ACIDE
CHLORHÏDRIQDE
652 CHLORHYDRIQUE (emploi médical).
Propriétés chimiques. L'acide chlorhydrique est mi acide énergique. )I dissout, avec dégagement d'hydrogène, tous les métaux qui décomposent l'eau au-dessous de la chaleur rouge (les trois premières sections de la classification de Thenard) ; en même temps il se forme un chlorure
M H- HCi = MCI -f- H
Métal. Acule Chlorure Hydrogène,
chlorhydrique. mélallique.
En réagissant sur les oxydes métalliques il forme de l'eau et mi chlorure. MO -h IlCl = MCI + HO
Oxyde Acide Clilorure Eau.
mclalliquc. chlorliydrique. métallique.
Mis en contact avec une solution d'azotate d'argent, il donne immédiatement un précipité hlanc cailleholé, df chlonue d'ai^gent, noircissant à la lumière,, insoluble dans l'acide azotique et soluhle dans l'ammoniaque.
AgOAzO=> + HCI ^ AgCl + AzO^
Avec le hioxyde de baryum et l'acide chlorhydrique, ou obtient du chlorurede baryum et de l'eau oxygénée. Avec d'autres bioxydes tels que celui de manganèse et de plomb, il se forme un chlorure et du chlore. L.
II. P!iari)i»t'oIogie. L'acide clilorhydrique du commerce peut être employé pour l'usage extérieur. Pour l'usage interne, on ne doit se servir que de l'acide pur, dissous dans l'eau distillée : acide chlorhydrique dissous ou solution aqueuse d'acide chlorhydrique du codex, incolore, fumant à lair, contenant pour un voliiinc d'eau 460 voliunes de gaz acide, ou 74 centièmes du poids de l'eau, et marquant 1,17 au dcnsimètrc. L'acide chlorhydrique pur ne doit décolorer ni le sulfate d'indigo, ni le permanganate de potasse.
Limonade muriatique ou chlorhydrique. Acide chlorhydrique pur, 2 ài 4 grammes; eau, 875; sirop de sucre, 125.
Sirop chlorhydrique. Acide chlorhydrique, 8 grammes; sirop de sucre, 500" (Soubciran).
Alcool fiiurialique, acide chlorhydrique alcoolisé. Acide chlorhydrique, 1 ; alcool, 5. A la longue, il se forme dans cette préparation un peu d'éther chlorhydrique; plus commode pour le dosage, il est employé de préférence à l'acide pur pour l'usage itilerne.
Garyarisme chlorhydrique. j\cide chlorhydrique, 2 grammes ; décoction, d'orge, 500; miel rosat ou sirop de miires, 60.
Potio7i antidyspeptique de Trousseau. Acide chlorhydrique, 3 à 10 gouttes;: julep gomiBcux, 125 granunes.
Fédiluve chlorhydrique. Acide chlorhydrique du commerce, 60 à 125. grammes ; eau, 6 à 8 litres (Trousseau). Ce pédiluve, recommandé pour rappeler la goutte aux pieds, était connu sous le nom d'eau de Gondran.
Bain acide. Acide chlorhydrique du commerce, 1000 grammes; eau, 500 litres (Soubeiran). Une dose moindre, 250 à 500 grammes d'acide, est doimée par d'autres auteurs.
§ in. Emploi médical. L'inspiration de l'acide chlorhydrique gazeux produit sur la muqueuse des voies aériennes des effets analogues à ceux que détermine le chlore : toux convulsive, suffocation, sensation de coustriction pectorale'; mais en outre sa vapeur est plus, irritante pour les yeux, où elle provoque !e"
CHLORllYDRIQUE (emploi médical). 655
larmoiement, et pour la pituitaire, dont l'irritation suscite de violents éternuements. En solution concentrée, cet acide est un caustique coagulant, un peu moins corrosif que les acides sulfuriquc et azotique; l'eschare qu'il détermine est superficielle, blanchâtre, et se déUiclic rapidement. En solution étendue, il agit à la manière des astringents, en conservant toujours quelques propriétés irritantes, à moins d'être dilué dans une masse considérable d'eau.
Action théuapeutique L'emploi de l'acide cliloiiiydrique gazeux précéda celui du chlore. Ce fut cet acide, dégagé dans la réaction de l'acide suUurique sur le chlorure de sodium, qui fut appliqué par Guyton-Morveau aux désinfections, ainsi qu'à la prophylaxie des maladies conlagieuses.
L'acide chlorhydrique gazeux fut aussi conseillé par Zugenbiihler contre les cancers rebelles du visage ; mais bientôt son emploi sous forme liquide prévalut exclusivement dans la pratique médicale et chirurgicale.
A la fin du dernier siècle, on le vantait beaucoup à l'intérieur comme tonique astringent et antiseptique. La limonade muriatique était recommandée par Halinemann contre le scorbut et les fièvres putrides ; contre les fièvi'es malignes, par W. Wright ; contre la fièvre pétéchiale et la peste même par Fordyce; contre la scarlatine, par Braithwaite. Elle ne semblait guère agir, en définitive, dans les fièvres que comme boisson tempérante, ainsi que les autres limonades minérales, et son emploi est tombé en désuétude sans que la thérapeutique y ait beaucoup perdu. Ces limonades, à base d'acides astringents, ont toutefois des propriétés hémostatiques qui peuvent être mises à profit dans les fièvres compliquées d'héraorrhagies, ou dans d'autres circonstances amenant des pertes de sang.
Cet acide a été aussi administré à l'intérieur comme lithontriptique par Copland ; il peut, en effet, être utile pour attaquer les calculs urinaires à base de chaux.
Il était souvent prescrit par Trousseau contre l'atonie stomacale, comme stimulant et adjuvant de la fonction digestive. Gubler dit l'avoir également employé avec succès dans ce cas. L'acide chlorhydrique dilué convient particulièrement aux dyspepsies attribuables à une sécrétion insuffisante du suc gastrique, ce qu'il n'est pas toujours tiicile de déterminer a priori; mais l'inefficacité ou même le mauvais effet du bi-carbonate de soude ou de la magnésie préalablement employés, peuvent révéler l'indication d'une médication acide, et la dyspepsie offre alors des chances de céder à l'intervention de l'hydracide en question.
Quelques médecins lui ont attribué des propriétés spéciales contre la scrofule et contre la syphilis. Cazenave dit avoir recueilli dans le service de Biett, à l'hôpital Saint-Louis, plusieurs faits de guérison de syphilide pustuleuse par son usage prolongé. Le même auteur dit avoir souvent employé, ainsi (pie Biett. la limonade muriatique avec succès dans le cours des phleginasies aiguës et chroniques de la peau, particulièrement dans celles qui sont habituellement accompagnées d'une exsudation plus ou moins abondante.
L'emploi externe de l'acide chlorhydrique a été et est resté plus fréquent.
Comme caustique, il a été appliqué sur les ulcères sanienx, gangreneux, cancéreux; sur les plaies atteintes de pourriture d'hôpital, etc.; mais on le voit surtout recommandé par les auteurs (Boerhaave, Van Svvieten, Marteau de Granvilliers, Kirkland, de Meza), soit pur, soit plus ou moins étendu, comme modificateur des lésions de la cavité buccale, telles que chancres, aphthes, ulcérations scorbutiques, cancéreuses, gangreneuses. On l'a aussi conseillé contre le muguet, sous forme de collutoire ou de gargarisme; c'est là un moyeu illogique, car ce sont les alcalins, et non les acides, uni nuisent à la végétation delà mucé-
634 CHLORHYDRIQUE (emploi médical).
dinée du muguet; comme caustique, il est dangereux : Tardieu a rapporté le cas d'un enfant de quinze jours qui succomba après une cautérisation par l'acide chlorhydrique, pratiquée par sa mère pour le guérir du muguet. Bretonneau, et après lui Bourgeois, l'ont préconisé pour cautériser les affections diphthériques de la bouche et du pharynx. Ricord l'a opposé également comme caustique à la stomatite mercurielle. Malgré le soin que l'on prend d'éviter de toucher les dents, celles-ci sont toujours plus ou moins attaquées par cet hydracide, qui, même lorsqu'il est atténué par du miel, un sirop ou de l'eau, les offense par l'action dissolvante qu'il exerce sur les composés calcaires. Indépendamment des i^éserves que l'on peut faire sur son utilité, dans la diphthérie, par exemple, où d'autres modificateurs lui sont aujourd'hui préférés, ce n'est pas un caustique rationnel à porter sur la muqueuse buccale, palatine ou pharyngienne ; et môme dilué dans un collutoire ou dans un gargarisme, il offre plus d'inconvénients que d'avantages réels. Dumas (cité par Gubler) a remarqué que les ouvriers qui enlèvent les résidus de la fabrication de la soude artificielle, voient leurs dents s'amollir, devenir transparentes, et tomber tour à tour, privées de leurs sels calcaires par l'acide chlorhydrique constamment dissous dans la salive.
Plenck a préconisé l'acide chlorhydrique, incorporé avec un corps gras, contre la teigne, la gale, les dartres ; le bain acide a été employé dans les mêmes cas. L'expérience, à l'hôpital Saint-Louis, n'a point confirmé, dit Cazenave, l'efficacité de cas modes de traitement.
Van Wy l'a prescrit, depuis 5 et iO jusqu'à 50 et 60 gouttes dans 50 grammes d'eau de roses, comme stimulant ou même cathérétique, contre le cliémosis, les iungus de la paupière et de la cornée.
Une dissolution de cet acide fut vantée comme spécifique astringent contre la hernie par Le Prieur de Cabrières, qui en vendit le secret à Louis XIV.
Linné (cité par Gmelin) a indiqué un mélange d'acide muriatique et d'eau comme résolutif contre les engelures; Trousseau et Pidoux témoignent en faveur de ce moyen.
Les bains et les pédiluves chlorhydriques ont été employés contre les maladies du foie, les rhumatismes, la goutte. Rowley entre autres se vantait de guérir la goutte erratique en faisant mettre les pieds du malade dans un pédiluve aiguisé d'acide muriatique.
Ces pédiluves passaient pour irritants et révulsifs; on voyait les pieds, au sortir de ces bains, extrêmement tuméfiés, et l'on croyait ainsi avoir produit une révulsion énergique. Mais Dutrochet a constaté que l'addition d'acide chlorhydrique à l'eau, fût-ce seulement à la dose d'un millième d'acide, a pour résultat d'augmenter dans une proportion considérable les propriétés endosmotiques du liquide ; de sorte qu'en aiguisant d'acide chlorhydrique l'eau des pédiluves, •on favorise seulement l'endosmose de l'eau, et qu'au lieu de faire affluer vers les extrémités inférieures le sang ou les autres fluides de l'économie, on les en chasse plutôt mécaniquement, et l'on fait seulement pénétrer en grande proportion dans les tissus le liquide où baignent les pieds. 11 faut donc rayer ces pédiluves de la liste des révulsifs. Mais on peut les utiliser pour faire pénétrer sous la peau certains médicaments, soit en bains, soit en lotions ou en cataplasmes. Bretonneau a ainsi employé, en lotions aiguisées d'acide chlorhydrique, le chlorhydrate de morphine ; ici il faut d'autant plus ménager les doses qu'on est sûr d'une absorption énergique. Il a de même aiguisé l'eau des cataplasmes de plantes vireuses, dans le traitement des douleurs rhumatismales et
CIILORHYDRIQUE (toxicologie). 635
(névralgiques, et il a vu ces cataplasmes en devenir beaucoup plus calmants. Les pédiluves d'eau additionnée d'acide chloihydritjuc ont réussi à guérir des engelures ; mais on doit bien observer si chez les entants qu'on cherche à guérir de ce mal, cette fluxion n'a pas sur la santé une certaine influence ; dans ce cas il ne faut pas guérir les engelures brusquement (notes prises au cours de Trousseau, en 1844).
g IV. Toxicologie. L'acide chlorhydrique concentré est un poison corrosif, déterminant la mort plutôt par suite de son action cautérisante sur les organes digestifs et des graves désordres qui en résultent, que par les conséquences de son absoi'ption. Dans les expériences sur les animaux et dans quelques cas d'empoisonnement chez l'homme, cet acide enflamme et corrode les tissus à son passage, et produit ses effets les plus énergiques dans l'estomac, où l'on trouve après la mort une inflammation des plus intenses, avec des eschares, parfois même des perforations. La gravité des lésions locales suffiraient à expliquer quelques réactions du côté du système nerveux, qui toutefois peut aussi être influencé par l'absorption d'une partie du poison. Ainsi les chiens auxquels on fait avaler 8 à 12 grammes d'acide chlorhydrique, présentent ordinaireni.'ut un peu avant la mort des mouvements convulsifs très-violents, surtout dans les muscles du cou et de l'épine. Injecté dans les veines, cet acide produit la mort subitement en coagulant le sang.
La magnésie calcinée est considérée par Orfila comme le meilleur contrepoison à opposer à l'acide chlorhydrique; elle est préférable à l'hydrocarbonate de magnésie, qui donne lieu à un dégagement d'acide carbonique causant une distension pénible ou même fâcheuse de l'estomac. Les carbonates de soude et de potasse surtout lui sont encore plus i[iférieurs ; mais à défaut de magnésie et avant qu'on s'en soit procuré, une dissolution de savon, qu'on trouve plus facilement sous la main, peut être fort utile. On peut également administrer au premier moment de l'eau albumineuse ou du lait, qui joignent leur action émoUiente à l'atténuation des effets chimiques de l'acide qui forment avec les substances protéiques des coagulums moins irritantes.
Après ces premiers efforts tentes pour annihiler la substance toxique, vient immédiatement l'indication de faire vomir à l'aide de boissons aqueuses, tièdes, abondantes. Ensuite, il y aura lieu de relever l'organisme par des excitants internes et externes s'il était sidéré par la violence de la douleur et des lésions produites dans l'estomac, et bientôt après d'instituer le traitement que comportent les gastrites les plus aiguës. Alors, parmi les antiphlogistiques, le médecin choisira ceux en rapport avec l'intensité des lésions et les forces du malade, sans abuser, s'il les juge nécessaires, des émissions sanguines, imposées naguère avec un excès condamnable contre les empoisonnements de ce genre.
Les constatations médico-légales pourraient ofirir plus d'une difficulté s'il s'agissait d'un empoisonnement ayant quelques jours de date, et surtout si l'on devait opérer après une exhumation. L'acide chlorhydrique, transformé ou combiné, ne se retrouverait pas en quantité suffisante pour être précisé comme corps de délit. D'un autre côté, celui qui existe naturellement dans le suc gastrique, les chlorui'es qui se trouvent dans toutes nos humeurs et dans tous nos organes, pourraient, en se représentant dans les expériences, introduire dans les appréciations de l'expert dos causes d'erreur plutôt que des preuves ou même des indices. Il ne faut donc compter sur un résultat affirmatif que lors-
636 CHLORIQUE (acide).
qu'on procède dans un cas récent où l'on trouve à la fois : sur la muqueuse digestive des lésions se rapportant à l'action des poisons corrosifs, en général, et à celle de l'acide chlorhydriqae en particulier , dans les organes digestifs, des matières recelant encore des quantités appréciables à l'analyse, du poison ingéré. Ces matières, recueillies après la mort, ou des matières analogues vomies pendant la vie, seraient soumises à la distillation dans une cornue à laquelle on adapterait un récipient contenant un peu d'eau distillée. Si les matières suspectes contiennent de l'acide chlorhydrique libre, celui-ci se volatilisera et viendra se dissoudre dans l'eau du récipient. Il ne restera plus qu'à soumettre cette dissolution à l'épreuve des réactifs. Delioux de Savignac. BiLLioGRAPHiE. — FoRDïCE. Oïl i/te Virtucs of Murialic Acid or Spirit of Sea-Salt in the Cure of Putrid Diieascs. London, 1789. — Guyton-Morveau. Traité des moyens de désinfecter l'air, de j))'évcnir la contagion et d'en arrêter les progrès. Paris, 1801-1805. — Mébat et De Lens. Die. univ. de Mat. mcd., t. II. — Trousseau et Puioux. Ti-aité de thérap. et mat. méd., t. 1. — Cazenave (.\lpli.). Article Acide chlorhydrique du Dict. de méd. en 50 vol., t. XV. — GuBLER. Comm. thérap. du Codex. — Orfila. Traité de toxicologie. — Tardieu etPiOussiN. Élude méd. lég. et clin, sur l'empoisonnement. Paris, 1867. D. de S.
cnLORnYDRiQUE (Éther). Voy. Éthers.
CHLORllYDROPROTËlQl'E (AciDF.). En versant de l'acide chlorhydrique dans de l'albumine, on obtient mi précipité qui renferme 3,7 pour i 00 d'acide chlorhydrique, et qui, suivant Mulder, constituerait vmc combinaison particulière à laquelle il a doinié le nom d'acide chlorhydroprotéique ; l'existence de cet acide n'est pas généralement admise. L.
