‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.15Chapitre 58 sur 98 · TRANSMISSION AUX ANIMAUX · texte numérisé non relu

TRANSMISSION AUX ANIMAUX

Particulier à l'espèce humaine. , Transmissible à diverses espèces animales.

Les érosions indurées sont en général faciles à diagnostiquer ; mais quelcruesunes, a peine sensibles, passent facilement inaperçues, et d'autres ont si peu de rapport avec I idée qu'on se faisait autrefois du chancre, que c'est plutôt avec les tumeurs qu'on était porté à les confondre.

Le chancre syphihtique plat est celui qui est le plus souvent méconnu C'est une simple érosion, parfois à peine parcheminée, indolente et peu faite par conséquent, pour attirer l'attention. Néanmoins ce chancre a tous les at'tributs de 1 accident primitif, et en l'examinant, en le tâtant avec soin, en se livrant aussi à une investigation minutieuse du côté des ganglions, on saura donner .sa signification^ véritable a 1 une des lésions par lesquelles la syphihs débute le plus fréquem-

^ Le chancre syphilitique saillant, bombé, mamelonné n'est aussi qu'une simple érosion, mais avec une induration très-marquée et une lorme proéminente qui donne au chancre cette apparence de tumeur contre laquelle le chirurgien doit se prémunir pour ne pas tomber dans une erreur dont les conséquences sont toujours graves. ^

Les ulcérations indurées sont celles qui ont le plus de ressemblance avec le chancre simple, m^ais l'induration et les autres caractères différentiels exposés dans le tableau précédent permettront toujours de porter, même dans les cas les plus ditliciles, un diagnostic précis.

Le chancre induré creux, aussi bien que le chancre induré profond, avec leurs dif erentes variétés ont leur physionomie assez accentuée pour être reconnus et distingues les uns des autres. Ce sont les chancres que, avec leur caractère ulcéreux prononce, on serait le plus disposé à regarder comme susceptibles d'être reinocules avec succès, et pourtant l'expérience reste sans effet, absolument comme dans les cas ou c'est avec de simples érosions qu'on l'exécute

Les ulcérations syphilitiques phagédéniques sont évidemment celles qui se prêtent le plus aisément aux confusions et aux erreurs de dia-nostic

Le chancre syphilitique gangreneux ressemble beaucoup au chaflcre simple eritahi comme lui par h gangrène. L'escliaré comprenajit la base indurée du cliari-

CHANCRE SVPIIILITIQUE. 367

cre, on n'a plus pour se guider que les signes, d'ailleurs très-précieux, tirés de l'état (les vaisseaux et des ganglions lymphatiques. On a aussi les commémoratifs. Si la confrontation est possible, elle apprendra à quelle origine se rattache le chancre, et, par conséquent, de quelle nature il est. D'ailleurs l'incubation, le début et tous les symptômes qu'a présentés le chancre avant d'être envahi p r la gangrène, peuvent avoir été constatés par le médecin ou par le malade, et ne sont pas sans avoir une certaine importance pour le diagnostic.

Les chancres syphilitiques phagédéniques, pultacés, qu'ils soient aigus ou chroniques, offrent en général les mêmes difficultés de diagnostic que les chancres gangreneux, avec cette circonstance aggravante qu'ils sont souvent mixtes. Il est vrai de dire que l'induration, quand elle ne fait pas défaut, est habituellement très-prononcée et exagérée dans le chancre phagédénique; mais si elle manque, ce qui arrire quelquefois, on en est réduit, comme dans le cas précédent, aux signes tirés de l'état des vaisseaux et des glandes lymphatiques, et aux commémoratifs. Les chancres syphilitiques qui ont subi la transformation papuleuse in situ peuvent en imposer pour de véritables plaques muqueuses. Il n'y aurait pas à cela grand dommage; néanmoins l'erreur est en général facile à éviter. Le siège du chancre, au point même où a eu lieu le contact, son incubation, ses périodes de début et de progrès, toutes deux accomplies régulièrement, puisque c'est seulement à la période de réparation que la transformation s'est effectuée, sont des antécédenis qui lui sont propres et qui n'ont rien de commun avec ceux des plaques muqueuses. Le chancre syphilitique, transformé en papule, conserve en outre assez souvent son induration, au moins à l'état parcheminé, et s'accompagne de lymphite et d'adénite indurées.

Les vieilles indurations, les disques, les noyaux, les plaques accompagnées presque toujoui's d'adénite persistante, loin d'être pour le diagnostic des causes d'embarras et d'hésitation, offrent au contraire des ressources précieuses dans certains cas d'éruptions secondaires douteuses, et qui cessent de l'être dès qu'on a pu établir leur filiation avec l'accident primitif.

Les cicatrices ne sont pas moins utiles à rechercher. Les taches livides ou bronzées qui succèdent à la cicatrisation du chancre induré sont les vestiges qu'on retrouve le plus souvent, car les véritables cicatrices sont rares et ne s'observent qu'après les chancres indurés creux ou phagédéniques. Dans ce cas encore, il faut porter son attention du côté des ganglions, dont le gonflement et l'induration persistent quelquefois, ainsi que nous l'avons déjà dit, longtemps après l'ulcération chancreuse.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de la lymphite et de l'adénite indurée, pas plus que de la chloro-anémie, de la névropathie et de la fièvre syphilitique, qui font l'objet d'articles distincts. Disons pourtant que les symptômes généraux de la syphilis, et notamment les douleurs rhuraatoïdes, simulant quelquefois des névralgies ou des accès de fièvre intermittente, ne sont bien souvent rattachés à leur véritable cause qu'après la découverte d'un chancre induré passé jusque-là inaperçu, ou jugé de peu d'importance, ou par l'apparition imprévue et brusque d'une éruption secondaire.

Le chancre induré récidivé a tous les caractères du chancre primitif. On doit seulement tenir compte de l'époque où il se développe et des circonstances qui le font renaître et repasser à l'état d'ulcération, soit qu'il ait pour point de départ l'irritation causée par un nouveau coït, des fatigues, des écarts de régime, soit qu'il accompagne une éruption syphilitique secondairej et qu'il récidive sous l'in-

fluence même de la cause dialliésique qui remet en activité le principe général de la maladie.

Le chancre induré successif ne peut induire en erreur que dans les cas où son apparition est tardive. C'est le satellite d'un chancre régulièrement développé; mais il n'est parfois lui-même qu'un accident primitif ébauché, incomplet, s'ariêtant dans son évolution, soit parce que le sujet sur lequel il se développe est déjà diathésé, soit parce qu'on a déjà mis en œuvre chez celui-ci le traitement antisyphilitique. Mais l'induration qui souventcaractérise seule le chancre successif est assez pathognomonique pour qu'on ne la confonde pas avec une lésion étrangère à la syphilis.

Le chancroïde syphilitique peut se présenter avec tous les caractères du chancre syphilitique proprement dit; il est suivi comme lui, dans quelques cas d'éruptions secondaires. Cependant il arrive souvent qu'il n'en est qu'une atténuation et qu'il manque notamment d'adénite indurée. Il est nécessaire de procéder avec soin à cette dernière constatation, car elle importe beaucoup au pronostic de la maladie.

C'est surtout avec le chancroïde syphilitique qu'on peut confondre les pseudochancres indurés dont il a été question précédemment. Ces tubercules ulcérés développés sur les points où se rencontrent plus particulièrement les chancres, ne sont pas le résultat d'une réinfection, l'effet d'un nouveau coït, et cette circonstance est déjà de nature à beaucoup aider au diagnostic. Ils coïncident, dans bon nombre de cas, avec une poussée d'éruptions secondaires ou même tertiaires. Ils ne s'accompagnent généralement pas d'adénite. Il y a du reste un intérêt sérieux à les distinguer du chancre et du chancroïde, car j'ai remarqué que l'iodure de potassium avait sur ces tubercules une influence très-marquée et qu'il était leur véritable spécifique.

Le chancre syphilitique mixte a beau cumuler les caractères réunis des deux espèces chancreuses, celles-ci n'en conservent pas moins leurs signes propres dans tout ce qu'ils ont d'absolu. Il est vrai que la valeur relative et par conséquent pratique de ces signes n'est pas sans avoir déchu depuis la découverte du chancre mixte, car il y a maintenant cette réserve à fairaque les deux chancres ne s'excluent pas mutuellement et qu'on peut en avoir reconnu un et pourtant avoir aussi affaire à l'autre.

L'inoculation pratiquée au malade lui-même est donc pour le chancre simple un moyen de diagnostic infaillible, et il est absolument vrai que toute suppuration qui fait développer la pustule caractéristique vient d'un chancre de cette nature; mais celui-ci peut se trouver greffé sur un chancre syphilitique. II en est de même des autres caractères du chancre simple. Le défaut d'incubation, le début pustuleux, la couleur grisâtre, les bords taillés à pic de l'ulcération, l'abondance de la suppuration, la sensibilité et la multiplicité des chancres, leur développement par séries successives, l'inoculation bous-cutanée des vaisseaux et des ganglions lymphatiques, les lymphites et les adénites chancreuses qui en résultent sont bien aussi des signes certains de chancre simple, mais toujours avec cette réserve que les deux chancres peuvent se trouver réunis et cumulés l'un sur l'autre.

Quand on est en face de ces symptômes du chancre simple, il convient de rechercher s'il n'y en aurait pas d'autres appartenant en propre au chancre syphilitique, et au total ce n'est pour ainsi dire qu'un supplément d'attention, une observation plus approfondie et surtout plus prolongée que le chancre mixte impose au praticien.

Quand le chancre mixte dérive d'une contagion unique, après le début pustuleux on ulcéreux, sans incubation, du chancre simple, on assiste au début beaucoup plus tardif du chancre syphilitique; mais jusque-là le diagnostic est resté complètement impossible. Ce dernier chancre se développe ensuite peu à peu sous forme de lésion papulo-tuberculense, quelquefois facile à découvrir à sa naissance et à distinguer nettement. G'est'alors seulement qu'on voit l'excavation du chancre simple s'élever, se combler et sa base changer tout à fiiit d'aspect et de consistance, en même temps que les vaisseau>: lymphatiques et surtout les gannlions commencent à présenter l'engorgement caractéristique.

Quand il y a eu deux contagions successives, avec cette particularité que c'est la syphilis qui a été inoculée sur le chancre simple, on egl encore plus exposé à voir ces éclosions tardives du chancre induré qui peuvent tromper la vio-ilance du praticien, mais qui, passé cela, n'ont rien qui soit de nature à égarer son jugement.

En pareil cas, il faut savoir attendre et rester attentif jusqu'à la fin. Baërensprung avait posé en principe qu'il fallait toujours compter quatre semaines à partir du coït infectieux avant de se prononcer sur l'issue défmitive d'un chancre en apparence simple, et pour déclarer si, oui ou non, il devait y avoir des accidents secondaires. Il est même bon d'être prévenu que dans ces deux circonstances, cojnme l'a fait remarquer M. Diday, l'apparition des accidents secondaires, en suivant le calcul usité, est plus tardive, et voici pourquoi : le chancre mixte ainsi contracté n'a pas d'incubation, tandis que le chancre syphilitique ordinaire en a une assez longue; l'intervalle qui sépare le début du chancre de l'éclosion des accidents secondaires est donc, dans le premier cas, plus longue que dans le second de tout le temps qui représente la durée de l'incubation syphilitique jirimitive.

S'd y a eu deux contagions successives et que ce soit le chancre simple qui ait été greffé sur le chancre induré, la lésion qui avait eu d'abord les caractères du chancre syphilitique prend ceux du chancre simple, mais sans perdre aucunement les premiers, ou du moins les plus importants d'entre eux.

Au total on trouve dans le chancre mixte, avec les signes habituels du chancre simple, ceux du chancre syphilitique. L'induration est généralement très-marquée et parfois accrue plutôt qu'atténuée par l'activité plus grande du travail d'ulcération qui s'opère à sa surface. Il en est de même de la lymphite et de l'adénite indurées, qui ne sont pas moins prononcées ni moins constantes dans le chancre mixte que dans le chancre syphilitique commun. Il est vrai que celles-ci peuvent se trouver masquées par une lymphite ou une adénite chancreuse, mais celte complication ne se développe habituellement que d'un seul côté, ce qui permet encore de reconnaître de l'autre l'action spéciale du principe de la syphilis sur les lymphatiques.

Le chancre vaccino-syphilitique a les caractères habituels du chancre induré, ou du moins il les acquiert dès que les pustules vaccinales sont arrivées au terme de leur évolution. Il a non-seulement l'induration, mais encore la couleur spéciale du chancre syphilitique vulgaire; il s'accompagne comme lui d'adénite indurée. La seule complication de la vaccine qui pourrait en imposer pour ce chancre est celle que M. Blot a désignée sous le nom de phagédénisme vaccinal, MM. Bergeron et CuUerier ont vu un enfant qui, sous les croûtes vaccinales, avait des ulcères arrondis, à bords nets et bien tranchés, à base dure avec engorgement des ganglions axillaires et qui guérit au moyen de cataplasmes. J'ai vu plusieurs petits malades affectés de la même manière, mais dont les ulcérations vaccinales n'a.-

DICT. ENC. XV, 2^

vaient avec le chancre induré que des ressemblances apparentes que finissait toujours par dissiper un examen attentif et approfondi.

Le chancre syphilitique génital de l'homme, en raison même de son siège qui lui est commun avec le chancre simple et avec la blennorrhagie, sur une région où toutes ces maladies se rencontrent (rôquemment, mérite une attention spéciale. C'est surtout à propos de ce chancre qu'il faut avoir présents à l'esprit les caractères propres à chacune des deux espèces chancreuses, tels que nous les avons exposés dans le précédent tableau, ceux aussi qu'on retrouve dans le chancre mixte et que nous venons d'énumérer.

Le chancre syphilitique uréthral est le seul, ou à peu près, qu'on puisse confondie avec la Itlennorrhagie. Ce chancre ne fournit qu'une sécrétion peu abondante; l'écoulement du canal est-il très-prononcé, c'est que le chancre coexiste avec une blennorrhagie. Lorsque le chancre syphilitique et la blennorhagie sont le résultat d'une contagion unique, la blennorrhagie se développe la première; d'après M. Bassereau, et d'après ma propre expérience, c'est le cas ordinaire. Quand le chancre a, au contraire, l'antériorité sur la blennorrhagie, ce qui est beaucoup plus rare, c'est que les deux affections, bien que les malades ne l'avouent pas toujours, ont été produites par deux contagions successives : le chancre par la première et la blennorrhagie par la seconde.

Le chancre syphilitique balano-préputial coexiste parfois aussi avec la blennor rhagie uréthrale ou balano-préputiale. Celle-ci se montre également la première lorsqu'elle [irocède de la même contagion que le chancre; ce dernier se montre à son tour avec ses caractères habituels, se développant souvent beaucoup plus tard. Quand il y a phimosis et que le chancre est emprisonné sous le prépuce, on le reconnaît encore à l'induration facile à sentir à travers la peau, à la lymphite et à l'adénite inguinale indurée. La sécrétion qui en découle est plus abondante à moin? qu'il y ait balano-posthile concomitante, ou qu'on ait affaire à des chanores mixtes.

Le chancre syphilitique sous-préputial ne donnne lieu à des réinoculations sur le limbe du prépuce que quand il est mixte. Un chancre emprisonné sous le prépuce qui n'est pas accompagné de ces ulcérations successives du Hmbe est donc vraisemblablement syphilitique. Ces réinoculations du limbe existent-elles, ce n'est pas encore une raison suffisante pour se prononcer contre la nature syphilitique de la maladie, car si l'induration est perçue à travers le prépuce, s'il y a lymphite et adénite indurée, le chancre sous-préputial est mixte.

