‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V 16Chapitre 30 sur 49 · TRAITEMENT. MORTALITÉ POUR CENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT. MORTALITÉ POUR CENT

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Chloroforme 11

Toutefois, à la Maternité de Paris (Charpentier), 7 malades sur 14, traitées par cet anesthésique auraient succombé, ce qui constitue une léthalité de 50 p. 100»

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Je ne tirerai aucune conclusion de ces chiffres qui ne représentent qu'un petit nombre de cas recueillis au hasard et un peu partout. De pareilles additions ne peuvent conduire à aucune donnée précise ; la fantaisie s'y cache sous des dehors de rigueur mathématique.

Si l'on nous donnait la statistique d'un même hôpital pendant une longue période d'années, comprenant toutes les observations bonnes ou mauvaises, nous verrions à en tirer les conséquences d'une sage interprétation. Malheureusement il n'y a pas encore pareil document dans le monde. Nous sommes donc obligé de raisonner sur les faits publiés. Or, des nombreuses observations que j'ai lues, il me reste cette impression générale que le chloroforme est l'un des moyens les meilleurs à opposer aux attaques d'éclampsie puerpérale. Il abrège la durée des crises, atténue leur violence, les prévient ou les éloigne; il met en somme l'organisme en état de retrouver son équilibre.

Quand nous connaîtrons, de cette redoutable névrose, autre chose que ses manifestations ; quand sa nature, ses causes seront pour nous moins obscures, nous pourrons la traiter d'une façon plus rationnelle ; mais jusque-là nous serons contraints, à faire vis-à-vis d'elle de l'empirisme pur, et à calmer ses symplômcs violents par les sédatifs et les amyosthéniques. Le chloroforme est un des meilleurs à choisir et par sa puissance, sa rapidité d'action, son innocuité relative et sa facilité d'administration. S'il ne guérit pas l'éclampsie, il facilite au moins la cure spontanée, el s'oppose aux conséquences redoutables d'un désordre musculaire, capable de faire périr les malades par les troubles circulatoires et respiratoires qu'il détermine. Est-ce à dire qu'il faille se borner à cet agent seulement ? Je ne le crois pas, et le praticien aurait tort de ne pas agir contre les manifestations symptomatiques autres que les convulsions, quand il est persuadé que leur intervention n'est pas moins nuisible que celle de ces dernières. Ainsi il prescrira la saignée et les purgatifs s'il suppose que les phénomènes congestifs ont besoin d'être dissipés. C'est à Simpson que nous devons les premières relations de l'emploi du chloroforme dans l'éclampsie ; puis les observations favorables se produisirent, de plus en plus nombreuses, une fois l'exemple donné.

Dès le commencement de l'année 1848, nous trouvons celles de Gros (de Sainte- Marie-aux-Mines), de Wittle, Fearn, Derby, Glifton, Cumming, Brouzet, Barrier, Delacour, Stoltz, Richet, Colrat (de Lyon); en 1849, d'autres faits s'ajoutent aux précédents : ceux de Sedgwick, Hanne, Norris, Denham, Bruny, etc., et les années suivantes vinrent encore grossir le nombre des succès du chloroforme. Je cite au hasard, 1851 : Bessems, Vergouts, Macario, Timermans, etc.; 1855: Braun (d'Erlangen), 7 cas favorables, les sept enfants étant venus vivants; 1859 : Richardson,Dupau (de Carbonne) ; 1856 : 3 cas de Fremineau, 10 de Cumming, d'autres de Charrier, EUiot, Liégard, Meisinger, Beatty, Bouchacourt, Valleix, Braun (de Vienne). Ce dernier a publié seize cas favorables, et il dit que « les inhalations de chloroforme surpassent toutes les espérances. » Pour abréger, je dirai que Ernest François, après avoir compulsé un grand nombre de recueils périodiques français ou étrangers, a trouvé publiées, 63 observations dont 58 guérisons, de 1848 à 1863.

Depuis cette époque il y en a eu d'autres. On m'objectera que l'on ne publie généralement pas les insuccès et que les chiffres tournis n'ont qu'une valeur relative. A cela je répondrai que je ne m'occupe pas de statistique en ce moment et que je n'ai d'autre prétention que d'appeler l'attention des médecins sur un médicament d'une valeur non douteuse. On arguera peut-être aussi du traitement

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mixte employé dans les cas auxquels je fais allusion ; mais cela ne diminue en rien les mérites du chloroforme, et ne serait-il qu'un adjuvant, il resterait encore reconimandable.

Comment faut-il l'administrer? Braun recommande l'inhalation, dès que les signes prodromiques de l'attaque commencent à apparaître : à poursuivre jusqu'à production de sommeil, ce qui ne dure pas plus d'une minute ou deux. Si l'accès s'est déjà produit, on fait inhaler néanmoins le chloroforme, à moins que la malade ne soit dans le coma. François conseille de pousser jusqu'à la résolution musculaire.

Il est nécessaire de maintenir longtemps les malades sous l'influence de l'anesthésique : autant que durent les accès. L'éminent professeur Stoltz recommande la patience en pareil cas, disant que si le médicament échoue parfois ou manque son effet, c'est qu'on n'en a pas continué l'usage assez longtemps (1872). Pour lui, le chloroforme en « engourdissant la sensibilité » rend les attaques plus rares et moins fortes. On n'insiste généralement pas assez sur ce fait que le chloroforme, tout en étant hypocinétique, produit encore simultanément de l'anesthésie qui empêche la patiente de souffrir, l'end plus difficiles les actes réflexes et offre, en outre, à l'accoucheur, la possibilité de terminer l'accouchement avec facilité, si la chose est nécessaire, et si les crises se montrent pendant le travail, et sans crainte d'être gêné par une attaque convulsive.

En régumé, le nombre des partisans du chloroforme dans l'éclampsie puerpérale est considérable ; en revanche celui de ses détracteurs est minime, aussi devons-nous, jusqu'à ce que nous soyons en possession d'un médicament véritablement sûr contre cette névrose, nous en tenir à celui que la pratique considère comme le moins aléatoire. On le donnera en inhalation car l'atmiatrie seule est possible, en pareil cas, les autres voies d'introduction étant fermées ou peu sûres.

b. Éclampsie des enfants. C'est encore à Simpson que nous devons la connaissance de la valeur du chloroforme dans les convulsions des enfants. Pour lui, celles-ci résultent simplement d'une excitabilité considérable du système nerveux, car on ne trouve l'ien à l'autopsie pour les expliquer. Le chloroforme agirait en diminuant l'excitabilité nerveuse. En 1852, il fit inhaler sa vapeur à un jeune enfant de treize jours, atteint de convulsions et réussit à le guérir. Son exemple fut suivi par Godefroy, en 1853; Marrotte, 1855; James, 1858; Sicard, 1863 ; Malmsten (de Stockholm), etc., et avec succès.

Les doses sont évidemment proportionnelles à l'âge et à l'intensité de la maladie. Simpson fit usage d'environ 300 grammes de chloroforme en inhalation, en vingt-quati'e heures, chez un enfant de tiente jours.

c. Éclampsie symptomatique . Que les convulsions apparaissent dans le cours d'une albuminurie, d'une intoxication par le plomb, etc., elles peuvent être modérées par le chloroforme. Mais alors celui-ci n'est qu'un simple palliatif calmant les manifestations nerveuses produites par l'altération du sang, mais sans effet sur celle-ci.

2" Hystérie. Aux attaques d'hystérie convulsive, on a parfois opposé avec un certain succès les inhalations de chloroforme, Piorry, Grisolle, Briquet, Aran, etc. Mais si les crises sont calmées, ainsi que je l'ai vu plusieurs fois, par le sommeil anesthésique, elles ne sont pas supprimées. Malgré les faits de cure complète, rapportés par Devergie, en 1850, et celui de Desterme, on n'est pas autorisé à dire que le chloroforme modifie favorablement la névrose.

Quand les attaques ont une violence excessive, rien n'empêche de les calmer

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par l'inhalation, et encore quand on s'est bien assuré que les moyens simples : aspersions d'eau froide, fustigation, compression des ovaires, n'ont pas eu de succès. Au lieu de modérer l'attaque de nerfs, parfois le chloroforme la rend plus intense, en raison de ses effets stimulants. Un assez grand nombre d'accidents spasmodiques, de nature hystérique, ont été calmés par ce médicament. Fonssagrives a vu céder la contracture pendant la narcose, mais Briquet n'a pas été aussi favorisé.

"5" Chorée. Dans cette affection, le chloroforme est beaucoup plus efficace, en raison de la ténacité moins grande de la névrose, qui est toujours accidentelle, et de sa tendance ordinaire vers la cure spontanée. Bien que nous ne connaissions pas les lésions nerveuses de la chorée, on peut supposer que si elles existent, elles sont peu profondes et faciles à modifier. On suppose généralement qu'il s'agit d'une simple exaltation des fonctions nerveuses de la moelle. Ce n'est pas tout néanmoins, le cerveau peut être touché, ainsi que le prouve la faiblesse excessive de l'intelligence ou au moins sa diminution notable dans les cas sérieux.

Quoi qu'il en soit, il était indiqué d'opposer au désordre musculaire de la danse de Saint-Guy, les vertus sédatives du chloroforme. On attribue au professeur Fuster (de Montpellier), le premier cas de guérison d'une chorée par ce médicament donné en inhalation. Bouvier en publia un autre intéressant eu 1854 ; puis vinrent ceux de Géry, 1855 ; Fauconneau-Dufresne, 1857; Marsh, etc. En 1855, Géry le préconisa parce qu'il lui avait donné d'excellents résultats, sauf dans un cas où la mort ne put être évitée. En effet, chez huit malades qu'il a observés, il suffît de 4, 7, 8, 10 et 12 inhalations pour triompher delà maladie.

Le chloroforme, selon lui, guérit facilement les chorées peu intenses et améliore sensiblement celles qui ont de la gravité. On doit le donner jusqu'à production de sommeil, sans se préoccuper de l'agitation très-grande pi'ovoquée au début de l'inhalation. Alors on remarque que les crises se renouvellent moins fréquemment, qu'elles sont moins violentes et plus courtes. Le calme procuré permet aux enfants de manger et leur constitution ne périclite pas.

Ces observations ont leur valeur, mais je ne crois le remède applicable qu'à ces cas de chorées intenses dans lesquelles la folie musculaire est inouïe et menaçante pour la santé des malades. Nous ne manquons pas de sédatifs capables d'améliorer et de guérir les chorées bénignes (bromures alcalins, chloral, etc.); il faut donc réserver le chloroforme seulement pour celles qui ont une intensité excessive, et alors qu'il est prouvé que le chloral est impuissant. Pour les cas de moyenne gravité, on fera prendre le chloroforme à l'intérieur, s'il est bien supporté et si l'agitation est pénible.

En 1850, Gassier eut l'occasion de constater les bons effets des frictions de chloroforme le long du rachis, dans trois cas de chorée rebelle. Ce moyen, essayé depuis, a réussi dans d'autres cas et n'est pas à négliger.

