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CHLOROPHYLLE

:potasse, de soude, d'ammonla(iuc, de cliaux et de magnésie sont soliiblcs; tous les autres sont insolubles. ^■

CBai,OROî»BiïLi.E. § I. chainie. La chlorophylle, matière colorante à laquelle les feuilles doivent leur coloration verte, n'y existe qu'en très-petite quantité, et son extraction à l'élat de purelé préseule de grandes difficultés. Un procédé donné par Bcrzelius consiste à traiter les leuilles par de l'élher ; on lait digérer pendant [dnsieurs jours des feuilles bien vertes, dans de l'éther, qui •dissout hi cliloropbylle, et entre autres principes une matière analogue à la cire; on filtre la liqueur, et on l'évaporé à siccité, le résidu est repris par de l'alcool bouillant ; par le refroidissement, la plus grande partie de cette matière cireuse se sépare ; on iiltre et on évapore encore à siccité et on reprend le résidu par une moindre quantité d'alcool bouillant, une nouvelle quantité dé matière cireuse se ■dépose ; ou renouvelle ces opérations encore une ou deux ibis, et on reprend le résidu de la dernière opération par de l'acide chlorhydrique concentré, ipii donne une dissolution d'un beau vert, ou sature la liqueur en y plaçant -quelques fragments de carbonate de chaux (marbre). La chlorophylle, insoluble dans la liqueur neutre, se sépare, on la lave avec de l'eau pure et on la fait sécher.

Comme la chlorophylle est une matière très-altérable et que l'action de l'acide chlorhydrique pourra bien modifier, M. Verdeil conseille de procéder de la manière suivante : on précipite la solution alcoolique de chlorophylle par la plus pelile(pianlilé possible de lait de chaux, la liqueur se décolore, la chlorophylle est précipitée et les matières grasses et cireuses restent eu solution dans l'alcool; on lave le précipité calcaire renfermant la chlorophylle avec de l'eau, et on le fait digérer avec la quantité d'acide chlorhydrique strictement nécessaire pour dissoudre la chaux, et on agite le tout, dans un flacon, avec de l'éther qui dissout la chlorophylle, en formant une couche colorée en beau vert à la partie supélùeure du liquide. On évapore cette solution éthérée, le résidu constitue la chlorophylle à l'état de pureté.

La chlorophylle se présente sous la forme d'une poudre amorphe, vert foncé, insoluble dans l'eau, mais soluble avec une belle couleur verte, dans l'alcool et l'éther; l'air ne l'altère pas ; soumise à une température de 200" elle ne fond ni se décompose ; une chaleur plus élevée la détruit.

Les acides et les alcalis concentrés la dissolvent en la modifiant. Une solution d'alun la précipite de ces dissolutions. L'hydrogène naissant la décolore, à la manière de l'indigo bleu. Incinérée, elle laisse des cendres renfermant une assez grande quantité d'oxyde de fer, elle aurait ainsi une certaine analogie avec la matière colorante du sang.

La chlorophylle ainsi obtenue et décrite, n'est pas un pi'incipe unique, elle résulte de la combinaison de deux matières colorantes, l'une jaune, la phyllO' xanthine, et l'autre blette, la phyllocyanine. Ces deux principes peuvent être séparés, en agitant la chlorophylle avec un mélange d'acide chlorhydrique étendu et d'éther. Par une simple agitation, la phylloxanthine se dissout dans l'éther, et la phyllocyanine dans l'acide chlorhydrique, en lui communiquant une belle couleur bleue ; par le repos, les deux liquides se séparent, et les deux matières colorantes peuvent ainsi être isolées. La matière colorante verte des feuilles est donc le résultat de la combinaison des deux matières bleues et jaunes ; aussi les feuilles jaunies par l'automne, ne renferment plus de phyllo-

C9« CHLOROPICRINE.

cyaniîie, et soumises au trailemeut indiqué, on n'obtient plus que de la phylloxanthine. L.

§ II. Applications médicales. Dans ces derniers temps, M. J. Chautard a essayé de tirer des caractères spectroscopiques de la chlorophylle, souvent étudiés déjà depuis IJrewster, le moyen de faire reconnaître l'existence de cette substance dans les déjections (Comptes rendus de l'Académie des sciences, 875, et Mémoires de la Société de médecine de Nancy), 1871-72. Il s'est servi, pour ses expériences, d'un micromètre portant 150 divisions, dont la quarantième corrcspoml à la raie I) de la soude ; le u» i 0 coïncide à peu près avec la raie A de Fraiinhofer, et le n» 150 avec la raie H.

Dans le spectre d'une teinture alcoolique de chlorophylle convenablemenS diluée, M. Chautard distingue six raies. L'une de ces raies se montre dans. le rouge moyen, la seconde dans le rouge voisin de l'orangé, la troisième entre le jaune et le vert, et les deux autres dans le bleu. Mais la réunion de ces raies diverses n'est pas nécessaire pour caractériser la substance. La première suffit ; toutes les autres sont, suivant l'expression de l'auteiu-, surnumeraii^es . La bande caractéristique a ses contours nets, toujours bien dessinés, quelle que soit sa largeur, et elle apparaît encore lorsqu'on étend la dissolution après l'effacement et la disparition de toutes les autres bandes d'absorption. En second lieu, elle se dédouble sousl'iidluence de la potasse, soit qu'on ait fait bouillir un petit fragment de cet alcali dans la dissolution alcoolique de chlorophylle, soit qu'on ait traité directement la matière verte des feuilles par del'eauà l'ébuUition coutenant I/lOO dépotasse. Enfin, le mélange d'une ou de plusieurs matières de couleurs diltéienles n'apporte aucun obstacle à l'apparition delà raie spécifique.

M. Chautard a retrouvé ces caractères spectroscopiques de la chlorophylle dans la teinture alcoolique de poudre de fèces desséchées au bain-marie, tant sur l'homme que sur les divers animaux, tels que le cheval, le mouton, la chèvre, le chat, le lapin, le hanneton, diverses chenilles, le limaçon; et il a constaté chez l'homme la disparition de toutes les raies après trois jours d'abstinence d'aliments contenant de la chlorophylle. On conçoit dès lors que, dans certains casdéterminés d'empoisonnement, l'examen spectral des matières vomies ou des déjections alvines puisse fournir quelques indications à la médecine légale ; de même qu'il est susceptible de révéler la composition de certains breuvages ou de certaines teintures, ou, du moins, de foui'nir au médecin expert quelques, lumières pour la direction de ses opérations ultérieures. A. D.

cnLOROPIGRAMYLE. Voy. Chlorostilbèine.

C'MM>ROi>lCRl.\E. C-CPAzO*. Ce corps résulte de l'action de chlorure de chaux, ou bien d'un mélange de chlorate de potasse et d'acide chlorhydrique èur VAciàc pic ri(]iie [voy. ce mot). On distille un mélange d'acide picrique et de chloi'ure de chaux ; il passe une huile que l'on rectifie sur un peu de magnésie.

La chloropicrine se présente sous la forme d'une huile incolore et transparente, très-réfringente, d'une densité de 1 ,667, d'une odeur très-pénétrante qui affecte les yeux et le nez autant que l'essence de moutarde, mais elle n'est pas aussi persistante ; elle bouta 120" et distille sans se décomposer ; elle n'est pas inflammable, presque insoluble dans l'eau, à laquelle elle communique cependant son odeur, elle est très-soluble dans l'alcool et dans l'éther ; elle n'est

CilLOROSALIClNE. 697

pas attaquée par les acides chlorhytlri(|ue, azotique et sulfurique, même à l'ébuilition ; l'huile dislille sans avoir éprouvé de décomposition; ses dissolutions sont sans action sur les papiers réactifs colorés. L.

CIIL0R03MCRYLE. C'^li'^ClAzO'*. Ce corps résulte de la substitution d'uu atome de chlore à un atome d'hydrogène dans le picrijle [voy. Picrvle). C'est un corps solide incolore, insoluble dans l'eau et solublc dans l'alcool et dans l'étlier ; par le relroidissemcnt de sa solution alcoolique bouillante, on l'obtient eu beaux cristaux octaédriques. L.

dlLOKOQUIXOXE. En distillant un mélange d'acide qu'inique [vorj. ce mot) de sel marin, d'acide sull'uriqnc et de peroxyde de manganèse, ou obtient un sublimé jaune et cristallin, formé d'un mélange de quiuones plus ou moins chlorés, que l'on parvient à séparer en utilisant la différence de leur solubilité dans l'alcool, soit froid, soit bouillant. On isole de celle manière les quatre quinoues chlorés suivants : la mono, bi, tri et perchloroquinone. La mouochloroquinone, G'^H^CIO*, cristallise en longues aiguilles jaunes , solnbles dans l'eau bouillante, dans l'alcool et dans l'éther. Rllc fond à 100" en une huile jaune foncé qui colore l'épiderme eu pourpre comme les sels d'or.

Bicliloroquinone, C'^H^Cl^O*. Les cristaux forment des prismes obliques trèsbrillants, insolubles dans l'eau, peu solubbs dans l'alcool, solubles dans l'éther, fusibles à 150". Ces cristaux se dissolvent dans une dissolution faible de potasse, les acides précipitent de nouveau cette solution.

Trichloroquinone, C'^HCl'O*. Les cristaux forment de petits prismes jaunes fusibles à 160", insolubles dans l'eau et l'alcool froid, solubles dans l'alcool bouillant et dans l'éther. Les acides sulfurique et uitriijue concentrés les dissolvent sans altération. La solution alcoolique ne précipite pas le nitrate d'argent.

Quadri ou perchloroquinone, C'^llCr*0* ou cliloranile {voy. ce mot). Toutes ces quiuones chlorées traitées par les corps réducteurs, et spécialement l'acide sulfiueux, sont transformées en hydroquinones clilorées correspondantes. L.

CIILORORCÉIXE. Quand ou fait passer un courant de chlore dans mie solution ammoniacale de l'orcéine (matière colorante de l'orseille, voy. ce mot), la couleur de l'orcéine s'altère peu à peu, et ou obtient enfin une substance chlorée, jaune brun, insoluble dans l'eau et solubledans l'alcool et dans l'éther. M. Kane lui a donné le nojn de cklororcéine. L.

CULOROl^ALIClKE. En faisant réagir le chlore sur la salicine, on obtient successivement trois dérivés chlorés par substitution du chlore à l'hydrogène de la salicine : la mono, bi et tri, ou perchlorosalicine.

Monuchlorosalicine, C-''H'"C10"'. On l'obtieut eu faisant passer un courant de chlore dans de la salicine délayée dans quatre fois son poids d'eau ; peu à peu la salicine se dissout entièrement, et il se forme un précipité nacré dont la quantité augmente rapidement, on l'exprimn, ou la lave avec de l'éther, et on la fait cristalliser dans l'eau bouillante. Elle cristallise en longues aiguilles flexibles et soyeuses, insolubles dans l'éther et solubles dans l'eau et dans l'alcool. La chaleur la décompose, il se dégage de l'acide chlorhydrique et il reste une masse charbonneuse. La synaptase la décompose rapidement en glucose et en chlorosaligenine.

^9S CllLOROSAMIDE.

