CHAPITRE X. Causes de l'apparition et de la disparition des espèces
PALË0NT0L06IE. 809
THÉoniE DE l'éïolction. Les faunes et les flores se sonl renouvelées tout à la Ibis par la (liâ|>arttJou des espèces aucJenncs el par l'apparition (l'es|>L-ces nouvelles : par conséquent,' dans la recherche des causes qui ont présidù aux Irausformations organiques, deux problèmes se présentent à nous.
Parmi les causes qui déterminent la dis|iaritîon de chaque espèce, il en est qui déjteodent des circonstances eitérieurcs et des changements apportés dans les milieux oii vivent tes êtres organisés. Cliaque individu, considéré en luini^me et dans sa progéniture, en d'autres termes, chaque espèce est douée d'une certaine capacité di déviation. L'cs]ièee est variable; il faut cju'il eu soit ainsi pour qu'elle puisse lutter contre les changements climato logiques et autres qui 3'o|)èrenl autour d'elle. Mais cette capacité de déviation, ou, si l'on veut, de transformation, est limitée, et loi'squc l'accord [lossible entre la nature propre il'iiu être organisé et les conditions du milieu où il se trouve est rompu, l'individu meurt. Le climat, le lelicl' du sol et toutes les choses qui ont une relation plus ou moins directe avec les êtres organisés variant sans cesse à la surface du globe, il doit venir un moment où une espèce disparaît de lu localité qu'elle haljite. Si, dans l'intervalle, des circonslauces favoraliles ne l'ont pas transportée dans des localités où elle j'uisse continuer à exister, elle dis|iarait en même temjis de la scène de la vie.
Ce qui démontre bien que les changements dans la conslilution to|>ogra|>hique d'une contrée |)euvent produire l'anéantissement des espèces, ce sont les mouvements du sol g'ahuissant et s'eihaussant de manière à amener l'airivée ou l'eipulsion des eaux de l'océan dans une même contrée. Évidemment chacune de ces révolutions a pour conséquence la disparition immédiate des eG]>èces terrestres lorsipie le sol s'alTuissc, el des espèces marines lorsqu'il s'exhausse. Si ces espèces ne sont [las représentées dans d'autres régions mises à l'abri des oscillations du sol, elles disparaissent déûnitivement du la surlace du globe.
Pent-éti-e aussi une espèce, à force d'habiter une même sbtion, perd-elle peu à peu sa vitalité? Peut-être lui est-il nécessaire de passer sur d'autres ^wints pour acquérir une nouvelle énergie vitale? C'est sur ce fait qu'est fondé, en économie agricole, le princi]>e de l'alternance des cultures. Ou sait aussi que les agriculteurs n'ensemencent pas leurs champs avec la graine qu'ils ont récoltée; ils se procurent de la semence jirovenant de pays plus ou moins éloignés; l'expérience leur a appris que te même grain semé plusieurs fois sur le même sol s'y abâtardit.
La dépendance mutuelle qui existe entre les divers organismes sous le rapport de leur alimentation donne plus d'énergie aux causes de destruction qui viennent d*êti« énumérées. La disparition de certains végétaux enlraùie avec elle celle de certains animaux herbivores ; l'exlinclion de ces animaux herbivores doit avoir pour conséquence l'anéantissement des animaux carnassiers qui s'en nourrisient. R'uu autre côté, le développement des animaux carnassiers peut quelquefois avoir pour elfet de détruire celles de ces espèces herbivores que leur organisation empêche de se dérober plus facilement à leur poursuite. L'homme, si son apparition n'était pas relativement récente, nous foui-nirait le meilleur exemide de cette aciion destructive exei-cée par certaines espèces sur d'autres espèces habitant les mêmes réglons. Sa présence entraîne avec elle l'appauvrissement incessant de la ûore et de la faune des contrées où se développe la civilisation.
Nous venons d'énumérer les causes multiples qui peuvent prtMuirel'extinctiotv des espèces. Toutefois si, en présence des chances de destruction va/
une espèce est soumise, on oppose les chances de conservation qu*elle possède, on est bientôt pënëlré de cette pensée qu'il faut un temps très-long pour que la disparition d'un grand nombre de formes animales ou végétales s'eflectue. Nous sommes ainsi conduit à rechercher des agents de destruction plus puissants et plus efficaces que ceux qui viennent d'être indiqués. On ne saurait recourir ï i*hypotlièse de cataclysmes généraux se manifestant à la surface du globe. Nous n*avons à choisir qu'entre les deux explications suivantes qui, d'ailleurs, ue sont pas exclusives l'une de l'autre. Il faut admettre que chaque espèce a, comme Tindividu, une limite fatale à son existence, ou bien qu'elle est soumise à une s<^rie de modifications qui ont pour résultat sa transformation complète et par suite Tapparition d'une nouvelle espèce. Dans cette dernière hypothèse, le problème de la disparition des espèces et celui de leur apparition ne seraient pas distincts; la solution de Tun entraînerait la solution de l'autre.
