‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.15Chapitre 52 sur 98 · X.\XI · texte numérisé non relu

X.\XI

Eidenkap.

Id.

Id.

trois semain.

Bidenkap.

Id.

Id.

trois semain.

Sperino.

Id.

17, 26 et 30 janvier 1851 .

25 janvier 4 et 7 février.

16, 8 et 7 jours.

Après chacune de ces réinoculations réussies, comme on peut le voir ici, il y a eu incubation. Celle-ci a été de 22, 26, 4, 9, 21, 6, 8 et 7 jours ; ce qui fait un maximum de 26, un minimum de 4 et une moyenne de 14.

La lésion, dans l'expérience de Wallace, n'a été caractérisée que par une saillie tuberculo-squameuse qui resta sèche et rétrocéda. Dans celle de H. Lee, le noyau du début s'ulcéra, mais le chancre resta toujours très-petit. 11 en fut de même dans l'expérience de Diday; de même dans celle de Sperino où il est dit que l'ulcération, restée superficielle, guérit sans laisser de trace cicatricielle. Les deux inoculations de Bidenkap ont produit des chancres qui sont notés comme ayant eu les caractères habituels du chancre induré. Enfin, celle de Bouley produisit comme nous l'avons dit, un chancre très-développé soit comme ulcération, soit comme induration, et finalement une syphilide légère.

L'adénite a fait défaut dans tous les cas, ou du moins elle n'a été signalée dans aucun.

Polyinorphisme du virus syphilitique; véhicules divers du principe contagieux. On a pu voir par tout ce qui précède qu'un des caractères du virus syphilitique, c'est le polymorphisme.

On a inoculé des humeurs contagieuses recueillies sur des chancres récents ou anciens, sur des plaques muqueuses, sur des ulcérations amygdaliennes, sur des éruptions pustuleuses ; on a inoculé avec succès le sang lui-même. Tous ces éléments anatomiques très-variés contenaient donc le même principe contagieux, le même virus. Ce virus, par cela même qu'il se présente à nous sous des formes matérielles multiples est un virus polymorphe, faisant contraste avec les principes contagieux qui n'ont au contraire pour véhicule qu'une seule humeur bien déterminée, le muco-pus ou le pus, par exemple [Blennorrhagie, chancre simple.)

Le polymorphisme du virus syphilitique rend du reste parlaitement raison de sa glande diffusibilité. C'est parce que le principe contagieux de la syphilis est aj)te à s'altacher à des humeurs absorbables et susceptibles de passer dans la cir-

504 ClIANCRl': SYPHILITIQUE

culation générale qu'il se répand dans l'économie tout entière, au point qu'il est plus lacile de dire ce qui est contagieux dans un organisme syphilitique, que de déterminer au juste ce qui ne l'est pas. Voyons donc, autant que celte détermination est possible dans l'état actuel de nos connaissances, quels sont les divers véhicules du virus syphilitique.

a. Lésions syphilitiques primitives, secondaires et tertiaires, La lésion dont le caractère contagieux a été le moins contesté est certainement la lésion syphilitique primitive, c'est-à-dire le chancre. Ce n'est pas que le chancre soit plus contagieux que d'autres accidents d'ordre différent ; les médecins de l'école physiologique niaient aussi bien la contagiosité du chancre que celle des accidents secondaires ; seulement le premier ayant eu, pendant tout le règne de la doctrine huntérienne, le monopole de la contagion, il n'est pas étonnant que certains praticiens'lui accordent encore sous ce rapport une supériorité que la clinique d'ailleurs ne justifie nullement.

Le chancre primitif ne fournit guère que du pus. Ce liquide est peu abondant et a une grande tendance à se concréter en croiite. Lorsqu'on fait l'inoculation du chancre on ne peut souvent recueillir sur la lancette qu'une petite quantité de sérosité purulente. Cette humeur purulente plus ou moins concrète, plus ou moins riche en globules de pus, est contagieuse. Nous verrons qu'il en est de même du sang qui s'écoule des indurations que le chancre laisse quelquefois après lui.

Les éruptions syphilitiques secondaires, plaques muqueuses, syphihdes pustuleuses ou papuleuses, ulcères amygdaliens, ne fournissent aussi qu'une sécrétion purulente plus ou moins abondante, contenant en nombre variable des globules de pus ou de sang, quelquefois avec tendance marquée à se dessécher en croiite, d'autres fois avec des éléments séreux qui la maintiennent au contraire à l'état liquide. Cette sécrétion est également contagieuse ; mais encore faut-il qu'elle dérive réellement d'une lésion secondaire, car nous verrons que les accidents franchement tertiaires ont pu être inoculés impunément, et qu'ils n'ont probablement à aucun degré le caractère contagieux. Le sang fourni par les éruptions secondaires est aussi susceptible de transmettre la maladie. Enfin, M. Lindwurm a tenté l'inoculation du tissu même dune plaque muqueuse (obs. XXII) et il a léussi. Il est vrai qu'il n'est pas certain que ce tissu fût complètement exsangue et débarrassé de tout produit de sécrétion morbide.

b. Sang syphilitique aux périodes d'activité et d'état latent du virus. Le sang des sujets syjihilitiques était considéré par Hunter comme dénué de tout pouvoir contagieux. M. Ricord pensait à cet égard comme Hunter, mais avec cette différence qu'il admettait la transmission héréditaire de la maladie, notamment par la voie maternelle, ce qui constituait dans sa doctrine une inconséquence flagrante. En effet, si la syphilis contractée par la mère même à une époque trèsavancée de la grossesse est susceptible d'être transmise au fœtus, et aujourd'hui de pareils faits ne sont ni rares ni contestés, quel peut être l'intermédiaire de cette transmission si ce n'est le sang?

On pourrait alléguer encore en faveur de l'état contagieux du sang syphilitique des preuves par analogie tirées des expériences faites avec le sang d'animaux affectés de diverses maladies contagieuses, telles que la clavelée, la morve, le sang de rate, le charbon ; et même des expériences faites, chez l'homme, avec le sang des malades affectés de viu'iole, de scarlatine et de rougeole.

C'est seulement en 1850, que fut donnée la démonstration directe de la contagion du sang syphilitique : alors eut lieu l'expérience de Waller (obs. XI) ; puis

CHANCRE SYPHILITIQUE. Wj

vinrent celles de l'anonyme du Palatinat, celle de Gibert (obs. XIII), celle de Pelizzari surtout, en 1860, et celle de Lindwurm (obs. XII).

Ces inoculations ont été faites par scarification (Waller et Pelizzari), par friction (anonyme du Palatinat), par injection (Lindwurm), par piqûre (Gibert). Il est difficile de dire s'il y a un mode plus sûr dans ses résultats que les autres, mais (leux choses paraissent dès à présent démontrées : En premier lieu le sang syphilitique n'est pas contagieux dans toute sa masse, et en second lieu il est contagieux à certaines périodes de la syphilis, et non à d'autres.

Ce qui prouve que le sang n'est pas contagieux dans toute sa masse et que le virus habite de préférence certains globules ou d'autres éléments partiels de ce liquide, c'est ce qui est arrivé dans les expériences de l'anonyme du Palatinat où sur neuf inoculés avec le sang, trois seulement le furent avec succès, et ceux-là seulement chez qui une large surface absorbante avait été frictionnée. Le virus syphilitique est disséminé dans le sang, et pour l'inoculer avec succès, il faut pratiquer l'inoculation comme Waller, Pellizzari, Lindwurm, avec une grande quantité de liquide, de manière à multiplier les chances qu'on peut avoir de rencontrer le virus ; ou bien, choisir de préférence, comme Gibert, le sang qui entoure une lésion syphilitique, et le puiser sur un point où l'on a quelque raison de présumer qu'il a dû se faire une sorte d'accumulation du principe contagieux.

L'inoculation artificielle n'a pas été tentée avec le sang des sujets syphilitiques à la période primitive de la maladie.; mais Babington est très-affirmatif sur ce point, il déclare que l'induration chancreuse se transmet alors qu'elle n'est plus ulcérée et qu'elle ne sécrète aucune humeur pathologique, c'est-à-dire dans des circonstances où on ne peut attribuer qu'au sang lui-même le transport de la maladie. Les expériences dont nous venons de parler, et qui ont réussi, ont été faites avec du sang emprunté à des malades affectés de lésions syphilitiques secondaires. M. Diday a inoculé seize individus par deux piqûres avec le sang d'un malade affecté de périosloses non suppurées et évidemment arrivées à la période tertiaire de la syphilis, sans obtenir aucun effet ni généra-1, ni local {Vaccination préservatrice de la syphilis, Gazette médic. de Paris, 1849).

