‹ Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, publie sous la direction de MM. les docteurs RaigeDelorme et A. Dechambre (volume 5)Chapitre 16 sur 68 · CHR0MAT0PSEUD0PS1E · texte numérisé non relu

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ment à l'intensité de sa coloration. Le pigment de cette portion de la rétine existe, d'après les recherches de cet auteur, dans les couches internes, et exerce évidemment une certaine influence sur la perception subjective de la raie bleue du spectre, ainsi que sur celle de l'ultra-violet. Cette influence est plus marquée que celle que produit la fluorescence du milieu de l'œil. Cependant il n'est pas prouvé que les rayons bleus puissent être absorbés en totalité par le pigment de la tache jaune.

F. Le docteur Young, adoptant apparemment l'opinion de Darwin , que la rétine est active et non passive dans la vision, a institué, dès 4807, la théorie -jiie nous avons exposée plus haut (9), que Helmholtz a adoptée et qui n'est pas îneore détrônée aujourd'hui.

22. La chromatopseudopsie peut se développer sous l'influence de causes morales, de lésions traumatiques et de maladies diverses de l'organe de la vision, du cerveau ou d'autres organes.

Dans plusieurs circonstances, dit M. Favre (lac. et/.), j'ai vu la fatigue extrême produire ou aggraver le daltonisme chez des employés qui. au sortir d'un assez pénible, avaient encore voulu donner leurs soins à celui de leur Tel ce père de famille, C***, qui me parut être assez malade pour être renvoyé â un deuxième examen. Il me confia, le surlendemain, qu'il avait' passé plusieurs nuits près de son enfant malade et qu'il l'avait perdu. La fatigue et le chagrin avaient déterminé un daltonisme, qui guérit par un repos de deux jours. On a va des désordres fonctionnels analogues survenir à la suite et pendant la convalescence de la fièvre typhoïde.

M. Favre cite également bon nombre de cas de chromatopseudopsie par lésion traumatique de l'œil lui-même ou du crâne.. D'ordinaire, l'anomalie disparaît avec le temps, mais elle persiste parfois aussi après la disparition des autres traces de la lésion qui l'a déterminée.

L'altération du sens chromatique est fréquemment le symptôme — parfois initial — de maladies du fond de l'œil. Elle accompagne presque toujours l'atrophie du nerf optique. Ainsi, sur trente-six cas de cette atrophie, H. Lebernela vue manquer que trois fois. Il est rare qu'elle fasse défaut quand l'acuité visueuf est descendue au-dessous d'un tiers. On ne peut pas dire cependant qu'il y ait, d'une manière générale, corrélation absolue entre le degré de l'amblyopie et celui de la cécité chromatique. Celle-ci s'observe indifféremment dans toute les formes d'atrophie de la papille, qu'elle soit simple, compliquée, inflanmatoire ou non, idiopathique ou cérébro-spinale. D'ordinaire, c'est la notion di rouge qui s'altère la première; mais, dans un stade avancé de la maladie, tous les tons du* spectre, à l'exception du bleu, cessent d'être perçus; ils sont devenus blancs ou grisâtres. Pour bien préciser ce qui se passe à cet égard, <■ peut dire que l'atrophie papillaire s'accompagne d'une diminution percepti* analogue à celle qui se passe dans un œil normal par l'effet d'une diminution de l'éclairage.

Les perturbations du sons chromatique sont relativement assez rares dans kt différentes formes de rétino-choroïdites; ce qui s'explique, paix» que le procès** morbide y reste le plus souvent borné à quelques parties de la rétine ou de h choroïde. Aussi occupe-t-il la région de la tache jaune, en respectant le reste de la rétine ; la fonction visuelle pourra être fort troublée sans que la perceptiviH' colorée soit atteinte. Dans la rétinite des fumeurs et des buveurs, la notion di rouge et du rose est presque toujours notablement affaiblie ; parfois même cet

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iblissement est le signe prodromique de cette affection. L'amblyopie hystérique compagne aussi quelquefois de chroma topseudopsie.

m a voulu, il y a plusieurs années déjà, puiser dans cette perturbation du s chromatique, soit au début, soit dans le cours des maladies oculaires, un lient spécial de diagnostic, et créer ainsi une chromatopseudopsie rétinienne. st trop tôt. Peut-être le moment viendra-t-il où l'abolition de la perception de e ou telle couleur pourra servir à faire reconnaître la nature de la maladie it eJle aura été le prodrome, mais ce moment n'est pas encore venu.

1. Conséquences et fréquence de la chromatopseudopsie. 23. La chromato udopsie n'est pas une maladie ; congénitale, on ne peut pas même dire qu'elle : un symptôme; acquise, elle emprunte sa valeur à la maladie dont elle est le des manifestations. Elle constitue à peine, pour beaucoup des sujets qui en t affectés, une incommodité, dont ils ne s'aperçoivent parfois que lorsqu'on

leur attention sur elle, ou lorsque, appelés par état ou par occasion, à disçuer des teintes peu différentes entre elles, ils constatent qu'ils ne se ren- (trent pas, dans leur appréciation, avec le commun des hommes. Ce n'est pas à dire pourtant que la chromatopseudopsie soit une défectuosité is importance. Pour se convaincre qu'elle est loin d'en être dépourvue, on n'a il se mettre à la place d'un dessinateur, se destinant, par vocation ou par besoin, la peinture, et qui, dès ses premiers coups de pinceau, provoque l'hilarité par cacochromie de ses ébauches, où s'étalent, par exemple, un ciel rose et des levaux bleus. Même désappointement pour les teinturiers, les peintres en bâtient, les tapissiers, les modistes, etc., de qui l'on exige du goût et du discerment dans le choix des couleurs, et qui, dès l'abord, témoignent, à cet égard,

la plus complète insuffisance.

Au demeurant, toutefois, ce ne sont là que des ennuis qui sont de peu d'imrtance en comparaison d'inconvénients plus graves, mettant en danger la vie s hommes. On sait que les principales manœuvres d'évitement, sur les routes TÉeset dans la navigation, reposent sur les indications fournies par des signaux brés. Ainsi, en mer de même que pour les chemins de fer, sur la plupart des Hies des différents pays, des fanaux ou des drapeaux indiquent si un vaisseau ut continuer sa marche ou un convoi la sienne. Or, sur presque toutes les [«s ferrées, les couleurs le plus généralement employées sont le rouge et le rt, celles précisément dont la confusion est la plus fréquente chez les sujets ut nous nous occupons. Les conséquences s'apprécieront quand on saura que, r toutes ces ligues, le rouge indique l'arrêt* c'est-à-dire un danger à éviter à it prix, tandis que le vert commande seulement le ralentissement* Yattention. convoi prévenu par le signal vert continue sa marche, celui prévenu par le u/c s'arrête sitôt qu'il le peut. On voit la nécessité de les bien reconnaître. Depuis longtemps l'importance de ce fait a été signalée. Elle l'a été surtout par docteur Georges Wilson, d'Edimbourg, auteur de la Vie de Cavendish, vers 50, et, tout récemment, M. le docteur Favre, médecin consultant de la Compte Paris-Lyon-Méditerranée, en a fait l'objet d'une Note qu'il a lue à la h section du Congrès de l'Association française pour l'avancement des sciences fM4873) : « Les précautions sont admirablement prises, dit-il, et il n'arrive uk, sauf peut-être en ce qui regarde les aiguilleurs, que la sécurité des trains «de seulement d'une personne. Aussi, malgré la fréquence bien établie de chromatopseudopsie, ne peut-on pas citer un accident de chemin do îot arnsfe

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en Franco par la faute d'un daltonique. Ou n'en peut pas dire autant, malheureusement, des autres pays, et nous pouvons citer deux sinistres imputables à Li fausse appréciation des couleurs, l'un en Angleterre, l'autre, il y a trois ans, à Bucke, en Westphalie. Vingt personnes furent atteintes dans cette dernière circonstance. » « Mais, sans doute, ajoute l'auteur, d'autres collisions ou déraillements sont arrivés par le fait du daltonisme. »

11 n'en faut pas davantage pour appeler les mesures propres à faire écarter un semblable danger. Un moyen s'ottre tout d'abord : remplacer les couleurs vertr et rouge, si favorables à la confusion, par d'autres couleurs, le bleu et le jaune. par exemple, s'y prêtant au contraire, au minimum. Une considération, indépendante de la cbromatopscudopsic, y invite d'ailleurs. La couleur verte unie j la rouge, dont elle est la complémentaire (4) donne le blanc, Or, l'al>senee dV signal et le feu blanc, sur les ligues ferrées, indiquent la voie libre. Lies deui signaux, le vert d'abord commandant le ralentissement, le rouge ensuite |>rw I cri va nt Varrèt immédiat, peuvent, placés à quelque distance l'un de l'autre, sfondant en une seule, donner l'absence de signal ou le feu blanc , qui est celui de sûreté. En faisant des expériences à ce sujet, H. Tyndall a trouvé qu'un iiuel- ; teur expérimenté et nullement daltonien, placé à l'extrémité d'un tunnel dY : quatre cents mètres, et chargé d'indiquer les signaux faits à l'autre extrémité t. par un homme armé de deux lampes, une verte et une rouge, déclarait que b \ couleur était blanche et indiquait sûreté, quand on dirigeait à la fois de soueôt- 1 la lumière des deux lampes ; malgré toutes les explications qu'on lui domu 1 après coup, on ne put lui persuader qu'on lui avait présenté ensemble les lamperouge et verte. « Ainsi donc, dit Tyndall (Athœneum du 29 janvier 1855», le» moyens mêmes employés pour éviter les accidents, sont actuellement de nature \ à les provoquer, puisque les couleurs indiquant précaution et danger, vuesensemble ou dans une succession rapide, produisent sur la rétine l'impression du aignal de sûreté, et ont probablement déjà été la cause des accidents les plu> graves. C'est ce qu'on est très-porté à croire, lorsqu'on se rappelle les assertw* contradictoires émises, dans les enquêtes, sur la couleur des signaux. »

La substitution du jaune et du bleu au rouge et au vert trouverait donc doublement sa légitimation. Malheureusement, la routine et le fait accompli s'opineront longtemps encore, toujours peut-être, à cette substitution, qui d'ailleurs ne constituerait pas un remède radical, la confusion du bleuet du jaune, quoique très-rare , se rencontrant néanmoins quelquefois. Ou a proposé de changer b forme des signaux, d'instituer, par exemple, des lanternes carrées, des di> peaux triangulaires, etc. ; mais à de grandes distances, pur les temps débrouillard surtout, l'appréciation de ces formes devient presque iiujiossible.