Le phimosis dans le chimère syphilitique sous-préputial est plutôt adémateux que phlegmoneux. Quand il est phlegmoneux, les tissus sont violacés, durs, et la marche de la maladie est plutôt chronique qu'aiguë. Il n'y a de disposition marquée à l'étranglement et à la gangrène que dans des cas exceptionnels et probablement quand les chancres sous-préputiaux sont mixtes, et même compliqués en cette qualité de phagédénisme gangreneux oupultacé.

Le chancre induré balano-préputial peut être confondu, quand l'induration est très-forle, avec le cancer de la verge, mais en examinant attentivement la lésion, on se garantira presque toujours aisément d'une erreur de diagnostic qui pourrait avoir les conséquences les plus désastreuses {voy. Pénis).

Le chancre syphilitique génital de la femme ne présente pas de difficultés particulières de diagnostic à moins qu'il ne soit profond et situé, par exemple, vers les parties supérieures du vagin ou sur le col de l'utérus.

Le chancre syphilitique du col ne peut se reconnaître qu'à l'aide du spéculum,

à moins que rutcrus ne soit en état de procidence. On peut aussi au moypn du touclier apprécier l'état de sa base; mais une telle exploration laisse en "énéral beaucoup à désirer ; et c'est probablement pour cette raison que ces cbancres passent encore, auprèsde bon nombre de praticiens, de M. Bernutz, entreautres pour être rarement indurés. Le cbancre sypliilitique du col ne donne lieu à des réinoculations successives, à la fourchette ou ailleurs, que quand il est mixte. Outre l'examen au spéculum et le toucher vaginal, on a, pour le reconnaître, l'exploration des ganglions de l'aine et aussi l'inoculation pratiquée à la cuisse de la malade. On ne tire de ce dernier moyen que des signes négatifs, mais si du pus pris sur un chancre utérin, comme du reste sur tout autre chancre, en pleine période de progrès, ne fait pas naître la pustule carastéristique, on peut affirmer que ce chancre est syphilitique.

Diagnostic médico-légal. Dans les expertises médico-légales que peut faire naître la communication des maladies vénériennes, et notamment de la syphilis, soit dans les actes de pédérastie ou de viol, soit dans l'allaitement et les rapports conjugaux, soit dans toute autre circonstance, le médecin a trois points principaux à mettre en lumière : il doit déterminer en premier lieu s'il existe réellement yne maladie vénérienne chez les individus examinés, et laquelle, et distinguer les accidents de ce genre de ceux qui pourraient les simuler. Il doit en second lieu constater s'il y a identité entre les accidents présentés des deux côtés, de telle sorte que la communication de l'un à l'autre puisse par ce fait même être déjà suffisamment démontrée. Il cherchera en dernier lieu à préciser quel est le rapport de date, c'est-à-dire quel est l'âge relatif des deux affections, et si ce rapport est tel qu'on puisse en déduire avec certitude quelle est celle des deux qui a engendré l'autre.

Le diagnostic différentiel des diverses maladies vénériennes ne peut être établi en médecine légale qu'à l'aide des signes exposés plus haut, signes qui ont tous leur valeur et dont aucun ne peut être mvoqué comme ayant une certitude absolue et exclusive. Sans doute l'inoculation, ou plutôt la réinoculation, lorsqu'elle fait développer la pustule chancreuse caractéristique, dénote sîirement l'existence du chancre simple ; mais c'est le diagnostic de la syphilis qui est surtout important en médecine légale, et l'inoculation à ce point de vue a singulièrement déchu du rang que lui avait assigné autrefois M. Ricord. Ce «'est plus à l'expérimentation, c'est à la clinique qu'il laut demander ce diagnostic [jositif « qui permet d'éloigner de fâcheuses imputations ou de reconnaître de vrais coupables » [Traité de l'i' inoculation, p. 198),

Quant à constater s'il y a identité entre les accidents présentés du côté de l'auteur présumé et du côté de la victime delà contagion, cela est également facile, mais les recherches modernes ne sont pas sans avoir aussi modifié profondément les idées suj' ce point si capital en médecine légale,

Nousn'avons pas à insister sur l'identité de siège : elle a sans doute derimportance, et nous avons vu que les lésions contagieuses étaient en général concordantes en cesens qu'on les rencontrait sur les organes mis en rapportmutuel, et même sur les points de contiguïté de ces organes, chez l'individu qui avait donné et chez celui qui avait reiu la contagion ; mais, pour difiérentes causes qu'on imagine sans peine, cette concordance n'est pas toujours très-exacte, on manque souvent d'ailleurs de données précises sur la situation réciproque dans laquelle devaient se trouver les deux individus au moment de l'acte contagieux. Constater s'il y a identité entre les accidents présentés par le^ deux individus

372 CHANCRE SYPIIILÏTIQUE.

soumis à l'examen c'est déterminer s'ils sont de même nature, mais en n'oubliani pas, sui tout quand il s'agit de la syphilis, que ces accidents peuvent être de même nature tout en étant d'ordre diiïérent. On rencontre, je suppose, le même degré d'affection Llennorihiigique, ou à peu près, sur les deux individus examinés, ou bien des chancres simples à des périodes d'évolution peu différentes; rien n'est moins controversable, rien n'a été regardé de tout temps comme plus simple que la constatation de l'identité de ces accidents. Mais il n'en est pas de la syphilis comme des deux autres maladies vénériennes ; d'une part, la différence qui existe entre les principales périodes de la maladie, et d'autre part l'uniformité des résultats produits par l'inoculation de quelque période de la maladie que procède le principe contagieux, font qu'on peut rencontrer chez un individu une syphilis secondaire plus on moins ancienne, et chez l'autre un accident primitif même très-récent, sans qu'on soit en droit de nier l'identité de nature des accidents constatés des deux côtés.

Bien plus, ces divers ordres d'accidents syphilitiques, ces lésions tranchées, parfois primitives chez l'un, secondaires chez l'autre, qui étaient naguères encore des causes d'obscurité ou d'erreur pour les expertises médico-légales, sont devenues aujourd'hui au contraire d'excellents indices permettant de déterminer, par l'âge relatif de ces accidents, quels sont ceux que leur antériorité permet de considérer avec certitude comme ayant été le point de départ delà contagion.

Le chancre syphilitique avec son incubation, son induration et ses autres caractères si accentués, avec l'adénite qui l'accompagne si constamment, est l'accident sy|)liilitique dont on peut le mieux, constater la nature. Comme il est le premier effet de la contagion, dans les expertises médico-légales on le rencontre plutôt chez la personne qui a reçu que chez celle qui a donné la maladie.

Les autres accidents syphilitiques ont également leur physionomie propre, révélant suffisamment aussi leur nature et que nous n'avons pas à retracer ici. Il faut s'attendre à les trouver souvent comme unique origine du chancre; car, nous l'avons déjà dit, il faut rompre absolument avec l'idée qu'on avait autrefois que le chancre procède toujours du chancre lui-même. Il procède au contraire fréquemment d'accidents syphilitiques secondaires ou congénitaux, et en général d'humeurs contagieuses appartenant à la syphilis consécutive. Sans doute on peut rencontrer l'accident primitif chez les deux personnes examinées, mais plus souvpnt on rencontre l'accident primitif d'un côté, et des accidents secondaires, c'est-à-dire une syphilis plus avancée, de l'autre.

Et en définitive, comme le chancre marque le début de la maladie et qu'on n'a pas de meilleur repère pour fixer l'âge de celle-ci ; d'un autre côté, comme la détermination de cette chronologie a une importance capitale en médecine légale, il en résulte que tout ce qui touche au chancre primitif doit être parfaitement connu de l'expert, et que rien ne saurait l'éclairer davantage et h guider plus sûrement dans ses recherches.

Nous avons déjà traité les questions médico-légales que soulève la communication de la syphilis des nouveau-nés aux nourrices et réciproquement. Nous n ajouterons rien pour le moment à ces indications qui ne peuvent être complétées qu'après une étude générale de la syphilis à ses différentes périodes.

Quant aux actes dans lesquels se fait la communication de la maladie ils comportent eux-mêmes des considérations de médecine légale qui ne rentrent pas dans notre sujet {voy. Mamelle, Mauiage, Pédérastie, et Viol).

Pronostic. On a recherché les éléments du pronostic du chancre syphilitique

non-seulement dans ses caractères objectifs et dans l'ensemble de son évolution, mais encoredans son origine, c'est-à-dire dans la maladie qui lui a donné naissance' qui est son ascendant et dont il procède par voie de contagion.

Ainsi M. Diday, sans prétendre qu'il y eût toujours, dans les transmissions de la syphilis, équation complète entre l'al'feclion génératrice et l'affection engendrée, et tout en tenant un certain compte des dispositions individuelles, a cru pouvoir affirmer {Hlst. nciturelle de la syp. 1863, p. 24) qup le virus était atténué, affaibli dans les érosions cliancreuses et dans les lésions syphilitiques secondaires, et que ce virus faible ne donnait lieu par contagion qu'à une syphilis faible aussi, ne se manifestant elle-même au début que par une simple érosion.

Nous avons vu que rien déjà n'était moins démontré que cette proposition pour ce qui concerne les accidents secondaires lesquels engendrent en général par contagion des chancres très-développés, plus développés peut-être que ceux qui naissent de la contagion de la syphilis primitive. J'ai discuté longuement ailleurs cette question qui, sous bien des rapports, avait une exti ême importance, mais qui était surtout d'un intérêt majeur en médecine légale [Traité des mal. vénér., p. 492). Il en est de même pour ce qui concerne les érosions chancreuses.

Il est bien vrai que celles-ci doivent dans beaucoup de cas reproduire des érosions chancreuses plus ou moins semblables à elles ; car c'est, comme nous l'avons dit, sous celte forme que se manifeste le pins habituellement, dans les deux tiers des cas au moins, la syphilis primitive. Mais est-ce réellement là une forme atténuée, amoindrie de l'accident primitif, ainsi qu'on l'a prétendu? Faut-il donc ne tenir compte que de l'élément ulcéreux du chancre et déclarer celui-ci léger,s'il est peu ulcéré, alors même qu'il serait très-fortement induré?

Ainsi les chancres plats sont tous constitués par des érosions chancreuses ; ils sont, il est vrai, généralement peu indurés, peu étendus. Cependant on a vu de ces chancres à peine excoriés présenter des indurations quelquefois énormes sous forme de larges plaques, grandes comme une demi-couronne (Babington)etmême, dans un chancre pubien que j'ai fait dessiner, comme une pièce de cinq Irancs. J'ai vu aussi ces excoriations légères, peu profondes, s'étendre en compensation beaucoup en surface et c'est un chancre de ce genre, une érosion superficielle, que j'ai fait représenter au pourtour du mamelon avec un diamètre bien mesuré de quatre centimètres.

Pour ce qui est des chancres saillants, bombés qui ne sont aussi que de simples érosions, ils sont au contraire presque tous i'ortement indurés. Ces chancres qu'on serait tenté, à ne considérer que l'ulcération légère de leur surface, de classer parmi les iormes atténuées de la syphilis primitive, sont donc d'autre part, c'est-àdire en raison de la grande induration de leur base, une des formes les mieux accusées de la maladie.

La réciproque est également vraie, car si de simples érosions sont quelquefois très-fortement indurées, il peut arriver que des ulcérations profondes ne le soient que très-faiblement, au point d'avoir été notées par de très-bons observateurs comme étant tout à fait souples. Sur les 325 chancres suivis d'accidents secondaires étudiés à ce point de vue par M. Bassereau, il y en avait 24 chez lesquels aucune induration n'a pu être constatée au moment de l'examen. Or, sur ces 2 4 chancres syphilitiques souples, il y avait 19 ulcérationsélenduesà toute l'épaisseur du tégument et même au delà, et 5 érosions seulement.

Quoi qu'il en soit, on peut poser la question avec les correctifs que nous venons d'indiquer et, sans négliger aucun des éléments principaux de la lésion pri-

mitive, rechercher si, d'un côté, les chancres peu développ's sous le double rapport de l'ulcération et de l'induration, ceux que Fallope appelait caries moderata, et, de l'autre, les chancres vastes, profonds, fortement indurés, qui sont, il faut bien le répéter, en minorité, ne produiraient pas deux variétés correspondantes, transmissibles chacune dans sa forme, et constituant les premières manifestations, l'une de ce qu'on a appelé la syphilis faible, et l'autre de la syphilis forte.

Rien ne sera plus facile à l'avenir que de savoir la vérité sur ce point, pourvu qu'on se dégage de toute idée préconçue et qu'on s'en rapporte exclusivement aux faits, c'est-à-dire aux résultats fournis par les confrontations.

Dans celles que j'ai pu l'aire, loin de trouver un air de parenté marqué, j'ai presque toujours vu, au contraire, des différences entre les chancres issus les uns des autres ou ayant un ascendant commun, en un mot formant une même famille, soit qu'il m'ait été donné de comparer entre eux l'auteur et la victime de la contagion, soit que j'ai pu seulement établir la comparaison entre plusieurs individus infectés à la même source. Ces différences étaient souvent légères, peu tranchées, mais toujours suffisantes pour être appréciables. Dans quelques cas, il est vrai, exceptionnels, elles étaient si frappantes qu'il semblait alors que les deux extrêmes fussent issus l'un de l'autre.

Les confrontations anciennes sont loin, bien entendu, d'avoir été faites en vue d'élucider cetle question ; cependant elles ne sont pas sans pouvoir être utilisées à cet effet, surtout par ceux qui attacheraient plus d'importance au degré d'induration qu'au degré d'ulcération du chancre.

M. Bassereau, dans six confrontations, a noté l'état du chancre des deux côtés, chez l'auteur et chez le sujet de la contagion ; trois fois il n'y a pas eu de différence marquée dans lés lésions de l'un et de l'autre, du moins à en juger par l;i description sommaire qui en a été faite ; trois fois au contraire, il y en a eu, en ce sens que deux fois le chancre a été désigné comme calleux chez l'un et légèrement induré chez l'autre, et la troisième fois comme étant à base saillante et trèsinduré chez l'un et simplement induré chez l'autre {loc. cit. p. 199).

M. Fournier, dans quarante-neuf confrontations a également noté l'état du chancre générateur et l'état du chancre engendré : dans la moitié des cas, on ne voit pas de' différence sensible entre eux ; dans l'autre moitié, au contraire, le chancre est désigné tantôt comme étant induré d'un côté, et simplement parcheminé de l'autre, tantôt comme présentant une induration type, ou très-large, ou comme extrêmement dur, d'un côté, et simplement induré de l'autre. Dans sept autres confrontations oîi l'examen a porté sur sept groupes de deux, troiset quatre chancres puisés à la même source, source restée il est vrai inconnue, on trouve des différences analogues, c'est-à-dire la mention de chancres indurés ayant la même provenance que d'autres chancres simplement parcheminés {loc. cit., p. 505).

D'après tout ce qui précède, il n'y a donc pas à tenir compte de l'origine de la syphilis, au point de vue qui nous occupe, et ce n'est pas du malade qui l'a transmise, mais de celui qui en est affecté qu'il faut se préoccuper ; en un mot, c'est sur le porteur et non sur l'auteur du chancre qu'on doit rechercher les divers éléments de pronostic de la maladie.

