IX
Dans ces inoculations la matière contagieuse a été empruntée au chancre syphilitique primitif H fois, au sang syphilitique 7 fois, aux plaques muqueuses 10 fois, à des syiihilides pustuleuses 3 fois, à la syphilide pustuleuse congénitale 1 fois, à
des ulcères amygdaliens 1 fois.
C'est au bras" et à l'avant-bras que l'inoculation a été le plus souvent pratiquée, puis à la cuisse, à l'abdomen et à la verge ; on l'a pratiquée aussi à l'épaule et à la nuque.
En général, l'inoculation a été faite d'un seul côté et, quand il y a eu plusieurs points inoculés, tous l'ont été simultanément. Cependant quelques expérimentateurs ont inoculé à la fois les deux côtés du corps ; d'autres ont fait des inoculations successives.
Le mode le plus souvent employé a été l'inoculation par piqiîre sous-épidermique. Le nombre des piqûres a varié de une à trois ; on en a fait exceptionnellemeut jusqu'à quatre, cinq, six et même dix.
Le mode le plus usité, après les piqûres, a été rapplicatiou de la matière contagieuse sur une surface excoriée, c'est-à-dire dépouillée de son épiderme par le frottement ou au moyen du vésicatoire. On a employé ce mode d'inoculation une huitaine de fois ; on a pratiqué la scarification deux fois ; la scarification et l'excoriation combinées une fois; l'injection sous-cutanée une fois {Obs., XII).
L'effet immédiat a été à peu près insignifiant et le même qui aurait pu se produire après des piqûres simples avec une lancette chargée d'une matière irritante quelconque, ou après des excoriations épidermiques, des vésicatoires et des scarifications pansés avec de la charpie imprégnée de liquides tant soit peu irritants. Au total, tout s'est passé, de prime abord, comme si le liquide inoculé n'eût eu aucun caractère contagieux ; il y a toujours eu une incubation d'une durée variable.
Incubation. Celle-ci n'a manqué dans aucune expérience. La plus longue est celle de 42 jours, notée par l'anonyme du Palatinat, et la plus courte celle de 10 jours, observée sur M. Lindmann. Si on laisse de côté quelques observations où elle n'a été évaluée qu'approximativement, on voit que, dans celles où on l'a exac- 'tement notée, elle a été de 39, 17, 24, 27, 15, 19, 24, 18, 35, 15, 42, 25, 34, 28, 35, 27, 17, 25, 16, 25, 28, 30, 21 , 29, 28, 35, 28 et 10 jours. Ce qui donne pour moyenne un peu plus de 25 jours, et un peu moins de 26.
On peut aussi étabhr des moyennes partielles en réunissant les cas où une lésion syphilitique de même ordre a été inoculée.
Après les inoculations du chancre primitif, l'incubation a été de 39, 17,24, 27, 15, 19, 24, 18 et 35 jours. Ce qui tait un maximum de 39, un minimum de 15 et une moyenne de 24.
Après les inoculations du sang, l'incubation a été de 25, 34, 28 et 35 jours. Maximum 35, minimum 25 et moyenne 30.
Après les inoculations de plaques muqueuses, en y comprenant l'expérience faite sur M. Lindmann, où c'est probablement une plaque muqueuse ulcérée du gosier qui a été inoculée, l'incubation a été de 27, 17, 25, 16, 25, 28, 30, 21 et 10 jours. Maximum 30, minimum 10, moyenne 22, c'est la plus courte.
Les inoculations de syphilides pustuleuses ont eu pour incubation 29, 28, 55 et 28 jours. Maximum, 35, minimum 28, et moyenne 30, comme avec les inoculations du sang.
Dans la plupart des inoculations simultanées, faites soit par piqûre, soit autrement, sur des endroits rapprochés ou éloignés, le résultat a été presque partout positif, en ce sens qui'une lésion spécifuiue s'est développée sur autant de points
CHANCRE SÏPIIILITIQUE. 295
qu'il avait été fait de piqûres ou d'érosions. Sur 26 piqûres simultanées, faites chez H malades, j'en vois 25 qui ont donné im résultat positif.
Lorsque les inoculations ont été successives, on a aussi obtenu sur presque tous les points un résultat positif, mais on a. eu plus souvent des insuccès qu'en agissant suivant le premier mode.
Wallace, Puche et Lindwurm ont pratiqué, le premier deux inoculations successives, à 7 jours d'intervalle ; le second deux inoculations, à 22 jours d'intervalle; le troisième une série de trois, puis une série de deux inoculations, à 2 jours d'intervalle, et toutes ont fourni un résultat positif.
Au contraire, M. Belhomme a fait à son malade quatre inoculations successives à 1, 5 et 2 jours d'intervalle et n'a obtenu que deux résultats positifs. M. Gibert dit aussi avoir fait à un de ses malades plusieurs inoculations successives (sans en préciseï* le nombre, ni indiquer l'intervalle qu'il a mis entre elles), dont deux seulement ont réussi.