Iti'ute, pour écarter la confusion du rouge et du vert, danger principal, l'euuwu préjibible, au point de vue de la notion des couleurs, de tous les employa éU 'tVffjju de fer chargés d'un ofûce où l'interprétation des signaux atinrùk* ytwi . ht Angleterre, cet examen se fait depuis longtemps; le docteur Fan*"" \é iioljhjé, d y u plusieurs aimées, sur la ligue Paris-Lyon-Méditernnéf — à* I *dfijjfjj*tiatjou des chemins de fer de Belgique vient de le décréter à #■•

J>'Mfj?llijj:tjou> sur la matière ne s'expliquent pas sur la nature des épR^*^ j/jj*tique> ;j f.ute Mjbir aux intéressés : la plus simple, et c'est celle sur laqurl vu \>4iA\ um/ii' le moins insisté, consisterait à faire porter l'examen sur l'inl» piiïtUoti 'h* */#jjaiJx eux-mêmes, le jour et surtout la nuit.

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Veut-on savoir dans quelle proportion les sujets examinés peuvent être recouis impropres au service des chemins de fer ? Voici un renseignement emprunté M. Favre :

t Du mois d'octobre 1872 au mois de mai 1875, nous avons examiné Î8 hommes âgés de 18 à 60 ans, déjà employés du chemin de ter et apparteint a la section qui nous est confiée. Ces agents ont été interrogés un à un, ec un très-grand soin.

c Nous avons classé parmi les daltoniques non-seulement ceux qui ne coulissent pas le rouge, l'orange, le jaune, le vert, le bleu ou le violet, mais aussi ux qui ont offert des hésitations réitérées eu présence de la même couleur. s 738 hommes nous ont fourni 42 daltoniques, dont nous avons relevé l'obsertion, et que nous avons examinés pour la plupart à plusieurs reprises, le jour l'aide des procédés qui nous sont habituels, la nuit avec les feux colorés à siance.

t 9 seulement ne connaissaient pas ou connaissaient mal le rouge, et étaient ir conséquent dangereux.

• Us étaient ou bien ils ont été placés, depuis, dans un emploi sédentaire.

• Cette proportion de 42 sur 728 est élevée, si l'on considère que de ce >mbre, 276 avaient déjà subi l'examen pour les couleurs.

c Notre collègue, M. le docteur Mourand, trouvait à la même époque daltoniques sur 200 hominçs du service de M. le docteur Saguaitte, qu'il nippléait. »

Eu se bornant à faire jiorter l'examen sur les signaux eux-mêmes, verts et "ouges, on aurait moins de non-valeurs à écarter, et le résultat serait le même tu point de vue de la sécurité des voyageurs.

Il est un autre point de la question qu'il importe de ne point négliger et que 1. Favre d'ailleurs n'a pas perdu de vue : la chroinalopscudopsie peut être tcquise, et l'œil de tel sujet, parfaitement irréprochable au moment de la visite ftédicale, devenir daltonien plus tard. De là la nécessité de nouveaux examens, louchant cet objet, après toutes les maladies susceptibles de développer cet état, ûnet les sujets devenus ivrognes, ou grands fumeurs, etc. Tous ces points de vue (mt été pris en considération dans les instructions ci-après, concernant l'industrie des chemins de fer, dictées par M. Favre :

À. Les candidats aux emplois du service actif des chemins de fer doivent être soigneusement et individuellement examinés au point de vue de la notion des couleurs.

B. Ceux (jui ne distinguent pas facilement le rouge doivent être exclus.

C Ceux, plus nombreux, qui méconnaissent les autres couleurs, peuvent être admis, mais leur iufirmité doit être .notée scrupuleusement, afin qu'ils soient l'objet d'un examen ultérieur.

D. Les agcuts ou employés atteints de contusions ou de plaies des paupières, des yeux ou de la tête, de commotion cérébrale, doivent être examinés pour les couleurs, au début et à la fin de leur interruption de service.

E. A la fin de toute maladie grave, avant que l'employé ne soit admis à reprendre sou travail, l'examen des couleurs est de toute nécessité.

F. Ceux qui seront soupçonnés de se livrer à des excès alcooliques et qui fefonl un usage immodéré de tabac à fumer, subiront fréquemment la visite pour les couleurs.

G. L'examen périodique des couleurs sera institué. Les agenVs càvayç£s di\v^

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service pénible et spécial pourront être soumis à cet examen au moment de la signature du cahier de présence ou les jours de solde.

24. La fréquence de la chromatopseudopsie est mal déterminée, et cela se comprend, cette anomalie, à l'état congénital du moins, n'amenant pour ainsi dire jamais, dans le cabinet du médecin, les personnes qui en sont affectées. Évidemment l'oculiste qui voudrait, d'après cela, régler sa statistique sur la fréquence relative des cas de ce genre comparés à ceux afférents à d'autres catégories, resterait bien au-dessous du chiffre réel. La supputation varie donc suivant les bases ayant servi à la recherche des cas : pour tel auteur, la proportion peut atteindre 20 p. iOO pour les hommes; pour tel autre, elle ne dépasse pas 2 ou 5 p. 100. Pour l'un comme pour l'autre, la proportion est infiniment moindre chez les femmes.

Les chiffres fournis par M. Favre (27) ont, comme valeur statistique, quelque droit à être cités, puisqu'ils résultent de l'examen d'hommes bien portants quelconques : 42 daltoniques sur 728 hommes, représentent 6 p. 100 environ, soit un million de daltoniques pour la France seulement. Voici un autre renseignement, emprunté au même auteur :

Sur 14G écoliers, âgés de 7 à 16 ans, appartenant à deux écoles,

111 ont dénommé les couleurs franches sans erreur ni hésitation ; 35 se sont trompés à différents degrés ;

Soit la proportion énorme de 50 p. 100. Cette différence dépendrait-elle de ce que la chromatopseudopsie se corrige par l'âge ou par l'éducation 1 11 faudrait des statistiques plus nombreuses pour en décider, mais les probabilités *ont en faveur de cette hypothèse.

VU. Traitement. 25. Il n'avait pas été question jusqu'ici, de façon s£» rieuse, du traitement de la chromatopseudopsie congénitale, anomalie jugée incurable. M. Favre (loc. cit.) vient d'interjeter appel de ce jugement. D'après lui', la notion des couleurs peut et doit se développer par l'éducation du sens chromatique, éducation susceptible encore d'eu redresser les déviations. De là la nécessité d'examiner les enfants dans les écoles primaires, de leur apprendre méthodiquement à discerner les couleurs, et de rectifier les dis|>ositions défectueuses. Voici la méthode recommandée par M. Favre, telle qu'il l'a exposée luimême tout récemment :

« Je remets aux chefs d'institutions, reconnus exempts de chromatopseudopsie, point essentiel, cinq paquets de laine composés de trois nuances chacun; trois nuances de rouge, trois de jaune dont Y orangé, trois de vert, trois de bleu dont Y indigo % trois de violet, plus un paquet de laine blanche et un de laine noire. Les enfants sont appelés les uns après les autres et séparément interrogés. L'examen de ceux qui sont bien doués et biei^appris se fait très-rapidement. Ceux qui hésitent ou se trompent doivent être traités avec douceur, orientés, si je puis ainsi m'exprimer, et si les erreurs qu'ils commettent ne sont pas facilement redressées, leurs réponses sont notées exactement. Alors le niaitre, dans une séance subséquente, montre et dénomme les couleurs devant l'enfant et les lui fait répéter en l'accompagnant. 11 est indispensable de ne pas tourner en dérision l'élève inhabile et surtout de ne pas le désigner à ses camarades. Les séances doivent être continuées tous les trois ou quatre jours, jusqu'à ce qu'il soit bien évident que la notion des couleurs est établie. L'éducation se complète en faisant dénommer la couleur des différents objets qui sont à la portée du

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oiailre : fleurs» étoffes, cartes de géographie, etc. Nos élèves ne seront pas à même sans doute de distinguer les 14,420 tons établis par M. Chevreul, mais ils auront acquis le minimum indispensable, ils sauront l'a b c de la science des couleurs, ils auront, que Ton me permette cette comparaison, répété convenablement les premières pages du solfège chromatique. »

Les expériences de M. Favre n'ont encore été faites, faute de temps, que sur un petit nombre d'enfants. Toutefois les résultats obtenus sont déjà suffisamment convaincants pour engager à y persévérer. Les voici :

« Sur 146 écoliers âgés de 7 à 16 ans, appartenant à deux écoles, lii ont dénommé les couleurs franches sans erreur et sans hésitation ; 35 se sont trompés à différents degrés ; 12 ont commis des erreurs graves et portant sur plusieurs couleurs ; l'erreur des autres ne s'est produite que sur l'orangé, le bleu ou le violet ; les uns se sont trompés sur ces trois couleurs, d'autres sur deux, quelques-uns sur le violet seulement.

• Ces 35 enfants ont été soumis par les instituteurs à des exercices méthodiques répétés suivant les indications fournies. L'un des deux instituteurs a guéri tous ses daltoniques. La durée du traitement a varié chez lui de deux semaines à six mois. Le deuxième instituteur n'avait plus le 2 avril de cette année que deux malades sur onze.

i Sur un nombre de 138 filles, âgées de sept à quatorze ans, examinées dans deux écoles, on n'a compté que deux enfants atteintes à un très-faible degré de dpcJiromatopsie ; Tune confondait le violet avec le vert, l'autre avec le bleu. Ce résultat est un nouvel argument en faveur du traitement fonctionnel proposé.

i 11 a été fait usage chez six adultes, daltoniques des plus endurcis, de l'exercice méthodique à l'aide des couleurs franches. On leur a donné des gammes, «•t ou les a plusieurs fois interrogés; chez trois, les résultats ont été très-satisfaisants, chez les autres ils ont été à peu près nuls. Sero medicina paratur. »

Si l'on considère ces résultats et, d'autre part, la circonstance déjà rappelée plus haut, de la proportion relativement très-é levée des daltoniens dans le jeune âge et de leur guérison spontanée par l'exercice, il est difficile de ne pas attacher de valeur à l'idée nouvelle produite par M. Favre.

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IOME. Cr. En 1 798, Vauquelin découvrit dans le plomb rouge de Sibérie un nouveau métal qu'il nomma chrome, parce que tous ses composés sont Doiorés (Annal, de chimie, t. XXV, p. 21). On l'a rencontré depuis dans une multitude de substances minérales (émeraudes, rubis, serpentines, diallages, etc., etc.) dont une des plus riches et des plus abondantes est le fer ckrome\ tiré des États-Unis, de la Suède et de l'Oural.

On connaît de nombreux procédés pour préparer le chrome à l'état cristallisé. Le plus économique de tous est celui proposé par M. Debray. 11 consiste à réduire au creuse(t brasqué du chromate de plomb, dans un fourneau à vent ; on obtient un culot de plomb que l'on traite par l'acide azotique étendu. Le plomb se dissout et le chrome en cristaux reste inattaqué.

