‹ Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, publie sous la direction de MM. les docteurs RaigeDelorme et A. Dechambre (volume 3)Chapitre 74 sur 95 · Lârcher · texte numérisé non relu

Lârcher

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PiàTIENCE OU «RANDE PATIENCE, g I. Boianiqne. Nom d*QIie espèce du genre Rumex^ le A. Palientia L. (Lapathum hortense Lamk), qui fournissait autrefois toute la racine de Patience qu*on employait ca médecine. C*6st une plante rarement spontanée dans notre pays, mais souvent cultifée, à tige haute de 1 , 2 mètres, dressée, rameuse, cannelée et à branches ascendantes, pourvue de feuilles planes et minces, finement sinuées-ondulées sur les bords ; les basilaires sont ovales-lancéolées et acuminées, brusquement contractées en un long pétiole canaliculé en dessus. Les cymes florales forment, au sommet des branches, une ample inflorescence dense et ramiûée, chargé de faux verticilles contigus, à peu près tous dépourvus de feuilles florales. Les pédicelles sont filiformes et articulés un peu au-dessus de la base. Le périanthe fructifère a des folioles intérieures suborbiculaires, cordées à la base, entières ou finement dentées, et l'extérieure seule est pourvue d'une cavité subglobuleuse. On dit que cette espèce est spontanée à Moutzig où elle fleurit en juillet-août. La racine de Patience des pharmacies et herboristeries est d'ailleurs généralement prodaiie par une autre espèce du genre Rumex, le R. obtusifolius L. (voy, Rdmex).

H. Br.

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^ 11. Applications tliérapeutique». Les médecins prescrivent sous ce nom de patience la racine de divers Rumex, espèces dont les propriétés sonV d'ailleurs, sinon identiques, du moins très-voisines. Et, fait assez curieux, le Rumex palientia, qui n'est pas très-commun, au moins en France, est peutêtre celui de tous ses congénères le plus rarement employé, bien qu'il ait donné son nom au médicament que nous allons étudier.

Les Anciens connaissaient parfaitement la patience et croyaient à ses vertus médicales. C'était leur Lapathum. Pline, Dioscoride, Galien, lui attribuenl d'importantes propriétés, qu'ils rapportent surtout à la patience des marais, tout en admettant, comme nous du reste, que les diverses variétés de la patience ont la même valeur thérapeutique.

Suivant Dioscoride,\es\aç^llv^^ cuits sont laxatifs et leurs racines sont propres,

PATIENCE (THéRAPEDTIQUS). 6â0

en applications topiques, à soulager les démangeaisons des dermatoses et à combattre ces maladies ; à résoudre les engorgements des glandes du cou, à guérii* les écrouelles, les oreillons, longle incarné, et à calmer même les douleurs de dents ou d*oreilles. Diverses préparations de racine passaient, prises à Tintérieur, pour utiles dans la jaunisse, pour emménagogues et lithontriptiques. Les graines (Galien) étaient employées. contre les entérites et la dysenterie; contre les hémoptysies (Pline) ; et la plante entière, en décoction ou en pulpe, était usitée contre les morsures de chiens (Âétius).

En délinitive, les Anciens attribuaient surtout aux lapathes des propriétés laxatives, dépuratives, astringentes, résolutives des engorgements ganglionnaires, emménagogues, lithontriptiques ou vulnéraires, ce qui est en partie exact, si Ton 8*en rélère aux observations modernes.

Plus près de nous Abraham Muntig s*est fait Tapologiste de la patience dans une très-longue dissertation publiée en 1681. II la décrit sous le nom d*herba hritannica (notre patience aquatique) et lui attribue les plus merveilleuses propriétés. Le passage suivant tiré de son livre suffira à montrer Tesprit de Touvrage :

« Porro Britannica herbahœc propter insignes ejmvirtutes, peculiarem ve excellenliam caetera inter plantarum gênera, apud probatos aulores simul et medicos, solum Britannicae namen non ab insula (ut quidem arbitraripossent), verum ab affectu sibi sortila est, quod manifeste tandem omnes intelligent ».