CHLORlDEiS. Ampère, dans une classification des corps simples, qu'il a proposée, a admis le groupe des chlorides; ce groupe, formé de corps simples métalloïdiques, chimiquement analogues au chlore, mono-atomiques comme lui, est constitué par les quatre métalloïdes suivants : fluor, chlore, brome et iode. L.
CHLORIIKUl!\E, C^-H*Cl-Az-0*. La chlorindine résulte de la substitution. de deux atomes de chlore à deux atomes d'hydrogène dans Vindine (C^-H'^Az^O*) {voy. ce mot) ; on la prépare en chauffant un peu au-dessous de 200° la chlorisatide {voy. ce mot). Peu à peu la chlorisatide de blanche qu'elle était prend une couleur brun violacé, en même temps de l'eau se dégage, le résidu est formé par un mélange de chlorindine et de chlorisatine.
2(C=^H'»CPAz^0«) = C'^H^CPAz^O' + 2(C'«IPC10*) -h 4H0
Chlorisatide. Clilorindine. C.lilorisatine. Eau.
On opère la séparation en traitant par l'alcool bouillant qui dissout la chlorisatine.
La chlorindine se présente sous la forme d'une poudre amorphe, colorée en violet sale. Elle est insoluble dans l'eau, lalcoolet Vacide cldorliydrique. L.
CHLORl\DOPTiQUE (Acide). Voy. Trichlorophekique (Acide).
CULORlQUE (Acide), ClO^; HO. Quand on fait réagir le chlore sur une solution concentrée de potasse caustique, il se forme du chlorure de potassium et du chlorate de potasse.
6(K0,H0) -h 6C1 = 5KCI 4- ClO^KO
Hydrate Chlore. Chlorure Chlorate
de polajse. de potassium. de potasse.
Le chlorate de potasse moins soliiblo se dépose, on le purifie par plusieurs
CHLORIQUE (acide). 657
cristallisations. Pour mettre l'acide chlorique en liberté on traite une solution saturée de chlorate de potasse par l'acide hydro-fluo-silicique, il se forme un précipité gélatineux de iluo-silicate de potasse, et l'acide chlorique reste en solution, mélangé avec l'excès d'acide hydro-fluo-silicique qu'il a fallu employer pour précipiter toute la potasse ; pour opérer la séparation on sature la solution |)ar une dissolution de baryte, il se forme un fluo-silicate de baryte insoluble, et du chlorate de baryte soluble ; on filtre, et, après avoir concentré la solution de chlorate de baryte on le décompose avec précaution par l'acide sulfurique, qu'il importe de ne pas ajouter en excès. On filtre pour séparer le sulfate de baryte, et on concentre la liqueur qui ne contient plus que de l'acide chlorique, sous le récipient de la machine pneumatique, jusqu'à consistance sirupeuse. On ne pourrait pas employer la chaleur pour cette concentration, car déjà un peu audessus de 40° l'acide chlorique se décompose en acide perchlorique CIO'' qui reste dans la liqueur, et en acide chloreux ClO^ qui se dégage sous la forme d'un gaz jaune ; à une température plus élevée l'acide chlorique se décompose en acide perchlorique, chlore et oxygène.
Propriétés. L'acide chlorique est un liquide très-acide, jaune, sirupeux, soluble dans l'eau en toutes proportions. Un papier bleu de tournesol qu'on plonge dans sa dissolution rougit d'abord, mais bientôt il se décolore aussi complètement que si on le plonge dans une solution de chlore. L'acide chlorique ost un agent d'oxydation très-puissant ; mis en contact, dans un état trèsconcentré, avec le soufre, le phosphore, l'alcool, le papier, il enflamme ces corps instantanément : mis en présence de l'acide chlorhydrique, il se forme de l'eau et il se dégage du chlore en abondance.
ClO^HO + 5HC1 = 6110 + 6C1
Acide Acide Eau. Chlore.
Chlorique. Chlorhydrique.
A l'état de pureté, l'acide chlorique ne précipite pas le nitrate d'argent ; mais très-concentré, il renferme toujours du chlore provenant de sa décomposition partielle, et donne alors un précipité blanc de chlorure d'argent.
Perchlorique acide, CIO'. Lorsqu'on chauffe le chlorate de potasse dans une cornue pour préparer l'oxygène, la matière fond d'abord, et de l'oxygène se dégage pendant un certain temps, mais alors la fluidité de la matière restée dans la cornue diminue, et, si l'on n'augmente pas la température, il arrive un moment où elle devient pâteuse, et le dégagement de l'oxygène s'arrête. Si alors on laisse refroidir le récipient, on trouve comme l'ésidu un mélange de chlorure de potassium et de perchlorate de potasse ; ce dernier sel, peu soluble dans l'eau peut être facilement séparé par cristallisation; c'est du perchlorate de potasse ainsi obtenu qu'on extrait l'acide perchlorique, en suivant exactement le procédé indiqué ci-dessus pour l'extraction de l'acide chlorique. Mais, l'acide perchlorique étant beaucoup plus stable que l'acide chlorique, on peut évaporer directement sa solution par la chaleur sans avoir recours à la machine pneumatique. Après avoir concentré la solution jusqu'à consistance sirupeuse, ou la distille dans une cornue de verre ; les premières parties qui passent à la distillation renferment beaucoup d'eau, la température s'élève peu à peu et à 200" l'acide distille, il possède alors une densité de 1,65. 11 constitue un liquide sirupeux, incolore, très-acide, rougissant fortement le tournesol sans le décolorer, dans cet état il renferme encore de l'eau en excès ; pour le lui enlever, on le chauffe dans une cornue avec quatre fois son poids d'acide sulfurique concentré;
638 GHLORISATIDE.
les premières portions qui passent (vers 100°) se condensant en un liquide jaune, très-mobile, c'est l'acide perchlorique monohydraté, CIO'', HO ; peu à peu la température s'élève, et vers 200", il passe un liquide qui se prend, par le refroidissement, en une masse blanche cristalline ; c'est l'acide perchlorique bi-hydrate, C10\ 2H0.
L'acide perchlorique monohydrate possède une densité de 1,78 à 15" de température. Son affinité pour l'eau est très-grande, mis en sa présence, il s'y combine avec un sifflement pareil à celui que produirait un 1er rouge. Quand on le met en contact avec des matières combustibles telles que le papier, le bois et surtout le charbon de bois, il produit une violente explosion ; il produit également une explosion avec l'éther, mais on peut le mélanger impunément à l'alcool. Lorsqu'à cet acide monohydraté on ajoute 18 pour 100 de son poids d'eau on obtient les cristaux de l'acide bi-hydraté. Ces cristaux constituent des aiguilles qui .ont souvent plusieurs centimètres de longueur; exposés à l'air ils émettent des vapeurs blanches tombent en déliquescence, et forment un liquide incolore et sirupeux. L.
CHrORISAMiDE. C'^H*-CPAz*0^ On commence par préparer du chlorisatate d'ammoniaque, en précipitant une solution alcoolique du chlorisate de potasse par du sulfate d'ammoniaque ; il se précipite du sulfate de potasse que l'on sépare à l'aide du filtre; la solution renfermant la chlorisamide, qui s'est produite par la chaleur, est évaporée en consistance pâteuse ; quand on reprend par l'eau, cette dernière reste à l'état insoluble.
Elle constitue une matière jaune, pulvérulente, insoluble dans l'eau froide et bouillante, soluble dans l'alcool. Les acides étendus et froids la convertissent en acide chlorisamique, chauds, ils la transforment en chlorisatine, et concentrés ils la dissolvent en se colorant en violet. L.
CHLORISATATES. L'acide chlorisatique ne peut être obtenu en liberté, car si l'on décompose le chlorisatate de potasse par l'acide chlorhydrique, il se précipite de la chlorisatine.
Les chlorisatates s'obtiennent par double décomposition avec le chlorisatate de potasse, et celui-ci s'obtient en traitant la chlorisatine par une dissolution de potasse caustique, il se produit immédiatement une coloration rouge foncée qui disparaît bientôt pour faire place à une coloration jaune pâle ; on concentre la liqueur, et par le refroidissement le chlorisatate de potasse cristallise, on le purifie par des cristallisations dans l'alcool. Ce sel forme des paillettes jaune clair, qui se dissolvent dans l'eau en lui communiquant la même couleur. Sa saveur est très-amère, la chaleur le décompose.
CHLORlJiiATlDE. C^-H'^CPAz^O^ La chlorisatide résulte de la substitution de deux atomes de chlore à deux atomes d'hydrogène dans l'isatide. C'^H'^Az^O*. On l'obtient en traitant la chlorisatine par le sulfhydrate d'ammoniaque. C'est un précipité blanc et pulvérulent, insoluble dans l'eau froide, peu soluble dans l'eau bouillante, soluble dans l'alcool bouillant, et s'en séparant par refroidissement en croûtes blanches cristallines.
Soumise à une température de 200", la chlorisatide, dégage de l'eau, et se *\édouble en chlorisatine et en chlorindine.
2(C^41'»CPAz20^) = G^^ffAz^CPO* -H 2(G"H*ClAzO*) -h 4H0
Chlorisatide. Chlorindine. Chlorisatine. Eau.
CIILOROBENZINE. 639
CULORISATIMIUE. C**H'^Cr^Az^O^ Ce composé se produit en faisant passer de l'ammoniaque anhydre sur de la chîorisatine bien sèche arrosée d'alcool absolu. La chlorisatimide se dépose au bout de quelque temps sous la forme d'une poudre jaune et cristalline, insoluble dans l'eau, peu soluljle dans l'alcool bouillant, mais assez soluble dans l'alcool ammoniacal. L.
CHLORBSA'ffllME. On en connaît deux, la chîorisatine C'H^ClAzO*, et la bichlorisatine C^^H^d'^AzO*. Toutes les deux résultent de la substitution d'un ou de deux atomes de chlore à un ou deux atomes d'hydrogène dans l'isatine G^'^H^AzO*. Ces deux substances ont d'ailleurs une analogie remarquable de forme et de propriétés avec ïisatine {voji. ce mot). Toutes les deux résultent de l'action prolongée du chlore sur l'indigo bleu pulvérisé et délayé dans de l'eau; l'indigo bleu, en absorbant du chlore, se change en une matière jaune rougeâtre composée d'un mélange de chîorisatine et de bichlorisatine ; on traite par l'alcool bouillant, par le refroidissement, la chîorisatine se dépose la première.
La chîorisatine cristallise dans le système rhombique, ses cristaux sont de couleur orangée, inodores, et présentent une saveur très-amère. Pulvérisés, ils .excitent l'éternument. La chîorisatine est presque insoluble dans l'eau froide, l'eau bouillante la dissout avec une teinte orangée. L'alcool la dissout bien mieux ; elle ne rougit pas le tournesol. L'acide sulfurique concentré la dissout sans l'altérer, et la laisse précipiter par l'addition de l'eau. La potasse caustique la dissout en lui communiquant une teinte rouge foncé {chlorisatite de potasse). Quand on chauffe la solution, la coloration disparaît, et le liquide renferme du chlorisatate de potasse.
Bichlorisatine. Cette substance reste dans la solution alcoolique de laquelle la chîorisatine s'est séparée. On la purifie par des cristallisations dans l'alcool. Elle cristallise en aiguilles raccourcies, brillantes et de couleur aurore. Elle est plus soluble dans l'eau que la chîorisatine ; l'alcool la dissout encore mieux.
En présence d'une solution alcoolique concentrée de potasse caustique, il se produit une solution rouge intense, qui se prend bientôt en une bouillie cristalline d'un noir violacé, c'est le bichlorisatite de potasse, que la chaleur décolore et transforme en bichlorisatate de potasse. L.
CHLORITES. L'acide chloreux GIO' est un acide très-peu stable, il se décompose déjà, avec explosion, à la température de 57" en chlore et en oxygène ; les sels qu'il peut former avec les oxydes métalliques sont très-peu stables aussi, une simple évaporation les décompose, du chlore et de l'oxygène se dégagent, et on ne trouve comme résidu qu'un chlorate et un chlorure ; cependant lorsqu'on sature la solution jaune d'acide chloreux par de l'eau de chaux, et qu'on ajoute une solution d'azotate de plomb, on obtient un pi-écipité abondant de chlorite de plomb qui, desséché, détone à la température de 100».
CHIiOROBEIVKillVlinE;. C^*H''ClAzO^ Ce corps se produit par la réaction du carbonate d'ammoniaque sur le chlorure de chlorobenzoïle ; il cristallise en très-belles aiguilles de sa dissolution alcoolique; il est insolubledans l'eau; traité par une solution bouillante de potasse caustique, il dégage de l'ammoniaque. L.
CHLOROBENZINE. Le chlore en agissant sur la benzine, forme un grand
640 CHLOROBENZINE.
nombre de dérivés chlorés, soit par simple addition, soit par substituti-on du chlore à l'hydrogène de la benzine. Ces divers dérivés chlorés prennent naissance suivant la méthode d-c chloruration employée.
Fait-on agir le chlore sur la benzine sous l'influence des rayons solaires, ce sont des dérivés par addition qui se forment. Exemple : on verse de la benzine dans un flacon rempli de chlore gazeux, et on l'expose aux rayons directs du soleil ; les parois du flacon se trouvent bientôt tapissées de cristaux transparents et iriables d'une blancheur parfaite, si le chlore ne se trouve pas en excès ; on les obtient purs en les faisant cristalliser dans l'alcool ; ils sont formés de benzine à laquelle six atomes de chlore se sont ajoutés et ont par conséquent la formule G'WCP.
Fait-on réagir au contraire le chlore sur la benzine à la lumière diffuse ? il se forme, surtout quand on ajoute une petite quantité d'iode à la benzine, des produits de substitution dans lesquels, chaque atome d'hydrogène de la benzine est successivement remplacé par un atome de chlore ; ainsi fait-on agir deux atomes de chlore sur la benzine, il se forme une molécule d'acide chlorhydrique qui se dégage, et le second atome de chlore remplace l'atome d'hydrogène enlevé par le premier, et il se forme de la benzine monochlorée C'^H^Cl. Quatre atomes de chlore produisent deux molécules d'acide chlorhydrique, et la benzine bichlorée C'*H*C1% et ainsi de suite jusqu'à ce que tout l'hydrogène de la benzine soit remplacé par le chlore ; les produits suivants sont : la benzine trichlorée G»^fFCl% la benzine tétrachloréc C'^l^Cl*, la benzine pentachlorée C'-llCP et la benzine perchlorée C'^Cl*. Tous ces dérivés chlorés de la benzine, exposés aux rayons solaires, en présence du chlore, peuvent former, comme la benzine pure des combinaisons par addition.
Monochlorobenzine. On fait réagir le chlore sur la benzine à laquelle on a ajouté une petite quantité d'iode ; quand du chlore en excès commence à passer, on arrête l'opération, et on distille le produit en ne conservant que ce qui passe audessus de 130". Le produit huileux est lavé avec une solution alcaline pour enlever l'excès de chlore et l'iode ajouté, puis avec de l'eau. Ce produit est de la monochlorobenzine impure, on la soumet à la distillation fi-actionnée. Le liquide qui passe au-dessus de 150» est refroidi dans la glace, il abandonne en abondance des cristaux de benzine bichlorée, que l'on sépare par tîltration. Le point d'ébuUilion est par là notablement diminué, on recommence la distillation froctionnée et le refroidissement à plusieurs reprises jusqu'à ce qu'il ne se dépose plus de cristaux, et on distille une dernière fois en ne conservant que ce qui passe à lo3».
La benzine monochlorée est un liquide incolore, très-fluide, très-réfringent, d'une odeur aromatique analogue à celle de l'essence d'amandes amères. Elle entre en ébuUition à 155". Un froid de — 40" ne la solidifie pas, sa densité est 1,130. Elle est insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther, le sulfure de carbone. La potasse caustique, l'ammoniaque, l'acétate d'argent, ne l'attaquent pas, même à une température très-élevée. L'acide azotique la transforme en nitro-chlorobenzine, laquelle par des agents de réduction appropriés, est transformée en aniline monochlorée.
Les autres benzines chlorées s'obtiennent par l'action du chlore, en présence d'une petite quantité d'iode sur la benzine chlorée qui les précède.
La benzine bichlorée est solide à la température ordinaire, elle fond à -h 33 et bout à 171", elle distille sans altération, sa densité est de 1 ,46, elle brûle avec une
CHLOROBENZOILE. 641
flamme fuligineuse bordée de vert ; elle a pour dissolvant les mêmes corps que la précédente, cependant elle est peu soluble dans l'alcool froid. La benzine trichlorée est solide à la température ordinaire, elle entre en fusion à 17", elle entre en ébuUition à 206°. Les dissolvants sont les mêmes que ci-dessus ; elle n'est attaquée ni par la potasse caustique, ni par l'ammoniaque ; l'acide azotique fumant la transforme en nitrobenzine trichlorée.