Dans les deux inoculation successives de M. Puche, faites à 22 jours d'intervalle, l'accident primitif a éclos sur les deux points en même temps. La seconde inoculation a donc été signalée par une incubation moins longue de 22 jours que la première, dont la durée fut de 39 jours. Dans les deux séries d'inoculation faites chez une des malades de M. Lindwurm (obs. V) c'est l'inverse qui a eu lieu: les dernières inoculations, faites seulement 2 jours après les premières, ont produit leur etfet 7 jours plus tard ; elles ont donc été marquées par une incubation plus longue de 5 jours, que celle des premières, dont la durée avait été de 19 jours. Dans l'expérience de M. Belhomme, les deux lésions primitives se sont montrées à 2 jours d'intervalle: en admettant, ce qui est probable, qu'elles aient apparu sur les deux premières piqûres, elles auraient eu également une incubation un peu différente, puisque les deux piqûres n'ont été faites qu'à 1 jour d'intervalle. Dans les deux inoculations successives, faites par Wallace au moyen du vésicatoire, à 7 jours d'intervalle (obs. XV), les effets locaux ont eu heu simultanément, sans qu'il soit spécifié d'une manière précise au bout de combien de temps ils se sont produits.
Plusieurs expériences ont été faites, notamment par Wallace et par M. Gibert, avec la mêrne matière contagieuse, et presque en même temps, mais sur des individus différents, et l'incubation, comme du reste les autres symptômes de la maladie, a varié suivant les individus.
Chancre d'inoculation. Après l'incubation moyenne de 25 à 26 jours, apparaît au point inoculé la lésion initiale, c'est-à-dire le chancre syphihtiqûe primitif. Cette lésion, à caractères très-tranchés, quoique figurant sous des noms divers dans les descriptions des expérimentateurs, est identique dans tous les cas, et cela au début, au milieu, comme à la fin de son évolution.
Période de début. C'est d'abord une rougeur circonscrite, mais qui devient bientôt saillante et prend au premier degré l'apparence d'une petite papule, et, un peu plus tard, à mesure que la saillie s'élève, celle d'un tubercule ou d'une nodosité dont le volume n'excède pas dans le principe celui d'une lentille ou d'un petit pois. La couleur de cette lésion a quelque chose de spécial : elle est souvent notée comme étant d'un rouge brun, d'un rOuge foncé, d'un rouge cuivreux, et déjà elle rappelle la teinte particulière qu'on a de tout temps signalée dans les lésions syphilitiques.
Dans les inoculations pratiquées au moyen du vésicatoire et surtout dans celles où on a employé la scarification, l'accident primitif a presque toujours été, à sa
naissance, multiple, apparaissant sous forme de lésions initiales d'abord isolées et ne se réunissant de proche en proche que plus tard, comme si l'inoculation avait été faite sur des points bien distincts, quoique très-rapprochés. Cette circonstance est indiquée dans l'observation de Rinecker, oiî la surface du vésicatoire se recouvrit d'une masse d'excroissances tuberculeuses confluentes, et surtout dans celle de Waller, oii il est dit que quatorze tubercules se développèrent sur les scarifications faites au malade ; ce n'est qu'au bout de quelques jours que les quatorze tubercules ne formèrent qu'un seul chancre.
Ces élevures papuleuses ou tuberculeuses du début sont notées dans beaucoup d'observations comme présentant des phénomènes de desquamation épidermique. Bientôt les squames sèches deviennent une croûte humide, c'est-à-dire que l'élevure s'excorie, s'ulcère pour sécréter l'humeur séro-purulente qui, en se desséchant, forme la croûte.
Tous les expérimentateurs ont accusé de quelque manière l'ulcération. C'est une règle généiale que, dans les inoculations artificielles, l'accident primitif est constitué à un moment ou à un autre de son développement par une ulcération, quelquefois, il est vrai, très-légère.
Évidemment il ne faut pas considérer comme un exemple de lésion primitive non-ulcérée le malade cité par l'anonyme du palatinat, chez lequel la papule, à peine formée, rétrocéda ; pas plus que celui de M. Belhomme ou celui de M. Gibeit (Obs. XIll). Ce dernier est resté cinquante jours absent, et il est fort possible que pendant cette longue période de temps, qu'il a passé loin du médecin, une ulcération ait eu lieu sans attirer son attention. Le malade de l'anonyme du Palatinat est im exemple d'individu réfractaire à l'inoculation syphilitique et la lésion qu'il a présentée ne peut être considérée comme un accident primitif normal, puis qu'il ne s'est montré chez lui ultérieurement aucun accident syphilitique. Le fait de M. Belhomme est complexe : c'est un cas remarquable de syphilis atténuée et profondément modifiée par le traitement spécifique ; mais cette irrégularité, par cela même qu'elle est le résultat du traitement, ne peut être invoquée dans l'espèce.
D'ailleurs, fut-il arrivé à l'ulcération de faire défaut dans la syphilis inoculée, qu'on pourait trouver, pour ces cas exceptionnels, des analogues dans la syphilis naturelle. Babington, entre autres, a observé des chancres où l'induration du début n'avait fait que s'excorier légèrement, et même dans lesquels elle avait persisté jusqu'à la fin sans ulcération.
