‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.14Chapitre 2 sur 77 · DES · texte numérisé non relu

DES

CÉPHAL^MATOME. Ou appelle céphalaematome une tumeur qui s'observe sur le crâne des nouveau-nés, dont le contenu est du sang épanché, et dont le siège anatomique est au plan le plus profond des envelopper crâniennes, entre les os et le péricrâne décollé.

Le céphalaematome se distingue donc de la tumeur céphalique ordinaire, telle qu'elle se produit si souvent chez les erfants pendant l'accouchement, en ce que dans cette dernière, à la suite de la pression exercée par les voies génitales, c'est un épanchement séreux, ou séro-sanguinolent qui se t'ait dans les parties molles du crâne, et cela notamment dans le tissu connectif sous-cutané ou sous-aponévrotique. Dans le céphalaematome, la masse sanguine se trouve sous le péricrâne ; mais il peut arriver qu'il existe en même temps une tumeur céphalique œdémateuse ou hémonhagique au-dessus du péricrâne, et cette coexistence toute naturelle des différents genres d'épanchements a conduit quelques auteurs à leur donner à tous le nom de céphalaematomes, dont on aurait ainsi autant de variétés qu'il y a d'étages dans les enveloppes crâniennes. Nous rejetons cette nomenclature, et n'étudierons comme céphalajmatome que l'épanchement sanguin le plus profondément situé, basant cette distinction, comme on le veria, sur quelques signes tout à fait caractéristiques. Il nous paraît préférable de laisser aux autres tumeurs leur ancienne dénomination de bosse sanguine. Nous écartons aussi le terme plus restreint de joericrancematome, proposé par M. Seux, ne voyant aucun avantage réel dans cette modification à des habitudes reçues.

Quant au céphalœmatome interne ou sus-méningien, c'est une affection bien différente dans laquelle la collection sanguine siège à l'intérieur de la cavité crânienne, entre les os et la dure-mère décollée, et qui sera décrite séparément.

Fréquence. Si la tumeur sanguine ou thrombus du ci^àne chez les nouveaunés est fréquente, rare est le céphalaematome proprement dit, et les statistiques données par les différents auteurs qui s'en sont occupés sont, sinon contradictoires, du moins assez diilérentes.

L'étude des maladies des enfants nouveau-nés laissant aujourd'hui encore beau-

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coupa désirer, par plus d'un motif inutile à rappeler ici, il n'est pas étonnant qu'une affection qui compromet rarement la vie, et qui altère fort peu la santé, en apparence du moins, et pendant les premiers temps de son existence, soit souvent méconnue. Aussi est-il bien prouvé pour nous qu'un bon nombre de cas a pu échapper ainsi à l'attention des observateurs. Si Nsegele avait pu en observer dix-sept cas en vingt ans, ce qui est beaucoup pour le chiffre des naissances à la Maternité de Ileidelberg, P, Dubois n'en avait vu que six pendant plusieurs années à la Maternité de Paris, oii il naîtrait de 2,500 à 3,000 enfants par an. Valleix a rencontré quatre cas de céphalaematome sur 1,954 enfants. Baron le signale une fois à peu près sur 500 enfants. Hœre une fois sur 100. Burchard, dans l'espace de sept ans, à la maison royale d'accouchements de Bieslau, en a compté treize cas sur 1 ,402 enfants, ce qui donne à peu près un céphalaematome sur 108 enfants ; il en a vu trente-deux autres cas en dehors de cet établissement, mais n'ayant pas fait connaître le nombre total des sujets soumis à son observation, on ne peut tirer aucun parti de ce chiffre.

M. Seux, au contraire, ayant tenu unenDte exacte de tous les cas de céphalseraatome survenus chez les enfants-trouvés rejus à l'hospice de la Charité .de Marseille, du 1^' janvier 1850 au 1*"^ janvier 1860. est arrivé au résultat suivant : dans l'espace de ces dix années, sur 5,674 enfants nouveau-nés reçus dans cet hôpital, 19 étaient atteints de céphalaematomes.

Voici le relevé de chaque année :

En 1850 sur 585 enfanls 1 céphalaematome.

10 années. 5674 enfants 19 céphalaBmatomes.

Sur les 19 nouveau-nés, il y avait 11 garçons et 6 filles; parmi les garçons, 4 étaient robustes, 6 de force moyenne, 1 était faible ; parmi les filles, 3 étaient robustes, 5 de force moyenne.

La proportion de dix-neuf cas sur 5,674, donne environ un cas sur 298 enfants. Il résulte de ces observations que si le cephalsematome est plus fréquent que ne le pensaient Michaëlis, Neegele, Baron et Valleix, il l'est moins que ne l'ont dit Hœre et Burchard.

Pensant que le moyen le plus sûr d'arriver à la vérité serait d'agrandir le cadre de la statistique, en additionnant les trois relevés les plus exacts, celui de Valleix, celui de Burchard, et le dernier de Seux, cet auteur obtient une somme de 9,013 nouveau-nés, nombre important surlequel ont été observés trente-six céphalsematomes, soit un cas sur 250 enfants.

J'avoue qu'il y a pour moi dans ces relevés statistiques autre chose qu'une question de nombres, et c'est là précisément ce qui rend les résultats contestables, c'est la dilficulté d'observer tous les enfants reçus dans un hospice pendant un temps donné, et l'impossibilité absolue de les observer [ous assez longtemps pour pouvoir affirmer que, n'étant pas atteints de la maladie juste au moment de la naissance, ils ne l'auront pas été quelques jours après. On sait combien cela est difficile dans une grande maternité, et non moins encore dans la clientèle particulière.

CÉPJIÂLyEMATOME. 3

Interrogés sur ce point, plusieurs de mes collègues, ayant cependant vu un grand nombre d'enfants malades, MM, Valette, Berne, Delore, et Cliassagny, m'ont affirmé n'avoir observé qu'un très-pelit nombre de céphaliEmatomes ; quelques-uns n'en ont pas vu du tout ; pour moi, je n'ai le souvenir précis que de cinq cas bien constatés. On comprend d'ailleurs qu'une maladie très-rarement mortelle, qui guérit le plus ordinairement seule, et donne lieu à quelques symptômes très-obscurs qui sont fort peu de cliose sans un examen direct, puisse passer inaperçue, et n'ait pas été en effet reconnue même par de très-bons observateurs. A. Vogel reste à peu près dans les limites de Seux, en disant que lo cépbalsematome ne s'observe qu'une ou deux fois sur mille nouveau-nés {Traité des maladies de V enfance, trad. deCulmannet Sengel, Paris, 1872, p. 57).

Étiologie. On a longuement discuté sur les causes du céphalaematome, et beaucoup d'opinions ont été mises en avantl L'une d'elles voulait que la tumeur eût toujours pour cause quelque violence subie par la tête du fœtus avant l'accouchement. On ne saurait admettre aujourd'hui cette explication dont aucune preuve certaine ne s'est jamais présentée. La mauvaise santé de la mère, la faiblesse de l'enfant prédisposent-elles celui-ci au «éphalaemalome ? Les statistiques ne fournissent rien de piobant à cet égard. 11 faut rejeter également l'Iiypotlièse de la rupture d'une artère admise par Pigné, et celle d'une maladie de l'os, dont Burcbard croyait avoir trouvé les preuves. L'action de ces deux causes n'a reçu aucune confirmation des nombreuses autopsies pratiquées depuis l'époque oij elles ont été proposées.

La production du céphalaematome se rattache d'une manière évidente à deux facteurs : l'accouchement, et la structure anatomique du crâne et de ses enveloppes chez le fœtus. Quel que soit le courant des idées préconçues dans lequel ou se place, une observation tant soit peu attentive, et l'analyse impartiale des faits constatés ne permettent pas de laisser l'influence de l'accouchement en dehors de la production du céphalaematome. C'est un véritable traumatisme produit sur la tête du fœtus par les contractions musculaires de l'utérus la pressant de haut en bas contre des surfaces résistantes représentées par le segment inférieur, le col de l'utérus et le bassin ; je vais plus loin que Seux, et je ne crains pas d'être plus explicite, avec Valleix et la plupart des auteurs modernes, en adoptant l'opinion de Vogel qui décrit le céphalaematome parmi les maladies dépendant directement du fait de l'accouchement.

Or comment ce traumatisme que subit la tête pendant l'accouchement aboutira-t-il au céphalaematome? Il faut se rappeler ici les remarques fort curieuses de Valleix sur la vascularité considérable, l'absence presque complète de table externe, l'ossification plus avancée de la table interne du frontal, des pariétaux, de l'occipital et des temporaux chez le nouveau-né (voy. à ce sujet, pour plus de développement, l'article caMses du mémoire de Seux, p. 6 et suiv.) ; l'adhérence plus intime du périoste au niveau des sutures et des sinus vasculaires qu'elles recouvrent, sa plus grande laxité au niveau du reste de l'os, et la résistance de celui-ci aux pressions exercées par les contractions utérines. En résumé, la tête, pendant les différentes phases du ti^avail, est appuyée sur quelque partie résistante des organes à franchir, le péricrâne est décollé par cette pression, la table externe, poreuse, laisse suinter du sang, et le céphalaematome est constitué. La formation de la bosse sanguine, ou thrombus des nouveau-nés, explique déjà par sou siège, ses caractères, et les différentes altérations qu'une dissection attentive permet de constater, fomment l'exagération de cet état peut conduire au céphalsematome.

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Pour avoir une idée nette des altérations locales qui caractérisent anatomiquemeut la formation et par suite le développement de ce céphalaematome, il importe de signaler à la base de la bosse sanguine ou thrombus des nouveau-nés la préférence d'une ecchymose profonde, sous-périostale, déjà indiquée par Valleix qui a établi que cette ecchymose existait presque toujours, même après les accouchements les plus rapides. Récemment j'ai pu vérifier l'exactitude des conclusions de Valleix, dont les recherches remontent déjà à 1855 et 1858, et constater en disséquant avec soin, couche par couche, les enveloppes du crâne chez un certain nombre denouveau-nés,que presque toujours, si ce n'est toujours, l'examen étant fait, dans les deux premières semaines après l'accouchement, on trouve une iiifiltiation sanguine du périoste qui, à ce niveau, est légèrement épaissi et se détache plus facilement de l'os qu'il recouvre que du côté opposé. L'os présente une teinte sanguine plus foncée, et souvent une mince couche de snrg recouvre sa surface. Si l'on rapproche ces deux circonstances, vascularité extrême des os du crâne, surtout au niveau de leurs couches les plus extérieures, et facilité du périoste à se décoller, on comprendra que les moindres pressions amèneront une ecchymose en foyer, véritable bosse sanguine des nouveau-nés, dont la tendance au développement sera en raison composée de ces deux éléments, et d'un troisième fort important ; le travail incessant d'accroissement et d'ossification.

Le sexe de l'enfant a-t-il une influence sur la production du céphalaematome? Simpson est très-alfirmatil' à ce sujet, et considère le sexe masculin comme une cause importante. 11 s'appuie sur une statistique de Burchard, qui sur quarantetrois cas observés à l'hôpital de Breslau. a eu 34 enfants du sexe masculin et 9 du sexe féminin, ce qui donnerait une oroporlion de 577 : 100. Dans les observations qui forment la base du mémoire ce Seux, on trouve 11 garçons et 7 filles, ce qui donne un rapport de 142 : 100. 11 y aurait donc en réalité un plus grand nombre de céphalaematomes chez les enfants du sexe masculin. Toutefois, le résultat de deux statistiques n'est pas suffisant pour fournir une conclusion rigoureuse, et les rapports obtenus dans ces cas particuliers peuvent être le fait du hasard.

Siège. Tous les auteurs s'accordent à dire que le lieu ou le céphalsemafome se montre le plus souvent est l'angle postérieur et supérieur du pariétal droit, moins souvent sur le point correspondant du pariétal gauche, et plus rarement encore sur les autres parties du crâne. On peut se rendre compte de ce siège de prédilection, si l'on songe à la fréquence très-grande de la première position crânienne dans les accouchements, et aux rapports que contracte dans ce cas la bosse pariétale droite avec le bassin. Cette explication, proposée par Ghadzynski (Thèses de Paris, 1865), nous paraît très-plausible.

Assez ordinairement, on n'en trouve qu'un, mais quelquefois il en existe deux, un sur chaque pariétal, séparés par la suture sagitale. Abegg cite un exemple de céphatematome bilatéral (Monalsschrift, t. XXXI, p. 45) ; Simpson en relate un cas intéressant, analogue {Obstetric. Memoirs, t. II, p. 463). Il est très-rare d'en voir un plus grand nombre disséminés sur divers points du crâne, ainsi ([ue Nsegele en a cité un exemple.

Dans les observations de Valleix, la tumeur était trois fois au niveau du pariéUd droit, deux fois sur le pariétal gauche, une fois deux tumeurs reposaient chacune sur l'un des pariétaux. Les 43 cas rapportés par Burchard étaient répartis de la manière suivante : 59 céphalœmatomes simples, 4 doubles, et 2 triples, ce qui donne en tout 55 tumeurs, placées 30 fois bur le pariétal droit, i 7 sur le pariétal gauche,

CÉPHAL:EMATOME, 5

5 bur l'occipital, i sur le côté droit du frontal; 2 correspondaient aux pariétaux sans indication de côté.

Les 19 faits observés par Seux lui donnent 10 tumeurs sur le pariétal droit, 4 sur le gauche, 4 doubles, dont 3 constitués par une tumeur sur chaque pariétal, et le quatrième par un double céphalœmatome sur le pariétal gauche et sur l'occipital ; enfin une tumeur triple occupait les deux pariétaux et l'occipital, ce qui fait 25 tumeurs, dont 14 sur le pariétal droit, 9 sur le gauche, et 2 sur l'occipital.

En additionnant les 6 cas de Valleix, les 45 de Burchard, et les 11) de Seux, on obtient un total de 70 faits et de 85 tumeurs placées de la manière suivante : 48 avaient leur siège sui' le pariétal droit, 29 sur le gauclie, 2 sur un des pariétaux sans indication précise, 1 sur le frontal droit.

Les conclusions suivantes, dit Setix, ressortent évidemment de celte statistique :

1° Les pariétaux sont le siège habituel du céphala^matome : 79 fois sur 85.

2° Le pariétal droit en est plus soutcut atteint que le gauche : 48 ibis s(U' 77,

3° Tant d'un côté que de l'autre, l'fingle postérieur et supérieur du pariétal est le point précis que la tumeur occupe le plus souvent ;

4° Contrairement à l'opinion des auteurs , il n'est pas rare de rencontrer le cépbalsematome sur le pariétal gauche: 29 fois sur 77 ;

5" On peut dire que les cépbalaeiaa tomes doubles ne sont pas fréquents : 9 sur 70 ;

6" Les céphalaîmatomes triples sont rares : 3 sur 70 ;

7° Il est aussi fort rare de voir la tumeur sanguine siéger sur l'occipital : 5 fois sur 85 ;

8" 11 est excessivement rare de la rencontrer sur un autre point du crâne , le frontal par exemple : 1 fois sur 85;

9" On n'a jamais, à ma connaissance du moins , rencontré le céphalsematome sur le temporal (Seux, mém. cité, p. "18).

Anatomie pathologique . Lorsqu'on incise les enveloppes ci\aniennes au niveau d'un céphalaematome , on peut trouver des traces de sang extravasé dans les couches su[)erficieiles, avant d'être arrivé sur la tumeur elle-même. Le cuir clievelu, l'aponévrose et les lames de tissu conjonctif intermédiaire ont présenté quelquefois à l'autopsie une teinte violacée, ecchymolique dans la partie soulevée par le céphalsematome; pourtant le péricrâne restait toujours intact comme membrane d'enveloppe de la masse sanguine. Un phénomène d'exosmose avait-il permis au sang de le traverser pour aller imbiber de proche en proche les tissus voisins ? Cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable, et il est naturel qu'au début les membranes, encore un peu meurtries par les lortes pressions de l'accouchement, se laissent pénétrer à une certaine distance par le liquide épanché au-dessous d'elles. C'est ce qui arrive, du reste, dans toutes les contusions des parties molles, et constamment une ecchymose du tégument externe n'est que le reflet d'épanchements traumatiques plus profonds. Mais, dans le céphaltemalome , après les premiers jours, le sang ne pourra plus dépasser le péricrâne, car au bout d'un certain temps , celui-ci subit des transformations (jui tendent de plus en plus à limiter l'épanchement et à rendre im^iossible toute infdtration sanguine dans le voisinage : l'ecchymose superficielle aura promptement disparu, et si Texameu est fait à une époque tant soit peu éloignée du début, les téguments crâniens au-dessus du céphaltematome seront trouvés intacts.

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Le péricrâne seul présente alors quelques signes d'imbibition ; sa face externe laisse voir par transparence la masse sanguine sous-jacente , et sa face interne est franchement colorée par le liquide. Il n'y a pas d'altérations plus sensibles du péricrâne; la partie décollée ne présente ni érosions, ni solutions de continuité, la membrane est saine de tous points , et n'a concouru que d'une manière passive à la formation et au développement de la tumeur. Son épaisseur est normale, abstraction faite des modifications qui y surviennent à une période plus avancée. Au pourtour du décollement, le péricrâne rejoint l'os et reprend avec lui ses rapports ordinaires, sans transition d'abord, et plus tard avec l'interposition du cercle osseux.

Le sang n'est pas toujours en contact immédiat avec le péricrâne et avec l'os ; il existe souvent, comme produit de formation secondaire, une membrane tapissant les deux parois opposées de la tumeur , et complétant ainsi l'isolement, ou mieux encore l'enkystement du sang épanché. Elle est tantôt molle , facile à déchirer , plus ou moins continue , tantôt plus résistante, d'une certaine épaisseur, et d'un aspect fibreux. Elle existe sur l'os ou contre la péricrâne, et dans certaines autopsies, on la voit se continuer de l'un à l'autre saris s'interrompre au niveau des bords de !a lumeur, de manière à former une poche sans ouverture. Mais, sous le rapport de la consistance et de la continuité de cette membrane interne , il y a beaucoup de variétés suivant les cas, et je crois qu'elle ne joue pas de rôle important dans l'évolution du céphalaematome. Les uns font fait consister en un tassement du tissu conjonctif refoulé latéralement par l'hémorrhagie; mais il n'y a certainement pas assez de tissu conjonctif entre le péricrâne et l'os d'un nouveau-né pour y trouver la matière d'une véritable membrane. Les autres la considèrent comme un épanchement de lymphe plastique en voie d'organisation ; cette explication , acceptable pour le péricrâne, serait en défaut dès qu'on voudrait l'appliquer au tissu osseux.

Pour moi, je ne vois dans cette membrane, avec Virchow, que le produit d'un épaississement du sang aux parties externes de la tumeur , phénomène essentiellement physique, irrégulier, et sans iniluence sur la marche ultérieure de l'affection. Sur un céphalaematome présenté par Morel à la Société de cbirurgie, M. Ch. Robin montra que les deux membranes qui tapissaient , l'une le péricrâne , l'autre la surface osseuse , ne se continuaient pas l'une avec l'autre à la circonférence de la tumeur; au pourtour de la tumeur, il ne trouva ni fibrine amorphe, ni aucun tissu fibro-plastique annonçant l'existence d'une fausse membrane (cité par Bouchut, Malad. des nouv.-nés, ¥ édit., p. 70).

