‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.15Chapitre 59 sur 98 · C. chinensis Del., Ind. sem. Hort. monspel · texte numérisé non relu

C. chinensis Del., Ind. sem. Hort. monspel

Kalengi Rheed., Horl. maiab., X, t. 60.

Polygonwn viridiflorum PoiR., Dicl.,\l, 140 (ex Meissn.). — Voy. Haschisch. H. Bn.

TouRN., Inst. Rei herb., 555, t. 309. — L., Gen., 304. — J., Gen., 404. — G^rtn., De fruct., t. 75. — Nées, le. gen., fasc. 4. — Schleid., Beitr., 40, t. 2. — Endl., Gen., 286, 1376. — Païeb, Tr. d'Organog., t. 61 ; Fam. nal., 169. — Schniïl., Iconogr. , t. 95. — Mér.

•iOO CIIAKYUE (emploi médicm.).

et Dei.., Dict. Mal. mécL, II, 1G8. — Guib., Drog. simpL, éd. 6, II, 330. — Rév., in Bot. mêd. du dix-neuvième siècle, I, 513. — Rosenth., S])n. idant. diaphor., 201.

g n. Emploi médical. Le chanvre offre deux variétés, intéressantes à des degrés différents par leurs propriétés physiologiques et leurs applications médicales. L'une, de moindre valeur pour la matière médicale, est le chanvre de nos chmats, le chanvre cultivé, cannabis saliva; c'est celui dont nous parlerons ici. L autre est le chanvre indien, cannabis indica, qui doit à l'influence de climats plus chauds les propriétés énergiques qui se révèlent dans les préparations dont il est l'objet et dont la plus notable est le haschisch. C'est à ce dernier mot que seront présentées les considérations relatives à cette substance en vogue chez les Orientaux et chez les Indiens, à titre d'exhilarante et d'aphrodisiaque, et dont un emploi plus mesuré et plus sérieux a paru pouvoir profiter à la thérapeutique.

•Pharmacologie. Les parties utilisables du chanvre sont les feuilles, les Heurs et les fruits; ceux-ci sont vulgairement connus sous le nom de chènevis.

Le chanvre, d'après l'analyse de Personne, contient : deux huiles essentielles savoir, le cannabène, C^*H*°, et un hydrure de cannàbène, C'^H^* ; une matière résineuse, la cannabine ou haschichine, antérieurement décrite par Sniilh d'Edimbourg.

C'est au cannabène et surtout à la cannabine, répartis dans toute la plante et jusque dans l'enveloppe des fruits, que sont attribuées les propriétés aciivesdu chanvre.

L'amande du fruit contient en outre une huile fine dans la proportion de 15 à 25 pour 100. Cette huile, surtout lorsqu'elle est destinée à l'usage interne, doit selon le conseil de Bouchardat, être préparée par expression à froid ; en outre le chènevis, après avoir été, écrasé par la meule, doit être mondé, autant que possible, par le vannage, de son enveloppe crustacée qui, comme nous le verrons est suspectée de contenir un principe vénéneux.

La cannabine, moins abondante dans notre cannabis, que dans le C. indica, a une couleur vert bleuâtre, une odeur nauséeuse et pénétrante, une saveur acre et persistante ; elle est soluble à froid dans l'éther, l'alcool concentré, les huiles fixes et volatiles, les corps gras, et insoluble dans l'alcool dilué et dans l'eau.

Préparations pharmaceutiques et doses. A l'intérieur : Infusion des feuilles, 20 à 50 grammes par kilogramme d'eau bouillante ; infusion des fleurs, dans les mêmes proportions.

Infusion des semences concassées, 30 à 60 grammes par kilogramme d'eau bouillante ; décoction, dans les mêmes proportions.

Emulsion de chènevis, 30 à 60 grammes, sur 500 d'eau bouillante édulcorée (Cazin) ; ces proportions ont été souvent de beaucoup dépassées.

Extrait de chanvre, en pilules, de 5 à 20 centigrammes ; dose 1 ou 2 grammes.

A l'extérieur : Cataplasmes de feuilles fraîches, traitées par décoction.

Huile de chènevis, en embrocations, en onctions, en lavements. Elle a été proposée par Cazin, pour remplacer l'huile d'amandes douces {Traité des plantes médicinales indigènes), par Bouchardat, pour remplacer l'huile de foie de morue [Annuaire de thérapeutique, 1861).

Teinture de cannabine. Cannabine, l'« partie ; alcool 9. Dose, 5 à 20 gouttes, à l'intérieur (Villemin). 5 centigrammes de cannabine produisent autant d'effet que 2 giammes d'extrait de chanvre indien (de Courtine, Thèse de V École de P/zarmacie, Paris, 1847).

CHANVRE (emploi médical). 4q1

Action physiologique. Les émanations qui se dégagent des plantations de chanvre ou chenevières, causent des vertiges, des éblouissemenls, une sorte d'ivresse. Ces effets, favorisés par l'action d'un soleil ardent, sont dus au principe volatil, au cannabène. Sa vapeur, dit Henri Cazin, respirée ou introduite dans l'estomac, produit dans tout l'organisme un frémissement, un besoin étonnant de locomotion, puis de l'affaissement souvent suivi de syncope. L'impression produite sur le cerveau est pénible, et occasionne plutôt de la stupeur que des hallucinations agréables. L'action du cannabène est plus fugitive et moins énergique que celle de la cannabine. Le même auteur suppose que le cannabène pourrait se montrer efficace dans certains cas comme succédané du chloroforme. La carmabine est hypnotique, calmante, antispasmodique ; à doses trop fortes, elle cause de la stupeur, ou une ivresse délirante analogue à celle du haschisch, avec celte particularité que le sujet conserve, après la cessation de celte iviesse, le souvenir des divagations qu'elle avait suscitées. Henri Cazin, après l'avoir expérimentée sur lui-même, dit que son effet primaire est une excitation passagère des centres nerveux ; que son effet secondaire, celui qu'il faut exploiter en thérapeutique, est celui d'un stupéfiant.

FronmuUer considère le chanvre comme le meilleur de tous les moyens connus pour provoquer le sommeil naturel, sans causer trop d'excitation vasculaire, sans suspendre les excrétions, sans craindre de réaction fâcheuse ni de paralysie consécutive ; et le comparant à l'opium, il le trouve moins violent, moins sûr dans ses effets, et néanmoins propre à le remplacer lorsque celui-ci n'agit plus.

En résumé, le chanvre rentre dans l'ordre des calmants ; mais n'y insistons pas davantage, car son action calmante et les diverses propriétés qui s'y rattachent ne sont certaines, ne sont bien exprimées que dans les préparations du chanvre indien ; et par conséquent nous réservons pour l'article Haschisch le complément de son élude pharmaco-dynamique, et l'examen plus détaillé de ses applications médicales.