Une fois arrivé à cet état d'ulcération, l'accident primitif est pourvu de ses deux caractères essentiels, ou plutôt de ses deux éléments constitutifs : l'élément plastique appelé indifféremment papule, tubercule, nodosité, induration, et l'élément ulcéreux, encore plus général que l'autre, ou du moins plus apparent, puisque aucun observateur n'a manqué de le voir, ou de le x'endre reconnaissable dans ses descriptions.
Dès lors aussi, tous les phénomènes ultérieurs bien que décrits en termes variés ne seront plus, en quelque sorte, qu'une amplification de ce double travail d'ulcération à la surface et d'induration à la base, qui caractérise plus particulièrement la lésion primitive à l'état de développement complet.
L'ulcération succède quelquefois, comme nous l'avons vu, à une exfoliation épidermique sèche qui devient humide, à des squames qui se changent en croûtes. Dans quelques cas plus rares, on a noté à la surface de l'élevure sèche un soulèvement de l'épiderme sous forme de vésicule ou de petite pustule. Le plus sou-
vent rexpérimentateur constate l'ulcération sans indiquer la manière dont la papule, le tubercule ou l'induration s'est ulcérée.
L'ulcération est donc consécutive au développement de la lésion élémentaire papulo-tuberculeuse. Il y a même des cas où l'uitervalle qui a existé entie les deux états est indiqué d'une manière précise par les observateurs. Dans les cas oij les dates sont exactement notées, on voit que l'ulcération est signalée 5, 8, 3, 8 4 3, 5 et 8 jours après la première constatation de la lésion primitive. C'est donc un maximum de 8 jours, un minimum de 3, et une moyenne de 5.
Périodes de progrès et de réparation. L'accident primitif se complète et se développe, comme nous l'avons dit, en devenant de plus en plus induré à la base et de plus en plus ulcéré à la surface.
L'induration est notée dans la très-grande majorité des observations ; elle y est même appelée par son nom, bien qu'à l'époque oii la plupart de ces expériences ont été faites on attachât à ce signe beaucoup moins d'importance qu'aujourd'hui.
Sur les 26 cas que nous avons rapportés, elles est mentionnée expressément 17 fois. Les 9 autres cas ne diffèrent pas en réalité des premiers : on y retrouve la même infiltration plastique de la base du chancre; seulement, au lieu d'appeler cette base indurée, les observateurs la disent tuberculeuse (anonyme du Palatinat, Rinecker, Wallace, Lindwurm), papuleuse (Gibert) , noueuse (Waller), dure et infiltrée (Rinecker), condylomateuse (Wallace). L'induration est qualifiée par Baerensprung de dureté cartilagineuse; Pellizzari la décrit comme annulaire chez son malade soumis à l'inoculation du sang.
L'ulcération nous apparaît, chez la plupart des inoculés, comme assez étendue, régulière, souvent arrondie, mais superficielle.
Les inoculateurs qui l'ont comparée à des objets usuels, nous la représentent comme ayant les dimensions d'une pièce de 50 centimes, de 1 franc, de 5 francs, d'un sou de cuivre, d'un six pence d'argent, d'un schelling, d'un kreutzer, d'un thaler, d'un œuf de pigeon.
Presque tous la disent superficielle, suppurant peu. La suppuration est notée bien des fois comme desséchée à la surface du chancre sous forme de croûte, avec du pus liquide au-dessous ; ces croûtes, tantôt minces, brunâtres, plus souvent épaisses et saillantes, sont comparées, dans plusieurs observations, à celles du ' rupia. Lorsqu'on les détache par le frottement ou par l'application d'un cataplasme, on trouve au-dessous d'elles l'ulcération.
L'ulcération chancreuse avec sa base indurée fait, chez quelques malades, une saillie très-prononcée. Comme les bords de l'ulcère sont rarement taillés à pic, et qu'ils vont, au contraire, se déprimant insensiblement et comme en pente douce de la circonférence au centre, il en résulte que le chancre a la forme d'un entonnoir ; il est, en effet, décrit comme infundibuliforme ou déprimé dans quatre observations.
Le fond de l'ulcération est généralement grisâtre avec des teintes variées, plus particulièrement rouges à la circonférence. Le chancre a donc quelquefois une sorte d'aréole qu'on trouve mentionnée dans la plupart des observations de Wallace.
Vers la fin, le fond de l'ulcération rougit, bourgeonne, devient même fongueux; puis arrivent la réparation progressive et la cicatrisation. La cicatrice peut conserver encore des traces d'induration. Dans une des observations de Lindwurm, on voit l'induration persister encore dans la cicatrice trois mois après le début du chancre.
Les malades ayant été pour la plupart abandonnés à eux-mêmes jusqu'à l'éclo-
296 CHANCRE SVPHILITIQUE.
sion des accidents secondaires, l'accident primitif a été long à disparaître. L'ano. nyme du Palatinat dit positivement que, cliez ses inoculés, les symptômes locaux persistaient toujours au moment où les phénomènes généraux se déclaraient. Il en a été de même dans la plupart des autres observations. Dans une des inoculations de Wallace (obs. XIV), le chancre n'était pas encore complètement cicatrisé au bout de quatre mois ; on le trouve encore dans cet état de cicatrisation incomplète, au bout de trois mois dans une autre inoculation du même auteur (obs. XV), au bout de deux mois dans l'observation de Bœrensprung, et au bout de sept semaines dans celle de Pellizzari.