Le chrome fondu est un métal brillant, gris d'acier, qui, à cause de sa dureté, raye le verre : sa densité à l'état cristallisé est égale à 6,8. 11 n'est pas magnétique à la température ordinaire, mais il le devient à — 15° ou — 20°(\Vôhler) . Il est oxydable seulement au rouge sous l'action combinée de l'oxygène et de Veau. Le chrome est à peu près inattaquable à froid par les acides concentrés, excepté par l'acide chlorhydrique, qui ne le dissout néanmoins qu'avec lenteur. Les alcalis l'attaquent facilement. Chauffé dans un excès de chlore il se transforme en chlorure. Ce métal n'a pas encore trouvé d'applications.

Composés oxygénés du chrome. En se combinant avec l'oxygène, le chrome peut produire six composés distincts dont voici la liste :

1° Protoxyde dé chrome. ...... = CrO.

2° Sesquioxyde de chrome = Cr'O5.

5° Acide chromique = CrO5.

4° Acide perchromique = Cr'O7.

5° Oxyde magnétique = CrOïCrH)5.

6° Oxyde chromo-chromique = CrOjCrO5.

De toutes ces combinaisons les seules qui offrent de l'intérêt sont le sesquioxyde de chrome et Yacide chromique. Le protoxyde n'est permanent que dans ses combinaisons, et lorsqu'il s'en dégage, il passe immédiatement à l'état d'oxyde chromo-chromique. L'acide perchromique a été à peine entrevu, et quant à l'oxyde magnétique et à l'oxyde chromo-chromique, ils peuvent être considérés comme des combinaisons de protoxyde avec l'acide chromique ou le sesquioxyde de chrome.

Sesquioxyde de chrome. Cr*Os. On peut préparer ce produit par la voie sèche et par la voie humide ; par ce dernier procédé il est toujours amorphe et hydraté ; par le premier il est toujours anhydre, et suivant les cas, il peut être tantôt cristallisé, tantôt amorphe.

A. Par voie sèche, a. Oxyde amorphe. On chauffe fortement un mélange intime de quatre parties de bichromate et de une partie d'amidon. On reprend par l'eau et on calcine une seconde fois. Le produit est pulvérulent et d'un trèsbeau vert. h. Oxyde cristallisé. On l'obtient en faisant passer un courant de chlore sur du chromate neutre de potasse chauiïé au rouge. 11 sera en larges lames verdàtres si la température n'a pas été très-élevée, en cristaux presque noirs et durs si la température a été très-élevée.

La densité du sesquioxyde de chrome cristallisé est égale à 5,21 , celle du sesquioxyde amorphe est un peu plus faible. Quelle qu'en soit la forme, il est toujours inaltérable par la chaleur, ne fond qu'au feu de forge en se transformant en une masse cristalline noire, et aucun métalloïde, le carbone (charbon) excepté, ne peut l'attaquer. Une fois fondu, il raye facilement le quartz et l'acier trempé. Lorsqu'il a été bien calciné, il est difficilement attaquable par les acides, propriété qu'il partage avec ses isomorphes (alumine et sesquioxyde de fer) et avec d'autres oxydes de même formule que la sienne.

Le sesquioxyde de chrome calciné avec des alcalis en présence de l'air, ou bien chaufié en vase clos avec des sels alcalins oxydants, tels que le nitre (azotate de potasse) passe à l'état d'acide chromique et engendre des chromâtes.

Il sert principalement à colorer en vert le cristal, le verre, les couvertes et les pâtes céramiques. '

B. Par voie humide. On ajoute à une dissolution concentrée de bichromate de potasse de l'acide chlorhydrique, puis on fait arriver dans le mélange chaud un courant de gaz acide sulfureux : bientôt le liquide prend une teinte vert émeraude, couleur qui annonce la formation de sesquichlorure de chrome. En versant de l'ammoniaque dans la liqueur verte, on détermine un dépôt gris bleuâtre de sesquioxvde de chrome hvdraté contenant dix molécules d'eau (Cr«05 + iOAq).

Cet oxyde hydraté est soluble dans les alcalis, dont il est séparé par l'ébullition, à un étal d'hydratation différent du précédent (Ci^O* -f- 9Aq). Il est également soluble dans les acides, quand même il aurait été déshydraté par une légère chaleur. Lorsqu'on le chauffe graduellement, il devient tout à coup incandescent avant la chaleur rouge : dès ce moment, les acides n'ont presque plus de prise sur lui. Ce phénomène d'ignitiou annonce qu'il s'o|>ère un changement dans la constitution moléculaire de l'oxyde. Celui-ci présente donc un cas d'allotropie comme ses isomorphes, l'alumine et le sesquioxyde de fer.

Protochlorure de chrome. CrCl. On prépare ce composé en faisant passer un courant d'hydrogène sec sur du sesquichlorure de chrome chauffé au rouge dans un tube de porcelaine.

Ce composé est blanc, cristallin, volatil par la chaleur, soluble dans l'eau, en donnant une liqueur bleue qui absorbe facilement l'oxygène. Il se transforme alors en un oxychlorure (CrH^O), dont la composition rappelle celle du sesquioxyde où les deux tiers de l'oxygène auraient été remplacés par une quantité équivalente de chlore. Cette solution, versée dans du protochlonire d'étain, en précipite immédiatement le métal à un état de très-grande division.

Sesquichlorure de chrome. Cr'Cl5. C'est en chauffant au roiuze dans un

Mirant de chlore un mélange de sesquioxyde de chrome et de charbon que Ton répare le sesquichlorure de chrome.

Ce composé cristallise en larges lames d'une belle couleur fleur de pêcher, Qctueuses au toucher comme le talc. 11 est insoluble dans l'eau, mais il s'y issout rapidement avec dégagement de chaleur, si on le met en contact avec £tt de protochlorure de chrome (Péligot, Moberg). Ou peut obtenir le môme £sultat en substituant au protochlorure de chrome d'autres protochlorures tels ue ceux d'étain, de fer et de cuivre (Moberg). Dans tous les cas, la dissolution >t verte; et, évaporée sur de l'acide sulfurique, laisse déposer des cristaux très- >iubles de sesquichlorure de chrome hydraté (Gr9Cls+ 12Aq). Le sesquichlorure de chrome anhydre calciné à l'air donne du sesquioxyde 'un vert très-beau ; chauffé dans une atmosphère de gaz hydrogène sulfuré, il e change en persulfure de chrome (Crt?) cristallisé d'un noir brillant. Sulfures de chrome. A. Protosulfure. CrS. Lorsqu'on verse une dissolution e sulfure alcalin dans une dissolution de protochlorurc de chrome, il se forme b précipité noir de protosulfure de chrome insoluble dans un excès de réactif, t. Sesquisulfure. Cr*S*. On l'obtient en faisant passer de la vapeur de sulfure le carbone sur du sesquioxyde de chrome fortement chauffé.

Sels de protoxtde de chroxe. On ne connaît jusqu'à présent, à l'état rristallisé, que l'acétate et le sulfate double de protoxyde de chrome et de potasse. Peu connus et d'ailleurs fort peu importants, nous n'indiquerons que les réactions générales de leurs solutions.

La potasse détermine un précipité brun d'oxyde chromo-chromique, CrO, Crû*.

Par X ammoniaque il se forme uu précipité blanc verdâtre»

Par les sulfures alcalins, un précipité noir.

Le chlorure d'or détermine un précipité d'or et un dégagement d'hydrogène.

Le phosphate de soude donne naissance à un précipité bleu aboudant, soluble dans les acides.

Le tuccinate de soude un précipité rouge écarlate.

Sels de sesquioxyde de curome. Ces sels sont verts ou violets, leur composition étant toujours la même. La variété verte se produit toutes les fois qu'on prépare un sel de chrome à la température de 100°, ou que l'on fait bouillir la dissolution d'un sel violet. La modification violette se prépare toujours à froid, et très-souvent les dissolutions des sels verts deviennent violettes à la longue. Les sels violets de chrome sont cristallisables, les verts ne le sont pas. Les réactifs exercent partiellement leur action sur ces derniers ; elle est complète wr les autres. Ainsi le chlorure de baryum enlève tout l'acide sulfurique aux sulfates violets, tandis qu'il n'en enlève qu'une partie aux sulfates verts. On peut en dire autant de l'azotate d'argent, qui enlève tout le chlore au chlorure de chrome violet et une partie seulement au chlorure de chrome vert.

L'ammoniaque donne lieu à un précipité, quelle que soit la variété du sel de chrome sur laquelle elle agira ; mais tandis que le précipité provenant d'un sel vert est insoluble dans un excès de réactif, celui provenant du sel violet y est très-soluble et produit une dissolution rouge. Enfin le phosphate de chrome violet soumis à froid à l'action de l'azotate d'argent se comporte comme presque Ions les phosphates et donne lieu à la formation de phosphate jaune d'argent ; roais le phosphate vert de chrome résiste, et l'azotate d'argent n'a pas de prise sur lai.

158 CHROMIDROSE.

Sulfate violet de sbsquioxyde de chrome. CrM^SSO* -h i5Aq. D'aprk Traubc, on préparc ce sel en dissolvant une partie d'acide ebromique dans i part. -J d'acide sulfurique concentré additionné de 2 part. { d'eau et en abandonnant le liquide dans une capsule où l'on place un creuset en porcelaine contenant de l'élher. Au bout de quelques heures la masse se prend en petits cristaux octaédriques d'un rouge violet par réflexion et rouge grenat par transmission. Ce sel est insoluble dans l'alcool, mais sa solubilité dans l'eau froide est très-grande, car 100 parties de sel n'en exigent, pour se dissoudre, que 83 d'eau. Chauffé a i00°, il fond d'abord dans sVm eau de cristallisation, en perd les deux tiers, devient soluble dans l'alcool, n'est plus cristal li sable, ne se laisse plus enlever complètement son acide sulfurique par le chlorure de baril i m ; bref, il n'est plus du sulfate violet de chrome, mais bien du sulfate vert.

Phosphate de sbsquioxyde de chrome. Cr'O*, PhO5 -f- 12Aq. Ce sel se forme lentement dans une dissolution d'alun violet de chrome où l'on aurait versé un peu de phosphate de soude. 11 a l'aspect cristallin et la couleur violette. La chaleur le transforme en phosphate vert identique avec celui qu'on obtient lorsque l'on précipite une dissolution d'un sel vert de chrome par un phosphate soluble.

On trouve dans le commerce un phosphate vert de chrome qui est employé dans l'industrie comme vert de chrome. H.

CHROMIDROSE. De xowi/a, matière colorante et tfywor, sueur ou tramsudation. Nous allons décrire, sous ce titre, une névrose secrétaire, qui a pour siège habituel la peau de la face, et, pour matière, un pigment bleuâtre.

