L. Hh
PARiPAROBO. 187
PASI«I.I1IIB OU PARULLINB OU PASILLIQUE (Acide). Sponyme de Salstparine {noy. ce mot). L. Un.
PASIU. Nom donné, au Malabar, à un arbre dont on emploie les feuilles «tia racine comme calmants. Les feuilles cuites et appliquées en cataplasme apaisent les douleurs hémorrhoïdales. Pl.
FAKnxniB. Voy» Pahigliiib. D.
PAMIBIARI (AuBL.). Genre de plantes, de la famille des Rosacées, série des Chrysobalanées, dont on a latinisé le nom (Parinarium Jcss.). Les fleurs en 5oni bermtphrodites et irr^ulières, analogues à celles des Icaquiers et surtout des Omtfia. Leur réceptacle est concave, légèrement ou profondément excavé d*nn odté. Ses bords portent 4,5 sépales et 10- oo étamines, ou toutes fertiles, ou ^n partie stériles. Tantôt elles s*insèrent toutes, circulairement et régulièrement, sur le pourtour du réceptacle, et tantôt elles ne forment qu*une phalange unilatérak. Le gynécée est libre, inséré vers le sommet organique du réceptacle, e est-à-dire plus bas que le périanthe et Tandrocée. Il est formé d*un ovaire uQllocalaire et biovulé, avec une fausse-cloison, complète ou incomplète, interposée anx deux ovules et qui le divise en deux logettes. Le fruit est une drupe de forme très-variable, qui a un mésocarpe charnu ou fibreux, et dont le noyau, lisse ou rugueux en dehors, est souvent partagé en deux logettes monospermes. Les graines sont dépourvues d*albumen ; leur embryon est charnu. Les Parinari sont des arbres. Leurs feuilles alternes, persistantes, glanduleuses ou non à la base, sont pourvues de stipules latérales. Leurs fleurs sont groupées en cymes composées, corymbiformes ou racémiformes, et pourvues de bractées. Ce genre habite h plupart des pays tropicaux ; TAmérique, TAfrique, Madagascar, l'océan Pacifique, la Malaisie, Tarchipel Indien, TAustralie ; on en connaît plus de trente espèces.
Un grand nombre sont remarquables par leurs fruits alimentaires. Le péricarpe du P. montanum (Petrocarya montana W. — Parinarium montanum Am.), espèce de la Guiane, et celui du P. campesire (Petrocarya campestris Ain..), des mômes régions, passe pour rafraîchissant et antiscorbutique. Dans l'Afrique tropicale occidentale, le P. senegalensis et le P. excehum (Petrocarya ^xcdta Steud.) sont recherchés pour leur sarcocarpe dont les qualités sont analo^es à celles des prunes; leur embryon est également comestible. La palpe de leur fruit est laxative et dépurative. H. Bn.
BnutKBAFHiK. — AuBL., Pl. çutan., I, 514, t. 20i, 200. — Lamk, ///., t. 429. — Endl., Ga., n. 64H. — Bexth. et Hook., Gen., 1, 607. — Mér. et deL., Dict. Mat, méd., Y, 204. — K«mH., 5fn. pl. diaphor., 980. -> H. Bif, Hût. des pl., I, 435, 482. li. fit.
^Ami^lB. Yoy. Paridime.
^AEHIGAT-PIJTTAT. Nom tamoul du Smilax China L., qui fournit la ^viine. Pl.
PARIPAROBO. Nom donné au Brésil à une espèce de Poivre, le Piper "' l ^^^Mum L. [voy. Poivres). Çl.
188 PAIUS.
PARIPOL^ On donne ce nom à un palmier de la Guyane, dont le fruit, de la grosseur d*une noix et de la couleiu* d'une orange, contient dans son brou une huile comestible. Le fruit lui-même peut-être mangé, quand on Ta cuit dans Teau. Pl.
PABIS. Le développement donné à cet article est justifié non-seulement par l'importance de la population parisienne, mais surtout par la solidarité qui unit ce centre d'attraction à l'ensemble de nos provinces et au monde entier; solidarité augmentant chaque jour, parallèlement à la fréquence et à la rapidité toujours croissante des relations internationales.
Le sol, les eaux, l'atmosphère de Paris, la rue, le logement, TalimeatatioD» l'élimination des matières cxcrémentilielles, enfin la pathologie de la population stable et mobile, et les mesures préventives ou curatives dont elle est Tdbjet constituent les points principaux de ce travail.
Topographie. Géographie. Grâce à sa situation géographique, Paris appartient par excellence à la zone tempérée : sa latitude (48^,50) dépasse à peine de 2 degrés vers le nord la latitude moyenne de cette zone ; d'autre part, sa proximité de l'Océan et de la Manche (1 80 kilomètres), dont ne l'isole aucun relief montagneux considérable, atténue, eu cette région centrale du climat séquanien^ les influences excessives, comme oscillations thermiques, que pourrait lui imposer le voisinage des chaînes de montagnes qui limitent ce climat vers l'est et qui donnent à son voisin, le climat vosgierij les attributs de variabilité saisonnière intense des climuts continentaux.
La zone occupée par la ville clle-mémo et par les communes adjacentes est limitée au nord par une chaîne demi-circulaire de petites collines qui s*étendeDt des hauteurs de Bercy à celles de Chaillot, et se composent des coteaux de Charonne, Hénilmontant, Belleville, la Viliette, Montmartre, collines qui s'élèvent de 20 à 80 mètres environ au-dessus du bassin de Paris, et dont les plus élevées sont les buttes de Ménilmontant et de Montmartre.
Au midi, la ville est entourée de reliefs moins élevés, séparés en deux groupes par le cours de la Bièvre, le premier comprenant les plateaux d'Ivry et de la butte aux Cailles ; le second, le plateau de Montsouris qui va s'afTaissant insensiblement jusqu'à Vaugirard.
Hais cette première enceinte est renforcée au sud par la ligne plus excentrique des collines de Villejuif, Bicêtre, Bagneux, Saint-Cloud, chaîne qui, à l'est, s'appuie comme point extrême au Mont-Valérien.
En résumé, bien que peu élevés et discontinus, les reliefs qui entourent cette vaste agglomération urbaine ont sur l'aération des parties déclives de Paris une importance d'autant plus considérable qu'ils circonscrivent non* seulement la ville, mais les nombreux foyers d'infection dont elle est entonrie et dont ils empêchent en partie les émanations de se dissiper au loin.
Sol. Au point de vue géologique, Paris occupe le centre d'un bassin depliB de deux cents lieues de circonférence, entouré d'une ceinture jurassique à pen près continue, mais saillante surtout à l'est, et qui, en général, est pins élevée que le remplissage central de ce bassin.
L'intérieur de cette zone est occupé par une succession d'assises à peu pris concentriques, comparables à une série de vases semblables entre eux qu'on fait entrer l'un dans l'autre pour occuper moins de place (Elie de Beaumont flt Dufrénoy, Carte géologique de France).
La vallée de la Seine qui traverse ce bassin ne renferme que des dépôts formés aux dépens des terrains jurassique, crétacé et tertiaire, sauf quelques débris de terrain primitif arrachés au plateau Central et apportés par TYonne; telle eàt Torigine des quelques blocs de granit et de syénite retrouvés parmi les alluvions de la vallée, à Paris même, et qui offrent jusqu'à 30 et 40 centimètres décote.
Paris a donné son nom à un vaste groupe de terrains tertiaires superposés à b craie, et formés de diverses matières plutôt accolées qu*étagées entre elles : dépôts de sable, d'argile et de calcaire plus ou moins sableux.