La benzine tétrachlorée se présente en cristaux aiguillés incolores, insolubles dans l'eau et l'alcool froid ; ses dissolvants sont les mêmes que ci-dessus. Elle brûle avec une flamme fuligineuse bordée de vert. La potasse caustique ne l'attaque pas même à chaud, l'acide azotique fumant et froid ne l'attaque pas ; mais à l'ébullition, il la transforme en nitrobenzine tétrachlorée.
La benzine pentachlorée est solide, elle cristallise en fines aiguilles fondant à -f-74°; à 272° elle entre en ébullition et distille sans altération; ses dissolvants sont les mêmes que pour la précédente. L'acide nitrique fumant la transforme à l'ébullition en nitrobenzine pentachlorée.
La benzine perchlorée est solide, presque inodore, elle cristallise en prismes rhomboidaux droits, elle entre en fusion à 226° et bout à 532°, elle est insoluble dans l'eau et l'alcool froid et bouillant ; ses dissolvants sont l'éther, la benzine, le chloroforme, le sulfure de carbone. La potasse caustique, les acides minéraux concentrés, sont sans action sur elle, même à l'ébullition, le chlore ne forme avec elle, au soleil, aucun composé d'addition. L.
CHLOROBENZOILE. Ce corps se produit par l'action du chlore sur l'hydrure de benzoïle (essence d'amandes amères). Cahours l'a obtenu en traitant, l'acide benzoïque par le perchlorure de phosphore.
Par l'action du chlore sur l'hydrure de benzoïle, il se forme de l'acide chlorhydrique qui se dégage et du c'ilorobenzoïle.
Ci*H»O^H -h 2C1 = C^'H^O'^Cl + HCl
H^drnre Chlore. Chlorobenzoile. Acide
de benzoïle. chlorhydrique.
Pour le préparer avec l'acide benzoïque et le perchlorure de phosphore, on distille ensemble dans une cornue 122 parties du premier et 211 parties du second. On chauffe d'abord doucement ; bientôt il s'établit une réaction trèsviolente ; il se dégage de l'acide chlorhydrique. Lorsque la réaction s'est calmée, on distille le résidu liquide, en mettant à part les portions qui passent avant 196» ; ces premières portions sont un mélange de chlorobenzoïle et d'oxychlorure de phosphore. Le liquide qui distille ensuite est du chlorobenzoïle par Ci*H«0* -h PhCP = C^^H^O^Cl 4- PhCTO^ + HCl
Acide Perchlorure Chlorobenzoïle. Oxychlorure Acide
benzoïque. de phosphore. de phosphore. Chlorhydrique.
A l'état de pureté le chlorobenzoïle se présente sous la forme d'un liquide limpide, incolore, d'une odeur très-pénétrante analogue au raifort, il brûle ave?, une flamme fuligineuse bordée de vert, sa densité est de 1,196, et son point d'ébuUition à 196°. L'eau froide ne le dissout pas, mais l'eau bouillante le dédouble peu à peu en acide benzoïque et en acide chlorhydrique. C'*H^0^C1 + 2110 = G'*H»0* -h HCl
Chlorobenzoïle. Eau. Acide Acide
benzoïque. chlorhydrique.
Les solutions alcalines le transforment immédiatement en chlorure et benzoate alcalin.
BICT, ENC. XVI. 41
642 CHLOROBUTYRONE.
L'ammoniaque anhydre donne avec le chlorobenzoïle du chlorhydrate d'ammoniaque et de la benzamide.
C'MPO^Cl + 2ÂzFP = AzH\Cl + G'^H^AzO"
Chlorobenzoïle. Ammoniaque. Chlorhydrate Benzamide.
d'ammoniaque.
CHLOROBENZOIQUE (Acide). En faisant réagir le chlore sur l'acide Leiizoïque sous rinllueuce des rayons solaires, ou obtient des dérivés chlorés de plusieurs ordres ; il se produit, suivant la durée de l'opération, des acides benzoïques, mono, bi et trichlorés, dont la séparation est difficile à opérer ; en traitant l'acide benzoique par du chlorate de potasse et de l'acide chlorhydrique, ou obtient des mélanges du même genre. Pour -obtenir l'acide chlorobenzoïque pur, il faut traiter l'acide salicilique par du perchlorure de phosphore. Le mélange de ces deux substances ne tarde pas à se liquéfier avec dégagement de clialeur. Le produit est soumis à la distillation ; il se dégage de l'acide chlorhydiique pendant toute la durée de l'opération, en même temps il se forme un sublimé blanc. On rectitie le produit de la distillation et on ne recueille que ce qui passe entre 200" et 250". Le produit est du chlorure de chlorobenzoïle, on le traite par l'eau bouillante qui le décompose eu acides chlorhydrique et chlorobenzoïque. L'acide chlorobenzoïque C'HPCIO', à l'état de pureté se présente sous la forme de belles aiguilles brillantes, il se dissout en grande quantité dans l'eau bouillante, la solution, refroidie, se prend en une masse de très-belles aiguilles. 11 se sul)lime sans altération. Il se combine avec les oxydes métalliques et forme des chlorobenzoates qui présentent une grande analogie avec les benzoates. L.
CHLOROBORl<jl7E (Acide). Chlorure de boue. BoCP. On obtient ce composé en chauffant dans un tube de porcelaine un mélange intime d'acide borique et de charbon finement pulvérisé, pendant que ce tube est traversé par un courant de chlore ; il se forme de l'acide chloroborique et de l'oxyde de carbone
BoÛ' -t- oCl + 3G =: 5Co -+- BoGP
Acide Chlore. Carbone. Oxyde Aciile
borique. de caibone. chloroborique.
En dirigeant le produit de la réaction dans un récipient bien sec, et refroidi à l'aide d'un mélange de glace et de sel, le chlorure de bore se condense eu un liquide transparent très-mobile, d'une densité de 1,55. La densité de la vapeur iihloroborique est de 5,49. A l'air humide, il répand d'épaisses vapeurs blanches ; au contact de l'eau, il se décompose immédiatement eu acides borique et chlorhydrique.
BoCP + 5Ho = 5HC1 + BoO^
Acide Eaii. Acide Acide
chloroborique. chlorhydrique. borique.
CHLOROBlITYROiVE. CHLOROBI3TYRÈNE. C^H'^Cl. On l'obtient en distillant un mélange de perchlorure de phosphore et de butyrone. (La butyrone est à Vacide butyrique ce que VacélOJie est à l'acide acétique.) Une vive réaction ■i liiiu : il se dégage de l'acide chlorhydrique, et le chlorobutyrène distille. Pu-
CIILOROCARBOA'IQUE. 643
rifié par distillation, et en ne recueillant que ce qui passe vers 116", le chlorobutyrène se présente sous la forme d'un liquide incolore, insoluble dans l'eau, et plus léger qu'elle, d'une odeur pénétrante, il entre en ébuUition à 116°. Il se dissout en toutes proportions dans l'alcool et dans l'éther ; sa dissolution alcoolique ne précipite pas par le nitrate d'argent; enflammé, il brûle avec une flamme fuligineuse bordée de vert. L.
CHLOROCAMPHÉIWE. Lorsqu'on expose le camphre artificiel solide ou monocUlorhydrate d'essence de térébenthine, à l'action du chlore gazeux sous l'influence des rayons solaires, l'action du chlore est très-lente, le camphre artificiel se liquéfie d'abord, et finit par se transformer en un corps cristallisé, c'est le chlorocamphène ; l'odeur de ce corps est très-faible et rappelle l'odeur de la pomme de reinette ; pendant toute la réaction, de l'acide chlorhydriqne se dégage.
Les cristaux de chlorocamphène fondent à la température de 115", si on élève la température ; ils se décomposent, de l'acide chlorh^drique se dégage et on obtient un mélange d'huiles chlorées, et du camphre artificiel. L.
CHLOROCA9IPHIKE. L'action du chlore sur le camphre des laurinées n'est pas très-énergique, même au soleil, mais si on dissout le camphre dans le protochlorure de phosphore, et qu'on fasse passer dans cette solution un courant de chlore, il se dégage de l'acide chlorhydriqne et il se forme plusieurs dérivés chlorés du camphre. Si l'action du chlore, favorisée par la chaleur est assez prolongée, on obtient du camphre sexchloré C-^H^CPO^ On agite le produit avec de l'eau ; puis avec du carbonate de soude, et on le dessèche au bain-marie.
Le camphre chloré broyé avec parties égales d'iode, se ramollit ; si on soumet ce mélange à la distillation, on obtient une liqueur huileuse, brune et fumante, chargée d'iode , d'acide iodhydrique et d'acide chlorhydrique ; on l'agite avec de la potasse caustique ; la pai'tie insoluble dans la potasse constitue une huile chlorée fluide, d'une odeur agréabie de Macis : c'est la Chlorocamphine. L.
CHLOROCARBOI\IIQlJE (Acide). CHLOROXTCARBOAilQUE (Acioe) CO.Gl.
Dans un grand ballon parfaitement sec on introduit volumes égaux de chlore et d'oxyde de carbone, puis on les laisse exposés pendant quelque temps à l'action directe des rayons solaires, peu à peu la couleur jaune verdâtre du chloi'e disparaît, et la combinaison des deux gaz s'est effectuée. En ouvrant le ballon on voit que le volume des gaz a été diminué de moitié. Un volume de gaz oxyde de carbone absorbe donc un volume de chlore et forme un volume de gaz clilorocarbonique.
L'acide chloroxycarbonique est un gaz incolore, d'une odeur suffocante, et provoquant le larmoiement.
On obtient sa densité en ajoutant à la densité du chlore. 2,440 Celle de l'oxyde de carbone, qui est 0,967
Densité de l'acide chlorocarbonique 3,407
D'après la formule GO. Cl on peut le considérer comme de l'acide carbonique dans lequel 1 équivalent ou 1 volume d'oxygène a été remplacé par 1 équivalent ou 2 volumes de chlore.
On obtient plus facilement cet acide, en faisant passer du gaz oxyde de car-
644 CHLOROCINNOSE.
bone à travers du perchlorure d'antimoine SbCl^. il se forme du protochlorure d'antimoine SbCP, et le gaz chloroxycarbonique se dégage.
Mis en contact avec de l'eau, il se décompose en même temps qu'un équivalent d'eau, il se forme de l'acide chlorhydrique et de l'acide carbonique. L.
CO.Cl H- HO = HGl + CO^
Gaz Eau. Acide Acide
chloroxycarbonique. chlorhydrique. carbonique.
CHLOROCARVÉNE. L'essence de carvi est un mélange d'une essence liydrocarbonéc C^^H'^et d'une huile oxygénée. On parvient à séparer l'hydrocarbure (carvène) par des distillations fractionnées. Cette carvène, isomère de l'essence de térébenthine, donne un dérivé chloré, quand on la fait traverser par un courant de chlore; de l'acide chlorhydrique se dégage, et l'hydrogène enlevé est remplacé par le chlore ; le produit constitue la Chlorocarvène G^^H'^Cl.
En faisant traverser la carvène par un courant d'acide chlorhydrique, on obtient un bi-chlorhydrate solide, en cristaux l'adiés d'un blanc de neige, ces cristaux sont très-solubles dans l'eau, mais la solution se décompose par la chaux f on ne peut les sublimer sans décomposition. L.
CHLOROCÉTTLE. G^^fP^Cl. Le cétyle est le radical alcoolique de l'alcool célyliqne, ou étlial {votj. ce mot); ce radical G^^H^^ se combine, à la manière de lélhyle avec le chlore pour former le chlorure de cétyle ou Chlorocétyle, éther chlorhydrique de l'alcool cétylique.
Pour le préparer, on mêle, dans une cornue, parties égales d'éthal et du perchlorure de phosphore, l'un et l'autre en fragments. Bientôt une vive réaction a lieu ; il se dégage de l'acide chlorhydrique en abondance. En chauffant ensuite la cornue, il passe d'abord de l'oxychlorure de phosphore, puis ensuite du chlorure de cétyle; on lave ce dernier à l'eau bouillante, et on le dessèche dans le vide à une température de 120°. S'il renfermait encore de l'acide chlorhydrique, il faudrait le distiller sur un peu de chaux vive.
Le chlorure de cétyle se présente sous la forme d'une huile plus légère que l'eau insoluble dans ce liquide, soluble dans l'alcool et dans l'éther. Les acides étendus, et les solutions alcalines caustiques ne l'attaquent pas. L.
CHLOROCIKIV AMÈNE. Voy. Ghlorostyrol.
CHLOROCINIWOSE. G''H*C1*0*. L'essence de cannelle du commerce est u» mélange d'un hydrocarbure, et d'une essence oxygénée ; cette dernière constitue riiydrure de cynnamyle ou aldéhyde cinnamique G'^H^O^, elle est susceptible d'échanger 4 atomes de son hydrogène contre 4 atomes de chlore ; le produit de cette substitution, c'est la Chlorocinnose .
On distille, à plusieurs reprises l'aldéhyde cinnamique dans une atmosphère de chlorure gazeux, peu à peu il se produit des aiguilles blanches tout à fait volatiles ; pendant toute la réaction, de l'acide chlorhydrique se dégage ; on recueille ces aiguilles et on les sublime de nouveau, après les avoir traitées par une solution alcaline.
La chlorocinnose cristallise en prismes déliés, elle est insoluble dans l'eau, liès-soluble dans l'alcool et l'éther ; elle entre en fusion à une douce chaleur, et se sublime sans altération. Ni l'acide sulfurique concentrée, ni l'ammoniaque n'ont d'action sur elle. L.
CHLOROCYANILIDE. 645
CHLOROCUMINOL OU hydrure de chlorocumyle. C^'H^CIO*. L'essence do cumin est formée par l'aldéhyde cuminique ou hydrure de cumyle, C^''H"OMI et par un hydrocarbure : la cymène. On sépare ces deux essences par distillation fractionnée. Si dans l'hydrurede cumyle C^"H"O^H, on remplace i atome d'hydrogène par 1 atome de chlore, on obtient le Chlorocuminol, ou aldéhyde cuminique mono-chloré.
On fait passer du chlore sec dans l'hydrure de cumyle, également desséché ; I;j chlore est absorbé en même temps qu'il se dégage de l'acide chlorhydrique. Ln produit est jaunâtre, plus dense que l'eau, d'une odeur très-forte ; il s'altère i ,^pidement à l'air humide ; il se forme de l'acide chlorhydrique et de l'acide cuminique.
C20HUO-2.C1 + 2H0 = HCl + C^«H"0'.HO
Chlorocuminol. Eau. Acide Acide
chlorhydrique. cuminique.
Une goutte de chlorocuminol abandonnée à l'air humide se transforme du jour au lendemain en cristaux parfaitement blancs d'acide cuminique. L.
CHLOROCÏAIVAIMIDE. Cy'Az^CHI*. Ce composé prend naissance par l'action de la variété solide du chlorure de cyanogène sur de l'ammoniaque liquide, ou bien en faisant passer un courant de gaz ammoniaque sur le chlorure de cyanogène solide renfermé dans un tube; il se forme en même temps du chlorhydrate d'ammoniaque. En faisant digérer le chlorure de cyanogène i-éduit en poudre dans la ■dissolution ammoniacale, la chlorocyanamide se dépose en flocons blancs, et le sel ammoniac reste en dissolution dans l'eau.
Cy-^Cl' -f- IkzW
= 2HC1 H- Cy^Az»H*Gl
Chlorure Ammoniaque, de cyanogène solide.
Acide Chlorocyanamide, chlorhydrique.
La chlorocyanamide forme une poudre blanche, insoluble dans l'eau; la chaleur la décompose, il se dégage de l'acide chlorhydrique et du chlorhydrate d'ammoniaque, et le résidu est formé d'hydro-mellon pur [voy. Mellon). Une lessive de potasse caustique la dissout, et l'acide chlorhydrique sépare de la solution un abondant précipité d'amnieline {voy. ce mot). L.
CHLOROCTANE. Ce mot, peu usité est synonyme de chlorure de cyanogène ivoy. Cyanogène [chlorure de]). L.
CHLOROCTASIILIDE. C^^H'^Az^CP. Ce corps est le produit de la réaction du chlorure de cyanogène solide sur l'aniline.
On met dans un ballon de l'anihne, de l'eau tiède et un peu d'alcool pour favoriser la dissolution de l'aniline; dans ce mélange on projette du chlorure de cyanogène solide réduit en poudre. Aussitôt la réaction commence et il se dépose une poudre blanche qui est lechlorocyanilide; la liqueur renferme en dissolution eu chlorhydrate d'aniline.