La dénomination de chromidrose, proposée par M. Leroy de Méricourt, et généralement adoptée aujourd'hui, n'est pas la seulo par laquelle on ait désigné cette affection; d'autres ont été employées, les voici : Cyanopathie (Billard); Stearrhœa nigricans (Erasmus Wilson, Baerensprung) ; Blepharo-Melœm (Law) ; Blépharocyanosie (M. Dubuc) ; Melastéarrhée (Gintrac) ; Chromocrmt partielle ou cutanée (Leroy de Méricourt).

Historique. Dès le commencement du siècle dernier (4709), James Yonp donnait la relation d'un cas très-caractérisé de chromidrose. En 4 765, Lecat en faisait connaître un second plein d'intérêt. Puis, de nombreuses années s'écoulent, sans que l'affection soit signalée; et ce ne fut qu'en 4831 qro Billard en publia un nouveau cas. Un peu plus tard, en Angleterre, Teevan(i8K) et Neligan (4855) recueillaient deux autres faits. Ces rares observations, parue* à des intervalles éloignés, étaient ignorées à ce point que, chaque observateur qui en éditait une, la considérait comme unique. Personne, jusqu'à M. Leroy de Méricourt, n'avait songé à les rapprocher. C'est lui qui a signalé l'affection et qui a donné à son étude une impulsion considérable.

11 publia son premier travail en 4857, à l'occasion de faits qu'il avait observés à Brest, et mit ainsi la question à l'ordre du jour. Elle fut portée successivement devant l'Académie de médecine et la Société médicale des hôpitaux. Dans cette dernière compagnie, l'existence de la chromidrose rencontra beaucoup d'incrédules. Sans entrer dans le récit détaillé des expériences, des rapports, des discussions auxquels elle donna lieu, disons que seule, la résistance de M. Leroy de Méricourt fit échec à une opposition presque générale, et finit par en triompher. Sa ténacité convaincue a fait croire à la chromidrose.

CHROMIDROSE. 159

i a guetté les observations, on les a recueillies, et le nombre des documents theu tiques et probants est aujourd'hui considérable. Pour la plupart, ils ont i consignés dans lé mémoire que M. Leroy de Méricourt inséra, en 1863, dans ; Annales d'oculistique. C'est à l'aide de ce travail important, de quelques its publiés depuis, et de l'article consacré par M. Hardy à la chromidrose, ns le nouveau Dictionnaire de médecine, que nous allons essayer de faire son sioîre.

Symptômes. Les uns ont trait au fait local, c'est-à-dire à l'éruption de la atîère noire ; les autres, affectent, à des degrés divers, les grandes fonctions de organisme et peuvent être qualifiés de généraux. Les premiers ont été étudiés ^-attentivement ; mais à notre avis, on n'a pas fait une part suffisante à ceux 1 second groupe, dont l'importance est pourtant considérable, comme il nous ra facile de le prouver, lorsque nous chercherons à déterminer la nature de iffection et à lui assigner sa place nosologique.

Voici, en débutant par les manifestations locales, comment les choses se pasent dans la plupart des cas. Sans cause appréciable, ou bien sous l'influence d'une erturbation menstruelle, d'une émotion morale, d'une chaleur trop intense, es paupières inférieures, plus fréquemment envahies que les autres régions, se uméfient, deviennent douloureuses, se vascularisent ; et Ton y voit apparaître une tache noire ou bleuâtre, d'étendue variable, et d'abord peu foncée, qui ne tarde pas à envahir leur surface tout entière. 11 arrive parfois que la coloration anormale y reste limitée pendant un certain temps, et même qu'elle n'atteint jamais d'autres parties ; mais chez la plupart des malades, elle franchit ces limites et couvre les joues, le front, surtout à la naissance des cheveux, le pourtour des narines et de la bouche, la face entière, à l'exception des oreilles, parfois même le cou, le thorax et l'abdomen. En ces diverses régions, l'exsudat est d'ordinaire moins abondant et moins foncé que sur les paupières inférieures; et lorsque, dans la période de déclin, il tend à se circonscrire,, il les abandonne les premières et dans l'ordre où il les avait envahies. Presque toujours il se montre à droite et à gauche sur des points symétriques. En général, la peau est bypéresthésiée, et même, très-douloureuse.

La gamme des tons qui la teintent est très-étendue, ayant pour termes extrêmes le bleu le plus clair et le noir le plus foncé. Parfois, on dirait que le tégument n'est qu'enfumé, tant est mince la couche colorée ; d'autres fois, au contraire, il est foncé à ce point, que, chez une malade dont Lecat nous a conservé l'observation, on a pu comparer la tête à celle d'un nègre. Entre ces couleurs extrêmes, on rencontre une infinité de nuances intermédiaires. Une des plus habituelles est le bleu indigo. Beaucoup plus rarement, on a noté une teinte jaunâtre ou ocreuse, rappelant celle de la rouille.

Deux circonstances semblent faire varier la coloration de l 'exsuda: : son épaisseur et l'action de l'air. Elles agissent dans le même sens; et, sous leur double influence, les dépôts sont d'autant plus foncés, qu'ils sont plus anciens.

L'aspect des malades varie beaucoup, suivant le siège, l'étendue, l'abondance et la teinte de la matière colorante. Quand elle forme une nr.ince couche, limitée à une étroite zone des paupières inférieures, chez une femme jeune et à physionomie agréable, il en peut résulter un regain de beauté ; mais cela est rare, et presque toujours la face prend un caractère étrange qui attire les regards. Pour s'y soustraire, les personnes atteintes de la sorte se soumettent parfois à une séquestration prolongée. Cette circonstance, relatée par plus'c. rs observa-

160 CHROMIDROSE.

teurs, semble n'avoir pas été suffisamment remarquée par ceux qui ont nie. d'une manière systématique, la réalité de la chromidrose ; n'y voyant qu'un* supercherie, imaginée par des femmes hystériques, pour appeler sur elles l'attention.

Les taches et l'état de la peau qu'elles couvrent, ont diversement impressionné les cliniciens. Il en est qui ont qualifié l 'exsudât d'eflflorescence noire, comme s'il était produit par une fine poussière de charbon, dont on aurait saupoudré le tégument. D'autres ont parlé de petits grains, de grumeaui bleus ou noirs; tantôt isolés et distribués régulièrement, de telle sorte qu'ils semblaient répondre à des orifices glandulaires ; tantôt accumules dans les plis de flexion de la peau, et notamment dans ceux des paupières, où cette disposition apparaît très-nettement, quand elles sont closes, ou qu'on vient à le* tendre avec les doigts.

Il est des cas où la couche noire est luisante, et semble formée par une matière onctueuse ou grasse ; ce qui Fa fait comparer à du cirage ou à un amalgame de suie et de graisse. Chez une malade, la coloration anormale, tant par sa localisation que par sa teinte, rappelait le masque des femmes enceintes. Habituellement le système pileux n'est pas affecté ; dans un cas, pourtant, celui deLecat, les cheveux, à leur racine, et sur une hauteur de deux lignes, paraissaient comme gonflés et remplis par un suc noir.

La matière colorante adhère intimement à la peau, et tous les observateurs s'accordent à dire qu'elle s'en sépare malaisément ; toutefois, par des friction*, on en détache quelques parcelles, et les linges qui se trouvent en contact arec elle s'en imprègnent. Les lavages à l'eau ne suffisent pas à en débarrasser le tégument, même à l'aide d'un frottement énergique ; la glycérine, un peu plus efficace, laisse encore à lu partie malade une nuance bleuâtre, due à denombreox points noirs, qui lui donnent, suivant la remarque de M. Leroy de Méricourt, l'aspect qu'offre le menton fraîchement rasé, chez les hommes à barbe noire et bien fournie.

Jusqu'ici, d'après l'auteur que nous venons de citer, l'huile est la seule siuV stance qui permette de nettoyer la peau, rapidement et d'une manière parfaite; quand on a procédé de la sorte, il est impossible, même en l'examinant à l'aide d'une forte loupe, de retrouver le moindre corpuscule noir.

On a rapporté des cas, où l'enduit avait disparu spontanément, à la suitede sueurs abondantes, provoquées par un phénomène, normal ou morbide, tel <p* la menstruation, l'accouchement, un accès fébrile ou une hémorrhagie viscérale. Hais cela est tout à fait exceptionnel, et, presque toujours, c'est artificiellement que l'on restitue à la peau son aspect physiologique. Lorsqu'elle a été nettoyée de la sorte, si l'affection suit sa marche, on voit Texsudat se reproduire après un temps qui varie entre quelques minutes et plusieurs jours, et son mode d'apparition, sou extension, sa couleur et son abondance, restent à peu prèsl» mêmes, pendant ces diverses attaques.

La matière colorante, considérée isolément, et abstraction faite de ses rapporte avec la peau, présente des particularités dignes d'intérêt. On en doit la connaissance à M. Robin et à Ordoùez, dont les observations ont été confirma depuis, par d'autres médecins, entre autres, par MM. Gubler, Rommelaere et d> Mœrloosc.

Elle diffère essentiellement, par sa constitution chimique, des poussières noires ou très-foncées, minérales ou végétales, telles que le charbon ou le noir

CHROMIDROSE. 161

de fumée, dont la peau peut être couverte, soit accidentellement, soit par supercherie, et dans un but de simulation ; au contraire, elle présente de grandes analogies, tant au point de vue chimique que par sa forme et son aspect microscopiques, avec certains produits de l'économie animale, d origine pathologique, et qui sont les éléments de ce que Ton appelle généralement la mélanose. Quand on Ta recueillie peu de temps après sa sécrétion, et qu'on Ta mélangée à une quantité suffisante de glycérine, on voit qu'elle est constituée par des corpuscules de dimensious très-variables, ayant toujours l'apparence lamelleuse, ressemblant à des fragments brisés d'une couche très-mince de vernis desséché, ou bien à de petits bâtonnets. Un léger mouvement imprimé à la lame porteobjet, montre qu'il ne s'agit pas là d'agrégats fortuits, ni de granulations ; car les lames et les bâtonnets, entraînés par le liquide, y nagent en présentant leurs faces. Si la substance colorante n'est pas restée trop longtemps au contact de l'air, la teinte de la très-grande majorité des corpuscules est d'un bleu indigo très-foncé, à peu près noire, sur presque toute leur étendue ; tandis que les bords, mieux éclairés ou plus minces, ayant une certaine transparence. sont d'un bleu plus clair. Constamment, d'après Ordofiez, on trouve mêlés aux f plaques de matière noire, d'autres corps. Ce sont : 1° des cellules appartenant à la couche épithéliale interne des glandes sébacées de la région palpébrale, ne différant des cellules normales, que par la coloration brunâtre assez foncée des gouttelettes graisseuses qui y sont contenues. 2° De petits groupes d'hématosine amorphe, cristallisant d'une manière caractéristique, sous l'influence de l'éther sulfurique.