Sons la ville et sa banlieue sont entassés les dépôts géologiques les plus iiiqportanls et qui en ont fait la fortune. Elle repose sur des couches où elle a pu puiser les éléments nécessaires à son édification. Dans les différentes assises du calcaire grossier : les pierres de Saint-Leu et la meulière du calcaire siliceux. Dans Télage gypseux : la pierre à plâtre, le calcaire marneux, Targile verte utilisée pour chaux et ciment, pour briques et tuiles. A la base de la formation tertiaire moyenne * les sables et les grès de Fontainebleau.
C'est autour de Paris et à Paris même que le calcaire a pris le développement le dIus considérable, fournissant depuis de^ siècles des matériaux inépuisables pour Textension et le renouvellement des constructions.
Qiumt an sol même de Paris, ses caractères géologiques, fort difTérents entre eux suivant les quartiers, ont été déterminés par des influences multiples, et tout d'abord par celles que Ton peut qualifier A*influences primordiales^ antérieures à la création de la ville.
la carte géologique détaillée de la France démontre que tous les quartiers bas, €*estrà-£re à peu près la moitié de la surface de Paris, sont formés d'alluvions, limons, sables et anciens grariers de vallées.
Ainsi SOT la rive droite de la Seine, au niveau de son entrée à Paris, ces aliavions anciennes s'étendent, des alluvions modernes et tourbes qui bordent le fleuve, jusqu'au voisinage du cimetière du Père Lachaise; c'est leur plus grande largeur sur la rive droite ; à partir de ce point, et toujours sur cette ■ème rive, ces dépôts sont limités d'un côté par la Seine, de l'autre par une S{oe courbe qui, partant de ce cimetière et suivant le pied des collines de Bdleville, Chaumont, Montmartre, etc., va rejoindre à angle aigu le bord du fleave, au pied des hauteurs de Passy, après avoir ainsi englobé successivement, mtre elle et la Seine les XII% XI% 1V«, 111% 11% I« et, en partie, le Vlll* arrondissements.
Sur la rive gauche, la couche de sables et graviers anciens des vallées est moîos large à l'entrée du fleuve à Paris, et ne comprend qu'une partie du lUh arrondissement (Salpétrière), où elle alterne à la surface du sol avec les dépôts de calcaire grossier qui constituent en particulier les bords de la Bjèrre ; mais, à mesure qu'on s'avance eu descendant la Seine, le dépôt des iodeones alluvions s'élargit, alternant encore dans les V* et X1Y<> arrondissemeals avec les sables et les grès de Beauchamp, puis, une fois à l'extrémité ooddcBtale de la Cité, au niveau dupontNeuf, se développant au point d'atteindre jusqul l'enceinte de la ville, et de comprendre la totalité des YI*, VU<* et IS* arrondissements.
Quant aux arrondissements constituant la zone la plus excentrique du nord de Paris, le sol en est constitué par des calcaires grossiers (XVI* arrondissement), par le travertin et la marne de Saint-Ouen (X<>, XY11% XYIII* et
XIX"* arrondissements), et enfin pour une pailie du XIX* (Buttes Chaumont^ Carrières d'Amérique) par les marnes vertes et calcaires de la Brie.
En résume, tous les terrains du centre de Paris présentent à leur surface un sol perméable y tandis que la ceinture septentrionale, constituée par les XVIII* et XIX® arrondissements, ne saurait ofTrir, comme réceptacle aux eaux et aux maiières organiques dont elles sont chargées que les fentes ou fissures qui <mt pu se produire à la surface de terrains imperméables par leur constitution propre.
Puis viennent les influences secondaires^ soit encore naturelles, soit factices, artificielles :
Le sol de Paris s*est beaucoup exhaussé depuis sa fondation, comme d'aillcur» celui des grands centres de population, surtout quand ils sont riverains d*an cours d*eau important.
Cet exhaussement résulte : et de TefTet naturel des alluvions ; et des dépôts successifs de la Seine ; et de Tobligation où se sont trouvés les habitants de se préserver des inondations, en élevant artificiellement les rives du fleuve ; et enfin de la nécessité d*exhausser les rues aboutissant aux ponts, afin de faciliter l'accès de ces ponts en général très-élevés au-dessus du niveau des voies de communication.
liC sol a dû être relevé plus tard sur bien des points, quand la nouvelle capitale ^ut pris un certain accroissement, pour favoriser Técoulement des eaux pluviales et ménagères, leur procurer une pente suffisante et faire disparaître les cloaques qui infectaient la ville.
A toutes ces causes ajoutons la plus banale de toutes : Tentassement de» décombres, résidus solides de toutes sortes atteignant leur maximum d'épaisseur dans les quartiers les plus anciennement habités, comme le démontrent les fouilles faites soit dans la Cité, soit au bas de la rue Saint-Jacques, soit aux alentours de Téglise Saint-Sulpice où, dès le siècle dernier, on découvrait rancieo pavé de la ville, à dix ou quinze pieds de profondeur (Dulaure, Histoire physique, civile et morale ^ de Paris).
Les inégalités du sol à l'intérieur de la ville sont aussi le résultat d'autres causes factices : creusement des fossés, terres amoncelées pour former les remparts, autant d'opérations qui, faites en leur temps, hors des murs de la ville, ont laissé leurs traces dans sou intérieur lorsqu'on a étendu la cirooDvallation de ces murs.
Telle est l'origine de ces diverses buttes : butte Saint-Roch, récemment disparue, butte Saint-Guillaume, voisine de l'hôpital de la Charité, buttedo Terrail, voisine de l'église Notre-Dame, sur lesquelles s'élevaient des moulins à vent, indiqués dans les anciens plans de Paris. De ces buttes en général niveUai aujourd'hui il en reste une encore à peu près intacte, la butte des CopenXi devenue l'un des ornements du Jardin des Plantes et sur laquelle a été àesàd le labyrinthe de cet établissement.
Ces buttes s'accroissaient du fait du dépôt quotidien des gravois et immondieai» et alors qu'elles se trouvaient à l'extérieur des remparts, cet accroi&semai devenait, en cas de guerre, un danger qui préoccupa plusieurs fois Fautonlf municipale. En 1512, époque où l'on craignait de voir Paris assiégé par h$ Anglais, on résolut, dans une assemblée, d'abattre toutes ces buttes qû dépassaient les murailles de la ville; c'était autant de forteresses élevées contre la place.
PARIS. iOi
Cet ordre ne fut point exécuté. Les décombres et les immondices continuèrent à saccumuler en pyramides colossales aux portes de Paris. Quelques années aprèSy dans une assemblée tenue le 29 mai 1525, Jean Briçonnet, président de la Conr des comptes, demanda derechef qu'on abattit les voiries qui environnaient Paris, et dont plusieurs étaient si hautes, qu'elles commandaient cette ville.
Htdbologib. 1* Cours d'eau. Nous parlerions à peine de la Bièvre, qui en partie a disparu de la surface de Paris, s*il n'y avait encore beaucoup à faire pour l'assainissement définitif de ce cours d'eau. Les chroniques nous apprennent que, aux siècles passés, le débit de la Bièvre était assez important pour entraîner parfois des inondations désastreuses :
« La nuit du mercredi, 1*' avril 1579, la rivière de Saint-Harceau, au moyen i des plaies des jours précédents, crut à la hauteur de quatorze à quinze pieds, tf abattit plusieurs moulins, murailles et maisons, noya plusieurs personnes « sufprises en leurs maisons et leurs lits, ravagea grande quantité de bétail et « fit on mal infini. Le peuple de Paris, le lendemain et jours suivants, courut • foirce désastre avec grande frayeur. L'eau fut si haute, qu'elle se répandit f dans l'église et jusqu'au grand autel des Cordelières de Saint-Harceau, rava- ^ ge^t par forme de torrent en grande furie, laquelle néanmoins ne dura a que trente-deux heures ou un peu plus » {Journal de Henri III ^ au l'^^ avril 1579).