Le contenu du céphalaematome n'est que du sang ; à quelque période qu'il soit ouvert, on n'y trouve pas autre chose. Aussi Virchovif le prend-il pour type de l'espèce de tumeurs qu'il appelle hématomes (Traité des tumeurs , traduction Aronssohn, t. I, p. 125). La quantité de sang épanché est nécessairement variable, et en rapport avec le volume du céphalaematome au moment de l'autopsie ou de l'inciïion. Dans un cas cité par Seux, la tumeur ouverte après la mort contenait à peine deux grammes de liquide. Valleix, au contraire, parle d'un céphalcernatome renfermant 240 gr. de sang. Liquide et d'un rouge vif au début, il noircit plus tard (Burchard) et se coagule en partie. A une époque plus éloignée il se réduit par la résorption en une masse gélatineuse ou gélatino-fibrineuse.

D'après Virchow, le sang reste fort longtemps liquide dans l'intérieur du céphalaematome; tout au plus un léger dépôt fibrineux se fornie-t-il sur les parois. Plusieurs fois il eut l'occasion d'examiner du sang, après un séjour de quatre à six

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semaines dans une semblable cavité; chaque fois il était encore liquide et contenait des globules sanguins assez bien conservés.

Les vaisseaux , auxquels certains auteurs , Pigné entre autres , attribuaient un rôle important dans la genèse du céphalsematome, n'olfrent rien de particulier ni dans leur volume, ni dans leur forme, ni dans leur structure. Il ne faut pas oublier qu'ici aucun vaisseau considérable n'est en jeu ; les branches et les rameaux artériels les plus volumineux sont en dedans du crâne, de même que les agents principaux de la circulation veineuse représentés par les sinus de la dure-mère. Le décollement du péricrâne n'intéresse que les petits vaisseaux qui passent en grand nombre de cette membrane sur les os encore jeunes. L'hémorrhagie provient de la déchirure de ces petits vaisseaux.

Enfin , le dernier plan du céphalaematome , c'est l'os lui-même qui , une fois débarrassé de la masse sanguine , apparaît avec son aspect rayonné normal , sans fissure, sans altération de surface, enpn mot, parfaitement sain. Si les auteurs du siècle dernier ont admis, sans preuve directe, l'opinion défendue par quelques-uns encore au commencement de celui-ci, que l'épanchement sanguin sous-péricrânien, dans le céphalsematome, était le résultat d'une maladie de l'os, aujourd'hui personne n'admet plus que la table externe de l'os soit détruite, et que l'hémorrhagie aboutissant à l'épanchement sanguin soit liée à cette altération.

Tel est le résultat de la dissection d'un céphalsematome à sa première période. Il me reste à étudier certaines transfoimations qu'il subit plus tard , et qui constituent un fait de physiologie pathologique des plus remarquables : je veux parler des phénomones d'ossification du céphalgematome.

Le céphalaematome, aussitôt après son apparition, donne sur tous ses points la même sensation, celle d'une collection liquide ; mais au bout d'un laps de temps qui ne dépasse guère la première semaine, tandis que la fluctuation demeure manifeste au centre, les bords de la tumeur prennent une consistance dure, et un rebord osseux paraît s'être élevé aux limites du décollement péricrânien. Ce n'est point une simple apparence, une illusion du toucher, c'est le bourrelet osseux caractéristique du céphalaematome que l'on a sous les doigts. L'organisation, l'existence même du bourrelet osseux ont donné lieu à des discussions qui ne s'expliquent que par la différence des époques auxquelles l'examen anatomique a été pratiqué. Trop tôt, c'est-à-dire dès les premiers jours, ce bourrelet n'existe pas. M. Stolz en conteste encore la nature osseuse et n'admet qu'un épaississement du sang sur le pourtour de l'épanchement.

Eu effet, la [lartie liquide du sang est résorbée dans ses couches les plus extérieures et cet épaississement peut donner, à travers les membranes enveloppantes, la sensation d'un cercle dur, avant toute production osseuse. D'après M. Stolz, ce rebord n'est que fibrineux, c'est comme un résidu solide du sang ; j'avoue que malgré l'autorité sur laquelle s'appuie cette opmion, j'ai le regret de la considérer comme le résultat d'une observation exceptionnelle. Dans le fait recueilli à la Clinique de Strasbourg et rapporté dans la thèse de M. Bonhomme-Lacour (Strasbourg, janvier 1870) l'autopsie pratiquée par M. Feitz, confirma cette manière de voir. Mais l'enfant avait succombé au sixième jour. En réalité, l'existence du cercle osseux ne peut plus être contestée et sa description s'appuie sur un nombre d'autopsies relativement considérable. Valleix, dès 1838, l'avait étudié avec beaucoup de soin. C'est le plus ordinairement un véritable anneau de substance osseuse, développé sur la ligne où le périoste soulevé vient rejoindre l'os en entourant la base de la tumeur. La coupe de cet anneau est à peu près triangulaire, c'est-à-dire

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qu'il est taillé en biseau, et présente trois faces, inférieure, supérieure et interne. La face inférieure s'ap|)uie sur l'os, mais sans y ailhérer solidement ; on isole trèsfacilement l'anneau du pariétal sous-jacent en glissant entre eux le manche du scalpel, et on découvre en ce point la surface de l'os aussi égale, aussi saine que partout ailleurs. Il est évident par là que la végétation osseuse qui a donné naissance au bourrelet ne provient pas da pariétal. La face externe est adhérente au péricrâne; elle forme un plan incliné qui se porte en dehors pour se confondre insensiblement avec le reste de l'os. Enfin la face interne, en contact immédiatement avec l'épanchement, est perpendiculaire à l'os et taillée à pic. Le cercle osseux a donc sa plus grande hauteur du côté de la tumeur, tandis qu'en dehors il a la forme d'un coin pénétrant dans l'intervalle entre l'os et le péricrâne. La hauteur de la face interne varie entre 2, 3 et 4 millimètres, cette dernière face est plus souvent inégale, déchiquetée, que régnlière ; il s'en détache des prolongements osseux plus ou moins larges , sortes d'ostéophytes qui se portent vers le centre de la tumeur. Le bourrelet n'est pas toujours continu dans toute la circonférence du décollement ; il débute par places, sous forme de petits grains osseux et se complète à la longue ; mais alors même il peut manquer çà et là, et se composer seulement d'un certain nombre de productions en forme de croissant. Quant à sa nature osseuse elle est des mieux démontrées ; il n'y a plus aucun doute sur ce point. La sensation qu'il donne au toucher est caractéristique, et l'on peut en faire le symptôme pathognomonique du céphalaîinatome ; toutes les fois qu'une tumeur du crâne, chez un nouveau-né, sera entourée d'un anneau osseux, on sera sûr d'être en présence d'un céphaliematome.

D'autres phénomènes du même ordre se passent à la même époque sur d'autres points de la tumeur.

La sécrétion osseuse, qui aboutit sur les bords à la formation du bourrelet, a son équivalent sur toute la face interne du péricrâne soulevé. Il s'y produit d'abord de petites granulations qui rendent la membrane grenue ; elles s'aocioissent petit à petit, acquièrent le volume d'une lentille et en se réunissant transforment le péricrâne en une lamelle osseuse ; toutefois il reste flexible, et c'est dans cet état qu'il donne au doigt cette sensation de parchemin, ou d'une mince lame de fer blanc, qui est si frappante dans certains cas. Les ossifications que l'on trouve alors sur le péricrâne ont ordinairement la forme de plaques et d'écaillés ; elles occupent sa face interne : Virchow compare la couche presque continue que forment ces plaques à un assemblage de petits os wormiens.

Ainsi, un céph al aem atome dont on n'a pas troublé l'évolution, finit par s'entourer d'une véritable coque osseuse, et, chose remarquable, la production et l'accroissement de cette coque coïncident avec la diminution et l'affaissement de la tumeur.

Il y a plus qu'une simple concordance de faits ; l'enveloppe osseuse est un agent de résorption du sang épanché, car, d'une part, il eu limite l'étendue et, d'autre part, il exerce sur lui une sorte de compression qui favorise puissamment sa dis- , parition.

C'est un processus naturel de guérison du céphalsematome et la connaissance de ces faits vient appuyer singulièrement l'opinion, aujourd'hui prépondérante, du traitement par l'expectation.

Il est si vrai que le cercle osseux manque au début que, dans un cas de céphalaematome constaté par M. Fortin sur le pariétal gauche d'un enfant, mêmeavant que l'accouchement ne fût terminé, la tumeur qui avait le volume d'un œuf de pigeon

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n'avait pa's de bourrelet osseux, qui se développa d'une manière évidente deux jours après (Bouchut, Mal. des nouv.-nés., p. 71).

Les couches osseuses nouvelles s'apposent sur les anciennes, et ainsi se produit le bourrelet (Virchow, loc. cit., p. doO). L'ossification, plus empêchée dans les points du péricrâne entièrement soulevés, y forme la coque osseuse. Le péricrâne est placéici, parl'affection elle-même, dans des conditions absolument identiques à celles que M. Ollier a réalisées dans ses expériences sur le périoste. L'une d'elles s'applique tout à fait au céphalsematome : le péricrâne d'un lapin fut détaché sous forme d'un pelit lambeau quadrangulaire et, renversé sous la peau, il se coiivrit par la suite de granulations osseuses dont la sécrétion fut surtout intense au point de séparation de l'os et de la base du lambeau.

Le bourrelet osseux est donc un produit essentiellement physiologique. Cela seul peut expliquer qu'il s'efface entièitement avec le temps, lorsque le céjthalœmatome a disparu et que l'on ne trouve plus, ni à l'extérieur, ni par la dissection aucune trace de ces productions volumineuses, qui paraissaient faites pour rester sur le crâne à l'état d'exostose. Quand la partie liquide du céphalsematome a disparu, son entourage osseux diminue de volume et semble lui-même se résorber; à la fm, il devient impossible d'en reconnaître l'existence. En voici la raison toute simple ; le tissu osseux nftuvean ne se résorbe pas, il ne fuit que se mettre de niveau, lorsque le péricrâne est revenu au contact, avec l'épaisseur d'os formés tout antourde lui, ou si l'on veut, la sécrétion osseuse s'égalise, etcelatrèspromptement, dans les points où la présence du céphalaîmatome l'avait rendue monieutanément irrégulière et même exubérante. J'ai tout récemment examiné attentivement la tête de deux enfants qui avaient été atteints de céphalœmatome, l'un, il y a un an, l'autre, il y a trois ans; ni l'un ni l'autre ne présentait la moindre altération, la plus légère déformation qui rappelât l'existence de l'énorme tumeur que tous deux portaient à la région pariétale. L'un avait été traité par la [lonçlion simple, l'autre par l'expectatioii.

Symptômes. Marche. Terminaison. Au début, c'est-à-dire du premier au quatrième jour après l'accouchement, le céphalœinatome se manifeste par nue tameur arrondie, déjà circonscrite, molle et assez peu tendue pour que le doigt puisse en déprimer le sommet et toucher l'os sur lequel elle repose. Cette tumeur qui augmente insensiblement les jours suivants, devient plus saillante, plus tendue, évidemment fluctuante, mais irréductible. Les battements signalés par quelques auteurs (Naegele, Burchard) y sont tellement rares qu'on ne doit les mentionner que comme un symptôme très-e'iceptionnel, s'il n'est le résultat d'une illusion. La couleur, la température, la sensibilité, la mobilité de la peau qui recouvre la tumeur ne paraissent pas changées ; rarement et plus tard elle présente une teinte rougeâtre, un aspect lisse, dans le cas ou la tension est considérable; alors elle devient douloureuse, mais beaucoup moins toutefois que si le foyer sanguin vient à s'enflammer.

Si au début lecéphalœmiitomc se confond d'une manière insensible avec les parties voisines, au bout de deux ou trois jours, rarement plus tôt, sa base présente un rebord saillant qui offre au doigt un relief facilement appréciable; cependant comme il a été méconnu et môme nié par plusieurs observateurs, il est bon de le décrire avec soin et d'en bien faire conslater l'existence. Ce bourrelet d'abord incomplet, se montre divisé en petites saillies allongées en forme de croissant, ou de portions de croissant, disposées bout à bout, et circulaireraent. Bientôt ces saillies, multiples, séparées par de nombreuses intersections, se joignent et se coniondent en

10 CÉPHALJÎMATOME.

un cercle complet qui ne tarde pas à environner intégralement la base de la tumeur, laissant au centre comme un vide qui en o souvent imposé pour une destruction du tissu osseux, et fait croire à une véritable perforation. 11 suffit pour éviter l'erreur de déprimer lentement, mais fortement les tissus ; bientôt on sent l'os qui se trouve plus profondément situé que le cercle osseux, et arrête manifestement le doigt qui le presse.

La formation du bourrelet est un symptôme caractéristique du céphalsematome, seulement on ne doit pas oublier qu'il manque au début, et s'amoindrit pour être complètement résorbé ultérieurement ; si donc la maladie n'a été observée que de très-bonne heure, ou presque à la fin, on n'a sur elle que des notions nécessairement incomplètes. Dans un cas cité par Seux (XII« Obs.), 'le bourrelet avait mis dix à douze jours à se former. D'après lui, et mes observations se rapprochent des siennes, la forme du bourrelet est le plus souvent celle d'un ovale allongé ; la tumeur qu'il circonscrit a donc un grand et un petit diamètre. Sur les vingt-cinq cas qu'il cite dans son mémoire, vingt-deux fois il en a été ainsi ; trois fois seulement les diamètres étaient égaux, alors le bourrelet avait la forme d'un cercle. Le diamètre antéro-postérieur est ordinairement le plus grand (seize fois sur les vingt-cinq observations de Seux), six fois le diamètre transverse l'a emporté sur l'antéro-postérieur. Ce bourrelet n'est cas exactement ovalaire ou arrondi, ses bords sont plus ou moins irréguliers, ce que nous en avons dit à propos de l'anatomie pathologique nous dispense d'entrer dans de plus longs détails à ce sujet.

J'ajouteriù seulement que la tumeur qui avait montré jusque-là de la tendance à s'élargir, s'arrête dans son développement dès que la formation du bourrelet est complète ; bientôt elle commencera à décroître.

Ses dimensions varient entre la grosseur d'une noisette, et celle d'une petite orange. La saillie qui la caractérise peut n'être que de quelques millimètres, mais elle arrive quelquefois jusqu'à 2, 3 et même è centimètres.

Ce qu'il importe de signaler c'est que la tumeur respecte constamment les sutures et les fontanelles dont elle s'écarte toujours au moins de quelques millimètres ; trop adhérent aux os dans ces points, le péricrâne ne peut en être décollé. C'est un signe diagnostique d'une grande valeur ; à ce point que les sutures restent libres même quand le céphalsematome est double ou triple, et que les tumeurs sont assez volumineuses pour se toucher. Seux a raison lorsqu'il dit que le siège du céphalsematome en dehors des sutures et des fontanelles, et l'existence du bourrelet osseux, constituent sans contredit les deux signes les plus caractéristiques de cette maladie.

Peu de jours après la formation complète du bourrelet, la tumeur paraît s'affaisser en même temps que ses diamètres diminuent d'étendue. Le liquide commence à être résorbé, pendant que le bourrelet semble pagner de dehors en dedans, de la circonférence au centre, non pas d'une manière uniforme et régulière, mais au contraire par des prolongements osseux plus ou moins aigus qui ont de la tendance à se porter du côté opposé, et qui divisent quelquefois en deux parties inégales, en deux cavités secondaires, la surface de l'os (Seux, Obs. V et XIX). D'autres lois ces prolongements s'arrêtent dans leur développement, en même temps que plusieurs points anguleux semblables peuvent apparaître en dedans du bourrelet, et que des granulations osseuses, espèces d'îlots, se montrent en plus ou moins grand nombre au-dessus de la surlace de l'os. Non-seulement à cette époque la tumeur s'affaisse, mais son enveloppe donne au toucher la sensation d'une crépitation particulière ; elle semble parcheminée, on dirait une lame de métal ou un

CEPHALiEHATUlE. 11

mince cartilage. Seux, qui a observé ce phénomène quinze fois survingt-cinq cas, Ta signalé surtout dans les observations 111% V% VU«, VIll% X% Xl% X1V% XV1I% XIX", XX^ de son mémoire, en s'appuyant de l'autorité de Cheliiis qui avait cru reconnaître dans cette disposition (bruit de lame mince de fer-blanc), les signes d'ossification du périoste, et de celle de Nccgele, qui, dans une lettre à Yelpeau, parle de cette sensation de parchemin, de feuille de cuivre, indiquée pour la première fois par Schniidt. Valleix qui met en doute l'existence de ce phénomène, ne se prononce qu'avec une grande réserve, car il avoue n'avoir vu que deux céphalsematomes se terminer sans opération. Comme la pratique de Seux, d'ailleurs fort étendue, lui a permis en faisant constamment de l'expectation d'arriver à un résultat absolument contraire, il est raisonnable de supposer que là est précisément la clef de la dissidence qui sépare des auteurs d'ailleurs très-recommandables.

La tumeur s'affaisse de plus en plus, à mesui'e que le sang se résorbe, elle devient non-seulement moins saillante, mais plus flasque , et indépendamment de la sensation parcheminée qui persiste quelques jours de plus que la fluctuation, on sent des saillies irrégulières sous forme de plaques ou de jetées.

Le bourrelet persiste quelque temps après la disparition de la tumeur; il s'est entrecoupé d'intervalles parfaitement s:iins, en même temps que les surfaces osseuses situées immédiatement en dehors de lui redeviennent lisses et polies comme le reste du crâne. Dans un cas so^uniis récemment à mon observation *, deux mois après l'accouchement et le début de la tumeur, on trouvait encore deux petites saillies osseuses, parfaitement lisses, et qui avaient complètement perdu la forme de croissant ou de portions de croissant qu'elles présentaient au moment oii s'achevait la résorption du sang épanché. Bientôt toute trace d'enveloppé a disparu; une petite cavité osseuse, de forme un peu allongée, au centre de l'espace occupé par la tumeur, une oa deux sadlies osseuses peu prononcées, quelquefois une surface légèrement rugueuse, voilà tout ce qu'on peut constater; puis quelques semaines après, l'os a repris son aspect normal ; le doigt le plus exercé ne trouve plus rien. Ces remarques de Seux, contradictoires à celles de la plupart des auteurs, Naegele et Valleix entre autres, me paraissent reposer sur une observation vraie. Le premier, en signalant la lenteur avec laquelle se résorbe le céphalsematome, parle d'une bosse saillante qui reste sur le pariétal, sensible encore après un an ; le second affirme que la résorption est toujours lente et laisse après elle unépaississement de l'os. Il résulte au contraire des observations de Seux, confirmées par les miennes propres, que la nature ne met pas plus de quinze jours à deux mois pour compléter son œuvre. La guérison s'est opérée spontanément dix-huit fois sur dix -neuf observations ; une fois au bout de seize jours, une lois au bout de dix-sept, une fois au bout de vingt, deux fois après vingt-quatre jours, deux fois dans l'espace de quatre semaines, une fois après cinq semaines, six fois il a fallu six semaines, deux fois sept semaines, une fois deux mois. L'observation 11*^ qui complète la liste de ces dix-neuf faits a pour sujet un nouveau-né mort le quinzième jour des suites d'un muguet confluent avec entérite ; lecéphalgematome aurait suivi la marche des autres ; encore quinze à vingt jours et la réparation des parties malades se serait faite sans aucun doute, d'autant plus qu'il s'agissait d'une des plus petites tumeurs que j'ai eu à observer (Seux , op. cit., p. 25).