La matière noire de la chromidrose est réfractaire à un nombre considérable de réactifs, même parmi les plus puissants ; cependant, elle se dissout dans l'acide sulfurique, comme le prouve l'expérience suivante qui ne laisse aucune prise à la critique. Sur un morceau de papier blanc à filtrer, plié en quatre, on en place une certaine quantité mélangée à de la glycérine ; on traite ce dépôt à plusieurs reprises. par l'alcool rectifié, de manière à dissoudre la glycérine et les matières grasses, et a les faire rester dans cette espèce de filtre. Après l'avoir nettoyée de la sorte, on l'enlève, on la place sur la lame porte-objet, on la traite par l'acide sulfurique . en la soumettant en môme temps à l'action d'une lampe à alcool. Alors on la voit fondre dans l'acide, auquel elle communique une teinte bistre foncée. Si on prolonge l'opération, elle prend une coloration noire très-foncée et se répand sur la plaque en plusieurs directions, sous forme d'arborisations ou de rivulations. C'est également à l'aide de l'acide sulfurique et du cyanure de potassium qu'Ordoftez a pu constater, comme l'avait fait avant M. Georgino, que l'exsudat contient une très-petite quantité de fer. Voici le mode opératoire. Après avoir placé les lamelles de la chromidrose sur une plaque de verre, on les traite par l'alcool > absolu pour les débarrasser de leur graisse ; puis, pendant 5 ou 6 heures, on les met en contact avec de l'acide sulfurique ; après quoi, on les lave avec de l'eau distillée qui enlève l'excès d'acide. Alors, une goutte de solution de cyanure de potassium, appliquée sur les bords de la lame couvre-objet, pénètre par capillarité, et, au bout d'une ou deux miuutes, ou voit des traces de coloration bleue foncée sur les bords des tablettes de chromidrose.

Prenant toujours pour guide les observations d Ordofiez, nous disons que Ton ne confondra pas la substance de la chromidrose avec le noir de fumée, car il est granuleux et ne renferme jamais de fragments en forme de table ; qu'on la distinguera du charbon de bois porphyrisé, de tous les corps, celui qui lui res-

dict. exc. XVII. M

162 CHKOMIDROSE.

semble le plus, par ce fait que, parmi les parcelles charbonneuses, il y en a toujours un nombre plus ou moins considérable, sur lesquelles on voit soit des lignes symétriquement disposées, marquant des successions de cellules végétales carbonisées ; soit de petites ouvertures, placées dans des directions déterminées et symétriques, indiquant le trajet de quelques vaisseaux végétaux. Or, sans parler des autres caractères, ces derniers sont complètement étrangers à la matière noire de la chromidrose.

Les parties de la peau où se fait l'exsudation colorée peuvent être le siège d'autres manifestations éruptives, telles que l'érysipèle et l'acné rosacea, observés chez quelques malades, peu de temps avant l'apparition du premier exsudât ou dans l'intervalle de ceux qui le suivront.

I^s troubles du deuxième groupe, que nous avons qualifiés de généraux, sont, presque tous, de nature névropathique. Indépendamment de l'hypéresthésie locale précédemment mentionnée, on observe assez souvent, tantôt avant l'exsudat, tantôt au moment où il se montre, de la céphalalgie, de la gastralgie et des douleurs très-vives dans la cage thoracique. Chez une jeune tille de 19 ans, M. Wartomont a constaté une hypéresthésie cutanée et mammaire, qui s'accompagnait du gonflement des seins, de l'éjaculation par le mamelon d'une matjère jaunâtre, et de l'apparition, à la surface de la peau du sein, de taches bleues qui, au bout d'un quart d'heure, devenaient confluentes et s'étendaient à l'hypochondre et à l'épigastre. Leur matière était absolument semblable à celle de l'exsudat palpébral.

De toutes les perturbations qui peuvent atteindre le système nerveux, chei les personnes atteintes de chromidrose, il n'en est pas de plus fréquentes que celles dites hystériques ; tantôt ce sont des troubles sensitifs ou sensoriels; tantôt des attaques convulsives, sans en excepter l'hystéro-épilepsie ; enfin de véritables* paralysies. Chez un petit nombre de malades, on a constaté ud trouble mental passager.

La chlorose, caractérisée par la décoloration des téguments, les palpitations, les étoulTements, les lipothymies, la syncope, est assez commune chez ces malades. Il en est de même des troubles menstruels. Ceux-ci par leur fréquence, ont tout 'particulièrement attiré l'attention des observateurs, mais ils sont lois d'être constants et n'ont pas l'importance qu'on leur avait attribuée d'abord. Chez les femmes aménorrhéiques, l'apparition de l'exsudat marque les époques ou leurs intervalles. Dans les cas de règles normales, c'est d'ordinaire avant leur apparition qu'il commence, pour cesser avec elles. Quoi qu'il en soit, ces rapports de la chromidrose avec la menstruation sont très-fréquents. Pour aider a leur interprétation, M. Fonssagrives a fait connaître certaines particularités, qu'en dehors de tout état pathologique, l'on constate chez un graad nombre de fouîmes, aux époques menstruelles. A ce moment, dit cet observateur, les paupières, surtout l'inférieure, se gorgent d'un sang bleuâtre. Chez une | jeune fille, à chaque période cataméniale, apparaissait une auréole palpébrak, [ bistre, assez foncée, pour constituer une difformité réelle. Une saison passée à Forges régularisa la menstruation, et fit disparaître cette coloration anormale, qui consistait, non pas en une excrétion colorée, mais en un dépôt pigmentais (liiez une autre malade, un ou deux jours avant l'apparition des règles, des phénomènes hystériques éclataient; les paupières se gonflaient à ce point, que l'cril ""» pouvait s'ouvrir et des milliers de vésicules eczémateuses se développaient i

ir surface. Les règles une fois établies, les vésicules se desséchaient, l'épidcrnK

CHROMIDROSE. 165

'exfoliait, et une teinte brune très-apparente persistait dans l'intervalle d'une poqueà l'autre.

Souvent les organes respiratoires souffrent à leur manière; on a observé lez plusieurs malades une toux sèche, très-fatigante, à caractère convulsif; es hémoptysies, chez les femmes mal réglées ou aménorrhéiques ; enfin des pis taxis. Le tube digestif a également fourni son contingent à l'appareil symp- >matologique, et, pour ne parler que du vomissement, nous dirons qu'il se loutre d'une manière assez fréquente ; que les matières rejetées sont sanguiolentes et que l'on y a trouvé la substance colorante qui constitue l'élément sentiel de l'cxsudat palpébral. Ce n'est pas seulement dans ce sang que Ton constaté cette matière, mais encore dans celui des fosses nasales, des bronaes et des reins ; et M. Teevan a fait chez une malade, cette remarque intéss&nte que, lorsque l'élément colorant apparaissait dans le sang fourni par s hémorrhagies viscérales, il ne se montrait pas sur la peau.

Marche et durée. Eu décrivant l'accident local, il a été dit quelques mots de on mode d évolution ; nous avons vu qu'il commençait, dans presque tous les as, par les paupières inférieures, pour s'étendre successivement à d'autres points le la peau. En quelques jours, il peut atteindre son maximum de coloration, d'épaisseur et d'étendue ; d'autres fois, ses progrès sont plus lents. 11 est d'ail- Voira trèsnlifficile de fixer avec quelque précision la durée des crises, surtout lorsque l'exsudat au lieu de s'étendre, s'accumule en couches stratifiées. 11 faudrait, pour apprécier le commencement et la durée de chaque poussée, que la peau fut constamment nette. Chez certaines malades, on a noté une véritable intermittence ; chez d'autres, l'apparition de la matière colorante dépend de caoses tout à fait accidentelles, et partant n'est soumise à aucune règle.

La plupart des observateurs ayant publié les faits dont ils étaient témoins, dans le temps que les accidents duraient encore, ont manqué d'éléments pour déterminer la durée totale de l'affection ; mais il est permis de dire qu'elle peut osciller entre quelques mois et plusieurs années. Deux dames de Brest, observées par K. Leroy de Méricourt, n'ont pas cessé un seul jour d'avoir les paupières d'un loir bleuâtre pendant dix ans ; et dans un fait rapporté par M. Fauvel (d'Argentan), achromidrose a duré huit ans, n'ayant présenté que deux fois des intervalles rès-courts, pendant lesquels les taches n'existaient pas. Quant à dire comment a sécrétion colorée a pris fin, cela nous semble tout à fait impossible.

Êtklogie. L'influence du sexe est considérable. Parmi les causes, elle wfrite incontestablement la première place ; et s'il ne nous est plus permis de lire, avec la plupart des auteurs, que la chromidrose est propre à la femme, ions pouvons affirmer qu'elle n'affecte l'homme que d'une manière tout à fait xoeptionnelle. L'âge, lui aussi, joue un rôle étiologique important. C'est une Section de la jeunesse. D'après un tableau dressé par M. Leroy de Méricourt Ile se montre surtout de quinze à trente ans. Au nombre des causes pré- «posantes, signalons encore une constitution nerveuse et les troubles de i menstruation, que Ton a considérés pendant longtemps, comme iudiseosables à son développement, bien qu'en réalité, ils ne soient pas contants.

A la tête des causes occasionnelles, il faut placer les émotions morales; et oUmment celles qui impressionnent l'âme d'une manière fâcheuse. Une malade, «tes les fois qu'on lui adressait des paroles capables de l'émouvoir, bleuissait i lieu de rougir. Ces influences sont d'autant plus efficaces, qu'elles surpren-

164 CHR0MIBR8SE.

nent les femmes pendant la période menstruelle ; et c'est en général dans de telles circonstances que les modifications, au libre cours des règles, font sentir leur action dans l'étiolôgic de la chromidrose. Chez la malade de Lecat, l'exsudat coloré se montrait pendant la gestation, à peu près à l'époque ou d'ordinaire le masque se dessine d'une manière très-nette. Chez les hommes, ee soit de violents chagrins, des veilles, des fatigues excessives, qui ont jusqu'ici provoqué l'apparition des accidents. Signalons encore une violente douleur, comme celle causée par l'avulsion d'une dent, l'exposition à un foyer de chaleur, ou à Faction d'un froid intense.