Je m*arréte dans cet historique, qui n a qu*un minime intérêt, et j*arrive à Tétat actuel de la science, spécifiant tout d*abord que ma description ne s*applique pas à une seule espèce, mais réunit les propriétés communes des patiences usitées en médecine.

Composition. Elle est mal connue. Une analyse de Riégal nous apprend qu*on trouve dans la racine de patience une résine, du soufre, une matière extrac** live semblable au tannin, de Tamidon, de Talbumine, divers sels et la jR<imtcine, principe tout à fait analogue à la Rhubarbarine, c'est-à-dire à Tacide chrysoptianique.

Deyeux a signalé également, il y a déjà longtemps (Observ. sur la physique, XV 111, 141), la présence du soufre libre dans cette racine, ce qui a un réel intérêt au point de vue de son emploi thérapeutique.

Propriétés et Usages. Il est parfaitement certain que la patience est laxative et se rapproche sous cjb rapport des rhubarbes. De plus, elle est légèrement émétique, ainsi qu*il résulte des observations de Michaux et Wauters. Ces propriétés peuvent être rapportées sans doute à sa résine et à la rumicine; mais ce n'est là qu'une hypothèse.

Toujours est-il qu'elle communique aux excréments une coloration rouge toute particulière (Lamarck), qui pourrait faire croire à un flux de sang.

L'action stimulante sur l'intestin de la patience peut nous rendre compte des propriétés toniques, stomachiques et dépuratives qu*on lui attribuait autrefois, puisque en rendant les digestions meilleures elle rend aussi plus parfaites les fonctions de nutrition. Mais ses effets diurétiques et diaphorétiques sont moins prouvés, bien que Bodart les déclare réels.

D'autre part, le sonhe qu'elle renferme ajoute ses effets propres sur la nutrition (voy. SorpRE) à ceux que nous venons d'indiquer.

La racioe de patience, mucilagineuse et chargée de tannin, peut devenir c'molliente et astringente, employée topiquement, et quelque peu parasiticide par son soufre, ce qui rendrait compte des vertus calmantes ou curatives que la

630 PATIENCE (thérapeutique).

médecine antique lui reconnaissait contre les dermatoses démangeantes, et que les observations modernes lui ont attribuées également et jusque dans la gale ^

C*est sans doute encore grâce à ses qualités émollientes et astringentes que cette racine a été considérée comme résolutive des engorgements inflammatoin^s ou comme vulnéraire.

Quoi qu'il en soit, ses principaux usages internes paraissent bien dériver des propriétés pharmaco-dynamiques que nous venons de résumer. Ces usages sont les suivants :

A Vinténeur la patience peut s'administrer avec avantage contre les dermatoses : dartres, scrofulides, syphilides, mais seulement, à mon avis, comme adjuvant des médicaments actifs ordinaires usités dans ces maladies, car son action est trop lente pour qu'on puisse lui laisser le rôle principal.

Dans les affections atoniques ou catarrbales des voies digestives elle rendrait quelques services, à la façon de la rhubarbe dont elle a quelques propriétés atténuées. Elle facilite les digestions laborieuses (Tissot), combat les affectioDs catarrbales des voies digestives ainsi que la dysenterie (Coxe).

De plus, on lui attibue (Wauters, de Beunie, Cazin) une certaine efficacité contre les fièvres à quinquina, et on l'a vue réussir dans quelques cas de fièvre quarte alors que ce dernier médicament avait échoué.

Enfin le suc des feuilles a passé pour antiscorbutique (Bodart).

Les feuilles de patience sont encore usitées parfois comme comestibles, sons le nom d'épinards immortels, recuellies au printemps ; ou bien on eo fait des potages on d'autres préparations culinaires.

Ses usages «externcR sont assez nombreux. La pulpe de racine a été considérée comme propre à résoudre les engorgements des ganglions lymphatique, les abcès froids; à guérir les ulcères aux jambes; à calmer l'irritalioD des dermatoses et à détruire la gale. Celte dernière application à la cure de3 maladies de peau n'a rien qui puisse surprendre, si l'on envisage sa composilion chimique qui nous révèle la présence du soufre libre et de l'acide clirysophaniqiie dans cette racine.