Diagnostic différentiel. Comme il est facile en général de reconnaître l'exis-

* Maternité de Lyon. Service de M. Larroyenne, juillet 1872.

T2 CÉPHAL^MATOME.

tence du céplialaematome, les auteurs, tout en faisant des réserves, ont à peine signalé quelques chances d'erreur. Cependant il a pu quelquefois passer inaperçu au début, soit parce qu'on n'a pas examiné la tête du nouveau-né avec assez d'attention, soit parce qu'on a pris la saillie du céphalœmatome pour le thrombiis ou a bosse sanguine assez commune après l'accouchement. On ne saurait trop insister sur l'importance qu'il y a d'examiner régulièrement la tète de l'enlaiit les jours qui suivent immédiatement sa naissance, non-seulement pour ne pas laisser un céphalœraatome sans l'avoir reconnu, mais même tout autre gonflement, et toute espèce de tumeur, d'inllanimation ou d'épanchement.

Une bosse volumineuse du cuir chevelu se rattache ordinairement à un accouchement pénible, elle a été le plus souvent constatée pendant le travail, et présente après la naissance une tendance marquée à diminuer plutôt qu'à s'accroître. Moins bien circonscrite que le céplialaematome , elle passe souvent au-dessus d'une suture, au lieu d'être limitée a certains points définis; la peau qui la recouvre est en général d'une couleur lortement violacée, plus ou moins œdémateuse, conservant par conséquent l'empreinte du doigt. Sa disparition assez rapide, au bout de deux à trois jours, l'absence constante de bourrelet osseux, achèvent d'établir la différence. Toutefois on comprend que la superposition d'une bosse séro-sanguine a un céphalsematome ordinaire, et même la coïncidence de ces deux lésions avec im épanchement sanguin sous-aponévrotique, peuvent compliquer le diagnostic, qui demandera pour être établi avec quelque exactitude, nonseulement un examen attentif dès l'abord, mais répété à plusieurs jours d'intervalle, pour permettre aux épanchements superficiels, en se résorbant les premiers, de laisser à nu, et plus distincte par conséquent, la tumeur formée par le véritable céphalœmatome. Si un abcès se développe après ou pendant la formation de ces lésions superficielles, on pourra encore se tromper. Valleix a vu un cas où la tumeur située au-dessus de la bosse pariétale gauche était molle, fluctuante, irréguhèrement arrondie, sans changement de couleur à la peau, avec formation d'un bourrelet saillant d'une ligne environ de hauteur, peu étendu en largeur, et offrant à la pression une assez forte résistance. Un pus liquide qui s'était formé entre l'aponévrose et le périci'âne, en s'écoulant par l'ouverture de cette tumeur, en expliqua la forme et l'étendue, qui pourraient plus facilement encore faire croire à un céphalœmatome, si la collection purulente se faisait entre l'os et le péricrâne, conmie je l'ai vu dans une autopsie i'aite récemment chez un enfant âgé de trois semaines. Mais, dans ces cas, l'abcès peut siéger aussi bien au niveau d'une suture qu'au-dessus de l'os lui-même. La peau qui le recouvre est le plus ordinairement rouge, chaude, oedémateuse, et douloureuse à une pression même légère. Le céphalsematome, qui ne dépasse, au contraire, jamais les limites des sutures, se présente avec une teinte et une température normales de la peau, qui est rarement douloureuse à la pression, glisse facilement sur les parties sousjacentes, sans œdème ni même le plus léger empâtement superficiel.

Si l'on perçoit dans l'encéphalocèle, comme dans le céphalaematome, un rebord osseux, une sorte de bourrelet, on reconnaît bientôt en enfonçant le doigt dans ce point qu'on pénètre dans une perforation véritable, ou plutôt dans une ouverture, dont le siège sur le trajet des sutures ou des fontanelles, contraste par cela môme, avec la présence de l'épanchement sanguin du céphalsematome , exclusivement limité à des surfaces osseuses. L'os sera toujours reconnu dans l'exploration du céphalaematome pour peu qu'on mette d'attention et de ménagement dans l'exploration de la tumeur, et celle-ci d'ailleurs n'offre ni mouvements de soulèvement,

CÉPHALJÎMATOME. 15

ni battements communiqués par le cerveau, comme dans rencéplialocèlc. La tumeur constituée par ce dernier diminue et disparaît en grande partie sous l'iiilluence de la pression qui détermine, pour peu qu'on la prolonge, des convulsions, des vomissemenls et de la sonmolence, ce qui ne s'observe jamais dans le céphalîematome à moins d'une communication directe par usure, ou l'absence d'une portion osseuse, entre un céphalaematome sus-méningien, et un cépiialsematome souspéricrànien. Quant au diagnostic du céphalœmatome sns-raéningien existant seul, je le croirais presque, avec Seux, rigoureusement impossible (Mém. cité, p. 31).

Pronostic. Le céphalœmatome est par lui-même exempt de tout danger, et son pronostic essentiellement favorable. Ni la vie, ni la santé de l'enfant ne sont compromises, et le médecin peut dissiper les craintes qui s'attacheront toujours à une tumeur ainsi placée. C'est une affection toute loc;ile, ayant une tendance naturelle vers la guérison, qui survient au bout d'un temps généralement assez court ; sa présence et son développement, même considérable, n'impliquent aucune lésion grave des os ou des téguments crâniens. Tout ce (jue l'on peut redouter, c'est qu'elle ne devienne gênante par son volume, ou que par exception à ses habitudes, elle ne dure trop longtemps. Mais il n'y a, je le répète, aucun motif de s'alarmer.

On devrait être plus réservé si l'on voyait la marche naturelle du céphalaematome entravée par quelque complication; il faudrait alors ne pas perdie de vue et riniportance de la région affectée, et lé voisinage des centres nerveux. Les accidents qui pourraient survenir sont : l'indammatiou des téguments recouvrant la poche, l'érysipèle du cuir chevelu, l'inflammation de la tumeur elle-même et sa transformation en un abcès, enfin la perforation, la carie ou la nécrose de l'os sous-jacent. Chacune de ces affections serait combattue par les moyens appropriés ; mais je n'y insiste pas davantage, et j'ai pour cela une raison capitale, c'est que le céplialœmatorae n'y donne presque jamais lieu.

Dans un cas observé par Hœre, l'altération de l'os qui finit par se perforer détermina une hernie cérébrale. Mais si de telles exceptions doivent rendre circonspect dans renonciation d'un pronostic favorable, elles ne peuvent cependant pousser un chirurgien judicieux, à moins d'indications évidentes et très-précises, à sortir de la voie d'expectation sur laquelle nous insisterons tout à l'heure.

Par contre, le pronostic est des plus graves quand le céphalsematome externe s accompagne d'un céphalœmalome sus-méningien. Il est bien difficile de prévenir la terminaison fatale en pareil cas : le cerveau est compromis et, pour le dégager, il faudrait arriver dès le début à un diagnostic précis, dont on a déjà vu la presque impossibilité. D'ailleurs, parvînt-on même à évacuer le sang, la perforation de l'os subsisterait sans rien perdre de sa gravité. On sait que le céphalsematome interne est heureusement des plus rares.

Traitement. « Le céphalsematome guérit toujours par les seuls efforts de la nature; les traitements institués contre lui jusqu'à ce jour sont inutiles, quelquesuns sont nuisibles. » Telles sont les conclusions pratiques du mémoire de Seux, qu'il est intéressant de rapprocher de l'opinion complètement identique exprimée par Simpson, en 1848, dans ime séance de la Société obstétricale d'Edimbourg. A cette époque déjà il avait eu l'occasion d'observer un nombre assez considérable de céphalEematomes, et n'avait pas encore vu la nécessité d'aucun traitement. « Il ne faut, ajoutait-il, que du temps et de la patience! » (Simpson, Obstetr. Mem., t. II, p. 463). Ce sont, en elfet , les meilleures ressources auxquelles un chirurgien puisse faire appel , en y joignant une fermeté suffisante pour résister à l'en-

U CÉPHAL^MATOME.

traînement des parents du petit malade, des amis de la famille, et de la masse si nombreuse toujours des donneurs de conseils. Tenons compte aussi de la routine, des habitudes prises, du défaut de réflexion, et nous comprendrons comment encore aujourd'hui il faut compter avec la liste aussi longue qu'inutile de tous les moyens employés.

Les applications résolutives ne présentant pas d'inconvénients, on peut y recourir sans compter sur leur efficacité à travers des enveloppes fibreuses, multiples et épaisses. Qu'on applique des compresses fines imbibées d'infusions aromatiques (fleurs de sauge, de camomille, de thym), ou de décoctions astringentes et toniques (rose de Provins, écorce de chêne, quina,etc.), ou qu'on se serve d'eau lilanche, d'eau de rose, d'eau alcoolisée, peu importe, pourvu que ces applications n'irritent pas la peau, ou ne refroidissent pas la tète du petit malade sur une trop grande surface. La combinaison de la compression ne serait pas à dédaigner si elle était plus facile à exercer sur les os flexibles du nouveau-né, à travers une peau mince et délicate; cependant une petite calotte en tissu élastique qui a pu remplir utilement ce but, doit être conservée , ne serait-ce que comme moyen protecteur pour empêcher les frottements et les chocs extérieurs toujours dangereux. Un autre agent de compression très-bon à essayer, c'est le collodion élastique, qui a donné plusieurs succès à M. Dumas (de Montpellier). Ne parlons du séton, des caustiqueset des larges incisions que pour mémoire, en recommandant de n'y jamais recourir. La simple ponction avec le bistouri ou la lancette, un trocart fin ou l'aiguille de Pravaz ne doit pas être aussi complètement rejetée que la grande incision , et surtout le séton, recommandé par Moscati et Paletta, aussi bien que les caustiques employés par Gœlis. Si l'on se décidait pour une ponction , on ferait bien de se servir de l'appareil à aspiration pneumatique de Dieulafoy. Valleix voulait qu'on réservât l'incision pour les cas de céphalsemaiome volumineux, persistant pendant plusieurs jours, pour obtenir un recollement prompt des parties molles {Op. cit. p. 557). A ce point de vue même, son conseil ne saurait être maintenu, et aujourd'hui il est incontestable que, de toutes les méthodes, la plus efficace, la plus sûre et celle que l'expérience doit faire désormais considérer comme lapins expéditive, c'est l'expectation. Toutefois, s'il n'est pas pei'mis d'hésiter dans la grande majorité des cas à lui donner la préférence, il faut songer à la circonstance exceptionnelle où des symptômes de compression cérébrale feraient penser que l'épanchement sous-péricrânien est compliqué de céphalaematome sus-méningien ; alors l'incision pourrait conjurer les accidents cérébraux en vidant les deux foyers , si , comme on l'a observé , ils étaient en communication , soit au moyen de porosités , soit par l'interstice d'une fissure (Seux, Op. cit., p. 45). Qui n'a présent à l'esprit le souvenir de maints épanchements sanguins, considérables, résorbés avec facilité et d'une manière complète , soit dans l'épaisseur des tissus , soit dans la profondeur des organes , ou dans les cavités sérenses ? Ce qui se produit dans la disparition des tumeurs anévrysmales n'appartient-il pas au même ordre de faits, et ne doit-il pas encourager à fonder sur cette méthode les plus fermes espérances? Rien n'est plus instructif que les observations qui terminent le mémoire de Seux ; je défie le partisan le plus obstiné d'une thérapeutique active appliquée au céplialsematome de lire ce travail et surtout la partie qui a trait aux heureux effets de l'expectation, sans arriver rigoureusement aux mêmes conclusions que son auteur. Pour moi, je n'hésite pas aujourd'hui dans ma pratique et ne puis que joindre ma voix à celle, plus autorisée, de notre savant confrère de Marseille et de l'éminent et regretté professeur d'Edimbourg. C'est aussi la conclusion de M. Tarnier (art. Céphal^matome,

CÉPHAL^MATOME. 15

p(ûuveau Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie pratiques, t. VI, p. 675). En résumé, l'expectation, aidée, si l'on veut, de quelques moyens résolutifs, est le seul traitement exempt de tout danger, et celui qu'on doit conseiller dans tous les

cas.

Du cephalœmatome interne. Son histoire est encore très-incomplète, et repose presque tout entière sur le cas observé par Hœré, d'après lequel il décrivit le premier cette affection. Aussi ne peut-on guère se dispenser de le reproduire en entier. « iJn enfant, né à la suite d'un travail prompt et facile, resta, après sa naissance, dans un état de faiblesse et d'assoupissement dont il fut d'abord difficile et plus tard tout à fait impossible de le faire sortir : les pupilles étaient dilatées et il ne prenait pas le sein. Il perdit enfin toute sensibilité et succomba le quatrième jour après l'accouchement. A l'autopsie, on vit que le péiicrâiie était soulevé en un point, un peu au-devaut de la bosse pariétale droite, et l'on reconnut qu'au-dessous de cette membrane était une certaine quantité de sang noir et coagulé. La surface de l'os sur lequel reposait l'épancheraént sanguin n'était ni érodée, ni décolorée ; mais on y apercevait une fissure quienvironriait presque circulairement la collection sanguine. Lorsqu'on examina la surface interne des os du crâne, on découvrit, derrière le point même que recouvrait ré()anchement externe, une tumeur sanguine de la grosseur d'un œuf de pigeon, placée entre les parois osseuses et la dure-mère décollée, et qui avait produit à la surface du cerveau une dépression très-notable. L'os était très-mince dans cet endroit, sa surface interne offrait une érosion remarquable, et paraiss;iit même en partie détruite auprès de la suture sagittale. La fissure dont nous avons parlé se remarquait ici, comme à l'extérieur, car elle intéressait toute l'épaisseur de l'os. »

Depuis cette observation, le céphalsematome interne a été étudié par Baron, Moreau père et M. Ducrest; Burchard en a vu cinq cas et d'autres sont disséminés dans les recueils scientifiques.

Toujours il coïncidait avec une tumeur de même nature reposant, au même niveau que lui, sur la face externe de l'os, et presque toujours la communication entre les deux collections se faisait par une fracture ou une fissure. Cependant l'os était intact dans un cas rapporté par Moreau.

Je crois ce fait très-exceptionnel, pour ne pas dire douteux, et je ne vois dans le céphalaematome interne qu'une extension dans la cavité crânienne de l'affection existant déjà à l'extérieur. Le céphalsematome sous-péricrànien doit toujours se former le premier; mais, si les causes qui lui ont donné naissance ont agi avec plus de force que d'habitude, de manière à fracturer l'os, le sang pénétrera audessus de la dure-mère, la décollera dans une certaine étendue et formera ainsi un nouveau foyer au-dessus du cerveau. S'il faut admettre que la fracture de l'os soit la cause première des deux épanchements sanguins, comme l'a soutenu M. Dolbeau, à la Société de chirurgie en 1859, ce ne peut être qu'une cause trèsexceptionnelle.

Dans l'observation empruntée à la clinique de M. Stoltz et citée dans la thèse de Bonhomme, l'épanchement sanguin intra-crânien ne saurait à la rigueur être complètement rapporté à la coïncidence d'un céphalsematome sus-méningien puisqu'il se compliquait d'une suffusion sanguine cérébrale considérable, ne se rattachant d'ailleurs ni à un enfoncement, ni à une fracture (thèse citée, p. 14).

Le diagnostic, le pronostic et le traitement du céphala;matonie interne ont été suffisamment étudiés dans ce qui précède, je n'y insiste pas davantage ici.

Cephalœmatome de& femmes. On a désigné sous ce nom une collection san-

16 CEPHALALGIE.

guine qui se fliit quelquefois dans les enveloppes du crâne chez les femmes ou les jeunes filles, lorsque la menstruation est retardée : elle est sans gravité aucune et disparaît aussitôt qu'un traitement approprié a fait i evenir les règles. C'est un exemple assurément remarquable de fluxion sanguine supplémentaire qui se présente très-rarement à l'observation (Mongeot, note sur le Céphalœmatome des femmes, in Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 27 mars 1857). Voy. Menstruation et ses différents troubles; AMÉNORr.nÉE, etc.

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CÉPHALALGIE. CÉPHALÉE. D'après son étymologie(/sy«),ô, tête, okyoç, douleur), le mot céphalalgie signifie douleur de la tête, c'est-à-dire de l'ensemble des parties qui composent l'extiémité supérieure du corps ; mais l'application de ce terme a été exclusivement réservée, par l'usage, aux sensations douloureuses de la région crânienne, sensations dont le siège, correspondant au front et au cuir chevelu, est limité par le vertex d'une part, et d'autre part par une li"ne circulaire qui passerait au niveau des orbites et des apophyses mastoïdes.

Comme toutes les douleurs, la céphalalgie n'est qu'un symptôme. Si, dans maintes circonstances, ce symptôme peut acquérir une importance considérable au point de vue séméiologique, l'étude en est extrêmement complexe à cause de la difficulté d'en déterminer le siège anatomique et la valeur clinique.

Nous verrons en effet, en étudiant la physiologie pathologique de la céphalalgie, combien la notion de son siège est obscurcie par l'intime voisinao-e, dans la région où elle se manifeste, d'organes préposés à la perception de la douleur, les centres nerveux intra-crâniens, et d'antres organes purement protecteurs en apparence, les enveloppes crâniennes auxquelles nous serons obligé de faire une part considérable dans la production même de cette douleur.

Quant à la valeur clinique de la céphalalgie, l'appréciation en est rendue difficile d'une manière générale en raison des conditions suivantes :

A. La douleur est un phénomène purement subjectif dont aucun instrument ne

peut enregistrer ni l'ascension ni les degrés ; elle est subordonnée au tempérament de chacun, à son impressionnabilité ; les expressions en varient donc suivant la sensibilité individuelle. Cela est surtout vrai de la céphalalgie, si fréquente chez certaines personnes comme résultat purement sympathique d'un trouble éloigné qui, sur d'autres organismes, n'aurait provoqué rien de semblable. Il n'y a donc pas, dans cette manifestation morbide, chez les divers individus, cette uniformité, ou, tout au moins, cette similitude nécessaire pour caractériser la valeur propre de tout phénomène pathologique.

B. Cette irrégularité de la céphalalgie comme symptôme se retrouve également si nous l'étudions dans ses rapports nosologiques. Nous verrons, il est vrai : 1» que, dans une certaine classe d'affections, lus pyrexies, la céphalalgie semble subordonnée à un mode d'évolution déterminé, parallèle à celui du mouvement fébrile; 2" que, dans les affections des centies nerveux, la douleur de tête constitue également avec l'agitation, et parfois les convulsions, le début régulier d'un appareil morbide qui se terminera par la stupeur, le coma, la résolution musculaire.

