‹ Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, publie sous la direction de MM. les docteurs RaigeDelorme et A. Dechambre (volume 3)Chapitre 34 sur 95 · il · texte numérisé non relu

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L*ëtiologie de l*aifection est naturellemeat plas difficile à détermiDer dans un centre complexe» comme Paris, que dans les localités moins importantes; la meilleure preuve de celte difficaltë» c'est la négation si longtemps soutenue par les médecins de la contagiosité d'une affection dont les praticiens de pro- Tince ont été bien plus à même de démontrer nettement 1|l transmissibilité.

Quant aux causes de sa pérennité à Paris, nous estimons que les principales tant les suivantes :

1* Encombrement de ceilains quartiers; 3* Défectuosité des latrines ;

3* Manque de pente et d'irrigation des ^outs» où cependant est projetée une certaine somme de matières typhoïdes qui, au lieu d'être rapidement entrainées» demeurent stagnantes, ou peuvent être même refoulées vers les extrémités du réseau quand les principaux branchements sont inondés par les pluies ; 4^ Infection de la banlieue par les usines ammoniacales ; 5* Insuffisance de l'eau potable ;

0* Arrivages incessants de personnes offrant l'âge d'élection et que ne préaervent ni une atteinte antérieure, ni l'assuétude aux foyers typhoïgënes.

Cette dernière condition cessera d'être dangereuse quand l'hygiène publique aura remédié aux influences pathogéniques signalées de 1 à 5, mais elle est actuellement une des principales.

Trousseau a dit que les Parisiens adultes étaient atteints moins fréquemment de fièvre typhoïde que les provinciaux nouvellement arrivés à Paris, parce qu'ils avaient subi cette affection pendant leur enfance, et à ce titre avaient acquis rimmunité ; pour nous c'est une exagération.

Nous reconnaissons que le meilleur préservatif est d'avoir eu la maladie : ouis ce préservatif n'est pas le seul. Il en est un autre moins puissant, mais beaucoup plus commun : c'est l'assuétude au milieu typhoîgène. Suivant nous, parmi les adultes nés à Paris, y ayant vécu, il y en a relativement peu, le dixième peut-être (?), qu'on puisse considérer comme réfractaires par le fait d'une première atteinte ; c'est grâce à leur accoutumance qu'ils sont préservés (Léon Colin, Traité dei maladies épidémiques^ p. 625).

n est inexact cependant de dire, comme on Ta dit, que la mortalité typhoïde à Paris suive un mouvement régulièrement ininterrompu ; ici, comme partout, l'affection est sujette à des oscillations multiannuelles moins marquées certainement que dans les villes à population moins nombreuse et moins nomade, mais que l'on ne saurait révoquer en doute.

D'autre part, cette progression s'arrête avec le mouvement des immigrants : nous en avons la preuve la plus récente dans la diminution du cliiiTre des décès pendant les années 1883 et 1884, venant immédiatement après une année à faUigium exceptionnel, où ces décès s'étaient élevés presque à 3000 (2980). Cette baisse considérable, conséquence d'une part de l'exacerbation antérieure de 1882, tient vraisemblablement aussi à la diminution de la masse de travaux qui» durant la série d'années précédentes, avait entraîné vers Paris un chiffre toiiyours croissant d'ouvriers.

Nous obtiendrions le même résultat dans l'armée en supprimant les mutations de garnisons. Tout régiment nouvellement venu à Paris paie, en effet, un tribut plus ou moins considérable à cette afTection ; dans nos éludes spéciales sur la question, nous avons prouve qu'il en était de même dans les pays voisins, et que dans l'armée bavaroise, dont les différents corps sont pcriodiquecaeivV. v^^^

les à prendre, à tourderôle,gamison à Munich, foyer d^endémicité de Taflectiont la mortalité par fièvre typhoïde ost bien plus considérable relativemeiit qoe dans les troupes appelées successivement à Paris (Léon Colin, Traité de» moîadies épidémiques, p. 6i0).

A rarticle Sxisons de oe Dictioniuiire,iioiis avons fommi la preuve que la fièvre typhoïde était soumise à Paris aux influences saisonnières qui en règlent révolution annuelle en tous pays appartenant à la zone tempérée, c'est-à-dire que h maladie atteint habituellement son foêtigiumen antomne, octobre et novembre» pour décliner pendant la saison froide. Hais cette marche est loin de s*aeebmplir avec la précision qui la^caractérise ordinairement dans les centres à populalioo stable et limitée, et & Paris elle subit forcément les variantes imposées par rélévation du ehiflre et les mouvements de la population qui nous en ezpliqoeBf la permaneoce et la possibilité de recrudescences intercalaires. Sa permanoiee est prouvée par ce foit qu'il n'est aucun mois de l*année qui ne foumnse un certain nombre de décès; quant aux recrudescences intercalaires, se rattachant parfois à des causes encore difBcilement appréciables, elles sont babitueUement le résultat de certaines circonstances accidentelles qui font surgir dei réceptivités spéciales.