Pathogénie et nature. Les considérations étiologiques qui précèdent nous conduisent naturellement à parler des attaches pathologiques de la chromidrose, de sa nature, et de la place qu'elle doit occuper eu nosologie. U» dessus, nous ne trouvons dans les auteurs qu'un très-petit nombre d'indications. Billard range le mal parmi les altérations des fluides. 11 suppose que le sang contient la matière colorante, et qu'elle en est séparée par les glandes de la sueur. C'est à un trouble fonctionnel des organes sécréteurs de la peau, que les auteurs qui ont exprimé le plus récemment leur opinion, ont rattaché la chromidrose. Les médecins anglais, Néligan et Érasmus Wilson, pensent que la matière noire est sécrétée par les follicules sébacés, et ils considérait l' affection comme une variété de l'acné sébacée fluente, d'où le nom de ikarrhœa nigricans qu'ils proposent. MM. Leroy de Méricourt et Ch. Robin admettent que c'est une sueur colorée ; et M. Hardy est disposé à adopter cette manière de voir, se fondant sur l'absence de granulations graisseuses, dans la matière noire de la chromidrose et sur l'état des orifices des conduits sébacés, qui ne sont pas élargis et entrouverts, comme dans le cas d' acné auxquels il a été fut allusion plus haut.

Le dernier mot qui ait été dit sur la nature de la chromidrose est donc qu'elle consiste en un flux, en une hypercrtjnie. Cela nous parait insuffisant, et, dès 1869, dans une note sur la nature du masque et de quelques autres colorations de la peau, nous avons essayé d'aller au delà. Après avoir donné une anth** succincte des cas de chromidrose connus jusqu'à cette époque, nous insistions sur ce fait, capital à notre avis, que les sujets de ces observations étaient éminemment prédisposés aux accidents nerveux, ou même en présentaient de Ufecaractérisés; et que la coloration anormale de la peau s'était accompagnée oV troubles névropathiques, aussi divers que nettement accentués. Or, ajouuW nous, les laits de cette sorte sont au nombre de dix-neuf, sur les vingt-trois qu'il nous a été donné de consulter. N'est-ce pas là une majorité fort imposante « faveur de la nature névropathique de la chromocrinie ? A notre avis, en effet, il n'est pas nécessaire, pour affirmer la nature d'un phénomène morbide, que lotjours il ait inévitablement le cortège des symptômes qui en lui imprimant leur ".achet, servent à le qualifier; il suflit qu'il en soit ainsi dans le plus grand nomber des cas; car il faut bien admettre que ce phénomène puisse quelquefois apparaître isolément, comme une manifestation première ou unique, parmi les troubles pathologiques dont il fait partie. Aujourd'hui nous gardons celte apprécution, que les faits publiés depuis l'époque où nous l'avons émise, sont vea* confirmer pleinement. Rapprochant donc la chromidrose de quelques cas oV masque, de la sueur de sang et de certaines hémorrhagies viscérales, avec lesquelles on la voit souvent alterner, nous disons que c'est une névropctkie, nomme nous l'avons dit de ces affections. Sans nous prononcer sur la souri*

CHROMIDROSE. t65

de l'exsudat; et tout en inclinant à admettre qu'il est dans les glandes sudori- [>ares, nous proposons de ranger ce trouble secrétaire parmi les névroses et de le rattacher à la maladie hystérique.

Diagnostic. La chromidrose est une de ces manifestations pathologiques \\uû n*est pas besoin de chercher ; elle frappe les yeux et s'annonce de loin ; mais, pour l'affirmer, il faut établir deux choses : 1° qu'il y a à la surface de la peau une matière noire ; 2° que cette matière est un exsudât d'origine glandulaire, et qu'elle n'a pas été déposée par l'atmosphère ambiante, ou à dessein. Toujours donc, surtout lorsqu'il s'agit d'une première exploration, l'on doit absterger la partie affectée avec un linge blanc imbibé d'huile. S'il ne se couvre pas de particules noires, on peut affirmer qu'il ne s'agit pas de chromidrose. liais il ne suffit pas d'y trouver une tache noire plus ou moins foncée, pour affirmer l'existence de cette affection ; car de la poussière de charbon, du noir de fumée, un cosmétique coloré, ou une matière bleue, pourraient avoir été déposés sur la peau, par accident ou intentionnellement. Sans faire intervenir la moralité des sujets, que l'on ne doit jamais invoquer comme une garantie scientifique ; sans avoir recours aux procédés mécaniques que l'on a proposés pour vérifier si la matière est d'origine cutanée, ou bien si elle a été déposée ; procédés qui ont pour résultat habituel de troubler la marche de l'affection, nous estimons que deux preuves seulement sont admissibles. L'une, simplement présomptive, est l'existence du cortège névropathique, que nous savons accompagner la chromidrose ; l'autre, qui ne peut laisser aucun doute dans l'esprit, est la constatation dans l'exsudat, à l'aide du microscope, de ces tablettes noires si caractéristiques signalées par MM. Ch. Robin et Ordoftez, et la vérification de l'influence qu'exercent sur elles l'action combinée de l'acide sulfurique et de la chaleur.

Pronostic. La chromidrose n'a par elle-même aucune espèce de gravité : mais par la modification considérable qu'elle apporte à la physionomie des malades, elle les affecte parfois profondément et les oblige à une séquestration plus ou moins rigoureuse. Si on connaissait, dit M. Hardy, les soucis qu'elle cause aux femmes qui en sont atteintes, ou n'oserait les accuser de simulation.

Traitement. S'il est possible d'enlever l'exsudat, à l'aide de lavages huileux ; la guérison directe de la chromidrose est impossible, et l'on ne pourra intervenir d'une manière efficace, qu'en combattant la maladie nerveuse qui tient sous sa dépendance la sécrétion cutanée. J. Par rot.

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166 CHROMIQUE (chimie).

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CHROMIQUE (Acide). CrO*. g 1. Chimie. Si à 100 volumes de dissolu (ion saturée de bichromate de potasse, on ajoute 420 à 150 volumes d'aride sulfurique pur, la masse ne sera pas encore refroidie que des aiguilles d'aride chromique commenceront à paraître (Wariugton, Chimie de Berxcliuê, 2* édition, t. Il, p. 505).

Le liquide étant complètement refroidi, on sépare par décantation les crûtaux que l'on dessèche en les soumettant à une certaine pression entretenir pendant quarante à cinquante heures sur une plaque de dégourdi.

Ainsi préparé, l'acide chromique renferme toujours un peu d'acide sulfurique. Pour le purifier, on le dissout dans l'eau, et l'on ajoute à la dissolution un peu de chroma te de hante : l'acide sulfurique se dépose alors à l'état de sulfate de hante; on attend «pie la liqueur se soil parfaitement éclaircie pour la décanter et pour la concentrer dans le vide de la machine pneumatique en présence d'acide sulfurique.

L'acide chromique se présente sous la forme de cristaux non encore déterminés, d'une belle couleur rouge. On les croit anhydres ; mais contiendraientils un |>eu d'eau que l'on peut les en priver en les fondant avec précaution pour ne pas les décomjMiser. L'acide qui a été fondu est noir tant qu'il est chaud et d'un rou^e foncé dès qu'il est refroidi ; il est inodore, sa saveur est fortement acide, n'a rien de métallique, mais elle laisse un arrière-goùt styptique. Il fond vers 500°, puis se dérompose en oxygène et en sesquioxyde de chrome.

CHR0M1QUE (emploi médical). 167

La facilité avec laquelle l'acide chromique abandonne une partie de son oxygène explique sa manière de se comporter à l'égard des substances avides de

ce gaz.

Les bases facilement suroxydables ne pourront se combiner avec cet acide, parce qu'elles le réduiront en partie.

L'acide sulfureux lui enlève la moitié de son oxygène eu donnant naissance 3 du sulfate de sesquioxyde de chrome.

L'acide sulfhydrique décompose l'acide chromique eh eau et en sesquioxyde de chrome, taudis que du soufre devient libre.

L'acide chlorhydrique le décompose en donnant naissance à de l'eau, à du sesquichlorure de chrome et à du chlore qui se dégage. L'action de cet hydracide sera encore plus prompte en présence de matières organiques, puisque ces matières elles-mêmes jouent le rôle d'agents réducteurs. En effet, l'alcool seul, pourvu qu'il soit concentré, tombant goutte à goutte sur de l'acide chromique cristallisé, rend celui-ci incandescent, qui passe à l'état de sesquioxyde de chrome, en même temps que l'alcool s'enflamme. D'ailleurs, si l'on expose au soleil du linge ou du papier trempés préalablement dans une dissolution d'acide chromique, l'un et l'autre verdissent promptement ; aussi ne faut-il jamais filtrer à travers du papier les dissolutions d'acide chromique sous peine de les décomposer.

L'acide chromique est suroxydé par l'eau oxygénée et passe à l'état d'acide perchromique (Cr*07). " M.

\ IL Emploi médical. Puarmacologie. L'acide chromique s'emploie, comme caustique, en cristaux, en état de déliquescence, et plus souvent sous forme de solution concentrée.

Solution officinale d'acide chromique (Codex). Acide chromique cristallisé, iOO grammes ; eau distillée, 100.

Cette solution est extrêmement caustique ; on l'étend de plus ou moins d'eau selon l'effet que l'on veut obtenir. Elle doit être conservée dans des flacons bien bouchés et à l'abri de la lumière.

Solution d'acide chromique (Marshall). Acide chromique, 5 grammes ; eau distillée, 15.

C'est dans cet état de concentration, c'est-à-dire au quart, que la solution d acide chromique est le plus généralement employée pour produire des effets caustiques, qui sont encore très-puissants. On diminue son action escharotique « létendant d'un peu plus d'eau. Avec des dissolutions qui varient de 1 p. 100 H p. 1000, on obtient des effets styptiques, astringeuts, résolutifs, dessiccatifs.

Littré et Robin (DicL de méd. chir. et pharm.) recommandent de préférence h solution alcoolique. Mais Magitol (Bull, de thér.y t. LXXV1) la considère comme difficile et dangereuse à manier, surtout dans la bouche, attendu que sous l'influence de la lumière ou de la chaleur elle est susceptible de se décomposer avec élévation de calorique ; à la faveur de la division qu'elle éprouverait hns les mailles du colon ou de la charpie, une application de cette dissolution risquerait même de s'enflammer subitement. La dissolution alcoolique ne doit <bnc pas être adoptée.

La glycérine ne doit pas non plus servir de dissolvant à l'acide chromique ; le t&élauge de ces deux corps s'enflamme avec explosion. (Mascarcl, Bull, de **-. «873, t. LXXXV).

168 CHROMIQl'E (emploi médical).

Au reste, autant que possible, il faut repousser, dans remploi de l'acide chromique, riiiterveution de toute matière organique. Pour appliquer topiquemeut sa solution aqueuse, le mieux est de se servir d'une tige de verre ou d'un pinceau d'amiante. Cependant on peut aussi en arroser une couche de charpie préalablement étalée sur une tumeur qu'il s'agit de détruire (Gubler).