On voit qu'en réalité la patience est une substance d'une certaine vaJear thérapeuque, bien comprise par la médecine antique, qui avait déterminé exactement toutes ses principales applications.

Mais on a dit, avec assez de vraisemblance, que le nom mémo de ce médicament rappelait la lenteur excessive de son action thérapeuti(|ue. Celle-ci doit être attendue et souvent très-longtemps, ce qui est un grave inoonvénient à notre époque où l'on recherche surtout les méthodes curatives prompte autant qu'efficaces.

Dans toutes ses applications la patience est primée sous ce rapport par d'autres médicaments d'une efficacité égale ou supérieure et rapides dans \m> effets : c'est pourquoi elle est aujourd'hui peu usitée, si ce n'est peul-èUv comme adjuvant de substances synergiques plus actives ou plus puissantes.

Modes d'administration et doses. A Vintérienr on administre habituelkment la décoction de racine sèche, préparée avec 50 grammes pour 750 grammes d'eau; c'était la tisane commune des hôpitaux il y a quelques années d'un goût un peu fade ou amer. Le Codex indique Vinfnsion : 20 gramme? pour 1000 d'eau, d'une saveur peu marquée; V extrait, obtenu du macentam de 1000 grammes de racine dans 8000 d'eau, qui se prescrit à la dose de 4» i 0 grammes par jour.

PATIN (Les). 6'ôi

EuGn» le suc exprimé s'administre aux doses de 50 à iOO grammes, comme pui^atif.

La patience fait partie de Vapozème anliscorbutique : racine de bardane et de patience ââ, 20 grammes; sirop antiscorbutique, 100 grammes; eau bouillante, 1000 grammes.

A ï extérieur, on emploie la décoction et la pulpe de i*acine. Cette dernière préparation associée au vinaigre réussit contre la gale (Caziu). Voici une formule de recette populaire qui me parait préférable à cette association : faites bouillir dans du vinaigre la racine de patience jusqu'à ce qu'elle soit ramollie, broyez, passez au tamis. Mélangez 16 grammes de cette pulpe à 16 grammes d'axonge et 16 grammes de soufre, pour obtenir une pommade antipsorique. Soubeiran a donné une formule analogue : fleurs de soufre, 1 gramme; pulpe de racine, 8 grammes ; axonge, 16 grammes; suc de citron, 8 grammes.

On peut choisir indifféremment, je le répète, pour les usages médicaux, les racines des Rumex palientia, R. oblusifoliu$j A. acutifolius, R. crvtpus^ R. divaricatus, R. pnlchery dont l'activité est analogue ou identique surtout pour les trois premières.

La patience aquatique [Rumex aquaticus)^ employée dans l'antiquité et encore assez souvent aujourd'hui en Angleterre, est peut-être un peu plus active, tout en possédant les mêmes propriétés. Elle est réputée très-énergique, astringent, propre à combattre ou à modérer les flux excessifs et les hémorrhagies.

La patience sanguine (Rumex sanguineus) ou sang-dragon est aussi remarquable par ses qualités astringentes, qui la recommandent dans les mêmes cas que la précédente; et, de plus, c'est un diurétique, utile dans les hydropisies.

La patience des Alpes^ rhapontic commun, aurait, d'après Roques, les propriété purgatives de la rhubarbe. Erkest Labbée.

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PATIN (Les). Le signataire de cet article a fait de nombreuses recherches sur cette célèbre famille de médecins du dix-septième siècle ; il a interrogé des documents jusque-là inexplorés, et il a pu jeter la lumière là où il y avait beaucoup d ombre et de confusion. Ces documents ont été particulièrement les admirables Registres-Commentaires de Tancienne Faculté de médecine de Pans. d*aiilres registres déposés au greffe du village de Cormeillcs-en-Parisis, certains registres, brûlés sous la Commune, des paroisses de Paris, enfin les Lettres qui nous restent de Guy-Patin, et qui ont été copiées et coUationnées sur les originaux. Les détails que Ton va lire sont donc d*une rigoureuse exactitude.