C^qp^ClO" + 2110 = C'^H'^O'^ H- C»H'C10»

Chlorosalicine. Eau. Glucose. Chlorosali^énine

Bichlorosalicine, C"H'«C1^0\ Elle s'obtient par l'action du chlore sur la 'Chlorosalicine. Ses cristaux forment des longues aiguilles flexibles et blanches comme la neige ; elle est très-peu soluble dans l'eau froide, et bouillante, assez soluble dans l'alcool et insoluble dans l'éther. La synaptase la transforme en glucose et bichlorosaligénine.

Perchlorosalicine, G^^II^^CPO*. Se produit par l'action du chlore sur la précédente en aidant la réaction par la chaleur. Elle se présente, après cristallisation dans l'alcool faible, en petites aiguilles de couleur jaunâtre, sans odeur, mais d'une saveur très-amfci'e. La chaleur la décompose; la synaptase la décompose en glucose et trichlorosaligénine. L.

t'BBa.«aï««?*B.l('ïO';, C'IPCIO*. Acipe ciilorospiroïi.eux. Quand on fait passer un cou rail l de chlore dans l'hydrure de salicyle (essence d'ulmaire), la réaction est très-vive, il se dégage de l'acide chloriiydrique en grande quantité, il reste une nialière jaune cristalline que l'on purifie par une cristallisation <lans l'alcool bouillant. L'hydrure de chlorosalicyle ainsi obtenu, forme des lames incolores, nacrées, d'une odeur désagréable, et d'une saveur brûlante. (Exposés à la chaleur, ces cristaux fondent et se subliment en longues aiguilles •d'un blanc de neige, insolubles dans l'eau, mais solubles dans l'alcool. L'hydrure de chlorosalicyle se combine aux oxydes métalliques et forme des sels; le sel de potasse cristallise en paillettes rouges disposées en masses radiées. Les sels des métaux proprement dits sont insolubles et s'obtieunent par double décomposition. Avec le gaz ammoniaque on obtient une combinaison particulière, Va cJilorosamide [voy. ce mot). L.

€HS.«R«i*»AI>BClXIQl]E (Acide). ClBLORO<«PIROILIQr£ (ÂCIDe).

C'41''Cl-0'"'. Le chlore en agissant sur l'acide salicylique, ou sur une solution de salicylate de potasse donne, par substitution du chlore à l'hydrogène de l'acide salicylique, deux dérivés chloi'és : l'acide monochlorosalicylique, difficile à purifier et peu connu, et l'acide bichlorosalicylique. On fait passer un courant de chlore dans la solution de salicylate de potasse jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de dépôt. Ou fait cristalliser ce précipité, qui est du chlorosalicylate de potasse, dans un mélange d'eau et d'alcool, on fait dissoudre les cristaux dans Veau et on les décompose par l'acide chlorhydrique, l'ac^ide chlorosalicylique se dépose; on lefaitcristalliser dans l'alcool ; les cristaux forment des octaèdres durs, insolubles dans l'eau froide, solubles dans l'alcool et l'éther. L'acide chlorosalicylique distillé avec un excès de chaux caustique se dédouble en acides carbonique et bi-chlorophénique [voij. ce mot).

L'acide chlorosalicylique se combine avec .les bases et forme des sels qui ont la plus grande analogie avec les salicylates cori'espondants. L.

CBll[>ORO.««.4l?lBB>E, hijdnire de chlorosalicyle, C^-H'^CPAz^O^ L'hydrure de chlorosalicyle {voy. ce mot) mis en présence du gaz ammoniac sec s'y combine, le gaz est absorbé lentement ; il se produit une matière jaune qu'il faut de temps en temps retirer et broyer, et la soumettre de nouveau à l'action du gaz ammoniac. Le produit jaune que l'on obtient ainsi, est dissous dans l'alcool absolu bouillant, où il cristallise par le refroidissement.

La chlorosamide se présente sons fomic de paillettes cristallines jaunes, insipides, insolnbles dans l'eau, solnbles dans l'alrool absoln et dans l'élhcr ynliydre, surtout à chaud ; l'alcool ou l'éther en présence de l'eau, décompose la chlorosamide et en dégage de l'ammoniaque. Cette décomposition est surtout ■marquée sous l'intluence des solutions acides ou alcalines. L.

CHLOROSE. Nous allons commencer l'étude de la chlorose, {mv une revno chronologique des opinions diverses et trcs-mnUipliées, que l'on a émises sur ses causes et sa nature. Ce plan, nous l'espérons, sera suflisamment jnstihé par ila suite.

li 'affection est cerlainement très-ancienne; mais le terme par lequel on la désigne aujourd'hui, est, on peut le dire, de date moderne, puisqu'il a été employé pour la première fois, par Jean Varandal, professeur à Montpellier, dans son traité de morbis et affectibus mtdierum, qui parut à Lyon en J615. • SU est, dit cet auteur, une maladie propre au tempérament féminin, qui est plus humide et plus froid que celui des hommes, c'est celle que nous voyons actuellement se développer dans ces contrées, d'une manière presque endémique, notamment chez les jeunes filles les plus nobles et les plus belles, chez les veuves ou autres, vivant dans l'abstinence de tout rapport sexuel. On la qualifie d'ordinaire de pâh'S coideiirs, d'iclère blanc, de pèvre d'amour, .de maladie virginale; nous l'appellerons Chlorose d'après Hippocrate. C'est mae sorte de cachexie, caractérisée par une teinte de la peau, d'un blanc phis ou imoaiis verdâtre, d'un mauvais aspect, apparente surtout à la face. Elle est due, mou.à l'abstinence des plaisirs de l'amour, mais à un concours de causes, parmi !lesqu(|^Hes il faut surtout compter un air vicié et un régime défectueux, dont l'acition,.aff(ïCte l'estomac, le foie et la rate. Varandal dit qu'il se sert du mot chlorose (d'apfèsHippocrate; cela doit être expliqué. Ce terme ne se trouve pas dans 'l'œuvre hippocratique ; c'est celui de y\ùi^a.naa. que l'on y rencontre au livre des épidémies. Mais sa signification y manque de netteté. Galien, qui le remarque, ajoute que dans la partie de l'Asie où était usitée la langue grecque, on qualifiait parfois de yXwoQi-,^ les hommes à visage pâle.

L î néologisnie du professeur de Montpellier, pendant longtemps, ne fut accepté que par les médecins, qui continuèrent, d'ailleurs, à se servir concuriremment dutçrme de pâles couleurs, encore usité de nos jours, dans le langage vulgaire.

Ceci dit sur;l'origine du mot chlorose, il faut rechercher quelle était la tra- ■ dition sur, la maladie que Varandal désigna de la sorte. Au dire de Stoll, elle I était connue (Jes anciens, parmi lesquels il cite Hippocrate, Galien, Aetius, Paul ' d' J]gine, etc. Tous, ils la faisaient dériver d'un trouble de la menstruation. Sans «citer le texte d'ailleurs très-peu précis de ces auteurs, arrivons à ceux de la i Renaissance, qui sur ce point, comme sur les autres, ne firent presque toujours < que les pai'aphraser. Voici comment l'un d'eux, Mercatus ou Mercado, qui fut i médecin de Philippe II et de Philippe III, s'exprime là-dessus, dans le chapitre ?jq.u'il consacre à la lièvre blanche et aux obstructions des jeunes filles.

Cette maladie,.la plus fréquente, suivant lui, de celles qui affectent les femmes, consiste en une obstruction produite dans un petit nombre de cas, par une surabondance du sang, et dans tous les autres, par son épaississement, sa viscosité et sa Irigidité, qui surviennent, lorsqu'à la suite d'un mauvais régime, les règles s'arrêtent ou coulent d'une manière insulfisante. Le sang qui ue

peut arriver jusqu'à l'utérns, et y trouver une issue, encombre les veines et se jette sur différents viscères, tels que le foie, le mésentère, l'estomac et la rate, dont les fonctions sont profondément troublées.

Cette croyance à Vohstmction vasculaire et viscérale, commandait une médication évacuante, et l'on voit tous ceux qui la professent, prescrire d'abord la saignée, puis les purgatifs, et ne recourir au fer, qu'après avoir débarrassé l'organisme du sang vicié qui l'accable.

A peu près à la même époque, Ambroise Pai'é écrivait, à propos de la puberté cbez les jeunes filles : « on voit advenir de grands accidents par la rétention de leurs ileurs, et cncor plus grands, si par l'irritation de la copulation charnelle, elles ne rendent leur semence : car étant retenue, se corrompt et acipiicrt vénénosité ; d'où procèdent les pâlies couleurs. Or à d'aucunes le sang menstruel ne s'écoule à cause que les vaisseaux, à sçavoir veines et artères sont augustes et estroicts et encor non destouppez; si que ne pouvant sortir, regorge en la masse sanguinaire, qui s'altère et corrompt, faulte d'être évacué, et toute l'habitude du corps ne peut être bien nourrie, dont se fait leucophlegmatie, qui fait le corps tout bouffi, et la couleur du visage basannée et blaffarde ; c'est pourquoi ou les appelle pallcs couleurs. »

Un demi-siècle plus tard, Lazare Rivière, qui avait eu pour président de thèse Varaiulal, professait que la chlorose est sous la dépendance immédiate d'une obstruction des parties inférieures du ventre et en particulier des veines voisines de l'utérus. D'où il résulte, qu'à l'époque où apparaissent les règles, le sang qui ne peut être évacué par les voies utérines, reflue vers le cœur, le foie, la rate, le diaphragme, y détruit la chaleur native, altère les humeursr et engendre la cachexie. Quant à l'obstruction, elle procède elle-même d'une mauvaise hygiène, notamment en ce qui concerne les ingesta. Rivière, comuie ses prédécesseurs, ne connaît pas de meilleur moyen pour combattre le mal, que de saigner, de purger et d'amollir le corps par des tisanes et des bains. Si tout cela ne suffit pas, il recommande le congrès, à la condition toutefois, qu'il puisse être accompli légitimement. En cette occasion, comme en beaucoup d'autres, le professeur de Montpellier avait beaucoup emprunté aux écrits de celui que Sprcngel appelle si justement, le grand conciliateur du dix-septième siècle.

La cause première du mal virginal, dit Sennert, est un obstacle à l'évacuation menstruelle, et sa cause prochaine, l'accumulation dans le corps d'humeurs crues et dépravées. Chez les jeunes filles nubiles, lorsque le sang qui commence à affluer vers l'utérus, ne trouve pas les voies perméables, il se porte aux viscèi'es, tels que le foie, la rate, le mésentère; détruit leur chaleur, encombre leurs vaisseaux, y arrête la coction et la sanguification, si bien que des humeurs crues s'accumulent dans tout le coi'ps et engendrent la cachexie, qui elle-même est le précurseur de la leucophlegmatie. Quant à l'obstruction des vaisseaux utérins, elle est causée par un mauvais régime. Les jeunes filles en effet, considèrent comme une beauté la décoloration de la peau ; et la pâleur plait aux amants, tandis que les couleurs vives du visage sont l'apanage des filles de campagne. Aussi les voit-on, dans le but de se donner leur teint favori, boire du vinaigre, manger de la terre, de la craie et toute sorte de graines crues.