PSueil sinistre est bien moins à craindre aujourd'hui que le débit de cette mktB est appauvri par les emprunts des industriels et des cultivateurs riverains, aa point que la nécessité s'impose de recourir à des réserves d'eau étrangères à son basân pour en assurer le cours surtout pendant Tcté.
Néanmoins, il y a encore à compter avec les inconvénients des crues de ce coars d'eaa. Un des affluents les plus gênants des égouts en temps de crue est aujouni'hai encore, d'après les ingénieurs de la ville, la Bièvre, qui a 18000 hectares de bassin en dehors de Paris, et dont le débit peut atteindre jusqu'à 5 mètres I cobes par seconde. Si, comme cela est arrivé Tliiver dernier, la crue de cette rinère coïncide avec une inondation de la Seine, elle ne trouve dans le collecteur de la rive gauche aucune issue par les déversoirs qui y sont ménagés pour îtfser son trop-plein dans le fleuve; elle envahit alors les égouts de Grenelle pv les bouches desquels l'eau s'échappe. « Il serait avantageux en de pareilles circonstances de pouvoir rejeter en Seine la Bièvre prise à son entrée dans Hiris, ou de la faire passer dans un collecteur plus important, celui d'Asnières »
(llamUot).
Qnint à la salubrité des eaux de I.i Bièvre, elle est attestée encore au dixsiptième siècle par les démarches qu'entreprirent les religieux de l'Abbaye (k Saint-Victor pour obtenir de pouvoir détourner le cours de la rivière et rimener à leur couvent, sur l'emplacement actuel du Marché aux vins. 11 fut Ut droit à leur requête.
Cette déviation eut, il est vrai, pour conséquence, de laisser à nu, sur une partie de son ancien parcours, le lit primitif qui devint le réceptacle de toutes les inunondices des quartiers voisins, et se transforma en un cloaque infect, qualifié du nom significatif de Trou-PunaU et qu'il fallut supprimer en 1672 par le rétablissement de la Bièvre en son ancien lit.
Mais enfin l'eau de cette rivière n'était pour rien, sinon par son absence, dans le développement de ce foyer d*insalubrité. Il en fut bientôt autrement, par suite
de renvahissement industriel des rives de la Bièvre, non plus seulement dtns Paris, mais surtout dans la banlieue.
Depuis près de deux siècles, Tinsalubritë de ce cours d*eau et les moyens de l'assainir ont fréquemment excité la sollicitude du gouvernement et de la municipalité. Il suffît, pour le prouver, de rappeler les lois, arrêts, ordonnances et arrêtés suivants :
1® Déclaralion du roi, du 28 septembre 1728;
2» Arrêt du Conseil d'État du roi, du 26 février 1732;
3® Arrêt du Conseil d'État du roi, du 5 décembre 1741 ;
4* Ordonnance du grand maître des eaux et forêts de France, du 1*' mars 1754;
S"" Arrêt du Conseil d*État du roi, du 17 mai 1756;
6^ Arrêté des Consuls, du 17 octobre 1800 (25 vendémiaire an IX);
7^ Ordonnance du Préfet de police, du 8 juillet 1801 ;
S^ Ordonnance du Préfet de police, du 15' juillet 1802;
O^" Une loi du 4 mai 1803;
10<^ Une ordonnance royale du 20 juillet 1840;
Ho Un arrêté du Préfet de la Seine, du 3 juillet 1852.
Lois, arrêts, ordonnances et arrêtés ayant pour butTassainissement, le curage, la conservation des eaux, etc., de la Bièvre, et la détermination des chaiges imposées aux riverains : interdiction de construire sans autorisation préalable ; limitation à 10 mètres de la hauteur des bâtiments ayant face sur la Bièvre et affectés à l'industrie des tanneries; défense d'établir des latrines au voisiniage de la rivière, et d'y projeter les résidus des teintureries, tanneries, mégisse* ries, etc. ; répartition entre les propriétaires, au prorata de la longueur des rives, des frais de curage exécutés d'autorité par l'administration, etc.
A ces documents officiels il convient d'ajouter les travaux de plusieurs hygiénistes : le rapport de Halle, délégué en 1789 par l'Académie de médecine à la suite de l'explosion de plusieurs maladies offrant des symptômes alarmants, notamment des fièvres intermittentes et des maux de gorge gangreneux; les recherches de Parent-Duchatelet et Pavet de Courtelle qui, en 1822, après avoir exposé l'état de la Bièvre et donné l'énumération des établissements industriel qui existaient alors sur les deux rives, en ont fait connaître les inconvénients au point de vue de la salubrité publique ; la communication faite à rAcadémie de médecine en cette même année 1822 par Double, et rapportant pour unelai^ge part, à cette insalubrité» plusieurs épidémies graves du faubourg Sainl- Harceau.
En 1847, les ingénieurs de la ville signalaient à leur tour les principales causes de l'infection de la Bièvi*e : le fond et les bords de la rivière sont, disaient-ils, perméables, son cours est lent, le volume d'eau insuffisant, les déjections et les détritus qui y sont amenés ne sont pas entraînés; le lit et ks bords sont chargés de matières putrescibles, etc.
Ces différents mémoires entraînèrent l'exéculion de travaux considérable. Une partie de la Bièvre, celle qui traversait l'enceinte de Paris à cette époqnt (1847), et qui est longue d'environ 4 kilomètres, fut canalisée; le lit fut dalli et les deux bords revêtus de maçonnerie, ce qui rendit plus faciles réoMi* lement des eaux et les curages, et protégea le sous-sol avoisinant contre les infiltrations.
^' Plus tard, en 1860, la ville de Paris obtint de l'Administration des domaines,
moyennant SOOOOO francs une fois payes, et 3500 francs de dépense aonuelie, le droit de prendre dans les étangs de Trappes et de les dëverser dans la fiièvre 1500000 mètres cubes d*ean par an, ou 10000 mètres cubes par jour durant enuf mois, dn 15 mai an 15 octobre.
Nalheurensement œ traité ne reçut qu*un commencement d'exécution; par le lait de l'agrandissement de Paris, un nouveau segment de la rivière circula, à del ouvert, dans la nouvelle enceinte de la ville.
Ce qui fut fait de plus important en celte période, ce fut, en 1868, le déversement des eanx de la Bièvre, au niveau du boulevard de l'Hdpital, dans un égout latéral d*oà elles se rendent au grand égout collecteur de la rive gauche. C'était on grand progrès que cette suppression d'une des causes principales d'infection de la Seine jusqu'alors souillée, en pleine traversée de Paris, par les eaux de cet immonde affluent.
Malgré cette grande amélioration, les plaintes des commissions d'hygiène, des propriétaires riverains, des industriels, continuent à se renouveler périodi- ^pement, invoquant surtout : la diminution du volume de l'eau qui ne suffit plot au service des usines ni du curage de la rivière; l'ouverture, par les ri venins en amont de Paris, de puits absorbants dans les lieux mêmes où différents cours d*eau augmentent le volume de la Bièvre, ce qui enlève tout le bénéfice de ces afQuents; la pollution croissante de la rivière par les eaux indostfîelleSy non épurées, des établissements élevés sur ses bords. En un mot, partout oii elle était demeurée à découvert, la rivière n'avait subi aucun amcndonent : c'était toujours dans sa traversée de Paris, et immédiatement en amoQt, le même cloaque infect couvert d'écumes blanchâtres et de crasses noires. Ces réclamations, bien qu'appuyées par une délibération du Conseil d'hygiène publique et de salubrité de la Seine, et par un vote du Conseil municipal qui, en 1867, avait autorisé le préfet de la Seine à compléter la canalisation de la Bièrre dans l'intérieur de Paris (depuis son entrée dans la ville jusqu'au boule- ^ de l'Hôpital), ne furent pas soutenues dans la discussion qu'elles soûlent en 1870 au Sénat, qui n'a pas sanctionné cette dernière mesure.