(Got). llodenc-en-Bray (Hosdencum in Rraya) est un petit village

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du département de l*Oise, canton de Coudray*Saint-Léger. C est là, ou plutôt au hameau de La Place, qui en est, au nord, comme un écart ou faubourg, que naquit Guy Patin, le vendredi 31 août 1601. Son grand-père, qui était homme de guerre, se nommait également Guy, et fut son parrain ; son père François Patin, a qui était un jeune homme bien fait, qui parlait d'or, et qni n*était point vicieux », était avocat, et devint comme l*intendant de Gaspard de Monceaux, seigneur de Hodenc. Sa mère était une demoiselle Claire Maoessicr, appartenant à une notable famille d*Âmiens. LnGn, notre Guy avait pour oncle pateinel un Jean Patin, dont il est parlé dans les opuscules de Loysel (1612, in-i*^, p. 756), qui fut conseiller et avocat du roi au présidial de Beauvais, et qui fut assez maltraité par les ligueurs.

On a peu de détails sur les premières années de la vie de Guy Patin. Ce que Ton sait, cest que sa mère, dont les sentiments religieux étaient très-élevés, fit tous ses efforts pour le pousser dans la carrière ecclésiastique. Elle avait bien mal jugé, la pieuse femme, le caractère indépendant et primesautier de cet enfant qui devait plus tard si maltraiter les disciples de Loyola, avoir peu d'estime pour les moines et la papauté, et louer Dieu de ne Tavoir £ût ni femme, ni prêtre, ni turc, ni juif.

A Tâge de seize ans (1617), Patin quittait son village, ou plutôt le collège de Beauvais, où il était entré en Tannée 1610» était amené par sa mère à Paris <' pour tâcher de faire fortune », et entrait au collège de Boncourt. Le nouveau pensionnaire y arrivait dans un excellent moment, car il put compter parmi les professeurs deux des hommes les plus instruits du siècle : Pierre Macassus, poète, romancier et historien, Nicolas de Bourbon, dont le RecueUde poésies se lit encore aujourd'hui avec plaisir. Au reste, Palin fit de si bonnes études qu*au bout de deux ans il put aspirer.au grade de maître es arts. Cne fois possesseur de ce diplôme, il s'agissait de choisir entre les Pandectes de Justinien et les Aphorismes d'Hippocrale. Palin se décida pour celle deniicrc carrière, el successivement il fut candidat en médecine (quatre ans), bachelier (deux ans, 4 octobre 1624), licenciendaire, licencié (15 juin 1626), doclorandaire, docteur (7 octobre 1627), enfin docteur régeni, car il fallait sept années de scolarité pour pouvoir saigner, purger el médiciner urbi et ubique lerrarum. Avant d'en arriver là, notre Guy avait élé, étant encore bachelier. Archidiacre da écoles, fonctions qui rappellent celles de notre chef des travaux anatomiques, pms, en 1642, il fut nommé censeur, professeur de chirurgie eu 1646, et enûu doyen, le 3 novembre 1650, charge qu'il occupa pendant deux ans.

Sur la foi des Annales de l* École de médecine de Paris^ les médecins n'ont pas usurpé la réputation qu'ils ont toujours eue d'être de fines fourchettes, et de ne jamais manquer l'occasion de se montrer gourmets distingués. Dans l'orij^ne de TEcole, il ne se passait pas un examen, une présentation, une fête, une cérémonie, sans qu'après les devoirs religieux accomplis les docteurs régenU se réunissent dans un banquet. Guy Patin voulut aussi son banquet de décanat; il eut lieu chez lui. Place du Chevalier-du-Guet, dans son cabinet de travail, en présence de 24 portraits de grands hommes qui Tornaient, k !«' décembre 1650. L'amphitryon a raconté à Falconet, son correspondant, ce fameux dîner, où trente-six de ses collègues « firent grande chère ; je ne vis jamais tant rire et tant boire pour des gens sérieux, et même de nos anciens •• Ce fut aussi sous son décanat que, rompant avec les habitudes prises par §cs prédécesseurs, qui îivisaieul gc^jcs^t ^uc leurs jetons, d'un côté les armes du

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ibyen, de Tautre les emblèmes de la Faculté, il voulut que par rintermédiaire de soQ jeton ses traits passassent à la postérité. Il y ajouta aussi cette devise : FELIX QUI POTUIT.

