‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V 16Chapitre 1 sur 49 · LIBRAIRE DE L'ACADEMIE DE MÉDECINE LIBRAIRE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

LIBRAIRE DE L'ACADEMIE DE MÉDECINE LIBRAIRE DE LA FACULTÉ DE MÉDECINE

PLACE DE l'école-de-médecine

MDCCCLXXVI

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CHIAPPA (Gluseppe Antonio del) était né, vers 178I,.iuk Bagni di Liicca, et se fit recevoir docteur en médecine et en chirurgie (1801) àPavic, oh il occupa pendant longtemps, d'une manière très-brillante, la chaire de clinique médicale. Del Chiappa avait adopté avec enthousiasme les doctrines de Rasori, et, même après la mort du maître, il les suivait, au lit du malade en disciple fervent et convaincu. Poursuivant à toute outrance la diathèsc du stimulus, il prodiguait et le tartre stibié ce contro-stimulant par excellence, dont il portait quelquefois la dose à plus de trois grammes, et les saignées répétées. Médiocrement préoccupé des symptômes, c'estsurtout la maladie qu'il s'attachait à combattre, alors même que les manifestations locales avaient disparu. Mais Del Chiappa ne s'était pas borné à des travaux de pratique médicale, il s'était aussi occupé de recherches d'érudition, et on lui doit une traduction de Celsc à laquelle il avait consacré huit années. Ce savant distingué s'éteignit en 1866, à l'âge de quati^e vingt-cinq ans, ayant conservé jusqu'à la fin toutes ses facultés.

Nous citerons de lui les ouvrae;es suivants :

I. Saggio d istoria sul calarro epidemico. Lucca, 1806, in-S". — II. Dalle purcosse considerale sotte il duplice aspetto di lesioni morbose, etc. Pavia, 1817, in-8°. — III. Intorno aile opère ed alla condizioni personale di A. Corn. Celso. Milano, 1819, iii-12. — IV. Délia stiettissima unione delta medicitia et délia chiruryia. Pavia, 1820, in-8°. — V. Discorsi. due siilla rnedicina. Milano, 1820, in-S", — VI. Racolta di opuscoli medici. Pavia, 1828-1829, 3 vol. iii-8°. — VII. A. Corn. Celsus (trad. ital.], 1828, in-12. — VIII. Rasori opère comjihte. Firenze, 1858, iii-8°. — IX. Nombreux mémoires, surtout dans les Annali universi di rnedicina. E. Bcd.

cniARI (Joh.-Bapt.) né à Salzbourg, le 15 juin 1817, prit le diplôme de docteur en médecine (1841), et de docteur en chirurgie (1842) à l'Université de \ienue. Chiari se livra d'une manière spéciale à la pratique et à l'enseignement de l'obstétrique, d'abord comme privat-docent à l'Université de Prague puis, à partir de 184&, comme professeur ordinaire. Il avait obtenu, on 1855, la mutation de cette chaire pour celle de l'Académie Joséphine de Vienne, quand

DICT. ENC. XVL \

2 CIIIAVERNI.

il fut emporté le H décembre 1854 par une attaque de choléra. Il avait à peine trente-sept ans.

Parmi un grand nombre d'articles publiés dans différents recueils, nous citerons :

I. Bcricht iiber mehrerc, miUeht der warmen IJlerusdouche erzielteii kûnsHichcn Frulujehurlen. In Ztschr der Gesellsch. der Aerzte zu Wien, t. V, n" 5 ; 1851. — II. Ucber Peritonitis und Endomctritis der Gehàrendeii. lu Wien. med. Wochenschr . , 1851. — III. Detruiication der Fœtus bei Qucrlage tvegen unmôglicker Wendung. In Ztsch. der Gesellsch. der Aerzte, 1852, t. I, p. 245. —IV. Geschichtt: einer wegen absoluler Beckcnverengerung durch den Kaàerscknilt voUendeten Zwillingsgeburt. Ibid., 1852, t. II, p. 242, pi.— V. Klinik der Gebiirtshulfe und Ginœkologie (avec Bk.vun et Sp^tu). Erlangen, 1852-1855, 3vol.in-8°. — ■yj. Mehrere Fâlle von Schwangcrschaft bci Utérus BlldungsanomaHen. In Prag. Vierteljakrschrift, 1S54, t. I, p. 93, pi — VII. Ueber die Behandlung der Uteriis-Vorfalle im AUgemeinen und iiber das Zwanck'sche IFisterophor. In Ztschr. der Gesellsch. d. Aerzle, etc., 1854, t. I, p. 533. E. Bgd.

CDIARUGI (ViNCENzo) médecin italien, aliéniste et dermatologue distingué. 11 était né vers le milieu du dix-huitième siècle, et fut attaché pendant longtemps en qualité de médecin à l'hôpital de Saint-Boniface, à Florence, où l'on traitait les affections cutanées et mentales. 11 écrivit sur ces deux ordres d'affections deux traités qui ont été longtemps classiques en Italie. Dans son Traité de la folie, il rapporte une centaine d'observations, dont 59 avec autopsie, et il s'efforce de déterminer qu'elles ont été, dans ces différents cas, les lésions anatomiques en regard des désordres intellectuels. Il a surtout constaté un état granuleux des enveloppes du cerveau, une augmentation ou une diminution de la consistance de cet organe. Les troubles de l'intelligence dépendent, selon lui, du plus ou mohis d'activité fonctionnelle de telle ou telle partie du cerveau, c'est-à-dire d'un défaut d'équilibre dans la vitalité des différentes portions du centre nerveux, se rappz'ochant ainsi, en quelque sorte, de la phrénologie. Il partage les maladies mentales en trois classes : \" malinconia, folie partielle; 2° wiania, folie générale avec fureur, etc. ; 3" amenza, folie générale avec irrégularité d'action de la puissance intellectuelle et volontaire, mais sans violence. Dans son Traité des maladies de la peau, il s'est efforcé de donner une classification aussi claire que possible de ces maladies et d'en régulariser le traitement. Malgré son mérite très-réel, Chiarugi, nous pouvons le dire sans amour-propre national, est resté et comme aliéniste et comme dermatologue, au-dessous de ses contemporains Pinel et Alibert. Ce médecin est mort à Florence en 1822, laissant les ouvrages suivants :

I. Délia pazz-ia in génère ed in specie, trattato niedico-analitico, con una centuria di osservazioni. Firenze, 1793-95, 3 vol. in-8°, et Torino, 1808, 2 vol, in-S". Traduct. allem. par Fr.-Ludw Krevsig. Leipzig, 1795, in-8°, 5 part. — II. Nuovo meiodo di somministrare Vopio cslernamente per frizioni. Firenze, 1798, in-S". — 111. Saggio leorelico-pratlico sulle malattie cutanée sordide osservate nel R. Spedale di S. Bonifacio di Firetize. Ibid., 1799, 2 vol. in-8'' et Ibid. 1807, 2 vol. in-S". — IV. Saggio di ricercke sulla pellagra. Ibid., 1814, in-8°. E. Bgb.

cniASJHA [yj.ai7ii.of). Entre-croisement des nerfs optiques [voy. Optiques [nerfs]).

CHI.%VERi;vi (LciGi) né à Palene, dans l'Abruzze citérieure, le 3 mai 1777 ou 1779, les biographes ne sont pas d'accord à cet égard, faisait partie du collège des médecins de Naples. Il jouissait d'une grande réputation, quand, vers 1812, le gouvernement de Murât désirant établir une école vétérinaire sous une direction

CIIICLAINA (eaux minérales de). 5

savante et habile, le choisit pour l'envoyei' en France étudier cette institution qui y fonctionnait, depuis assez longtemps déjà, d'une manière très-avantageuse. Au bout de trois ans, en 1815, il fut rappelé dans sou pays par Ferdinand IV qui Tenait de rentrer à Naples, et placé à la tête de l'École vétérinaire qui venait d'être fondée; il fut chargé là de l'enseigiienieut do la pathologie spéciale. Chiaverni remplit ces fonctions avec beaucoup de distinction pendant inès de vingt années, et mourut le 26 mars 1854.

Nous citerons de lui :

I. liiccrclia su le caqioni et su i fcnomeni délia vUa animale e delV liuomo in particolare. Napoli, 1810, in-8'. — II. Eoggualio délie principali (eoriche mediche esposte nella meinoria anzidelta, etc. Ibid., 1811, iii-8. — III. Essai d'analyse comparative sur les principaux •caractères organiques et physiologiques de l'intelligence et de V instinct. Paris, 1815, in-S», — IV. Elementi di farmacologia terapèulica coînparcdiva. Napoli, 181'J, in-S". — V. Saggio d'istoria filosofica delV origine, de progressi e dello stalo altuale délia medicina. Ibid., 1825, in-S". — VI. Fundamenti nella nosolog'ia spéciale per usa del iirivato studio. Ibid. 18'i9-ôl, 2 vol. in-8°. — Vil. Fundamenti délia nosolog'ta générale ossia tratlalo elcmen- ^nre, etc. Ibid., 18.!7, L I. E. Bgd.

CHIBOU. Synonyme de Cvchibou {voy. ce mot).

CHICA ou CHICUA. Substance colorante rouge, d'aspect féculent, dont les Indiens de la Nouvelle-Grenade se servent pour se tatouer et qu'ils extraient d'une liane à laquelle ils donnent le même nom. C'est une Bignoniacée, appelée autrefois Bignotiia Chica par Humboldt, Bonpland et Kunth. Seemann en a fai un Lundia, et M. Bureau pense qu'elle doit être l'apportée au genre Arrabiâœa. C'est une plante grimpante, à feuilles opposées et composées, à longues fleurs empourprées, dont la corolle atteint près d'un demi-décimètre. Son fruit est lisse, allongé et siliquiforme. Les Indiens extraient des feuilles, qu'ils traitent par l'eau, et grâce à la réaction produite par les feuilles de plusieurs Myrtacées, une poudre à demi-résineuse, d'un rouge brique. De temps immémorial, ils se teignaient et se tatouaient le corps avec cette poudre colorante ; ils en enduisent maintenant divers ustensiles, meubles, tissus. La Chica est astrigente; de là peut-être son emploi en médecine, notamment contre les affections syphilitiques. Bonpland dit que sur les bords de l'Orénoque, la Chica, délayée dans l'eau, sert •de diaphorétique. Une couche de la fécule, appliquée sur la peau à laquelle elle conserve, dit-on, sa souplesse, sert à prémunir les sauvages contre les piqûres des insectes. M. Triana (in Bull. Soc. bot. de Fr., V, 90) dit que, d'après le docteur M. Quijano, de Bogota, l'emploi topique de la Chica guérit les éruptions syphilitiques de la bouche. H. Bs.

cmCASAniS (Les). Une des nations de l'Amérique du Nord {voy. Amér.iQUE, p. 618).

CHICHIMËQl^ES (Les). Voy. Me.'^ique.

CHICLAIN'A. (Eaux minérales de). Protothermales, sulfatées calciqiies moyennes, sulfureuses faibles. En Espagne, dans la province de Cadix, à 26 kilomètres de la ville de ce nom, sur le ruisseau el Lirio, à 9 mètres au-dessus du niveau de la mer, Chiclana est une ville de 3,000 habitants, située dans une plaine, au pied de deux riantes collines. L'une, celle de Santa Ana, la domine à l'est et c'est de sa partie culminante oii sont les ruines d'une ancienne église, que l'on jouit d'un des plus beaux points de vue de l'Espagne. Les maisons de Chiclana

4 CniCLANA (eaux minérales de).

sont presque toutes modernes, propres, coquettes même puisqu'on les a fait blanchir à l'extérieur et à l'intérieur ; elles sont en général meublées avec goût et entourées de grands jardins. La Casa de Misericordia, ou }ios|)ice, a un théâtre et un couvent de pères Augustins dans ses dépendances. L'hôpital de Chiclana est parfaitement distribué et très-bien tenu. Quatre sources émergent de 1,000 à l ,200 mètres des dernières maisons de la ville, elles se nomment : Fuente Amarga (source amère), Pozo de Braque (Puits de Braque), Fuente de la Naveta (source de la Navette, boîte où l'on met l'encens) et Fuente de Chaparral {source du bois d'Yeuses). L'eau de ces deux dernières sources n'est presque jamais utilisée. Les sources de Chiclana sortant d'un terrain argileux, sont connues depuis la plus haute antiquité, mais elles sont fréquentées surtout depuis 1812 et 1815. De cinq à six cents baigneurs les visitent chaque année. La saison commence le 15 du mois de mai et finit le 50 octobre. Les grandes chaleurs de ce poste thermal, le plus méridional de l'Espagne, ont lieu pendant les mois de juillet et d'août ; aussi estil rare que les malades y viennent alors. C'est du 15 mai au 30 juin, et du commencement de septembre à la fm d'octobre que s'entreprend ordinairement la cure.

i" Fuente Amarga. Chacune des deux sources principales de Chiclana envoie son eau qui n'est pas employée en boisson à un établissement thermal qui porte son nom. Le bassin de captage de la source Amère est abrité par un kiosque sur les parois intérieures duquel se dépose une couche notable de soufre sublimé. L'eau de cette source est limpide, claire et transparente ; mais elle est recouverte d'une pellicule blanchâtre assez épaisse ; son odeur est manifestement sulfureuse ; son goiit est à la fois hépatique et amer, c'est-à-dire assez désagréable. Des bulles gazeuses fines et rares la traversent et viennent s'épanouir à sa surface, ou recouvrent les parois des vases qui la contiennent ; son débit est de 5,900 litres en 24 heures; sa température est de 18»,9 centigrade; sa densité est de 1,0016. Nous donnons sa composition chimique en même temps que celle de la source de Braque.

