l'élément de diurèse dans cette grande classe des eaux médicales d*une minéralisation insignifiante, si vantées à bon droit dans bon nombre d'affections uro-géni taies dans lesquelles il faut provoquer un flux d'urine propre à laver les voies urinaires : Contrexéville, Yiltel, Évian, Saint-Simon (d'Aix), Capvern, etc., etc.?
C'est encore l'eau qui provoque la diurèse lors des cures de lait, de petitlait, de raisin. Et si l'on a reconnu parfois au sucre, à la manne, à la gomme, quelques vertus pour activer la diurèse, c'est sans doute, comme le remarque Barraillier, parce que ces substances agissent dans le sang par leurs qualités eodosmotiques, attirant leau des tissus dans les vaisseaux et déterminant la pléthore vasculaire.
L'eau et les diurétiques aqueux sont indiqués dans les états fébriles pour détttrrasser l'organisme des produits d'une combustion exagérée; puis chez les goutteux dont lorganisme est imprégné d'acide urique; dans certains cas d'hydropisie, alors qu'on redoute une action trop vive des diurétiques vasomoteurs ou stimulants ; dans les affections catarrhales de la vessie et de l'urèthre s leur période aiguë; toutes les fois, en somme, qu'il faut rejeter au dehors les matériaux étrangers ou devenus étrangers à l'économie, et mondifier en quelque sorte nos tissus.
Deuxième groupe. Nous possédons un certain nombre d'agents ou de médicaments capables d'élever la tension vasculaire suffisamment pour accroître l'excrétion d'urine. Ces médicaments appartiennent naturellement à la grande classe des vaso-moteurs.
Je citerai en première ligne la digitale, la scille, l'ergot de seigle, le muguet, etc., parmi les agents de notre matière médicale ; et l'hydrothérapie froide, ou les applications du froid, comme moyens de diurèse véritablement eificaces.
Quelques mots maintenant sur chacune des substances médicamenteuses que je viens de nommer.
a. Digitale. Je considère les préparations de cette drogue comme les plus poissants diurétiques que nous ayons à notre disposition. Si l'on a discuté et si . l'on discute même encore sur les modifications que la digitale apporte à la composition de l'urine excrétée sous son influence, nul, je crois, ne conteste son puissant effet diurétique, quand elle est bien maniée : toute la question réside, en effet, dans une tactique habile, si l'on veut réussir presque à coup sûr.
Nous ignorons, il faut bien Tavouer, son mode d'action intime sur le rein. Pour le professeur Vulpian, elle exciterait le tissu rénal, et « les parties de l'appareil vaso-moteur qui innervent les vaisseaux du rein n'entrent en jeu que d'une façon secondaire et sous l'influence du tissu rénal ; cette excilaliou dèlecmine, sans doute, en suspendant l'action tonique des centres ^aso-moleuts d^%
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reins, une dilatation des vaisseaux de ces organes, et facilite ainsi la production de la diurèse » .
Bruntou et Power donnent une théorie du même ordre. Pour ces expérimentateurs ce n*est pasTexcès de pression dans le glomérule de Malpiglii qui produit la diurèse, c est au contraire la dilatation des artérioles du rein. Et celte dilatalion est un eflct de réaction après Tépuisement de Taclion vaso-motrice de la digitale.
Pas davantage nous ne sommes bien fixés sur les modifications apportées par la digitale dans la composition de Turine qu'elle fuit excréter. Quelques auteurs pensent qu*elle rend l'urine plus aqueuse; d'autres assurent qu'elles diminue l'excrétion d'urée et d'acide urique (Bouchard) et des matières extractives (Ilammond). Toutefois, Bfaurel, qui, d'après de nombreuses expériences, admet presque que la digitale est notre seul diurétique, affirme qu'elle augmente à la fois Teaa et les matériaux solides de l'urine. Ce sont là de bien graves questions, fort difficiles à résoudre et qu'il faut remettre à l'étude.
11 n'est pas jusqu'aux indications de la digitale, en tant que diurétique, qui ne soient toujours controversées. Si tous les médecins la prescrivent dans l'anasarque symptomatique d'une alfection du cceur, beaucoup se refusent à l'ordonner quand Thydropisie résulte d'une maladie des reins et d'autres lui refusent toute action thérapeutique dans l'ascite, l'hjdrotborax ou autres épanchements dans les cavités séreuses.
La digitale est, suivant moi, un remède souvent héroïque dans l'hydropisie d'origine cardiaque; c'est bien là, en eflet, sa meilleure application. Mais je ne puis admettre, avec J. Lozes, qu'elle donne les mêmes bons résultats contre l'anasarque par lésion rénale ou les hydropisies des cavités séreuses. Sou action thérapeutique est ici tout à fait incertaine. On réservera donc surtout son emploi pour les cas d'hydropisies par cardiopathie.
Quelles sont les préparations de digitale à prescrire à titre de diurétique et les doses de ces préparations?
La macération et l'infusion de feuilles passent avec raison pour très-sûres dans leur action diurétique.
Hérard recommande aux sujets affectés d'anasarque d'origine cardiaque la macération à froid de 1 à 2 grammes de feuilles dans 200 grammes d'eau. On «n commence l'usage au bout de vingt-quatre heures, et il est bien rare que l'effet diurétique tarde plus de trois jours. On a vu des sujets rendre alors jusqu'à •% litres d'urine dans la journée. Quand il y a intolérance gasti'ique, ce qui se traduit par des nausées et des vomissements, le remède doit être abandonné. Femet <^nseillc l'infusion de 0s%20 de feuilles dans 150-200 grammes d'eau, en 5-4 fois, surtout quand l'affection cardiaque est mitrale, et il donne comme critérium de l'action thérapeutique l'effet diurétique dont il faut toujours s'assurer par la mensuration quotidienne des urines.
Ce moyen véritablement héroïque réussit malheureusement plus exceptionnellement dans les hydropisies non symptomatiques d'une maladie du cœur.
La digitaline, l'extrait alcoolique, la teinture, sont moins efficaces que Pinfu- ^on de feuilles.
b. Scille. Elle peut être mise au moins sur le même plan que la digitale, avec laquelle elle a, du reste, la plus grande analogie d'action phai'maoodynamique.
Hirtz la prescrivait habituellement dans l'anasarque d'origine rénale et 8*eQ
DIURÉTIQUES. 7
louait betaeoup : sons forme d'extrait, en pilules de Ov'yOS, et à la dose de 3 à 4 par jour.
C*est pour ce tbérapeutiste distingue le plus puissant de nos diurétiques, et dépouTTU de propriétés irritantes.
L'un des principes actifs de cette plante, la scillitine (voy. ce mol), est égale* ment pourvue de bonnes propriétés diurétiques.
Son mode d'action est yraisemblablement celui de la digitale.
D'après Voit, elle augmenterait Texcrétion de l'urée et des chlorures. Hammond affirme au contraire la diminution du chiflre de Turée excrétée.
L'extrait, la teinture, sont rangés en tète des préparations les meilleures, puis Tiendrait l'oxymel scillitique, moins actif.
c. Convallaria matalis. Il résulte des expériences de deux médecins russes, Troitki et Boioiavlenski, que le muguet des bois agit sur le cœur et les vaisseaux à la manière de la digitale, déterminant comme elle le ralentissement des moufements cardiaques et Taugmentation de la pression artérielle.
C'est aussi un diurétique de premier ordre, ainsi que ces expérimentateurs l'ont vérifié chez des sujets affectés de lésions cardiaques et infiltrés.
Les recherches cliniques de G. Sée sont venues confirmer récemment ces
données et faire valoir hautement les mérites du nouveau remède.
Suivant le professeur Sée, le Convallaria maialis ou muguet constitue un médicament cardiaque des plus importants.
Et c dans toutes les affections cardiaques indistinctement, dès qu'elles ont produit l'infiltration des membres, et à plus forte raison une hydropisie générale, le muguet a une action évidente, prompte et sûre ».
11 remporterait même sur la digitale, en ce sens qu'il est mieux toléré que œlle-ci par l'estomac, et qu'il fatigue moins le cœur. D'o& cette conclusion terminale de Sée :
€ Enfin, dans les cardiopathies avec hydropisie, le maïalis surpasse toutes les autres médications, sans même qu'on soit obligé d'y associer d'autres diurétiques, comme le lait #.
Le muguet serait en somme le type des diurétiques, si l'on s'en référait abso* loment aux paroles du professeur. Malheureusement d'autres cliniciens, et des plus autorisés, ont émis des doutes sur cette puissance si remarquable de la plante.
Ainsi Moutard-Martin n'a observé qu'une fois sur 4 cas l'action diurétique de l'extrait de muguet, et il se demande même si dans ce seul cas favorable la diurèse ne se serait pas produite spontanément. Et Ferrand conclut aussi de les es.sais cliniques que le C. maialis c ne parait nullement doué de propriétés diurétiques puissantes ».
C. Paul, enfin, qui, l'un des premiers, en France, expérimenta les préparations de muguet, ne leur attribue que des effets diurétiques incertains. 11 suppose donc que le C maialis recueilli en Russie est plus actif que le nôtre, pour expliquer la divergence dans les faits observés par les médecins russes et français.
La meilleure préparation de muguet, suivant Langlebert, qui a bien étudié la pharmacologie de ce médicament, est l'extrait aqueux préparé au moyen des fleurs et des tiges, additionnées d'un tiers de leurs poids de racines et de feuilles.
On le fait prendre à la dose de 1 à 2 grammes par jour.
Si l'efficacité du muguet vieul h être rigoureusement démontrée, onaut^ \tt»
8 DIUR TIQUES.
avantage à prescrire, au lieu de l'extrait, le principe actif qu*il i^nferme, la Convallamarine, découverte en 1858 par Walz, et préparée actuellement par un nouveau procédé plus commode que celui de ce chimiste, et imaginé par Tanret.
d. Caféine. Comme le café, recommandé, dès 1825, par Zwinger, et dont elle dérive, cette substance est un diurétique, et j ajoute un diurétique énergique, dont j*ai maintes fois observé les bons effets dans les hydropisies d*origine cardiaque. Son mode d'action me parait être d'ailleurs le même que celui de la digitale. Elle accroît la tension des artères et ralentit le cœur.
D*autrepart, elle augmenterait la proportion de Teau dans Turine et diminuerait la quantité de ses matériaux solides (Lehman).
Fluchard a particulièrement fait ressortir les mérites de ce médicament dans les cardiopathies, dans une communication récente à la Société de thérapeutique.
Il a bien montré son action prompte, qui s'établit le plus souvent en douze ou vingt-quatre heures, et allant jusqu'à faire rendre 3-4 litres d'urine; son innocuité plus grande que celle de la digitale, dont il faut craindre parfois les effets accumulatifs ; sa facile tolérance.
La caféine doit être prescrite en nature, de préférence à ses sels, d'effets plus incertains, à la dose de 1 gramme et plus, par la bouche ou bien en injection sous la peau.
Dans ce dernier cas c'est à la solution de benzoate de caféine (Tanret) qu'il vaut mieux recourir :
Benzonta de soude 2r,25
Caféine 28',50
Eau, Q. S. I our 10 centimètres cube>.
Ce diurétique réussirait également fort bien dans les hydropisies par lésion de reins (Brackcnridge).
e. Ergot de seigle. Ce médicament est parfailement digne d'être rapproché des précédents, sous le rapport de son crGcacilé comme diurétique, de même aussi qu'il s'identifie avec eux au point de vue de son mode d'action sur le rein.
Nous devons à Labordc la démonstration expérimentale de la vertu diurétique de l'ergot de seigle, signalée par Wemich, d'après ses observations cliniques. Je crois qu'on pourrait le conseiller au môme titre que la scille dans l'albuminurie.
11 faut prescrire l'extrait aqueux en potion ou pilule, à la dose de i à 4 grammes, ou bien en injection sous-cutanée : 10 centigrammes.
f. Bromure de potassium. C'est théoriquement, je pense, qu'on a doté ce sel d'une action diurétique, à titre de tonique vasculaiie.
S'il possède l'action qu'on lui suppose, c'est plutôt comme stimulant direct du rein lors de son élimination par cet émonctoire. En tout cas, cette action reste à démontrer.
g. Moyens diurétiques. Mon énumération serait incomplète, si j'omettais de citer \ la suite des médicaments diurétiques agissant par tension quelques moyens hygiéniques jouissant du même mode d'action et d'une influence comparable.
Le froid fait évidemment fonctionner les reins plus activement ; en outre
DIURÉTIQUES. 9
l'exercice est encore un moyen de diurèse. Et si les influences morales étaient d*ordre thérapeutique, il faudrait aussi en tenir compte à cette place.
Le froid paraît bien augmenter la diurèse, de même qu'il accroît les besoins d'ariner.
Quant à l'exercice musculaire, il provoque également une plus abondante émission d'urine, et celle-ci renfertne de plus fortes proportions d'urée, d'acide nrique» de phosphates et de créatine (Ritter).
De pareils moyens d'action sont précieux chez les rhumatisants et les goutteux et doivent faire partie de leur hygiène. Aussi bien leur recommande-t-on «Tec insistance les pratiques hydrothérapiques et l'exercice musculaire au grand air, qui les débarrassent de matériaux morbifiques toujours en formation et prêts à s'accumuler dans leur organisme.
Deuxième classe. Stimulants du rein. A cette classe appartiennent, suivant moi, les diurétiques vrais, ceux qui exaltent en réalité la fonction des reins, et, suivant la définition de Sandras, font rendre plus d'urine qu'il n'y a eu de lipide ingéré. Nombreux sont les agents qui font partie de ce groupe, mais aussi sous cette richesse apparente se cache encore une réelle pauvreté ; je pourrais presque dire un dénûment absolu, si l'on me demandait de citer ici des agents réellement puissants.
Sans doute notre matière médicale nous fournit beaucoup de bons médicaments diiu%tiques de cet ordre, toutefois aucun n'est comparable à ce merveilleux agent d'hypercrinie, le Pilocarpus pinnatns ou jaborandi, stimulant si puissant des glandes salivaires et sudorales, comme chacun sait.
Je rappelle que les diurétiques que je vais étudier agissent vraisemblablement sur le rein au moment de leur élimination à travers sa substance, augmentant sans doute l'activité fonctionnelle des cellules à bâtonnets et modifiant secondairement la circulation du sang dans l'organe, de façon qu'il suffise à sa fonction exagérée.
Parmi les médicaments les plus précieux comme énergie diurétique, il faut eiter les balsamiques, les sels neutres, les alcalins, les alcooliques, la cantharide, la blatte orientale, etc., que je vais étudier isolément avec quelques détails.
a. Balsamiques, Tous les médicaments de ce groupe, qui comprend les baumes proprement dits, substances renfermant de l'acide benzoîque, etc., et les térébenthines constituées par une essence et une résine, s'éliminent en partie à travers le rein, et l'analyse chimique la plus élémentaire suffit souvent à déceler la présence d'un de leurs éléments dans l'urine.
Aussi bien les propriétés diurétiques du copahu, du ciibcbe, de la térébentbine, du cajeput, du baume du Pérou, du baume de tolu, du buchu, du geoièvre, du matico, de l'essence de Santal, etc., etc., sont-elles incontestables et proportionnées aux doses de résine qucrenferiiient ces substances (Barraillier), ce qui se comprend sans peine, puisque cette résine est leur partie active, celle qui passe par le rein, et j'ajouterai à leurs doses d'acide benzoîque pour le même motif.
Dans ses essais qui remontent déjà à une époque éloignée, William Alexander aîait observé sur lui-même que l'huile de genévrier produisait une diurèse con* staotc et active.
Ces agents que je viens d'énumérer rendent les meilleurs services dans les affections cataniiales de la vessie et de l'urètlire, d'une part comme topiques contre rirriuUoii de la muqueuse enflammée, d'autre part pour débarrasser
cette mmjueusc ôe» in^ri^'d ô± "jLÎaaiaBCànL à T «iàf fia fin ^ciiae plus considérable. Le C0«.^t i izk2c« ^ zritamDs^ oncf rjumMu» nr Tavlor, en Angleterre, t: •i'&iir^ m:^:j:2^ .ci -nrjfii Ms^setjmt -à» oemêdediLLe remède est d'kAkzj^ Assez i^uji: i iiiLij£r. aai^ Tiss^tsweas: cisblkuL
Toutefois, je \* réc-rir. /nr^jiic ijsré^j^ x'es paam^ insB caB9:>mUe.
A côté de cfe iD^riziisxs î rtâi:»ï jt lâtt k» jrwvûb^ âe «ma (eof . ce mot), dont les :? -:ntc^ iirkjrrtt^ swt ocmùssuàfks^ «ft Mieot être attribuées à une «ûbfr>'U£ce zééLZîti^j^; qd. kri: sais ozoïie sua «r le rdn par élimination.
On peut ra ppr ther àt »:« î^il-^jaKi^ it^^^ra àiiràîgiiff asseï « vergue: les prépralions de t-ùçmkczf* ée ilz'u^ WL*Jrsi à Ja iû ooBme «DlxaUninles (Dufau) et diurêtipes Lt':»!':'*-:^ . Dê-^e ài-jTA* jrîçriêiéoiirteslâpparQocirel etCastan; la défcethn d'czoJhe T>Ji=>:ct .L-Lie entre FaBasarqne cardiaque; la scoparine et ia >;£rrtr;«f. :.ri:ici;:ies r^lirés du sckA i balûs, SarfflftMuiiii $copariu$ Wim.. aanzieLUid ]a dicrâse. ?^rict Sienlirvae et Vota: llnfosioii du Juncu$ acMtvs ou j-:oc •>» marûs. ^<^.'iKei?^ par larcaflhM d'imene pour coml<atlre rbidrDf«iâf : k (TVi de /«rv/i^. ex|iénflKStê avec succès par C. Paul, en infuàôn àosét » 75 jtizzijzk^ jAkr litre d'ean: l'inmarM nièrs, projwsé par Beilberaiid z'Xhri e: F. Vicier ea fSTS-IK9; Tc^mor en (AUium cej»a L. , cité j*r Murray. Lin-riii. Serre d'Haï* u cl pitis rrâcnmient I>ar Duprez, comme une rc>>tiurr* [«vciense ocmîTe l'aDasanque. quelle qve soit sa source: la fvchsimr. kznïi dciutevii de diurèse Bîrlel). qui s*êliiiiioe par le rein et peut le >t!Diultr. Tw:s ces médicaments cnl été peu eKpérimeotéf jusqu'ici, et leur compc»iLîoii diimipe et leur mode d'icli<n soot cénénlenicnt mal connus.
b. Sels nculrcf. Les aiiîeurs citent le> nitrates de potasse cl de soude, les cliloratos de potasse et de soude, l'^tcélate de jiOtASse, mais Tod pourrait joindre à coUe liste les .-el s neutres purgatifs.
Le nitrate de iuttasac, ou sel de nitre, est un diurétique banal jouissant de lonjiuc date de la réputation d activer cnergiquement le cours deForine. Aujoui^ il'lii.i, il ^c ftit une réaction assiz vive contre cette idée traditiooneUe, et Toid ïpïe Io niho est considéré comme di'poTirni d'action sur le rein.
Maiiri'l lui reconnaît, tout au plus, la propriété d'augmenter la proportioodei
a1<;riaiix soUdos de Furine, dans une assez faible mesure. Et, d'après Sée el llitlïiili'au. son action diuiélique serait fiigacv et incertaine. Ce dernier auteur lui ^•)l"»«iiii«iaii vnioiuiors le nitrate de soude, plus actif selon lui, et facile à
Ifl'IlIKT.
'>'!« l'pjr* plantes dans les«piolles FanalTse chimique a démontré la piésena d.j iiiii.»t(. il,, potasse, toiles que le lounicscJ, la bourrache, Fortie, la parié- «^'" , lu tuntw iras|HToo, etc., sont rapproclïées quelquefois des nitrates par les. ""'•"•■* J'- 'M- hiHuo il sijrnaler le fait matériel, car. à supposer que lesdites )•> ."i.. ..,..,„ 1^, ,„„i„,,,^, ^^.jj^^ diurétique, il faudrait la rapi^rter à Feau dans '-;*"•' "' •"* *'•* '• l..it iiilusor pluiôl qu'aui traces de nitrate qu'elles renferment.
' ''"'''*''' '"*l '^«'i^crieur, au mmi de vue de Faction diurétique, ' r«n.Mi ^oMr„^ Hird; mais ce sel est brûlé dans Féconomie dlr
trans-
DIURÉTIQUES. ii
formé en carbonate de potasse, c*esi4-dire qu*il agit comme les sels alcalins dont je parlerai dans un instant.
Le chlorate de soude l'emporterait sur tous ses congénères, comme agent de diorèse, au dire de Rabuteau.
Et, d*autre part, Maurel, dans ses expériences, a obsenré que le chlorate de polaise augmente la quantité d^urine et Texcrétion de ses matériaux solides.
Uurate de soude , suivant lleidenhain, injecté dans les veines d*un animal en solution concentrée, déterminerait une très-abondante diurèse.
Les sels neutres n'ont aucune application spéciale dans la médication diurétique et sont de plus en plus délaissés par les praticiens.
D'autre part, la limonade sulfuriffue agit à la façon des petites doses de sulfate de soude, et Vacide azotique comme les azotates de potasse et de soude, puisque les acides sulfurique et azotique se transforment en sel de soude ou de potasse dans l'économie; enfin pour la même raison le vinaigre^ préconisé sous le nom d'oxycrat (eau vinaigrée) par les Anciens, agirait comme les acétates de potasse ou de soude. Dalton, toutefois, conteste son effet diurétique (4843).
De sorte que la section des diurétiques acides n'existe pas en réalité et se confond avec celle des sels neutres.
 la limite des sels neutres et des alcalins, il y a place pour Vacide hen^ ynque et les benzoates^ l'acide benzoïque agissant comme benzoate dans l'organisme.
Ces médicaments sont parfaitement diurétiques, mais fort peu énergiques.
On peut employer avec un certain avantage le benzoate de lithine contre la diatbèse urique, la lithine étant alors surtout l'agent actif, mais il n'y a guère à compter sur l'acide benzoïque ou le benzoate de soude contre cette même diatbèse.
Un autre acide aromatique, Vacide salicylique, et son sel le plus ordonné, le salicylate de soude, tout en étant à peu près dépourvus de propriétés diurétiques, modifient manifestement l'urine par élimination, puisqu'on en retrouve dans cette humeur plus de 60 pour 100 de la quantité ingérée; ils activeraient l'excrétion de Turée, des matières extractives (Boucliard) et des urates, ce qui justifierait encore leur emploi si merveilleusement puissant dans la goutte et dans le rhumatisme.
c. Sels alcalins. On cite généralement les carbonates de potasse et de soude, le carbonate de lithine, comme assez actifs, le bicarbonate de chaux.
Ce sont là de bons médicaments, nullement dangereux, quand on les administre avec prudence, remèdes désignés pour les arthritiques et les goutteux. Us ont chez ces sujets le double avantage d'augmenter la solubilité des urates de Turine et d'épurer l'organisme de l'imprégnation urique, evt favorisant l'excrétion de Torée et de Tacide urique avec l'urine.
Ils donnent aux eaux alcalines naturelles leurs vertus principales. C'est, en effet, grâce à leurs carbonates alcalins, que les eaux minérales de Fougues, Vab, Vichy, Royat, Carlsbad, Ems, etc., produisent des effets si remarquables chez les goutteux et les sujets affectés de gravelle.
L'action diurétique de ces eaux est encore accnie par l'acide carbonique qu'elles renferment, pourvu, lui aussi, d'un bon elTet diurétique, si l'on s'en réfère aux expériences de Quincke.
Je dois rapproclier des sels alcalins le suc de citron, préconisé par le médecin rosse Trinkowski, car les sels de potasse et de soude que renferme ce suc se
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transforment dans Téconomie en carbonates de ces .bases et agissent comme tels.
C'est également en subissant une pareille métamorphose que les acides végétaux : citrique, tartrique, employés sous forme de limonades, agissent pour délayer Turine chez les fébricitants;ils doivent figurer dès lors dans la médication alcaline.
d. Alcooliques. L'alcool s'élimine certainement par Turine, en faible proportion, à la vérité, 0,82 pour 100 de la quantité ingérée (Ttmdichum). . Faut-il attribuer son action diurétique absolument certaine à son passage à travers les reins, ce qui est admissible, ou bien rend-il le sang plus apte à l'endosmose, c'est-à-dire plus propre à soutirer l'eau aux tissus, enfin doit-on chercher ailleurs une explication de ses effets sur le rein? C'est ce que je ne saurais dire.
Toujours est-il qu'il augmente la diurèse et modifie la composition chimique de l'urine, laquelle contiendrait moins d'urée, moins de chlorures et de phosphates.
Hammond, d'après quelques expériences sur lui-même, met cependant en doute cette propriété, disant que l'alcool est plus anurétique que diurétique. En cela, il est en désaccord avec la majorité des observateurs.
Des expériences identiquement de même ordre, faites par Rabuteau, entre autres, il résulte, en définitive, que l'alcool pris à dose faible fait bien excréter Turine plus abondamment, c'est donc qu'il est diurétique.
Les liquides alcooliques ont évidemment la même action, et parmi eux je signalerai les vins, le vin blanc surtout, ou mieux certains vins blancs, d'Anjou, de Champagne, d'Alsace, du Rhin, de Bordeaux, dont l'action diurétique est populaire.
Les boissons alcooliques augmentent la diurèse, en même temps que le besoin d'uriner, et parmi les plus diurétiques il faut signaler principalement la bière, le Champagne, le cidre, le koumys, toutes les boissons fermentées, en un mot.
Les indications des alcooliques n'ont rien de bien particulier. On les prescrit volontiers maintenant aux fébricitants, et ils ont alors le double avantage de soutenir les forces de ces sujets et de favoriser l'élimination des déchets de la nutrition par l'urine.
Le cidre est réputé comme une excellente boisson, s'opposant à la formation des calculs dans les voies rénales et dans la vessie.
Enfin l'alcool éthylique posséderait la propriété de favoriser l'élimination des poisons, de l'arsenic et de la strychnine tout particulièrement, et il passe encore pour un alexipharmaque de premier ordre, pouvant rendre de grands sercices même contre la morsure des grands serpents venimeux (J. Cloquet, Williams Paterson, J. Sliortt).
Eau oxyazoiique, A côté des préparations alcooliques je puis placer un autre stimulant qui, comme elles, produit une ivresse particulière et doué manifestement de la faculté d'exciter la diurèse : c'est le protoxyde d'azote, ou plutôt sa solution dans l'eau, appelée eau oxyazoiique.
Cette propriété de l'eau oxyazotique a été surtout mise en lumière par Ritter, en 1871.
A la dose de trois verres par jour, d'après Sée, qui a répété les expériences de ce chimiste, elle agit à coup sûr et provoque en même temps une abondante excrétion d'acide urique chez les sujets goutteux imprégnés de cet acide.
DIURÉTIQUES. i5
D*ordinaire, die rend Turine plus chargée d*urëé, d*acide urique et de phosphates (Rilter).
Le protoxydc d^azole a sans doute sur le rein une action directement excitante, et Teau oxyazotique agirait en somme à la façon des eaux gazeuses ordinaires.
Ce ne sont là que de simples hypothèses, car la science n'est nullement fixée sur les métamorphoses qu*il peut subir dans Torganisme animal, pas plus que sur son élimination de cet organisme.
A priori, c*est un diurétique à conseiller aux goutteux et aux sujets qui âiminent mal les urates et Facide urique, et peut-être aux albuminuriques, auxquels nous ayons si peu de ressources à offrir.
e. Cantharides, Blattes. La cantharidine s*élimine certainement par les reins, et elle va même jusqu'à déterminer Tinilammation de ces organes. Quand son action topique est fort légère, elle devient diurétique, aussi quelques médecins ont-ils été jusqu'à prétendre que l'action des vésicatoires dans la pleurésie relevait plutôt de la diurèse cantharidienne que de la révulsion produite sur la peau par l'agent vésicant.
Quoi qu'il en soit, c'est à titre de simple renseignement que je mentionne celte propriété des cantharides, que nul médecin, avec juste raison, ne met jamais à profit. D'ailleurs, il est si facile de dépasser la mesure et d'empêcher au contraire le cours de l'urine, que je ne conseille à personne de recourir à celte substance dangereuse.
La Blatta orientalis, insecte qui passe également pour jouir do vertus diurétiques comme la cantharide, a au moins l'avantage d'être d'un emploi iuoffensif. C'est même un remède populaire en Russie, dans l'hydropisie.
Aussi bien nous a-t-elle été recommandée par deux médecins de ce pays, Kooprianov et Bogomolov, élèves de Bolkin.
Suivant eux, la blatte réussirait à merveille chez les albuminuriques, nonseulement pour les débarrasser de leur anasarque, mais aussi pour diminuer Talbuminurie. La dose de poudre à prescrire est de 30 à 60 centigrammes.
Koehler a vérifié de son côté l'action diurétique de la blatte et son efficacité contre l'hydropisie.
Toutefois, dans ses quelques esssais cliniques, G. Paul a été moins favorisé que ces médecins étrangers, et les résultats obtenus par lui n'ont rien d'encouraj^eant.
f. Astringents, Le tannin est le type des diurétiques astringents. Cette vertu spéciale est contestée par Mitscherlich, lequel admet au contraire qu'il rend larine plus rare, tout en augmentant sa richesse en iicide urique et acide pbosphorique.
En tout cas, la propriété diurétique du tannin a été plutôt admise jusqu'à présent sur la foi des auteurs qu'en raison d'expériences physiologiques bien conduites. Considéré comme un astringent, il est devenu par cela seul un agent (ie diurèse.
Quoi qu'il en soit, il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'il eût celte propriété. Il s'élimine par Turine, sous forme d'acide gallique, c'est donc qu'il peut exciter le rein en passant; et, d'autre part, Rosenstein et Rossbach viennent de lui reconnaître des effets vaso-dilatateurs directs sur les capillaires, ce qui n'eu fait rien moins qu'un astringent, effets capables de favoriser la diurèse, laquelle exige, comme nous le savons, un certain état de congestion physiologique pour se produire et se développer.
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transforment dans Téconomie en carbonates de ces .bases et agissent comme tels.
C*est également en subissant une pareille métamorphose que les acides végétaux : citrique, tartrique, employés sous forme de limonades, agissent pour délayer Turine chez les fébricitants;ils doivent figurer dès lors dans la médication alcaline.
d. Alcooliques. L'alcool s'élimine certainement par l'urine, en faible proportion, à la vérité, 0,82 pour 100 de la quantité ingérée (Thudichum). • Faut-il attribuer son action diurétique absolument certaine à son passage à travers les reins, ce qui est admissible, ou bien rend-il le sang plus apte à l'endosmose, c'est-à-dire plus propre à soutirer l'eau aux tissus, enfin doit-on chercher ailleurs une explication de ses effets sur le rein? C'est ce que je ne saurais dire.
Toujours est-il qu'il augmente la diurèse et modifie la composition chimique de l'urine, laquelle contiendrait moins d'urée, moins de chlorures et de phosphates.
Hammond, d'après quelques expériences sur lui-même, met cependant en doute cette propriété, disant que l'alcool est plus anurétique que diurétique. En cela, il est en désaccord avec la majorité des observateurs.
Des expériences identiquement de même ordre, faites par Rabuteau, entre autres, il résulte, en définitive, que l'alcool pris à dose faible fait bien excréter l'urine plus abondamment, c'est donc qu'il est diurétique.
Les liquides alcooliques ont évidemment la même action, et parmi eux je signalerai les vins, le vin blanc surtout, ou mieux certains vins blancs, d'Anjou, de Champagne, d'Alsace, du Rhin, de Bordeaux, dont l'action diurétique est populaire.
Les boissons alcooliques augmentent la diurèse, en même temps que le besoin d'uriner, et parmi les plus diurétiques il faut signaler principalement la bière, le Champagne, le cidre, le koumys, toutes les boissons fermentées, en un mot.
Les indications des alcooliques n'ont rien de bien particulier. On les prescrit volontiers maintenant aux fébricitants, et ils ont alors le double avantage de soutenir les forces de ces sujets et de favoriser l'élimination des déchets de la nutrition par Turine.
Le cidre est réputé comme une excellente boisson, s'opposant à la formation des calculs dans les voies rénales et dans la vessie.
Enfin l'alcool éthylique posséderait la propriété de favoriser l'élimination des poisons, de l'arsenic et de la strychnine tout particulièrement, et il passe encore pour un alexipharmaque de premier ordre, pouvant rendre de grands sercices même contre la morsure des grands serpents venimeux (J. Cloquet, Williams Paterson, J. Shorlt).
Eau oxyazoiique, A côté des préparations alcooliques je puis placer un autre stimulant qui, comme elles, produit une ivresse particulière et doué manifestement de la faculté d'exciter la diurèse : c'est le protoxyde d'azote, ou plutôt sa solution dans l'eau, appelée eau oxyazoiique.
Cette propriété de l'eau oxyazotique a été surtout mise en lumière par Ritter, en 1871.
A la dose de trois verres par jour, d'après Sée, qui a répété les expériences de ce chimiste, elle agit à coup sûr et provoque en même temps une abondante excrétion d'acide urique chez les sujets goutteux imprégnés de cet acide.
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D*ordinaire, elle rend Turine plus chargée d'ui*éê, d*acide urique et de phosphates (Rit ter).
Le protoxyde d'azote a sans doute sur le rein une action directement excitante,
et Teau oxyazotique agirait en somme à la façon des eaux gazeuses ordinaires.
Ce ne sont là que de simples hypothèses, car la science n'est nullement fixée
sur les métamorphoses qu'il peut subir dans l'organisme animal, pas plus que
sur son élimination de cet organisme.
A prioriy c'est un diurétique à conseiller aux goutteux et aux sujets qui âimineut mal les urates et l'acide urique, et peut-être aux albuminuriques, auxquels nous avons si peu de ressources à offrir*
e. Cantharides, Blattes. La cantharidine s'élimine certainement par les reins, et elle ya même jusqu'à déterminer l'inilammation de ces organes. Quand son action topique est fort légère, elle devient diurétique, aussi quelques médecins ont-ils été jusqu'à prétendre que l'action des vésicatoires dans la pleurésie relevait plutôt de la diurèse cantharidienne que de la révulsion produite sur la peau par l'agent vésicant.
Quoi qu'il en soit, c'est à titre de simple renseignement que je mentionne cette propriété des cantharides, que nul médecin, avec juste raison, ne met jamais à profit. D'ailleurs, il est si facile de dépasser la mesure et d'empêcher au contraire le cours de Turine, que je ne conseille à personne de recourir à celle substance dangereuse.
La Blatta orientaliSy insecte qui passe également pour jouir do vertus diurétiques comme la cantharide, a au moins l'avantage d'être d'un emploi inoffensif. C'est même un remède populaire en Russie, dans l'hydropisie.
Aussi bien nous a-t-elle été recommandée par deux médecins de ce pays, Koaprianov et Bogomolov, élèves de Botkin.
Suivant eux, la blatte réussirait à merveille chez les albuminuriques, nonseulement pour les débarrasser de leur anasarque, mais aussi pour diminuer Talbuminurie. La dose de poudre à prescrire est de 30 à 60 centigrammes.
Koebler a vérifié de son côté l'action diurétique de la blatte et son efficacité contre l'hydropisie.
Toutefois, dans ses quelques esssais cliniques, G. Paul a été moins favorisé que ces médecins étrangers, et les résultats obtenus par lui n'ont rien d'encou-
rageant.
f. Astringents, Le tannin est le type des diurétiques astringents. Cette vertu spéciale est contestée par Mitscherlich, lequel admet au contraire qu'il rend larine plus rare, tout en augmentant sa richesse en »cide urique et acide pbosphorique.
En tout cas, la propriété diurétique du tannin a été plutôt admise jusqu'à présent sur la foi des auteurs qu'en raison d'expériences physiologiques bien conduites. Considéré comme uu astringent, il est devenu par cela seul un agent de diurèse.
Quoi qu'il en soit, il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'il eût cette propriété. Il s'élimine par l'urine, sous forme d'acide gallique, c'est donc qu'il peut exciter le rein en passant; et, d'autre part, Rosenstein et Rossbach viennent de lui reconnaître des effets vaso-dilatateurs directs sur les capillaires, ce qui n'eu ùût rien moins qu'un astringent, effets capables de favoriser la diurèse, laquelle exige, comme nous le savons, un certain état de congestion physiologique pour le produire et se développer.
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transforment dans l'économie en carbonates de ces .bases et agissent comme tels.
C*est également en subissant une pareille métamorphose que les acides végétaux : citrique, tartrique, employés sous forme de limonades, agissent pour délayer Turine chez les fébricitants ; ils doivent figurer dès lors dans la médication alcaline.
d. Alcooliques. L'alcool s'élimine certainement par l'urine, en faible proportion, à la vérité, 0,82 pour 100 de la quantité ingérée (Thudichum). • Faut-il attribuer son action diurétique absolument certaine à son passage à travers les reins, ce qui est admissible, ou bien rend-il le sang plus apte à l'endosmose, c'est-à-dire plus propre à soutirer l'eau aux tissus, enfin doit-on chercher ailleurs une explication de ses effets sur le rein? C'est ce que je ne saurais dire.
Toujours est-il qu'il augmente la diurèse et modifie la composition chimique de l'urine, laquelle contiendrait moins d'urée, moins de chlorures et de phosphates.
Hammond, d'après quelques expériences sur lui-même, met cependant en doute cette propriété, disant que l'alcool est plus anurétique que diurétique. En cela, il est en désaccord avec la majorité des observateurs.
Des expériences identiquement de même ordre, faites par Rabuteau, entre autres, il résulte, en définitive, que l'alcool pris à dose faible fait bien excréter l'urine plus abondamment, c'est donc qu'il est diurétique.
Les liquides alcooliques ont évidemment la même action, et parmi eux je signalerai les vins, le vin blanc surtout, ou mieux certains vins blancs, d'Anjou, de Champagne, d'Alsace, du Rhin, de Bordeaux, dont l'action diurétique est populaire.
Les boissons alcooliques augmentent la diurèse, en même temps que le besoin d'uriner, et parmi les plus diurétiques il faut signaler principalement la bière, le Champagne, le cidre, le koumys, toutes les boissons fermentées, en un mot.
Les indications des alcooliques n'ont rien de bien particulier. On les prescrit volontiers maintenant aux fébricitants, et ils ont alors le double avantage de soutenir les forces de ces sujets et de favoriser l'élimination des déchets de la nutrition par Turine.
Le cidre est réputé comme une excellente boisson, s'opposant à la formation des calculs dans les voies rénales et dans la vessie.
Enfin l'alcool éthylique posséderait la propriété de favoriser Télimination des poisons, de l'arsenic et de la strychnine tout particulièrement, et il passe encore pour un alexipharmaque de premier ordre, pouvant rendre de grands sercices même contre la morsure des grands serpents venimeux (J. Cloquet, Williams Paterson, J. Shortt).
Eau oxyazoiique, A côté des préparations alcooliques je puis placer un autre stimulant qui, comme elles, produit une ivresse particulière et doué manifestement de la faculté d'exciter la diurèse : c'est le protoxyde d*azote, ou plutôt sa solution dans l'eau, appelée eau oxyazoiique.
Cette propriété de l'eau oxyazotique a été surtout mise en lumière par Ritter, en 1871.
A la dose de trois verres par jour, d'après Sée, qui a répété les expériences de ce chimiste, elle agit à coup sûr et provoque en même temps une abondante excrétion d'acide urique chez les sujets goutteux imprégnés de cet acide.
DIURÉTIQUES. i5
D*ordînaîre, elle rend Turine plus chargée d*urée, d*acide urique et de phosphates (Rilter).
Le proloxyde d*azote a sans doute sur le rein une action directement excitante,
et Teau oxyazotique agirait en somme à la façon des eaux gazeuses ordinaires.
Ce ne sont là que de simples hypothèses, car la science n*est nullement fixée
sur les métamorphoses qu'il peut subir dans Torganisme animal, pas plus que
sur son élimination de cet organisme.
A prioriy c*est un diurétique à conseiller aux goutteux et aux sujets qui éliminent mal les urates et Facide urique, et peut-être aux albuminuriques, auxquels nous avons si peu de ressources à offrir.
e. Cantharides. Blattes. La cantharidine s*élimine certainement par les reins, et elle Ta même jusqu*à déterminer Tinilammation de ces organes. Quand son action topique est fort légère, elle devient diurétique, aussi quelques médecins ont-ils été jusqu'à prétendre que Taction des vésicatoires dans la pleurésie relevait plutôt de la diurèse cantharidienne que de la révulsion produite sur la peau par Tagent vésicant.
Quoi qu*il en soit, c*est à titre de simple renseignement que je mentionne cette propriété des cantharides, que nul médecin, avec jus te raison, ne met jamais à profit. D'ailleurs, il est si facile de dépasser la mesure et d'empêcher au contraire le cours de Tunne, que je ne conseille à personne de recourir à celte substance dangereuse.