Après le décanat à la Faculté de Médecine à Paris, il brigua une chaire du collège royal de France. Il y fut nommé dans le mois d'octobre 1654, en remplacement de son vénéré maître, Jean Riolan, lequel, vieux, asthmatique, fut bien aise de la transmettre au collègue qu*il aimait, et qui Tavait aidé tant de fois dans ses Iravaax. Ce fut le lundi, 1'^ mars 1655, que le nouveau professeur fit au collège sa « harangue i», autrement dit son discours d*ouverture. On peut le croire sur parole lorsqu'il raconte, avec une certaine complaisance et un certain orgueil, le succès qu'il a eu dans cet enseignement public. Il était bien là à sa place : sa faconde, son éloquence naturelle, les traits vifs et aigus dont il savait animer ses discours, la passion qu'il mettait à détendre ce qu'il regardait comme des dogmes inattaquables, lui attirèrent un grand nombres d'auditeurs. Dès sa première leçon, il pouvait en compter soixante-huit ; dans l'été de l'année 1665 c'étaient plus de 400 personnes qui se pressaient dans l'amphithéâtre du collège de Cambray, parmi lesquelles on put voir le prince héritier de Danemark et un grand nombre de nobles. Les coui*sde Patin n'étaient pas tant des leçons que des conférences, qui étaient fort du goût des auditeurs, lesquels pouvaient librement interroger le professeur ou lui proposer des questions à résoudre, a Mes bacheliers aiment mieux les conférences que des leçons; et moi aussi, car, quoique mes leçons ne me coûtent guère, mes conférences me coûtent encore moins ; Sic patrocinantur otio meOy imô sequteliei meœ.

Doué d'une robuste constitution, fidèle aux principes de sobriété que suivent les sages, Gnj Patin a pu parcourir sans infirmités sérieuses sa carrière. On ne cite que pour mémoire une chute sur le genou qu'il fit le 28 décembre 1650; un rhumatisme léger à Tépaule (1655) pour lequel il se fit saigner deux fois; une douleur de dent (1661) qui nécessita (??) deux saignées au bras; une hernie inguinale qui exigea un bandage en permanence. Mais dans l'automne de Tannée 1662 une maladie sérieuse surprit notre docteur : ce fut une affection bilieuse, qui ne dura pas moins de quarante jours; huit c bonnes » saignées, carissimum prcesidium, ne furent pas de trop pour rappeler à la vie ce vieillard de soixante-deux ans. Je dis « rappeler à la vie )>, car pour la santé elle fut depuis cette époque fort ébranlée et vitrea. Une pneumonie, contractée à la fin du mois de mars 1672, le conduisit au tombeau, après sept jours de maladie. Patin rendit l'âme Place du Ghevalier-du-Guet, le mercredi 30 mars 1672, à onze faenres du soir. Il était âgé de soixante-dix ans et sept mois. Son corps, porté dans l'église Saint-Germain TAuxerrois, y fut inhumé, en présence de son fils et de son petit-fils, et d'une nombreuse assemblée. La Faculté y était représentée par son doyen, Denis Puylon, par un grand nombre de docteurs précédés des bedeaux, ces derniers portant six torches autour desquelles étaient attachés les emblèmes de l'école, figurés à nouveau pour la circonstance par le peintre Jacques Bute (Reg, Comm,^ XV, 615). Une chose navrante à dire, c'est que Guy Patin laissa en mourant sa famille dans les plus grands embarras. Ce médecin, qui avait, au premier chef, illustré la Faculté, qui s*était rendu si célèbre, laissa une succession grevée de dettes, au point que l'École fut amenée k servir à sa veuve une pension annuelle de 200 livres, payables d'avance et par quart (Reg. Comm,, XV, 562, 565, 615. 691, 749, 850, 962; XVI, 101). Guy-Patin avait épousé, le 10 octobre 1628, un ans après son doctorat^ 4e9xvw&

