DUGÈS
rang; cette lutte avait compté 23 concurrenls, parmi lesquels Andral, Bouillaud, Cruveilhier, Piorry et Velpeau, qui devinrent tous professeurs à TÉcoIe de médecine de Paris par la suite.
A cette époque la Faculté de Montpellier était en réorganisation, de nouvelles chaires étaient créées ; Dugès obtint celle d'accouchements, en même temps que Dobreuil était promu à renseignement de Tanatomie, F. fiérard à celui de Thygiène. Se sentant à l'étroit dans cette branche de la science, il demanda et obtint, par voie de permutation, la chaire de pathologie externe et de médecine opëratoire. Il ne continua pas moins à s'occuper d'obstétrique, tant au point de Tue pratique que par ses publications, et sans faire tort à son enseignement chirurgical où il se montra très-brillant.
Son esprit infatigable se tourna encore d'un autre coté, vers la zoologie, dans l'étude de laquelle il déploya un rare talent. 11 publia de nombreux mémoires sur cette branche des sciences naturelles et acquit en peu de temps une notoriété européenne. Son ouvrage capital, à ce point de vue, est son Traité de physiologie comparée, paru en 1858. a On y trouve, dit Rodrigues, beaucoup de choses qu'on chercherait inutilement ailleurs, surtout en ce qui concerne le sens, les opérations intellectuelles, la contraction musculaire, la respiration, les sécrétions; la science de la vie y est considérée, chez tous les êtres organisés, avec une abondance de matériaux vraiment extraordinaire, et l'analyse ne nuit pas aux principes de nomenclature et de classification, aux lois relatives à la détermination des organismes. La vie est pour l'auteur l'activité spéciale des corps organisés ; elle suppose l'organisation ou un agencement non moins spécial delà matière. » Ajoutons que les idées de Dugès sur le princi[)e de la vie n'ont pas obtenu Tassentimeiit de l'École de Montpellier.
« Dugcs, dit encore Rodrigues, avait toutes les qualités qui distinguent le professeur éminent, la profondeur et la simplicité, l'élocution facile et persuasive, le trait et l'abondance; il traduisait aux yeux le sujet de ses descriptions par l'usage du dessin linéaire improvisé. 11 était membre de l'Académie de médecine, des Académies des sciences de Paris et de Berlin, administrateur des hospices, etc. D*une constitution frêle et délicate, qui rappelait très-bien une victime de la science, il ne manqua jamais ;i aucun de ses devoirs. D'une probité irréprochable, il poussait le sentimant de l'honneur jusqu'à sacrifier la plus grande partie de sa fortune pour sauver celui d'un du ses parents. Son existence fut des plus actives, et la mort le surprit mettant la dernière main à un ouvrage étendu, qui est pour ainsi dire la manifestation la plus complet?, de son savoir. » Dugès succomba en effet le i*' mai 1858, à l'âge de quarante ans. Il était chevalier de la Légion d'honneur et de Tordre du Mérite, et depuis deux ans doyen de la Faculté de Montpellier. Nous nous bornerons à citer de lui :
I. Recherches iur les maladies les plus importantes et les moins connues des enfants ntmveau'nés. Paris, 1821, in4*. — II. Essai physiologico-pathologique sur la nature de la fièvre, de V inflammation et des itrincipales névroses. Paris, 1823, 2 vol. in-8». — III. Sunt-ne inier asciiem et peritonidem chronicam certa discrimina quihus dignosci queant? Paris, i8S4, ia-4^. — IV. Manuel d'obstétrique, ou traité de la science et de Vart des accouchewtenU, avec fig. gravées. Paris, 1826, in-12; 3« édit. Paris, 1840, in-8«; traité complet, qui satisfit à un besoin de l'époque ; il a été traduit à Milan en 1832, et réimprimé à Bologne el à Florence. — V. Mémoire et observations sur le mal vertébral de Pott, Montpellier, iW6, in-8«. — VI. Discours sur Us causes et le traitement des difformités du rachis. Montpellier, 1827, in-8». — VII. De l'influence des sciences médicales et accessoires sur /,»« progrès de la chirurgie moderne. Paris, 1827, in-8». — VIII. Mémoire sur la conformité erganique danê Véchelle animale, Paris, 1832, in-i*, avec pi. — IX. Mémoire sur un no»