La Blatta orientalis^ insecte qui passe également pour jouir do vertus diurétiques comme la cantharide, a au moins l'avantage d'être d'un emploi iuoffensif. C'est même un remède populaire en Russie, dans l'hydropisie.
Aussi bien nous a-t-elle été recommandée par deux médecins de ce pays, Koapnanov et Bogomolov, élèves de Botkin.
Suivant eux, la blatte réussirait à merveille chez les albuminuriques, nonseulement pour les débarrasser de leur anasarque, mais aussi pour diminuer Talbuminurie. Li dose de poudre à prescrire est de 30 à 60 centigrammes.
Koebler a vérifié de son côté l'action diurétique de la blatte et son efficacité contre l'hydropisie.
Toutefois, dans ses quelques esssais cliniques, G. Paul a été moins favorisé que ces médecins étrangers, et les résultats obtenus par lui n'ont rien d'encou-
rageant.
f. Astringents, Le tannin est le type des diurétiques astringents. Cette vertu sp^iale est contestée par Mitscherlich, lequel admet au contraire qu'il rend farine plus rare, tout en augmentant sa richesse en «icide urique et acide pbosphorique.
En tout cas, la propriété diurétique du tannin a été plutôt admise jusqu'à présent sur la foi des auteurs qu'en raison d'expériences physiologiques bien conduites. Considéré comme un astringent, il est devenu par cela seul un agent de diurèse.
Quoi qu'il en soit, il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'il eut celle propriété. Il s'élimine par l'urine, sous forme d'acide gallique, c'est donc qu'il peut exciter le rein en passant; et, d'autre part, Rosenstein et Rossbach viennent de lui reconnaître des effets vaso-dilatateurs directs sur les capillaires, ce qui n'eu fait rien moins qu'un astringent, effets capables de favoriser la diurèse, laquelle exige, comme nous le savons, un certain état de congestion physiologique pour le produire et se développer.
12 DIURÉTIQUES.
transforment dans Téconomie en carbonates de ces .bases et agissent comme tels.
C'est également en subissant une pareille métamorphose que les acides végétaux : citrique, tartrique, employés sous forme de limonades, agissent pour délayer lurine chez les fébricitants ; ils doivent figurer dès lors dans la médica- ^ tion alcaline.
d. Alcooliques. L'alcool s'élimine certainement par l'urine, en faible propoiHion, à la vérité, 0,82 pour 100 de la quantité ingérée (Thudichum). . Faut-il attribuer son action diurétique absolument certaine à son passage à travers les reins, ce qui est admissible, ou bien rend-il le sang plus apte à l'endosmose, c*est-à-dire plus propre à soutirer l'eau aux tissus, enfin doit-on chercher ailleurs une explication de ses effets sur le rein? C'est ce que je ne saurais dire.
Toujours est-il qu'il augmente la diurèse et modifie la composition chimique de l'urine, laquelle contiendrait moins d'urée, moins de chlorures et de phosphates.
Hammoiid, d'après quelques expériences sur lui-même, met cependant en doute cette propriété, disant que Talcool est plus anurétique que diurétique. En cela, il est en désaccord avec la majorité des observateurs.
Des expériences identiquement de même ordre, faites par Rabuteau, entre autres, il résulte, en définitive, que Talcool pris à dose faible fait bien excréter l'urine plus abondamment, c'est donc qu*il est diurétique.
Les liquides alcooliques ont évidemment la même action, et parmi eux je signalerai les vins, le vin blanc surtout, ou mieux certains vins blancs, d'Anjou, de Champagne, d'Alsace, du Rhin, de Bordeaux, dont l'action diurétique est populaire.
Les boissons alcooliques augmentent la diurèse, en même temps que le besoin d'uriner, et parmi les plus diurétiques il faut signaler principalement la bière, le Champagne, le cidre, le koumys, toutes les boissons fermenlées, en un mot.
Les indications des alcooliques n'ont rien de bien particulier. On les prescrit volontiers maintenant aux fébricitants, et ils ont alors le double avantage de soutenir les forces de ces sujets et de favoriser l'élimination des déchets de la nutrition par Turine.
Le cidre est réputé comme une excellente boisson, s'opposant à la formation des calculs dans les voies rénales et dans la vessie.
Enfin Talcool élhylique posséderait la propriété de favoriser Télimination des poisons, de l'arsenic et de la strychnine tout particulièrement, et il passe encore pour un alexipharmaque de premier ordre, pouvant rendre de grands sercices même contre la morsure des grands serpents venimeux (J. Cloquet, Williams Paterson, J. Shortt).
Eau oxy azotique . Â côté des préparations alcooliques je puis placer un autre stimulant qui, comme elles, produit une ivresse particulière et doué manifestement de la faculté d*ex citer la diurèse : c'est le protoxyde d'azote, ou plutôt sa solution dans l'eau, appelée eau oxyazotique.
Cette propriété de l'eau oxyazotique a été surtout mise en lumière par Ritter, en 1871.
 la dose de trois verres par jour, d'après Sée, qui a répété les expériences de ce chimiste, elle agit à coup sûr et provoque en même temps une abondante excrétion d'acide urique chez les sujets goutteux imprégnés de cet acide.
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iL Espèces apéritifes. 20 grammes.
PAriéUire 10 —
Lioer infuser une demi-beure dans 1000 grammes d*eau bouillautc, ajouter :
Tlitrate de potasse 3 grammes.
Sirop des cinq racines 100 —
e. Tisane de chiendent 1000 g^rammes.
Acétate de potasse. 2 —
Sirop des cinq racines 100 —
f. Bica bonato de potasse 5 grammes.
Kitrate de potasse 1 —
Infusion de genièvre 10 —
g. Feailles de Biichu 30 grammes.
Eau bouillante :^I0 —
i° POUDRES DIURÉTIQUES
a. Pondre de gomme arabique 60 grammes.
Nilrate de potasse 10 —
Guimaote 10 —
RéKlis-e 10 —
Sucre de lait 00 —
Une cuillerée à café dans un Terre d'eau.
b. Pondre de diffit-ile 15 centifsraromes.
Nitrate de potasse 1 gramme.
Cri>me de tai tre soluble 1 —
Sulfate de potas»e 1 —
n trois dobcs, à precdre dans la journée (Cagnon) .
c. Poudre de dijHtile 1 gramme.
— de Sri le 1 —
Oléosaocbaruro de (tenicvre 10 —
En vingt do»cs : une toutes k» heures.
V> POTIOnS DIURETIQUES
a. OiTmel seilIiMqne 15 grammes.
Eau dist liée d'Iiysope 100 —
— de menthe 30 —
AU oui nitrique 2 —
A prendre en deux fois (Codex).
b. Acétate de potasse 4 grammes.
Axolate de potasse 4 —
Eau di-Ullée 150 —
Sirop des cinq raciucs 50 —
Cm cuillerée.à soupe toutes les heures (Blache, Fouquier).
4* PILULES DIURÉTIQUES
a, Scille
D g'tale }mk5 grammes.
Scaramonée
Sirop de gomme Q* S«
F. s. a. 100 pilules. — Dose : 2 à 12 par jour.
b, Kitrate de soude 10 grammes.
Camphre !«. .
Rob de sureau Q. S.
f s. a. 00 pilukt. -^ Dose : 2 matin et soir comme antiltiteux.
12 DIURÉTIQUES.
transforment dans l'économie en carbonates de ces .bases et agissent comme tels.
C*est également en subissant une pareille métamorphose que les acides végétaux : citrique, tartrique, employés sous forme de limonades, agissent pour délayer Turine chez les f ébricitants ; ils doivent figurer dès lors dans la médication alcaline.
d. Alcooliques. L'alcool s'élimine certainement par l'urine, en faible proportion, à la vérité, 0,82 pour 100 de la quantité ingérée (Thudichum). * Faut-il attribuer son action diurétique absolument certaine à son passage à travers les reins, ce qui est admissible, ou bien rend-il le sang plus apte à l'endosmose, c'est-à-dire plus propre à soutirer l'eau aux tissus, enfin doit-on chercher ailleurs une explication de ses effets sur le rein? C'est ce que je ne saurais dire.
Toujours est-il qu'il augmente la diurèse et modifie la composition chimique de l'urine, laquelle contiendrait moins d'urée, moins de chlorures et de phosphates.
Hammond, d'après quelques expériences sur lui-même, met cependant en doute cette propriété, disant que l'alcool est plus anurétique que diurétique. En cela, il est en désaccord avec la majorité des observateurs.
Des expériences identiquement de même ordre, faites par Rabuteau, entre autres, il résulte, en définitive, que l'alcool pris à dose faible fait bien excréter l'urine plus abondamment, c'est donc qu'il est diurétique.
Les liquides alcooliques ont évidemment la même action, et parmi eux je signalerai les vins, le vin blanc surtout, ou mieux certains vins blancs, d'Anjou, de Champagne, d'Alsace, du Rhin, de Bordeaux, dont l'action diurétique est populaire.
Les boissons alcooliques augmentent la diurèse, en même temps que le besoin d'uriner, et parmi les plus diurétiques il faut signaler principalement la bière, le Champagne, le cidre, le koumys, toutes les boissons fermentées, en un mot.
Les indications des alcooliques n'ont rien de bien particulier. On les prescrit volontiers maintenant aux f ébricitants, et ils ont alors le double avantage de soutenir les forces de ces sujets et de favoriser l'élimination des déchets de la nutrition par Turine.
Le cidre est réputé comme une excellente boisson, s'opposanl à la formation des calculs dans les voies rénales et dans la vessie.
Enfin l'alcool élhylique posséderait la propriété de favoriser l'élimination des poisons, de l'arsenic et de la strychnine tout particulièrement, et il passe encore pour un alexipharmaque de premier ordre, pouvant rendre de grands sercices même contre la morsure des grands serpents venimeux (J. Cloquet, Williams Paterson, J. Shortt).
Eau oxyazotique. A côté des préparations alcooliques je puis placer un autre stimulant qui, comme elles, produit une ivresse particulière et doué manifestement de la faculté d'exciter la diurèse : c'est le protoxyde d'azote, ou plutôt sa solution dans l'eau, appelée eau oxyazotique.
Cette propriété de l'eau oxyazotique a été surtout mise en lumière par Ritter, en 1871.
A la dose de trois verres par jour, d'après Sée, qui a répété les expériences de ce chimiste, elle agit à coup sûr et provoque en même temps une abondante excrétion d'acide urique chez les sujets goutteux imprégnés de cet acide.
DIURÉTIQUES. 15
D*ordînaire, elle rend Turine plus chargée d'urée, d*acide urique et de phosphates (Rilter).
Le protoxyde d*azote a sans doute sur le rein une action directement excitante, et Fean oxyazotique agirait en somme à la façon des eaux gazeuses ordinaires.
Ce ne sont là que de simples hypothèses, car la science n*est nullement fixée sur les métamorphoses qu*il peut subir dans Torganisme animal, pas plus que sur son élimination de cet organisme.
A priori, c*est un diurétique à conseiller aux goutteux et aux sujets qui éliminent mal les urates et Facide urique, et peut-être aux albuminuriques, auxquels nous avons si peu de ressources à offrir*
e. Cantharides. Blattes. La cantharidine s*élimine certainement par les reins, et elle va même jusqu*à déterminer l'inllammation de ces organes. Quand son action topique est fort légère, elle devient diurétique, aussi quelques médecins ont-ils été jusqu'à prétendre que Taction des vésicatoires dans la pleurésie relevait plutôt de la diurèse cantharidienne que de la révulsion produite sur la peau par l'agent vésicant.
Quoi qu'il en soit, c'est à titre de simple renseignement que je mentionne cette propriété des cantharides, que nul médecin, avec juste raison, ne met jamais à profit. D'ailleurs, il est si facile de dépasser la mesure et d'empêcher au contraire le cours de l'urine, que je ne conseille à personne de recourir à celle substance dangereuse.
La Blatta orientalis^ insecte qui passe également pour jouir do vertus diurétiques comme Ja canlharide, a au moinsTavantage d'être d'un emploi inoffensif. Cest même un remède populaire en Russie, dans l'hydropisie.
Aussi bien nous a-t-elle été recommandée par deux médecins de ce pays, Kooprianov et Bogomolov, élèves de Botkin.
Suivant eux, la blatte réussirait à merveille chez les albuminuriques, nonseulement pour les débarrasser de leur anasarque, mais aussi pour diminuer Falbuminurie. La do$e de poudre à prescrire est de 30 à 60 centigrammes.
Koehler a vérifié de son côté l'action diurétique de la blatte et son efficacité cootre l'hydropisie.
Toutefois, dans ses quelques esssais cliniques, G. Paul a été moins favorisé que CCS médecins étrangers, et les résultats obtenus par lui n'ont rien d'cncou-
ra^'eant.
f. Astringents, Le tannin est le type des diurétiques astringents. Cette vertu spéciale est contestée par Mitscherlich, lequel admet au contraire qu'il rend lorine plus rare, tout en augmentant sa richesse en «ncide urique et acide phosphorique.
En tout cas, la propriété diurétique du tannin a été plutôt admise jusqu'à présent sur la foi des auteurs qu'en raison d'expériences physiologiques bien conduites. Considéré comme uu astringent, il est devenu par cela seul un agent de diurèse.
Quoi qu'il en soit, il n'y aurait rien d'impossible à ce qu'il eut celle propriété. II s'élimine par l'urine, sous forme d'acide gallique, c'est donc qu'il peut exciter le rein en passant; et, d'autre part, Rosenstein et Rossbacli viennent de lui reconnaître des effets vaso-dilatateurs directs sur les capillaires, ce qui n'eu fait rien moins qu'un astringent, effets capables de favoriser la diurèse, laquelle exige, comme nous le savons, un certain état de congestion physiologique pour ie produire et se développer.
S2 DIYALËRINE.
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DIURNES (Entomologie). Une des grandes divisions des Insectes Lépidoptères [voy. Lépidoptères) a reçu le nom de Diurnes ou Papillons de jour (voy. Papillons). P. Latreille avait ainsi réparti les Lépidoptères en 1* Diurnes, 2* Crépusculaires et Nocturnes.
Les Papillons de jour, ou diurnes, outre leur vol au soleil, ont pour caractères les antennes terminées en bouton ou renflées à Textrémité, des chenilles ne s*enveloppant point d*une coque soyeuse, des ailes ne présentant pas de frein. De là les noms de : Rhopalocères (avec antennes en mas:>ue) et de : Achai linoptèrcs (avec les ailes privées de frein) qui leur ont été appliqués plus justement par Boisduval et Emile Blanchard.
Les Lépidoptères rhopalocères ou diurnes ne sont pas les seuls qui volent en plein jour; des crépusculaires tels que le Morosphyux, les Sésies (v3y. Sbsies), butinent dans la journée, ainsi que certains Noctuelles et des Phalénides, qui sont rangés parmi les Nocturnes. En déHnitive, les deux divisions des Lépidoptères en : Pihopalocères et en Ilétérocères, doivent prévaloir (i;07/ . Insectes et Lépidoptères). A. Laboulbène.
DirRI^'ES (Ornithologie). Voy.y dans Oiseaux, Oiseaux de proie.
DI¥ALËRI!«B. C»=n"0» = (CIP)'" l^^'^o!?'^'- Glycéride obtenue en chauffant pendant quelques heures à 200^* Tacide valériqne avec de la glycérine, en proportions convenables. Les analyses du produit obtenu conduisent à la formule C"ll-W, adoptée par M. Berlhelot. Cet éminent chimiste admet en effet que la divalcrine dérive de Tunion de i molécule de glycérine et de 2 molécules d*acide valérique, avec élimination d*une seule molécule d*eau. D*autres chimistes, avec Wurtz, pensent qu'il est plus conforme à la théorie générale de la formation des éthers secondaires de la glycérine, d'admettre rélimination de deux molécules d'eau, d où la formule C*"1P*0* donnée p'us haut.
La divalérine est un liquide neutre, huileux, d'une odeur désagréable d'huile de poisson, d'une saveur amère. Elle a pour densité 1,059 à 16^. La divalérine se fige à— iO». L. Hw.
DIYIDIVI. 2Î
9IYEMSO (Pietio-Sauo). Médecin italien du seizième siècle, natif de Faen», a laissé la réputation d*un bon observateur. Il lit ses études à Naples sous d'Allomare, puis vint se fixer dans sa ville natale, où il exerça son art avec le plus grand succès, t 11 est de ceux qui écrivirent le mieux sur la peste et les fièvres graves, et la pathologie du cœur lui est redevable de quelques décou- Tertes » (Dezeini). On cite de lui :
I. De febre peHilenti traciaius : et curatione» quorumdam particularium morbontm, quamm trarlatua ah ordinnrii* praticis non habelur, etc. Boloniae, 1584, in 4*. Francofurti, 1.>86, i(i-8*. Ilarderovici, 1653, in-8*. Amsielodaini, 1d8i,in-8*. Celte dernière édition, h plus ooinplèle, porte le titre dVpuscula tnedica. — H. Coutmenlaria in IlippocralU libros quatuor de marint Incutentinima , etc. Fraiicofiirti, ItiOi, 161:2, 1666, in-fol. — IH. In Âvieenmae librum /// de morbiê particularibus cor porté humani eteorum curalione. Ticiai, 1673, in-Tol. L. 11k.
•IVE8 (Stahon marine de). Dans le département du Calvados, dans Tarrondissementelà 19 kilomètres à Touest de Pont-Lévôque, dans le canton de Oozulé , est un petit bourg, sur la rivière la Oives, peuplé de 60D habitants. Dives était le petit port où s'embarqua Guillaume le Conquérant. Aujourd'hui la mer s'arrête iCabour; mais beaucoup de baigneurs ne pouvant pas trouver à se loger à Gabour viennent habiter à Dives, qui n'eti est distant que de 2 kilomètres. On désigne donc habituellement cette plage sous le nom de Cabour-DioeSj c'est pour cela que nous avons cru devoir consacrer ces quelques lignes à Tancien port àe Dives. A. R.
BTVIDIVI ou UBIBIBI. Noms donnés aux fruits du Coulleria tincloria H. B. K., qui appartient à une section du genre Cœsalpinia. Cette section est hmiée d*arbres dépourvus d*aiguillons et dont la fleur, qui est d'ailleurs celle d'un Bréiiilet, est reman|uable par la forme de san sépale inférieur, concave , souvent subnaviculaire, plus ou mDins profondément découpé sur ses bords en franges ou en dents de peigne. La gousse y est pourvue de sutures (ventrale et dorsale) peu proéminentes, et les graines sont ovoïdes, plus ou moins comprimées. Cette section américaine renferme deux espèces : le C chilenûs DC, qui est le Tara tincloria de Holina, et le Casiolpinia tincloria Domb. (C. peclinata Cav. — Poinciana Tara R. et Pav. — Coulleria lincloria II. B. K., Nov. gen. et spec.^ VI, t. 569. Celui-ci est un arbre, d'abord observé près de CarthagènCy dans la province de Popayan, et qui, en dehors de la Colombie, a été rencontré au Venezuela et dans une partie des Antilles où on le croit introduit (BancruCt). Ses feuilles composées, paripinnies, ont des folioles ovales-oblongués, glabres, des [létioles inermes, parfois légèrement pubescents, et des fleurs à calice glabre. Leur fruit, le Dividivi ou Libidibi, est une gousse ovale ou oblongue, comprimée, légèrement spongieuse, ordinairement indéhiscente, avec des fausses cloisons épaisses entre les graines. Celles-ci sont peu nombreuses et construites comme celle*; des Cœmlpinia en général. De couleur jaune, plus ou moins brune, parfois plus ou moins teinté de rouge ou de rose terne, leur pàicarpe est glabre à la surface. A partir d*un certain âge, cette gousse s'arque suivant sa longueur ou plus souvent encore se replie en forme d'S. Sa longueur totale varie de 3 à 6 centimètres; sa largeur de 1 1/2 à 2 1/2 ; sou épaisseur, de 1 1/2 à 2 1/2. Dans son pays natal, cette gousse est, comme celle du C. ehiiensiSt employée en teinture et en tannerie, ce qui est di^ à sa richesse en tannin. Celui-ci est, dit-on (Amblard), semblable à celui qui s'extrait de la
noix de galle, mais il existe combiné avec « une matière animale », ce qui rend son extraction difGcile par les procèdes ordinaires. Le procédé qui a le mieux réussi consiste à traiter par Teau froide le Dividivi concassé, à filtrer la liqueur et, après Tavoir laissée s'épaissir et lavoir reprise par Teau, à obtenir un extrait mou qu*on traite par Talcool. Il s*y forme un précipité gommeui, hygrométrique, légèrement astringent. On filtre, et Ton obtient, par évaporation au bain-murie, un résidu qui est du tannin pur et qu*on peut purifier complètement avec Tcther. La plus grande partie de ce tannin paraît résider dans Teiocarpe; Tcndocarpe, dur et ligneux, n*en renferme que des traces, et les semences n'en contiennent pas. Le tannin du Dividivi présente les réactions suivantes : il donne, traité par Teau, une couleur brun clair; par les sels de fer, un précipité noir; par Tacidc sulfurique, une coloration rouge; par l'eau de cIkiux, un précifiité blanc verdâtre ; par le protosulfate de cuivre, un précipité violet; par l'acétate acide de plomb, un précipité blanc; par la gélatine, un précipité blanc résinoïde. La richesse en substance tannique du Dividivi est telle qu'on a constaté qu'une partie de ces fruits tanne aussi bien, et en trois fois moins de temps, que quatre parties d'écorce de chêne. Aussi l'industrie européenne s\!st-olle emparée de ce produit, notamment en Angleterre, où l'on m introduit 4000 tonnes dans certaines années. Ce sont aussi des médecins anglais qui ont eu Tidée de les empbyer comme astringents contre la blennoi rhagie, les hémorrhagies, la diarrhée sanguine, etc. Leur action est semblable à celle du Bratantiva et du Quebracho, 11 y aurait lieu d'expérimenter chez nous ce médicament qui est appelé à rendre de grands services. On lui donne encore dans le commerce les noms de Naciusolj Nacascol^ Ouattapana, Muatta-pana^ et on le tire des plages maritimes du Mexique méridional, de saint-Thomas, de Saint-Domingue, de Curaçao. II. Bn.
Bnii looBAPHTE. — II£r. et de L., Dictionn, Mat. méd.. Il, 454, 604. — Rosenth., Syn* plant, diaphor. , 1032, i034. — Jacq., Sel. pi. amer. llUt. — Simh., Comm. prod, Veg. Kingd., 503. — AvBLABD, Hech. pour terv. à Vétude bot. et Mm, du Dividivi (thèse Ec pharm. Par., 1870). — H. Dr, IJisl, des pi.. Il, 70, 162 ; Tr, bot. méd. phatiér,, 588, iig. 2157, 2158. H. Bir.
Nous appellerons divination un ensemble de procédés, de pratiques sans fondement rationnel, dont le but est la conjecture de l'avenir ou l'acquisition de connaissances et de notions qu'il serait impossible d'obtenir par des moyens naturels.
A toutes les époques, sous toutes' les latitudes, la recherche de l'inconnu et surtout la prévision de l'avenir ont été la préoccupation souvent dominante des individus et des sociétés.
Entouré d'ennemis, soumis à des influences telluriques ou atmosphériques contre les |uelles sou organisation le défend mal, Thommc ne réussit que par un travail opiniâtre à détendre sa vie, à conquérir un peu de confiance en luimême, à niaUriser cette crainte de l'icconnu dont la frayeur de Tenfant dans les ténèbres e^t la première expression. Quien ha visto mahana? dit un proverbe espagnol. A cette interrogation perplexe on pourrait ajouter: t Que nous réserve demain? » Pour Athènes le leudemuin du siècle de Périclès, ce fut l'invasion, le bouleversement et la ruine.
En Grèce la divinité, qui avait le dernier mot en toutes choses, était supérieure aux êtres gracieux dont Timagination hellénique avait peuplé l'Olympe; cette divinité, c'était le Destin, l'aveugle et inexorable Hoeré. L'idée de la fatalité
D*éUit oependint ni grecque, ni romaine; nous la retrouvons partout avec des formules variables. Le clirétien qui se console de malheurs imprévus et immérités parce que les desseins de Dieu sont impénétrables laisse échapper un aveu d'impuissance analogue à la résignation du Musulman qui courbe la tête et dit : c C'était écrit », admettant implicilcmeut un ordre étemel, qu*Allah hii-méme ne pourrait pas ou ne voudrait pas changer. Cette croyance dans une préde^tiuatiou du cours des choses a conduit de très-honnc heure à la divination.
DemandaitM>n une notion précise? voulait-on connaître des éventualités prochaines pour en jouir par avance, si elles étaient favorables, ou les attendre de pied fenney si elles ne Tétaient pas ? Le plus souvent non. On cherchait près des oracles comme près des prophètes des encouragements ou des idées.
Il y avait, malgré toutes les subtilités théologiques, contradiction entre le dogme et ses conséquences. L*homme voulait se mettre en rapport avec un être supérieur, Tassocier à ses entreprises, et, par cela seul qu'il préparait ainsi sa conduite, il reconnaissait que Tavenir ne peut être prévu puisqu'il est variable dans les limites de lalibeité humaine.
L'existence de la divination n'implique pas nécessairement celle d'une religion positive; la constatation de quelques phénomènes naturels suffit à frapper les imaginations et à les aider à franchir la limite imperceptible qui sépare le merveilleux du positif. Colomb était un dieu pour les Caraïbes, parce que, ayant tu auparavant une éclipse de soleil, ils n'avaient ni l'instruction ni la capacité intellectuelle nécessaires pour remonter à sa cause et en prévoir une antre. C^est dans les plaines de la Chaldée que naquit l'astronomie : h force d'observer les astres, de voir certains d'entre eux revenir à la même époque, au même point, par une route déterminée, les pâtres finirent par entrevoir les lois de lear cours. Ils n'avaient qu'à jeter les yeux autour d'eux pour constater d'autres dioses dont la périodicité n'était guèie moins précise : la prairie se couvrait d'nne lierbe nouvelle, les arbres se chargeaient de feuilles et de fleurs, lorsque le soleil se levait à un certain point de l'horizon; il eût été difficile de ne pas rapprocher ces circonstances. 1^6 l'instant oîi la connexilé des phénomènes célestes et des pliéuomènes terrestres fut constatée, on chercha d'autras relations. L'astrologie fut probablement la fille naturelle de l'astronomie, comme la magie fut celle de la physique. Nous voyons dans ces exemples deux modalités essentielles de la divination : pour les insulaires des Antilles, le navigateur était un être supérieur prédisant par intuition; ils n'eussent pas songé à lui demander comment il avait appris à lire dans l'avenir; I astrologie babylonienne résultait au contraire d'une série de procédés, d'observations qu'on pouvait reproduire. En Grèce, à Rome, parmi les tribus celtiques, dans les villages les plus reculés du Nord Scandinave, la mantique se piésentcra sous les mêmes aspects. Des modifications légères se sont rencontrées sans doute; parfois individualité du defin se perd dans l'individualité du lieu ; il y a dis sanctuaires oti chacun reçoit des inspirations; parfois ces dieux ne se font entendre qn*à des privilégiés, à la suite de pratiques données ; tout cela n'est en réalité qu'une combinaison des deux modes.
Noos allons voir la dirination chez les différents peuples dans l'antiquité, au moyen âge et dans les temps modernes.
A. IMimmUmu dans raatâqmlé. I. DIVINATION CHEZ LBS ASSYRIENS, LES ANCIENS
Perses n les ÉoTmuis. Malgré les découvertes des archéologues et les tra-
vaux des drudits modernes, nous ne connaissons guère Thistoire ni la vie populaire des Chaidéens ; ce que nous savons, nous le savons par les Grecs qui leur avaienl emprunlé une partie de leurs coulumes, par les Juifs dont les séparaient d*implacables haines. Dans le petit nombre de documents sérieux qui nous restent, il est facile de reti'ouver les traces d*une divination savante, ayant vécu probablement plusieurs siècles.
Izdliubar, le hëros de Tépopée chaldéenne, a délivré Eâ banhi du pouvoir du monstre Boni qui le tenait en captivité. Cet £â Banhi est doué d'une qualité précieuse ; c*est un voyant qui sait mieux que personne interpréter les songes et donner d*utiles conseils. Du temps d*Hérodote, il y avait à Télage 8Ui»éneur du temple pyramidal de Borsippa une chapelle renfermant un giand lit, dans lequel venait se coucher à certaines heures une femme du pays, qui recevait les inspirations du dieu.
Voilà deux exemples d'aptitudes spéciales et individuelles; il y avait encore des pratiques déterminées dont Tensemble forme une sorte do rituel. Les conjectures sidérales, Tinterprélatioii des songes, étaient les procédés principaux.
Plusieurs chapitres d*un catalogue de la Bibliothèque de xNiuive semblent se rapportera la divination. M. Lenormant a traduit un calendrier mentionnant les mois favorables et défavorables aux expéditions militaires. L'un des plus grands rois de Tancienne Chaldée, appelé Sargon I*', fit réunir dans un ouvrage composé de 70 lableltes toutes les connaissances astrologiques de son temps; cette compilation a été analysée, peut-être traduite intégralement par Bérose.
. A Tépoque des grandes conquêtes babyloniennes Toniromancie est d'une pratique générale ; c*est un songe qui engage Gygès, roi de Lydie, à se d^larer vassal d'Âssourbanipal,le puissant souveraiu de Kinive ; un autre de ses voisins, appelé Te Oummam, lui déclare la guerre parce qu'il refuse l'extradition de criminels politiques. Avant d'entrer en campagne, Assourbanipal invoque avec ferveur la déesse tutélaire de l'Âï^syrie. Or, la nuit même, un voyant eut un songe : Is:ar lui apparut entourée d*une auréole brillante, montée sur un char et tenant un arc et des llèches.
Elle adressa au roi que le dormeur vit en même temps les paroles suivantes : « Va en avant }iour faire du butin, l'espace est ouvert dcvaut toi» je marcherai, moi aussi. » Et comme son interlocuteur hasardait une objection timide : « Ta face ne pâlira pas, tes pieds ne trébuclieront pas, tu ne terniras pas ton honneur au milieu de la bataille. » L'événement lui donna raison : le roi d'Ëtau, battu et fait prisonnier, paya son audace de sa tête.
Mais, si les aslres n'indiquaient i ien, si aucun fantôme nocturne n'avait troublé le sommeil des voyants, les dieux ne restaient pas muets pour cela ; il j avait en Chaldée d'autres manières d'entrer en communication avec eux. t Le roi de Babylonc, dit Ézéchiel, s'est arrêté dans un carrefour, il a mêlé les llèches, il a interrogé les idoles » ; c'était la bélomancie dont nous aurons plus d'une occasion de parler; d'autres fuis on consultait le kan mamiti (vaisseau du sort), c esl-ù-dire la baguette divinatoire, dont les propriétés étaient encore admises il y a deux ans à notre Ministère de l'intérieur.
Du temps de Nabuchodoiiosor on accordait autant d'importance au vol des oiseaux ou aux entrailles des victimes qu'à la plus belle époque des aruspices à Rome. Le foie donnait des notions extraordinaires, comme le cœur d'un jeune chien ou les intestins de l'âne; les pluies, les vents, les orages, avaient leur signification; la flamme des sacrifices indiquait par sa couleur ou sa direo-
tion les décrets des Dieux; on iaterrogeait Teau de mille manières dans les sources» dans des vases; rhydromancie se subdivisait en cyalhomancie et en lécanomancie.
Chez les Mèdes et les Perses, les mages avaient conûsqué, pour ainsi dire, la divinalion : « Ils se vantaient de posséder des facultés surhumaines, d'expliquer et de rendre des oracles, de prédire l'avenir » (Maspéro). Mais ils se gardaient bien de divulguer leurs procédés ou de dire à quoi ils devaient leurs vertus prophétiques.
L'astrologie fut la divination nationale et sacrée des Égyptiens; pourtant il se passait quelquefois dans leurs temples aux époques des fêtes des choses merveilleuses. Apis rendait des oracles et inspirait aux femmes et aux enfants lenthousiasroe prophétique.
Les esprits frjp|)eiirs ont peut-être émigré de Babylone en Gaule; une inscnption parle des bruits d* heureux augure des meubles craquant sous l'influence des alternatives de sécheresse ou d*humidité. Les malformations foetales fournissaient des signes aussi importants. Un écrivain sacré, traduit par M. Oppert, en a donné jusqu'à 72 qu'il interprète : Si une femme met au monde un enfant qui a les oreilles du lion, il y aura un roi puissant dans le pays;... Dans le cas de naissance d'un enfant sans nez le pays sera en deuil et le maître de la maison mourra.
II s'agit d'une époque sur laquelle nos documents sont rares, et nous voyons déjà les rites que nous rencontrerons dans presque tous les sanctuaires antiques ; il est probable que les Chaldéens eux-mêmes en avaient emprunté une partie, comme ils les ont transmis aux Hellènes et aux Juifs.
II. Divination chez les sémites. L'histoire de la divination chez les Juifs est plus simple que chez les peuples polythéistes. La loi mosaïque était avant tout théocratique : elle reposait sur un dogme ne comportant aucune altëmiation : l'unité de Dieu. 11 eût été difûcile de concilier la crainte respectueuse de Jabveh, dont on n'osait même pas prononcer le nom, avec les pratiques superstitieuses des Gentils. Le législateur a senti le danger qu'elles eussent fait courir à la foi. « Quand tu seras entré, dit le Deutéronome, au pays que le Seigneur ton Dieu te donnera, tu n'imiteras point les abominations des nations; il ne se trouvera personne qui fasse passer par le feu son fils ou sa fille, ni devin qui se mêle de deviner, ni pronostiqueur du temps, ni aucun qui fasse des prédictions, ni qui fasse des prestiges. »
Ainsi il est interdit, d'mterdiction absolue, au Juif orthodoxe d'essayer de rien connaître du futur; la moindre tentative dans ce sens participe du crime d'idolâtrie, le plus grave qu'un fidèle pût commettre. Hais il y a dans la vie des nations des vicissitudes dans lesquelles la loi ne saurait enrayer un entraînement irréflëclii : quand des usages vénérés sont foules aux pieds, quand l'étranger parle eu maître au foyer domestique, quand l'herbe pousse dans le parvis du temple, il faut un espoir et une consolation : a L'Éternel ton Dieu te suscitera on prophète semblable à moi d'entre tes frères, tu l'écoufaeras. » Eu fait, il y eut depuis- Moïse, jusqu'au jour oîi Sion péril sous la ceinture do fer dont l'entourait Titus, des voyants en Israël. On les consulte dans les actes de la vie privée comme pour les choses politiques. Saûl allait prendre un avis au sujet des âncsses de son père quand Samuel lui prédit la royauté. La caste ecclésiastique voyait avec bienveillance ces devins dont beaucoup lui élaàeul ^Vraxv-
gers; ils étaient ses agents de propagande les plus actifs; c*est probablement grâce à eux que la division du royaume après Salomon ne fut point accompagnée d'un scliisme religieux. Les rois d'Is>raël, pour détruire la suprématie de la capitale de Juda, s'efforcèrent de créer un culte indépendant; Acliub, que sa femme Jézabel avait gagné aux idées et aux coutumes phéniciennes, essaya de substituer Baal à Jéhovub. 11 dut lutter contre des voyants sans nombre ; on avait beau les poursuivre, porter contre eux les peines les p!us sévères, ils trouvaient des protecteurs jusque dans le palais. Le maître d'hôtel Abdias en fit cacher cent qu*il nourrit aux dépens du roi. Étie Tisbite, qui vivait le plus souvent au désert velu d*un sayon de poil retenu par une ceinture de cuir, échappa constamment à ses déciels et fit retentir aux oreilles de la reine des menaces terribles que la suite parut confirmer.
Quand le roi voulut opposer une prescience à une autre en inondant son royaume de prophètes étrangers, le terrible solitaire ameuta le peuple contre eux. A la suite d'une sécheresse dont le chroniqueur biblique attribue la fin à un miracle d'Élie, tous les missionnaires du nouveau culte furent massacrés sur les bords du torrent de Kiscon.
Chez les Juifs comme chez les Babyloniens, il y avait donc une divination presque ofGcielle. Pas une expédition guerrière ou commerciale n'avait lieu sans que les prophètes -eussent donné leur avis; c'est ceux qui, dans l'exil et la captivité, formulaient les plaintes et les malédiilious de la race opprimée. « Dieu renversera Babylone, la gloire de la Chaidée, la noblesse des royaumes, disait Ësaïe, comme il a renversé Sodome et Gomorrhe; elle ne sera jamais rétablie, elle ne sera habitée en aucun temps ; les Arabes n'y dresseront plus leur tente et les bergers n'y parqueront plus. Les bêtes sauvages des déserts y auront leur repaire..., et les bêtes sauvages desilcs et les dragons hurleront, se répandant les uns les autres dans ses palais désolés et dans ses maisons de plaisance, t « Babylone sera réduite en monceaux de cendres, en demeure de dragons, en désolation et en sidlements, sans que personne y habile », disait Jérémie.
Malgié son respect pour sou Dieu, malgré son affection pour les interprètes de sa volonté, le peuple juif adopta plus d'une fois la di\ination étrangère; ce que le Deuléronome avait défendu, le Lévilique le frappe d'anathème. « Je mettrai ma face contre ceux qui consultent les devins et les gens animés de l'esprit de Python et je les retrancherai. » Il y avait en effet des sorciers qui conjecturaient par la baguette ou évoquaient les morts. « Mon peu [de appelle un morceau de bois, disait Osée ; un bâton doit lui prophétiser. » Ézéchiel s'élève également contre ces devins qui suivent leur propre esprit, bien qu ils n'aient rien vu, et les compare aux renards du désert. C'était à eux que s'adressaient les rois impies : quand Saûl voulut entreprendre une guerre contre les Philistins, il consulta d'abord lÉternel, et, comme il n'obtint pas de réponse, il dut se rendre déguise à Endor où se trouvait une femme animée par l'esprit de Python. Celle-ci évoque l'ombre de Samuel qui annonce au roi sa délaite et sa mort; Manassès au début de son règne prédisait le temps et s'adonnait à la divination.
Le christianisme fut, quoi qu'on en puisse dire, autre chose qu'une transformation du judaïsme ; à une conception étroite et exclusivement nationale de l'humanité, au dogme de la sélection divine d'un peuple, il opposa le dogme cosmopohte et révolutionnaire de l'égalité humaine. Du même coup, les prophéties perdirent leur raison d'être; il y avait sans doute dans les lamentations de Jérémie un grand fond de pieté, mais c'était surtout le cri d'un Israélite qui
pleure les malheurs de Sion; tous les appels vers le Messie ne sont que des aspirations à l'indépendance. La religion nouvelle devenant accessible aux Gentils, une des traditions les plus anciennes du judaïsme disparaissait. La prophétie occupe une faible place dans la prédication de Jésus; il donne des con* sais, fait des miracles, mais prédit peu, et ses prédictions ont trait à des éfésiéments lointains, comme les objurgations menaçantes adressées par les prophètes de l'Ancien Testament à leurs compatriotes lorsque les mœurs se relâchaient on que la ferveur baissait.
L'Église est étemelle et immuable, son fondateur le lui a prédit : qu'eussent pu ajouter les ptoplictes? Les menaces et les malédictions patriotiques d'Esale eussent été une impiété ou un contre-sens pour un chrétien dont la vraie patrie est le ciel et le détachement des choses d'ici-bas la suprême vertu.
Les derniers moments de la littérature mantiquedes Juifs furent ces sombres prophéties sibyllines, que nous retrouverons ailleurs.
Au lieu de la chresmologie enthousiaste, les peuples sémites du Sud-ouest de l'Asie adoptèrent de très-bonne heure les pratiques plus compliquées des Assyriens ; ib les conservèrent longtemps et on en retrouverait probablement aujourd'hui des traces parmi les tribus arabes. Avant Mahomet, La Mecque était déjà un eentre religieux oîi l'on venait de fort loin, une Delphes du désert, c Les flèclies sans pointes ni pennes et portant chacune écrit un mot signiûcatif, étaient au nombre de 7 conservées dans la Kaabah sous la garde d'un ministre spécial. On les mêlait dans un sac aux pieds de la statue de Hobal, le dieu principal du sanctuaire, et on en faisait ie tirage après avoir adressé au dieu cette prière : 0 Divinité! le désir desavoir telle ou telle chose nous amène devant toi. Fais-nous connaître la vérité. » Un oracle du même genre existait dans le temple du dieu Dhou-1-Khoçals, situé à quatre journées de La Mecque à l'entrée de riémen; on y consultait le sort au moyen de trois flèches appelées l'Ordre, la Défense, l'Attente. On raconte que, lorsque Amrou-1-Quais se mit en marche pour Tenger la mort de son père sur les Béni Asad, il s'arrêta dans le temple deDhon-1-Kholoçals pour interroger les flèches manliques. Ayant tiré la Défense, il recommença et trois fois de suite il la vit ressortir. Brisant alors les flèches ei eo jetant les morceaux à la tête de l'idole : « Misérable! s*écria-t-il, si c'était ton père qui eût été tué, tu ne te défendrais pas d'aller le venger » (Lcnormant). Quand Mahomet songea à fonder une religion, il dut tenir compte des habitudes des gens qu'il espérait convertir ; les idolâtres formaient la majorité. Les Arabes furent toujours réfractaires au christianisme dont le caractère international et pacifique convenait peu à leurs aptitudes guenières. Dès le premier jour, le rél'ormateur sentit que c'était par la divination qu'il fallait frapper. Les historiens parlent peu de ses miracles, ils en ont enregistre quelques-uns seulement, sans insister. Mahomet avait douze ans à peine quand il fit son premier voyage en Syrie avec une caravane de son oncle le riche marchand Abou Taleb ; un vieux moine grec fut vivement frappé de sa curiosité, de sa précoce intelligence; il l'instruisit et fit passer dans son esprit le mépris de l'idolâtrie et la luine des images.