De la chorée je rapprocherai le tic non douloureux de la face ou convulsion mimique de Bomberg, et qui serait, suivant Costes (de Bordeaux), susceptible de guérir sous l'influence des inhalations et des applications locales de chloroforme (1864).

4» Épilepsie. Bowe, en 1853, eut la bonne fortune de guérir en un mois, à l'aide des inhalations de chloroforme, un enfant de dix-huit mois qui avait de cinq à six attaques par jour. Ce n'est pas là une preuve de la valeur du médicament dans l'épilepsie. On a rapporté d'autres faits non moins séduisants, mais

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sans importance plus grande. Des expériences tentées par plusieurs observateurs, il résulte que, non-seulement le chloroforme n'est pas utile dans l'épilepsie, mais aussi qu'il est nuisible en déterminant des symptômes graves d'asphyxie.

A moins de circonstances exceptionnelles résultant d'attaques violentes et prolongées, on fera sagement de s'abstenir de l'inhalation. On a même donné, comme une contre-indication à l'emploi du chloroforme pour obtenir l'anesthésie chirurgicale, l'épilepsie. L'avis est bon, je pense. Ainsi, malgré les bons résultats obtenus par Bowe, Riedl, Lemaître, Aran, etc., on fera bien de traiter les épileptiques par un médicament moins dangereux . (Kronser, Moreau, Rech de Montpellier, etc.).

5" Tétanos. Le 24 novembre 1847, le lendemain du jour où le premier cas d'anesthésie chirurgicale, par le chloroforme, avait été observé en France, Escallier, interne de Yelpeau, eut l'idée de faire respirer le puissant anesthésique à un malheureux malade atteint de tétanos traumatique. Le soulagement fut immédiat; les spasmes musculaires cédèrent et l'on put espérer que le malade allait guérir. Cependant les l'émissions ne furent jamais que momentanées et la mort survint dans un accès convulsif.

La même année, d'Yvonneau (de Blois) ne réussit également qu'à soulager un de ses malades atteint de tétanos traumatique ; il ne put empêcher la terminaison funeste.

L'année suivante, 1848, Raker réussit complètement dans un cas de tétanos traumatique, tandis que Worthington échouait de son côté dans un autre. Ces (lébuls (lu chloroforme peuvent servir à caractériser sa valeur thérapeutique contre le tétanos. De 1848 à 1874, il n'a fait ni mieux ni plus mal.

Et ceci est facile à comprendre pour quiconque connaît les travaux récents sur la nature du tétanos. Depuis les faits signalés par Lockbart-Clarke, Charcot, Michaud, Bouchard, W.-H. Dickinson, etc., nous savons que ce n'est pas une névrose simple, ne laissant aucune trace dans l'organisme qui en a été affecté. Les anatomo-pathologistes dont les noms précèdent nous ont montré que la moelle et le bulbe sont le siège d'altérations anatomiques faciles à reconnaître et que Charcot compare à celles d'une inflammation. Il y a réellement myélite aiguë, siégeant surtout au niveau de la commissure postérieure de la substance grise. Eh bien ! je demanderai de quelle ressource peut être le chloroiorme contre une pareille inflammation ?

D'aucune évidemment. Sans doute, il pourra être plus ou moins puissant contre l'effet, contre le spasme musculaire, mais il demeure impuissant contre la cause, contre ces altérations organiques que nous venons de i-appeler sans les décrire. Donc le chloroforme n'est qu'un simple palliatif, dans les cas graves ou aigus. En lisant attentivement tous les faits favorables qu'on lui attribue dans le traitement du tétanos, je me suis convaincu que tous se rapportent aux formes subaiguës ou lentes. Je n'ai pas rencontré un seul cas de tétanos traumatique grave, à développement précoce, avec fièvre vive et spasmes violents, où le chloroforme se soit montré puissant remède. Dans ces cas, du reste, tout échoue : anesthésiques, saignées, sections nerveuses, opiacés, etc., etc.

En définitive, si le médicament ne doit pas être proscrit du traitement du tétanos, sous prétexte qu'il est dangereux et précipite la terminaison fatale [observations de Putégnat (de Lunéville), de Léon Labbé (1869)], il faut bien reconnaître que ce n'est qu'une faible ressource dans les formes aiguës. 11 n'en est plus de même dans les cas de tétanos à marche chronique ou subaigus. On

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peut compter sur son eificacité, soit qu'on le fasse inhaler, soit qu'-on le donne à pi'endre en potion ; et il n'est plus contre-indiqué comme dans le tétanos généralisé (L. Lefort, Demarquay, M. Perrin) ; on a moins à craindre une asphyxie réflexe. En faisant céder les spasmes, il permet d'alimenter le patient, il facilite l'acte respiratoire, donne du calme et du sommeil, tous bienfaits très-appréciés par celui que torturent les convulsions.

C'est évidemment à des cas subaigus ou chroniques que se rapportent les guérisons obtenues par Gorré, 1848 et 1855, — Petit (d'Hermonville), 1848, — A. Borand, 1850, — Bargigly, 1852, — Barth (de Sierentz), — Morisseau (de Laflèche), — Fessemmeyer, 1855, — Busquet, 1856, — Guérineau, 1864, etc., etc.

Dès 1851, ou parlait de vingt-deux cas favorables sur trente-huit, traités par l'éther ou le chloroforme. Actuellement, il y en a plus du double et l'on en trouverait trois lois plus si l'on en rapprochait les succès donnés par le chloral dont le mode d'action ne diffère pas de celui du chloroforme.

Ces résultats me paraissent encourageants. En effet, les statistiques les meilleures ne donnent pas, par les traitements ordinaires autres que ceux où l'on emploie les anesthésiques, plus de 15 à 20 pour 100 de guérisons, au maximum.

Pour être impartial, je dois dire que chez deux malades soigjics par Grisolle (1851), le chlorolorme parut nuisible et dangereux, alors que l'opium soulagea et guérit; mais les inhalations avaient été tentées plutôt que faites rigoureusement. C'est à elles qu'on s'adresse d'ordinaire quand il s'agit d'administrer le chloroforme à un tétanique ; on les soutient jusqu'à ce que la résolution musculaire soit obtenue. Quelques médecins américains appliquent en même temps des compresses imbibées de chloroforme le long de la colonne vertébrale, dans le but à'anesthésier (?) la moelle (Hinkle, 1868). 11 s'agit ici d'un simple effet révulsif, et non pas d'anesthésie.

Simonin (de Nancy), dans un cas assez grave, lit placer son malade dans une atmosphère chargée de vapeurs de chloroforme. On répandait dans sa chambre de 400 à 1400 grammes de ce liquide; et on en usa ainsi 20 kilogrammes. La guérison fut tardive. Dans deux autres circonstances analogues, ce mode d'administration n'eut aucun succès. Aujourd'hui, le chloral a pris la place du chloroforme dans le traitement du tétanos; il est beaucoup plus facile à administrer que son congénère, et tout aussi énergique comme sédatif et hypocinétiquc. Mais je désire qu'il soit bien compris que ce n'est pas un médicament héroïque contre le tétanos; c'est un adjuvant admirable auquel il ne faut demander autre chose que d'empêcher les convulsions et de soulager.

6" Contracture idiopathique. Spasmes locaux. La- tétanie est beaucoup moins grave que l'affection précédente ; aussi le chloroforme est-il puissant contre ses manifestations convulsives. Aran, vers 1860, la vit guérir très-vite sous l'influence des compresses de chloroforme et de l'usage d'une potion avec 2s'',50 de ce médicament. Martin Solon, Géry, firent les mêmes remarques.

En 1 855, Erichsen, en face d'une contracture permanente de nature rhumatismale, eut l'idée d'anesthésier son malade pour tenter de ramener le membre contracture dans la rectitude, et d'appliquer un appareil de contention pour empêcher le retour de la contracture. Tout alla suivant son gré.

D'autres spasmes localisés ont été combattus aussi par l'usage interne dvi chloroforme ou pi.r l'inhalation : le ble'pharospasme , simple ou provoqué par une lésion oculaire ; dans ce dernier cas la contracture se dissipe facilement, et

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l'on peut examiner alors l'œil malade, tout à son aise, ce qui eût été impossible avant l'emploi de l'anesthésique (Coirat, 1849, Mackensie, 1857, Arnott, Snow).

Un grand nombre de spasmes accidentels des muscles non soumis à la volonté se dissipent quand on leur oppose le chloroforme : contracture du col utérin, pendant l'accouchement, ou dans le cas de dysménorrhée pseudo-membraneuse ou simple (Simpson, 1847) ; spasmes utérins pendant la grossesse, avec menaces d'avortement (chloroforme en lavement) ; spasme de l'urèthre, rétrécissant le canal (Mackensie, 1852) ; spasmes divers des hypocliondriaques, (Osborne) ; dtjsphagie convulsive ; hoquet (Marage, A. Latour, 1841 et 1847) ; spasme de la glotte, etc.

Les doses et le mode d'emploi sont subordonnés à la gravité et à la violence des symptômes. Il est bien certain, cependant, qu'on ne fera pas inhaler le chloroforme à un malade atteint de spasme glottique, sous peine d'exagérer encore davantage la contracture musculaire, il vaudra mieux lui faire prendre ce médicament en lavement.

7" Étranglement herniaire. C'est encore à titre d'amyosthénique que le chloroforme a été préconisé comme moyen de faciliter là réduction des hernies. Un certain nombre de chirurgiens admettant que les anneaux jouent un rôle tout à fait passif dans l'étranglement, tandis qu'ils supposent un rôle actif aux muscles abdominaux, dans la production de cet accident, eurent l'idée démettre à néant l'influence musculaire à l'aide du chloroforme. Voici du reste l'exposé sommaire des principales théories développées par les auteurs qui se sont occupés de cette question.

L'un des premiers en date est Guyton (1848). Il admet qu'une fois que la hernie s'est étranglée, les gaz s'accumulent dans l'intestin hernie et cessent de circuler librement dans l'intérieur du canal intestinal interrompu dans sa continuité au niveau du collet du sac. Les gaz intestinaux s'accumulent donc dans l'intestin et distendent bientôt les parois abdominales dont les muscles réagissent alors d'une façon réflexe contre leur force expausive, avec d'autant plus de force que le point d'appui qu'ils leur fournissent est plus considérable. Alors la gène de la circulation devient manifeste dans l'abdomen, et surtout dans l'intestin hernie ; aussi ses parois deviennent-elles plus épaisses et comme infiltrées. En face d'une tension intra-abdominale aussi grande, on ne peut guère espérer faire rentrer facilement l'anse d'intestin herniée. Mais les muscles étant relâchés, les difficultés deviennent moindres ; et la résistance ayant diminué, le taxis, c'est-à-dire la puissance a chance d'être exercé avec succès, sans être contrecarré par les efforts involontaires du patient. Cette manière de voir a été successivement adoptée par Fano, Escallier et Bruny, dès 1 849 , par BerthoUe en i 858. Ce dernier la modifie, toutefois, ainsi qu'il suit : il ne croit pas que le chloroforme amène la résolution complète des muscles abdominaux. Avec Simpson, P. Dubois, Danyau, Longet, il les range dans la classe des muscles respirateurs, qu'épargnent d'ordinaire les anesthésiques, à moins qu'on ne les donne à dose mortelle. Il croit préférable de faire intervenir simplement l'action anesthésiquc ou calmante du chloroforme, ' qui aurait pour conséquence de faire cesser la contraction musculaire, en empêchant le malade de souffrir.