Sous ce rapport, on a attaché une grande importance à l'incubation pins ou moins longue du chancre. M. Diday, qui a eu le mérite de soulever et de mettre > l'étude toutes ces questions, a prétendu que le degré de gravité de la syphilis était en raison inverse de la longueur de l'incubation du chancre, qu'une incubation

longue nnnonoait une syphilis faible, et une incubation courte, au contraire, une syphilis forte. Catanée^vait déjà émis la même idée : « Si viderls, dit-il, infectïonem diu latere, judicaveris oblusam qualitatem habere. »

A priori, le contraire paraîtrait plus naturel, et en supposant, ce qui n'est pas probable, qu'il y ait un rapport constant entre l'intensité de la maladie et la longueur du travail qui sert en quelque sorte à la préparer, il semblerait que ce rapport dût être direct et non inverse. C'est aussi ce que nous enseigne l'examen d'un certain nombre d'observations peu nombreuses, il est vrai, mais suffisantes comme faits contradictoires. Catanée n'a cité aucune observation, et M. Diday n'a mis en avant à ce propos que les statistiques sur lesquelles il se fonde pour établir que le chancre originaire de la syphilis secondaire a une incnbation plus longue que celui qui procède delà syphilis primitive, statistiques incomplètes et même défectueuses sous certains rapports ainsi que nous l'avons vu plus haut.

Quant à nous, les observations que nous invoquons sont aussi celles dont nous avons déjà parlé et qui concernent le chancroïde syphilitique. Ces ulcérations primitives en quelque sorte syphiloïdiques, c'est-à-dire suivies d'accidents consécutifs presque toujours très-bénins, ou n'amenant que l'engorgement des glandes inguinales sans autre suite, ou n'allant même pas jusqu'à s'accompagner d'adénite, ces chancroïdes, disons-nous, sont bien des formes atténuées, s'il en fût, de la syphilis. Eh bien, quelle est l'incubation du chancroïde telle qu'elle résulle de la réunion et de la comparaison de tous les faits connus? Est-elle plus longue ([ue celle du chancre? Elle devrait l'être si la syphiHs la plus légère est celle qui couve le plus longtemps. Mais non, elle est beaucoup plus courte, puisqu'elle n'est que de quatorze jours en moyenne dans les inoculations artificielles et de dix jours seulement dans les observations cliniques.

Passé l'incubalion, on peut encore tirer certains indices, au point de vue du pronostic, des caractères objectifs et de l'ensemble de l'évolution du chancre.

M. Bassereau a le premier bien posé la question, mais sans dissimuler toutes les incertitudes qu'elle comporte et la grande réserve qu'elle impose: « Le chancre, dit-il, est la pierre de touche de la constitution. Par l'action qu'il exerce sur les tissus il est permis de prévoir la marche des accidents consécutifs, soit prochains, soit éloignés, qui pourront se manifester. La bénignité du chancre annonce des symptômes constitutionnels peu graves ; sa malignité permettra au contraire de " prévoir que le malade sera atteint de symptômes consécutifs d'une grande gravité. « Après les chancres indurés bénins surviennent les éruptions syphilitiques bénignes ; après les chancres indurés phagédéniques surviennent les syphilides pustuleuses graves, les exostoses suppurées, les nécroses, les caries.

({ Toutefois cette règle n'est pas sans présenter des exceptions dont on trouve, il est vrai, presque toujours les raisons... un traitement bien dirigé, par exemple, pendant la durée d'un chancre phagédénique rend quelquefois les accidents consécutifs légers ; comme un traitement mal dirigé pendant la durée d'un chancre bénin peut rendre les accidents consécutifs proportionnellement plus graves que le chancre. Une malade survenant pendant que la disposition syphilitique existe encore peut remettre en activité cette disposition, et reproduire des sy[ihilides plus graves que les premières. 11 en est de même de la misère et de la vieillusse » [loc.cit.,]). 144).

Il y a beaucoup de vrai dans ces remarques, sauf cependant pour ce qui a trait au chancre phagédénique, lequel ne doit souvent la complication qu'il présente qu'à son caractère mixte, c'est-à-dire à une disposition locale qui ne saurait avoir

alors aucune signification rclalivement aux accidents généraux consécutifs. Il convient aussi d'observer que l'état constitutionnel des malades est très-variaole d une période à l'autre de la syphilis, précisément en raison de Tactionpuissanté qu'exercent sur cet état, soit le traitement, soit les maladies intercurrentes, et que les exceptions signalées par M. Bassereau et rattachées du reste par lui à ces mêmes causes, sont encore plus fréquentes qu'il ne semble l'indiquer.

Mais ces réserves faites, s'ensuit-il qu'il y ait plusieurs formes ou degrés de la syphilis en rapport à peu près constant avec certaines formes déterminées du chancre, qu'il y ait par exemple une syphilisfiiible caractérisée et annoncée par certains chancres, et une syphilis forte, caractérisée et annoncée par d'autres. Nous ne le croyons pas, ou du moins voici notre pensée sur ce point.

Le pronostic de la s\pliilis repose sans doute beaucoup sur les caractères objectifs du chancre, et le degré par lequel la maladie commence n'est pas sans avoir quelque rapport avec celui auquel elle peut atteindre plus tard. 11 y a à prendreen sérieuse coiisidéraLion l'ulcération du chancre qui est d'un pronostic d'autant plus fâcheux qu'elle est plus étendue et plus profonde ; il fluit tenir bon compte également de l'induration, d'autant plus significative aussi qu'elle est plus prononcée. Mais la marche delà maladie, sa durée et tous les phénomènes qui la conslituent à cette période ne sont pas moins utiles à consulter. Ainsi j'attache sous ce rapport une grande importance à l'état des vaisseaux et des ganglions lymphatiques, et surtout à la disposition générale chloro-anémique qui est un des meilleurs indices de l'état constitutionnel des malades.

En d'autres termes, le degré de gravité de la syphilis primitive doit être calculé d'après tous les éléments qui composent la maladie au début ; et si le chancre proprement dit, avec son ulcération et son induration est un de ces éléments, et même un des plus importants, il n'est pas le seul. On peut aussi prévoir, d'après le degré de gravité que présente dès celte époque la syphilis, quel serait, selon toutes les probabilités, celui de la maladie dans son ensemble, et notamment à la période secondaire, si on laissait l'accident primitif sans traitement et qu'aucun grand changement organique ne s'opérât chez le malade. On se fonde alors sur ce principe que la syphilis, abandonnée à son cours naturel, a des périodes régniières proportionnées les unes aux autres, et on a raison.

On peut donc dire qu'il y a des syphilis faibles et des syphilis fortes qui sont telles aussi bien à la période primitive qu'aux périodes ultérieures ; mais en remarquant que ces syphilis ne sont faibles ou fortes que selon les dispositions présentes des malades, et qu'elles pourraient changer de caractères dans le cours de leur évolution, si ces dispositions se modifiaient soit d'elles-mêmes, soit sous une influence étrangère telle que celle des moyens hygiéniques ou thérapeutiques.

Quant au pronostic du chancre primitif considéré comme affection locale, il varie suivant les différentes catégories que nous avons établies. En général, le chancre syphilitique n'a pas, comme lésion locale, autant de gravité que le chancre simple ; les prog rès de ce dernier sont plus rapides, il a une marche envahissante et unetendance destructive beaucoup plus prononcée. Ce qui fait lagravitédu chancre syphilitique, c'est sa naturemême qui est d'être le premier symptôme d'une maladie générale, constitutionnelle, à manifestations multiples, dont l'ensemble n'a rien d'équivalent, ni dans le chancre simple, ni même dans la blennorrhagie avec toutes les complications auxquelles elle est sujette.

Les érosions chancreuses, quelque indurées qu'elles soient, se cicatrisent généralement assez vite au moyen d'une médication générale et locale appropriée. Elles

laissent quelquefois après elles de petites plaques ou des nodosités longues à se résoudre, mais finissant toujours par disparaître.

Les ulcérations chancreuses proprement dites attaquant les tissus plus profondément se réparent moins facilement : elles nécessitent un travail de cicatrisation plus long, traversé quelquefois par des accidents de diverse nature, et qui ne s'accomplit pas sans qu'il en reste des traces durables, indélébiles même ; mais on peut dire que grâce à l'influence qu'a sur elle le traitement anti-syphilitique, il est toujours plus facile d'en obtenir la guérison que de faire cicatriser les chancres sinples de même dimension à l'aide de moyens locaux, les seuls qui aient sur ces derniers une action curative.

Les ulcérations syphilitiques phagédéniques sont plus graves : les chancres syphilitiques gangreneux, pultacés, serpigineux n'entraînent pas des désordres locaux moindres que les chancres simples soumis aux mêmes complications ; mais nous avons vu que le chancre syphilitique était peu disposé par lui-même au phagédénisme et qu'il se présentait rarement sous ces différentes formes, principalement sous la dernière, sans être mixte.

L'adénite et la lymphite indurées se résolvent presque toujours. Si elles suppurent c'est un abcès simple, nullement chancrcux, qui se développe.

La chl oro-anémie et la névropathie diathésique sont très-sensibles au traitement spécifique. A la période primitive de la syphilis elles constituent un état général souvent plus grave en apparence qu'en réalité, et cèdent même plus vite que la chloro-anéraie commune et les douleurs rhuraatoïdes ou névralgiques qu'elles simulent.

Le chancre induré récidivé n'a pas de gravité particulière. Il en est de même du chancre induré successif qui est déjà une forme atténuée de l'accident primitif. Toutefois, c'est le chancroïde proprement dit, qui est le véritable diminutif du chancre et la forme la plus bénigne de la syphilis primitive.

Le chancre syphihtique mixte, en tant que maladie locale, a une gravité qui diffère peu de celle du chancre simple, il s'accompagne quelquefois de lymphite et d'adénite chancreuses qui ne présentent rien d'anormal.

Le chancre, ou plutôt la pustule vaccino-syphilitique, a comme préservatif de la variole la même action bienfaisante que la vaccine régulière. Comme accident primitif de la syphilis, ce chancre accomplit son évolution habituelle avec les chances ordinaires de réparation plus ou moins prompte ou tardive. Du reste, ni le virus du chancre simple, dans le chancre mixte, ni celui de la vaccine, dans le chancre vaccino-syphilitique, n'ont d'influence sur l'infection syphilitique qui se fait au même degré dans ces cas que dans tous les autres.

11 n'y a pas non plus d'influence régionale appréciable, et les chancres génitaux n'ont pas une autre marche ni d'autres suites que les chancres extra-génitaux.

Ainsi donc, ce qu'on peut dire de plus général touchant le pronostic du chancre envisagé en lui-même, c'est qu'il constitue une lésion d'autant plus destructive, d'autant plus persistante et difficile à guérir, qu'il est plus grandement ulcéré ou induré, plus phagédénique, ou disposé à le devenir, et que les chancres mixtes méritent surtout d'être signalés comme présentant ces tendances à un plus haut degré que les autres.

Traitement. Nous avons dit en commençant cet article que rechercher les causes du chancre syphilitique primitif, c'était, par cela même étudier l'éliologie de la syphilis à son origine et dans son ensemble. C'est le cas de compléter ici notre pensée en ajoutant que traiter le chancre primitif, c'est s'efforcer de préve-

nir dès le début toutes les suites qu'il peut avoir dans l'avenir, et, par consé(nient instituer une médication générale qui, dépassant les limites du présent, attei'nie là StérieT ^*'" principe et prévienne autant que possible son développement

Les médecins de la fin du quinzième siècle ne s'étaient pas mépris sur ce point Ils ne traitaient pas l'accident syphilitique primitif par des topiques exclusivement' par des applications caustiques, cathérétiques, détersives, comme ils en usaient vis-a-vis du chancre simple; à peine s'occupaient-ils de la lésion locale. Ils savaient qu Ils étaient en présence d'une maladie constitutionnelle, et c'est par une médi cation générale dont nous avons déjà dit quelques mots à prouos des anti-syphilitiques {voy. ce mot) qu'ils la combattaient, même à la période primitive.

Toutefois, sans méconnaître combien le traitement général est nécessaire dans le chancre syphilitique primitif, et tout en admettant qu'il prime évidemment le traitement local, il n'en faut pas moins faire à ce dernier une certaine part et c est même de ce traitement local qu'il sera question ici plus particulièrement'

Traitement local; méthode ectrotique. Dans toutes les maladies virulentes générales, la ca.itérisation pratiquée sur le point inoculé, quand une lésion est déjà développée sur ce point, fût-ce tout à fait à la naissance de celle-ci, a toujours élé impuissante à prévenir l'infection générale qui, dès ce moment, est un fait accompli.

M. Renault a inoculé treize chevaux avec le virus morveux ; chez tous la piqûre ut cautérisée au fer rouge à une époque variant de quatre-vingt-seize heures à une lieure a partir de l'inoculation, et tous néanmoins succombèrent en pleine morve Vingt-deux moutons inoculés avec le virus de la clavelée furent cautérisés beaucoup plus tôt, trente, vingt, quinze, dix et jusqu'à cinq minutes après l'inoculation • maigre cela tous furent atteints de la clavelée. '

M. Martin, sur sept enlants qu'il venait de vacciner, a cautérisé les piqûres d inoculation après un laps de temps qui a varié de vingt heures à une heure De cette laçon il a empêché le développement des boutons vaccinaux ; mais dans la plupart des cas, l'infection générale n'en a pas moins eu lieu, ainsi que l'expérimentateur s'en est assuré au moyen de la revaccination. En effet, chez cinq de cps malades la revaccination a complètement échoué ; deux fois seulement celle-ci^a produit une pustule ; dans ces deux derniers cas la cautérisation avait été pratiquée trois et dix-neuf heures après l'inoculation.

Pour ce qui est du chancre syphilitique primitif, il y a également un point qui parait décidément acquis à la pratique : c'est qu'en le cautérisant dès qu'il se montre, après son incubation habituelle, on ne fait pas avorter la maladie laquelle continue-sa marche et reparaît même dans la plaie ou dans la cicatrice de Ja cautérisation sous forme d'ulcération ou de cicatrice indurée.

En d'autres termes, le chancre induré, si récent soit-il, n'est pas plus abortible qu ,1 n est remoculable. M. Diday a fait à ce sujet des expériences, et j'en ai entrepris moi-même qui semblent suffisantes par leur nombre, autant que décisives par leur résultat. ^

Mais les chirurgiens, soit à bon escient, ce qui a été le cas le plus rare soit surtout à leur insu, ont fait encore des cautérisations plus rapprochées du moment de rinoculation, c'est-à-dire pendant l'incubation même de la syphilis, et c'est sur celles-là qu'il est permis de conserver quelque incertitude.

^ Autrefois M. Ricord voulait qu'on cautérisât tous les chancres, sans distinction d'espèce, qui n'avaient pas dépassé le cinquième jour, prétendant qu'on prévenait

ainsi à coup sûr l'infection générale ; mais il ne s'était pas expliqué dans le principe sur la manière dont il entendait qu'on comptât l'âge du chancre. Plus tard, et alors qu'il était grandement question de l'incubation du chancre syphilitique, il fut plus précis : « De tous les chancres, dit-il, que j'ai vu cautériser ou que j'ai cautérisés moi-même du premier au quatrième jour de la contagion, aucun n'a été suivi des symptômes propres à l'infection constitutionnelle » {Leçons sur le chancre, p. 206). Cette manière de calculer l'âge du chancre à partir de la contaf^ion excluait déjà implicitement de la sphère d'application de la méthode beaucoup de chancres syphilitiques, la très-grande majorité, puisque ceux-ci ne commencent à paraître que le vingt-sixième jour en moyenne. Restaient seulement les chancres mixtes, et ce n'est guère que sur eux et sur des chancres simples que M. Ricord a pu appliquer la cautérisation dans les délais qu'il a si mathématiquement fixés, sans qu'on sache au juste pourquoi, à cinq jours.