Ces expériences d'inoculation se prêteraient encore à d'autres déductions intéressantes et très-précises concernant l'adénite, le temps écoulé entre l'accident primitif et les accidents secondaires, et qui est une deuxième incubation, la forme et les différentes variétés des sypbilides ; mais quelques-unes de ces déductions ont déjà été mises à profit {voy. Bubon) ou trouveront place ailleurs {voy. Syphilis).
Virus syphilitique. Le principe contagieux de la syphilis n'est pas un parasite, car on n'a découvert jusqu'à ce jour rien de parasitaire dans sa composition. C'est un virus {voy. ce mot) puisqu'il présente lui aussi, au plus haut degré, dans son évolution, le phénomène de la multiplication. Inutile d'insister sur ce point qui egt parfaitement clair.
Du reste on n'apprend à bien connaître un virus qu'en étudiant ses effets, c'està-dire en entrant dans tous les détails de la maladie contagieuse dont il est tout à la fois la cause génératrice et le produit. Ici nous ne devons nous occuper que de ceux des attributs du virus syphilitique que les inoculations ont surtout mis en lumière : unité, diffusibilité, irréinoculabilité, polymorphisme.
Unité du virus syphilitique. Il résulte des inoculations qui précèdent et de tout ce que nous savons sur l'évolution de la syphilis, que le virus syphilitique est un, en ce sens qu'il n'y a pas dans la maladie des formes, des degrés, ou des périodes susceptibles de donner au virus des qualités particulières qui le fassent varier en deçà ou au delà des limites dans lesquelles se trouvent aussi circonscrites les variations de tous les autres virus.
On sait ce qui est contagieux dans la syphilis, mais on connaît moins bien ce qui ne l'est pas. Il y a des lésions qu'on n'a pas encore réussi à inoculer, ce sont les lésions tertiaires ; si elles ne sont pas contagieuses, comme on a quelque raison de le penser, il y a dans la syphilis un moment où la maladie est contagieuse et un autre oiî elle ne l'est plus. Eh bien, il n'existe pas d'état intermédiaire, c'est-àdire que le virus est ou n'est pas ; dans aucun cas l'inoculation n'a été suivie d'effets qu'on soit autorisé à considérer comme émanant d'un virus atténué ou transformé .
Pour ce qui est de l'accident primitif développé au point inoculé, il ne diffère pas sensiblement, ainsi que nous l'avons vu, suivant que le virus a été emprunté à des lésions syphilitiques primitives ou secondaires. Les deux seuls expérimentateurs qui, ayant inoculé du virus recueilli, dans un cas, sur l'accident priniitif, et, dans l'autre, sur des lésions secondaires, aient eu la pensée de comparer les effets produits, MM. Bœrensprung et Gibert, ont noté que les chancres produits par l'inoculation du virus recueilli à la période secondaire de la syphilis avaient été chez deux malades, plus développés, mieux accusés que ceux de deux autres malades qu'on avait inoculés avec du virus pris sur des lésions syphilitiques primitives.
L'incubation est aussi plus longue après l'inoculation des chancres qu'après l'inoculation des plaques muqueuses, mais moindre qu'après ceux des autres accidents secondaires. Toutefois, il n'y a vraisemblablement dans ces résultats, et un~ certain nombre d'autres qu'on pourrait dégager encore de l'étude comparée des inoculations précédentes, que des différences accidentelles, fortuites, qui tiennent à ce que les faits observés sont peu nombreux et qui s'effaceraient, sans doute, devant un plus grand nombre d'unités comparables.
On ne voit pas davantage que la syphilis communiquée ait sérieusement et régulièrement varié d'intensité suivant qu'elle provînt d'une syphilis congénitale (obs. XXVI) ou d'une syphilis acquise ; d'une syphilis faible ou d'une syphilis forte, comme on peut en trouver plus d'un spécimen dans la série des malades qui ont servi à l'inoculation et qui avaient tous la maladie à des degrés différents.
C'était déjà l'idée d'un virus à puissance fixe et à peu près invariable, c'est-àdire d'un virus toujours identique et un malgré la différence que pouvait présenter, au point de vue de leur durée, de leur gravité ou de leur provenance, les éruptions auxquelles on l'empruntait, qu'avait laissée la variole aux inoculateurs du siècle dernier. « Ce qui a lieu dans l'inoculation de la variole, dit Hunter, corrobore cette opinion : que le malade sur lequel on" recueille le pus variohque présente des symptômes graves ou bénins ; qu'il ait un grand nombre de pustules ou qu'il en ait très-peu ; que sa variole soit confluente ou discrète ; que le pus soit introduit en petite ou en grande quantité, l'effet produit est toujours le même. C'est un fait qui n'a pu être connu que par le nombre considérable de sujets qui entêté inoculés dans ces circonstances diverses » {loc. cit., p. 170).
C'est aussi cette idée que donne tous les jours la vaccine à ceux qui l'inoculent dans les conditions les plus variées. Les expériences qu'a suscitées récemment la vaccination animale (expériences de Chauveau, Viennois, Puech) conduisent également à cette même conclusion qui exprime à coup sûr un des attributs les plus remarquables et les moins contestables des virus.