Mais combien de faits en revanche où la céphalalgie se produit sans rapport apparent avec l'intensité plus ou moins grande, avec l'évolution des autres conditions morbides ! Quoi de plus insignifiant que la douleur, atroce quelquefois, qui résulte d'uneindigestion? Quoi de plus redoutable que la simple pesanteur de tète qui est parfois le premier indice de rimniinence d'un accès pernicieux, ou de la tuberculisation des méninges?

G. La difficulté de trouver ce que représente, comme fait morbide la céphalalgie tient à ce que, dans la majorité des cas, elle se rattache à la lésion ou au trouble d'un organe éloigné du siège de la douleur : <i Quand je vois, dit Chomel, un malade en proie à une forte céphalalgie , je suis entraîné à en chercher la cause dans les organes éloignés, avant de la demander au cerveau ; comme dans le cas de fièvre intense, je suis porté à en chercher le point de départ partout ailleurs que dans le cœur. » A cette observation si vraie nous ajouterons que si les alfections du cœui- se révèlent en général par une sensation morbide locale, il y a des altérations très-gi'aves de l'encéphale, ramollissement, tumeurs, abcès qui ne se traduisent par aucune douleur céphalique.

D. Il suffit, en dernier lieu, de jeter un coup d'œil sur le cadre pathologique, pour voir avec quelle facilité la céphalalgie s'adapte aux maladies les plus diverses, les plus opposées les unes aux autres ; nous la constatons non-seulement dans la plupart des affections du cerveau, dans b>s pyrexies, dans les névroses, dans les inflammations, dans les intoxications ; mais encore, dans la plupart de ces maladies, nous voyons la douleur de tète, qui aura cédé ou disparu, à tel ou tel moment, avec l'ensemble des symptômes qui lui paraissaient connexes, reparaître à un autre titi'eaux périodes ultérieures de l'évolution morbide ; elle se rattachait d'abord à un molimen congestif ; celui-ci tombe ; la céphalalgie reparaît comme conséquence directe de l'anémie, ou des troubles nerveux qu'elle entraîne.

Siège de la céphalalgie. Physiologie patholoiuque. Quel est le siège anatomique de la céphalalgie? En chercherons-nous l'origine dans les centres nerveux encéphaliques, ou bien dans leurs enveloppes, dans la boîte osseuse et les parties molles qui la recouvrent ?

Ces parties molles sont composées d'éléments anatomiques offrant toutes les conditions voulues pour le développement local des sensations normales et pathologiques; les diverses affections de ces tissus présentent les mêmes retentissements douloureux que celles des autres organes, et peuvent devenir dès lors le point de

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départ immédiat de véritables céphalalgies diffuses ou circonscrites. Mais, en outre, la configuration et les rapports de ces enveloppes leur créent peut-être dos dispositions spéciales à certaines sensations douloureuses. Ce qui caractérise particulièrement cette région, c'est la vaste surface occupée, au sommet du crâne et immédiatement sous la peau, par l'aponévrose épicrânienne ; en aucun autre point de l'organisme ne se trouve, aussi superficiellement placée, une lame fibreuse aussi épaisse, ni aussi peu défendue, au moins dans nos pays, contre lu froid et les intempéiies; l'habitude, dans notre société, d'avoir la tète alternativement couverte et découverte, celle de sefaire couper les cheveux à des intervalles parfois très-longs, la calvitie souvent précoce, nous expliquent la fréquence, en cette région, des douleurs rhumatismales dont le tissu blanc fibreux est le siège d'élection.

D'autre part, la connexion intime de cette aponévrose avec le crâne d'une part, de l'autre avec le cuir chevelu, et son inextensibilité nous font prévoir les conditions spéciales de douleur, qui pourront résulter de l'hypérémie du tissu cellulaire sousjacent et de la compression qui en résultera sur les extrémités des nerfs périphériques.

Tout le pourtour inférieur du crâne, et particulièrement les reliefs osseux constitués par la protubérance et les lignes courbes occipitales, par les apophyses mastoïdes, les arcades sourcilières, servent de point d'attache à une masse musculaire considérable qui joue un rôle presque incessant dans les mouvements et l'équihbration de la tête; ces muscles sont tous, à leur origine, en connexité avec les parties contractiles ou fibreuses de l'occipito- frontal, et par conséquent leurs contractions agissent indirectement sur l'aponévrose épicrânienne. Or, de tous les muscles de l'économie, ceux qui s'insèrent au crâne sont ceux précisément dont l'action est le plus fréquente et le plus continue, les seuls, qui, dans les professions les plus sédentaires, ne se reposent pas. Ils jouent un rôle considérable dans la production de la céphalalgie. Quels sont, dans nos pays, les personnes les plus fréquemment atteintes de douleurs de tète ? Ce sont, parmi les femmes, celles qui demeurent le plus constamment assises, occupées à des travaux qui en général exigent une faible dépense de force générale, mais une contraction continuelle de tous les muscles chargés d'assurer l'immobilité de la tête, spécialement des muscles de la nuque ; ce sopt, parmi les hommes, ceux qui sont plus spécialement voués aux travaux de cabinet, ou à certaines professions exigeant aussi la tension permanente des muscles équilibrateurs de la tête; parmi ces derniers, les plus fréquemment atteints de ces douleurs sont les myopes, obligés de se pencher davantage et d'augmenter ainsi le travail et la contraction de ces muscles. De là, ces fatigues douloureuses delà fibre musculaire, fatigues qui se géiiérahsent sous forme de céphalalgie dans la région épicrânienne, mais dont on reconnaît l'origine par la sensation d'endolorissement que provoque la pression du muscle, et par le soulagement qu'on obtient par le repos. Les douleurs muscu-, laires constatées par Briquet chez les hystériques, par G. Séechez les anémiques, me semblent être, dans un nombre infini d'autres affections, l'origine des céphalalgies qu'on a rapportées à la souffrance des centres nerveux eux-mêmes ; ne nous expliquent-elles pas en partie les violentes douleurs de tète éprouvées au début de certaines pyrexies graves, comme les typhus, dans lesquelles il y a, dès les premiers jours, prostration et fatigue musculaire, etoii le mouvement fébrile initial provoque des battements artériels d'une violence exceptionnelle sur les régions endolories ?

Le rôle de la couche fibro-musculaire épicrânienne dans la production de la

céplmlabie nous semble évident pour la couibature fébrile où les douleurs sont à leur maximum dans les masses musculaires ainsi que dans leurs enveloppes, et oij le mouvement fébrile suscite également une congestion et des battements douloureux sous la couche inextensible du muscle occipito-frontal.

On sait combien est fréquente la céphalalgie chez certaines personnes nerveuses, à la moindre diminution de la pression atmosphérique ; les oscillations barométriques du printemps et de l'automne, l'ascension sur des hauteurs favorisent chez elles la dilatation des vaisseaux périphériques, et par conséquent la compression des tissus péricrâniens.

Chez les goutteux, n'y a-t-il pas une tendance spéciale aux affections des tissus fibreux, soit à l'extrémité des membres, soit dans les cavités splanchniques (diaphragme, zones fibreuses du cœur) et ne s'explique-t-on pas ainsi le siège de la céphalée arthritique soit dans le périoste des os du crâne, soit surtout, vu ses fréquentes irradiations, dans l'aponévrose épicrânienne ?

N'est-ce pas également dans ce tissu fibro-musculaire que siège la douleur de tète des saturnins chez lesquels le système musculaire du tronc est spécialement frappé par l'intoxication?

Ce qui, enfin, prouve la réalité delà soufirance des enveloppes cutanée et sous-cutanée du crâne dansla plupart des affections oti il y a céphalalgie, c'est que, chez ces malades, que leur douleur soit d'origine congestive, anémique ou rhumatismale, l'impression la plus pénible sera produite par le moindre effort qui occasionnera, de près ou de loin, quelque tiraillement de ces parties. Chez presque tous, les mouvements de la tête, de l'œil, du visage, l'action de tousser, de se moucher exaspèrent la douleur.

Cette analogie dans la cause morbide nous explique aussi pourquoi, comme sensation douloureuse, la plupart des céphalalgies diffuses se ressemblent tant, et pourquoi, dans le diagnostic des affections auxquelles elles se rattachent, il faut surtout tenir compte des symptômes concomitants.

G,Qs céphalalgies épier âniennes sont extrêmement douloureuses parfois, s'accompagnant d'élancements dont le point de départ et le trajet indiquent une atteinte des principaux rameaux nerveux qui se distribuent en ces régions. Nous n'avons à parler ici ni de la névralgie sus-orbitaire, ni de la névralgie cervicooccipitale {voy. Névralgies). Nous dirons seulement que, dans la clinique, il n'existe pas, entre les affections des nerfs et celles des parties voisines, une séparation aussi complète que l'avait établi Valleix ; ainsi les douleurs névralgiques du rameau sus-orbitaire du trijumeau semblent être parfois le terme extrême de la céphalalgie difluse ; il est très-facile de s'assurer, par la pression, de la fréquence et de la réalité de cette complication dans la douleur de tête soit des pyrexies, soit des anémies, soit des affections rhumatismales de l'épicrâne. Sans doute le névrilemme partage la susceptibilité morbide des tissus blancs voisins; il y a simultanément myosalgie et névralgie; peut-être, dans les céphalalgies congestives, y a-l-il hyperémie de ce névrilerame ; ou bien faut-il admettre que la douleur du cordon nerveux ait son origine dans la présence de l'acide lactique qui se produit par l'effet de la fatigue musculaire, et qui est un excitant douloureux des nerfs de sensibiUté (G. Sée) ?

La boîte osseuse qui enveloppe l'encéphale offre les conditions d'hyperesthésie moi bide des os en général et du périoste ; nous verrons que la plupart des céphalées tenaces, rebelles, à siège limité, se rattachent à une altération plus ou moins circonscrite de cette boîte. En outre, le squelette du crâne présente, dans son épais-

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seuron dans son voisinage, certaines cavités (sinus frontaux, cellules mastoïdiennes) siiscepûbles de devenir le siège d'affections dont les unes ne produiront que des douleurs locales, mais dont les autres entraîneront le développement de la céphalalgie diffuse , soit sous l'influence d'un trouble purement sympathique, soit comme résultat de la compression de certains nerfs à leur sortie du crâne.

La connexion qui existe entre les os et la dure-mère explique d'autre part la fréquence des complications d'inflammation et de douleurs méningiennes dans ces altérations osseuses.

Un fait aujourd'hui hors de doute, surtout depuis les recherches de Calmeil, de Bouillaud, de Longet, c'est l'insensibilité complète de la substance corticale et médullaire des lobes cérébraux et du cervelet. Les douleurs , provoquées par les irritations d'ordre physique et chimique, dilacération, cautérisation, ustionmême, sur les faisceaux sensibles envoyés par la moelle aux premiers ganglions encéphaliques (bulbe, protubérance, tubercules quadrijumeaux), sont remplacées par une insensibilité complète dès que ces faisceaux sont entrés dans l'épaisseur des lobes cérébraux, du cervelet, des couches optiques et des corps striés.

Cette remarquable métamorphose des propriétés des fibres nerveuses tient sans doute à ce qu'elles ne sont pas continues jusqu'à leur point d'origine apparente.

De ces expériences nous ne conclurons pas d'une manière absolue à l'absence complète, nécessaire, de toute sensation morbide . di V état pathologique , dans la presque totalité de la masse encéphalique; nous nous rappellerons, avec Longet : 1» que les maladies développent de la douleur dans des organes qui paraissent insensibles à nos moyens ordinaires d'irritation ; 2° qu'entre les différentes parties du cerveau, il existe un consensus qai peut rendre non-seulement excitable, mais peut-être douloureux, tel point de l'encéphale par la stimulation d'un point voisin ou éloigné. Seulement nous nous appuierons sur ces expériences pour mettre en doute, plus complétementqu'on ne l'a fuit encore, l'influence qu'on a attribuée, sur la production de la douleur céphalique, à deux conditions principales des centres nerveux, dans lesquelles il n'y a pas lésion anatomique, mais simple trouble fonctionnel; nous voulons parler de l'hyperémie et de l'anémie.

On sait avec quelle conviction on attribuait, au commencement de ce siècle, tout symptôme cérébral, spécialement la douleur, à des conditions non-seulement d'hyperémie, mais d'inflammation cérébrale; l'expression de gastrocéphalite appliquée à l'appareil morbide initial de certaines pyrexies violentes, fièvre rémittente, fièvre jaune, typhus, et justifiée, aux yeux des observateurs de l'époque, par la masse considérable de sang dont étaient gorgés le cerveau, les méninges, indiquait bien l'importance qu'on accordait à l'afflux du sang vers le cerveau comme cause de la céphalalgie si intense dans ces affections. On négligeait la considération de l'hyperémie qui , parallèlement à celle de l'encéphale, envahit alois aussi les enveloppes des centres nerveux, le cuir chevelu, le tissu sous-épicrânien, le diploé lui-même. Tel est pourtant, suivant nous, le point de départ principal de la douleur dans ces aflections ; chez le malade atteint d'un violent mouvement fébrile et dont le système artériel projette vers la tête une masse de sang considérable, comme chez l'individu ou l'animal que l'on étrangle, il se produit une congestion intra et extra-cràmenne, et non pas seulement une hyperémie cérébrale. Si l'on tient compte de l'inextensibilité de l'aponévrose épicrânienne, de la compression douloureuse des filets nerveux resserrés entre cette aponévrose et les os du crâne, on admettra peut-être que là surtout est l'origine de la douleurcéphalique causée! soit par le mouvement fébrile, soit par la compression des vaisseaux du cou; quant

à l'hyperémie simultanée de l'encéphale, elle produira plutôt des phénomènes en rapport avec les fonctions de cet organe ; il en résultera : !*> des désoidres des mouvements, convulsions ou paralysies ; 2" des désordres de rintelligence , délire ou coma ; 3» des désordres non pas de la sensibilité , mais de la perception des sensations, dont l'expression la plus fréquente sera non pas la douleur, mais au contraire l'anesthésie, la stupeur, nous dirions presque l'atténuation de l'hyperesthésie extra-crânienne. N'est-ce pas pour cette raison que, dans l'affection connue sous le nom de congestion cérébrale , la céphalalgie est plus obtuse , moins lancinante que les autres douleurs de tête causées par des maladies où l'encéphale jouit de r intégrité de ses fonctions, et perçoit plus nettement toutes les sensations morbides ?

On a cependant voulu établir un rapport intime entre l'intensité de la douleur et l'activité du mouvement de décomposition organiq!ie dont le:^ cellules nerveuses de l'encéphale, comme tous les autres tissus , seraient le siège durant l'évolution i lu cycle fébrile. La température interne du cerveau est , à l'état normal, un peu plus élevée que celle du sang artériel (Heidenhaim), et l'on com|)rendrait dès lors que dans les pyrexies caractérisées par l'excès de l'hypergenèse thermique, la scarlatine, par exemple, le tissu de l'encéphale arrivât, plus rapidement que tout autre, aux conditions de chaleur voulues pour entraîner une modification, une désorganisation même de ses éléments. Mais eu somme, malgré son intensité, la céphalalgie de la scarlatine ne dépasse pas les limites de diverses douleurs apyrétiques, de la céphalalgie rhumatismale^ par exemple; ce qui fait son caractère surtout, c'est sa coexistence avec certains troubles cérébraux, délire, convulsions, puis coma, phénomènes qui, eux seulement, peuvent dépendre des modifications ou des impressions subies par le tissu de l'encéphale.

Ce qui prouve que la plupart des ce'plialalgies fébriles, dans leurs formes les pi: s intenses, sont d'origine extra-crânienne , c'est que, chez grand nombre de malades, on les voit diminuer par la compression des artères temporales, comme Guyon l'a constaté dans différentes pyrexies et spécialement dans la fièvre jaune.

Si autrefois on s'est laissé entraîné à attribuer l'origine de la douleur de tête à l'hyperémie cérébrale, il existe aujourd'hui une tendance excessive à rapporter la production de ce phénomène à une condition opposée, à l'anémie des centres nerveux. 11 est évident que lu nutrition deces organes est indispensable à la régularité de leurs fonctions; mais les conséquences de leur anémie ne seront-elles pas plutôt les troubles et la faiblesse des mouvements, les vertiges, la paresse de Tintelligence qu'une altération de la sensibilité? Les accidents, produits par la ligature de la carotide , ne consistent nullement en sensations douloureuses du cerveau , et dès lors, si la céphalalgie se produit chez les anémiques, ne faudra-t-il pas encore en chercher la cause en dehors de l'encéphale? Cette cause, nous la trouverons surtout dans les seisations douloureuses entraînées par la nutrition imparfaite et par la fatigue des muscles extra-crâniens.

Les circonstances les plus propres à développer une douleur d'origine intracrânienne sont celles qui ont pour effet de produire, avec une certaine rapidité, soit la turgescence générale de la masse cérébrale, soit une irritation inllammatoire des méninges.

Ainsi les céphalalgies, parfois très-vives, qui se manifestent au moment des hémorrhagies intra-méningées , consécutives à la pachyméningite , celles que Legendre a vu se développer à la suite d'apoplexies séreuses enkystées dans ces mêmes méninges, celles qui signalent les congestions Uuxioanaires survenant

périodiquement autour de certaines tumeurs intra-cérébrales, nous paraissent tenir à la compression douloureuse, par la niasse de l'encéphale, des organes si sensibles qui en constituent la base (tubercules, protubérance, bulbe).

D'autre part, plus une lésion cérébrale sera voisine des méninges, plus elle sera douloureuse; ce n'est pas que les méninges soient douées d'une sensibilité exquise, même à l'état pathologique; nous voyons grand nombre d'individus, atteints d'alcooUsme et surtout de paralysie générale, arriver au terme de leur affection avec les altérations les plus profondes de ces membranes, sans avoir ressenti de bien vives douleurs, parfois sans avoir jamais souffert de la tête. Mais lorsque le travail morbide s'accomplit plus rapidement, lorsqu'il s'opère des congestions méningiennes très-rapides , comme le fait a lieu dans les cas de tumeurs encéplialiques voismes, de granulations tuberculeuses de la base , lorsque surtout le tissu <!e la pie-mère devient le siège d'un travail d'inflammation suraiguë et que la suppuration s'y étabht en quelques heures , les douleurs peuvent être de la plus intolérable violence.

D'après les considérations précédentes , on peut dire qu'en général , dans les céphalalgies diffuses, plus la douleur sera violente, plus il sera probable qu'elle est d'origine périphérique, soit méningienne, soit extra-crànienne ; plus elle sera sourde et gravative , plus on pourra admettre l'influence d'un trouble d'origine encéphalique.

Formes de la céphalalgie. Nous devrions décrire les différentes formes sous lesquelles se présente la douleur de tète, générale ou partielle , intense ou légère, gravative ou lancinante , superficielle ou profonde , si chacune de ces sensations ne dépendait pas fréquemment de l'impressionnabilité spéciale des malades.