644 DL'IIAMEL-DUMONCEAU.
veau forceps à cuillers tournantes. Paris, 1833, in-8». — X. Recherches $ur Vostéologie et la myologie des batraciens à leurs différents âges, Paris, 1834, in-4% avec pi. Cet oum^K a élé couronné par Tlnstitut de France. — XL Bech, sur Vorganisation de quelques espèces d*oxyures et des vibrions. Paris, 1826, in-8% lig. — XII. Rech. sur Vordre des Aames*
en général et la famille des Trombidées en particulier. Paris, 183i, in-8% flg XIII. TrêUr
de physiologie comparée de C homme et des animaux. Montpellier, 1838, 3 toI. in-8», ittc fig. — XI Y. Pratique des accouchements de 3f"« Lachapetle, publiée par Dugès. Paris, 1825, 3 vol. in-8* ; c'est un cours complet de clinique obstétricale ^ui repose sur uoe piv tique de trente années et sur plus de quarante mille accouchements. — XV. Traité prati^ des maladies de Vulérus et de ses annexes, par Dugès et M" Bolviu. Paris, 1833, 2 val. in-8% avec atlas de 41 pi. gravées et coloriées. — XVI. Un très grand nombre dartides dans les recueils périodiques et le Dict. de méd. et de chir. pratiques. Sur Dugès voja Bouisson, Éloge de Dugès, in Journ. de la Soc. de méd. prat. de Montpellier, t. II, p. 81. 1840, et Rodrigues, dans la biogr. Didot. |^, H,,
DUC20IVC2. Le genre Dugong appartient à la sous-classe des Hammiières pisciformes et à Tordre des Siréniens {voy. ce mot). E. 0.
DIJCSU. Nom Tamoul du riz (Oryza Saliva L.). Pl.
DUHAMEL-DUMOIVCEAI; (Hekri-Loojs). L un des physiciens qui a le plus contribué à illustrer la France, au dix-huitième siècle, celui, peut-être, qui a rendu les plus cminents services à l'agriculture, à la physiologie et à ii marine. Nous ne pourrons, dans ce Dictionnaire, où sont nécessairement limités les articles de biographie, nous étendre longuement sur la vie de ce tiTaot homme; nous ne devons suivre que les principaux sentiers de cette carrière vouée aux intérêts de Thumanité. Duhamel naquit à Paris, en i700. Sesgoâts pour rétude de la nature se développèrent chez lui de bonne heure, car à peine sorti de l'adolescence il chercha la société des naturalistes, et put se lier bientôt avec Dufay, alors directeur au Jardin des Plantes, et avec Bernard de Jussieu, el en 1728 il entrait à l'Académie des sciences, qui voulut ainsi récompenser un beau mémoire sur le safran et sur les causes qui nuisaient à la culture de cette plante dans le Gatinais. Depuis lors, Duhamel ne cessa de fournir à la collectioD académique des mémoires dont le nombre monte à plus de soixante, et qui roulent, pour la plupart, sur des sujets très-importants : en 1730 et 1783,aitttomie de la poire; en 1756, expériences sur les mouvements de la sensitive; es 1737, mémoire sur le bois, en collaboration avec Buffon; en 1737, recherches sur les colorations en jaune des os des animaux qui se nourrissent de safran, et de là des considérations ingénieuses, mais que des travaux ultérieurs ool battues en brèche, du mode de formation des os, expériences sur la greffe chei les animaux, et qui le conduisirent à établir que Tergot d'un jeune coq, implanté sur la base de sa crête, peut s*y grefler. Tous ces travaux n'occupaient cependant pas tellement Duhamel qu'ils ne lui laissassent le temps néc^saire pour remplir les fonctions de la place d'inspecteur général de la marine, (jni l'obligeait à parcourir fréquemment les diverses provinces de la France, suit pour visiter les ports, soit pour constater l'état des forêts. Dnhamel-Dumoncetn est mort en 1782, laissant un grand nombre d'ouvrages, dont voici les principaux :
I. Traité de la culture des terres suivant les principes de Tull, 1750-1761, 6 vol. in-ll - II. ÉlémenU d'agriculture, Paris, 1754, 2 vol. in-12. — III. Des semis et des pianteiim des arbres et de leur culture. Paris, 1760, in-K — IV. Traité de la coiuerviUion desgraimt. Paris, 1753, 2 vol. in-12. — Y. Traité de la garance ei de sa culture. Paris, 1757, iii-4*.- VI. Traité de VexploUation des bois. Paris, 1761, in-4i*. — VIL Traité é— m-bres H arbmsiei
DCJlftDIX rUs »Kri . 6t5
qui se emltfwemi em Frmmem em pieime terre. Parê. 17^5. t toi. ia«4'. — VIII. iJèmtmt* d'mr" chiUdmre mawmie. Hris. 1757. in-4*. — II. Le pkftiqmt éee mrheem. Fins. 175:^ t vol. in-lf. — I. TrBÎIf^ eomifUt des er^ree frmiien. Paru, I7GS. t JéL ii»-4'. — IL 7/««fé §émérmi éeefêcke* WÊanihae», ^le» riwière» ei des poûmms. Paris. I76^I78IL 5 «^ m-foL
•nHUXVl. Uq des Docns hindous du Tmrhitk {Comrcirmlms Tmrpt^ lAaoïiL.}. Fl.