L'établissement minéral alimenté par l'eau de la source Amère renferme une buvette, 24 cabinets isolés dans lesquels sont administrés les bains avec l'eau à la température de la source, et 16 autres, où sont donnés les bains à l'eau sulfureuse étendue d'eau ordinaire, ou à l'eau artificiellement élevée au degré qu'a prescrit le médecin ou voulu le malade. Toutes les baignoires de cet établissement sont de marbre blauc et munies de robinets de bronze; les salles de tiains sont propres et spacieuses, mais elles ne sont pas précédées d'antichambres.

2" Pozo de Braque. Cette source émerge dans un puits à l'intérieur de l'établissement de ce nom; elle vient très-probablen.ent, quoiqu'elle soit moins chargée de principes miuéralisateurs, de la même nappe souterraine que l'eau Amère. Elle a aussi un débit quatre fois plus abondant que la Fuente Amarga; elle donne 13,000 litres d'eau en 24 heures. L'eau du puit de Braque a à peu piès les mêmes caractères physiques et chimiques que ceux de la source Amère ; elle est cependant un peu trouble ; son odeur sulfureuse est beaucoup moins piononcée, et sa saveur beaucoup plus sensiblement chlorurée. Les bulles gazeuses ([ni la traversent sont manifestement moins nombreuses aussi qu'à la fontaine Amère. Sa température est de 18»,75 centigrade, sa densité est de 1,0018. MM. Alonzo Garcia et le docteur Lasso ont publié l'analyse chimique de l'eau des deux sources principales de Chiclana ; ils ont trouvé que 1,000 grammes contiennent les principes suivants :

ClIICORACEES. - 5

FDENTE roZO PB

AMAHGA. BllAQUE,

Sulfate de cliaiix 0,0116 0,0089

— soude » 0,0100

— alumine 0,0001 »

Carbonate de cliaux » ) n nnsq

— magnésie 0,009o j '

Chlorure de sodium 0,0061 0,0298

— magnésium 0,0004 0,0054

Soufre 0,0003 »

Matière résinifoime traces. »

Total »es matières fixes 0,0280 0,0040

Gaz acide sult'hydrique lïScent. tul). petite quantité.

L'établissement minéral de Pozo de Braque a été complété en 1842 ; il se compose maintenant de 57 salles de bains non précédées de vestiaires, mais grandes et bien aérées. Les baignoires de marbre de 16 des salles de droite sont fournies d'eau minérale à la température de la source et de cette eau artificiellement chauffée.

Emploi thérapeutique. Les eaux de Cbiclana s'emploient en boisson et en bains. La dose de ces eaux à l'intérieur varie entre un et trois \erres, pris le niatiu à jeun, à un quart d'heure d'intervalle. La durée des bains est de 45 minutes à 1 heure. Comme l'effet physiologique principal des eaux des deux sources de cette station sulfureuse est une excitation assez marquée , il arrive souvent que le médecin est obligé de les faire couper d'une décoction émolheute ou balsamique, lorsqu'elles doivent être prises à l'intérieur, et de faire mitigcr l'eau qui est administrée à l'extérieur. La saveur, peu agréable de l'eau du Puits de Braque oblige souvent aussi certains buveurs à l'étendre d'un liquide qui, comme le bouillon de poulet non assaisonné, lui enlève une partie de son mauvais goût et de sa grande cbloruration.

Les catarrhes chroniques des voies aériennes et vésicales et les affections herpétiques, à formes humides surtout, sont les états pathologiques, que les eaux de la Fueate Amarga en boisson et en bains combattent avec le plus d'avantage. Les pharyngites, les laryngites et les bronchites chroniques sont presi[ue exclusivement traitées par ces eaux à l'intérieur; les maladies des voies uro-poiétiques et cutanées sont combattues par les eaux de la fontaine Amère en boisson et en bains. C'est l'eau de la source du Puits de Braque eu bains et surtout en boisson, qu'il convient d'administrer, au contraire, aux lymphatiques et aux scrofuleux.

La durée de ta cure est de 15 jours, au plus. Nous ferons, à propos de Cbiclana, une remarque qui convient à presque toutes les eaux de l'Espagne. Les malades consentent à y rester trop peu de temps pour y pouvoir modifier favorablement des états ou des diathèses morbides existant en général, depuis longtemps, et ayant altéré profondément l'économie.

L'eau de Cbiclana, et surtout celle de la source Amère est exportée en assez grande quantité à Cadix et dans les pays voisins. A. Rotureao.

rnicoiVGO. On donne ce nom à un arbre du Congo, qu'on emploie dans ce pays comme purgatit et autisypbilitique.

Walkexaeb. Votjage, XIV, 41 et 729.— Mékat et De Lens. Dictionnaire de matière médic. 11,2-29. p,.

CHICORACÉES. Sous-famille du groupe naturel des Synanthéréîs ou Composées. Les Chicoracées sont faciles à reconnaître à leurs capitules îomposées

6 CHICORÉES (botanique).

uniquement de fleursétalées en languettes, qu'on nomme ligules ou devii- fleurons. Ces fleurs sont toutes hermaphrodites. Leur calice, adhérent à l'ovaire, est trèssouvent surmonté d'uneaigrettc de poils, persistante ou caduque. La corolle porte cinq petites dents sur le bord supérieur de la languette; les cinq étamines sont soudées par leurs anthères, comme dans toutes les Composées ; les styles se terminent par deux branches filiformes pubescentes, ordinairement recourbées. Les papilles stigmatiques sont disposées en lignes distinctes, qui n'atteignent pas la moitié de la longueur des branches du style. Le fruit est un akène ; la graine est dressée ; l'embryon est droit et sans albumen.

Les Chicoracées sont des plantes généralement herbacées, à feuilles alternes. Elles contiennent d'ordinaire, dans des vaisseaux laticifères, un suc lactescent, qui leur donne leurs principales propriétés médicales. La plupart de ces plantes ont une saveur plus ou moins amère, qui les fait en^loyer comme médicaments et aussi comme aliments toniques : tels sont les Pissenlits ( Taraxacum) , les Chicorées [Cichorimn) , les Salsifis ( Tragopogon) et les Scorzonères {Scorzonera).

Dans certains cas, le suc devient à la fois amer et narcotique ; comme dans les Laitues {Lactuca) avec lesquelles on fait soit le. Lactucarium, soit l'extrait connu sous le nom de Thridace.

Vaillant. Act. par. 1721. — JirssiEu. Gcncra Plantaruin, 168. — De Candolle. Prodvomus, VII. — Endlicher. Gcncra Plantarum. Pl.

cmcoRÉES. § I. Botanique. Cichorium L. Genre de plantes Dicotylédones, qui dojine son nom à la sous-famille des Chicoracées, dans le groupe des Composées. Ce genre établi par Linné comprend un petit nombre d'espèces herbacées, dont les capitules ont un involucre formé d'une rangée extérieure de cinq folioles et d'une intérieure de huit folioles plus longues, indurées et soudées à la base lors de la maturité. Le réceptacle est garni de librilles vers le centre. Les akènes sont obovés, anguleux, larges et tronqués au sommet et couronnés par une ou deux séries de petites squames.

L'espèce la plus connue de ce genre est la Chicorée sauvage [Cichorium Intybus L.), répandue abondamment aux bords des chemins et dans les lieux incultes. C'est une plante à feuilles radicales roncinées, terminées par un lobe aigu, velues sur la côte dorsale. Les tiges qui s'élèvent du milieu de ces feuilles atteignent 40 à 00 centimètres; elles sont dressées, divisées en rameaux nombreux, roides et divariqués. Les feuilles qui s'y attachent sont petites, lancéolées, demiembrassantes. Les fleurs forment de grands capitules d'une belle couleur bleue, qui s'étalent d'ordinaire vers le mois de juillet et d'août.

On emploie en pharmacie les feuilles et les racines de la chicorée. Les premières sont très-amères lorsque la plante est adulte. Aussi sont-elles depuis trèslongtemps employées et vantées en médecine comme toniques. « Cœleris est amarore prior, dit Lobel dans ses Adversaria, nusqiiam non fretjuentissima, saluberrima, celeberrimaque apiid omnes génies commendatione. Jeunes et tendres, elles sont moins amères et peuvent être mangées cuites ou en salade.

La racine de chicorée, longue, blanche, grosse comme le doigt, entre dans la préparation de Sirop de chicorée et de rhubarde composé. On l'emploie aussi beaucoup séchée et torréfiée sous le nom de Café de chicorée.

La chicorée, élevée à l'abri de la lumièi'e, peut s'étioler complètement, tout en conservant son amertume. Elle donne alors ce qu'on désigne vulgairement sous le: num de Barbe de capucin.

CIHCORÉES (icMiM-oi jiédical). 7

Une antre espèce dn Ciehorium, est V Endive (Cichorium Endivia L.), qui paraît être originaire de l'Inde, et qu'on cultive abondamment dans nos jardins potagers. Elle se distingue de la Chicorée sauvage par ses feuilles inférieures et cauliuaircs, sinuées dentées, et par ses feuilles florales largement ovales. On en distingue deux formes qu'on mange également en salade : la Scariole dont les feuilles larges, oblongues, charnues, ondulées et crépues n'ont qu'une trèslégère amertume, et la Chicorée crépue dont les feuilles sont très-di visées, et qui ont une amertume pins prononcée.

LoBEL. Observai iones, 114 et Adversaria, 82. — Linné. Gênera planlariim, 92t. Species, 1142. — De Candolle. Flore française, IV, p. 68. — Entiucher. Gênera l'iantarum, ii» ^OTS. — Grenier et, Godron. Flore de Fiance, II, '280. — Giiboiut. Drogues siinjiles, 0" édit., III, pag. 20. Pl.

§ II. Emploi médical. On emploie surtout en médecine la chicorée sauvage.

I. Pharmacologie. Les parties usitées en médecine sont la racine et les feuilles; les graines, qui faisaient partie des quatre semences froides mineures, ne sont plus employées aujourd'hui.

Les feuilles, dont la description a été donnée dans l'article ijrécédcnt, doivent être récoltées en pleine maturité, car lorsqu'elles sont jeunes elles sont beaucoup moins amères, et par suite moins actives ; on préfère généralement s'en servir à l'état frais. D'après Soubciran, elles contieuuent de l'extractif, de la chlorophylle, une matière sucrée, de Lalbumiue, des sels, entre autres du nitrate dépotasse [Traité de pharmacie théorique et pratique, &" édit., p. 486, Paris, 1873).

La racine, fusilbrme, longue, cà extrémité simple ou bifide, est blanchâtre on gris jaunâtre extérieurement ; blauchàtre, charnue et laiteuse à l'intérieur; étant vivace, elle se récolte à toutes les époques pour l'usage immédiat, en septembre quand on veut la conserver.

Sa composition serait analogue à celle des feuilles. Suivant une analyse déjà ancienne, John (fihem. Tabelle d. Pflanzenanalysen, p. 81, cité d'après Kunze in Pereiras Materia medica, vol. 11, p. 1577 de la 4'^ édit.) aurait obtenu sur 100 parties, 25 parties d'extrait aqueux amer, 5 parties de résiuc et, en outre, du sucre, du chlorhydrate d'ammoniaque et du ligneux. Waltl, dans un essai, avait constaté la présence de l'inuline en très-grande quantité ; n'en ayant pas trouvé trace dans l'analyse d'une auti-e racine beaucoup plus douce, il eu avait conclu que le sucre se formait aux dépcus de l'inuline [Buchners Repertiorum, Bd. xxvii, S. 265, 1827; i7i Pereira, loc. cit.).

Cette plante est d'une amertume franche assez prononcée, plus marquée dans la racine, dont le suc laiteux est très-amer.