Il est difficile aussi, d'après les modes divers de la douleur céphalique, d'en apprécier le point de départ anatomique, certains élancements purement névralgiques et très-superficiels entraînant parfois la sensation d'une pénétration profonde, conjparable à l'action d'un coin ou à celle d'un instrument térébrant, dans l'intérieur du crâne; tandis que certaines tumeurs intra-crâniennes occasionneront des douleurs très-vives à la superficie du cuir chevelu.

Enfin, nous ne pouvons no» plus , d'après le caractère des douleurs , remonter d'une manière absolue à la notion de l'affection qu'elles représentent ; nous verrons telles maladies, comme la scarlatine, la syphilis, le rhumatisme, occasionner des céphalalgies entièrement différentes suivant la période de leur évolution.

Sauvages , en divisant les céphalalgies , d'après la nature des affections dont elles relevaient , était parvenu à créer des groupes extrêmement nombreux , une trentaine environ, qui n'étaient, en somme, que l'énumération des maladies susceptibles d'occasionner une douleur de tête , mais sans l'indication des caractères spéciaux de cette douleur pour chacun de ces groupes.

Nous hésitons, pour cette même raison, à adopter la classification de Monneret, basée principalement sur la nature congestive, nerveuse, anémique ou rhumatismale de l'affection ; et nous nons bornons à la distinction suivante :

Les deux types extrêmes sous lesquels se présente la douleur céphalique sont : 1° la céphalalgie diffuse, occupant toute la surface de la région crânienne, sans que cependant la douleur soit également partout répartie, des points plus spécialement douloureux existant dans les régions frontales, orbitaires, ou occipitales; 2" h céphalalgie circonscrite , occupait habituellement une région très-limitée du crâne, comme le clou hystérique, comme les douleurs produites par une alté-

ration limitée de l'enveloppe osseuse du cerveau, ou par une tumeur encéphalique

superficielle.

A. Ldi céphalalgie diffuse est caractéiisée par une sensation de constriction générale du crâne avec douleur plus fiéquemment prédominante à la région li-ontale; elle est habituellement accompagnée de quelques troubles sensoriels, spécialement d'un certain degré de photophobie et de bruissements d'oreilles; la pression des régions oii prédomine la douleur augmente habituellement la sensation morbide surtout au niveau du nerl sus-orbitaire d'oii partent quelquefois des élancements névralgiques; la compression des régions temporales diminue au contraire cette douleur.

Cette forme de céphalalgie se rencontre ordinairement chez les individus atteints de maladies fébriles, d'anémie, de rhumatisme épicrânien.

Les mouvements de la tête sont habituellement très-douloureux; et le repos absolu , la position horizontale soulagent généralement le malade , lorsque son alfeclion se rapporte à l'une de ces deux dernières causes.

Dans l'étude de la valeur diagnostique de la céphalalgie, nous indiquerons les caractères qui peuvent permettre de distinguer les variétés si considérables de cette origine, congestive dans un cas, anémique dans l'autre; mais n'exposant ici que la forme du symptôme , nous croyons être dans le vrai en indiquant cette similitude de la douleur dans des conditions pathologiques si opposées. Dans certains cas, la céphalalgie diffuse prendra un caractère de violence exceptionnelle, soit au début de diverses maladies infectieuses (typhus, ictère grave, fièvre pernicieuse, fièvre jaune, fièvre bilieuse), soit dans quelques aifections caractérisées par l'élévation de la température (scarlatine, variole confluevite), soit enfin dans certaines intoxications (vapeur de charbon, urémie); mais elle atteindra son maximum dans les maladies inllammatoires des enveloppes du cerveau , surtout dans celles qui arrivent rapidement à suppuration.

D'autres fois, au contraire, cette céphalalgie consistera simplement en pesanteur , en sensation de compression générale sans douleur prédominante ; c'est la carébarie des anciens {y.âpri, tête, §otpsl«, lourde) ; elle sera accompagnée d'un certain degré d'obnubilation intellectuelle, de lenteur et d'incertitude des mouvements, indiquant l'hypérémie, la congestion cérébrale.

Cette simple pesanteur de tête appartient également à la céphalalgie causée par le coryza, par la constipation, par la présence d'un taenia.

Lorsque la sensation générale de compression péricrânienne sera dominée par des élancements douloureux, suivant ou non le trajet des nerfs périphériques, on aura plus spécialement affaire à la forme dite rhumatismale.

B. La céphalalgie circonscrite , à moins d'être occasionnée par une affection passagère du cuir chevelu (érysipèle) , présente , en général , ce caractère d'être infiniment pins tenace que la céphalalgie diffuse ; elle est, cependant , l'expression d'affections profondément différentes. Nous la rencontrerons surtout : d'une part chez les hystériques oii elle occupe alors un point superficiel du crâne; d'autre part, chez les individus atteints d'une affection circonscrite de l'encéphale (ramollissement, abcès, tumeur hydatique, gomme syphilitique), voisine des méninges, ou d'une lésion des enveloppes du cerveau (carie, ostéite, pachyméningite) dont les tubercules et la syphilis sont les causes les plus habituelles.

C'est plus spécialement aux douleurs circonscrites , causées par ces altérations des os et du périoste, que les anciens réservaient le nom de céphalée; poureux, ce terme indiquait à la fois l'intensité, la persistance et la localisationt

U ^ CEPHALALGIE.

de la cause morbide; c'est contre ces formes , en général, si accessibles au traitement antisyphilitique, qu'ils dirigeaient Temploi des moyens chirurgicaux les plus énergiques.

La céphalée proprement dite, c'est-à-dire la douleur causée par une lésion locale, dilfère de la céphalalgie circonscrite des hystériques, et de celle qui parfois se manifeste aussi chez les ataxiques, par sa plus grande tendance à s'irradier, à des intervalles (juelquefois réguliers, sur une surface plus ou moins étendue de la région crânienne; grâce à la rapidité des congestions fluxionnaires entr.iînées par ces lésions, les paroxysmes douloureux sont fréquemment accompagnés de troubles gastro-intestinaux, nausées, vomissements, et parfois de crises nerveuses épileptiformes.

Ces explosions d'accidents sympathiques des lésions de l'encéphale se manifestent aussi parfois dans les céphalalgies diffuses : chez beaucoup d'individus atteints de douleurs épiciâniennes, à la suite de la goutte ou du rhumatisme, on voit apparaître de véritables accès d'hémicrânie identiques à ceux de la migraine idiopathique (iJOî/. Migraine).

Valeur DIAGNOSTIQUE GÉNÉRALE. Considéré en lui-même, en dehors de son siège, de sa durée, des phénomènes concomitants, et surtout des conditions individuelles, le phénomène céph:ilalgie n'aura qu'une valeur séméiologique restreinte, à moins d'acquérir un degré d'intensité excessive comme dans la méningite cérébro-spinale. Si, au contraire, l'on tient compte de ces diverses conditions, la valeur du symptôme deviendra plus considérable.

A. Siège et durée. La localisation de la céphalalgie sera d'un grand poids dans le diagnostic des affections circonscrites du cerveau, des méninges, et delà boîte osseuse, dans celui des maladies hystériques et goutteuses ; le siège de la douleur, il est vrai, n'indiquera pas toujours celui delà lésion, et l'on a vu, à l'autopsie, des tumeurs périphériques du cerveau situées en un point éloigné de celui oii prédominait la céphalée.

Peut-être les affections cérébelleuses sont-elles celles où le siège de la douleur correspond le plus certainement à celui du mal ; mais encore, à un certain degré de développement, les lésions du cervelet peuvent occasionner des douleurs trèséloignées delà région qu'elles occupent; nous avons publié nous-même, il y a onze ans [Gazette hebdomadaire, 1861), l'histoire d'une tumeur tuberculeuse de cet organe, tumeur relativement énorme, et dont les irradiations douloureuses étaient presque aussi vives au synciput et aux tempes qu'à la région occipitale.

On comprend que la persistance de ces douleurs fixes ajoute eucore une grande valeur à leur importance diagnostique.

B. Symptômes concomitants. Dans les céphalalgies intenses et fébriles, l'état gastrique, les nausées, les vomissements sont la règle, et il n'y a pas lieu de regarder ces syndromes comme l'indice d'une affection cérébrale grave et anatomi- (juement caractérisée. La coïncidence de troubles gastro-intestinaux avec de légères douleurs de tête, et sans fièvre, mérite, au contraire, une attention plus sérieuse, car on ne peut les rapporter à l'influence passagère du mouvement fébrile.

Il en est de même des phénomènes nerveux, vertiges, délire, convulsions ; communs, chez les enfants surtout, et coexistant avec la douleur de tête, sous l'influeuce du moindre mouvement fébrile, ils ne doivent pas faire conclure à l'existence d'une affection cérébrale; chez l'adulle, la céphalalgie s'accompagne aussi fréquemment de délire dans quelques affections bénignes, comme l'érysipèle simple de la face et du cuir chevelu . Mais les troubles nerveux ont une tout autre si-

gnification, lorsqu'ils s'unissent à des douleurs céplialiques locales, paroxysti(|ues, et sans mouvement fébrile bien caractérisé; ils indiquent alors presque toujours l'imminence, chez l'enfant, d'une méningite tuberculeuse, et chez l'ailulte la formation ou l'extension d'une de ces lésions locales qui peuvent être latentes pendant très-longtemps, qu'une douleur fixe |iei-meltra de soupçonner, et dont certaines crises nerveuses confirmeront le diagnostic.

Si cependant, la céphalalgie ne s'accompagne d'aucune élévation thermométrique, elle indiquera une alfcctioii plutôt nerveuse qu'organique.

On devra tenir également grand compte de l'influence du repos et du sommeil sur la céphalalgie. En général, les douleurs purement musculaires s'amoindrissent et disparaissent même par la position hoiizontale, par la chaleur du lit, et par le sommeil ; les douleurs des anémiiiues s'atténuent également dans ces mêmes conditions ; la nuit et le repos ont pour résultat de diminuer chez eux la surexcitation incessants et pénible des sens de la vue et de l'ouïe ; il en sera de même chez grand nombre d'hystériques. Les douleurs, qui sont en rapport avec l'hyperémie du cerveau et de ses enveloppes, s'aggravent, au contraire, par le décubitus et le sommeil. Chez les syphilitiques, on connaît l'exacerbation caractéristique de la céphalalgie dans ces dernières conditions.

Dans les affections fortement fébriles, au contraire, variole, fièvre jaune, fièvre rémittente, typhus, la douleur est incessante, continue, provoquant l'insomnie jusqu'au moment delà défervcscence fébrile ou de l'apparition de la ^tui)eur.

C. Conditions individuelles. Dans l'examen de 1 individu, il faudra, pour déterminer les causes de la céphalalgie, attacher la plus grande importance à certaines conditions qui peuvent donner au diagnostic des conditions presque absolues de certitude ; la considération de l'âge permettra d'apprécier à sa juste valeur telle douleur de tête qui, chez l'enfant, signifiera imminence de méningite, et qui sera l'indiccy chez l'adulte, d'une fièvre typhoïde commençante, chez le vieillard, d'une congestion hémorihagipare. L'existence d'une ailection générale, syphilis, cancer, tubercule, la provenance d'un pays oîi règne la fièvre intermittente, la profession du malade qui peut être exposé à certaines causes d'intoxication (préparations de plomb, fabrication de caoutchouc), représentent quelques-unes des nombreuses cii'constances où l'étude des conditions individuelles a la plus grande valeur pour déterminer la signification clinique de la céphalalgie.

Valeur diagnostique spéciale. \° Maladies et lésions de T encéphale et de ses enveloppes. Dans ces affections, la douleur de tète se maiiiieste soit sous forme de céphalalgie diffuse, soit sous forme de céphalalgie circonscrite, que nous appellerons plus spécialement céphalée, puisqu'elle correspond ici à une maladie ou à une lésion locale, d'une durée généralement longue ou indéterminée.

N'ayant, en général, aucun rapport réguher avec le mouvement fébrile que ces affections suscitent quelquefois, la céphalalgie s'unit habituellement, quand la cause en est suffisamment grave, à certains troubles nerveux, agitation, délire, convulsions toniques ou cloniques; il en résulte un ensemble de symptômes constituant la période d'excitation d'une évolution morbide qui parfois ne dépassera pas ce premier degré, mais dont l'aggravation sera caractérisée par une deuxième phase, où la déprcbsion du système nerveux s'accusera par la stupeur, le coma, la paralysie.

L'intégrité du tissu aerveux central étant indispensable à la perception des impressions, on comprend que les lésions de l'encéphale ne provoqueront de douleur perçue par le malade qu'autant qu'elles n'altéreront pas profondément ce tissu; aussi la céphalalgie sera-t-elle produite principalement : 1° par les affections périphé-

26 CEPHALALGIE.

riques du cerveau et de ses enveloppes affections siégeant ainsi en rieliors de !a zone anatomiqiiedu sensorium commune dont la couche optiquelorme leceiitre (i.uys); 2° par les affections centrales de ces organes, à condilion qu'il n'en résulte qu'une lésion qui n'en modilie pas profondément la structure (congestion, compression par une tumeur ou par un épanchement léger).

Congestion cérébrale. Dans la congestion cérébrale d'intensité moyenne, la douleur de tête est générale, gravative {carebaria) ; elle s'accompagne rarement d'élancements nerveux, mais le malade éprouve fréiiuemment une sensation de pulsations, soit intra, soit péri-crâniennes, isochrones au pouls, et tenant à l'énergie des battements artériels ; la congestion des vaisseaux rétiniens et celle des nerfs auditifs entraînent des hallucinations légères de la vue, des vertiges, des bruissements d'oreilles. Ces symptômes se rencontrent fréquemment chez les individus atteints d'hypertrophie du cœur, dans la pléthore {Cephalalgia plethorica de Sauvages), à la suite d'excès de table (C. stomackica), chez les hémorrhoïdaires (C. hemorrhdidalis) , à l'époque menstruelle (C catamenialis) , pendant la gros sesse (C. gravidarum) , à la ménopause.

La douleur augmente habituellement sous l'influence du bruit, de la chaleur, de la lumière ; la position horizontale ne la soulage pas, et le sommeill'exagère plutôt.

L'hémorrhagie cérébrale est habituellement précédée de cette douleur, qui permet, en cas d'atteinte antérieure surtout, d'en prévenir le développement.

Hémorrhagie cérébrale. La douleur cesse, en général, avec l'hémorrhagie; mais souvent, après l'attaque, des douleurs localisées, lancinantes, tenaces, apparaissent, indiquant le voisinage du foyer et des méninges, et le commencement d'un travail de ramollissement autour de ce foyer. L'hémorrhagie cérébrale peut ne pas être précédée de céphalalgie congestive ; c'est dans les cas surtout où elle est produite par l'altération athéromateuse et la rupture d'une artère cérébrale.

Méningite cérébro-spinale. La méningite cérébro-spinale est l'affection dans laquelle la douleur de tête s'élève à la plus violente intensité, et dépend le moins de l'impressionnabilité du sujet. La céphalalgie n'a aucun rapport, non plus, dans cette maladie, avec l'appareil fébrile qui manque si fréquemment, la circulation étant ralentie peut-être par l'excitation des racines du nerf modérateur des mouvements cardiaques. La douleur semble donc surtout d'origine locale, tenant à l'extrême rapidité avec laquelle s'accomplit l'inflammation suppurative du tissu de la pie-mère ; les gaines purulentes qui se développent autour des cordons nerveux expliquent l'intensité des troubles sensoriels de la vue et de l'ouïe qui viennent encore augmenter l'intensité de la céphalalgie.

A ces causes de douleurs s'ajoute encore la violente contracture des muscles de la nuque ; il en résulte pour les enveloppes du crâne une traction sans relâche, qui, certahiement, a sa part dans la production des vives souffrances ressenties dans cette affection.

Aussi lexpression de la douleur est-elle à son maximum, se révélant par les cris et les gestes du malade qui, parfois, saisit sa tête à deux mains, cherchant, mais en vain, quelque soulagement dans un changement d'attitude.

Les progrès de l'affection atténuent peu à peu la douleur ; et, quand la période dite de compression a remplacé celle d'excitation, l'insensibilité, le coma, la résolution succèdent à l'hyperesthésie, au délire, et à la contracture musculaire.

Méningite tuberculeuse. La douleur de la méningite' tuberculeuse, quoique ayant une très-liante valeur diagnostique, n'est en rien comparable à celle delà méningite cérébro-spinale. Entraînée surtout par le travail de congestion et d'in-

CElMlALALliJE. 27

flammation qui s o}itre au voisinage des premiers ganglions eucépliallques (tubercules qiiadrijumeaux, protubérance, bulbe), dont on connaît la sensibilité, cette douleur s'accuse Iréquemment par un cri spécial qui est autant celui de la tiistesse que de iasoulfrance physique {cri hydrencéphalique) .

Il faut tenir compte, pour la valeur diagnostique de ladouleurdans la méningite tuberculeuse, de la coexistence de certains autres troubles nerveux, spécialement delà paralysie de quelques muscles innervés par des cordons moteurs qui émergent de la base du crâne, comme les muscles de l'œil.

Chez l'adulte surtout, .cette coïncidence est importante parce que la douleur de la méningite tuberculeuse est souvent très-modérée, moindre même que celle du début delà fièvre typhoïde; mais, dans cette dernière affection, il n'y a jamais, ou très-exceptionnellement, de lésion du mouvement analogue à celle que nous venons de signaler.

Périencéphalite diffuse. Un fait remarquable, c'est l'absence habituelle de douleur dans une affection oii la fréquence des altérations de la substance corticale et des méninges voisines a valu ce nouveau nom à la paralysie générale des aliénés.

Dans les faits si nombreux et si soigneusement analysés par Calmeil, les premiers phénomènes sont, en général, le délire et l'agitation ; aucune sensation douloureuse ne vient troubler la proîonde béatitude de ceux qui s'engagent dans le délire des grandeurs. Ce n'est que dans les cas où l'affection a été traversée par des inflammations locales, généralement voisines des méninges, qii9 les douleurs ont apparu quelquefois très-violentes.

Chargé d'un service où passe un assez grand nombre de malades atteints de cette affection, j'ai constaté parfois des sensations anormales du cuir chevelu, méritant plutôt le nom d'hyperesthésie que de douleur, fourmillements, sensation de froid ou de brûlure, rarement des élancements névralgiques.

Pachyméningite. Cette altération des méninges peut être l'origine de la céphalalgie qu'on rencontre fréquemment chez les ivrognes, et qui s'accoriipagne d'habitude de sensations vertigineuses. Cependant, en général, le développement des néo-membranes arachnoïdiennes s'accomplit sans souffrances bien notables. La douleur n'apparaît souvent qu'à l'époque où, dans les kystes constitués par ces fausses membranes, se développe une héraorrhagie assez peu intense pour ne pas entraîner directement la mort ou le coma ; il en résulte une compression douloureuse de la masse encéphalique analogue à celle que produit chez les enfants l'accroissement des hydropisies enkystées de la cavité arachnoïdienne (Legendre). La cfiuse de la douleur nous semble alors identique à celle que produit l'hypertrophie du cerveau.