Diffusibilité du virus syphilitique ; absorption, évolution. On trouve le virus syphilitique non-seulement dans la lésion développée au point où il a été primitivement déposé, mais encore dans le sang et sur des points très-divergents oii le sang a seul pu le porter.
Le virus syphilitique a donc une propriété que n'ont pas les principes contagieux de la blennorrhagie et du chancre simple : celle qui le rend apte à passer dans la circulation et à se répandre dans tout l'organisme. Il est donc absorbable, diffusible, comme du reste tous les virus des maladies contagieuses générales. Seulement le virus syphilitique n'est pas volatil, c'est-à-dire transmissible par l'intermédiaire de l'air ; c'est, au contraire, selon l'opinion d'Astruc, un virus essentiellement fixe.
L'absorption du virus syphilitique se fait probablement très-vite, et suivant les lois générales de l'absorption physiologique ; mais entre le moment oii s'effectue cette opération et l'époque oii se produisent les effets apparents du virus, il s'écoule un temps assez long qui n'est pas sans être employé par le virus à quelque travail latent que rien ne nous révèle d'une façon positive, c'est le temps d'incubation.
Après l'incubation se produisent les effets apparents du virus ; et d'abord les effets primitifs qu'on serait tenté de regarder comme locaux, puisqu'ils ne se développent que sur les points inoculés, mais que les essais de réinoculation opérée sans résultat nous montrent, au contraire, comme dépendants d'une infection constitutionnelle aussi complète que ceux qui leur succèdent et qu'on est convenu
d'appeler des effets secondaires. Entre l'apparition des effets primitifs du viras et celle des effets secondaires, il y a encore un intervalle qu'on a appelé une seconde incubation. Quand l'action du virus se prolonge, se renouvelle et se manifeste par des symptômes syphilitiques successifs, il y a aussi entre ces diverses éruptions des intervalles marqués, mais moins bien précisés que les précédents.
En d'autres termes, l'évolution du virus syphilitique se compose de deux ordres de phénomènes : les uns apparents, les autres latents, dont les premiers constituent les manifestations de la syphilis et les seconds la diathèse syphilitique.
La diathèse syphilitique se dérobe, en général, à notre observation. Cependant d y a un effet latent du virus syphilitique qu'on a l'habitude de rattacher à la diathèse, mais qu'on aurait tort de confondre avec elle, et que l'expérimentation rend saisissable et permet de constater à volonté : c'est l'immunité.
Irréinoculahilité du virus syphilitique; immunité. Une première infection syphilitique rend l'organisme inapte à en subir d'autres : voilà l'immunité. Quant au moyen de la constater, il nous est fourni par l'inoculation ; car, comme conséquence de cette immunité, le virus syphilitique d'un individu n'est inoculable ni à l'individu lui-même, ni à aucun autre sujet syphilitique.
L'irréinoculabilité du virus syphilitique a été observée pour la première fois par , Huiiter; car c'est aux essais infructueux faits par lui pour réinoculer les accidents secondaires de la syphilis que remonte cette notion, dont les expériences modernes sur l'irréinoculabilité de l'accident primitif n'ont fait que fournir la confirmation et le complément.
Il est vrai que Hunter, méconnaissant complètement le véritable accident primitif de la syphilis, ne put pas tirer du fait observé ses conséquences naturelles. 11 y avait en germe, dans cette expérience, toute la preuve expérimentale de la nonidentité du chancre simple et de la syphilis, preuve qui résulte de la réinoculabihté indéfinie de la première de ces maladies, en regard de l'irréinoculabilité à peu près absolue de l'autre. Seulement Hunter, avec ses idées erronées sur l'accident syphilitique primitif, crut voir, sous ce rapport, une différence radicale, une sorte d'opposition entre deux périodes d'une même maladie, entre la syphilis primitive et la syphihs secondaire, l'une réinoculable, l'autre, au contraire, irréinoculable; tandis qu'en réalité c'était d'opposition entre deux maladies distinctes qu'il s'agissait.
L'immunité créée par la syphilis est-elle permanente? Si elle n'est que temporaire, à quel moment finit-elle ? Quand commence-t-elle ? eu d'autres termes, quelles variations subit et quelles exceptions présente l'irréinoculabilité du virus syphihtique? Telles sont les questions que les faits expérimentaux connus permettent de résoudre d'une manière déjà très- satisfaisante et conforme, du reste, aux enseignements de la clinique.
L'immunité acquise par une première infection syphilitique est très-réelle, mais il est difficile de dire si cette immunité est durable, permanente, ou si elle n'est que temporaire. Dans ce dernier cas, on pourrait se demander si elle ne s'affaiblirait pas, par hasard, graduellement, à mesure qu'on s'éloigne du moment où s'est faite l'infection syphilitique dont elle procède.
M. Bœren.'^prung [Gaz. hebd., t. IX, p. 309) a fait des inoculations avec du pus de chancre induré sur deux femmes qui avaient eu la syphilis deux ans aupavant, sans obtenir aucun résultat. Deux autres femmes ayant eu également la syphilis deux années auparavant, ont été aussi inoculées sans résultat avec du pus recueilli sur des plaques muqueuses.