Pour ce qui reste spécial au cannabis saliva, et montrer sous une autre face son action physiologique, nous devons rappeler ici, mais rappeler seulement les influences délétères résultant du rouissage du chanvre. Les eaux dans lesquelles oniouitle chanvre, c'est-à-dire où on le laisse pourrir afin de détacher facilement les fibres textiles qui constituent l'écorce, ou la filasse, de la tige vulgairement appelée chènevotte, exhalent des miasmes d'une nature complexe et partant doublement nuisibles. En effet, ils contiennent à la fois les éléments de la putréfaction végétale et les principes volatils préexistants dans la plante et dont nous venons de voir les effets sur le système nerveux.

Cette question sera étudiée avec tous les détails qu'elle comporte, au mot Rouissage.

Quant aux accidents, tels que bronchites, asthmes, hémoptysius, pblhisies, que l'on voit survenir chez les batteurs et les cardeurs de chanvre, ce n'est plus aux exhalaisons de celui-ci qu il faut les attribuer, mais seulement, comme le pensaient avec raison Morgagni et Ramazzini, à l'inhalation des débris soulevés en poussière par les diverses opérations que nécessile la piéparalion de la filasse. Les mêmes accidents, en effet, se manifestent chez les ouvriers qui travaillent de la même manière d'autres substances textiles, telles que la laine, le coton et le Un {voy. MaiNufactup.es).

H y a.encore lieu de signaler d'autres accidents possibles et rentrant dans les faits d'inloxication, productibles par les graines du chanvre. L'intérieur de ces Dic'i, is G. XV. 26

402 CHANVRE (emploi médical).

graines, constitué par une amande féculente et huileuse, est parfaitement commestible ; mais dans leur enveloppe paraît résider un principe vénéneux qui est probablement la cannabine. Michaud a communiqué à la Société de médecine de Cliambéry l'observation d'un enfant de quatre ans, qui, ayant mangé une certaine quantité de chènevis, présenta des phénomènes d'excitation et d'hilarité, suivis de uarcolisme, el comparables à ceux déterminés par le haschisch (Bouchardat, Annuaire de thérapeutique, 1860). Les oiseaux en cage, nourris habituellement avec lu chènevis, le dépouillent de sa coque, et se prémunissent par cette précaution instinctive contre de pareils accidents.

Si, comme substance médicinale, le chanvre sous les climats tempérés a moins d'activité que dans les pays chauds, il en a de moins en moins à mesure qu'on s'élève vers le Nord ; et les chanvres de la Suède, par exemple, d'après Bergius, sont complètement dépourvus de propriétés enivrantes, quoique provenant de la même semence que ceux du Midi. Ainsi peut-on s'expliquer que les habitants de certaines régions du Nord, tels que les Russes, les Polonais, les Livoniens, fassent servir à leur alimentation, sans aucun inconvénient, les graines de chanvre, tantôt frites avec des aromates et savourées au dessert, tantôt simplement pilées, mêlées avec du sel, puis étendues sur le pain noir du paysan en guise de tartines.

Action thérapeutique. Le chanvre a quelque peu servi dans la thérapeutique des Grecs, qui lui ont donné le nom de zâwaêiç, et dans celle des Latins. Dioscoride recoiumande le suc de cette plante introduit dans le conduit auditif contre les otalgies. Ce suc, d'après Pline, fait sortir de l'oreille des vers et des insectes (pii y sont entrés, mais il cause de la céphalalgie. Suivant ce dernier auteur, les feuilles prises avec de l'eau arrêtent le flux de ventre chez les chevaux ; sa racine cuite dans l'eau relâche les articulations contractées et s'emploie pour la goutte et les affections semblables ; les feuilles, fraîches et crues, s'appliquent sur les brûlures ; les semences passent pour rendre l'homme impuissant. De ces indications empiriques et imparfaites ressort déjà néanmoins la notion de l'action du chanvre sur le système nerveux et de son influence sédative sur la douleur ; mais l'action dépressive prêtée, fort gratuitement sans doute, aux semences, est contradictoire avec l'action toute différente que luiattribuent les Orientaux.

Depuis lors, c'est à peine si l'on retrouve quelques autres indications aussi vagues sur l'emploi du chanvre en médecine.

Gilibert dit avoir vu l'infusion de chanvre, en boisson, réussir contre le rhumatisme chronique et contre les dartres, les feuilles fraîches appliquées en cataplasmes ranimer les tumeurs froides et les disposer à la résolution.

Alphonse Leroy renouvelle de Pline le conseil d'appliquer le chanvre, comme résolutif et calmant, sur les engorgements goutteux.

Desmartis, de Bordeaux, dit avoir soumis avec un certain succès lesphthisiques à des fumigations de feuilles de chanvre séchées et nitrées. Le même moyen pourrait être essayé sur les asthmatiques.

Mérat et de Lens engagent à expérimenter l'extrait de chanvre cultivé, comme exbilarant, contre la morosité, l'hypochondrie, le spleen. A défaut du haschisch, ou extrait de chanvre indien, il rendrait peut-être aussi quelques services, dans diverses circonstances, comme antispasmodique et calmant.

L'extrait du chanvre sauvage de Crimée aurait été employé avec avantage contre la fièvre iuiermïltente (BouchixrdAt, Annuaire de thérapeutique, IS&l).

Le chènevis sert à faire des éniulsions, que l'on a prétendu être emménagogues, et qui ont été préconisées contie la blennorrhagie par Tode, Swediaur, Murruy.

CHAPDES-BEAUFORT (eaux minérales de). 403

Cazin dit les avoir employées avec succès dans la période d'irritation du catarrlie vésical, et dans un ctis de rétention d'urine occasionnée par l'abus des spiritueux Sylvius Delboë prétend avoir guéri l'ictère par de fortes doses de cette semence cuite dans du lait. Cazin pense que l'émulsion du chènevis peut être aussi administrée avec avantage dans les phlegmasies gastro-intestinales et bronchiques.

L'huile de chènevis est utilisée, soit comme huile comestible, soitcomme huile à brûler; elle est siccative et usitée en peinture; elle sert à la fabrication du savon noir.

En médecine, on l'emploie, à l'extérieur, comme topique adoucissant et résolutif ; à l'intérieur comme émollient et laxatif; on l'a donnée en lavement contre la colique des peintres. Coutinot, de Besançon, l'a préconisée, en embrocations chaudes sur les seins, pour diminuer la sécrétion laiteuse chez les nourrices remédier aux engorgements laiteux et prévenir les accidents inflammatoires consécutifs ; son action serait rapide, et tellement énergique parfois qu'elle sui^primc brusquement la sécrétion du lait, ce qui oblige alors à employer en même temps les révulsifs intestinaux et les sudorifiques {Union médicale. 1850) On aide l'action externe de cette huile contre la galactirrhée en donnant à l'intérieur l'émulsion de chènevis.