II. Thérapeutique. La chicorée sauvage a joui d'une grande réputation, comme tonique, stomachique, apéritive, fébrifuge, et comme loudaute, résolutive, laxative, dépurative, etc. Dioscoride [D. Anazarbei, de Medica materia librisex, interprète Marc Virgilio, 1518, lib. II, cap. clx, de Seride sylvestri et sativa) préférait déjà la chicorée sauvage à la chicorée cultivée pour l'usage thérapeutique ; et tandis que Galien {de Alimentorum facultatibiis, lib. Il, cap. xli, de Seri, et de Succedaneis {considéré comme apocryphe), édit. Gottl. Kuhn, 1850, Lipsiœ), indécis sur l'identité de Vintybus des Romains et des seri des Grecs, accorde à ces dernières des propriétés sédatives, semblables à celles de la laitue, le premier, d'accord avec Hippocrate {du Régime, lib. Il, t. "VI, p. 565. édit. Littré) sur les qualités réfrigérantes des chicorées, leur reconnaît eu outre des pro-

8 CHICORÉES (emploi médical).

priéfés moyennement astringentes et amères, qui les rendent « singulières aux intcmpératurcs et chaleur du foie » « parce qu'elles le réfrigèrent (le foie) moyennement et le fortifient par leur astriction ; « elles sont bonnes contre les défaillances d'estomac, l'érysipèle, la podagre, les oplithalniies ; en outre, « elles n'offensent point ceux qui sont chargés de froides humeurs comme les autres médicaments froids sans astriction, ni amertume ; expulsent les humeurs par l'urine, etc. » (Dioscoride, loc. citato, ex nova interpretatione, J. Ant. Sarracene, 1598).

Dans des temps plus rapprochés de nous, elle était d'un grand emploi contre les maladies clu'oniques des organes abdominaux, les engorgements du foie, de la rate, contre la jaunisse, l'hypocondrie, les maladies cutanées, les fièvres intermittentes, etc. '. Son extrait était aloi-s souvent associé à l'extrait de dentde-lion {leontodon tararacnm L., wûgaircmeni pissenlit), dont Zimmermann* faisait si grand cas qu'il en employait plus de 100 livres par printemps, contre les maladies provenant d'obstruction des viscères.

Aujourd'hui la chicorée a perdu de son prestige ; elle est délaissée ainsi que la plupart des remèdes empruntés à la flore indigène; recommandée encore parfois comme tisane amère, dans la médecine domestique, elle n'est plus guère prescrite comme fondant que par quelques vieux praticiens, qui prennent soin d'ajouter une certaine quantité d'un sel neutre à son infusion; ce dédain n'est peut-être pas complètement justifié.

Le principe amer et le nitrate de potasse que la chicorée contient rendent en partie compte des effets thérapeutiques que les anciens lui attribuaient, avec trop peu de critique sans doute, et autorisent son emploi comme léger stomachique toutes les fois que les amers sont indiqués, par exemple dans l'atonie des voies digestives qu'on rencontre trop souvent au déclin des fièvres intermittentes, des fièvres catarrhales, etc.

Sans faire trop de fond sur son emploi exclusif, sans espérer beaucoup, comme Geoffroy dit l'avoir observé, de voir des fièvres intermittentes invétérées céder à l'usage habituel de la salade de chicorée sauvage, on peut cependant la prescrire avec avantage, comme adjuvant, dans ces sortes d'états pathologiques. On sait que c'est précisément dans les vieilles fièvres, mal traitées au début, à accès inc mplétcment dessinés, pour lesquelles les malades ont usé et abusé des préparations de quinquina, que les amers indigènes réussissent le mieux ; car alors ils rachètent par la possibilité d'un emploi prolongé le peu d'intensité de leur action et rendent ainsi des services que l'on ne pourrait obtenir de moyens plus énci-giques, habituellement plus efficaces, mais contre lesquels l'estomac se révolte.

La chicorée sst encore de mise dans l'ictère catarrhal, pour rétablir l'activité des fonctions gastriques et contribuer à l'élimination des pigments biliaires; dans ce cas, comme dans plusieurs autres, l'addition de 5 à 10 grammes de sulfate de soude par litre de tisane augmente singulièrement ses vertus résolutives.

Les propriétés dépnratives de la chicorée sont populaires ; aussi l'cmploict-on communément contre les cfflorescences ou éruptions cutanées que présen-

' Voir les citations de Cazin, Plantes médic. indig., 5' édit.

* Sur Ffédéric le Grand, eic, à la suite du Traité de l'expérience, trud. par Lefebvre de Villebrune, 1. 111, p. 56 de l'addition.

CHICORÉES (emploi médical). D

tcut ccvtaincs personnes, an printemps snrtont, et les femmes la prennent contre le sang. Une partie de ces érnptions étant liées à des tronbles digeslifs, on conçoit l'utilité, dans ces circonstances, des amers doux comme la chicorée.

L'usage {irolongé de cette plante peut cependant présenter quelques inconvénients, nuire à la digestion et produire mèine de la diarrhée.

Mode (remploi et doses. La racine fraîche n'est guère employée, on a plutôt recours aux feuilles et à leur suc; les Icuilles sont le plus souvent utilisées en tisane. Soubeiran recommande la décoction pour les feuilles fraîches et l'infusion pour les feuilles sèches (de 10 à 15 grammes par litre de tisane). A défaut de feuilles, en hiver, on peut se servir de la racine (20 grammes en infusion par litre), après l'avoir bien divisée pour qu'elle soit facilement pénétrée par l'eau.

Le suc de chicorée est obtenu par contusion des feuilles; il se prend seul ou associé à celui d'autres plantes amères, de crucifères, etc ; les formules de ces préparations sont variées. Le Codex indique, comme suc d'herbes dépuratif, le suc recueilli de parties égales de feuilles de chicorée, de fumcterre, de cresson, et de laitue, q. s. pour 120 grammes de sue; à prendre le mafin à jeun, en une fois (de 50 à 120 grammes).

L'extrait, obtenu par concentration du suc ou par lixiviation, se donnait à la dose de 4 à 12 grammes, en pilules.

On fait un sirop de chicorée simple, peu usité (de. 50 à 100 grammes), et un sirop de chicorée dit composé (ou sirop de rhubarbe composé) d'un très-bon emploi dans la médecine des enfants, comme laxatif (de 2 à 3 cuillerées à café par jour), mais qui doit surtout ses propriétés à la rhubarbe (Voi/. ce mot).

Enfin le suc de la chicorée entre dans les pilules angéliques, sa racine dans le catholicon double, et sou fruit, qui faisait partie des quatre semences froides mineures, est encore employé en Egypte, paraît-il, contre les maladies inflammatoires; ses fleurs passaient pour cordiales.

D'après M. II. Cazin, on ferait manger avec avantage les feuilles de chicorée aux bêtes ovines et bovines dont les muqueuses sont jaunes et pâles; ce serait, chez elles, un excellent tonique contre les flux du canal intestinal.

Un insecte vésicant, le mylahre [M. cichorii Fab.) se rencontre sur cette plante, et sert en Italie, en Grèce et en Egypte, suivant M. H. Cazin, comme la cantharidc.

III. Bromatologie. On mange en salade les feuilles de la chicorée sauvage et des variétés cultivées qui en dérivent, comme la chicorée frisée et la barbe-decapucin, et peut-être, suivant quelques-uns, la chicorée endive ou scarole; sa racine torréfiée est l'objet d'un emploi très-répandu, comme siiccédané du café, et comme moyen de falsifier la poudre de cette graine.

« L'amertume de la chicorée et la mollesse de son tissu, dit M. le professeur Eonssagrives [Ihjq. alimenlaire , 2"^ édit., p. 252), en font une des meilleures salades. » « Ou s'en sert quand elle est hachée, en guise d'épinards, et cuite au jus ou à la crème. La chicorée au jus est plus facile à digérer que celle assaisonnée à la crème. »

Il convient d'ajouter, avec l'éminent hygiéniste, que les salades de chicorée ne peuvent qu'être accidentellement permises aux estomacs des convalescents, surtout de maladies ayant quelque peu porté leur action sur le tube digestif. Nous proscririons volontiers, pour ceux-ci et pour les valétudinaires, la barbe-de-capucin, obtenue par éliolement de la plante sauvage, et dont le

iO CHICORÉES (emploi médical).

tissu plus ligneux se laisse plus difficilement séparer, tout en étant aussi peu réparateur que celui des autres variétés de chicorée.

On peut, au contraire, recommander la chicorée accommodée comme les épinards, en rcmpla^iaut au besoin, ainsi que l'indique M. Fonssagrives, les croûtons au beurre, dont on se sert habituellement, par des losanges de biscuits de Reims. /

Café chicorée. La racine de chicorée sauvage torréfiée est l'objet d'une t consommation considérable, avons-nous dit ; elle mérite donc d'être étudiée avec quelques détails, tant à cause de l'usage qui en est fait comme succédané du café que par suite des nombreuses falsifications qu'elle subit.

Utilisée par quelques personnes en France vers le milieu du siècle dernier, la racine de chicorée torréfiée n'a cependant pris une place sérieuse dans la consommation que depuis 1801, époque oii sa fabrication, déjà fondée industriellement en Hollande et en Allemagne depuis 1772, mais restée secrète, fut divulguée et établie à Liège (alors chef-lieu français) et aux environs de Valenciennes, dans le Nord. Restée stationnaire pendant quelques années, cette fabrication a pris aujourd'hui un très-grand développement, et c'est par millions de kilogrammes que la chicorée torréfiée est consommée annuellement chez nous. Bien que des labriques se soient élevées en assez grand nombre dans divers points de la France, c'est principalement dans le département du Nord, en Belgique et en Hollande, que la chicorée est cultivée sur une grande échelle. En Angleterre, l'usage de cette racine avait fait de si rapides progrès depuis 1845, que, en quatre ans, la diminution des revenus du Trésor sur les cafés fut de 4,500,000 francs. Aussi l'acte de Trésorerie de 18-40, qui avait autorisé la vente de la chicorée, a-t-il été l'apporté en 1852 {Diction, du commerce et de la navig., t. 1'"', art. Chicorée^ par A. Mangin, 1859). Nous n'avons pu savoir ce qu'il en est advenu depuis.

La cherté du café pendant le blocus continental avait singulièrement aidé à la propagation de l'emploi do la chicorée torréfiée ; aujourd'hui l'extension même de l'usage du café contribue à celle de la chicorée.

On trouvera de plus amples renseignements sur l'histoire de la fabrication de la chicorée et sur les procédés de cette industrie dans les travaux de MM. A. Chevallier pci-e et fils, qui ont ajouté des indications importantes, notamment au point de vue des falsifications dont cette substance est l'objet, aux connaissances que nous avaient déjà fournies Payssé, Parmentier, Graham, Smith, etc. (A. Chevallier père, ^ote sur la chicorée torréfiée, dite café chicorée., in Ann. d'hyg. et méd. lég., 1™ série, 1849, t. XLl; du Café et de ses falsifications, même recueil, 2" série, 1862, t. XVII; A. ChevaUier fils, de la Chicorée, etc., loc. cit.).

Qu'il nous suffise de dire, pour la fabrication, que les racines de chicorée, arrachées au printemps, émondées de leurs feuilles, séparées de leurs tiges et coupées en quatre en morceaux de 4 à 5 centimètres de longueur, sont d'abord desséchées dans des séchoirs ou tourailies et sont jetées ensuite dans de grands cylindres de tôle analogues aux brùl irs à café, pour y être torréfiées plus ou moins, suivant la nuance que l'on veut obtenir; en môme temps que les morceaux de racine desséchée, connus sous le nom de cassettes, on jette dans les

* Vers 1771, Valmont de Bomare fait mention de cet usage (A. Chevallier fils, de la Chicorée dite café chicorée. Extrait du Journal de chimie méd., de pliarm., etc., 1854).

CHICORÉES (emploi médical). ' "1!

brûloirs les radicelles et les menus débris de racines, appelés touraillons et passnres, mais on les sépare ensuite en les tamisant sur des claies.

Lorsque l'opération du grillage est sur le point d'être terminée, ou ajoute du beurre ou de la mélasse (environ 2 p. 100), pour lustrer le produit et lui donner meilleure apparence, disent quelques-uns ; pour mieux fixer les matières étrangères qu'on y incorpore, notamment une matière colorante formée de brique pilée et de rouge brun de Prusse, prétendent les autres. Ces substances colorantes, dont les falsificateurs ont introduit de 5 jusqu'à 40 p. 100 du poids des racines, sont ajoutées au moment où la cbicorée, écrasée déjà au moyen de meules verticales on pierre ou de cylindres en fonte taillée, est passée à travers des blutoirs en toile métallique, à mailles plus ou moins larges. La chicorée en poudre fine en contient plus que la chicorée à gros grains, ou chicorée semoule.