•llSil. Xom donné à Java à l'écoroe de MassoT. Pl.
•Clf^li (LiC MI5L&J11X DE;. Âtktrmole^ hicarhoHalée sodique^ caictqme et ferrmgimeuse faibU, carbonique mo^enne^ dans le dé}iarteaient de la Loire, à 1 kilomètre du TÎIIa^ de Molières, émerge une source qui a les mêmes qualités physiques et chimiques que Teau de Sjlist-Ajlbjls (rojf. œ mot), seulement elle est traTenée de bulles gazeuse» plus rares. Son eau est employée à Tintérieur seulement par les dyspeptiques de la contrée. A. R.
(Les kci\
(FAAHm>?f- Npoilh-Saint-Front est une petite localité dm département de TAisne, canton de Château-Thierry. C'esÀ là qu'est né, le 15 jan- TÎer 1738, ce chirurgien, qu'une mort prématurée (tienle-sept ans) a empêché de donner tout œ qu'il pouvait donner. Ses parents, livrés au commerce, étaient pen fortunés; néanmoins, le jeune Dujardin put faire, soit dans la maison paternelle, soit chez les Oratoriens, de hoones études, et acquérir, dans l'Cniversité de Pïtfis, le grade de maître es arts. Il songea ensuite à l'état eoclé>iastiqoe, et rêfi même un instant la rie de cloître Ters lequel le portaient des mœurs douces, un grand goût pour l'étude et par conséquent pour la retraite. Mais le profane l'emporta bioitôt sur le sacré« et Dujardin se décida a emhrasser la carrière chirorgicale. Après trob années d'études sous De La Barre, chinmnen distingué de Soissoos, il revint a Paris, où il se livra avec ardeur aux travaux anatomiqœs et cliniques. La modicité de sa fortune mettait un obstacle à son entrée au Collège des chirurgiens; beorensement qu'un ooncoars fondé par La Martinière pour deux réceptions gratuites se présenta, et que Dujardin sortit vainquenr de la lutte avec Peyrilhe, son camarade et ami. C'est alors que, à peine sorti de la licence, il entreprit de parcourir les anciens monuments de la chirurgie, la plume à la main, v II notait ou recueillait les inventions et les periectionnemeiils à mesure qu'ils se présentaient, et rassembbit ainsi, sans autre dessein que sa propre instruction, les matériaux de l'histoire de la chirurgie. U en communiqua des fragments à l'Académie des Curieux de la Nature, qui rcDoonragea vivement dans ses travaux et l'admit au nombre de ses membres. La Martinière et l'Académie royale de chirurgie adoptèrent, en quelque sorte, l'ouvrage de Dujardin, et le premier volume de V Histoire de la ckirurgie parut Mais Dujardin y avait épuisé ses forces. On peut dire qu'il moarul a la peine, le 5 février 1775, fort peu de temps après que son livre eût TU le jour » (liezeimeris) : HiMoire de la ckintrgie^ depmis um origime jusqu'à nos jCÊtrs, impr. royale, 177-4. io4*. Le volume finit avec l'histoire de la dnrofgpe de Celse. Son ami Peyrilhe (poy. ce nom) continua l'oeurre, et c'est
646 DU LàURENS.
à lui que Ton doit le deuxième volume imprimé en 1780, in-4^. Ajoutons que TAcadémie de médecine de Paris a reçu, il y a trois ou quatre ans, un manuscrit, qui n'est autre chose que la continuation de l*histoire de la chirurgie par le môme Peyrilhe, et qui pourrait former un troisième volume. A. C.