11 est intéressant de remarquer que Varandal, Sennert, Rivière, tout en parlant de cachexie, ne voient dans cet état, que le dernier terme du mal virginal, auquel ils conservent une place bien indépendante, dans leur nosologie. Après eux, l'idée de la cachexie se précise, s'étend, prend dans la pathologie

tine importance considérablje, diminuant d'autant celle de la chlorose ; et l'on voit le représentant le plus autorisé de l'école de Stahl, Juucker (Conspectiis medicinœ, Halse, 17:24, p. C8S), dire qu'il n'y a d'autre ditïérence entre la cachexie et la chlorose des jeunes filles, que celle qui sépare le genre de l'espèce.

Frédéric Hoffmann décrit, dans un même chapitre (Genève, 1740, t. 111, p. 311), la cachexie et la chlorose, qui dit-il, diffèrent moins l'une de l'autre, par leur nature propre, que par le sexe des malados et le siège de la cause, qui chez l'homme, doit être cherchée dans l'estomac, et chez la femme, dans l'utérus.

Stoll {Dissertationes meilicœ admorh. chron., Vienne, 1789, t. Il, p. 26) est encore plus explicite. La chlorose, dit-il, que l'on observe très-fréquemment chez les femmes et surtout chez les jeunes filles non encore menstruées, est une cachexie. Ce qui la caractérise, c'est qu'elle est engendrée par des troubles de la menstruation. Les autres cachexies peuvent atteindre les deux sexes , tandis que la chlorotiipic n'affecte que les femmes, et d'une manière à peu près exclusive, les jeunes filles à l'époque de la puberté, les jeunes veuves et les religieuses. Sa cause prochaine est une atonie des solides, qui survient elle-même chez les personnes dont l'iiabitalion est humide, qui mènent une vie sédentaire, dorment trop, s'alimoutent mal et font un usage immodéré de certaines boissons, telles que le thé.

Ainsi, pour les médecins du dix-huitième siècle, la chlorose était une cachexie. Or ce que signifiait alors ce terme. Beau nous l'a bien fait connaître (Traité d'auscultation, Paris, 1856, p. 515). Se basant sur les descriptions de Cœlius Aurelianus, qui, le premier, fit l'histoire de cet état morbide, d'Arétée, de Paul d'.Egine, des Arabes; puis, au dix-huilièmc siècle, de Félix Plater, de Sylvius de le Boë, de Sennert, de Van Swiclen, de Lieiilaud, qui regarde la cachexie, comme la plus commune des maladies chroniques, il nous montre qu'elle n'est autre chose, que Vanéniie ou Vhijdrémie des auteurs de notre éjtoque. D'ailleurs, quelques-uns des médecins que nous venons de citer connurent cet état du sang chez les chloroliques. Juucker dit que dans les cas où l'on a eu l'occasion de l'examiner, ou l'a trouvé décoloré et très-séreux ; et avant lui, Willis (1621-1675) écrivait : une observation vulgaire prouve que dans les pâles couleurs, le sang est très-aqueux et tellement dépourvu de particules actives, qu'il suffit à peine à distribuer la chaleur vitale aux différentes paiiies du corps. — Ainsi, l'on peut dire que la plupart de ceux qui, les premiers, observèrent la chlorose et nous l'ont lait connaître, virent sa parenté avec l'anémie. Mais ils ne confondirent pas ces deux états morbides; et se basant sur l'étiologie, ils mirent entre eux, toute la distance (pii sépare l'espèce, du genre auquel elle appartient.

A notre époque, les médecins, qui d'accord avec les anciens, ont envisagé la chlorose comme une anémie propre à la femme et se développant surtout à l'époque de la puberté, se trouvent en minorité. Parmi eux nous pouvons compter MM. Trousseau et Pidoux. « Chez la femme, disent-ils ( Traité de thérap. 1862, t. I, p. 102), à l'époque de la puberté, un appareil, qui pendant quinze ans n'avait donné aucun signe de vie, s'éveille tout à coup, pour devenir le centre de nouvelles fonctions, qui exigent une somme de vitalité telle et tellement spéciale, qu'il semble qu'un être nouveau soit désormais ajouté au premier être, le dirige et le maîtrise, au point de caractériser la femme. Souvent, cet empire des organes reproducteurs s'établit facilement, sans troubles ; mais

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d'autres fois, ce moment est marqué par de violentes perturbations. La vitalité abandonne tous les autres appareils, l'utérus languit lui-même, et ne peut entrer en possession de ses imj)ortantes attributions. L'assimilation se fait mal ; et le sang, sans hémorrhagie, sans écart de régime, s'appauvrit, par la diminution considérable du nombre de ses globules, Jie fortifie rien, ne donne rien, n'enlève rien. Ce qui lui manque d'ailleurs, c'est bien plus la vie que la quantité. »

Puis, ils insistent justement, sur la période de la vie où se déclare le mal, et qui lui donne par conséquent une qualité spéciale, par laquelle il se rattache au grand groupe des affections de développement. Pour eux, la chlorose franche, exempte de toute association pathologique, est moins une véritable maladie, qu'une imperfection d'évolution organique.

Beau est lui aussi, un partisan déterminé de la doctrine ancienne. Il pense que la chlorose est un état morbide, qui survient chez les jeunes filles à l'occasion des dilticullés de la menstruation ; et les phénomènes pathologiques s'y enchaînent dans l'ordre suivant : d'abord, une affection utérine, s'annonçant par le défaut ou la difficullé de la menstruation, les douleurs de la névralgie lombo-abdominale qui la précèdent ou l'accompagnent, par la leucorrhée. — Il en résulte des troubles digestifs sympathiques ; défaut d'appétit, digestions longues, pénibles ou douloureuses, nausées vomissements, développement de gaz intestinaux, constipation. L'assimilalion se trouvant ainsi très-altérée , la composition du sang se modifie d'une manière notable ; les globules diminuent, le sérum augmente, et augmente tellement, que la masse du liquide sanguin est, en somme, plus considérable qu'à l'état normal.

Citons encore M. Moutard-Marlin, qui, dans sa thèse inaugurale, adopte l'idée ancienne à peu près sans restriction. Non-seulement il considère la chlorose comme une maladie particulière aux jeunes filles et aux femmes réglées, produite par le défaut de menstruation ou par une lésion de cette fonction, mais de plus, il admet, à titre de simple liypothèse, que les troubles caractéristiques, à savoir : la pâleur de la peau et des membranes muqueuses, l'état nerveux et la diminution des principes solides du sang, sont sous la dépendance d'une intoxication de ce fluide par le principe délétère des menstrues.

Certains auteurs, parmi lesquels nous citerons Monneret, Si^ rangent à une manière de voir très-voisine de la précédente, mais cependant non identique ; car si, d'après eux, la chlorose a pour caractère spécial de débuter en même temps que les troubles de la menstruation ; elle n'est pas nécessairement sous leur dépendance. Pour eux, c'est simplement l'anémie des jeunes filles. Quelques-uns même admettent qu'elle peut exister bien que très-exceptionnellement, chez l'homme, à l'époque de la puberté.

Bien avant l'époque à laquelle nous sommes arrivés, qui est la nôtre, on avait appliqué le terme chlorose à des états différents de celui visé par les observateurs anciens et leurs modernes continuateurs. Une manifestation éclatante de cette autre manière de voir, se trouve dans Sauvages (1706-1767). 11 range la chlorose dans sa dixième classe de maladies, les cachexies, — et dans le sixiwne ordre, les couleurs dépravées, à côté de l'ictère. Au siècle passé, dit-il, on ne connaissait qu'une chlorose, celle des jeunes filles, mais l'observation journalière nous apprend que les entants au berceau, sont eux-mêmes atteints de chlorose avec pica. Car pour Sauvages, le pica est le critérium de la chlorose, ou pour mieux dire des chloroses, de celles qu'il appelle vraies.

par opposition aux fausses chloroses ou pâleurs, sortes d'anémies, dont nous n'avons pas à nous occuper. Des premières, il admet cin(j variétés ; à savoir : 1» la chlorose virçiinale ou pâles couleurs des tilles, la seule mentionnée par les anciens, et à laquelle, soit dit en passant, il eût bien fait de se tenir; 2" la chlorose par amour [amator la), qui ne dilTère de la précédente, que parce qu'elle s'accompagne de troubles névropalliiques, tels que k mélancolie et la nvnipbomanie ; 5" la chlorose ménorrhayique que l'on observe chez les femmes qui ont dépassé quarante ans et dont le flux sanguin est trop abondant; 4° la chlorose des femmes grosses qui se dévelopiic dans les trois premiers mois de la grossesse. Ces deux dernières sont enqjrmilées à Asiruc; 5° enfin, la chlorose des enfants. Il est, dit-il, un nombre considérable d'enfants, qui dès le berceau, prennent l'iiabilude de manger de la terre, du mortier et du plâtre, ce qui les rend maigres et p;des; or, puistpie la chlorose consiste essentiellement dans la pâleur et le pica, je ne vois pas pounpioi l'on ne lui rapporterait pas cette affection des enfants? — Ce dernier passage témoigne d'une singulière préoccupation chez l'auteur. En effet, les actes qu'il considère comme pathologiques et comme démontrant le pica, sont habituels chez les entants en santé. Ne sait-on pas, en effet, que volontiers ils portent à leur bouche, tous les objets qu'ils peuvent atteindre. Et peut-on dire qu'ils ont le pica de l'ivoire ou celui de l'argent, parce qu'ils mâchonnent sans cesse des hochets faits de ces substances ?

Les citations suivantes, empruntées à nos contemporains, révèlent tuic autre tendance. On y voit chacun des principaux faits de la maladie, prendre au détriment des autres, une importance capitale et servir de base à de nombreuses théories.

Après les travaux d'hématologie qui ont caractérisé notre époque, il était naturel que les altérations du sang, jouassent un rôle prépondérant dans celte histoire moderne de la chlorose. L'état des globules rouges, porteurs de la matière colorante, devaient particulièrement appeler l'attention, dans un mal qui s'accompagne de la pâleur des téguments ; aussi, lorsque MM. Andral et Gavarret eurent annoncé que leur chiffre pouvait s'abaisser de 127 à 60, 50 et même à 27 millièmes, vit-on un grand nombre de médecins déclarer que les pâles couleurs, n'étaient autre chose qu'une aglohulie ; et c'est encore l'opinion qui domine aujourd'hui. D'autres, avec M. Bouillaud, dirent : c'est mie hydrémie, car la partie séreuse ou aqueuse, restant dans des proportions normales, les éléments plastisques ou constitutifs du caillot, notamment les globules, sont moins abondants. Après les analyses de Fœdisch ( 1 856j qui trouva que la fibrine, plus blanche, plus molle, était notablement diminuée de quantité, puisque son chiffio pouvait tomber à 0,640 pour 100, celui de l'état de santé étant 2,511 ; on pensa que la chlorose consistait dans une détîbrination du sang. Enfin, il n'est pas jusqu'à la diminution de l'albumine, que l'on n'ait accusée de produire le mal (Lassalvy. Des altérations du sang, considérées au point de vue clinique. Blontpellier, 1848).