Le chamelier rjpporta de ses voyages un intérêt tout particulier pour les questions religieuses et un vif amour de l'étude. Dès que son mariage avec la riche veuve Kadijah lui eut assuré le repos et la fortune il s'y livra avec acliar- Dement. Parmi les membres de sa nouvelle famille se trouvait un certain Waraka qui avait abandonné la religion de Moïse pour le christianisme et traduit ea «x^>
dans un but tout littéraire, plusieurs parties de TAncien et du Nouveau Testament. H possédait des notions étendues sur les sciences de l'époque et s'était appliqué surtout à Tastrologie. Avec un tel homme, Mahomet fit des progrès rapides ; peu à peu ses réflexions sur Dieu et les destinées de Tliommc altérèrent son caractère. 11 devenait taciturne, fuyait la société, passait le mois du Ramadan dans une caverne du mont llara. Là, il avait des extases, torakât parfois insensible et sans connaissance sur le sol. Une nuit qu'il priait, dans son ermitage, il s*entendit appeler par son nom. Un ange sous forme humaine marchait vers lui tenant à la main une feuille de soie couverte de caractères. « Lis, dit-il. — Je ne sais pas lire. — Lis, répéta Tange, je te Tordonne au nom du Seigneur, créateur de toutes choses, qui a fait Thomme d*un caillot de sang, qui lui a appris à connaître ce qu'il ignorait. ))
Une vive lumière se fit aussitôt dans son esprit, il lut la parole écrite sur les feuillets miraculeux. « 0 Mahomet I lui dit alors son interlocuteur, tu es le prophète de Dieu et je suis son ange Gubricl. »
Les premiers écrivains de l'Islam qui ont rapporté ce récit prétendent le tenir de la bouche du Prophète : il commençait donc sa mission comme chresmologue, auditeur direct de Dieu. Avec des imaginations de feu, c'était le meilleur rôle qu'il pût jouer. Un philosophe comme Con^tzéc ou ZoitMistre eût éctioué peut-être, Hohamet eut des disciples dès les premiers jours de son apostolat.
Le livre divin avait des accents dont l'élévation rappelait celle des anciens voyants de Juda. Voici en quels termes il prédit la (in du monde : a Au nom du Dieu miséricordieux, un jour viendra, oii le soleil s'obscurcira, oîi les étoiles tomberont du ciel ; les chamelles en gésinc seront délaissées, les bètes féroces se réuniront en troupeaux; voilà que bouillonneront les vagues de TOcéan, que les esprits des morts se réuniront à leurs corps, que la vierge enterrée vive se lèvera en demandant pour quel crime on Ta sacriliée; alors le livre de l'Éternité sera ouvert, les cieux crouleront, l'enfer brûlera de mille feux, les joies du paradis deviendront manifestes.
« Ce jour-là chacun confessera ses fautes. En vérité, je vous le jure par les étoiles qui suivent leur course et s'effacent dans l'éclat du soleil, pur l'obscurité de la nuit et l'aube du jour, ce ne sont point là les paroles d'un mauvais esprit, mais celtes d'un ange digne et puissant qui possède la confiance d'Allah et est \ encré par tous les anges qui sont sous son commandement. »
Depuis Mahomet, Dieu n'eut plus de communications avec aucun Arabe, ceux qui prétendirent en recevoir payèrent cher une pareille audace. Du vivant du Prophète, un certain Al Anval essaya de suivre sou exemple. Cet homme était d'autant plus dangereux qu'il était versé dans les sciences occultes, surtout dans la magie; il avait, disait-on, reçu le don des miracles. Mahomet vieux, malade, occupé aux préparatifs d'une expédition contre la Syrie, n'avait guère le temps d'argumenter contre lui ; il préféra le traiter en ennemi de lu foi et le faire assassiner.
Un autre hérésiarque se maintint plus longtemps. C'était Moseilma, de la tribu de lloneifa ; converti d'abord à l'Islamisme, il avait voulu fonder une autre religion ; grâce à sou éloquence, à son habileté, cet homme réussit à établir sa domination sur toute la province de Jamama entre le golfe Persique et la mer Rouge ; il écrivait au pontife de La Mecque : « Moseilmo, le prophète d'Allah, à Mahomet, Je prophète d'Allah, viens et partageons-nous le monde, tu auras la
BoHiéy j*a!ini l'autre, t Celui-ci répondit : « De Malioinet le prophète de Dieu à Moseilmâ le menteur : La terre du Seijjpneur est donnée comme un héritage à cehiî de ses serviteurs qui trouve grâce devant sa face. Heureux qui le craint, t Celte épitre amphibologique fut la seule réfutation de Mo&e.lnia. Plus tard le khalife Abu Beker envoya centre lui Khaled, le meilleur de ses lieutenants. Malgré sa Taleur, le faux prophète fut battu et périt dans te combat.
A ce moment, Tuuité religieuse étxiit fondée, les scliismes ultérieurs furent politiifoes. Ilaliomet et ses premiers successeurs avaient ûxé pour longtemps le culte des Arabes ; il n'y eut parmi eux ni images ni divination officielle. Pourtant» dans la îatro-mantique du moyen âge, les divagations de l'astrologie étaient presque toujours appuyées sur les opinions de leurs médecins; cest qu'ils avaient adopté avec enthousiasme les méthodes bonnes ou mauvaises des Grecs. ATerrhoès et ses disciples niaient la magie, mais croyaient à rinfluence des astres; comme les anciens guérisseurs d'Egypte ils exploraient avec ansiété la fOÛle céleste avant d'établir un traitement : les Arabes eurent même des astrokigoes véritables; le livre de l'un d*eux, Albohali, traduit en latin au milieu du seiiième siècle, ût fortune en Europe. Ifalgié tout, la divination sidérale était ime divination étrangère ; les klialiles purent lui demander des renseignements, eUeue fui jamais populaire.
Nous avons abandonné momentanément Tordre chronologique pour l'ordre etluiologii|ue. C'est que sous ce rapport comme sous beaucoup d'autres il y a ane relation frappante entre les diverses branches de la race sémite; nous retrouvons sur les bords du golfe d'Adcn les élans d'imagination, la forme de palriotisine, que nous avons rencontrés sur les bords du Jourdain, à tel point que llitstoire religieuse et politique des Arabes semble le complément lo^que de l'histoire d'Israël.
Pendant les siècles qui séparent la chute de Tempire assyrien de l'origine de n puissance, des peuples aryens s'étaient développés, avaient atteint Tapogée de b ârilisation. A Tépoquo oii nous sommes, ils c-taient en pleine régression ; il y avait près de trois siècles que l'empire romain était détruit et que des royaumes germains s'étaient élevés sur ses ruines ; le mélange des traditions grecques et latines ne retardait guère la décadence byzantine. Quand les barbares mirent les pieds sur le sol de Tltalie, les oracles étaient muets; un Dieu nouveau liouoré d*abord par des proscrits et des esclaves avait uni fiar chasser ses prédécesseurs de leurs temples et refouler au fond des villages nue religion aotrefob nationale; il n'en détruisit pas complètement les pratiques.
m. Dfvi9f ATiO!i CHEX LBS Grecs. Ou cst étouné quandon songe à la multiplicité des oracles cliez le peuple hellénique, à son commerce presque incessant avec les Dieux. Les deux caractères fondamentaux de son génie, c'était l'amour du beau etractivité. Ija résignation fataliste n'appartient à aucun doses héros ; nulle part il n*y eut autant de poètes, autant de philosophes. Les Grecs révèrent la science oniverselle; ils ne dibespérèrent pointd'arraclierà la nature ses secrets; malheureusement ils manquaient d'instruments pour que cette aspiration approcliât delà réalité. On n'arrive à la connaissance des lois physiques, on n'en tire profit, on ne neutralise des forces aveugles, qu'après d'innombrables tcutatives infructueuses; quegrioe à des observations et à des expériences répétées. Il n'est guère probable que Lavoisier eût créé de toutes pièces la chimie, s'il n'y eût eu mnt loi ni réfeors, ni alchimistes. JLa sdeoee grecque n'avait que de& iQa\&-
riaux insufGsants ; e'est pour cela qu'elle resta rudimentaire et que riiypothèse y conserva une si grande place. La conséquence nécessaire de cette imiierfection fut cette déûauce de Kavenir, cette conscience de faiblesse dont nous avons parlé. On clierche, on travaille; l*imagination franchit d*un bond des dislances incalculables, et souvent des catastrophes imprévues ramènent le peuple à la réahlé. Au lieu de remonter aux causes, d'essayer de prévenir leur action, on se résigne et ou paile des arrêts du destin. Un général n'oublie jamais de consulter les dieux avant d'entrer en campagne : à quoi donc eussent servi l'habileté stratégique et le courage, si le résultat avait été tracé d'avance?
a. La divination et la philosophie. On était loin de tirer du dogme do Destin les conséquences qu'il comporte; les dieux y étaient soumis eux-mêmes puisqu'ils ne pouvaient, dit Homère, préserver du sort commun leurs héros favoris lorsque la fatale Hœre les saisit pour les plonger dans réteriiel sommeil de la mort. Peu à peu on restreignit leur liberté, on l'amoindrit à ce point que leur volonté même se confondait avec les arrêts du Destin. « Dès lors, dit M. U. Bouchc-Leclercq dans son excellent ouvrage sur l'histoire de la divination dans l'antiquité, ouvrage auquel nous ferons de fréquents emprunts, le monde n'eut plus qu'un régulateur, Zeus, considéré cx)mme dirigeant le Destin. Le Destin étant ainsi identifié avec un être raisonnable et bienveillant, la divination était complètement justifiée dans ta théorie et dans la pratique; elle devenait nonseulement possible, mais utile, puisque le cours des choses semblait modifié par la volonté de Zeus et que les liommes pouvaient mériter qu'il changeât sa destinée dans le sens de leurs désirs, t Cette espèce de compromis entre la liberté et la fatalité suffisait pour le peuple, qui voit dans la religion des solennités et non des dogmes, des sentiments et non des doctrines. En revanche, les mystiques qui considèrent la terre comme un exil et le ciel comme leur patiie, ne pon* vaient guère admettre une conciliation ; on avait sacrifié inconsciemment h liberté divine, ils sacrifièrent la liberté humaine, le polythéisme a eu son Janséniiis dans Pindare. C'était la théorie des prêtres de Delphes, théorie démoralisante, endormant l'homme dans la confiance inerte en une Providence qui prend les mortels par la main et les conduit sans secousses ni arrêt au but qu'a fixé k Destin.
La hardiesse des philosophes s'accommodait mal de cette assimilation à ooe machine réglée de toute éternité. L'école ionienne surtout cluTcha dans la nature la solution des grands problèmes et de la vie. Près de six cents ans avant l'ère chrétienne Thaïes (de Hilet) observait des phénomènes électriques; il prédisait une éclipse de lune et bâtissait un système d'après lequel l'eau et l'esprit étaient l'origine et la fin de toutes choses; ses disciples conservèrent la niéthode, mais modifièrent l'ensemble. Pour Anaximène, l'air tenait à lui seul la place de deux éléments. Thaïes, Heraclite, rapportaient tout au feu ; Anaxagoras à deux principes qu'il appelait la matière et l'esprit. Eropédocle (d'Agrigente) en admettait quatre : l'eau, l'air, le fer, la terre. Ces philosophes ne croyaient guèro à la divination : c Je prédis comme vous, disait Thaïes aux devins, et je n'ai pas besoin des Dieux. » In antre jour Anaxagoras démontrait à Lampros, tirant un présage heureux de la naissance d'un i>clier unicorne, qu'il ne s'agissait que d'une malformation facile à expliquer. Heraclite et Empédocle étaient plus timorés : le premier, qui regardait l'âme comme one partie momentanément isolée de la fiamme universelle, ne pouvait sans inconséquence nier la possibilité de communications intermittentes entre elle et son
principe; il admettait Tinspiration, Tintuition personnelle. Empédocle également ; pour lui cependant la diyination n'était que Texagération de Tinstinct conjectarai propre à chaque individu.
L'observation tenait moins de place dans le système des pythagoriciens que dans celui des philosophes ioniens. Sa base, c'était Tincamation et Tapoth^se des quantités numériques; le nombre un représentait la divinité, le nombre deux la matière et le monde extérieur; le calcul devenait un procédé de recherche applicable au connu et à Tinconnu, au présent et à Tavenir. Les génies arithmétiques de Pythagore se fractionnaient et se multipliaient à Tinfini, tout en conservant dans leurs évolutions une discipline telle qu'on pouvait les suivre dans le monde physique comme dans le monde surnaturel. Les idées justes propagées et défendues par cette école furent oubliées, et cependant le nom de Pythagore resta populaire comme celui d*un sorcier sur le compte duquel on mettait des paroles vides de sens et prophétiques. Lorsque Rome eut conquis l'Orient, que l'on vit pour la première fois en Italie des Chaldcens, les nouveaux venus couvrirent de son autorité certaines pratiques formées d'un inextricable mélange de magie et de divination : il y eut des Esséniens, des Juifs pythagorisants qui se recommandaient de Platon. Celui-ci s'occupait pourtant fort peu des choses it cet ordre ; sa philosophie était une philosophie politique ; il faisait tout converger vers un seul but : la prospérité de l'État. Ses idées étaient simples, les doctrines absolues, il eût voulu, et beaucoup l'ont rêvé depuis, enfermer l'État ou la cité dans une législation immuable, faire entrer l'humanité dans le lit de Procuste. 11 fallait tenir compte des besoins et des faiblesses intellectaelles; la divination était profondément ancrée dans les mœurs helléniques; Platon voulut s'en servir. Lui qui sait si bien, avec son impitoyable dialectique, faire tomber les objections de ses adversaires, il admet à priori le commerce des hommes et des dieux; il ne trouve pas d'autres arguments pour justifier h légitimité des Oracles que la tradition. Leur légitimité réelle était leur utilité pour qui voulait gouverner. Platon a rêvé de réunir dans une môme main l'autorité civile et religieuse, de régler les intérêts matériels et les convictions, de créer une croyance légale dont les dépositaires eussent été les prêtres de Delphes. Les villes tenaient trop à leurs sanctuaires pour que ces idées pussent être mises en pratique. Aristote plus naturaliste admet à peine l'extase et la prescience.
Les adversaires les plus sérieux de la divination furent Xénophane, Épicure et les sceptiques. Le premier nia hardiment la Providence ; il ne voyait dans les manteiaqae desofûcines de duperies. « Ce philosophe, dit M. Bouché-Leclercq, fit sagement de vivre loin de sa ville natalç : il y eût été trop près de l'oracle d'Apollon Klarien, et il eût pu apprendre à ses dépens qu'on n'attaque pas impunément les croyances dont vivent les corporations puissantes, t
La doctrine d'Épicure ne s'accommodait guère de la recherche de l'avenir. Ses difinités charmaient comme elles pouvaient Tennui de leur immortalité. C'étaient des dieux bons enfants, un peu égoïstes, ne conseillant point les mortels, ne leur imposant pas de foi ; ils ne pensaient pas davantage ù les tourmenter, et n'eussent jamais prescrit l'extermination en masse des Chananéens, ni envoyé leurs agents dresser des bûchers. Épicure combattit le merveilleux avec une arme dont les coups portent toujours, le bon sens, a Comment se mettre dans l'esprit que le départ des animaux d'un certain lieu soit réglé par une divinité qui s*apphque à remplir ces pronostics ? 11 n'y a même pas d'animal qui voudrait s'assu-
DiCT. ESC XXX. *
jetlir à ce sot destin ; à plui forte raison n*y a-t-il pas de Dieu pour rétablir, i Caméadesy le plus brillant représentant de Tccole sceptique, amenait tout doucement ses adversaires à reconnaître que sans fatalité la divination était im* possible; puis il démontrait que la croyance au destin est en contradiction formelle avec tout ce que nous voyons. Les sceptiques, les épicuriens, les péripatéticiens, finirent par ébranler la confiance des gens éclairés aux Oracles ; ils substituèrent dans certaines classes Tindifférence à la foi; on prit le culte national pour ce qu'il valait : pour une institution qu'il eût été fJcheux de détruire mais dont l'origine surnaturelle n'était pas soutenable. Par malheur, Topinioa des lettrés n'était pas l'opinion moyenne. Il y avait dans les couches profondes des sociétés antiques une soif de merveilleux contre laquelle se brisèrent les efforts des philosophes. Au troisième siècle de notre ère, les Oracles avaient regagné du terrain; les gens instruits n'osaient pas toujours leur appliquer les règles d'une ci'itique indépendante. Plutarque, souvent impartial, perd son sangfroid en lace des légendes théologiques. Il admet l'invraisemblable, explique rimpossible, arrive à un éclectisme que nous ne pourrions comprendre, si nous ne tenions compte de la réaction mystique qu'avaient développée de plus finéquents rapports avec l'Orient. Toutes les objections n'étaient pas oubliées : Œnomaos, philosophe cynique de Gadara, combattait le surnaturel avec autant d'énergie que Carnéades.
€ Non-seulement il fit ressortir l'incompatibilité qui existe entre la prescience et la liberté, la prédélermination et la morale, mais il suivit sur le terrain des faits les défenseurs imprudents des institutions mantiques. 11 cita notamment l'oracle de Delphes devant l'opinion publique, lui reprochant d'avoir cau>ë h mort d'une foule d'hommes, les uns dupes, les autres victimes de ses conseils; d'avoir trompé sciemment ses clients ; d'avoir fomenté les guerres civiles, fiattf les tyrans et abaissé la religion elle-même jusqu'au fétichisme. Il conclut de cette brûlante invective où Ëusèbe lui-même trouve de l'acrimonie conique i, en déclarant que les oracles, si admirés des Grecs, n'étaient pas même des génies, à plus forte raison des dieux. Il les considère comme l'œuvre ténébreuse et l'artificieuse supercherie d'hommes adonnés à la magie, qui disposent de tout pour en imposer à la multitude (Bouchë-Leclercq).
La divination avait encore ses théoriciens; les stoïciens l'admettaient, oa n'était pas près de fermer les temples. Au premier siècle do notre ère, les magiciens Simon et Apollonius de Tyanes prédisaient l'avenir et faisaient des miracles ; on leur créa une légende. Dans la vie du second, écrite par Pliilostrate et dédiée à l'impératrice Julia Domna, femme de Septime Sévère, le thaumaturge n'est plus un inspiré que de courtes extases rapprochent des dieux, c'est un être privilégié qui voit l'avenir sans efforts intellectuels, une incarnation de l'éternel présent. Dans cette lutte commencée par Thaïes, continuée par Xén<h pbanes, Epicure, Carnéades, Œnomaos, le sentiment a vaincu la raison; il faudra pour le vaincre à son tour un merveilleux plus jeune mis au service de théories sociales mieux appropriées aux hcsoins des générations nouvelles.
Avant d'aller plus loin, de voir les héros chrétiens prendre la place de ceux du paganisme, le vieux culte interdit, les gens du peuple demandant aux saneta ianclorum des réponses que les livres sibyllins eux-mêmes ne peuvent plus donner, il est ulile de préparer la voie en faisant connaître les méthodes divinatoires.
b. Méthodes divinatoires. 1° Divination personnelle. S'il y a un mode de prophétie individuel et intuitif, c'est celui que fournissent les songes. Le som-
leil semble arrêter le régulateur organique qui établit Thannonie entre les ctes inteliectueb et sensilifs. Le fonctionnement de Tencéphale continue, mais il st imparfait et déréglé; les images s*imbriqueut et se superposent au point de eienir méconnaissables, les sensations aboutissent aux illusions. Lorsque Tesril est redevenu lui-même, il n*a pas perdu toujours le souvenir de ces internes. La diversité des songes a toujours rendu difficile leur classification ; antôt ils sont passagers et iugaces, d*aulres fois ils sont précis et ont une suite elle qu*ils arrivent à mettre en jeu Tactivité individuelle, à déterminer des ooavements volontaires en apparence, des actes qui semblent libres et raisontables; ces actes ne sont point en rapport avec le milieu réel, mais avec un niliea factice, une atmosphère que le cerveau crée de toutes pièces. Aucun de es détails n'avait échappé aux anciens ; ils avuient rapproché le rêve de certains ijroptômcs morbides. Les agitations du sommeil, les paroles entre-coupées, reslemblaient trop aux conununications afTolées des chresmologucs, pour qu'on K leur attribuât pas la même origine. Dans cette phase de la vie, Tâme soustraite à la tyrannie des sens et des impressions extérieures pouvait entrer en oommerce avec les Dieux. Les rapports n*avaient pas toujours lieu de la même manière. Zeus possédait un essaim de domestiques ailés, qui attendaient ses ordres de Tautre côté de TOcéan à la porte des Champs-Elysées : c'étaient les soages que la théogonie hésiodique fait naître de la Nuit comme le Destin et la Mort. Les antres Dieux n avaient sur eux aucun pouvoir; cela ne veut pas dire qu'ils fussent prisonniers dans l'Olympe et que, pour parler à leurs adolateurs, ils dussent attendre la permission du maître. Ils pouvaient fabriquer 10 Cintôme de rêve qui dans la circonstance en jouait le rôle, ou bien ils se Boniraient euinmêmes. Ici encore nous retrouvons une pétition de principe fK les stoïciens, si rigoureux dans leur logique, n'ont ni pu ni voulu éviter : fooiromancie est une science vraie, puisque les dieux se montrent aux hommes, et ib ont bien la figure humaiue, puisque c'est toujours avec elle qu'ils se sont ■ontrés. On racontait des choses surprenantes : le sculpteur Onatas aurait pn refaire à la suite d'un songe la Déméter noire des Phigaliens; l'admirable Hercule que l'on voyait à Lindos aurait été dessiné dans la même manière par
Panfaasius.
L'observation ne perd pas complètement ses droits : les anciens avait remarqué comme nous que certains songes systématisés se reproduisaient à peu de chose près dans les mêmes conditions. Les rêves de l'ivresse n étaient pas prophétiques; 00 repas copieux, une position défavorable pendant le sommeil, un état maladif, loflisaient pour ôter toute valeur aux divinations. Pythagore proscrivait les fires qui donnent des songes faux ou dénaturent les vrais. Presque tous les «lirocritiques de profession admettent l'influence des saisons qu'Aristote explique par un changement de régime.
Dès l'instant où l'âme humaine devenait une tablette immaculée pour la révélation divine, où des circonstances intrinsèques pouvaient l'entraver, il était légitime et nécessaire de lui préparer le terrain. On appliqua une branche de burier autour de la tête, puis des amulettes : ces procédés ont été employés en médecine, et probablement dans les deux cas la raison en était la nème : certaines substances agissent sur la peau et par son interniédinirc sur les organes internes et sur le cours des maladies : tel est le principe de la médication. La Cmlaisie est venue et a tout dénaturé : une matière inerte, un carré de papier, portant des caractères magiques de paroles pieuses ou obs-
cures, appliqué sur un membre, suspendu au cou comme un scapulaire, acquiert une force mystérieuse ; c*est un talisman capable de guérir ou de provoquer des songes.
On avait un autre adjuvant plus physiologique : Tincubation. L'affaiblissement physique, la concentration de toutes nos forces intellectuelles vers une idée, surtout lorsque cette idée vise le merveilleux, a son retentissement dans les sphères motrices, sensorielles, psychiques.
« Les idées religieuses développées jusqu'au mysticisme, dit H. Greffier, excitent la sensibilité de petites filles et les amène à un état d'éréthisme nervenx qui peut rapidement les conduire à Thystérie. On a vu plusieurs fois les attaques convulsives débuter au moment de la première communion à la suite de Texci* tation cérébrale causée par des pratiques religieuses trop multipliées ».
Dans Tantiquité on se préparait à recevoir les dieux, comme au moyen Igeoo se préparera à recevoir les saints, par le jeûne, Tabstinence, la prière et nombre d'exercices pieux. 11 s'établissait une convention tacite entre le consultant et le consulté ; le premier devait répondre par un signe convenu. Quand tout était préparé le fidèle s'endormait dans le temple et recevait la réponse ; l'incubatk» oniromantique était encore en pleine prospérité au sixième siècle de notre ère.
Nous ne nous sommes occupés jusqu'ici que du songe et des procédés propres à le provoquer. Tout se passe chez le même individu ; c'est dans son esprit qoe se produit l'acte prophétique; c'est lui qui l'analyse. Il s'agit de phénomèoei intuitifs et c'en est assez pour justifier la place que nous avons assignée à l'oniromancie, mais elle ne finit pas là. Chacun pouvait avoir des songes, peu de personnes étaient capables de les bien expliquer. Peut-on déchiffrer un rftie comme un papyrus ou une inscription? N'y a-t-ilpas des différences d'habileté, d'acuité mantique entre les devins? Quelques-uns ont-ils reçu un don particulier qui les rapproche des chresmologues ? L'onirocri tique est une sorte de paléographie occulte ayant ses règles, sa méthode ; elle est régulière dans set moyens ; nous rentrons dans les divinations de la seconde catégorie, ia volonté du dieu est exprimée, mais de telle sorte qu'il faut des techniciens pour la comprendre. La divination personnelle est close à la relation du songe, la ditination impersonnelle et savante va commencer. Nous avons vu en Assyrie no onirocrite officiel. On ne dit pas malheureusement s'il avait appris ce qa'il savait ; si c'était un docteur es sciences divinatoires, comme le furent eft France Thomas de Pisan, Jehan Thibault, Michel de Notre-Dame, ou un inspiré comme Tiresias.
Les Grecs se sont posé des questions semblables et, comme elles leur ool semblé ardues, ils ont entremêlé pour les résoudre la raison et la légende.
Chez eux l'onirocri tique était un métier ; ses adeptes employaient desmanodf comparables à ceux qu'on voit encore dans certaines collections à cinq sons. Les médecins seuls restreignirent les limites de l'oniromancie sans mettre en doute sa légitimité ; llippocrate, tenant compte des songes d'origine morbitkr essayait de leur attacher une valeur séméiotique. Ilérophile en distinguait trob variétés, dont une au moins n'avait rien de prophétique. Plus nous avançons^ plus la distinction du songe naturel produit par un état maladif, une préoccopatiou, devient précise ; c'est une grosse affaire pour l'interprétateur de ne pii chercher dès le début une explication à une série d'illusions qui n'en oot aucune. Cicéron ne croit même pas la distinction possible, et partant de Ut il accorde à l'onirocritique une assez faible estime.
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fia difTéreDGe de considëratioos des devins tenait surtout à leur habileté pour distinguer le rêve du songe. Il y avait presque partout au moyen âge des m^ecins de deux ordres : les guérisseurs populaires qui ne connaissaient d^autres livres que des manuels en langue vulgaire, et les médecins savants dépositaires des vraies traditions. En Grèce, Tonirocri tique était dans le même cas. A côté du temple de Dionysos on trouvait une foule de devins à deux oboles, dont quelques-uns réussissaient à fixer une clientèle sérieuse. Du temps de Socrate un neveu d*Aristide le Juste exerçait ce mélier plus lucratif à coup sur que ne Tafait été pour son oncle la direction des affaires publiques.
Artémidore, dont la réputation égalait, si elle ne la surpassait point, celle d*Aristandros de Tmessel, fit un traité complet de son art; il a mis à le composer une conscience digne d'une meilleure cause. Les songes sont classés ; tous les documents que Tauteur a pu se procurer sont donnés ; ce livre est un monument précieux, un tableau fidèle de Tonirocri tique savante en Grèce.
Les songes sont divisés en théorématiques, montrant directement Tavénemeot qu'ils présagent, et en aliégoriquet. Pour ces derniers, le devin doit exercer toute son habileté : ils sont relatifs au dormeur lui-même, à une autre personne, à la cité. Cette classification va bien avec le particularisme grec : la divination ne s'exerce pas au delà de la ville, c'est-à-dire des limites de la patrie.
On comprend à combien de pratiques peut donner lieu l'explication des songes allégoriques. Il y avait des tables, des catalogues, des dictionnaires, c Le caractère spécial de cette divination, ce qui la rend digne d'une attention toute particulière, c'est de renfermer'etde résumer toutes les branches de la mantique nationale, en la complétant par l'adjonction d'une science qui les met toutes à contribution, la tératoscopie ou interprétation des prodiges, c La tératoscopie, qui suppose déjà des connaissances universelles par cela seul qu'il faut conuaitre toutes les lois de la nature pour distinguer les prodiges des phénomènes naturels, es^t contenue tout entière dans l'oniromancie. Celle-ci vil dans le prodige, comme dans son élément ordinaire; elle le dépasse même, puisqu'elle interprète jusqu'à l'invraisemblable, l'impossible, l'absurde, tandis que du côté opposé elle endort de temps à autre pour juger des images conformes à leur modes naturels » (Bouché-Leclercq). Le songeur antique devait interpréter comme l'augure le vol des oiseaux, cx)muie l'astrologue le mouvement des astres; il devait tirer parti du nom des individus ; des nombres, en créant entre eux et les lettres de l'alphabet une concordance factice. Alexandre le Grand, fatigué des longueurs du siège de Tyr, a un sommeil pénible, traversé par des songes. One uuit, il rêve qu'il voit un satyre (ldr^Jpoç) danser devant un bouclier; il raconte la chose à Aristandros. » — « Donne aiTaire, répond cehii-ci sans hésiter, la as vu un satyre, c'est que Tyr est à toi {là TÛ6o;). »
Malgré les traditions transmises d';ige en Age, mnlgré l'opinion commune, il restait dans l'esprit des onirocriles les plus convaincus des doutes sur bien des points; il leur échappait des aveux, permettant de formuler des réstTvcs relativement à leur bonne foi. « Lorsque tu expliqueras un songe à quelqu'un, dit Artémidore, et que tu voudras avoir l'air plus capable qu'un autre, je te conseille de te servir de ce procédé, mais neii use jamais pour ton compte, parce que tu te tromperais » (B.-L.).
L'oniromancie touchait aux modes de divination les plus com\)Ui^ués, \jt dormeur portait en lui le récepteur sur lequel les puissances o&\ea\e% ^*v
Taient dans une langue inconnue les secrets du présent ou de l'avenir. Il fallait expliquer ces caractères mal formés, en trouver la clef; lonirocritique la demandait à un ensemble de règles dont quelques-unes appartenaient à Tastrologie, à Tarithmomancie, aux méthodes divinatoires que nous verrons plus loin.
La nécromancie avait pour se produire besoin du sommeil, ou d'un état de l'esprit qui le préparât à la conversation des défunts. Ceux-ci, immatériels comme les Dieux, jouissaient comme eux du privilège de lire dans le livre du destin et i'aisaicnt connaître aux vivants une partie de ce qu'ils y avaient vu. Il y avait cependant entre la nécromancie et la divination par les songes une différence ; la préparation aux songes prophétiques était simple. Dès Tépoque homérique il fallait pour appeler les morts des cérémonies eflrayantesy des sacrifices lugubres. « Tu creuseras, dit Circé à Ulysse, une fosse d'une coudée eo tous sens, et tu feras des libations pour lous les morts; la première sera du hit mélangé à du miel, la seconde d*un vin délectable, la troisième d*eau limpide; tu répandras ensuite de la pure fleur de farine. Cependant invoque les têtes sans force des morts... Lorsque tu auras imploré l'illustre essaim des morts, tourne-toi vers TÉrèbe, plonge de loin tes regards avides sur le cours du torrent, immole à Tinstant un bélier et une brebis noirs et tu verras en foule accourir les âmes de ceux qui ne sont plus. Ordonne alors à tes compagnons de dépouiller les victimes, de les consumer et d'adresser des prières aux dieux, surtout aa puissant Pluton et à Tinexorable Pcrséphone. »
On évoquait d*abord aux points que Ton regardait comme l'entrée des Enfers; plus tard on accorda aux esprits une liberté complète, on les évoqua sur leurs tombeaux à l'aide d'un bélier noir ; il y eut des nécromanciens de professioi analogues aux photographes spii ites de notre époque ; pour une somme donnée ils faisaient voir le défunt dont on avait besoin ; si l'interrogateur était pusillinimc, s'il redoutait les habitants d'outre-lonibe, ils se bornaient à faire entendre sa voix : la plupart étaient ventriloques. A Rome on créa des oracles nécromantiqucs d'Hécate accessibles à tous. Hécate, c'était la lune, la reine des morts, parcourant comme eux le firmament pendant l'obscurité des nuits et réglant leor commerce avec les vivants. Du temps d'Eusèbeon les évoquait à l'aide d'un vtse rempli d'eau dans une pièce à plafond bleu ciel. Les consultants apercevaient au fond un véritable essaim de mânes prèles à leur répondre. Tout à coup un Génie enllammé se montre sur le mur; le devin, saisi d'un délire fatidique, leur ordonne de se prosterner jusqu'à ce qu'il s'arrête : « Infernale, terrestre et céleste Bombo, dit-il, viens, guide des rues, des carrefours, lumière vagabonde des nuits, qui aime les aboiements des chiens et h pourpre du sang, qui marche à travers les cadavres et les sépultures des morts, altérée de sang, jetant l'effroi parmi les mortels; toi, Gorgo, Mommo, Lune, être multiforme, viens d'humeur propice goûter nos libations ». A ce moment, tous se relevaient, et un météore brillant traversait les airs; cette scène ne manquait jamais son effet. D'après Eusèbe, les mânes n'étaient que des comparses placés dans le sons-sol du temple et aperçus à travers le fond transparent du baquet sacré. L'apparitiot des génies avait été ménagée en étendant sur le mur une préparation inflao* mable; l'hécale fulgurante n'était qu'un milan recouvert d'étoupe enflammée et lâché à propos.
Que les dieux entrent en communication directement avec l'homme; qnw annibiicDtses {àcuhésy parlent parsabouche, tassent connaître leurs vdontésptf
son intermédiaire, telle est la croyance originelle qui a donné lieu aux divinttiens personnelles, aux ULcerdoces chresmologiques. Nous lavons vue chex les Hébreux, nous la retrouverons moins vivante, mais aussi générale, chez les Grecs. Les Cretois» Minos et Rhadamanle, deviuaient par intuition; le génie d*Orpliée éUit une émanation directe de Dionysos dont il était prêtre.
Minos ne fut ni un devin vulgaire, ni un inspiré ; les traditions populaires le repr^ntaient comme un législateur et un conquérant, un Moïse, qui faisait tous les neuf ans un long stage dans un antre oii il conférait avec Zeus ; ceiui-cî dictait des lois qu*ii appliquait. Rhadamante était un inspiré de même ordre, mais plus Dieu, et constamment malheureux ; cliassé de pays en pays, il ne pouvait trouver nulle part un royaume tranquille à gouverner, et pourtant il fainit profiter de ses inspirations tous les peuples chez lesquels il passait. Épiménide, un autre Cretois, était surtout favorisé des Nymphes ; elles lui donnèrent une nourriture si fine et si substantielle dans un pied de bœuf, qu*ii put dormir cinquante ans de suite et fut dispensé de manger le reste de sa vie. Désirant rappeler à la postérité le souvenir des services qu'il avait reçus et conserver la mémoire de ses protectrices, il voulut leur élever un temple. Le maître des dieux se lâcha. « Ce n*est pas aux Nymphes, mais à Zeus, qu*il faut oonacrer Tédifice que tu projettes, lui cria un jour une voix divine ». Plus tard Hioos comme Épiménide passa au second plan.
Les chresmologues trouvèrent un conservateur et un vulgarisateur dans Titliénien Onomacritos, qui vivait sous les fils de Pisistrate. C'était un asseï mauvais drôle : poète, libertin, imposteur, il avait ce qu'il fallait pour émerveiller une démocratie mobile et tapageuse. On avait une foi absolue dans des espèces de prophéties obscures attribuées à un certain Bakis, inspiré des Muses comme Épiménide. Son existence et son origine étaient plus que douteuses; il importait peu ; les orateurs politiques n'hésitaient pas à faire de Bakis le complice de leurs desseins. Onomacrite inventa Mousaeos et Orphée. 11 mit sur leur compte des vers que leur tournure harmonieuse et leur forme rendirent Tite populaires : c'était la supercherie de Macpherson, mais celui-ci ne trompait que les lettrés; il faisait accepter une admirable poésie sous un nom d'empront sans que cette fraude eût aucune influence sur les destinées de t'ÉtaL A Athènes, les choses avaient une autre importance. Mousneos n'était pas seulement un chantre harmonieux : c'était un devin, un concurrent de Pytho. Lasos prit Onomacrite en flagrant délit d'interpolation ; il le dénonça et Oipparque dut l'exiler. Plus tard le tyran le rejoignit à Suse; ces deux hommes étaient faits pour s'entendre. Us surent capter la confiance du grand roi, exciter ses colères, attiser ses haines. Aux renseignements que lui donnait Hipparque Onomacrite ajoutait les encouragements des chresmologues qu'il connaissait mieux que personne, puisqu'il les avait inventes.
f II lui récitait, dit Hérodote, les oracles : s'il s'en trouvait qui présageassent malheur aux Barbares, il les passait sous silence. Enfin, choisissant les pins favorables, il dit qu'un Perse devait joindre par des bateaux les deux rives de rUellespont, puis il décrivit la marche de Tarmée. Ainsi Onomacrite ne cessait de mettre en avant les oracles, tandis que les Pisistratides, par leurs conseils, excitaient le roi. i
Des personnages et des oracles créés de toute pièce par un faussaire et un traître n'auraient dû avoir qu'une existence éphémère; ce fut le contraire f^jai «rriva. Moasseos eut sa ]^ende : c^était ua tmlèam^ê riiîl Ywt fk
Tespace. Orphée n'était plus un prêtre de Bacchus, mais un demi-dieu; il aTait inventé la musique, la médecine, la poésie et prophétisait naturellement. Les Ménades, apnt eu naguère le privilège des révélations qu'elles conmiuniquaient dans les transports d*un délire aviné, tuèrent ce rival malencontreux» jetèrent ses membres dans THebre et enterrèrent sa tête. Celle-ci continua de rendre des oracles jusqu'au jour où Apollon lui ordonna de se taire. Orphée est un mythe; les i4r^o/iat//îca, hymnes à la fois religieux et prophétiques sont des œuvres d'inconnus.
Les Athéniens qui avaient été chercher Orphée en Thrace remontèrent plus haut vers le nord. Zamoikis était un devin gète élève de Pythagore, comme Âlbaris et Astéria; des prédictions nombreuses portaient leur nom.
11 y eut des inspirés même aux plus brillantes époques de la civilisation : Socrate est presque un chresmologue ; Platon, parlant de son démon familier, déclare qu'il le dirigeait, lui montrait le chemin sans l'obliger à le suivre. Avec Xénophon, ce lutin devient un bon génie : Socrate faisait parfois, dit-il, profiter les autres des conseils et des avis qu'il recevait. Pythagore a été travesti de It même manière. Apollonius de Tyane, érudit sans critique, ressemblant à Cornélius Agrippa, a été transformé par Philostrate en mage prophète. 11 savait l'astrologie, peu importe ; il pouvait prédire sans le secours des astres, comme il guérissait sans le secours de la médecine.
La crédulité publique était trop générale pour qu'elle ne trouvât point d'exploiteurs. S'il eût été nécessaire d'avoir le talent d'Onomacrite, d'inventer des livres sacrés, les imitateurs eussent été rares, mais il était si simple de simuler l'inspiration, de faire entendre au public des accents qu'il pourrait croire divins! Ce fut le rôle des ventriloques. Euryclès, boufTon qui vivait du temps de Socrate, fut le premier d'jBntre eux; il connaissait la valeur des oracles qu'il rendait; au début, il ne rendait même point d'oracles, et voulait seulement tirer parti de son talent ; le peuple le prit au sérieux ; c'est pour cela que, de simple comédien, il devint prophète; qu'il fit école ; que la ventriloquie fut pendant des siècles un des instruments les plus sûrs d'imposteurs qui se moquaient de leurs dupes.
Les prophéties sibyllines, étaient plus vénérées encore que celles des vieux chresmologues. On ne sait trop quelle en est l'origine ; c'est au sixième siècte avant notre ère qu'Heraclite parle pour la première fois de la Sibylle dont on est resté, dit-il, plus de mille ans sans entendre la voix : mais qu'était-ce que la Sibylle? Une jeune fille qui reçoit un dieu dans son sein « disait Servianus. » Si tout le monde l'eût pensé, le problème serait singulièrement simplifié; toutes les inspirées d'Apollon ou de Zeus eussent été des sibylles; presque personne ne l'a entendu ainsi. 11 y avait entre elles et les oracles un antagonisme constant ; aux yeux des prêtres de Delphes, leurs prophéties, coa* stituaient une hérésie d'autant plus dangereuse qu'elle diminuait la clientèle de leur temple. Toujours est-il qu'elles paraissent remonter à l'antiquité la plus reculée et surtout ouvrir la liste des devins qui prédisaient d'après des textes.