Les faunes et les flores, avons-nous dit, se sont renouvelées non-seulement par la disparition des espèces anciennes, mais aussi par l'apparition d'espèces nouvelles. Nous pouvons nous rendre compte des causes diverses susceptibles de produire tôt ou tard l'extinction d'une espèce; mais il est bien plus difBcile de se faire une idée de la manière dont s'est opérée l'apparition de chaque forme nouvelle. La recherche des causes qui ont amené l'arrivée des nouveaux êtres organiques sur la scène de la vie constitue le problème le plus ardu de la géologie. En présence des diflîcullés que rencontre la solution de ce problème, on est porté à déclarer, avec l'école positiviste, qu'on peut observer les phénomène naturels, étudier leurs lois, constater leur mode de développement, mais nullement remonter à leurs causes premières.
Dans l'état actuel de nos connaissances, lorsque nous abordons le problème de la création des espèces, nous nous trouvons en présence de deux théories distinctes, et en quelque sorte opposées.
D*après une première hypothèse, qui avait eu jusqu'à présent la préférence, mais qui perd de plus en plus la faveur qu'on lui avait accordée, les espèces seraient immuables. Les faunes et les flores successives seraient complètement indépendantes les unes des autres. Â divers intervalles, des êtres seraient créés soit par un acte exprès de la volonté divine, soit en vertu d'une force mystérieuse vaguement désignée sous les noms de puissance créatrice^ pouvoir créateur, etc., et destinée à rester perpétuellement inconnue. Cette opinion est, pour les uns, un aveu d'impuissance, pour les autres, elle se lie intimement â leurs idées religieuses; dans un cas et dans l'autre, elle se dérobe à toute discussion scientifique.
L'apparition des nouvelles espèces à la surface du globe est, en définitive, an des nombreux phénomènes dont l'ensemble constitue le système général de la nature. Quelle que soit l'idée que Ton se fasse de la divinité, on ne voit pas pourquoi ce phénomène ferait exception aux lois de ce système et aurait besoin pour se manifester de rintervention directe de Dieu. Il doit se développer sous l'influence d'agents spéciaux qui ont été préposés de tout temps à sa manifestation. Il n y a ni impiété ni folie à rechercher quels ont été ces agents.
Lorsque, tout en faisant la part des difficultés insurmontables que présente le problème de la création des espèces, on essaie de le résoudre, on ne trouve d'autre solution scientifique ' que dans la doctrine de la transformation des espèces.
Chaque espèce, au moment de son apparition, n'a pas été créée de toutes
pièces; c'est ce que scîeiililiquement on ne saurait admettre, llfautdouc qu'elle ait êti-, en quelque sorle, gieflt'e sur une espace pn;eiislante. Les diverses espèces de plantes et d'animaux ne sei'aient donc nullcmeat sujettes à s'oteindre : elles se modilicraienl insensiblement pour devenir des espèces nouvelles. Hais quelles seraient les causes do ces Iran sfoi' mat ions 1
Laraarck soutenait que les espèces varient sans cesse par suite des ehangemenls dus aux actions et aux Ijabitudes ; ces changements se transmettent par la génération et s'ajoutent à ceux qui se sont déjà opi5nSs anlérieuremeni ; ils finissent par imprimer à l'individu auquel ces variations sont ainsi li-ansmises une forme tellement lUITérenle du type primitif que l'on doit voir eu lui une espèce nouvelle. ■ Tous les èlres organisés, disait-il, sont de véritables productions de la nature, qu'elle a successivement eiécnlées h la suite de beaucoup de temps; )a nature a commencé et recommence tous les jours par former les corps organisi'S les plus simples ; elle ne forme <iirectemenl que ceux-là, et ce sont ces premières ébauches de l'organisa lion qu'on a <)>^signées par l'expression de générations spontanées. A mesure que les circonstances extérieures changent, elles modifient profondément les êtres; pour c^ux-ci, des circonstances naissent les besoins, des besoins les désirs, des désirs les facultés, des facultés les organes. »
Pour les deux GeolTroy Sainl-llilaire, la tianimutalion des espèces s'opdretait sous l'influence des milieux ambiants: selon eux, l'espèce est lixe sous la raison de l'état conditionnel de son milieu ambiant; elle se modifie, elle change, si le milieu ambiant varie et selon la portée de sa vni'iation : d'où il résulte que» parmi les êtres récents et actuels, on ne voit pas se produii-e de différence essentielle ; pour eux, c'est le même cours d'événements comme la même marche d'excitation. AU contraire, le monde ambiant ayant subi, d'une époque géologique à l'autre, des changements plus ou moins considérables, les êtres actuels doivent différer, par leur organisation, de leurs ancêtres des temps anciens, et en différer selon le degré de la puissance modificatrice.