La chlorocyanilide est insoluble dans l'eau ; elle se dissout un peu dans l'alcool bouillant, ou, par le refroidissement, elle cristallise en lames brillantes. Soumise à une chaleur modérée, elle fond en un liquide transparent, qui, par le refroidissement, se prend en une masse cristalline formée par des aiguilles radiées. Soumise à une température plus élevée, elle se décompose, de l'acide chlorhydrique se dégage, et il reste une matière jaunâtre semblable à de ralbumine desséchée.
646 CHLOROFORME (chimie).
Une solution bouillante de potasse caustique dissout la chlorocyanilidc. Les acides dilués précipitent de cette solution, des flocons blancs, qui paraissent être la phényl-ammeline L-
CHLOROCTANIQIJE (Acide). C^lPAzO^ En traitant du cyanate de potasse, bien desséché, par un courant de gaz acide chlorhydrique également bien sec, il se forme du chlorure de potassium, et l'acide cyanique, mis en liberté réagit sur l'excès d'acide chlorhydrique, et forme avec lui une combinaison : l'acide chlorocyaniqiie ou chlorhydrate d'acide cyanique. Cette combinaison est liquide, incolore, volatile; elle possède une odeur extrêmement vive et piquante. En présence de l'eau ou de l'air humide, elle se décompose en acide carbonique et chlorhydrate d'ammoniaque ; ou bien, si la décomposition a lieu dans des tube& scellés, en acides carbonique, chlorhydrique et en cyamélide. En présence de l'alcool absolu, l'acide chlorocyanique forme de l'acide chlorhydrique et de l'éther cyanique. L.
CHLOROFORME, g I. Chimie. C^lICP équiv. ou CHCl^ atom. Le chloroforme a été découvert en France (1851) par Soubeiran, et presque simultanément en Allemagne par J. Liebig. Le chloroforme est un liquide incolore, très-mobile; il possède une densité considérable, 1,48 à +18", et tombe au fond de l'eau sous la forme de gouttelettes sphériques et transparentes. Sous la pression de 0",760, ce liquide bout à la température de + 60", 8. L'odeur du chloroforme est éthérée et très-suave ; sa saveur est très-piquante et en même temps sucrée. Dans le mémoire originel de 1831, Soubeiran fait déjà remarquer que : « lorsqu'on le respire, les vapeurs qui pénètrent dans l'arrière-bouche développent une sensation sucrée », et il ajoute avec beaucoup de justesse : « on pourrait presque dire qu'il possède une odeur sucrée. »
Le chloroforme se dissout en toutes proportions dans l'alcool absolu et dans l'éther sulfurique, il est au contraire peu soluble dans l'eau qui, à la température de+ 15<=, en prend environ 1/100 de son poids. L'incombustibilité du chloroforme est remarquable et est un de ses avantages lorsqu'il s'agit de l'employer comme agent anesthésique. Ce liquide ne peut pas être enflammé par le contact d'un corps en ignition, il nebrûle pas, même dans la mèche d'une lampe qui en est pleine. Je ne suis parvenu à voir la flamme du chloroforme pur qu'en dirigeant sur une mèche imprégnée de ce liquide, le gaz enflammé d'un bec de Bunsen; le chloroforme donne alors une flamme rougeâtre, non bordée de vert^ et dégage une fumée noire, fuligineuse et d'abondantes vapeurs d'acide chloi-hydrique.
Un certain nombre de corps simples tels que l'iode, le soufre et le phosphore se dissolvent en proportion notable dans le chloroforme ; parmi les matières orga- «iques qyi s'y dissolvent également, il convient de citer : les corps gras, un grand Tiombre de résines, plusieurs alcaloïdes végétaux, la cantharidine, la digitaline, etc..
Soumis à l'action d'une température élevée, et sous l'influence de divers agents énergiques, e chloroforme subit des modifications plus ou moins intéressantes. Parmi ces réactions dont l'importance théorique est incontestable, mais dont l'exposition détaillée serait ici déplacée, nous nous bornerons à citer 1 influence déshydrates alcalins. Si l'on soumet le chloroforme à une ébullition suffisamment prolongée avec une solution alcoolique d'hydrate de potasse, il se détruit entièrement et se transforme en acide formique et chlore qui se combinent au potassium, tandis qu'il y a dégagement d'eau. Cette réaction fondamentale, bien étudiée par
CHLOROFORME (chimie). 047
M. Dumas ,a conduit cet illustre cliimisteà assigner au chloroforme sa véritable formule et à donner à ce composé le nom qu'il porte aujourd'hui ; elle peut être représentée par les termes de l'égalité suivante : C^HCP + 4(K0,I10) = G^KIIO* + 5C]K-f-4(HO).
Autant nous sommes bref sur ces points théoriques, autant nous croyons utile dans un ouvrage médical d'exposer avec soin tout ce qui peut éclairer le praticien sur la pureté du chloroforme et sur les altérations que cet agent redoutable peut, subir ; c'est à cette partie pharmacologique que nous consacrerons quelques développements.
Le procédé classique employé pour la préparation du chloroforme a été donné par Soubeiran. Voici sa description :
Pr. : Chlorure de chaux sec (hypochlotite de chaux impur). . 10 Itil.
Chaux éteinte (hydrate de chaux solid;) o
Eau . 60
Alcool à 85° 'i-
L'hydrate de chaux et l'hypochlorite, préalablement délayés dans l'eau, sont introduits dans un alambic en enivre d'une capacité telle que le produit occiqie à peine le tiers de la cucurbite ; puis on ajoute au mélange 2 kilogr. d'alcool à 85" centésimaux. On adapte le chapiteau et le serpentin, et, lorsque les jointures sont convenablement lutées au moyen de bandes de toile imprégnées de colle, oji porte, anmoyen d'un fourneau mobile nu d'un fournenu à couronnede gaz, nnfeu vif sous l'appareil. Dès que la température du mélange atteint environ -j-80", une réaction très-intense se manifeste ; la masse contenue dans la cucurbite se soulève, et elle serait entraînée jusque dans le récipient, si l'on ne se hâtait d'enlever le feu ou d'éteindre le gaz. C'est la seule partie de l'opération qui offre quelque difficulté ; mais il est aisé de conjurer tout accident, en arrêtant le feu aussitôt que la température du col de l'alambic s'élève notablement.
Dès que l'extrémité la plus éloignée de cette portion de l'appareil est fortement échauffée, et avant que les produits de la ri'action distillent, on cesse le feu. Quelques instants après, la distillation commence et marche avec rapidité ; elle se termine presque entièrement d'elle-même. Quand elle est sur le point de cesser, on ,1'eplace le foyer mobile sous la cucurbite, et en peu d'instants la réaction prend fin. On reconnaît ce terme à ce que les liquides qui se condensent ne possèdent plus qu'à un faible degré l'odeur et la saveur caractéristiques du chloroforme.
Avec les doses indiquées, on recueille environ 2 à 5 litres de liquide. Ce produit complexe est mélangé et fortement agité avec son volume d'eau ; il se sépare nettement en deux couches de densités très-différentes. La couche lapins dense offre une légère coloration jaune analogue à celle de l'eau chlorée ; elle est surtout constituée par du chloroforme, lequel est mêlé d'alcool et souillé par la présence du chlore et de diverses combinaisons chlorées résultant de la réaction.. La couche supérieure est un mélange, parfois doué d'une apparence lactescente, formé par de l'eau, de l'alcool et du chloroforme impur. Les liquides laissés en présence et en repos pendant vingt-quatre heures se séparent très-nettement et la couche supérieure abandonne une certaine quantité de chloroforme, lequel se,réunit à la masse qui, dès les premiers instants, s'est précipitée.
Après vingt-quatre heures, on sépare le chloroforme par décantation :onle lav« une première fois, en l'agitant d'abord avec quatre fois environ son volume d'eau, puis ensuite, et pendant plusieurs heures avec son volume d'une dissolution
648 CHLOROFORME (chimie).
moyennement concenlre'e de carbonate de soude. Au chloroforme décanté, on ajoute du chlorure de calcium fondu; après vingt-quatre heures de contact et à la suite d'agitations répétées, on le rectifie au bain-marie, en ayant soin de ne pas pousser l'opération trop loin. Cette précaution est indispensable afin de laisser dans le récipient un produit chloré moins volatil que le chloroforme, qui ôte à celui-ci sa suavité, et semble être la principale cause de l'irritation et delà toux observées quelquefois lors de son inhalation.
Les réactions qui s'accomplissent dans cette opération sont très-complexes, et leur nature intime a échappé jusqu'ici à une analyse détaillée. M. Wurtz suppose, d'après l'ensemble des phénomènes observés pendant la préparation du chloroforme, que ces l'éactions dérivent de l'action oxydante et chlorurante de l'hypochlorile de chaux. Grâce à l'oxygène que ce sel cède à l'alcool, il pense que ce dernier se partage en gaz des marais G^H* et en acide formique C-H^O*. On. peut représenter cette première phase de la réaction par l'équation suivante : G^H-'O^ 4- 0* = GMl* + C^H'O*.
En présence du chlore abandonné par l'hypochlorite, l'hydrocarbure C'^H* paraît «î transformer par substitution en chloroforme : G^H* + 6C1 = G-HCl' + oClH. j! acide chlorhydrique engendré dans cette réaction est saturé par l'hydrate at.alin, ainsi que celui qui provient de l'influence exercée par une portion du chlore sur les éléments de l'acide formique : C^H^O* + GP = 2C1H + 2C0* ; quant à l'acide carbonique, il se dégage.
Ges phénomènes s'accomplissent successivement sur chaque groupe moléculaire; mais presque simul(an;'ment sur l'ensemble des masses en présence. Durant la seconde phase a lieu le dégagement de gaz qui soulève la matière avec intensité, et qui serait un écueil pour le succès de l'opération, si l'on ne lenait pas compte des prescriptions de Soubeiran relatives à l'application de la chaleur. Indépendamment du gaz carbonique provenant de la réaction précitée, la décomposition de l'hypochlorite alcalin développe une notable proportion d'oxygène libre, dont la présence a été signalée à l'attention des chimistes par M. Duroy. Nous verrons bientôt, en traitant de la purification du chloroforme, que cette théorie doit être abandonnée, et nous donnerons l'explication la plus probable de cette réaction compliquée.
Tels sont les procédés depréparation et de purification du chloroforme recommandés par Soubeiran, peu de temps après l'introduction dans la thérapeutique chirurgicale du composé important découvert par lui. Cesprescriptions ont besoin d'être complétées, depuis que la fabrication du chloroforme est devenue industrielle et que le pharmacien est ap^telé à purifier un produit dont la véritable origine lui reste inconnue, et que, le plus souvent même, il borne son rôle à constater les propriétés physiques ou chimiques les plus apparentes du chloroforme qui lui est livré par le commerce.
Le chloroforme peut renfermer plusieurs substances étrangères : les unes proviennent d'une purification insuffisante, ou des matières premières mises en œuvre dans l'industrie; les autres paraissent avoir pour origine la falsification. Enfin, et c'est là un point sur lequel nous ne saurions trop insister, certains échantillons de chloroforme présentant, peu de temps après leur préparation, les propriétés les plus satisfaisantes, se décomposent graduellement sous l'influence de là radiation lumineuse et dégagent des vapeurs acides et chlorées. Quand on sonae à la destination du chloroforme, aux accidents mortels dont l'inhalation de ses Vapeurs est trop souvent la cause ; on comprend à quelle responsabilité s'ex-
CHLOROFORME (chimie). 649
pose le pharmacien qui a négligé de s'assurer, dans les limites les plus étendues, de la bonne qualité du chloroforme qu'il délivre. Aussi croyons-nous utile de donner les caractères de pureté que le médecin est en droit d'exiger du chloroforme officinal.
1" Densité = 1,48 à + 18»;
2" Point d'ébullition fixe entre H- 60°,8 et + 61°; pressionatm. = 0"',760 ;
5° Agité avec l'eau distillée, il reste transparent ;
4» Agité avec la teinture bleue de tournesol, il ne la rougit, ni ne la décolore ;
5" Agité avec une solution d'azotate d'argent, il ne donne naissance à aucun précipité, ni trouble;
6' Mélangé avec son volume d'acide sulfurique à 1,84 dens, et agité, il nagea sa surface et ne se colore pas ;
7° Chauffé avec une dissolution de potasse, il ne la brunit pas; enfin, agité avec de l'oxyde d'argent hydraté, il ne le réduit pas.
L'essai précis de la densité et la fixité du point d'ébullition, en opérant sur un litre de produit, sont deux moyens suffisants à la rigueur, mais ils ont l'inconvénient de ne pouvoir être expérimentés que dans des établissements pourvus de laboratoires bien installés.
L'expérience n° 3 sert habituellement à constater l'absence de l'alcool : ce dernier liquide donnant au chloroforme la propriété de devenir opalescent ou laiteux au contact de l'eau.
L'essai n" 4 indique l'absence de l'acide chlorhydrique ou de tout autre acide, et permet d'affirmer que le chloroforme ne contient ni chlore libre, ni produits chlorés décolorants. L'essai n° 5 est confirmatif du précédent touchant l'acide chlorhydrique, le chlore et les composés chlorés.
Si dans l'essai n" 6, l'acide sulfurique se colore en brun plus ou moins foncé, on a affaire à un chloroforme impur. Dans ce cas, les matières organiques qu'il peut renfermer, en dehors de l'alcool, ne sont pas précisées; mais cette indétermination importe peu, puisqu'il suffit de cette expérience pour que le produit ne soit pas employé en médecine, sans avoir été préalablement soumis à une purification.
L'expérience n» 7 permet d'affirmer que le chloroforme ne contient pas d'aldéhyde.
Beaucoup d'autres réactifs plus ou moins sûrs dans leur emploi ont été recommandés ; nous croyons que les expériences que nous prescrivons sont les meilleures, quand il s'agit d'accepter ou de refuser coproduit. La plupart desauteurs ont insisté particulièrement sur la détermination de l'alcool éthylique : c'est, il faut bien en convenir, un des agents les plus inoffensifs qui puissent se trouver mélangés au chloroforme; sa présence, en très-faible proportion, n'a aucun intérêt et une forte quantité est révélée par le changement de densité, la variabilité du point d'ébullition, l'inflammabilité du mélange, la coloration brune par le nitrosulfure de fer, la coagulation de l'albumine d'œuf, l'émulsionnemcut de l'huile d'amande.
Ainsi que nous venons de le dire, on a depuis plusieurs années observé que certains échantillons de chloroforme présentant la plupart des caractères d'un produit pur, subissent, après un certain temps, une altération pi-ofonde. Ce chloroforme exposé à la lumière exhale une odeur acide et chlorée, vive et pénétrante ; les produits de sa décomposition rongent les bouchons de liège. Le liquide primitif est en partie détruit, et remplacé par un mélange dont l'emploi
650 CHLOROFORME (chimie).
en inhalations, s'il n'était en quelque sorte impossible, offrirait les plus grancb dangers.
Cette décomposition du chloroforme s'accomjilit surtout sous l'inlhience de la radiation lumineuse directe, et elle semble, en dehors de cette cause, ne pouvoir être rattachée à la présence d'aucun produit spécial qu'il soit possible de séparer parun procédé connu. Telle est l'opinion généralement admise, et l'on se borne, pour éviter un si grave accident, à prescrire de conserver le chloroforme à l'abri de la lumière directe ou diffuse. Prescription très-souvent impraticable dans une officine et plus irréalisable encore dans les grands établissements où d'énormes quantités de ce liquide doivent être transvasées pour les besoins du service hospitalier.
Il semble donc, d'après la plupart des auteurs, que le chloroforme privé de toute impureté apparente, se décompose, partiellement au moins, sous l'influence de la radiation solaire et après un temps plus ou moins long. Telle n'est pas l'opinion de M. J. Personne, qui a recherché les causes de l'altérabilité du chloroforme à l'aide d'expériences très-dignes d'attention.
M. J. Personne a d'abord reconnu que la décomposition du chloroforme est indépendante de la présence de l'eau. Elle s'accomplit d'une feçon semblable sur le chloroforme saturé d'humidité, ou rendu anhydre par son contact avec l'acide sulfurique concentré, et avec le chlorure de calcium fondu.
Ce chimiste, en soumetlant à l'analyse les vapeurs acides qui se développent dans les flacons où le chloroforme s'est altéré, a reconnu qu'elles sont constituées par du gaz chloroxycarbonique. Ces vapeurs, en effet, exhalent l'odeur spéciale de ce gaz, et bien qu'elles ne contiennent pas de chlore libre, dirigées à travers une solution aqueuse d'hydrate barytique, elles donnent immédiatement naissance à un abondant précipité de carbonate de baryte, et forment du chlorure de baryum qui reste en dissolulion. Or la formule du chloroforme C^HCl^ ne permet ]ias d'expliquer la production du gaz chloroxycarbonique C^O^CP, mêmeparradjonetion des éléments de l'eau.