Bertholle dit encore, avec Boyer, Velpeau et Malgaigne, que dans la hernie inguinale étranglée, les piliers de l'anneau qui dérivent du grand oblique sont tendus et se rapprochent comme les rebords d'une boutonnière, pendant la contraction des muscles abdominaux, mais qu'ils se relâchent et s'écartent dès que

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■cesse l'aclion musculaire. 4 l'appui de l'intervention lâcheuse des muscles abdominaux dans la hernie étranglée, on peut rappeler la pratique ancienne des chirurgiens qui saignaient leurs malades jusqu'à production de syncope pour faire mieux réussir le taxis. Je laisse de côté toutes ces idées théoriques pour arriver aux résultats pratiques ; ils sont des plus satisfaisants.

Escallior, dans sou travail de 1849, cite sept observations favorables de Lach, une de Boullard, une de Lafargue, une de Mayor (de Lausanne), et enfin il en rapporte deux qui lui sont personnelles. J'ajouterai à cette statistique les faits de Jules Barse et Aguilhon (1847), de Fano, de Guyton et de Bertholle.

Mais, il faut bien en convenir, il serait téméraire d'appliquer toujours la méthode dans tous les cas de hernie étranglée. (Juand l'accident est récent et qu'on est en présence d'une entérocèle ou d'une entéro-épiploccle, il n'y a pas à hésiter, le chloroforme peut être donné ; on peut admettre en effet, avec Bertholle, que toutes les fois que le taxis est indiqué, le chloroforme s'impose. Néanmoins, le praticien ne saui'ait être trop réservé dans l'emploi de ce moyen, car les malades affectés de hernie étranglée, supportent mal les anesthésiques ou ne savent pas résister à leurs effets toxiques, pour peu qu'ils soient déjà dans la période de collapsus de l'étranglement. A plus forte raison doit-on s'abstenir quand il y a des vomissements stercoraux, bien que Guyton déclare qu'il ne voit pas là de contreindication, et surtout quand on craint une altération gangreneuse de l'anse intestinale herniée. L'opération est certes préférable en pareil cas.

8" Empoisonnement par la strychnine. Le chloroforme a été vanté comme l'antidote de la strychnine. Théoriquement, l'idée est admissible; il diminue l'excitabilité motrice de la moelle, tandis que la strychnine l'exalte : ce sont bien là deux effets pharmaco-dynamiques opposés. Il est certain que le tétanos strychnique a été parfois guéri au moyen des inhalations de chloroforme. Les convulsions cessent, et l'organisme a chance d'éliminer à temps le poison. Cependant il y a des réserves à faire. Gomme dans le tétanos proprement dit, on doit craindre l'impression irritante du chloroforme sur les voies pulmonaires et la production immédiate d'un spasme asphyxique funeste.

Plusieurs faits sont favorables à l'emploi de cet anesthésique comme antidote de la strychnine; je citerai ceux de Maunson en 1852, de W. Travers en 1861, de G. Harley à la même époque ; enfin ceux de Part, de Jervit (de Boston), de Dresbach, etc.

Je ne veux pas mettre en doute la véracité des témoignages apportés, mais je crains que quelques illusions ne se soient glissées dans les observations publiées. Assez souvent le chloroforme a échoué chez l'homme ; et d'autre part l'expérimentation sur les animaux n'a donné que des résultats à peu près négatifs. Il est vrai que la Dublin Médical Press de 1855 rapporte qu'un éléphant qu'on voulait abattre par le chloroforme, ayant résisté à ce poison, reçut une forte dose de strychnine sans en être incommodé ; mais ce n'est là qu'un fait isolé qui n'a qu'une médiocre importance au point de vue de l'effet antidotique qui nous occupe, d'autant que les expériences pratiquées par Gallard (1865) sur des lapins et des chiens n'ont pas prouvé que l'antidotisme s'exerçât au point d'empêcher la mort des animaux. On masque bien les effets convulsifs de la strychnine avec le chloroforme, mais la mort survient malgré le contre-poison. Araiard-Fortiinère a fait la même observation sur des grenouilles, et moi-même j'ai noté que ce* dernières mouraient un peu plus vite, quand on leur administrait le chloroforme après la strychnine.

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Chez l'homme, en cas d'empoisonnement par l'alcaloïde de la noix vomique, on fera bien d'administrer le chloral on le chloi'ofornie, mais avec une prudence extrême ; ayant toujours présente à l'esprit cette vérité, qu'on lutte contre un poison à l'aide d'un autre poison.

9" Encéplialopathie saturnine. Aran cite un iait favorable à l'emploi du chloroforme dans cette affection. Il va sans dire que cet anesthésique ne s'adresse qu'aux symptômes convulsifs.

10° Hydi^ophobie. Dès 1848, on eut l'idée de calmer les spasmes rabiques à l'aide du chloroforme. A Baltimore, un individu nommé Tayman, atteint de rage, s'endormit d'un sommeil calme après une inhalation. Mais une crise plus forte l'emporta quelques heures plus tard. En 1855, Grœbenscimetz vit aussi les accès se modérer après l'usage de l 'anesthésique ; il n'obtint rien de plus ; le malade mourut. Lailler, maintenant un enragé, pendant trente-six heures sous l'influence du chloroforme, usant de 4 à 500 grammes de ce liquide, n'a pu empêcher la terminaison fatale. Il serait facile de multiplier ces exemples. Ceux que nous citons sont une preuve de l'impuissance des anesthésiques même les plus énergiques contre cette horrible névrose.

Ici se termine notre étude sur l'emploi du chloroforme dans les grandes névroses et les affections spasmodiques proprement dites. Nous allons maintenant montrer comment on a utilisé ses propriétés sédatives dans d'autres maladies où l'élément nerveux joue un rôle sinon prépondérant, du moins très-important, et qui ont de grandes affinités nosographiques avec les névroses convulsives.

Emploi du chloroforme dans les affections spasmodiques des voies respiratoires. 1" Coqueluche. Simpson (d'Edimbourg) ayant eu, ainsi que d'autres médecins, à se louer des inhalations d'éther dans cette affection, Fletwood Churchill et Brachet (de Lyon], vers 1852-55, eurent l'idée de substituer à cet anesthésique, son congénère et son rival le chloroforme. Les résultats furent favorables. A leur exemple, Pape en 1855, Roger en 1860, prescrivirent également le chloroforme et constatèrent les avantages de son emploi : le nombre des quintes est diminué, et souvent leur violence s'atténue, les vomissements sont supprimés (Baron, 1862), et la maladie a une durée moins longue, dans quelques cas. Jacquart (de Tourcoing) est encore plus afûrmatif, car il annonce (1862) que les quintes sont rendues plus bénignes, et qu'en outre la durée de la maladie est plus courte.

Pape et Churchill recommandent l'inhalation ; mais je suppose que l'administration du médicament à l'intérieur rendrait des services, et contre l'élément nerveux, et contre l 'élément catarrhal, puisque le chloroforme eu s 'éliminant par les bronches peut modifier leur sécrétion et leur état d'irritation, en agissant topiquement sur la muqueuse irritée, mais avec moins de violence que quand il est inhalé.

2° Asthme idiopathique. On a essayé de calmer les accès d'asthme à l'aide du chloroforme, et on a réussi quelquefois. Nous ne voyons pas d'inconvénient à ce qu'on use de ce moyen quand les crises sont pénibles, et quand l'élément catarrhal est prédominant; maisilfaut être bien persuadé qu'on n'emploie qu'un simple palliatif et que la névrose n'est en rien modifiée pour l'avenir. Je ne crois pas à un effet curatif complet, bien que Russell Reynolds (1855), Kidd, Leriche, Laloy, "Willis, Greenhalgh, Chandler, Langlay, etc., aient eu à se louer du chloroforme dans l'asthme, le préconisant comme anti-asthmatique véritable.

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3» Spasme de la glotte. En 1852, Saucerotte, dans un cas pressant où l'asphyxie était imminente, fit respirer du chloroforme et conjura la perte du malade. Je le répète, si le remède est énergique, il est dangereux ; on ne doit le metti-e en usage que dans un cas où il y a menace d'accidents mortels. Si l'on dispose d'au moins dix minutes, ii est toujours temps de recourir au lavement de chloroforme ou de chloral.

4 ' Angine de poitrine. Ces mêmes réflexions sont absolument applicables au traitement d,e cette névrose par le chloroforme. Carrière, en 1852, eut la hardiesse de le prescrire à un malade atteint en même temps d'affection du cœur, et vit ses efforts couronnés de succès. Aubrun a publié de son côté une autre observation favorable.

Nous terminons ici nos considérations sur les usages du chloroforme dans les névroses du mouvement, il nous faut maintenant parler de ses applications dans les névroses de l'intelligence.

Emploi du chloroforme dans les différentes variétés de délire. Le but qu'on s'est proposé eu donnant ce médicament, c'est de calmer l'agitation des malades «t de les faire dormir. Le moyen est excellent, et dans maintes cii'constances il a rendu de signalés services en s'opposant à l'excitation cérébrale. Que le délire résulte d'aliénation mentale, qu'il soit sous la dépendance d'une maladie aiguë ou d'un empoisonnement, rien n'empêche de recourir à ce sédatif par excellence, qui dissipe avec tant d'énergie les désordres fonctionnels des centres nerveux.

1" Aliénation mentale. Quand un aliéné devient agité, quand il trouble le repos des personnes qui l'entourcat, quand il devient dangereux pour lui-même et pour les auti'es, l'un dos meilleurs moyens de coercition à opposer à sa fureur, c'est le chloroforme. Sous son influence, le sommeil arrive, l'agitation cesse, l'excitation cérébro-spinale disparaît, et si l'on n'a pas obtenu l'ordre parfiit, on a cependant donné aux malhe\ireux malades une tranquillité relative. En 1848, Mac-Gavin, médecin de l'asile de Montrose, donnait le chloroforme aux fotis agités, particulièrement aux maniaques et aux mélancoliques.

On peut à son exemple, le recommander dans ces formes de l'aliénation mentale, quand on a besoin d'aller vite et alors que les préparations opiacées (injections hypodermiques de morphine) ou narcotiques (Jusquiame, KBr, etc.) sont contre-indiquées ou impuissantes. Toutefois, il me parait dangereux à employer dans la folie symptomatique d'une lésion cérébrale : paralysie générale, démence. Dans les diverses formes de manie, il a chance de réussir sans compromettre l'existence des aliénés, et probablement aussi dans la mélancolie.

2° Delirium tremens. La Gazette de Montpellier de 1849 a publié l'im des premiers cas de guérison de cette affection par le chloroforme. A la nuane époque, Warwich réussit également contre elle en associant l'anesthésique à l'opium; aussi bien que H. Coopw et Bovamy. On échoue malgré cela quelquefois, comme en témoignent les cas de mort rapportés par Teale, Lange, Gunsbourg (de Breslau).