Aussi la question revenait-elle avec le même caractère urgent devant le Conseil lilijgiène publique et de salubrité du département de la Seine, en 1875, qxNpie où elle donna lieu à un excellent rapport de Poggiale, qui a établi que : b eaux de la Bièvre, généralement claires et inodores depuis sa source jusqu'à Aotony, deviennent de plus en plus troubles et infectes de ce village à Paris ; «la'à partir d'Antony également on en voit disparaître les poissons et les herbes certes, et que le lit de la rivière, généralement sablonneux dans la partie supérieure de son cours, se remplit dès lors d'une vase noire et épaisse ; que ces eaux chargées de matières organiques en dissolution et en suspension dégagent des bulles de gaz fétides composés d'acide sulfliydrique, d'animonia(jue, Ajdrogène carboné et d'azote, dégagement tellement abondant sur certains points et pendant les chaleurs de l'été, que l'eau semble en ébullition; que, depois Cachan surtout, les émanations sont intolérables : le fer, le plomb, le
coivre, l'arv^ent, ne tardent pas à s'y couvrir d'une couche de sulfure métallique. En revanche, d'après les recherclies de Gérardin, celte eau est entièrement
dépouillée d'oxygène. Son analyse, à la hauteur de la Glacière^ donnait pour
lÔOO grammes : ls',685 de résidu fixe; 1*^,395 de matières minérales; 0*%290
de malières organiques et 0«',0167 d'ammoniaque.
De pareils résultats s'expliquent, si Ton songe qu'à partir d'Anton^ sevilemeuV^
DicT. me. 2* s, XXL \^
c*est-à-dirc à 8 kilomètres eti amont de Paris, cette rivière reçoit les égouts et les eaux ménagères de 12 communes et les eaux industrielles de plusieurs tanneries, mégisseries, celles d*une grande fëculerie, de plusieurs fabriques de gélatine, d'eau de Javel, etc., auxquelles s'ajoutent pour les rendre plus infeeles les eaux savonneuses des innombrables blanchisseries des villages de Gentilly, Aitiueil, Cachan, etc. ; que, de plus, à Paris, dans la partie de son trajet à ciel ouvert, elle est l'aboutissant des égouts de quartiers dont la superficie repré* sente 400 hectares, et des eaux industrielles de 50 ou 60 tanneries installées sur ses rives. Sans doute, on remédiera, pour une certaine part, à cet éttl de choses par une canalisation latérale comme celle que Ion exécute en amonl de Paris, mais dans la ville elle-même la Bièvre continuera à s'infecter de plus en plus.
11 y a longtemps, on le comprend devant les faits cités plus haut, que U pensée a dû s'imposer à tous hygiénistes et administrateurs de traiter ea égout un semblable cours d'eau, d'en achever la canalisation au moins dans Paris, et de la recouvrir d'une voûte sur tout son parcours dans la ville; à cet ^gard, la Bièvre doit fmir comme a fini le ruisseau de Ménilmontant; les projets ne manquent pas et la réalisation ne parait actuellement se heurter qu'à l'opposition de tous les industriels qui utilisent plus ou moins les eaux de la Bièvre, dont ils n'accepteront pas, sans les plus vives oppositions, d'être expropriés. Cette difficulté, elle encore, sera levée quand la ville sera suffisamment pourvue pour que les riverains de la Bièvre reçoivent d'ailleurs l'eau qui leur est nécessaire et n'utilisent cette rivière, désormais transformée en égout souterrain, que pour Técoulement des eaux ménagères et industiielles.
Tout autre est l'importance du grand cours d'eau qui traverse Paris, la Seine qui, après avoir contribué à l'origine et au développement de la capitale, demeure un des principaux organes de sa vie et de sa prospérité. L'hygiène de la ville se rattache d*abord étroitement aux variations de niveau de ce fleofe, variations dont nous allons indiquer les limites et les dangers.
D'après Kgault (Mémoire sur les inondations de Paris^ 1814) lesAede réchelle du peut de la Toumelle a été ûxé au niveau des basses eaux de 1719 (26°>,25 au-dessus du niveau de la mer), mais le fleuve est bien souvent deacenda au-dessous de ce prétendu minimum. Ainsi cet auteur note:
En 1741 un abaissement au-dessous du zéro, de 0,13
Au dix- neuvième siècle, les basses eaux sont bien plus nombreuses; de iW à 1843, elles tombent 12 fois de 0",03 à O»,^? au-dessous du zéro du pont de la Toumelle.
Cette fréquence des basses eaux acquiert son maximum de 1857 à IMSi période pendant laquelle tous les ans, sauf en 1860, la Seine est descente au-dessous de l'étiagede 1719, et beaucoup plus bas qu'auparavant, le maxianUi de la différence atteignant 1",14 en 1865, et dépassant ainsi de 0",87 le nucd* mum, 0'",27, des périodes antérieures. ^
Belgrând a établi par des faits que ces périodes de sécheresse ne comprennait ^
Mi
PARIS. i9S
pas cependant les années les moins pluvieuses; il est des pluies abondantes» oomme celles d*ëté, qui, en raison de la rapidité de Tévaporation consécutive, sont absolument sans influence sur le niveau du fleuve.
Le débit de la Seine varie énormément suivant la hauteur de son niveau.
En 1865, Belgrand Taurait trouvé réduit à S6 mètres cubes par seconde au moment où la cote était descendue à l'>*,14 au-dessous de Tétiage.
Pdirée a constaté que de la cote léro à la cote 7,90 de i*éclielle du pont Royal oe débit variait de 50 à 2160 mètres cubes par seconde. On voit, pour la dire en passant, combien, au moment des basses eaux, la Seine deviendrait insuffisante à ralimentation de la capitale, d autant que les abaissements extrêmes de niveau ont pour résultat de compromettre les qualités de Teau, et autrefois déjà pouvaient en rendre dangereux Tusage alimentaire.
Une relation très-intéressante a été faite, au siècle deniier, par A. de Jussieu, touchant l'altération subie par les eaux de la Seine, à la suite d*une sécheresse tràs-proJongée, et Tapparition d*une maladie épidémique qui se manifesta parmi ceux qui en firent usage. De Jussieu attribua r<ération de Tean et la maladie au développement excessif de plantes pernicieuses, et en particulier deskippuris elàesconferves. c C*étaient, dit-il, surtout ces deux espèces de plantes dont cea petites mares d*eau dormante, répandues le long du lit de la rivière, étaient plrâes, quiy par le défaut d*eau suffisante pour les couvrir entièrement, se limaient à Textrémité de leurs tiges et se corrompaient ensuite par le pied. La chaleur du soleil attiédissait encore cette eau dormante, dans laquelle ces plantes étaient comme en macération, l'imprégnaient tellement de leurs mauvaises qualités, qu'elles exhalaient jusqu'au delà des bords de la rivière une odeur marécageuse et désagréable que l'on s'apercevait n'être point ordinaire ». Par son mélange avec l'eau de ces mares, l'eau de la Seine fut elle-même altérée dans son courant : a Les maladies qui régnèrent parmi ceux qui en burent furent des sécbo'esses de bouche qui causaient une altération fréquente, des dégoûts et des nausées qu'on ne savait à quoi attribuer, quantité de maux de gorge, dont quelques-uns se tournèrent en esquinancie, différentes fluxions à la Hête, et plusieurs sortes de fièvres irrégulières et opiniâtres, en sorte que ces incommodités se faisaient remarquer principalement dans les communautés religieuses, dans les collèges et les pensions, qui ne guérissaient que par le changement de boisson, ou par des tisanes dont la coction servait de correctif à la mauvaise qualité de l'eau ordinaire » (Mém. de VAcad. det se., t. Vil, p. 98).