Dojardin (PÉLix). Savant naturaliste, né à Tours, le 5 avril 1801, mort à Rennes le 8 avril 1862. Fils d*un horloger et sans fortune, il dut apprendre seul, ou à peu près, les diverses sciences à renseignement desquelles il s'est exercé. De 1827 à 1834, il fut chargé par Tadministralion municipale de Tours de cours publics de géométrie et de chimie appliquée aux arts ; dans le même temps, il a publié plusieurs travaux géologiques sur la Touraine, et le «premier (1831) il a fait connaître le curieux phénomène des puits artésiens ramenant à la surface du sol des graines et des débris d*insectes pris à de grandes distances et transportés par des routes souterraines en suivant le fond des bassins géologiques. A Tours, eu 1833, il a publié au nom de la Société <l'agriculture de celte ville une Flore d'Indre^t-Loire, Venu à Paris en 1834, îl fît paraître une description géologique de la Touraine et de ses fossiles; mais, engagé par Dutrochet à s*adonner préférablement à des recherches zoolo- :giques, il fit au bord de la Méditerranée et de TOcéan plusieurs voyages trèsfructueux pour la science, et publia en 1835 ses curieuses Observations mrlei Rhizopodes qu'on avait jusque-là classés parmi les Mollusques céphalopodes, sous le nom de Foraminifères, et qu'il rapporta avec raison au type des Infasoires les plus simples. Il se trouva conduit par là à une nouvelle étude des Infusoircs en général, au sujet desquels il combattit les assertions d*Ehrenberg, et il appela l'attention des naturalistes sur le tissu primordial des animaiii qu'il nomma sarcode. Les résultats de ses travaux, hautement appréciés en Allemagne, ont été consignés dans une série de communications à Tlnstitut et à h Société philomathique, et surtout dans ses trois ouvrages principaux : VBistoire naturelle des Infusoires (Paris, 1841, in-8<»), Y histoire naturelle des Helmintha (Paris, 1844, in-8o), faisant partie de la collection des Si/i/es à Buffon^ et dans le Manuel de l'observateur au microscope (Paris, 1 843, in-8®), dont Tatlas est particulièrement riche en faits nouveaux. Dujardin qui, dès 1834, avait fait connaître le développement des œufs de isi comattile à la base des pinnules de ce cœlentéré, i ajouté, en 1 839, des annotations très-étendues au troisième volume de VUistoireda animaux sans vertèbres de Lamarck. Il a publié depuis des Recherches sur le cerveau désinfectes^ sur V intelligence des abeilles ^ sur les yeux, sur les trachées ei sur plusieurs points de V organisation des animaux articulés A\ a enfin apporté des perfectionnements importants à Tcmploi du microscope, particulièrement en ce qui tient au mode d'éclairage. En 18.17, il fit paraître dans la bibliothèque du Magasin pittoresque un petit volume in-8° intitulé : Promenades d*nn naturaliste ei dans les Cent Traités (chez Dubochet et Lechevalier), trois traités de zoologie. 11 fonda en 1836 un journal scientifique, sous le titre d*Hermèi, «t le rédigea avec la collaboration de MM. Martins, Leroaout et J. Hoefer. Nommé, en 1859, professeur de minéralogie et de géologie à la Faculté des sciences de Toulouse, Dujardin profita de la création de la Faculté des sciences de Rennes pour revenir à ses études de prédilection; il y accepta II chaire de zoologie qu'il occupa jusqu'à sa mort (Biogr. Didot). L. H5.
DU LAURENS (Amdré). Un des plus célèbres médecins et anatomistes do
DU LâURENS. 647
dix-septième siècle. Sa biographie restait à faire. |Daiis YUnion médicale {\S6\, Q^' 12i » 124, 125) nous l*avoQs tracée avec tous les développements nécessaires, et nous en avions puisé, en 1856, les éléments dans un fort curieux manuscrit que possède la Bibliothèque publique de la ville d*Arles. Ce manuscrit nest rien autre chose que les Mémoires (inédits) de Jeanne Du Laurens, sœur de notre médecin, et portant ce titre : Mémoires dressés par moy^ Jeanne Du Laurens^ veufve de if. Gleyse, et couchés nayvement en ces termes. Fait au 1*' juillet 1651. Bien naïves et bien charmantes sont, en effet, ces pages qui permettent de rétablir au vrai la vie d* André Du Laurens.