Or, M. Ricord, dans ses nombreuses cautérisations du chancre faites avant le cinquième jour, n'a jamais manqué, dit-il, de prévenir le développement de la syphilis. Ces cautérisations ont porté, nous venons de le voir, pour la plupart, sur des chancres simples ; mais celles qui ont été pratiquées sur des chantres mixtes, et quelques-unes ont été certainement faites dans ces conditions, ont eu le même résultat. On peut donc conclure de l'affirmation de M. Ricord qu'une cautérisation pratiquée, même dans ces derniers cas, avant le cinquième jour, c'est-à-dire (en laisant abstraction du chancre simple et en n'envisageant dans le chancre mixte que son élément syphilitique) après moins de cinq jours d'incubation, et quand l'accident primitif proprement dit a une vingtaine de jours encore, en moyenne, avant d'éclore ; on [)eut conclure, disons-nous, qu'une pareille cautérisation est capable de faire avorter la syphilis et de prévenir l'inlection générale.

M. Diday est d'un autre avis : « Le chancre, dit-il, est tout récent; le malade n'en a reconnu l'existence que depuis deux ou trois jours ; il est tout petit, deux ou trois millimètres de diamètre seulement. Enfin il n'est point induré. On le cautérise. La cautérisation se fait à peu près comme à l'ordinaire ; seulement avant qu'elle ne soit achevée ou à peu près terminée, elle est envahie par l'induration. Plus tard, souvent, une excoriation légèie l'entame. Enfin les phénomènes habituels de la vérole constitutionnelle se déclarent au même terme » {Gaz. méd. de Lyon, 1858). Suivent huit observations de cautérisation faites dans ces conditions bien définies. Or, sur ces huit cas, il y en a trois (obs. V, VI et Vil) oiî la cautérisation fut pratiquée quatre jours et demi et cinq jours après la contagion, et, au total, à la manière dont sont décrits tous ces chancres à leur début, il n'est pas douteux que plusieurs ne fussent des chancres sans incubation, d abord mous et devenus plus tard indurés, c'est-à-dire des chancres mixtes. Néanmoins ces cautérisations précoces, faites vraisemblablement, comme celles de M. Ricord, sur des chancres mixtes, et vraisemblablement aussi avant l'éclosion de la véritable lésion primitive et pendant l'incubation de la syphilis, n'ont pas prévenu l'infection générale. Le résultat a donc été en opposition complète avec celui que M. Ricord dit avoir obtenu dans les mêmes circonstances ou à peu près.

De mon côté, j'ai eu souvent l'occasion de faire des cautérisations sur des chancres sans incubation, qui étaient d'abord mous, et qui finalement s'induraient, en un mot qui étaient mixtes. Dans ces cas je ne prévenais pas, il est vrai, par la lautérisation l'infection générale, et sous ce rapport mon observation est d'accord avec celle de M. Diday; mais il se peut bien que dans d'autres cas semblables l'infection générale ait été prévenue sans que j'aiepum'en apercevoir, puisque à cette

période il n'y a aucun signe appréciable qui permette de distinguer le chancre simple du chancre mixte.

M. Sigmund, sur cinquante-sept cas de contagion probable de la syphilis chez des individus qui avaient mis une partie excoriée en contact avec la malière syphilitique, en a traite trente-cinq par la cautérisation du point contaminé ; vingtdeux furent abandonnés à eux-mêmes. Des trente-cinq malades cautérisés du premier au dixième jour de la contamination, dix devinrent syphilitiques ; des vingtdeux malades abandonnés à eux-mêmes, onze furent atteints de syphilis. Cette différence considérable entre les deux résultats, et tout à l'avantage de la cautérisation, est bien plus significative si l'on ne tient compte que des cas où celle-ci a été précoce. Parmi les trente-cinq individus cautérisés, vingt-quatre le furent du premier au troisième jour; la syphilis ne se développa que chez trois d'entre eux, tandis que, des onze autres qui furent cautérisés du cinquième au dixième jour' sept devinrent syphilitiques, ce qui tendrait à établir que la cautérisalion cesse d'être utile quand la contamination remonte à plus de quatre jours (Gaz hebdomad., p. 451, 1867).

^ J'ai dit tout à l'heure que le chancre syphilitique n'est pas plus abortible qu'il n est rémoculable ; il faut l'entendre évidemment du chancre syphilitique déclaré, éclos, et abstraction fliite du chancre simple par lequel débute souvent la lésion quand elle est mixte; car, à la période d'incubation, il semble, comme nous venons de le voir, que le résultat soit variable. A cette période la syphilis serait abortible selon MM. Ricord et Sigmund ; elle ne le serait pas au contraire en s'en tenant aux tentatives de cautérisation que nous avons faites, M. Diday et moi ; ici encore il y aurait donc une corrélation entre l'abo. tibilité et la réinoculabilité, puisque nous avons vu précédemment qu'à la période d'incubation les essais de réinoculatiou de la syphilis avaient été tantôt positifs, et tantôt négatifs.

Mais peu importe. Quand il s'est agi du chancre simple, nous avons dit qu'il lallait le cautériser le plus tôt possible, et nous avons exposé les indications et les contre-indications de la méthode ; ces principes sont en tous points applicables au chancre mixte, et les chances que l'on a de faire avorter la syphilis en le cautérisant de bonne heure, si petites soient-elles, sont une raison de plus de l'assinnler sous ce rapport au chancre simple.

Ce n'est pas seulement au début qu'on peut cautériser le chancre mixte mais encore dans la période de progrès. Bien plus, s'il y a complication d'adénite ou de lymplute chancreuse les indications et les contre-indications de la cautérisation ne varient pas, et tout ce que nous avons dit de celle-ci, à propos du chancre simple pourrait trouver place ici.

Sans doute, la cautérisation destructive du chancre mixte, envisagée comme moyen curatifde la maladie, n'atteint pas complètement son but puisqu'elle neremédie généralement pas à l'intection syphilitique, mais elle n'en a pas moins de sérieux avantages. Elle détruit la lésion locale réinoculable tout entière, et elle prévient la lymphite et l'adénite chancreuses, lorsque celles-ci ne sont' pas encore déclarées, et c'est en outre une barrière contre le phagédénisme. Ce qui reste loca ement du chancre mixte, après la cautérisation, e.t peu de chose en soi : une induration qui se développe dans la cicatrice, une excoriation légère de celle-ci, le tout susceptible de céder très- vite à un traitement approprié.

La même mélhode est encore applicable aux chancres syphilitiques plia^édémques. J'ai eu plusieurs fois l'occasion de cautériser avec succès au chlorure de zmc ou au fer rouge des chancres syphilitiques gangreneux ou pultacés ; mais ici

encore on ne remédie pas par ce moyen à l'infection générale, et la cautération ne dispense nullement du tnntement spécifique. Il y a même à faire un choix parmi ces chancres : ceux dont la tendance phagédénique tient à l'état général déterminé par l'infection syphilitique, c'est-à-dire à la chloro-anémie ou à la cachexie à laquelle cette infection donne quehiuefois lieu de très-bonne heure, doivent être soumis à une médication plutôt générale que locale, et j'ai vu alors un traitement mercuriel énergique, ou l'iodure de potassium à bonnes doses, modifier très-rapidement l'état local du Chancre, couper court au phagédénisme et hâter beaucoup

la cicatrisation. ^ ,

Méthode usuelle. Dans les cas de chancres mixtes, alors même qu il n y a pas lieu de recourir à la cautérisation destructive, le traitement local ne doit pas différer de celui qu'on applique dans les mêmes circonstances au chancre simple. Les chancres syphilitiques qui co-existent avec la blennorhagie ou avec la vaccine doivent être traités au contraire comme le chancre induré commun.

Le chancre syphilitique ne réclame localement dans la plupart des cas que l'emploi de topiques peu énergiques.

Les bains locaux sont utiles pour faciliter les pansements et entretenir la propreté sur le chancre ou à son pourtonr. On peut les rendre légèrement astringents et toniques en les préparant avec la décoction de roses de Provins aiguisée de vin aromatique, ou de tout autre liquide alcoolique.

Les pansements se font avec de la charpie imbibée de solutions faiblement ca thérétiques, de nitrate d'argent, de sulfate de zinc, de chlorure de zinc,de nitrate acide de mercure, de sublimé. Ces solutions n'ont pas besoin d'être aussi actives à beaucoup près que celles qui conviennent au pansement du chancre simple.

Dans la plupart des chancres syphilitiques dont la marche est lente et qui ont besoin d'être plutôt légèrement stimulés que soumis à une médication substitutive, j'ai l'habitude de faire le pansement avec de la charpie simplement imbibée devin aromatique. La charpie sèche est parfois un topique suffisant. Il y a des érosions chancreuses et surtout des chancres récidives que toutes les applications locales irritent et à qui il ne faut qu'un traitement général.

On peut aussi panser les chancres syphilitiques avec des pommades résolutives mercuriellcs. Le calorael, le protoiodure de mercure et beaucoup d'autres composés mercuriel s incorporés à l'axonge ou au cérat, l'onguent napolitain lui-même constituent autant de topiques qui ne cessent d'être utiles qu'au moment oir, par la dose élevée du principe actif, ou par une disposition particulière du chancre, ils deviennent irritants. Ces pommades conviennent surtout quand l'induration est très-prononcée ; elles ont sur celle-ci une action fondante qu'il faut savoir utiliser à propos. Certaines indurations anciennes s'accommodent mieux des pommades iodurées, ou nécessitent des applications réitérées de solutions iodées. Il est incontestable que l'iodure de potassium, non-seulement en application topique, mais même administré à l'intérieur, a parfois une grande influence sur l'induration chancrense.

Les cautérisations légères pratiquées avec le crayon de nitrate d'argent hâtent beaucoup la cicatrisation de ces chancres, particulièrement quand ils sont entrés, ou près d'entrer dans la période de réparation. Ceux qui ont de la tendance à bourgeonner, à devenir fongueux, sont bien vite et très-efficacement modifiés par ces attouchemenis qu'on peut renouveler tous les deux ou trois jours.

Des cautérisations plus profondes, destructives, peuvent convenir dans certains cas d'indurations très-prononcées, persistantes, et du reste assez rares. On peut

aussi extirper ces indurations en les enlevant avec le bistouri ou les ciseaux, mais il faut pour cela qu'elles soient favorablement situées, comme sur le limbe du prépuce, sur le bord des grandes ou des petites lèvres.

Le traitement local du chancre syphilitique n'a pas besoin d'être modifié d'une manière bien sensible selon le siège de la lésion.

Aux organes génitaux, ces modifications sont faciles à imaginer après tout ce que nous avons dit de celles que nécessite le chancre simple dans la même situation.

Le chancre syphilitique uréthral s'accommode très-bien d'un pansement avec des mèches de charpie enduites de cérat au calomel ou d'onguent napolitain.

Les chancres sous-préputiaux se prêtent mieux à l'emploi des injections kites sous le prépuce, avec des solutions légèrement stirauinntes ou astrin-^entes' En même temps on enveloppe l'extrémité de la verge de linges imbibés de liquides résolutifs , ou mieux encore de corps gras auxquels on a incorporé quelque compose mercunel. Les tissus, sous cette influence, deviennent de moins en moins durs et engorgés. Le prépuce joue de plus en plus facilement sur le gland, et la résolution ne tarde pas à être complète, surtout si en même temps que les remèdes locaux on emploie le traitement général anti-^vphihtique. Le phimosis peut présenter, dans quelques cas exceptionnels, les mêmes indications de débridement avec le chnncre induré qu'avec le chancre simple et c'est moins d'après la nature du chancre que d'après l'état plus ou moins inila'mmaloire du phimosis qu'il faut se déterminer. Néanmoins, dans la majorité des cas, le traitement local, résolutif et fondant, suffit pour remédier à cette complication. *^

Le chancre syphilitique du col utérin n'est pas sans nécessiter, à certain de-ré de développement, des cautérisations légères qu'il y a avantage à pratiquer avec le nitrate acide de mercure.

Le chancre syphilitique vulvaire, eu égard à la difficulté des pansements à demeure dans les régions qu'il occupe, ne peut être soumis en général, lui aus^i qu à des cautérisations superficielles, renouvelées de temps en temps, et à l'application de pommades mercurielles. '

L'adénite indurée ne nécessite un traitement local que quand les glandes ont pris un grand développement. Les frictions avec les pommades résolutives et fondantes, et mieux encore l'application d'emplâtres de Vigo, remédient suffisamment et même assez vite à cet engorgement. L'état inflammatoire et l'état fongueux du boubou sont justiciables d'autres moyens de traitement ; la glande peut même suppurer. Tous ces cas ont été prévus par nous, quand il a été question du bubon (voy. ce mot).

Le lymphite indurée ne nécessite également que dans des cas assez rares un traitement local, lequel doit être, comme celui de l'adénite, essentiellement résolutif etlondant, et avoir pour base des pommades ou des solutions mercurielles ou lodurées.

Traitement général. Le traitement général, spécifique, de la syphilis, consiste dans 1 emploi du mercure, de l'iodure de potassium, et d'un certain nombre d'autres moyens plutôt adjuvants qu'essentiels, qui sont loin d'avoir des propriétés antisyphditiques aussi incontestables que les deux premiers. Ces divers moyens ne conviennent pas à toutes les périodes de la syphiUs indistinctement. 11 y a un choix rigoureux à faire au milieu de ces agents thérapeutiques surtout pour ce qui concerne le traitement de la syphilis primitive. '

CHANCRE SYPHILITIQUE. 5cS5

En principe, il convient d'instituer le traitement général dès la première apparition lie la maladie. Cette règle, contre laquelle on s'est élevé récemment de divers côtés, nous paraît avoir un degré d'évidence qui la rapproche beaucoup des \ axiomes, et c'est le cas de dire ici : principiis obsta. C'est même pourquoi il im- I porte tant de diagnostiquer sûrement le chancre syphilitique primitif au milieu de tontes les autres maladies vénériennes locales qui lui ressemblent. S'il y a un j moment oii l'on a des chances de guérir radicalement la syphilis, c'est bien au début, alors que le traitement général a tant de prise sur elle, et qu'elle-même n'a pas encore acquis tout le développement qu'elle est appelée à avoir plus tard si on l'abandonne à elle-même. Nous aurons à examiner ailleurs l'influence du traitement antisyphililique institué à la période primitive de la maladie sur le développement des accidents secondaires {voy. Syphilides).

Le mercure est le médicament qui convient le mieux à cette période, et parmi les préparations mercurielles l'une des meilleures à coup sûr est le protoiodure hydrargyrique.

Les pilules de protoiodure de mercure sont généralement bien supportéees. Avec l'opium et la thridace qu'on a l'habitude de faire entrer dans leur composition, elles n'irritent presque pas l'estomac ni l'intestin, et le principe actif passe à peu près tout entier dans la circulation. La dose faible de protoiodure esf. de 3 à 5 centigrammes dans les vingt-quatre heures. La dose moyenne est de 10 centigrammes et la dose forte de 20 centigrammes. On ne doit pas dépasser cette dernière dose, on ne doit même qu'assez rarement y arriver.

La liqueur de Van Swieten a moins d'efficacité, mais cela tient à ce qu'on la prescrit en trop petite quantité chaque jour. Chez les adultes, le bichlorure de mercure n'agit bien qu'à la dose progressive de 2 à 4 centigrammes. Or, pour administrer 4 centigrammes de ce sel, il faut donner 50 grammes de liqueur de Van Swieten de la plupart des pharmacopées, et à cette dose le médicament est mal supporté. Van Swieten faisait prendre, matin et soir, une grande cuillerée de sa liqueur et immédiatement après 500 grammes de décoction de guimauve ou d'orge coupée avec du lait. C'est le seul moyen d'éviter les pincements d'estomac et les coliques, et encore n'y parvient-on pas toujours.

Les pilules de Dupuytren, et en général toutes les préparations de sublimé ont le même inconvénient. On peut en dire autant de celles de bi-iodure et de cyanure de mercure. En sorte que les composés mercuriels, qui sont justement réputés pour être les plus énergiques, ne peuvent être administrés en réalité qu'à de faibles doses, souvent insuffisantes.