Cette relation d'A. de Jussieu prouve avec une admii*able netteté la relation de cause à effet entre l'altération de l'eau et la maladie ; mais, d'après les formes de cette dernière, peut-on conclure à son identité avec les fièvres dites palustres? Je ne Poserais pas pour mon compte; je me suis demandé même si ce terme : fièvret irrégulièresy n'excluait pas la légitimité d'un rapprochement entre ces fièvres et des maladies qui, en général, sont, dans nos climats, caractérisées par une périodicité et un type réguliers; ce qui augmente mes doutes, c'est la préservation des habitants qui ne buvaient pas cette eau altérée, bien que l'odeur marécageuse s'étendît au delà des bords de lu rivière; si la cause d*iufection eût été comparable réellement à un sol palustre, l'intoxication se fût certainement produite par l'absorption pulmonaire de ces effluves, et le mal n'eût pas été limité aux communautés qui faisaient usage de cette eau.
Paris a plus à craindre des grandes crues du fleuve que des basses ea^ix.
Les chroniqueurs d*autrefois ont consigné les désastres causés par les crues et les débordements de la Seine, dont ils n'ont pu d'ailleurs nous indiquer les mesures.
En janvier 1380, un débordement de la Seine enlève tous les ponts de Paris, qui alors étaient en bois; ils sont rétablis en pierre et une crue nouTelle les enlève seize ans plus tard.
En janvier 1408, la débâcle des glaces enlève les deux ponts (pont tu Change et Petit Pont) faisant communiquer la ville à la Cité; ces deux ponts étaîeol chargés de maisons.
En 1426, les eaux couvrent la place de Grève, et au mois de juin 1437 elles submergent Tile Notre-Dame, 111e Louviers, la rue de la Hortellerie.
En 1493, elles envahissent la place de Grève et la place Haubert.
Le travail de Maurice Champion {Les inondaiion» en France depuis le Mixième siècle jusqu'à nos jours) démontre que jadis les inondations, à Paris, étaient beaucoup plus nombreuses et plus désastreuses qu'aujourd'hui ; c'est qu'alors les crues ordinaires de la Seine y suffisaient, car le sol de la ville était bieo moins élevé, et les rues d*alors aussi submersibles que le sont aujourd'hui les prairies de Haisons-ÂIfort.
Jusqu'au seizième siècle, les grandes crues ordinaires, ne dépassant pas le niveau de celles que nous avons vues en février 1850, décembre 1854, janvier 1861, septembre 1866, devaient s'élever, dans les quartiers bas, jusqu'aux fenêtres du rez-de-chaussée des maisons (Belgrand, La Seine^ Régimes de la pluie^ des sources et des eaux courantes. Paris, 1873), tandis que les crues modernes dont nous venons de rappeler les dates n'ont inondé que la périphérie de la ville : Maisons-Âlfort, Auteuil, Grenelle.
Grégoire de Tours dit que, de sou temps, la plaine qui s'étend entre l'élise Saint-Laurent et la Cité était fréquemment submergée par la Seine alors sans berge; c'est ainsi que s*entretenaient les marais qui ont laissé leur nom à ooe vaste surface qui occupe aujourd'hui le centre de la ville.
S'il est diflicile, dans les récits du moyen âge, de distinguer les crues extraordinaires de la Seine des grandes crues ordinaires, il n'en est plus de méoie à partir du règne de Louis XIV, époque oh. l'on a commencé à obsenerles diverses hauteurs de la Seine avec des mesures certaines.
Voici, d'après Belgrand, les hauteurs des crues extraordinaires de la Seine, à Téclielle du Pont de la Tourneile, à partir de 1649, en ne tenant compte que de celles qui ont dépassé la cote 7 mètres :
mètres.
Fémer 1640 7,66
JanTier 1651 7,83
Fémcr 1658 8,81
mètrei.
Mtri 1711 7,eî
Décembre 1740 7,90
FéTrier 1764 7,35
JonTierl802 7.45
Ce tableau établit d'abord que les crues extraordinaires (celles qui dépasseit la cote 7 mètres) se sont manifestées constamment pendant l'hiver.
Cette coïncidence est également vraie pour les crues ordinaires.
Dausse, en effet, a démontré qu'à Paris le niveau du fleuve ne s'élevait presqM jamais, entre le mois de juin et de novembre inclusivement, au-dessus de h cote 3<°,50 à l'échelle du Pont de la Tourneile; il n'a trouvé à celte règle que quatre exceptions seulement depuis 1732, la plus considérable en septembre 1866.
PARIS. i9T
Le tableau précédent démontre en outre que, pendant cette période de S35 ans (1649 à 1884), la Seine a éprouvé neuf crues extraordinaires, soit environ une crue par 28 ans, mais que ces crues étaient notablement plus rapprochées au début de la période d*observaiion, et que la dernière remonte à 82 ans, puisque depuis le 3 janvier 1802 la Seine ne s*est pas une seule fois élevée, à Paris, k la cote 7 mètres de Téchelle du pont de la Toumelle.
Faut-il en conclure que de semblables désastres ne doivent pas se renouvder!
Telle n*est pas l'opinion de Thomme à qui revient le mérite d avoir démontré les causes des variations du régime de la Seine, Belgrand.
Il établit d*abord que ces crues extraordinaires sont principalement dues : soit à des fontes de neige subites sur toute la surface du bassin comme en 1658, soit, surtout, à plusieurs crues des afOuents se succédant à des intervalles rapprochés, chaque crue de la Seine à Paris comprenant d*abord le passage des eaux torrentielles, puis celui des eaux tranquilles qui soutiennent la crue; et il démontre qu'il eût sufii récenunent de quelques crues nouvelles des affluents pour entraîner des cataclysmes aussi redoutables que ceux des siècles passés.
Piaris paraissait donc à Belgrand être, encore de nos jours, sous la menace incessante d'une inondation pareille à celle des dix-septième et dix-huitième siècles, car le régime du fleuve n'a pas changé, et il suffirait d'un certain arrangement dans les crues de ses affluents pour le faire monter à la cote de 1658, 1740, 1802.
U y aurait certainement aujourd'hui quelques atténuations des périls courus.
Les arches des anciens ponts de la Seine étant très-petites, les glaces aux siècles passés s'accumulaient beaucoup plus facilement en amont, formant de véritables barrages, d'où hauteur plus considérable des montées d'eau dues à chaque débâcle; d'où poussée violente contre ces ponts fréquemment engloutis avec les maisons qui, alors, les garnissaient ; comme le fut encore en 1 658 le Ponl- Narie, dont la chute entraîna la mort de 120 personnes. L'élévation actuelle des ponts, la largeur de leurs arches, ont supprimé leur influence sur le régime du fleuve.
Le relèvement progressif du sol réduirait certainement aussi l'étendue de la surface inondée, mais les parties de la ville submergées serai^t encore bienconsi* dérables. La crue de 1658, si on la laissait se développer librement, couvrirait eoeofe, suivant Belgrand, 1166 hectares; celle de 1740, 720 hectares; celle de 1802, 455 hecUres.
Pour se faire une idée de ces désastres, il faut se figurer les quartiers de la rive droite, submergés depuis Bercy jusqu'à la rue du faubourg Saint-Antoine et jusqu'au canal Saint-Martin, et depuis la place de la Concorde jusqu'aux fortifications, avec 2 ou 3 mètres d'eau dans les rues basses d'Auteuil et de Bercy. Qu'on imagine ce lac se développant sur la trace de Tancien égout de ceinture h travers le faubourg Saint-Honoré et le quartier de la Madeleine, jusqu'au boulevard de Sébastopol. Sur la rive gauche, les quais de la Gare, d'Austerlitx, la vallée de la Bièvre, les rues de Seine, de Lille, de Vemeuil, de l'Université, Te^lanade des Invalides, le Gros-Caillou et Grenelle, seraient entièrement noyés, avec 2 ou 3 mètres d'eau aux points bas, notamment à la Chambre des députés, au Ministère des aflaires étrangères, à Grenelle ; les caves à deux étages des boulevards de Sébastopol, Malesherbes, et de la rue de Rivoli, seraient remplies d'eau jusqu'au res^chaussée.
t98 PARIS.