Cependant je ne doute pas de la valeur du médicament comme moyen curatif, et je suis certain qu'il est capable de calmer l'agitation et le délire avec autant d'efficacité que les opiacés. 11 a les mêmes indications que ceux-ci; c'est-àdire qu'il faut le prescrire dans les formes non congestives : celles-ci se trouvant mieux de l'emploi de la digitale ou du bromure de potassium. Un certain nombre de médecins, à l'exemple de Pratt (de Baltimore), 1852,Né}igan Butcher, Gorrigan, Lange, 1854, et surtout de Blaschko, donnent le chlore-

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l'orme en potion, à dose croissante jusqu'à production de sommeil. Ce procède me semble préférable aux inhalations toujours dangereuses chez les alcooliques,, surtout quand il s'agit de déterminer l'anesthésie complète.

5° Délire des pyrexies. Le chloroforme remplace avantageusement l'opium pour calmer les malades atteints de délire dans le cours d'une pyrexie, car il n'est pas moins efficace que ce narcotique contre l'insomnie et le délire, et de plus il est sédatif vasculaire et modérateur de la calorification. Aussi le voyonsnous administré avec succès par Gordon en 1855 et Corrigan dans la fièvre typhoïde, par Fairbother (1848), dans le typhus. Son champ d'applications est des plus vastes dans ces maladies fébriles, je n'ai pas besoin d'insister sur ce détail, la mention du fait général suffit. C'est en potion qu'il faut prescrire ce médicament plutôt qu'en inhalation.

Yoici maintenant quelques autres applications du chloroforme, qui dérivent de ses propriétés stimulantes et anesthésiques.

Maladies infectieuses. Le chloroforme a été prescrit dans certaines espèces de ce groupe plutôt à titre de stimulant ou de sédatif que comme antiseptique. Et cependant il n'est pas moins puissant comme fei'menticide que d'autres antiseptiques qui ont une certaine réputation comme remèdes des affections miasmatiques.

Deux maladies surtout ont été traitées quelquefois par cet anesthésique. \° Le choléra. Le chloroforme et le clioléra firent à peu près en même temps leur apparition. Il était naturel qu'on essayât le nouveau médicament contre le fléau nouveau. Brady et Stedman en Angleterre (1848), publièrent les deux premiers cas de succès, et ne furent pas moins étonnés que leurs malades du calme apporté par le médicament et de son résultat magique {magie resuit) contre les symptômes les plus effrayants du choléra : refroidissement, crampes, phénomènes gastro-entériques, etc. 11 empêchait les malades de souffrir, arrêtait leurs vomissements, les réchauffait en vertu de ses propriétés stimulantes, relevait leurs forces, etc. En France, des tentatives nombreuses furent faites avec un succès moins évident. On vit que si le chloroforme soulageait, il n'avait aucune vertu spécifique et qu'il n'était guère meilleur que d'autres stimulants diffusibles, l'éther et l'alcool en particulier, l'opium, etc.

En 1849, Vernois, l'unissant dans une potion avec l'éther et le laudanum,, remarqua qu'il empêchait les vomissements et modérait la diarrhée. Hill et Hartshorne mentionnèrent des faits analogues. Griffith me paraît plus enthousiaste; pratiquant dans l'Inde, il constata que les inhalations de chloroforme données au début des accidents et jusqu'à production de sommeil, apaisaient toujours les crampes et les vomissements, stimulaient les patients, relevaient leurs forces, excitaient la circulation, dissipaient la cyanose et favorisaient lai guérison. Les assertions du médecin anglais ont leur valeur, mais je le répète,, on ne saurait compter plus sur le chloroforme que sur d'autres médicaments synergiques.

Pour calmer les crampes, quelques médecins ont conseillé les frictions le long de l'épine dorsale (Malgaigne, Saurel, Brady, etc.), faites énergiquement, jusqu'à la rubéfaction (Wahu, 1865). Les douleurs abdominales disparaîtraient aussi en même temps que les crampes.

Dans le choléra des enfants, Hewdelet s'est bien trouvé de l'emploi du chloroforme, dans trois cas qu'il a eu à traiter.

2' Fièvre intermittente. Delioux de Savignac me paraît être le premier

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médecin qui ail administré le chloroforme dans la fièvre d'accès. Son idée était de remplacer l'éther qui passe aussi pour fébrifuge, par son succédané, le chloroforme, dans le traitement des cas rebelles au quinquina. Des fièvres tierces ou quartes furent guéries par la potion de chloroforme; néanmoins ce médecin déclare que c'est un remède inférieur au sulfate de quinine et à l'arsenic.

Avec Dalton, Hoffmann et Serrano, je pense que le médicament est surtout utile dans le stade de frisson en sa qualité de stimulant et de sédatif.

Garcin del Rio et Serrano (1858) ont vérifié les observations deDelioux; Maestre (de Grenade) également. Pour ce dernier, le chloroforme agit comme antispasmodique en vertu d'une action dynamique et spécifique sur le système nerveux cérébro-spinal ou ganglionnaire (1860). Il pi-escrit ls%50 en potion, dans l'apyrexie ; Delioux le donne un peu avant l'accès, à dose fractionnée.

3° Méningite cérébro-spinale. Des maladies infectieuses, je rapproche cette affection épidémiquc, et je me contente de dire que Besseron, dans les hôpitaux d'Alger, a guéri six malades sur quatorze qui en étaient affectés, à l'aide de l'inhalation de chloroforme, obtenant facilement le sommeil, la cessation des douleurs céphalo-rachialgiques, la disparition du délire et la diminution de la fièvre.

Le chloroforme a été donné empiriquement, à titre de calmant, dans un certain nombre d'affections bronchio-pulmonaires, sans qu'il ait été tenu compte des effets topiques qu'il peut exercer sur la muqueuse enflammée, en s'éliminaut on bien pendant l'inhalation. ,Ie crois cependant que ce dernier effet n'est pas à négliger. C'est pourquoi je place, dans un chapitre spécial, cette dernière application du chloroforme, que l'on ferait rentrer à tort, suivant moi, dans le paragraphe où il est parlé des usages du médicament comme anesthésique.

Affections bronchio-pulmonaires . Quelques maladies des poumons et des bronches sont parfois traitées par le chloroforme dont on utilise les propriétés sédatives et calmantes, mais qui, je le répète, possède en outre, des effets topiques sur le parenchyme pulmonaire ou sur la muqueuse des voies aériennes qui se manifestent lorsqu'il s'élimine après avoir été ingéré par l'estomac, ou bien pendant qu'il est inhalé. Ces effets locaux sont réels, soit que cet agent décongestionne le poumon, soit qu'il modifie les sécrétions des muqueuses, il a certainement une action comparable à celles des balsamiques onde l'alcool.

1" Pneumonie. Bien que cette application semble étrange, je mentionne que l'on a donné le chloroforme aux pneumoniques : Bucherer et Baumgartner ( 1 850), et que les résultats ont été bons. Escolar a vu Vinhalation procurer une diaphorèse bienfaisante, une sédation complète de la douleur, la diminution de l'oppression et de la toux ; il a vu la respiration se faire mieux, le sommeil survenir, la fièvre s'apaiser, l'expectoration plus facile. Il donnait de 3 à 4 grammes de chloroforme à respirer par jour ; et l'inhalation était faite pendant trois minutes de suite.

Aran confirme ces faits, mais il n'a pas noté que la résolution fût plus rapide.

Stohandl, Hutawa (1855), Warrentrapp, Smoler (de Prague), Skoda, etc., ont de leur côté rapporté des observations très-favorables à ce mode de traitement. Et Sabarth (1806) signale plus de deux cents cas où l'inhalation rendit de bons services. Il recommande de donner souvent le chloroforme : toutes les quatre heures par exemple, mais sans aller jusqu'à influencer l'intelligence. Valeiitini (de Berlin) se contente de faire respirer, sur un tampon d'ouate tenu assez loin des narines, de 20 à 50 gouttes de chloroforme, jusqu'à productio-i de somnolence, et toutes les deux heures; moyennant quoi, on obtient les effets.

680 CHLOROFORME (emploi médical).

que j'ai déjà mentionnés et, de plus, une détente générale, de la diurèse abondante et la suppression du délire. Ce traitement est contre-indiqué chez les vieillards et chez les enfants.

2" Bronchiles aiguës. Le chloroforme est utile comme sédatif, anti-fébrile, anti-catarrhal ; il remplace à la fois l'opium et les balsamiques.

3° Phthisie pulmonaire. Natalis Guillot a donné le premier le chloroforme comme calmant aux phthisiques, et il réussit, le plus souvent, à les soulager. En 18i9, Delioux de Savignac constata également ses bons effets pour apaiser les douleurs de poitrine et la toux, modérer les sueurs et la fièvre. Pour mon compte, je crois aux bons services que peut rendre ce médicament, surtout lorsque l'opium est mal supporté; mais je me hâte de dire qu'il ne peut avoir aucune action sur la néoplasie de la tuberculose.

Helm, en 1853, conseillait comme mode d'emploi dans la tuberculose, de mélanger le chloroforme à de l'huile de lin, pour ralentir le dégagement de sa vapeur et rendre ainsi plus douce l'inhalation de ses vapeurs.

B. Usages externes du cfiloroforjie, a. Usages médicaux. Il est employé comme calmant, révulsif-anodyn, et comme irritant, dans les affections que nous allons énuraérer.

\° Névralgies. En appliquant, sur le trajet d'un nerf douloureux, une compresse imbibée de chloroforme et recouverte d'un taffetas gommé, on arrive assez facilement à calmer les ci'ises névralgiques. Un pareil moyen, s'il ne réussit pas toujours, est au moins inoffensit; en tout cas, il aide puissamment à l'action de remèdes plus efficaces. Employé seul, il a néanmoins réussi fort bien dans certaines névralgies rhumatismales (Aubrun, 1 848, — Sibson, 1 848 — Devergie, 1850 — Chenevier, 1851) ; faciales (Trêves, Trousseau et Pidoux, Cazenave (de Bordeaux), Henri Gueneau de Mussy ; sus-orbitaire (Ameuille, 1850); sciatique (Bonnassies, etc.); intercostales ; cervico-hrachiale ; cervico-occipitale (Fricand, 1850), mais pour modérer ou faire avorter les crises.

Le même remède a été avantageux dans un cas de sciatique symptomatiqne (Legroux, 1848); dans les névralgies hystériques (Briquet).

En résumé, le médecin trouvera d'utiles secours dans cet emploi du chloroforme, et Barrier a pu dire que, plus la sensibilité est exaltée, plus les applications locales de cet agent ont chance de la ramener à son niveau normal.

Le modus faciendi peut varier beaucoup : tantôt on applique simplement une compresse imbibée de chloroforme, tantôt on frictionne avec un Uniment chloroformé; ou bien enfin s'il s'agit de névralgie faciale, c'est un tampon d'ouate arrosé de quelques gouttes de chloroforme qu'on met dans le conduit auditif externe.