De là, à confondre la chlorose avec l'anémie, il n'y avait qu'un pas, car les diverses altérations du sang qui viennent d'être mentionnées, existent également dans cette dernière affection et la caractérisent; et l'on peut dire que M. Bouillaud, en proposant le mot de chloro-anemie pour un certain nombre de cas, a singulièrement favorisé cette confusion, en voulant peut-être l'éviter. Depuis elle a trouvé de nombreux partisans. Grisolle ne peut faire aucune différyncc entre lu

chlorose et l'anémie ; aussi, affirme-t-il qu'elles constituent une seule et même maladie. Quelques-uns, moins nets dans les termes, le sont tout autant en réalité. Tel est Blaud, qui dit : la clilorose attaque indistinctement tous les âges. et l'un et l'autre sexe. Loin qu'elle ait des relalions avec l'aménorrhée, elle se manifeste même lorsque le flux menstruel a lieu, se dissipe, bien qu'il reste suspendu, et persiste malgré le retour de cette évacuation périodique. Elle provient d'une sanguification vicieuse et dont le résultat est un fluide imparfait, où la sérosité prédomine, où le principe colorant fait défaut, et qui n'est plus propre à exciter convenablement l'organisme et à entretenir l'exercice régulier de ses fonctions.

Ne faut-il pas encore mettre Ricord parmi ceux qui ont complètement annulé les deux états morbides que les anciens séparaient ; et qui verra dans sa chlorose sijpliiliti(]ue, autre chose qu'une anémie? Pour en établir l'existence, il dit en effet : avec M. Grassi, j'ai trouvé que le nombre des globules avait diminué dans des proportions variables, et qu'il pouvait arriver au maximum de diminution possible dans l'anémie. Cet abaissement de globules détermine un état général, un appauvrissement du sang, qui par les conditions dans lesquelles il se produit, doit constituer une variété de chlorose.

Il y a entre cette opinion et la traditionnelle, une différence considérable, car, dans la première, la chlorose consiste tout entière dans l'altération du sang, tandis que diuis l'autre, elle n'est qu'un produit de la maladie, qui a son }ioiut de départ dans les troubles (pic provoque la menstruation au moment de la puberté, l'auéniic ne jouant dans le processus qu'un rôle secondaire. Toutefois, entre ces deux manières de comprendre la chlorose, il y a comme uu trait d'union , qui est précisément l'anémie. 11 est vrai qu'elle y a une place très-différente ; mais elle n'en reste pas moins, même dans la première, un fait très-important. Nous allons voir les théories qu'il nous reste à faire connaître, s'éloigner beaucoup, et par des voies diverses, de celles qui précèdent.

L'idée d'un trouble dans le développement, se trouve implicitement contenue dans la théorie traditionnelle, puisqu'il y est dit que les accidents ont pourpoint de départ, une sorte d'imperfection et même d'arrêt dans le travail, par lequel les jeunes fdles arrivent à la puberté ; mais elle n'y est pas formulée d'un manière nette, même par MM. Trousseau et Pidoux, bien qu'ils aient observé, que lorsque le mal est exempt de toute association pathologique, c'est moins une véritable maladie, qu'une imperfection d'évolution organique. Eh bien ! nous allons voir cette vue nouvelle, devenir prépondérante dans la pathogénie proposée par quelques auteurs.

La chlorose, dit Asliwell (1858), est une maladie constitutionnelle, le plus souvent congénitale, devenant surfout très-manifeste vers l'époque de la puberté, quelquefois avant, d'autres fois après. Elle consiste essentiellement, en une sorte d'anémie, d'arré/ de développement delà constitution, par défaut d'hématose; il y a en outre lésion fonctionnelle du système nerveux, et en particulier des nerfs de la vie organique. La dyspnée, les palpitations, la fatigue, les appétits bizarres, en sont une preuve incontestable. Sa source n'est pas dans l'utérus ; si ce viscère et les ovaires ne font pas leurs fonctions, ou les font imparfaitement, c'est que tout l'organisme est malade.

Pour M. Nonat, c'est une maladie congénitale, inhérente à la constitution ; UHc sorte d'idiosyncrasie ; une manière d'être, résultant d'un fonctionnement 'îéfectueux des orgaiies chargés de la sanguillcation.

Mais nul auteur n'a donné autant d'importance à cette conception, que M. G. Sée ; et l'on peut dire, que par les développements qu'il y a consacrés, il se l'est en quelque sorte appropriée. Suivant lui, la chlorose, ou plutôt les chloroses, car il en considère plusieurs variétés, apparaissent chaque fois qu'il y a disproportion entre les forces de développement et les moyens réparateurs. Les dépenses nécessitées par l'accroissement ou la reproduction de l'individu, qui les engendrent, déterminent une anémie globulaire. Il s'ensuit que la chlorose est une anémie, mais non une anémie spontanée ; il n'y en a pas; c'est une anémie consécutive au développement de l'individu. Au point de vue des symptômes, il n'existe aucune différence entre l'anémie et la chlorose ; et l'altération du sang est identique dans ces deux états morbides ; il n'y a entre eux, qu'un seul caractère différentiel, c'est le mode de nutrition des tissus; chez les chlorotiques la graisse est épargnée ; la dénutrition ne s'exerçant qu'aux dépens des tissus protéiques ; au conti-aire, chez l'anémique, la déperdition porte sur tous les éléments. Dans sa classificatiou, M. Sée donne la première place à la chlorose de la puberté, qui se distingue de toutes les autres, par l'existence de troubles menstruels. Ici l'appauvrissement du saug, résulte du fonctionnement ou du développement anormal des organes utéro-ovariens, qui use à son profit les matériaux de la nutrition intime. La chlorose puerpérale diffère de la précédente, parce qu'il y a leucocytose, moins d'albumine et plus de fibrine dans le sang. La chlorose Jtéréditaire, peut se révéler depuis les premiers mois de la vie, Jusqu'à la deuxième enfance. Une fois déclarée, elle fait partie intégrante de l'individu et peut manifester sa présence jusqu'au déclin de l'âge adulle. Enfin M. Sée admet une pseudo -chlorose infantile, qui se montrerait de 4 à 12 ans; et des chloroses complexes, dont il est malaisé de saisir la véritable signification.

Comme on le voit, la distance franchie, est ici considérable; puisque du domaine de la pathologie féminine, où il avait été maintenu jusqu'ici, le mal est étendu aux deux sexes et à tous les âges, depuis la naissance, jusqu'aux abords de la vieillesse. Nous allons voir d'autres observateurs, tout en conservant ces lai-ges limites, attribuer aux pâles couleurs, une origine bien différente de celle qui vient d'être mentionnée.

Sydenham ne doutait pas que la chlorose ne fût une espèce d'hystérie. Copland (Dict. ofPract. Med.) y voit l'effet d'une asthénie du grand sympathique. M. Hœfer consacre sa thèse inaugurale à défendre cette idée : que la chlorose est une névrose du système nerveux ganglionnaire. Il remarque qu'elle atteint à peu près exclusivement les femmes à l'époque de la puberté ou de la première éruption du flux cataménial ; époque qui n'est pas seulement caractérisée par les changements qui arrivent du côté de l'appareil génital ; mais par une l'évolution profonde que subit dans ce temps, le moral de l'individu; et cette révolution doit retentir sur toutes les fonctions de la vie, qui sont placées sous l'empire immédiat du système nerveux ganglionnaire, tels que la digestion, la circulation, la respiration, les sécrétions.

Eisenmann (Zeitschrift fur die gesammte Medicin, 1847) pense que la maladie consiste surtout dans une irritation spinale ; que c'est là son point de départ; que l'altération du sang n'est que consécutive ; qu'elle n'est pas nécessaire ; et que lorsqu'on la néglige, il peut survenir des maladies organiques de la moelle épinière.

Becquerel estime que la chlorose est une névrose, dans laquelle la diminution des globules du sang, bien que très-habituelle, n'est pas constante, ou tout au

DICT. ENC. XVI 45

moins ne constitue pas tout le mal. M. Cocclii {Annali universali di médicinal 4853) tout en n'admettant qu'une seule espèce de^ chlorose, celle des jeunesfilles, dit que ce n'est pas une maladie spéciale, mais un groupe de symptômes, dus à une altération de l'innervation encéphalo-ganglionnaire, avec réaction des viscères qui fabriquent le chyle et hématosent le sang.

M. Putegnat veut que la chlorose soit une maladie générale, non pas cependant une espèce de cachexie, comme l'entendaient les anciens, dans laquelle tous les liquides, et spécialement le sang, jouent le principal rôle, mais un résultat d'une affection nerveuse spéciale ou d'une névrose du trisplanchnique, qui entraîne le trouble de la digestion et par suite celui de la circulation.

Ces théories de la chlorose, qui la mettent sous la domination du système nerveux, en utilisant les résultats fournis par l'hématologie, et en tenant compte de l'évolution mensti'uelle, ont quelque chose de large et de fécond, que l'on ne reti'ouve à aucun degré, dans la suivante, adoptée par l'École italienne.

Les dénominations de fehris alba, pallida, amatoria très-anciennement usitées, pourraient faire supposer que ceux qui en faisaient usage, croyaient à l'existence d'un élément fébrile dans les pâles couleurs ; il n'en est rien ; et par là, ils voulaient simplement signaler la fréquence du pouls. C'est ce que nous explique très-bien Rivière. Les malades, dit-il, semblent avoir la fièvre, mais ce n'est là qu'une apparence due à une action de la nature, qui se trouve dans la nécessité de compenser par la fréquence, ce qu'enlève au pouls la faiblesse, engendrée par l'abaissement de la faculté vitale.

Grimaud {Traité des fièvres, 1781) paraît être un des premiers, qui aient fait intervenir l'inflammation dans le processus chlorotique ; il la déclare lente et lui donne pour siège l'utérus, chez les jeunes filles à l'époque de rétablissement de la menstruation. Tout autre est la doctrine de Rasor , de Giacomini [Traité de mat. med.) qui voient dans la chlorose une subinflammation des vaisseaux capillaires ou une artérite lente, qui entraîne à sa suite l'altération spéciale du sang

A côté de cette explication, nous croyons devoir placer celle qu'a donnée dans ces derniers temps M. Yirchow, parce qu'elle repose sur certaines anomalies du système circulatoire et sur un état inflammatoire de quelques-unes de ses régions. Suivant ce médecin, ce n'est pas seulement le sang qui est altéré, mais l'appareil vasculaire. Pour le prouver, il renvoie d'abord aux observations de Rokistanky, établissant une liaison entre l'olighémie, et des anomalies vasculaires et génitales ; et au livre de Baraberger sur les maladies du cœur, où il est dit que chez les jeunes femmes qui ont une atrophie du cœur, avec un développement incomplet des organes génitaux, ce qui n'est pas rare, bien que le reste de l'organisme n'ait subi aucun aiTèt notable, il y a d'ordinaire les symptômes d'une chlorose profonde et presque incurable. Puis, exposant ses propres recherches, il dit que chez les chlorotiques dont on tait l'autopsie, on trouve très-souvent, sinon d'une manière habituelle, des anomalies considérables dans l'appareil vasculaire. Le cœur, par exemple, et l'aorte, sont moins développés qu'on ne l'observe d'ordinaire à cet âge. Et cette lésion est primitive ; ce n'est pas une atrophie, mais une aplasie, ou pour mieux dire une hypoplasie. Il y a des cas de chlorose qui se compliquent de toute sorte d'arrêts de développement, le corps tout entier pouvant être atteint. Dans un cas, c'est le cerveau qui l'était. Il ne pesait que 1180 grammes, chez une fille de 50 ans, dont l'aorte était très-étroite

et le cœur notablement dilaté. Un point très-intéressant est la relation qui existe entre les organes circulatoires et ceux delà génération. Deux cas peuvent se présenter ; avec un développement incomplet de la partie centrale du système circulatoire, on peut trouver : ou bien que l'appareil sexuel est imparfaitement développé; ou bien que ses proportions dépassent celles de l'état normal. Ces deux états correspondent à deux circonstances cliniques différentes, qui sont : l'aménorrhée pour le premier, la ménorrhagie pour le second. Parfois les ovaires sont si petits que l'on croirait avoir affaire à ceux d'une enfant de 10 ans, alors qu'il s'agit d'une fille de 20 ans. Chez d'autres sujets au contraire, ces organes avaient le triple de leur longueur et de leur épaisseur. Il est assez difficile de déterminer quel est le point de départ du mal. Est-ce l'appareil sexuel qui tient sous sa dépendance le développement des organes de la circulation, et l'hémopoèse ; ou bien, l'état des viscères de la reproduction, n'est-il pas commandé par un défaut primitif de sang et mie imperfection des vaisseaux et du cœur? C'est cette dernière hypothèse qui est la plus probable.