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de Janson, fille de Pierre de Janson, qui occupait, par la fortune, une haule position financière acquise dans le commerce des vins, et de Catherine Lestourncau. Disons tout de suite que Guy n*eut guère à se féliciter ni de son beau-père, ni de sa belle- mère ; il ne pouvait y avoir conformité d'idées entre ces commerçants enrichis et enorgueillis par le négoce et le noble Beauvaisain qui estimait un homme, non d*après sa fortune, mais selon les qualités de son intelligence et de son cœur. Aussi leur mort le trouva-t-il assez froid : « Ma bellemère, écrit-il (8 juillet 1650), estoit une excellente femme dans le soin du ménage et de la peine qu'elle avoit prise pour sa grande économie. Je ae sçaurois donner la peine de la pleurer beaucoup, veu qu'elle estoit trop vieille et trop souvent malade. Mon beau-père est avare, rapace et pourtant fort riche; il ne donne non plus qu'une statue, et ressemble aux codions qui ne sont bons qu'après leur mort ».

Patin trouva-t-il aux moins chez sa femme des qualités capables de lui rendre moins sensibles les idées étroites et mesquines de [sa nouvelle famille? flëlas, non ! Jeanne de Jeanson était, comme par droit de naissance, colère, bauUioe» chagrine, bourrue envers les domestiques. Patin s'en plaint avec beaucoup de discrétion, mais enfin il s'en plaint à Spon, qu'il félicite d avoir une compagne digne de lui : « Mon Dieu, que c'est une digne femme ! Ah 1 que vous êtes heureux d'en avoir une si bonne, si parfaite et de si belle humeur ! La mienne a bien plusieurs qualités fort bonnes, mais elle est quelquefois chagrine, et cruelle aux valets et servantes, qui sont deux qualités desquelles je ne tiens rien ; mais elle les a à jure gentilitio. Feu sa mère» qui avoit quatre-vingt-quatre ans, estoit de la mesm^e humeur; vous avez esté plus heureux que beaucoup d'autres; c'est que Dieu s'est meslé de vos affaires : A Domino datur uxor prudens ».

Hais, si Guy Patin ne trouva pas chez sa femme toutes les qualités qu'il pouirait désirer, il eut le bonheur de voir son union bénie par une nombreuse postéril^. Ce fut une douce consolation pour ce cœur essentiellement aimant, qui adorail les enfants, qui se félicitait d'être, comme Casaubon, riche in libros el liberos, et qui, entouré de six bambins, se plaignait de ne pas en avoir assez. Chaque naissance fut pour lui une heure de félicité, et cette heure se renouvela dix foh-

Les dix baptêmes eurent tous lieu dans l'église de Saint-Germain l'Auxeirois :

i"" Robert Patin, baptisé le il août 1629 (voy. plus bas) ;

2<^ Charles Patim (premier du nom), baptisé le 18 novembre 16ùi. Cet enfant mourut en nourrice, emporté par la dysenterie, soixante-quatre jours après sa naissance;

5® Charles Patin (deuxième du nom), baptisé le 23 février 1653 (voy. plu^ bas);

4"" Pierre Patin, baptisé le 8 août 1634; il devmt avocat au Parlement;

5*» François Patin (premier du nom), baptisé le î21 novembre 1655; mort en bas-âge ;

6<» François Patin (deuxième du nom), baptisé le 22 décembre 1657. U embrassa la carrière militaire, et fut tué, soit en duel, soit par un assassina'* sur la roule, entre Franconville et Le Plessis-Bouchard, le 9 octobre 1658. Le lendemain, il était enterré dans l'église de Cormeilles (maison de campagne ^ la famille Patin) à côté de sa grand-mère maternelle ;

1"* Catherine Patin, baptisée le 12 mars 1659, morte le 24 septembre iWli

8^ Jean-Baptiste Patin, baptisé le 16 juin 1645 ; mort en bas-age;

9^ Gabrielle-Cktuem^e ¥Kiv!^,\iîkçV\a4^ le 4 octobre 1644;

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10<^ GoDEFROY Patin, baptisé le 15 septembre 1647; mort le 17 juin 1648.