Un grand nombre d'autres affections douloureuses cèdent quand on leur oppose les mêmes moyens. Je citerai d'abord Vodontalgie (Simon, 1856), soit qu'on applique le tampon dans l'oreille, qu'on frictionne la gencive ou la joue avec le médicament, soit qu'on introduise, dans la dent cariée, une solution de résine de copal dans le chloroforme (Piichet).

Egalement les applications extérieures de chlorofonue réussissent contre : la céphalalgie simple (de Larroque, 1849); la migraine (Cazenave, de Bordeaux, 1853) ; la dermal g ie plantaire (Valleix, 1854) ; la colique nerveuse (Ameuille, ■1847) ; la colique de cuivre (Escalar) ; les atroces douleurs de \a péritonite et celles de Y entérite (Ortéga) ; les douleurs ostéocopes (de Larroque, 1849) ; le point de côté de la jdeuropnenmonie ou de la pleurésie ; la douleur de la péricardite (Aran) ; Votalgie (Bonnafont, Malmstein, 1855), etc.

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C'est assez dire que le chloroforme a été essayé contre une foule de douleurs les plus dissemblables.

2» Rhumatisme musculaire. Le même médicament ne serait pas moins efficace contre les douleurs rhumatismales qui affectent les muscles ; par exemple dans le torticolis (de Larroque, 1849); le gravedo ou rhumatisme occipitofrontal (H. Baucher, 1857), le lumbago (Moreau, de Tours, 1848; Legroux, Aubrun, Nélaton, Max Simon, 1851) et h pleurodynie [Mstx Simon, 1851).

Ce dernier auteur fait remarquer que le succès est d'autant mieux assuré, dans le rhumatisme musculaire, que l'affection est plus aiguë et plus récente.

3° Rhumatisme articulaire aigu. Aran a beaucoup vanté les applications de chloroforme sur les jointures endolories par le rhumatisme, comme moyen de soulager les malades. Le calme apporté est si grand que ces derniers « retrouvent momentanément l'usage de leurs membres. » En même temps : le sommeil est plus facile, plus réparateur ; l'épanchement liquide se résorbe; la fièvre tombe et l'état général s'améliore. En joignant à ce moyen, l'usage du sulfate de quinine, en saignant quand il le fallait, Aran guérit en dix-huit jours, en moyenne, les rhumatismes aigus intenses. Baucher, élève d'Araii, n'a pas été aussi heureux que son maître. Chez seize rhumatisants qu'il eut à traiter, il vit les arthralgies céder seulement en quatre jours dans sept cas ; en six jours dans quatre; en huit jours dans cinq, alors qu'il prescrivait en même temps le sulfate de quinine, l'opium, le nitre et la saignée.

Il n'est donc pas démontré qu'on soulage promptement les douleurs rhumatismales avec le chloroforme. Nous lui préférons, pour notre compte, les simples compresses imbibées d'eau fraîche mises sur les jointures (Gubler), et renouvelées au fur et à mesure qu'elles s'échaufient. La douleur est très-vite calmée et la fièvre se modère.

Espina, qui est partisan de la méthode d'Aran, a conseillé de mettre sur les jointures douloureuses la gelée de chlorolorme.

Quand le rhumatisme est subaigu, quand il s'agit d'une monoarthrite ou d'une hydarthrose, les compresses de chloroforme sont encore applicables (Aran, 1851 ; Bourdon).

On les a mises encore (Bartella, 1855) sur les jointures rendues douloureuses par la goutte; mais je crois préiérable de diriger simplement un jet de vapeur de chloroforme sur l'articulation, comme le faisait Benouard (1854) ; on a ainsi, tout au moins, le bénéfice de la réfrigération qu'on ne manque pas de produire.

•Dans le rhumatisme articulaire aigu, Aran procédait ainsi qu'il suit : des compresses mouillées étaient arrosées de quelques gouttes de chloroforme, et mises sur les jointures malades, lesquelles étaient alors recouvertes de tafletas gommé; on renouvelait ce pansement deux fois dans les vingt-quatre heures.

4" Dysménorrhées. Hystér algie en général. Dès l'apparition du chloroforme en thérapeutique, on eut l'occasion d'apprécier ses pi-opriétés anodynes contre les douleurs utérines et surtout contre celles de la dysménorrhée (Bennet, 1848; Higginson, 1849 ; Aran, 1851, etc.), soit qu'on le donnât à l'intérieur, soit qu'on le prescrivît à l'extéiieur. Aran, dirigeant des vapeurs de chloroforme sur le col utérin, réussit à soulager des malades souffrant de métrite postpuerpérale, de périmétrite, de métrite chronique. Trousseau, dans l'hystéralgie symptoraatique, faisait iiijecter dans le vagin de l'huile cliloroformée au ^ ou au -i-, retenant l'injection en place avec un tampon d'ouate mis dans les culs-de-sac,

682 CHLOROFORME (emploi médical).

ou bien il introduisait dans le vagin une capsule gélatineuse renfermant un mélange de chloroforme et d'huile.

Mais c'est surtout Hardy (de Dublin) qui insista sur les propriétés anesthésiques des vapeurs de chloroforme dirigées sur le col de l'utérus, dans tous les cas oii cet organe est le siège de douleurs. Très-rapidement l'effet sédatif est obtenu, et, s'il s'agit de dysménorrhée simple, l'écoulement sanguin apparaît sans que la malade ait à souffrir. Le médecin anglais se servait d'un appareil spécial pour faire ses injections de vapeur ; c'était une pompe aspirante et foulante qui permettait de diriger, à travers sa canule, un jet d'air saturé de vapeur de chloroforme. L'appareil de Heurteloup est plus simple ; il consiste en un tube en verre, ayant la forme du corps de pompe d'une seringue ordinaire, dans lequel on met du coton imbibé de chloroforme. Un soufflet de foyer est adapté à l'une des extrémités du tube et lance de l'air dans son intérieur ; cet air se sature de vapeurs anesLhésiques, sort par l'autre extrémité du tube et peut être dirigé à l'aide d'une canule spéciale dans le vagin ou sur le col utérin.

Les vapeurs de chloroforme calmeraient les douleurs du cancer non ulcéré de la matrice, mais seraient inefficaces contre celles du cancer ulcéré (Hardy ; J. Blot et Maisonneuve ; Jacobowics, 1856); et, en général, elles seraient utiles contre toutes les algies utérines symptomatiques. Elles auraient sur l'opium l'avantage de ne pas donner de mal de tète et de dyspepsie; elles ne causeraient aucun effet fâcheux sur le cœur ou sur la respiration.

Burgiacchi s'est bien trouvé de faire injecter dans le vagin, de l'eau de camomille chloroformée, et Losada de faire placer dans ce canal un tampon imbibé de chloroforme gélatineux, pour calmer l'hystéralgie.

5" Affections douloureuses du rectum. Dans le cancer du rectum et dans le cas de ténesme dysentérique, les insufflations de vapeur de chloroforme ont donné de bons effets calmants, voire les lavements avec le même médicament (Gonzalez Coude, Ehrenreich, 1855).

L'application suivante me paraît plus importante. Chapelle (d'Angoulême), décembre 1856, a eu l'idée de traiter, par le cliloroforme, la fissure anale. Voici comment il opérait : il trempait un pinceau à aquarelle dans un mélange de 5 grammes d'alcool et 1 0 grammes de chloroforme, écartait avec le doigt les lèvres de l'anus, introduisait le pinceau dans l'orifice entr'ouvert, puis le retirait dès qu'il avait été exprimé par la contraction du sphincter. Généralement après quatre séances le malade était guéri, et parfois le succès était obtenu d'emblée»

Gaussail (de Toulouse) trouve le procédé satisfaisant, mais il lui reproche d'être très-douloureux ; et Trousseau considère le chloroforme comme inférieur au nitrate d'argent ou à la teinture d'iode, employés également comme cathérétiques dans la fissure anale.

6° Dermatoses. Pour calmer les démangeaisons occasionnées par les maladies de peau, Devergie (en 1848) recourut avec avantage aux lotions chloroformées ou à la pommade au chloroforme et en obtint de bons effets dans le lichen, le prurit vulvaire et le prurigo ; mais il réussit moins bien dans V eczéma ou Vherpès. Des observations analogues ont été faites par Cazenave.

Contre i'eczemq ruhrum, Hobert (1850) prescrivit un vernis composé de chloroforme, 40 grammes ; gutta-percha, 6 grammes, qu'il appliquait sur les points de la peau qui étaient malades, pour les soustraire au contact de l'air. Graves se loue de son emploi dans Yimpétigo, Y acné, le psoriasis et la lèpre. Je ne crois pas que le chloroforme ait aucune part à reveudiquef dans ces succès ;

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il n'est employé évidemment que comme dissolvant de la gutta-percha. 11 doit être, en raison de ses effets irritants, plus nuisible qu'utile. Il n'y a pas lieu, je crois, de substituer le vernis de Robert, aux topiques pulvérulents tels que l'amidon, le sous-nitrate de bismuth, le lycopode, etc., d'un emploi plus commode et moins dangereux.

Dans le zona, Crépinel (1865) préconise l'application d'un liniraent chloroformé, sur les groupes de vésicules, pour calmer les douleurs et hâter la guérison. On touche, cinq à six fois par jour, les vésicules avec le mélange au cinquième, de chloroforme et d'huile d'amandes douces.

Dans la gale, cet anesthésique, en sa qualité de parasilicide énergique, peut réussir à souhait (Hock). Mais il nome paraît pas l'emporter en efficacité sur la frottée avec la pommade sulfo-alcaline. Aussi, je ne vois pas la nécessité de l'employer contre cette affection parasitaire si facilement curable par des moyens simples et incapables d'irriter vivement la peau, ainsi que doit le faire le chloroforme.

7" Maladies parasitaires. Nous savons que les propriétés toxiques jdu chloroforme s'exercent sur tous les organismes, quel que soit leur rang dans la série des êtres créés. C'est donc un parasiticide susceptible d'applications dans certaines affections parasitaires. Nous venons de voir qu'il a débarrassé les galeux de leurs sarcoptes; mais on pourrait également le faire servir, aussi bien que l'élher, contre le taenia.

Il a rendu de grands services à des sujets chez lesquels s'étaient développées des larves de mouche. Pendant la campagne du Mexique, des soldats qui avaient les fosses nasales garnies de ces larves, furent guéris instantanément par des inhalations de chloroforme (Jacob et Dauzats, 1866). Quelques années auparavant, Jarjavay s'était servi des vapeurs d'éther, avec le même succès, contre les larves de la mnsca carnaria développées dans l'oreille d'un malade.

Je ne crois pas qu'on ait signalé un seul cas de guérison d'une des trois grandes variétés de teignes, au moyen du chloroforme. Toutefois, Duckworth nous apprend qu'il peut servir à faciliter le diagnostic diftérentiel des trois affections parasitaires suivantes : herpès tonsurans, favus et pityriasis versicolor. Pour cela il suffit de laisser tomber, sur le point où l'on soupçonne la présence du mycoderme, une goutte de chloroforme. Les cheveux ou les poils prennent une teinte blanche ou jaune primevère s'il s'agit d'herpès tonsurans, la coloration étant d'autant plus nette qu'il y a plus de champignons ; et une couleur simplement blanchâtre quand on est en présence de favus ou de pityriasis.