Se fondant sur ces expériences, M. J. Personne admet que le corps qui développe le gaz chloroxycarbonique dans le chloroforme incomplètement purifié, est l'éther chloroxycarbonique, ou chloroxycarbonate d'éthyle C-C1(C*H^)0*. Ce composé prend naissance en même temps que le chloroforme, et passe à la distillation avec lui, malgré son point d'ébullition plus élevé + 94". L'éther chloroxycarbonique dissous dans le chloroforme se détruit peu à peu sous l'infUicnce de la radiation lumineuse, et fournit du gaz chloroxycarbonique et de l'alcool.
Quelques chimistes ont prétendu que l'altération du chloroforme n'a lieu que dans les cas où il a été entièrement privé d'alcool, et ils ont admis que l'addition d'une petite quantité de ce liquide suffit pour prévenir sa transformalion. M. J. Personne croit que la présence de l'alcool a pour effet de retarder la décomposition de l'éther chloroxycarbonique, et peut-être de le reformer à mesure qu'il se détruit, car l'éthérification de l'alcool par l'acide chloroxycarbonique s'opère avec une grande facilité.
Dans le but de détruire l'éther chloroxycarbonique qui peut rester dans le chloroforme, M. J. Personne propose de mettre en contact ce liquide pendant un certain temps avec une dissolution de soude caustique et d'agiter fréquemment le mélange, avant de soumettre le chloroforme à la rectification. Du chloroforme qui a subi ce traitement a été exposé pendant plus d'une année à la radiation lumineuse et n'a subi aucune altération.
CHLOROFORME (chimie). 651
Dans ces derniers temps, M. Personne a modifié son explication touchant l'altérabilité du chloroforme impur. De nombreuses expériences lui ont démontré que l'hydrate de chloral et le chloral anhydre dégagent constamment des vapeurs d'acide chloroxycarbonique ; il pense que la production de ce gaz par le chloroforme peut bien être attribuée au chloral hydraté et non, comme il l'avait admis d'abord, à de l'éther chloroxycarbonique souillant le chloroforme.
Suivant ce chimiste, l'action accidentelle du chloral uni au chloroforme semble démontrer que le chloroforme obtenu par le procédé de Soubeiran dérive du chloral résultant de l'influence directe sur l'alcool du chlore dégagé par l'hypochlorite de chaux. L'excès de chaux nécessaire dans cette opération ti*ansforme le cidoral en chloroforme et en acide formique, comme l'indique la réaction suivante : C^HCl'O^ + 2110 = G^HCP + G^POS
Cette explication est plus satisfaisante que celle donnée par M. Wurtz, elle est également plus probable que la théorie dans laquelle on admet que la production du chloroforme est précédée de la formation de l'acide trichloracétiqne :
Ainsi donc, l'hypochlorite de chaux attaque l'alcool, comme le ferait le chlore, et le transforme en chloral, que l'hydrate calcique dédouble en chloroforme et en formiate. C'est une petite quantité de chloral non détruit qui est eutrauié avec le chloroforme et devient l'origine de la décomposition. Le procédé de rectification, après contact avec la soude, détruit ce chloral et rend le chloroforme stable. L'interprétation des phénomènes doit donc être modifiée, mais le procédé pratique conserve toute sa valeur.
Il nous reste, au point de vue de la pharmacologie, à établir, d'après ces données, la méthode qu'il convient d'employer pour purifier le chloroforme.
Le chloroforme préparé suivant le procédé de Soubeiran, traité successivement par l'eau pure, par la dissolution de carbonate de soude et par le chlorure de calcium fondu, puis distillé, retient encore de l'alcool et d'autres combinaisons organiques qui, comme l'alcool, se carbonisent et brunissent sous l'influence de l'acide sulfurique à 1,84. On le laisse digérer pendant quelque temps avec un centième en poids de cet acide, et ensuite on le décante. Sur une partie du chloroforme surnageant, on essaie l'effet d'une nouvelle dose d'acide, et si la coloration se produit encore, une proportion plus grande d'acide sulfurique est ajoutée à la masse traitée.
Le chloroforme décanté est m 'langé avec de la lessive de soude ; les liquides sont agités ensemble pendant quatre ou cinq jours; dans le laboratoire de la pharmacie centrale des hôpitaux, les proportions qui nous ont le mieux réussi sont 3 kildg. de lessive des savonniers marquant 36» B = 1,334 dens. pour 100 kilog. de chloroforme.
Après ce temps, le liquide mixte est introduit dans le bain-marie d'un alambic de Soubeiran ou d'un alambic chauffé à la vapeur, puis additionné de 5 kilog. d'huile d'œillette que l'on a soin de bien agiter avec le mélange de chloroforme et de soude. On procède alors à la distillation, et l'on recueille à part les neuf premiers dixièmes du chloroforme traité ; ce chloroforme est d'une pureté remarquable. Le dernier dixième est condensé dans un vase séparé, et soumis à tous les traitements précédents, avec les produits d'une opération subséquente.
Cette série de manipulations nous a été suggérée par les expériences de M. J. Personne, elle convient au chloroforme obtenu directement et aux produits toujours impurs que fournit l'industrie. Depuis que nous appliquons ce procédé,
652 CHLOROFORME (emploi médical).
les résultats qu'il nous a donnés sont toujours satisfaisants. Des échantillons de chloroforme privés d'éther chloroxycarbonique ont été exposés pendant plusieurs mois à la radiation lumineuse, les uns étaient anhydres, les autres mélangés à de faibles proportions d'eau ou d'alcool, tous jusqu'ici se sont conservés sans aucune altération.
Nous avons emprunté l'addition du corps gras à la pratique employée par Guibourt dans la purification de l'éther sulfurique. Cette manipulation, dans le cas du chloroforme, est d'une importance très-grande, car elle évite pendant la distillation la production du formiate de soude qui résulterait de la réaction de la soude sur le chloroforme. La masse de consistance savonneuse qui existe dans la cucurbite lorsque l'opération est terminée, montre l'efficacité de cet artifice. Quand on agit sur de grandes quantités de produits, il est impossi])le de séparer par décantation le chloroforme de la lessive de soude ; sans l'intervention du corps gras, l'action de la chaleur sur un tel mélange entraînerait une perte notable de chloroforme.
Indépendamment de sa haute utilité dans l'anesthésie générale, le chloroforme a reçu quelques applications secondaires qui seront indiquées dans la partie thérapeutique de cet article où se trouvent également mentionnées les formes pharmaceutiques les plus usitées. J. Regnauld.
g 11. Emploi médical. Les usages du chloroforme dérivent presque tous de ses propriétés physiologiques. Pour les bien comprendre il est indispensable de résumer d'abord ces dernières, déjà décrites tout au long à l'article Anesthésie chirurgicale, en insistant seulement sur les points qui intéressent le médecin.
I. Effets physiologiques. Ils se divisent en deux groupes : les effets locaux et les effets généraux.
i" Effets locaux. Une goutte de chloroforme qui tombe sur la peau ne détermine qu'une légère sensation de froid, par suite de l'évaporafion assez rapide du liquide. Mais si l'on empêche cette évaporation, au bout de quelques instants on ressent une impression de chaleur assez forte, de la cuisson, et si le contact se prolonge, c'est une douleur assez vive que l'on éprouve, comparable à celle que causerait un vésicatoire. La peau a x'ougi, son épidémie est comme macéré, sa sensibilité est obtuse, au point qu'on peut la traverser sans douleur avec une aiguille.
L'expérience suivante, que tout le monde peut répéter, indique exactement la succession des phénomènes. On tient appliqué sur la peau d'un des membres, le goulot d'un flacon renversé rempli de chloroforme, et l'on attend. Pendant la première minute, chaleur au point touché ; pendant la deuxième, cuisson ; la troisième, douleur peu vive, sensibilité obtuse. A la dixième, anesthésie assez marquée pour qu'une piqûre profonde passe inaperçue ; douleur supportable. Après une demi-heure, on n'a rien obtenu de plus, si ce n'est que la rougeur est persistante pendant plusieurs jours au lieu de quelques heures, que l'épiderme est mortifié ; mais il n'y a pas de vésication, et surtout pas d'anesthésie plus complète que pendant les premières minutes. La sensibilité fait retour très-vite dès qu'on cesse d'appliquer le chloroforme et, dans aucun cas, je ne l'ai vue assez émoussée pour faciliter une courte opération chirurgicale, même après plus de trente-cinq minutes de contact. Il n'en est pas moins vrai qu'on ne saurait prolonger longtemps l'action topique du chloroforme sur la peau, chez l'homme, sans déterminer sa désorganisation plus ou moins complète. Le sphacèle s'est vu,
CHLOROFORME (emploi médical). 653
en pareil cas, principalement dans les régions où l'épiderme, très-mince, se laisse facilement pénétrer par le liquide irritant. Quand le chloroforme est pur et qu'il ne reste pas très-longtemps sur le tégument externe, la sinapisation peut s'obtenir assez bien, mais la vésication est rare. L'épiderme tombe, il est vrai, facilement, mais il ne se forme pas d'ampoules.
S'il s'agit de sa vapeur, le contact avec la peau n'est pas irritant et le danger d'inflammation ou de sphacèle est presque nul. Simpson et quelques-uns de ses élèves, plongeant la main pendant plusieurs heures dans un flacon rempli de vapeurs choroformiques, n'éprouvèrent qu'un peu d'engourdissement de la sensibilité cutanée, qui disparut vite. Seule la rougeur persista une heure ou deux. L'éminent observateur constata, dans ses expériences sur l'action anesthésique locale de la vapeur de chloroforme, que le contact prolongé n'avait pas plus d'influence pour produire l'anesthésie, qu'une immersion de quelques minutes. Il vit en outre que la peau de l'aisselle ou d'autres régions où l'épiderme est peu épais, supporte très-mal l'action topique du chloroforme. Enfin il remarqua que l'insensibilité était plus facilement obtenue, si l'on avait eu soin de laver, à l'eau chaude, la surface cutanée soumise à l'action des vapeurs anesthésiques. Toutefois il déclara qu'on ne pouvait compter sur l'insensibilité déterminée localement par les vapeurs du chloroforme, pour la pratique des opérations chirurgicales les plus simples et les plus courtes. 11 y a donc lieu de s'étonner des assertions émises par son compatriote, Nunneley (de Leeds), qui prétend avoir obtenu l'insensibilité complète d'un doigt et de l'œil en les exposant à l'action des vapeurs de chloroforme (juin 1848) et suffisante pour une opération.
Chez les animaux cependant l'insensibilité locale est parfois remarquable. 11 suffit de toucher un ver de terre {Lumbricus terrestris), une sangsue, un petit myriapode, avec la vapeur de chloroforme, pour obtenir l'anesthésie complète des anneaux soumis au contact. La queue d'une salamandre, la patte d'une grenouille, le membre postérieur d'un lapin ou d'un cobaye, perdent absolument leur sensibilité quand on les plonge dans une atmosphère de chloroforme. Les mouvements ont disparu et l'amputation n'est pas ressentie (Simpson). On anesthésie du reste facilement et complètement le corps d'une grenouille ou d'une salamandre par une immersion rapide, dans de l'eau chloroformée, du train postérieur ou du train antérieur de ces reptiles, ou bien en laissant séjourner pendant quelque temps l'un des membres dans la vapeur anesthésique. Ici il s'agit d'.effets généraux, après absorption, et non d'effets locaux.
Sur les muqueuses, l'eftet topique est tout autre. Le chloroforme a bien vite détruit l'épithélium ; aussi la douleur ne tarde-t-elle pas à être insupportabL; et la désorganisation à survenir. En vapeur, il n'est que peu agressif, à moins, comme l'a démontré Mialhe en 1848, qu'il ne soit impur, qu'il ne contienne, par exemple, de l'alcool absolu, par le fait même de sa préparation. Alors il est trèsirritant, caustique, et s'il est inhalé, il expose les patients aux accidents les plus graves : suffocation, arrêt du cœur par action réflexe. Quand il est bien pur, au contraire, et vaporisé bien entendu, il n'est que légèrement irritant pour les muqueuses; il fait perdre momentanément le mouvement aux cils vibratiles c[UG\\es, possèdent, comme le font les autres anesthésiques; il excite la sécrétion de leurs glandes propres ou des glandes annexes qui déversent leurs produits à leur surface. D'où le larmoiement des yeux, la salivation, la toux avec expectoration muqueuse, la diarrhée (Faure), quand les muqueuses oculaire, buccale, bronchopulmonaire, intestinale, sont exposées à l'action topique de ses vapeurs. Pro-
iioi CHLOROFORME (emploi médical).
duit-il des effets anesthésiques sur ces membranes comme sur la peau? C'est probable ; Faure (1838) lui attribue cette propriété pour la muqueuse des voies respiratoires ; et nous verrons plus tard qu'il a i-endu quelques services comme anesthésique local, dans certaines affections du rectum ou du vagin.
En résumé, le chloroforme liquide est un irritant puissant, mais un anesthésique local toujours infidèle, pour le tégument externe, et ceci résulte d'essais nombreux de Velpeau, Ricord, Michon, Gosselin, Jobert, Guersant, etc. Il devient parfois un caustique superficiel pour la peau, mais il l'est constamment pour les muqueuses, comme pour les régions où le tégument externe est très-fm. En vapeur, il n'est qu'irritant et anesthésique faible pour les deux ordres de membranes.
Rien n'est moins facile que d'expliquer rigoureusement ses propriétés auestliésiques sur la peau. Agit-il comme les astringents en resserrant les tissus, en les violentant, en amenant des troubles dans la structure des expansions périphériques des nerfs ; ou bien modifie-t-il la circulation locale, ou encore est-ce im stupéfiant particuliei- pour la sensibilité? Autant de probabilités, d'effets réunis, autant de causes concourant au même but, sans que nous sachions rien de précis sur la part de chacune d'elles dans la production du phénomène anesthésie. Le professeur Gubler a pensé que ses vapeurs pouvaient se diffuser dans les glandes sudoripares et se mettre ainsi en contact plus immédiat avec les profondeurs du derme. L'idée est très-ingénieuse et mérite toute considération.
Plus facilement on peut se rendre compte des effets anesthésiques sur les muqueuses. Le chloroforme désorganise leur chorion, coagule la myéline des tubes nerveux avec la même facilité que nous lui voyons coaguler l'albumine, et empêche ainsi la conductilité nerveuse de se produire suffisamment pour transmettre les impressions aux centres. Les filets nerveux sont des organes délicats qui supportent mal l'agression du caustique et perdent vite leurs propriétés sous son influence. En effet, Flourens et Longet, ayant mis un nerf à nu, lui firent perdre sa sensibilité en dirigeant sur un point de son étendue de la vapeur chloroformique (1853), et avec le liquide lui-même en nature, le résultat fut plus rapide encore (Bouisson).
Tous les éléments histologiques, du reste, perdent leurs propriétés vitales quand on les met eu contact avec le chloroforme ; Coze a montré en 1849 qu'il paralyse les fibres-cellules. Par exemple il amène le relâchement des couches musculaires de l'intestin, diminuant ou détruisant leur contractilité ; il suspend les contractions du cœur. Voici une expérience de Coze qui démontre ce dernier effet d'une façon ingénieuse. Chez un animal auquel il avait fait la trachéotomie, il injecta par l'ouveiturc de la trachée, dans le poumon, du chloroforme liquide ; il vit aussitôt que le cœur gauche se paralysait. C'est que le chloroforme avait été porté directement dans les cavités gauches par le sang des veines pulmonaires. En touchant leurs parois il en avait paralysé les couches musculaires. Le cœur droit, qui n'avait pas reçu de sang imprégné de chloroforme, continuait de battre. Mais, si l'injection était faite par la jugulaire, à son tour le cœur droit s'arrèlait, tandis que le cœur gauche n'était pas influencé. Le professeur Gosselin a fait les mêmes observations. Il faut donc conclure à l'action stupéfiante du chloroforme sur les fibres musculaires de la vie végétative. On ignore s'il s'agit, dans l'espèce, d'un effet particulier sur les fibres musculaires ou bien d'une paralysie des nerfs qui les animent. Il serait possible que fibres musculaires et fibres nerveuses fussent troublées simultanément dans leur fonctionnement. Qn a cité une exception à cette règle que j'ai énoncée; l'action paralysante du cbloi'oforme sur le système
CHLOROFORME (emploi médical). 655
musculaire, mais c'est à tort. Si l'on injecte une petite proportion de ce liquide dans une artèi-e, ses parois deviennent rigides, c'est exact, et la contracture est permanente. Mais il s'agit ici d'un phénomène purement physique ; le chloroforme a solidifié en les concrétant, certains éléments albumiiieux fluides du tissu. C'est par un mécanisme analogue que les muscles rouges de la vie de relation deviennent rigides quand on les met en contact avec l'anesthésique. Ils durcissent comme dans le cas de rigidité cadavérique exagérée. Maintes fois après une injection de chloroforme sous la peau d'un petit animal, j'ai vu ce phénomène, ce tétanos local permanent par solidification instantanée des faisceaux musculaires. Tous les agents capable* de coaguler l'albumine produisent cet effet. Coze et Flourens l'ont observé des premiers, et Kussmaul l'a déterminé de la manière suivante : injectant du chlorolorme dans l'aorte abdominale d'un lapin, il vit que les membres postérieurs avaient pris la dureté du bois (1858). Pour lui, le sang est étranger à ce phénomène ; la fibre musculaire est seule modifiée ; elle est devenue cassante et incapable d'expansion ; l'électricité a peine à exciter sa contractilité. Cependant, quand sur un cadavre la rigidité a disparu, le chloroforme est incapable de la faire reparaître, c'est qu'alors la décomposition a privé les muscles de leurs matériaux coagulables. Il est néanmoins apte à former avec eux une combinaison qui retarde leur putréfaction. C'est assez dire qu'il est antiseptu/iie. Dès 1858, le professeur Kussmaul avait signalé cette propriété facile à prévoir et à comprendre, lorsqu'on connaît les effets toxiques du chloroforme [jour les organismes inférieurs et le pouvoir qu'il possède de coaguler l'albumine. Les microzoaires qui président à la putréfaction ne sauraient résister à de telles actions, et leurs germes ne le peuvent davantage. Aussi voit-on la décomposition putride s'arrêter sous l'influence du chloroforme, si elle a déjà commencé à se manifester, et manquer si celui-ci est intervenu à temps, alors que ses premières manifestations ne se sont pas encore produites. Vraisemblablement cet agent se combine avec les matières organiques pour retarder leur décomposition, car ses effets antiseptiques sont plus durables que ne semble l'indiquer sa facile volatilisation. Avec des doses suffisantes, on arrive à conserver plusieurs semaines le cadavre d'un petit animal. Si j'insiste sur ces points, c'est que, dans ces derniers temps, 1872-75, on a été presque surpris d'entendre parler des propriétés antiseptiques du chloral, son synergique, dont les propriétés physiologiques ou thérapeutiques prises une à une sont identiques à toutes celles que nous allons énumérer, se rapportant au chloroforme, dans le cours de cette étude. Concluons que le chloroforme s'unit aux matières organiques putrescibles pour former une combinaison particulière qui les empêche de se décomposer, soit parce qu'il tue les ferments de la putréfaction, soit qu'il s'oppose à leur développement.