Les différences d'opinion touchant la Sibylle étaient nombreuses et contradictoires. Dans la plupart des légendes, c'est une victime d'Apollon, prédisant malgré lui et malgré elle, un être spécial ni humain, ni olympien, qui n'a pis transmis ses attributions par hérédité ou par tradition. Là gtt la différence entre ce sacerdoce et celui de Delphes. Une pythie pouvait mourir, la source restait, le trépied ne perdait rien de sa vertu. Ce mode de succession se retrouve en Egypte dans le culte d'Apis, au Thibet dans les incarnations successives du
grand Lama. Les Sibylles avaient eu une vie matérielle, aperçu Tavenir, écrit» comme nous venons de le dire, ce qu'elles voyaient; elles faisaient parfois entendre leurs voix au voisinage de leurs tombeaux où elles reprenaient des formes mortelles pour entrer en communication avec des privilc'giés, mais elles n'avaient point de seconde naissance. Pour Diodore, la première ou pour mieux dire la seule, c'était Manto, la ûlle de Tirésias. Â la prise de Thèbes par les Épi|;ones, elle fut comprise dans la part de butin adjugée à Toracle de Delphes; c Jusque dans le rôle de prêtresse d'Apollon, elle garde la tristesse résignée d*une victime et une sorte d*antipathie incurable pour le dieu auquel elle devait ses malheurs » (B.-L.). L'histoire de toutes les autres est entourée de tradilioQs analogues; celle d'Erythrée, qui débitait des vers prophétiques dès les premiers jours de sa vie, vécut autant que dix générations d'hommes, prédit qu'elle serait tuée par Apollon jaloux de sa puissance et qu'elle continuerait de rendre des oracles après sa mort. Diogène Antonius prétendait qu'elle était descendue de la lune où le devin Carmanos lui avait enseigné la mantique. La sibylle de Narpessos s'appelait Hérophile et avait une origine aussi noble; il y en avait d'autres en Troade, en Phrygie, à Samos, à Sardes, à Dodone; celle de Cumes en Italie habitait ime grotte placée dans le (lanc d'une montagne sous le temple d'Apollon Zostéros; elle venait, disait-on, d'Erythrée. Ayant obtenu autant d'années de vie qu'elle pouvait tenir de grains de sable dans la main à condition de quitter son pays pour toujours, elle mourut dans une extrême vieillesse par suite de l'émotion que lui causa une lettre de ses compatriotes.
La Sibylle de Cumes est une désespérée qui, d'après Pétrone, ne fait qu'une réponse aux indiscrets qui lui demandent ce qu'elle désire : c Mourir. » Denys d'Iialicamasse raconte que du temps de Tarquin le Superbe une vieille femme étrangère était venue lui offrir 9 livres dont elle demandait un prix élevé : le roi refusa ; elle en brûla trois, puis trois encore, et offrit les derniers pour le même prix. Tarquin intrigué consulta les augures, qui se prononcèrent pour l'acquisition des livres.
\a vieille femme, qui disparut aussitôt d'entre les hommes, n'était autre que la Sibylle de Cumes. L'anecdote est vraie peut-être; qu'une devineresse étrusque ait, pour exploiter la crédulité d'un prince superstitieux, pris une (pialité de circonstance, il n'y a rien d'extraordinaire.
Les livres sibyllins n'eurent ni l'invulnérabilité ni la longévité de celle qui ^ avait rédigés ; ils furent brilles une première fois 85 ans avant Jésus-Christ. Malgré le respect qu'ils inspiraient ils avaient subi plus d'une modifîcation ; >près leur destruction on les reconstitua à l'aide de textes apportes d'Ionie.
Les écrits semblables parvenus jusqu'à nous diffèrent probablement beaucoup ^ ceux qui existaient aux tenjp» du paganisme. Autant qu'on peut le sup- P^r, ils furent corrigés sous Justinien par un inconnu, moine ou juif qui '^ rangea dans un ordre systématique pour composer une histoire du monde <^parable à la Bible. La langue est obscure et ampoulée, son emphase dissiiQQle mal la pauvreté du fond.
< A la place du polythéisme souple et ingénieusement accommodé à toutes let conceptions scientifiques qui occupaient l'imagination des Hellènes sans rétamer de droits impérieux sur leur intelligence et sur leur cœur, s'aflirmait ^ monothéisme sombre plein de passions et vide d'idées. C'est la \»en^ <l Israël immobilisée dans un petit nombre de dogmes, qui se subsVvVw^ \ \^
spontanéité féconde de THelIade. La Sibylle n*a plus que faire des spëeulations de la philosophie, qui interroge les vieux symboles religieux pour Toir si par hasard ils ne contiendraient pas la solution des problèmes dont se compose la théorie de Tunivers et dont Tinsondable obscurité s*accroU à mesure qu*oa y plonge plus avant le regard. Sa conception du monde, de Thomme et de Dieu* est d*une simplicité effrayante. Il y a au plus haut du ciel un Dieu unique, soiceptible et jaloux, qui a fait le monde et qui peut le défaire. Ce dieu est en face du monde comme le potier devant son œuvre ; il Ta modelé, décoré, distribué, peuplé d*étres raisonnables, et il a la prétention légitime d*y être obéi et honoré. Or son indignation est grande à la vue des cultes idolâ triques qui font fumer devant de vaincs images un encens dû. à lui seul, et des vices de toute sorte qui déshonorent Tespèce humaine. Aussi, en attendant le jugement définitif auquel il soumettra le monde, déchalne-t-il de temps à autre des fléaux terribles, exterminant les races perverties et reuTcrsant les empires. 11 y a pour* tant un peuple qu*il châtie parfois, mais qu'il n*extcrmiuera jamais, dont il prépare au contraire le triomphe et la félicité » (B.-L.).
Les clircsmologues ont eu leurs excgètes remplissant à Tégard des livres prophétiques un rôle analogue à celui des lettrés supérieurs en présence des vieux textes chinois. En Grèce, certains d*entre eux s'appelaient pythaistes parce qu'ils recevaient près de Toracle de Delphes une sorte d'investiture ; des fonctionnaires de cet ordre nommés par les rois de Sparte leur servaient d'ambassadeurs près du Dieu dont ils rapportaient les réponses. Mais il y avait à Athènes surtout un grand nombre d'exégctes libres ; Aristophane les a mis eo scène ; à Rome on les considérait plutôt comme des conseillers accidentels, des hommes prudents, que comme autre chose.
2<^ Divination technique. Si la divination personnelle était de pure fantaisie; si les songes, les accents délirants d'une pythie névropathe ou les compilations apocryphes d'Onomacrite n'avaient qu'un sens conventionnel ; si leur origine était une supercherie ou un écart d'imagination ritualisé, eu revanche la divination inductive — nous dirions scientilique, si le mot pouvait s'appliquer au merveilleux — avait un point de départ réel : l'observation. L'erreur commence à l'interprétation par le rapprochement de circonstances fortuites, par l'application du sophisme toujoui*s cher à l'homme : post hoCy ergo propUr hoc. Tout pliénomcnc a une cause, tel est l'axiome fondamental des sciences physiques, le point de départ de nos recherches ; quand nous ne voyous pas cette cause, nous l'inventons. Nous avons, pour expliquer les attractions et les répulsions électriques, inventé un fluide neutre qui se dédouble en positif et en négatif. 11 y a un siècle que nous vivons sur cette hypothèse, et elle a conduit à plus d'une découverte. Les Grecs ne pouvaient ratlacl;er qu'à des êtres raisonnables, actifs, à des hommes immatériels, ce dont ils ne voyaient pas la cause.
Ajoutons-y la foi en la sollicitude constante des dieux, et nous comprendrons que le météore le plus ordmaire devint une manifestation de leur volonté ; mais les dieux écrivaient en caractères inconnus et immuables, c'était aux mortels à en deviner le sens. La connaissance de récriture égyptienne était le monopole d'un petit nombre de privilégiés; elle représentait des oiseaux, des objets d'un usage journalier; par leur combinaison et leur succession on arrivait à représenter des idées étrangères au tableau. Les dieux fai* saient comme les Égyptiens; si avec un ibis, un ichneumon, des outils de
guerre ou de culture, ceux-ci retraçaient Thistoire d*un roi, les premiers pounient écrire avec le même procédé Thistoire dupasse et deTavenir; une étude soigoeuM des événements accomplis et des présages qui les avaient annoncés permettait d*établir ta liaison entre le symbole et le fait, d*étayer pour ainsi dire sur une base expérimentale la conjecture de Tavenir ; toute Thistoire de la divination ind active est là.
Uornilhomancie^ appelée aussi o'UmuUque (oîuvo;, oiseau), en fut la forme la plus ancienne. Les Grecs aimaient les oiseaux pour leur souplesse, leur légèreté, leurs chants. Zeus, le maître de la foudre, avait pour compagnon Taigle au vol puissant^ à la serre vigoureuse, le roi des montagnes. Le hibou était Toiseau de Minerve ; la tendre colombe était chère à Vénus. Cette espèce de culte ne fut jamais poussée comme en Egypte ou dans Tllindoustan jusqu'à l'absurdité; oo ne cnit point que la faveur des dieux pût conférer une immunité absolae à une espèce animale ; que ce fût un sacrilège de se défendre contre les déprédations des rapaces, ou de manger quand elles en valaient la peine les s(Eurs de Toiseau de Cypris ; il y eut de bonne heure des chasseurs en Ilellade. Les pâtres de TOIympe et de l'Ida, en défendant leurs agneaux contre l'oiseau de Zeus ou en dressant des pièges pour en saisir d'autres inoftensifs, durent eiMmne les oiseleurs de tous les temps observer avec soin les habitudes et les DŒurs de la gcnt ailée. Elles présentent parfois une telle régularité qu'il serait dilTicile de ne pas croire à une sorte de fatalité. Les migrations, l'époque des amours, la direction du vol subordonnée ù celle des courants atmosphériques, tout cela fournit des indications que l'homme des champs ou le chasseur saivent mettre à profit. Aux présages naturels on ajouta des présages suruatorels : « Les oiseaux comprennent mieux et plus vite que l'homme le langage secret des dieux, » disait Porphyre. Mais la faune de l'Europe méridionale est riche ; il y a des différences de taille et do plumage si tranchées qu'il fallut absolument faire un choix. Les meilleurs et les plus sûrs des devins k l'air étaient l'aigle et le vautour. Ils trouvaient, disait-on, dans les conmlsioos de leur victime, dans les entrailles qu'ils déchiraient, les signes que les hommes y cherchaient. Puis vint le corbeau, le sinistre pillard des champs de bataille ; on lui envoyait ses ennemis par manière d'imprécation comme 00 les envoie aujourd'hui au diable; il devint de la sorte un prophète de malheur. La corneille seule garda le privilège des augures favorables ; la cfaouette de Minerve annonçait d'heureuses choses à un Athénien, des malheurs i tout autre.
Il fallait tenir compte du vol, du cri, de l'attitude, du siège. Le héron, le (MTert, le faucon, n'eureut que fort tard une place parmi les oiseaux maiitiques.
Valeciryonomancie ne se rattache qu'indirectement à l'ornithomancie ; elle tiendrait plutôt à la divination par les sorts. Les Athéniens étaient pasmmés pour les combats de coqs; on dit qu'avant Salamine Thémistocle en donna un en spectacle à son armée, certain d'exciter le courage de ses hommes et de leur inspirer la confiance. Plus tard on transforma les coqs en prophètes, et voici comment : Le consultant adressait in petto une question à la divinité, et plaçait l'oiseau sacré au centre d'une circonférence sur laquelle étaient figurées avec du grain les lettres de l'alphabet. On rasaemblait les caractères qu'il découvrait et Ton avait la réponse attendue. Les oiseaux ne restèrent pas les seuls confidents des dieux ; ils eurent pour
collègues les mammifères, les reptiles, les poissons. Jamais celte divinalioa zoologique ne fut exercée que par des particuliers ; sa simplicité la rendait si accessible que ses adeptes n'eurent ni les succès politiques, ni les succès pécuniaires des devins savants. Les Athéniens avaient contre les mauvais oiseaux des receltes analogues aux signes de croix de nos paysans quand ils rencontrent une pie à Timproviste. Dans la suite d/>viç, oiseau, devint synonyme de présage comme en anglais lark (alouette) est synonyme de mauvaise plaisanterie; peu à peu Toracle de Pylho étouffa ces pratiques sous les splendeurs de sa liturgie ; romithomancie resta la divination des i-ustres et des ignorants.
Les exclamations, les expressions, le nom même d*un individu {onomatomande), avaient un sens prophétique. Léotychides, roi de Sparte, au moment de livrer la bataille de Mycale, est harangué par ini envoyé de Samos. « Comment t*appelles-tu ? dit-il en Tinlerrompant sous TinQuence d*une inspiration soudaine. — Hégésistrate (guide-armée). » Ce simple nom suffit pour donner courage au Lacédémonien ; afin de tirer meilleur parti du présage il voulut même emmener l'ambassadeur avec lui et profiter de ses conseils.
I/CS mouvements involontaires, les spasmes, les accidents nerveux, étaient autant de manifestations de la pensée divine. Dans la retraite des Dix Mille l'éternument d'un seul homme après une harangue du général, était une preuve de la présence d'un Dieu ; ceux qui l'avaient entendu s'inclinaient, se prosternaient jusqu'à terre.
La divination par les entrailles des victimes, extispicine^ hiéroscopie^ splanch' noscopie^ avait ses théoriciens. Malgré le peu d'étendue de leurs connaissances anatomiques, les Anciens savaient que Tordre et la disposition des organes sont à peu près invariables dans la même espèce animale. Ils connaissaient également certaines anomalies de siège; mais Texlispicine limitée à la tératoscopie n'aurait probablement jamais acquis l'importance qu'elle eut en Grèce, en Toscane, puis à Rome.
Porphyre en explique de deux manières la valeur : Les dieux peuvent modifier les organes et les tissus ; ou bien l'âme de la victime, en quittant son enveloppe charnelle, peut lui imprimer un cachet en rapport avec les révélations qu'elle vient de recevoir ; Textispicine avait sa place dans le système mantique de Platon.
Afin que les renseignements fussent plus précis, qu'ils émanassent d'âmes supérieures capables de mieux saisir et de mieux rendre les confidences divines, Héliogabale immola des hommes. D'après Philostrate, au contraire, les meilleurs animaux étaient ceux dont le caractère est le plus doux, parce que les dieux écrivent plus facilement leurs arrêts sur des organes que n'altère pas brusquement l'explosion d'une passion violente ; le coq irascible et batailleur ne valait rien. Le foie était le viscère mantique par excellence ; on tenait compte de ses éminences, de ses sillons; tous les traités déclarent qu'un foie sans lobes est un présage de ruine et de mort. Les divisions étaient plus minutieuses que celles que nous admettons ; les anatomistes ont même emprunté quelquesuns de leurs termes aux Anciens, qui parlaient de foyer, de table, de tombeau, de pyles ou portes,
L'extispicine n'était point une méthode hellénique ; elle existait en Toscane, longtemps avant qu'on en fit usage dans les temples de la Grèce. M. Mûller croit qu'elle y fut transportée au quatrième siècle avant notre ère par les lamides
d'Olympie, dont qaelques-uns étaient établis en Sicile ; elle était plus compliquée, plus sayante que rornilhomancîe ; les prêtres et les devins de profession avaient trop dlntérét à ne pas laisser tomber dans le domaine public les pratiques qu'ils exploitaient pour ne pas accepter avec empressement toutes les importations étrangères.
La ctéromanciej une méthode également ancienne, fut une des plus vivaces, nous la retrouverons en Gaule à Tépoque mérovingienne ; nous verrons sa fille aînée, la cartomancie, lui succéder ou plutôt lui venir en aide à la Renaissance, puis braver les conquêtes de la science, triompher des railleries des sceptiques et arriver jusqu'à nous après des vicissitudes nombreuses. La divination par voie de tirage au sort laissait un vaste champ à la liberté divine. Les instruments primitifs furent des cailloux, des fèves noires et blanches, plus tard on les remplaça par des dés ou des osselets. La cléromancie fut employée à Dodone, à Olympie, même à Delphes. « On entend dire qu'il y avait jusque dans la cortina du trépied pythique des cailloux divinatoires ou encore les dents du serpent Python, lesquelles tressaillaient quand Toracle parlait » (B.-L.). Les phénomènes météorologiques, la foudre surtout, avaient un sens. Les pythaïstes d'Athènes indiquaient d'après la direction du vent et l'état du ciel le chemin que devaient suivre les processions d'Apollon ; certains devins étudiaient les nuages; d'autres tenaient compte des pluies, mais la météorologie ne fut jamais qu'un art de second ordre utilisé seulement dans des circonstances données.
En revanche Y astrologie acquit une place prépondérante à une époque relativement rapprochée de nous. Lorsque le centre de gravité de la civilisation grecque se fut déplacé, que les lieutenants d'Alexandre l'eurent transporté sur les bords du Nil, après avoir substitué en Asie leur domination et leur influence à celle du grand roi, il se fit une fusion entre les vainqueurs et les vaincus. Poor faire pardonner leur domination, les Grecs adoptèrent en partie les coulâmes de l'Asie.
Êvébémeze raconta que l'astronomie avait été inventée par Aphrodite la déesse assyrienne; que celle-ci l'avait apprise à Hermès, le Toit égyptien. Ce récit accorde l'antériorité aux Chaldéens; l'opinion populaire la leur accorda aussi. Peo importe à qui revient la découverte ; nous avons vu que la divination par les astres jouait un rôle de première importance chez les riverains du Tigre et de l'Euphrate. Le Babylonien Bérose initia et guida les Grecs dans cette voie. Sons le règne de Ptolémée Philadelphe, il ouvrit 5 Gos un cours d'astrologie; l'Orient prenait sa revanche de l'Europe. De l'Asie Mineure, l'art conjectural assyrien passa dans la Grèce, puis à Rome.
11 reposait sur un petit nombre de principes dont quelques-uns se rapprochaient de la vérité.
I. Dans l'équilibre de l'univers, les astres ont une action prépondérante.
IL Cette action, dont le mode est indéterminé, mais qui se propage par effluves rectilignes, résulte de qualités spéciales à chacun d'eux et tend à engendrer ces qualités ou leurs contraires, suivant qu'elle agit positivement ou négativement dans les êtres qui en ressentent l'effet.
111. Un astre donné exerce son influence propre dans des sens difTérents, ou avec une intensité difTérente, suivant la position qu'il occupe dans le ciel. 1¥. L'iniluence d'un astre ne doit pas être appréciée isolément, car elle est
toujours engagée dans les combinaisons géométriques avec des influences courantes ou antagonistes (Bouché-Leclercq).
Les premiers astres dont la disposition servit de base aux calculs astrologiques furent les constellations du zodiaque. Les Egyptiens qui avaient, dit-on, inventé la gëomélrie, auraient les premiers établi le groupement et divisé k cercle en 360 degrés. Sur Tautre rive de la Méditerranée, ces constellations changèrent de nom et de signification, la balance fut remplacée par les pinces du scorpion; une matrone égyptienne, par une vierge; la méthode ne fut pas modifiée. Les individus comme les pays étaient soumis à l'inQuence d*une constellation. £n étudiant celle-ci, on étudie du même coup son client pour le présent et pour l'avenir. La difficulté, c'était de bien connaître l'individualité sidérale; il fuUait s'attacher minutieusement à sa forme, à son attitude. Les Dieux da zodiaque avaient leurs amitiés, leurs aversions, leurs afiinités, leurs répulsions, leurs associations.
Les signes ne pouvaient se combiner que par aspect ou antiscia. L'aspect, c'était un polygone inscrit dont les côtés rectiligues joignaient une constellation à l'autre ; l'aspect trigone était favorable, l'aspect quadrat l'était moins ; deux astres placés aux extrémités d'un même diamètre étaient en conjonction ou en opposition. On appellait antiscia les associations données par des cordes parallèles.
Prenons, par exemple, le diamètre équatorial du zodiaque et son diamètre solsticial : les corps célestes placés à chaque extrémité du premier se voyaient; un astre placé à une extrémité du premier et un autre à celle du second s'entendaient; la même chose existait pour les cordes parallèles aux diamètres en question ; pour les flèches perpendiculaires sur ces cordes. Les aspects s'individualisaient, ils avaient entre eux des haines ou des sympathies, les méthodes d'association se comportaient comme eux. On divisa ensuite les constellations primitives en douze autres, de sorte que chacune, représentant un zodiaque rudimentaire, pouvait céder ou emprunter quelque chose à sa voisine; il y avait da parties vides et des parties pleines, des antagonismes constants. « Si la paix est ravie à l'univers, disait Manilius, si la loyauté est rare et se trouve le privilège d*un petit nombre, c'est sans doute que bien des signes font présider h discorde à notre naissance. A l'exemple du ciel, la terre est divisée contre ellemême, et une fatalité ennemie pousse les nations à se haïr ».
Les calculs déjà si compliqués le devinrent plus par l'adjonction de tout le
Soleil Lune Mercxire Vénus Mars Jupiter Saturne Fig. 1. — Notation astrologique. Signes planétaires.
système planétaire. L'astrologie eut sa notation comme elle avait sa langue; avec des signes pour les constellations du zodiaque, pour les planètes (voy.
fig. 1).
Ces signes passèrent dans les autres sciences occultes, le Saturne des alchimistes fut représente comme le Saturne du firmament, et même aujourd'hui nous sommes souvent heureux d'avoir sous la main, en libellant une ordonnance, le signe d'Hermès pour nous protéger contre une curiosité que le terme hydrargyre ne réussit pas toujours à dépister. Les astrologues romains pâlirent plus d'une
fois sar des intersections linéaires, et, s*il8 ne trouvèrent point le sens qu*ils cherchaient, ils découvrirent en revanche de curieuses relations mathématiques.
Comment les dieux montagnards des Grecs s'élevèrcnt-ils aux sphères célestes? comment Tastre appelé naguère élincelant devint-il le séjour de Mercure ou Mercure lui-même? Comment Pursès Puroecidès, Tétoile rouge, devint-elle Mars? Nous n'en savons rien. Quand Tastrologie fut défini tivement acceptée en Europe, les dieux 4t^ent caducs. La divination nouvelle avec ses compas, ses calculs, avait une apparence d'exactitude capable de sé<luire des gens que l'anarchie des systèmes philosophiques ballottait entre le scepticisme et la crédulité. Après avoir personniGé les planètes, on les logea. Elles ne restaient pas emprisonnées dans une maison sans doute, puisqu'elles faisaient une course de plusieui*s mois à travers le ciel, mais ils y revenaient à dates ûxes. Jupiter habitait le Sagittaire, Mars le Scorpion, Vénus le Taureau, Mercure plus favorisé avait pour villa d'été la Vierge, pour domicile de printemps les Gémeaux.
Les mouvements des planètes étaient prophétiques; elles avaient entre elles des rapports de bon ou de mauvais voisinage: les unes et les autres se venaient en aide, se contredisaient selon des lois si nombreuses, que l'imagination et la fantaisie de l'astrologue étaient l'aboutissant de tout.
Voici sur quelles données géométriques reposaient les calculs : La sphère sidérale était partagée en deux hémisphères par l'orbite solaire ou plan du zodiaque. Les diamètres perpendiculaires de ce cercle constituaient la ligne des solstices et la ligne des équinoxes ou équatoriale. On supposait que le mouvement annuel de l'astre avait commencé au solstice d'été; sa culmination avait lieu aux équinoxes; au solstice d'hiver il était en opposition.
Les orbites planétaires étaient autant de grands cercles dont les plans formaient avec celle du soleil des dièdres variables. Le domicile de la planète était le point d'intersection de son orbite avec l'orbite solaire; on appelait hypsoma son point de culmination, c'est-.Vdire celui où elle rencontrait la grande circonférence limitant sur la sphère le plan de l'équatcur de celui ci.
Les signes du zodiaque avaient leur inOueiice comme les planètes; celles-ci formaient, avons-nous dit, des combinaisons nombreuses. Au moment de la naissance il s'établissait une résultante ; son point d'application sur la sphère céleste était riioroscope ; toute l'habileté des astrologues consistait à le trouver. A partir du moment où cette découverte était laite, l'étude de l'avenir d'un individu n'était plus qu'affaire de calcul. Le cercle de gémturc, grand cercle de la sphère sur le({uel se trouve l'horoscope, fut divisé en douze lieux correspondant aux âges de la vie ; leur projection sur le cercle zodiacal donnait des rensei;:ncments auxquels les astrologues attachèrent une valeur variable. 11 fallait également teoir compte du jour et de la nuit ; un horoscope nocturne n'avait ni le même sens ni la même valeur qu'un horoscope diurne (voy, Gkrétiiliologie).
f Dans le second on prenait en degrés la différence qui sépare le soleil de la lune en suivant l'ordre des signes. Cette distance est précisément celle qu'il faut compter à partir de l'horoscope, dans le même sens, pour trouver le lieu de la fortune. Si l'horoscope est nocturne, il faut renverser ce calcul, c'est-à-dire prendre la distance de la lune au soleil » (B.-L.).
Aucune méthode n'a eu de rapports plus fréquents avec la médecine que l'astrologie ; aucune n'a plus retai^dc ses progrès, n'a plus contribué à lui donner
le faux air de magie que les découvertes des derniers siècles n'ont pas fait complètement disparaître.
Les constitutions, les tempéraments surtout, avaient une origine sidérale. Les individus nés au moment de la conjonction de Vénus et de Mars étaient voués au libertinage; celle de Jupiter et de Vénus était favorable aux accouchements. Galien considérait la Lune placée à mi-chemin du soleil et de la terre comme Tastre médical par excellence.
D*après Pline, elle apportait la réplélion et la saturation ; le sang augmentait ou diminuait suivant les phases. Pour Manilius, la tête était sous Tinfluence du Bélier, les bras sous celle des Gémeaux : les genoux étaient en rapport avec le Scorpion, les pieds avec les poissons. Ptolémée rattachait à Saturne roreille droite, la rate, la vessie, le phlegme ; Firmicus lui accordait encore la mélancolie. Si la Lune en partant de Saturne va vers le soleil, elle produit des fous, des épileptiqucs, des hydropiques, des lépreux. Si, au contraire, partant de la même planète, elle se dirige vers Mercure, si elle est en décours, elle empêche la voix, rend les oreilles dures, produit une fatigue générale, engendre la mélancolie, Tictèrc, la splénite, Thydropisie, des tuméfactions et des douleurs très-pénibles de la vessie. Ces idées étaient acceptées par les médecins du quatrième et du cinquième siècles de notre ère ; qu*un mystique comme Andréas Chrysaris, qui peuplait l'espace de diables à noms laborieux; que des gnostiques i**uorants ou fourbes donnassent des compilations comme les Tables Smaragdiues ou celle de Kyranides, il n*y a rien d'extraordinaire, mais on s'explique mal la crédulité obstinée de ceux qui avaient observé la nature et entrevu plus d'une fois la vérité {voy. Astrologie et Sidérales [influences]).
Les prétentions physiologiques des astrologues n'eurent point de bornes ; Archinopolus recula l'horoscope du moment de la naissance au moment de la concq>tion; il oublia, il est vrai, de dire par quel moyen on pouvait en fixer avec précision l'heure et la minute, mais on ne s'airètait pas pour si peu ; la grossesse n'était qu'une maturation dont l'accouchement était le terme : les devins avaient une géométrie gravidique correspondant à tous les mois.
Bien reçue par le peuple, l'astrologie fut regardée comme une science par les philosophes, surtout par le Portique; la Grèce oublia Pyllio, Zcus, la Sibylle, pour le zodiaque ; Athènes éleva au prêtre babylonien Bérose une statue avec une langue dorée. A Rome, les Chaldéens avaient une situation quasi-officiellc ; un d'eux apprit à Marc-Aurèle que le diadème impérial ne protège pas toujours efficacement le front d'un époux. Faustine, sa femme, était malade depuis longtemps, parce que, dit l'astrologue, elle brûlait d'un honteux amour pour un gladiateur. Les deux Sévère ne dédaignaient point de s'essayer à tirer des horoscopes.
Les ennemis les plus acharnés et les plus redoutables de l'astrologie, ce furent les docteurs du christianisme : nous avons vu Origène démasquer des devins au bassin ; d'autres employèrent les mêmes armes contre les observateurs du ciel; ils réussirent sans peine à montrer que leur fatalisme était une doctrine absurde et immorale. Au lieu de se borner aux arguments de sens commun, saint Augustin • voulut battre les astrologues avec leurs propres armes; c'étaient des prêtres, eux aussi. 11 les accusa d'impiété; il admit leurs révélations, dont quelques-unes étaient, selon lui, admirablement vraies, mais il les mit sur le compte de Satan. La divination sidérale était, comme la magie, une embûche de l'empire des ténèbres, une dépendance de l'art noir. 11 n'y a pas lieu de s'étonner qu'avec de
DlVINATrON. 49
leltes idées Ict époque* où U ferveur religieuse éla.h la plus ardente aient eu des utrolo^es; di5reiiilre le commerce avec le diable, c'est admettre qu'il eiiste et inspirer aux cuiicui le dé-ir de le voir. Les empereur* clirétiens commirent la même liiutc. Lorsqu'un rien soulevait des cohortes et changeait les maiires du monde, une prédiction divulguée à propos pouvait soutenir le courage des oofaortes iusurgées et faire tomber les armus des mains des légions fnlëles. On le savait, et les rescrili ne mi'iiagèrent guère Us astrologues. Firmiuus Materons, pour ne point encourir raccusalion de lèse-majcsld f'i souvent mortelle, snt, par une fialtcrie gigantesque, concilier son art et la loi : il déclara que les Empenurs, représentants de Dieu sur la terre, étaient au-dessus du cours des utres, qu'il était inutile d'essajer aucune conjecture sur leur destinée.
L'astrologie tenant aux raalliéma tiques et aux sciences naturelles établissait iiw connexion entre les astres et les organes du corps; elle emplo^it pour
Ks observations les procédés de l'aslrouornie, pour ses calculs ceux de la géo-
loélrie (fo^. NoHsnE).
Deux mélliodes secondaires s'en délaclièrent, l'une matliématique : Yarithmo-
KOHcie ou divination par les nombres, l'autre
uiatomique, la chirotnancie. La maiu devint
une sorte de compendium de tout le corps :
tes émi nonces, tes plins, ses sillons, eurent
leurs correspondants célestes (voy. Gg. 3). ■ Premièrement il convient oognoistre et
içavoir, dit Breloa, curé de Uilmonls, au-
inir d'un traité de chiromancie publié en
l<>54, qu'il y a sept plauèles, dites estoilles
errali'iues, qui ont cbaciioe leurs caractères,
dont on use en l'astrologie, lesquelles ont
grande puissance sur les corps inférieurs et
régissent chacune quelque partie ou membre du corps humain, H particulièrement des
niaios, leurs caractères et leurs marijues. »
ISoninvieudrons plus loin sur ce sujet (p. 88).
Il serait difficile de terminer l'histoire de la divioaiion personnelle et technique sans dire on mot des devins fumeux ; il y en eut depuis les temps fabuleux de la Grèce jnsqn'à la Ùa du monde romain. Ce qui les ditlingne des prophètes li'Israël, c'est la valiélé, h multiplicité de leurs contmissanccs ; pvfiiis une méthode conjecturale forma. t le (nlnmoine de certaines familles. Uùlampos, le prêtre de Dionysos, élève de petits serpents qu'il a pris dans un nid à la campagne; devenus gios, ils s'ennnlenl autour de son cou et lut lèchent les oreilles; il comprend aussitôt lu langage des oiseaux; plus tard, il découvrit pur un trait de génie le^ arcanes de Ttilispicine. Caldias, le devin de l'épopée homérique, interprête les présages «•mme l'eàt lait an augure romain. Tîrcsias et sa lille Manto furent, comme Cusaodre, det conQdeuts des dieux, et trausmlrenl leurs aptitudes. Manto,
BWt. KH. XXX. 4
envoyée à Klaros, près de Kolopbon, fonda un oracle, ëponsa le Cretois Rhabot et eut pour fils le fameux Hopsos. Celui-ci vainquit Calclias, qui se tua de désespoir. A Salamine, un devin grec de TAsie appelé Enphrantidès accompagnait Tbémistocle sur sa trirème. L'influence même du général ne put sauver la vie I trois prisonniers perses dont le fanatique exigeait le sacrifice.
Alexandre avait de nombreux devins; comme son père Philippe, il consulta à diverses reprises le fameux Aristandros de Telmesse, Tbomme le plus docte de l'époque.
3® Divination mixte^ oracles. La troisième espèce de divination, que nous avons appelée mixte, empruntait quelque chose à chacune des autres parfois à toutes les deux ; mais il y avait un troisième élëmjent, le lieu. Cette fixité exigeait des conditions particulières, plus compliquées que celles que nous avons vues. L'enlliousiasme essentiellement accidentel ne doit être ni transmis, ni provoqué; les méthodes techniqu3s sont enseign>'es soit publiquement, comme le fut Tastrologie par Bérose, soit dans une famille. Pour qu'un mantékNi fût constitué, il fallait un lieu sacré, une enceinte sacrée, une sorte de communauté pour l'administration ; le reste était variable. Les oracles furent si nombreux en Grèce, que l'étude isolée des plus célèbres nous entmtnerait beaucoup trop loin; nous nous contenterons de voir celui de Delphes, oracle civil et général, et coux d'AscIepios, à Tusage des malades [voy. Oracle).
L'hibtoirc del'orac/e d* Apollon est si étroitement liée à celle de la civilisation grecque que, pour l'écrire en détail, il faudrait suivre celle-ci de ses origines! sa décadence. Le temple du Parnasse fut la véritable métropole religieuse de tous les pays helléniques. Les légendes relatives à ses origines ont toujours exercé la sagacité des critiques ; Deucalion aurait fondé sur la montagne, beaucoup plus haut que Tantre, une première ville appelée Lykorcia; les habitants i*abaHdonnèrent et bâtirent Delphes ; il y eut longtemps dans son enceinte des familles que Ton regardait comme les descendantes des Lycnrciens primitifs. Leurs membres appelés les Saints avaient le droit d'offrir un sacrifice secret dans l'enceinte du temple; c'était à peu près leur seul privilège. Apollon, désireux de bâtir mi sanctuaire oîi les humains pourraient entendre sa voix, s'arrêta un jour pris d'Haliarte et y jeta les fondements de l'édifice. Mais la nymphe Telphousa, qui rendait là ses oracles, redoutant la concurrence divine, engagea Phœbus I le placer à Krisa, sous le Parnasse neigeux. Apollon, sans défiance, suivit ce conseil et rencontra une difOcullé que la rusée nymphe s'était bien gardée de lui signaler : le pays était sous la domination d'un dragon femelle qui avait nourri naguère le géant Typhon; le monstre n'entendait nuUemôit fuir ou céder à un autre la moitié de son empire. Le fils de Zeus n*en ent raison qu'en le |)erçant d'un de ses traits. Voyant que Telphousa l'avait trompé, il érigea un autel sur la fontaine qu'elle habitait et s'y fit adorer sous le nom de Telphousien. Le temple construit si péniblement à Pytho, au lieu même où il avait tué le dragon, resta sans prêtres, sans sacrifices, sans oracles. Apollon résolut de remédier à cet abandon; il se rendit à la mer voisine, prit la forme d'un dauphin, sauta sur le ponl d'un navire crétois qu'il ramena vers la terre, malgré l'équipage ; les matelots prisonniers devinrent ses premiers prêtres.
Des légendes plus anciennes peut-être parlent de changements successifs de culte. La première divinité qui aurait rendu des oracles à Delphes était Gea la terre. Pythou était un monstre qu'elle avait engendré; Daphné, sa fille« par
l'iotermédiaire de laquelle elle parlait aux hommes, fut changée en laurier entre les bras d*Apollon. D*aulre8 établissent une transition entre Gea et loi. Nqttttoe aurait eu longtemps un temple vénéré au même lieu. Ces fables indiquent les transformations religieuses d'une époque dont il serait diflicile d'évaluer la date; les Grecs n*aimaient ni à tuer les dieux ni à les changer en diables; teor poly tliéisme accommodant se contentait de reléguer au second plan ceux des nations vaincues. Puis l'aulliropomorpliisme ne se Ibrmapas du jour au lendemain. Gomme les peuples aryens de TAsie» les Pélasgcs adoraient les forces aveugles de la nature : les vents, le feu, la terre, la mer. Les Hellènes établirent une filiation suivie entie leurs dieux hommes et ceux-là; les derniers venus prirent la meilleure part de Théritage du monde. Gea fit place à Poséidon, frère et contemporain de Zens ; Dionysos, le dieu de la Thracc et de la Grèce septentrionale, fut dépossédé à son tour; on leur laissa quelques autels, une petite place dans le conseil divin, mais on détourna les hommages au profit d'Apollon. U emprunta à la Terre son antre, à Poséidon le Dauphin, à Dacchus la jeune fille qui rendait des oracles sous Tinllucnce d*un entraînement nerveux comparable à l'ivresse des Thyades.
Les Dorions furent les missionnaires armés du nouveau culte qu'ils avaient reçu des Cretois; ils abandonnèrent Héraclès, leur héros national, dont les descendants les dirigeaient., pour le fils de Latone. L'influence de Toracle de Pylho devint réellement prépondérante à partir de l'invasion des Héraclides; c'est loi qui soutint Lycurgue, l'inspira peut-être. Les Lacédémoniens, nation militaire et remuante, furent son premier point d'appui. Dans leur lutte avec Mcssène, Delphes prit parti contre celle-ci, parce que les habitants allaient consulter d'autres oracles; h toutes les époques, le même phénomène se produisit. L'établissement sacré était une sorte de i>anque aitionale; il recevait les dépôts, les testaments, indiquait remplacement des colonies à fonder, donnait des diels aux éoiigrants, au besoin leur prêtait ou leur faisait prêter des fonds en stipulant ce qu'ils auraient à payer. L'oracle avait ses amis, mais ses amiliés étaient rarement constantes; son patriotisme était subordonné à ses avantages. Au début, b défense était assurée par les Amphictyons, fédération de cités, qui avaient fait entre elles des conventions pour atténuer les horreurs de la guerre et créer une sorte de droit des gens. L'oracle en fit bon marché et n'hésita jamais k prononcer l'extermination de ceux qui l'avaient outragé ou pillé, jamais à traiter de puissance à puissance avec ses prolecteurs, à changer ses alliances. Vers 600 avant Tère chrétienne, son influence fut sérieusement menacée : les Doriens du Péloponnèse songèrent à rapprocher d'eux le Dieu qu'ils avaient apporté : ils lui élevèrent un temple à Argos. Delphes se jeta dans les bras d'Athènes; elle provoqua une expédition des Amphictyons contre Krisa, sa rivale. Naitresse de toutes les voies qui conduisaient à Pytlm, celle-ci entendait prélever la meilleure part des offrandes des pèlerins et leur imposait une lourde taxe de passage. L*Ampliictyonie leva des troupes, les Krisétus furent obligés de chercher un dernier asile dans leur port; Selon, général du contingent athénien, les obligea de capituler en les privant d'eau douce. La ville fut rasée, le territoire exproprié; les habitants furent réduits en esclavage. Désormais la Cité sainte n'était plus bornée à ses murs, elle avait ses abords libres, un pied tor la mer, et pouvait recevoir directement les envoyés des colonies grecques. Quarante ans pius tard, le vieux temple fut incendié; les olfraudes aflluèient; les Alcménides, chassëa d'Athènes par Pisistrate, furent les architectes et lea
entrepreneurs du nouvel édifice; ils s'acquittèrent généreusement de leur lâche, firent des embellissements que les devis n'avaient pns prévus. \^ Dien ne pouvait se montrer ingrat envers une telle munificence; il paya le service reçu, d'autant plus volontiers qu'en agissant ainsi il servait ses intérêts. La domination sage et modérée de Pisistrate reposait sur le su iïf*age populaire; elle était particulièrement odieuse à Delphes, où l'on aimait la liberté, mais une liberté répartie entre un petit nombre; l'oracle eut des opinions constamment aristocratiques. Les prêtres voyaient en Pisistrate le chef d*une démocratie, le patron d'un culte rival; il faisait son possible pour diriger les dévotions athéniennes vers Délos. Delphes s'étaient servie d'Athènes quand les Spartiates voulaient élever un temple à Argos; ils se servirent de Sparte pour chasser les Pisistratidcs. La Pythie glorifia Harmodius et Aristogiton ; un corps lacédémonien s'emparant de l'Acropole, occupée par Hipparqne, restaura, disait-on, la liberté, et rétablit les clients de Delphes dans leurs dignités. Dans les guerres médiques, l'oracle fut constamment alarmiste; peu lui importail que l'Asie prît une revanche sur l'Europe; que la Grèce devint une satrapie du grand roi, l'Agora un corps de garde barbare. II conseilla de se rendre aux habitants de Guides assiégée par un lieutenant de Gyrus; il empêcha les auiiliaires Spartiates d'arriver à Marathon pour se battre, en leur imposant une cérémonie puérile. Quand Xcrxès eut franchi IHcllespont, la Pythie n'eut pour les Athéniens que des paroles décourageantes. Ge fut sons rinlluence d'interrogations réitérées et pressantes qu'elle vanta les murailles de bois, conseil qui serait probablement resté inutile, s'il n'eût eu Thémistocle pour exégète. La lutte finie, l'oracle, dont le patriotisme avait été plus que douteux, eut comme toujours des dîmes et des présents ; on l'enrichit avant de rebâtir les villes que les Barbares avaient brûlées.