Il n'est pas besoin d'une grande habitude pour disthiguer à l'œil nu, et sans le secours du chloroforme, l'une des trois affections parasitaires que nous venons de nommer ; et si le diagnostic est incertain, il sera préférable de recourir au microscope, plutôt que d'user du moyen que donne Duckworth.

b. Usages chirurgicaux. Le chloroforme est rarement employé par les chirurgiens autrement que comme anesthésique général. C'est à tort, car il est susceptible de rendre de bons services comme sédatif local, excitant, cathérétique, antiseptique; tous effets précieux qui le recommandent pour le pansement des plaies. 11 l'emporte en énergie sur la glycérine, l'alcool et les teintures en usage comme topiques; il n'a d'autres rivaux que le chloral et l'acide phénique.

Sous le rapport des propriétés antiseptiques, il offre les qualités réunies des deux corps qui servent à l'obtenir : l'alcool et le chlore. Sa très-faible solubilité

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dans l'eau et sa grande volatilité constituent les seuls obstacles à un emploi plus fréquent de cet excellent topique.

J. Roux (de Toulon) recommandait, il y a longtemps déjà, délaisser, sur les surfaces vives des plaies d'amputation, des éponges imbibées de chloroforme, afin d'éviter le tétanos. Si le moyen n'était pas efficace relativement au but poursuivi : la prophylaxie de la névrose, il pouvait avoir ses avantages, eu empêchant les germes de l'air de se déposer vivants sur la plaie et de la contaminer.

Sur les plaies cancéreuses, on a mis parfois des tampons d'ouate imbibés de chloroforme comme moyen de calmer les douleurs. 11 serait préférable de n'employer que des solutions diluées de chloroforme ou bien encore le chloroforme gélatineux, si l'extitatiou causée parles tampons était trop vive.

Zlanial recommande, avec juste raison, les pansements au chloroforme dans le cas d'ulcérations syphilitiques de mauvais aspect, phagédéniques, etc., comme moyen anesthésiquc et désinfectant. On touche les ulcères vénériens, avec un pinceau trempé préalablement dans ce liquide et on panse à plat avec de la <.harpie sèche. Les modifications sont promptes dans l'aspect de ces plaies : elles se détergent, laissent couler un pus louable, perdent leur odeur, bourgeonnent et bientôt se cicatrisent. Pendant ce temps, elles cessent d'être douloureuses. 21amal applique le chloroforme sur les ulcères syphilitiques des muqueuses et Hancock, 1854, sur les chancres phagédéniques, comme sur toutes les autres plaies syphilitiques.

En 1857, Bai'giacchi vantait beaucoup le Uniment à l'huile de morue et au chloroforme, pour calmer les douleurs et hâter la cicatrisation des plaies.

Yoici d'autres applications chirurgicales du chloroforme. Dans l'opération de ïhydrocèle, Langenbeck le préfère à la teinture d'iode comme liquide d'injection. Il est moins irritant, gonfle peu les bourses et favorise la résolution. On en injecte de 6 à 8 grammes dans la tunique vaginale.

A titre d'irritant également ou de caustique superficiel, le chloroforme a été essayé avec succès par Venot (1850) comme abortif dans la première période de la blennorrhagie. Toutefois, l'écoulement muco-puruleuit n'est pas supprimé si l'affection remonte à plus de huit jours.

Contre Vorchite blennorrhagique, le chloroforme ne serait pas moins utile, au dire de Watson (1849) et de Bouisson. On enveloppe les bourses avec une compresse imbibée de ce liquide ; par-dessus on met du taffetas gommé ; et on renouvelle le pansement toutes les trois heures. La douleur est calmée, la fluxion sanguine atténuée, la résolution activée. Le chloroforme agit ici comme irritant révulsif et anesthésiquc.

On comprend moins comment il peut faire avorterlepa?zam(Turchetti,1854), quand on l'applique sur un doigt enflammé, à l'aide de compresses renouvelées tous les quarts d'heure pendant six ou sept heures ; ou encore empêcher un bubon de suppurer quand il est appliqué sur lui de la même façon.

Je termine en disant qu'on a employé le chloroforme comme topique, dans les entorses légères ; les hémorrhoïdes enflammées, uni à la belladone (Turchetti) ; Vophtlialmie scrofuleuse avec photophobie , en frictions circumorbitaires (Utterhœven, Bouisson, FoUin).

§ 111. Pliarmacologie. Modes d' administration. Doses. Formules. 1» A Vintérieur. Le chloroforme s'administre de trois façons: en inhalation, potion, lavement, quand on recJierche ses effets diffusés.

CHLOROFORME (pharmacologie). 685

Je n'ai pas à indiquer ici comment on doit faire inhaler ce médicament ; le procédé a été décrit déjà à l'article Anesthésie {voy. ce mot), je passe outre. En ce qui concerne l'ingestion stomacale ou intestinale, je dirai qu'un adulte supporte facilement 2 grammes de chloroforme ; c'est une dose qui, lorsqu'elle est fractionnée, est plutôt légèrement stimulante que calmante et hypnotique. Si l'on veut obtenir la narcose et l'anesthésie, il est utile de répéter toutes les heures, jusqu'à production d'effet, cette dose mioima qui seia prise en deux fois à un quart d'heure ou une demi-heure d'intervalle, en raison de l'élimination prompte de cet anesthésique. La quantité à ingérer variera suivant l'effet qu'on veut produire et suivant l'intensité des symptômes douloureux. Pour aller vite, je le répète, il est bon de recourir à l'inhalation, plutôt que défaire prendre des doses massives qui fatiguent l'estomac. J'ai indiqué déjà, dans le cours de cet article, les proportions de chloroforme à donner dans les maladies qui en réclament l'emploi, je ne reviendrai pas sur ce sujet; je me contente de placer ici les formules suivantes, qui sont généralement usitées.

EAU CULOKOFORMIbÉE.

Chloroforme pur 0 gr. 50 (20 gouttes).

Eau distillée 100 —

A prendre par cuillerée à soupe, représentant 4 gouttes ou 1 décigramme de chloroforme (Dorvaultj. Cette eau est stimulante.

Si l'on voulait faire entrer une plus forte proportion du médicament, il serait nécessaire d'ajouter de l'alcool (8 pour 1, Bouchut) qui facilite la dissolution; 100 grammes d'eau ne dissolvent à peine que 1 gramme de chloroforme (Dorvault).

FOnMULES DE POTION.

1" (il'après la commission de la Société de pharmacie) .

Chloroforme 2 ou 4 grammes.

Sucre 12 —

Gomme arabique' 5 à 10 —

Eau ' 100 —

2* (Descliamps).

Chloroforme 2,4 ou 6 grammes.

Juune d'œuf ii°l.

Sirop de sucre 30 grammes.

Eau 130 —

3« (Vée).

Chloroforme Q. V.

Huile d'amandes douces 15 graounes.

Gomme arabique 10

Eau distillée 100 —

Sirop simple ■ 25 —

i* (Sallefrangie et Tourasse).

Chloroforme 1 gramme.

Alcool à 90° 8 —

Eau de laurier cerise 10 —

Eau de laitue 120 -

Sirop de fleur d'oranger 30 —

Remarquons que le praticien devra toujours étendre le plus possible les solutions de chloroforme. Quand il n'y a dans une potion que 100 grammes de véhicule pour 2 grammes et plus de ce médicament, elle est prise avec répugnance, tant la saveur en est désagréable.

5° (Gubler).

Chloroforme 2 grammes.

Sirop de gomme épaissi par de la gomme adragante. 30 —

Eau Q. S.

686 CHLOROFORME (pharmacologie).

Cette énumération suffit, et je ne crois pas utile de m'élendre davantage sur ce sujet. Je signale seulement que l'on peut employer comme dissolvant du chloroforme, la glycérine (chloroforme 2 grammes, glycérine 30. Debout) l'alcool (8 grammes pour 1 de chloroforme).

Bouchut se sert de cette solution alcoolique pour préparer un sirop, en l'étendant de 250 grammes de sirop de sucre ; un vin, en y ajoutant la même proportion d'un vin liquoreux.

SIROP DE CHLOROFORUE.

(Il a élé indiqué par Dorvault dès 1848).

Chloroforme 10 grammes.

Sirop simple 1,000 —

100 grammes contiennent 1 gramme de chloroforme; et la cuillerée à soupe 0,20 centigrammes.

Gëlatinisation du chloroforme. D'après Ruspini (1856), en mélangeant quatre parties d'alhunune et une de chloroforme, on obtient une gelée plus soluble dans l'eau que le chloi'oforme et susceptible d'être employée à l'intérieur ou pour les usages externes. Aldir, Massart, indiquent parties égales des composants, au lieu de 4 pour 1 . Cette gelée se conserverait bien.

Crimault a donné la formule suivante :

Blanc d'œuf 20 grammes soit 2 vol.

Chloroforme pur 10 — 1 —

On fabrique encore des capsules de chloroforme, mais c'est une prépai'ation qui, si elle est facile à prendre, a des effets très-irritants sur le tube digestif, et ne doit pas être prescrite.

En lavement, le chloroforme se donne à la dose de i gramme ou 2, dissous dans un véhicule approprié. Formule d'après Aran :

Chloroforme. . . l 1 gramme.

Gomme 8 —

Jaune d'œuf n° 1.

Eau 125 grammes.

L'eau commune peut être remplacée par une infusion de fleurs de camomille ou une décoction de têtes de pavot.

2" A l'extérieur. Le chloroforme se prescrit en pommade, liniment, gelée ; ou bien on en imbibe des compresses comme moyen de révulsion et de sinapisation.

roHHADE (Codex).

Chloroforme 20 grammes.

Cire blanche 10 —

A\onge 90 —

Faites fondre i'axonge et la cire au bain-marie, dans un flacon à l'émeri à large ouverture ; laissez en partie refroidir, ajoutez le chloroforme, agitez vivement jusqu'à refroidissement.

iNiMENT (Codex).

Huile d'amandes douces 90 grammes..

Chloroforme 10 —

OLYcÉROLÉ (Debout).

Chloroforme 1 gramme.

Alcoolé de safran 1 —

Glycérine 50 " —

En frictions sur les gencives contre les douleurs de la dentition chez les jeunes enfants.

CHLOROFORME (phap.macologie). 687

JIIXTDRE CONTRE LA CAIIIE DENTAIRE (MagitOt).

Chloroforme S grammes.

Laudanum de Sydenham 2 —

Teinture de Benjoin 10 —

On emploie quelquefois le chloroforme comme correctif, pour masquer la saveur désagréable de certains médicaments. Ainsi, d'après Grave, mêlé à de la teinture d'aloès ou de gentiane, à du sulfate de quinine, il enlève à ces substances leur amertume ; et, suivant Lamon, il ferait disparaître instantanément l'odeur de l'asa-fœtida.