Il naquit à Tarascon, le 9 décembre 1558, fut baptisé dans Téglise Sainte- Marthe, et tenu sur les fonts pai* André Mouyvoux (d'Avignon), qui lui donna son nom, et par madame de Ferme. 11 était fils do Louis Laurens, médecin stipendié de la ville d'Arles, et de Louise de Gastellan. fiouis Laurens, en mourant (24 décembre 1575), laissa la réputation d'un homme de bien, mais il laissa aussi sa femme sans fortune, chargée de onze enfants. André avait atteint à peine sa dix-septième année. Destiné d'abord à l'état ecclésiastique, tonsuré même à l'âge de neuf ans, il finit par porter son choix sur la robe de Rabelais, alla étudier à Avignon et se fit recevoir docteur en 1578. Il est certain aussi, quoi qu'on en ait dit, qu'il vint à Paris se former au contact des médecins les plus renommés de l'époque. De ceux là étaient, surtout, Louis Duret, le plus instruit de son temps. Dans plus d'un endroit de ses ouvrages, il paye un tribut d^hommage et de reconnaissance à son illustre maître, u dont il répute à l'honneur d'avoir été disciple. » Une fois coiffé du bonnet doctoral, André resta à Avignon, « où il lisait le matin aux chirurgiens et après disner aux apothicaires. Gela l'exerçait à sa vocation, et lui faisait donner des pracliques pour s'entretenir. » Or, il arriva qu'une chaire à la Régenee royale dans la Faculté de médecine de Montpellier devint vacante par la mort de Laurent Joubert, arrivée le 22 octobre 1582. La mère du futur archiâtre de Henri IV fit revenir son fils d'Avignon, et rengagea à se mettre sur les rangs, lui montrant l'exemple de son oncle. Honoré de Gastellan, qui en avait fait autant vingt ans auparavant et qui était parvenu aux honneurs et à la fortune. André écouta ce oooseil et prit le chemin de Montpellier. Là, il n'hésita pas à se conformer aux statuts, de passer de nouveaux examens, de se faire recevoir derechef docteur eu médecine, à la suite de quoi les professeurs royaux et le chancelier le nommèrent d'emblée à la place laissée vacante par la mort de Laurent Joubert (17 avril 1583). Mais, lorsque Du Laurens voulut faire enregistrer sa nomination, il rencontra de nombreuses difficultés que lui suscitèrent plusieurs médecins de Montpellier. Ges derniers ayant à leur tête Jean Bazin, dit Esquiros, mirent immédiatement opposition à l'entérinement, au Parlement de Toulouse, de la nomination de leur confrère. Du Laurens ne céda pas à ses ennemis ; il se rendit lui-même au Parlement de Toulouse, y défendit sa cause, fit casser Tarrét des premiers juges, et ce qui devait le perdre pour toujours et briser sa carrière fut pour lui la source de tous les honneurs qui devaient plus tard le trouver. En effet, Jeanne nous apprend que son frère plaida sa cause avec tant d'éloquence, qu'il s'attira l'admiration, non-seulement de ses juges, mais encore des étrangers qui assistaient aux débats. Parmi eux se trouvait madame de Grussol, duchesse d'Uzès et comtesse de Tonnerre ; les talents déployés en cette occasion par le jeune médecin la charmèrent, et elle lui confia les soins de sa santé. Écoutons à ce sujet Jeanne, avec son style si frais, si simple et si naïf :
648 DU LàURENS.
(( Ayant eu mou frère gain de cause, s'en revint à Montpellier exercer sa charge. Quelque temps après, madame la duchesse d*Uzès tomba malade, et se ressouvenant de l'action qu'elle lui avait vu faire à Toulouse, Tenvoya quérir pour l'assister. Mon frère y alla, et avec l'aide de Dieu, et la grande peine qu'il y prit, elle se trouva mieux et lui dit : « Monsieur Du Laurens, je veux faire nu « voyage à la Cour, et veux que vous m'y accompagniez; allez donner ordre à « votre charge. » Mon frère, bien aise de faire un si honorable voyage sans qu'il lui en coutast rien, accepta l'offre, et alla pourvoir à sa charge, qu'il remit i M. Bachier, lequel, se sentant assez honoré de celte faveur, Ja voulut servir gratis. Aussitôt mon frère revint vers madame la duchesse, et s'en allèrent ensemble à la Cour où, estant de séjour, elle allait souvent visiter le roy Henri IV, et menait toujours mon frère avec elle. Un jour le roy dit à la duchesse : (( Qu'est ce jeune homme? — C'est un médecin, lui réponditHcUe, « neveu de M. deCastellan, qui avait été premier médecin du feu roy Charles IX, (I et professeur à Montpellier dont il exerce la même charge. C'est un bel esprit; 0 je luy ay vu faire à Toulouse une action qui me ravit en admiration » — et loy conte tout par le menu, au grand étonnement du roy. Puis elle ajouta : « J'étais malade il n'y a pas longtemps, je le mandai quérir, il viut; sans luy (( j'étais morte. 