Ainsi donc le sang des sujets syphilitiques est contagieux (les expériences négatives de Thiry et Lalagade ne peuvent prévaloir contre les faits positifs que nous venons de citer). Il n'est pas démontré qu'il le soit à la période tertiaire de la syphilis, mais il l'est aux périodes secondaire et primitive de la maladie.

Quant à la syphilis latente, est-elle contagieuse? En cas d'affirmative, c'est évidemment le sang qu'il faudrait considérer comme le véhicule du virus; car, à cette période, la maladie est dite latente, précisément parce qu'il n'y a aucun symptôme syphilitique extérieur, et que le sang est le seul dépositaire vraisemblable du principe contagieux.

Le père et la mère paraissent avoir quelquefois communiqué la syphilis au fœtus, bien qu'ils n'en eussent eux-mêmes aucun symptôme apparent, et qu'ils fussent dans un état présumé de guérison complète. Ces faits sont importants dans la question qui nous occupe, comme témoignage de la contagiosité de la syphilis à la période latente ; mais on peut objecter qu'il s'agit dans ces cas de transmission héréditaire de la maladie, et que tout ce qui touche à l'hérédité doit être réservé. En voici d'autres.

L'enfant qui vient au monde avec la syphilis, et qui reste plusieurs semaines et même plusieurs mois sans présenter aucun symptôme apparent de cette maladie, peut-il, à ce moment, communiquer la contagion à des personnes saines?

DlCT. EKR, XV. 20

T'Oe CHANCRE SYPHILITIQUE.

Pour ce qui est des nourrissons syphilitiques on les voit en général n'infecter leurs nourrices qu'au moment où ils ont des symptômes apparents de la maladie, même après un intervalle qui, calculé à partir de cette époque, représente à peu près le temps normal de l'incubation.

Il en est de même des vaccinifères syphilitiques. En général, c'est par des enlants chez qui on a pu constater des symptômes syphilitiques apparents que la syphilis a été transmise dans la vaccination. Mais dans quelques cas le vaccinifère a paru sain, et l'on pourrait supposer qu'en effet il n'avait pas la syphilis, ou du moins qu'il ne l'avait qu'à l'état latent. Il ne faut pas donner à ces faits trop d'importance, surtout à ceux qui n'ont été observés que par le vaccinateur ; car on peut toujours objecter qu'il y a eu inadvertance et que, si celui-ci avait reconnu la syphilis chez le vaccinifère, il ne l'aurait pas fait servir à des inoculations ultérieures.

Il y a encore d'autres cas ofi la syphilis a paru se transmettre à la période d'incubation. Ainsi, quand un enfant a été rendu syphilitique, ou plutôt quand il va devenir syphilitique à la suite d'une vaccination malheureuse, les postules vaccinales se développent en général régulièrement ; si l'on prend du vaccin sur ces pustules, comme l'emprunt se fait habituellement du huitième au dixième jour, et que la durée moyenne de l'incubation syphilitique est de vingt-cinq à vingt-six jours, on est encore dans les délais où la syphilis peut être présumée latente, c'està-dire à l'état d'incubation. Or quel est le résultat des inoculations faites avec l'humeur vaccinale plus ou moins mêlée de sang recueillie à cette période de la maladie? Ces inoculations ont parfois reproduit la syphilis ; mais, comme ces faits se prêtent à diverses interprétations, nous aurons l'occasion d'y revenir [voy. Vaccination).

c. Sécrétions normales. Les sécrétions normales, par elles-mêmes et pures de tout mélange, ne sont pas contagieuses chez les sujets syphilitiques. Cette règle, qui est une des épaves échappées au naufrage de la doctrine huntérienne, peut néanmoins présenter quelques exceptions.

Le sperme était considéré autrefois comme très-contagieux, et nous avons vu quelle était l'opinion ancienne, et particuh'èrement celle d'Astruc à ce sujet (miasma venereum latet in semine). Mais, de ce que le coït est le mode habituel de communication de la syphilis, il n'en résulte nullement que la semence soit à un titre quelconque le véhicule du virus, et surtout qu'elle en soit le véhicule principal. Les faits cités par Collet, Porter et Langston Parker (Médical Times, 18C5) sont loin d'être concluants. La question est beaucoup moins simple qu'on ne croyait, et Hunter est le premier qui en ait bien mis en relief les différents points de vue.

Hunter niait le pouvoir contagieux du sperme ; c'est qu'il niait aussi la transmission héréditaire delà syphilis. Bien plus, on peut admettre les cas les plus h'équents, les mieux démontrés de la transmission héréditaire de la syphilis, sans reconnaître au sperme le caractère contagieux ; car c'est incontestablement par la voie maternelle que s'opère le plus souvent cette transmission.

Toutefois, la syphilis se transmet héréditairement même par la voie paterneUe, c'est-à-dire par l'humeur séminale, par le zoosperme. S'ensuit-il que le sperme soit contagieux? Evidemment. Mais l'est-il de la même manière que les produits syphilitiques dont nous avons parlé précédemment, en d'autres termes est-il inoculable comme eux ? Rien ne le prouve.

Les phénomènes de l'hérédité qui s'accomplissent dans ie germe ne sont pas comparables aux phénomènes de pliysiologie normale ou pathologique qui se passent dans le reste de l'économie. Le sperme, comme tous les germes, contient

tout au plus en miniature les organes de l'être qu'il engendre, et ce n'est aussi qu'en miniature sans doute qu'il recèle les principes des maladies héréditaires. Le virus syphilitique peut donc exister matériellement dans cette humeur, sans s'y trouver avec les mêmes caractères que dans les autres produits contagieux, c'est-àdire qu'il peut y conserver son activité, tout en cessant d'être inoculable et transmissible à la manière ordinaire.

Le lait des nourrices syphilitiques était aussi considéré autrefois comme on ne peut plus apte à communiquer la syphilis au nourrisson. C'est encore une question complexe que nous avons dû examiner déjà sous ses aspects divers {voy. Mamelles). La salive venait ensuite, et c'est une des sécrétions normales qu'il semblait le plus naturel d'accuser d'être l'agent de la contagion, quand la syphilis est communiquée par la bouche. Nous nous sommes également expliqué sur ce point (voy. Bouche).

La sueur, les larmes et toutes les autres sécrétions normales que certaines observations tendaient à faire passer pour contagieuses, sont dans le même cas. M. Diday a inoculé les larmes d'un individu syphilitique à un individu sain, et il n'a rien obtenu.

d. Humeurs morbides dérivant de lésions non syphilitiques. Ces humeurs sont évidemment formées par le sang, et nous avons vu que celui-ci est contagieux. Mais, en devenant soit un produit de sécrétion normale, soit une humeur pathologique, le sang subit une élaboration non douteuse; et cette élaboration, cette catalyse est assez radicale pour faire perdre au liquide élaboré son caractère contagieux. Dans cette question, c'est donc à l'expérience seule de prononcer. M. Diday a inoculé sans succès à un individu sain du pus pris sur une pustule d'acné iodique développée chez un malade en pleine syphilis secondaire.

Le muco-pus blennorrhagique, le pus du chancre simple, le vaccin, toutes ces humeurs morbides, recueillies sur des sujets syphilitiques, mais recueillies avec soin et inoculées pures de tout mélange à des sujets sains, n'ont également déterminé chez ces derniers aucun symptôme de syphilis. Le muco-pus de la blennorrhagie, en premier lieu, est dans ce cas. J'ai répété moi-même et j'ai vu répéter plusieurs fois sous mes yeux (thèse de M. Basset, p. 54), mais avec des précautions particulières, l'expérience de Hunter faite avec le muco-pus blennorrhagique (voy. Blennorrhagie, t. IX, p. 650), c'està-dire que j'ai inoculé et vu inoculer à la lancette, par piqûre soiis-épidermique, sur des individus vierges de syphilis, du muco-pus blennorrhagique emprunté à des sujets syphilitiques, mais du muco-pus absolument pur de tout mélange avec le sang ou autres humeurs, et le résultat de ces inoculations a toujours été négatif. 11 en est de même du pus contagieux du chancre simple. On a répété à l'Antiquaille l'expérience de Melchior Robert, dont il sera question plus loin, mais toujours, bien entendu, avec des précautions particulières; on a pris la matière contagieuse de chancres simples développés sur des sujets syphilitiques; cette matière, pure de tout mélange, a été inoculée à des sujets vierges de syphilis et ne leur a communiqué que le chancre simple (Basset, thèse citée, p. 97). Parmi les observations de MM. Ricord et Fournier relatives au chancre mou des sujets syphilitiques communiqué à des sujets vierges de syphilis, il y en a un certain nombre (cinq) où la communication s'est faite sous forme de chancre mou non .suivi d'accidents secondaires. M. Bidenkap a obtenu un résultat semblable dans une de ses expériences.