Quant aux autres préparations mercurielles, elles sont beaucoup moins usitées à l'intérieur. Celles qu'on peut introduire dans la circulation le plus aisément à hautes doses sont les préparations insolubles, lesquelles sont peu irritantes pour le tube digestif qui les absorbe après une décomposition préalable opérée sous l'influence des chlorures alcalins dont l'économie est si richement pourvue : de ce nombre est le calomel, et surtout le mercure métallique (pilules de Sédillot), qu'on fait en outre facilement absorber par la peau en frictions.

Il y a donc pour ainsi dire trois ordres de préparations mercurielles. En première ligne se place le bichlorure de mercure, qui a l'avantage d'agir à petites doses, susceptibles d'être grad,uées insensiblement, médicament qui est absorbé en totalité et avec lequel on n'a presque jamais à craindre la sahvation. Mais ces doses ont précisément l'inconvénient de ne pouvoir souvent pas être portées assez loin pour être curatives; il est vrai qu'on peut introduire le bichlorure dans l'or-

ganisme par une autre voie que l'estomac, eu l'injectant par la méthode hypodermique (méthode de Lewin) ; mais c'est encore au prix d'accidents locaux très-fréquents et assez sérieux pour inspirer à certains malades une répulsion invincible pour cesuijections. A l'extrémité opposée, il faut placer les préparations insolubles et surtout le mercure métallique administré en frictions, avec lequel on produit des effets très-énergiques, parce qu'on peut le faire pénétrer dans l'économie en grande quantité à la fois, sans préjudice pour la surface absorbante. Mais cette grande puissance des Iriclions mercurielles s'achète malheureusement au prix de salivations fréquentes, qu'on ne peut pas toujours prévenir et dont il est même difficile tinelquefois de modérer les effets. Entre ces deux ordres de préparations se place le protoiodure, plus approprié à la majorité des cas, mais le cédant sous certains rapports au bi-chlorure, qui convient mieux aux constitutions disposées à la salivation ou délicates, aux femmes, aux enfants, et sous d'autres rapports au mercure métallique, lequel n'a pas son pareil lorsqu'il faut agir énergiquement et vite.

Du reste, la médication spécifique ne doit pas être appliquée de la même manière dans tous les cas.

11 y a d'abord à prendre en considération le malade, son tempérament, son âge, son sexe. Sous ce rapport, l'administration du mercure doit se plier aux règles générales de toutes les médications actives. Chez les femmes, il y a à tenir "compte de la grossesse et même de l'allaitement. Nous aurons à revenir sur ce sujet à •pro[ios de la syphilis héréditaire.

Il y a aussi à se préoccuper beaucoup de la maladie elle-même, c'est-à-dire de la gravité plus ou moins grande des symptômes présentés par chaque individu.

Le chancroïde syphilitique, par exemple, ne nécessite pas un traitement aussi énergique ni aussi long que les vrais chancres, surtout quand il n'est pas accompagné d'adénite.

Dans la période primitive, la seule que nous ayons à envisager en ce moment, les symptômes graves sont, du côté du chancre et de ses dépendances, une induration ou ulcération très-marquée, ou bien des ganglions lymphatiques développés outre mesure, et, du côté de l'état général, un degré avancé de chloro-anémie avec des phénomènes névropathiques nombreux, exagérés.

Nous avons déjà dit que les progrès de l'ulcération pouvaient tenir dans certains cas au caractère mixte du chancre. C'est seulement quand le phagédénisme est dû à des causes générales, et surtout quand l'induration chancreuse e<l très-prononcée, en même temps que l'ulcération est envahissante, qu'on doit attaquer le mal énergiquement au moyen de fortes doses de mercure administrées selon les principes que nous venons d'exposer.

Il y a à faire des distinctions analogues à propos de l'adénite dont le développement peut tenir à une disposition scrofuleuse que le mercure ne corrigerait pas, à la fatigue, à la marche. C'est généralement quand l'adénite, tout eu étant volumineuse, reste fortement indurée, qu'elle doit son grand volume et sa dureté à l'intensité de l'action syphilitique ; et c'est alors qu'elle se résout le mieux sous l'influence de doses un peu fortes de préparations mercurielles, ou bien à l'aide de l'administration subsidiaire de l'iodure de potassium. Ce dernier médicament ne doit pas être exclu, quoi qu'on en ait dit, de la période primitive de la syphilis, et quand il y a des indurations prononcées ou opiniâtres à assouplir, ou des glandes fortement engorgées à résoudre, ce n'est pas en vain qu'on lui flut appel.

Mêmes distinctions encore au sujet de la chloro-anémie. J'ai vu des chloro-ané-

CHANCRE SYPHILITIQUE. 3g5

mies syphilitiques très-avancées, a la période primitive, bien entendu "uérir avec le mercure. Les céphalées, les douleurs rhumatoïdes, la fièvre syphilitique et tous les phénomènes nerveux qu'on observe dans ces cas cèdent ordinairement très vite à des doses moyennes de protoiodure hydrarg.yrique, ou de toute autre préparation mercurielle. ^'

Cependant il y a des exceptions à la règle, et quelquefois c'est l'iodure de uo tassium qui donne, ici encore, les meilleurs résultats. L'iodure de potassium n'a même pas besoin d'être administré à hautes doses. Il sulfit souvent d'en donner 50 centigrammes ou 1 gramme par jour pour produire des effets toniques, et qui consistent surtout dans une reconstitution générale portant spécialement' sur le sang, dont la composition redevient normale. Cette réglobulisation du sang sous l'influence de l'iodure de potassium a été constatée chimiquement par M. Grassi. Le chiffre des globules remonte très-vite dès que le médicament est ingéré, et sous ce rapport le protoiodure de mercure est loin d'être aussi efficace, du moins chez quelques malades. •

Enfin il peut arriver que la chloro-anéraie ne soit pas uniquement produite par l'action spécifique du virus et qu'elle résiste aux médicaments antisyphilitiques seuls, ou qu'elle soit aggravée par eux. Il convient alors d'administrer le fer et les autres toniques proprements dits ; ou bien de combiner les deux ordres de médicaments, c'est-à-dire de donner en même temps l'iodure de potassium et le fer. L'huile de foie de morne doit aussi être placée au nombre des adjuvants de la médication antisyphilitique. Les effets toniques et reconstituants de cette huile sont quelquefois très-marqués et des plus précieux aux différentes périodes de la syphilis, à la période prim.itive comme aux autres. Elle convient surtout aux individus lymphatiques chez qui l'adénite syphilitique a de la tendance à devenir multiple, fongueuse, ou dont la disposition scrofuleuse s'annonce par d'autres signes que le praticien doit s'habituer à saisir même au plus faible degré.

Ce n'est pas à la période primitive de la maladie qu'il faut compter si peu que ce soit sur l'or, ni beaucoup sur les autres succédanés antisyphilitiques des préparations mercurielles et iodurées.

Les tisanes faites avec les bois sudorifiques, bien qu'elles activent les fonctions de la peau et celles des organes urinaires, ne sont que d'une faible utilité. Il est bon cependant de ne pas se priver entièrement de leur concours, pas plus que de celui des bains simples, ou sulfureux, ou salins, des bains de vapeur.

En général, on fait disparaître assez vite le chancre et les irradiations qu'il projette du côté des vaisseaux et des glandes lymphatiques. Moins la lésion primitive est prononcée, et plus promptement elle s'efface sous l'influence des médications locale et générale. Les indurations étendues, profondes, persistent quelquefois assez longtemps, et il est de règle de continuer le traitement spécifique tant qu'il reste des vestiges apparents de la maladie. Mais quand celle-ci est complètement effacée et qu'on a mis fin à ses manifestations extérieures, le moment est-il venu de cesser le traitement ?

Hunter voulait qu'on introduisît dans l'économie une quantité de mercure qu'il n'a pas cherché à déterminer d'une manière précise, mais qui, selon lui, devait être proportionnée à la grandeur, au nombre et à la durée des chancres. Dupuytren s est exphqué plus nettement : il conseillait, après la guérison du chancre, de continuer les pilules qui portent son nom autant de temps au moins qu'il en avait fallu pour obtenir la cicatrisation. Telle était aussi la manière de faire de Lallem:md. Près de lui, Broussonnet avait une pratique encore plus mathématique-

DICT. F.NC. XV, 25

ment réglûi; : il liomiait la liqueur de Van Swieten à la dose de 1 à 2 cuillerées par jour, jusqu'à 80 à 100. Si l'économie était antipathique à cette préparation, il remplaçait celle-ci par les pilules de Dupuytren et en donnait de 100 à 120.

Dans le principe, on attachait moins d'importance à la durée qu'à l'énergie du traitement, et l'on cherchait avant tout à introduire de fortes doses de mercure dans la circulation, de manière à arriver progressivement à la salivation, plus tard on a procédé tout autrement ; en sorte qu'il y a deux manières d'administrer le mercure : l'une, la plus ancienne, qui est le traitement par la salivation ; l'autre, préconisée d'abord par les médecins de Montpellier, aujourd'hui plus généralisée, et qui est appelée la méthode d'extinction.

La première de ces deux méthodes serait certainement la meilleure s'il s'agissait seulement de faire disparaître les accidents syphilitiques présents ; mais il faut songer à l'avenir, c'est-à-dire aux récidives, et c'est pour éviter celles-ci qu'avait été imaginée la seconde méthode.

Toutefois, ni les indications de Hunter, ni celles de Dupuytren, de Lallemand, de Broussonnet ne permettent d'arriver sûrement à l'extinction radicale de la maladie. Ghomel insistait dans ses leçons sur ce point que ce n'est pas la quantité de mercure ingérée qui assure le mieux la guérison, mais le long temps pendant lequel l'économie se trouve imprégnée de ce modificateur. Il voulait que le traitement ne subit autant que possible aucune interruption et qu'il durât de cinq à six mois.

« Six mois de traitement mercuriel, dit Ricord, à une dose journalière qui iniluence les accidents à combattre, et qui indique, après qu'ils ont été détruits, que le médicament agit encore par ses effets physiologiques connus ; puis trois mois d'un traitement ioduré destiné à prévenir les accidents éloignés de la diathèse, telle est la médication qui donne les cures les plus soutenues, qui réussit dans la majorité des cas à neutraliser véritablement le virus, je dirais presque à guérir la vérole dans la généralité de ses manifestations. »

Ce que nous approuvons surtout ici c'est le précepte d'administrer toujours le médicament à doses actives, et de ne pas prendre uniquement pour mesure de la médication la durée de celle-ci à si faible dose qu'elle ait été poursuivie. Rien n'est plus illusoire, selon nous, que les espérances fondées sur un traitement timidement institué, et que l'on compte rendre efficace en le prolongeant. Les résultats ainsi obtenus sont incomplets ou nuls, et de même qu'on s'acharnerait en vain, quelque temps qu'on y mît, à traiter avec des doses trop faibles de sulfate de quinine une fièvre intermittente qu'une dose assez forte couperait siirement, de même aussi on n'aurait aucune action sur la syphilis avec des doses insuffisantes de mercure, les continuât-on indéfiniment. Nous sommes aussi d'avis que ce n'est pas seulement le mercure qu'il faut administrer, mais encore l'iodure de potassium.

Ce n'est même pas assez et nous avons insisté depuis longtemps sur ce point, qu'il convenait, en outre, de mettre en oeuvre les différents agents de la médication tonique ou excitante soit pour compléter le traitement, soit pour mettre l'organisme à l'épreuve et savoir s'il est encore entaché du principe de la maladie.

Mais toutes ces questions et tant d'autres qui se rattachent au traitement général de la syphilis ou qui ont trait à la prophylaxie publique ou privée de la maladie, ne peuvent avoir place ici. Nous y reviendrons plus opportunément ailleurs.

Traitement antisyphilitique (voy. Antisyphiutiques, Iodure de potassium, Mercuke, Syphilides et Syphilis).

Prophylaxie de la syphilis {(yo-^. Police sanitaire, Syphilis),

J. RoLLEté

CHA1VDELLES. Voy. SuiF (Fonderies).

CHAIVOLER (Les). On peut citer trois personnages de ce nom tous An-lais de nation, et qui ont signé des œuvres médicales. Mais les recherches que nous avons tentées pour avoir sur eux quelques détails biographiques, sont restées vaines.

Chandler (John), se qualifie d'apothicaire. Il a écrit un bien mauvais ouvrage, qui a pour titre :

A Treatise of the Discase called A Cold, shewing its General Nature, and Causes, Us Varions Species and Différent Events. Lond., 1761, in-8°. «^c», «4 ya-

Chandier (George), s'occupa spécialement d'ophthalmologie. Ses deux ouvrages sont bien faits et dénotent un praticien honnête et consommé :

I. A Treatise ofa Cataract its Nature, Species, Causes, and Symptoms, wilh a Distinct R présentation of the Opérations by Coucidng and Extraction. Lond, 1765 inV- avec déix planches gravées représentant le manuel opératoire. - II. A Treatise oftke DisèaseT oTthe Eye and t/ieir Bamcdies; to wluck isprefij:ed the Anatoniy of the Eye, he TlicZTo vLôn

lïvrïe;Ser"""^'"^"^"' '''"'■ '''"'•'■'""' '""«"^ -êmes planchJste daS

Chandler (B...; a écrit :

LoniVî78rinï.'^'' ^'"■'""' ^'"''"'' '''"^ ^''^'^* "^' ^'"''^ *» Apoplexies and Palsics.

^ CUANDOUX (de). Médecin et chimiste français du dix-septièrae siècle il s occupa beaucoup plus de philosophie que de médecine et soutint des idées trèsnouvelles pour l'époque, dans une conférence à laquelle assistaient le nonce du pape, Descartes, le père Merseiine, etc. Chandoux qui étudiait avec ardeur la décomposition des métaux, fut traduit devant une Chambre de justice sous la prévention d'altération de métaux servant à la fabrication des monnaies, et il fut condamne et pendu à Paris comme làux-monnayeur, en 1 631 . A. D.

CfflANET (Pierre) . Médecin français, vivaitau dix-septième siècle. 11 s'occupa de philosophie et prit .part aux discussions de son temps. Il a publié, outre quelques opuscules sur des questions de controverse philosophique, un mémoire qu'on cite encore, dans des ouvrages récents d'anthropologie,

de l'instinct et de la connaissance des animaux. La Rochelle, 1646, in-8°. A. D

cnAKGALLAS (les). Une des races occupant l'Abyssinie [voy. Abtssinie,

CHAl\lGOS (les). Peuples de race ando-péruvienne (voy. Amériqde, p. 622).

^ CHA]VGUEi\'ES. Tribus répandues principalement à l'extrémité orientale de Costa-Rica [voy. Centre Amérique, p. 818).

CHAMT. Voy. Chanteurs.

CHANTERELLE et mieux CAIVTHARELLE OU plus simplement CANTA- RELLE (cantharellus, petite coupe). Empressons-nous d'avouer en effet que c'était au mot Cantharelle, que devait être traité ce genre de cliampiguon, comme on y était tenu par le renvoi de l'article Agauicijnées, p. 129.

Chanterelle, gyrole, sont les noms vulgaires de l'espèce alimentaire de ce groupe, espèce très-répandue, très-comestible et très-connue.

Caractères. Les cantharelles sont des Ghampignoss sarcodés (charnus) de la classe des Basidiés, section des Ectobasides, famille des Agaricinées {voy. art. Champignons). De plus, on a vu à l'article âgaricinée comment le genre Cantha- RELLE appartient encore à la division des Agaricinées fragiles putrescibles, dont il est le dernier groupe ; aussi renferme-t-il quelques espèces déjà un peu coriaces, tenaces, et, par un temps sec, peu putrescibles.