Après ces opérations, la chicorée est mise en paquets de 100 à 500 grammes et est livrée à la consommation.

Les fabriques de chicorée sont rangées dans la troisième classe des établissements incommodes insalubres, à cause de la mauvaise odeur et de la fumée très-épaisse produites par le grillage , et de la poussière noire à laquelle donnent lieu le broyage et le tamisage des racines. Une cheminée d'aérage suffisamment élevée et une ventilation convenable obvient aux inconvénients qui viennent d'être signalés.

La l'acine de chicorée du commerce se présente sous l'aspect d'une poudre plus ou moins grosse (dite semoule gros grain, grain moyen et poudre), de couleur rouge brun ou terre de Sienne, suivant le degré de torréfaction; agglutinée ou en poudre très-friable, suivant la quantité de beurre ou de mélasse ajoutée; d'un goût assez variable, d'une amertume qui n'est pas désagréable, rappelant le sucre brûlé quand il y a beaucoup de mélasse. Son infusion n'est jamais parfaitement limpide et se ti'ouble par le refroidissement ; sa consistance est légèrement mucilagineuse, elle empâte la bouche.

Dans l'état de pureté, la poudre de chicorée torréfiée, mise à la surface d'iui vase plein d'eau, s'imbibe rapidement et tombe au fond du vase, en communiquant au liquide une couleur rouge brun.

Examinée au microscope, elle présente les éléments de la racine qui l'a fournie, car la torréfaction ne les détruit pas : tissu utriculaire, à cellules allongées; vaisseaux spiraux rayés ou ponctués, fibreux, laticifères, les seconds sans ramifications, les derniers avec anastomoses.

Sa décoction est simplement rendue brune par l'adjonction de l'iode, qui n'y détermine jamais de précipité bleu, et elle ne noircit pas par l'addition d'un persel de fer.

Incinérée, cette poudre ne laisse, quand elle est très-pure, que 5 à 6 p. 100 de cendres ; les poudres de qualités inférieures, faites en partie avec les tourrailles ou passures, dont on enlève plus difficilement la terre, en fournissent jusqu'à 10 et 12 p. 100. Ces cendres sont grisâtres, parfois verdàtres, d'une apparence cornée, se vitrifient et sont alors très-adhérentes au creuset quai d on en porte très-haut la température, car elles contiennent de 10 à 36 p. 100 de silice et 3 à 5 et 6 parties de sesquioxyde de fer. Quand elles ont été additionnées de matières colorantes, de petit-rouge, ce qui serait la règle pour les qualités inférieures, les cendres sont rouge brun.

Dans cet état, la chicorée a été vendue jusqu'à ces dernières années sou&

12 ' CHICORÉES (EMPLOI jiédical).

des dénominations diverses, mais toutes destinées à induire l'acheteur en erreur (café des dames, de santé, des lies, vrai moka, etc.) ; depuis novembre 1861 seulement, une décision de la préfecture de police, rendue à la suite d'un rapport du conseil de salubrité, a formellement interdit de faire figurer le mot de café sur les mélanges non exclusivement composés de véritable café.

Sous son vrai nom ou sous des dénominations fantaisistes, elle est entrée dans la consommation liabituclle de populations nombreuses : le mineur belge, par exemple, qui ne boit de bière que le dimanche, eu fait un usage jomiialicr, en mélangeant la chicorée avec le café, à parties égales (30 grammes de chaque substance, pour 2 litres d'infusion, avec addition de 2 décilitres de îait) ; eu Hollande, la chicorée est ajoutée au café dans la proportion du tiers à la moitié.

En France, on la mêle au café, soit par économie, soit pour atténuer les propriétés excitantes de celui-ci, soit enfin dans un but de sophistication.

Quelle est la valeur réelle de ce mélange? Est-il nutritif, salubre? Faut-il le considérer, avec des auteurs recommandables, comme un excellent tonique et le meilleur succédané du café?

Nous ne le pensons nullement, et sommes fort porté à croire que les qualités qui lui ont été attribuées reposent moins sur les faits observés que sur certaines analogies déduites de l'amertume que présentent, avec des conditions trèsditférentcs, la racine de chicorée crue et la racine cuite. L'analyse chimique, qui démontre l'absence dans cette racine d'un alcaloïde azoté, analogue à la caféine, et de principes nutritifs quelconques, à l'exception du sucre, justifie cette opinion ; l'amertume même de la décoction de racine torréfiée n'est pas due, comme pour la décoction de racine crue, à un principe amer spécial, mais aux matières extractives altérées par la cuisson que la chicorée grillée contient; en outre, son parfum, sans être désagréable, s'éloigne singulièrement de celui du café. La chicorée ne possède donc aucun titre à la désignation de succédané du café : en outre, son usage eu trop grande quantité est susceptible d'amener la diarrhée. Telle est l'opinion de Mérat et de Lens, de Pcreira, de Chevallier, à laquelle nous nous rattachons complètement, tout en regrettant de n'avoir pas fait d'expériences pour élucider spécialement cette question.

Le seul mérite positif de la racine de chicorée gr liée est de colorer fortement le liquide dans lequel ou la fait bouillir ou infuser, et de donner ainsi l'apparence infidèle d'une boisson recherchée à un produit d'un prix relativement minime ; mais elle a un autre avantage qui, pour être négatif, n'en a pas moins une grande importance : celui d'atténuer les propriétés excitantes du café. Et cette action mérite d'être prise en considération, si l'on tient compte de l'influence fâcheuse que l'usage continu d'une boisson douée de qualités aussi actives que le café ne peut manquer d'exercer sur le système nerveux de gens qui en font leur boisson ordinaire, ou tout au moins la base ou l'excipient, en quelque sorte, de leur alimentation, comme dans le nord et l'est de la France, en Belgique, etc.

Du café additionné d'un tiers, de moitié de chicorée torréfiée, perd de cet aronic qui le fait tant rechercher, mais il perd aussi le tiers, la moitié de ses propriétés excitantes qui le rendent si précieux dans certains cas, mais ne sauraient être, sans inconvénients, utilisées d'une fiiçon continue.

Falsificatio.ns. La chicorée, vendue pour du café, mêlée à celui-ci dans diflérents produ'ts industriels, est elle-même falsifiée sur une très-grande

CHICORÉES (emploi médical). 13

échelle, souvent par les substances qu'on se serait le moins attendu à rencontrer.

(ndépendamment du petit-rouge ^ de Bruxelles ou de l'ocre ^ ajoutés aux chicorées de qualité inférieure, dans une proportion qui est allée jusqu'à la moitié du poids total, de la terre qu'on y introduit ou qu'on n'enlève pas, la poudre de chicorée a été trouvée falsifiée par des légumineuses torréfiées (pois, fèves, lupins, haricots), des céréales avariées ou non (seigle, orge, blé), des racines (panais, carottes, betteraves), des écorces (de chêne, de bouleau), de la sciure (de campèchc, d'acajou), des graines ou fruits (glands, marrons), des coques de cacao, des balles de café, du marc de café déjà épuisé, des croûtes de pain brûlé, des débris de semoule et de vermicelle grillés, du sucre caramélisé, des résidus de brasserie et de distillerie de grains, de la pulpe de betterave (elle se moisit alors rapidement), de la brique pilée, du noir animal, de la tourbe et même, en Angleterre, du foie de bœuf ou de cheval, etc.

Parmi ces falsifications, ou ces mélanges faussement désignés, une des plus communes autrefois était l'addition de brique pilée, d'ocre rouge, de terre desséchée ; si nous pouvions tirer une conclusion des quelques analyses que nous avons faites, et qui ont porté sur des échafflillons provenant du déparlement du Nord et de l'Hérault, les fabricants auraient renoncé, eu partie du moins, à une fraude qui peut être trop facilement dénoncée par l'incinération ; mais il n'en est pas de même de l'addition des légumineuses, des céréales, des glands de chêne, du marc de café, des caroltes et peut-être des betteraves.

En présence de l'audace toujours croissante de certains industriels, la science heureusement ne désarme pas, et il est facile de démasquer la plupart des falsifications ou tromperies sur la qualité de la chose vendue.

Les moyens de recherché sont : l'examen à l'.œil nu ou à la loupe, l'examen au microscope ; le traitement d'une décoction de la substance suspecte par les solutions d'iode et de persels de fer; enfin l'incinération. On devrait y joindre, d'après M. A. Che rallier fils, l'addition de quelques gouttes d'acide cblorhvdrique aux cendres et leur analyse alcalimétrique.

Il suffit parfois d'un examen attentif de l'odeur, de la saveur et de l'aspect extérieur, à l'œil nu, pour découvrir quelques-unes de ces fraudes : le petitrouge ou l'oci'e foncent la couleur du produit , l'adjonction du marc de café épuisé lui donne au contraire une teinte plus jaune, plus roussàtre ; les chicol'ées fortement agglutinées révèlent un excès de caramel toujours suspect, tandis que le marc de café fournit une poudre fine, flicilement séparable ; parfois aussi une simple inspection permet de reconnaître des débris de radicelles, etc. L'odeur et le goût peuvent fournir également leur contingent de renseignements.

Si l'on jette une pincée de la poudre à examiner sur la surface d'un verre rempli d'eau, on voit, ainsi que nous l'avons déjà dit, la chicorée s'imbiber promptement et tomber presque aussitôt au fond du vase, en communiquant au liquide une teinte jaune brun ou rouge brun, tandis que le marc de café, la poudre de cosses de cacao, la sciure de bois, surnagent. Dans une expérience relatée par M. A. Chevallier père, du marc de café est resté quatre jours à la surface de l'eau avant d'aller au fond du verre.

* Oxyde de 1er, carbonate et sulfate de chaux, alumine et silice. - Oxyde de fer, carbonate de chaux, d'alumine et de silice.

U CHICORÉES (emploi médical).

En laissant reposer le mélange pendant qnelques heures, on trouverait sur les parois du vase, d'après M. A. Chevallier fils, une auréole constituée par la brique ou l'ocre introduits; cet auteur recommande également l'examen à la loupe des grains rouge brique qui tombent au fond du vase. Nous avouons ne pas avoir pu distinguer, au milieu de la couleur foncée du liquide en expérience, la couleur des grains qui allaient au fond, et cependant nous n'avions mis que quelques grammes de poudre dans un verre d'eau, au lieu des 20 grammes qu'indique M. Chevallier fils. Ces deux moj'cns nous paraissent donc plus théoriques que réellement pratiques, car il est impossible de distinguer la couleur des grains qui vont au fond du vase, et le dépôt qui se forme sur les parois de celui-ci n'est pas exclusivement compose de fragments de brique ; on peut cependant l'examiner à la loupe, de préférence au dépôt du fond du verre, pour y rechercher les matières minérales, toujours en poudre grossière.

Le noir animal terme ini dépôt plus ou moins noir, et se rassemble facilement en bouc, etc.

On soumet ensuite la poudre à l'examen microscopique. Un grossissement de 150 à 200 diamètres suffit pour voir la forme des grains d'amidon des graminées, des légumineuses, etc.; le tissu des écorces, du bois et d'autres racines, peut assez fréquemment être distingué de celui de la chicorée ; le marc de café se reconnaît sans peine au tissu cellulaire irrégulièrement perforé, à parois épaisses, du périsperme de la graine, ou aux cellules allongées, à minces parois, accolées bout à bout, avec quelque peu de tissu vasculaire, des fragments d'enveloppe qui restent souvent adhérents à la graine elle-même ; les corpuscules irrcguliers du noir animal, de l'ocre, de la brique, se décèleront également sans difficulté.

On fait ensuite une décoction de la chicorée (10 p. 100 d'eau environ), et après que la liqueur, filtrée et reh-oidie, a été suffisamment étendue d'eau, on en traite une première partie par la solution aqueuse d'iode, ou la teinture d'iode iodurée (10 parties d'eau iodée pour 1 partie de chicorée environ), et une deuxième portion par le perchlorure ou le persulfate de 1er.

Si la chicorée est pure, par la teinture d'iode, le mélange brunit seulement ; si elle est mélangée de glands, de graminées, de légumineuses, de semoule, de pain, etc., la liqueur prend une teinte bleu violet plus ou moins foncé, qui disparaît après quelques instants, s'il y a des glands, d'après A. ChevaUier père, mais persiste si ce sont d'autres substances qui ont été ajoutées, car elles contiennent toujours une plus ou moins grande quantité d'amidon : la teinte est pourpre ou rouge lauve, quand une grande partie de l'amidon a été transformée en dextrinc, comme dans les croûtes de pain.

La solution de perchlorure ou de *persulfate de fer, sans effet sur la chicorée pure, produit une teinte brune ou noir bleu et même un précipité quand il y a dans la poudre des haricots, des fèveroUes, des pois, des glands ou des écorces contenant du tannin.