II semble devoir être admis, que la chlorose sans relations bien appréciables avec les divers états del'apjjareil sexuel, affecte au contraire des rapports intimes avec celui de la circulation. Elle est congénitale ou acquise, mais c'est seulement à la puberté qu'elle produit des troubles assez intenses, pour se faire connaître. Elle est de nature incurable, mais un traitement approprié et surtout des soins diététiques, peuvent la rendre latente,

Ce n'est pas seulement chez la femme que se montre l'hypoplasie vasculaire, elle existe aussi chez l'homme, et Morgagni, Meckel et M. Virchow en ont vu un grand nombre de cas. Elle consiste dans un arrêt de développement des artères et en particulier de l'aorte. Or, cette lésion amène une augmentation de volume du cœur, parla dilatation de ses cavités, ou par l'hypertrophie des parois ; et l'on sait que beaucoup d'observateurs ont signalé la coïncidence de la dilatation cardiaque avec la chlorose. Us l'ont expliquée, par le relâchement du tissu musculaire, et Th. Stark a vu le volume du cœur diminuer sous l'influence du traitement. Sans nier cette interprétation, pour un certain nombi-ede cas, M. Virchow pense que dans d'autres, il s'agit d'une hypertrophie cardiaque véritable, consécutive à un rétrécissement de l'aorte ; et s'appuyant sur une observation de J. F. Meckel, il dit qu'il en résulte des palpitations de cœur, un tremblement général, un frémissement du pouls avec perte de connaissance, et que tous ces accidents deviennent plus intenses au moment de la menstruation. 11 explique les hémorrhagies parfois excessives qui surviennent chez les chlorotiques, au temps des règles, par une augmentation à la périphérie, de la pression du sang, due à la présence d'une quantité considérable de ce liquide dans un appareil de peu de capacité.

La lésion des artères est caractérisée par une diminution de diamètre, puisque Rokitansky et Fleischmann citent des exemples oil l'aorte pouvait admettre à peine le petit doigt; de plus leur structure est modifiée; elles sont amincies, et leur tunique interne présente des soulèvements ondulés. 11 peut en résulter une métamorphose graisseuse de ces vaisseaux et du cœur. Elle s'y présente sous forme de taches jaunâtres très-superficielles, siégeant surtout dans l'aorte ascendante et descendante, et s'élevant un peu au-dessus des parties saines, mais cependant d'une manière beaucoup moins marquée que dans la sclérose vraie et l'atbérome. Plus rarement la stéatose s'étend à la tunique moyenne de l'aoïie et au muscle cardiaque. Il peut exister une endocardite valvulaire, qui presque sans

exception, a poiu" siège le cœur gauche et les valvules de l'un des orifices ou des deux à la fois.

On s'en rend compte par le surcroît de travail que donnent aux valvules, les contractions fréquentes et violentes, auxquelles est obligé le cœur, pour vaincre l'obstacle opposé au libre cours du sang, par l'étroitcsse de l'aorte. L'iiyperhéniie chronique que l'auteur dit avoir observée chez deux malades, pouri-ait être expliquée par le même mécanisme.

Enfin, toutes ces altérations, qui constituent la chlorose, prédisposeraient les femmes, durant la période puerpérale, à contracter, par le refroidissement, une endocardite maligne.

Pour clore cette longue liste de théories, il nous reste à faire connaître celle que vient de proposer M. Luton. Déjà MM. Virchow et Niemej'er avaient dit que l'ulcère simple de l'estomac est fréquent chez les chlorotiques. C'est cette lésion que M. Luton considère comme la source du mal dans le plus grand nombre des cas. 11 rappelle que ce qui est le mieux établi dans son histoire, c'est qu'il est une anémie ; que l'abaissement du chiffre des globules rouges est sa vraie base anatomique ; que cette anémie, a tous les caractères de celle qui est due à une hémorrhagie ; et il se demande s'il n'y aurait pas quelque point du corps, par lequel se ferait un écoulement latent du sang, qui, par sa continuité, enirahicrait tous les accidents propres à la maladie ? Dans cette liypothèse, la muqueuse gastrique semble devoir être le siège le plus habituel de ce suintement sanguin, car un parallèle entre la chlorose et l'ulcère simple de l'estomac, montre les symptômes de ces deux affections, formant un groupe commun, h'une et l'autre, elles sont particulières à la femme, et s'accompagnent de désordres menstruels, de phénomènes gastralgiques, et de cette anémie si caractéristique dans la chlorose, et qui, dans l'ulcère simple, crée à la longue, un état cachectique, donné par Briiilon, comme spécial. L'hématémèse se manifestant parfois sans douleur, correspondrait aux cas oii la chlorose existe sans gastralgie. Le perchlorure de fer, très-utile contre les érosions de l'estomac, est de toutes les médications antichlorotiques, la plus efficace. Toutefois, il se peut faire que l'hémorrhagie qui engendre la chlorose, se produise en un tout autre endroit que la muqueuse gastrique et notamment sur la duodénale, et tout le long de l'intestin grêle et du gros intestin. Dans ces conditions, elle est ordinairement latente et doit être le plus souvent méconnue. 11 se passe là quelque chose d'analogue à ce qui a lieu dans cette maladie décrite par E. Griesinger, sous le nom de chlorose d'Egypte, et cpii est causée par la présence dans l'intestin, de l'anchylostome duodénal. Enfin, il est des cas oii l'hémorrhagie qui produit les pâles couleurs se manifeste à l'extérieur ; comme il advient dans le cas d'hémoptysie, d'hématémèse, d'épistaxis et de n)élrorrhagie. Quand la perte de sang se fait d'une manière latente, à la surface du tube digestif, l'examen des garde-robes, à l'aide du microscope, pouiTa en révéler l'existence.

Après avoir exposé ce grand nombre d'opinions si diverses, nous arrêteronsnous à les critiquer en détail, pour marquer ce que nous y trouvons de juste et rejeter ce que nous estimons être en dehors de la vérité ? Un tel travail serait long et sans profit. Nous croyons plus utile de dire, comment à notre avis, l'on doit se représenter la chlorose, sauf à exposer, cliemin faisant, les motifs qui nous ont fait adopter certaines idées et nous en ont fait repousser d'autres.

Symptômes. Comme l'ont dit presque tous les auteurs précédemment cités,

et comme nous le dirons nous-mème, un peu plus loin, la chlorose est une iinémie ; aussi, croyons-nous devoir renvoyer, pour la plupart des détails de ce chapitre, et de ceux qui suivent, à l'article anémie (t. IV), oîi M. Potain a donné une description si complète et si méthodique de cette affection. Sa lectiu'e est une préparation indispensable à celle de notre travail. Cela dit, il est quelques phénomènes qui rares, ou de peu de relief dans la plupart des anémies, prennent une grande importance dans celle des clilorotiques. Le plus apparent, qui de prime abord attire les regards, qvii a vain à l'affection son ancienne qualification de pâles couleurs {fœdi virginum colores), c'est la coloration blanche de la peau. Elle diffère habituellement de celle des autres anémies, par un ton jaune qui rappelle celui de la cire vieillie, et qui, bien à tort, a lait accuser le foie d'en être la cause. Elle est surtout accentuée autour du nez et des lèvres, au niveau des sillons qui limitent ces organes ; et s'y maintient môme dans les cas où les joues présentent une coloration rosée [chlorosis fortiorum) .

Tous les observateurs ont remarqué, que chez certaines malades, le tissu adipeux sous-cutané loin de disparaître, se développait parfois d'une manière excessive.

Au sujet des troubles circulatoires, qui sont essentiellement sous la dépendance de l'anémie, nous nous bornerons à faire un petit nombre de remarques. 11 en est une qui nous paraît essentielle. C'est qu'il existe un accroissement dans le volume du cœur. Le fait a été signalé par Oumberg r [Lehrhuch der Kranklieiten des herzens. Wien, 1857, p. 89 'et 246), Friedreich {Virchoiv's Handbucli, bd. vii Abth), Wunderlich [Eandbuch der Pa/.hol. uni Thérapie), Vogel {Virchow's Handbiich, 1, B) et Th. Stark [Archiv der Heilkunde, 1865, p. 47 et Gaz. hebd., 1805, p. 262), qui rapporte trois observations prises à la clinique du professeur Gerhardt. L'augmentation de la matité précordiale était transversale, semblait porter principalement sur le ventricule gauche, et est attribuée par l'auteur, à un relâchement des fibres musculaires, dû, comme celui qui frappe tous les muscles de la vie de relation, aux troid)los nutritifs. Dès 1845, Beau avait lait des remarques analogues à celles de Tli. Stark ; et nous venons de voir que M. Virchow qui signale le même fait cKniquc, l'explique par une hypertrophie vraie.

Cet état du cœur constaté cliniquement, nous conduit à parler des bruits cardiaques et vasculaires. Ils ont en général une grande intensité. Ce sont des souffles ou des mni-mures, intermittents ou continus, avec ou sans redoublement, accompagnés ou non de frémissement cataire. Celui de la région précordiale est toujours perçu durant le premier temps du cycle cardiaque ; c'est-à-dire qu'il voile le premier bruit normal ou le suit immédiatement. Nous croyons avoir démontré {Archives génér. de méd., août 1866), qu'il se passe à l'orifice auriculo-ventriculaire droit, et que sa cause est l'insuffisance delà tricuspide, due elle-même à l'élargissement des cavités cardiaques, constatée, comme il vient d'être dit, par un grand nombre de cliniciens. Les murmures vasculaires se passent dans les jugulaires, et sont produits par les vibrations sonores d'une ou de deux veines fluides, prenant naissance à l'embouchure de la jugulaire interne; l'une en amont, l'autre en aval des valvules (Arch. gén. de méd., juin 1867). Chez les chlorotiques, les palpitations sont plus fréquentes, plus intenses et plus douloureuses que chez les malades atteints d'une autre espèce d'anémie. Les influences physiques ont sur elles une action non douteuse, mais

ce sont surtout les mouvements de l'âme, qui leur donnent les qualités névropathiques qui les caractérisent.