Ces champignons ont donc un corps charnu fibreux, et quelquefois presque membraneux ; le chapeau, simple épanouissement du stipe, est par conséquent continu et homogène avec lui. Sa forme la plus générale est turbinée, souvent cupulée et quelquefois infundibulée et ne présentant aucune trace de voile, à moins qu'on ne regarde les squames et fines villosités de la marge plus ou moins enroulée ou inlléchie de plusieurs, comme le dernier rudiment du vélum. Mais les traits caractéristiques du genre sont fournis par la face hyméniale offrant des lames étroites épaisses, gonllées, le plus souvent d'aspect cireux, ayant plutôt la forme de j^lis que de lames, à cause de leurs bords épais, obtus ; ces lames sont décurrentes, une ou plusieurs fois dichotomes et même ramifiées ou fasciculées. Les vallécules (intervalles des plis) sont fertiles, c'est-à-dire couvertes de spores comme les lames elles-mêmes. Les spores par quatre ou par six sur le sommet des basides sont ovoïdes ou globuleuses et blanches.

Ce genre, créé par Linnée, est un groupe intermédiaire, ayant sa place entre les Agarics à lames typiques (Russules, Lactaires, Hygrophores, etc.) et les Ciaterelles et Théléphores dont i'hyménium étendu ne présente plus que des côtes ou des veines ou des papilles. Aussi a-t-il été souvent ballotté de l'un à l'autre groupe. Person, Sécrétan, et Pries lui-même dans les premiers temps, considérant ces lames-plis comme des côtes, l'ont rapproché des Craterelles et des Mérules, et même sous la dénomination générique de Mérules, l'ont réuni à ce dernier groupe à hyménium costé-réticulé. Depuis, d'un commun accord, Berkeley et Pries sont revenus au genre linnéen Gantharelle et l'ont laissé comme le dernier représentant des Agaricinées charnues. Il est donc constitué, par toutes les espèces encore charnues ou charnu-membraneuses, dont I'hyménium toujours primitivement inférieur (car dans quelques espèces, il y a, par les progrès du développement, résupination plus ou moins complète), forme de véritables plis.

Puisque le pli hyménial caractérise ce groupe, il importe de définir ce qui caractérise la lame, le pli, le sillon, la côte et la veine : le ph, passage entre la lame et le sillon, se distingue du sillon : d'une part, en ce que les deux faces adossées sont encore parallèles ; elles sont au contraire à disposisition angulaire, ou à dos d'âne dans le sillon ; d'ailleurs sillon et côte sont presque synonymes : cependant la côte est moins nette que le sillon ; celui-ci senrible être tracé du dehors au dedans, celui-là être un soulèvement moins accusé, moins nettement déterminé de la surface ; enfin les veines ou nervures sont des soulèvements encore moins accusés que les côtes ; d'autre part le pli se distingue de la lame par ce que, dans la lame, la hauteur du repli hyménial comparée à son épaisseur est considérable, tandis que dans le pli cette hauteur ne dépasse guère le double ou le triple de son épaisseur; en outre, le bord libre du pli présente toujours une épaisseur notable, appréciable à l'œil, tandis qu'il est presque toujours aigu dans la lame vraie.

Ces considérations achèvent de déterminer nettement le genre Canlbarelle. Ce groupe ainsi constitué se divise assez naturellement en trois tributs : suivant la

CÏÏAJNTERELLE. 539

position centrale ou latérale du stipe et la prompte résupination de la faco l.vmeniale La considération du chapeau charnu ou membraneux, du stipe plein Ju creux, et de la substance, servant de substratum et de nourrice, établit les sousdmsions. Fries en a décrit 24 à 25 espèces, mais plusieurs sont fort rares et ne se rencontrent pas chez nous, tandis qu'il n'est pas bien rare dans les herborisations d ea rencontrer qui ne paraissent pas encore décrites.

1. Cantharenes mésopodcs: Stipe central ; toutes les espèces terrestres.

a Stipe plein et fibro-charnu, chapeau charnu.

Cant. cibamusKr., Bull PL, 505. f. 1. c..^^^„ vraiment fibro-charnu h^rbiné d'abord convexe, méplat, puis déprime marge onduletise, toujour, glabre, s.ipe plein, fibro-charn , atténue en bas, epaiss. en haut pour s'épanouir et se continuer san^ démarcation ave "le chapeau. i,a„.es pl.ciformes décurrentes en dedans, polydichotomes ou rameuses en dehors chUantes; phs de hauteur tres-inégales, épais, céracés, à bords arrondis ou obtus, à terndn i^ sons atténuées. co..e„r chamoi. ou jaune d'œuf (c'est-à-dire orangé-jaune clair dans tou es s parfes. c.a., ferme partout charnue-fibreuse, blanchâtre, lutcolée surtout vers la surfa e Lhymenmm partout fertile porte des basides au sommet desquelles sont attachées quatre et plL.s souvent s,x .p„,es pédicellées, oblongues ; spores blanches. o.»„ spéciale (de rach'e dins?) tres-prononceeet pénétrante, agréable; mais dans la Flore suédoise f'ries dit: oZ ;™/te En France l'odeur est si caractéristique, qu'elle suffit pour la diagnose. .Jl agréable, un peu po.vree^ xau.e très-variable: Ch. de 3 à 8 c. de diam. ; stipe h 2 à 3 c

.'TrrrV;' P" V"^™"™- '''^'^'"™- '^''^«"«"' champignon, trés-s^voureux et trèsl ntitritif. CGC dans les bois été et automne. Fries signale une variété blanche

2. Gant. Fb.es.i, Quelet p. 191 et pi. XXIII, f. 2. chapea„ charnu plutôt mince, viUeux marge convexe et infléchie sur le bord, disque bientôt déprimé ou cupule ; chair humiSe' supe plein, grêle, villeux a sa base. <..™e, trè^-élroUe, en nervures ratifiées. CoTl: du chapeau jaune orange, teinté de vermillon; Stipe concolore, mais blanc à sa base villeuse; lames et chair jaunes, xau.e, chap. de 3 à 5 c. St. 2 c. et diam. 2-. saJJfade en ete; forets ombragées et siliceuses, à peine comestible. Cette espèce déterminée décrite et figurée par notre confrère du Jura, le D' Quélet. se place, dit-il. entre C. cibarius donUe rapproche ses nervures, et C. auranliacus, dont il a la couleur rou-e-oran-é

0. Gant, aurantiacus Fr. chapea„ charnu, mou , moins ferme que le précédent disque dénrime, souvent excentrique, marge infléchie ou enroulée, onduleuse, surface subtomentLe stC plein (enfin creux\ plus grêle, plus égal, mieux déterminé en haut, quand il s'épanouit et se continue avec le chapeau. i„»e, à peine j,l,ciformes, plus hautes, abords plus aigus fou moms obtus) que dans 1 espèce précédente, nombreuses et rapprochées, décurrentes plusieurs fois dichotomes. souvent crispées à leurbord adhérent. CHai, blanchâtre, lutéolée, moins compacte que cibarms. co„.e„r jaune orangé par toutes ses parties, mais surtout par ses lames, d une temte orangée plus vive que les précédents, le stipe est souvent rabattu de non-, surtout dans les localités marécageuses (var. nigripes, voy. Bull pi 505 f 2) od nulle sa,«„ ingrate -r^m^ toujours très-variable, mais plus grêle quecife^riU'. Chap 7é

'; ' t ^^' '■ t \^ '• '•"'"• ^ ^ ^ millimètres ; lame h. 2 à 3 millimètres. Dans les clai rieres des bois, A. R. Fries signale une variété blanchâtre (v. lactea) . Sans aucune espèce de preuve, Persoon et quelques autres le disent vénéneux? Avec plus de raison ie cro s Rer keley le dit à peine comestible. ' ■" "-'"">• '^«r-

3. Gant, rdfescens, Paul., PI. 37, f. 2 et 3. Chape.» peu charnu, mince, plan déprimé à peu près glabre; st.pe rempli, atténué en haut, long par rapport au chapeau. i^Jls minces nombreuses, co„]e„r gris cendré, pâlissante. Signalé seulement par Paulet R R

5. Gant BRACHYPODE, Chey., PI. 7, f. 5. chapeao, submembraneux, déprimé, régulier", puis infundibuhforme, marge d'abord régulière, puis un peu ondulée, surface glabre mais souvent squamulee sur la marge d'abord enroulée, s.ipe cylindrique, plein, solide court sépanouit en chapeau. ï.a„.es ressemblant à des nervures saillantes, décurrentes, nombreuses ro.des, se bifurcant seulement en avant (près la circonférence), mais non anastomosées' co„.e„, d un jaune brun (tirant sur le chocolat, étant sec) sur le chapeau, lames et stipe jaunâtres (c est sans doute orangé ou jaune orangé rabattu, qu'il faut lire), save.., poivrée inodore, xau.e: Chap D. o centimètres ; stipe, diam. 5 à 0 millimètres, h. 15 à 20 millimètres. En automne, souvent agrégés dans les bois taillis R R

JJT "T''? ^v.- *^-*""="" légèrement charnu, d'abord convexe et umboné, enfin dép me lisse, sec plucheux soyeux ou squamulé. st.pe plein, plus long que les précédents, égal, élastique, a base viUeuse. K.a„.e, décurrentes, minces, nombreuses, pressées plusieurs foi^ aicliotomes. •-«-'«* ««-""' t P^""^ notables. c„„,ea, noire cendrée; stipe cendré plus Clair; lames bien blanches; chair molle, blanche et dont les blessures deviennent souvent

roiigeâtres ou rougissantes, xaiiic, chap. D. 3 à 4 centimètres, stipe, h. 7 à 9 centimètres, d. 1 centimètre. Entre les mousses dans les bois, agrégés. Selon Fries, fréc^uent, mais négligé à cause de son port, qui le fait confondre avec un clitocybe, dont il a le port.

T. Cant. albidus F. et Q,, petit, chapeau très-mince, aplani puis ombiliqué, villeux à la loupe, marge lobulée subzonée. stipe grêle, plein, tenace, tames décurrentes, rapprochées, minces, élégamment ramifiées. ca«ieur, ocracée sur le chapeau, blanchâtre-pruiné, sur la marge, stipe blanc, rarement jaunissant ; lames blanches. Taiii«: chap. D. 1 à 2 centimètres; st. diam. 2 millimètres, en automne caché dans la mousse des prés montueux et ombragés. R.

8. Cant. cupulatus Fr., Bull, pi., 601, f. 5. Chapenu submembrancux, plan déprimé et même cupule, quoique souvent umboné au centre et enfin marge quelquefois un peu ondulée, lisse, enfin subfloconneuse par un temps sec, et bien striée mais non zonée. stipe plein, grêle, cylindrique, roide et tenace, soyeux à sa base. Lames décurrentes, plutôt larges, trèsespacées, polydichotomes, rameuses et même fasciculées, mêlées de lames simples, cooieu,, chap. chamois clair ou lutéolé, devenant roux sur le disque (Quélet dit : fauve lilacin jmle ?} ; stipe plus clair et blanc soyeux à la base, lames grises. Taiiie petite, élégante, chap. à peine D. 2 centimètres, h. totale 3 centimètres, st. h. 2 centimètres, diam. 2 millimètres, station, automne, dans les lieux stériles calcaires, R.

/3 Stipe central, mais tubuleux, lisse.

9. Cant. tub^formis, Fr. chapean submembraneux bientôt en entonnoir avec marge rabattue ondulée et souvent lobée, le disque d'abord un peu convexe, puis plan, puis infundibulé; surface squameuse plucheuse. «tip» tubuleux, onduleux, bosselé, comprimé, dans une variété (Bull. pi. 461 f. A. G.], atténué en bas. liâmes (plutôt plis) distantes, rameuses, non pruieuses. crtiaîr sèche et élastique. Couieon chap. écailles poilues et fauves, plus foncées sur un fond fauve jaunâtre plus c/rtir, s'éclaircit parla sécheresse. Stipe orangé fauve ; nervures jaunes absentes, xauie moyenne d. 4 à 5 centimètres; st. h. 6 à 7 centimètres, d. à peine 1 centimètre. Agrégés, adiiés ou adnexés par le pied, station : été et automne dans les forêts.

Nota. Cette cantarelle a la taille, la couleur et le port de Crateeellds lutescens, mais l'hyménium est lisse ou seulement veiné.

Il y a une variété. — 10. Cant Tub. lutescens {Bull., pi. 475, f. 3;, dont la surface du chapeau est presque lisse et fuligineuse, le stipe jaune renflé aux extrémités.

11. Cant. infundibuliformis Fr. (Bull. pi. 461), espèce très-voisine de la précédente (par son port et son aspect souvent confondue avec elle), s'en distingue par l'infundibulum du chapeau se continuant bientôt avec le stipe tubuleux, par ses nuances fauves (c'est-à-dire plutôt jaunes rabattus et non orangées) et notamment par son stipe toujours flave ; ]iar ses lames flaves puis cendrées, enfin pruinées.

1-2. Cant. onbueus, Fr. (Bull., pi. 465, f. 2), encore assez semblable aux précédents. Chapeau membraneux en entonnoir se continuant sans interuptipn avec la tubulure du stipe. Les Cames OU plis molus rameux sont plus souvent anastomosés, Conieur, mais surtout toutes les teintes sont devenues fuligineuses, les nervures grises, le stipe presque noirâtre. Odeur agréable et saveur douce.

15. Cant. coRNDcopioÏDt:s BuUiard, pi. 208, appartient encore à ce groupe par sa forme générale en corne d'abondance. Cette espèce est sans doute fort rare, car elle n'a été jamais signalée par les auteurs depuis Bulliard. Elle se distingue par sa teinte, concolore eii toute ses parties, ocre jaune (c'est-à-dire orangé claire un peu rabattue ou terne), par son chapeau dont la marge un peu évasée est lobé-festonnée (5 à 8 festons) et intérieurement marquée de plusieurs zones concentriques ; par les larges plis espacés de sa face hyméniale, plats et épais avant leurs ramifications, et enfin par l'arrêt subit de leur décurrence sur le sommet du stipe déjà évasé et se continuant en chapeau. Chair molasse, insipide, inodore. Champignons agrégés ou connés, sur la terre des bois, à la fin de l'été.

14. Cant. REPLEXUS, Fr., petite espèce, ayant le port d'un Mycène. Chapeau d'abord conique ou convexe campanule, strié ; stipe fistuleux, glabre, s'épaississant en haut. Lames adiiées décurrentes. Couleur brun cendré pour le chapeau et blanchâtre pour les lames. Taille: p. 2 à 5 centimètres, et st. h. 5 à 4 centimètres.

II. Cantbarelies pleurotes décidément dimidiées et stipes absolument latéraux , entre autres :

15. Cant. muscigends, Fr.; Bull., PI. 288 et 498, f. 3. Petite espèce, dont le chapeau membraneux, tenace, en spatule, planiscule, puis ondulé, blanchâtre ou bi'unâtre, étant humide; et dont le stipe latéral est villeux à la base ; les lames divergentes, espacées et concolores. Parasite sur la mousse Jxskea sericea, Hedw,

III. Cantbarelles résnpinées. Le chapeau est entier, d'abord cupule et en haut, ensuite il se retourne en Ita? et sa surface lijméniale en haut.

a Croissant sur la mousse ou muscigéniées ; entre autres :

16. Cant. retirugus, Fr. ; Bull., PL 498, f. 1. Chapeau entièrement membraneux, sessile, plis minces, réticules, blancliâtres lutéolés.

n. Gant, lobaths, Fr. ; comme le précédent, mais plus brun, palissant, étant sec, et les plis plus marqués sont distincts et seulement rameux.

p Poussant sur le bois ou lignatiles :

Gant, crucibulum, Fr. croît sur le bois pourri dans les lieux étouffés, le chapeau blanchâtre, un peu charnu, renversé et sessile sur un mycélium byssoïde fibrilleux étendu ; lames rayonnantes, dichotomes, larges, bords obtus, crispées, lutéolées sordides.