La cannabine, dont l'étude thérapeutique demande à être poursuivie semble devoir être utile dans les affections où le phénomène douleur prédomine'- névralgies, rhumatismes (Grimault, Gazette médicale, 1865), goutte, et dans celle, où il y a surexcitation du système nerveux : convulsions, tétanos (O'Shauolmessv Bouchut), chorée (Gairigan, Journal de pharm. etdechim. 1855) hystérie hvdrophobie, debrium treraens, épilepsie, etc. (Gazin, op. cit.). O'Shau-hnes'sv la croit l'antidote de la strychnine. 11 y aura lieu du reste dy revenir avec plus de détails à l'article Haschisch. Delioux de Savignac.

BiBLioaRAPHiE - Pkreda (P.P ). An cannabis et aqua in qua mollitur possint aerem inficere. ol9. ^ lURCANmER. Tradé du chanvre. Paris, 1758. - Rozier, Proz ex Perthuis et" Recueil de mémoires sur la culture et le rouissage du chanvre. Lyon et Paris 1788 - W. Analyse pratique sur la culture et la manipulation du chanvre. Amiens et Paris l/yu. — OinBERT. Démonstrations élémentaires de botanique, t. II[; 1796 — Volta 'G -S ) Nuovericercheed osservazioni sopra il fessualismo di alcune plante délia canapé. Cannabis satwa. In Mem. de Mantoue, t. 1, p. 225. Silvestre de ^acv. Mémoire sur les pr Tarations enivrantes faites avec le chanvre, lu à l'Institut le 7 juillet 1809, analysé dans le Bulletin aes sciences médicales, septembre 1809. - Articles Chanvre : du Traité de matiire médicale de Geoffroy ; du Dictionnaire des sciences médicales, t. IV, par Biett • du Diction mire de matière médicale de Mérat et De Lens, t. II; du Dictionnaire de' médecine en M vol. par A. Hichard ; du Traité des plantes médicinales indigènes, par Cvzin- nére et fils Pai'is, 1868, ô" édition; de la Flore médicale. D. de S.

CHAOOmÉES. Ce mot avait été proposé par Bory Saint-Vincent, pour'désigner une famille de plantes dans laquelle il faisait entrer un certain nombre de végétaux inféiieurs.

CHAPACtJRASi (Lks), Rameau moxéen des races indigènes de l'Amérique du Sud; ^

CHAPOËS-BEAtiroRT (Eaux Minérales de), ctthermales, bicarbonatées ferrugineuses faibles, carboniques faibles, dans le département du Puy-de-Dôme, dans l'arrondissement de Riom, dans le canton de Pontgibaud, sur la rive droite delaSioule émergent. les trois sources de Ghapdes-Beaulort, connues sous les noms

404 C1IA.PDES-BEAUF0KT (eaux MiMii;ALiîs m).

de fontaine de Cliâteaiifort, de source de Barbecot eUe fontaine Pulvérière ou de Vareilhe.

1» Source de Châteaufort. Son griffon se trouve au milieu d^un taillis situé entre Barbecot et Peschadoire, un peu au-dessus du pont qui conduit aux mines. Elle est hermétiquement captée dans un bassin de pierre qui la verse par un tuyau toujours ouvert. Celte eau claire et limpide laisse déposer un sédiment assez abondant composé de matière calcaire et de rouille; elle donne naissance à une quantité notable de conferves verdàtres. Cette eau est très-gazeuse ; aussi son canal d'écoulement esl-il alternativement rempli par de l'eau et par un gaz qui s'en échappe avec bruit. Sa saveur est aigrelette et Iranchement lerrugineuse ; sa température est de 9°,9 centigrade. MM. Blondeauet Henry (Ossian), qui ont analysé l'eau de la fontaine de Châteaufort, ont trouvé que 1,000 grammes contiennent :

Bicarbonate de soude 0,5710

magnésie O.bAGO

chaux 0,7330

fgi- traces.

Sulfate de soude 0.2040

Chlorure de sodium 0,lo80

— potassium traces.

Silice *^.0600

Matière organique t''^'^^^-

Total des matières fixes 2,2720

Gaz acide carbonique 0,4110

Cette analyse n'est pas suffisante pour donner une idée exacte de la composition élémentaire de l'eau de la fontaine de Châteaufort. Elle laisse ignorer, en effet, les quantités de bicarbonate de fer et d'acide carbonique libre qu'elle renferme; ce sont pourtant les deux substances qu'il serait le plus intéressant de connaître, puisqu'elles sont les éléments déterminants de l'action physiologique et thérapeutique de l'eau de la source de Châteaufort.

2» Source de Barbecot. L'eau de la source ou plutôt des deux griflons de ce nom, n'est pas utilisée, parce que son point d'émergence dans les galeries d'une mine de plomb argentifère la rend d'une digestion difficile et détermine, après quelques jours de son emploi, des coliques violentes provenant très-probablement des sels saturnins solubles que cette eau renferme. Quoi qu'il en soit, les deux griffons sortent de terre, le plus important dans la galerie principale et le second dans la galerie latérale de la mine de Barbecot. Les caractères physiques et chimiques de leur eau sont à peu près les mêmes que ceux de la source précédente, c'est-à-dire qu'elle est très-gazeuse, incolore et inodore, d'une saveur légèrement salée et manifestement ferrugineuse. Ces eaux laissent déposer un sédiment ocracé abondant et une quantité relativement considérable de matière organique. Leur température est de 10" centigrade.

5" Fontaine de Pulvérière ou de Vareilhe. Elle émerge à 300 mètres à l'estsud-est du bourg de Cliapdes-Beaufort. Elle laisse dégager une assez grande quantité de gaz acide carbonique, pour qu'on ait quelquefois trouvé à son voisinage des petits animaux morts asphyxiés par les couches inférieures de l'air où ils ont séourné. Cette propriété de l'acide carbonique, mal interprétée par les paysans, leur ont fait croire aux vertus malfaisantes de l'eau elle-même ; aussi est-elle connue dans la montagne sous le nom de fontaine empoisonnée. L'eau de Pulvérière est limpide, elle laisse déposer, comme celle des deux premières sources, uns couche assez épaisse d'une rouille rougeâtre. Elle est inodore, son goût est piquant et

ferrugineux ; sa température est de 10° centigrade. On n'en a jamais fait l'analyse chimique.

Des trois sources de Chapdes-Beaufort, l'eau de la fontaine de Chàteaufort est seule employée à l'intérieur, ainsi que nous l'avons déjà dit en parlant des eaux de Rromont {voy. ce mot). Elle s'administre principalement dans la chlorose l'anémie et la convalescence des affections où les pertes accidentelles ou naturelles du sang ont profondément débilité les malades. Elle est utile enfin aux ouvriers du voisinage des mines dont l'absence du grand air et surtout de la lumière ont décoloré les tissus et altéré la santé. A. Rotureau.