Lésions locales : abcès, ramollissement, tumeurs diverses, carie osseuse, et périostite. Ces lésions peuvent donner lieu à la céphalalgie diffuse et à la céphalalgie circonscrite.

Dans le premier cas, on voit apparaître, à des intervalles plus ou moins éloignés, des douleurs générales, gravatives, analogues à celles delà congestion qui, parfois, sont pendant longtemps le seul symptôme provoqué par des tumeurs d'origine, soit diathésique (c;mcer, tubercule), soit parasitaire (échinocoque) , lorsque ces tumeurs plongent profondément dans la masse cérébrale, et n'ont que peu ou point de contact avec les méninges.

Ces douleurs diffuses sont dues aux congestions fluxionnaires générales du cerveau, congestions qui provoqueront les mêmes symptômes de céphalalgie quand

elles résulteront de la présence dans l'encéphale de noyaux de sclérose disséminés ou de gommes sypliilitiqiies. Ces douleurs sont analogues, on le voit, aux céphalalgies congestives qui se rattachent à la présence d'un foyer hémorrhagique, ou d'un ramollissement circonscrit dans les régions profondes du cerveau.

Elles dépendent surtout de la turgescence générale des centres nerveux qui se dilatent alors comme sous l'influence de l'hyperéniie causée par l'opium ou les alcooliques, d'oiî réi^ulte une compression douloureuse de parties sensibles de la hase de l'encéphale.

On comprend le rôle important de ces congestions fluxionnaires dans la production de la céphalalgie , si l'on se rappelle que les lésions centrales du cerveau ne provoquent en généial par t Ues-mênies aueune douleur, et demeurent parfois complètement latentes bien qu'ayant pris un développement considérable.

Quanta la céphalalgie circonscrite, ou céphalée , elle consiste en douleurs prolongées, généralement intenses et lancinantes, et se localisant d'une manière en général très-précise à un point de la région crânienne. Parfois la céphalée est intermittente ; mais son caractère le plus habituel c'est la persistance locale avec paroxysmes dans lesquels la douleur s'irradie au reste de la surface du crâne.

La céphalée peut avoir pour point de départ une lésion infra-cérébrale , mais périphérique, d'origine inflammatoire ou nécrosique (abcès, ramollissement) ; et dans ce cas, elle constitue, comme l'ont dit Rostan et Culmeil, un des symptômes les plus constai.ts de l'encéphalite.

Mais elle tient plus fréquenuuent à la présence des tumeurs dont nous venons de parler (diathésiques ou parasitaires) au voisinage des méninges ; en général plus la lésion anatomique sera voisine des méninges ou du squelette du crâne , plus la céphalée présentera à leur maximum ses deux principaux caractères ; intensité, localisation.

Aussi ces deux caractères sont-ils prononcés surtout dans les lésions circonscrites des méninges, des os et du périoste. Morgagni donnait plus spécialement le nom de céphalée aux douleurs produites par les lésions des os du crâne ; telles sont les douleurs qui résultent en général de l'ostéite et de la carie, et plus particulièrement des altérations : 1" du temporal à la suite u ostéites inteines (carie du rocher) ou de certaines manifestations de la diathèse tubercnleuse (inflammations des cellules mastoïdiennes) ; 2" du coronal et du sphénoïde à la suite du développement de tumeurs cancéreuses.

La cause la plus fréquente de la céphalée, celle qu'il est le plus important de reconnaître, vu l'importance et l'utilité de son traitement, c'est la syphilis. Nous dirons plus loin sous quelle forme se développe la céphalalgie à la période initiale, et à la période secondaire de cette affection ; ici nous n'avons à parler que de la céphalée, c'est-à-dire des douleurs circonscrites de la région crânienne qui sont plus spécialement en rapport avec les lésions tertiaires de la syphilis. On connaît aujourdhui beaucoup mieux les relations de cette période de la maladie avec le système nerveux. Tandis que les gommes et les ramollissements cérébraux d'origine vénérienne ont principalement pour résultat des accidents du domaine de la motilité, l'hémiplégie en particulier, les lésions plus extérieures, les tumeurs et les exsudats méningés, les altérations des os et du périoste peuvent se révéler: 1" par les douleurs propres aux lésions de ces tissus ; 2° par les névralgies qui résultent de la compression des nerfs sensibles à leur sortie du crâne ; 5° par les sensations douloureuses qu'éveilleront les méningites de voisinage et l'inflammation des tissus extra-crâniens. Dans ces derniers cas, h douleur, qui est la céphalée proprement

CEPHALALGIE. 29

dite, ne suit pas un trajet déterminé comme dans les névralgies ; elle siège le plus ortlinaii-enient soit à la région temporale, soit à la partie antérieure de la voûte crânienne, vu la iVé({uence plus grande des altérations du rocher et du coronal.

Ces douleurs, souvent nocturnes, sont quelquefois conlinnes et présentent leurs paroxysmes sous l'influence de la chaleur du lit, diminuant en général durant la journée, à >nie température moyenne, et pendant les exercices.

Leur intensité, quand le traitement spécial n'est pas appliqué, et la rapidité ordinaire de leur diminution par son usage, doivent faire admettre que les céphalées syphilitiques se rattachent parfois à une lésion anatoniique très-légère ; on s'estmême demandé s'il y avait toujours lésion; et le fait d'individus, morts d'hémipléoies regardées comme syphilitiques sans que l'autopsie ait permis de constater aucune altération de tissus, doit faire admettre que la douleur céphalique ne représente peut-être pas toujours une modification de tissu.

11 faut se rappeler que la localisation de cette douleur n'indique pas toujours le siège exact de la lésion ; Beau et Courtin rapportent une observation dans laquelle l'hémicrânie avait été localisée à droite chez un malade dont l'autopsie révéla la présence d'une tumeur syphilitique, cérébrale et méningienne, à la partie inférieure du lobe gauche.

Les affections syphilitiques du cerveau et de ses enveloppes donnent lieu fréquemment à des congestions fluxionnaires plus vives que la congestion hyperémi que ordinaire; il en résulte des vertiges, des nausées, des crises épileptiformes.

Pour leur diagnostic on tiendra compte: 1" des antécédents du malade atteint généralement alors d'accidents tertiaires analogues (exostose, périostose, gommes) sur d'autres points du corps ; 2" de l'âge de ce même malade, les accidents cérébraux produits par la syphilis apparaissant d'ordinaire à une période de la vie moins avancée que les accidents analogues dus à d'autres affections, sauf ceux qui dépendent de la tuberculose.

Maladies du cervelet. Nous n'avons rien à dire de particulier, au point de vue de la douleur produite par ces affections, sinon que la locabsation de cette douleur à la région correspondante du crâne (douleur occipitale) indique en général d'une manière plus certaine le siège de la lésion dont elle dérive.

Dans plusieurs affections, où se manifestent des troubles considérables de la respiration, spécialement dans l'ataxie, la douleur occipitale semble correspondre plus particulièrement à l'altération du bulbe.

Rhumatisme épicrânien. Los douleurs qui siègent dans le muscle occipito- Irontal, et auxquelles on pourrait donner le nom de céphalodynie par analogie avec les expressions indiquant d'autres douleurs musculaires (cervicodynie, pleurodynie) constituent une des formes communes de la céphalalgie diffuse.

Ces douleurs sont produites fréquemment, d'une manière purement mécanique par l'excès de cnntraction de la région musculaire oii elles siègent; ainsi elles se manifestent à la suite de fatigues prolongées occasionnées par la course, par la danse, par l'équitation ; elles dépendent parfois de la fatigue douloureuse des muscles chargés d'équilibrer la tète, comme dans certains corps de l'armée oii la coiffure présente un poids considérable.

Telle est, suivant nous, la cause principale de la céphalalgie qui forme un des symptômes habituels du mal des montagnes. On sait que cette céphalalgie, quoique très-doidoureuse et lancinante, est souvei t accompagnée d'une sensation de compiession des lempes, et d'une somnolence irrésistible, avec hébétude des sens, qui ont fuit admettre l'influence de l'accumulation, dans le sang, de l'acide carbo-

nique dont l'oxygène insuffisant des régions élevées n'entraîne qu'une élimination iiii parfaite.

Nous ne récusons nullement cette influence, et nous considérons même l'insuffisance de l'oxygène comme d'autant plus importante en ce cas que l'activité du mouvement musculaire en nécessiterait alors une quantité plus considérable pour leur nutrition.

Mais c'est précisément à la fatigue musculaire, augmentée par ces conditions de réparation imparfaite, que nous attribuons une grande part dans la céphalalgie du mal des montagnes ; la douleur occipitale, qui apparaît souvent la première, indique l'atteinte des muscles de la nuque, d'oii irradiation à l'épicrâne, et bientôt céphalalgie générale.

Aussi la douleur de tête est-elle plus spéciale à ceux qui font les ascensions à pied ; beaucoup moindre chez les cavaliers, elle est nulle parlois chez les aéronautes ; et nous voyons Biot et Gay-Lussac s'élever à 4,000 mètres. Barrai et Bixio à 7,000, sans ressentir la moindre soulTrance.

Mais c'est principalement par l'action brusque du froid, surtout chez les personnes chauves ou dont les cheveux ont été récemment coupés, et qui s'exposent à la pluie ou à un courant d'air, que les céphalalgies rhumatismales sont le plus fréquentes, et apparaissent avec le plus d'instantanéité.

Rares dans les pays chauds, elles constituent une des formes communes du rhumatisme chronique, à siège fixe, dans les populations du nord de l'Europe.

Elles sont Iréquentes surtout sur le littoral de la Baltique et dans les îles avoisinant l'Angleterre, oii les indigènes sont, en permanence, soumis à l'action du froid humide.

Dans nos pays, elles succèdent surtout à l'action des oscillations de température, sont souvent passagères, se manifestant soit isolées, soit comme épiphénomène de la grippe, et de la courbature fébrile. Ces formes aiguës sont en général superficielles, douloureuses surtout au niveau des lignes occipitales et des masses musculaires qui s'insèrent à ces lignes, et rendent excrèinement pénible la contraction de tous les muscles voisins, même de ceux de la face. La douleur est exagérée par l'action du froid, calmée par celle de la chaleur.

Les formes chroniques de la céphalalgie rhumatismale s'accompagnent fréquemment de névralgies des branches supérieures du trijnmeau. La continuité de ces douleurs devient pour les malades une cause d'irritabilité perpétuelle, de préoccupations hypochondriaques, de misanthropie, et provoque parfois des impulsions suicides.

Insolation. Dans un grand nombre de cas, la chaleur excessive de l'atmosphère tue l'homme sans avoir exercé d'influence spéciale sur les centres nerveux, sans qu'il y ait eu action directe des rayons solaires sur le crâne; l'individu succombe la nuit dans sa chambre, ou à l'ombre d'une tente, parfois dans l'intérieur d'un navire.

Mais, chez les individus soumis à l'irradiation solaire, se produit souvent, avec ou sans erylhème, un point douloureux qui bientôt s'irradie à toute la surface crânienne. Ces douleurs que surexcitent les mouvements de la marche, et les pulsations artérielles, indiquent l'atteinte des tissus superficiels du crâne et probablement de la couche fibro musculaire qui ie recouvre ; peut-être y a-t-il lésion de la fibre musculaire même par l'excès de calorique concentré sur le point atteint (voy. E. Vallin, Rech. exp. sur l'Insolation).

On sait que ces douleurs s'accompagnent habituellement de divers symptômes

d'excitation nerveuse, délire, hallucinations; ces troubles cérébraux s'étendent parfois à la motilité, et j'ai vu deux cas de coups de soleil dans lesquels il se produisit consécutivement du trismus et de la contraction des muscles de la

nuque.

àrysipèle. A part la céphalalgie produite, comme dans les autres pyrexies, par le mouvement fébrile, l'érysipèle du cuir chevelu, comme toutes les affections locales de cette région, constitue une cause spéciale du douleur de tête. Cette céphalalgie de l'érysipèle consistant en une sensation de brûlure superficielle ou de douleur tensive, augmente, on le sait, à la pression qui dénote en même temps l'œdème des tissus péricrâniens.

Malgré cette multiplicité de causes, les souffrances occasionnées par l'érysipèle sont moins vives, en somme, que dans beaucoup d'autres pyrexies ; mais elles présentent ce caractère particulier de s'accompagner, plus fréquemment que les autres céphalalgies de moyenne intensité, de différents troubles cérébraux, et spécialement de délire nocturne. Dans quelques autopsies, on a pu constater que ces troubles ne se i attachaient nullement, comme on l'avait cru, à la propagation, parles fentes sphénoïdales, de l'inflammation externe au tissu des méninyes; et, ci encore, il faut bien admettre l'existeiu e fréquente d'une relation [lurement sympathique entre la douleur et l'iiiilammation extra-crâniennes et les symptômes encéphaliques.

Affections des cavités orbitaires, des sinus frontaux. Nous ne ferons que rappeler les violentes douleurs de tête qui accompagnent le développement de l'ophthalmie purulente, les douleurs congestivcs qui se manifestent également dans les diverses formes d'amblyopie et d'amaurose où prédomine l'hyperémie de la rétine.

La douleur du coryza, bien que s'étendant à la région frontale , est généralement modérée et en rapport avec la bénignité de cette affection.

Mais parfois la période d'éréthisme, de sécheresse de la muqueuse persiste assez longtemps, et l'on voit se développer des douleins dans le faisceau musculaire antérieur du muscle épicrânien ; ces douleurs envahissent même le névrilemme des rameaux sus-orbitaires et rendent très-pénible le début de cette indisposition, elles sont vives surtout, et se généralisent bientôt à toute la surface du crâne, dans le coryza grippal.

11 faut se rappeler que de violentes douleurs des sinus frontaux annoncent parfois l'imminence d'un érysipèle de la face ; et, pour assurer le diagnostic, il faut toujours rechercher s'il n'y a pas alors quelque tuméfaction des ganglions sousmaxillaires.

On sait que ïiodisme produit également des douleurs dans cette région.

Plusieurs médecins de la marine et de l'armée, spécialement Goquerel à Gayenne, Jacob, Morel et "Weber au Mexique, ont eu occasion d'observer les accidents produits par le dé[iôt, dans les fosses nasales d'individus endormis, des œufs d'un diptère particulier, la Lz(ci/ia /tommiyorar ; les larves, en se développant dans ce milieu, et en pénétrant dans les sinus frontaux, y produisent, outre les accidents les plus graves de gangrène et d'infection , une céphalalgie extrêmement violente qui, dans un cas observé par Weber, entraîna le malade au suicide.

2° Affections fébriles. Dans ces affections, la céphalalgie semble en général en rapport avec l'excitation du mouvement circulatoire, et avec le développement excessif de la chaleur animale.

Elle fait donc partie inhérente du mouvement tébrile, chez l'individu conscient

de ses propres impressions, et s'allie d'autant plus régulièrement au cycle thermique que le malade se trouve dans des conditions plus complètes de foice et de santé antéiieures. Elle se développe alors, n'miporte" la cause locale de la fièvre, angine, pneumonie, phlegmon, parallèlement à refiervescence fébrile, et décroît régulièrement avec elle.

Nous verrons cependant que, dans certaines pyrexies, il y a quelque trouble dans ces rapports de la céphalalgie avec le mouvement fébrile ; et l'on peut se demander si l'influence du principe pyrogène, infectieux, propre à chacune de ces maladies, n'exerce pas aussi sur la production de la douleur de tête une certaine influence (\m en rend l'origine beaucoup plus complexe.

Fièvre jaune, fièvre rémittente, variole. Ces trois alïections, dans leur expression complète, sont, parmi les pyrexies, celles oii, en général, la céphalalgie arrive à son maximum.

Un des premiers symptômes caractéristiques de la fièvre jaune, c'est la céphalalgie, remarquable par la rapidité de son développement, par son intensité, par son siège. Cette céphalalgie est importante surtout au point de vue séméiotique, parce qu'elle se manifeste avant l'ictère et les vomissements spéciaux, pendant la période qu'on pourrait appeler fièvre rouge (Dutroulau), au moment oîi le faciès turgescent des malades, leur coloration acajou, les sufl'usions sanguines des conjonctives, les plaques violacées des joues, les battements artériels rappellent l'explosion de deux autres pyrexies caractérisées par une céphalalgie du même genre : la variole confluente, et la fièvre rémittente des pays chauds. Cette douleur est de nature gi'avative, occupant toute la lète, mais se localisant d'une manière excessive au front, autour des orbites, et dans les cavités orbitaires elles-mêmes.

Les douleurs de reins, des hypochondres, l'agitation musculaire extrême, le délire parfois violent, les vomissements constituent, avec la céphalalgie, une série de symptômes très-communs au début de ces trois affections, dont le diagnostic réciproque, à leur première période, reposera surtout sur les conditions de lieu, de prédisposition des sujets, et sur la considération da la constitution épidémique.

Typhus. La céphalalgie est peut-être le symptôme le plus constant des typhus.

Dans le typhus à rechute, le mal de tête apparaît avec violence comme le mouvement fébrile qu'il accompagne, et subit les phases d'accroissement et de déclin des symptômes généraux del'alfection.

Dans les deux formes les plus communes de typhus {typhus abdominal, typhus pétéchial), il se manifeste, en général, dès la période prodromique, une douleur sourde à la région frontale, douleur s'étendant ensuite à l'occiput, et recouvrant toute la tête ; d'autres sensations douloureuses se développent au niveau des différents points d'attache des muscles qui descendent du crâne, spécialement le long des hgnes courbes de l'occipital d'oii elles gagnent la nuque, et au niveau des apophyses mastoïdes. Tout mouvement est pénible au malade, et l'expression de douleur dont s'empreint sa physionomie, quand il répond ou remue la tête, est l'indice de l'exagération de la céphalalgie par le jeu des muscles de la face ou du cou.

C'est à la période prodromique delà fièvre typhoïde, que cette douleur a surtout une grande valeur diagnostique ; elle doit faire redouter le développement de cette affection lorsqu'elle pei'siste chez une personne jeune, nouvellement arrivée dans une grande ville.

Quand la maladie est confirmée, la céphalalgie s'atténiie d'ordinaire sous l'In-

tluence de la stupeur qui prédomine dans ces affections ; mais elle ne cesse jamais, dans les cas d'intensité moyenne, durant la première période de l'évolution morbide, et elle est en grande partie la raison à laquelle les malades rapportent leur insomnie.

Dans ces deux formes de typhus, la céphalalgie est parfois très-intense d'emblée, accompagnée, dès les premiers jours, de délire, de soubresauts, de contrac- ,ture, d'une prostration absolue, et la stupeur la remplace relativement vite. Dans le typhus exanthéniatique, ces cas si graves se manifestent surtout quand la cause infectieuse est à son maximum, par exemple au milieu de foyers épidémiques trèsintenses, comme ceux qui s'étaient développés en Crimée. Dans la fièvre typhoïde, au contraire, l'intensité de la céphalalgie et des autres syinplônies cérébraux ne semble pas en ia[)port avec l'extension de l'épidémie, mais avec la prédominaiice spéciale de certaines formes, spécialement de la forme méiiingitique, coiivulsive; c'est ce que nous avons spécialement constaté pendant l'été de 1865, à Paris; l'intensité de la céphalalgie tient-elle ici à l'intensité de la conibustion fébrile qui, dansées formes, amène phis fréquemment la décomposition et la stéatose des organes -, y a-t-il une altération plus marquée de la cellule nerveuse ellemême ?