Ces moyens ne peuvent pas déceler la présence des betteraves et des carottes.

On procède enfin à l'incinération de la poudre, après l'avoir préalablement bien desséchée à l'étuve et l'avoir pesée ensuite. Quand on possède une balance de précision, ou même un trébuchet, 10 grammes de poudre incinérés dans une capsule do platine suffisent à l'essai ; il faut en prendre une plus grande quantité, 50 à 100 grammes, quand on n'a ta sa disposition qu'une balance ordinaire.

L'incinération demande un certain temps lorsqu'on agit sur une grande

CIIICOYXEAU (les). 15

masse de poudre ; ou peut se servir alors d'un tèt à rôtir de préférence à un creuset, afin d'avoir une plus large surflicc d'oxydation, car le charbon se masse assez facilement, ce qui rend l'incinération complète fort longue.

Nous n'avons pas constaté, avec M. Chevallier fils, que la façon dont les matières brûlent puisse donner aucune indication sérieuse sur leur nature.

La couleur des cendres fournit qucl([ues indices sur leur origine : gris verdàtre pour la chicorée pure, elles sont plus ou moins brunes quand elles renferment de l'ocre ou de la britiuc.

Le poids des cendres, de 5 à 6 p. 100 dans les semoules gros grain ou grain moyen, et 9 à 12 pour 100 dans les poudres, toujours mélangées de terre, décèle facilement l'adjonction de matières minérales, quand il dépasse les chiffres maximum indiqués, mais n'a aucune valeur pour révéler le mélange de mnlières végétales ; car la plupart d'entre elles laissent par l'incinéi'ation un poids moindre que la chicorée (2 à o p. 100 en moyenne de cendres grises, d'après M. Chevallier père. Note sur la chicorée, loc. cit.).

D'où il suit qu'une chicorée uniquement mélangée de marc de café, de pois, etc., devrait moins donner de cendres qu'une chicorée pure; et qu'une chicorée, manifestement mélangée de ces substances, qui fournirait le même poids de cendres que la poudre pure, devrait avoir été additionnée de matières minérales. Une pareille conclusion, fondée sur des différences peu imporlantcs, serait erronée ; car les produits industriels ne doivent pas être appréciés avec ia même rigueur que les produits fabriqués en petite quantité dans un laboratoire, en vue d'une expérience. C'est ainsi que nous avons obtenu 58'',58 p. 100 de cendres d'une chicorée indemne de brique ou d'ocre et qui était évidemment mélangée de marc de café et de céréales. Des semoules falsifiées avec des glands nous ont donné 88',7u, 9^\M et 68%5 de cendres pour 100 grammes de poudre.

Traitées par l'acide chlorydrique étendu, les cendres provenant de marc de café laisseraient dégager de l'acide carbonique provenant d'un carbonate contenu dans le café; ce procédé, indiqué par M. A. Chevallier ûls, sujipose une incinération faite à une température bien peu élevée.

Pour reconnaître la présence des betteraves, le même chimiste a proposé le dosage alcalimétriquc des cendres, qui ne donnei'aient que 7 divisions à l'alcalimètre de Descroisilles quand on aurait affaire à de la chicorée pure, tandis que les cendres de betteraves en fourniraient plus de 12. L'auteur du procédé recommande lui-même de Jiouvellcs recherches.

Les différents mélanges indiqués ci-dessus ne sont pas nuisibles à la santé, mais ils constituent une fraude sur la qualité de la chose vendue. E. Hln.

CIII€OTAlEA.i: (Les), célèbre famille de médecins français, tous de la Faculté de Montpellier. On n'en compte pas moins de six.

Chicoyneau (Michel) naquit à Blois, et vint étudier la médecine à Montpellier, OLi il fut reçu docteur en 1652. Douze ans plus tard, le 30 mars 1664, il était professeur d'anatomie et de botanique dans la même université, intendant du jardin royal , le o juillet, chancelier, et le 7 janvier 1665, concierge de la maison et jardin des écoles. Ces titres, ces honneurs, il ne les dut qu'à l'intrigue, et on peut lire, dans Astruc [Histoire de la Faculté de Montpellier), d'intéressants détails sur cet homme hautain, impérieux, et dont les talents étaient loin d'être en rap-

IG CIIICOYINEAU (les).

port avec son élévation. Michel Cliicoyneau devint aveugle dans sa vieillesse, et mourut en 1701 .

Chicojneau (MiciiEL-AiMÉ), fils aillé du précédent, fut reçu docteur en ^687, et, chose bien digne de ce temps de véiialiLc des charges, il obtint, à lage de vingt ans, la survivance de son père comme professeur. Il mourut un an après, en 1690.

Cliicoyneau (François), second fils de Michel. C'est le plus distingué des six Chicoyneon. 11 naquit à Montpellier en 1672, et fut reçu docteur le 10 mars 1693. Son nom devait lui ouviir aisément les portes de la cour; il y entra, d'abord en 1751, comme médecin des enfants de Fnmce, puis comme premier médecin de Louis XV, en 1735, en remplacement de son beau-père Chirac. Il avait été auparavant chancelier de l'École de Montpellier. François Cliicoyneau se recommande surtout à la postérité parle dévouement et le courage inébranlable qu'il a montrés dans l'épouvantable peste qui a ravMgé Marseille en 1720. Celte gloire lui est commune avec Verny, Deider, de Montpellier ; Boyer et Du Verney, de Paris. Tous les cinq se sont montrés à la hauteur de leur mission, rassurant par leur présence les habitants alarmés, leur procurant tous les secours qui dépendaient d'eux, ne quittant pas un seul instant ce foyer d'infection qui pouvait les tuer. Cliicoyneau ne fut pas moins dévoué à Louis XV, qu'il a servi plus de vingt ans. Ce prince s'était l'acilement attaché à un homme doué de qualités réelles, ayant toujours l'air noble, prévenant, doué d'une heureuse mémoire, parlant avec grâce, exact à remplir ses fonctions, d'un accès facile, honnête envers tout le monde, et rachetant le vrai génie qui lui manquait, par une affabilité extrême, et par le don de bien enseigner ce qu'il savait. 11 mourut le 13 avril 1752, à l'âge de quatre-vingts ans. Les ouvrages parus sous son nom, soit qu'ils fussent de lui ou faits d'après lui, sont :

I. An ad curandnm liiem venercam friclimies mercuriales in hanc adhibendœ est salivœ fluxiis concitcù»'?' Montpellier, 1718, in-S". — II. Relation succincte touchant les accidents de la j>este de Marseille, son pronostic et sa citralion, par Chicoyneai;, Verny et Sollieb. Paris, 1720, in-8°, brochure ; et Marseille, 17'20, in-8», avec un titre un peu différent. — 111. Observalions cl reflexions touchant la nature, les événements et le traitement de la peste de Marseille.... ])af MM. Chicoijnean, Verny et Soulier. Lyon, 1721, in-12. — IV. Observations et réfle.vioHS propres à con/iriner ce qui est avancé par MM. Chicoyncau, Verny et Soulier, dans la relation du 10 décembre 1720, touchant la nature, les événements et le traitement de la -peste de Marseille. Toulouse, in-8°, sans date; c'est le même ouvrage que le précédent. — V. Lettre de M. Chicoyncau, écrite à M. De la Manière, doyen du collège des médecins de Lyon, pour prouver ce qu'il a avancé dans ses observations et réflexions louchant la nature, les événements et le traitement de la peste de Marseille etd'A'x, du 10 décembre 1820. Lyon, 1721, in-l2°. — VI. Oratio de contagio pestitenti. Lyon, 1722, in-4°. — VU. Traité des causes, des accidents et de la cure de la peste, avec un recueil d'observations, et un détail circonstancié des précautions qu'on a prises pour subvenir aux besoins des peuples affligés par cette maladie, ou pour la prévenir dans les lieux qui en sont tnenaccs. Paris, 1744, in-i". (Darbier assure que Sénac a participé à la rédaction .de cet ouvrage demandé par le gouvernement. De la lecture de ces ouvrages, il ressort deu,ii laits qui doivent incomber à Cliicoyneau, savoir:

Que relativement à la maladie syphilitique, ce médecin démontre l'inutilité et le danger de la salivation mercurielle, et propose de lui substituer des frictions à moindre dose et à de plus longs intervalles.

Qu'il s'est déclaré en faveur de la non-contagion de la peste, opinion malheureuse, qu'Astruc, rélute avec son talent ordinaire [Dissertation sur la contagion de la peste, in-S", 172i).

Cbicoynean (Gaspard), troisième fils de Michel, fut reçu docteur en 1691, obtint la survivance des ciiargos de son père la même année, n'étant âgé que de dix-huit ans, et mourut en 1692.

Chicoynean (Aimé-François), fils de François, naquit à Montpellier en 1699, docteur en 172'2 ; il hérita à peu près de toutes les places qu'avait occupées son aïeul, c'est-à-dire qu'il fut professeur de botanique et d'anatomie à Montpellier. Les biographes le représentent comme un homme aimable, plein d'esprit, très-passionné pour la science, et surtout pour son cher jardin de botanique fondé par Ilenri IV, le plus ancien du royaume, et qu'il renouvela presque complètement. On le dit auleurde mémoires restés manuscrits, qui ont pour objets l'irritabilité des étamines de certaines plantes et les mouvements particuliers que présentent les fleurs des Chicoracées. Il mourut en 1740, âgé seulement de quarante et un ans.

Chicoyneau (Jean-François), fils du précédent, également professeur à Montpellier, fut enlevé à vingt-deux ans, le 15 octobre 1759. A. C.

cniElV {Canis). Cet animal si dévoué à l'homme et qui lui est si utile, appartient à l'ordre des carnivores, dans lequel il forme le type d'une famille distincte qui a reçu le nom de canidés. Il est facile à distinguer de tous les genres rentrant dans les autres divisions du même ordre par la disposition digitigrade de ses doigts qui sont au nombre de cinq en avant et de quatre arrière, pourvus d'ongles non-rétractiles, et par sa dentition composée de42 dents ainsi réparties : trois paires d'incisives à chaque mâchoire, une paire de canines supérieure et une intérieure, six paires de molaires en haut et sept en bas. Parmi ces molaires on compte trois paires d'avant-molaires à la mâchoire supérieure et quatre à l'inférieure ; une paire de carnassières pour chaque mâchoire et deux paires d'arrièremolaires existant aussi à l'une et ta l'autre mâchoire. Les avant-molaires n'offrent rien de bien particulier; la première esta une racine, les suivantes en ont deux; les carnassières sont bi-ailées avec une tubercule au bord antérieur externe de la .supérieure et un talon à l'extrémité postérieure de l'inférieure, ce qui distingue ces dents de leurs correspondants chez les chats ; les arrière-molaires sont tuberculeuses et plus courtes que celles des ours, elles diffèrent aussi de celles des viverridés. La dentition de lait du chien se compose de 28 dents, savoir :

- i' ■- c' - m' (dont 1 av.-mol., 1 carn. et 1 arr.-mol. de chaque côté de

oit)

chaque mâchoire).

Le corps est assez élevé sur jambes, terminé par une queue longue le plus souvent en panache ; l'humérus ne présente pas de perforation épithrochléenne, mais il existe un trou dans la fosse olécrânienne ; le caecum est de médiocre grandeur; la verge est soutenue par un os assez long.

Le chien est un animal sociable, intelligent, de régime omnivore et qui trouve auprès de l'homme des conditions d'existence reproduisant avantageusement celles que la nature a faites à ses congénères. Sa domestication se perd dans la nuit des temps; aussi a-t-il subi de nombreuses modifications, et les races ou sous-races qui le constituent aujourd'hui diffèrent les unes des autres par des caractères qui passeraient pour plus importants qu'ils ne le sont eu réalité si l'on ne se rappelait que quelques-uns d'entre eux sont le résultat de véritables altérations pathologiques ou même monstrueuses, et que la tératologie peut seule dans bien des cas nous en donner l'explication. C'est ce que nous montrerons bientôt. Plusieurs des modifications qu'a subies le chien sont déjà fort anciennes ; la peinture et la scidpture nous en font connaître qui remontent non-seulement aux Grecs ou aux Romains, mais encore aux Babyloniens et aux Égyptiens.