Dans la guerre du Péloponnèse, il reçut des deux mains; après avoir fulminé contre Thèbes, il accepta la dime du butin fait à Leuctres par Épa* minondas. On dirait qu'une inéluctable nécessité pousse les institutions religieuses à subordonner l'intérêt de la patrie à l'intérêt du sanctuaire !
Pour quelques acres de terre commença la seconde guerre sacrée, dont le résultat fut la suprématie de la Macédoine. Il y eut des pillages, des massacres; le vainqueur lui-même fut obligé de modérer le courroux des Delphieus qui voulaient à toute force précipiter du haut de la roche Hyampeia les Pbocidiens adultes. On se borna à démanteler 22 villes, leui^ dépouilles remplacèrent les trésors que Philoménos et Onomarchos, poussés par les nécessites de la lutte, avaient dû enlever au temple.
Un moment les prêlras de Pytho purent croire que le trépied avait recouvré son antique prestige; mais la concentration de forces vives du monde grec entre les mains d'un tyran militaire eut des conséquences bien autrement graves. Le centre religieux se déplaça ; Alexandre se fit déclarer (ils de Zcus par un oracle perdu dans les sables de Libye; puis vinrent les déchirements, la décadence, les sanglcintes querelles des Éloliens et des Achéens ; enfin, les aigles romaines apparurent aux abords du Parnasse, Paul-Émile vainqueur de Persée y fil ses dévotions en 167; plus tard arriva le Phocidien Kaphis, messager de Sylla, pour faire un emprunt forcé au trésor. Il pleura devant les Amjihictyons, consentit même à faire une dernière démarche avant d'exécuter les ordres reçus; le dictateur n'était pas homme à s'arrêter pour un scrupule religeux. o On entend, avait dit Kaphis, résonner la lyre d'Apollon. — Ne vois-tu pas, répondit-il, que
c'est de joie? le dieu est mon ami, il est heureux de m'abandonner des biens dont il n*a que faire » (B. L.).
Sous les empereurs, Delphes traîna péniblement une existence précaire ; Nérou le pilla; Hadrien consulta Pylho qu*il paya largement; les empereurs syriens le regardèrent avec bienveillance; sous Constantin, les statues, les ex vota d or, le trépied lui-même, allèrent embellir les égli>es de Byzance.
Quand Julien l'Apostat voulut rétablir le culte, il n obtint, dit-on, que cette réponse découragée : « Ma maison est tombée avec ses décors. Phœbus n*a plus de grotte, plus de laurier prophétique; Tonde murmurante elle-même a séché. • Ge fut le deniier oracle d*Apoilon à Delphes.
En appelant mixte cette divination, nous voulions montrer, avons-nous dit, qu elle tient à la fois de là première variété et de la seconde. Il y avait en eiïet :
i* Un Dieu révélateur ;
2* Ce Dieu ne parlait qu'au-dessus de l'antre sacré.
5* Les paroles arrivaient au public par Tintermédiaire d'un être humain qui derait réunir des conditions déterminées;
4* Les exclamations, les cris, les soupirs, les articulations insaisissables, étaient interprétés et rendus en vers par les prophètes ; puis les exégètes exerçaient leur habileté sur elles ;
5* Avant d'arriver jusqu'au trépied fatidique, le consultant devait accomplir des actes propitiatoires, des puritlcations, qui le rendraient digne d'entendre la Toix du Dieu ; au début il y avait avant la consultation détinitive une diviuatiou préalable par les oiseaux ou les sorts. Cet ensemble comprend des pratiques se rattachant étroitement aux deux premières variétés.
L'éducation de la pythie, l'entraînement qui la rendait propre à remplir son rôle, l'interprétation des paroles entre-coupées qu'elle prononçait, tout cela appartenait à la divination impersonnelle et technique. En revanche, à partir du moment où la confidente du Dieu avait pris place sur son siège, c'était une inspirée; sa science, sa raison, devenaient superflues la divination chresroologique a donc ici le caractère que nous avons vu partout. Seulement le devin perd ses propriétés, s'il se déplace ; que la pythie fuie Delphes, ce n'est plus qo'une femme sacrilège à laquelle le Dieu cessera de parler.
Trois choses étaient donc indispensables : le lieu (antre sacré), le récepteur lia pythie) et les prophètes. Aucun élément ne pouvait empiéter sur le rôle de l'autre.
La pythie était une pauvre fille, ordinairement sans culture; il fallait qu'elle re^mblât aux animaux pour bien entendre la voix divine. Elle devait être Delphienne de naissance, garder un célibat perpétuel à partir da jour de sa consécration. Au début les jeunes filles des meilleures familles se disputaient l'honneur d'appartenir à Apollon; plus tard la ferveur s'attiédit, il j eut des scandales. Une pythie appelée Androkleia fit pendant une extase une confession peu édifiante; une autre fut enlevée par les Thessalicns Échécrates. Le Dieu voulait chez ses épouses la noblesse, la beauté, la jeunesse, lu chasteté, qualités difficilement réunies ; pour conserver la dernière et la plus pré^ dcuse les autres furent sacrifiées ; on se mit en garde contre les entrahiements de la jeunesse en choisissant les pythies à l'âge où les passions commencent â sommeiller; il y en eut de plus de cinquante ans. Dans la suite ce règlement fut abrogé et l'on en revint aux jeunes filles pauvres, qu'on achetait à leurs familles. 11 ne paraît pas du reste que les anatlièmes prononcés contre les
parjures aient reçu une consécration pénale sérieuse ; Delphes ne connut rien de semblable à Tenterrement des Testâtes romaines. Impitoyables pour les voleurs, les lois sacrées laissaient au Dieu le soin de punir ses outrages domestiques. Tout d^abord il n*y avait qu'une pythie; les consultants devenant plus nombreux, on en prit une seconde et on leur adjoignait des suppléantes ; quand l'oracle baissa, on revint à l'unité.
Le rôle de la vierge enthousiaste se limitait aux jours de cérémonie; avant de pénétrer dans l'adyton, elle se purifiait dans les eaux de la fontaine de Kastalie, et par des fumigations odoriférantes. A côté d'elle se tenaient les prêtres-prophètes, conservateurs et interprètes de la religion apollinienne; au-dessous d'eux le néooore, architecte ou sacristain d'ordre supérieur, chai^gé de la surveillance et des soins matériels du temple.
Les réponses étaient des distiques, des impromptus poétiques incompréhensibles sur les questions relatives à l'avenir. On les conservait dans les archives des villes; ceux qui voulaient consulter l'oracle devaient se rendre à Delphes au mois de Bysion; l'hiver il était muet parce qu'Apollon en voyage avait cédé la place à Dionysos. Arrivés dans cette ville de sacrificateiffs, d'hôteliers, d'industriels, qui vivaient surtout, comme on l'a dit, du couteau et du feu des sacrifices, ils devaient accomplir des rites pour lesquels ils avaient besoin d'initiateurs et d'aides, recourir à la cléromancie, à l'ornithomancie : € Celui-là tirera profit de ma voix, qui sera conduit par le cri et le vol d'oiseaux irréprochables ». Puis venaient les sacrifices, on imvoKh lait une chèvre, une brebis, un taureau, un sanglier. Si la victime ne réagissait point au moment de l'aspersion, si elle n'éprouvait pas le tremblement voulu, il était inutile d'insister, le dieu ne répondrait pas. Du temps de Plutarque, un consultant passa outre; la pythie monta sur le trépied malgré les présages défavorables; l'extase était à }ieine commencée que la pauvi*e fille sauta de son siège sous l'impulsion d'une secousse spasmodique; elle mourut quatre jours après.
Lorsque les cérémonies préliminaires avaient été accomplies, l'entrée da temple était permise aux pèlerins ; ils interrogeaient successivement selon des numéros dordre tirés au sort ; les envoyés des villes qui avaient le droit de promanlic passaient avant les autres.
Le temple avait deux frontons, Tun dédié à Phœbus et l'autre à Dionysos, sur les colonnes étaient imprimées des sentences attribuées au sept sages et dont la forme brève, énigmatique, rappelait les réponses de l'oracle; le y»69i ovovrov était la plus célèbre.
Les f ailes d'attente convergeaient vers l'adyton central; celui-ci renfermait le trépied d'or trouvé dans la mer par un pécheur milésien et donné successivement aux sept sages ; il était au-dessus de l'antre sacré dans lequel arrivaient par déiivation les eaux de la fontaine Kassotis ; à côté de lui étaient deux pierres sacrées, l'omphalos, le nombril du monde, et le bélyie, jEorte d'aéralilhe apporté à Delphes à une époque très-ancienne ; c'était, distii* on, la pierre que Rhéa avait fait avaler au vorace Kronos, en place de ses ib qu'elle voulait sauver.
Si le rôle politique de l'oracle de Delphes fut énorme, son rôle religieux (ut moindre; il ne pouvait guère créer une théologie simple, une unité de doctrine que les aspirations et les mœurs de l'Ilellade ne peraiellaient pas ; en revanche Pytho eût pu avoir une loi, un code de morale»
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un crilërimn immiiible pour juger les actes humains. Rien de pareil n*eusta ; le Ttsfeci de la Vie et la doctrine babylonienne de la purification, voilà les linéaments caractérialiques delà religion apollinienne; un meuitre, môme involontaire, même commis dans un but de légitime défense, nécessitait une expiation. Apollon s*était purifié après avoir tué le serpent. Certains individus étaient souillés sans le savoir, par le fait d'une tache héréditaire, c^était à ronde de la découvrir, de prescrire les cérémonies calhartiques destinées à l'efilafier; mais, si des mallieurs inattendus frappaient le coupable, les dieux justes et bons n*avaient pas besoin d*étre justifiés; la pythie découvrait la faute, indiquait ce qu*il fsiUait faire pour s*en laver, mais ne répondait pas du pardon ; ffmnà tout avait -été accompli selon les rites; il restait une inconnue que Tavenir seul éliminait. Ce dogme à la fois étroit et ékistique avait du bon ; il était éminem- OKnt propre à adoucir les mœurs ; sous d*autres rapports la morale de Delphes était singulièrement relâchée; on était plein d*indulgence pour les erreurs amoureuses : un prêtre d*fléraclès misogyne voué au célibat avait trouvé l'obligitioQ trop dure; Toracle, au lieu de le maudire, l'excusa et lui imposa une purification anodine ; Timo, prêtresse de Démêler à Paros, avait introduit Milliades dans le temple; l'oracle déclara qu'elle n*était pas coupable. Les Hétaïres étaient sûres de trouver meilleur accueil dans ladyton que le clief d'une démocratie qui avait sauvé la Grèce ; Aspasie avait ses ex-voto; les déviations génésiques dières aux Anciens furent presque toujours pardonnées.
• L^oracle a mérité qu'on le soupçonnât de quelque complaisance pour rdberration honteuse qui a déshonoré les siècles les plus glorieux de la civilisation hellénique. De l'aveu des Grecs eux-mêmes, les institutions de la Crête et de Sparte, si hautement recommandées par le dieu de Pytho, ne pouvaient manquer d'induire les natures vulgaires â des tentations dégradantes, et il faut coDveDir qu'on chercherait vainement dans la biographie d*Apollon l'amour utuiel et légitime représenté comme un élément de bonlieur » (Bouché* Leclercq).
Cette absence de principes définis fut probablement la cause de la tolérance d'Apollon à regard des philosophes. Jamais Delphes ne prit parti pour une secte; jamais elle n'essaya de concilier des adversaires, ni d'excommunier perMone.
Les oracles d'Asdépios touchaient de si près à la médecine, que nous serons obligés de les étudier plus longuement que les autres institutions du même génie. On a fait dans ces derniers temps sur le cidte de ce Dieu des découvertes extrêmement intéressantes, dont nous tâcherons de donner une idée. Dans ses pérégrinations ea Thessalie, Apollon mit à mal Koronis, fille du roi Phlegyias. A peine avait-il quitté le pays, qu'elle l'oublia pour le mortel Ischys. Le dieu 6irietix tua l'infidèle et jeta son cadavre sur un bûcher; heureusement qu'Hermès pttsant par là eut le temps de faire une opération césarienne post mortcm et de soustraire au feu celui qui fut Asclépios. La colère que Phœbus avait éprouvée contre la mère ne l'empêcha point de porter au fils un intérêt paternel ; il le confia an centaure Chiron qui lui enseigna ce qui se rapporte à notre art; il guérissait les plaies, prescrivait des médicaments contre les maladies internes ; la tiidition, qui lui fait ressusciter des morts, ne dit pas qu'il eût une habileté ptrticah^ pour découvrir Torfgine et les causes des maladies; il donnait spontanément des médicaments sans avoir besoin des procédés qu'emploieront fias tard ses disciples.
Une autre légende fabriquée pour les besoins de Toracle d'Épidaure fait naître Asclépios sur une montagne du Péloponnèse où sa mère l'abandonna.
Ces traditions de date récente nous renseignent peu sur lorigine du culte. Les pratiques indiquent une divinité étrangère, babylonienne ou phénicienne; il y avr.it même en Egypte un dieu médecin dont les oracles firent à une certaine époque une concurrence sérieuse h ceux d*Asclépios. Pour M. Bouché, les attributs de celui-ci indiquent une divinité chtonienne du même âge que Déméter, Postidon ou Dionysos, divinité dont le culte était si populaire que la suprématie d'Apollon ne put le faire disparaître.
Le ser|)ent n*est pas seulement le symbole de la finesse, c'est l'aninial terrestre par eiccllence, le reptile connaissant les propriétés des plante» et des minéraux que renferment les cavernes. Asclépios est originaire de la Thrace, c'est-à-dire de l'extrême nord; une de ses pt*tites-filles s'appelle iEgle. De nos jours encore, il y a en Lithuanie une légende très-ancienne d'après laquelle une jeune fille appelée aussi iEgle aurait été mariée à un serpent et changée en sapin après sa mort; c'est à peu de chose près l'histoire de Daphné. Les végétaax constituent un intermédiaire entre la terre, la mer et les hommes. I^es serpents s'enroulent au caducée d'AscIépios ; ce sont eux qui donnèrent à Mélampos la vertu prophétique. Ces faits permettent de rapporter à une époque probablement antérieure à l'hellénisme et surtout à l'invasion dorienne le culte d'un Dieo guérisseur. Cette fonction ne fut jamais d'ailleurs le privilège d'un seul. Zeus llypsistos, Athéna, Uygiea, Héra elle-même, rendirent plus d'une fois la santé aux malades; c'est Apollon que l'on consulte dans les grandes épidémies; on croyait à Athènes qu'il avait arrêté la peste de 427 ; il possédait un oracle médical en Messénie, un autre dans la grande Grèce 80i>s le nom d'Apollon Koriden ; il était directeur général du service de la santé publique dans l'Olympe. Les devins des temps fabuleux étaient aussi médecins Galieu attribue à Orphée un livre sur les médicaments. Mélanipos guérit par une préparation ferrugineuse Iphiclos de son impuissance; aux filles de Prêtes qui avaient une manie .compliquée d'accidents du cuir chevelu il prescrivit l'ellébore blanc, un exercice forcé et des bains froids. Itukis traita avec succès une Laccdémonienne folle depuis longtemps, Tirésias apaisa des épidémies, Aristée, fils d'Apollon et de la nymphe Cyrène, découvrit le silphium (voy, ce mot).
L'Asclépios divin de Pindare diffôre de celui d'Homère; celui-là n'est qu*un roi du pays de Trikka en Thes^alie, un élève de Cliiron dont les fils formés à la même école devinrent habiles dans l'art de leur père. Cette traditioa se développa parallèlement à la première, le héros eut des enfants et des petits* enfants; les connaissances scientifiques leur lurent transmises. Au berceau de la famille, à Trikka en Thessalie, une dynastie d'Asclépiudes se maintint longtemps prospère. Au premier siècle, llérennius Pliilon parle avec respect de ceux de Trikka auxquels il emprunte une formule. Puis les descendants da Dieu se ré{}andirent au loin; il y en avait dans le Péloponnèse, TAsie Hineure, partout où l'on trouvait des temples d'AscIépios, et c'est là ce qui a fait prendre les Ascir^piades pour les missionnaires et les agents du culte. U médecine grecque a été d'abord toute laïque. Douze médecins au moins ont été connus sous le nom d'Asclépiade ; le plus célèbre fut Asclépiade de Bithynie qui vivait à Rome du temps de César. La divination tenait peu de place dans la pratique de tous ces gens; ils apprenaient de très-bonne heure à leurs enfants l'anatomie et s'efforçaient de leur inspirer le respect de leur art. Au douzième siècle de notre ère, Tzetès a cooaa
des Asdëpiades dont les archives de famille remontaieDt à une haute antiquité.
Quand Ténii^ralion diminua le nombre des i*ejetons authentiques d*l!)scul:ipe, 00 eut recours à Tadoption ; des élèves étrangers furent admis aux leçons contre rétribution ; ils prêtaient à la fin de leurs études le serment connu sous le nom de serment d*Ilippocrate.
Les Asclépiades invoquèrent leur ancêtre à titre de protecteur, comme les luédeciiis du moyen âge invoqueront saint Luc, saint Côme et saint Damicn ; ils lui faisaient des sacrifices individuels ou collectifs, mais c*ét«iit tout. Pourtant la divination ascicpienne était bien médicale ; le fils de Koronis fut de tous les dieux celui dont le rôle fut le plus clair, dont les oracles furent le mieux limités. Zeus, Démêler, Dionysos, parlaient à propos de tout; Asclépios ne répondait qu'aux malades ou à ceux qui l'interrogea ient en leur nom; c'est pour cela que son culte, sans avoir l'importance de celui d'Apollon, ni l'antiquité de celui de Zeos, faisait aussi étroitement qu'eux partie de la vie grecque.
A peu de chose près, l'organisation intérieure, la liiérarcliie sacerdotale, étaient les mêmes partout; nous suivrons ici un travail de M. Girard, le plus satant et le plus nouveau que nous possédions sur la matière*
Le prêtre d'Asclépios était nommé pour un an au suffrage populaire. Il était responsable devant le peuple de Texécution des rites sacrés; responsabilité sérieuse dans une ville qui avait condamné à mort son meilleur général pour bris de quelques hennés de carrefour. Les invocations priv^, les cérémonies publiques, avaient lieu sous sa surveillance» il prenait soin que le lit d' Asclépios etd'Uygiea fût toujours garni de molles couvertures; il présidait la commission administrative, inventoriait les oflVandes, rédigeait les archives du temple. Ce prêtre était aidé comme à Delphes par un appariteur dont l'importance était en quelque sorte proportionnelle au nombre des \isiteurs.
An début, le zacore fut un sacristain balayant le temple, parant les statues, allomaut les lampes et les éteignant. Dans la suite, le zacorat devint une dignité ; la oonitécration des ex-voto, au besoin la composition d'hymnes sacrées, étaient de son ressort. Pliis bas se trouvaient des personnages occupés à titres divers ; aux Épidauria figuraient des femmes portant les corbeilles et les vases sacrés, foodioa accidentelle et somptuaire confiée souvent aussi à des enfants. Les dignitaires qui présidaient les mystères d'Eleusis avaient la haute surveillance sur le caile d'Asdépios à Athènes.
Le temple proprement dit consistait en une chapelle de petite dimen* sioo, magnifiquement ornée; au fond se dressaient les statues du Dieu. A Épidaure, une d'elles était l'œuvre de Kephiso, fils de Praxitèle; une autre était due au ciseau du fameux Thrasymède de Parus. Asclépios était ordinairement représenté assis sur un siège d'ébène, il avait une barbe d'or, et le caducée à la main; un chien était assis à ces pieds. D'autres fob, on voyait à côté de lui des statues de héros. &I. Girard pnrie d'un certain Polycritos qu'il considère comme un fameux médecin de Mandés vivant du temps de Conon ; tout cela était comple'té par des lampes et des trépieds.
La chapelle était entourée de portiques servant d'abri aux malades; au milieu se trouvaient les fontaines sacrées et des statues. Le culte d'Asclépios n'eut jamais à Athènes l'éclat de celui des grands dieux ; il consistait en temps ordinaire en sacrifices dont la nature et l'époque nous sont inconnues; puis il y anitdeoxsolennitës périodiques : les Epidauria et les Asclépiéia., Les premières mieot lieu Ters It fin de l'été pendant le mois de bœdromion, à Véyo(\u^ âie^
&8 DIYINATION.
mystères de Dëmëter et de Korë; on disait qu'autrefois Asclépios avait bit le voyage d*Épidaure à Athènes exprès pour 8*y faire iniliery de sorte que, pour [)erpëtiier le souvenir, on avait établi des fêtes en son honneur à œtle date. Le 17 avait lieu la veillée après une théorie dans laquelle les statues des divinités en question, promenées d'oratoire en oratoire autour de TAcropole, restaient un certain temps dans celui d'Asclépios. Les autres fêtes avaient lieu au commencement du printemps, elles précédaient celles de Dionysos, étaient accompagnées de chants, de jeux dont les prix furent haute meut ap|>réciés. Hors de là, on venait prier à volonté dans le temple el offrir des sacrifices.
Les oracles étaient rendus selon un mode constant : les malades entendaient la voix du Dieu pendant le sommeil ; Tincubation oniromantique fut la pratique fondamentale de la divination médicale; il n*y avait point d agent intermédiaire comparable à la pythie. Le consultant s*endormait, Asclépios lui apparaissait et lui donnait ses instructions. Voici comment les choses se passaient au moment des ce'rémonies dont nous avons parlé : Une foule de malades et de pèlerins de tout âge se pressait sous les portiques ; le premier jour était coasacré aux purifications, aux sacrifices, puis on faisait brûler sur les autels des gAteaux au miel et au vin ; il parait que la flamme ne les dévorait pas tous. Dans le Pluius d'Aristoi^hane, Tesclave Karion, qui raconte une veillée sainte, aperçut le prèlre sanctifiant ceux qui restaient et les fourrant dans un sac. On déposait en même temps des fruits, des figues sècbes, sur une table, puis on sacrifiait des bœufs, des porcs, des volailles ; on chantait des hymnes, on priait jusqu'ao soir. A ce moment, des lampes étaient allumées sous les portiques ; les sup* pliants qui avaient apporté des couvertures et des provisions pour la nuit s*éten* daieiit sur des lits de feuilles préparés par les serviteurs du temple; le lacore éteignait les lumières et chacun attendait dans un religieux silence le sommeil et le dieu. Le lendtmain, dès Taubc, c'était une véritable cohue; chacun racontait ce qu*il avait vu : certaines prescriptions devaient être accomplies sur place, d autres se faisaient hors du temple; tout se terminait par des sacrifices et la consécration des ex-voto.
Les plaisanteries des satiriques n'empêchaient point les Asclépiéia de prospérer. 11 y avait à celui d'Ëpidaure assez de statues, d*ex-voto précieux, pour que les généraux et les proconsuls romains, Mummius en particulier, n'aient pas dédaigné de les réquisitionner.
Le temple de Cos renfermait deux chcfs-d*œuvre d'Apelle, l'Antigone et l'Anadyomène. A Pergame, TAsclépiéion fondé par les Attalides était un readei* vous de lettres, d*érudits. Les rois y venaient souvent ; un d'eux, Attalos Pfailométor, avait réuni dans les j.irdins toutes les plantes vénéneuses que renlerme la flore de l'Asie Mineure; il les cultivait lui-même, étudiait avec une véritable passion leurs propriétés, chcrcliait leurs antidotes, jugeant probablement que la science des |»oisons doit faire partie de Téducalion de tout monarque habile.
Le culte d'Asclépios eut comme celui de son père trois siècles de décadence; les ridies Romains des premiers temps de rem^tire allaient à Épidaure oomme on va aujourd'hui dans une station thermale, sûrs d'y trouver un paysage charmant, un air pur, une société choisie.
La foi aux légendes était bien morte ; on pillait les cités saintes, sans crainte. Un des meurtriers de César fit couper les arbres de Cos, pour construire des gtières. L'Anadyomène alla orner les jardins d'Auguste; puis des aocideot»
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teUoriques formidables s'ajoutèrent aux guerres civiles. A cent ans d'intervalle, la pairie dUippocrate fut éprouvée deux fois par un tremblement de terre; on eût dit que les divinités pélasgiques voulaient prendre leur revanche et renverser les temples de leurs successeurs. Le cliristianisme n'épargna pas plus le Dieu guérisseur que les autres, Gos devint le siège d'un évéché, Épidaure fut délaissée. Ptour l'Athènes chrétienne et b^-zantine du cinquième siècle le ZMTîp n'était plus A8clé|)ios, mais un réformateur juif supplicié quatre cents ans auparavant el qu'on disait fik non de Zens, mais de Jébovah.
Quelle a été l'influence du culte d'Asclépios sur le développement et les progrès de la médecine ? Faut-il croire» avec Oarcmberg et Malgaigne, que ses prêtres n'étaient que d'Iiabiles escrocs vivant de la niaiserie publique? Doitoa admettre avec M* Girard que l'Asclépiéion était un liôpilal civil et religieux où les riches venaient chercher ' d'utiles conseils, où les pauvres trouvaient un asile, ou les médecins se rendaient pour puiser de salutaires inspirations ? Ces opinions ne nous paraissent ni l'une ni l'autre absolument justes. Nous concevons difficilement un hôpital dans lequel les malades reposeraient une seule nuit sur un lit de feuilles.
Dans aucune inscription, dans aucun inventaire, il n'est question de dispositions accessoires, de irais de nourriture, do logement; on a trouvé dans les raines de Pompéi, et même à Paris, des instruments de chirurgie ; on n'en a pas trouvé an voisinage de l'Acropole. Le Dieu guérissait parfois et ne soignait pas. Les iusQCcès ne compromettaient ni U foi, ni sa réputation, car il gardait son libre arbitre; avant de rendre la vue à Plutus il exaspéra l'ophthalmie d'un antre.
Aidëpioa donne aux riches comme aux pauvres des conseils, il réclame d'eux des cérémonies purificatrices, des offrandes; on était nécessairement moins exigeant pour les malades de la seconde catégorie, mais c'était tout. Y a-t-il dans iont cela rien qui ressemble à une institution de bienfaisance? Los Ascicpiâa étaient des établissements purement religieux; ils ne servaient qu*indire> tcBient an soulagement des misères organiques ; on ne recevait au voisinage du temple d'Épidaure ni mourants, ni femmes en couches.
D'un autre côté il est bien difficile de croire que tout fàt fraude ou charyataniame. M. Girard s'est demandé si le prêtre éUiit médecin, et conclut par la négative. Le sacerdoce étant conféré à l'élection, rien n'indique que le choix des candidats fût limité. Nous sommes trop disposés, quand nous parlons d'un médecin de l'antiquité, à raisonner comme s'il s'agissait des temps modernes; à faire de la médecine une fonction régie par des lois analogues à celles d'aujoord'iiui.
Rien ne dit que les pontifes d'EscuIape fussent médecins, c'est-à-dire fissent mni leur élection métier d'aller voir les malades et de leur donner des soins; rien ne dit non plus qu'il n'eussent pas des connaissances sérieuses en pathologie el en thérapeutique. La nature même de leurs fonctions en exi^'eait. Cooment prévoir sans cela un accouchement ou une mort imminente?
Les actives des temples relataient minutieusement les songes, les maladies, les remèdes appliqués. Eût-il été possible de les tenir sans connaissance des termes techniques? Puis il fallait prêter la main ï l'exécution des ordres du Dieu; il ordonnait souvent des sacrifices, des pèlerinages; mais les douches, les affinions froides, les potions, appartenaient aussi à sa thérapeutique, Aristide dut le baigner en plein hiver; s*il n'eût jamais rien vu de pareil, il est peu probable qa*Aiciépioi lui eût donné ce conseil ; mais k Rome, qu*ArisV\A^ "Vf^fkivV.
de quîUer, la mëthode du Marseillais Cliarmis n*était pas oubliée, et Charmis avait fait des miracles en faisant plonger dans l'eau glacé de tjcux consulaires qui greloltnient avec ostentation.
Les prêtres éLiient les premiers onirocritcs de la divination asclépienne ; c'est à eux que les fidèles racontaient leurs visions; un songe d'Aristide à Pergame lui ordonnait une saignée de 125 livres, ils refusèrent de la faire. Que la médecine des temples fût exercée par les prêtres, par le zacorc ou des praticiens libres, la chose importe peu. La divination que nous venons de voir toucliait certainement à la science par plus d'un côté, ses édifices étaient ordinairement dans des conditions hygiéniques favorab'es. « Tout était disposé de manière que l'air y fût salubre et vivifiant. Tantôt ils étaient situés sur des éminences, tantdt on les cachait dans des gorges boisées pleines d'acres senteurs, hien d'enclumteur comme le site de l'Amphiaraidn, tel qu'il nous apparaît encore aujourd'hui. Le temple et ses dépendances étaient bâtis dans un vallon étroit, sur le bord d'un ton ent ; d'épais bouquets d'arbres protégeaient le sanctuaire ; l'eau courante, la verdure et la bonne odeur de pin qui parfume l'air font encore de ce ravin que les modernes appellent Mavrodilissi un charmant lieu de repos. Si l'Asclépiéion d'Athènes manquait de cette pittoresque parure qui donne aux monuments de beaux ombrages, il rachetait ce désavantage par sa position élevée. De ses deux terrasses on découvrait la plaine d'Athènes jusqu'au golfe de Phalère, Égine et les montagnes lointaines de l'Argolide. Quand on parcourt aujourd'hui les ruines du sanctuaire, qu'on se promène parmi ces marbres dorés, seuls restes de tant d'édifices, on comprend bien tout ce que devaient avoir de récréant pour les malades ce magnifique panorama, ce chaud soleil et cet air pur qui, de nos jours encore, baigne l'Attique et dont la transparence étonne » (Girard).
Les prêtres n'exécutaient point à Taveugle les prescriptions divines, mais les interprétaient, faisaient souvent bon marché de la lettre ; au besoin les malades étaient adressés à des médecins voisins ou éloignés ; l'Asclépiéion était un simple établissement balnéaire. Les moyens physiques, i'h} drotliérapie, 1.1 gymnastique, formaient la base de la médication. A Pergame, on employait la llgellalion et le massage, les strygiles ou étrilles, si usitées dans l'apothérapie antique, en venaient.
Le culte d'Asclépios ne fut donc point un simple tissu de jongleries; ses temples ne furent ni des hôpitaux, ni des écoles, mais des instituts religieux autour desquels se groupèrent des praticiens instruits. Ses oracles ne proscrivirent pas plus la médecine vraie que ceux d'Apollon ne proscrivirent la philosophie; lesguérisons miraculeuses n'empêchèrent pas Ilippocra te d'observer à l'ombre du sanctuaire de Cos; ce fut le Dieu lui-même qui décida la vocation de Galien.
Asclépios eut des concurrents : Trophonios et Amphiaraos, dont les temples étaient en Béolie, parlaient aux malades, les guérissaient parfois; l'Egyptien Sérapis emprunta sa méthode. Ces cultes restèrent locaux; ils avaient contra eux l'inconstance de leurs prati<|ues. A l'antre de Trophonios, les cérémonies ressemblaient à une initiation magique. Le consultant devait passer un cer* tain temps dans les temples du bon Génie ou de la Fortune, puis faire des ablutions et des sacrifices ; le dernier était celui d'un bélier noir à la suite duquel on apprenait si le Dieu répondrait. En cas d'affirmation, deux enfants de douze à treize ans conduisaient le suppliant au ruisseau d'Herlzyma» où il était
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lavé, frolté dlmile, puis il buvait les eaux de la fontaine Mnëmosyme, faisait une loai*ue oraison devant la sUitue de Troplionios, sculptée, disait-on, par Dédale, desci^ndait avec une échelle jusqu*à roiiverlure latérale de Tantre et j introduisait la jambe; le Dieu attirait le reste du corps. « Quand je fus ilescendu dans l'oracle, dit un certain Timarque de Cliéronée, contemporain de Platon, je me trouvai d'abord entouré d'épaisses ténèbres. Je un une prière et restai longtemps couclié sur le sol. Je ne me rendais pas bien compte à moimême si j*étais éveillé ou si je Qisais un songe; seulement il me sembla qu'à la suite du btuit qui éclatait les sutures de mon a*àne s'étaient di.«jointes et laisnient passage à mon âme ». Cette desciiption montre que le dieu de Labidée rendait dillicilement ses oracles ; qu'il aimait à frapper les imaginations ; que rincubation préparée par des libations ne ressemblait point à la veillée sicrée d*Epidaure ; ce culte est effrayant comme celui d'Hécate. Certains individus sortaieut avec une incurable mélancolie ; beaucoup consultèrent Asclépios ou Pytbo sur les moyens de s'en guérir; un envoyé de Demetrius mourut dans rAd}tou; les prêtres déclarèrent qu'il y était entré avec des pensées sacrilèges : n'était-ce point plutôt parce que l'absorption de breuvages stupéfiants faisait partie des cérémonies préparatoires, ou parce que les ûdcles étaient «ournis à des inhalations toxiques ?
Nous ne savons rien des rites suivis à l'oracle d'Amphiaraos, si ce n'est que ceux (ja'il guérissait étaient obligés de jeter dans la source des pièces d'or et d'at geiit. Sérapis* devint presque hellène sous les Lagides. A cette époque aussi il acquit de la puissance médicalrice. La divination thcrapeiiti(|ue ne paraissait pas tenir une grande place dans la religion des Égyptiens; leurs métlecius étaient nombreux du temps d'ilérodote. Dans les ruines des temples de Denderah, de Kariiak et de Louqsor, se trouvent des dessins représentant des opérations diirurgicales ; le papyrus d'Ebers contient une sorte de traité des maladies des yeux; d'après Pline les fleurs de la plante appelée coithoun, qui sont employées contre la morsure des serpents, l'é aient aussi dans les troubles de la vue; on a même trouvé des dents artiiicielies sur une momie. Tous ces monuments prouvent qu*il existait une médecine expérimentale sur les bords du Nil. Elle avait un caractère sacré et c'est ce qui l'immobilisa. Les secrets étaient renfermés dans an livre saint, on aurait puni de mort celui qui aurait tenté d'y rien clianger (Diodore). Ce manuscrit, dit l'un d'eux, a une origine divine. Il donne le trutemeut d'une maladie appelée uchet d'après un vieux pnpyrus trouvé sous les pieds d'Anubis à Letopotis et dédié à Zazati, roi de la haute et de la basse Egypte. Un autre papyrus du Muséum de Berlin appartenait, d'après Brugsch, à la bibliothèque médicale du temple de Ptah à Nemphis, qui existait encore da temps de Galien.
La médecine égyptienne avait donc une origine surhumaine, et formait un oiiemble doctrinal auquel il était interdit de toucher. Les temples d'Anubis, dlsis ou d'Osiris, étaient des dépôts, des archives ; ce n*étaicnt ni des instituts maatiqueSy ni des écoles. S'il y avait une divination médicale chez les anciens l'^ptiens, cette divination ne ressemblait pus à celle que nous avons vue <n Grèce, ou ne pourrait la comparer qu'aux livres sibyllins; tous ceux qui lexerçaient remplissaient le rôle d'exégètes sur des vieux textes naturellement <>bMmrs. 11 n'est pas extraordinaire que sous les successeurs de Camby>e les
* lal^rrè leur difTérence d'origine, le Sérapéon et VAscltfpion sont souvent conrondus <^ le laogafe QSoeL
choses soient restées ce qu'elles étaient; après avoir perdu leur îndépendanee, les Égyptiens conservèrent leurs usages, leur civilisation, plus avancée k coupiàr que celle des Iraniens leurs vainqueurs.
Après la fondation d*Alcxandnc et Témij^ation des Grecs, ce fut autre chose; les nouveaux venus apportaient des arts perfectionnés, des cultes somptueux; les livres sacrés perdirent leur prestige, on guérit sans eux; les dieux euxmêmes s*eii mêlèrent. Les Égyptiens, ne pouvant adopter Asclépios qui D*était ni de leur pays, ni de leur race, commencèrent par consulter bis, puis ils allèrent cherclier Sérapis en Asie. Yespasien fit des miracles grâce au dernier; il guérit un aveugle en lui crachant dans les yeux et un boiteux en lui touchant la cuisse; Sérapis moins heureux ne put rien contre raffection qui tourmentait Caracalla; plus tard, ses statues tombèrent sous les coups de la pc^laee chrétienne, et ses prêtres changèrent de culte. A partir du quatrième sièob de notre ère la divination médicale n*eut plus de sanctuaires.
Les méthodes usitées à Delphes et à Épidaure se retrouvent dans beaucoup d'autres temples. A Dodooe loracle de Zeus avait ses pythies, les pîlciades qui parlaient aux consultants du haut du chêne sacré ; il avait ses prophètes, les Sel loi. Mais il employait encore des procédés clôromantiques et une sorte de basbin de bronze, sur lequel venaient frapper des espèces de billes métalliques ; on devinait par les sons.
L'extispicine était en honneur à Ol^mpie dans le temple de Zeus Amnoa; à Paphos, où la blonde Aphrodite avait ses oracles, on devinait par incubatioo; dans le temple de Pluton à Characa, le dieu des morts était transformé M rival d'Esculape, il guérissait, donnait des conseils; il n*était même pasnéeet* saire de venir comme à Athènes faire la veillée sacrée; les prêtres s*en chargeaieal et rappoi taient à leur client ce qulls avaient entendu.
La cleidonomancie étsit un procédé très-apprécié dans les temples d'Hermès.
€ 11 y a à Pliara;, dit Pausanias, une statue d'Hermès avec barbe : elle est en marbre, de forme carrée, de grandeur moyenne et posée à nu sur le soL L*inscription qu*elle porte dit quVlle a été dédiée par le Messénien Simplas. Oi appelle cet Hermès Agoracos, et près de lui a été installé un oracle. Devant k statue se trouve un foyer également en marbre, autour duquel sont scellées ai plomb des lampes de bronze. Celui donc qui veut consulter le dieu arrive ven le soir, brûle de l'encens sur un brasier, puis, ayant versé de l'huile dans hi lampes et les ayant allumées, place sur Tautel, à droite de la statue, uiM monnaie du pays qn*on appelle clialcons, et s'approche du dieu pour hii poser à Toreille la question qui l'amène; après quoi il quitte l'agora en se bouchant les oreilles. Une fois hors de l'agora, il ôte ses mains de ses oreilles, et la première voix qu'il entend, c'est la réponse de l'oracle ».
11 en fut des oracles comme de toutes les institutions humaines ; nous avoss vu la grandeur et la décadence de celui de Pytho; d'autres, subissant des vicissi* tudes encore plus tristes, devinrent des marchés ou quelque cllO!^e de pis. bel noms d'Atlièna la vierge guerrière, ou d'Hcra la matrone digne et sévèi'e, servi* reut d'enseigne à des tnpots et à des lupanars.
IH. Divination chez les {{omaiiis. Auprès de la divination grecque la divination oillicielle des Romains fait pileuse figure. Chez les premiers, il ii*f avait ni restriction, ni réglementation; un devin faisait concurrence à un autre; Délas se dressait en face de Delphes : Pergame en face d'Épidaure. Ces rivalités»
cette eonfusion, pouvaient convenir à l*esprit centralisateur des Romains. Militaires, ingénieurs, agronomes, ils ne furent jamais artistes; ils Toulurent tout régler, jusqu'au besoin instinctif de protection de Tliomme, jusqu'à sa déGafioe de l'a venir. Les méthodes ofOcielles de divination à Rome n'étaient même pas nées sur place, elles venaient de rÉlrurie ou de la Grande Grèce. Une bizarre légende nous a été léguée par les pamphlétaires chrétiens des premiers siècles, celle des augures ne pouvant se r<^.irder sans rire. On en parie comme de jongleurs débitant des prophéties dont ils se moquaient les premiers. Les augures n'étaient pas des devins ; c*étaieiit des magistrats jouant u rèle important dans la conservation des traditions romaines ; des conseillers d'État dont les décisions pesaient d'un poids réel sur celles des con>uls ou du Sénat. Prendre les auspices, c'était reconnaître si les signes observés étaient ou non favorables, si les dieux n'avaient pas reçu quelque offense publique, si dans Tacte qu'on allait entreprendre on n'aurait pas à compter avec leur courroux, n y avait des jours néfoêUê^ marqués antérieurement par des signes de la colère des dieux et dans lesquels la vie publique était suspendue.