Guy Patin avait la taille haute, la démarche assurée, la constitution robuste, la voix forte, Tair hardi, le visage médiocrement plein, en ovale, fortement rétréci par le bas, les yeux assez petits, enfoncés, mais d*une vivacité extraordinaire, et surmontés d*épais sourcils à ligne anguleuse. Le nez était grand, arqué, mince, effilé, la bouche plutôt petite que grande, aux lèvres bien dessinées, ornées de fines moustaches, le front haut, droit, sillonné avec Tâge de rides enchevêtrées, les cheveux assez courts, frisottés, en broussailles, récalcitrants à toute espèce de discipline. On raconte qu un soldat du guet, voyant passer Guy-Patin à cheval, s'écria : Voilé le diable! Si peu vraie que soit cette anecdote, elle a cependant un certain air de véracité. Ce soldat dut être, en effet, bien surpris de voir le noble médecin, grimpé sur son cheval, s*y tenant raide et ferme, son long nez au vent, au regard oblique et moqueur, nai*guant la mode, vêtu, comme on Tétait du temps de Henri IV, avec un pourpoint de velour sombre, sans buse, des haut-de-chausses fort souples, non bouiïbnts, une cape sans ornement, des souliei's sans roses ni rubans, et un castor à basse forme et à larges bords ; c'était un type que Ton n'avait jamais vu, et dont le moule est sans doute pour toujours perdu. Hais sous cette écorce quelque peu abrupte il y avait cachés d'immenses trésors. Personne, autant que lui, n'a ]K)ssédé Tesprit vif, hardi, plein d'entrain, la pénétration, la force morale, une clarté merveilleuse, un grand sens, une étonnante puissance d'analyse et de raisonnement ; il était praticien, philosophe, historien, peintre de mœurs, spirituel, original, d'une éloquence impétueuse, fougueuse, railleur à emporter le morceau, d'une franchise qui touchait à la rudesse, et même à une sorte de débauche d'expressions, penseur hardi, novateur brillant, fustigateur impitoyable des réputations mal fondées, des vanités ambitieuses, frondeur militant, faisant glisser sous son laminoir les hommes et les choses de son époque, les magistrats, les nobles, le clergé, les jésuites. Guy Patin a été, comme Molière, le grand justicier des travers de son siècle, racontant avec une verve incomparable les disputes des médecins entre eux, les prétentions orgueilleuses des chirurgiens, les histoires et menées de la cour, les vénalités mazarines, les faits de politique courante. Mais on doit lui tenir un compte sévère de son obstination à ne pas vouloir entendre la voix de son siècle qui criait de tous côtés au progrès, d'avoir combattu à outrance les données fournies par la chimie, d'avoir nié la circulation du sang, et d'avoir rejeté le quinquina. Il s'est fait, au premier rang, le champion de la Faculté dans cette lutte contre le mouvement scientifique; homme de combat et de discussion, il mit au service des principes de sa chère école son talent, son érudition, une verve inépuisable et son génie de critique. Son nom, plus que celui de tout autre, se soude en quelque sorte à cette lutte; il est toujours et partout le porte-drapeau de l'hippocratisme et du galénisme; il représente le parti orthodoxe, comme on disait alors, de la compagnie de la rue de la Bùcherie. On regrette, en vérité, qu'un homme si admirablement doué, et qui dans d'autres questions a affirmé une grande indépendance, se soit montré si partial dans les questions d'examen.