On associe encore le chloroforme aux opiacés ses synergiques, pour obtenir des effets sédatifs jilus accusés et à l'iode (Titon, 1854), 20 p. 100. L'inhalation de ce chloroformé d'iode aurait pour conséquence, des effets stimulants énergiques, et permettrait de faire absorber très-rapidement l'iode, car on retrouve ce métalloïde au bout de 10 minutes dans la salive et de 15 minutes, dans l'urine.

Ou pourrait profiter des propriétés irritantes topiques du chloroionno pour faciliter l'absorption par la peau, de certaines substances médicamenteuses. Ainsi, quelques gouttes d'une solution d'atropine, à 0î''',05 pour 50 grammes de chloroforme, appliquées sur le front à l'aide d'un peu d'ouate, amènent promptement la dilatation pupillaire des deux côtés (Parisot, 1803).

Synergiques et auxiliaires. Tous les anesthésiques, les hypocynétiques, les narcotiques sont des synergiques du chloroforme, étant donné qu'il s'agit de produire l'insensibilité, la résolution musculaire, l'analgésie ou le sommeil. Au contraire, si l'on a en vue ses effets stimulants, c'est dans la classe des stimulants diffusibles qu'on trouvera ses synergiques. Deux agents médicamenteux reproduisent bien tous ses effets pharmacodynamiques, ce sont : Véther, mais surtout Vhydrate de chloral et peut-être aussi V iodoforme et le crotonchloral. Chloroforme et chloral jouissent de propriétés physiologiques et théi'apeutiques absolument identiques.

C'est pourquoi un grand nombre de chimistes, se basant sur la décomposition facile du chloral en chloroforme et acide forniique en présence des liquides alcalins, ont soutenu, avec 0. Liebreich, que cet agent n'agissait pas en tant que chloral dans l'économie, mais plutôt parce qu'il donnait lieu à une production dans le sang, de chloroforme à l'état naissant. Cette théorie, quelque talent qu'on ait mis à la soutenir, n'a pas l'ésisté quand on lui a opposé les faits cliniques ou physiologiques [voy. Chloral).

Les auxiliaires du chloroforme sont les opiacés. La morphine, agissant dans le même sens que cet anesthésique, renforce et facilite ses effets sédatifs et hypnotiques. En pratiquant une injection sous-cutanée de morphine, chez l'homme ou chez un animal (Nussbaum, Cl. Bernard), et faisant inhaler très-peu de chloroforme dix minutes après, on obtient rapidement l'analgésie et le sommeil. Le résultat serait certainement le même si l'on se contentait d'administrer une potion de chloroforme au lieu de le faire inhaler, et il serait encore obtenu presque aussi complet si l'on donnait simultanément les deux médicaments à prendre en potion.

Antagonistes. Tous les hypercinétiques et les excitants sont des antagonistes du chloroforme. On a dit encore que l'éther était aussi un des meilleurs antagonistes du chloroforme, car des animaux endormis par ce dernier étaient instantanément réveillés par l'inhalation d'éther (M. Faliu, Fabre, juillet 1856).

688 CIILOKOIIYDROQUINOINE.

Les expéi'iences de Fabre ont été faites sur des lapins et des cobayes. Quand l'anesthésie avait été poussée jusqu'à la syncope ou à la défaillance, il suflisait, dit l'auleur, de faire respirer à ces animaux de l'élher, pour les ranimer. Malheureusement les faits rapportés par Fabre n'ont pas été confirmés par les expériences de J. Cloquet (1856). Cet éminent professeur a vu que l'étlier aggravait les effets toxiques du chloroforme, bien loin de les combattre. Et toutes les mixtures d'éther et de chloroforme proposées comme moyen d'obtenir l'anesthésie chirurgicale, sans faire courir aucun risque aux patients, n'ont pas été plus inoffensives que le chloroforme seul ; on les a même accusées d'être plus dangereuses que chacun des deux anestliésiques en particulier. Il faut donc renoncer à cette idée que l'éther est l'antidote ou l'antagoniste du chloroforme ; ces deux anesthésiques sont doués de propriétés analogues et doivent être considérés comme des synergiques. — Pour la Bibliographie, voy. Anesthésie et les citations faites dans le cours du présent article {Voy. aussi chlorure de siéthvle CHLORÉ). Ernest Labbée.

CULOROGÉIVIIVE. C'est un principe mal connu, et mal défini qui existerait dans l'extrait alcoolique ou aqueux de la racine de garance ; ce principe serait caractérisé par la propriété qu'il possède de se transformer en une poudre verte par l'ébullilion avec l'acide chlorhydrique ou sulfurique. La xanthine de M. Kidilmann ne serait, d'après M. Schenk, qu'un mélange de chlorogénine el de rubian {voy. ce mot). L.

cnLOROHÉLlci;%E. La hélicine est un produit de la réaction de l'acide nitrique étendu sur la salicine ; c'est une substance cristalline, peu soluble dans l'eau froide, mais très-soluble dans l'eau bouillante. Quand on agite un mélange d'eau et d'hélicine dans un grand flacon rempli de chlore gazeux, ce gaz est absorbé avec avidité; peu à peu l'hélicine se gonfle et se convertit en une masse gélatineuse et transparente. L'hélicine C^^H'^O'* a échangé un atome d'hydrogène pour un atome de chlore, il s'est formé de l'acide chlorhydrique et de la chlorohélicine G'^*H*^C10'*. On la purifie par des lavages à l'eau froide, puis on la fait cristalliser dans de l'eau bouillante, dans laquelle elle est très-soluble, et qui la laisse déposer en petites aiguilles blanches par le refroidissement.

Quand on la traite par les acides, la potasse ou la synaptase, elle éprouve les mêmes métamorphoses que la hélicine {voy. ce mot) ; mais, à la place de l'hydrure de salicyle (essence de reine des prés), on obtient de l'hydrure de chlorosalicyle. L.

CHLOROHÉiMiliTiniE:. En traitant par l'éther l'extrait commercial de bois decampêche {Heniato xylon campechianum) , on en retire une substance cristallisée en prismes tétraédriques rectangulaires, d'une couleur jaune paille, que la présence simultanée de l'air et de l'ammoniaque transforme en une belle matière colorante rouge, c'est l'hématine (hématoxyline) {voy. ces mots). Le chlore transforme ce corps eu une substance brune, non-cri stallisable, peu connue, c'est la chlorohématine. L.

CH1.0R0nYDR0QUlN0!VE. On en connaît quatre : les chlorohydroquinones, mono, bi, tri et perchlorée ; toutes s'obtiennent en faisant réagir les corps réducteurs, et principalement l'acide sulfureux sur les quinones chlorées correspondantes. Elles ont d'autant plus de ressemblance avec l'hydroquinone qu'elles

CHLOROMENTllÈNE. 689

sont moins chlorces. Aucun de ces corps, en solution alcoolique ne donne de précipité avec le nitrate d'argent; mais comme ils présentent une légère réaction acide, ils précipitent l'acétate de plomb en blanc, en formant des combinaisons plombiques.

Hydro(juinone monochlorée C'^IPCIO*. Elle cristallise en faisceaux de prismes incolores, d'une faible odeur et d'une saveur douceâtre et brûlante, qui fondent à une faible température et se prennent eu masse cristalline par le refroidissement. Soumise à une température plus élevée, elle se sublime en lames blanclies et brillantes en se décomposant partiellemctit. Elle est trè«-soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther. Avec l'ammoniaque elle produit une dissolution bleu foncé qui passe bientôt au vert, au jaune et enlin au brun foncé.

Bijdroquinone hichlorée. C'4I*C1^I)\ Ses cristaux sont nacrés, fusibles à 164° et commencent déjà à se sublimer à 120". Leur solution rougit le tournesol. Us sont peu solublcs dans l'eau froide, mais trcs-solubles dans l'eau bouillante, l'alcool, l'éther et l'acide acétique. L'acide sulfurique concentré et chaud les dissout et les laisse cristalliser par le refroidissement. L'ammoniaque forme avec eux une solution jaune qui passe au rouge au contact de l'air.

Hydroquinone trichlorée. C'-lPCl^O*. Elle se présente sous la forme de prismes aplatis, ou en lames minces, fusibles à 150", et se subliment en paillettes irisées. Elle a une odeur aromatique et mie saveur poivrée. Peu soluble dans l'eau bouillante, elle se dissout dans l'alcool et dans l'éther. L'ammoniaque forme d'abord nue solution incolore, qui, à l'air, passe au vert, puisau rouge et au brun.

Hydroquinone perchlorée. C*H^C1*0'. Ses cristaux eu lames incolores et nacrés n'ont ni odeur ni saveur. Elle est complètement insoluble dans l'eau. L'alcool et l'éther la dissout facilement ; la solution alcoolique rougit le tournesol. Elle se sublime à 220°, sans que ses cristaux entrent en fusion. Elle se dissout dans la potasse diluée et dans l'ammoniaque ; les acides la précipitent de ces solutions à l'état de poudre cristalline.

Toutes ces hydroquinones chlorées se transforment, quand on les traite par des agents d'oxydation, tels que l'acide azotique, le nitrate d'argent, etc., en quinones chlorées correspondantes ; l'argent, dans ce cas, est réduit à l'état métallique. L.

CHI.OROIODOFOKME. lodure de wélhyle bichloré. C-IICI-I. On l'obtient en distillant dans une petite cornue de l'iodoforme C'IIP avec du bichlorure de mercure. 11 passe un liquide coloré par de l'iode en rouge foncé; on le décolore avec un peu de potasse caustique, puis on le rectilie à la plus basse température possible. On obtient ainsi un liquide jaunâtre, qui devient rosé à l'air; son odeur est aromatique et sa saveur sucrée. La densité, près de deux fois celle de l'eau est de 1 ,96. Traité par une solution alcoolique de potasse, le chloroiodoforme se décompose en formiate de potasse, chlorure et iodure de potassium. L.

tlIS-OROlonURES. Ce qu'on a désigné sous ce nom, ne comprend que des mélanges, en proportions variables, de chlorure et d'iodurc métalliques. Les chloroiodures métalliques, comme espèces chimiques, déterminées n'existent donc pas. L.

CBILORO:wElV'THÈ^E. C'-^'H'^CP. L'esscuce de menthe est un mélange de deux coij)s, l'un liquide, et l'autre solide (camphre de menthe), le dernier se

DICT. E.NC. XVI. 44

690 CIILOROMÉTHYLASE.

sépare par un grand refroidissement de l'essence, en cristaux blancs que l'on; exprime dans du papier Joseph. Les cristaux qui ont pour formule C-^li-'O- traités par du pcrclilorure de phosphore dans une cornue, doinicnt lieu à une ri'action fort vive; il passe à la distillation une huile d'un jaune très-pàle, plus légère que l'eau, peu soluble dans ce liquide, mais solublc dans l'alcool, d'une odeur aromatique analogue à celle du niacis; c'est la menthène protochlorée.