L'origine du chien n'a été discutée que par les naturalistes modernes, alors

DICT. E.NC. XYL 2

que la science plus riche de faits qu'elle ne l'était autrefois et guidée par des principes plus sûrs, a pu aborder la question si difficile de l'espèce. Buffon pensait que le chien est un animal à part qui ne se rattache aux canidés sauvages par aucun lien de filiation directe, c'est-à-dire de parenté comme ses différentes races le font entre elles par rapport à un type spécifique dont elles ne seraient suivant lui que de simples dérivées. Ne trouvant plus ce type à l'état de nature, il prend le chien de bwger comme s'en rapprochant le plus, et il en rapproche les autres races en tenant compte surtout de la disposition de leurs oreilles, droites dans le chienloup et dans ceux deLaponie, du Canada et des Hottentots comme elles le sont chez le chien de berger lui-même ; seulement en partie droites dans la division des mâtins, à laquelle il rapporte le grand danois et le lévrier, ou entièrement molles et tombantes ainsi que cela a Heu dans les chiens de chasse, courant, braque, basset, épagneul et barbet. Comme l'a rappelé de Blainville, Buffon arrive ainsi à classer les trente variétés admises par lui dans l'espèce supposée du chien. Ses expérienues sur le croisement fécond du chien et du loup ne lui ont point suggéré l'idée d'une parenté poSsible entre ces deux sortes d'animaux, cependant si semblables entre eux dans certains cas que le premier ne paraît être alors cjue la variété domestique du second. L'opinion que le chien ne se rattache comme espèce à aucun de ses congénères, tels que le loup que nous venons de citer ou le chacal qu'on lui a aussi donné pour ancêtre, a eu pour défenseurs, après Buffon, Erxleben, Bkinienbach, F. Guvieret de Blainville.

Guldenstaedt et, avec lui, Pallas qui avaient pu étudier le chacal en Orient, sont les premiers naturalistes qui aient attribué au chien le chacal pour ancêtre. Cette manière de voir, que l'observation de certaines races de moyenne taille semble si bien justifier a été soutenue par Is. Geoffroy, et elle a aujourd'hui pour principal défenseur M. de Quatrefages. On sait que le chien et le chacal donnent des produits féconds.

Peut-être que cette opinion si vraie qu'elle paraisse ne constitue pas la vérité tout entière. A notre avis il est impossible d'exclure entièrement des ancêtres du chien le loup, auquel nous avons fait allusion tout à l'heure, à propos de certaines variétés de grande taille ; peut-être aussi que d'autres espèces, d'ailleurs assez voisines des loups et des chacals, pour qu'on les ait quelquefois regardées comme ne constituant que de simples races de ces derniers, doivent à leur tour entrer en ligne de compte dans cette sorte d'inventaire philogénique de notre premier animal domestique. C'est une idée à laquelle M. Ehrenberg a été conduit l'un des premiers par les observations qu'il a pu faire dans la Haute-Egypte au sujet de ces canidés sauvages et delà ressemblance singulière qu'ont avec eus certaines races de chiens. Il conclut à la multiplicité des origines de ces derniers, et voici comment il exprime son opinion à cet égard : « Probabiliiis est suam quamque terrain canis domestici stirpem feram propinquain habere, et paucasesse terras in quibus peregrince formœ, sicut nunc mEuropa, in infiiiitum miiUiplicatce, mixlœ et civicalce sint. »

Suivant le même auteur, il faut attribuer pour ascendant au chien de la Basse- Egypte, l'espèce ou variété de loups propre au même pays, qu'il appelle Canis lupaster, et le chien de Nubie qui a des formes plus élancées provient du Canis sabbar.

Je persiste à croire que l'opinion qui attribue aux chiens domestiques des différentes formes, des origines multiples, et je ne parle pas bien entendu des formes plus ou moins tératologiques que chacune des races normales ainsi obte-

nues a pu fournir sous l'influence modificatrice de la civilisation, je persiste, dis-je, à croire que cette opinion mérite d'être examinée sérieusement et quelle peut conduire à des résultats dignes d'attention.

Si Buffon avait connu le chien marron de la Nouvelle-Hollande, dont Blumenhach a fait une espèce distincte du Ca7tis familiaris, sous le nom de C. dingo, il n'aurait certainement pas songé à faire descendre toutes les races domestiques (lu chien de berger, et F. Cuvier a aisément montré que le dingo devait approcher plus que tout autre du type primitif de nos chiens ; c'est en effet un animal peu éloigné du chacal, et la faune australienne est si différente de celle des autres parties du monde, le type canis lui est tellement étranger, qu'on ne peut attribuer au dingo qu'une origine exotique. D'autre part, certains chiens de l'Amérique septentrionale ont beaucoup d'analogie avec le loup de la même région (Canis occidentalis, Dekay) ; ceux que possédaient les Américains du Sud avant la conquête, paraissent avoir été encore différents, et l'on peut opposer d'autres arguments encore à la théorie monogéniste que différents auteurs ont reprise en ce qui concerne le chien lorsqu'ils ont fiiit du Cuon primœvus de l'Hyma-

laya, décrit par M. Hodgson, lequel n'a que - molaires au lieu de -, l'unique

souche sauvage des animaux domestiques qui nous occupent. Je trouve d'autre part une grande ressemblance pour la proportion du corps, l'apparence du crâne et la disposition des dents entre le Canis simensis, d'Abyssinie, (genre Simenia, Gray), qui est un animal à formes élancées, et les lévriers; et je ne serais pas éloigné de croire que cette espèce doit être également ajoutée à la liste de celles qui ont pu contribuer à fournir les chiens domestiques en lui attribuant la race de ces animaux qui s'en rapproche le plus par ses proportions élancées : je veux parler du lévrier.

L'étude du cerveau des chiens comparés dans ses caractères principaux au même organe envisagé chez les animaux sauvages du groupe des Canidés, que l'on peut supposer avoir concouru à en fournir les différentes races, était susceptible d'éclairer à certains égards cette difficile question ; aussi m'en suis-je occupé avec soin dans mon Mémoire sur les formes cérébrales propres aux carnivores, et j'ai étendu cet examen à la famille entière.

Si l'on devait attacher à la configuration du cerveau la valeur quelle semble mériter dans la classification, les canidés, c'est-à-dire l'ensemble des différents genres de carnivores qui rentrent dans la même famille que le chien, devraient occuper le premier rang parmi les mammifères du même ordre.

Les Canidés, quel qu'en soit le genre, ont une circonvolution de plus que les autres carnivores, quatre au lieu de trois pour chaque hémisphère, et leur circonvolution intermédiaire supérieui'e se dédouble en arrière. Malgré cette sorte d'uniformité, il y a chez eux des degrés de complication assez faciles à saisir et qui tiennent à la flexuosité des circonvolutions elles-mêmes, ou, dans le cas de dégradation maximum, à leur simplicité ainsi qu'à la surface, tantôt plus grande, tantôt au contraire plus réduite de l'aire, dépendant de la circonvolution interne, qui entoure le sillon crucial. La complication croît avec la taille des animaux observés, etsemontrepar conséquent d'autant plus évidente, que les espèces qu'on étudie acquièrent de plus grandes dimensions. L'examen de la forme cérébrale de nos principales races domestiques ne fournit pas des indications moins curieuses, et la comparaison que j'en ai faite avec les espèces sauvages auxquelles elles ressemblent le plus, fournit à son tour d'utiles enseignements.

Chez les petites races à crâne comme huileux et à front relevé, c'est une véritable déformation de l'organe central de l'innervation que l'on couslale et le caractère pathologique en est facile à constater. Les parois du crâne se sont amincies, le tracé des sillons séparatifs des circonvolutions ne s'y retrouve plus qu'imparfaitement, et, au lieu des plis ondulés propres aux autre chiens qui sont moins altérés dans leurs caractères intimes, ou ne voit plus ici que l'indication incomplète du tracé des sillons.

L'influence de la domesticité a apporté d'autres perturbations dans les caractères primitifs du chien comparés à ceux des animaux à la famille desquels il appartient.

Les couleurs ont rarement la régularité et la teinte propres aux véritables espèces. Elles sont blanches, roussâtres ou noires, et plus souvent encore elles résultent du mélange désordonné, ainsi que la distribution dissémétrique de ces trois sortes de coloration, tandis que la condition habituelle des Canidés est le brun plus ou moins relevé de fauve. Cette irrégularité dans la distribution des teintes est un résultat de la domestication ; cependant la cynhyène, Canidé d'un genre propre à l'Afrique, nous en présente l'exemple, bien que resté sauvage. Mais nous voyons queles chiens des grandes villes sont, le plus souvent, ceux dont le pelage offre sous ce rapport le plus d'irrégularité. On constate cependant que, s'il n'existe qu'un point blanc au pelage d'un chien, il est situé à l'extrémité de sa queue ; ce qui est pour ainsi dire un souvenir de ce qui se voit chez les Canidés sauvages qui présentent habituellement une touffe de poils blancs au bout de cet organe.

L'abondance et la nature du poil ne changent pas moins d'une race à uneautre qucsa couleur. Frisé chez les barbets, les caniches, les petits cuba, etc. ; il est long et simplemement ondulé chez les épagueuls, principalement aux oreilles et à la queue, ou, au contraire, court et ras sur tout le corps dans la plupart des autres chiens. Enfin, certains individus auxquels on donne à tort le nom de chiens turcs, ont le corps à peu près nu, ce qui leur donne une apparence maladive montrant bien que la particularité qu'ils présentent n'est qu'une anomalie.

La taille des chiens n'est pas sujette à de moindres variations. C'est ce que tout le monde a pu constater en regardant d'une part les grands lévriers, les mâtins proprement dits, les chiens de terre-neuve, les grands dogues à lèvi-es pendantes, etc., et, d'autre part, les carlins, les petits cuba cités précédemment ou les king's-Charles. La domesticité peut aussi bien que la nature produire de pareilles diflcrences dans une même espèce, et il est facile à l'homme de les exagérer en choisissant les reproducteurs auxquels il a recours.

Le nombre des vertèbres caudales varie également chez le chien, et il en est de même pour celui de leurs doigts ou celui de leurs dents. En ce qui concerne les deux derniers de ces systèmes d'organes, on sait qu'il y a des chiens acci-

dentellement pourvus de - m., formule que présente, il est vrai, l'otocyon, mais

(|ui n'est ni celle du loup, ni celle du chacal ou de la plupart des espèces de Canidés ; de même pour les doigts : au lieu de quatre en arrière, ce qui est le nombre habituel, certains chiens en possèdent cinq, par suite de la présence du pouce qui ne devrait pas exister, et parfois six par duplicature de ce pouce accessoire. Enfin la brièveté des membres dans les bassets et leur torsion fréquente chez CCS animaux, sont le résultat d'une sorte de rachitisme héréditaire.

La configuration du crâne n'est pas susceptible de moindres variations. Parfois

Irès-alloiigc, comme chez les lévriers, il est d'aulros fois très-raccourci, ce qui a lieu chez les bouledogues , et la mâchoire iuférieure avance alors uotablemcnt sur la supérieure, ce qui est le résuUat d'un mode encore difl'éren de déformation; dans d'autres cas, ce sont les deux crêtes temporales quiresten séparées au lieu de former une crête sagittale unique, et, dans leur éloignement l'une de l'autre, elles peuvent prendre des contours analogues à ceux, que l'on observe à l'état normal dans certains animaux sauvages de la même famille.

Nous avons déjà parlé des oreilles dont rallongement et l'apparence plus ou moins tombantes sont des signes certains de l'influence diversement profonde de la domesticité. Le nez peut, dans certains cas, se dédoubler, et les deux narines restent alors écartées l'une de l'autre, de manière à rappeler la condition dans laquelle elles se présentent pendant la vie embryonnaire. C'est un arrêt de développement et en même temps un retour à la condition caractéristique des vertèbres inférieurs. Mais il est facile dans ces différents cas de distinguer ce qui tient à l'altération par anomalie, des dispositions naturelles relevant au contraire des caractères propres au groupe de carnivores dont le chien fait partie, et plus particulièrement aux espèces sauvages dont on peut le supposer issu.

Il n'est pas jusqu'aux particularités biologiques de cet utile animal et à ce que l'on pourrait appeler ses qualités morales qui n'aient subi l'influence des conditions exceptionnelles dans lesquelles l'homme l'a placé. Son régime varie avec celui des peuplades auxquelles il est associé : là omnivore avec une tendance plus ou moins grande vers l'alimentation par les végétaux, ou au contraire, avide de chair et de débris animaux ; il est icbthyophage, ou médiocremsnt carnassier ailleurs. S'il est à demi sauvage chez les peuples peu avancés en civilisation ; il est doux et pour ainsi dire éduqué chez les gens bien élevés ; calme pendant le jour, il devient féroce pendant la nuit, lorsque la garde des habitationslui est confiée ; la chasse est un de ses instincts favoris, et il en est de même de la garde des troupeaux. Dans d'autres cas, il aide à la pêche; il peut encore être employé à combattre l'homme lui-même ainsi que cela s'est vu lorsque les Espagnols ont établi leur domination en Amérique. Dans d'autres cas, il devient au contraii'e un animal de trait, comme nous le voyons en Hollande, en Belgique et ailleurs où il trame des voitures appropriées à sa taille; et chez les Esquimaux ainsi qu'en Sibérie, on l'attèle aux trauicaux.