11 m'a guérie bravement. » — Le roy ayant entendu tout ce que je viens de rapporter, le regarda d'un bon œil, et depuis toujours du depuis. Peu après, le roy fut malade; la duchesse voulut que mon frère le visitât, et qu'il fût d'une consulte qu'on fit là-dessus. Tous les autres médecins furent d'une seule opinion, et mon frère seul en la sienne. Ce nonobstant, la dame insista toujours que l'opinion de son médecin fût suivie; ce qui fut, et le roy s'en trouva bien. Alors, elle luy dit familièrement : k Je vous donne mon médecin; «j'entends après, que je seray morte, et non devant; car c'est un des rares (( hommes de ce temps en sa profession. » — Elle ne vécut pas longtemps après, et le roy le prit pour son médecin ordinaire, puis par succession de temps se trouva le premier... »
La nomination de Du Laurens en qualité de médecin ordinaire de Henri IV date de l'année 1594. On voit là, non-seulement la main puissante de It duchesse d'Uzès, mais encore la bonne opinion que le Béarnais eut du jeune professeur de Montpellier. Toutes les charges de médecin par quartier étant occupées, le roi de France créa tout exprès pour notre André cet office de médecin ordinaire du roi (medicus ordinarius) tel qu'on le comprit alors, c'esl-à-dire un médecin qui marchait immédiatement après le premier médecin et qui le remplaçait auprès de Sa Majesté, lorsqu'il était empêché par la maladie ou par toute autre cause. 11 y a une déclaration de Louis XIV (mars 1667) qui dévoile ces faits. Enfm, après la mort de La Rivière, le protégé de la duchesse d'Uzès arrivait au faite des honneurs et recevait (janvier 1606) le brevet de premier médecin du roij dont il ne jouit pas longtemps, puisqu'il mourut le 16 août 1609, à l'âge de cinquante et un ans, neuf mois environ avant l'assassinat de Henri IV. Le Béarnais voulut honorer de sa visite les derniers moments de son médecin, mais, apprenant qu'il agonisait, le roi, étant à la porte de sa chambre, dit ces mots : — Je n'y veni donc pas entrer, car il m'affligerait et je l'affligerais. André Du Laurens, qui était seigneur de Ferrières, et qui avait épousé Anne Sanguin, fille de Jacques Sanguin, seigneur de Livry, ne laissa qu'un fils qui devint gentilhomme de la cliambre du roi.
DULGITE. 64)
Les ouvrages de Du Laureus, écrits généralement avec une grande hauteur de style et de pensées, sont les suivants, du moins les principaux :
I. Uistoria anatomica humani corporia et tingularum ejus partium. Cet ouvrage a eu un asseï grand nombre d'éditions. 11 a été traduit en français par Théophile Gelée, 1650, in-fol. — II. De aùsibus libritreê, Francfort, 159(i, in-8**, etc. — IH. De rUu ejusque cauêiê et effedihut lihri duo. Francfort, 1603, iu-8*. — IV. De mirabUi Strumas Sanandi vi Hegilms Galliarum chrislianis divinitUt concessd, Paris, 1609, in-8*. — Y. Diicoun de ta cvHêervatUm et de t excellence de la vue, Paris, 1597, in-X*, etc. A. G.
DVLAUREKS. Blédecin français, né à £k)uai (Nord), le 29 janvier 1726, mort à Paris le 3 mai 1789. Il servit dans la médecine navale et arriva au grade de médecin en chef. Il s*est occupé avec zèle des moyens de perfectionner Torgauisation des hôpitaux et a publié plusieurs ouvrages sur ce sujet. 11 était le frère du très-irrévérencieux et égrillard abbé Dulaurens (Henri-Joseph), né à Douai en 1719, mort en 1797.
I. Mémoire hiitorique sur divers objets d* administration, Londres et Paris, 1778, in-8*. — II. Requestes au Roi pour le dessèchement de vingt mille arpents de marais. Paris, 1778, 2 vol. in'4*. — III. Moyens de rendre les hôpitaux utiles et de perfectionner la médecine. Paris, 1787, in-8*. — IV. Essai sur les établissements nécessaires et les moins dispendieux pour rendre le service des malades dan* les hôpitaux vraiment utile à Vhumanité. Paris, 1787, in-8*, 2 pi. — V. Analyse du livre intitulé : Moyens de rendre les hôpitaux utiles, par l'auteur menu des Moyens. Paris, 1788, in-8*. L. Ur«
DVLB. Nom donné par les Arabes au Platane d'Orient {Platanus orientalis L.). Pl.
DVf.CASiARA. Nom ofGcinal de la Dot/re-amèra {Solanum Dulcamara L.}, de la famille des Solanées. Pl.
PUIiCAHARliv. Voy. DorcE-AMÈRR.