Néanmoins l'immunité qui succède à une syphilis guérie depuis un temps plus ou moins long a été surtout conslatée cliniquement, et c'est précisément la rareté des cas de deux infections syphilitiques successives qui autorise à considérer cette immunité comme un fait très-général, souffrant peu d'exceptions.
Quant auK malades encore en puissance de syphilis, on leur a si souvent pratiqué des inoculations de virus syphilitique sans résultat que, si l'on peut affirmer au nom de la clinique qu'on n'a pas deux fois successivement la syphilis, on peut encore bien mieux soutenir au nom de l'expérimentation qu'on ne peut pas avoir, si ce n'est par exception, deux syphilis simultanément.
11 est évident, a priori, que s'il y a un moment où le virus syphilitique doit être réinoculable sur un individu affecté de syphilis, c'est quand la syphihs de cet individu arrive à sa fin. L'analogie seule suffirait pour faire prévoir que c'est sur les individus syphilitiques dont la maladie est ancienne et arrive à la dernière période appelée tertiaire, qu'on doit avoir le plus de chance de réinoculer le virus syphilitique, du bon virus, recueilli dans les meilleures conditions d'activité.
M Schenepf {Annales de la, syphilis et des maladies de la peau, t. IV) a rapporté un grand nombre d'expériences de réinoculation faites dans ces conditions sans résultat, dans le service de M..Bouley, à Lourcine.
« Dans le courant de l'année, dit-il, nous avons inoculé une vingtaine de malades atteintes d'accidents variés de la syphilis constitutionnelle. Ceux-ci consistaient le plus souvent dans des tubercules, condylomes, ecthymas : nous employions le produit de leurs sécrétions pour en imbiber de la charpie que nous mainlenions pendant vingt-quatre heures sur une surface privée de son épiderme par un vésicatoire. Nous continuions ce pansement quotidien jusqu'à ce que la surface vésicatoriéo fut sèche, ce qui ne dépassait jamais quatre à cinq jours. Jamais, en portant le produit de sécrétion des affections consécutives d'une partie du corps d'une malade sur un autre point du corps de la même malade, nous n'avons reproduit les accidents qui ont fourni la matière de l'inoculation. «
Toutefois, sur une malade affectée d'accidents syphilitiques tertiaires, une inoculation a été faite avec succès avec du virus recueilH sur les plaques muqueuses d'une autre malade. Nous en indiquerons plus loin le résultat (obs. XXVll).
C'est sur les individus affectés de syphilis secondaire que les essais de réinoculation ont été le plus souvent tentés. Aux réinoculations infructueuses et bien connues de Hunter, il faut ajouter celles de Wallace; car si Wallace a réussi en inoculant des sujets sains, il dit positivement qu'il a, au contraire, très-souvent échoué en inoculant des sujets syphilitiques avec leur propre pus.
Ajoutons-y encore les observations de Colles {Médical Press, Dublhi, 1844), qui a, le premier, posé en principe que les mères-nourrices ne contractent pas la syphilis en donnant le sein à leurs enfants syphilitiques (la syphilis congénitale de l'enfant suppose, en général, une syphilis antécédente chez la mère), tandis que ceux-ci communiquent la maladie aux nourrices étrangères saines qui les allaitent. Ce sont surtout les expériences modernes de réinoculation, et notamment celles de M. Ricord, qui ont mis hors de doute l'irréinoculabilité du virus syphilitique sur les malades affectés de syphilis secondaire.
Ces expériences, on peut le dire sans rien exagérer, ont été répétées des milliers de fois. M. Ricord en a fait à lui seul 518, de 1831 à 1837. Elles sont si inoffensives et si simples qu'on peut les pratiquer sur tous les malades. J'en ai fait,^pour ma part, des centaines à l'Antiquaille. Mes prédécesseurs Baumes, Diday et Rodet en avaient fait auparavant presqu'autant que moi. Jamais' aucun de nous n a oh-
tenu de résiiKat positif. Je ne connais pas de vérité mieux démontrée, plus incontestuble que celle-là.
Les seules exceptions apparentes qu'on ait rencontrées au milieu datant d'essais tentes par les syphilograplies de tous les pays sont les suivantes : Une observation de M. Cazenave {Ann. de la syphilis et des mal. de la peau, t. III, p. 100)quatre observations de Vidal {Traité des mal. vénériennes, 1853, p. 241, 24?' 355 et 371); une de M. Vnd\e{ihid., p. 361); une de M. Richet (lèzd., p. 355)! une de M. Sperino {Syphilisation, p. 18) ; et deux de M. Kobner, de Breslaû [Klinische und experimentelle Mittheilungen. Erlangen, 1864). Ces' observations ont maintes fois subi la discussion contradictoire, et voici quelle est au juste leur signification.
Il y en a une, celle de M. Richet, dans laquelle la réinoculation a été suivie de la pustule caracléristifiue du chancre simple. Nous en donnerons plus loin l'explication, à propos des contagions mixtes. Dans les autres, la réinoculation n'a réellement eu pour effet que de produire dans les piqiires ces pustules éphémères que tous les inoculateurs ont vu se développer dans les mêmes circonstances, mais'sans les considérer comme spécifiques. Nous reviendrons également sur ce point un peu plus loin.