Ilyaplus; l'aboiement qui est pour ainsi dire le langage parlé des chiens appartient à ceux de ces animaux que possèdent les peuples civilisés, etles chiens des peuplades sauvages ne savent plus que hurler. Les chiens d'Europe redevenus libres au milieu des pampas de l'Amérique ont cessé d'aboyer, et le même fait s'est reproduit sur d'autres points du globe dans des circonstances analogues.

Les chiens sont des animaux très-portés à l'acte générateur, et dans nos contrées la plupart peuvent s'y livrer à toutes les époques. Cependant, les deux sexes se rapprochent de préférence deux fois par année, en hiver et en été. Les mâles sont souvent cruels envers leurs rivaux et les battent à outrance. Les femelles peuvent s'accoupler plusieurs fois pendant le même rut, et les deux sexes l'estent chaque fois unis pendant un temps assez prolongé, ce qui tient à laconforformation de la verge dont les corps caverneux, en se renflant à la région du gland, prolongent forcément l'acte copulateur et retiennent le mâle attaché à la femelle. La liqueur séminale ne s'écoule que lentement. Le chien a, comme les autres canidés, le pénis soutenu par un os allongé qui est excavé en gouttière à son bord inférieur. Les femelles portent soixante-trois jours ; elles mettent bas quatre, cinq petits et

22 ClIJEN.

parfois jusqu'à neuf à dix. La durée de la vie du chieu est de quatorze à quinze ans; elle peut se prolonger jusqu'à vingt. On connaît l'âge de ces animaux à l'usure de leurs dents, et eu particulier à celle des incisives dont la couronne a la forme de lobes en fleurs de lis s'effaçant peu à peu, ce qui ne laisse plus apercevoir que les parties moyennes ou inférieures du fût. Le poil du chien blanchit aussi à mesure qu'il est d'un âge plus avancé. Les vieux chiens, particulièrement ceux des villes et surtout dans certaines races ayant des habitudes sédentaii'es, tournent à la graisse. Dans le jeune âge, ces animaux sont souvent atteints d'un mal qui en emporte un grand nombi'e. Les chiens sont aussi fort sujets aux ténias, mais il est i-are qu'ils périssent par cette cause ; ils doivent toutefois être surveillés sous ce rapport, caries cucurbitains persistent à vivre sui leurs excréments qui sont souvent solidifiés par du phosphate de chaux et par suite résistants; les œufs renfermés dans ces cucurbitains peuvent passer dans le corps d'autres animaux ou même de l'homme, et devenir l'origine de maladies graves ; c'est ainsi que les agneaux prennent le tournis, et la maladie hydat ique par échinocoques, qui se développe dans le foie ou dans les reins des Islandais, ne paraît pas avoir d'autre source.

Le chien a été trouvé par lesEuropéens dans presque tous les endroits du globe déjà habités par l'homme ; presque sauvage à la Nouvelle-Hollande, il a sur ce continent l'apparence extérieure du chacal auquel plusieurs autres variétés tiennent aussi de très-près ; dans l'Amérique du Nord, et dans diverses autres parties du même hémisphère, ses caractères rappellent au contraire ceux du loup et il en est de même pour plusieurs des principales races propres à l'ancien Continent ; parfois il tientd'autres espèces encore, et nous avons supposé qu'il se rattachait à plusieurs par ses origines, puisque nulle part, on ne trouve le chien primitif supposé par certains auteurs. Le chien n'est donc pas un animal isolé dans la nature, et auprès de lui se placent non-seulement l'espèce ou les espèees dont on peut le supposer issu, mais aussi un nombre assez considérable d'autres plus ou moins faciles à distinguer de ces dernières et que l'on a groupées dans plusieurs genres ayant des caractères propres, dans certains cas, du moins. C'est l'ensemble de ces genres qui constitue la famille des canidés.

Elle est représentée en Europe par le loup {Canis lupus) encore assez répandu, mais qui a cependant disparude l'Angleterre; par le chacal (C. azn'eî<s), d'Afrique et d'Asie et qui a survécu dans une des îles de la Dalmatie ainsi qu'euMorée; parl'isatis(C. /a^opKs), exclusivement pi'opre aux régions septentrionales, et parle renard (C. Vulpes) , qui est resté commun à peu près partout. Il y a en dehors de l'Europe, dans le nord-est de l'Afrique, en Asie, et dans l'Amérique septentrionale, des animaux très-semblables au loup d'Europe et qui n'en sont peut-être que de simples variétés ; le renard a des représentants sur un plus grand nombre de points : en Afrique, en Asie et dans les deux Amériques, mais plusieurs d'entreeux constituent évidemment des espèces différentes de celle qui vit chez nous. L'Afrique fournit le fennec (C. zerda) , propre au Sahara et qui est remarquable par l'ampleur de ses oreilles ainsi que l'otocyon (C. megalotis), à la fois pourvu de grandes oreilles etdontles

molau-es sont au nombre de -. C'est aussi au même continent qu'appartient la

cynhyène {Cynhyœna picta), sorte de canis n'ayant que quatre doigts en avant comme en arrière.

Le corsac (C. corsac) est un animal asiatique peu différent de l'isatis par ses caractères, mais qui a les teintes fauves des autres canidés, au lieu d'être pâle à la manière du fennec ou changeant du brun au blanc suivant la saison, comme

ClIIENDEINT (botanique). 23

Vlsatis. La Chine et le Japon fournissent des espèces encore différentes, et il y en a d'autres dans l'Amérique, particulièrement le loup rouge (C. juhatus) qui est l'un de ceux dont on a fait des genres à part. Ce ne sont pas là les seuls canidés que nous pourrions citer, et cette liste s'accroîtrait encore si, aux espèces vivantes de cette fiimillc, nous ajoutions celle que l'on ne connaît qu'a l'état fossile. Parmi ces dernières, il faut rappeler de préférence les ampbicyons dont quelques-uns dépassaient de beaucoup le loup en dimensions. Ces animaux, dont les débris sont enfouis dans les terrains tertiaires moyens, avaient la même formule dentaire que les otocyons, mais avec une forme de dents plus semblables à celles des loups, des chacals et des chiens.

On mange les canidés dans beaucoup de localités , soit ceux qui n'existent qu'à l'état sauvage, et qu'on se procure par la chasse, soit le chien domestique. En Chine, la chair de ce dernier est d'un usage fréquent; en général elle répugne aux Européens. Les jeunes chiens ont été autrefois employés en pharmacie, et l'on s'est également servi des fèces solides de cette espèce qui sont connus sous le nom d'Album grœcian. Ils l'enterment une quantité considérable de phosphate de chaux provenant des os dont le chien fait eu partie sa nourriture.

Les races des chiens, leurs sous-races surtout, sont nombreuses, et l'on n'en possède pas actuellement une bonne classification, aussi ne nous étendrons-nous pas à leur égard. Plusieurs tendent à disparaître, d'autres les remplacent, et l'on constate que la culture de ces animaux, aussi bien que les soins apportés à leur reproduction, tendent à en modifier les caractères et à en perfectionner les qualités. L'impôt qui atteint l'espèce canine n'est pas étranger à ce perfectionnement en ce qui concerne la France, et il faut aussi en rapporter la cause aux expositions des races de chiens qui ont lieu soit chez nous, soit en Angleterre. La dernière, pour notre pays, a eu lieu au bois de Boulogne, près Paris, en 1875.

On ne sait que trop maintenant, en France, depuis 1871, que le chien est un aliment dur et de difficile digestion. P. Gerv.

BiBLiocnAPiiiE. — BuFFON. Hist. nat. r/cn. et particulière ; chapitres relalils aux Chien, Loup, etc. — CuviER (F.). Mcm. sur le chien de la Nouvetle-llollancle. In Anii. mus. d'hist. nat., t. II, p. 458, 1800. — Du même, Ucchcrcltes sur les caractères ostcologique.>< qui dislintinguent les imncipcdes races du chien domestique. Ibid , t. XI, p. 555, pi. 18-20; 181). — IIamilton Smith. Do^s. In Naturalist' s Libranj, 2 vol., iii-18. Edimbourg. — De Blainville. Osléogr. du g. Canis. — Grav. Catal. of Carnivoious, etc. in the British Muséum. Londres, 1869. — P. (jEnv. lilcni. sur tes formes cérébrales j^^'opres aux carnivores. In Nouv. Archiv. Muséum hisi. nat., t. VI. Paris, 1870. P. G,

CniElV-DE-]>IER. Voy. PiOUSSETTE.

cniEîVDErVT. § 1. Botanique. On désigne SOUS ce nom les rhizomes de deux espèces de Graminées, dont l'une se rapporte au genre Agropyrum Beauv., l'autre au genre Cynodon.

1° La première est VAgropyrum repens Beauv. {Triticum repens L.). C'est mie plante commune dans les lieux cultivés, où elle se multiplie avec une trèsgrande facilité. Ses rhizomes traçants se développent sur une longueur considérable et émettent des stolons très-allongés; ils sont noueux de distance en distance, et donnent naissance à des tiges aériennes de 50 centimètres à 1 mètre de hauteur. Les feuilles, engainantes à leur base, sont planes dans leur partie supérieure, vertes ou glauques, marquées sur la face supérieure de nervures fines écartées les unes des autres et de petits points saillants et rudes. Le chaume se termine par un épi grèle, comprimé, formé d'épillets sessiles, distiques, qui

24 CHIENDENT (emploi médical).

contiennent chacun 4 ou 5 fleurs. Deux glumes un peu inégales, lancéolées, sii trouvent à la base de cet épillet et restent moins longues que lui. Chaque fleur est formée : de deux glumelles dont l'inférieure linéaire, lancéolée, est acuniinée et aiguë et dont la supérieure est tronquée et hicarénée ; de deux petites glumellules ; de trois étamines à anthères linéaires et d'un pistil à stigmates sessiles, étalés. Le fruit est un caryopse canaliculé sur une face, muni au sommet d'une sorte d'appendice blanc velu.

• Les parties souterraines de cette espèce donnent le Chiendent commun ou le Petit Chiendent, qui, par la dessication, devient anguleux.

2» La seconde espèce est le Cynodon Daclylon Pers. {Panicum Dactylon L.). C'est une espèce répandue dans les lieux incultes et aux bords des routes, et qu'on trouve surtout dans les terrains siliceux. Sa souche, longuement rampante, est plus grosse que celle de VAgropyrimi repens Beauv.; elle est aussi plus dure et plus noueuse.

Les chaumes qui s'élèvent de cette souche sont ascendants ou couchés à la base. Les feuilles sont glauques, courtes, linéaires, acuminées, rudes sur les bords. Les épillets sont tout petits et disposés en 4 ou 7 épis distincts, verdâtres ou violacés, qui divergent comme les rayons d'une ombelle. Chaque épillet est formé de deux petites glumes, presque égales, renfermant une seule fleur complète avec les rudiments d'une seconde. La fleur elle-même a : deux glumelles dont l'inférieure est carénée et la supérieure muniesur le dos de deux petites carènes séparées par un sillon; deux glumellules charnues et glabres; trois étamines; un ovaire sessile à deux styles courts terminés par un stigmate en goupillon. Le fruit est un caryopse libre, glabre, comprimé par le côté et non canaliculé.

Les rhizomes du Cynodon Dactylon sont coimus sous le nom de Chiendent Pied de Poule ou de Gr-os Chiendent.

LiNSÉ. Species Plantarum. 85 et 128. — De Candolle. Flore française, III, p. 16 et 83. — Grenier el Godron. Flore de France, III, 4(j'2 et 608. I'l.

§11. Emploi médical. L CiiiENDENT OFFICINAL; chiendent commun, petit chiendent. Ângl. Dog's Grass, Common Wheatgrass. AUem. Queckengrass, Eundsgrass. Ses rhizomes, cylindriques à l'état frais, deviennent anguleux et presque carrés par la dessication , sont jaune pâle à l'extérieur et blancs à l'intérieur. On les monde, pour l'usage, de leurs radicules et de leur épidémie écailleux, et l'on en fait de petites bottes qu'on expose au séchoir. On récolte le chiendent en septembre. Mais à la campagne, oîi l'on peut se le procurer en tout temps, on l'emploie à l'état frais, ce qui est préférable, dit Cazin. Ses propriétés médicales, déjà si faibles, sont en effet encore moindres lorsqu'il est desséché. Jourdan prétend même que sa matière mucoso-sucrée disparaît dans la dessication et qu'il ne reste plus que l'enveloppe, qui donne une qualité légèrement astringente à sa décoction aqueuse.