Belgrand a démontre aussi la difficulté pratique de Tapplication dn remède héroïque, proposé par les anciens ingénieurs, qui consistait à relefer le sol de la ▼ille; TAdmiuistration municipale sait à quoi s*en tenir sur ce point; elle n'ignore pas que, pour relever de 2 à 3 mètres sur certains points, et peatr-ètre en moyenne de 1 mètre, le sol de la ville sur une surface de 1000 à 1200 heo» tares, il faudrait payer aux propriétaires des ip^cmnités qui absorberaient tOQl le budget municipal pendant plusieurs années.
Quant au moyen proposé au dix-septième siècle, qui consistait à creuser un grand canal de décharge au nord de Paris, en suivant à peu près le tncc actuel des canaux Saint-Martin et Saint-Denis, sa réalisationexigerait aujoard'lRii des dépenses énormes.
L'ingénieur en chef Vaudrey, sur la demande de Haussroann, a drest< le projet de ce canal; le montant du détail estimatif dépassait 50 000 000 de firancik
Nous verrons plus loin (égouts) que l'Administration municipale a fiit eon» struire deux égouts collecteurs le long des quais des rives de la Seine; ces galeries se déchargent dans le fleuve au-dessous des ponts d'Asnières; des déversoirs sont ménagés dans les murs de quai sur leur traoé, pour jeter en Seine Teau des grandes averses. C*est un grand progrès, mais, pour que Pteis soit préser^'é des débordements, il faudrait, ajoute Belgrand :
a 1* Que ces égouts soient prolongés tous deux jusqu'aux fortifications de l'amont à Taval de Paris;
2<^ Que la ligne des quais soit rendue insubmersible par les plus grandes crues de la Seine, ce qui ne présente pas de difficultés bien sérieuses (chose fiiite aujourd*hui pour le quai de Bercy) ;
3** Que tous les déversoirs des égouts soient ferm^ par de solides portes dft flot » (Belgrand, La Seine^ etc. Paris, 1873).
Quant à la composition chimique des eaux de la Seine et à leurs rapports 3^ cet égard avec l'alimentation publique, cette question sera traitée ci-dessoas dans l'examen des eaux consacrées aux usages publics et privés.
2* Nappei souterraines. Elles se rattachent, ou non, aux nappes superficiellas, c'est-h-dire aux cours d'eau dont l'infiltration les constitue. La Seine est, à vni dire, le seul cours d'eau qui joue un rôle important dans l'hydrologie, soit superficielle, soit souterraine, du bassin de Paris.
La Bièvre est en eflet recouverte dans presque tout son parcours; d'astrt part, comme elle coule soit dans une cuvette artificielle, soit dans des temiv peu perméables, les infiltrations de cette rivière sont fort limitées et en côtoiait à peu près les rives : aussi ne sont-elles même pas représentées dans la cirtfr (le Delesse.
Nous en dirons autant du canal Saint-Martin, auquel la permanence dent niveau et l'imperméabilité, sinon absolue, au moins presque complète, de Miparois, enlèvent les deux conditions principales de l'intérêt qui, en cette qeertion, s'attache à l'étude de la Seine considérée dans ses rapports avec hinappes d'infiltration dont l'altitude, les oscillations peuvent, importer à YM sanitaire de la population parisienne.
(]es eaux d'infiltration constituent une vaste couche dans l'épaisseur des terrains d'alluvion, c'est-à-dire sous presque toute la surface de Paris; cette ooncke» en efTet, est accessible sur la rive droite du fleuve jusqu'aux pieds de la ifrie de collines du nord-est, Méniimontant,Belleville, Buttes-Chaumont, Montmartre; sur la rive gauche, elle s'étend jusque et au delà des fortifications, sauf dans le»
quartiers p^iphëriques, les XI1I« et XIV« arrondissements (Gobelins et Observatoire), où le jeu de Tinfiltration est entravé par la présence de ooucben d'argile plastique.
La profondeur de cette nappe et son niveau, relativement aux nappes superficielles, ont été Tobjet des rechercbes de Delesse qui, du 20 au 30 août i857« a déteiminé : d*une part, les cotes de l'eau sur la Seine, la Marne et leurs afflu^its, d'autre part, les cotes de Teau des puits alimentés par les infiltrations.
Ces recherches démontrent d'abord qu'à l'intérieur de Paris la nappe d'infiltration est partout d'un niveau supérieur à celui de la nappe superficidle du fleuve, sauf à l'extrémité occidentale de la ville, où existe au contraire une légère différence en sens inverse : ainsi dans une grande partie du XV* arrondis* sèment (Vaugirard), notamment dans les quartiers de Grenelle et de Javel, riverains du o6té gauche de la Seine, le niveau de la nappe souterraine est de quelques centimètres inférieur à celui des nappes superficielles; il ^i est de même, à cette extrémité de Paris, des quartiers vobins de la rive droite de la Seine : ainsi les cotes des puits d'Âuteuil établissent également une infériorité de niveau variant de 5 à 50 centimètres.
Cette dépression de la nappe souterraine, à l'ouest de Paris, s'accuse mieux encore, si l'on franchit l'enceinte. La commune d'Issy, une partie de celle des Monlineaux sur la rive gauche, et, sur la rive droite, Boulogne, Billancourt^ correspondent à des dépressions de niveau de la nappe souterraine qui, eo cette dernière localité, est, de plus de 1 mètre, inférieure à la superficie de 1» Seine.
Partout ailleurs, dans Paris, les cotes de la nappe d'infiltration dépassent cellesde la nappe superficielle du fleuve.
Sur la rive gauche, cette différence n'atteint nulle part 6 mètres, le maximum* existant au niveau de l'angle du boulevard Saint-Michel et de la rue du Yal-de- Grâce, où la cote de l'eau d'un puits a donné à Delesse 31 mètres, celle de la* Seine étant le même jour légèrement supérieure à 25 mètres au niveau du pont Suint-Michel.
Les courbes de nivellement de la nappe d'infiltration, presque parallèles dansles quartiers de cette rive gauche où la surface du sol est à peu près plane, comme dans tous les arrondissements situés à l'ouest du boulevard Saint* Michel : Vl% VII% XIY* et XV*, sont brusquement écartées entre elles, à l'est de ce boulevard, par les reliefs de la montagne Sainte-Geneviève (Panthéon), pour reprendre leur parallélisme à la hauteur du Jardin des Plantes; elle» indiquent, en somme, l'abaissement progressif de cette nappe à mesure qu'on se rapproche du fleuve.
Il n'en est pas de même sur la rive droite; ici les cotes de l'eau des puita démontrent, entre la surface de la Seine et celle de la nappe d'infiltration, des écarts plus considérables que sur la rive gauche. Ainsi, au pied des collines de* Bellevilie, de b Butte-Chaumont, de Montmartre, au niveau de l'hdpital Saint- Louis, des gares des chemins de fer de l'Est et du Nord, de la place PigallCr l'eta des puits atteignait et dépassait légèrement la hauteur de 33 mètres an moment où la cote de la Seine était d'enriron 26 mètres.
En outre, sur la rive droite, les courbes de nivellement offrent, entre elles et avec le fleuve, des rapports bien moins uniformes. Assez régulièrement étagées «a-deaaui de la Seine dans les arrondissements de l'est et du oeaic^ d^ ^vta^
SOO PARIS.
jusqu'au niveau d'une ligne qui, de la place de la Concorde au sud, gagnerait au nord la place Clichy par la Madeleine, la gare Saint-Lazare, la rue d'Amsterdam, ces courbes changent absolument d'allures à l'ouest de cette ligne, c'est-k-dire dans leur parcours à travers les VIII*, XYl* et XVU' arrondissements (Éiyiée, Passy, Batignolies-Monceaux).
