fflUUgr
Quantité par litre.
Carbonate de chaux 0,177
Carbonate de magnésie 0,019
Carbonate de fer, de manganèse, aliuiiine 0,004
Sulfate de chaux, de magnésie et de soude 0,018
Chlorure de calcium, de magnésium et de sodium 0,011
Acide siliciquc 0.004
Ammoniaque 0,00017
lodure alcalm Traces.
SeU dépotasse Traces très-eensibles.
Nitrate alcalin Quantité noUble.
Matières organique» Id.
0,233 milligr.
Il est bien entendu que ces résultats, satisfaisants d^ailleurs et obtenus par Tanalyse de Teau de Seine en amont de Paris de 1852 à 1855, chaugeaisol singulièrement, dès cette même époque, dans la traversée de la ville, spécialemeot au niveau de Tembouchure de la Bièvre et de divers égouts se devenant alors directement dans le fleuve. À cet égard, la transition à ce niveau était même plus brusque qu^aujourd'hui.
Quelques années plus tard, ces dernières causes de pollution du fleuve étaient supprimées à Tintérieur de Paris, mais à mesure que l'agglomération parisieooc augmentait il en surgissait d'autres, et bien plus générales :
En 1864, Péiigot, dans un mémoire à Tlnstitut, faisait ressortir la détérioft-
tion progressive de Teau de Seine : a Comme toutes les rivières qui traversent let
grands centres de population, son eau devient de moins en moins pure, car, 0
masse restant la méiney les matières qui s*y déversent chaque jour deviennent plus abondantes ; les plus dangereuses de toutes sont celles qui sont fondées sur le tnuiteme&l des produits dérivés des animaux et qu'on ne peut songer à déplacer, vu qn*dles ne peuvent exister qu*au voisinage des grandes agglomérations d'individus s .
D y a vÎDgi^nq ans, an moment où commençait à s'agiter la question de la nécesailé d'approvisionner Paris en eaux de sources, la déchéance de Teau de Sue était ainsi formulée par le savant le plus autorisé du siècle :
t L*eau de la Seine, qui a pu inspirer aux anciens habitants de Paris une confiance méritée, devient chaque jour de moins en moins digne de la nôtre.
f Espérons qu'il sera permis de remplacer pour les usages domestiques les eaux de plus en plus souillées de la Seine par une eau naturellement garantie detoQt flcheux contact avec des débris infects de matières organiques en décompontioQ » (Dumas, Rapport fait au Conseil municipal au nom de la Cknn" wmkm des eaux^ le Î8 mars 1859, p. 4). Nous allons voir combien, depuis Ion, s'est aggravée cette pollution du Ûeuve.
La carte du bassin de la Seine établie par Mille à l'appui de son rapport à h Commission technique de l'assainissement de Paris (9 décembre 1882) démontre que, bien au-dessus de la capitale, la rivière est salie par les égouts d*»gg^itetions de plus en plus nombreuses et par les écoulements d'usines importantes.
Il y t donc, suivant nous, un optimisme excessif en ces paroles de la Commislion ministi^rielle de 1874 :
i En amont de Paris, dans la traversée de la capitale ainsi qu'entre les forti-
ûcaiiobs et Asnières, la Seine présente un aspect satisfaisant, au moins à la
simple inspection superficielle. Le progrès accompli par la grande œuvre de la
<^2^^(ion de Paris et des collecteurs se manifeste d*une manière évidente. En
un certain nombre de points, répartis sur les deux rives, des filets d'eaux
impures sortent de divers établissements industriels ou des égouts de la banlieue
<t même des égouts de Paris non encore réunis aux collecteurs, mais ces filets
^i rapidement noyés dans la masse du fleuve. Les poissons vivent dans toute
l>lirgeur de la rivière; des végétaux d'ordre élevé poussent sur les berges; le
^ de la Seine est formé de sables blancs. Pendant les chaleurs et les séche-
i^Kses de la saison dernière, tout le monde a pu constater l'état relativement
<<tisfiiisant de la Seine dans tout ce parcours » .
Ce tableau, en tous cas, a bien changé en peu d'années.