L*bi?toire des augures commence avec celle de Rome; certains auteurs prétendent que Romulus en clioisit un dans chaque tribu. Tite Live ne les fait tononter qu'au pieux Numa. Pendant toute la durée de sa royauté lo souverain le nomma directement; après la chute des Tarquins, le collège se recruta lai4Déme. Comme toutes les fonctions importantes, celle-ci apprtenait au patndat. Quand les plébéiens revendiquèrent leur part des diarges publiques. Us voulurent qu'elle fût accessible à tous ; elle le devint par la loi Ogulnia 3M ans avant notre ère. Deux siècles plus tard la loi Gomelia, dont S} lia fut l'inspirateur, enlève l'élection à l'assemblée du peuple. César, pr la loi Attia et laloi Julîa, la restitue en principe aux Comices; cela ne l'enipéche nullement de nommer Ini-mêmedes augures ; en sa qualité de grand Pontife, Octave n'eut garde de renoncer à ce privilège ; pendant tout le reste de l'empire l'augurât bt une magistrature de second ordre conférée par le maître. La prise des tospices, l'inauguration, c'est-à-dire la cousécration du territoire ou des éihfices poblies, étaient des actes religieux au premier chef; à l'époque de sa plus grande prospérité, le collège des augures voulut acquérir une enliéi-e autonomie et se rendre indépendant du Pontificat; cette tentative fut malheureuse : celui qui l'avait eotreprise fut désavoué par le peuple, et depuis lors on ne la renouvela pas.
Gonune la plupart des autres fonctions romaines, celles-ci étaient gratuites ; ks seuls privilèges qui y fussent attachés, c'étiût la dispense des corvées et du service militaire, sauf en cas de tumulte gaulois ; peu à peu des abus finirent par se glisser dans l'institution ; une loi de 196 réclame des augures le paiemeut de leurs impôts, que depuis longtemps ils se dispensaient d'acquitter.
Les revenus du Coll<^ étaient peu considérables ; il avait pi-ès du Capitule fodqnes biens qu'on vendit lors de la guerre contre Hithridate ; puis l'État couvrit les frais. L'assemldée générale avait lieu dans laugurjcle du Capitule lepiemier jour des noues de chaque mois; la nomination de nouveaux membres était fêtée par des banquets. Ou servit pour la première fois du paon à cdiii qui fut donné par Hortensius; les décrets augurant formaient un Codex doQt on fit plus tard des extraits de manière à permettre aux derniers élus de >*ioquitter de leur emploi sans irrégularité.
La prise des auspices était la fonction principale des augures; ils ne ks prenaient pas euxHoaèmes, mais, pour que l'opération fût régulièie, il t^iW^Vv
la présence de Tun d'eux. Aux armées le Collège déléguait comme mandataires des agents inférieurs appelés pullarii.
Qn'élait-ce donc qu'un auspice? On signe quelconque perçu à la suite de cérémonies déierroinées dans un temple. Celle divination est mixte» comme les oracles helléniques. 11 y a cependant une diCférence; la mantique romaine tenait le milieu entre la coscinomancie et les procédés grecs.
Nous nuvons vu ni à Delphes, ni à ÉpiJaure, ni même dans Athènes, aucune condition spéciale pour la construclion du temple, aucune relation nécessaire entre lui et le monde extérieur. L'architecture, la sculpture, la [leinture, concourent à son ornementation; on bâtit simplement l'édifice en un lieu consacré par une tradition vénérée. La théologie toscane r'iyonne autour de la théorie géométrique du temple; l'univers est un temple dont le ciel constitue lëtagc supérieur, la terre et ses profondeurs les deux autres. Pour entrevoir les desseins dei Dieux, il faut s'orienter, prendre une position analogue à la leur, observer les choses comme eux; le temple n'est plus un monument commémoratif, c'est un observatoire ayant son méridien, son é(juateur, son périmètre. Le premier était constitué par la ligne droite passant directement au-dessus de la tète lorsqu'on regarde le midi ; puis la ligne décumane perpendiculaire sur celle^. S'agissait-il d'établir un camp, de limiter un territoire, de fonder une ville, de i*égler un ordre de bataille, il Adlait toujours partir de la disposition origi^ nelle du temple. Au début lepomertum, c'esi-àdire le périmètre, était circulaire comme riiorizon, un des plus anciens temples de Rome consacré à Vesta eut celte forme; plus tard des dillicultés mat'rielles de tracé firent abandonner la circonféreni c pour le carré et le rectangle, dont les médianes représentaient le canio, c'est-à-dire le méridien et sa perpendiculaire.
La ville constituait le temple urbain dont le centre était Tauguracle da Capitolc. 11 serait difficile de méconnaître la ressemblance de la théorie (iinnatoirc des Chaldéens et de celle des Toscans.
La cosmographie astrologique à pour vassales terrestres ou organiques la géomancie et la chiromancie ; la terre, les viscères, les éminences mêmes de h main, sont autant de satellites des astres; les signes fournis par les uns etptr les autres sont assujettis à la même exi'gèse. Le temple romain était divisé pir ses médianes et ses diagonales ; il était extrêmement facile, lorsque les cirooo* stances lexigeaient, de multiplier les lignes secondaires ; c'est ce que l'on fit« et l'on eut des espaces analogues aux réceptacles planétaires du zodiaque et dont la connaissance minutieuse fut plutôt le privilège des aruspices» hâritien des traditions toscanes, que celui des augures.
La limite du temple une fois fixée était pour ainsi dire immuable; il fallait pour Taugmentcr des circonstances exceptionnelles ; ceux-là seuls qui avaient étendu le territoire de la Hé[)ublique en avaient le droit. Lorsque les conditions préliminaires avaient été remplies, on procédait à finanguiation par des prièrei et des sacrifices ; cette consécration n'était pas déHoitive, il fallait la renouveler à intervalles fixes; c'est ce qu*on appelait la libération du temple; mulheur au propriétaire qui avait fait balir trop près du pomcrium ou sur le parcoun des lignes cardinale et décennale! Le Collège augurai réclamait impitoyablement la démolition de Timmcuble. H y avait de temps en temps une sorte de jubilé, mais il fallait pour qu'on put l'accomplir en toute sécurité des conditions si nombreuses qu'elles furent très rarement réunies. Vaugurium salutii n'était régulier qu*en cas de complet silence, c'est-à-dire si la paix régnait au dcdant
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Mnme au dehors, s*il n*y avait ni guerre ni menace de discorde civile. Sous le Misulat de Cicéron (64 av. notre ère), les gens timorés trouvèrent que les xidîtioiis étaient mal remplies et s'attendirent à de tristes ciioses ; la conspiition de Catilina montra bientôt que le silence n*était que le calme préorseur de Torage. Après Actium, Octave en fit un autre ; il y en eut encore MIS Tibère et sous Claude. Ces solennités ont peu d'importance pour Tbistoire a Gollt^gc.
A chaque magistrature nouvelle le titulaire devait prendre les auspices dans I forme prescrite. C'était Taugure qui réglait le rituel, c'était lui qui présidait
la construction de la tente placée en avant du temple, qui déclarait sous I propre responsabilité que tout était régulier ; un rien suffisait pour bliger à un ajournement. Lorsque la tente augurale était orientée comme le impie et percée d*une ouverture vers le midi, Tauspicant s*y plaçait, s'asseyait ir une pierre solide, regardait Thorizon et prononçait le iegum dictio sacralentel, c'est-à-dire renonciation du signe ou du phénomène qu*il attendait Mome auspice. L*augure à sa gauche, la face tournée vers rorient, répondait. Pendant la cérémonie un silence absolu était indispensable ; le craquement d'un Kuble, une expulsion bruyante de gaz intestinaux, suffisaient pour vicier l'ausîœ, et tout était à recommencer.
Au début le choix des signes fut assez étendu : des météores, le vol des iieaux, pouvaient être réclamés et attendus ; plus tard on s'en tint à l'orniiMMnancie ; le pivert et l'orfraie étaient des oiseaux dont on observait à la fois 5 v«d et le cri, puis venaient le vautour, Taigle, la buse pour le vol seul, le orbeau, la corneille, la chouette pour le cri. Une méthode aussi simple était apable de fournir des présages défavorables et plus souvent encore de n'en knner aucun. Supposons qu'un consuliant eût pris la buse pour auspice, tteudrait-il que l'un de ces oiseaux volùt de Test à l'ouest, par exemple, dans le faamp de la vision ? Un tel procédé eût été pénible et long ; le peuple romain bit trop actif pour pousser loin la dévotion ; il voulait bien consulter ses lieux, leur demander s'il ne les avait pas offenaés, mais à condition que ceux-ci 'épondissent non ou se laissassent apaiser par une expiation facile et surtout prompte ; jamais une interdiction augurale n'eût pu retarder d'une heure la marche d'un corps d'armée. Plus on alla, plus la prise des auspices perdit son anctère mantique pour devenir une cérémonie religieuse. Il y a dans les loges naçonniques une formalité singulière et probablement très-ancienne qui peut looner l'idée du rôle des augures. Lorsque Tordre du jour est épuisé, le Yénéabie adresse la question suivante à un des officiers placés vers les colonnes [ui correspondent aux points cardinaux : Frère qui décorez la colonne de 'Orient, à quelle heure les apprentis terminent-ils leurs travaux? Le frère inter- "ogé transmet la question à son voisin, qui la transmet à un autre jusqu'à ce |i'elle arrive à la dernière colonne, où l'on fait invariablement celte réponse : I A minuit. Vénérable. — Quelle heure est-il? — Minuit précis. » Le Vénérable léebre l'atelier fermé. Minuit est l'heure sacramentelle nécessaire pour une dôtare ; c'est elle qu'on annonce sans prendre la précaution d'interroger la pen- Inle. Les augures procédaient de la même manière. Je veux que le vautour me soit à auspiu», disait le consultant. — Soit. — Le vautour vole-t-il de lest à l'oaest? — Il y vole. Le plus souvent, il n'y avait pas de vautour. Ou en arriva là par suite de cette idée : que les dieux permettent ce qu'ils ne défendent pas, qu'ils sont satisfaits, s'ils ne se déclarent point oflensés. On lai«a\l m'veui^ ou
Mcr. nu:. XO*. h
préparait les réponses. Les cérémonies de Tauspication cÎTile eussent été Jongaes dans les camps ; on les limita à une variété de cléromaacie plus simple que Taleclr^Tomancie hellénique» chaque général emportait des poulets sacrés. Le jour oh la cérémonie avait lieu, on les lâchait dans un enclos où du grain avait été répandu ; s*il se jetaient dessus avec avidité, l'auspice était favorable; pour être plus certain du succès on les faisait jeûner plusieurs jours d'avance. Cette rectification du hasard se retrouve à chaque instant; il était de très-mauvab augure quand le cheval qui conduisait un juge à son poste fientait pendant le trajet ; les magistrats prirent Thabitude d'aller à pied.
Cette divination aussi pauvre que celle des Juifs ne put pas mieux satisfaire les exigences populaires ; mais Rome ne connut ni l'intolérance, ni le fanatisme enthousiate ; plus tard seulement, quand l'étranger déborda sur elle, quand les mercenaires occupèrent la première place dnns les milices, quand les traditions barbares menacèrent d'étouffer les souvenirs nationaux, on essaya d'arrêter le flot qui montait. Dès le temps des rois, il y eut à Rome des devins étrangers si nombreux qu'ils finirent par former une corporation. L'art des aruspices était un art toscan, à la fois précis et confus simple et mystérieux. De temps immé* morial la divination avait été en honneur en Étrurie; elle était cultiva surtout pur les patriciens ; le liluus fut un attribut des lucumons ; le lituuSf c'était if bâton symbolique, l'espèce d'équerre qui servait à tracer les lignes d'orientation du temple ; peu à peu l'art se popularisa ; il devint profession et du même coup les grands Tabandonnèrent. Du temps de Numa il en était déjà ainsi ; Attos Navius, qui coupa dit-on, une pierre avec un rasoir, n'était autre chose qa*iin aruspice étrusque. Les Romains employaient un peu malgré eux ces étnuigcrs, qui avaient la S|)écialilé d'expliquer les prodiges; pour peu que Thoriioo politique s'assombrît, ils délaissaient une ville qui cessait d'être sûi*o pour eux.
En 595, à l'époque du siège de Yeïes, il y eut sur la terre, dans, les airs, dei phénomènes si singuliers que tout le monde les tint pour prophétiques. Conuneil n*y avait personne pour les expliquer, il fallut envoyer des.ambassadeurs jusqu'à Delphes. La paix rétablie, on eut recours à un procédé plus suret moins coûteux : rÉirurie reçut quantité de jeunes Romains qui venaient apprendre ses arts; elle fut leur véritable école divinatoire. Les aruspices étaient également venéi dans l'auspicntion et le cérémonial des augures. Un d'eux n'hésita pas à préve» nir le père des Gracques d'une irrégularité qu'il avait commise. Celui-ci protesta avec une orgueilleuse fierté: Commtnt toi, étranger et barbare, conndtraîstu mieux notre rituel qu'un augure romain? l'augure romain «ivait pourtant tort. Sylla avait constamment avec lui l'aruspice C. Poslumius; celui de César s'ap* pelait Spurius. Après la guerre sociale,- l'annexion définitive de l'Étrurie et l'admission de ses habitants au di-oit de cité firent cesser l'anomalie qui avait lai:$sé jusque-là l'inslitution sans existence légale. 11 y eut sous Claude va collège subordonné au pontificat et venant immédiatement après celai dfli augures ; la compétence de ses membres fut fixée : un ordre du jour d'AurélieD défendait de réclamer aucune rétribution aux soldats aruspices militaires.
L'aruspicinc étrusque tenait de la divination et de la magie ; les aruspiofis interprétiiient les signes, conjuraient leurs effets; c'étaient des prêtres d^niie religion à rites sombres. Leur compétence se bornait aux phénomènes célestes^ à lextispicine, à lu procuration des prodiges. Le signe mantique par excellence ét«(it la fondis ; dans son observation ils savaient tirer habilement parti de la Ihéorje géométrique du temple. Comme celui des Romains, leur temple était
tourne Ters le midi; pour eux comme pour les Grecs les dieux Asars résidaient ï rextréme nord. Certaines foudres étaient naturelles, d'autres surnaturelles ; il fallait les distinguer; puis chaque dieu avait la sienne ; Jupiter en possédait trois. On tenait compte du moment, du jour, de la forme de 'l'éclair, du coup de tonnerre, de la position par rapport au temple; toutes ces données, sujettes à une infinité de Tariantes, furent coordonnées par le stoïcien Posidonius.
Si Tétincelle frappait la terre, les aruspices devaient lenterrer et consacrer le lieu touché; la foudre étant toujours destinée à quelqu'un, il fallait une expiation. On creusait un trou de plusieurs pieds ; enchantait des mélodies funèbres, an sacrifiait des brebis (bidenies) et finalement, après les avoir entourés d'une clôtore, on abandonnait ces espaces que l'on appelait désormais bidentalia à cause des sacrifices accomplis, ou pulealia de leur forme en puits ; c'étaient des terres aorées qu'il était interdit de fouler.
Les aruspices avaient des formules préservatrices et provocatrices de la foudre ; au moment où les bandes d'Alaric étaient devant Rome ils offrirent, dit-on, de Içs anéantir, mais, comme ils exigeaient qu'on revint au culte des ineiens dieux, le fiape aima mieux entrer en pourparler avec les Goths.
La procpration des prodiges était une autre fonction des aruspices; le prodige est l'avertissement d'un dieu mécontent ; il est légitime de chercher l'offense H de l*expier. La division du temple rendait le même service que dans l'art fuigoral ; l'enquête se faisait par des moyens humains ; la réparation consistait tt sacrifices et en actions de grâces. En l'an 58 (A. C.) différents prodiges s'étaient produits. Clodius déclara qu'ils avaient pour cause un sacrilège commis par Cicérân, qui aurait bâti une maison sur un territoire consacré. Voici la fioosoltatioo des aruspices :
c Attendu que dans le territoire latinien on a entendu un cliquetis accom-
pigné de frénîissements; que dans le territoire voisin attenant à la ville, s'est
iàit ouïr un certain bruit sourd et un effrayant tintement d'armes, il a été
reeoona que les réclamations viennent de Jupiter, Saturne, Neptune, Tellus,
dieux célestes, à cause que des jeux ont été célébrés avec trop de négligence et
poUcés ; que des lieux sacrés et religieux sont détournés à Tusage profane ; que
desoratears ont été mis à mort au mépris des lois divines et humaines; que
la parole donnée et le serment ont été mis en oubli et encore que des sacrifices
d'institotion antique ont été faits avec trop de négligence et pollués, les dieux
immortels avertissent de prendre garde que, par la discorde et le dissentiment
deshautes classes, des meurtres et des périls ne soient préparés aux pères conscrits
et à leurs eheb* lesquels se trouveraient privés de secours et délaissés, ensuite
de quoi les provinces se rangeraient sous une seule autoHté, avec l'armée
dtaôée et un affaiblissement final. Ils avertissent aussi de prendre garde que la
dioie publiqae ne soit lésée par des menées secrètes ; qu'on n'élève en dignité
ks gens tarés et évincés, enfin que la forme du gouvernement ne soit changée. »
L'amspicine fut extrêmement vivace; beaucoup d'oracles étaient détruits
^*dle existait encore; on appelait toujours toscans les devins qui prédisaient
par eitispidne ; ils sont cités dans une loi de Dioclétien. Attila eu avait attaché
î sa personne; avant la bataille de Chàlons-sur*Marne il prit leur avis qui fut
dâavorable; à Tépoque de la guerre gothique, sous Justinien, il yen avait
tMJours dans les petites colonies païennes des campagnes d'Italie.
Les divinations écrites d'anciens clircsmologues furent les seules qui occupèrent i Rome une place sérieuse à côté delà divination étrusque. Nous connm-
sons la légende relative à Tacquisition des livres sibyllins; ces livres étaient en grec, plus tard seulement ils furent complétés par les Carmina Maruana^ compilation étrusque; deux fonctionnaires appelés duumvirs furent cliargés de leur interprétation. On n oublia jamais qu'ils avaient une origine étrangère; ceux mêmes qui en avaient la garde ne pouvaient les consulter que sur Tordre du Sénat, et avec le concours d'esclaves grecs chargés de leur venir en aide et peut-être (le les surveiller. La défiance des livres sibyllins était si marquée que toate infraction au rituel, toute tentative indiscrète de consultation était punie du dernier supplice. Un certain M. Attilius qui en avait laissé prendre copie à lUi Sabin fut cousu dans un sac et jeté à la mer comme un parricide. Depuis h chute de la royauté jusqu'en 567 l'institution resta ce que l'avait laite Tarquin. Quand un duumvir disparaissait, le survivant choisissait son collègue; cette année-là elle fut modifiée de fond en comble, le nombre des interprètes fut porté à 10 patriciens et 5 plébéiens. L'incendie de 85 ne modifia en lien les choses, Sylla fit colliger des textes à Trythràce, à Gumes, à Troie, dans presque tous les lieux assignés comme demeure aux sibylles ; il porta le nonibre dei membres de collège à 85. Auguste fit placer les livres reconstitués au temple d'Apollon Palatin. Ils passent pour avoir été entièrement détruits dans l'incendie de Néron ; mais il s'en fabriqua d'autres.
L'influence des duumvirs sur les affaires publiques était nulle ; leur autorité se bornait à la surveillance des cultes étrangers. Ils protégèrent l'importation de celui de Cybèle, la Grande-Mère, divinité asiatique honorée par des momeries ridicules et expansives qui auraient sûrement fait rire Caton. On consulta les livres sibyllins jusqu'au cinquième siècle ; dans une guerre contre les Maroomaos, Aurclien ordonna d'y avoir recours ; ils prescrivirent comme toujours des processions, des sacrifices à des dieux étrangers ; l'ennemi fut vaincu et on en fit honneur à la Sibylle. En 591, Symnaque les gardait, Claudien en parlait enooit en 402, Stilicon les brùla en 412.
Du reste, les Romains ne vécurent pas exclusivement au point de vue divinatoire avec ce que leur fournirent TÉtrurie et la Grèce ; longtemps avant que les méthodes de l'Orient eussent été transportées dans la ville, ils avaient i^ecoun aux pratiques des peuples voisins. Le Latium avec ses dieux devins, ses prophètes, ses présages que l'on appelait omina, sa divination cléromantique dam les sorts de Préneste et d'Antium, était le type le plus achevé.
Décadence et fin des divinations officielles dans Vempire romain. Noos avons vu partout que les pratiques divinatoires rattachées à la religion, que la religion elle-même, faisaient partie de la patrie. En Grèce, la multiplication des dieux correspondait à ce besoin d'autonomie urbaine qui perdit l'indépenduitt nationale. Aucun immortel ne fut assez puissant pour tuer ses collègues ; aaam oracle n'en put faire taire un autre. Chez les Romains, l'unité politique fut portée si loin que, quand la tête de l'Empire tomba, les provinces avec leur hiérarchie savante, leurs troupes redoutables encore, s'étiolèrent comme des branches delà* chées d'un tronc. L'Espagne devint wisigothe, l'Afrique vandale, la Gaule Iranque. Les institutions mantiques ne pouvaient vivre sous un pareil terrain.
La divination eut en outre dans l'empire romain des adversaires de deux oixires : 1*^ ceux qui n'y croyaient pas, qui prenaient les dieux pour des mythes et doutaient de la Providence ; 2® les fervents, qui craignaient les devins. Lorsque le christianisme fut assis sur le trône, les deux causes destructives se réunirait. Lesprenners docteurs de l'Eglise combattirent avec les armes des sceptiqw
ons les miracles païens furent pour eux dliabiles tours de passe-passe. Les lieux existent, disait-on, puisqu'ils se sont manifestes, et la série des prédicions justifiées, des faits surprenants, arrivait à la rescousse. Quand une criiqiie sérieuse se mettait de la partie il n*en restait pas grand*chose. Nous ayons u Origène s'égayer aux dépens d*llécate. Saint Justin et Tertullien n'étaient pière plus tendres en faisant abattre le Sérapéon d*Âlexandrie, l'évéque préeodait venger le public dont on se moquait effrontément depuis des siècles. îelle méthode était dangereuse; en niant les dieux, les néophytes de la eligion nouvelle s'exposaient à de dures représailles : car leurs traditions héiralques n'étaient nullement à l'abri de la critique. Julien, l'empereur théoogieo* leur porta de terribles coups avec les armes de Carnéades et d'Œnanos. On préféra donner à la lutte un autre caractère : les néoplatoniciens, ecte à demi-juive malgré son nom, admettaient des esprits de plusieurs ordres. l'ous avez vu des manifestations surnaturelles? soit, dirent les docteurs naznfois; on vous a dévoilé des secrets (fue l'intelligence humaine était incapable Tapprofondir; êtes- vous sûrs que ce sont de bons génies qui vous ont parlé? Vos évéjations sont diaboliques. Avant la venue du Christ, l'esprit du mal dominait or terre ; il pouvait dans une certaine mesure changer les lois de la nature, DODtrer l'inconnu et l'avenir. Mais le démon n'est que le singe de Dieu, qui 'oblige parfois à dire la vérité. La sibylle et Apollon Mi lésion ont prédit la venue la Christ. Dans ce duel à mort entre la jeune et la vieille foi, il ne pouvait Ire question de concessions. En présence des pratiques puériles des aruspices, le leurs purifications matérielles, un rationaliste se fût contenté de hausser les iptoles; les chrétiens s'indignèrent ; l'idolâtrie devint un culte abominable qu'il aibit à tout prix détruire.
Les amis des devins ne furent pas toujours tendres pour eux ; un aruspice iiDoré pouvait rendre en temps de guerre un mauvais service ; les oracles étrangers mai toujours à bon droit suspects aux Romains. Sous les empereurs, l'intérêt lynastique se joignit à l'intérêt public ; Tibère croyait à la mantique sidérale ; Delà ne Tempêcha pas d'envoyer son astrologue Thrœsy lies chercher chez Neptune des roaseignements plus précis que ceux qu'il lui avait donnés. H y eut sous son règne deux procès suivis de condamnation capitale : celui d'un certain Libo et edui de Julia Lepida, qui avait contrevenu à la fameuse lex majestatis en B*iiiformant de l'avenir de la maison de César. Sous Vespasien une loi chassa les astrologues de Rome ; l'empereur en conserva un pour son usage. Marciorèle fut paiement sévère, parce qu'un devin avait soutenu de ses encouragements l'armée révoltée d'Avidius Cassius. Sous les Sévère, sous Dioclétien, d'autres peines furent portées. Enfin vint l'édit de Constantin du 31 janvier 319 : 1 Qu'aucun aruspice ne s'approche du seuil d'un autre homme, même poar un motif étranger à la divination ; toute amitié avec les gens de cette etpèce* de si vieille date qu'elle soit, doit être rompue. L'amspice qui aura pàiétré dans une maison autre que la sienne sera brûle, et celui qui l'aura attiré par des promesses ou des cadeaux sera, après confiscation de ses biens, relégué dans une ile. En effet, ceux qui veulent obéir à la superstition ne pourront oerceren public le rite auquel ils tiennent. Celui qui dénonce un pareil crime it'est pas selon nous un délateur, mais plutôt un homme digne de récompense. » Quatre ans taparavant les docteurs chrétiens avaient fini par s'entendre au sujet des pratiques divinatoires; le saint Synode d'Ancyre les avait définitivement proscrites. Ia réfection païenne de Julien n'eut pas de suite; Théodose rêva eomm^
d'autres àionarques Tunité religieuse ; il interdit les sacrifices et fit fermer les temples. Partout où passèrent les Barbares, les lois impériales reçurent une éclatante confirmation ; en détruisant avec rage les monuments du passé ils donnaient satisfaction à leur ardeur de néophytes et à leur haine du nom romain.
IV. Divination chez les ANCiEifs Germains et chez les Celtes. La divination germanique était probablement plus étendue et plus savante que ne Ta dit Tacite. Les dieux du Nord, sans avoir atteint la perfection anthropomorphe de ceux de la Grèce, diffèrent pourtant beaucoup des monstres de Tépoque pélasgique ; il n y a point de parallèle à établir entre Odin et Kronos. Le premier ressemblerait plutôt à Zeus; c'est un batailleur qui préside l'Assemblée divine, appuyé sur sa lance et accompagné de ses loups et de ses corbeaux.
Ses jours se passent dans une lutte sans merci contre les géants, les lotbon, personnifiant des forces destructives de la nature. Les dieux ne possèdent pas le privilège de TimmortâTlité ou de la toute-puissance; ils disparaîtront quand riendra le terrible jour de Raynarok ; leurs palais s'abîmeront ; dans rimmensité; ils tremblent à l'aspect d'iormungard, le serpent gigantesque, qui hurle et s'ébat an sein de l'Océan. Dans la suite, ils entrèrent en communication avec certains mortels ; Odin prédit au roi Hading sa défaite et sa captivité. Il n'y a pourtant point de devin attitré parmi eux. Yidar, aux chaussures épaisses, découvre jusqu'aux plus secrètes pensées, maisVidar, réservé à de hautes destinées, se renferme dans un perpétuel mutisme.
Quand Baldur, tourmenté par des songes terribles, vient les raconter à l'Assemblée, personne ne sait ce qu'ils signifient. Fryga n'a d'autre ressource que de faire un talisman pour protéger son fils contre toutes les choses connues, elle n'oublia que le gui ; ce fut par le gui qu'il périt. Pour sonder les profondeurs de l'avenir, Odin fut obligé de recourir à un adversaire des Asar, le géant Wait Runismal. Voici ce qu'il lui répond :
« Le loup Fenris dévorera Odin, le père des siècles; mais Vidarle vengera et brisera les mâchoires du monstre ;
Une fille naîtra de l'antique étoile du jour, avant que Fenris la dévore. Apris la chute des dieux, cette fille parcourra la môme carrière que sa mère;
Lif et Liftrasis restent cachés dans les bois, ils sont nourris par la rosée da matin. C'est d'eux que naîtra une race nouvelle ;
Quand les feux de Sortur, le géant, seront éteints, Vids^r rebâtira la demeoie des dieux; La paix succédei'a aux longs combats ».
Une espèce de sibylle, appelée Vala, a prédit aussi, presque dans les mème^ termes, la catastrophe finale et la rénovation du monde.
Le chien Garus pousse d'affreux hurlements dans la caverne de Gnjpsa» Fenris rompt sa chaîne.
Le frère combat contre le frère et le tue ; les liens du sang et de l'affection se brisent, le mal règne dans le monde; le vice triomphe; l'épée et h hacb* dominent; les boucliers sont fendus. Partout, la férocité du loup; personne n'épargne son voisin.
Naghiar, la barque des lothun, s'avance de l'Orient poussée par Lok,
Sortur arrive du Sud en vomissant des flammes.
La terre est refoulée jusque dans les profondeurs deTespace; les étoiles ton»'
bent du firmament; des globes de feu et de fumée dévorent Yggdrassil, l'arbre du monde, et la flanmie» montant toujours, finit par consumer môme le ciel.
Mais la terre ressort du sein de londe.
Les Asar se rencontrent de nouveau sur les plaines d*lda ; on trouvera encore dans l'herbe de merveilleuses tables d'or.
Les champs incultes redonnent du grain, le mal dieparait; Balder reviea habiter avec Hoedur la demeure sacrée d*Odin.
En Gimle s'élève an palais couvert dor et plus brillant que le soleil; c*est tt qu'un peuple vertueux jouira d'un bonheur sans fin.
0 y a d'ordinaire peu de communications entre Asagard et Midgard. Apollon se rattache à l'humanité de mille manières; il a enlevé des mateloti pour en faire des prêtres; il a noué des intrigues amoureuses avec des vierges terrestres ; c'est lui qui a enseigné la divination à Manto, forcé Cassandre à prophétiser. La mythologie Scandinave ne connaît rien de semblable: son Apollon et son Orphée, Bragur et Gvaser, sont des poètes et des musiciens; ce ne soDt pas des devins. Les dieux du Nord s'occupent cependant des humains, puisque Var prend note de leurs vœux et punit les parjures, que Saya note leurs hauts faits; mais ils s'en occupent toujours en protecteurs hautains; les actes de la vie les intéressent peu, ils n'élèrent jusqu'à eux que ceux qui portent les marques du fer, les lignes d'Odin. Eira» la déesse de la médecine, au lieu d'essayer, comme Asklépios, de ressusciter les morts, se borne à guérir les plaies des^ liéros, à mesure que les Valkyries les conduisent au Valhalla. Le rôle et la nature des êtres intermédiaires ou Vancr est mal déterminé, ils gravitent vers nn état supérieur; au lieu de se rapproclier de l'humanité comme chez les Grecs, ils s'en éloignent d'autant plus qu'ils sont plus parfaits.
La théologie de l'Edda est à peu près muette sur les grands problèmes que les philosophes ont si souvent abordés; elle n'essaye d'établir aucune conciliation entre la liberté humaine et la fatalité. La terrible Héla, la mort à la face livide, que les dieux ont reléguée en Hilheim, attend tranquillement les proies que lui fournissent la vieillesse et la maladie; ni les larmes de Fryga, ni la puissance d'Odin, n'ont pu tirer Baldur de ses serres. Les Nornor sont inexorables comme les P^ues.
f Maintenant, j'approuve que les hommes soient eslaves du destin et olK^issent SQX décrets des fées qui président à leur naissance ii, disait, dans son Chant de mort, le viking Ragnar Lodbrog.
Chez les anciens Germains comme chez les Scandinaves, le culte, extrêmement simple, ne comportait point de cérémonies analogues à celles qui avaient lieu à Delphes, au temps de la présence d'Apollon ; le bain annuel d'Hcrta rappelait seul les rites bizarres observés à Rome, quand le culte de la Grande-Mère y fut installé.
cr Ils n'enferment pas leurs dieux entre des murs, dit Tacite, et ne songent pas à leur imposer la forme humaine; ils leur consacrent seulement des bois iicrés, auxquels ils donnent leur nom ».
Avec des divinités aussi rigoureusement soumises au destin, avec un culte SUIS pompe, sans édifices, la divination publique devait être singulièrement restreinte. La famille était la véritable nnité civile; le chef fut à la fois le grand prêtre et l'augure domestique.
Autant qu'on peut le supposer, les méthodes que nous avons éludvé&e;\\%Va[\«Ci\.
pourlanl à TëUt rudimentaire ; il y avait des chresmologues, une divination technique, des oracles ; mais les inspirées du Nord ne ressemblaient guère à la pythie de Delphes; chez celle-ci, Tannihilalion du libre arbitre et du moi était la condition indispensable pour que Phœbus parlât.
En Germanie, des femmes illustres pratiquaient la divination; quelques-unes eurent un rôle politique de première importance. La Bructère Yelléda avait une autorité supérieure à celle des chefs les plus vaillants; elle habitait sur les bords de la Lysse une tour isolée; nul, sauf ses parents, n*était admis en si présence. Lors du soulèvement de Givilis, ce fut elle qui entraîna ses compatriotes dans son parti et prédit les victoires que les insurgés remporteraient sur Luperius et Herennius Gallus; une certaine Arminie jouit d*une influence presque égale.
La divination (ut honorée et respectée chez les peuples germaniques jusqu'au jour de leur conversion, et ce respect rejaillit sur les devins. Une seule légende fait chasser par un roi goth les sorcières des nations, légende ridicule et de date récente, rapportée par Paul Diacre; c'était une explication par laquelle les peuplades obligées de reculer devant Tinvasion scylhique rendaient compte des succès et de la laideur de leurs adversaires. Leurs victoires étaient la conséquence des secrets qu'avaient légués aux Huns les sorcières; ces fluns étaient hideux comme leurs ancêtres mâles, les hommes des bois. Du reste, le rôle des prophétesses gothiques est bien en rapport avec ce que nous savons des mœurs des peuples du Nord ; la Grèce, même après l'invasion dorienne, même à Tépoqne des guerres mcdiques, fut toujours teintée d'orientalisme. Enfermée dans le gynécée, la femme n'exerçait sur les affaires publiques qu'une influence invisible, si elle en exerçait. Gelles-là seules qui avaient perdu la qualité la plus charmante de leur sexe, des hétaïres comme Phryné ou Rhodopis, pouvaient assister aux luttes orageuses de TAgora. La condition de la matrone romaine ne valait guère mieux; la loi mettait aux mains du mari des moyens de coercition plus faits pour une esclave que pour une égale. Les Germaines étaient les corn* pagnes de leurs époux dans toute ^'acception du mot ; quand la tribu quittait ses cantonnements, tout le monde partait. Y avait-il une lutte à soutenir, un péril à traverser, les femmes en étaient.
En Gimle, les Asynior avaient le même rang que les Asar ; les bons génies des blessés, leurs introductrices près d'Odin, étaient des déesses secondaires; le rôle que le Skalde leur assignait fut presque toujours des femmes en guerre. « Elles ne craignent ni de compter les blessures, ni de les panser; ce sont elles qui portent aux combattants des vivres et des encouragements. On raconte que des armées, pliant et sur le point de lâcher pied, ont été ramenées par elles au combat, en suppliant, exposant leur poitrine aux coups, en montrant aux guerriers la captivité imminente qu'ils redoutaient, surtout à cause de leurs femmes » (Tacite).
Nous ne savons trop par quel procédé ces femmes prophétisaient, il est peu probable que ce fût toujours par inspiration soudaine, par enthousiasme mantique. Elles interprétaient souvent les visions du sommeil. <( Va, dans la cour du palais, dit Basine à Ghilpéric, et ce que tu verras, rapporte-le à ta servante; i c'est à la suite d'un songe qu'Alauna prévint Lodbrog des dangers de l'expédition qu'il allait entreprendre; quelques-unes avaient, pour en provoquer, leurs propres procédés. Les Skaldes ont parlé d'Hagberte, fille du géant Vagnosti, comme d'une magicienne fameuse; la Norvégienne Craca faisait, avec la chair
broyée et desséchée des serpents, une poudre rendant apte à comprendre le langage des animaux. Nous sommes loin de la parole divine communiquée à la pythie ; il y a lieu de supposer cependant que, quels que fussent les moyens employés, l'inspiration ne perdait jamais complètement ses droits et qu elle entrait toujours pour une certaine part dans la divination.
L*omithomancie et la zoomancic étaient populaires. « On nourrissait aux trais du public dans les forêts ou les bois sacrés des chevaux blancs que Ion ne faisait jamais travailler. Le prêtre ou le premier de la cité les attelait à un char et, les accompagnant, observait leur hennissement, leur frémissement. Aucun auspice ne possédait plus de confiance que celui-ci diez le peuple, cliez les grands, choz les prêtres; tous sont persuadés que ces chevaux sont les ministres des dieux et connaissent leurs dessein} m (Tacite).
Il y avait également des jours fatidiques, des présages tirés des phases de la lane« puis venait la divination par les sorts. Était-on en guerre avec un [>euple Toisin, on faisait combattre nn esclave qui lui appartenait avec un guerrirr de la nation et on interprétait le résultat du duel.
La cléromancie par de petits morceaux de bois était plus simple. Ils étaient l&illës aux dépens d*une tige d*arbre fruitier. On traçait sur chacun (Veux des lignes plus ou moins bizarres, après leur avoir donné un nom, on les jetait les yeux fermés sur un linge blanc; il fallait trouver le sens mantique de la phrase ainsi formée. Ces espèces de dés furent appelés Runes (de runat secret). Plus tard la méthode se perfectionna; on disposa les Runes de manière à former des vers rimes. Puis il y eut des attractions, des combinaisons, elles devinrent de Trais caractères hiéroglyphiques. Prenons, par exemple, celles qui corresi)ondent aux lettres latines f. o. b. r. /. ; leur nom dans Tancien alphabet était ffck, ôtj beorc, râd^ iagu^ c'est-à-dire animal, dieu, voiture, bouleau, mer on cours d*etu. On ardvait aisément à des sens compliqués. Ainsi or (d.< et râd), le véhicule de Dieu, signifiaient Thor, parce que Tlior était un des soutiens de lûljmpe tudesque, le dieu du ciel, de la force, du tonnerre; lagu et râo indiquaient un navire, une voiture de mer.
On ne saurait dire à quelle époque les signes runiques devinrent des caractères phooétiquesJ II est bien probable qu*ils eussent dans IfS premiers temps la ^ém forme que dans les monuments qui nous restent ; quelques-uns ont été sôrement empruntés aux alphabets grec ou latin.
Les Runes conservèrent toujours leur caractère secret et hiératique ; on écrivait 3^ec elles les épitaphes funéraires des héros ou les chants de guerre; ce fut Il cause de leur abandon. Il y en avait trois espèces : la première usitée en '^ndinavie, la seconde dans TAllemagne centrale, la troisième chez les Anglo- ^ODs. A mesure que le christianisme s'avança vers le Nord, les Runes cédèrent ^ pas aux lettres gothiques. L'alphabet slave de Cyrille et Méthode, qui leur f^mble, est resté parce qu'il était créé pour la propagation de la foi cliré- ^oe ; les Runes disparurent parce qu'elles n'avaient servi à enregistrer que les hauts faits des déilés du Gimle.
la autre procédé germain rappelait l'auspication romaine. On frappait sur ^animal en airain et on devinait par les sons ainsi obtenus; mais, pour qu'ils ^(ttsent une réelle valeur, une sorte de silence augurai était nécessaire; ou cluusait, avant de conunencer la cérémonie, les animaux domestiques, même les mouches.^
7i DIVINATION.
Les Oracles du nord étaient, comme ceux de la Grèce, d'origine très-ancienne. Ils se produisaient dans des grottes, près des source sacrées. La mythologie avait une explication sm* Torigine de chacun d'eux. Les grondements de l'Hécla prédisaient des guerres, des mortalités, des malheui*s de toute nature. Un cratère qui, du temps d'Odin, était l'entrée du sombre Helheim, constamment défendue par la sorcière Thocle, devint l'orifice de lenfer. On voyait tout autour des oiseaux noirs grands comme des vautours ; c'étaient des esprits iniemaux. Quand il y avait des batailles dans le monde, il arrivait des nuées de spectres hâves, décharnés, qu'une force irrésistible poussait vers l'abîme. En Norvège, on entendait des grondements, des bruits prophétiques au fond d'un antre qu'oa disait être le tombeau d'Assueit et Asmund, les frères d'armes ennemis. Ces guerriers avaient juré, lors de leur serment de fraternité, de ne pas se survivre; Assueitfut tué le premier. Lorsque son cadavre eut été déposé dans sa sépulture, Asmund y descendit à son tour, s'assit à côté de son ami, son épée entre les genoux, et attendit la mort. L'herbe poussa et Ciicha la pierre votive. Longtemps plus tard, des soldats qui campaient en ce lieu découvrirent une inscription à demi effacée ; leur chef commanda d'ouvrir le monument, mais voilà qu'on entendit un grand cliquetis d'armes, des imprécations, des cris de rage.