Il en est encore de même du vaccin des sujets syphilitiques.

508 CUAiNCUE SYPHILITIQUE.

On peut voir, dans le mémoire de M. Viennois (De la syphilis transmise par la vaccination^ 1860), beaucoup d'observations venant à l'appui de cette idée, que le vaccin recueilli sur un sujet syphilitique, mais le vaccin seul, le vaccin pur, c'est-à-dire dépourvu de tout alliage avec le sang ou avec d'autres humeurs syphilitiques, donne une vaccine régulière et rien que la vaccine (faits de Montain, Cerioli, Bidart, Schreir, Taupin).

e. Humeurs contagieuses mixtes . Toutefois, ces diverses humeurs, étrangères à la syphilis, mais provenant d'un organisme entaché de cette maladie, sont trèsexposées à devenir accidentellement des agents de contagion syphilitique. Elles sont miscibles au sang et aux autres humeurs syphilitiques, sans que le mélange altère en rien les propriétés contagieuses de ces dernières. En un mot, le virus syphilitique n'est nullement neutralisé par les principes contagieux de la vaccine, de la blennorrhagie et du chancre simple, et il se peut fort bien que toutes ces maladies soient transmises dans les mêmes circonstances. En tout cas, on a maintes fois inoculé plusieurs de ces virus ensemble artificiellement, et c'est le résultat de ces inoculations mixtes que nous devons maintenant exposer en quelques mois. Il sera question plus loin des inoculations mixtes oîi la vaccine a été transmise en même temps que la syphilis. Il a déjà été parlé précédemment [Dictionnaire des sciences médicales, t. IX, p. 650) des contagions mixtes, dans lesquelles la blennorrhagie a été inoculée artificiellement ou communiquée dans les rapports sexuels conjointement avec la syphilis. Celles dans lesquelles le chancre simple est transmis par le coït en même temps que la syphilis sont réelles aussi ; car dans les observations de MM. Ricord et Fournier sur le chancre mou des syphilitiques, s'il y a cinq cas oîi la communication s'est faite sous forme de chancre mou, il y en a quatre oii elle a eu lieu sous forme de chancre induré suivi d'accidents secondaires.

L'inoculation mixte du chancre simple et de la syphilis offre un intérêt tout particulier. Elle a été pratiquée de trois manières différentes, les trois serfles possibles. On a inoculé dans une même piqûre un mélange de virus syphilitique et de matière contagieuse du chancre simple; on a inoculé du virus syphilitique à la surface d'un chancre simple ; enfin on a inoculé du pus de chancre simple à la surface d'une lésion syphilitique, et notamment sur le chancre syphilitique primitif On doit à Melchior Robert la seule expérience bien faite, concluante, dans laquelle on ait inoculé simultanément dans la même piqûre un mélange de virus syphilitique et de pus de chancre simple {Considérations sur V auto-inoculation du chancre infectant, 1862). Cette expérience est digne à tous égards de prendre rang à côté de celle de Hunter, dont nous avons déjà parlé, et dans laquelle c'est un mélange de virus syphilitique et de muco-pus blennorrhagique qui fut inoculé. Or qu'a produit cette inoculation ? Elle a produit, ce qui était facile à prévoir, les effets réunis du pus de chancre simple et du virus syphilitique, c'est-à-dire qu'un chancre simple s'est montré de suite an siège de l'inoculation sous forme de pustule chancreuse développée sans incubation ; puis, après une incubation de vingt-trois jours, le chancre syphilitique a apparu sous le chancre simple avec son induration caractéristique, et un peu plus tard, environ six semaines après le début de l'accident primitif, sont venus les accidents secondaires, une angine syphilitique et une syphilide papuleuse confluente. Les deux matières contagieuses n'ont donc pas été neutralisées l'une par l'autre ; elles ont été, au contraire, l'une et l'autre aussi actives ensemble que si on les avait inoculées séparément. M. Maratray (thèse de Paris, 1854) a fait une inoculation du même genre; M. Donielssen

CHANCRE SYPIIILITIQUE. , 509

a pniti(iué également une inoculation mixte semblable (Boeck, Recherches sur la syplnhs, 1862) ; ces deux expériences ont eu le même résultat que celle de Melchior Robert, mais la relation en est trop écourtée pour qu'on puisse en tirer des déductions aussi positives.

L'inoculation mixte, comme nous l'avons dit, a été faite encore d'une autre manière : du virus syphilitique a été porté à la surface d'un chancre simple. C'est à M. Lindwurm (loc. cit., p. 174) que nous devons cette expérience.

Le chancre simple où le virus syphilitique a été déposé n'a été pour ce dernier qu une surface absorbante, en quelque sorte toute préparée pour le recevoir sans 1 altérer, une plaie d'inoculation comme toutes les autres, au fond de laquelle il s'est développé régulièrement.

Il y a eu une incubation de quatre semaines qui a donné au chancre simple, pansé méthodiquement, le temps de se cicatriser. Le premier effet du virus syphilitique s'est manifesté immédiatement après, dans la cicatrice même du chancre qui est décrite comme saillante, rongea tre et rappelant assez bien la lésion jiapulo- • tuberculeuse que les expérimentateurs ont notée comme marquant le début de I accident primitif dans la plupart des inoculations syphilitiques dont il a été question plus haut. Cette saillie rougeâtre, d'abord assez étendue, a pris peu à peu p us de développement. Au bout de huit jours, au dire de la malade, elle s'est ulcérée, elle a suppuré, et trois mois après, revue par linoculateur, elle ressemblait, selon ses expressions, à un condylome sec. En d'autres termes, la papule initiale n'avait pas tardé à devenir un chancre, lequel avait subi à la longue la transformation in situ en tubercule muqueux, comme on l'observe assez souvent chez la femme. Les accidents secondaires n'ont pas fait défaut, car la malade, au moment de sa rentrée à l'hôpital, avait des plaques muqueuses aux parties génitales et à l'anus, et un exanthème maculeux sur la poitrine et le basventre.

Enfin on a pratiqué l'inoculation mixte suivant le troisième mode, c'est-à-dire qu'on a inoculé du pus de chancre simple à la surface d'une lésion syphilitique et principalement sur le chancre induré.

Autant il est dangereux de faire l'expérience suivant les modes qui précèdent, autant il l'est peu d'inoculer le chancre simple à un sujet syphilitique, et notamment de greffer ce chancre sur une lésion syphilitique consécutive ou primitive. Cette dernière expérience a été pratiquée bien souvent à l'Antiquaille, et elle n'est pas moins inoffensive que la réinoculatiou du chancre simple, telle que l'ont si largement pratiquée Ilunter et surtout Ricord, et, à leur exemple, tous les svphilisateurs.

En faisant l'inoculation du chancre simple chez un sujet affecté de syphilis, mais sur un point dépourvu de lésion syphilitique apparente, on obtient un chancre simple dont les caractères physiques n'ont rien de spécial. En choisissant comme siège de l'inoculation une lésion syphilitique secondaire, une plaque muqueuse par exemple, on a encore pour résultat un chancre simple qui conserve sa souplesse. Dans l'un et l'autre cas, on produit le chancre mou des syphilitiques, maladie facile à créer artificiellement, mais qui est aussi l'effet de la contagion naturelle et dont MM. Ricord et Fournier entre autres {loc. cit., p. 501) ont rapporté plusieurs observations.

En greffant le chancre simple sur le chancre syphilitique, on obtient des résultats d'un intérêt scientifique et pratique beaucoup plus grand, car le chancre mixte, qui prend alors naissance et qu'on observe d'ailleurs assez souvent comme

produit de la contagion naturelle, est pour ainsi dire la pierre angulaire de la doctrine de la dualité des chancres.

Depuis 1858, de nombreuses expériences de ce genre ont été faites sous mes yeux, à l'Antiquaille, par MM. Laroyenne, Basset et Nodet. Dans les hôpitaux de Paris, MM. Cusco, Guérin, Picard, Liégeois; en Allemagne, MM. Sigmund, Bœrensprung, Lindwurm; à Londres, M. H, Lee; en Italie, MM. Pellizzari, Ricordi, Profeta, Galligo, d'autres encore, ont reproduit les mêmes faits en procédant de la même manière.