Il est probable que le i-etour à Paris de nombreuses familles qui ont qoittf la capitale pendant les vacances, et qui rentrent peut-être avec un amoindrisse^ ment de l'immunité que leur conférait antérieurement leur séjour, l'arrivée )li même époque des élèves des lycées, des facultés, des pensions, celle des domei* tiques des deux sexes, des ouvriers, etc., et enfin de nombreux étrangers, ool leur part dans la recrudescence automnale de l'endémie.

Si ces mouvements centripètes s'exécutaient à une autre époque, la date de recrudescence serait sans doute déplacée. 11 en est de même de l'armée.

Je suppose, par exemple, que, au lieu de venir prendre garnison en octobre, les régiments nouvellement appelés à Paris n'y arrivent qu'en janvier ou fdnier, il est vraisemblable que de ce changement de date résulterait un déplacement notable dans l'époque des manifestations chez les nouveaux venus qui, généralement, sont atteints deux ou trois mois après leur arrivée.

La fièvre typhoïde a subi depuis quatre ans un mouvement de translation du centre de Paris à la périphérie, et il nous semble rationnel d'admettre comme principaux facteurs de ce déplacement : l'augmentation progressive de la popnlation de certains arrondissements excentriques, où réside actuellement h majeure partie delà classe pauvre et ouvrière; la proportion considérable, en cette classe, d'hommes jeunes et nés hors Paris, notamment dans les XTIII* et XIX*" arrondissements (Butte-Hontmailre et Buttes-Chaumont) ; enfin et surtoot leur voisinage plus immédiat des établissements insalubres de la banlieue, i ce voisinage, depuis quelques années surtout, l'afTection prend un caractère de ténacité endémique tout particulier. Comme le fait remarquer justement Martel- \ Hère (De la fréquaice et de la répartition de la fièvre typhoïde dan» Parité i88i), ce n'est pas sur l'ensemble de l'arrondissement lui-môme que pèse la m(Vtalité, mais sur des foyers circonscrits souvent indépendants les uns des autres.

Dans la plupart des autres arrondissements, la fièvre t^^ihoïde oflre dei alternatives de fréquence et de rareté, conséquence de cette loi d'épidémiok^ en vertu de laquelle toute exacerbation de maladie infectieuse est suivie d'oee période d'accalmie locale par le fait même des immunités résultant du nomb'S des atteintes subies et de l'accoutumance au foyer épidémique.

Sur 2060 décès entraînés à Paris par la fièvre typhoïde en 1883, l*armée en a subi 155, c'est-à-dire environ 1 sur 14, alors que pour Tensemble des causes lélhifères elle ne figure que pourl décès sur 19i (291 décès militaires en 1885 sur un total de 57 024 d&^ès parisiens). La proportion des décès typhoïdes relativement aux autres causes de mort est donc environ 11 fois plus élevée dans la garnison que dans Tensembie de la population.

Nous avons dû, en ces dernières années, combattre à plusieurs reprises, ce prSjugë si cher aux municipalités, à savoir que ce n*est point, en général, dans les vices d'hygiène de la'ville elle-même, qu'il y a lieu de chercher Tétiologie de la fièvre typhoïde, m:iis uniquement dans l'importation du mal ou sa création sur place par certains groupes spécialement prédisposés, notamment par les soldats.

Telle est la thèse qu'on a prétendu soutenir tout récemment & Paris, attribuant i la garnison le développement de la grave épidémie de 1882.

Loin de moi la pensée de venir rappeler ici les aptitudes spéciales, à cette affection, du soldat dont Tâge, l'inaccoutumance au séjour des grandes villes, rappellent la prédisposition analogue des jeunes gens nouvellement arrivés à Pftris, et qui doit en outre à sa profession les inconvénients de la vie en commun, du contact, incessant et multiplié, avec d'autres organismes identiques au sien, aptes par excellence à prendre le mal et à le transmettre.

Mais telle est la raison pour laquelle tant de gens acceptent la pensée que Uwjours les soldats, par cela même qu*ils sont parfois les premiers et les plus gravement atteints d'une épidémie de fièvre typhoïde, ont seuls été la cause de tout le mal, oubliant que la population civile est en général plus réfractaire par le fait de son accoutumance aux foyers typhoïgènes, par le fait de ses atteintes antérieures, tandis que la réceptivité de la garnison est continuellement entretenue et activée par le renouvellement incessant de ceux qui la eoDiposent.

Pour arriver à la solution de cette question, nous ne saurions solliciter trop vivement, du zèle de nos statisticiens, la détermination, d'une part, d'une catégorie civile spéciale, celle des individus plus particulièrement comparables aux soldats, non-seulement par leur âge, mais par la date récente de leur arrivée à Paris, et, d'autre part, le nombre annuel des victimes de cette catégorie par fièvre typhoïde; on exclurait ainsi les enfants, les vieillards et les anciens résidents; la comparaison de ce groupe avec le groupe militaire offrirait une certaine légitimité, bien que, par leur dissémination dans toute la ville, les nouveaux venus civils n'aient pas à subir en plus, comme le soldat, les inconvénients de l'agglomération avec d*autres unités spécialement prédisposées.