Acnos pursiOLOGiQCE. L'acide chromique, appliqué sur l'épidémie momentanément et eu petite quantité, le teint fortement eu jaune ; la tache ne peut être enlevée par l'eau, et ne cède qu'à l'action d'un alcali. Par un contact prolongé, il désorganise progressivement la peau, sans provoquer de soulèvement ni formation de sérosité (M agi tôt). Sur le derme dénudé, son action est beaucoup plus prompte, plus vive, plus profonde. Il donne à la muqueuse buccale une coloration rougeâtre (Magitot).

Pur ou en solution concentrée, c'est un caustique comparable pour l'énergie a l'acide sulfurique, avec lequel il a quelque ressemblance dans sou mode d'action. Par les colorations, par les effets dessiccatifs qu'il produit, il a aussi une certaine analogie avec le brome et l'iode.

Son action, selon son intensité, s'accompagne toujours d'une sensation plus ou moins marquée de chaleur.

Dissous dans une grande quantité d'eau, il agit comme les styptiques, c'està-dire comme les astringents dont l'elTet astrictif se complique de plus ou moins d'irritation.

La dissolution étendue coagule l'albumine ; pur ou en solution concentrée, il la détruit plutôt qu'il ne la coagule, et détruit de même les autres éléments anatomiques des tissus. Sa puissance désorgauisatrice tient, tant à ce qu'il cède sou oxygène aux substances combustibles, qu'à son avidité pour l'eau dont il s'empare eu laissant à nu le carbone des tissus. Je pense avec Gubler que c'est surtout ce dernier elVet, analogue à celui de l'acide sulfurique, qui caractérise son action caustique. De toutes manières, l'acide chromique est donc un caustique carbonisant. Il produit une escliare sèche, rougeâtre d'abord, passant ensuite au brun, au noir; le décollement de cette escliare, ainsi que la cicatrisation de la plaie qui en résulte, sont ordinairement assez rapides.

La puissance corrosive de cet acide est telle que de petits animaux, souris, oiseaux, etc., sont brûlés et dissous dans sa dissolution concentrée sans qu'il reste trace de leurs poils, de leurs plumes, de leurs os et même de leurs dents (llellcr).

L'action escha ri fiante de l'acide chromique est très-douloureuse selon quelques expérimentateurs, très-peu selon la plupart, et en tous cas passagère. La douleur parait être plus vive et plus longue lorsque cet acide est appliqué sous forme de pâte sur les tissus ; elle est moindre et plus fugace si l'acide est employé pur ou en solution concentrée. Sous forme liquide, il a pour avantage ae ne pas étendre son action, en surface, au delà du point d'application, en profondeur, au delà de l'épaisseur de la couche de liquide employé (Robin, Magitot); son effet est instantané. Sous forme de pâte, son action est lente, graduelle* profondément pénétrante (Guibcrt) ; ce peut être un avantage pour la destruction de tumeurs volumineuses ; mais il y a là un effet à redouter pour les plaies. L'emploi de l'acide chromique offre des dangers contre lesquels ou doit * mettre en garde. L'élévation de chaleur qu'il occasionne va parfois jusqu'à 135 et 150°. II a donné lieu à des escha ri fi cations plus profondes qu'on ne s'y était attendu. Il faut se délier aussi de sou absorption, qui serait loin d'être inné-

CHROMIQUE (emploi médical). " 169

ite, et en conséquence éviter de l'employer trop largement; on a vu des Jades, des syphilitiques entre autres, empoisonnés par suite de la trop inde étendue de la surface d application (Gubler, Société de thérapeutique, naii871).

L acide chromique n'a pas été employé à l'intérieur, et personne ne parait >posé à l'y essayer ; on ne peut donc préciser son action interne à petites doses. i suppose qu'il est vomitif comme les chromâtes. A closes forcées, il est certain 'il agirait comme les poisons corrosifs les plus violents. Action thérapeutique. L'emploi de cet acide comme caustique a été fait ur la première fois, à Paris, par Gh. Robin (Gazette des Hôpitaux, 1855), à inné, par Sigmund sur les indications de Heller (Guibert, Nouveaux médicaente). Gh. Robin le regarde comme l'un des meilleurs moyeus propres à dédire les chancres naissants et à borner leur marche phagédénique ; l'eschare isee, lors de sa chute, une plaie de bonne nature. Toutefois, la solution d'acide îromique est peu utilisée dans le traitement local du chancre, et elle est plutôt mployée pour la destruction des végétations syphilitiques. Elle a été conseillée (ntre les excroissances vénériennes des organes génitaux, par Marshall, de Lonj«s, contre les condylomes, par Pardou, de Belfast.

Des productions diverses, de nature épithéliale ou autre, ont été également ttaquees par ce même ageut caustique. Il a été proposé, par Ure, contre les umeurs hémorrhoïdales ulcérées; par Hairion, médecin militaire belge, et ierres, d* Alais, contre les blépharites granuleuses ; par Edis, de Londres, contre es tumeurs va seul aires de l'urèthre chez la femme (Bull, de thérap., 1874, . IXYXVi, p. 521 ) ; par Sigmund, contre le cancer ; contre les verrues, en creu- «flt à leur centre un petit puits où l'on dépose une gouttelette de la solution aostique, par M agi tôt ; et en général, pour modifier les ulcères de mauvaise «tare, détruire les cancroïdes, les tumeurs vasculaires, les granulations et bogontés sur divers organes et notamment sur. le col utérin. Enfin la solution l'acide chromique, depuis le huitième jusqu'au quart, commence aussi à se vul- |iriser dans le traitement topique des granulations du palais et du pharynx.

En solution affaiblie, l'acide chromique a été employé comme astringent résoutif contre l'engorgement du col utérin, par Busch, contre l'œdème du scroum, contre les végétations de la caisse et de la membrane du tympan, par ,. Ménière.

On l'a utilisé aussi dans le traitement des maladies de la peau. Pardou a trouvé «s-effîcace, une solution au millième contre l'eczéma ; une autre de 1 drachme khit 1 once d'eau contre les dermatophytes : teigne circinée et tonsurante, ycosis et maladies parasitaires en général. Magitol dit avoir vérifié l'efiicacilé le cette solution contre le pytiriasis versicolor, qu'elle fait complètement dis- «mitre même après une seule application.

L'on des travaux les plus importants sur l'acide chromique est du à Magitot, pi, après l'avoir envisagé dans ses principales applications, le préconise spéulement contre plusieurs affections de la bouche. Pour lui, cet acide est, par u action modificatrice et destructive énergique, par le peu de douleur qu'il moque, l'uu des agents les plus propres à la cautérisation des muqueuses jengivale et buccale. Il le préfère à tout autre moyen contre les diverses formes de pngivite, chronique, ulcéreuse, ulcéro-membraneuse, etc. , et le regarde comme le «««tique par excellence dans le traitement de l'ostéo-périoslite alveolo-dentaire. * iphthes et autres ulcérations diverses de la muqueuse buccale sont &w&y

170 ' CUROMIQUE (emploi médical).

rapidement modifiés par cet agent. Il en est de même de toutes les formes de stomatite, ainsi que des fongosités et végétations qui accompagnent les fistules gengivales produites par la péripstite chronique ou l'ostéo-périostite. Un des g» où l'emploi de l'acide chromique est 'indiqué, est celui où, par suite de l'évolution de la dent de sagesse, la muqueuse de la base du pilier palatin antérieur et celle de la joue deviennent le siège de complications inflammatoires ; plusieun applications de cet acide pourront, même sans excision préalable, amener ta réduction de volume des tissus enflammés et leur cicatrisation rapide. Enfin l'acide chromique a été employé avec succès par Magitot à la destruction des productions organiques de la muqueuse buccale, telles que les épulis ou tumeurs à myéloplaxes et les fibromes. Lorsque ce traitement doit être combiné avec l'action du bistouri, ce chirurgien préfère au cautère actuel et aux autre? caustiques profonds l'acide chromique, qui arrête aussi bien la repullulation de la tumeur et otïre plus de simplicité et d'innocuité dans son application. Enfin il n'hésite pas à l'employer pur, de la manière suivante: au moyen d'une fatguette de bois taillée à plat et chargée d'une faible quantité d'eau de déliquescence ou même d'un ou deux petits cristaux, il applique doucement la substance sur le point malade. S'il s'agit d'une surface ulcérée d'une certaine largeur, il promène la baguette sur toute l'étendue de la plaie; s'il veut cautériser la foe postérieure du bord gingival décollé dans certaines affections, ou bien la cavité alvéolaire elle-même, il soulève le lambeau de muqueuse avec la baguette et porte directement le caustique sur les parties malades.

Magitot répond à toutes les objections qu'on pourrait adresser à l'emploi sar la muqueuse buccale d'un caustique aussi énergique que l'acide chromique. Es n'employant que la quantité d'acide strictement nécessaire, on ne produit pu de désordres de voisinage. La première application doit être très-légère;*» n'arrive que graduellement à l'emploi de l'acide pur, et alors, en couvrant immédiatement la partie touchée d'un peu de ouate ou de charpie, on prévient l'extension du caustique aux parties voisines; l'intervention de la salive lait d'ailleurs passer bientôt l'excès d'acide à l'état de chromâtes alcalins moins irritants. Enfin cet acide ne produit sur les dents ni la douleur, ni l'agacement qu'occasionnent certains autres acides, et la coloration jaunâtre qu'il leur in prime disparait rapidement. On peut donc admettre, malgré les critiques qai lui ont été adressées, qu'avec ces précautions et en se fondant sur la grande expérience du chirurgien distingué que nous venons de citer, l'acide chronwnr -est d'autant plus applicable dans la thérapeutique des affections de la bouenr qu'il parait y avoir réalisé entre ses mains un véritable progrès.

Un autre médecin, non moins compétent en pareil sujet, a adopté cette pn* tique et a même porté encore plus loin l'acide chromique, c'est-à-dire, jusqv dans le larynx. Isambert a obtenu de très-bons effets de l'emploi de cet acnV •contre les affections scorbutiques des gencives, contre les ulcérations syphilitiques de la langue et toutes les manifestations secondaires sur cet organe, j plaques muqueuses, uodtr.;, etc. Il s'en est également bien trouvé pour les ulcérations syphilitiques et scrofule uses du voile du palais et du pharynx. Il empkw pour ces divers cas une solution allant graduellement jusqu'à ! d'acide p*r - \ 4 d'eau.