Asmund sortit armé de toutes pièces et raconta ce qui s'était passé. La tombe à peine fermée, le cadavre d'Assueit, habité par un mauvais génie; s'était levé et l'avait voulu dévorer. A cette agression sauvage, le soldat saisit son épée et se défendit; la lutte dura cent ans; elle venait de finir par la défaite do démon. Son récit achevé, le vieux guerrier tomba mort; on brûla le cadavre de son frère d'armes ; le sien fut replacé dans le tombeau qu'il avait conquis et ou il rendit des oracles. £n Suède, on trouve un antre de même nature dans lequel un magicien fameux avait enchaîné un de ses disciples qui méprisait ses ordres. Le Génie de la mer était un vieillard à barbe blancbe apparaissant quelquefois aux matelots pour leur annoncer une navigation heureuse.
Il y eut aussi des sanctuaires ambulants où les ministres pratiquèrent li divination. Freya, l'Aphrodite du Nord, ne dédaignait pas déparier aux hommes. Ses charmes lui avaient valu l'entrée d'Asagard, à laquelle elle n'avait pis droit par naissance, car elle était la fille de Niord, le Vaner qui présidait tox vents. Ce fut un grand malheur pour elle : mariée à Odur, elle perdit comm^ ses compagnes sa jeunesse et sa beauté quand Iduna fut enlevée par les géints avec le vase qui renfermait les fruits de l'immortalité. A son retour, Frejt regagna ses qualités, mais non le cœur de son époux. La vengeance d'Odin qui k changea en statue ne la consola guère. Au lieu d'être comme Cypris la déesie des roses et des ris, la pauvre Vénus de l'Edda soupire après l'infidèle et pleure son abandon; elle ne réussit même pas à se consoler en faisant à travers l'etpace des courses affolées dans un char d'or traîné par deux chats noirs. EU* révèle l'avenir aux mortels ; l'Eyr-Bigga Saga raconte qu'une jeune fille attichée à son culte, promenant sa statue dans le pays et rendant des ortdes en 90* nom, lia conversation avec un bûcheron. Il fut question de la déesse d'abord* puis d'autre chose. Freya, s'apercevant vile qu'elle avait trouvé un redoutab^ concurrent, fit un mouvement violent pour avertir sa prêtresse. Celle-ci se rendit à son appel, puis revint tremblante et tout en larmes. « Il faut, dit-elle ^ son compagnon, que vous preniez une autre route, la déesse le veut. — C*
o*est pas mon intention ; celle-ci me conduit ou je vais et votre compagnie ne
me dëplait point. — Mais, malheureux, elle m*a déclaré que, si vous redisiez
de partir, elle saurait vous y forcer. — C'est ce que nous verrons >. Portant
la main à la hacbe pendue à sa ceinture, le bûcheron fit un geste significatif
et reprit la conversation. Freya tint parole; sa lourde statue quitta le char et
se mit à frapper à bras raccourcis. La lutte ne fut pas longue, un coup bien
dirigé envoya rouler au loin la tête de Tidole, et le Génie qui Thabitait s*enfnit
ai poussant un cri perçant. On ne dit point que ce sacrilège ait été puni ; en
refanche, la jolie prêtresse ne pouvait se montrer farouche vis-à-vis de celui
qui avait osé la disputer aux dieux. Les amants, ayant recollé le mieux possible
la tête de Freya, Thonorèrent à leur manière, continuèrent leurs pérégrinations
et rendirent de nouveaux oracles.
Ces légendes ont autre chose qu*un intérêt de curiosité : c*est avec elles wnlement qn*on peut entrevoir plutôt que reconstruire une histoire qui n*a pas été écrite, retrouver sous des noms différents des conceptions antérieures même au temps fabuleux de la Grèce.
Les Celtes avaient une divination se rapprochant probablement beaucoup de celle des jGermains. Les prophélesses de llle de Sein étaient connues dans toute la Gaule; à Tépoque de la conquêle, les Génies cosmiques étaient plus abordables, plus nombreux que les dieux du Walhala; les nains prophètes, les dverf gar des mines du Nord, avaient peut-être une origine gauloise; ils craignent le grand jour, fuient Tapproche des humains, ne leur parlent que quand ils sont surpris, ou pour leur jouer de mauvais tours. Les korigans bretons ne fe montrent que la nuit au clair de la lune, ils obligent le voyageur à exécuter aiec eux une danse frénétique, à la suite de laquelle il tombe mort lorsque paraissent les premières blancheurs de Taube. Les devins par excellence, c'étaient les bardes; ils ne se bornaient point comme les Skaldes à chanter Tamour (m la gloire ; leur enthousiasme allait au delà du présent. L'espèce d'intermonde celtique avait des fées bienfaisantes, magiciennes ou devineresses, qui cbangeaient le destin dans des limites données et dévoilaient à leurs favoris les arcanes de l'avenir. Merlin avait été enlevé par la fée Viviane, qui plus tard le mâamorphosa en charme pour l'avoir complètement à ses côtés dans la forêt de Broeéliande. Merlin était un preux, un héros de la table ronde, un compagnon da roi Arthur; il ne devint diable qu'au onzième siècle après la chronique de GeoOroyde Monmoutb. Les malheurs qui frappèrent les livres sibyllins etl'Edda n'épargnèrent point la compilation prophétique des Gaêls, d'autant mieux que le barde, fils d^une sordère et d'un démon, avait été laissé, disait-on, sur terre pour saisir quelques-unes des Ames rachetées par le Rédempteur. Du reste, la fusion se fit si vite, après la conquête romaine, que l'aruspicine, la cléromancic et l'astrologie, s'établirent en maîtresses dans les Gaules. Le roi Arthur et Merlin l'endumteur appartiennent plus au moyen Age qu'à l'antiquité. Les prédictions des bardes se conservèrent surtout parmi les Bretons d'Albion dont elles soutinrent longtemps le courage et les illusions patriotiques. « Chaque fois qu'un envahis- Kur étranger traversa les plaines de la Canibrie, il entendait les vaincus lui dire : Tu as beau faire, ni ta puissance, ni aucune autre, si ce n'est celle de IKeu, ne détruira notre nom, ni notre langue... Leurs poètes n'avaient guère <{Q'un thème, c'était la destinée du pays, ses malheurs et ses espérances. La nation poète à son tour enchérissait sur leurs paroles en prêtant un sens ivoor pnaire aux expressions les plus simples : les souhaits des bardes i^^s^^uV.
pour (les promesses, leur attente était prophétie, leur silence même affirmait. S*ils ne chantaient pas la mort d*Arlhur, c'était preuve qa*Arthur vivait encore... » (Augustin Thierry).
B. Divînation pendant le moyen âge et les teoipf modemei. I. MÉTHODES CIIRKTIENNE8 DE DIVINATION. DlVINÀTIONS DÉFENDUES. NÉCROMANCIE, PRATIQUES
MAGIQUES. Les devins et LES LOIS. 11 était facile de frapper les devins de peines infamantes, de les menacer d*un supplice éternel, il était plus difficile de déraciner des pratiques entrées depuis des siècles dans les habitudes du peuple, celui-ci ne connaissant guère des religions que le côté matériel; on peut nier les dieux ; on ne supprime pas le culte.
Les guerres du seizième siècle avaient moins pour cause les dissentiments théologiques que des diflerences de pratique ; un catholique eût pardonné peutêtre à un huguenot de ne pas croire à la présence réelle ; il ne lui pardonnait pas de prier en français, de manquer de respect à une image.
Essayer d*expliquer un songe, consulter les livres sibyllins, c*était se mettre directement en rapport avec l'esprit du mal, les Pères de TÉglise Pavaient déclaré. Mais si, au lieu de s'adresser aux démons, on s'adressait aux bons anges ou aux saints; si, au lieu délivres prohibés, on prenait les Évangiles? La question posée à Tévéque d*Ilippone semblait embarrassante ; il était à peu près impossible d'admettre que Satan pût avoir rien de commun avec le livre sacré ; d'un autre côté la moindre des pratiques païennes risquait d'aboutir à un résultat désastreux ; des réponses inintelligibles ou que l'avenir n'aurait pas conûrmées eussent amoindri sûrement la foi des néophytes. « Il vaut mieux que les gens consultent les Évangiles par le sort que de s'adresser aux démons, répondait Augustin à Januarius; cependant je n'aime pas un usage qui fait servir aux choses de cette vie et aux vanités du siècle des oracles divins s'appliquant à la vie étemelle, i
Le vulgaire n'entendait rien à ces délicatesses. Dans les Gaules, surtout, il y avait peu d'actes importants de la vie à propos desquels on ne demandât point une consultation aux saints. Grégoire de Tours, dont l'orthodoxie est si pure, parle à chaque instant de ce moyen comme d'une chose inoffensive et permise. Les Conciles d'Âgde et d'Orléans l'avaient cependant interdite en 506 et en 511 ; mais les vieilles coutumes étaient plus fortes que les décrétales. C'est par une divination de celte espèce que saint Patrocle avait appris qu'il devait fonder un ermitage en Berry.
Clovis dans son expédition contre Alaric envoie des ambassadeurs à la basi* 1ique de saint Martin de Tours : Allez, leur dit-il, peut-ôtre trouverez-vous quelque augure de victoire. Et leur donnant les présents qu'ils devaient porter au lieu saint : « Seigneur, dit-il, si tu es avec moi, et que tu «nies décrété de me livrer cette race incrédule qui fut toujours ton ennemie, daigne révéler ta volonté à l'entrée de l'église du bienheureux saint Martin, afin que ton serviteur sache que tu lui es propice. » Les deux envoyés entrèrent dans l'église tu moment ou le primicier entonnait le vei*set 18 du psaume xviu : « Seigneur, tu m'as revêtu de force pour le combat ; tu as fait punir ceux qui s'élevaient contre moi. Tu as fait que mes ennemis ont tourné le dos devant moi, et j'ai détruit ceux qui me haïssaient » (xviii, 40-41). Remplis de joie, ils rapportèrent ce présage au roi.
Souvent des vocations religieuses furent décidées de cette manière. Le biographe
anonyme de saint Austrégisile raconte qu'il alla consulter à Tëglise de Saint- Jean près de Ghâlons. Ce jeune homme, qui exerçait à la cour d'un roi mérovingien les fonctions de mapparius^ voulait absolument entrer en religion; ses parents tenaient à ce qu*il se mariât, c'est pour leur obéir et prendre l'avis des saints qu'il était allé è l'église. Il écrivit les noms sur une tablette de trois hommes de sa condition qui avaient des filles à marier, et les plaça sous la nappe de l'autel. La seconde nuit, vaincu par le sommeil, il s'endormit et vit en songe deux vieillards qui s'entretenaient à son sujet. « De qui, disait l'un, Austrégisile doit-il é|iouser la fille? — Ignores-lu, répondit l'autre, qu'il est déjà marié? — A qui donc? — A la fille du juste Juge. » Il ne s'agit même point ici d'un songe produit au hasard; il y a eu préparation, incubation onirophorique, et la question a été formulée avec précision; c'est la politique que nous avons Tue à l'Asclepion dans toute sa pureté.
Les réponses des saints jouissaient parmi les Barbares d'une telle considération qu'ils osaient bien rarement passer outre quands ils en avaient reçu une défavorable. Hérovée fuyant la colère de son père Chilpéric s'était réfugié dans l'enceinte de Saint-Martin de Tours, qui jouissait du droit d'asile. Le roi poussé par Frédégonde fit demander si le saint ne serait pas disposé à lui permettre d'aller chercher jusque dans sa maison son fils irrespectueux et rebelle. Les prêtres, n'osant refuser, engagèrent le roi h s'adresser au Bienheureux. La question de Chilpéric fut formulée par eux en termes tels que saint Martin était obligé pour donner son consentement de l'écrire luimême ; on place la demande après les cérémonies voulues sous la nappe de l'autel ; il n'y eut naturellement aucune réponse et le roi renonça à son projet.
Les prodiges étaient encore pour le clergé gallo-romain du sixième siècle des manifestations de la volonté divine.
Du reste, il est probable que, s'ils s'en fussent tenus aux décrets des Conciles, $*ils eussent heurté trop de front les préjugés populaires, ils eussent mis la religion en péril.
Les sagas germaniques et les druidesses de l'île de Sein n'existaient plus, mais il y avait encore des sorcières, de vieilles femmes, dont les pratiques miromaines, mi-gothiques, frappaient vivement les imaginations; puis venaient des voyants qui faisaient parfois des miracles et prétendaient toujours avoir le secret de l'avenir. L'un d'eux originaire du Berry parcourt la Provence, le Géraudan, une partie du Languedoc, en prophétisant, traînant ù sa suite une jpinde quantité de malheureux qu'il avait fanatisés. Le clergé crut voir lacon: finnation d'une prédiction évangélique : « il y aura des pestes, des famines, des tremblements de terre, et il s'élèvera de faux Christs et de faux prophètes » . Le pauvre diable, arrivé aux portes du Puy-en-Velay, fut tué par ordre de l'éfèque Aurélîen.
lorsque la puissance ecclésiastique fut mieux assise, qu'une espèce d'ordre sortit du chaos, les pratiques divinatoires furent frappés de pénalités
Le nodfjr, c'est-à-dire les morceaux de bois noircis usités chez les sagas, étaient défendus par le capitulaire de 742, au même titre que les sacrifices aux morts, les incantations, les sortilèges ; un autre capitulaire prononce la peine capitale contre les astrologues, les aruspices, les devins, qui s'occupent de la santé oA de la vie du roi; disposition évidemment étrangère au droit germanique et empnmiée de toutes pièces aux lois impériales.
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Pluâ nous aTançoos, moios blo&énooe divienl explicable ; ks préhts da sixièaie siècle représentaient b traditîoo dm peuple vaincu ; îb ne pointaient ooradanmer tro^) dorement des usages oontraires à leor Cm sans doole, nuis rappelant une domination qn*ils regrettaient da kmd dm ooeor. Le clergé du dixième siècle ne représentait plus rien de semblable. Les éfèqoes, qui s'appelaient naguère Aurélius, Félix, SalpÎGins. s appeUMUt maintenant ArtoM, Reinwald, Hincmar* le passé romain était bien mort, llalgré les séiérilés de TÉgiise toujours appuféepar le bras séculier, !a dinnation surrécnt ; de nouvelles méthodes s*a]oatèrent même aux anciennes.
Le catholidsme laissait le champ lîLre aux merreillenx; si les anges on les saints ne se dérangeaient que pour nn petit nombre de prînl^és, il y avait les démons» les danmés, les âmes du purgatoire surfont. Atbc la doctrine dt Texpiation d'oulre-tombe» il devenait naturel que les malheureux frappés temporairement par la Toigeance divine vinssent demander aûde aux vivants et leur révélassent des choses qu*îls ignoraient. La nécromancie oblative occupe une place incroyable dans les légendes du moyen âge : il y a des communications aossi fréquentes entre le purgatoire et b terre qull y en eut naguère entre rOlymiie et la Grèce.
Les morts n'apparaissent plus 'exclusivement pendant k sommeil, ib sa montrent à chaque heure, avec leurs macabres attributs.
Orderic Vital rapporte qu'un prêtre qui venait d'administrer le viatique fut rejoint par une troupe de chevaliers, de soldats, même de dames; il voulut fuir, parce qu'il crut avoir affaire à ces expéditions nocturnes qu'il n'était pas bon de rencontrer. Un cavalier b retint et il dut écouter les confessions peu édi- Hantes de tous ces gens, de leur \îvant ; nobles sires et gentilshommes dn voisinage. L* Église se réserva le droit d'apprécbtion sur les révâations bonnes on mauvaises ; si les habitants de l'autre monde prescrivaient de bâtir des chapdbSy de iaire des brgesses aux couvents, c'était par permission spéciale de Dieu. Dans b cas contraire les visions ne pouvaient venir que du diaUe. Les anges et les saints avaient eu le tort de faire entrevoir à Jehanne b Lorraine le triomphe définitif du roi de France ; les évéques et les docteurs de b Sorbonne iniSodà à b politique anglaise déclarèrent que c'étaient là des paroles impies et envoyèrent b pauvre lille directement au Ciel après l'avoir purifiée par le feu.
Les sanctions terribles des anathèmes ecclésiastiques eurent le résultat qu'elles ont toujours. Plus les Chaldéeus furent persécutés a Rome, plus leuis conseib eurent de prix ; la valeur de l'astrologue se mesurait, suivant l'exprèsiion d'un écrivain du temps de Sévère, aux stigmates que les chaînes avaieut bissées sur son corps. La même chose arriva pour les sorciers. Us joignirent aux procurations des aruspices les mystères de la Kabbale, les évocations des IMs pytliagorisanls ; quelques-uns enipnitèrent aux Sagas les secrets d'obtenir h seconde vue. En pbce de l'espèce de thériaque préparée par Craca, on eut dans l'Europe occidentale la mandragore ou mandagloire ; mais cette mandragore ne ressemblait en rien ù la solanée vireuse que nous connaissons ; il eèt été trop beîk de b trouver, trop dangereux de s'en servir. Les racines rappebieflt vaguement b hnnt humaine; il ne fallut pas autre chose pour l'écloaioa d'une l<^;;««d« OsmïAt. La mandragore magique était, disait-on, un enfant noir bit^vec k MintHtifréme des suppliciés. Voici comment on l'obtenait : Après un yMtifi d^ ^iHUcun jours, on se rendait la nuit de la Purification sous le gibet d'un pendUf oh Ton creusait un trou d'une profondeur égale à la distance qui
séparait sa tète du sol. Les cliercheurs s*arêtaient alors et amenaient un chieD dressé préalablement à gratter ; pour être sûr qu*il creusât on aspergeait le fond de la fosse avec du sang et une décoction de rats et de chauves-souris. Il ùllait se boucher les oreilles avec de la cire ou du miel parce que, quand Tentant magique est découvert, il pousse un cri capable de tuer à Tinstant, ou de rendre fou pour le reste de ses jours celui qui Taurait entendu. L*animal pris d*une rage subite fait cinq on six tours sur lui-même et tombe ; on peut alors prendre le petit monstre même vivant, remporter et le traiter comme un autre nouveau né. Il meurt au bout de quelques heures ; ses cendres confèrent la vertu prophétique. Cette légende habilement répandue dans le public par des apothicaires ou des herboristes peu scrupuleux n* avait d*autre but que d*élever le prix de la mandragore ; un individu brave ou curieux se hasardait-il à entreprendre la recherdie, son introducteur se faisait grassement payer et avait soin de placer â l'endroit voulu ce qu*il s agissait de trouver. Boissard a vu chez un pharmacien de Hantoue une sorte de tubercule étiqueté mandragore, qui n*était autre diose que la racine de bryone.
La semence de fougère avait une vertu analogue; cette plante, disait-on, fleurit une heure dans Taimée, pendant la nuit de Soint-Jcan. Il fallait se pré- {Mrer ù recueillir la graine par un jeûne de neuf jours.
Hiistoire de la divination du moyen âge à nos jours n'est qu*une suite (fépisodes analogues, d*aberrations psychiques, d actes d*intolérance. On pourrait croire que le grand mouvement artistique et littéraire de la Renaissance aurait soa retentissement sur les mœurs ; que les absurdités inhumaines renfermées dans les législations disparaîtraient : il n'en fut rien, le dix-septième siècle mnque une sorte de recrudescence mystique. Luther craignait le diable et lehiÂssait autant que le pape.
n y eut des contradictions singulières ; les sciences occultes étaient proscrites d la cour avait des devins ofGciels. Le livre prophétique d*Ârnaudde Villeneuve mit été déclaré impie et hérétique en Sorbonne ; une autre consultation de 1398 condamna formellement la magie et Tastrologie; des ordonnances de Henri Ul, de Louis XIII, de Louis XIV, se montrèrent à Tégard des devins dune extrême sévérité ; rien n'y fit. Charles V avait Thomas de Pisan pour astrologue; François I^', Jehan Thibault; Catherine de Médicis, Ruggieri; Charles IX, Vicbd de Nostre-Dame.
Le quinzième siècle vit même apparaître en Europe une race de sorciers qui prétendaient venir de l'Egypte et rapporter les secrets des oracles d'Isis et d'Osiris.
I En Tannée 1417, arrivèrent en Allemagne, dit Sébastien Hinster, des gens aoirs, brûlés du soleil, couverts de vêtements sordides, malpropres en toutes duses. Us étaient habitués, les femmes surtout, aux vols et aux rapines. On les appelait Tariares ou Gentils ; gitani, en Italie. Us avaient un chef, des comtes distingués par leurs habits, des chiens de chasse comme les nobles, sans avoir où chaîner. Un sont maquignons, la plupart des hommes marchent à pied ; les femmes et les enfants sont portés dans des litières ; ceux qu'on vit en Allemagne avaient des saufs-conduits du roi Sigismond. Ils pai*courent selon eux le monde à cause d'une pénitence qui leur a été imposée, et sont originaires de la Basse- Egypte. L'expérience a prouvé que c'est pure fable. Ces gens forment une race paresseuse, vagabonde, vivant de vols et de ruses. Ils n'ont pas plus de religion que les cliiens, Ueo qu'ils fassent parfois baptiser leurs enfants, vivent 'dvi \ou¥ V^
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jour, errant de proiince en proTÎnce. Ces indÎTiduSt doués d'une aptitude remarquable pour parler toutes les langues, sont un Téritable fléau pour les paysans dont ils pillent les cabanes. Les TÎeilles femmes pratiquent la divination et la diiromancîe, mais, tandis qu'elles répondent aux questions, elles savent vider habilement la bourse de celui qui les interroge ».
Vers la fin du même siècle (1491) une épidémie de démonomanie divinatoire effraya pendant plus de quatre ans le dioc^ de Cambrai ; des religieuses furent transformées en harpies et en prophétesses du diable. Cela commença vers la fête de la chaire de Saint-Pierre (janvier) et dura plus de cinquante mois. « On pouvait voir, dit un dironiquenr de l'époque, les malheureuses courir à travers champs comme les chieos, voler comme les oiseaux, grimper aux arbres, imiter les cris de divers animaux, découvrir des secrets et prophétiser. Klles furent exorcisées par l'archevêque de Cambrai et le doyen de Téglise métropolitaine ; on écrivit leurs noms sur des morceaux de papiers, et ces noms envoyés à Rome furent lus par le pape Alexandre VI au moment de la consécration ; rien n*y fit. Enfin on mit en prison, où elle mourut, une nonmiée Jeanne Potier qui avait, disait-on, communiqué le mal à toute la communauté; l'épidémie disparut peu de temps après.
L'Église n'exorcisa pas toujours les religieuses saisies de l'enthousiamie prophétique; elle consena parfois leurs visions, de sorte qu'elle a ses livres sibyllins qui complètent l'enseignement des docteurs. Sainte Thérèse, sainte Brigitte, sainte Angèle, sainte Cathei ine de Sienne, ont conversé avec leur divine poux. Le danger que de pareilles élucubrations pouvaient faire courir à la pureté des dogmes fut entrevu par certains théologiens, qui les déclarèrent incertaines et inutiles ; plusieurs même parlèrent de troubles de l'esprit, d'hallucinations» et allèrent jusqu'à déclarer, comme Jean de Salisbury, que de pareils canche mars sont l'affaire du médecin et non du prêtre ; les mystiques l'emportèrent, Brigitte eut pour avocat Torquemada ; un conseil de cardinaux et de docteurs, tenu sous Eugène III, autorisa la publication des révélations de sainte HiMegarde; une telle procédure supprimait les difficultés. On ne reçut qu'avec une extrême circonspection les songes et les visions des saints. Le prieur, le sousprieur et lecteur d'un couvent de dominicains de Berne payèrent cher une impnidence commise eu semblable matière. Ils osèrent publier de leur chef les révélations d'une fille du pays que l'opinion publique désignait comme ime bienheureuse. Elles renfermaient des propositions peu orthodoxes toucliant l'Eocharislic et Tlmmaculée Conception, llaimo de Lausanne instruisit leur proeès en présence d'un légat envoyé spécialement par le pape. Avec la question on obtint d'eux l'aveu qu*ils avaient rendu folle l'inspirée par magie et sortilège. Ils furent en conséquence condamnés à mort et brûlés : c'était h terminaison ordinaire de ces procès. Des familles de visionnaires furent brûlés en Espagne ; on brûla en France avec d'autant plus d'énergie que les adeptes des sciences occultes étaient tous entachés d'hérésie. Soreier était une bien dangereuse épithète ; il n'était point facile à qui l'avait essuyée deux foisde sortir sain et sauf des grilTes des cliats-fourrés ; la justice avait des moyens infaillibles de délier les langues et de pousser ses enquêtes jusqu'en enfer. Pois, témoigner eu faveur d'un sorcier, c'était s'exposer à s'asseoir à ses côtés. Jein de Wier, Tami de Cornélius Agrippa, avait voulu une fois pour toutes faire justice des fables qu'on débitait sur cet homme, et montrer que les prétendues sciences occultes, magie ou divination, n'étaient qu'un tissu de puérilités, mais
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que cVtait un conlre-sons et une barbarie de traiter comme des criminels les naïfs qui y croyaient. Pour Bodin, un magistrat français, Jean de )^ier n*cst lai-même qa*un sorcier. « Il ne se peut excuser d'avoir mis en son livre les plus détestables formules qu'on peut imaginer, si bien qu'en apparence il médict du diable et de ses inventions et néanmoins il les enseigne et touche au doigt jusqu'à mettre les caractères et mots que son maître Agrippa ne voulut imprimer tant qu'il vécut » .
On brûlait en Allemagne : une vieille femme paya de sa vie une plaisanterie : rentrant un jour du marché» un paysan dépose sur un escabeau la vessie qui lui servait de bourse. Le cochon entre et l'avale. Après avoir accusé sa femme qui se défend, il va chercher la sorcière de l'endroit. Celle-ci l'accompagne et, traçant une ligne sur le sol : « Ne la franchis pas, lui dit-elle, je vais consulter l'esprit qui est dans l'armoire. » Le paysan n'eut garde de se conformer à la recommandation ; il s'approcha de la porte, prêta l'oreille et entendit le colloque soivant entre le diable et son évocatrice : c Le cochon a mangé la bourse, mais garde-toi d'en rien dire. Fais plutôt croire à ce rustre que sa femme a pris l'argent |K>ur faire bombance avec le curé. » La sorcière qui répéta la leçon fot dénoncée, jugée, condamnée, exécutée.
Oo brûlait en Ecosse : le galant Thomas, le rimeur d'Erceldoune que la reine des fées avait transporté dans l'EIfland, fut cause de la mort de beaucoup de gens. Il revenait sur terre, disait-on, et renseignait qui lui plaisait. Malheur à qui récoatait et en parlait à ses voisins! Les juges frappaient comme le plus grand des crimes le commerce avec les morts. Walter Scott a parcouru dans les archives judiciaires du comté d'Ayre les papiers relatifs à l'affaire de Bessie- Dimlop, qu'afTectionnait particulièrement un capitaine mort cent ans auparavant; celui-ci la renseignait avec une précision incroyable; mais il oublia une chose» d'exiger d'elle un rigoureux silence. Le procès-verbal contient en marge une mention d'une éloquente brièveté : Convie la et combusia.
Enfin cette rage homicide eut un terme : à partir de la seconde moitié du dixseptième siècle, les auto-da-fé devinrent rares; les sorciers purent aller au sabbat sau risquer autre chose que les galères, à moins qu'ils ne joignissent à ces pratiques l'exercice moins chimérique de la, toxicologie, comme le firent la firin- ▼illienet la Voisin. Les prophètes protestants du Gévaudan furent traqués sans doute, mais leur histoire ne touche que faiblement à celle de la divination. Leur entlioasiasme ne leur révélait rien des choses de la terre ; s'ils furent pendus et fasillés, ce fut comme hérétiques et insurgés.
Deux nouvelles pratiques eurent à cette époque leur moment de vogue, h rhabdomancie et la dirination par les cartes. Les apôtres de la première en France forent le baron et la baronne de Beausoleil; ce n'étaient ni des fourbes m de vulgaires charlatans. Le baron était un minéralogiste de valeur; sa femme. Française et patriote, fit connaître à son pays des ressources immenses qu'il ignorait i Elle donna la première l'éveil sur l'étendue des richesses minéralogiqnes de la France, et montra tout le parti qu'il était possible d'en tirer poar la prospérité du pays ; elle prouva que l'exploitation de nos producttooi souterraines devait être une cause puissante de développement de ciédit à l'extérieur et de la prospérité publique ù l'intérieur; elle embrassa d'un coap d'cûl vraiment politique l'avenir réservé à l'exploitation de cette branche, ilon inculte ou ignorée, des revenus du royaume » (L. Figuier). Malheureusemeat la science de ces deux minéralogistes avait un (dux m à^
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n DIVINATION.
tnyst^. La baguette semblait jouer dans les découTertes qu'ils faisaient u rdie aussi grand que les sondages et l'observation du terraio. T crureut-tls w firent-iis semblant d'y croire? On ne saurait le dire; ce qu'il y a de certain, c'est que leurs ennemis eurent le dessus. Richelieu, qui admettait oIBdellement la sorcellerie depuis la mort d'Urbain Grandier, finit par prêter l'oretlte aux accusateurs ; le baron fut embastillé, la baronne enfermée à Vincennes.
Moins de cinquante ans après, un rhabdomant du Danpbioé appdé Jacqiw Aymar, qui jouissait dëjà d'une grande réputation dans les montagoet, fut requis par les magistrats de Lyon pour les aider dans la redierdw de deux assassins. La baguette fît merveille; on voulut voir le devin à Paris; ce voyage fut malbeureux; il commit une foute de sottises, d'iadélitiatesses, et dut reprendre au plus vite le chemin de son pays. Cela n'empêchi pas l'intendant Bàville d'avoir recours it lui pour la recherdie des Cuhh sards. D'autres trouveurs de source furent convaincus comme le premier d'erreur ou de supercberie, et malgré tout la baguette continua d'avoir des pu^ tisans. « Jesaisqueccrtaiussavaatsombrageux, disait L. de Vallemont, nefenml pas grand cas de ce qu'on poun-ait dire de bon sur ce qui regarde le mounment de la b^uelte et qn'ib continueront de la regânlv comme la chose le moins da monde digne de leur attention:
ils en penseront ce qui lenr plaira, mais je puis leur ciltt d'autres savants qui n'ont pu cru mal employer leur temps de toiirner leui-s études de ce câlé-Ià. * L'auteur était poor son compte absolument ptfsuadé de la réalité des mer veilles attribuées^ la bagnetle.
11 a écrit sur son usage ffli traité complet dans les fonnti classiques, et cet ouvrage a eu deux éditions, le modta faciendi est étudié avec autant lugiMiie diTiDtioire «l^ précision que s'il s'agissait i™ ••iieoionij. d'une opération chirargicale.
Afm qu'aucune obscurité M restât dans l'esprit du lecteur, Vallemonl aeu soin d'illustrer par des figures sob texte naturellement un peu aride {voy. fig. 5).
Presque à la même époque, la cartomancie trouvait son avocat près dl public; c'étdit un certain Alielte, plus connu par son pseudonyme d'Ëtbeila; songeur cartomancien, nécromant, il jouit pendant une partie du dix-huitième siècle d'une répulatlon qui ne fut guère éclipsée que par celle de Cagliostro.
C. Les DBVins pambhx et les uisTontens de la divuiation. 11 serait di de terminer celte histoire sans jeter un coup d'œil sur ceux qui se soat oooupés
de maniique à titres divers; il y a eu parmi eux des médecins, dos médecins de Taleur même. Isidore de SévUIe plaçait Tastrologie dans la physique, è côté de l'astronomie. Dès Tinstant où l'on admettait la solidarité des forces cosmkpies et des forces organiques, il était impossible que le médecin laissât de côté les astres. La doctrine même des périodes climatériques et des jours critiques créait Tobligation de ne pas isoler deux sciences regardées comme conjectorales et également légitimes. Nous avons vu que le domaine de l'astrologue allait bien au delà de Thoroscope et du cercle de géniture, que Tarithmomancie, la géomancie Talcbimie et la chiromancie étaient autant de sœurs {rainées de la divination babylonienne. Coictier devait, dit-on, son influence sur Poprit de Louis XI à une prédiction ; ses calculs lui auraient révélé que la mort da roi suivrait de peu de mois la sienne. La Faculté de Paris attribua la peste de 1348 à la conjonction de Vénus et de Mars. En revanche, !e docte corps était si bien venu à résipiscence deux siècles plus tard, qu'il poursuivit Servel pour avoir professé publiquement l'aslrologie judiciaire.
Pietro Abano, qui mourut en 1320, avait rapporté de Constantinople, avec Il connaissance approfondie de la littérature grecque, celle de la géomancie et de l'astrologie. Il fit peindre sur la voûte de son amphithéâtre 400 figures (p'il expliquait. La protection du pape Honorius lY, son client, ne l'empêcha pemt d*être condamné au bûcher par l'Inquisition; la sentence eût probablement été exécutée, si le vieillard ne fût mort dans sa prison.
De très-bonne heure il y eut une astrologie médicale ; dès le premier siècle
de notre ère, un médecin de Massilia, appelé Crinas, la cultivait avec un tel
soooès, qu'il orut pouvoir la transporter à Rome; Marseille avait à ce moment
le privilège de fournir à la capitale du monde des praticiens excentri(|ues. Le
darlatauisme de Crinas lui réussit assez bien pour qu'il acquît une fortune
odossale et pût (aire rebâtir avec ses propres deniers les murailles de sa ville
natale. On trouvait d'ailleurs dans les écrivains les plus estimés les preuves de
l'ittilîté pratique de la scméiotique astrale. Ilippocrate n'avait-il pas assigné une
circoa<(criptiou organique aux corps célestes? Les défenseurs et les propagateurs
de Tastrologie, Hanilius et Firmicus Malernus, revenaient à chaque instant sur
oes rapports. Pline y croyait, Galien y croyait, Averroës les accepta, et pendant
tout le lègue des Arabes, dans les écoles de l'Occident, l'astrologie y fut enseignée
itec plus de soin peut-être que l'anatomie. Le zodiaque salemitain correspondait
à l'hygiène, à la thérapeutique, à la marche et au pronostic des maladies :
f D ne faut pas se raser quand la lune est dans le signe du bélier ; quand elle
est dans la constellation de la Vierge, ensemence ton champ, mais garde-toi de
prendre femme et d'entrer dans le lit conjugal : tu peux alors soigner les
c&les avec les onguents chirurgicaux. »
Arnaud de Villeneuve est resté populaire. Savant hardi, même contre l'Eglise, il dut fuir d'Aragon à Paris, de Paris à Montpellier; il allait demander asile au pipe, qui radmirait, quand il se noya dans un naufrage. Arnaud s'est occupé de toutes sortes de choses peu orthodoxes ; il blessa les médecins en essayant de vulgariser leur art. Son Trésor des pauvres est une sorte d'édition princeps da Ifedecin chariiable de Guilbert, ou de VAvis au peuple de Tissot ; il faillit itretué plusieurs fois; la Sorbonne condamna ses doctrines, ses prédictions, toat son art, ea on mot.
Thomas de Pisan, astrologue de Charles V, n'était pas médecin, pas plus que SiiiiDer, profeueiir de mathématiques à Tubingae, qui fit trembler V&wroç^ ew
prédisant pour Je 20 iévricr id21 un nouveau déluge. On y crut si bien, que le Président du Parlement de Toulouse fit constniire une arche pour lui et si famille; il en fut pour ses frais, car le mois fatidique ne fut remarquable que par une grande séitheresse.
Le médecin Cardano était un mathématicien et un astrologue si habile, que, quand ses prophéties étaient en défaut, il avait une explication toute prête sur les causes d*erreur. Nous ne ferons que citer Jehan Thibault, amî de Servet, astrologue de Charles-Quint. 11 aimait son art, y croyait et faisait peu de cas de ceux qui n*allaient pas chercher dans les astres les éléments de leur diagnostic : c Si les médecins les plus instruits, disait-il, ne savent rien d*un certain nombre de maladies, c^est qu*ils ne connaissent pas Fastrologie. On peut apprendre en deux mois la médecine, relativement à Texcrétion urinaire, aux recettes et au pouls. Ces connaissances sont devenues populaires, non grâce aux savants, mais grâce à ceux que Dieu a voués pour les connaître La science de Tastrologie est la plus noble de toutes. »
L*époque des guerres de Religion fut un beau temps pour elle; c'est avec ses calculs que Nostradamus réunit les données qu'il formula en centuries. Il fut conseiller médecin des rois Henri H, François H, Charles IX; Catherine de Médicis le consulta. Après une existence passablement vagabonde, rappelant celle d*Arnaud de Villeneuve, de Paracelse ou de Cornélius Agrippa, c il loi sembla bon de retourner à Montpellier pour se reposer et passer au doctorat; ce qu'il fit en peu de temps, non sans épreuve, louange et admiration de tout le collège. » Il ne se mit à la divination que plus tard, après avoir étudié avec Jules-César Scaliger, et éprouvé de cruels malheurs de famille, c Arrivée Marseille, dit celui de ses biographes que nous avons déjà cité, Jean Aimé de Savigny Beaunois, il vint à Aix sur la demande du Parlement de Provence, oà il fut trois années aux gages de la Cité, du temps que la peste s'y éleva, en Taii du Christ 1546, si furieuse et cruelle, telle que l'a décrite le seigneur de Launay en son théâtre du monde, selon les vrais rapports qui lui en fureot faits par notre auteur. De là, venant à Salon -de-Craux, ville distante d'Aix d'une petite journée et à moitié chemin d'Avignon et de Marseille, il se marii en secondes noces. Ce fut là que, prévoyant les insignes mutations et chan^ ments qui adviendraient dans toute l'Europe et même les sanglantes guerres civiles et les troubles pernicieux de ce royaume gaulois qui approchaient fatalement, plein d'un enthousiasme et comme ravi d'une fureur toute nouvelle, il le mit à écrire ses Centuries et autres présages commençant ainsi :
D'esprit Divin l'àme présage atteinte.
Trouble, famine, peste, gueiTe, courrir.
Eau, suscitez, terre et mer de sang teinte. Paix, tresvcs à naître. Prélats, prince mourir.
Les amis des sciences surnaturelles croient encore à la parole de Nostradamus. Depuis l'époque où son livre a paru, il a eu des exégètes dont la tâche eit aussi lourde que celle de leurs confrères antiques. Michel de Nostre-Dame, qui était fort instruit, futril de bonne foi; voulut il se livrer simplement à une distraction émdite en imitant dans la langue de Ronsard la littérature des chresmologues? Problème irrésolu. Son fils hérita de son métier, non de son talent; on le surprit un jour en train d'allumer un incendie qu'il avait prédit ; celte démonstration par le fait lui coûta la vie.
On a expliqué après coup les Centvries de Nostradamus avec des scholies
bahilemeot laites; on a prouvé qu'il avait écrit jour par jour l'iiisloire des guerres de religion» des Bourbons, de la Révolution ; il est vrai que les preuves de cette nature sont peu mathématiques. Voici un distique regardé comme un des plus clairs de l'œuvre de Michel :
Le noir farouche, quand aura essayé,
Sa main sanguine par feu, fer, arcs tendus,
Tresious le peuple sera tant effrayé
Voir les plus grands par col et pieds pendus.
Vous ne devinez probablement pas qu'il s'agit de la Saint-Bartliélemy, que le Doir fiurouclie, c'est le roi Charles IX, l'ami et le bienfaiteur de l'astrologue ; que Tue tendu, c'est l'arquebuse avec laquelle il tira, dit-on, du haut du balcon da Louvre, sur les huguenots éperdus.