Ces remarques sont applicables à la dyspnée, qui de même que les palpitations, a quelque chose de nerveux. On a également signalé une petite toux sèche et quinteuse, se manifestant parfois d'une manière très-tenace, en dehors de toute affection broncho-pulmonaire. Sans nier qu'il puisse en être ainsi, nous estimons qu'il faudra toujours la tenir pour suspecte, et tant qu'elle existera, surveiller attentivement les organes respiratoires.

Les désordres de la digestion ont de tout temps et à bon di'oit, appelé l'attention des observateurs ; et dans les diverses théories qui ont été proposées, nous les voyons jouer un rôle, qui parfois, devient prédominant. Sans parler de F. Hoffmann et de Gardien, n'avons-nous pas dit que Sauvages faisait du pica le critère de la chlorose. Le pyrosis, les éructations abondantes de gaz insipides ou odorants, les borborygmes bruyants, la gastralgie, l'oppression gastrique, luie répugnance très-prononcée et souvent invincible pour certains mets tels que les viandes, une perversion du goût, qui fait rechercher les aliments d'une sapidité excessive ; et désirer, sinon manger, des matières non comestibles, comme le charbon, les cendres, le plâtre, la craie, la terre, enfin une véritable boulimie ; tels sont les phénomènes que l'on constate chez quelques malades.

Les organes de la génération, bien plus encore que le tube digestif, ont fixé l'attention des médecins ; ils ont été considérés généralement comme la source du mal. Remettant à plus tard la discussion' de ce point, nous nous contenterons d'énumérer ici les dérangements que subissent leurs fonctions. Le plus habituel est-sans contredit la dysménorrhée. I^lle est caractérisée surtout, par un écoulement de sang insuffisant, des douleurs vives et exacerbantes dans les lombes, les aines, le pubis, à la partie supérieure et interne des cuisses (névralgies lombo-abdominale et crurale), par du ténesme vésical et rectal, l-a quantité et l'aspect du sang qui sort de la vulve, sont très-variables. 11 est d'ordinaire peu abondant et d'apparence séreuse. Souvent il y a une véritable aménorrhée, et c'est elle, que l'on a surtout accusée d'engendrer les pâles couleurs, par une sorte d'intoxication de l'organisme, que produirait le sang menstruel non évacué. Quoi qu'il en soit de cette explication, qui aujourd'hui n'a plus de crédit, remarquons que l'aménorrhée peut précéder tous les autres phénomènes morbides, tandis que d'autres fois, c'est après une durée plus ou moins longue des accidents, que l'on voit le flux sanguin disparaître peu à peu ou d'une manière brusque. Il n'est pas rare alors, de voir se manifester une hémorrhagie à la sui'face d'une muqueuse, telle que celle du tube digestif, des fosses nasales ou des bronches. Chez quelques malades, les règles ne subissent aucun dérangement ; chez d'autres, chaque époque menstruelle est marquée par une métrorrhagie d'importance variable. Trousseau a particulièrement insisté sur cet accident, et il a dit avec Sauvages, que dans ces cas, la chlorose ■était ménorrhagique. En général, la perte de sang est d'autant plus considérable, que le mal est plus ancien.

Parmi les accidents que relève l'observation clinique, il n'en est pas de plus intéressants au point de vue de la détermination de la nature du mal, que ceux qui ont pour siège l'appareil nerveux. Bien qu'ils aient été presque tous indiqués à propos de l'anémie, nous allons les énumérer ici en y insistant. Ils sont périphériques ou centraux. Les premiers sont des névralgies qui, au dire de

Trousseau, existent chez dix-neuf chlorotiques sur vingt. La plus fréquente est celle de la cinquième paire dont les divers rameaux peuvent être atteints; puis vient celle des nerfs intercostaux surtout du côté gauche, avec prédominance des points rachidien et antérieur. L'cpigastre, le cœur, le clitoris, les branches ■du plexus brachial et le sciatique peuvent aussi être le siège d'une douleur intense (Ti^ousseau). La céphalalgie est très-fré(|uente et a le plus souvent un ■caractère névralgique, son siège est variable, elle peut être hémicrânienne, * gravative ou lancinante. Son intensité est telle parfois et si tenace, qu'elle ■ engendre temporairement la perte de la mémoire et de l'acuité de la perception ; ({u'elle empêche tout exercice du corps et de l'esprit et fait croire à une affection organique. 11 n'y a rien de pis, dit Ashwell, que cette douleur de tête ; certains malades préféreraient cent fois la mort que de vivre avec cette horrible souffrance. On l'a vue provoquer une irritabilité physique excessive, d'autres fois de la torpeur et une altération des fonctions digestives. Dans quelques cas, elle a t tus les caractères du clou hystérique. Les organes des sens sont assez souvent affectés. Le tégument externe peut être hypei'esthésié, où le siège d'une anesthésie plus ou moins complète, où d'une analgésie, dont l'étendue est trèsvariable ; comme d'ailleurs, celle des autres modifications de la sensibilité. Il y a des bourdonnements d'oreilles et une acuité exagérée de l'ouïe. La vue est troublée de diverses manières. Son affaiblissement peut aller jusqu'à l'amaurose •complète comme cela a été observé par Heyfelder [Medicinische Annalen, 1859); Blaud (Revue médicale, 1839) et Putegnat. Le goût est assez habituellement dépravé comme il a été dit plus haut ; l'odorat est souvent affaibli et même complètement perdu.

Ces accidents sensoriels nous conduisent à parler de ceux qui affectent plus particulièrement les centres nerveux. Ce sont les vertiges, les èfourdissements et les troubles divers qui peuvent atteindre le moral et l'intelligence. Certaines malades manifestent une grande versatilité dans les idées et les goûts ; elles sont irascibles, emportées, bizarres, versent facilement des larmes, deviennent sombres, taciturnes et arrivent ainsi jusqu'à la folie comme le disent Trousseau et Marshall Hall [Cycloped. ofpract. Med.). M. Gazin cite un cas de suicide.

La plupart des chlorotiques ont de la nonchalance et une véritable répulsion pour tout exercice physique ; la marche même leur devient pénible ; mais cela est du fait de leur état anémique et ne présente rien de spécial. Ce qui est propre à la chlorose ce sont de véritables paralysies, en général partielles. Ashwell, Sandras [Trait, prat. des mal. nerveuses), signalent la paraplégie. L'hémiplégie indiquée pour la première fois par M. Putegnat {Compte rend, de la Société de méd. de Nancy, 1847-48, p. 37), aurait été vue depuis, par le docteur Sweron [Journ, de la Soc. des sciences méd. et patli. de Bruvelles, t. XII, 1851, p. 25).

Nous croyons devoir ranger parmi les troubles névropathiques, le Dlgitus semi mortuus signalé par Marshall Hall et sur lequel M. Gillet de Grandmont a plus particulièrement appelé l'attention [Gaz. méd., 1850, p. 400). Chez les jeunes filles chlorotiques, un ou plusieurs doigts sont affectés à la fois. La température est plus élevée au niveau de l'organe malade, qui est insensible à une pression assez forte. Une piqûre d'épingle n'y produit pas de douleur ; il ne sngne pas ou donne à peine une trace rosée. Le mouvement est embarrassé ; il paraît à la malade comme mécanique ; l'apparence de la peau est celle qu'offre la cire, la vie semble s'être retirée. Cet état qui dure plus ou moins longtemps,

se manifeste suiionl le nialiu au sortir du lit, ; plus rarement il se reproduit dans la journée. Les frictions sèciies ou avec des liquides irritants, l'immersion dans l'eau chaude, l'exercice de la maiu, le fout disparaître. Ce trouble n'est pas constant, il se produit à des intervalles irréguliers. On l'observe plutôt chez les femmes qui accusent habituellement de la céphalalgie, des pandiculations, des secousses dans les membres et même un état convulsif. Chez quelques jeunes malades, son apparition peut être considérée comme le prélude de troubles névropathiques d'une certaine intensité.

Anatomie pathologique. Quoi qu'on en ait dit, il a été impossible jusqu'ici, soit par l'analyse chimique, soit à l'aide du microscope, d'établir une différence entre le sang de la chlorose et celui des autres anémies. Un abaissement du chiffre des globules ronges, tel est, dans l'un et l'autre cas, le fait capital. Les altérations signalées comme propres aux chlorotiques par des observateurs isolés, n'ont pas reçu la confirmation d'expériences subséquentes. Ainsi, rien n'est moins démontré que l'absence de toute modification du sang (Becquerel et Rodier) ; que sa déhijrination (Fœdisch et Dupuy), que la diminution absolue du fer et du manganèse {Mémoire sur l'existence du inangan. dans le saivj humain. Lyon, 1852, in-8"). Quant aux observations faites ])ar M. Duucan dans le service de M. Oppolzer; avant de les accepter, nous voudrions qu'elles fussent contrôlées par des cliniciens, portant dans le diagnostic de la chlorose, la rigueur que nous exigeons. Quoi qu'il en soit, voici ce qu'il a constaté à l'aide du microscope et des procédés chlorométriques. Non-seulement les hématies sont nionis nombreuses qu'à l'état normal, mais elles sont altérées individuellement. Leur poids spécifique est abaissé ; plongées dans une solution de chlorure de sodium, elles laissent échapper leur principe colorant, plus vite que cela n'a lieu pour le sang d'un individu sain ; la puissance colorante qu'elles donnent au sang, est affaiblie, puisfju'elle est à la normale, ::0,50:i, :: 0,51:1, :: 0,57:1; d'oîi il suit que chaque globule rouge d'une chlorotique, contient moins d'hémoglobine qu'un globule sain. M. Duncan conclut de ses recherches, qu'un individu peut être chlorotique, même avec un abaissement très-faible du chiffre de ses hématies ; et que l'altération propre à la chlorose, est la diminution de l'hémoglobine. M. Corazza en opérant comme le médecin allemand, a vérifié l'exactitude de ses assertions [Storia di un casa di oligœmia, etc. , Bologna, 1 869).

Des lésions révélées par les autopsies, l'on ne sait que fort peu de chose. Au dire de MM. A'iemeyer et Virchow, on aurait trouvé une dégénérescence graisseuse de la tunique interne des gros vaisseaux du cœur. On se rappelle que ce dernier anatomopathologiste, a consacré im long travail à faire connaître les lésions vasculaires, qu'il considère comme très-fréquentes chez les chlorotiques, et auxquelles il fait jouer un rôle très-important dans la genèse de leurs accidents. Elles consistent comme il a été dit plus haut, en nue hypoplasie du cœur et des gros troncs artériels. Nous ne saurions douter de la réalité des faits relatés dans le le travail de M. Yirchow; nous admettons aussi, que les lésions dont il parle, peuvent donner lieu à des accidents, dont l'ensemble simule l'état chlorotique. Il n'est même pas impossible qu'elles existent quelquefois dan^ la cliloiose ; mais de là à conclure qu'elles en constituent la cause essentielle, il y a bien loin ; et si c'est par elles que l'auteur allemand définit la chlorose, nous ne pouvons, on le comprend de reste, accepter à aucun degré, sa manière de voir.