Ici se terminent les considérations que j'avais à présenter sur les effets topiques du chloroforme chez l'homme et chez l'animal. Je n'ajouterai qu'un mot relativement à ceux que l'on observe chez les végétaux.
Simpson a le premier démontré que la sensitive, mimosa pudica, plongée dans une atmosphère de chloroforme, perdait ses propriétés motrices; ses feuilles demeurent immobiles. Quelques espèces, du genre mahonia, qui ont leurs étamines douées de mouvement, subissent la même influence de la part de cet agent, et Jourdain (avril 1870) a remarqué que ces étamines sont comme tétanisées et rebelles à toute excitation. Cet effet est réellement étrange et bien digne de fixer l'attention des physiologistes aussi bien que celle des philosophes. Le sommeil des plantes est ici réellement démontré ; l'humble végétal a subi l'action
656 CHLOROFORME (emploi médical).
toxique spéciale, la narcose, qui se reproduit sur tous les êtres de la série animale. Serait-il doué comme ceux-ci d'un système nerveux?
2" Effets généraux. Us ont été décrits tout au long déjà par le docteur Perrin à l'article Anesthésie {voy. ce mot) ; je n'ai donc pas à m'en occuper longuement à cette place. Je me contenterai de les énumérer, abrégeant autant que possible les développements qu'ils comportent. jQuclle que soit la voie par laquelle on fait pénétrer le chloroforme dans l'organisme : poumons, tube digestif, système vasculaire, etc., les effets diffusés sont les mêmes, à cette différence près, de la rapidité d'action et de son intensité. En inhalation, les effets sont obtenus très-vite avec toute leur énergie. La raison en est simple. Quand les vapeurs anesthésiques ont pénétré dans les vésicules pulmonaires, elles sont absorbées aussitôt par les veines pulmonaires et conduites avec le sang dans lo cœur gauche, qui les lance dans tout le système artériel, et celui-ci les porte ;i son tour dans tous les tissus. C'est donc, en somme, comme si l'on avait fai'. passer les vapeurs du chloroforme directement dans l'aorte. Elles pénèlren. en effet dans ce vaisseau quelques secondes après avoir été inspirées.
Au contraire, quand on fait ingérer le chloroforme par l'estomac, il est absorbé lentement par les veines mésaraïques, par les racines de la veine porte, et porté de là dans le cœur droit et dans les poumons par l'artère pulmonaire. Mais alors il est dans son émonctoire principal, et il s'échappe en partie parki vaste surface pulmonaire, de même que l'acide carbonique du sang veineux dans l'état ordinaire de l'acte respiratoire. Il est bien certain donc qu'il n'arrive dans le sang que très-lentement et qu'il s'échappe de l'organisme à travers les poumons, sans avoir eu le temps de produire tous ses effets. C'est pourquoi le sang artériel ne peut se charger en général d'une forte proportion de chloroforme quand celui-ci a été introduit par le tube digestif, à moins que la dose ne soit massive-auquel cas nous rentrons dans la toxicologie. Il importe par conséquent, que le médecin qui prescrit ce médicament à l'intérieur, fasse la part de son élimination incessante, qui en soustrait une forte proportion de l'organisme, au fur et à mesure de sa pénétration dans le sang veineux. Sans doute le chloroforme s'élimine aussi assez activement par les reins, ou par la peau à la manière de toutes les substances volatiles, lorsqu'il est introduit dans la circulation artérielle, mais comme il en pénètre constamment dans les poumons et dans le cœur gauche, le déficit est vite comblé, et le sang artériel est bientôt saturé de ses vapeurs. Aussi la violence d'action est telle, quand on emploie l'inhalation, que dans l'espace de quelques minutes un homme est plongé dans le coUapsus le plus profond.
Par la voie gastrique, l'anesthésie est plus difficilement obtenue. On n'arrive à un semblable résultat qu'à l'aide de doses massives qui mettent le patient en danger de mort. Les observations suivantes vont nous montrer la réalité de ce que viens d'avancer, tout en nous servant de types accomplis pour une description des effets toxiques obtenus avec des doses massives.
Un homme de 28 ans, rapporte Gilbee, avala d'un trait une once de chloroforme (28'^.'=. 33). Il tomba presque aussitôt dans une sorte de coma profond, avec perte de l'intelligence, et insensibilité absolue, bien qu'on eiit vidé son estomac à l'aide d'un vomitif et de la pompe stomacale. La prostration était considérable, la respiration pénible et stertoreuse, les bronches étant pleines de mucosités. Pouls petit, très-fréquent, peu sensible; extrémités froides; pupilles dilatées. On lui fit une injection intra-veineuse d'ammoniaque pour le stimuler.
CHLOROFORME (emploi médical). C57
Pendant quelques heures il alla mieux, le pouls se releva, la chaleur revint et la respiration devint plus facile ; la connaissance reparut, et le patient put marcher le lendemain. Malheureusement cette amélioration fut de courte durée, le troisième jour il eut du délire et mourut dans une syncope. C'était un alcoolique. On trouva, à l'autopsie, unehypérémie cérébrale très-marquée, un foie gras et un cœur à parois amincies.
Taylor a observé le fait suivant en 1851. Un garçon de 22 ans prit d'un coup 4 onces de chloroforme (H2 ce). 11 put marcher quelque temps d'un pas mal assuré, à la manière d'un homme ivre, sans savoir où il allait, puis il tomba par terre, et s'endormit. Au bout de deux heures, on le trouva dormant d'un sommeil si profond qu'on essaya vainement de le réveiller. Il était insensible ; peau froide ; respiration calme ; l'haleine sentait fortement le chloroforme ; pouls petit, à 65; pupilles dilatées, insensibles à la lumière. Trois heures après l'empoisonnement, on parvient à vider son estomac avec la pompe stomacale. Malgré cela la respiration s'embarrassa de plus en plus, le pouls devint insensible.
A l'auscultation, on constata dans toute l'étendue des poumons, des râles sibilants et de gros ronchus vibrants. Expectoration écumeuse; pupilles tantôt larges tantôt très-étroites; coUapsus; pouls à 50, très-faible; mouvements convulsifs généraux, soubi"esauts des tendons. A force de soins sans cesse continués pendant douze heures, le malade finit par aller mieux; puis il guérit, conservant seulement de la rougeur congestive des yeux, de la bronchite et une faiblesse notable des battements du cœur, devenus sourds et rudes.
Voici enfin un dernier exemple emprunté au D'' Aran. Un homme de bonne constitution, atteint de colique de plomb, avala par mégarde une forte dose de chloroforme, croyant boire une potion ayant pour base ce médicament. Il éprouva aussitôt une vive sensation de brûlure dans l'arrière-bouche, l'œsophage et l'estomac. Au bout de dix minutes, il eut un grincement de dents, puis il se mit à chanter. Ses yeux étaient brillants ; sa figure était injectée ; intelligence perdue; sensibilité obtuse; ouïe conservée; délire; tremblement des muscles de la face; agitation des membres et carphologie; pupille peu dilatée; vue abolie ; pouls oscillant de 72 à 80. Vingt minutes après l'accident : sommeil profond avec ronflement ; résolution musculaire complète ; respiration facile ; insensibilité absolue. On lui fit appliquer quelques sangsues aux tempes. 11 se réveilla, dit qu'il se sentait bien et dormit d'un bon sommeil pendant quelques heures. A la suite, il n'éprouva d'autre inconvénient que de la sensibilité à l'épigastre et beaucoup de fatigue. On estima qu'il avait pris vie 30 à 40 grammes de chloroforme.
Ces trois observations démontrent suffisamment, je pense, et les propriétés toxiques du chloroforme ingéré par l'estomac, et ses effets physiologiques généraux. Ces derniers ne diffèrent pas de ceux que produit l'inhalation, ils se succèdent dans le même ordre que dans Véthérisation : ivresse, excitation violente ; perte de l'intelligence et de sens, l'ouïe se conservant la dernière, sommeil, résolution musculaire, anesthésie complète, ralentissement de la circulation, embarras de la respiration, refroidissement, mort par syncope ou asphyxie. On pourrait donc, à la rigueur, obtenir l'anesthésie chirurgicale en donnant une dose forte de chloroforme en potion. Nous savons du reste, que Pirogoff et Dupuy l'ont déterminée avec des lavements tout aussi bien que par l'inhalation. Bagot, chez une dame qui avait ingéré d'un coup, de 6 à 8 grammes de chloroforme, observa des accidents comateux intenses, avec anesthésie complète qui aurait pu per-
DICT. EKC. XVI. 42
<Jo8 CHLOROFORME (emploi médicai).
mettre l'intervention chirurgicale armée. Il est inutile de songer à une pareille méthode anesthésique, quand on a en main d'autres procédés plus rapides et moins dangereux.
Les doses thérapetitiques et les doses fortes reproduisent les effets pharmacodynaraiques des doses massives, mais singulièrement atténués. Disons tout de suite que prises en potions, je suppose, elles déterminent sur les premières voies quelques phénomènes d'excitation. D'abord, dans la bouche, c'est une saveur sucrée qu'on éprouve, puis une sensation de fraîcheur suivie de chaleur assez désagréable, surtout quand la solution n'est pas très-diluée ; dans l'estomac on ressent de la pesanteur, des crampes et parfois il y a une révolte véritable de l'organe, des vomissements, des éructations et de la douleur; enfin la salivation réflexe suit l'impression sur la muqueuse gastrique ; et, dans quelques cas, on note des renvois à odeur de chloroforme. Ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire, cet agent détermine dans les voies digestives, des phénomènes d'excitation des muscles et surtout des effets hypercriniques qui pourraient avoir une certaine valeur thérapeutique, et qu'on devrait employer pour stimuler les digestions pénibles, par l'areté ou défaut de sucs digestifs et atonie générale des voies digestives. Absorbé, le chloroforme devient stimulant, hypnotique, calmant et anesthésique, sédatif vasculaire, modérateur de la' chaleur animale, amyosthénique véritable, surtout quand l'irritabilité musculaire est exaltée ; enfin il diminue le nombre des inspirations. Ce sont là les principales propriétés que les médecins mettent à profit, comme nous le verrons, dans le traitement d'un grand nombre de maladies. J'insiste particulièrement sur les effets stimulants généraux tout à fait analogues à ceux que procurent les hautes doses d'alcool : accélération du pouls, chaleur à la tète; exaltation du pouvoir musculaire et de l'intelligence, ébriété légère, et qui constituent le premier stade de la chloroformisation, le second étant en rapport avec les phénomènes de sédation générale.
Lésions cadavériques observées à la suite de V empoisonnement par le chloroforme. Très-rarement, chez l'homme, on a eu l'occasion de faire l'autopsie de sujets empoisonnés par cet anesthésique pris à l'intérieur. Précédemmentj 'ai cité le fait rapportée par Gilbee en 1872, d'un alcoolique qui succomba après avoir avalé 28 ce. de chloroforme, et chez lequel on trouva une congestion cérébrale excessive avec certaines lésions propres à l'alcoolisme. Je n'ai pas trouvé d'autre cas dans les recueils que j'ai compulsés.
Pour faire une description des lésions observées après la mort dans la chloroformisation chez l'homme, il faut absolument s'en rapporter aux cas, malheureusement trop nombreux, d'examens cadavériques pratiqués sur des sujets ayant succombé pendant l'inhalation. Les indications qui ont été données sont des plus variables et mal spécifiées. On s'étend généralement sur les altérations organiques anciennes qui ont pu servir de cause pi'édisposante à l'accident : lésions du cœur et du poumon, du foie, de l'encéphale, du système artériel, etc., et on laisse un peu dans l'ombre les lésions qui sont plus spécialement le fait du chloroforme. Il y a à cela une raison assez naturelle, c'est que ces dernières, je parle de celles qu'on voit à l'œil nu, sont loin d'être caratéristiques et constantes. Tantôt en effet, l'agent toxique a tué en arrêtant les mouvements du cœur (syncope), tantôt en empêchant la respiration (asphyxie). Dans ces deux cas, les signes anatomo-pathologiques sont différents bien entendu ; ce sont ceux de la syncope ou ceux de l'asphyxie.
Pour mieux fixer les idées sur ce point, je vais résumer succinctement un fait
CHLOROFORME (emploi médicai). 659
d'empoisonnement suivi de mort, avec autopsie. Un jeune soldat, âgé de vingtcinq ans, désirant être débarrassé de petits kystes placés dans l'épaisseur de la joue, demanda avec insistance à être endormi par le chloroforme. On lui en fit inhaler 4 grammes, et il tomba dans une insensibilité telle, au bout de quatre mi- ■Jiutes, que l'opération put être commencée. A peine l'incision de la peau étaitelle achevée, que la respiration se suspendit et que le cœur cessa de battre ; le malade était mort. A l'autopsie voici ce que l'on trouva :
1" Encéphale. Sinus de la dure-mère presque vides, aussi bien que les veines superficielles de l'arachnoïde ; substance cérébrale ferme, ne laissant pas suinter de gouttelettes de sang; les ventricules cérébraux ne contiennent que peu de sérosité.
2» Cavité thoracique. Rien d'anormal dans la trachée ou les bronches ; poumons gorgés de sang dans toute leur étendue, plus volumineux qu'ils ne devraient être, parsemés à leur surface de taches ecchymo tiques. Incisés, ils laissent écouler une masse de sang noir diffluent ou coagulé et offrent par places des noyaux apoplectiques. Cœur volumineux, d'une excessive flaccidité, contenant seulement quelques petits caillots noirâtres dans le ventricule droit.
3" Abdomen. Estomac distendu par des gaz, foie volumineux, de couleur foncée, gorgé de sang noir. Rate, reins très-hypérémiés.
4" Le sang, analysé, ne contient pas trace de chloroforme (Vallet).
En somme, chez cet homme fort, bien constitué, jeune et sans affection pathologique grave, on ne trouve, pour expliquer la mort par l'agent toxique, qu'une congestion pulmonaire intense allant jusqu'à l'épanchement de sang dans le parenchyme de l'organe. Chez un grand nombre de sujets les choses ne se sont pas passées autrement et quelquefois même l'examen nécroscopique a été négatif Dans le premier cas de mort observé, dans les hôpitaux de Paris (1834) par A. Richard, chez une femme que ce chirurgien opérait d'un polype utérin, on ne trouva rien à l'autopsie pour expliquer l'issue fatale. Il n'en est pas toujours ainsi, et voici les principales particularités anatomo-pathologiques signalées, se rapportant aux principaux organes ou appareils.
1" Système nerveux. Habituellement on signale du côté de l'encéphale, des signes de congestion. Sinus veineux, veines superficielles ou profondes, veines de la base, sont remplis d'un sang noir liquide ou coagulé. Néanmoins Robert cite quatre observations où le cerveau fut trouvé intact et modérément injecté.