De Nostradamus nous allons sauter en plein dix-huitième siècle et clore cette liste par le nom d'un homme de génie. C'est presque une profanation de placer Stedenborg à côté de personnages dont l'histoire n'a pas fixé la valeur morale. U fut du reste moins un devin qu'un apôtre; trois cents ans plus tôt, il eût eatRiiné les masses et rendu sociale la réforme que Luther et Calvin firent tUologique. Ingénieur, naturaliste, cet homme n'avait qu'un désir : apprendre; qa'one passion, le bien; ses mœurs étaient exemplaires, sa sobriété telle qu'il K goûta jamais au vin; avec cela une mémoire et une facilité d'assimilation prodigieuses. Svedenborg avait cinquante-sept ans; il était membre de presque toutes les sociétés saViantes de l'Europe; ses travaux avaient émerveillé le monde. Voilà que tout à coup, sans transition, ce mathématicien devint un ioipiré et un visionnaire. U écrivait toujours, mais la science n'était plus rien pour lui ; des productions mystiques et presque incompréhensibles, des projets de réforme religieuse, des révélations, tel fut le dernier tome de son œuvre. Malgré tout, son caractère n'avait pas changé, ses habitudes étaient les mêmes ; émission lui semblait si certaine, sa cause si juste, qu'il se bornait à la défendre pir la plume sans prêcher. Les mécontents, les mystiques, ceux qu'une aspintion permanente entraine vers un idéal introuvable, lurent ses livres avec ptHÎoa. L'Église officielle de Suède s'en émut, le propre neveu de Svedenborg ie mit à la tète de ses adversaires. Que s'était-il donc passé? Lui-même va ootts rapprendre :
c Je dûiais très-tard dans mon auberge accoutumée où je m'étais réservé une pièce. J'avais grand faim et je mangeais avec un vif appétit. Sur la fin de mon rtpts, je vis une sorte de brouillard se répandre sur mes yeux et le plancher se couvrir de hideux reptiles. J'en fus d'autant plus saisi que l'obscurité s'épaissit diTaulage. Toutefois, elle s'évanouit bientôt et je vis distinctement un homme «sis dans un des angles de l'appartement au sein d'une vive et radieuse lonière. Les reptiles avaient disparu avec les ténèbres. J'étais seul, et vous poBiex vous figurer l'eflroi qui me prit, quand j'entendis l'homme d'un ton lÂoi propre à inspirer la frayeur prononcer ces mots : « Ne mange pas tant. » A ttBmots, ma vue s'obscurcit de nouveau, puis elle se rétablit peu à peu et je ne vis seul... La nuit suivante, l'homme rayonnant de lumière m'apparut une Kconde fois et me dit : c Je suis Dieu, le Seigneur, le Créateur et le Uédempteur ; je t'ai élu pour interpréter aux hommes le sens spirituel des Saintes Ecritures ^je te dicterai ce que tu devras écrire. »
A partir de ce moment il acquit ses facultés divinatrices. Étant à Gotenl^mrg, il amuHiça» dit^m, un uweadie qui venait de s^allumer dans utv des taixi-
bourgs de Stockholm à iOO lieues de là. Ses révélations à la reine Louise Ulrique de Puisse sont restées traditionnelles; malheureusement, on n'en a jamais connu la teneur. Les adversaires de Svedenborg prétendaient qu*il était fou; il est certain que Tépisode initial de la seconde partie de sa vie rappelle le début d'une aiTeclion cérébrale. L*obnubilation sensorielle suivie d*Iiallucinations de la vue et de Touïe, sa mort par apoplexie quelques années plus tard, paraissent du domaine de la pathologie. Si Ton avait des documents plus précis sur ses dernières années et une bonne relation nécroscopique, on y trouverait sûrement Texplicatiou du naufrage de cette belle intelligence.
A côté de ses adeptes, la divination a eu ses vulgarisateurs et ses critiques. Il est assez difficile d*établir une distinction même conventionnelle entre les uns et les autres. Les écrivains du seizième siècle ont tout confondu ; le compilateur est un sorcier au même titre que le niais qui croit. La robe ou la tiare ne défendaient même pas contre une pareille accusation. Gerbert était un sorcitf ; Hildebrandt, la gloire de l'Eglise, aurait été prévenu de ses hautes destinées par un sort magique ; Tritheim, le savant et lourd compilateur, sorcier. Paraoelse, magicien comme Goclin ou Gauricus. Pourtant la plupart de ces écrivains ont été peu tendres pour les sciences occultes : le Polycraticus de Jean de Salisbury est une amère diatribe sur Tinanité des connaissances humaines. L*élève «l'Abeilard, Tami et Tinspirateur de Thomas Becquet, qui répondait aux juges de Henri 11 : « L'amour de la liberté et la défense de la vérité, voilà mes crimes i, était trop indépendant, trop judicieux pour accepter en bloc les théories et les légendes absurdes qui farcissaient l'enseignement des écoles de son temps; Salisbury eut des admirateurs, mais ne fut pas imité.
Il faut arriver jusqu'à la Renaissance pour trouver autre chose que dei compilations sans méthode et sans choix. A. Cornélius Agrippa et Paracelse, presque contemporains, furent les chefs d'une nouvelle école.
Le thème de Cornélius Agrippa est, comme celui de Jean de Salisbury, la vanité des sciences humaines ; mais il y eut dans la vie de cet homme étrange trop de contradictions pour que son œuvre ne s'en ressentît pas. Soldat au début de tt carrière comme Descartes, puis professeur d'hébreu à Dôle, de théologie à Cologne, syndic de Metz et cassé pour sorcellerie, médecin de Louise de Savoie et renvoyé pour son attachement au duc de Bourbon, astrologue de Marguerite d'Autriche, il vint mourir désenchanté et presque indigent à Grenoble. Cornélius Agrippa a étudié avec passion, mais sans méthode; son scepticisme ne ressemble en rien à celui du savant qui se défie d'une voie trompeuse sans pour cela perdre l'espoir d'arriver au but; r.'est l'eflarement d'un esprit puissant, nuis étonné en présence d'un gigantesque amas de matériaux mal classés. Les réflexions d'Agrippa sur la vanité des sciences ne l'empêchaient point de parler d'astrologie en fidèle de l'horoscope, de rapporter sérieusement des facéties grotesques. Sa médecine astrologique pourrait occuper une place distinguée dans k muséum des aberrations humaines! 11 a par exemple, pour traiter l'ivresse, une recette qu'il serait diiflcile de deviner. « Les signes de Mars contribuent à la tête et aux testicules, à cause du mouton et du scorpion : c'est pourquoi^ quand le corps tremble et la tête fait mal à ceux qui ont fait des débauches de vin, il n'y a qu'à leur tremper les testicules dans de l'eau fraîche ou froide et les laver avec du vinaigre : c'est un prompt remède. »
Le Paracelse légendaire, le sorcier de Bodin, ne ressemble que de très-loin au Paracelse de l'histoire. Celui-ci fut un médecin ingénieux, souvent babilct
nu pathologiste plas obsenrateur qu'instruit ; il brûla les livres d*Hippocrate et deGalieu, peut-être pour imiter Luther; enseigna en allemand et, sous prétexte d'en revenir à Tétude de la nature, substitua aux doctrines traditionnelles ses théories qui ne valaient guère mieux. Il avait des qualités professorales mer- Teilleuses : la conviction, la fougue, une grande facilité d'élocution ; à côté de cela, de pénibles travers. Il manquait absolument de tenue ; ce fut toujours et malgré tout, comme nous dirions aujourd'hui^ un aventurier et un bohème.
La popularité de Paracelse s'étendit jusque dans le grand public; le possesseur des secrets médicaux devint un magicien et un devin comme Pythagore. Des élèfes plus zélés qu'instruits contribuèrent à répandre ces sornettes. Le maître ifiit-il cm à la magie? La question est aussi difficile à résoudre à propos de loi qu'à propos d'Agrippa. Il malmena plus d'une fois les amis du merveilleux; il chassa les esprits de l'étiologie de la danse de Saint-Guy, et fit une dassification assez juste. Tout cela avait peu d'importance; on servit au public, sous son nom, une encyclopédie occulte, illustrée de démonstrations, d'obserntions, et rédigée dans un style dont l'emphase obscure et rude s'adaptait admirablement au sujet.
f L'homme ne sait rien de l'avenir, est-il dit au début, il a été en effet créé it telle sorte qu'il ne s'occupe que d'élever son esprit vers Dieu et ne soit pas agité d'un autre soin. En quoi demain intéresse- t-il aujourd'hui? A diaqoe jour sa peine. Pourquoi songer à ce qui arrivera? H faut s'occuper drajourd'hui pour que demain ne nous apporte pas de mal; aujourd'hui la nort arrive et non demain ; c'est assez de s'inquiéter du présent. Le Christ ooQs a dit de ne pas nous occuper de la manière dont notre corps doit être ftoorri ou conservé, mais de Dieu seul. Qu'importe donc ce qui arrivera à notre corps? Demandons le royaume de Dieu; le reste nous sera donné par surcroît. »
D serait difficile de mettre ce langage sur le compte d'un magicien.
Dans Tédition allemande de ses œuvres complètes publiée par Huser, cer- Uins passages mastiques sont de simples pamphlets religieux. L'explicaàm dei figures du cloître des Chartreux de Nuremberg en est une preuve. * Toilà, dit-il, à propos de la vingtième, un moine qui a dans sa main ^oche une rose et à droite une faucille, un briquet, de l'autre côté une Jttibe nue. En mai, la rose répand un parfum que tout le monde admire. Qaand vient l'été, elle se dessèche et il n'en reste plus qu'une tige épineuse; de même le moine paraîtra d'abord doux et agréable au peuple, qui le comblera de louanges, mais le temps du dessèchement viendra et il ne restera de l'en- ^tenr qu'une saveur et une odeur de moisi. La faucille coupe les bonnes ^ les mauvaises herbes, les orties et le maïs, le froment et l'ivraie, etc. Tous ies moines seront coupés et jetés au feu. Le briquet est l'indice du feu, que iieaiiconp seront brûlés qui ont été coupes avec la faucille. Une partie d'une cboae signifie la chose tout entière : le briquet indique le feu; la pluie, l'Océan. La jambe ne signifie pas autre chose qu'un grand mouvement d'impuretés, si grand que tous les cœurs seront mis à jour. Le libertin ou la prostitua du fond du cœur seront découverts ; tout ce qu'il y a de mauvais sera dévoilé i {voy. fîg. 4).
Les figures de la magie sont dans le même goût. On saisit difficilement la siçiificatioD de la première, même avec la légende explicative ; <i C^cv t%,'<(ix4*
■ente une diose inlérieure qui se révèle à l'eitérieur par des signet. La n a ses emblèmes, la magie a les siens. Ils t'indiqueat que tu dérores cela
FJ|;. 4- — Figura ■[mltollqua du dolln dc>
da OarsralMrf (PincclM).
esl entre tes mains. Heureux qui peut se garder pur de tes atteintes, car t
laisses chez loi personne en repos. La magie l'a bien observée et t'estime
valeur. C'est ta beauté etic-mêrae
faut apprécier et non les apjiara
Tu dévores ce que tu touclies,
l'éldgance et non k piété qu'il
cliercher cliez toi * {voy. fig. 5).
Les œuvres complètes de Pan
ne furent jamais accessibles à toui
lis divisa; les médecins se parlagi
sa patliologie, sa chirurgie gram
petite; les travaux divinatoires et c
qucs ne furent ni les moins cités,)
moins reproduits, ni les moins
mentes. A cô>i d'eux, on piiblii
Allemagne et en France, de véritables manuels populaires. La divination ]
main fut sortout exploitée ; nous avons 'déjï mentionne ses rapports avec t'i
logie. La nomenclature et la notation des chiromanciens étaient celles Je
génétbiiaque, sauf des variau tes correspondant à la surface restreinte sur lac
ils observaient. Ainsi le cercle de géniture correspundait i la ligne dt
l'émineRce thénar devenait Vénus; la saillie de l'articulation métacarpo-pli
gienne de l'annulatre. la lune. L'aspect de la main et les bases des tnlc
tations qu'on peut en tirer au point de vue du pronostic et du diagnost
qu'il a été donné par Ph. May sont les suivants {voy. fig. 2. p. 49) :
t Les espiils curieui, dit-il, qui voudront pénétrer dans les «ecreit i
DIYINATION. 89
vie et les découvrir à la faveur de cette noble et illustre scicDce, doiveut savoir :
i"* Les ooms propres qui sont attribués aux signes qui dénotent la vie et la santé :
2® Les noms des planètes auxquelles les montagnes et collines de la main qui signifient aussi la santé sont attribué^;
T}*' Que toutes les lignes de la main ont leurs vertus et propriétés qui leur sont adjointes. »
« Ainsi la ligne A est la ligne du cœur et de la vie, la ligne E la ligne des poumons, du cœur et de Testomac; les éminences indiquées par des signes astrologiques ont les propriétés et la signiGcation médicale des lettres correspoudantes. »
La main n*ëtait pas le seul organe capable de fournir des indications mau-
Fîf. 6. — DiviaioD métojKMcopiqoe de la face (d*aprè« May, loe, ett,, p. 131).
^ties ; on devinait également par la face ; le grand Cardano lui-même avait poUié une Mélopoêcopie ; les règles de cette méthode sont rappelées sonimaire- Q^t dans le petit livre que nous venons de citer. Il est bon toutefois, si Ton ^t éviter une confusion, de se rappeler qu*il existe deux variétés distinctes de ^itriiiation par la physionomie : i"» une occulte, ayant les mêmes procédés que 'A chiromancie. La face est divisée en lignes, en carrés; ctiacun d*eux correspond à une éfflinence de la main, à une planète {voy. fig. 6) ; le principe est toujours le même; c*est la relation absolue et constante entre Tunivers ti le corps humain; le second n'est qu'une réduction du premier; ses éléiiieu\& Mt leurs correspondants célestes qui les guident.
. 2^ Une naturelle : la physiognomonie, entrevue par Jean Scot, en plein moyen âge, dont Porta a été le défenseur et rhistoriographe : c*e8t une morphologie comparée, une application poussée jusqu'à Tabsurde du raisonoement par analogie. Chaque espèce animale a ses aptitudes, ses instincts, Mm caractère ; il existe entre eux et la forme du crâne ou de la face une relation constante ; tout permet de croire que la même chose a lieu dans Tespèee humaine.
Si avec une analyse soigneuse de ses parties constituantes on peut les rapprocher de celles d*un animal donné, il devient possible de remonter au canetère et à la valeur morale {voy. fig. 7). C'était une sorte d*embryon du système
Fig. 7. — Nous arons icy exprimé la figure de It teste de l'Ane dont la lèTre grosse du haut pend itf celle du bas afin qu'on puisse aisément considérer celle de l'homme figurée i sa resseoblaBee (Porta, La physionomie humaine, trad. par le sieur Rault. Ronen, T. et D. Berthelin, in-8 T.,2I0p.)>
de Gall et de Lavater. Inutile d'ajouter que les données fournies par un pareil système laissaient la place aussi large que possible à l'initiative individaelle et à la fantaisie; que si l'étude de la morphologie pure est difGcile et singU' lièrement minutieuse, celle de la morphologie comparée l'est infiniment plus* Le système de Porta est la tentative d*une science dont les instruments sont imparfaits et les observations en trop petit nombre; il n'a rien de surnaturel. Les méthodes d'Arnaud de Villeneuve, de Cardan, de May, etc., infiniment plus simples, se rattachaient exclusivement aux sciences occultes.
Peucer et Boissard, tous deux théologiens, antiquaires, critiques, protestants convaincus, ont écrit à la même époque des livres sur la divination, qu'ils apprécient à peu près comme Delrio, sceptique par rapport aux pratiques et maigri cela partisan des répressions sanglantes.
Les tendances hérétiques de Cornélius Agrippa et de Paracelse ont été h cause de la sévérité des écrivains catholiques à leur égard; on a fait sur le premier des contes que des livres soi-disant sérieux ont reproduits. Pendant u courte magistrature à Metz, il avait résiste à un inquisiteur de la foi et s'était opposé au procès d*une pauvre vieille que la faiblesse de son intelligence n'aurait pas préservée du bûcher ; cet acte de courage lui coûta sa place. La mort même ne désarma pas ses ennemis ; des rapports entre lui et Satan furent inreotés et répandus par un moine défroqué appelé Thévet, devenu sur la fin
DITIRATIOR. 9i
de sa vie pamphlétaire, ligueur ; c'est de lui que la satire Ménippëe disait : « On ne vit jamais si grosse béte. n Paul Jove ajouta Tépisode du chien noir diabolique, qui aurait été se précipiter dans Tlsère à la mort de bon maître. Naudé a fait justice une fois pour toutes de ces récits sans eflacer le mauvais renom de celui dont il avait traduit les œuvres.
Delrio, Boissard, Peucer, ont écrit dans un but différent, ont jugé avec un critérium différent, et cependant leurs appréciations sont identiques sous bien des rapports. Delrio, jésuite flamand, était une sorte de jurisconsulte, essayant de fixer la jurisprudence du Saint-Office. Pour lui, la magie comme la divination sont des sciences réelles, mais impies; il rapporte que plusieurs livret qui en traitent ont été brûlés en Espagne, et ajoute : Plaise à Dieu qu'ils Teussent tous été ! L'esprit de son ouvrage est dans cette phrase ; les éclaircies de bon sens qu'on trouve de place en place sont vile obscurcies par une foule d'anecdotes recueillies partout pour les besoins de la cause.
Avec Peucer, c'est un fanatisme d'une autre nature qui parle; médecin, mathématicien, Peucer, gendre de Hélanchthon, était aussi un ardent calviniste; il fit tout ce qu'il put pour introduire en Allemagne la discipline et les usages de rÉglise de Genève. Il ne réclame point contre les devins des cb&timents, mais il croit à la réalité de leur science et les proscrit. Boissard, antiquaire et homme de goût, est plus sceptique; il laisse souvent entendre que pour lui la cabale, Tastrologie, la chiromancie, sont autant de chimères.
Nous avons conduit l'histoire de la divination jusqu'à la Gn du dernier siècle.
Est-elle finie? Non. Une méthode nouvelle a fait fortune. Vers 1400, les larots
étaient connus à Bologne. On raconte que Charles VI passait ses intervalles
locides à jouer aux cartes ; c'est peu probable ; le jeu qui, dit-on, lui appartenait,
a'est qu'un recueil de miniatures. On aura de très-bonne heure essayé de tirer
des présages de ce moyen comme les Germains en tiraient des nodfyr. Le premier
Ihre paru sur la matière à Venise en 1640 est le Traité de sorti (en italien,
de Francesco Marcolini de Forli). Cette divination était si simple, si gaie,
<|a'fMi s'explique aisément son succès. Avec ce procédé de bonne société, on
pouvait entrevoir l'avenir à une table de jeu, sans difficulté, sans pratiques
néctooiantiques. La cartomancie est un peu plus compliquée pourtant que
les. méthodes de même nature. Pour que les cartes parlent, il faut les batti-e,
les omper^ les combiner suivant des règles données ; chacune d'elles a sa
^or et sa signification; on n'obtiendrait rien, si l'on s'en rapportait au
hasard. Voici» par exemple, la manière classique et officielle de les tirer par
<|ainie :
I Après avoir mêlé tes cartes, vous coupez, si vous opérez pour vous-même, ou Toos (ailes couper toujours de la main gauche la personne pour laquelle vous opérez. Vous faites ensuite deux paquets de seize cartes chacun ; vous choisissez ttisuite un de ces paquets, si vous opérez pour vous, ou vous le faites dioisir ptr le consultant. Ce paquet étant choisi, vous en mettez la première carte de côté pour la surprise» puis vous retournez les quinze autres et les rangez devant ▼ousde gauche à droite, dans l'ordre où elles se trouvent, et vous examinez si psrmices quinze cartes se trouve celle qui représente la personne qui consulte ; â cette carte ne s'y trouvait pas, on battrait et on couperait de nouveau le jeu H on recommencerait Topération jusqu'à ce que la carte nécessaire se trouvât dans le paquet choisi. Pour le reste, vous agirez comme si vous aviez obteuvi ^ quinze cartes en les tirant par trois et comme il est indiqué au ValAft^xx u^ \ ^
à lexceptioii des tas qui ne se font pas de même. Ainsi, lorsque vous aura examine Tenscmble des quinze cartes, que tous en aurez donne la signiBcation en comptant par sept à partir de la carte qui représente le consultant, et que vous aurez expliqué les rencontres; en prenant suecessÎTement les cartes deux par deux. Tune à droite, Tautre à gauche, vous reroèlerei les quinze cartes, vous ferez couper, et vous en ferez trois paquets de cinq cartes chacan, vous prendrez la première de chacun de ces trois paquets que rem poserez sur la carte de surprise, que vous avez aussi de côté, en commençant de façon que vous ayez quatre paquets de quatre cartes chacun. Faites choisir par le consultant un paquet pour la personne; retournez et éteodei les quatre cartes qui le composent de gauche à droite dans l'ordre où elles se trouvent et donnez-en l'explication selon la signification individuelle et la signification relative. Après avoir expliqué le paquet pour le consultant, vous expliquerez le paquet placé à votre gauche, qui sera pour la maison, puis le troisième paquet, qui sera pour ce qu'on n'attend pas, et enfin le paquet de la surprise. »
Eu 1815, une ancienne couturière, associée è un gai*çon boulanger, Mlle Lenormand, fut reçue par Alexandre I*'. C'était bien la peine que pendant vingtcinq ans les fleuves de TEiurope eussent roulé dee cadavres, pour qu'une illuminée comme Mme de Krudner et une tireuse de cartes eussent à donner leur avis sur un pacte qui devait fixer |K)ur des siècles peut-être la destinée de tant de nations! Depuis ce temps, la crédulité a diminué; on a vu tant de merveilles réelles, que la foi en la magie noire a été ébranlée; malgré tout la divination n'est pas morte. Le code frappe d'une peine légère ceux qui l'exercent; mais cette peine n'est appliquée qu'à l'occasion d'escroqueries scandaleuses. On devine dans les campagnes, par les feuilles de lierre, lorsque l'on veut savoir quel saint doit guérir une dermatose rebelle; on devine à Paris, par les cartes ; on évoque les morts ; le magnétisme animal a hérité de II valeur mantique des vapeurs de la source Kassotis ; la baguette divinatoire i remporté il y a deux ans à peine un triomphe assez signalé pour que l'administration ait failli compromettre la solidité d'un monument historique es autorisant la recherche d'un trésor vers lequel elle devait conduire. Les Lemores, les Dwerfgar, les Gobelins, ont la vie dure ; ils ne craignent ni la vapeur, m la lumière électrique ; au lieu d'errer comme naguère au fond des mines, oo bien au clair de la lune dans les landes désertes, ils se rappj*ochent de rhomme, déplacent les pierres sur la route, font craquer les meubles dans les cabioels de travail. Ils ont un domicile plus sûr que les caA'emes dans lesquelles les reléguaient les religions anciennes : ce domicile, c'est l'esprit humain, vers lequel la vérité trouve si difficilement accès quand elle n'est pas conduite par le merveilleux.
Nous terminerons par un vocabulaire des genres de divination les plus communs, sur la plupait desquels le Dictionnaire renferme déjà de brèves indications aux mots qui les désignent.
Aéromancie (&r,;-t90(). — Divioalion magique; les 8orcii*rs interprétaient des» »ignes qu'ils disaient voir dan» rair;/prûbablenieot analogue à la népliomnucie.
Àlectryonomancie (de AX^xtw^, coq). — DiTinaii'on par les coq§. Voff. h texte, p. 43.
ÀleuroMaucie (de fiXtu^ov, froment). — IKvii
par le froment moulu.
;4 Iphitomancie (d'«Xf itov). — Uiviiiatioa )iar le Crt-
raeut concassé. On ne sait si les prêtres 44>
layaient la farine ou la jetaient par pincées
le feu*
; (*^««)* — Divination relaliTe &
■ ncMiTeau-aé, d'aprca la couleur du
Mtiqae.
(dfl £m^;, Tenl). — DÎTinalion pur
«donc on interprétait le mouvemcnl
i fcnîilet ou do clochettes destinées
•M direction du Tenl.
teie (de «>l^«ito{, homme). — Va-
apjcine dans lesquelles les victimes
hommes ; pratiquée par Héliogabaie.
fiie(de4mTiXcv]ft«TixV.;.— Astrolocio.
ïie (de ftftl)i«;. nombre). — DiTina-
noiàl»re^ Voy. le texte, p. 49.
[<le émi^f). — Obwnralion des astres.
tération de l'astrologie.
«été (de icrfèrs^of, vertèbre). —
■r les osselets.
• Divination sidérale. Voy. le texte,
— Divination offlcielle des Romains, te, p. 65 et soiv.
ligne mantique constaté par les au- . le texte, p. 63 et 6uiv.
f4;{vT,, hache). — Divination par mplantée dans un poteau et dont on I mouvements.
de K^»«, flèche). — Divination par Variété de cléromaneic.
e f^«T«vT., herbe). — Divination pnr de fifiuier ou de sauge qu'on laisen plein air.
e (de fp«7>.r pluie). — Divination s.
(de pf«vTi>,. tonnerre). ~ Divination erre. On des procédés favoris des ippelée aussi art fuigural. Voy. le «tsuiv.
m par le). — Divination météorolo- ■BS très-populaire. On prédit le beau
pluie suivant que l'écume ce tient B te tasM ou va vers les bords. Un lé un peu plus compliqué consiste k mrc de café sur une soucoupe ou
et k interpréter les figures laissées sèchement complet.
— Divin.ition par les cartes à jouer.
a aussi ancienne que les cartes; le U était déjà connu k Bologne au est du quinzième sièele. Le fameux ss de Charles VI parait un simple ■Jiliatares. Le premier travail écrit mancie se trouve dans les Sorti de meesco Narcolini de Porli (Venise.
le (de «c^aliil. — Divination ma^tisail rôtir une tète d'âne sur des I formulait des questions différentes it donné. Quand les mâchoires reavait la réponse.
ntfèf, cire). — Divination par des irs qu'on laisse tomber dans l'eau ; ilvant qu'elles t'étaient ou s'étirent
ie (z«^f<«* porc). Divination par les ire : « Ayons force pourceaux, tu en lie » (Rdbelab).
(de i»\f, main). — Divination par ; Ise Smineiices de la main. Voy. le
dMvFKi oracle). — Divination enrey. le taie, p. 38.
Clédonomancie (de «Iit.^** exclamation). — hïwïnation par de* mots échappés aux individus. « Otte diviMtion était pratiquée k l'oracle d'ilermèa Agortees k Pharae eu Acbaîe. Après avoir |K>sé sa question au Dieu, le consultant quittait la place en se bouchant les oreilles avec les mains. Une fois hors de l'agora, il élait ses muins. et la première parole qu'il entendait prononcer sur son chemin était la réponse de l'oracle » (B.-L.). Cette divination était souvent pratiquée dans les oracles d'Herroè».
Cleidotnaneie {uUlç, clef). — Divination par la clef placée sur la première page de l'Évangile de saint Jean. On pose sa question, un autre lit, et, lorsque la clef tourne, on a la réponse.
Cléromancie /«liffo;, sort). — Divination par le4 sorts. Voy. le texte, p. 43.
CoMtinomaneie («69«iv«v, crible). — Divination par le crible. Ce crible était suspendu A un fil ou posé sur une pointe ; on devinait par son allure, Mtn arrêt, aon orientation A ce moment.
Critomancie (x^ilf;, orge). — Divination par la tanne d'orge.
Crommyomancie (icp«;A|fc.««v, oignon). — Variété chrétienne de cléromancie. On po>e une question in petto et on écrit la réponse probabk sur des oignons qu'on place sur l'autel lors de la messe de minuit ; le premier qui germe fournit la réponse vraie. En Lorraine, au sciiième siècle, les jeunes filles recliereliées par plusieurs amoureux faisaient un choix de cette manièru.
Cryêtallomancie* — Divination par un vase ou une plaque de cristal. Voy. Hydromancie, Leea- Hotnancie.
Dactyliomancie (de ImrrjXo;, anneau). — Divination par les anneaux ; procédés nombreux. Parfois on interprétait leur ton; parfois on faisait osciller l'anneau suspendu A un fil au centre d'un bassin autour duquel se trouvaient Ic^ 24 lettres de l'alphabet. Les pierres enchâssées dans les anneaux servaient au^si à la divination.
Daphnomaueie (de li^vr., laurier). — Divinatiou par les feuilles de laurier. Quand elles brûlaient avec fracas, c'était un heureui pré«age.
Empyromaneie (de risrp, feu). — Divination par le feu. la combustion des victimes. « LorM|u'on brûlait sur le bra»ier de l'autel les cuisses des victimes, on regardait si la Hiinée montait droit vers les immortels. Si b colonne de fumée paraissait tourmentée et arrêtée dans son ascension, il 7 avait lieu de craindre le courroux des dieux; de même, ai les viandM résistaient à la cuisson ou tombaient par terre • (B.-L.). On tirait aussi des présagea des matières végétales jetées au feu, de la flamme, de la fumée.
Exégite. — Interprète d'un texte prophétique.
ETtUpicine. — Divination par les entrailles des victimes. < Théodorus : Voulex-vous en sçavoir par l'art d'aruspieineT par extispicine. par augure pris du vol des oiseaux? du chant des oscines? Du bal solitisme des canes ? Par eslronspicine, répondit Panurge • (Rabelais).
Gattromancie (de t«9tV,p, ventre). — Suivant les uns, divination par le ventre. On pose à voix basse la question près du ventre de l'inspiré, qui répond par signes. Le mot désigne quelquefois la ventriloquie, « de laquelle en Ferrare usa largement la dame Jaeoba Rhodigina engastrimylhe • (Rab.). Suivant à*«ulrei, dViuiop
tion à l'aide d'un vase plein d'eau, dont la partie centrale portait le nom de ventre.
Genéthlialogie (de -jtvrtXti, naissance). — Astrologie, ainsi appelée parce que la plupart des prédictions astrologiques reposaient sur le thème dressé au moment de la naissance. Appelée aussi genélhlioscopie.
Géomancie (de fH, terre). — Divination par la sphère terrestre. Procédés analogues à ceux de l'astrolofifie.
Gyromancie (ruçéf, cercle). Divination par les tours que faisait un individu auquel on avait soin de fermer les yeux. On tirait un présage du cdlé vers lequel était terminé le cercle. « Je te feray ici tournoyer force cercles lesquels tous tomberont à gauche, je t'en assure > (Rab.) .
Haruspicine ou Aruêpicine. — Divnation pratiquée par les aruspicet. Yoy. le texte, p. 66.
Eipatoscopie (^.rsp-c'ro;, foie). — Examen du foie pratiqué dans l'extispicine, partie très-importante de celte méthode.
Biéroscopie (u^ov, victime). — Synonyme d*extipiscine.
Horoscope («^«, saison — domicile des planète»). — Point d'application des influences sidérales qui régissent la vie d'un individu. Voy. le texte, p. 48.
HydatoMcopie (de Ciu^-^axoi, eau) ou Hydromande, — Divination par l'eau (Voy. Kaloptromancie).
Hydroscopie (de ui*»f, eau). — Art de trouver les sources cachées. Voy. Rhabdomancie. Ne pas confondre uvcc hydromancie.
latromantique (!a-:vip, médecin). — Divination médicale.
Icktkyomancie (ix^wc, poisson). — Divination par les poiâsont . Sa légitimité a été contestée par Piutarque. « Elle était pratiquée k Hiérapolis et en Lycie, dans le temple d'Apollon, k Surra. 11 y avait au fond d*un gouffre creusé par la mer dei poisson;» auxquels on jetait des morceaux de viande rôtie constituant les preuves du sacriUce. Plus les poissons étaient nombreux et Toraces, meilleur était le présage. Si aucun ne venait, estait d'un très-fâcheux augure • (B.-L.).
Incubation. — Sommeil dans un lieu consacré pour obtenir une visiou mantique.
Kapnomancie («««vb(, fumée). — Divination par la fumée. S'écrit aus^i capnomancie,
Katoptromancie (de «étttictpov, miroir). — Divination par le miroir. Un enfant était placé devant un miroir, on lui adressait une question sur une personne et il la voyait dans le miroir. Parfois on prenait une bouteille d'eau. Cette divination est donc analogue à l'hydromancie.
Kéraunotcopie (de xipauybf, tonnerre;. — Synonyme de brontoscopie.
Krilhomancie (de xfiH., orge). — Divination par l'orge ; on ne sait si \iu devins délayaient la farine d'orge dan» l'eau ou la jetaient sur le feu .
Kuamobolie (de x6a)ia( , fève). — Divination par les fèves noires et blanches.
Kybomancie (de «j6o;, dé). — Divination par les dé».
Lampadomancie ou Lyckwnnancie (de X«|ik*;,
V^v«(). — Divination chrétienne. Se pratiquait
tar les lumières au moyen de lampes ou de
le cierges allumés portant le nom des
m apdtres.
Lecanomancie (Xix&vir}, bassin). — Divination par les bassins. Dans sa forme simple on jetait à» pierres dans de l'eau ou Ton mélangeait de l'eau et du vin dont on observait les reflets. ParMs on interprétait les sons d*un bassin de hroiae sur lequel frappaient des sortes de maillets aétalliqucs. Divination usitée à l'oracle de Dodone. Voy, le texte, p. 62.
Libanoman^ (X««ve«, encens). — Divination par la fumée de l'encens. Son invention était attribuée k Pythagore. Parfois au lieu de l'encens on employait le laurier on l'olivier.
Lithobolie (Xilo<oX<*», je Jette des pierres), Tariété de cléromancie. — Divination par les cailloux.
Lithomancie (de Xlle<, pierre). — Divination par les pierres. Les Mysiens, pour savoir si la récolte de l'année serait abondante, §• aenraieoi de petites pierres noires qu'une espèce de pavot produi&ail en guise de graines; quand l'année devait être stâ-ile, ces objets resiaioot immobiles; quand il devait y avoir une récolte abondante, ils bondissaient comme dea sauterellee. >
Manteion. — Oracle.
Mantique. — Divination.
Métoposcopie ({itftwicoy, front). — IKvination par les traits du visage. Ne pas confondre avec physiognomonie. Yoy. le texte, p. 89.
Molibdomancie (de iiôXiS^of, plomb fonda). — Divination par le plomb fondu. Analogue i li tidéromancie.
Morphoscie (de iio^^v,, forme). ~ Divination par les traits, la forme du corps.
Myomancie (de {«ubv, muscle). — Variété de Borpboscopie dans laquelle on luterprél^it l'énergit des muscles et leur forme. En extispidne les muscles n'avaient pas de valeur mantique.
Myriogenèse, — Système zodiaéal égyptien daas lequel chaque signe, comprenant 30*, oorreqMBdait à toutes lea constellations du segment etr> redondant de la sphère céleste. « Lea Grecs appelèrent toujours sphère barbare ce fyitèiM qui gardait pour eux son caractère exotique.
yécromancie ou Nekyomancie (de vt«^, nott). — Évocation des morts dans un but magiqee ou divinatoire.
Néphomancie (de vi^o;, nuage). — Divination ptf les nuages, inventée seulement à l'époqoe es Bas-Empire. D'après Photius, une certaine As* thusa prédit l'avènement de l'emperear lisn pai-ce qu'un nuage en forme de lion en avait avalé un autre en fornie d'homme.
Oikoscopie (de oTxo;, maison). — Nom géaéri^ des divinations domestiques particulières : «a certain Xénocrate avait écrit un livre inlitalé :
Olxo««»icix^ «lûviviia.
Olpnistique (Vyo. Ornithomancie).
Omoplatoscopie- — Divination par l'omoplate des victimes. On immolait une brebis ou un agneav après avoir formulé mentalement la question i résoudre : on levait alors une omoplate et on la faisait griller sur des charbons ardents. Le chaageracul de coloration de l'épine, son boorsoiiflement, fournissaient des indices heureux oa malheureux. Quand le cété droit rougissait ou que le gauche noircissait, c'était on pré^gs de guerre.
Omphalomancie (de ^iifsXb;, ombilic). — Les sagea-femmes prévoyaient le nombre dea enCnts qu'aurait une primipare d'après le caraclère de cordon et celui de la caduque.
DIYIIIATION.
Oniromancie (de «vtifHiMMige). — DiTtaation par les soD^e». I^ur interpréution coiutituait l'onirocritique.
Onomatomanei9 (de év«ti«, non). — Divinatioo matb^nutiqae. On prétend que la présidence de Taylor aux Étata-Unb avait été prévue de celle manière. En mettant la numéro de chaque lettre de l'alphabet ao-dastous du nom on arrirait au même total qne dans le court membre de phrase promettant la présidence (lâchai y Taylor , wiU ^ Praident),
Onychomancie (de êwl, ongle). — Divination magique. On fait certaiuea marques sur les ongles d'un enfant, il les tourne vers la terre. Après la conjorationf on fait sa demande, le démon invoqué écrit lies réponses sur le sol.
Ooteopie (4V», oeuf). — Divination par les œufs, t ht» prêtres qui faisaient une observation pour deviner des dangers, dit le scoliaste de PerM, observaient d'ordinaire un œuf rois sur le feu, examinnnt s'il suait par le haut ou par le côté : mais, s'il éclatait et coulait, il présageait un péril k celui pour le compte duquel te faisait la cérémonie». »
Ofkiomancie 'de «f t<, serpent). Mêmes procédés que romiihomancie.
Oracle. — Lieu où s'eserçait la divination. Nom parfois appliqué aux renseignements donnés sax-mémes. Yoy. le texte, p. 50.
Ornilhomanei^ (i^nç, oiseau). — Divination par le» oiseaux. Voy, le texte.
Pahmancie '««'av., lutte). — Divination par les flérhes. Synonyme de bélomancit- .
Péfomamcie (de «1174^ source). — Divination par Fean. Synonyme d*hy(fat>mancie.
Pkrtmotogie (de ffi{v). — La phrénologie est uq procédé d'observation reposant sur des relations tDcertaines et discutables dans Dante, mais 11 ne ifratuche ni au merveilleux ni It la maotique. Ce aaot sera traité k part.
^^Uoimancie (de f-AX^v, feuille). — Divination par les feuilles brûlées ou chassées par le vent.
fkifàognomonie. — Interprétation de la physionomie. Toy. le texte, p. 90. Ses procédés ne se fiMafhant ni anxsdences occultes ni il la divination profremeal dite. Ce mot sera traité à part.
Prognoslifve ou Prognoie. — Différente de la divination es ce qu'elle repose sur l'observation pue. On attribuait au centaure Chiron l'invention de la progno^iiqoe météorologique.
hfeha^ogie (de ^^1%, e^rit). — Synonyme de
oécromancie.
ftarmtûêcopie (de cT&f',t«i, j*éteraue). — Divination pir rétenament.
^^fvmaneie (Voy. Empyromancig).
h/tkiÉUin. — Devins athéniens chargés d'observer la del an moment où devaient se mettre en ■irche les processions de Pytho.
^kakémmmeir (de H^S^ bagoettc). — Divination pir la bagisntte.
Bhaptodomancir. — Divination par des phrases détachées au hasard, des poésies d'Bomèiv, d'Hésiode et des recueils d'oracles. Variété dt cléromancie.
Raphanomancie (de }«f«v4(, racine). — Divination magique par les racines. Voy. le texte au sujet de la mandragore, p. 78.
Sel (Divination par le). — Se pratique comme la divination par le froment on l'orge. On jette des grains de >9\ dans le fen et on devine d'après leur» craquements.
Sidéromancie (de vclnf^d f<en. — On jette sur du fer roujre des brins de paille auxquels on a attaché une kignificativm préalable, et on conjecture d'après la manière dont ils brûlent.
Sort*. — Divination par les sort<i. Voy. Cléro» mande.
Splamhnoscopie (de nXi^v-*, viscère). — Synonyme d'extiApicine et hiéro^copie.
Spondylomancie (9i:9v^uXo;, vertèbre). — Divination f>ar les mouvements d'une boule, d'une vertèbre, d'un fuseau.
Sternomancie. — Voy. Cattromancie.
Stichomanrie (t:»/»;, ligue d'écriture). — Divination par les ver» sibyllins.
Sycomancie (de vjtr., liguier). — Voy. BotanO' mande.
Symbolomancie. — Divination par signes fortuits.
Tephromande (de ti^?*, cendre). — Divination par les cendres. On trace avec des lettres la demande qu'on veut faire; on tire la réponse de celles qui restent lorsqu'un coup de vent en a enlevé quelques-unes.
Trapezomande Tt^mi*^*, table). — Divination par les dén. les osselets, les fèves noires et blanches, jetés sur une table consacrée.
Thriobolie. — Variété très-ancienne de cléromanrie. « Apollon raconte à Hermès qu'il existe troi« sœurs vierges; ce sont les Thrie» qui *e complaisent à voItT do leurs ailes rapides. La tète poudrée de farine blauclie, elles ont leur demeure au fond du vallou du Paroa>ise; en ce lieu retiré, ellos m'ont enseigné, sans que mon père s'en inquiétât, la science divinatoire dont j'étais avide, enfant encore et gaidant mes bœufs. Depuis \ot>, rllcs voltigent vi et là, et elles se repaissent des rayons de miel et accompliseent chaque cho>e. Ur lorsque, rassasiées de miel nouveau, elles entrent en délire, elles c<msentent avec complaisance ii dire la vérité. Mais, lorsqu'elles sont privées de la douce nourriture des dieut, elles trompent et égarent en sens divers » /B.-L.). Plus lard on appelait thries des galets ou cailloux qui servaient k la divination, ou même par extension les prédictions qu'on en obtenait.
Tyromande (de tu^^t, fromage). — Divination par les fromages, a /i/i« tyri^comancic. Pratiques inconnues. ■ J'ay un fourmage de Drehemont h propoi p (Rabelaisj.
A. Decuamdri et L. Thomas.
BBuoeiAPnu. — SâUtwmT (Jean de). Poiieratieui eive de magie eurialium. Lugduni Bata- ToniiD.i. Maire, 1830, in-8, 031 |^. — Scot (Michaël). Tractatua de $ecreii$ natunr. Francoforti P. Musculiis. 1015, pet. iii-12, 120 pp. — Arxàold de Villexeuvi. Opéra omnia cum 9- Tavrelii annotatûmibyê. Basile» G. Waldkircb, 1585, iii-fol. 2u7 col. — Trithbu. Polyptpkiê et umiwenêiU neriitireeabmlistique, ti*aduite par G. de Collan^. Paris, J. Kerivcr, 1571, 10-4, S80 pp. — Amuita (H. C). De occulta phiioêophia, 1553, iQ-to\. ccojai v^.