C'est que ces trois .arrondissements appartiennent à la grande preaqulk formée par le coude de la Seine à Meudon, et que la nappe d'infiltration qu'ils recouvrent est en rapport non-seulement avec le cours de ce fleuve dans PftriB« mais encore avec son cours presque parallèle en sens inverse, extra muros, le long des communes de Boulogne, Neuilly, Levallois, Clichy.
11 en résulte qu'en cette région occidentale de Paris la nappe d'infiltration, après s*étre élev^ progressivement depuis la place de la Concorde et la PuUe des Champs-Elysées qui longe la Seine jusqu'aux alentours de l'Arc de rËtoik et du parc Monceaux, subit, à partir de ces quartiers, une descente paiement progressive qui se continue au delà de l'enceinte de la ville jusqu'aux communes riveraines que nous venons d'énumérer.
En résumé, à l'exception des quartiers situés à Touest de Paris, dont les uns situés sur la rive gauche recouvrent une nappe d'une cote inférieure à eelle de la Seine, dont les autres sur la rive droite envoient hors de Paris une partie de leurs eaux d'infiltration, on peut dire que, par son infériorité de niveau» la Seine dans sa traversée de la capitale parait être le point naturel d'alBuenoe de la vaste nappe souterraine qui s'étage sur ses deux rives.
On comprend combien eût été importante, pour généraliser cette oondusioD, la répétition méthodique des observations recueillies par Delesseen août 1857; il est de tous points regrettable que ces recherches n'aient pas été renouvelées depuis et contrôlées par la constatation de cotes prises non-seulement en des années, mais surtout en des saisons [différentes, ce qui eût permis l'étaUisse-^ ment de certaines lois de concordance entre les oscillations du fleuve et celles de la nappe d'infiltration.
Rien, certes, n'est plus érident que l'influence des crues de la Seine sur les conditions hydrologiques du sous-sol des quartiers riverains, dont les caves inondées, au moment de ces crues, témoignent de la pénétration des eaux do fleuve dans les terrains d'allurion qu'il parcourt.
Mais il n*est pas moins évident que dans ces périodes d'ascension la nappe superficielle du fleuve cesse de constituer la partie la plus déclive de cette cuvette formée sur ses bords par la superficie de la nappe d'inûltration.
Supposons en effet une crue élevant, de 4 mètres, par exemple, le niveui de la Seine au-dessus de la cote constatée par Delesse en août 1857. Dae ascension correspondante de la nappe d'infiltration ne pourrait s'opérer qo^ par la submersion des quartiers bas, comme la plupart des quartiers centiaUi dont la superficie, è cette dernière date, ne dépassait que de 2 ou 3 mètres oelk de l'eau de leurs puits.
Cette submersion reste à Tétat d'imminence dans les crues de la Sflist parce qu'elles sont passagères et s'arrêtent habituellement alors à leur premier degré: l'inondation des caves; les désordres seraient bien autres, si le flsQ^ était maintenu quelque temps à ce niveau exceptionnel. On voit de suite <l^ combien d'inconvénients serait grosse, au point de vue de la facilité desinoodi'' tiens, la mise à exécution de la proposition faite à plusieurs reprises d'âever, par des barrages, le niveau de la Seine, dans la traversée de PtfiSf ^
3 ou 4 mètres âa-dessus de Tétiage^ afin de faciliter les prises d'eau nécessaires aux services publics et à la consommation.
Mais c'est surtout au point de vue de leurs rapports avec révolution des maladies pq>ulaires que nous Toudrions, comme Yallin, être fixé sur les oscillations de la nappe d'infiltration, souhait fort réalisable, vu le nombre de puits qui existent dans Paris et la simplicité de l'outillage à employer.
Au-dessus de la nappe d'infiltration, il existe enfin d'antres nappes souterraines, indépendantes des cours d'eau superficiels, et qui prennent naissance sur les couches imperméables dont elles suivit plus ou moins les ondulations.
Un grand nombre de ces nappes sont comprises entre les marnes vertes et le calcaire grossier» enclavées dans les marnes gypseuses et le calcaire lacustre; comme les terrains qui les recèlent, on les constate sur cette vaste sone s'étendant au nord-est de Paris, du cimetière Montmartre à la place de la Bastille, 6l comprise entre le mur d'enceinte et la ligne des boulevards (dits autrefois boulevards extérieurs) de Clichy, de La Chapelle, de La Villette, de Belleville, de Hénilmontant.
Ces nappes, qui atteignent des cotes variant de 30 à SO mètres, sont trèsirrégulières et discontinues; elles sont à leur tour surmontées, principalement au sommet de la butte Montmartre, et sur les hauteurs comprises entre la Butte-Chaumont et le cimetière du Père-Lachaise, d'une autre série de nappes souterraines qui en sont séparées par les couches de marne verte et qui, elles, atteignent les cotes les plus élevée des eaux souterraines de Paris, cotes variant entre 90 et 115 mètres.
Comme le démontre cette élévation, ces nappes souterraines se trouvent de beaucoup au-dessus de la nappe d'infiltration et en sont complètement distinctes. Il n'en est pas de même de la nappe d'argile plastique qui pénètre à l'intérieur de Paris sur la formation correspondante, d'une part au sud-est, s'étendant des fortifications jusqu'au niveau du cimetière Montparnasse, de la place d'Italie et de l'École militaire ; d'autre part, sur la rive opposée de la Seine, sous Àuteuil et le bois de Boulogne (région des lacs) ; cette nappe s'incline et se déverse directement et par de larges intersections dans la nappe d'infiltration, dimt elle doit modifier ainsi les conditions de niveau en cette région de Paris.
Eaux coiiSACRéES aux services publics et privés. Malgré les masses d'eau charriées par la Seine, eau vierge alors de toutes les impuretés dont l'industrie moderne devait la souiller, malgré les sources nombreuses d'eau excellente, susceptibles de dérivation aux environs de la ville, la population de Paris subit durant des siècles les plus cruelles privations à cet égard. C'était, comme Ta dit Maxime Du Camp, le temps de la soif.
Sous la domination romaine existaient deux aqueducs au moins : l'un amenant l'eau de Chaillot sur l'emplacement où se trouve actuellement le Palais - Royal ; l'autre conduisant aux Thermes de Julien une partie de la rivière de Rungis.
A partir de cette époque, les travaux d*adductien des eaux se succèdent, mais à longue échéance.
L'aqueduc de Saint-Gervais, réunissant les eaux provenant des hauteurs de Romainville et de Ménilmontant, alimentait, dès le commencement du treizième siècle, la fontaine Saint-Lazare, sise alors en dehors de l'enceinte, dans la léproserie de ce nom, ainsi que le couvent voisin des Filles-Dieu (sur remplaceiuftwV %sc>\9àftV
de la rue du Caire), puis elle fat amenée, à la fin de ce siècle, ^ la fontaine des Innocents, la plus ancienne des fontaines intérieures de Paris.
C'est également sous Philippe-Auguste que fut construit Taqueduo destiné à amener à Tabbaye de Saint-Hartin-des-Champs l'eau provenant des hauteurt de Belleville.
Sous Henri IV, un mécanicien flamand, Jean Lintlaer, établit au Pont-Neuf ime pompe élévatoire (Samaritaine) des eaux de Seine pour les bâtiments du Loa^itt et des Tuileries.
En 1605, François Hiron fit élever la fontaine de la Cité, qui était enoore dépourvue d'eau; cette fontaine fut alimentée par l'aqueduc du Pré-Saint-Gerv»s.