DULCICBINUSI. Nom donné par quelques auteurs au Souchet comestible (Cypertis esculentus L.). Pi.«
DIJLCIFIDA. DULCISIDA. Nom donné par quelques auteurs à la Pivoine (Pœonia officinalis L.). Pl.
laULClTAniNE. GMP'œ.AzH^ Alcaloïde artificiel obtenu par Bouchardat en faisant agir Tammoniaque sur la dulcite; il y a élimination d*eau. Cest uu produit non volatil ; il se charbonne sous Tinfluence de la chaleur et forme des sels neutres difficilement cristallisables. L. Hn.
laULCITANE. G'IP<0\ Produit de la déshydration de la dulcite, la dulcitane est à la dulcite ce que la mannitane est à la mannite. C*est une substance neutre, sirupeuse, incristallisable, d'une saveur légèrement sucrée ; elle se volatilise vers 120^ et se dissout aisément dans l'eau et Talcool, mais est insoluble dans Télher. Elle se transforme en dulcite par l'action prolongée de la baryte aiOO^. L. Hx.
laiJLCiTE. Syn. Dulcitie. Dulcose. C"IP*0»« éq. (C«H»*0« At.). La dutcite est une matière sucrée isomère de la mannite. La plante qui fournit cette
650 DULK (Les deox).
substance est inconnue. Tout ce que l*on sait de son origine, c'est qu'elle a été expédiée en 1848 de Madagascar h Paris, sous la forme de rognons plus ou moins arrondis, cristallisés dans toute leur masse.
Pour obtenir la dulcite à Tétat de pureté, on n*a qu'à traiter la matière brute par Teau bouillante, la liqueur filtrée laisse déposer la dulcite pure à rétat cristallisé.
Les cristaux, très-brillants, sont des prismes clinorhombiques : ils sont incolores et inodores ; ils croquent sous la dent. Ils sont solubles dans Teau, et U solution possède une légère saveur sucrée semblable à celle de la mannite.
La dulcite fond à 180 degrés et se prend de nouveau en une masse cristalline par le refroidissement; elle est très-peu soluble dans Talcool bouillant, et s*y dépose par le refroidissement en petits octaèdres obliques très-brillants. Elle se combine avec la potasse et avec la baryte; la première de ces combinaisons est incristallisable, la seconde, évaporée à Tabri de Tair, laisse déposer . des petits prismes rectangulaires qui renferment 29,7 pour 100 de Baryum,
Traitée par Tacide sulfurique concentré, il se forme un acide sulfo-ooi^ngaé dont tous les sels sont solubles. L'acide azotique la transforme en acide muclque. La levure de bière ne la fait pas entrer en fermentation.
La dulcite est identique avec la matière sucrée retirée par Heunfeld et par Eichler du Meiampyrum nemoromm et nommée Melampyrite. Lctz.
DULK (Les deux).
Dolk (Friedrich-Philipp). Chimiste allemand distingué, né à Scliirwind (Prusse orientale), le 22 novembre 1788, connu par d^excellents traYaux reiatiis à la pharmacopée prussienne et sur la chimie biologique. U se rendit en 1804 à Kônigsberg pour y étudier le droit ; bientôt il accorda sa préférence aux sciences et se livra à la chimie et à la pharmacie. En 1815, il acheta la pharmacie de son frère et dix ans après se fit agréer privat-docenl à TUniversité de Kônigsberg; il obtint plus tard la chaire de chimie. En 1847, Dulk représenta ses concitoyens à rassemblée des Étals de Prusse et vota avec Topposition. U moamt à Kônigsberg, le 14 décenibre 1851. Nous citerons seulement de lui :
I. Ueber Elektromagnetismus. Kônigsberg, 1824, gr. in>8*. — II. De tartariims nonnuUu. Regiomonti, 1831, in-8». — IH. De materiis plantarum exlractia dicitis Dùx. RegioinoDti, 1853, in-8. — lY. IJandbuch der Chemie. Berlin, 1833-1834, 2 vol. in-8*. 2. Auflibid., 1842, 2 vol. in-8*. — V. De lucis effectibiu ckemicit. Regiomonti, 1834, gr. iM'.
— VI. Trad. en allem. avec des commentaires de la Pharmaœpœa Borusêica. Leipiigi 1827, 1829, gr. in-8'. 5. AuO., 1846, gr. in-8*. — VII. Anhang zur Preuss, Pharmacopœt, 4. Aufl. Leipzig, 1830, gr. in-8*. — VIII. Vntersuchung der Krebssteine, In Erdmann't Joim., Bd. III, 1828. — IX. Zusammensetzung der Lufl in den Hâhnereiern, In Bûdmcr't Reperlorium, Bd.XL, 1832. — X. Ueber den BUterttoff der Cent iana. Ibid., Bd. LXVÏ, 1859
— XI. Uutersuchung eines achwarzen Harns. Ibid., Bd. LXX, 1841. — XJI. iekr Magisterium biimuthi, Ibid., Bd. LXXXIII, 1843. — XIV. Divers travaux phannacologiqiié> en commun avec Sachs. L Ih.