La greffe du chancre simple sur le chancre syphilitique est suivie d'effets immédiats. Lorsqu'on applique à la surface d'un chancre syphilitique du pus de chancre simple, l'ulcération ne tarde pas à changer de caractère. Au bout de deux ou trois jours, le chancre est comme transformé; il prend un fond grisâtre, comme le chancre simple, et des bords déchiquetés, taillés à pic; la suppuration qu'il fournit devient plus abondante, sanieuse et réinoculable. Les vaisseaux et les ganglions lymphatiques peuvent être envahis eux-mêmes et devenir le siège de la lymphite et surtout du bubon chancreux. Pendant ce temps, le chancre syphilitique ne perd pas ses caractères distinctifs, son induration entre autres ; il conserve aussi sa virulence propre, et il est suivi des mêmes accidents qu'à l'ordinaire; enfin, circonstance qu'il faut noter et sur laquelle nous reviendrons, il peut transmettre l'une ou l'autre des deux maladies qu'il représente, ou toutes deux simultanément. Maintenant, si nous reprenons oii nous l'avons laissée tout à l'heure la question de l'irréinoculabilité de la syphilis, nous remarquerons que, dans certains cas de coexistence, et semblable en cela au muco-pus blennorrhagique {voy. Blennor- RHAGiE, t. IX, p. 650), le virus syphilitique peut être réinoculable en apparence sans l'être en réalité, et que bien des observateurs ont déclaré réinoculables des lésions syphilitiques mixtes, parce qu'elles fournissaient et devaient en effet fournir la pustule chancreuse caractéristique comme résultat de l'inoculation.

Nous avons déjà signalé un de ces cas, celui de M. Richet, qui a longtemps passé pour un exemple probant de contagion des accidents syphilitiques secondaires. Et pourtant ce n'est pas la coïncidence du chancre simple et des accidents secondaires qui est la cause d'erreur la plus difficile à reconnaître. Dans ces circonstances, le chancre simple n'a rien qui le défigure ; il constitue alors le chancre mou des syphi- Utiques, dont le diagnostic n'a pu offrir de l'obscurité qu'avant qu'on fût assuré de son existence.

La cause d'erreur la plus ordinaire est celle qui résulte de la coexistence et de la superposition du chancre simple et du chancre syphilitique, coexistence moins accidentelle et beaucoup plus insidieuse que la précédente. Aussi l'irréinoculabilité du chancre induré est-elle niée plutôt que celle des accidents secondaires, et cela par des expérimentateurs très-exercés, très-convaincus, mais à qui il a manqué les notions que nous ont fournies nos observations et nos expériences faites sur le chancre mixte.

Les syphilisateurs qui ont prétendu réinoculer des chancres syphilitiques, Sperino, Melchior Robert, Boeck, Bidenkap, et qui avouent tous avoir obtenu dans ces cas, comme résultat delà réinoculation, la pustule chancreuse caractéristique, ont bien réinoculé quelques chancres vraiment indurés, mais des chancres mixtes, c'est-à-dire des chancres syphilitiques doublés de chancres simples. Le fait n'est . pas douteux pour Speriiio qui opérait sur des prostituées chez qui toutes les maladies contagieuses coexistaient avec une fréquence presque inusité dans nos hùpilanx (20 cas degale chez 96 femmes affectées de maladies vénériennes). Les

CHANCRE SYPHTLITIOUE. 311

obset-vations de Melcliior Robert sont de même nature et passibles de la même interprétation, ainsi que l'a démontré M. Nodet (thèse citée). Quant à MM. Boëcket Bidenkap, dans leurs quinze inoculations positives de chancres indurés ou de plaques muqueuses (loc. cit. t. 65) ils n'ont eux-mêmes jamais obtenu, ainsi que tous ceux, qui en ont fait l'épreuve, que la pustule chancreuse classique ou.des pustules dites éphémères.

J'ai fait à l'Antiquaille plusieurs centaines d'essais de réinoculation du chancre syphilitique, et moi aussi j'ai vu assez souvent la pustule chancreuse se développer d'emblée au point inoculé. C'est même pour nous rendre compte de ces exceptions apparentes qu'ont été instituées nos expériences de greffes chancreuses. Peu à peu nous avons appris à diagnostiquer d'avance les chancres indurés qui devaient être ainsi réinoculables. Or, il résulte de toutes nos tentatives de réinoculation de chancres indurés qui fournissent la pustule caractéristique qu'ils sont, aux autres chancres syphilitiques primitifs, dans la proportion de 6 à 100.

Le chancre mixte, qui est en définitive le chancre syphilitique primitif réinoculable sous forme de pustule chancreuse, n'est donc pas une anomalie. La règle est que le virus syphilitique est irréinoculable ; les exceptions véritables, nous les avons fait connaître. Quant à la réinoculabilité du chancre mixte, elle est aussi la règle, car, ce qui se réinocule alors, ce n'est pas le chancre syphilitique, mais le chancre simple greffé sur lui.

Contagion directe. « La contagion la plus commune, dit Astruc, est celle qui arrive en quelque partie du corps par le contact immédiat d'une personne malade avec une saine, lorsque les parties qui. se touchent sont humectées d'une humeur qui sert de véhicule au virus vérolique, qu'elles sont molles, poreuses, faciles à être pénétrées par le virus ; qu'elles sont échauffées et raréfiées de leur nature, à raison de leur situation ou par le mouvement qui les agite, et par conséquent qu'elles sont plus disposées à s'imbiber du virus. »

Cette erreur que réchauffement des surfaces serait une condition favorable ou même nécessaire à la contagion date de Fracastor. C'est lui qui a le premier prétendu que la syphilis se propageait d'autant mieux que les corps s'étaient échauffés ensemble à un certain degré : « Cum duo corpora contactu mutuo plurimum incaluissent. »

La syphdis, nous le verrons surtout à propos de la contagion médiate, se transmet bien souvent dans des conditions toutes différentes, et, à moins d'immunité naturelle ou acquise par une infection antérieure, le virus entre toujours en activité, pourvu qu'il y ait dénudation des tissus avec lesquels il est en contact. Le seul et véritable obstacle à l'infection, c'est l'épiderme de la peau et l'épithélium des muqueuses, sauf peut-être dans les points où ce dernier tissu est trèsténu ou très-mou. L'expérimentation n'a jamais réussi que par le dépôt de la matière contagieuse sur une surface saignante ; mais, toutes les fois que l'inoculation a été faite dans ces conditions, elle a donné un résultat positif.

On cite, il est vrai, des exceptions : M. Puche a inoculé trois fois sans succès des sujets sains avec le pus du chancre induré; M. Ouvry a fait, en 1857, dans les mêmes conditions et aussi sans succès, une inoculation de chancre induré à un jeune médecin, en présence de MM. Ricord et Fournier; M.VI. Ratier, Gullerier et Sarrlios se sont inoculé à eux-mêmes, inutilement, du pus d'accidents secondaires ; M. Thiry a aussi fait une inoculation semblable, c'est-à-dire sur un sujet sain, sans résultat ; mais tous ces faits remontent à une époque où on ne croyait pas à l'incubation de la syphilis, et on peut se demander, pour beaucoup d'entre eux.

si les malades ont été observés assez longtemps après l'inocvilation, pour qu'on ait pu juger délinitivement du résultat obtenu. M. Fournier (thèse de Paris, 1860, p. 107) a cru pouvoir poser en principe que les accidents syphilitiques étaient doués d'un pouvoir contagieux moindre que le chancre simple, et que plus de gens échappaient à la contagion du premier qu'à celle du second. Il est vrai que, malgré les faits cités par Vernois et Depaul, l'expérience de Ch. Legros et celles de Massenger-Bradley {British. med. journ., 1871), la syphilis n'est pas inoculable aux animaux, et que le chancre simple et la blennorrhagie le sont, au contraire, comme nous l'avons vu, à un assez haut degré. Ne serait-ce pas qu'il existe plus d'immunités naturelles à l'égard des maladies contagieuses générales que vis-à-vis des maladies contagieuses simplement locales,

La clinique est ici d'accord avec l'expérimentation, et tous les jours elle fournit la preuve de la nécessité à peu près absolue d'une excoriation préalable des' parties pour que l'infection s'effectue. En effet, si le chancre syphilitique siège de préférence sur certains organes, parce qu'ainsi le commandent la nature et la spécialité des rapports d'oii nait la contagion, on le voit aussi sur un même organe affecter, comme du reste le chancre simple, les replis, les angles, les culs-de-sac oii l'épithélium est d'habitude déchiré ou très-disposé à l'être.

Les rapports sexuels sont le mode le plus habituel de la contagion syphilitique directe, et tout ce que nous avons dit du ceït à propos de la blennorrhagie et du chancre simple, pourait être répété à propos de la syphilis. Mais si ce mode de contagion est prédominant pour toutes les maladies vénériennes, c'est pour la syphilis qu'il l'est le moins, et cela parce que la propagation de cette maladie se fait avec une grande activité par d'autres voies, dont plusieurs ne sont pas moins naturelles que les voies génitales.