Si on distille l'essence concrète de menthe avec l'acide phosphorique anhydre, il passe un hydrocarbure liquide C-"ll'*, c'est la menthène. Soumise à l'action du chlore, la menthène est attaquée vivement, il se produit un dégagement abondant d'acide chlorhydrique. Quand ce dégagement s'arrête, l'opération est terminée. On obtient ainsi un liquide coloré en jaune, sirupeux, plus dense que l'eau, insoluble dans ce liquide, mais soluble dans l'alcool, l'éther et l'essence de térébenthine, c'est la QuinlicMoromentliène. C^^H'^CP. L.

CHI.OROMÉSl'B"llLK. Cll^Cl. En traitant V acétone (voy . ce mot) par le gaz chlorhydrique, cet acide est absoibé en abondance ; de celte action résulte un liquide brun, fumant et renfermant, entre autres produits, du chloromésityle. Mais on prépare ce corps plus facilement en traitant Vacétone par le perchlorure de phosphore. On mélange deux parties de perchlorure à une partie d'acétone refroidie; on laisse réagir pendant (pu'lque temps, puis on ajoute de l'eau. 11 se sépare un liquide oléagineux plus dense que l'eau, c'est \e chloromésityle. Ce corps traité par une solution alcoolique de potasse, se transforme en oxyde de mésityle et chlorure de potassium.

2(^1^1) -h 2(K0110) = G^WO^ H- 21vCl + 2110

Chloromésiljle. Potasse. Oxyde Chlorure Eau.

de mésityle. de potassium.

Exposé à la chaleur le chloromésityle se décompose en mésityline et acide chlorhydrique.

3(G»1PG1) = G'«H'^ -h 3HC1

Chloromésityle. Mésilylèue. Acide

clilo] hydrique

CHLORonÉSlTYLÈlVE. C'^H'CP. G'est le résultat de la substitution de trois atomes de chlore à trois atomes d'hydrogène du mésitylène C^*H'- (voy. ce mot). En faisant passer du clilore dans le mésitylène, le gaz est absorbé; il se dégage de l'acide chlorhydrique, et peu à peu le liquide se prend en une masse cristalline. On exprime celte masse et on fait cristalliser le produit dans l'éther. Le chloromésitylène fonue des petits cristaux prismatiques brillants, volatils, insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool et l'éther; inattaquables " par l'ammoniaque et la potasse caustique. L.

CIILOROMi;TUYLit.SE. Eu faisant passer très-lentement du chlore jusqu'à refus dans l'éther acétique de l'alcool méthylique, on obtient l'acétate de méthyle trichloré (Laurent). Ce corps est attaqué facilement par une solution de potasse caustique : la liqueur, primitivement incolore, brunit, il se dégage une vapeur dont la saveur est sucrée ; en même temps il se forme du chlorure de potassium et du foi^miate de potasse, pendant qu'une huile particulière, d'une odeur aromatique se sépare. Laurent lui a donné le nom de chlorométhylase et lui a attribué la formule GHPGP. L.

CULOROMÉTRIE. 691

CHLOU®:îiÉ'riS'aXE. Un des noms (l\i chloroforme {voy. Chloroforme et Chlorure dk méthyle).

CBlS>®îtOSlÉTR5E. 11 est souvent très-important de connaître la quantité de clilore contenue dans un liquide, ou pouvant être dégagée d'un chlorure décolorant, tel que l'hypochlorite de chaux ou de soude, c'est-à-dire de connailrcla richesse cliloroniétrique de ces corps. Pendant longtemps on s'est servi dut pouvoir décolorant que le chlore exerce sur les substances organiques colorées, et spécialement sur une solution d'indigo dans l'acide snlf'urique; il est évident que plus un yième volume d'une solution chlorée peut décolorer du sulfate d'indigo, plus cette solution est riche en chlore; mais ce mode d'essai n'est pas susceptible d'une grande précision, parce que la dissolution d'indigo est (i-ès-altérable et parce qu'il est difhcile de saisir le moment oîi le pouvoir décolorant a iini son action.

Le procédé cliloroniétrique le plus employé est celui de Gay-Lussac. II est fondé sur l'action oxydante que le chlore exerce sur les corps oxydables en pi-t'sence de l'eau et sur la décoloration instantanée d'nnc matière coloranle (piaiid l'action oxydante étant terminée, il y a un léger excès de chlore. Le corps oxydable employé est l'acide arsénieux AsO^. Supposons qu'on mette cet acide dissous dans l'acide clilorhydii(|ue en contact avec une dissolution chlorée, l'eau va être décomposée. Son hydrogène se portera sur le chlore pour former de l'acidr chlorhydrique dont le pouvoir décolorant est nul, et l'oxygène fera passer l'aciilc? arsénieux à l'état d'acide arséuique.

AsO'^ + 2G1 -(- 2110 = AsO=^ -4- 2HG1

Acide Chlore. Eau. AcWe Acide

arsciiieiix. arsénique. chlorhydrique.

Ajoutons que si on a eu le soin de colorer la solution arsenicale avec quelquesgouttes de sulfate d'indigo, celui-ci ne sera décoloré que quand tout l'acide arsénieux aura été transformé en acide arsénique.

L'unité chlorométrique admise est un volume de chlore sec, à la température de 0" et à la pression de 0",70 dissous dans un égal volume d'eau ; cette unité est divisée eu 100". Un degré chlorométrique représente 1 centième de volume de chlore : il faut donc que la liqueur arsenicale soit titrée de telle laçon qu'un volume en puisse détruire complètement un volume égal d'une • dissolution chlorée renfermant également son volume de chlore ; or de l'équation ci-dessus, il résulte qu'un équivalent d'acide arsénieux fait passer deux équivalents de chlore à l'état d'acide chlorhydrique. Un litre de chlore pesant o8^n, on trouve facilement qu'il faut 48', 40 d'acide arsénieux dissous dans un litre d'eau pour remplir le but proposé.

Pour préparer la dissolution normale arsénieuse, on fait dissoudre 48%40 d'acide arsénieux pur- dans de l'acide chlorhydrique étendu de sou volume d'eau, on ajoute alors de l'eau pour compléter le volume d'un litre.

On opère de la manière suivante, à l'aide d'une pipette jaugée, ou place 10" de la liqueur arsénieuse normale dans un bocal de verre posé sur une feuille de papier blanc, on y ajoute une ou deux gouttes de sulfate d'indigo pour la colorer uniformément. D'un autre côté, on introduit dans une burette graduée portant 200 divisions de j'^ de centimètre cube chacune (cette burette a la même forme que celle qui sert pour les essais alcaliniélriques), la liqueur chlorée à essayer de manière à la remplir jusqu'à la division supérieure 0". D'une main

«92 CIILORONAPHTALINE.

on imprime un mouvement giratoire au bocal, et de l'autre on fera tomber peu à peu la li(pieur chlorée. Dès que la couleur de l'indigo commencera à s'afl'aiblir, on ne versera plus que par gouttes, car au terme de l'opération la liqueur normale se décolore instantanément.

Dans cette opération, le titre clilorométrique est en raison invei'se de la quantité de solution chlorée qu'il a fallu employer ; il est évident que plus elle contiendra de chlore, moins il en faudra pour produire l'effet voulu, et inversement. Supposons qu'il ait fallu 50 divisions pour produire la décoloration,

le titre véritable sera : 100 X i^ = 200°. S'il avait fallu 200 divisions, le

titre sera : dOOX;;):;^-^ 50". S'il était possible de verser la liqueur acide

normale dans la solution chlorée, le degré chlorométrique serait donné directement ; mais cela ne se peut pas, car une goutte de la liqueur acide mettrait en liberté plus de chlore qu'il n'en faut pour oxyder l'acide arsénieux qu'elle renferme ; dès lors ce chlore se dégagerait et l'essai deviendrait impraticable.

Si, au lieu d'une solution chlorée liquide, on voulait titt^er de l'hypochlorite de chaux solide, l'opération se ferait de la même manière, seulement il faut auparavant procéder à la dissolution de l'hypochlorite. Cette dissolution se l'ait de la manière suivante. On pèse 10 grammes du chlorure à essayer, qu'on broie dans un mortier de verre avec une petite quantité d'eau. On ajoute une plus grande quantité d'eau, on décante et on fdtre dans un vase d'une contenance de 1 litre : on lave le mortier avec de l'eau que l'on décante sur le filtre, et ou complète le volume de 1 litre en ajoutant de l'eau jusqu'à ce que le liquide affleure un repère indiquant la capacité du vase.

Supposons que le liquide obtenu marque 100" cblorométriques, cela prouve qu'il renferme sou volume, c'est-à-dire un litre de chlore ; il provient de 1 0 grammes de chlorure de chaux ; donc 1 kilogramme de chlorure équivaut à 100 litres de chlore, et en général on a autant de litres de chlore qu'on a trouvé de degrés cblorométriques. L.

CHî-OROMlciIMYLlQUE (Acide). CM1*C10\ L'eau mère brune de laquelle s'est déposé le nitrate d'urée dans l'extraction de ce corps de l'urine, et qui renferme un excès d'acide nitrique, est soumise à la distillation ; le pi'oduit de la distillation renferme deux acides : l'acide nitro-chloromichniylique et l'acide chloromicbmylique ; le premier est incristallisahle, et le second se dépose, au bout de quelque temps, en cristaux aiguillés ; on les purifie par une cristallisation dans l'eau bouillante : cet acide se dissout dans l'eau bouillante, dans l'alcool et dans l'éthcr. L.

cnLOUOXAPllTAL,lI»ES. Nom commun donné aux combinaisons chlorées de la naphtaline, soit par substitution, soit par addition {voy. Chloroinaphta- Lim). L.

CLHOROîVAPHTALlXE. Les dérivés chlorés de la Naphtaline, en trèsgrand nombre, peuvent être divisés en deux groupes distincts : les dérivés chlorés par addition et les dérivés chlorés par substitution ; les premiers dans lesquels la somme du chlore et de l'hydrogène est supérieure à la somme des atomes d'hydrogène contenus dans la naphtaline, proviennent de l'addition du

CIILORONAPIIÏALINE, 693

chlore, soit à la naphtaline, soit à une naphtaline chlorée du second groupe ; sous l'influence de la potasse alcooli(iue, ils se dédouhlent tous en acide chlorhydrique et naphtalines chlorés du second groupe.

Les naphtalines chlorées du second groupe résultent de la substitution du chlore à un égal nombre d'atomes d'hydrogène de la naphtaline. Ces composés renferment une somme d'atomes d'hydrogène et de cldore égale à la somme des atomes d'hydrogène contenus dans la naphtaline. La potasse alcoolique est sans action sur eux.

Nous donnons la liste des napthalines chlorées trouvées par Laurent ; il faut remarquer que le brome peut remplacer partiellement ou totalement le chlore dans ces composés, et que chacun de ces corps chlorés comprend de une à sept modilications isomères, ce qui augmente considérablement le nombre de ces composés.

rilEMlER GROUPE. CllLOnURES DE JiAPHTALI.NE PAR ABUITIOÎi.

Chlorure de n;i|ilil;ilino C^^H'.Cl^

Eiclilorure de na|)lituline i.="H'.CI*

— — chlorée C^"irCI.Ci*

;. — . hichlorée C^Tl'Gl-.Cl*,

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