Cette distinction sera bien plus utile que la simple mention, faite actuellement dans los colonnes de la statistique municipale, de la naissance soit dans, soit hors Paris, mention qui n'indique ni Tàge, ni la date d'arrivée des provinciaux ou étrangers, et par conséquent ne permet pas de les comparer aux soldats.

Quant à l'épidémie parisienne de 1882, nous avons établi (voy. Bulletin de l'Académie de médecine^ 31 octobre 1882) qu'ici encore les soldats avaient été bien plutôt les victimes que les auteurs de Tinsalubrité urbaine.

On a prétendu que l'atteinte des arrondissements du nord de Paris (XVlll*, Butte-Montmartre, et XIX*, Buttes-Cliaumont) avait tenu, en cette année 1882, au transport vers la population civile de ces quartiers, par des courants aériens, des émanations des latrines de l'École militaire, qui cei^tv^^wV. ^\x ^V.

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fodiquer sans crainte de compnMnelIre, par finsalahrité da laisinage, aae

oone de progrès (ny. p. S65)!

Dcpais que noos dirigeons k serfiee de santé dn gomerveaBeat militaire de Paris, noos avons fait rekier cfaaqae jov k moaiemenl des nukdes tfphoîdiqoes de k praison et, diaprés k comparaison de ce moavcBent avec cdw des malades drib, noos avons acqnis koooriction qœk plas aonvent Talteinle lies casernes a été coosécotive \ celk de k popoktion avoisinanle: reoemmeal twjtn, deus graves épidémies ont frappé la caserne du quai d'Orsay (man iHHi)f pois eelk delà Pépinière (juin 1884); toutes deux ont apparu aa nmoenl oA k Bulletin Je ttalUtique municipale signalait k recrudescence de Tendânie ijfttMt dans les arrondissements ou se trouvent ces casernes.

(j: qui donne k i-hangeaux esprits iiiattentiCs, c*est qu'en pareille circonstance k frial, pénétrant dans une agglomération d*bonmies jeunes et d origine étrangère h Paris, V trouve les conditions les plus favorables k son expansion, et, an lien de cas dÎMéfriinés comme en ville, peut y occasionner des atteintes asseï nomkeuses pour faire croire de prime abord k l'existence de causes d'insalolirité plus puissantes que celles qui pèsent sur la popuktion civile; habituellenumt il n'en est rien; c'est comme un incendie qui prend nne force nouvelle au moment ob il rencontre sur sa route des magasins remplis de combustible.

biphthérie. iK'puis nombre d'années, E. Besnier a démontré, par ses rapports & la société des liApitaux, l'accroissement progressif k Paris de cette affection.

\i Annuaire iUUiitique pour 1882 établit que les chiffres de décès par dipbtliérie survenus à Paris depuis 1863 sont ainsi répartis :

Nombre Soit

de pour

Knnkf», (Iceès. 100000 hubitaoU.

IW5 97t 53»2

IW7 704 36,4

\mi 81t 40,9

1870-1871 (chifTres inconnus).

Monbre Soit

de pour

Annétt. déeès. ItOOOO babiUatt.

am 1148 es.o

«74 lOOS 5S,7

1877 Sb5 1S1,S

1880 ilS5 98,7 i

La progression est donc surtout marquée depuis 1875. De 1875 à 1883, la mortalité a été presque double de celle des dix années précédentes.

La statistique des deux hôpitaux d'enfants (hôpital Trousseau et Enfaojts- Malades) met également en évidence cette progression de la diphthérie.

1* En 1877, sur 100 enfants entrant à Thôpital, il y en avait 14 seulement atteint de diphthérie. Actuellement, la proportion est de 16 à 17.

2* Eu 1877, sur 100 décès, il y en avait 37 par diphthérie. Depuis 1881, on en compte 50 environ (Ollivier, Rapport au Conseil d'hygiène publique et de iolubrite').

Cette augmentation nous parait tenir à deux conditions principales :

L'une, d'ordre général, que nous avons mise en relief dans notre Traité des Ihladies épidémiqueB, l'accroissement de fréquence de la diplithérie non-seulement en France, mais à la surface du globe : la diphthérie, en effet, a cessé de constituer le triste apanage de la capitale française, et le tableau de la page SOO permet de constater dans quelle effrayante proportion sont frappées d'autres grandes villes, notamment Berlin, Glasgow, Magdebourg, etc.

La seconde de ces conditions est le fait de circonstances locales, notamment de l'agglomération, plus marquée en certains quartiers, de la population nécessiteuse. D'où la tendance actuelle de la maladie à sévir en particulier au pourtour de la ville, comme en témoigne ce classement, suivant la somme de leurs décès par diphthérie, des divers arrondissements en 1882 :

MeéUt . .

pour 160000 iMbUuU.

XIV* arronditâeiMiit (Oktenratoire) 191

XIX* — (BuOes-Cbaumont) 143

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