Une remarque qu'il est bon de faire, c'est que la plupart de ces innombrables essais de réinoculation ont été tentés sur des individus affectés de syphilis 'secondaire avec le pus des lésions syphilitiques de ces mêmes individus. Il est vrai que pour ce qui me concerne, il m'est souvent arrivé de prendre la matière contagieuse sur es lésions syphilitiques d'un individu pour l'inoculer à un autre toujours avec le même résultat négatif.
Wallace a fait des réinoculations semblables, c'est-à-dire qu'il a inoculé des sujets syphilitiques avec du virus pris sur d'autres sujets également syphihtiques, et d avoir réussi un certain nombre de fois. Il dte une^xpérience d'inocuk: tion faite sur une femme aflectée d'accidents secondaires. Chez cette femme, l'ino-
ànd rnu'ellT'' r -r r" '"T "'^"'^"' ^"^ ^°" "^'''^ "^ P^« ^té sans résultat, tandi qu elle avait efe faite plusieurs fois inutilement avec le propre pus de là
malade. Il y eut, après l'inoculation, une incubation de 26 jours -puis annarut au
point inoculé une lésion tuberculo-squameuse, qui. au lieu de s;'d"eE^^^^
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secondSrrJf '^'1'?"' f '' ''^^' ' ^' P^"^'^^ ''''^'^' «' ^-tout à la période secondaire de la syphdis, l'est aussi à la période primitive
que les aTe's 2^7 Pnmitif n'est pas moins généralement irréinoculable que les autres accidents de la maladie. Nous avons vu M. Bœrensprun- inoculer
tertlle ersurtlr '°7r * ^^"^^^ '^^"1^^ à des malades affectés de syphilis tertiaire et surtout de syphilis secondaire des chancres indurés à la période de progrès sans rien produire ni immédiatement ni plus tard. Mais pour les chncres iTtZ^du riad?:"" ^" ^"^^" ^^"'^"*^ '' ^^' yP^'^-' ^'-^ sLLJHa rZc : Ixp^ril'ttt ^" "" ^"P" ''-'' ^"^ ^ ''' ^^^^™-^ P-^^^- P- les
chtlZTn. t f ■ f'i ^'' '"' ^'''"''''' ^'^P^"^"^^^ (^«^'-57) et où tous les chancres sans distinction furent soumis sur une si large échelle à la pratioue de
n^'^:::^7t:T^V^' ^"^^^^ nombre d-entre eux ne' don^ien l«eu a aucun résultat. Pour expliquer ces insuccès, M. Ricord, ne se doutant pas
alors qu'il y avait des chancres de différente nature, divisait néanmoins ceux-ci en deux catégories : ceux qu'il réinoculait et qu'il regardait comme étant à la période de progrès ; et ceux qu'il ne parvenait pas à réinoculer et qu'il considérait comme étant à la période de réparation.
Dès cette époque le fait de l'irréinoculabilité de certains chancres frappait tout le monde, mais tous ne l'interprétaient pas comme M. Ricord. Un autre expérimentateur qui avait, lui aussi, beaucoup usé de l'inoculation, M. Hairion (de Louvain), tout en obtenant les mêmes résultats, ne leur donnait pas la même explication. Au contraire, il déclarait positivement (Ricord, Traité de l'inoculation, p. 530) que ce n'était pas seulement à la période de réparation, mais aux différentes périodes de leur existence, que certains chancres, dans la proportion de 32 sur 85, avaient été réinoculés par lui sans résultat. Or, comme les chancres soumis à l'épreuve comprenaient à la fois des chancres syphilitiques et des chancres simples dans leur rapport ordinaire de fréquence, on voit que la proportion des réinoculations négatives représentait assez exactement dans ces expériences celle des chancres syphilitiques.
M. Kgan, en 1844, réinocula un chancre syphilitique sans résultat. «Une femme infectée par son nourrisson, dit-il, eut une gerçure au sein. Cette gerçure alla s' étendant, et lorsque la malade fut admise à l'hôpital, elle avait là un ulcère de la largeur d'un noyau de prune, à bords inégaux et un peu renversés en dehors. Le pus de cet ulcère fut inoculé sous la peau du bras. L'inoculation ne produisit aucun résultat i> {Jhe Dublin quarterly Journ. 1846, p. 337).
L'anonyme du Palatinat, dans la relation de ses expériences, dit que tous les individus chez qui l'inoculation réussit furent inoculés de nouveau avec le pus de leurs ulcérations primitives avant l'apparition des accidents généraux, et cela sans
succès.
Les choses en étaient là quand M. Clerc, en 1855, se fondant sur un certain nombre d'expériences, énonça devant la Société de chirurgie cette proposition, que, si on inocule avec du pus de chancre syphilitique un malade qui porte un chancre de cette espèce ou un malade qui a la syphilis constitutionnelle, le plus ordinairement l'inoculation est négative.
En 1856, M. Fournier pratiqua une centaine de ces inoculations, et autant avec ces faits qu'avec d'autres analogues qui lui furent fournis par MM. Puche, Poisson et Nadaud des Ilets, il arriva à cette conclusion, que le chancre induré n'est pas inoculable au malade lui-même plus de deux fois sur cent.