Encouragé par ces premiers succès, Isambert a j>orté l'acide chromique sur k larynx lui-même, au moyen des éponges laryngoscopiques, et en se servant to miroir laryngien. Il emploie d'abord des solutions assez diluées, qui sont porté* ;

CHROMIQUE (emploi médical). 171

ensuite à la dose de 4 pour 8 d'eau, et dans quelques cas rares à 1 pour 4. Le but à atteindre était la destruction des végétations épi thé lia les et des petites Termes que l'on observe souvent à la commissure inter-aryténoïdienne et dans lewisinage des cordes vocales ; il y a réussi, et malgré la sensibilité réflexe du larynx, cet organe a parfaitement supporté cette cautérisation. L'opération est' ordinairement suivie d'un accès d'asthme laryngien assez violent, mais qui ne dure que quelques secondes. Le malade éprouve ensuite une certaine cuisson, qui dure plus ou moins selon l'intensité de la cautérisation, à laquelle il est bon de ne revenir que tous les huit jours. Un des résultats les plus remarquables de ce mode de traitement, estia répression rapide des œdèmes de la glotte qui se produisent souvent dans la phthisie laryngée, autour des ulcérations. L'acide chromique, employé alors en solution étendue afin qu'il agisse comme stjptique et non plus comme caustique, crispe énergiquement les parties œdémateuses du larynx, les réduit à un volume beaucoup moindre, fait cesser la «iflbcation, et dispense de recourir à la trachéotomie. Enfin dans les cas de rétrécissements syphilitiques du larynx, Isambert a pu, par ce même moyen, sans recourir à aucune autre opération, gagner le temps nécessaire pour reconnaître la nature de la maladie et appliquer le traitement spécifique interne, additionné de frictions mercurielles à l'extérieur. Quant aux tumeurs proprement dites du larynx, polypes muqueux, polypes ép*ithéliaux, et surtout dégénérescences cancéreuses, l'acide chromique n'exerce sur elles qu'une action insuffisante. Dans les cas de cancers surtout, sou application devient tellement douloureuse qu'il faut y renoncer.

En résumé, l'acide chromique est un caustique puissant, efficace, qui, manié avec prudence, est appelé A rendre dans la thérapeutique chirurgicale des services importants. Il est à désirer que les chirurgiens et les médecins qui l'emploient avec une certaine suite et contre diverses affections, fassent connaître leurs appréciations à son égard. Des observations nombreuses et variées nous permettront ainsi de faire la part des avantages et des inconvénients de ce nouvel agent qui, peut-être un peu trop redouté par les uns, peut-être aussi manié trop hardiment par d'autres, a besoin d'être encore mieux connu sous le rapport de ses modes d'emploi et des indications particulières qu'il est susceptible de remplir.

n'annoter a employé le premier, en 1840, l'acide chromique dans ses études d'histologie, pour durcir les tissus sans les déformer ni les réduire sensiblement de volume ; ce moyen, qui facilite les préparations par coupes minces pour l'examen microscopique, est généralement adopté aujourd'hui par les mi-

<rographes.

Toxicologie. Nous ne connaissons pas d'exemple d'empoisonnemeut aigu (W l'acide chromique ; on ne peut donc indiquer que théoriquement la conduite «suivre s'il s'en produisait un cas.

Les substances organiques hydrocarbonées qui, brûlées par l'acide chromique, k réduisent en sesquioxyde de chrome insoluble, s'offrent au premier abord comme antre-poisons. Toutefois dans la réaction il pourrait se développer un excès de olorique qui deviendrait une nouvelle cause d'inflammation ; d'un autre côté, fe sesquioxyde de chrome devant être attaqué et dissous par les acides de l'estomc, il faudrait s'empresser de le faire rejeter par le vomissement, déjà favorisé fiilleurs par l'action émétique du chrome. Il serait plus simple et plus rationnel de recourir à l'eau de chaux, au lait,

ITt CHROMOSPORÉS.

an Mont «fueuf: ces substances, seules ou mélangées, convenant d'ailleurs à tous les enapoisotineiiiente par les acides.

&ubfcr pense que l'eau fortement sucrée et chargée d'amidon aurait une efficacité suffisante et pourrait être employée eu cas d'urgence.

Li craie, la magnésie surtout, contre-poisons des acides et par conséquent susceptibles de neutraliser l'acide chromique, seraient ici les agents les mieux indiques; on pourrait aussi essayer, particulièrement contre les chromâtes alcalins, le proto-sulfure de fer hydraté.

Après les premières tentatives de neutralisation, il y aurait à instituer le traitement des poisons corrosifs et hyposthénisaifts.

Dans sa symptomatologie, cet empoisonnement doit avoir une grande ressemblance avec celui par le bichromate de potasse, auquel convient du reste le même genre de traitement.

BitLiocRAPHic. — Haskovek. Die Chromsâure, ein vonûgliches Miitel bei mil Untersuchungen. In Arch. fur Andtomie und Physiologie, von J. Molleb, 1840. — M*»— tu (John). De V emploi de l acide chromique pour cautériser les verrues et autres excroissances. In The Ijtmcrt, 24 janvier 1857. — Magitot (E.). De l'acide chromique et de son emploi thérapeutique dans quelques affections chirurgicales de la bouche. In Bull. gén. de théra»., t. LXXYl, p.2G4et 304, 4809 — Du m£mi. Mém.sur Vostéo-périostite alvéolo-denlaire. In Art*, gén. de métl., juin et juillet 4867. — Isahkrt. De V emploi de V acide chromique comme caustique dans les maladies de la gorge et du larytix. In Bull. gén. de thérap., t. LIIIUI. p. 41, 1872. — GiiiiRT. Hist. nat. et métl. des nouveaux médicaments. — Grau*. Comm thérap. du Codex. D. m S.

C'MONICYAKOGÊXE. Radical de l'acide chromicyanhydrique. 3CyCr, SOyll. Si par la pensée on supprime l'hydrogène dans cette formule, il restera colle du radical chromicyanogène, et si Ton remplace l'hydrogène par une quantité équivalente d'un métal, on aura le chromicyanure de ce métal.

Pour obtenir le chromicyanogène, on décompose par l'hydrogène sulfuré le chroiiiiovauure d'argent délayé dans l'eau : l'acide que l'on cherche se trou?en fil di»*olutiou dans l'eau d'où on le tirera sous la forme cristalline par 1 evaporution daim le vide.

Pour préparer le chromicyanure d'argent, on commence par abandonner i l'air un mélange de |»otasse et d'oxyde de chrome hydraté, auquel on a ajouté de l'aride r.yaiihydriquc : le mélange se colore en un brun rouge et produit des wifttuux de chromicyanure de potassium. Une dissolution de ces cristaux, traitée par du nitrate d'argent donne lieu par double décomposition au chromicyanure diligent, compté blanc, insoluble dans l'eau et amorphe.

On voit donc que la source première de l'acide chromicyanique où se trouve lu imlicul chromicyanogène, est le chromicyanure de potassium (Bœckmauii. Tiuilf du chimie oryanique de Liebiy, édit. française, t. I, p. 174). M.

< MIMMIOftPORft* (Agamcs). A l'article Agaric, nous n'avons traité que de* A****!! « Mtuto*i»o«M, renvoyant la suite à A. Chromospores parce que nous nous éium* ttalUU alun* du pouvoir donner pour les agarics à spores colorées unespéôtUmùnu plu» (tiucte de leur nuance que celle adoptée par Fries. Nous MrtMplJ'tfift pour wlu »ur la méthode de détermination des couleurs si précûes Am k M. Um'WhiiI (Voy. Couleurs). Nous devons avouer aujourd'hui quenoo* **'*» (ail trop bon marché des difficultés d'exécution. On ne trouve pas dans t HHHMvtr* U» AImmIiIIoii* Mervaiit d'étalon à cette nomenclature. Ils sont strie* l*HWhl umwnt* mih («obclius, et nous n'avons pu, quelques instances que

CHRONIQUES (maladies) 173

ous ayons faites, obtenir la faveur qu'on nous confiât des spécimens qu'on eût i, il nous semble, en détacher sans dommage. Cependant si l'on n'a pas ces nanti lions toujours à la main, le travail de classification des nuances n'est is possible. Nous n'avons pu surmonter cette difficulté matérielle à l'étude •ojetée ; nous devons donc nous en tenir à la classification de Fries ; et, lisque nous avons traité à part les Agarics ledcospores, il y a lieu d'étudier e même les quatre autres divisions déterminées par les quatre groupes -de uances que l'illustre maître suédois y reconnaît.

La seconde division (les leucospores étant la première) comprend les agarics >nt les spores mûres sont ou roses plus ou moins clairs ou légèrement ternes, 1 rongea très, couleur de rouille claire (non rabattue ou assombrie), rubiginoi* dit Fries; ce groupe sera décrit à l'article Hvporhodbs (féàov, rose).

La troisième division comprend les Agarics dont les spores mûres revêtent îs teintes ferrugineuses sales, sub-ferrugineuses ocracées, ou fauves plus ou oins assombries, nuances de tan, de tabac, etc.; ou encore de teinte argileuse. mîtes ces nuances fort variables, mais toutes plus ou moins de teinte du cuir tippa) caractérisent le groupe des Demi in es (Voy. ce mot).

La quatrième division comprend ceux dont les spores fort assombries mais on encore complètement noires, sont brunes et, en outre, offrant chez presque ons un reflet pourpre sombre, violacé foncé et rabattu ; elle constitue le groupe les Pratbllés (Voy. ce mot).

Enfin la cinquième division comprend les Agarics à spores mûres tout à fait noires, sans reflet pourpre. Ce sont les Coprinariés {Voy. ce mot) que l'on distinguera du genre Coprin par des lames toujours séparées et non déliquescentes. A chacun de ces articles, nous dirons les sous-divisions et nous décrirons les principales espèces notables, soit parce qu'elles se rencontrent communément en notre pays et que, charnues, elles peuvent toujours être présumées comestibles, soit parce qu'elles sont reconnues effectivement alimentaires ou toxiques.

Bertillon.

CHRONIQUES (Maladies). Ce sujet a été traité au mot Maladie. 11 ne s'agit ici que de définir la notion et de donner, pour ainsi dire, la signalétique sommaire de la maladie réellement chronique.

Dne maladie qui a ce caractère peut être limitée à un point de l'organisme ou occuper l'organisme entier.

Dans le premier cas, étant bien compris que la localisation est absolue et n'est plus l'effet circonscrit d'une disposition générale encore présente, la maladie proprement dite a disparu pour faire place à la lésion. La maladie peut disparaître si bien qu'à l'indication thérapeutique qu'elle avait tout d'abord posée s'en est substituée une autre entièrement contraire. Contre l'ophthalmie ou l'adénite aiguës qui avaient nécessité l'emploi des antiphlogistiques locaux et généraux, il faut maintenant s'armer de toniques, d'altérants, de stimulants. Distinguer dans une lésion chronique la part possible de la cause morbigène primitive et celle de la cause locale actuelle, de la cause d'entretien, c'est-à-dire tantôt d'une insuffisance d'énergie vitale, tantôt d'une oblitération veineuse, ou d'une position déclive de la partie, etc.; faire, dis-je, cette distinction est la tâche fré- (fuente et difficile du praticien.

La maladie chronique, avec ou sans lésions déterminées, est-elle foncièrement nue maladie générale, le problème s'agrandit en même temps qu'il devient plus

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