D'un autre côté, si le coït est un mode de transmission commun à toutes les maladies vénériennes, et même le seul commun ou à peu près, il en résulte que c'est par la voie génitale que doivent nécessairement se l'aire les contagions complexes, celles dans lesquelles ces maladies se communiquent simultanément. C'est ce qui explique pourquoi le chancre syphilitique des organes génitaux est si souvent mixte, et pourquoi ce même chancre mixte est si rare dans les autres régions.

Là sodomie est encore une source de contagion syphilitique; nous nous sommes déjà expliqués sur ce point ; il en est de même des rapports buccaux et de l'allaitement [voy. Anus, Bouche et Mamelles.

Le toucher vaginal qui devient quelquefois une occasion d'inoculation du chancre simple au doigt de l'accoucheur, peut également donner lieu à l'inoculation de la syphilis au même organe dans les mêmes circonstances. Et comme les inoculations s'opèrent surtout chez des accoucheurs dont le doigt, après avoir été contaminé dans l'exercice du toucher vaginal, peut être appelé à se reporter sur des personnes saines, il en résulte que l'individu qui a été d'abord la victime passive de la contagion, est exposé à devenir à son insu un agent très-actif de la propagation du mal. C'est le doigt d'une accoucheuse quiaétélepoint de départ et la principale cause de l'épidémie syphilitique connue sous le ,nom de Mal de Sainte-Euphémie (voy. ce mot). On trouve dans les annales de la science ces deux ordresde faits trèsnettement accusés : c'est-à-dire des observations d'accoucheuses ou d'accoucheurs infectés dans l'exercice de leur profession, et des observations d'accoucheuses et d'accoucheurs propageant la maladie après l'avoir contractée au doigt dans la pratique du toucher. (A. Lecoq : de ligno sancto non permiscendo, cap. I. — Ch. Musitan, ch. IV, liv. 2.— Palfyn, anatomie, etc., Paris, 1734.— Riedlin, lin. méd. ann.lll,

2. lOC. — Du Saulsayx, Journal de médecine, 1700, p. 232. — Âcta nat. cor., vol. III, obs. 26, vol. VII, obs. 75, vol. IX, obs. 94..— Bourgeois, t. II.ch.XLVIl.

Commerc. littér. nor., 1445, p. 136. — Gardane, Gaz., 1775, p. 30.— Colles,

Ann. des mal. de la peau et de la syphilis, 1844, p. 308). Ce dernier aiiteurpaiio d'un accoucheur qui, ayant contracté des accidents sypliilitiques secondaires aux mains, devint très-malheureux dans sa pratique, car plusieurs des femmes qu'il assista dans leurs couches furent atteintes d'accidents primitifs qu'elles communiquèrent à leurs maris.

L'accouchement a été aussi considéré, maisbienàtort, selon nous, comme une cause de transmission de la syphilis de la mère à l'enfant au passage. L'inoculation au passage, qui se comprend très-bien pour la blennorrhagie, moins bien pour le chancre simple, paraît impossible pour la syphilis.

En effet, le chancre syphilitique est précédé d'une incubation de 25 à 26 jours en moyenne. Lorsqu'il est en pleine éclosion sur les organes génitaux de la mère, il a déjà produit dans l'organisme une modification qui l'a rendu irréinoculable. Or, s'il est irréinoculable pour la mère, ne doit-il pas l'être aussi pour l'enfant au moment où celui-ci se détache de l'organisme maternel dont il a lait partie jufque-là et dont il est naturel qu'il partage l'immunité ?

Les contacts fortuits sont des causes de transmission de la syphilis qui n'ont rien de régulier ni de fixe.

Ce genre de contagion s'effectue principalement chez les personnes qui sont en rapport avec des enfants syphilitiques. Les soins particuliers qu'on donne au premier âge, la répétition et l'intimité des contacts ordinaires, lorsqu'ils ont lieu entre un adulte et un enfant de cet âge, expliquent suffisamment un effet qu'on a cru à tort devoir attribuer à la supériorité du pouvoir contagieux de la syphilis congénitale sur celui de la syphilis commune.

M. Egan a vu une ulcération chancreuse se développer sur le cou d'une femme de soixante ans à l'endroit oij, s'étant piquée avec une épingle, elle avait gardé appuyée la bouche d'un enfant syphilitique. Waller dit qu'une femme de soixantedix ans contracta la syphilis d'un nourrisson infecté, et que les premières lésions se développèrent à la joue gauche et au côté gauche du cou, points au contact desquels elle avait l'habitude de tenir l'enfant quand elle voulait l'apaiser ou l'endormir. Deux parentes d'enfants syphilitiques ont eu des ulcères cliancreux aux endroits habituellement en contact immédiat avec le siège de ces enfants qu'elles avaient l'habitude déporter sur leurs bras (procès Hubner). Pareil fait s'est produit sur une jeune fille de douze ans qui portait habituellement dans ses bras nus un des enfants infectés dans les vaccinations de Rivalta, et qui avait des papules muqueuses au creux poplité.

Contagion médiate. La contagion médiate a été observée pour la syphilis bien plus souvent que pour la blennorrhagie et le chancre simple. Elle a été notée dès l'apparition de la syphilis parmi nous.

Jacob de Catanée, parlant des causes de la syphilis, s'exprime ainsi : « Quarta causa poterit esse cditus cum sana cum quâ depfoximo coiverit infectus semine adhuc in matrice existente. »

Nicolas Massa parle très-explicitement d'une autre forme de la contagion médiate plus fréquente que la précédente et qui s'opère par l'intermédiaire, non d'un organisme vivant simple dépositaire du virus, mais d'un corps inerte chargé lui aussi du urincipe contagieux de la maladie : « Aliqui alii contactus) dit-il, aut cibi, aut pùtus, aut vestimentorum inficiunt multos. »

Du reste, la contagion médiate avec ses différents modes était généralement admise autrefois, et aux auteurs qui, comme Vella, "Widmann, Fernel, Thierry de Hery, Astruc, Swédiaur, ont spécialement insisté sur le mode indiqué par Catanee, on pourrait en ajouter d'autres, en plus grand nombre encore, (qui ont plus particulièrement noté celui qu'avait signalé Massa.

Le coït ou tout autre contact en un point de l'organisme où du virus syphilitique est simplement en dépôt, peut communiquer la syphilis à une personne same, que la maladie se développe ou non ultérieurement chez l'agent de la contagion, c'est-à-dire chez le dépositaire du virus.

M. Puche acité le cas d'un mari qui communiqua la syphilis à sa femme, sans la contracter lui-même, à la suite d'un coït pratiqué avec celle-ci, mais précédé, peu d'instants auparavant, de rapports semblables avec une personne malade.

Nous avons déjà noté le même mode de contagion au sein chez une nourrice (t. IV, 2" série, p. 442), et nous aurons l'occasion de citer d'autres cas analogues observés au bras chez des vaccinés {voy. Vaccine).

Toutefois, le fait de l'incubation de la syphilis l'ait naître pour cette maladie une question que nous n'avons pas eu à soulevai- à l'occasion de la blennorrhagie et dn chancre simple, et qui donne la main à celle que nous avons déjà posée à propos de la syphilis latente. La question est celle-ci : un individu, regardé d'abord comme l'agent d'une contagion médiate, ne peut-il pas, au contraire, avoir été un agent de contagion directe, avec cette particularité que la maladie, au moment où il l'a communiquée, n'existait chez lui qu'en incubation ou à l'état latent. Évidemment c'est à l'observation à prononcer sur ce point, mais encore faut-il que celle-ci soit assez prolongée pour qu'on sache si la maladie s'est développée ultérieurement chez l'agent de la contagion, ou si ce dernier n'a été décidément que le dépositaire inerte du virus.

La communautédes objets usuels est une cause beaucoup plus active qu'on ne pense de contagion syphilitique.

Fracantiano dit avoir vu une jeune fille de sept ans qui avait gagné la syphilis en portant une robe de peau dont s'était servie une femme vérolée. Fallope a vu un vieillard qui avait chez lui deux véroles porteurs d'ulcères au fondement, et qui assura avoir pris la maladie par l'usage des mêmes latrines. M. Clerc a pu montrer à ses élèves un vieillard de plus de soixante-dix ans porteur d'un chancre infectant du gland qui provenait du frottement de l'organe contre un pantalon d'origine suspecte dont il usait depuis deux mois. M. Bondet a observé un fait analogue chez un militaire qui, n'ayant pas vu de femmes depuis fort longtemps, avait contracté un chancre du scrotum sans pouvoir l'attribuer à d'antre cause que le contact d'un pantalon qu'il avait acheté d'occasion.

Toutefois c'est à la bouche et par l'intermédiaire d'ustensiles de ménage ou d'autres objets usuels susceptibles de passer d'une bouche à une autre (verre, cuiller, pipe), ou d'instruments industriels (canne à souffler le verre), que s'effectue surtout, ainsi que nous l'avons vu précédemment, la contagion médiate [voy. Bouchk).