18. Gant, crispus, d'un jaune brun, à plis dichotomes blanchâtres ou bleuâtres crispés ; en hiver, sur les branches de bouleau et de hêtre.

On voit que, si, de toutes ces espèces, une seule, Gant, cibarius, est vraiment comestible, au moins constitue-t-elle un aliment aussi savoureux qu'abondant, et avec lequel on n'a jamais vu arriver le moindre accident, malgré la consommation considérable qui s'en fait. Si, comme on l'a avancé sans preuve. Gant, aurentiacus était vénéneuse, il n'en aurait pas été ainsi, car ces deux espèces sont très- voisines, très-faciles à confondre et ont été certainement bien des fois ramassées ensemble. Toutefois les caractères que nous leur avons assignés les feront facilement distinguer par un botaniste. D'ailleurs C. cibarius est intiniment plus répandu que G. aurentiacus, relativement rare. Parmi les divers caractères qui séparent ces deux espèces, l'odeur pénétrante de C. cibarius et celle à peu près nulle de C. aurentiacus, suffiront ordinairement pour prévenir le plus novice. Bertillon.

CHAlVTErRSl (niALJiLDiE^i »ES). Les maladies professionnelles ne constituent un groupe distinct que lorsque la profession astreint l'individu à un exercice qui n'a pas lieu en dehors d'elle, ou lorsqu'elle exige l'emploi d'agents physiques ou chimiques qui peuvent déterminer des accidents toxiques. Mais toutes les fois qu'un individu utilise pour l'exercice d'une profession une fonction qui nous est à tous indistinctement dévolue, elle peut subir des altérations plus ou moins Iréquentes , plus ou moins intenses , sans que cependant ces altérations empruntent à la profession une forme suffisamment caractéristique pour constituer un type à part. Il en est ainsi pour le chanteur. Les maladies générales qui l'atteignent, et même les troubles locaux du larynx qui se rattachent directement à sa profession, se rencontrent sur tout autre individu. Nous essayerons seulement de déterminer dans quelle mesure le chanteur y est plus particulièrement exposé, quelles sont les formes d'affections qui l'atteignent le plus habituellement, et de quelle façon elles se manifestent.

On s'est demandé si la profession prédispose le chanteur à certaines affections des organes vocaux, ou si elle tend à l'en préserver. Plusieurs auteurs ont soulevé cette question non-seulement au point de vue des affections purement locales du larynx, mais même pour les maladies diathésiques qui peuvent atteindre cet organe, les uns prétendant que l'exercice du chant favorise la tuberculisation du larynx, et les autres alléguant des affirmations en sens diamétralement opposé. De part et d'autre on a cru pouvoir s'appuyer sur une statistique qui, à tout bien considérer, est beaucoup trop restreinte et trop établie approximativement pour être prise en sérieuse considération. Gertaines convictions n'en ont pas moins pénétré jusque chez les artistes eux-mêmes, qui souvent se croient, par le fait de leur protession, les uns préservés d'affections graves du larynx, les autres très-

exposes à ces mêmes affections au sujet desquelles ils rentrent cependant, nous en sommes convaincu, dans les lois générales. Nous ne pourrions pas admettre en eiïet que l'exercice vocal, même le mieux compris, en ce qu'il exige simultanément l'exercice méthodique de tous les organes respiratoires, puisse empêcher ou retarder les maladies chroniques de ces organes. Le contraire ne nous semble pas mieux prouvé Tout ce que l'on peut admettre, c'est que le chanteur de théâtre est soumis, comme tout artiste dramatique, à des impressions nuisibles causées par les veilles, les fatigues, et parfois aussi par certaines habitudes de vie — extrascéniques — peu régulières, et qui, sans aucun doute, peuvent avoir leur part dans l'éclosion d'une maladie diathésique sur un organisme prédisposé. Quant aux affections purement locales du larynx, il est certain que tout exercice immodéré de la voix peut contribuer à la produire ; mais nous ignorons pour la plupart d'entre elles la part d'influence du chant. Il n'est qu'une forme qui semble uidubitablement s'y rattacher, c'est la laryngite glanduleuse ou granuleuse ditedes orateurs, des prédicateurs, des chanteurs, etc., et qui est presque toujours liée à une pharyngite de même nature, par laquelle elle débute le plus souvent.

Une description de cette affection a été donné, à l'article Larynx de ce Dictionnaire (Krishaber et Peter, série 11, 1. 1, 1 869, p. (326). Elle est en général fréquente et se rencontre sur des individus de toute profession et de tout âge ; voyons seulement ce que son évolution présente de plus particulier chez le chanteur.

11 est à remarquer d'abord que la pharyngo-laryngite glanduleuse n'atteint pas ordinairement en premier l'organe générateur du son, mais bien plutôt les organes en quelque sorte intermédiaires au pharynx et au larynx : les aryténoïdes et l'épiglotte. Il y a deux raisons pour cela, et elles sont étroitement liées l'une à l'autre; la première, anatomique, consiste dans l'existence d'un nombre considérable de glandules en grappe placés précisément sur la muqueuse du cartilage aryténoïde et de l'épiglotte; et la seconde, physiologique, se rattache au mode de respiration pendant l'émission du son.

A ce sujet quelques considérations sont nécessaires.

Pendant le silence la respiration s'effectue à bouche fermée, par le nez ; l'air en traversant les fosses nasales se fractionne d'abord en deux colonnes, et ensuite se subdivise en traversant les méats, pénètre dans l'appareil accessoire des sinus, maxillaire supérieur, frontal, ethmoïdal, sphénoïdal, en traversant ainsi toutes ces cavités qui rappellent à l'état rudimentaire les grands réservoirs d'air de certaines classes d'animaux, ou tout au moins en se mélangeant avec l'air qui y est contenu. La quantité d'air inspiré par le nez en passant par ces anfractuosités, arrive au pharynx quelque peu réchauffé et humecté, et les particules de poussière ou de débris de toute autre nature suspendus dans l'atmosphère, se trouvent en partie arrêtés avant de parvenir à l'entrée du larynx. L'air est ainsi approprié en quelque sorte à la nature particulièrement sensible des voies respiratoires qu'il est appelé à traverser. Mais ces conditions se trouvent complètement changées pendant l'exercice vocal. S'il est encore admissible que dans la conversation ordinaire l'mspiration puisse se faire par les narines, ce qui est l'exception, il n'en est déjà plus ainsi pour l'orateur chez lequel les phrases se succèdent trop rapidement pour cela. Quant au chanteur, il inspire nécessairement par la bouche; le chant exige la prise d'une forte quantité d'air à la fois : l'air extérieur est aspiré avec rapidité, il arrive tel qu'il est, c'est-à-dire sec, froid et impur, à l'entrée du larynx. Pour peu que l'exercice vocal se prolonge, la muqueuse que l'air extérieur frappe incessamment et directement se dessèche, les glandules

qu'elle confient sont fortement sollicitées à la sécrétion, irritées à la longue; il s'y produit d'abord de l'hypcrémie, et pour peu que cet état subsiste ou se répète, une liypertrophie des glandules de la muqueuse. Nous avons dit plus haut que ces glandules sont particulièrement nombreuses dans la muqueuse des aryténoïdes et à la base de l'épiglotte, et on comprend aisément que c'est par ces points que commence l'invasion de la maladie des chanteurs qui, pour n'être pas grave au point de vue général, n'en conduit pas moins à la perte de la voix par extension de l'état morbide sur les cordes vocales elles-mêmes. Avant même que les cordes vocales soient atteintes, la voix se trouve altérée. On sait en effet que les aryténoïdes en se rapprochant pendant la phonation plissent la muqueuse interaryténoïdi(!nne qui doit être mince comme elle l'est à l'état normal, pour permettre le rapprochement des cartilages ; mais l'hypertrophie glandulaire épaissit cette muqueuse dont la texture propre ne reste d'ailleurs pas étrangère au travail hyperplasique des glandes qu'elle contient; les aryténoïdes sont alors entravés dans leur jeu par la membrane dense qui les sépare et les recouvre ; les cordes vocales inférieures ne se rapprochent pas suffisamment, et c'est ainsi que se produit le premier indice d'une voix compromise : la perte des notes élevées. Peu à peu les autres parties de la muqueuse laryngée se trouvent altérées dans leur nutrition, et lorsque les cordes vocales elles-mêmes participent à l'inflammation, la voix devient rauque ou au moins perd complètement ses vibrations sonores et harmonieuses. Gomme dans cet élat il se produit une sécrétion muqueuse plus qu'abondante, il se trouve que la voix est ordinairement plus altérée après un long silence qu'après l'émission des premiers sons qui est suivie du rejet de quelques mucosités. C'est pour la même raison que la voix de certains chanteurs est moins claire le matin qu'à tout autre moment de la journée.

Nous renvoyons le lecteur pour les détails de la pharyngo-laryngite chronique et pour tout ce qui concerne son traitement à notre article du Dictionnaire visé plus haut ; rappelons seulement encore ici que dans quelques cas rares l'examen laryngoscopique ne permet pas de reconnaître une lésion apparente sur une partie quelconque de la muqueuse ; il ne faudrait pas en conclure qu'il n'y a point de lésion, celle-ci pouvant exister sur la face inférieure des cordes vocales, invisibles sur le vivant, et qui, en effet, ont été trouvées envahies de glandules hypertrophiées dans des autopsies d'individus dysphones et ayant succombé à des maladies de tout autre nature.

Il n'est pas rare que la voix soit altérée par certaines affections du pharynx et du voile du palais sans participation directe du larynx; c'est ainsi que l'hypertrophie des amygdales et le rétrécissement du pharynx qui en résulte donnent au chant un caractère guttural en changeant complètement le timbre de la voix ; l'ablation des amygdales peut devenir nécessaiie dans ce cas.

L'inflammation du voile du palais ou une entrave quelconque portée à ses libres mouvements, enlève à la voix la mieux organisée tout caractère mélodieux. L'hypertrophie de la luette, même la plus circonscrite, a été accusée d'iiifluence sensible sur la voix; comme il est rare que cette hypertrophie ne coïncide pas avec quelque lésion de voisinage, il nous semble assez difficile d'établir la part que peut avoir la luette volumineuse sur les altérations de la voix. Nous n'avons guère observé les résultats si vantés de la section de la luette ; on peut se demander si la flicdité toute particulière qu'elle offre à toute tentative opérative n'est jias ])0ur quelque chose dans son ablation trop souvent pratiquée, suivant nous. Nous ne voyons, il est vrai, ni danger, ni inconvénient bien sérieux dans le raccourcisse-

mont d'une luette, même normale; mais le singulier abus qu'on a fait de celte opération sur les chanteurs nous conduit à exprimer l'avis bien naturel, ce nous h en X "^^^"^™* '^ pratiquer que lorsqu'il existe bien réellement une

La voix du chanteur s'altère aussi presque invariablement lorsque les organes respiratoires rapprochés ou éloignés du larynx sont atteints; c'est ainsi que le plus léger catarrhe trachéal ou bronchique, ou même un coryza, influe sur la voix • lorsque même l'organe vocal est resté complètement indemne. Les chanteurs n Ignorent pas combien les refroidissements ou toute autre cause d'affection catarrhale des muqueuses des voies respiratoires doit être évitée.

Les troubles digestifs ne sont pas sans influence; on pourrait du reste généraliser bien autrement et admettre que pour posséder toute l'intégrité de la voix le chanteur doit être absolument bien portant. ' '

Il n'est pas rare que l'apparition des menstrues altère la voix de certaines can tatrices, obligées alors de cesser les représentations scéniques pendant toute la durée de leur époque cataméniale.

Souvent il est impossible de saisir la relation de cause à effet entre une indisposi ion quelconque et une altération plus ou moins marquée de la voix, qui n'en ex,ste pas moins tres-reellement. On voit journellement que des artistes au début de la tubercu isation, ou ceux qui sont atteints de syphilis, les anémiques, les ch orotiques deviennent incapables de chanter, sans que pourtant l'organe vocal soit malade, ou bien avant qu'il le devienne. C'est à la déchéance de l'organisme qu 11 faut rattacher alors les modifications apportées à l'influx nerveux qui préside a la formation de la voix. ^

^ Nous ne parlons pas ici de l'aphonie nerveuse proprement dite, qui se rattache a une paralysie plus ou moins comi.lète des nerfs moteurs du larynx. A ce point de vue, le chanteur rentre dans la loi générale de la pathologie laryn-^ée

Il en est autrement de certaines nuances beaucoup plus légères dans l'innervation de 1 organe vocal, et que nous allons examiner brièvement

Le mécanisme complexe, en vertu duquel le chant se produit (voy Voix) exige que les cordes vocales subissent un degré de tension très-rigoureusemen; détermine et que leur rapprochement s'effectue, suivant la nature et la hauteur du son, a des angles d'ouverture tout aussi précis. Il faut en outre que la puissance expiratrice du diaphragme, des muscles intercostaux et d'une partie des muscles du tronc soit mesurée non-seulement sur l'intensité, mais aussi sur la valeur musicale du son. Pour peu que l'innervation d'un des muscles qui concourent a cette action synergique soit troublée, l'équilibre n'est plus complet et la voix perd sa justesse et ses nuances. '

L'intégrité physique de l'instrument vocal ne suffit pas pour la production du chant. Il faut encore 1 intégrité physiologique du système nerveux. Il a été admis de tout temps que sous l'influence de certaines émotions, le chanteur ne peut jouir du bénéfice de son art, et pour peu que les émotions aient retenti sur son système nerveux, il devient incapable de mettre en jeu d'une façon harmonieuse organe vocal, si parfaitement que celui-ci soit d'ailleurs constitué. C'est ainsi que les impressions morales dépressives, la tristesse, la colère, les chagrins ont une influence incontestablement nuisible sur la voix du chanteur; il en est de même lorsqu'il s'expose à des épuisements de l'influx nerveux, par des fatigues intellectuelles et physiques. Les exercices corporels exagérés, les travaux intellectuels, mais surtout les excès vénériens rentrent dans cette catégorie. Il est àpeu près constant qu'une

nuit Manche passée veneris et jocorum causa rend le cbanteur incapable de faire taloir toutes les ressources de sa voix, et pour peu que la cause se répète fréquemment, la voix chantée se perd pour toujours sans que la voix parlée participe nécessairement à l'altération. L'individu peut même garder toute la force impulsive de l'organe vocal, mais il ne possède plus la faculté de coordonner dans une mesure voulue les vibrations sonores de ses cordes vocales : c'est là ce que nous avons décrit sous le nom d'asynergie vocale (voy. larynx, p. 681. Krishaber et Peter). Il ne s'agit donc dans ce cas que de troubles fonctionnels d'ordre que nous allons préciser dans un instant.

Dans la voix parlée, nous ne mettons en jeu qu'un nombre très-restreint de notes, s'étendant quelque peu lorsque la conversation s'anime, tout en restant constamment dans la même gamme, à quelques interjonctions près, qui ne perdent rien de leur signification pour être presque toujours très-peu harmonieuses. Il en est un peu différemment dans la déclamation. Mais quant au chant, les conditions sont complètement changées. Le chant exige des sons d'une valeur extrêmement précise, d'une échelle étendue à deux gammes au moins, et en outre une flexibilité de la voix, sans laquelle, en admettant niême qu'elle soit parfaitement juste, il ne se produit que des cris ; il faut en d'autres termes, une succession de notes absolument justes, pour qu'il résulte de leur audition un ensemble mélodieux.