Il faut se rappeler toujours que, dans la fièvre typhoïde, la céphalalgie peut s'isoler de tous les autres symptômes fébriles, et devenir ainsi une base plus précieuse encore de diagnostic. Chez les individus atteints des formes les plus légères {typhus levissimus,ambulatorius), la céphalalgie est souvent le seul phénomène sur lequel le malade attire l'altention ; dans le cours même des formes complètes, la céphalalgie est loin de subir, dans la période de processus, les oscillations quotidiennes, les alternatives d'augment et de déclin du pouls et de la tenipératuie. Cette permanence même lui donne une grande valeur diagnostique.

Fièvres intermittentes. Ici la céphalalgie joue un rôle séméiotique au moins aussi important que dans la fièvre tj phoïde, et acquiert spécialement une valeur pronostique considérable. Si nous envisageons d'abord la phase des manil'ei^tations aiguës de l'intoxication palustre, l'évolution des accès fébriles, nous leniarquons que la douleur de lête se manifeste ici beaucoup plus tôt que dans les autres afiections dont le début a lieu par une brusque effervescence ; précédant habituellement le frisson initial de l'accès palustre, la céphalalgie est intense déjà pendant la période de froid tandis qu'elle est modérée dans la phase correspondante de la fièvre inflammatoire ordinaire [pneumonie, angine, rhumatisme); elle semble tenir beaucoup plus à l'action directe, sur les tissus, de 1 élément infectieux qu'à la combustion fébrile elle-même.

De plus, quand un individu traverse un pays marécageux, et subit l'intoxication, le premier symptôme qu'il offrira, si ce n'est pas déjà un accès, ce sera de la céphalalgie ; celui qui s'est endormi en traversant en voiture une plaine insalubre, se réveillera fréquemment avec un violent mal de tète qui doit immédiatement mettre en garde le praticien. Si, plus tard, les accès fébriles tendent à disparaître soit d'eux-mêmes, soit sous l'influence du traitement, c'est encore par la céphalalgie qu'ils seront représentés à leurs heures habituelles.

Ce symptôme a une valeur pronostique énorme comme avant-coureur habituel d'un accès pernicieux ; si, pendant la période d'intermission fébrile, un malade est atteint de mal de tête exceptionnel, que ce fait ait lieu dans un pays à fièvres pernicieuses, et dans la saison dangereuse, il y a lieu de prévoir, et surtout do prévenir chez lui le développement d'un de ces redoutables accidents.

UICT. ËKG. \1V. 5

D'apièsMoiton et Sauvages, Pinel a admis une fièvre pernicieuse céphalalgique [Cephalalgia febricosa de Sauvages) ; nous ne pensons pas que cette forme constitue en elle-même un mode de perniciosité ; elle n'indique qu'un des symptômes habituels des accès pernicieux déllranls et comateux. Quand il n'y a, dans un accès, que de là céphalalgie comme fait dominant, quelle que soit l'intensité de cette céphalalgie, la fièvre ne tue pas, et n'offre pas dès lors un des principaux caractères de la perniciosité ; c'est là plutôt une manifestation larvée de l'infection palustre. Ces fièvres larvées, à forme céphalalgique, envahissent, beaucoup plus fréquemment que les autres céphalalgies, les nerfs crâniens et spécialement la branche ophthalmique de la cinquième paire, surtout son rameau frontal. Ces manifestations sont plus communes peut-être dans les régions palustres du nord et du centre de l'Europe que dans les pays chauds, comme si les influences atmosphériques, et spécialement le froid humide , avaient une certaine part dans cette détermination morbide.

Chez les individus atteints d'anémie consécutive aux fièvres intermittentes, se produisent en outre les douleurs céphaliques propres à l'anémie, et parfois ces sensations de constriction subite du crâne qui indiquent l'imminence d'une apoplexie séreuse dans les ventricules ou la cavité arachnoïdienne.

Scarlatine. Gomme les autres symptômes de cette affection, la céphalalgie est d'intensité très-variable dans la scarlatine ; c'est une des maladies dans lesquelles la douleur de tête peut offrir la violence la plus considérable, et généralement elle en indique alors l'extrême gravité. La rapidité de l'effervescence fébrile de la scarlatine amène parfois en quelques heures à leur maximum la douleur, le délire, les convulsions ; la céphalalgie subit, dans le décours de l'affection, les oscillations des autres symptômes nerveux , et comme eux présente en général une durée très-irrégulière.

Pendant la convalescence de la scarlatine, la céphalalgie est de la plus haute valeur pour le diagnostic et le pronostic des accidents urémiques qui parfois éclatent avant l'apparition de l'anasarque, et dont l'imminence persiste, on le sait, pendant près de deux mois.

Rougeole. Gomme dans la fièvre typhoïde, la céphalalgie précède habituellement dans la rougeole l'apparition des autres symptômes, et se continue d'ordinaire jusqu'à l'éruption sans subir les oscillations des mouvements fébriles rémittents qui signalent l'invasion de cette maladie. Cette céphalalgie, moindre en outre que dans les typhus et dans les deux autres fièvres éruptives, résulte donc moins de l'intensité de la fièvre que du coryza morbilleux. Parfois, à l'époque de la convalescence, se manifestent des douleurs hémicràniennes, tenant d'ordinaire à une inflammation de l'oreille interne, et annonçant presque toujours un commencement de carie du rocher.

Goutte et rhumatisme. Chez les goutteux se développent souvent, non pas seulement des céphalalgies diffuses, mais de véritables céphalées, circonscrites à an point de l'aponévrose épicrànienne ou même du périoste; il en résulte des accès violents de douleur locale, limitée parfois à une partie du crâne (région susorbitaire, temporale), quelquefois en occupant tout un côté {hémicrânie arthritique), et entraînant les troubles gastriques de la migraine.

Dans le rhumatisme articulaire chronique se manifeste fréquemment la céphalalgie, occasionnée par les douleurs de la couche fibro-musculaire épicrànienne, ou céphalodynie.

Dans le rhumatisme articulaire aigu, la douleur de tète est généralement

subordonnée au mouvemeiit l'ébiile, et n'occupe qu'un rang secondaire dans le diagnostic.

U faut se rappeler avec quelle rapidité s'accomplit, grâce à la sécrétion exagérée d'acide urique, l'anémie rhumatismale ; souvent, quelques jours après le début, surtout si la lièvre initiale a été intense, la céphalalgie reparaît ou devient plus intense, comme s'il y avait retour du mouvement fébrile, tandis qu'au contraire la chute de la température, l'état des urines, parfois un souffle systolique à la base du cœur annoncent que cette douleur de tète signifie anémie.

Pendant le décours du rhumatisme articulaire aigu, l'apparition d'une douleur vive, lancinante, prédominante aux régions orbitaires, et avec exaspérations nocturnes, annoncera l'imminence d'une grave comphcaliou cérébrale.

Syphilis primitive et secondaire. Dans ces dernières années on a étudié avec soin les symptômes fébriles de la période primitive (incubation du chancre) et de la période secondaire de la syphilis. Quelques observateurs, spécialement Baumes, Castelnau, Ghausit, ont constaté, avant l'apparition de tout symptôme local, l'existence de la fièvre syphilitique admise par Hunter, et dont la céphalalgie rhumatoide est un des caractères.

Mais ces symptômes sont bien plus communs et surtout plus marqués à une période ultérieure de l'atfection, à la période de réparation du chancre , et d'incubation des accidents généraux qui appartiennent à la syphilis secondaire. C'est alors que domine une céphalée tantôt diurne, tantôt nocturne, avec des exacerbations fréquentes et un caractère névralgique très-prononcé. A. Fournier a démontré récemment la prédisposition spéciale de la femme à ces douleurs qui, chez elle, prennent souvent la plus cruelle intensité. Cette céphalée diffère de celle que nous avons décrite plus haut, à propos des accidents tertiaires, en ce qu'elle est beaucoup moins localisée, ne se lattachant pas à l'influence d'une lésion du crâne et du cerveau, et dès lors méritant beaucoup plutôt le nom de céphalalgie.

Comme dans les vraies pyrexies, cette douleur de tête se rattache au mouvement fébrile périodique récemment étudié, par Fournier surtout, à cette époque de l'affection. Suivant certains auteurs, Guntz en particulier, ce mouvement fébrile pourrait s'élever aux proportions de celui des lièvres éruptives, rougeole et varioloïde. C'est vrai dans quelques cas, oii l'éruption syphilitique secondaire s'accomplit avec ensemble et rapidité, comme dans ces dernières maladies; mais, en général, l'évolution morbide est plus lente et plus calme ; peut-étie est-ce pour ce motif que la céphalalgie syphilitique présente ce caractère spécial de n'être jamais accompagnée de troubles gastriques; il n'y a ni nausées, ni dégoût, ni même inappétence ; il y a plutôt wne véritable exagération de l'appétit, et la plupart de ces malades sont atteints de boulimie.

Peste. La peste est une des affections dans lesquelles la douleur de tête semûle être le plus en rapport avec l'action directe sur l'organisme d'un principe infectieux. On sait que le début de cette maladie, au lieu d'être caractérisé, comme dans la plupart des pyrexies graves, par un mouvement fébrile arrivant plus ou moins rapidement à son apogée, consiste au contraire en une dépression profonde, révélée par la pâleur du visage, l'incertitude de la démarche, la faiblesse et le tremblement de la voix. Or, malgré cette absence de fièvre dans la première période, la céphalalgie est d'emblée extrêmement intense ; elle est générale, gravative ; ou la comparée à celle que produisent les vapeurs de charbon. Ces sensations douloureuses peuvent se transformer rapidement en coma {Pestis siderans); ou, si la maladie doit suivre un cours plus long, elles font place au délire et à la stupeur.

56 CEPHALALGIE.

3° Altérations du samj. Nous avons indiqué, eu traitant de la céphalalgie dans la congestion eéréinale, les caractères de ce symplôme chez les pléthoriques ; il nous reste à parler des anémies et de différentes intoxications.

Anémie. La fréquence de la céphalalgie chez les habitants des grandes villes est une des conséquences de Y anémie, à laquelle ils sont parliculièrement prédisposés.

Les anémiques sont enclins à la céphalalgie pour des raisons multiples : 1° nutrition insuffisante du système musculaire, qui les expose aux affections douloureuses des muscles préposés aux mouvements et à l'équilibration de la tète; 2" oscillations fréquentes et soudaines de l'impulsion cardiaque, caractérisées surtout par des palpitations qui changent à chaque instant les conditions delà circulation intra et extra-cérébrale, et entraînent le développement exagéré des pulsations artérielles dans des régions endolories; 3° défaut de réaction suffisante contre l'action du froid et de l'humidité; 4» enfin, susceptibilité nerveuse excessive, qui décuple chez eux la fréquence et l'intensité de tous les phénomènes réflexes,' spécialement de ceux qui résultent du trouble des fonctions digestives.

Aussi presque tous les anémiques accusent-ils de fréquents maux de tête ; ces douleurs n'ont pas de caractère séméiotique qui leur soit propre ; elles sont souvent générales, gravatives, comme dans les céphalalgies fébriles et congestives : d'autres fois, ce seront des élancements accompagnés de battements douloureux et d'hyperesthésie du cuir chevelu. Le meilleur caractère de ces céphalalgies, c'est peut-être leurs variations fréquentes : soit comme siège, le maximum de la douleur se localisant parfois à l'orbite, à la tempe, au synciput, la sensation se bornant quelquefois à un seul côté de la tête ; soit comme rapport avec les influences extérieures, la douleur s'atténuant ou s'exagérant sous l'influence de conditions opposées, tantôt par le froid, tantôt par la chaleur, la compression du crâne étant recherchée des uns, étant insupportable chez les autres.

Le diagnostic, comme l'a surtout démontré Bouillaud, doit toujours être contrôlé par l'examen du cœur; que d'anémiques au teint coloré que l'on croyait atteints de congestion cérébrale, avec hypertrophie du cœur, et dont les principaux symptômes se léduisaient à des palpitations nerveuses et aux douleurs de tête occasionnées par l'appauvrissement du sang.

Chlorose. On connaît la multiplicité et la mobilité des douleurs des chlorotiqiies; les douleurs du crâne, d'origine musculaire ou névralgique, alternent chez eux avec les différentes variétés de prosopalgie , et avec les névralgies viscérales , les points douloureux des lombes , du rachis , de l'abdomen. La céphalalgie des chloroliques s'accompagne toujours de vertiges et de troubles sensoriels, éblouissements et tintements d'oreilles.

Intoxications. Sous l'influence de l'altération du sang par certains produits fournis pai l'organisme lui-même, la céphalalgie est souvent très-intense. Dans l'urémie, l'intensité de cette douleur, ainsi que les convulsions et le délire qui l'accompagnent, rappellent l'action des solanées vireuses, et les symptômes de la lièvre pernicieuse délirante. La douleur est vive également dans l'ictère grave oîi le sang, n'étant plus dépuré par le foie (Jaccoud), agit à la manière d'un poison irritant sur le système nerveux central.

Nous nous demandons si la céphalalgie si intense qui se manifeste à la période de réaction du choléra, et que remplace si souvent une prostration mortelle, ne tient pas à une cause du même genre ; on sait qu'à cette période le sang est sura-

bondamment chargé de certains principes dont la stase générale des liquides, diiraiit la période algide, avait empêché l'élimination et maintenu la présence dans les divers tissus.

On connaît la sensation de douleur céphalique générale, gravative, produite par les solanées, Y opium, V alcool. Le» valeurs de charbon donnent lieu aux mêmes symptômes, qui s'accompagnent en outre d'une sensation spéciale de compression des tempes, de bourdonnements et de bruissements d'oreilles, et d'une tendance irsésistible au sommeil.

Dans l'intoxication saturnine, la céphalalgie est habituellement générale aussi, se localisant .parfois au front; cette douleur e-t d'ordinaire modérée; Wilson en parle cependant comme d'une sensation atroce et déchirante chez les ouvriers employés aux mines de plomb de Lead-Hils.

L'ivresse quinique ou quinisme est accompagnée d'ime douleur gravative avec somnolence qui nous semble plus en rapport avec l'anémie céphalique produite par l'afCaiblissement des battements du cœur qu'avec la prétendue congestion de l'encéphale attribuée à cet alcaloïde.

4° Névroses. Êpilepsie. Un des meilleurs signes de la nature idiopathique de l'épilepsie, c'est l'absence de douleur de tête dans l'intervalle des accès; à la suite de l'attaque, une douleur gravative persiste durant plusieurs heures, conséquence et de la congestion céphalique et de la contraction violente subie par fous les muscles pendant l'accès.

Hystérie. L'hystérie est une des affections dans lesquelles le mot névralgie est le plus fréquemment employé pour en exprimer les douleurs, bien que l'étude de ce dernier symptôme ne confirme nullement une telle localisation.

La fréquence de la céphalalgie est telle dans cette affection, que, sur 356 malades, Briquet l'a constatée 300 fois.

La forme la plus connue de cette céphalalgie est le clou hystérique, caractérisé par une douleur extrêmement vive, très-circonscrite, occupant une surface de 1 à 5 centimètres au sommet de la tète, généralement au voisinage de la suture sagittale; cette douleur présente les caractères les plus variés : les uns la comparent au contact d'un charbon ardent, d'un morceau de glace; les autres à l'action d'un instrument térébrant, comme une vrille; le clou hystérique peut persister, in sitii, des jours, des semaines, des mois; parfois il devient le point de départ d'irradiations douloureuses dans tout un côté du crâne, et entraîne, comme la migraine, des nausées et des vomissements.

Mais si le clou est une des douleurs de tête les plus caractéristiques de l'hystérie, il ne constitue pas la forme la plus fréquente de la céphalalgie dans cette affection; chez la plupart des malades se manifestent des douleurs extra-crâniennes, d'origine musculaire, comme la pression permet de le reconnaître ; elles siègent spécialement aux deux extrémités du muscle occipito-iroiital (douleurs sous-orbitaire et occipitale), dans la masse des temporaux, aux points d'attache supérieurs des muscles trapèze, splénins, complexus et di'oit du col, occupant bien moins fréquemment (10 fois seulement sur 254, Briquet) les parties aponévrotiques des muscles crâniens, c'est-à-dire le sommet de la tête.

Ces douleurs persistent, quoique s'amoindrissant, pendant le repos et dans l'obscurité. La moindre impression les fait reparaître et les aggrave avec rapidité; à cet égard, tous les sens des hystériques sont d'une excessive susceptibilité ; la lumière, le bruit leur sont insupportables; il suffit d'une odeur même agréable pour réveiller toutes les souffrances ; et c'est à la fréquence de l'hystérie dans la popula-

tion de Rome, qu'il faut, suivant nous, attribuer Ja véritable proscription dont les fleurs sont frappées dans cette ville.

5° Affections des organes thoraciques. Les affections thoraciques qui ne se rattachent pas à une diathèse susceptible de manifestations vers l'encéphale, comme la tuberculose, donnent rarement lieu à la céphalalgie ; la douleur de tête dans la pneumonie est une conséquence du mouvement fébrile ; elle tombe avec lui, n'importe les conditions de congestion et d'hépatisation même dans lesquelles se trouve encore alors le parenchyme.

Dans la bronchite, s'il n'y a point complication de coryza, la tête n'éprouve d'autres sensations douloureuses que les élancements souvent très-pénibles entraînés par les quintes de toux.

Pas de céphalalgie dans la pleurésie, à moins que l'abondance de l'épanchement n'occasionne une gêne dans la circulation des jugulaires, d'oiî stase sanguine dans les veines céphaliques; le même fait a lieu dans les anciennes affections du cœur, dans l'asystolie spécialement; ici le sang peut entraîner des troubles cérébraux non-seulement par la difficulté de son retour au centre, mais par ses modifications pathologiques, puisque alors il y a anoxémie.

6' Affections des organes abdominaux. Il en est bien autrement des affections de la portion supérieure du tube digestif, spécialement de l'estomac. En général, tous les troubles fonctionnels de cet organe, indigestion, dyspepsie, embarras gastrique, sont acccompagnés de céphalalgies qui offrent souvent une extrême violence, et qui sont d'autant plus vives que la sécrétion muqueuse est plus altérée; il y a rapport entre le degré de la douleur de tête et l'épaisseur de l'enduit saburral de la langue.

11 est cependant remarquable que la céphalalgie ne se manifeste habituellement que dans les affections de l'estomac oii il y a intégrité anatomique de la muqueuse de ce viscère ; on ne la rencontre ni dans les cas de cancer, ni dans ceux d'ulcère de ses parois.

11 en est de même pour l'intestin : les affections non fébriles , mais ulcéreuses, comme la tuberculisation intestinale, comme la dysenterie, apyrétiques dans la majorité des cas, ne provoqueront pas de céphalalgie ; tandis que ce symptôme se manifestera, parfois avec violence, sous l'influence d'une cause en apparence minime, l'excitation de la muqueuse intestinale par la présence de différents helminthes, tœnta, tricoce'phales ou ascarides, mais surtout par l'effet de la constipation.