Pour des raisons semblables, et tout en admettant que l'on rencontre parfois l'ulcère simple de l'estomac, chez quelques chlorotiques, nous ne saurions y

voir qu'une complication, et non la cause de tout le processus de la chlorose. Étiolocjie et Nature. 11 est nn élément étiologique, qui a servi de base aux théories anciennes, que les médecins de notre époque, du moins pour la plupart, n'ont pas suffisamment pris eu considération, et auquel nous voudrions restituer le rang, dont à tort suivant nous, on l'a fait déchoir ; c'est celui qui est fourni tout à la fois par le sexe et l'âge. Comme l'indique la dénomination de morbiis virgineus, l'une des premières que l'on ait employées pour désigner la chlorose, et comme le disent très-explicitement les auteurs les plus anciens, elle est propre à la l'enimc et se manifeste chez les jeimes hUes qui n'ont pas encore eu leurs règles ou qui les ont d'une manière insuffisante et désordonnée. Cette étiologie traditionnelle, nous semble la seule admissible; lorsqu'on l'admet eu effet, la physionomie de la chlorose est spéciale et caractéristique, taudis que si l'on sort des limites qu'elle impose, on tombe à des degrés divers, dans une confusion nosologique où ce mal devient synonyme d'anémie. Ainsi, les pâles couleurs sont engendrées par un trouble qui met obstacle à l'évolution sexuelle, lîlles font donc partie du groupe des maladies qui doivent être rattachées au développement. L'idée que nous adoptons ici, a été développée pai' M. G. Sée, mais comme nous l'avons vu, il lui donne une extension qui nous semble inadmissible ; car au lieu de n'envisager le développement qu'à l'époque de la puberté, comme nous l'avons fait, il admet l'intervention de cet élément, à toutes les périodes de la vie. Par là il est conduit à considérer une chlorose de l'enfance, une autre de l'adulte, une troisième qu'il appelle puerpérale ; et celle de la puberté, la seule qui nous semble devoir être acceptée, ne constitue pour lui, qu'une simple variété dans cette grande famille. Les prémisses de M. G. Sée étant admises, on est surpris, non pas que le nombre des chloroses soit aussi considérable qu'il le professe, mais bien qu'il le soit aussi peu ; car dans la vie des individus, les influences se présenteront à tout instant, qui mettront les moyens réparateurs au-dessous des forces de développement ; et chaque fois que l'anémie serait ainsi produite, il en résulterait, d'après le médecin que nous citons, une variété de la chlorose.

Théoriquement, on doit admettre la chlorose chez l'homme, car il suffit pour qu'elle s'y montre, que le travail de la puberté, d'ordinaire si calme, soit troublé et provoque un état anémique. Mais dans la pratique, de pareils cas sont excessivement rares, ce qui n'a rien de surprenant, quand on songe aux différences, qui en cela séparent les deux sexes. En effet, lorsque la jeune tille s'approche de la puberté, l'appareil de la génération, absorbant à son profit presque tout le travail du développement, peut devenir le siège de désordres qui retentissent sur l'organisme entier, et provoquent un état chlorotique. Tandis que, presque toujours, le jeune homme dépasse cette période sans que lamurche régulière de son évolution soit troublée. C'est là une règle très-générale, mais on peut y concevoir des exceptions. L'hystérie elle aussi est l'apanage de la femme, et pourtant ne voit-on pas exceptionnellement des hommes hystériques ? L'époque où la jeune fille commence à ressentir les effets de la puberté, est variable, comme on le sait ; aussi le début de la chlorose aura lieu entre des limites assez étendues. Il est encore plus mal aisé de dire après quel âge ses atteintes ne seront plus à craindre, car suivant la remarque de Trousseau, elle laisse une impression presque indélébile ; et lorsqu'une femme a été fortement chlorotique, elle s'en souvient presque toujours. Toutefois, on peut dire avec M. Cantrel (thèse de Paris, 1842), que c'est entre quinze et vingt-cinq ans qu'elle est le plus fréquente. Mais nous ne saurions trop insister sur ce fait ; qu'on ne

l'observe jamais avant la puberté. Tout ce qui a été dit de la chlorose chez les enfants, notamment par Sauvages, MM, Nonat et Sée, doit être rapporté à l'anémie ; encore sommes-nous convaincu que l'on a singulièrement exagéré la fréquence de ce dernier état chez les enfants ; et cela, parce que dans mainte circonstance, on s'est contenté pour l'affirmer, d'avoir constaté des bruits vasculaires. Or, après d'autres, nous avons démontré qu'ils ne sont pas un indice suffi- .sant de l'aglobulie. Pour ce qui est de la chlorose au-dessus de vingt-cinq ans, nous ne l'admettons qu'avec les restrictions posées dans la citation de Trousseau. Elle ne se développe pas en dehors de la puberté ; et si on l'observe plus tard, c'est qu'elle s'est perpétuée ou s'est réveillée ; mais dans ces cas, on ne la trouve plus que modifiée, atténuée, démembrée, si l'on peut ainsi dire. L'anémie persistant, il y aura de véritables recrudescences, qui seront en général provoquées par le retour des époques menstruelles. Est-il besoin après cela, de dire que nous ne saurions accepter la chlorose (Vinvolulion de Canstatt, qui, d'après cet auteur, appartient aux années séniles.

On a dit que les pâles couleurs étaient héréditaires, et l'on a rapporté plusieurs observations à l'appui. Eisenmann {Zeitschrift fur die gesanimelte Medicin, 1847), pense qu'elles se développent surtout au printemps et qu'elles guérissent bien en hiver. Toutes les causes qui exercent une action fâcheuse sur le moral, ou qui tendent à débiliter l'organisme, dans le temps que se prépare ou s'accomplit le travail de la puberté, y prédisposent et peuvent même les déterminer. Nous n'avons rien à dire de la grossesse, de la syphilis et des intoxications diverses, qui amènent un état cachectique. Ce n'est pas la chlorose qu'elles engendrent, mais l'anémie.

Nous avons vu que tous les auteurs sont d'accord sur un point, bien que leur dire là-dessus, ne soit pas également explicite ; c'est que dans la chlorose, il y a de Yanéniie. Les anciens l'avaient exprimé assez vaguement, en faisant intervenir les cachexies. Peu à peu ce fait s'est accentué ; on est arrivé à le démontrer, et aujourd'hui il est admis comme une vérité irréfutable. Mais quel rôle joue l'anémie dans le processus chlorotique, et quelle importance y a-t-elle ? n'est-ce qu'un phénomène accessoire, ou bien au contraire, y doit-on voir le trait saillant qui donne au mal sa physionomie ; enfin, quelle est la cause de cette altération du sang ? Ces questions sont unies si intimement, qu'il ne nous semble pas possible <le les séparer. Nous allons donc examiner tout à la fois la valeur et l'origine de l'anémie chez les chlorotiques.

Quand on songe aux causes qui provoquent les diverses anémies, on est porté à admettre, qu'au temps où le mal virginal fut signalé pour la première fois, elles étaient beaucoup moins nombreuses et fréquentes qu'elles ne le sont aujourd'hui. Celle des jeunes filles plus isolée, faisait plus de relief qu'à notre époque ; aussi les médecins l'étudièrent-ils avec une certaine prédilection, comme d'ailleurs, tout ce qui touche à la pathologie sexuelle de la femme. Depuis, le cercle des cachexies, ou pour mieux dire des anémies, s'est élargi, l'on a acquis des notions plus précises sur l'altération qui leur est commune, et l'on a été autorisé à les grouper en une même famille. Mais parce que l'altération du sang est la même dans toutes ces affections, il ne faut pas perdre de vue la diversité des causes et les différences qui en résultent dans les manifestations cliniques. Ces différences sont assez considérables pour que la chlorose soit classée comme une espèce bien distincte dans le genre très-compréhensif des anémies.

Nous ne pouvons donc nous ranger à l'opinion de ceux qui, négligeant tous

les autres symptômes pour ne tenir compte que de l'altération du sang, ont pu dire avec Grisolle que la chlorose et l'anémie ne sont qu'un seul et même mal. Et nous repoussons également, celle des auteurs, qui sans admettre une similitude aussi complète, estiment qu'il existe un grand nombre de cas, oii la distinction est impossible entre les deux affections, et désignent ces cas limités, par le terme de chloro-anémie, qui n'a pas médiocrement contribué, nous en sommes convaincu, par sa composition hybride, à établir la confusion que nous cherchons à combattre.

La chlorose étant une anémie, celle de la puberté, il faut rechercher, si en dehors de ce signe différentiel fourni par l'étiologie, elle ne présente pas une série de traits, qui en la distinguant des autres anémies, constituent comme son caractère spécifique. En parlant des troubles qui atteignent les fonctions digestives, respiratoires et de la circulation, nous avons fait remarquer leur physionomie essentiellement névropathique ; de plus, nous avons insisté sur les symptômes, parfois si nombreux et si marqués, qu'engendre la souffrance du système nerveux. 11 est aisé de voir, en se reportant à ces manifestations, que par certains côtés, la chlorose confine à l'hystérie sensitive, et que, dans un grand nombre de cas, la limite entre les deux maladies ne saurait être déterminée, attendu qu'elles se pénètrent et s'amalgament, si bien, que l'on discerne mal aisément ce qui vient de l'une ou de l'autre. Cela avait frappé Sydenham, puisqu'il n'avait pas hésité à considérer les pâles couleurs, comme une manifestation hystérique.

Mais ce n'est pas seulement dans la symptomatologie que l'on constate la marque nerveuse de la chlorose; on la trouve dans sa source elle-même. A l'époque de la vie des femmes où elle se manifeste, le système nerveux entre enjeu d'une manière nouvelle et très-active, et, comme nous avons essayé de le démontrer {Sur la sueur du sang et les hémorrhagies névropathiques, Gaz. liebd., 1859, p. 745), la menstruation est un des actes par lesquels il prouve sa participation spéciale à la vie sexuelle. C'est à ce moment que l'on voit éclater des accidents de toute sorte, essentiellement névropathiques, bien qu'en apparence divers et même dissemblables.

Lorsque l'on envisage les choses de cette manière, qui nous semble la sevile vraie, ce n'est ni la suppression des règles, ni le travail plus ou moins pénible de leur éruption, qui apparaît comme la source des pâles couleurs ; ce n'est pas le sang retenu au sein de l'organisme, dans le temps qu'il devrait s'écouler au dehors, qui agissant à l'instar d'un poison, engendre la cachexie chlorotique. Non ! ce n'est là qu'une apparence. Ce qui semble être la réalité, c'est qu'à cette époque, si décisive pour la femme, et d'où peut dépendre l'avenir de sa santé physique et morale même, lorsque les choses ne s'accomplissent pas dans un ordre parfait, lorsqu'une cause malfaisante survient, qui surprend et choque un organisme en état instable, elle y jette le désordre et appelle les manifestations névropathiques les plus variées. La chlorose est du nombre. Elle survient non sous l'influence de la perturbation menstruelle, mais à côté d'elle et par la même cause, se manifestant sans doute, lorsque l'action pathogénique atteint plus spécialement certains organes, ceux dont la fonction est de faire le sang et d'entretenir ses qualités normales. C'est par cette origine et cette parenté, que l'on explique la physionomie névropathique de la chlorose et la difficulté qu'il y a parfois à la différencier d'avec certaines névroses, proprement dites, l'hystérie par exemple.