Bibliographie.— Legband d'Aussy. Votjage fait en 1787 eM788 datis la ci-devant Haute et Basse- Auvergne. Paris, an III de la République, Chapdes-Beaufort. — Focrnet. Annales d'Auvergne, 1829, p. 241. — Blondeau et Henry. Analyse des eaux minérales de Pongibaud, Chapdes-Beaufort. In Journal de pharmacie, 1831, t. XVII. — Kivet (Victor). Diclioitnaire des eaux minérales du déparlement du Puy-de-Dôme. Clermont-Ferrand 18i0 in-8°, p. 28-31. A, R. '

CHAPELIERS (Hygiène professionnelle). L'emploi des chapeaux remonte, quoi qu'on ait dit, à une assez haute antiquité. Il paraît bien certain que les anciens, les Grecs en particulier, portaient, sinon usuellement, du moins à la campagne, en voyage, etc., de véritables chapeaux de feutre ou de laine foulée. On a prétendu que nos ancêtres, Gaulois ou Français du moyen âge, allaient habituellement la tête nue ; c'est assurément une erreur, ils faisaient usage de capuchons et de chaperons assez semblables aux turbans des Orientaux. L'introduction du chapeau de feutre ne date donc pas du quinzième siècle, comme on l'a tant de fois répété, ce vêtement était lui-même usité bien antérieurement. Nous trouvons on effet dans le livre des métiers d'Et. Boileau, édicté, comme on le sait, vers 1264, la classification suivante des chapehers : 1» Chapeliers de fleurs (c'étaient des fleuristes qui tressaient des couronnes que l'on portait pendant la belle saison) ; 2» Les chapeliers de feutre (ceux qui nous intéressent) ; 3» Les chapeliers de coton (bonnetiers) ; 4° Les chapeliers de paon (coiffures ornées de plumes) ; .5° Les fourreurs de chapiaus (qui adaptaient des fourrures aux chapeaux, et formaient un métier à part) ; 6° Les feseresses de chapiaus d'Orfrois (elles étaient constituées en corps de métier, et faisaient, pour les dames, des coiffures ornées d'or et de pierres précieuses ; c'est à cette riche broderie qu'on donnait le nom d'orfreis ou orfrois).

On le voit, dès le milieu du treizième siècle, l'industrie du feutre formait une corporation dont voici les principaux statuts: Les patrons ne devaient pas prendre d'apprentis au-dessous de sept ans ; ils ne devaient pas releindre les vieux chapeaux ; ne devaient d faire chapiaus de feutre fors que d'aignelins purs et sans bourre »; « nul chapelier de feutre ne peut porporter ses denrées par Paris » etc. La réception des compagnons chapeliers s'accompagnait, comme dans quelques autres professions, de cérémonies qui semblaient parodier certains rites religieux, et leur attirèrent la censure ecclésiastique {voy. Corporations).

La fabrication des chapeaux de feutre et celle des chapeaux de soie doivent, seules, nous occuper ici, car ce sont, en effet, les seules, la première surtout, qui puissent présenter des inconvénients sérieux, soit pour les ouvriers, soit pour le voisinnge.

fo Fabrication des chapeaux de feutre. Elle a lieu par la formation d'une sorte de tissu produit par l'agglutination, l'enchevêtrement des poils de divers animaux. Les poils les plus usités et les mieux appropriés à ce travail sont ceux de castor, aujourd'hui fort raves, de fièvre et de lapin; mais leur feutrage ne serait pas siif-

fisamment consistant, si l'on n'y joignait encore d'autres poils jouissant à un trèshaut degré de la faculté de s'unir par intrication ; tels sont les poils d'agneau, de chameau ou de vigogne.

On commence par nettoyer ou dégaler les peaux par une sorte de peigiiage, au moyen d'une carde fine, dite carrelet, promenée sur les poils, et on les soumet ;iu battage, pour enlever toutes les poussières -jpuis, à l'aide de ciseaux on ébarbe, ou avec un couteau on arrache les poils les plus longs qui ne conviennent pas pour le feutrage, et qu'on appelle jarres. On procède ensuite au sécrétage, qui consiste à humecter la peau du côté poil avec une solution mercurielle dont la composition est variable, suivant les fabricants, et constitue le secret, dont ils pensent posséder seuls la véritable recette. Cette préparation dont l'origine ne remonte o-uère au delà du siècle dernier, et dont la découverte est l'objet d'une sorte de \é"mie en Allemagne, se fait en délayant dans huit à douze parties d'eau du nitrate acide liquide de mercure, que les industriels obtiennent en faisant réagir de trois à cinq parties d'acide sur une de mercure coulant. Quelques personnes y ajoutent de l'acide arsénieux. Les poils étant bien imbibés de ce liquide, que l'on étend au moyen d'ime brosse, les peaux sont accolées deux par deux du côté poil, portées à l'étuve, empilées et pressées. Après dessication, on les mouille du côté chair avec (le l'eau de chaux très-étendue, de manière à l'assouplir ; les poils sont alors arraches facilement ou coupés avec un couteau bien tranchant; c'est iciquel'éjarreuse mécaniqne de Caumont remplace l'arrachement à Ja main, au grand avantage des ouvriers. Nous verrons plus bas l'impoitante modification, récemment ap|)ort('e au sécrétage par MM. Hillairet et Bergeron. Les poils triés et choisis suivant leurs qualités, additionnés de laines dans la proportion voulue, on leur donne quelques tours de carde, et on les livre à l'arsonneur, qui au moyen d'iuie sorte d'arcbet mis en vibration, les agite dans tous les sens et en fait une masse légère et vaporeuse, ce qui n'a pas lieu sans un grand dégagement de poils et de poussière. On commence alors à feutrer en mouillant les poils réunis dans une toile ou feutrière, que l'on plie et replie dans tous les sens, et, par une série de manœuvres particulières, on détermine leur agglutination, et l'on forme une sorte d'étoffe, que l'on dispose en cônes creux ou bonnets. La foule qui vient après, a pour résultat de leur donner la forme de chapeau. Ce travail a lieu sur des tablettes ou bancs inclinés vers une chaudière, contenant de l'eau acidulée avec de l'acide siilfurique ou de la lie de vin et maintenue à une température de 80 degrés. Le bonnet, trempé dans cette eau est pressé par un rouleau et fortement manié pendant quelques heures à la main nue ou gantée d'une manicle de cuir, puis arrosé d'eau froide et posé sur une forme où il est serré par le bas avec une corde ; on étire les bords en dehors pour former les bords du chapeau. On le brosse ensuite pour enlever les jarres, on le frotte à la pierre ponce, après dessication, et on réjarre une dernière fois.

Ces opérations sont terminées par la teinture dans un bain de bois de campèclie de noix de galle, de vert-de-gris et de sulfate de fer, à peu près la composition de l'encre. Après deux ou trois bains, le chapeau séché est apprêté, c'est-à-dire revêtu d'un enduit de gomme arabique, ou d'un mélange de gomme et de colle-forte.