Ces céphalalgies, ainsi produites par le ralentissement du mouvement péristaltique du tube gastro-intestinal, et par les stimulations produites à la surface de sa muqueuse, sont-elles d'origine purement réflexe? C'est probable, bien que l'on doive admettre une influence indirecte, produite sur la circulation céphalique, par la gêne subie, dans la plupart de ces cas, par la circulation abdominale.

lîNDrcATioNS PRONOSTIQUES ET THÉRAPELTiQDES. 11 est iuipossible de formulcr d'une manière générale le pronostic de la céphalalgie. Si nous voyons ce symptôme prendre une valeur séméiotique redoutable chez les individus apoplectiques, hydropiques, chez les scarlatineux, etc., nous devons reconnaître, d'autre part, que sa disparition annonce également un grand danger quand, s'éteignant avec les symptômes d'excitation cérébrale, elle fait place à un ensemble de phénomènes beaucoup plus graves, stupeur, somnolence, coma, comme dans les typhus, dans la méningite.

En est-il autrement du traitement? On ne peut plus aujourd'hui, d'après le ca-

CÉPHALANTHUS. 39

ractère de la douleur de tête considérée isolément, songer à instituer une médicatîott spéciale. Si elle est liée à une pyrexie, elle cédera avec les autres symptômes généraux, au traitement antifébrile. Depuis que l'attention a été plus spécialement attirée vers les altérations du sang, et que l'on a reconnu les douleurs propres aux anémiques, on traite aussi ces douleurs tout autrement que les céphalalgies congestives, malgré l'analogie des sensations éprouvées par des malades si dilterents.

N'en est-il pas de même pour les céphalées, si tenaces autrefois, auxquelles, durant des siècles, en considération de la douleur seulement, et sans en rechercher la cause, on a opposé des médications si variées, si énergiques, parfois si cruelles et si dangereuses : ligatures artérielles, ustion du crâne, trépanation. La connaissance de la cause morbide n'est-elle pas venue soustraire, pour le présent et l'avenir, aux tortures de semblables indications la masse si nombreuse d'individus atteints de syphilis, en leur ouvrant les ressources d'un traitement en général efficace et rapide? Léon Colin.

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CËPHALillVTllUS. L. Genre de Dicotylédones, appartenant à la famille des Rubiacées. Les plantes qui le composent sont des arbustes à fleurs sessiles et serrées sur des réceptacles sphériques. Ces fleurs sont à quatre divisions et les fruits qui leur succèdent et qui sont à deux (ou quatre?) loges, contenant chacune une graine, sont couronnées par les quatre dents du calice.

La seule espèce qui intéresse la médecine est le Cephalanthus occidentalis L., qui croît dans l'Amérique du Nord, depuis le Canada jusqu'à la Floride. C'est un arbrisseau à feuilles ternées ou opposées, ovales acuminées, entières. 11 est connu sous le nom de Bois bouton, et, dans la Lo'.iisiane en particulier, sous le nom de Bois de marais. La planle tout entière est amère et employée comme tonique, fébrifuge, diaphorétique. La partie la plus active est l'écorce, surtout celle de la racine.

Guibourt rapporte à une espèce de Cephalanthus l'écorce envoyée du Sénégal sous le nom d'écorce dejosseon Kosse. Il fait cependant remarquer que les fruits de la plante qui donne cette écorce sont couronnés par un limbe calicinal à cinq parties. Ce caractère joint à celui des loges de la capsule polyspermes, indique que ce n'est pas réellement un Cephalanthus. D'ailleurs les vrais Cephalanthus ne viennent pas d'Afriqne. C'est bien plutôt un Nauclea, peut-être même le Naucîea africana Willd. (Cephalanthus africanus Reichemb.) qui produit cette écorce de Jojse.

LiNNGB. Gênera, n° 113. — De CA^DOLLE. Prodromus, IV, 538. — Eniilicheb. Gênera, n" 5138.

40 CÉPHALÉMYIE.

Rafinesqde. Médical Flora ofthe United States. I, 100. — Gcibodbt, Droguer simples, 6' éd., III, 194. Pt.

CÉPHALÉE. Vorj, Céphalalgie.

CÉPHALÉMiriE (de zeya)iÂ, tête, et puï«, mouche), genre d'insectes diptères établi par Latreilie, dans ses Familles naturelles du règne animal en 182.5, et dont le type est la Mouche du ver du nez des Moutons, de Réaumur. Schiner et Brauer rapportent au genre OEstrus les Géphalémyies ; il serait tout aussi naturel de réserver le nom à'OEstrus à l'Œstre des Chevaux, qui forme le genre Gastnis ou Gastrophilus , qu'à l'Œstre des Moutons, type du genre Cephalemyia. Celte question sera traitée plus tard, au mot Œstre.

Les caractères du genre Cephalemyia sont les suivants : corps "peu velu ; tête grosse, arrondie antérieurement, avec les parties de la bouche rudimentaires, et les palpes courts ; les antennes à premier et second article courts, glabres, le troisième arrondi avec une soie ime; front renflé et large dans les deux sexes; yeux non velus, assez petits ; stemmates bien visibles ; thorax un peu plus long que large; écusson grand, demi-arrondi; abdomen aussi large à la base que le thorax, cylindrique ; première cellule postérieure des ailes fermée.

Les Céphalémyies, à l'état de larve, vivent, ainsi que leur nom l'indique (Mouches de tête), dans les fosses nasales, les sinus frontaux et maxillaires des Moutons et autres mammifères à cornes creuses. Quand on ouvre des têies de moutons, à partir d'avril jusqu'à la fin du mois de juillet, on trouve, une fois sur quatre d'après N. Joly (de Toulouse), des larves de Céphalémyie dans les narines, les sinus frontaux ou maxillaires. Le nombre de ces larves varie ; il y en a douze à quinze au plus. Le développement est tantôt avancé, tantôt, au contraire, à peine effectué. Les larves de 5 ou 6 millimètres de longueur sont très-bluiches, excepté sur les plaques stigmatiques postérieures, qui sont rougeâtres et plus tard brunes. Le corps est alors très-mou.

Les larves arrivées à mi développement avancé (troisième état, ou stade, des larves d'Œstrides de Bauer), sont un peu coniques, à sommet du côté de la tête ; convexes en dessus, aplaties en dessous {voy. , pour la figure de la C. ovis, la monographie de Brauer : OEstriden, in K. Zool. Botan. Gesellschaft in Wien, taf. VU, fig. 10, 1863). Le corps est de 12 segments ovales, avec la tête très-petite, pourvue de deux mandibules noires en forme de crochets, et, en dessus de ceux-ci, de petits mamelons charnus. Les segments situés derrière la tête offrent des lignes transversales noires, bien marquées, surtout sur les segments postérieurs. En dessus, le corps n'est pas hérissé de pointes; mais, en dessous, il présente des rangs de tubercules surmontés de petites épines, dirigées en arrière et rougeâtres. Ces organes servent à la progression de la larve sur les surfaces muqueuses où elle vit, ils augmentent probablement, par l'action de leur contact piquant, l'irritation sécrétoire de ces membranes, et ils assurent par ce moyen la nourriture de la larve. L'extrémité est tronquée, rebordée et pourvue de mamelons et d'une sorte de tablier inférieur qui se relève et s'abaisse à la volonté de l'animal. De cette façon, les deux plaques stigmatiques sont tantôt à nu et tantôt cachées par ce tablier et le rebord du dernier segment.

On voit, en résumé, que ces larves sont pourvues de deux mandibules noires en forme de crochets, et qu'elles ont le corps sans grosses pointes; l'extrémité est munie de deux stigmates cachées par les replis du dernier segment.

Les larves des Céphalémyies se tiennent cramponnées, au moyen de leurs cro-

CÉPHALÉMYIE. -iJ

chets mandibulaires, à la muqueuse des sinus ; elles se nourrissent du mucus des cavités céphaliques, nasales, frontales ou maxillaires. Lorsque ces larves ont pris tout leur accroissement, elles se laissent tomber au dehors, entraînées dans les narines par le mucus nasal et charriées par l'air expiré. Arrivées à terre, la peau extérieure se durcit, se resserre et forme une pupe enfermant ou enveloppant la nymphe. Du reste, les larves des Céphalémyies sont plus agiles que celles des autres Œstrides, celles àesGastruset des Hypoderma en particulier; car, placées sur un plan uni, elles s'avancent assez rapidement, tandis que les autres restent immobiles ou n'exécutent que des mouvements beaucoup plus lents (voy. Œstre, Œstrides).

La pupe est formée vingt-quatre heures après que la larve est tombée à terre. D'abord molle et rougeâtre avec des b;mdes transversales noires, elle devient ensuite d'un noir foncé. L'insecte parfait éclôt quarante à cinquante jours après la formation de la pupe; pendant les grandes chaleurs la durée de la nymphose n'est que d'un mois.

Au moment où la dernière métamorphose arrive, la Céphalémyie, pour sortir de la pupe, fait gonfler par les contractions de toutes les parties du corps et principalement de l'abdomen, fait gonfler, dis-je, la partie antérieure du corps, la face et la tête ; celles-ci ressemblent à une grosse vessie par rapport à ce qu'est U tète chez l'insecte éclos depuis quelques jours. Cette vessie n'est pas gonflée par l'air, car N. Joly a acquis la certitude, en l'ouvrant par un coup de ciseaux, qu'elle était remplie par un liquide limpide. La vessie céphalique, agissant par pression sur la partie antérieure de la pupe, l'ébranlé à chaque secou«e et la détache du reste de la peau durcie formant la pupe.

Les larves des Céphalémyies ont été depuis très-longtemps observées dans les cavités nasales des Moutons. L'insecte parfait de l'espèce la plus commune dépose ses œufs sur l'orifice des narines et non dans leur intérieur, comme le dit Burdach ; la petite larve gagne l'endroit oiî elle doit s'accrocher. L'œuf est réuifornje, et, suivant Joly, la femelle est toujours ovipare, jamais vivipare. Les larves écloses, en chemin d'accroissement, tourmentent les moutons en leur causant un prurit mcommode dans les fosses nasales; mais elles ne produisent pas les accidents connus sous le nom de tournis. Ce dernier phénomène, comparable à un mouvement de rotation ou de manège, est dû à un ver situé dans le cerveau du mouton et qui cause tous les accidents : c'est le Cénure du Mouton, qui n'est que le premier état ou scolex d'un Tœnia cénure qui acquiert son développement dans le tube digestif du Chien ou du Loup.

La Céphalémyie femelle, pressée de pondre, recherche les Moutons pour déposer ses œufs; si la mouche arrive auprès d'un troupeau, celui-ci osî aussitôt dans un grand état d'agitation. Le mouton ou la brebis qui sent la Céphalémyie posée près des narines secoue la tête, frappe la terre avec ses pattes de devant, puis se met à courir en tenant le nez à flpurde sol ou l'enfonçant dans l'herbe. On voit souvent les moutons, pendant l'été, se coucher sur les chemins, les pattes posées sur la tète baissée, et les naseaux sur ou dans la poussière. D'après Bracy-Glark, qui a beaucoup observé les Œstrides, quand les moutons sont en pleine campagne, ils se rassemblent de manière à former une troupe compacte, placent leurs naseaux les uns contre les autres et très-près du sol. Ceux qui occupent les rangs extérieurs sont alors les seuls exposés à l'attaque de la Céphalémyie.

Les Céphalémyies sont peu nombreuses en espèces, elles n'ont jusqu'à ce jour été trouvées que sur les Mammifères ruminants cavicornes.

42 CÉPHALOMETRE.

L'espèce la plus connue est la Céphalémyie du Mouton, Cephalemyia ovis Latreille; OEstrus sinus frontis Unnée ; TŒstre des Moutons Geoffroy. Elle se trouve assez souvent à l'état parfait sur les murs des bergeries pendant les mois de juin et juillet. Sa longueur est de 10 à 12 millimètres. Elle est cendrée, à corps granuleux, le front brun à bande pourpre, la face jaunâtre, les parties de la bouche testacées, les yeux d'un vert foncé et à reflets changeants, devenant bruns après la mort; les antennes noires, à soie ou style ferrugineux; thorax brun ou d'un cendré brunâtre, avec des raies obscures ou nébuleuses, et garni de petites granulations sétigères ; l'abdomen marbré et comme taché en damier de blanchâtre soyeux, de brun et de noir, sur un fond très-soyeux ; pattes testacées ; ailes hyalines et transparentes, ayant à peine quelques points noirâtres à la base ; la nervure transverse, petite, opposée, au sommet, à la nervure auxiliaire ; la transversale postérieure, placée dans l'angle de la quatrième nervure longitudinale. Cette espèce est commune, vivant sur le Mouton (France, Angleterre, Espagne, Allemagne, Italie, Asie, nord et sud de l'Amérique).

11 existe encore d'autres espèces : deux d'Europe et deux autres du cap de Bonne-Espérance. Ce sont les Cephalemyia purpurea Brauer, trouvée en Autriche, en Bussie, en Andalousie, et la C. maculata Wiedemann, observée en Hongrie; sa larve vit dans les naseaux du Buffle et du Chameau; cette espèce est plus répandue en Egypte et en Afrique qu'en Europe. Les Cephalemyia Clarkii Shuckard et C. variolosa Lœw, sont du cnp de Bonne-Espérance. La dernière espèce vit sur une espèce d'Antilope {voy. Œstre, Œstrides). A. Laboulbène.

CÉPHALIDIEIVS. Voy. GASTÉROPODES, Hétéropodes et Ptéropodes.

CÉPHALIQUE (Veine). Voy. Bras.

CÉPHALOCTSTE. Voy. Cestoïdes.

CÉPHALOMÈLE (de y.sfoàv, tête, et pé^oç, membre). Genre de monstre polymélien très-rare, dont le premier cas a été observé par M. Geoffroy-Saint-Hilaire, chez un canard mâle qui a vécu plusieurs années au Muséum. Un membre accessoire (une patte) était implantée sur la ligne médiane de la tête, dans les téguments de la partie supérieure de l'occiput. Les doigts étaient au nombre de trois, et la membrane interdigitale était bien développée entre les deux doigts principaux.

CÉPHALOMETRE. Nomdonnépar Anthelme enl858 à uninstrument deson invention destiné à la mensuration des angles céphaliques [voy. ce mot) et de leurs côtés II se compose essentiellement de deux cercles de cuivre, l'un fixe qui entoure la tête presque horizontalement, l'antre, demi-cercle mobile, qui se meut d'avant en arrière et vice versa sur le premier.

Le cercle fixe est formé de deux moitiés articulées qui, en s' ouvrant, donnent passage à la tête. Il est ensuite assujetti obliquement à l'aide de quatre vis de pression qui prennent leur point d'appui sur les côtés de la tête, sur la racine du nez et au-dessous de la protubérance occipitale externe. En regard de chaque conduit auditif, on place un tube dans lequel glisse une broche qui représente l'axe autour duquel tourne le demi-cercle mobile qni se meut à volonté sur le premier. La tète est donc enveloppée d'un cercle équatorial oblique sur lequel s'articule un demi-cercle dont le plan vient couper le premier sous divers angles ; ce demicercle est muni d'un curseur mobile latéralement et dans lequel peut glisser,

CEPHALOMETRE. 45

vers le centre, une broche dont le degré d'enfoncement donne la distance des divers points de la périphérie de la tête au centre du diamètre équatorial.

On Yoit donc qu'à l'aide du céphalomètre on peut mesurer tous les rayons qui partant d'un même point, situé au centre de l'axe bi-;iuriculaire, aboutissent aux diftérents points de la surface de la tête. En reportant sur le papier les valeurs qui déterminent la situation d'un point quelconque de la surlace, on peut reconstruire, à l'aide d'un compas et d'un rapporteur, la courbe antéro-postérieure et toutes les courbes qui ont pour centre la projection du conduit auditif.

En effet, si l'on adapte près de l'un des conduits auditifs un petit cercle perpendiculaire au demi-cercle, et tournant avec lui devant un indicateur fixe, il devient très-facile de mesurer la distance des rayons entre eux, c'est-à-dire les angles céph;diques. Anthelme a choisi pour point de départ le niveau du bord supérieur de l'orbite parce que « ce point détermine, avec les conduits auditifs, une place qui peut être très-approximativement considérée comme une limite naturelle entre le crâne et la face » [Note sur le Céphalomètre) . Le demi-cercle mobile étant ajouté sur le plan du cercle fixe au niveau du bord supérieur de l'orbite, l'indicateur est alors gradué à zéro. 11 suffit ensuite d'abaisser le demi-cercle pour avoir les angles de la face ou de le relever pour avoir les angles antéro-postérieurs du crâne.

Pour répondre aux besoins de la pratique, Anthelme a gradué le petit cercle latéral de dix en dix degrés à l'aide de petites coches dans lesquelles tombe l'indicateur, de telle façon que l'observateur est averti par le bruit ; puis la broche graduée, placée au milieu du demi-cercle mobile est enfoncée jusqu'à la peau. Cette broche donne la distance du rayon à l'axe bi-auricidaire ; en répétant l'opération après chaque dix degrés on a construit la courbe anétro-postérieure.

Le céphalomèti'e d'Anlhelme fournit encore un procédé pour déterminer le degré de prognathisme dans ses rapports avec le plan du frontal. A cet effet, on amène le demi-cercle mobile à 30 degrés au-dessus du zéro qui est, on le sait, au niveau du bord supérieur de l'orbite. Sur dix Français, la distance moyenne de ce point est de 120 millimètres ; celle des dents, située à 30 degrés au-dessous du zéro, est de 94. Sur un nègre, le front a donné H 8, les dents HO ; sur un orang, le front adonné 85, les dents 178. De sorte que, si le rayon frontal est représenté par 100, la saillie des mâchoires sera :

Chez le blanc 78,3

Chez le nègre 95,2

ChezTorang 209,3

Le céphalomèlre a servi à Gli. Martins et Bravais dans l'expédition scientifique des mers du Nord (1839) ; ces savants en ont fait après plusieurs années d'usage un éloge qui n'a pas suffi pour tirer le céphalomètre de l'oubli. Mais lors de la fondation de la Société d'anthropologie (1859), Anthelme publia, dans les iWemoires de cette société (t. I, p. 337), une note qui le remit en mémoire. Depuis lors, Broca dans ■ses mémoires sur le Craniographe (Mém. de la soc. d'anthr., t. I, p. 349), sur les projections de la tête {Bull, de la soc. d'anthr., 1862, p. 514) et dans ses Instructions générales, p. 36) , Bertillon, dans un article de ce Dictionnaire {voy. Angles céphaliqdes), en ont fait le plus grand éloge. Broca l'appelle « le plus précieux de tous les instruments destinés aux recherches céphalo métriques. » La seule critique à laquelle se prête un instrument qui a été de prime saut porté à un haut degré de perfection est la suivante. Dans la représentation graphique de la courbe antéro-postérieure, le céphalomètre d'Ânthelme donne la longueur des

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