Ce qui est vrai, au moins actuellement, c'est que, bien au-dessus de Paris
(tlie, Rapport ciié)^ l'infection conmience à partir de Choisy, surtout à cause
^'^i'osineà engrais de Maisons-Âifort. Plusieurs communes, entre autres Choisy,
^ Pbrt à l'Anglais, Alfortville, se peuplent et se remplissent de plus en plus
<le maisons et d'ateliers qui inondent la Seine de leurs déjections par plus de
^égouts; et cependant il y a là deux prises d'eaux de première importance :
'SuMsy pour la distribution dans la banlieue, Ivry pour la distribution dans
Paris.
Uans la traversée même de Paris, d'admirables travaux ont été entrepris
pour soustraire au fleuve les écoulements des égouts, mais cette soustraction
^incomplète; les iles (Saint-Louis, Cité, etc.) versent encore en Seine un
^ de 16000 à 20000 mètres par an de matières excrémentitielles dont ou
^ pourra détourner le cours que par des travaux fort coûteux : en edetf TadaiL-
Histration prévoit une dépense d'environ 500000 francs pour rattacher ces îles aux collecteurs des rives.
Mais cest au-dessous de Paris que s'accomplit, à son plus haut degré» la contamination du fleuve, contamination dangereuse non-seulement pour les populations qu^il va traverser encore, mais pour une partie do la capitale ellemême et sa banlieue Nord qui lui empruntent ses eaux à ce niveau.
En quittant Paris, la Seine se modifie d*abord asseï peu, et sa oompositîon oe varie guère jusqu'au pont d*Asnières; mais en aval de ce pont la situation cbaiige brusquement. Sur la rive droite du fleuve se trouve le déboiiclié du grand collecteur de Clichy. Un courant considérable d*eau noirâtre sort de ce collecteur et s*^m- Rouit en Seine en formant une courbe parabolique. Cette courbe occupe une étendue variable dans le courant : en temps ordinaire, elle tient environ la moitié de la largeur du fleuve ; en temps de pluie d'orage, elle se rapproche de la rive gaudie. Cette eau est d*un aspect répugnant; elle est cliargée de débris organiques de toutes sortes : légumes, bouchons, poils, cheveux, cadavres d'animaux domestiques, etc. Elle est ordinairement recouverte d'une couche de matière graisseuaeqiû, suivant la direction du vent, vient s'accumuler sur une rive ou sur l'autre. Une vase grise, mélangée de débris organiques, s'accumule le long de la rive drdte et forme des bancs d'atterrissement qui, à certaines périodes de l'année, pr^ sentent des saillies considérables hors de l'eau et ne disparaissent que grike à de coûteux dragages. Cette vase descend jusqu'au thalweg du fleuve; elle est le siège d'une fermentation active qui se traduit par des bulles innombrables de gaz venant crever à la surface de l'eau ; pendant une grande partie de l'année, et spécialement au moment des fortes chaleurs, ces bulles atteignent des dimensions considérables (1 mètre à l^^fSO de diamètre). « Elles entraînent la vase en s'en dégageant et amènent à la surface des matières noires et infectes qui cheminent ensuite à découvert avec le courant. Le passage d'un bateau soulèie des flots d'écume et crée une véritable ébullition qui dure quelques minutes dans le sillage. Tous ces phénomènes se produisaient en 1870 sur la seule rivft droite du fleuve, et l'infection ne se manifestait d'une manière évidente que sur le premier des trois bras que la Seine forme à Clichy, entre les rives des lies Vailiard et Rohinson. Aujourd'hui le second bras est complètement envahi et l'altération se montre sur la rive droite du dernier bras. Aucun être vivant, aucun poisson, aucune herbe verte ne se rencontre dans le bras droit ; dans le bras central, la poisson commence à apparaître et se retrouve dans le gauche. Les joun de grande pluie d'orage, lorsque le courant des eaux d'égout envahit la totalité de la largeur de la Seine, les poissons peuvent être accidentellement détruits, même dans les parages qu'ils fréquentent liabitucUement, par suite de l'iniè^ tion générale et temporaire du fleuve. Le bras central présente une végétatioa moyenne; les herbes sont extrêmement fortes et vivaces sur le bras gauche, il ; delà des îles de Clichy et jusqu'à l'île Saint-Denis, l'altération continue ea s'accusant un peu moins fortement à la surface: l'eau conserve une coukv noirâtre ; la rive droite est toujours bordée d'écumes et de graisses ; l'altératiei semble s'étendre sur la largeur complète de la rivière; la berge ganche est garnie de débris végétaux, de bouchons, etc., et d'une couclie mince de nu grisâtre.