Chevalier a trouvé dans le chiendent : beaucoup de sucre, du mucilage, de lai fécule, une matière extractive ayant une saveur vanillée. Le sucre de chiendent a été reconnu et étudié par Margraf, Julia de Fontenelle, Plaff, qui l'a obtenu à l'état cristallin. Bouchardat et Chevalier en ont retiré de l'alcool par la fermentation, et l'on dit même cet alcool de très-bonne qualité.

Le chiendent est inodore ; il a une saveur douce, légèrement sucrée, un peu astringente, ce qui ferait penser qu'il contient aussi un peu de tannin.

On a aus:>i employé les feuilles et les jeunes liges du Trilicum repens.

CHIENDENT (emploi médical). "25

Formes pharmaceutiques et doses. Tisane de chiendent : l'acine de chiendent coupée, 20 grammes; eau, q. s. Contusez le chiendent dans un mortier de marbre et faites-le bouiUir une demi-heure dans la quantité d'eau nécessaire pour obtenir 1,000 grammes de tisane (Codex).

Extrait de chiendent. Préparé par l'eau, avec les racines sèches grossièrement pulvérisées, ou avec les racines fraîches, et meilleur dans ce dernier cas. Il sert comme excipient ou intermède dans la préparation des bols et pilules.

Suc de chiendent. Préparé par contusion et expression, soit avecles rhizomes frais, soit avec les feuilles et tiges fraîches. Il se donne en nature, seul, ou mélange avec d'autres Jms f/'/jeribes , il peut aussi, par évaporation, èti-e converti en extrait.

On a lieu de s'étonner qu'un produit aussi peu actif, on serait tenté de dire aussi insignifiant, ait été vanté pour ses propriétés apéritives, résolutives, désobstruantes, fébrifuges, antiphlogistiques, vulnéraires, anthelmintiques, etc., et prescrit comme un remède sérieux dans les maladies les plus diverses, qu'il serait oiseux d'énumérer. Rappelons seulement, comme exemples de ces exagérations, que Boerhaave l'a cru efficace contre les engorgements du foie; que Schenck (Journal d'Hufeland, 1813) a prétendu avoir fait des cures extraordinaires de maladies organiques du poumon et de l'estomac, de lésions du pylore surtout, avec des décoctions très-chargées de chiendent.

Une routine vulgaire a conservé à la tisane de chiendent une importance qu'elle ne mérite pas; elle n'est qu'un accessoire, aussi bien dans les maladies auxquelles on a prétendu spécialement l'opposer, que dans toute autre. On la voit encore invoquée comme apéritive, émollicnte, pectorale, dépurative; sa propriété médicale la moins contestable est d'être légèrement diurétique, et encore faut-il ordinairement, pour obtenir sensiblement cet effet, y ajouter du nitre ou quelque autre médicament analogue. Cette tisane a un goût assez agréable lorsqu'elle est convenablement édulcorée avec du sucre ou de la réglisse. Elle désaltère assez bien; comme boisson aqueuse, rendue plus digestible par la cuisson et par ses principes féculents, mucilagineux et sucrés, elle convient pour étancher la soif des fébricitants, en agissant en même temps comme délayante, tempérante, rafraîchissante; elle convient surtout lorsque les urines sont peu copieuses, foncées en couleur, troubles, sédimenteuses, lorsqu'il y a intérêt à les obtenir abondantes pour les rendre éliminatrices, comme dans l'ictère, ou plus claires, plus ténues, pour qu'elles n'irritent pas leurs voies d'excrétion, comme dans les phlegmasies des organes génito-urinaires. Enfin sa préparation est facile et économique; à tous ces titres elle est donc justifiée comme tisane commmie {chiendent et réglisse) dans la plupart de nos hôpitaus,

Fourcroy attribuait aux feuilles et aux jeunes tiges de chiendent plus de v^, tus qu'à ses racines, et considérait le suc herbacé qu'on en retire par expressioi comme un des fondants biliaires les plus actifs et en même temps les plus doux (Encyclopédie méthodique, médecine, t. IV). Van Swieten rapporte qu'un homme fut guéri d'une jaunisse rebelle par l'usage d'herbe de chiendent et d'autres plantes sauvages dont il faisait presque son unique nourriture. On sait que les chats, et les chiens surtout, guidés par leur instinct, mangent les feuilles de chiendent pour se faire vomir et pour se purger; le nom de chiendent vient de là, ou de ce que la jeune pousse de la plante ressemble à une dent de chien. Sylvius, et plusieurs autres observateurs après lui, ont remarqué que les bœufs, si souvent affectés de concrétions biliaires pendant l'hiver, guérissent au printemps en mangeant cette plante dans les pâturages. Mais Ghaumeton regarde avec raison la

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fonte des calculs biliaires des bœufs comme étant aussi, en grande partie, le résultat de la salutaire influence du régime auquel ces animaux sont soumis, au printemps, dans les prairies où ils paissent et se meuvent en liberté {Flore médicale).

De tout ce qui précède, il serait donc permis d'inférer que la plante en question, herbe et racines, n'est pas sans quelque action favorable sur la glande hépatiquci action qui, jointe à sa propriété diurétique, peut exercer, comme nous l'avons reconnu plus haut, une légère influence sur l'ictère lié à des troubles sans importance de la sécrétion du foie. Mais il n'en serait pas moins illusoire de compter exclusivement sur un aussi faible moyen pour résoudre, soit les lésions graves de cet organe, soit la lithiase biliaire.

Nous avons vu que le sucre de chiendent pouvait fournir de l'alcool. Sa matière amylacée a été utilisée comme élément nutritif; les habitants du nord de l'Europe la mêlent à la farine pour confectionner le pain en temps de disette ; les Polonais en font du gruau (Chaumcton, toc. cit.). Les anciens Egyptiens faisaient également enti'cr dans leur pain la racine de chiendent réduite en poudre {Encyclopédie méthodique, botanique, t. II). Cette racine, coupée, contuse, cuite dans l'eau et mêlée à du ferment, a été employée avec succès à la fabrication de la bière. Enfin on l'emploie dans quelques pays à la nourriture des bœufs et des bétes de somme {Flore médicale) . Sous tous ces rapports, les rhizomes du Triticiwi repens intéressent peut-être plus réellement la bromatologie que la thérapeutique. On peut donc utiliser de diverses manières cette plante, si nuisible par ailleurs à l'agriculture.

II. Gros chiendent, Chiendent pied de poule. Sous les écailles qui embrassent les nœuds se trouve un épiderme dur, jaune, vernissé, et à l'intérieur une substance blanche, farineuse et sucrée (Guibourt). A part une saveur moins sucrée que celle du petit chiendent, le gros chiendent a les mêmes propriétés que le précédent ; il est moins employé.

Il ne faut point confondre ces deux chiendents avec le chiendent à balai, dur, ligneux, dépourvu de propriétés médicales, et spécialement réservé dans l'industrie pour la fabrication des balais, vergettes, brosses, etc. Il est fourni par V Andropogon Ischœmiim L.

On donne aussi les noms : de Chiendent citronelle aux racines de V Andropogon CitratumdC; de Chiendent musqué aux racines de V Andropogon SchœnanthusL., Lemo7i-Grass des Anglais {voy. Andropogon); de Chiendent marin au Potamogeton Marinum L. ; de Chiendent des Indes au Vétiver, radicules de V Andropogon Muricatus, Retz.

BiBLiocRAi'HiE. — Pfauz (J.). Descripllo graminis medic'i plenior, ex varih haud infimce notœ scriploribus. Ulmrc, 1056. — Kniphof (J.-G.). De graminœ levidensi prœcellentissbno. Erfordiœ, 1747.— ScHnFBER (J.-C.-D.) Description du Chiendent (en allem.). Leipzig, 1773. GuiBounr. Hist. nal des drogues simples. — Cazin. Tr. des plant, médic. indigènes. — Meuat et De Lens. Dict. univ. de matière médicale. D. de Savignac.

CHIFFLET (Jean-Jacques). Les Francs-Comtois font grand cas de ce savant homme, qu'ils placent dans un rang distingué parmi leurs historiens. Chifllet s'occupa, en effet, bien plus d'iiistoire et d'archéologie que de médecine. Il naquit à Besançon, le 12 janvier 1588, et était fils de Jean Chifflet, aussi médecin et consul de la même ville, et petit-fils de Laurent, magistrat de Dôle, tous deux hommes de mérite et ahectionnés à leur patrie. Après avoir fini son cours d'humanités et de philosophie à Besançon, il étudia la médecine et voyagea ensuite dans plusieurs parties de l'Europe, où il consulta les gens de lettres, vit les principales

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bibliothèques, et fit d'utiles recherches dans les cabinets des curieux, A son retour en Franche-Comté, l'an 1614, il se mit à pratiquer la médecine, et s'en acquitta avec une telle ré[)utation que sa ville natale le chargea d'une mission importante auprès de l'archiduchesse Isabelle-Glaire-Eugénie, souveraine des Pays-Bas. Ce fut là l'origine de sa fortune. Cette princesse retint Chifllet à la cour, et l'envoya ensuite en Espagne, oii il fut encore médecin du roi Philippe IV, qui lui donna son estime et sa bienveillance. Ensuite on le retrouve, à la mort de sa bienfaitrice (1" déc. 1635), dans les Pays-Bas, premier médecin de Ferdinand, connu sous le nom de prince cardinal, alors gouverneur du pays au nom de Philippe IV. 11 mourut en 1660, laissant de très-nombreux ouvrages, dans lesquels on trouve un mélange singulier de grandes qualités d'écrivain mêlées à ce (|ue l'on pourrait appeler des enfantillages historiques, une crédulité hors do propos, et des jugements mal fondés, partant d'un patriotisme exagéré. Voici les litres des principaux :

I. Vesontio, civitas impcrialis libéra, sequanorum metropolis, plurimis necnon vulgaribus sacrce et profanœ historiœ nionumenth illuslrata, et in duas parles dislincla. Lyon, 1618, in-4''. — II. De linteis sepulchralibus Christi Scrvatoris criais historica. Anvers, 1624, in-i". — III. Porlus Iccius Julii Ccesaris demonslratus. Madrid, 1620, in-i°. — IV. hecued des traites de paix, de trêve, de neutralité entre les couronnes d'Espagne et de France. Anvers, 1645, in-i". — V. Opéra politico-historica. .\nvers. 1650, in-fol. — VI. Pulvis febrifugus orhis Américain, jussu Leopoldi Guiliebni Arcliiducis Auslriœ, Dclgii ac Hurgundiee jiroregis ventilatus. Anvers, 1653, in-S". — VII. Lilium francicum veritate historica, hotanica et heraldica illustratum. Anvers, 1658, in-fol. A. C.

CHIFFOIVPVIERS (Hygiène INDUSTRIELLE). Tout le moudc connaît leur industrie, tout le monde sait comment elle s'exerce ; nous n'avons donc pas à la décrire.

On dépeint généralement les chiffonniers comme la classe la plus abjecte de la société, livrés sans réserve aux habitudes les plus crapuleuses, à un alcoolisme permanent, couverts de haillons, rongés de vermine, etc. Assurément le plus grand nombre se présente sous ce triste aspect, surtout dans certains quartiers où ils habitent ces bouges immondes dont nous parlerons bientôt. Mais il faut convenir qu'il en est d'autres, vivant en famille, qui ont des habitudes moins sordides. Les femmes sont pauvrement, mais convenablement vêtues ; les hommes eux-mêmes ont une tenue qui les rappi^ochc des ouvriers appartenant aux industries les plus infimes. J'ai eu, dans ma division du bureau de bienfaisance du X'^ arrondissement, quelques maisons exclusivement habitées par des chiffonniers, et dans ces maisons, d'apparence ordinaire, rien ne signalait l'industrie des habitants que des tas de papiers, de chiffons, etc., dans des cabinets, et l'odeur fétide qui en est inséparable. Mais, nous le répétons, il n'en est pas ainsi pour le plus grand nombre.

D'après des documents qu'a bien voulu me donner, avec une rare complaisance, M. Dumontey, chef du bureau de la préfecture de police où se distribuent les autorisations pour l'industrie qui nous occupe, le nombre des chiffonniers pourvus de médailles serait de 6,000 environ, sans parler de ceux qui exercent sans autorisation, et dont il est impossible de fixer le nombre. Malgré les conditions exceptionnelles dans lesquelles ils vivent, et l'immoralité profonde résultant de la promiscuité des membres des deux sexes d'une même famille, couchant pêle-mêle sur le même tas de paille, il règne, parmi eux, une certaine probité; rien de plus commun que de les voir rapporter et déposer dans les bureaux de police, des objets de prix trouvés dans les tas d'ordure et qu'ils auraient pu facilement s'approprier. Du reste, cette industrie est plus rénumératrioe qu'on ne

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