Depuis cette époque, beaucoup d'essais semblables de réinoculation ont été tentés soit au Midi, soit à l'Antiquaille et à Lourcine, soit ailleurs. Ces essais opérés avec l'accident primitif sont peut-être aussi nombreux que ceux auxquels l'école huntérienne avait soumis les accidents secondaires ; on en a tait avec des chancres anciens, avec des chancres récents et même si nouvellement éclos (on trouve la relation de plusieurs expériences de ce genre dans la thèse de M. Nodet), qu'on peut les considérer comme véritablement naissants ; ou en a fait non-seu lement en France, mais en Angleterre, en Allemagne, en Italie, partout, et partout aussi l'irréinoculabilité a été la règle générale, offrant , il est vrai, des exceptions, mais quelques-unes plus apparentes que réelles.
Dans ces réinoculations négatives du chancre induré, comme dans celle des accidents secondaires, ouest témoin parfois de faits en apparence exceptionnels, et en réalité très-réguliers, sur lesquels nous reviendrons à propos des contagions mixtes.
On voit aussi assez souvenl, se développer au poiut inoculé la petite pustule dénuée de spécificité, que nous connaissons déjà, apparaissant dès le lendemain ou le surlendemain de l'inoculation et n'ayant qu'une duré éphémère.
Cette pustule non-spécifique est si bien le résultat d'une irritation simple, causée par l'introduction de la matière contagieuse sous l'épiderme, qu'on peut la produire et l'amplifier, pour ainsi dire, à volonté, en donnant à cette matière des qualités encore plus irritantes par l'addition de certaines substances telles que la cantharide, la sabine, la moutarde, le calomel. M. H. Lee a fait, à Lock Ho^pital, des expériences de ce genre que j'ai répétées avec un égal succès à l'Antiquaille. Le même résultat a été obtenu par M. Bidenkap {Gazette des Hôpitaux, novem bre, 1864), qui n'a malheureusement pas su se garantir d'une cause d'erreur si évidente et qui, prenant la pustule en question pour un chancre, s'est retranché derrière cette expérience mal interprétée pour continuer à défendre la doctrine de l'unité.
Toutefois, il est arrivé que les expérimentateurs ont encore produit autre chose ; mais ce résultat, qu'on est autorisé à regarder comme positif, n'ayant été obtenu qu'un petit nombre de fois dans des expériences si souvent répétées qu'on ne les compte plus, ce résultat, disons-nous, est tellement exceptionnel que, pour la sypliilis primitive, comme précédemment pour la syphilis secondaire, il ne fait que confirmer le principe général de l'irréinoculabilité du virus. Une expérience de M. H. Lee {tke Lancet, 1862) ; une autre de M. Diday {Histoire naturelle de la syphilis, p. 236) ; deux faits de M. Bidenkap {Gazette des Hôpitaux, 1864) ; enfin une inoculation de M. Sperino {Syphilisation, p. 22), dans laquelle il est incertain si la matière contagieuse a été empruntée à la syphilis primitive ou à la syphilis secondaire (tubercules ulcérés du mamelon), sont les seuls exemples que nous ayons de réinoculations de ce genre faites avec succès.
Nous avons fait remarquer plus haut, que pendant la période d'incubation de la syphilis, le virus pouvait être inoculé avec succès (inoculations successives de Wallace, Puche, Lindwurm). Dans quelques cas, l'inoculation échoue (inoculations successives de Gibert, Belhomme). L'immunité n'est donc pas encore établie à ce moment, ou du moins elle est très-incomplète, et les faits qui pourraient décider la question sont insuffisants.
En résumé, si la réinoculation est possible avant l'éclosioM de la syphilis, quand la maladie est à l'état d'incubation, il n'en est plus de même à l'époque où apparaît l'accident primitif; dès que le chancre se montre, dès qu'il commence à poindre (expériences de Nodet) , il est irréinoculable, et il conserve ce caractère d'irréinoculabilité pendant toute la durée de son évolution. Dès lors, l'immunité est un fait accompli : on la retrouve dans la syphilis secondaire au même degré que dans la syphilis primitive ; on la retrouve aussi dans la syphilis tertiaire, et même chez les anciens syphilitiques (expériences de Baerensprung) plusieurs années après la disparition de toute lésion apparente. Voilà la règle générale.
Quant aux faits exceptionnels, ils nous montrent que, dans quelques cas, aussi bien à la période primitive qu'à la période secondaire ou tertiaire de la maladie, cette immunité n'est pas absolue, puisque le virus a pu être réinoculé avec succès. Dans le cas de réinoculation ayant fourni un résultat positif à la période tertiaire, la lésion reproduite au point inoculé a été plus profonde, plus durable, mieux caractérisée que toutes les autres ; c'est la seule qui ait été suivie d'accidents secondaires, du reste ti'es-bénins. Serait-ce la preuve qu'à cette période l'immunité,
qui semble a •priori devoir s'affaiblir avec le temps, est déjà moins complète qu'aux deux périodes précédentes?
Voici le tableau complet des réinoculations syphilitiques suivies d'effet
DE
l'observation.
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DE
l'observateur.