Les opérations chirurgicales ont aussi été quelquefois l'occasion de transport de la syphilis d'un individu à un autre, non-seulement celles qui se pratiquent sur la bouche et dont il a déjà été question (Dictionnaire encycl. des sciences méd., t. X, p. 2571), mais d'autres encore susceptibles de porter la maladie sur des points variés.

C'est à l'application de ventouses scarifiées que furent dus les premiers cns de

CHANCRE SYl'HILlTinUE. 315

contagion dans l'endémo-épidémie syphilitique connue sous le nom de mal de Brunn {voy. ce mot).

Sans parler des cas oîi la lancette ou d'autres instruments ont servi intentionnellement à inoculer la syphilis, celle-ci paraît avoir été communiquée accidentellement par la saignée de la'veine (Ephem.. nat. cur., dec. I, ann. V, obs. 51, dec. 11, ann. V, obs.51).

Parmi les faits coni.us de transmission de la syphilis par la circoncision (Ricord, Lettres sur la syphilis, p. 99, et Gaz. des Hôpitaux, 1862 ; Gu llerier, Pre'ds iconographiques du mal ve'n. p, 57), il n'est pas certain qu'à côté de ceux où la maladie a été transmise par la bouche du circonciseur, il n'y en ait pas où la transmission ait été effectuée par le bistouri même employé à, faire la section du prépuce.

La vaccination est un mode non douteux de contagion médiate de la syphilis.

En 1859, je fis des leçons sur ce sujet à la clinique de l'Antiquaille. Je publiai l'année suivante un mémoire (De la pluralité des maladies vénériennes, 1860) où j'envisageai la transmission de la syphilis par la vaccination comme un corollaire de la contagion du sang chez les syphilitiques, et comme s'opérant suivant la règle générale que j'avais déjà fait prévaloir à cette époque, c'est-à-dire en produisant au point inoculé un chancre primitif, le chancre vaccina-syphilitique. Nous verrons plus loin que c'était précisément ce chancre vaccino-syphilitique que les anti-contagionistes opposaient à l'idée de transmission de la syphilis par la vaccination, qu'ils reléguaient parmi les croyances populaires erronées ou parmi les faits mal interprétés.

M. Viennois, en 1860, alors interne dans mon service à l'Antiquaille, s'enquit avec soin de tous les faits publiés et dû toutes les opinions émises sur cette question, qu'il traita au long dans un très-remarquable mémoire [De la transmission de la syphilis par la vaccination. In Archives de médecine, ]um 1860). Plus tard il compléta son premier travail en discutant certaines observations ou opinions qui se produisirent ultérieurement {Examen des opinions émises par M. Ricord, 1862; et communication orale faite au congrès de Lyon, 1864).

A partir de ce moment, la question prit une très-grande importance au point que, ayant été l'objet d'un rapport de M. Depaul à l'Académie de médecine (29 novembre 1864), elle y fut discutée non sans quelque profit pendant dix séances consécutives (De la syphilis vaccinale, communications à t Académie de médecine, Paris, 1865). Il sera fait ailleurs un exposé complet des observations publiées et des diverses interprétations auxquelles elles ont donné lieu {voy. Vaccine).

Le parasitisme a été regardé par M. Diday {Gaz. méd. de Lyon, 1865) comme une cause spéciale de contagion médiate de la syphilis.

L'acarus de la gale a été surtout accusé. Il est très-vrai que la gale se rencontre fréquemment sur des sujets syphilitiques, ou chez des individus affectés de blennorrhagie ou de chancre simple. Pour nous, il n'y a dans ces faits qu'un rapport de coexistence, de simultanéité, et non de filiation. Quand la gale est transmise en même temps que les autres maladie vénériennes, chaque principe contagieux agit de son côté pour produire la maladie qui lui est propre. Cependant il ne serait pas inadmissible qu'en passant d'un individu syphilitique sur une personne saine, le parasite pût porter avec lui le virus syphditique. L'acarus, semblable en ce cas à l'insecte (la tique) qui transmet la pustule maligne, insecte dépositaire aussi d'un viras qui ne l'affecte pas, devrait avoir sa place parmi les agents de la contagion médiate ; mais cette manière de voir n'est

pas à l'abri d'objections sérieuses. L'acarus en effet habite l'épiderme, creiisedes galeries entre ses différentes couches, mais il n'entame pas la peau jusqu'à la faire saigner; et dès lors il ne peut pas inoculer la maladie comme le ferait la lancette ou un autre instrument, ou même un autre parasite, la puce par exemple qui va jusqu'au sang.

L œuf liumain peut-il être considéré aussi comme un agent de contagion médiate, transmettant la maladie à la manière des parasites? Lorsqu'il est infecté par le père, il communique la syphilis à la. mère. Mais alors la contagion est-elle véritablement médiate, et est-ce le père syphilitique qui infecte la mère par l'intermédiaire de l'embryon? En d'autres termes, celui-ci, en venant se greffer en parasite sur l'organisme maternel, lui apporte-t-il le virus comme un simple intermédiaire, c'est-à-dire comme un agent indirect de contagion; ou bien la contagion est-elle directe, en ce sens que l'embryon est lui-même déjà malade quand il transmet le virus.

Nous n'avons pas à discuter ici ces difficiles questions; car la syphilis de la mère, lorsque celle ci a été infectée par le fœtus, ne commence pas, comme la syphilis acquise, par le chancre ; elle débute comme la syphilis héréditaire, dont on peut du-e qu'elle est une dépendance, au même titre qu'on a pu regarder, non sans quelque raison, le fœtus et la mère comme les parties intégrantes d'un même organisme ; en tout cas, ceux qui ne voudraient pas la faire dépendre de la syphilis héréditaire seraient encore bien moins autorisés à la rattacher à la syphilis acquise, et pourraient tout au plus la considérer comme le trait d'union de ces deux formes de la maladie (voy. Syphilis héréditaire).

Confrontations. La syphilis en se transmettant d'un individu à un autre produit la syphilis et jamais le chancre simple, ni la bfennorihagie, comme aussi elle n'est jamais produite elle-même par ces maladies. Nous avons vu que cette question avait été résolue dans le principe au moyen de la confrontation des malades infectés les uns par les autres.

Les premières confrontations régulières ont été faites par M. Bassereau (1852); d'autres en assez grand nombre et empruntées à Diday, Rodet, Rollet, Fournier, Clerc, Musset, furent relatées un peu plus tard par M. Dron dans sa thèse inaugurale (1856). De nouvelles recherches furent faites dans ce même sens par M. Fournier (1858); mais le champ des confrontations était resté jusque-là (rèsrestreint et voici pourquoi : A cette époque, on ne croyait pas à la contagion de la syphilis secondaire et les confrontations ne comprenaient que des malades infectés les uns par les autres, tous porteurs de chancres indurés; or ces malades de choix étaient difficiles à rencontrer et très-peu nombreux.

L'art des confrontations ne prit réellement tout son essor qu'après la démonstration de la contagion des accidents syphilitiques secondaires; car, dès lors, ainsi que j'eus grand soin de le faire remarquer, on n'eut plus d'élimination à faire parmi les snjets syphilitiques, et tous sans exception, ceux qui avaient des accidents consécutifs comme les autres, purent être compris dans les statistiques, la transmission de la syphilis dans son espèce s'établissant aussi bien par la constatation d'accidents secondaires que de chancres primitifs chez les personnes mutuellement contagionnées.

A partir de ce moment on put utiliser beaucoup de confrontations anciennes pour ainsi dire toutes faites, et très-probantes, car on ne pouvait pas accuser les observations qni les constituaient d'avoir été recueillies avec une idée préconçue.

Ces observations sout en premier lieu les relations d'eiidémo-épidéinies syphilitiques que nous avons exposées précédemment {Dict. des scien. méd., t. IV, 2' s. p. 205). Dans ces endémo-épidémies, en effet, on voit certaines localités envahies tout à coup par la syphilis qui s'y répand seule, y règne pendant quelque temps, ou s'y établit d'une manière défiiiinitive, sans jamais engendrer ni la bleiuiorrhagie, ni le chancre simple. Voilà déjà une série nombreuse de confrontations saisissantes de vérité et de spontanéité et tout aussi probantes que celles qui ont été faites intentionnellement.

Une autre série de confrontations toutes faites et extrêmement précises consiste dans la réunion des cas de syphilis inoculée dont nous avons exposé plus haut le tableau. Dans ces inoculations, pratiquées sur des individus sains avec du virus pris sur des malades affectés de syphihs, qu'a-t-on produit? la syphilis rien que la syphilis, et jamais d'autre maladie vénérienne.