2° Fabrication des chapeaux de soie. Leur préparation est beaucoup plus simple. Ils sont formés d'une carcasse en grosse toile gommée ou enduite d'un vernis imperméable à base de caoutchouc ; cette carcasse est quelquefois aussi constituée par un feutre très-mince, à laquelle, dans tous les cas, on donne la forme d'un chapeau . Certains ouvriers, dits galetiers, sont exclusivement employés

à ce travail, qui consiste dans la foule et la dessiccation de la calotte. D'autres, les apprêteurs, sont chargés d'endiiire d'un apprêt formé de vernis dissous dans l'alcool cette calotte et de la couvrir de la peluche de soie.

Nous avons maintenant à examiner l'influence de ce travail sur les ouvriers et sur le voisinage, c'est-à-dire l'hygiène professionnelle et l'hygiène publique.

I. Hygiène professionnelle. Hygiène extrinsèque. Les ouvriers, dont nous parlons, gagnent en général de bons salaires, qui sont en moyenne de 5 fr. à 5 fr. 50, beaucoup pouvant se faire des journées de 6 à 8 fr. Ils pourraient donc vivre très-aisement s'ils étaient plus assidus, mais ils chôment habituellement, le lundi, souvent le mardi, et quelquefois même le mercredi ; ils cherchent ensuite à se rattraper par leur activité, mais la besogne n'en est pas meilleure pour cela. Sur 2,110 ouvriers sur lesquels a porté, à Paris, la grande enquête faite en 1800, on en a trouvé 1,159 dont la conduite était bonne, 81 dont la conduite était douteuse, et décidément mauvaise chez 870, cliiffre véritablement énorme.' Il n'en est pas de même chez les femmes : satisfaites des satires relativement élevés qu'elles gagnent, en moyenne 5 fr. à 3 fr. 50, montant quelquefois jusqu'à 5, 6 fr. et même plus, leur conduite est généralement bonne; sur 1,151 femmes examinées à ce point de vue, 1,071 se présentaient à cet égard sous les meilleurs rapports, 42 avaient une conduite douteuse, et 38 seulement une mauvaise. Pour les deux sexes l'instruction était bonne, presque tous sachant lire et écrire.

2° Hygiène intrinsèque. Elle diffère suivant qu'il s'agit de la fabrication des chapeaux de feutre ou de soie.

A. La fabrication des chapeaux de feutre donne lieu à de très-graves inconvénients. Le dégalage, ïéjarrage à la main, entraînent le dégagement de poussières et de duvets ; la préparation du secret produit des vapeurs nitreuses épaisses ; son emploi met en rapport avec le mercure ; l'arsonnage détermine la formation de poussières très-abondantes mêlées de poils et de particules constituées par le sel niercuriel ; enfin, pendant la foule, les rnains sont en rapport avec de l'eau trèschaude, plus ou moins fortement acidulée. Passons en revue ces causes d'insalubrité.

Poussières. Quoi qu'en ait dit le trop optimiste Parent-Duchâtelet, les poussières mêlées de poils qui se développent en si grande abondance pendant plusieurs opérations de la chapellerie (dégalage, battage des peaux, arsonnage, etc.), exercent une action très-fâcheuse sur les voies respiratoires. Tenon, dans un intéressant mémoire sur les chapeliers, soupçonne la respiration des poussières et des poils d'accumuler ceux-ci dans les poumons et de contribuer aux accidents observés du côté de la poitrine, mais comme les malades vont mourir dans les hôpitaux, il n'a pu s'en assurer. Pâtissier, de son côté, déclare avoir soigné plusieurs coupeuses de poils, mal réglées, sujettes à des crachements de sang. La plupart, ditil, sont maigres, ont un teint jaunâtre et deviennent asthmatiques à l'âge de 40 à 50 ans {Mal. des artis., p. 248). Tous les auteurs s'accordent à reconnaître que les ouvriers exposés à ces poussières offrent un aspect cachectique, alors même qu'ils ne se plaignent d'aucune affection locale, qu'ils sont sujets à la toux avec amaigrissement, et arrivent promptement à une vieillesse prématurée.

Mercure. L'emploi du mercure dans la préparation du secret, l'opération à l'aide de laquelle on l'étend sur les peaux, les particules hydrargyiiques qui se dégagent pendant l'arsonnage et sont respirées par les ouvriers employés à ce travail, doivent forcément avoir de très-facheuses conséquences. Tenon, l'un des premiers, a beaucoup insisté sur ce point. L. Pappenheiin, qui s'est livré à de eu

rieuses recherches sur cette question, rapporte, qu'en 1800, sur 200 ouvriers travaillant dans deux grands ateliers, les deux tiers furent atteints de salivation avec déchaussement des dents et divers autres accidents rhorbides plus ou moins graves. Ayant lui-même examiné douze ouvriers dans une fabrique de chapeaux. Il a reconnu que tous avaient les dents noires, surtout les incisives, les gencives saignantes, qu'ils étaient sujets à des quintes de toux longues et pénibles, etc.

Du reste les symptômes de l'intoxication mercurielle qui frappe si souvent les ouvne.rs clmp liers sont bien connus : outre les accidents du côté de la bouche face pâle et cadavéreuse, peau sèche, amaigrissement, soif vive , anorexie, troubles divers des voies digestives et surtout constipation ; enfin le tremblement caractéristique (voij. Mercure [hygiène] p. 88 et Mercurielles [maladies]).

Gaz nitreux. Beaucoup de chapeliers préparent chez eux leur secret ■ nous avons vn en quoi il consiste. Le mercure étant mis en contact avec l'acide nitrique Il se dégage une très-forte proportion de deutoxyde d'azote, qui se transforme immédiatement en acide hypo-azolique aux dépens de l'oxygène de l'air Or ce gaz nous 1 avons dit est des plus dangereux [voy. t. Vil, p. 693 de ce DicL); aussi a- -Il plusieurs fois occasionné des accidents très-graves, et même mortels, dans les condiuons qui nous occupent. Reitz qui insiste avec raison sur ce point a observe un ouvrier qui succomba à une congestion pulmonaire après avoir fait'ce travail ; U a vu également succomber en quelques jours un jeune garçon de quatorze ans qui avait couché dans une pièce où la préparation était en train de se taire. Kehmann a observé des cas de ce genre.

Aciwn du bain de foule. Tous les auteurs, Tenon, Turner Thackrah, Pappenheim A. Chevalier, ont signalé la formation d'ampoules, de gerçures, de crevasses a la paume des mains et aux doigts, chez les ouvriers fouleurs qui ont les mams en contact permanent avec le liquide acidulé et fortement chauffé, dans lequel ils marnent le feutre. Ce sont surtout les apprentis qui ont à souffrir de ces inconvénients. Ajoutons encore que la respiration des buées acides est trèsjrritante pour les poitrines délicates.