Quelques années plus tard, en 1615, Louis Xlll po» à Rungis la première pierre du nouvel aqueduc d'Arcueil.
Halbeureuscment tous ces travaux ne créaient point l'abondance à Fvis; toutes ces ressources étaient perdues en partie pour la population par l'abat da» prélèvements opérés par le roi, les grands seigneurs de l'époque et les commnnautés religieuses. On méconnaissait alors le caractère inaliénable et impre* scriptible attribuée par nos lois aux choses du domaine public, et le poiifmr municipal était impuissant à réprimer ces abus.
Chose étrange, malgré la pénurie d*eau, il n'était pas un souverain qui n» fût jaloux d'affirmer la splendeur de son règne par l'édification de quelque fontaine monumentale, ^cor muet, où l'eau n'arrivait pas, et qui témoqfnail encore mieux de la pauvreté et de la dilapidation des ressources.
À mesure cependant que s'accroissait la population, les besoins devenûeni plus urgents, et pour y satisfaire rapidement on entreprit enfin d'utiliser plus complètement les ressources fournies par la Seine. Pendant le dix-huitiôme tiède Bellidor multiplie et perfectionne les machines hydrauliques du pont Notre- Dame; quelques années plus tard (1778), on installe les pompes à feu de Chaillot et celle du Gros-Caillou, dont l'administration devint bientôt riche et puissante et prétendit exclure tout autre mode d*intioduction de l'eau à Paris.
C*est ainsi que Deparcieux propose vainement la dérivation de l'Yvette, petiL affluent de l'Orge, projet adopté et rejeté plusieurs fois, malgré un commenoe---. ment d'exécution en 1788; échec dû aux protestations, aux menaces de proeèm. des entrepreneurs de la Compagnie des pompes à feu, qui avait réussi à imposer à la ville un monopole dont les actions avaient cours à la Bourse.
La question des eaux de Paris a pris une importance toute nouvelle ea ces derniers temps : on les prend soit aux rivières, soit à des puits, soit à ck sources plus ou moins éloignées ; les chiffres suivants, établis par Tadministntion, indiquent la moyenne de mètres cubes consommés journellement (mois de novembre 1884) :
Eaux de sources 130»000
Eaux de riTières 115,000
Eau d'Arcueil et puits artésiens 9,000 -*
Eau d'Ourcq 130,000
Toul 414,000
Nous allons indiquer en détail la valeur de ces différentes eaux et la maaii^ dont elles profitent au public.
1® Eaux de rivières. A. Seine. La Seine fournit actuellement à la Gott* pagnie des Eaux environ 100000 mètres cubes d'eau par jour. L'analyse de oei
piRis. ses
enux par les chimistes les plus experts, et au moyen des méthodes les plus exactes, a donné lieu aux résultats en apparence les plus contradictoires et dont les difTërences reposent essentiellement : sur la variabilité naturelle de l'eau de ce fleuve, et sur la diversité de sa composition suivant le point de son parcours où les échantillons ont été prélevés, et suivant la date des analyses pratiquées. Quoique relativement anciennes, les recherches de Poggiale ont conservé tout leur intérêt en ce qui concerne surtout l'intervention de la première de ces influences, celle des phénomènes naturels, sur la compoution de l'eau de Seine et son extrême variabilité.
Il n'est d'ailleurs pas de cours d'eau qui sous l'influence des saisons, des phiies et autres phénomènes météorologiques, ne présentent des variations analogues.
C'est par une série d'analyses multiples poursuivies pendant plus de deux ans (décrânbre 1853 à février 1855), aux époques les plus diverses de l'année, que Poggiale a étudié la composition de l'eau de Seine à la hauteur du pont d'Irn^f et qu'il est arrivé aux conclusions dont voici le résumé :
Matières tenues en suspension. La proportion maximum de ces matières dans 1 litre d'eau de Seine s'est élevée à Ot^^llS, et le minimum, a été de 0«',007; la quantité de ces matières est en général proportionnelle à la hauteur de l'eau; les chiffres les plus élevés ont été obtenus en hiver à la suite de pluies abondantes. Ce limon est composé en moyenne de matières organiques 3,39; carbonate de chaux et de magnésie 60,51 ; acide silicique 35,60. La proportion des matières organiques augmente notablement pendant la saison chaude.
Cette augmentation des matières organiques, coïncidant avec l'élévation de la température atmosphérique, peut entraîner la fermentation putride, surtout si l'eau est renfermée dans un réservoir.
Gaz. L'eau de la Seine ne renferme que de l'air atmosphérique et de l'acide carbonique, l'un et l'autre en proportion plus considérable en hiver qu'en été« et lorsque le niveau du fleuve est plus élevé ; d'après les expériences de Poggiale, l'eau de Seine contient en moyenne pour 1000 grammes : O'^SOSSS d'acide carbonique, 0"S009 d'oxygène et 0"S0200 d'azote.
Comme l'avaient établi Gay-Lussac et de Humboldt, l'analyse de l'eau de la Seine donne un air plus riche en oxygène que l'atmosphère, observation conforme d'ailleurs à celles qui ont été faites sur d'autres cours d'eau.
Principes fixes et matières organiques. La moyenne de 31 analyses (évaporation et dessiccation) donne un résidu, par litre d'eau, de 0<',341 ; le maximum a été 0^,377, le minimum 0*%190; cette proportion est plus élevée en été qu'en hiver, et atteûit généralement son maximum quand la hauteur du fleuve est entre 3 et 5 mètres. Presque tous les principes fixes : carbonate de chaux (qui à lui seul en représente les deux tiers), carbonate de magnésie, sulfate de chaux, chlorures alcalins, sont en proportion inverse de la hauteur de l'eau, et plus abondants en été qu'en hiver. C'est l'inverse pour l'acide silicique plus abondant pendant les crues.
Depuis les recherches de Poggiale, Belgrand a confirmé par l'hydrotimètre la réalité de ces variations de composition de l'eau du fleuve en sens inverse de son altitude; mais, de plus, il en a donné la raison. La Seine étant un cours d'eau mixte, constitué par deux groupes d'affluents, les uns torrentiels entraînant les eaux chimiquement pures des terrains primitifs du Horvan (Yonne), les autres charriant plus lentement les eaux calcaires des tercaiiift Q^V\\h\^\QAA
(Marne), la composition de ce cours d*eau variera suivant la prédominance de rapport d'un de ces groupes dans la constitution des cours d*eau du bassin.
Si le minimum des matières minërales dissoutes dans Teau de Seine correspond à rbiver, c'est qu'en cette saison la proportion des eaux des terrains granitiques fournies par 1* Yonne augmente en raison de la quantité relativement plus considérable des pluies qui tombent dans le Morvan.
Les crues rapides de la Seine étant dues surtout k Tarrivée des eaux torrentielles du Morvan par TYonne, il en résulte que la courbe hydrotimétrique est inverse de celle des crues.
Enfin, dans les crues de la Seine dues à Tinfluence des pluies générales sur tout le bassin du fleuve, il se manifestera un abaissement du titre hydrotimétrique dans les premiers jours de la crue, les eaux du Monan arrivant les premières k Paris.
La proportion de matières organiques dissoutes augmente considérablement pendant Tété, absolument comme celle des matières organiques en suspension ; le résidu de Tévaporation noircit alors et prend une odeur infecte par la calci» nation.
La proportion d*anmioniaque qui varie de 0>',00009 à 0^,00057 parait en rapport avec les matières organiques.
La moyenne de toutes ces analyses de Poggiale donne le tableau suivant qui exprimait la composition de la Seine au pont d*Ivry en 1855 :
Volume par litrt.
Acide carbonique libre ou provenant des bicarbonates. . . . 0,0233
Aaote 0,0900
Oxygène 0,OUSO