Au nombre des conirontations toutes faites il faut compter encore les nombreuses observations connues de nourrices et de nourrissons mutuellement contalionnes, de vaccinifères et de vaccinés, de verriers soufflant à la même canne, également infectés les uns par les autres. Puis, comme complément, toutes les contagions dérivant de celles-là et formant un ensemble de faits presque innombrables, oii l'on voit la syphilis se transmettre invariablemeut dans son espèce nonseulement du premier malade à un second, ou à toute une série d'individus, mais encore de ces derniers à d'autres séries.

C'est en effet un des caractères saillants de la syphilis des enfants, des nourrices, des vaccinés, des verriers, des campagnards pauvres et ignorants, m:iis non débauchés, de celle en un mot qu'on a appelée la syphilis insontium , de fournir pour ainsi dire d'elle-même tous les éléments nécessaires aux confrontations. Ici le mode de contagion n'a rien d'inavouable, les malades sfe montrent au nrand jour, se groupent spontanément autour du médecin et vont en quelque sorte au-devant de lui. La filiation des cas ne présente donc pas d'obscurité; toutes les constatations sont faciles, quelques-unes même ont pu acquérir un caractère exceptionnel d'authenticité, car c'est à propos de l'apparition et de la propagation de la syphilis dans ces conditions spéciales qu'ont été faites diverses enquêtes judiciaires ou administratives qui ont mis les médecins dans la nécessité de multiplier leurs informations, et de rendre leurs relations aussi complètes et aussi exactes que possible.

Toutefois les confrontations ne sont pas impossibles même dans nos grandes villes, dans nos hôpitaux, quoiqu'elles s'y fassent avec beaucoup plus de difiîculté, et MM. Bassereau et Fournier ont pu citer des observations de transmissions successives de chancres indurés à des séries assez nombreuses de malades. En comprenant dans les confrontations toutes les périodes de la syphilis, on arrive encore plus aisément à réunir un grand nombre d'individualités morbides originaires les unes des autres. Néanmoins dans ce milieu peu favorable, si les cas de syphilis s'enchaînent les uns aux autres, comme partout ailleurs, il faut pour les observer dans leur enchaînement les rechercher avec soin, les poursuivre avec obstination. La syphilis des grandes villes, celle qui peuple nos hôpitaux et nos consultations, a été généralement contractée par le coït, dans des lieux et avec des personnes qu'on n'avoue pas toujours. Aussi les cas paraissent-ils isolés et sans relation directe entre eux, mais uniquement, il est vrai , parce que les renseignements manquent sur cette relation.

Au total, si d'un côté les confrontations sont, comme nous l'avons dit, toutes

faites, il ne faut pas s'étonner si, de l'autre, elles sont si difficiles à faire; et, pour ce qui est de leur valeur, il est clair que les premières, étant impersonnelles et antérieures pour la plupart à nos discussions sur la pluralité et la contagion des maladies vénériennes, sont au moins aussi probantes que les autres sur lesquelles elles ont à un si haut degré la supériorité du nombre.

Symptomatologie. Le chancre syphilitique primitif, à quelque source qu'il ait été puisé, se développe toujours après un temps d'incubation variable, mais qui est le même dans la syphilis naturelle que dans celle qui résulte d'une inoculation artificielle.

Il y a donc dans l'évolution régulière du chancre syphilitique une période d'incubation qui précède les périodes de début, de progrès et de réparation.

Période d'incubation. L'incubation de la syphilis n'était guère contestée anciennement, pas plus que celle des autres maladies virulentes générales. C'est seulement à l'époque oîi la blennorrhagie et le chancre simple furent considérés comme des accidents syphilitiques primitifs que les dissidences commencèrent à se produire. Depuis lors, parmi les observateurs, les uns ont admis, les autres ont rejeté l'incubation, tous trouvant des faits à alléguer à l'appui des deux opinions opposées, car si la période incubatoire existe en effet dans la syphilis, elle manque au contraire dans les deux autres maladies vénériennes.

Quand M. Piicord fit ses expériences d'inoculation, il nia d'nne manière absolue l'incubation du chancre. Par contre, MM. Baumes, Cazenave et de Castelnau citaient nombre de faits cliniques où l'incubation n'était pas douteuse. On chercha bien à concilier les opposants en faisant remarquer que la contagion naturelle n'était pas en tous points conforme à l'inoculation artificielle, et que l'incubation ou le défaut d'incubation pouvait tenir au mode suivant lequel la maladie était contractée; mais c'était à tort, car dans les deux circonstances l'éclosion du mal se fait dans les mêmes délais.

La véritable raison de cette différence n'était pas là, et c'est dans la nature même des chancres qu'il fallait la rechercher.

M. Clerc, en 1 855, professait déjà « que lechancre était toujours incubanlquand il était infectant, et que l'absence de la période d'incubation n'avait heu que pour le chancre qui reste une maladie locale et ne produit point d'effets diathésiques » (Blacheyre, Thèse de Paris, 1855).

De mon côté, vers la même époque , je me préoccupai sérieusement de cette question, et comme les malades de l'hôpital et même ceux de la ville ne fournissent que des renseignements peu précis, souvent douteux sur la date de la contagion, je pris le parti de réunir et de comparer tous les cas connus d'inoculation artificielle {Archives de médecine, 1859). Néanmoins, je ne me privai d aucun moyen d'mvestigation , les observations cliniques ne laissant pas de lourmr aussi des résultats certains, quoique moins rigoureux ; mais, en dernière analyse, on peut s'en tenir aux indications des précédents tableaux (voy. p. 291), car ils représentent très-exactement les variations de l'incubation telles qu'elles se produisent d'habitude indépendamment du mode suivant lequel l'infection s elfectue.

Plusieurs auteurs, MM. Bassereau, Buzenet, Melchior Bobeit, Langlebert, Bavasse, qui ont écrit depuis peu sur le chancre syphilitique, ont cité des observations où l'incubation a paru faire défaut ; mais il suffit de regarder celles-ci de près pour voir en quoi elles pèchent. On est tombé sur des cas de chancres mixtes et comme le défaut d'incubation constaté était en rapport avec les idé^s dont

étaient imbus d'avance ces observateurs, presque tous issus de l'école du Midi, on s'est empressé d'ériger en règle ce qui n'était qu'une exception, et encore une exception apparente.

L'incubation syphilitique était tellement en désaccord, à ce moment avec les opinions dominantes, qu'on l'observait sans en tenir compte. Les malades affectés de chancres syphilitiques insistaient sur le début tardif de leur mal, mais on passait outre. « Dans ces cas, dit M. Bassereau, parlant des longues incubations de quelques chancres infectants, il s'était toujours écoulé vingt-cinq ou trente jours entre le moment de la contagion et celui de l'apparition du chancre. Reste à juger si ces longues incubations sont réelles, et surtout si elles sont aussi fréquentes que le rapport des malades le ferait supposer. »

M. Diday a cité une statistique de vingt-deux cas de chancres syphilitiques oii l'incubation fut de H, 16, 21, 10, 15, 10, 21, 12, 18, 15, 8, 15, 24, 25, 15, 1, 18, 12, 12, 5, 8, 11, 9, 12, 30, 22, 20, 12 et 5 jours. Maximum 30, minimum 1, et moyenne 14. En comparant ces résultats avec ceux que fournissent les inoculalions artificielles, on a lieu de penser qu'il n'a pas évité luimême complètement la rencontre du chancre mixte, ni échappé aux causes d'erreur inhérentes à la nécessité de s'en rapporter pour la fixation des dates aux souvenirs des malades. Il s'est en outre prévalu {Annales de la Soc. de méd. de Lyon, 1857, p. 427) de onze cas rapportés par M. Fouinier avec indication du temps d'incubation : celle-ci avait été en moyenne de 5 à 6 jours.

Toutefois, les idées depuis lors ont bien changé. Peu à peu on s'est familiarisé avec les longues incubations, et bien plus, il s'est trouvé que si celles-ci ne figuraient pas dans les premières statistiques, c'est qu'on les en avait systématiquement écartées comme invraisemblables. Aussi M. Fournier, plus récemment, a-til cru devoir compléter ses premières indications par les suivantes oii i'iiicubalioa a été, en tenant compte de quelques chiffres simplement approximatifs, de 28, 21 39, 28, 21, 21, 40, 29, 23, 25, 21, 34, 28, 30, 30, 50, 27, 35, 42, 45, 21, 42, 42, 30, 42, 35, 48, 21, 33, 40, 25, 28, 54, 28, 30, 35, 17, 56, 37, 21, 30, 70, 25, 28 et 50 jours. Maximum 70, minimum 17, et moyenne 31. Mais ces chiffres sont trop élevés, puisqu'ils ne représentent que les longues incubations, et pour avoir la vraie moyenne, celle qui résulte de tous les faits relatés par lui, des anciens comme des nouveaux, il faut la calculer en tenant un compte égal des courtes incubations, au nombre de onze, comme nous l'avons vu, avec une durée moyenne de 5 à 6 jours, et ainsi on arrive au chiffre de 25 à 26 jours qui est celui que fournissent les inoculations artificielles.