Dulk (Frieorich-Albert-BeniNo). Fils du précédent, né à Kônigsberg, le 17 juin 1819, étudia également la chimie et se fît recevoir docteur en philosophie à Breslau en 1846 (De resinis, prœsertim de résina dammarae. Vratislaviœ). Il voulait se faire recevoir privat-docentk Kônigsberg, mais il n'en obtint pas Tautorisation à cause de ses opinions avancées. Il fit alors divers voyages et ne s'occupa plus que de littérature et de philosophie. L. H5.
DUL0N6. C5i
mvtiWJkUA. Nom donné par Serapion au Cucumis CitruUus, Pastèque ou Melon d'eau. Pl.
BUIjONG (PiERRE-Loais). Gliimiste et physicien français, auquel on doit d'importantes découvcrles. Il naquit à Rouen, le 12 février 1785, et entra à seize ans à l*Ecole polytechnique. La faiblesse de sa constitution le força de quitter TÉcolc avant la lin de la seconde année. 11 étudia aussi la médecine, et pratiqua quelque temps Tart de guérir à Paris, dans un des quartiers les plus pauvres du douzième arrondissement : « La clientèle s*augmentait à vue d*œil, dit Etienne Arago, mais la fortune diminuait avec la môme rapidité, car Dulong oe vit jamais un malheureux sans le secourir ; il s*était cru obligé d*avoir un compte ouvert chez le pharmacien au profit des malades qui, sans cela, n'auraient pas pu faire usage de ses prescriptions. Les sciences parurent une carrière moins ruineuse, et Dulong quitta la médecine pour les cultiver ». La chimie, qui faisait parler d'elle depuis les beaux travaux des savants français, et surtout depuis les brillantes découvertes de Davy, l'attira particulièrement, et il entra, comme préparateur, dans le laboratoire de BerthoUet. Puis il fut maître de conférences à TÉcole normale, professeur de chimie à la Faculté des sciences et à l'École d'Alfort, professeur de physique à TÉcole polytechnique, directeur des études dans la même école (1850), membre de l'Académie des sciences. 11 est mort à Paris, le 19 juillet 1858, après avoir perdu un œil et deux doigts dans une terrible explosion de chlorure d'azote, qu'il expérimentait au mois d'octobre 1812. Les travaux de Dulong sont fort importants et peuvent se résumer ainsi : recherches sur la décomposition (toujours incomplète) des sels insolubles par les carbonates de potasse et de soude ; découverte du chlorure d'azote (1811); études sur l'acide nilreux et sur les acides du phosphore (1815-1816) ; mémoire sur les lois du refroidissement (10 mars 1818) ; analyse de l'eau, avec Berzélius, qu'ils montrèrent être composée de 1 partie d'hydrogène sur 8 d'oxygène ; détermination plus exacte de la composition de l'acide carbonique; recherches sur la chaleur dégagée par la respiration des animaux et sur les produits gazeux de cette respiration ; sur la combustion du carbone du sang et la transformation en acide carboniifue par l'oxygène de l'air dans les cellules du poumon ; études sur les pouvoirs réfringents du gaz, sur la force élastique de la vapeur d'eau à des températures élevées ; vérification de la loi deMariotte jusqu'à vingt-sept atmosphères ; détermination des forces élastiques de la vapeur jusqu'à vinut-quatre atmosphères, etc., etc. Voici, par ordre chronologique, la liste des mémoires de Dulong :
I . Recherches $ur la décomposition mutuelle des sels insolubles et des sels solubles. In Annal, de chimie, t. LXXXII. — II. Mémoire sur une nouvelle matière détonante. In Mém. de la Soc. d'Àrcueil, t. III. — III. Recherches sur les lois de la dilatation des solides, deê liquides et des fluides élastiques, et sur la mesure exacte des températures. In Annal, de chimie et de physique, t. II, p. 240, 1816. — lY. Observations sur quelques combinaisons du phosphore avec V oxygène. In Mém. de la Soc. d'Arcueil, t. III. — V. Recherches sur la nature des températures et sur les fois de la communication de la chaleur. In Annal, de chimie et de physique, t. VU, p. 113, 245, 337, 1817. — VI. Recherches sur quelques points importants de la théorie de la chaleur. Ibid., t. X, p. 305, 1819. — VII. Nouvelle détermination des proportions de Veau et de la densité de quelque» fluides élastiques. Ibid., t. XV, p. 386. 1820. — YlII. Note sur la propriété que posèdetit quelques métaux de faciliter la combinaison des fluides élaslifpies. In Mém. de VInstitut, t. V. — IX. Recherches $ur Ut pouvoirs réfringents des fluides élastiques. Ibid., t. X. — X. Recherches sur la. fores élastique die la vapeur d'eau, ibid., t. X. — XI. Rapport fait Is 9 jmmisr ^^