Apprêt. Cet apprêt, avons nous dit se fait au moyen d'un vernis formé de gomme laque dissoute dans l'alcool. Autrefois ce travail était à peu près sans inconvénients; mais aujourd'hui, pour dénaturer l'alcool destiné à l'industrie on se sert de l'alcool méthyhque qui exhale une odeur très-désagréable, et ne peut en être séparé. Dans les diverses opérations qui constituent l'apprêt, imbibition du chapeau, dessiccation, etc., l'ouvrier est soumis à l'action des vapeurs d'alcool méthyhque dont les effets nuisibles ont été décrits avec beaucoup de soin par le docteur Dron, chirurgien en chef de l'Antiquaille de Lyon. Les premières manifestations ont heu sur les conjonctives qui s'enflamment avec douleurs vives et photophobic tellement intense que les ouvriers sont obligés de suspendre leur travail. Cette ophthalmie s'accompagne bientôt de coryza excessivement incommode, enfin l'inflammation ne tarde pas à gagner les bronches et à déterminer des quintes de toux opiniâtres. Enfin on a encore observé de la céphalalgie et dans plusieurs cas des troubles nerveux avec diminution des forces musculaires. ^ M. Dron ne voit qu'un seul remède à cet état de choses, c'est de renoncer à l'alcool méthyhque comme agent de dénaturation {Lyon médical, t. XV, p. 15i', j 8 /4].

Action de la chaleur. De même que tous les ouvriers qui travaillant dans un endroit fortement chauffé sont exposés à de brusques alternatives de température, les fouleurs sont sujets aux affections des bronches et aux rhumatismes.

Morlalité. Examinons mainlenant au flambeau de la statistique les effets de ces influences nuisibles sur la durée de la vie des chapeliers.

Lombard donne [tour durée moyenne de la vie chez les chapeliers l'âge de 50,9, la moyenne générale des professions étant de 55 ans. La phthisie est très-probablement la cause la plus ordinaire des décès, car, suivant le même aulevu % pour eux, la proportion des décès par phthisie aux autres causes est de 23,6 p. 100, la moyenne générale étant seulement 11, 4 p. 100.

Hannover donne un rapport plus considérable encore, 33,35 p. 100. Benoislon de Châteauneuf, a constaté 47 admissions pour phthisie, dans les hôpitaux sur 983 malades ou 4,78 p. 100, le rapport moyeit- étant seulement de 2,85, environ la moitié.

Ces chiffres justifient donc pleinement ce que nous disions de l'insalubrité do cette profession. Faisons remarquer ici que l'irrégularité de la conduite, les excès alcooliques qui eu sont l'accompagnement nécessaire, pèsent d'un grand poids sur ces fâcheuses influences, et ajoutent à la gravité de leurs conséquences ; tel est l'avis des auteurs qui se sont occupés de cette question, Tenon, Turner Trackrah, Pâtissier, etc., etc. Ils ont noté que les chapeliers qui atteignent un âge avancé, . s'étaient distingués par leur vie .sobre et rangée.

Moyens prophylactiques. Relativement aux poussières et duvets qui remplis- .sent les ateliers oii se lait l'arrachage, le battage, et l'arsonnage, plusieurs opérations, la seconde particulièrement, pourraient avoir lieu à l'air libre, ou du moins dans des pièces largement ventilées; pour l'arracliage des poils, il exigerait un moindre personnel et présenterait beaucoup moins d'inconvénients, s'il avait lien à l'aide de la machine éjarreuse de M. Cnumont, couronnée par l'Institut, en 1857 ; en tout cas, il faudrait laisser dans les ateliers, oii se développent des poussières, une baie largement ouverte et munie d'une grille métallique à mailles serrées afin d'empêcher la dispersion des poils au dehors. Enfin, l'emploi d'une cheminée d'appel à grande section serait encore d'une urgente nécessité. D'un autre côté, il serait bien important, si la chose pouvait être obtenue, de faire porter aux ouvriers un appaieil d'interception, éponge humide, demi-masque en treillis do laiton, placé au devant des orifices des voies respiratoires. On leur conseillera du moins de se laver soigneusement la figure et les mains, aux moments de leurs repas et à la fin du travail, de changer de vêtements en quittant l'atelier, etc.

Quant à l'influence du mercure, ici se présente une grave question qui paraît avoir été résolue dans ces derniers temps, par MM. Hillairet et G. Bergeron. Ca métal dangereux est-il indispensable pour la fabrication des chapeaux? Les auteurs que nous venons de nommer répondent par la négative. Pour arriver à la solution du problème il fallait d'abord reconnaîtie pourquoi le poil sécrété se prête mieux au feutage que celui qui ne l'a pas été. Déjà L. Pappenheim avait examiné au microscope un poil soumis à la solution du nitrate acide de mercure, et il avait reconnu qu'il avait acquis une remarquable transparence, sans que son enveloppe corticale parût détruite, et que la partie médullaire était plus nettement accusée {Handb. der Sanit.-Poliz., t. II, p. 5, Berhn, 1859, in-8"). M. Hillairet a confirmé et complété ces résultats : dans un poil sécrété, les cellules granuleuses de la partie médullaire sont déformées, et, pour la plupart, diminuées de volume. Beaucoiip d'entre elles ont perdu leurs granules et sont devenues très-transparentes.

La gaîne épithéliale n'est plus constituée par une couche très-épaisse, à bords nets et bien accusés, elle est devenue d'une grande transparence et &'est fort amin-

'ilO CHAPELIERS.

cie. Tandis qu'un poil normal reste longtemps dans l'eau sans subir de modiOcations appréciables, le poil sécrété s'imbibe, se gonfle, se replie en contours arrondis, et devient de moins en moins transparent.

C'est à cette disposition et non, comme on le croyait, à l'enchevêtrement des inégalités épithéliales, que le leutrage doit être attribué. Maintenant quel est l'agent direct de cette altération du poil ? Est-ce l'acide nitrique? Est-ce le mercure? Les recherches de M. Hillairet l'ont conduit à admettre que cette acLiou est due au gaz nitreux à l'état naissant, développé par le contact du nitrate de mercure avec la matière organique. Le mercure est donc inutile, il peut être mis de côté, et avec lui disparaît la cause la plus grave de l'insalubilité de la profession qui nous occupe. Voici le moyen proposé par MM. Hillairet et Bergeron, pour remplacer le secret des chapeliers : enduire les peaux du côté poil, avec un corps ternaire, tel que la mélasse ou la dextrine, puis les laver avec une solution d'acide nitrique. Celui-ci se décompose, passe à l'état d'acide nitreux, et, immédiatement, au contact de l'air à l'état byponitrique, et l'effet voulu est produit. Assurément, pendant cette opération, il se dégage un peu d'acide hyponitrique, mais non de manière à incommoder l'ouvrier, au même degré que la préparation du secret. L'expérience faite eu grand a. répondu aux espérances des inventeurs, et une fabrication, malheureusement interrompue par la guerre, a fourni d'excellents résultats. On lui a seulement, reproclié d'exiger plus de temps pour la main-d'œuvre, et une durée plus longue pour le séchage, inconvénients bien rachetés par les avantages au point de vue de l'hygiène (Delpech, Rapport sur le mém. de M. Hillairet, in Bull, de l'Acad. de méd., 2' sér., l. I, p. J082; 1872).