« Les lettres de Guy Patin, écrit Bayle, témoignent que le symbole de l'auteur n'était pas chargé de beaucoup d'articles ». Si Dayle avait lu ses Lettres, non pas dans les imprimés, où elles sont défigurées, châtiées, expurgées, mais dans les originaux, il eût encore allégé le poids de ce symbole. Patin croyait; il avait la foi simple, raisonnable, et son culte était dégagé de toute superstition ;

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il admeltoit tout ce qui se trouve dans le Nouveau Testament, mais la superstition lui faisait horreur : Credo in Deum cnicifixum... De minimit non curât Prœlor. Il a flagellé la papauté, la g papimanic », et les congri^atiotis religieuses; la moinerie trouvait sous sa plume les accents d'une haine implacable. Les TQoines sont pour lui : kominum gentts bonU omnibia inimicum ; animal rubrum, callidum, rapax, capax et vorax omnium beneficiontm. Uùi c'esl surtout contre les jésuites, les « loyolites n, Agmen nigrnm loyoliticum, qu'il déverse toute sa bile et toutes ses colères. » Toutes les souplesses de dévotion ont été appelées par les Anciens : piœ fraudet et doli indutlrii...}e nem'estonoe pas si les jésuites gaignent à Rome ; ils sont les janissaires du pape ; ce son! eu qui font venir l'eau au moulin, qui portent et distribuait la |>apirotnie par tout le monde. Les bulles sont verœ merœque Bvlim elles ne font point tant de mal qu'une colique bilieuse ou qu'une colique néphrétique. 11 oex l'ait plus de miracles. Si la peste ne preuoil qoe des moines, les généraux d'ordres, et priacipalenient le général des jésuites, je pente que la chrétienté n'y perdrait guère. Le pape et les cardioaui ne manquent jamais, il en est touJDUn assez .. Je ne crois aui miracles que ceui qui sont dans le Nouveau Testament, et c'est acseï pour moi... 0 saint et sacré célibat, que tu damnes de prêtres et que tu fais de coquusl... Je suis chrestien, et je pense qu'il n'y a qu'un Dieu... «.

Guy Patin n'est pas moins absolu, moins intraitable en politique qu'en mitière (le religion, hir son caractère, par son origine, il devait se ranger au milieu de cette pjialange plébéienne et bourgeoise qui s'égayait sur tous les abus, et qui grossissait i vue d'œil. Sa haine pour la tyrannie, d'oit qu'elle vienne, est immense, sa pitié pour les misères du peuple est sans bornes; le parti de la Fronde le tmuve parmi ses plus chauds défenseurs; entre la cour, la rûgencc, Mazarin, et la noblesse, il n'Iiésile pas, il marche au\ ci'ités du cardinal de Etetz, du prince de Conli, de Turenne, des ducs de Benulort et de la Uoclicfoucauld, et de madame de Lougueville. Il avait délesté Iticlielieu « autant que Néron et la peste même ; sa haine déborde, passiuunée, fougueuse, vengeresse, contre Maurin, ce maraut u étranger, batelier, comédien, insigne larron, faquin italien, poliivn

du Vatican, /ttn^uf Vaticanus

J'ai publié dans la Gaielte hebdomadaire une Bibliographia patiniana, que je ne puis reproduire ici. Les lettres originales qui nous restent du lui sont au nombre de 818; 558 (en français) appartiennent it la Bibliothèque nationale; 460 (en latin) font partie des manuscrits de la bibliothèque de la Faculté de médecine dcl'aris. Je ne parle pas des imprimés qui en ont été laits, et dans lesquels le vrai l'ai in est outrageusement défiguré. C'est une œuvre à recommencer- Plusieurs des lettres originales de Guy Patin sont .iccompagaées du sceau es cire rouge de l'illuslre médecin. Nous avons pris l'empreinte de ce cacliet ei l'avons l'ait graver au double de sa grandeur.

La science héraldique dit : i De gueules au chevron d'or, accompa^-née A àen\ étoiles d'argent en chef, et d'une main, du même, en pointe. •> CtW main est « parlante ; > elle c^it inspirée par le nom même do Patin (patlei.

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