Le chanteur, qui joue d'une façon pour ainsi dire inconsciente, des faisceaux musculaires de la glotte et des muscles respirateurs du tronc, comme le pianiste joue des muscles de ses doigts, exécute ces mouvements en vertu d'un sentiment d'équilibre qui est inné, et qu'un exercice prolongé et des dispositions d'ordre intellectuel, ont élevé à la hauteur d'un art ; mais pour que l'instrument obéisse au sentiment, l'intégrité physique de l'instrument ne suffit pas ; pour que le larynx exécute des motifs, il faut que son innervation ne soit point troublée. Quelque intègres que soient les générateurs du son, si les impulsions venant du cerveau ne s'effectuent pas normalement, ou si la transmission à travers les nerfs est défectueuse, la fonction sera incorrecte, et le chant perdra, même en admettant qu'il puisse se produire, tout ce qui en constituerait la beauté et le charme.

Certains individus accusent dans la région pharyngo-laryngée, une sensation de corps étrangers, qui rappelle beaucoup celle de la boule des hystériques, ou une espèce de siran^M/ah'ore, avec besoin incessant d'aua/er avide; ils répètent constamment l'acte de la déglutition sans soulagement aucun ; d'autres rapportent la sensation exclusivement au voile du palais ou même aux arrière-narines ; ils ont une tendance à porter le doigt vers ces organes dans l'intention instinctive de retirer ce qui constitue une gêne incessante.

Lorsque ces troubles se rencontrent chez un chanteur, on constatera presque invariablement que la voix est plus ou moins altérée. Or il arrive presque chaque fois, que ces diverses sensations sont rapportées à une prétendue angine chronique, simple ou glanduleuse, avec propagation vers le larynx. Nous avons dans ces cas, pratiqué l'examen laryngoscopique le plus minutieux avec les moyens d'éclairage les plus puissants, et nous pouvons affirmer que le plus souvent il n'existe rien de semblable, ni au pharynx, ni aux parties visibles des voies respiratoires.

Ces sensations sont purement nerveuses, et ne se rattachent point à une lésion locale quelconque ; et ce qui le prouve péremptoirement, c'est que cet état morbide s'amende et -se guérit sous l'influence d'un traitement généial au moyen

des antispasmodiques et de quelques règles hygiéniques bien comprises, sans qu'il soit nécessaire de faire jamais intervenir un traitement local qui serait plutôt nuisible qu'utile.

Lorsqu'on interroge attentivement ces individus on apprend qu'ils ont des troubles nerveux multiples, des insomnies, une sensation vertigineuse, quelquefois aussi, des palpitations et une grande irritabilité.

Il est donc aisé de comprendre que dans ces cas, ce n'est pas dans l'état local pharyngo-laryngé qu'il faut chercher les causes de troubles qui relèvent du système nerveux central.

Ces individus, plus que tous les autres, doivent être mis à l'abri d'impressions morales trop vives ; ils doivent en outre, éviter l'usage de toutes substances excitantes telles que les alcooliques, le tabac, lecafé, le thé.

Il est admis par tout le monde, et à juste raison, que les alcooliques et le tabac irritent la muqueuse pharyngo-Iaryngée, altèrent momentanément la voix, et laissent à la longue une trace ineffaçable. Mais il n est pas moins certain pour nous que le café et le thé, qui n'ont aucune action locale, n'influent pas moins sur la voix en infligeant au système nerveux des modifications qui se manifestent dans la région pharyngo-Iaryngée par les sensations que nous venons de signaler à l'instant et par quelques troubles nerveux généraux, très-peu prononcés, mais insuffisants cependant pour priver le chanteur de la plénitude de ses aptitudes artistiques. Il devra donc en bonne hygiène éviter à la fois les substances qui irritent par action locale, et celles qui, par une stimulation trop forte du système nerveux, n'en produisent pas moins des effets nuisibles par voie indirecte.

Le chanteur doit éviter aussi les températures excessives; le fait seul de la respiration d'un air très-chnud ou très-froid nuit incontestablement à la voix, même lorsqu'il ne survient point les suites du refroidissement.

Le trouble vocal dépendant du système nerveux le plus grave pour la voix chantée, résulte d'un défaut complet d'équilibre dans les divers faisceaux musculaires de la glotte : la voix alors devient fausse et même rauque, et le chanteur est absolument arrêté dans l'exercice de son art ; d'autres fois, il est seulement incapable de conduire sa voix d'une note à une autre sans trébucher, il a perdu l'aptitude de porter la voix. D'autres fois encore, il ne peut coordonner la voix au passage d'un registre à un autre, ou bien ce passage, lorsqu'il peut s'exécuter; se fait involontairement ; il se produit alors ce son si particulièrement disgracieux, que les chanteurs désignent par l'onomatopée de couac.

Il arrive aussi que le timbre de quelques notes du registre est changé d'une manière constante ; on sait qu'il suffit d'une modification survenue dans le nombre des harmoniques d'un son, pour que son timbre soit compléterjent changé. Chez d'autres, la voix détonne au lieu de filer en se renforçant et en s'adoucissant. Le chanteur peut n'avoir perdu que quelques aptitudes qui ne se mettent pas constamment en jeu, celui par exemple, de battre trn trille, c'est-à-dire de répéter alternativement deux sons à l'aide d'un seul courant d'air non interrompu (Mécanisme très-bien étudié par Bataille). Lorsque le chanteur ne peut pas passer avec transition douce d'un registre à un autre, on dit qu'il a un trou dans la voix (Mandl). Une altération plus fréquente encore consiste dans l'impossibilité d'articuler en chantant; la vocalisation reste pure mais l'artiste ne peut, sans que sa voix se casse, prononcer des phrases pendant le chant; le récitatif est supprimé. D'autres fois, la vocalisation elle-même devient récalcitrante et traînante. Quelquefois, l'artiste peut exécuter des morceaux exigeant le développement de toute la puissance de la voix,

mais il ne peut produire le chant à voix couverte ou à demi-voix. L'inverse se présente encore plus fréquemment.

Parmi les influences nuisibles à la voix, il faut citer comme ayant une très-large part, les niétliodes irrationnelles d'enseignement ; nous croyons utile de consacrer à ce sujet quelques remarques.

U est particulièrement dangereux d'étendre le registre de la voix au delà des limites qui lui sont dévolues par la texture, l'épaisseur, et la longueur des cordes vocales, c'est-à-dire par l'organisation même des générateurs du son. C'est surtout l'abus des notes extrêmes du registre de poitrine qui nuit à la voix.

Bataille {de l'Enseignement du c/mn<)insiste particulièrement sur la nécessité d'obtenir la fusion des registres; elle consiste à faire répéter plusieurs fois à l'élève le même son en voix de fausset et en voix de poitrine alternativement, à l'aide d'une seule expiration. Tous les bons professeurs couseillent l'exercice de la voix dans le médium surtout, et le passage très-lent et très-circonspect aux notes extrêmes. Suivant ce savant artiste, il est possible par un exercice bien compris de faire gagner au chanteur deux ou trois notes, sans entraver la puissance et la souplesse de celles qu'il possède déjà, mais si l'on veut lui faire dépasser cette mesure extrême, et si même, ce qui est complètement insensé, on s'avise, comme on s'en est vanté, de transformer les registres, de faire d'un mezzo-soprano un soprano, ou un ténor d'un baryton, alors on est certain de détruire l'organe le mieux constitué. La voix devient d'abord incertaine, tremblotante, chevrotante et finalement iausse.

Le chevrotement est dû à l'impulsion exagérée donnée à la colonne d'air qui, pendant l'émission du son, s'échappe entre les lèvres des cordes vocales, impulsion qui produit une espèce de tremblement des muscles de la glotte. Il en résulte une fatigue inévitable, sans compter que la voix prend une expression fort désagréable.

Il est très-important de faire, pendant le chant, de larges et rapides inspirations à glotte béante; elles doivent être absolument silencieuses. La pratique qui consiste à faire vibrer les cordes vocales pendant l'inspiration est éminemment nuisible. La quantité d'air prise à chaque inspiration doit être un peu au-dessus de celle de la respiration ordinaire, mais moindre à celle que l'on aspire dans un soupir; il faut éviter, du reste, toute exagération dans les contractions des muscles respirateurs.

La bonne école italienne conseille l'abaissement modéré du larynx pendant la vocalisation; c'est ainsi que se produit le chant si mélodieux de la voix sombrée qui, en outre, expose très-peu à la fatigue. Voici comment s'exprime à ce sujet M. Segond : « Chanter en timbre sombre, c'est fixer le larynx aussi bas que possible, de manière à conserver à tous les sons un tuyau de la plus grande dimension possible : dans ces conditions, on donne à toutes les notes un grand volume, et l'accent dramatique y gagnera considérablement » [Hygiène du chanteur),

M. Garcia a le premier expliqué physiologiquement la formation du chant défectueux dit, voix de la gorge, et indiqué les moyens de la prévenir. Cet éminent artiste a expérimentalement démontré que certains chanteurs prennent la vicieuse habitutle de gonfler la langue et de refouler en arrière l'épiglotte pendant l'émission du son qui se brise contre ces organes et prend un timbre guttural.

Bataille, à son tour, insiste beaucoup sur la nécessité de régulariser les contrac-

3'J8 CHANVRE (botanique).

tions musculaires pendant le chant, et proscrit « sévèrement la violence et l'effort brusque » ; il signale comme particulièrement défectueux la roideur du cou qui fait perdre à la mâchoire inférieure sa liberté de mouvement pendant l'articulation du son, et conseille, comme exigeant le moins d'efforts, l'habitude d'attaquer le sow avec douceur; il défend, par conséquent, au moins au débutant, l'emploi du procédé appelé coup de glotte.

Ce professeur insiste tout particulièrement sur la nécessité de produire le son pendant que la glotte est ouverte dans toute sa longueur, avec relâchement absolu des muscles extrinsèques du larynx et souplesse complète de la mâchoire inférieure.

Il est d'abord difficile de comprendre comment on peut chanter avec « la glotte maintenue ouverte dans toute sa longueur, » et, en efiet, on ne peut ainsi produire au commencement qu'un nombre très-restreint de sons graves ; mais si on a soin de « remplacer proportionnellement la tension des ligaments vocaux par l'énergie du courant d'air, » on peut, par l'exercice, obtenir la formation d'une octave, et même beaucoup au delà.

Bataille, à qui appartient cette méthode, lui a donné le nom de système de compensation. Il exige une expiration coslo-diaphragmatique fort énergique, qui est d'ailleurs conseillée par tous les bons professeurs.

Le même auteur a aussi très-ingénieusement étudié la difficulté dite le passage, qu'éprouvent quelques chanteurs, mais notamment les cantatrices, pour obtenirdes sons homogènes dans une certaine partie de la voix, et il indique les moyens de vaincre cette difficulté.

Nous ne pourrions nous étendre davantage sur cette étude sans exposer plutôt les théories de l'enseignement du chant, que les données de la pathogénie des altérations de la voix chez les chanteurs.

Du rapide aperçu que nous venons d'esquisser, il nous semble résulter comme impression d'ensemble, que la forme du langage plionétique la plus délicate et la plus expressive est particuHèrement propre à traduire les moindres modifications survenues soit dans l'organe vocal lui-même, soit dans l'organisme tout entier. On peut admettre dans ce même ordre d'idées, — et les faits le prouvent journellement, — que les dispositions qui résultent pour le chanteur d'une santé irréprochable et d'un bien-être physique et moral, ont une influence très-heureuse ^"'' ^^ ^oix. Krishablr.

Pour la Bibliographie, voy. Laryngoscope et Larynx (physiologie et pathologie) , 2"= série,

CHAIVTIERS. Voy. Établisssemeuts insalubres, Équarrissage.

CHAIWVRE {Cannabis). § I. Botanique. Genre de plantes pris ordinairement pour type d'une famille distincte, celle des Cannabinées, formée des genres Cannabis et Humulus. Payer, dans ses Leçons sur les familles naturelles des plantes (p. 109), a proposé avec raison de n'en faire qu'une section de la grande famille des Artocarpées. Les Chanvres ont les fleurs régulières et dioïques. Dans la fleur mâle, le périanthe est généralement formé de cinq sépales, disposés dans le bouton en préfloraison quinconciale. Les étamines, en même nombre et superposées aux sépales, s'insèrent vers le centre de la fleur et sont formées chacune d'un filet grêle, libre et d'une anthère biloculaire, introrse, déhiscente par deux fentes longitudinales. La fleur femelle est placée dans l'aisselle d'une grande bractée

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qui l'enveloppe et qui persiste même autour du fruit; elle a un périanthe en forme de coupe, que constituent deux iolioles connées, et un gynécée supèredont l'ovaire est surmonté de deux styles tout chargés de papilles stigmatiqnes. Primitivement, l'ovaire a deux loges et deux feuilles carpellaires dont ces styles sont les sommets • mais l'une des loges avorte bientôt complètement, il n'en reste qu'une qui soit fertile et qui renferme un seul ovule descendant, anatrope, à micropyle supérieur et extérieur. Le fruit, enveloppé par la bractée-mère, est un achaine dont la graine contient un embryon dépourvu d'albumen, à gros cotylédons charnus et huileux, repliés sur la radicule. Les Chanvres sont herbacés et annuels, avec des feuilles opposées, surtout en bas des tiges, et alternes, souvent profondément découpées, pourvues de deux stipules latérales. Les fleurs mâles sont disposées en grandes grappes ramifiées de cymes, occupant le sommet de la tige et l'aisselle de ses feuilles supérieures ; leurs pédicelles sont articulés. Les femelles sont groupées en épis composés. Les Chanvres sont originaires, à ce qu'il paraît, de l'Asie tempérée, oij l'on dit qu'on trouve des individus spontanés dans les prairies qui entourent Irtysh, dans le désert des Kirghises de Songarie, et au pied des montagnes de la région qui est au delà du lac Baïkal. Les botanistes en ont admis généralement plusieurs espèces, et ont notamment distingué le Chanvre comnmn (Cannabis saliva L., Spec, 1457) du C. au haschisch ou C. indica; mais l'on s'accorde aujourd'hui à n'en plus considérer qu'une espèce qui présenterait plusieurs formes ou variétés, qui sont les suivantes :

1. C. saliva, a. vidgaris. Feuilles opposées ou alternes; fruit d'un jaune grisâtre, veiné-réticulé d'un ton plus pâle, avec peu ou pas de taches noirâtres. (Cette variété renferme les C. saliva, indica et orienlalis des auteurs.)

2. /3 Kif. Feuilles opposées, rapprochées; inflorescences subcondensées. Fruit petit, jaunâtre, à réseau de veines pâles et à taches noires. C'est le Kif oa. Telkouri cultivé en Algérie.

3. 7 pedemonlana. Feuilles opposées, plus rarement alternes. Plante géante (atteignant jusqu'à 7 mètres de hauteur). Fruits comme dans la variété a.

4. § chinensis. Tige très-haute, comme dans la variété qui précède. Feuilles souvent alternes, à 7-9 segments étroitement lancéolés. Fruits comme dans les variétés a et 7. C'est le C. chinensis de Koch et de Delile; elle a été introduite de Chine en France dès 1827 ; ses fruits mûrissent tardivement en Europe ou bien sont stériles.

En somme, l'espèce unique de Chanvre que nous devons actuellement admettre, présente la synonymie suivante et renferme toutes les plantes dont la dénomination suit :

Cannabis saliva L. — Lamk, Dicl., 1, 695. — Reichb., le. FI. germ., t. 655. — Spach, Suit à Buffon, t. 135. — Hayine. , Arzn. Gew., VIII, t. 35. — A. DC, Prodr., XVI, sect. I, 30.

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