Darwin assimile les procédés mis en' œuvre par la nature à ceux que l'homme emploie pour prwluire les races; on sait comment les éleveurs procèdent par sélection. Mais il y a aussi une sélection naturelle, en vertu de laquelle les individus venus au monde avec des modifications appropriées au milieu ofl ils vivent tendent à remplacer ceux qui n'ont pas acquis ces modifications ou qui en ont subi de défavorables; ceux-ci sont destinés à disparaître tôt ou Uird de la scène de la vie. Dana la nature, c'est le milieu où vit l'être organisé qui fait fonction d'agent sélecteur.
On fait aux partisans des idées évolulîonnistes l'objection suivante : si les espèces procédaient les unes des autres par voie de transformations lentes, les débris qu'elles ont laissés dans les strates si'dimentaires nous les montreraient se rattachant les unes aux autres par des formes intermédiaires, tandis que, dans la plupart des cas, elles sont si'paiées par des lacunes plus ou moins profondes. Les passages d'une forme â l'autre qui devraient être la r^le générale ne toni, au contraire, que l'cxceptiou.
A cette ohjeclion il est permis de répondre que les documents mis à notre disposition par la paléontologie, et avec lesquels on essaie de rétablir la filiation des anciens habitants du la surface du globe, sont très- incomplets. Un nombre infini d'espèces out disparu sans laisser, dans les terrains de scdiraenl, le témoignage de leur ancicmie existence. Remarquons, en outre, t^u'oii
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JHmais connaître qii'une minime pnrlie des fossiles quec«3 KrraÎDs conlienm Tous ceux qui se Irouvent à une certaine profondeur dans la lone sédiment] ou i|ui ont leurs gisements dans les strates caclu^s, soiL sous la masse des oo^anniennes. aoil sous les glaces des réglions polaires, se di^'robent pour toujt aux reclierches des giîologues. S'il L^lait permis de connaître toutes les riche! palccntologiijues renfermées dans Tierce terrestre, bien des lacunes dans succession des flres seraient comblées, bien des hialns dispa rail raient.
Malgré rinsurGsance des documents p a lêonto logiques, la lecture de? travaux que M. Al. Gaudry a publics, sous le Itli-e à'EnchainemenU du animal, suffit pour faire admettre l'existence d'une Eiliation dans les auc faunes et les anciennes flores, filiation due à ceque les Hrea organistes. Tirant, une époque quelconque, provenaient par voie de transformation des êtres nisés ayant vécu pendant l'époque antérieure.
Ce que nous ignorons, c'est la nature essentielle et le mode d'action de cause qui a présidé J ces transformations; sans notre ignorance à ce sujet, problème de la création des espèces serait résolu.
Nous ne contesterons pas la réalité des causes de modifications invoqilf!eK par Lamarck, Geoffroy Saint-llilalre et Darwin, mais nous disons qne ces causes sont insuffisantes. Les transformations que nous constatons sont souvent indépendantes de l'induence des milieux ou de toute sélection ou même de louletendance au perfectioimement. Nous sommes porté h croire que l'organii possède en Ini-mSme la cause de son évolution à travers les âges et que évolution s'effectue en quelque sorte suivant un plan préconçu. Les Iran: malions subies, ik certains moments, par une espèce quelconque, seraient comparables, sous le rapport, sinon de leur essence, du moins de leurs eOets. h celles que rSgc apporte dans l'organisation de l'individu ou que l'on observe dans les espèces sujettes à des mclamorphoscs.
A la doctrine du ti'ansformisme se ralU'iche d'une manière Irès-élroile lu tliëorie de la génération spontanée. D'après les partisans des doctrines (ivolutloo* nisles, les êtres organisés de l'époque actuelle, de même que tous ceux époques anciennes, pio viendraient, quelque compliquée que soit leurorg; d'êtres ayant vécu antérieurement. En remontant la série des figes gèologiqi on trouverait des formes de moins en moins complexes, et oa arriverait aux premiers êtres créés. Ceux-ci auraient eu une organisntion excessivement simple; complètement mici-oscopiques, constitués par une ou plusiears cellules, ils auraient été directement produits sous t'influence exclusive des fo physiques; ils seraient le résultat de la matière amorphe, inorganique, s" nîsant elle-même. 11 y aurait eu dès le commencement des temps géologie génération spontanée, mais ce phénomène primordial n'aurait qu'une éloignée avec celui dont les hélérogénisies essaient de démontrer l'exii pendant l'époque actuelle. Aleutouk Vrti*:».
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