Ces contradictions s'expliquent par le genre de moi't. S'il s'agit d'asphyxie, il est clair qu'on notera de l'hypérémie encéphalique et un épanchement séreux abondant dans les ventricules. Au contraire si la mort a été causée par une syncope, c'est l'inverse qu'on verra : une anémie marquée du cerveau avec pâleur des tissus et vacuité des veines.
Nous ignorons absolument quelles sont les modifications apportées par le chloroforme dans la structure des éléments nerveux : tubes ou cellules, quand il agit sur eux pendant la vie. Faut-il admettre que comme l'éther (Pappenheim et Good), il désagrège la myéline des tubes nerveux et la rend granuleuse ? Rien ne le prouve encore d'une façon décisive. Nous devons jusqu'à nouvel ordre nous contenter de l'explication qui attribue au médicament une action inconnue mais directe sur les éléments nerveux, action primitive stupéfiante qui trouble leur fonctionnement normal, soit d'une façon transitoire, soit d'une façon permanente.
L'habileté des micrographes n'a pas encore pénétré ce mystère insondable ; force
C60 CHLOROFORME (emploi médical).
nous est de dire que l'élément nerveux est stupéfié par le chloroforme, sans que nous sachions en vertu de quelle modification structurale pareil effet se produit.
Appareil cardio-pulmonaire. Ici encore nous retrouvons les lésions de l'asphyxie ou- de la syncope. Tantôt les poumons sont gorgés de sang, infiltrés de sérosité, parsemés de taches ecchymotiques ou de noyaux hémorrhagiques, le cœur étant vide de sang dans toutes ses cavités. Tantôt, le parenchyme pulmonaire est pâle, exsangue, crépitant ou parfaitement normal, le cœur étant rempli de caillots noirâtres qui distendent ses ventricules ou ses oreillettes, et SCS parois offrant une flaccidité remarquable. Confévron a remarqué, dans un cas, un assez grand nombre de bulles d'air au milieu des caillots. Je ne crois pas qu'il faille attribuer aucune importance à ce fait qui me paraît résulter de la décomposition du sang et de la mise en liberté de ses gaz. Les bronches et la trachée ont été vues pleines de mucosités épaisses, sanguinolentes, et leur muqueuse était rouge et finement injectée ; mais ces lésions ne sont pas non plus constantes.
Quant à l'action sur le sang, voici ce que nous en savons. Un certain nombre d'auteurs, se fondant sur des essais faits en dehors de l'organisme, admettent que le chloroforme raccornit les globules et les rend impropres à l'absorption de l'oxygène (Samson). Von Wittich, Bôttcher, L. Hermann, Schmiedeberg, lui supposent une affinité spéciale pour les globules : il les dissoudrait. En effet, le sérum ne retient pas le chloroforme, tandis que les globules l'absorbent en forte proportion. Toujours est-il que Bôttcher et Von Wittich croient qu'il favorise la dissolution des globules dans le plasma.
Hermann imagine une affinité spéciale de cet anesthésique pour le protagon, substance organique qu'on trouve surtout dans le système nerveux et les glob'.iles, et annonce la destruction de ces derniers, probablement en vertu d'une combinaison chimique du chloroforme avec leur protagon. Il est vrai que parfois on a observé de l'ictère après une éthérisation, mais personne n'a démontré que ce fût V ictère hémaphéique ou par destruction des globules (Gubler). Également il n'est pas prouvé que l'anémie suit le chloroformisme, ce qui devrait s'observer si les faits signalés par Hermann et d'autres étaient exacts et si l'agent anesthésique intervenait dans l'organisme comme dans un verre à réactif. Dans ce cas encore, l'urine devrait contenir les matériaux ordinaii"es (matière colorante) qui résultent de la destruction des hématies. Jamais on n'a signalé ce résultat ou tout au moins il est rare. Faut-il reconnaître avec Samson, que le chloroforme rend les globules impropres à se combiner avec l'oxygène? C'est fort possible, mais alors encore on ne doit songer qu'à un effet transitoire, à i une action de présence fugace, plutôt qu'à une véritable combinaison analogue à celle que l'acide cyanhydrique ou l'oxyde de carbone forment avec l'héraol^lobine. Quoi qu'il en soit de ces théories, il est bien certain que le sang, comme tous les tissus, renferme une certaine proportion de chloroforme facile à retrouver par l'analyse. Tourdes, Rigaud et Caillaud, en 1852, l'ont parfaitement démontré dans un cas de mort après inhalation.
Chez les animaux empoisonnés à l'aide du chloroforme, on trouve généralement le cœur arrêté en diastole, rempli d'un sang noir foncé et réagissant peu ou pas sous les excitations mécaniques ou électriques. Richardson, après une injection intra-veineuse chez un lapin, a vu cet organe fortement contracture, ses parois éiiergiquement appliquées sur du sang coagulé remplissant toutes
CHLOROFORME (emploi médical). G61
ses cavités, deux minutes api'ès l'injection. Les poumons étaient gorgés d'un sang noir également coagulé. On ne doit voir dans ce fait, qu'une sorte de rigidité cadavérique artificielle, et non un effet physiologique proprement dit. L'action topique est seule en cause dans ce cas. Dès 1858, Faure, dans ses expériences, avait remarqué la stase sanguine considérable dans les poumons, par coagulation du sang ou arrêt momentané de sa propulsion. Quelquefois, au dire de Richardson, les poumons sont exsangues et décolorés, après une inhalation toxique mortelle, et le cœur est gorgé de sang surtout du côlé droit ; il semble que les capillaires pulmonaires se soient vidés en un instant de tout leur contenu, sous l'influence d'un spasme de leurs muscles. Tous ces effets sont subordonnés aux doses, au mode d'administration et à la rapidité de l'intoxication. Quand celle-ci a été brusque, instantanée pour ainsi dire, et que le poison a touché le cœur et les vaisseaux pulmonaires, il y a contracture de leurs faisceaux musculaires qui sont tétanisés pour ainsi dire et reviennent sur eux-mêmes, exactement comme si l'on avait porté sur leurs parois du chloroforme en nature par une injection intra-artérielle ou intra-cardiaquc. Si au contraire le poison a agi plus lentement, les vaisseaux et le cœur sont paralysés réellement et se laissent distendre par le sang ; ils s'arrêtent eu diastole et ne sont plus excitables par l'électricité ou tout autrement.
Organes abdominaux. Ils sont congestionnés à des degrés divers. Souvent le foie est gorgé de sang ainsi que la rate et le mésentère. C'est une hypérémie purement passive, par suite de l'arrêt de la circulation, survenue pendant l'asphyxie ou qui résulte de l'état paralytique des vaisseaux.
Au point de vue médico-légal, je dirai que le chloroforme se retrouve dans presque tous les organes, dans les muscles, dans le sang, etc. Snovv, chez des animaux, a pu s'assurer de sa présence dans leurs tissus, six jours après leur mort. Ceci n'a rien de surprenant, puisque nous savons que c'est un antiseptique qui forme avec les matières organiques une combinaison spéciale qui l'ésiste assez longtemps à la putréfaction. Toutefois, on le retrouvera plus particulièrement et en plus grande quantité dans les masses nerveuses, dans le foie et dans les muscles. Ceux-ci le gardent avec tant d'énergie que la cuisson ne les en débarrasse pas complètement. Un lapin que j'avais tué à l'aide du chloroforme, fut mangé par un infirmier de l'hôpital Beaujon : il avait une saveur désagréable de chloroforme, malgré une cuisson prolongée.
L'histologie ne nous a pas initié aux altérations que subissent les tissus élémentaires, de par l'action du chloroforme. 11 faut donc, si l'on a à faire une expertise médico-légale, se contenter des notions assez précises que donne l'analyse chimique pour retrouver les traces du poison. Il n'y a aucun fond à faire sur l'anatomie pathologique grossière et sur l'examen microscopique des tissus. En traitant par l'alcool les matières alhuminoïdes avec lesquelles il est combiné, on arriverait peut-être à les en débarrasser, en raison de la solubilité du chloroforme dans ce menstrue. Cette solution alcoolique serait mise à profit pour des essais chimiques ou des expériences physiologiques.
Théorie de l'action du chloroforme. Flourens, le premier, a dit qu'il agissait comme stupéfiant sur le cerveau d'abord, puis successivement sur le cervelet, la moitié postérieure de la moelle et les racines postérieures, la moitié antérieure de la moelle et les racines antérieures, enfin sur le bulbe. Ainsi s'expliquerait la succession des effets observés : excitation cérébrale, perte de l'intelligence, résolution musculaire, insensibilité, troubles de la respiration
662 CHLOROFORME (emploi médical).
et delà circulation, mort. Depuis les recherches * de l'éminent physiologiste français, cette théorie s'est conservée intacte, on a cherché seulement à pénétrer plus avant dans l'intimité des phénomènes. Nous allons résumer ici les données nouvelles qu'on a fait intervenir. Je laisse de côté la théorie d'Hermanii qui veut rendre compte des effets du chloroforme sur le système nerveux en invoquant son action dissolvante sur le protagon qui entre en forte proportion dans la composition chimique de la matière nerveuse ; c'est pure hypothèse. Ce sont surtout les effets sur la circulation, qui ont été l'objet de recherches assez nombreuses. On s'est demandé de quelle façon elle était ralentie, et comment la pression sanguine était modifiée.
L'influence de la moelle allongée est incontestable sur la circulation; et c'est parce qu'elle est touchée par le chloroforme que le cœur ralentit ses mouvements et cesse de battre. Mais quelques auteurs ont admis un mécanisme différent : ils supposent que cet aneslhésique peut paralyser le cœur en agissant directement sur son appareil nervo-moteur. La démonstration est facile à faire de la possibilité d'un effet direct. Pour cela, il suffit de plonger dans une atmosphère de vapeur de chloroforme le cœur qu'on vient d'arracher de la poitrine d'un animal vivant. Aussitôt ses battements s'arrêtent. Scheinesson a fait une expérience qui prouve encore qu'il n'est pas besoin de faire intervenir l'effet direct du bulbe. Il coupe la moelle et les deux nerfs vagues chez un animal, dans la région cervicale, puis il lui donne du chloroforme et voit ses mouvements cardiaques se ralentir et se suspendre. Ainsi donc le cœur peut s'arrêter uniquement parce que son appareil nervo-moteur a été paralysé, et il n'est pas absolument indispensable d'invoquer une action du bulbe transmise par les nerfs pneumo-gasti'iques. Néanmoins, Krishaber a montré que la mort est retardée chez un animal soumis à l'action toxique du chloroforme en inhalation, quand les nerfs vagues ont été préalablement coupés. Cet effet •est facile à comprendre. La moelle allongée régit la circulation et la respiration par l'intermédiaire du nerf vague. Celui-ci n'est en somme qu'un conducteur transmettant au cœur et aux poumons les impressions émanées du bulbe ; qu'elles soient directes parce que cet organe a été touché primitivement ; qu'elles soient indirectes ou par action réflexe, parce que l'impression est née du cœur et des poumons. Dans ce dernier cas, c'est encore le nerf vague qui la transmet au bulbe et celui-ci, en sens inverse, la retourne au lieu d'origine. Que le conducteur soit interrompu ou en d'autres termes que le nerf pneumogastrique soit coupé, toutes ces allées et venues d'impression deviennent impossibles : car si le chloroforme touche le bulbe, les poumons et le cœur n'en ont pas conscience, et inversement s'il irrite ces organes, le bulbe n'en ressentira aucun effet. Il arrive alors que l'arrêt du cœur ne se produit qu'autant que son système nervo-moteur autonome est paralysé, et que la respiration ne se suspend qu'après que le cœur ne bat plus.
Quant aux modifications delà pression vasculaire, elles seraient sous la dépendance d'une excitation passagère et d'une paralysie consécutive du nerf grand sympathique. Ce qui expliquerait l'élévation de la tension du début de l'inhalation et son abaissement de plus en plus grand à mesure que la chloroformisation se prolonge. Quoiqu'il en soit de la valeur de cette théorie, il y a un fait bien démontré par tous les physiologistes, c'est que la tension vasculaire baisse sous l'influence du chloroforme, Vierordt, Schiff, Bernstein, etc. Schiff fait jouer un rôle important à cette diminution de la pression vasculaire, dans les
CHLOROFORME (emploi médical). 663
accidents graves qui suivent l'inhalation : l'arrêt du cœur et de la respiration. Pour lui, quand la tension diminue, le sang stagne dans les capillaires, il les remplit de plus en plus et les distend. Alors la circulation cesse parce que le cœur ne reçoit plus son excitant normal, le sang. Le cœur arrêté, les mouvements respiratoires se suppriment d'eux-mêmes. Pour Schiff, par conséquent, l'action paralytique se ferait sentir primitivement sur le grand sympathique et secondairement sur le cœur, d'une manière en quelque sorte deutcropathique, uniquement parce que l'organe central de la circulation a cessé de recevoir du sang, celui-ci s'étant accumulé dans les vaisseaux. En renvoyant ce fluide au cœur, mécaniquement, par une pression faite avec la main sur les gros vaisseaux, on rétablirait la circulation ; le cûeur se remettrait à battre. L'habile physiologiste a vu maintes fois pareil effet se produire dans ses expériences ^iir les animaux.
Gomment se rendre compte des effets du chloroforme sur la température? Il est trop simple de répondre qu'il agit sur les centres modérateurs de la chaleur animale ; cette explication étant insuffisante, nous l'abandonnons sans la discuter. Devons-nous croire que c'est en ralentissant la circulation, puis en empêchant l'oxygénation du sang et par contre les oxydations organiques, que nous lui voyons produire des abaissements de plusieurs degrés (Duméril et Demarquay, Bouisson, Sulzynski, etc.) ? C'est présumable.
Scheinesson est d'avis que dans l'éthérisation par le chloroforme, il y a défaut de production de chaleur, par suite de deux .circonstances spéciales : l'arrêt des processus chimiques qui se passent dans les tissus, le ralentissement du cœur et l'énergie moindre de la circulation artérielle.
Voies d'élimination du chloroforme. Comme tous les liquides volatils, il a des voies d'élimination tracées à l'avance ; ce sont les poumons et la peau. Tout le monde admet aujourd'hui, qu'il est rejeté en partie de l'organisme avec les produits expirés ; son odeur seule suffit à en déceler la présence dans l'haleine des malades qui en prennent, et les chimistes n'auraient aucune difficulté à le recueillir dans l'air expiré ou tout au moins à le reconnaître indireclenienl à l'aide de son chlore, après décomposition dans un tube de porcelaine chauffé au rouge, des vapeurs venues du poumon. On n'a pas, je pense, démontré directement l'élimination par la peau, à travers les glandes sudoripares. Par induction, le fait est admissible. En effet, le cliloral, son congénère, qui possède la même action physiologique ou thérapeutique et qui se décompose quelque peu dans l'économie, en acide formique et chloroforme, donne lieu assez souvent à des éruptions cutanées artificielles, érythémateuses ou vésiculeuses dont la production constante et en quelque sorte expérimentale, annonce bien un rapport de cause à effet manifeste, entre l'ingestion du médicament et l'affection cutanée. Si les auteurs ne parlent pas de pareils accidents après l'administration du chloroforme, c'est qu'on le prescrit à doses faibles et peu répétées, tandis que le chloral est souvent pris avec abus pendant plusieurs mois de suite. Le chloralisme chronique nous offre seul des exemples d'éruptions provoquées, mais on ne connaît guère le chloroformisme chronique.
Les glandes mammaires constituent également un émonctoire pour le chloroforme; des enfants nourris au sein ont subi son action hypnotique quand leurs nourrices en avaient pris. On n'a pas retrouvé cette substance dans l'urine et l'on en a conclu qu'elle ne passait pas par les reins en nature pour s'éliminer. Toutefois, après la chloroformisation, on a signalé ce fait assez curieux d'une réduc-
C64 CHLOROFORME (emploi médical).
tion par l'urine, de la liqueur cupro-potassique ; il y a formation d'un précipité rouge, d'oxydule de cuivre, exactement comme dans la glucosurie ou bien comme si l'on s'était servi, pour expérimenter, de chloroforme en nature au lieu d'urine. Cette expérience n'a pas la valeur qu'on pouiTait croire ; les for- ! miates alcalins réduisent eux aussi la liqueur cupro-potassique et nous diiwns dans un instant que le chloroforme se décompose en partie dans l'organisme en chlore et acide formique, lesquels passent dans l'urine à l'état de chlorure et formiates.
Cependant Marchais et Baudrimont, faisant barboter de l'air dans l'urine d'un sujet qui avait pris du chloroforme, puis dirigeant cet air dans un tube de porcelaine chauffé au rouge, qui communiquait avec un appareil à boules de Liebig, rempli d'une solution de nitrate d'argent, virent se produire dans ce dernier un précipité blanc caillebotté de chlorure d'argent. Le chloroforme s'éliminerait donc par les reins, en assez forte proportion, dans certains cas.