Tant que le secret ne sera pas remplacé par un moyen inoffensif, tel que celui dont nous venons de parler, la préparation du nitrate de mercure devra être entourée de grandes précautions. L'atelier oii il est préparé doit être isolé de ceux oîi se font les autres travaux de la chapellerie ; il sera largement ventilé et la combinaison chimique aura lieu sous la hotte d'une cheminée d'appel munie d'un bon tirage. Pour combattre les effets de l'eau de foule sur les mains, on ne saurait conseiller ici les gants de caoutchouc ou de membrane de vessie qui seraient promptement altérés par le travail, mais bien d'enduire les mains avec un corps gras, tel que de la graisse, qui empêcherait l'action de l'eau acide sur la peau. L'inconvénient des buées de la chaudière et de la fumée des foyers, sera à peu près annihilé par la présence d'une large hotte mii les entraînera au dehors, par la cheminée d'appel.

Quant aux inconvénients résultant du passage subit d'un lieu très-échauffé, tel que celui où a lieu la foule, à l'air froid du dehors, c'est à l'ouvrier à prendre luimême ses précautions à cet égard, à ne pas sortir, l'hiver, d'un atelier à température élevée sans avoir mis un vêtement approprié.

Ainsi que nous l'avons vu plus haut, la fabrication des chapeaux de soie e?t beaucoup plus simple que celle des chapeaux de feutre. La préparation du vernis, offre plusieurs inconvénients : ce vernis est composé de gomme copal, de caoutchouc, et de térébenthine, ou de gomme laque, et d'alcool, il est très-inilammable et peut occasionner de graves accidents. L'odeur qui s'en dégage est acre,' prend à la goige d'une manière très-désagréable, et peut incommoder certaines personnes ; nous avons vu plus haut les accidents qui résultent de l'apprêt à l'alcool méthylique; enfin, les ouvriers sont encore exposés à la buée des chaudières et à la fuméa des foyers, auxquels remédiera, comme nous venons de le dire à l'occasion

de la foule, par une cheminée d'appel. Cet inconvénient n'existe pas quand la carcasse du chapeau est faite de bandes de toile gommée et collées ensemble.

II. HyGiÈNE PUBLIQUE. 1° Fabriques de cliapeaux de feutre. Elles sont rangées dans la seconde classe des établissements insalubres el incommodes. Les reproches qu'on leur adresse plus particulièrement sont les suivants : 1» Odeur et dispersion de la buée par les fenêtres et soupiraux, quand la foule a lieu dans des sous-sols ; 2" Écoulement des eaux acides de la foule ou des eaux colorées et odorantes de la teinture ; 3" Dispersion des fumées de charbon de terre provenant des foyers ; 4" Poussières mêlées de poils, développées pendant le dégalage, le battage, et l'arsonnage, et venant, comme les buées et les fumées, incommoder les voisins ; 5° Bruit pendant l'arsonnage et la foule.

Plusieurs de ces inconvénients sont assez marqués, dans l'intérieur des villes et surtout dans les rues étroites, pour que l'autorité ait été obligée d'interdire certaines opérations, la foule et la teinture, par exemple ; qui peuvent être isolées et pratiquées ailleurs. Au total, les moyens de combattre ces incommodités sont, pour plusieurs, ceux que nous avons déjà signalés à propos de l'hygiène professionnelle. Ainsi les buées et fumées recuedlies dans une hotte seront emportées dans l'atmosphère par un tuyau s'élevant au-dessus du niveau des maisons voisines.

Relativement aux eaux, le sol des ateliers dallé ou bitumé sera, avec une pente convenable, garni de caniveaux propres à assurer l'écoulement prompt et facile de tous les liquides altérés. Ils seront conduits par des branchements particuliers à l'égout le plus voisin. S'il n'y a pas d'égout, l'écoulement aura lieu seulement le soir, et sera suivi d'un lavage et balayage à grande eau. Pendant les gelées, le versement des eaux sur la voie publique ne peut être toléré, on devra aussi briser et relever les glaces qui auraient pu se produire au devant des établissements.

Les ateliers d'arsonnage et de confection des galettes seront munis de doubles portes afin d'atténuer le retentissement du bruit qui s'y fait; l'issue des poussières devra avoir lieu par des fenêtres ne donnant pas sur des habitations particulières.

2" Fabriques de chapeaux de soie. Elles appartiennent à la deuxième et même à la troisième classe, suivant les opérations plus ou moins désagréables résultant surtout de l'emploi du vernis, qui s'y pratiquent, et à la première quand ou y prépare cette substance.

Nous avons vu tout ce qui regarde les buées de la foule quand elle a lieu dans le même local, la fumée des fourneaux-, l'écoulement des eaux ; nous n'avons à parler, ici, que du vernis qui expose à un grand danger d'incendie, soit qu'on le fabrique, soit qu'on ne prenne pas des dispositions convenables pour le conserver. Il y a encore danger d'incendie par le fait de l'alcool employé dans la confection des galettes sur lesquelles la peluche de soie doit être appliquée. Enfui, pendant le collage des bandes de toile et l'apprêt, les vapeurs de vernis se forment eu abondance et incommodent le voisinage.

Ce vernis, dont nous avons donné la composition, se fait souvent dans des atehers fort exigus et sans précaution, souvent même dans de simples marmites de cuivre ou même de terre, dont les cliapeliers calfeutrent les couvercles afin de prévenir la déperdition de l'alcool. Ils transforment ainsi ces vases en espèces d'autoclaves qui présentent un danger très-sérieux, il serait donc à désirer que les patrons fussent astreints à préparer leur vernis dans de petits alambics chauffés à la vapeur et munis de condensateurs; il conviendrait, en outre, que les vases dans lesquels est conservé l'alcool destiné à la fobricatiou de ce vernis, fus

-il'-^ CHAPELLE-GODEFROY (eaux minérales de).

sent placés le plus loin possible des appareils de cliauflc!f;c (iVebnchet, Rapp. général des trav. ducons. d'hyg., 1849-58, p. 395, Paris, 1861, in4°).

Dans beaucoup de cas, le conseil d'Iiygiène du département de la Seine a demandé que les chapeliers ne fabriquassent pas leur vernis, mais l'exécution de cette condition rencontre beaucoup de difficultés de la part des indnstriels qui, de même que pour le secret, se croient tous en possession d'une recette particulière supérieure à celle de leurs confrères. Cependant, il est une foule de circonstances, comme la situation dans un quartier très-populeux oiî se trouvent des magasins d'objets combustibles, qui doivent faire absolument interdire cette fabrication.

Les vapeurs résineuses développées pendant que l'on enduit les bandes de toile, et pendant le repassage au fer cbaud, seront entraînées, au grand avantage des ouvriers et des voisins, à l'aide de l'indispensable hotte surmontée de sa cheminée qui s'élève au-dessus des toits les plus rapprochés. E. Beaugrand.