« A Saint-Ouen commence l'île Saint-Denis, qui s'étend jusqu'à 3 kilométrée
d'Argenteuil et sépare le fleuve en deux bras distincts : le bras gauche, alimeoti
par la pwiie la moins altérée du fleuve et ne recevant du reste aucun nonral
affluent d*eau infecte, présente des eaux qui semblent d'une pureté trës-suffi- «ante. Le bras droit, au contraire, alimenté par le courant même du collecteur de Clichy, qui a suivi spécialement la rive droite du fleuve, conserve devant Saint-Ouen et au delà les caractères d'infection constatés à Clichy ; ceux-ci vont cq^endant en diminuant d'intensité apparente jusqu'au pont suspendu de Saint- Dâais : c'est ainsi que la vase, dont la répartition sur le fond du fleuve a été faite, à la demande de la commission, par les ingénieurs de la navigation de la Seine, atteint k Clichy des épaisseurs de 2 à 3 mètres et n'a plus que 65 centimètres d'épaisseur à Saint-Ouen. Aux premières maisons de Saint-Denis, des usines commencent par amener une recrudescence d'infection par un assez grand nombre de déjections industrielles. Hais leur action est peu de chose à «Mé de celle du collecteur départemental qui débouche à quelques mètres en aval du pont suspendu. Cet égout vomit une eau absolument noire et fétide, dont l'odeur ammoniacale est des plus prononcées. Cette eau envahit bientôt la largeur complète du bras. Des écumes flottentusur toute la surface; des bulles de gaz se dégagent de tous côtés. Cet état se continue, avec une intensité à peu près constante, jusqu'en face du village d'Épinay. Le fond du fleuve est, dans tout ce parcours, garni d'une vase noire, fétide, gluante, peuplée de vers rougeâtres. Périodiquement, cette vase émerge au voisinage de la bouche du collecteur et doit être extraite par dragages. Notons que la rivière du Croult, qui dâ)0uche en Seine, entre Saint-Denis et Épinay, vient ajouter un assez notable contingent d'eaux industrielles à l'afllux infect du collecteur. D'Ëpinay à Argentcuil, une amélioration apparente se manifeste, spécialement après la réunion des deux bras à l'extrémité de Tile Saint-Denis. L*eau, encore foncée de couleur, n'offre plus que de rares débris flottants ; la vase a à peu près disparu ; le poisson réapparaît en temps normal. D*Argenteuil au barrage de Bezons, la Seine présente un aspect acceptable. Mais au niveau du barrage, dans le bras gauche formé par l'ile du Chiard et ses annexes, une odeur très-marquée se fait de nouveau sentir; les eaux impures semblent rejetées par le barrage sur la rive gauciie. La vase noirâtre réapparaît sur toute la largeur du bras avec une épaisseur de 70 centimètres environ. Bientôt l'odeur disparaît; une végétation dcf plus abondantes garnit les deux rives et encombre même en partie le court du fleuve par de larges plaques de lentilles d*eau. A Mariy, les bajoyers de récluse sont couverts d'un dépôt noir et fétide ; des écumes se voient le long du barrage et des appareils annexes. L'eau conserve toujours une teinte foncée, qu'elle manifeste également dans le bras droit qui passe devant Chatou. Au delà de Marly, les deux bras se réunissent de nouveau. L'intensité de coloration du fleuve diminue graduellement. L'eau est encore trouble et d'un goût peu agréable, à Saint-Germain et à Haisons-Laffitte. Au delà, vers La Frette et Conflans, et spécialement après le confluent de l'Oise, la Seine a repris en apparence un état sensiblement analogue à celui qu'elle offrait en amont des eoUecteurs. A Meulan, toute trace extérieure d*infection a disparu » (Rapport de la commiaion ministérielle^ etc. Paris, 1874).
En raison de l'abondance des matières organiques qu'elle renferme en aval de Paris, en raison aussi du peu de vitesse de sa circulation, le fleuve derient lui-même le siège de décompositions multiples, notamment de la transformation de ces matières organiques en acide carbonique, carbures d'hydrogène, acide sulChydrique et surtout en ammoniaque; transformation qui implique toujours une absorption d'oxygène emprunté aux gaz dissous dans Teau.