Ce sont aussi des incubations de cette durée qu'on trouve notées dans les anciennes observations. MM. de Gasteinau et Ghausit ont rapporté deux cas {Annales des mal. de la peau et de la syphilis, t. I, p. 212, et t. IV, p. 174) oii l'incubation lut de 28 et 50 jours.

M. Diday, très-préoccupé de la longueur de certaines incubations, a supposé que les plus longues étaient peut-être celles des chancres qui avaient la syphilis ■ secondaire pour origine, et les plus courtes celles qui se rapportaient à la contagion de l'accident primitif. Il a donc dédoublé sa statistique de vingt-neuf cas en" comprenant, dans une série, onze incubations longues imputées par lui aux chancres d'origine secondaire, et dans l'autre dix-huit incubations courtes imputées aux chancres d'origine primitive. Mais, comme dans aucun cas il n'y a eu confrontation, c'est-à-dire constatation de l'origine du chancre, et que cette division des incubations en deux séries est purement arbitraire, on ne peut évidemment

5'20 CHANCUE SYPHILITIQUE.

l'opposer aux résultats précis et opposés fournis, comme nous l'avons déjà fait remarquer, par les inoculations artiiicielles. D'ailleurs, la clinique elle-même, quand on a pu faire la confiontution des malades, est venue ici encore donner raison à l'expérimentation et fournir des résultats absolument concordants. Parmi les malades cités par M. Fournier, il y en a un qui avait puisé l'infection à un chancre primitif; or, il est dit que l'incubation, dans ce cas, dépassa deux mois au minimum.

Période d'incubation dans les cas complexes. La période d'incubation du chancre syphilitique est parfois marquée par le développement d'une maladie incidente étrangère à la syphilis, mais contagieuse comme cette dernière affection, ou dérivant comme elle d'une cause vénérienne : c'est tantôt un herpès, une balanite, la blennoirhagie, le chancre simple, tantôt même la vaccine.

M. Gusco {Gaz. des hôpit., 1862) a particulièrement insisté sur l'herpès prœputialis comme phénomène avant-coureur du chancre syphilitique. Il est certain que bon nombre de malades viennent consulter le médecin pour des herpès. On est tout disposé à les rassurer, et, en effet, l'alfection herpétique suit d'abord son cours ordinaire ; mais dans quelques cas, la guérison se fait attendre, et finalement un chancre syphilitique succède à l'herpès. Nous signalons ces faits complexes comme plusfréq\ients qu'on ne pense, et comme on ne peut plus insidieux.

La balanite et la biennorrhagie peuvent aussi avoir été contractées dans le même coït qui a donné lieu à l'inoculation syphilitique ; et comme ces affections se développent sans incubation, elles apparaissent les premières, parfois même assez longtemps avant le chancre. Elles peuvent encore avoir l'antériorité sur le chancre alors même qu'elles ont été contractées dans un coït ultérieur, ce qu'explique suffisamment la longue durée de certaines incubations syphilitiques (voy. Bennorrhagie, t. IX, p. 650).

Le chancre simple contracté en même temps que la syphilis peut aussi se développer seul pendant la période d'incubation. Quand le chancre syphilitique éclôt ensuite derrière le chancre simple, on a les symptômes du chancre mixte que nous exposerons plus loin. Mais parfois les deux maladies n'ont pas le même siège, et, au sortir de son état d'incubation, le chancre syphilitique se développe à côté du chancre simple et reste indépendant. J'ai même vu plusiem's malades chez qui un chancre simple s'était d'abord développé à la verge et qui avaient eu ensuite un chancre syphilitique de la lèvre contracté dans les mêmes rapports avec une personne affectée, bien entendu, des deux maladies. Melchior Robert a cité un fait semblable interprété, il est vrai, d'une autre manière. En général, quand un individu est trouvé porteur d'une rnaladie vénérienne locale, on doit toujours rechercher s'il n'en aurait pas plusieurs simultanément, et ne se prononcer sur l'absence de syphilis que passé les délais qui représentent la durée habituelle de l'incubation de cette maladie.

Enfin, dans les cas aujourd'hui bien connus de contagion vaccino-syphilitique, • on a pu constater souvent le développement régulier de la pustule vaccinale pendant la durée de l'incubation de la syphilis, cette incubation ayant été assez longue pour permettre à la vaccine d'accomplir toute son évolution avant l'éclosion du chancre.

Période de début. Nous écartons ici les cas mixtes, sur chacun desquels nous reviendrons un peu plus loin. Nous devons aussi reconnaître que, chez un trèsgrand nombre de malades, cette période du chancre échappe à l'observation. Les commémoratifs sont souvent notre seul guide ; mais si les souvenirs des malades

CHANCRE SYPHILITIQUE. 3Sl

suffisent, à la rigueur, quand il s'agit simplement de fixer une date, on ne peut pas s'en rapporter à tout le monde pour la constatation d'une lésion élémentaire et l'appréciation de ses caractères anatomiques. Tout au plus peut-on accepter le témoignage de malades compétents, comme les deux sujets des observations de MM. Castelnau et Chausit, qui étaient des médecins.

Chez le premier, le 27 août, après une incubation de 32 jours, il survint des démangeaisons à la base du gland, et l'on vit apparaître deux taches rouges, de près d'un centimètre de diamètre chaque, peu saillantes, non ulcérées. Le 28, le même état persiste. Le 29 au matin l'épithélium était détruit sur les deux taches qui étaient alors légèrement saillantes. Les jours suivants l'ulcération fait des progrès et entre dans une nouvelle période.

Chez le second, le 19 mai, après une incubation de 28 jours, le bout du gland présenta une érosion de l'épithélium du diamètre d'une pièce de 25 centimes. Le 25 mai, il n'y avait rien de changé dans l'état de la plaie, et c'est seulement le l*' juin qu'elle est notée comme ayant les caractères du chancre induré.

Sur un étudiant en médecine observé par M. Laroyenne, le chancre se montra également au début sous une forme qui n'avait rien de pustuleux.

M. Diday a vu plusieurs fois, chez des nourrices infectées par leurs nourrissons, la lésion primitive se montrer sur le mamelon sous forme de papule restant plusieurs jours dans cet état sans s'ulcérer.

J'ai eu moi-même assez souvent l'occasion d'observer le début du chancre syphilitique chez des malades qui l'avaient naturellement contracté, et je n'ai jamais manqué de constater la lésion initiale sous la forme même qu'elle affecte dans les inoculations artificielles ; c'est-à-dire que, dans l'un et l'autre cas, la maladie débute par une tache érythémateuse, par une saillie papulo-tuberculeuse, ou même par une induration des mieux caractérisées.

Babington avait déjà signalé, comme nous l'avons dit, le début de certains chancres sous forme d'induration primitive, parfois très-prédominante. « Il n'est pas rare, dit-il, de voir un ulcère vénérien primitif revêtir les caractères suivants ; une portion du prépuce environ de la grandeur d'un sou d'argent s'épaissit légèrement, de manière à perdre sa souplesse naturelle ; la surface peut en être légèrement excoriée. En peu de jours, si la partie est tenue propre, l'excoriation peut disparaître, mais l'induration augmente progressivement, prend un caractère plus déterminé et forme à la fin une grande masse aplatie de la largeur d'une demi-couronne, si inflexible et si roide que le prépuce ne peut être renversé qu'avec beaucoup de difficultés. Il peut n'y avoir ni sensibilité inorbicle, ni inflammation. Tantôt il n'y a point d'ulcération du tout, tantôt il n'y a qu'une légère excoriation brunâtre de la surface. Dans ces cas, l'aspect de la partie malade n'offre pas de ressemblance manifeste avec le chancre ordinaire, mais la différence est plus apparente que réelle. Le virus vénérien produit son induration habituelle, mais à raison de la lenteur de la marche de la maladie et de l'absence d'inflammation, la portion indurée ne passe pas à l'état d'ulcération. A cette seule exception près, la cause de la maladie est la même » {loc. cit., p. 417).

L'induration du chancre naissant se montre sur un seul point, si le chancre est unique, ce qui est la règle; mais quand les chancres syphilitiques sont multiples, et surtout quand ils sont successifs, le début de la maladie se fait sur plusieurs points, et on peut alors se trouver dans de bonnes conditions pour assister à la naissance du chancre et pour observer sa période initiale.

En effet, certains chancres syphilitiques ont un développement successif en ce

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