L'économie se débarrasse assez lentement de ce médicament. Aran le percevait encore dans l'haleine d'un de ses malades qui en avait pris trente gouttes, plusieurs heures après l'ingestion. Il est probable qu'une dose thérapeutique est éliminée en quatre ou cinq heures, mais on n'a pas fait d'expériences pour s'en assurer.
Les l'echerches des chimistes prouvent bien que le chloroforme s'élimine en nature, en majeure partie; toutefois on ne saurait nier qu'il n'y en ait de brûlé, dans l'économie, une certaine preportion. 11 y a formation d'acide formique par substitution de 5 équivalents d'oxygène à 3 de chlore :
C^HCP + 50 = C^HO'^ 4- 5C1
acide formique.
L'acide formique et le chlore se combinent avec la soude ou la potasse, pour former des formiates alcalins ou des chlorures que l'on retrouve dans l'urine.
Avant de s'échapper de l'économie, le chloroforme s'accumule plus particulièrement dans le foie, les poumons, les muscles, le tissu nerveux, etc., où l'analyse chimique est capable de le retrouver.
H. Applications thérapeutiqces. Les considérations qui précèdent auront suffisamment établi, je l'espère, qu'à dose élevée, le chloroforme est soporifique, anesthésique, amyosthénique, sédatif vasculaire et modérateur de la calorification ; qu'à dose faible, il est stimulant à la manière de l'éther et de l'alcool. Telles sont les propriétés fondamentales qui le recommandent au médecin et que celui-ci utilise dans les différentes affections que nous allons étudier. Avant de parler des effets généraux, j'avais dit quelques mots de son action topique qui se résume à ceci : irritation, cautérisation, anesthésie légère, et j'avais indiqué en terminant ce chapitre, sa valeur comme antiseptique. Ce sont là'également des propriétés qui le font ejnployer et que nous retrouverons, mises à profit, dans ses usages externes. Nous avons donc deux groupes d'applications qui ressortissent de ses effets généraux d'une part, de ses effets topiques de l'autre, et qui constituent ses usages internes et ses usages externes.
A. Usages internes. On donne le chloroforme à l'intérieur : i" comme hypnotique. On l'a prescrit autrefois, plus qu'on ne le fait aujourd'hui, dans un grand nombre de cas d'agrypnic ou d'insomnie morbide. On vantait surtout sa rapidité d'action, le calme apporté, et son innocuité parfaite sur le tube digestif; opposant ces vertus à la lenteur d'action des narcotiques tels que l'opium
CHLOROFORME (emploi médical). 665
ou ses alcaloïdes dont la valeur comme hypnotique n'est pas contestable, mais qui ont l'inconvénient de troubler les digestions, d'ôter l'appétit, de constiper et de laisser après eux de l'engourdissement et du malaise. I Le but poursuivi était double d'ordinaire : faire dormir les malades tout en leur donnant du calme, c'est-à-dire en s'opposant aux excitations douloureuses qui empêchaient leur sommeil.
V. Uytterhœven, en Belgique, signala l'un des premiers, les propriétés hypnotiques du chloroforme ingéré par l'estomac, à la dose de quelques gouttes. Depuis, tous les praticiens ont vérifié le fait, et Fonssagrives, qui le rappelait en 1859, disait aussi qu'il s'était fort bien trouvé du médicament nouveau dans l'insomnie des vieillards.
Depuis que nous possédons le chloral, il est devenu très-peu usité comme narcotique ; ce rival, plus commode à manier, lui a été substitué dans presque tous les cas d'insomnie, soit dans la médecine des enfants, soit dans celle des adultes. D'ailleurs il est avéré que le sommeil procuré par le chloroforme ne dure guère, à moins de doses fortes et répétées.
On s'en rendra compte en se reportant à l'expérience d'Hartshorne (1854), démontrant que 4 grammes de ce narcotique n'ont pas plus d'effet que 30 ou 35 gouttes de laudanum.
C'est à tort, je crois, qu'on emploierait d'une façon banale et exclusive, le chloroforme comme hypnotique. Il est indiqué surtout quand les opiacés ne peuvent être prescrits sans inconvénients, et pour les remplacer.
Nous ne connaissons aucune règle précise à mentionner sur ce point ; c'est à la sagacité du médecin qu'il faut laisser le soin de décider de son administration.
Nous n'essayerons pas de donner la théorie du sommeil chloroformique. Dire qu'il impressionne la cellule cérébrale, c'est à peu près répondre avec Molière qu'il a une vertu dormitive. Toutefois, ce qui n'est pas indifférent dans la question qui nous occupe, c'est de bien connaître les conditions circulatoires qui accompagnent la narcose par le chloroforme.
Quand celle-ci a été profonde et qu'elle est devenue du coma, l'hypérémie cérébrale n'est pas douteuse ; mais, dans d'autres circonstances, que se passet-il? Si nous nous en tenions à la théorie soutenue par Durham (1860), et plus récemment par Hammond, nous dirions que pendant le sommeil chloroformique, il y a anémie cérébrale, et nous aurions encore de notre côté la grande autorité de Cl. Bernard. Cet éminent physiologiste compare, en effet, le cerveau pendaiit le sommeil, à une glande qui ne fonctionne pas et qui reçoit conséquemment très-peu de sang. Malheureusement l'anémie cérébrale pendant le sommeil n'est rien moins que prouvée par les expériences ou les observations de Durham et Hammond ; et au contraire, l'hypérémie semble plus d'accord avec les faits, ainsi que le démontrent les observations du professeur Gubler (1858) et celles de son élève, le docteur Langlet (1872). De sorte que, jusqu'à preuve du contraire, je crois qu'il est préférable d'admettre que la narcose chloroformique s'accompagne d'un état congestif du cerveau. L'effet paralytique que cette substance exerce sur le grand sympathique et, par conséquent, sur les capillaires, nous est un sûr garant de l'hypérémie encéphalique chez les sujets endormis par elle. L'inspection de l'œil, pendant l'anesthésie chloroformique, suffirait déjà à nous mettre à même de décider par induction, de la réalité de ce phénomène. La conjonctive oculaire est manifestement congestionnée : les vaisseaux de la sclérotique paraissent plus nombreux, plus en relief ; la pupille est
666 CHLOROFORME (emploi médical).
contractée, les cornées regardent en haut et en dedans. C'est exactement la même chose que dans le sommeil naturel. Or, l'on sait que l'œil est pour ainsi dire le miroir du cerveau, et que les modifications circulatoires qui s'observent dans le dernier, se traduisent par des modifications analogues le plus souvent, du côté du premier.
Hàtons-nous d'ajouter qu'il n'est question ici que de l'état de l'œil pendant le sommeil chloroformique régulier, normal pour ainsi dire, et non pas de ces différentes particularités que l'on peut observer sur cet organe, pendant l'action toxique de fortes doses de chloroforme. Cet agent modifie, en effet, de deux façons, alors, l'aspect du globe oculaire : tantôt il le rend pâle et la pupille est plus ou moins dilatée (anémie syncopale) ; tantôt il le fait rougir, et la pupille est étroite (sommeil ou coma).
Pour nous résumer nous dirons que le sommeil chloroformique, comme le sommeil normal, s'accompagne d'une légère hypérémie cérébrale, par stase du sang dans les capillaires. Par conséquent, le médicament nous semble indiqué, comme hypnotique, principalement dans les cas d'insomnie avec anémie du cerveau, et contre-indiqué dans ceux où il y a de l'hypérémie ; ce qui le range à côté de l'opium comme hypnotique, ainsi que je disais au début de cette discussion.
2" Comme aneslhésique. Natalis Guillot est le premier médecin qui prescrivit le chloroforme à l'intérieur, sous forme d'eau chloroformée. Dès 1843-44, il lui reconnaissait des vertus sédatives, le recommandant comme calmant et antispasmodique. Mais ces essais de notre compatriote, bien que signalés et approuvés par Bouchardat, passèrent inaperçus, et il faut arriver à la grande découverte de ses propriétés anesthésiques par Flourens et Simpson (en mars et novembre 1847), pour voir commencer réellement l'histoire thérapeutique de ce précieux médicament.
A la suite de Simpson qui, en 1847, avait guéri une névralgie très-douloureuse, à l'aide de quelques inhalations de chloroforme, les médecins de tous les pays se mirent à expérimenter et à publier à l'envi les résultats plus ou moins remarquables de leur pratique. 11 est curieux de voir le nombre considérable d'observations qui remplissent les recueils périodiques de 1848 à 1858. C'était le médicament à la mode ; mais heureusement sa légitime puissance pouvait supporter sans danger de réaction, les excès d'un engouement hors de proportion avec sa réelle valeur thérapeutique. On le donnait à tous ceux qui souffraient, quelle que fût leur maladie ; et il n'est pas d'affection douloureuse à laquelle on n'ait opposé ses propriétés anesthésiques. 11 faudrait donc citer, pour être complet, une grande partie des espèces nosologiques. Nous nous en garderons bien ; il n'y aurait aucun profit à entrer dans de tels détails. Je me contente de dire que la plupart des douleurs peuvent être calmées par lui, et que ses effets anodyns sont proportionnels aux doses employées. Cependant il est une classe d'affections où il est plus particulièrement utile, je veux parler des névralgies, surtout quand elles sont essentielles (Barrier, 1848). 11 ramène alors à son niveau normal la sensibilité exaltée et guérit du même coup la douleur et la maladie. Sa puissance est naturellement moindre dans les névralgies symptomatiques; il n'est qu'un palliatif utile, incapable le plus souvent de s'adresser à la cause. L'avantage qu'on lui reconnaît, c'est d'être prompt dans ses effets, de faire cesser très-vite la douleur et d'être en général mieux supporté, pendant longtemps, que les préparations thébaïques. A notre avis, le chloroforme est le médicament des crises névralgiques, quand la douleur est violente et qu'elle ne s'accompagne pas de phé-
CHLOROFORME (emploi médical). 667
nomènes congestifs trop accusés. On l'a prescrit soit en inhalations dans les cas pressants, soit à l'intérieur, aidant à son action diffusée par des applications ex- ' ternes, comme nous le verrons plus tard.
On l'a vu réussir dans presque toutes les névralgies : faciale, sciatique, intercostale, sus-orbitaires, etc.; dans la gastralgie et l'entéralgie (Godefroy, 1853); dans les névralgies symptomatiques de cancer (Bruny, 1849), ou de compression de nerfs par une tumeur, etc,
Au résumé, c'est un bon anodyn capable de rendre des services dans les névralgies très-douloureuses ; mais le plus souvent ce n'est qu'un remède palliatif. Il me paraît peut-être plus avantageux dans ces crises douloureuses atroces qu'on appelle des coliques, par une déviation outrée du sens primitif de ce mot qui indiquait une affection du côlon. Mais laissons là l'incorrection de cette expression et admettons ce qu'on est dans l'habitude de lui faire signifier aujourd'hui.
On a donc traité par le chloroforme l'accès de colique hépatique. Tout d'abord on ne songea qu'à opposer ses effets anodyns à l'élément douleur. Plus tard quand on eut reconnu (Buckler, 1848, Corlieu, 1856, Gobley, 1861, Bouchut, 1861), que la cholestérine était plus facilement soluble dans le chloroforme que dans l'éther ou la mixture de Durande (Gobley), on songea que peut-être on aurait prise aussi sur les calculs biliaires et qu'on détruirait du même coup l'effet et la cause. Je note que l'action dissolvante est puissante, puisque, d'après Gobley, un calcul de cholestérine, mis en contact avec du chloroforme, se désagrège complètement en une heure vingt minutes.
Une pareille théorie n'est pas soutenable.
Le médicament n'agit pas dans les conduits biliaires, comme dans un verre de montre; il circule d'ailleurs très-peu avec la bile ; c'est un simple calmant, et je ne saurais admettre que dans l'économie il pût être un lithontriptique pour les calculs biliaires. Il faut reconnaître cependant qu'il jouit d'avantages précieux qui en font l'un des meilleurs remèdes à opposer à la colique hépatique.
Il calme les horribles douleurs de l'accès, et d'autre part, en vertu de ses propriétés amyosthéniques, il fait cesser le spasme des conduits biliaires et facilite la «bute du calcul dans l'intestin. Son rôle est ici le même que dans l'accouchement, quand il est donné pour faire céder le spasme et la rigidité du col utérin. Il permet la dilatation complète de l'orifice de la matrice et ne s'oppose pas aux contractions expultrices du corps de l'utérus. Laborde serait tenté de croire que le calcul subit la vis a tergo de la bile et qu'il chemine ainsi, par suite de cette poussée, dans les conduits dilatés largement sous l'influence de l'action amyosthénique du chloroforme, jusque dans le duodénum.
Un grand nombre d'observateurs, parmi lesquels je citerai Catelain, Vannebroucq (de Lille), Tripier (1864-68), etc., insistent sur l'efficacité de la méthode, et avec raison. Tripier principalement en est un partisan convaincu. Il suppose que le chloroforme, donné jusqu'à la perte de l'activité cérébrale, favorise par cela même les actes réflexes, et met les conduits tout à fait à l'aise pour se débarrasser en se contractant, du corps étranger qui les irrite.
Quoiqu'il en soit de la justesse de ces visées théoriques, nous dirons au point de vue pratique, qu'on administre le médicament en inhalation ou en potion, et qu'on applique parfois loco dolenti (Aran, Baucher) une compresse imbibée d'un liniment au chloroforme, pour aider à l'action diffusée.
Colique néphrétique. Je n'ai rien de plus à dire sur l'emploi du chloroforme contre cette affection, que dans le cas précédent. Il agit eneore ici et comme cal-
C68 CHLOROFORME (emploi médical).
niant et comme sédatif des spasmes des uretères. Le mode d'emploi est le même que dans le cas de colique hépatique.
Colique de plomb. Aran, qui s'est beaucoup occupé de cette question, est d'avis que le chloroforme pris en potion, et appliqué sur le ventre à l'aide d'une compresse qui en est imbibée, constitue le meilleur sédatif à opposer à la colique de plomb.
La douleur est calmée très-vite par les deux usages combinés, mais il faut un traitement approprié pour débarrasser l'économie du plomb. Voici d'ailleurs la formule donnée par Aran. On applique sur le ventre, une large compresse imbibée de 50 à 40 gouttes de chloroforme et recouverte de taffetas gommé, puis on donne au malade, à prendre une potion avec 2 ou 4 gram. du médicament et un ou deux lavements avec la même quantité de chloroforme. Ce qui n'empêche pas d'administrer les purgatifs et de prescrire les bains sulfureux.
Dès 1849, Blanchet (de Tours) avait vu les bons effets du médicament dans la colique de plomb. Plus tard, Cointe (de Lyon), Gassier (de Marseille), 1850, Baucher, etc., vantèrent aussi ce mode de traitement. La guérison s'obtient vite, entre deux et six jours (Aran).
3" Usages du chloroforme comme amyosthénique. Nous savons que ce médicament jouit de la remarquable propriété de relâcher le système musculaire. Quelle que soit la nature des faisceaux de fibres: muscles striés ou lisses, il détruit complètement leur myotilité ; c'est-à-dire qu'il paralyse plus ou moins complètement les muscles de la vie de relation et ceux de la vie végétative. 11 est clair que de pareils effets devaient le recommander contre les affections spasmodiques, quelle que pût être d'ailleurs la manifestation du spasme, qu'il fût clonique ou tonique. Je rappelle que cette action sur les muscles, s'exerce par l'intermédiaire du système nerveux central, non pas d'une façon exclusive, car l'irritabilité musculaire peut être elle-même touchée, mais au moins d'une façon prédominante.
On a donc tout d'abord fondé de grandes espérances sur l'emploi du chloroforme dans les névroses du mouvement où la convulsion constitue le symptôme dominant, et l'on a espéré modifier favorablement l'exaltation du pouvoir musculaire. Voyons les résultats obtenus dans les deux grandes classes : 1° dans les névroses qui s'accompagnent de convulsions cloniques ; 2° dans celles où l'on observe surtout les spasmes toniques.
Parmi les premières je mets en tête :
1" L'éclampsie sur laquelle le chloroforme a une action positive. Ici encore il faut faii'e des divisions et étudier isolément les effets du médicament dans les trois variétés : puerpérale, infantile, toxique.
a . Éclampsie puerpérale. Un très-grand nombre de médicaments ou de modes de traitement ont été préconisés contre cette névrose. On oppose surtout aux convulsions la saignée et les agents de réduction du pouvoir musculaire. Parmi ces derniers nous voyons figurer le tartre stibié et les anesthésiques. La statistique suivante va nous montrer combien peu satisfaisants sont les résultats fournis par ces traitements ; elle figure dans la thèse de Charpentier.