Bibliographie. — Tenon (J.). Mém. sur les causes de quelques maladies qui affectent les chapeliers. In Rec. des mém. de Vlnslit. nat. (Cl. des se. mathém.), t. VII, p. 98, 1800. Reiz (J.). Ueher die giftigcn Huttnacherbeizen und deren Nac/itheile auf die Gesundheit. In Henke's Zeilschr., t. XYII, p. 381; 1829. — Rehmann. Ueber die giftigen Bestandtheile, dcr hei HiUmachern gebrâuchlichsten Reizen und deren nachtheiligen Einfluss auf die Gesundheit. Ibid. Ergânzh., t. XXII, p. 257; 1836. — Pappenheim (L.). Zur Hygiène de Hasenhaarschneider. In Arch. der dcutsch. med. Gesetzgeb., etc., 1858, t. II. — Du même. Haare dcr Thicre, Dcarbeitung derselben, in Handb. des Sanitâtspoliz. Berlin, 1858-59, t. II, p. 1 et Iluffabrikation. Ibid., p. 28. — Chevallier (André). De l'intoxication par l'emploi du nitrate acide de mercure chez les chapeliers. Th. de Paris, 1869, n° 194. — Hâufigkeit dcr Mercurialvergiftungen vorziiglich unter IMmachern. In Zeitschr. der k. k. Gesellschaft der Aerztc zu Wien, t. III, p. 598, 792; 1860. — Gruber (A.). Mittel zur radiccdcn Beseitigung der bei Hutmachern vorkommenden Morbilitâtsmomente, In Wien. Ztschr. f. prakt. Heilkunde, 1868, n" U, 45, 47, 48. — Lewy (E.). Die Gewerbekrankheiten der Hut~ rnacher. In Wien. Wchnschr., 1869, n° 25. — Bordier. Intoxication mercurielle (chez un sécréteur). In Gaz. des hÔp., 1870, p. 97. E. Bgd.

CHAPELLE-GODEFROY (Eaux MINÉRALES de), athermales, bicarbonatées calciques et ferrugineuses fortes, carboniques fortes. Dans le département de l'Aube, dans l'arrondissement et à 4. kilomètres de Nogent-sur-Seine, émergent deux sources sur la rive gauche de la Seine dont l'eau claire et limpide laisse déposer une couche épaisse de rouille; elle n'a d'autre odeur que celle que lui donnent le gaz acide carbonique et le principe ferrugineux qu'elle tient en dissolution. Son goût est piquant et chalybé, sa température est d'environ 12" centigrade. L'eau des deux sources de la Chapelle-Godefroy n'a jamais été soumise à une analyse rigoureuse. MM. Cadet de Gassicourt et Eusèbe Salverte, qui en ont fait un examen sommaire, ont trouvé dans 1,000 grammes d'eau les principes suivants :

Carbonate de chaux 3,630

fer 5'030

6,660 Gaz acide carbonique 1 litre bS6.

Il est certain qu'il y a une erreur dans les chiffres que nous donnons d'après les auteuis du Dictionnaire des eaux minérales (Durand-Fardel, Le Bret, Lefoit), car aucune eau minérale connue ne contient 3 grammes 0,30 de carbonate de fer par litre. Ce commencement d'analyse doit donc être regardé comme tout à fait insuffisant et être repris par de nouveaux chimistes.

L'eau de la Chapelle-Godefroy n'a été employée jusqu'à ce jour que par les chloro-anémiques des contrées voisines. A. R.

CIIAPMAN. 415

cnAPEliLE-SUR-ERDRE (Eau miiNÉrale DE la), cUhermale, ferrugineuse faible, carbonique faible. Dans le département de la Loire-Inléiieure, dans l'arloudissement de Nantes, à 800 mètres du bourg de la Chapelle-sur-Erdre, émerge uu griffon, connu aussi sous le nom de source de Forges, dont l'eau limpide et transparente laisse déposer une couche notable de rouille sur les objets avec lesquels elle est pendant quelque temps en contact. Lorsqu'on la regarde au travers d'un verre, on voit qu'elle tient en suspension un assez grand nombre de petits corps solides ressemblant à des grains de tabac. Elle n'a pas d'odeur, mais son goût est ferrugineux ; sa température est de 12° centigrade. MM. Prévcl et Lésant ont fait son analyse en 1821 ; ils ont trouvé dans 1,000 grammes d'eau les principes suivants :

Oxyde de fer 0,0199

Carbonate de magnésie 0,01fi6

- chaux 0,0035

Chlorure de magnésium 0,0315

— calcium 0,0017

Acide silicique 0,0100

Matière grasse 0,0050

— extractive 0,0033

Perte 0,0050

Sulfate de chaux traces.

Total des matières fixes 0,0963

Gaz acide carbonique indéterminé.

L'eau de la Chapelle-sur-Erdre ou de Forges, si l'examen de MM. Prével et Lésant est exact, est une des eaux minérales connues qui contient une aussi petite proportion de sels calcaires.

Elle est exclusivement employée en boisson par les personnes du voisinage qui viennent lui demander la guérison d'affections chloro-anémiques, lorsque surtout ces affections sont accompagnées de troubles gastriques et d'accidents nerveux.

CHAPMAIV (Edmond). Accoucheur fort distingué de l'Angleterre; né à South-Halstead, dans le comté d'Essex, vers l'année 1680, mort à Londres en 1756 ou 1757. U a le grand mérite d'avoir été un des premiers, après Cliamber^ lavne, à mettre en pratique, à vanter l'usage des forceps, dans certains cas fort bien appréciés et déterminés par lui, et à répudier l'emploi du crochet si en usage autrefois, au grand détriment de la nière et de l'enfant. Chapman se servait aussi, dans d'autres circonstances, d'un filet, dont il ne donne pas la description, et qu'il dit lui avoir donné souvent d'excellents résultats. Mais il en revient toujours au forceps, qu'il ne craint pas de qualifier de « noble instrument, » d' « admirable instrument. » U a apporté aussi à l'instrument de Chamberlayne, une notable modification, il ne veut pas de l'écrou ; ses deux branches s'artîculent tout simplement au moyen de deux mortaises creusées entre ces branches et les deux poignées. Ce grand praticien, maître de Henry Page, était très couru, surtout dans les cas difficiles de la parlurition ; c'est une expérience de vingt-sept ans qu'il consigne dans ses livres, lesquels portent ces titres :

I. A Treatise on the Imiirovcment of Midwifery chieflij wilh Regard to the Opération. Te whicli are added fiftij sevcn Cases, selecled from upwards of Twenty-seven Years of Praclice. Londres, 1735, in-8»; Ibid. 1735 ; in-8° (avec deux planclies représentant le forceps Chapman). Les observations sont intéressantes, mais pas assez détaillées ; la première date de l'année IrlO.— II. Reply to Douglas' s Short Aecount of the State of Midwifery. Lond., 1737, in-8». — Ht. AnEssati on the Vencreal Glect, in whicli. the Différent Species of this Disordei are disiinguished, and their Causes asstgned, together wilh the Symptoms and Méthode of

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