Voici donc une affection qui sert de trait d'union entre celles du sang et celles des nerfs ; entre les dyscrasies sanguines et les névroses. Pour la distinguer des autres anémies et lui imprimer sa marque spécifique, on pourrait la qualifier de névropathique. Cette essence nerveuse de la chlorose ou ce qui est tout un, de Vanémie de la puberté, a été adoptée, comme il a été dit, par un certain nombre d'auteurs ; nous l'avons soutenue à notre tour, à l'aide de considérations, qui peut-être. contribueront à la fortifier.

Diagnostic. Ayant dit dans quelles circonstances se produit la chlorose et ce qu'elle est, nous ne ferons entrer dans ce chapitre, qu'un nombre très-restreint de considérations.

Trousseau dans l'article de sa clinique médicale qu'il consacre à cette affection, s'occupe des fausses chloroses, c'est-à-dire des anémies dues à des diathèses virtuelles ou latentes ; et par ces di'nominations, il désigne la phthisie tuberculeuse et la syphilis. La première de ces deux maladies, est la seule dont nous croyons devoir nous occuper à propos du diagnostic différentiel. Voici ce que l'on en peut dire, d'après Rilliet, qui a traité la question à un point de vue, il est vrai, différent de celui de Trousseau, mais peut-être plus pratique. La chlorose qui parfois simule la phthisie, dit cet observateur, débute comme d'habitude, soit pendant la grossesse, soit en dehors de cet état. Au bout de quelques semaines, le mal entre dans une nouvelle période (2""') ; il y a de l'accélération du pouls, de la chaleur de la peau, suivie de sueurs ; en un mot de la fièvre. Ces paroxysmes fébriles, surviennent irrégulièrement, mais plutôt le jour que la nuit. Les malades maigrissent, s'affaiblissent progressivement et finissent par prendre le lit ; puis, survient une toux quinteuse sans expectoration, et quelquefois des hémoptysies consécutives à la congestion pulmonaire. L'auscultation et la percussion du poumon ne donnent que des résultats négatifs, mais du côté du système circulatoire, on constate tous les signes de la chlorose. Il y a de la surexcitation nerveuse, de l'insomnie, de la tristesse. L'appétit n'a pas disparu, mais il est capricieux. Ces troubles peuvent devenir plus intenses, ou au contraire se calmer aux époques menstruelles. Cette chlorose fébrile pourra être confondue avec certaines formes de phthisie aiguë et subaiguë, dans lesquelles l'auscultation ne révèle aucun trouble du côté des poumons. Voici comment on pourra distinguer les deux affections. Dans la première, les troubles caractéristiques précèdent la toux, tandis que dans l'autre, c'est celle-ci qui se montre la première. Contrairement à ce que l'on observe dans la tuberculisation aiguë, les redoublements fébriles sont irréguliers et le plus souvent diurnes. C'est aussi plutôt dans la journée, que se manifeste la sueur. Dans la phthisie, les règles ne sont supprimées qu'à une époque avancée ; et cela, sans aucune manifestation qui puisse leur être rapportée ; au contraire, dans la chlorose, l'aménorrhée précède les accidents ; et l'époque où les règles devraient i-evenir, est toujours marquée par quelque phénomène très-appréciable.

Au dire de Gintrac, on aurait parfois l'occasion d'observer un état morbide, caractérisé par la faiblesse, la pâleur de la peau et des palpitations , mais différant essentiellement de la vraie chlorose, et directement lié à une irritation habituelle du tube digestif. Les bruits de souffle ne sont pas constants ; l'épigastre et l'abdomen sont douloureux ; parfois d'une sensibilité excessive ; les facultés digestives sont profondément troublées; il y a de l'inappétence, des nausées, des éructations, de la diarrhée, ou au contraire de la constipation ; le goût est dépravé. L'aménorrhée est habituelle et il peut y avoir des

phénomènes hystériques. Giutrac qui explique cet état morbide par l'association (l'une irritation inflammatoire avec une hyperesthésie nerveuse, pense qu'il y a un grand intérêt pratique à le reconnaître et à le distinguer de la chlorose, parce qu'il est aggravé par la médication qui guérit cette dernière. C'est seulement, en effet, lorsqu'on s'est rendu maître des troubles digestifs, que l'on doit faire intervenir les toniques et les ferrugineux.

D'après ce qui a été dit plus haut, on comprend que nous ne cherchions pas à différencier la chlorose d'avec l'hyslcrie et les diverses sortes de névralgies, puisque celles-ci apparaissent dans son cours, et parfois avec une grande intensité.

Marche. Dans certaines circonstances, la chlorose débute d'une manière brusque. Cela a lieu sous l'influence d'une cause morale ou physique, d'un chagrin violent, d'une vive frayeur, d'un refroidissement subit, en pleine période menstruelle. Mais ces cas aigus ne sont pas les plus fréquents ; d'ordinaire, les accidents apparaissent lentement. Si la cause persiste, si une médication appropriée n'est pas mise en usage ; et parfois, en dépit des traitements les plus rationnels, on voit le mal s'aggraver, et conduire peu à peu les malades à un état cachectique avancé. C'est alors, que les syncopes surviennent et se multiplient, que l'œdème apparaît, ou, s'il existe déjà, fait des progrès rapides. Toutes les fonctions entrent dans un état de torpeur qui menace la vie. Chez une jeune femme dont le mal avait atteint ce hautdegi'é, nous avons vu la bouche se remplir d'une végétation de muguet, qui dura plusieurs jours. Tous les accidents cessèrent et la malade recouvra la santé, par l'admmistration longtemps prolongée, de douches froides. En dehors de ces cas, où le mal se montre d'une ténacité désespérante, on peut dire que sa terminaison est en généi'al heureuse. Sous l'influence de moyens appropriés, on voit les troubles se dissiper parfois d'une manière rapide. La chlorose peut-elle se terminer par la tuberculisati&n ? Morton le croyait et il développe sa manière de voir dans un chapitre qui a pour titre de Phtliisi a chlorosi et suppressions menstruarum purgatione orta (Lugduni, 1757, t. 1, p. 110). C'est, dit-il, la cause la plus fréquente de la phthisie des lemmes ; et il ajoute qu'il en a rarement trouvé, vierges, mariées ou veuves, qui soient devenues phthisiques durant l'ère menstruelle, sans que 1 on ait observé l'empêchement de la purgation cataméniale, soit au commencement, soit au moins dans le cours de la maladie. Tout cela est excessif. Le médecin anglais a été beaucoup mieux inspiré, lorsqu'il a fait ressortir combien il est difficile dans un grand nombre de cas, de distinguer les pâles couleyrs de la phthisie. Les symptômes dans l'une et l'autre affection, dit-il, sont tellement semblables, que le vulgaire ne s'aperçoit de la l'éunion de la seconde à la première, que lorsque celle-ci a atteint ce funeste stade, et il conseille de tenir toujours en suspicion la toux chronique qui accompagne la chlorose. Nous ne croyons pas que l'on doive s'arrêter à l'opinion d'Eisenmann, qui pense que la chlorose <piand on la néglige, peut engendrer des maladies organiques de la moelle épinière.

Les observateurs ne s'entendent pas au sujet de l'influence que la chlorose peut exercer sur la fécondation. Tandis que H ivière, Hollerius, Hoffmann, Astruc, la considèrent comme une cause de stérilité, Blaud, Putegnat, afflrment qu'il n'en est rien; et M. Meissner {Monatsschr. f. Geburlsk., 1860, t. Xlll) a fait connaître uu assez grand nombre d'observations tendant à prouver que la

grossesse est plus fréquente chez les chloro tiques que chez les femmes d'un tempérament sanguin.

Pronostic. Au dire d'Ashwell, la chlorose qui apparaît prématurément, est toujours grave, parce qu'elle s'accompagne d'un arrêt de développement de l'organisme. Nous en dirons autant de celle qui se prolonge bien au delà de sa période habituelle, de celle dont la première atteinte laisse dans l'organisme une empreinte si profonde, que la moindre cause lait souvent réapparaître les accidents. 11 est un autre cas, où l'on ne peut, sans inquiétude, envisager l'issue du mal, c'est celui, où par le fait d'une prédisposition heureusement rare, ou d'une médication trop tardive, les malades sont devenues profondément cachectiques. En dehors de ces circonstances exceptionnelles, le pronostic ne présente pas de gravité.

Traitement. Après ce qui a été dit du traitement de l'anémie, celui de la chlorose ne nous arrêtera pas longtemps. Rappelons pourtant, qu'à toutes les époques, le fer a été considéré comme le moyen le plus efficace de la combattre. C'est dans les cas type qu'il fait merveille, et que l'on peut lui attribuer une action tout à fait spéciale. Mais comme le font si justement remarquer MM. Trousseau et Pidoux, il ne faudrait pas croire que l'on puisse avoir toujours également laison du mal, à l'aide des préparations martiales. On l'encontrera en effet, un certain nombre de malades, chez lesquels leur action s'épuisera vite, sans avoir déterminé une amélioration sensible. Bien plus, agissant à la manièi'e d'une substance fortement irritante, elles provoquent parfois des accidents d'intolél'ance. Après le fer, nous devons mentionner l'hydrothérapie, dont l'emploi méthodique trouvera une application fréquente dans le traitement de la chlorose. J. Parrot.

Bibliographie. — Il y a à l'article Aniîmie un grand nombre d'indications que nous ne reproduirons pas ici. Il nous semble également inutile de donner le litre de tous les traités de pathologie, et de toutes les thèses inaugurale*, où la chlorose a été étudiée, nous nous contentons de signaler les travaux originaux, dont elle a été l'objet. — Hoffmann (Frédéric). De genuina chlurosis indole, origine et curatione, primum édita, 1751, Genevae, 1740; supplem., Il, pars. 2, p. 389. — Vallée. De la chlorose. Thèse de Paris, 1811.— Blaud. Sur les maladies chlorotiqites et sur un mode de traitement spécifique dans ces affections. In Revue méd. t. I, p. 537; 1837. — Du même. Sur la cJdoros'e des adultes. In iievue méd., 1846. — Cazexave (J.-J.1. Observations sur la chlorose. In Bulletin médical de Bordeaux, 1835. — Pujol, De la chlorose. Montpellier, 1837 et Gaz. méd., p. 697, 1837. — I'œdisch. Analyse du sang des chlorotiques. In Journal der practischen Heilkunde, 1836, et Gai. méd., p. 7, 1857. — Tanquerel des Planches. De la chlorose chez l'homme. In Presse médicale, 1837. — Trousseau. Essai thérapeutique sur la chlorose ménorrhagique. In Journ. des connaiss. médic.- chirurq., 1837. — Du même. Danger des ^^réparations martiales dans certaines forines de la chlorose. In Gaz. méd., p. 189, 1853. Les idées contenues dans ces deux mémoires, ont été reproduites dans la Clinique médicale de l'auteur, t. 111, p. 492. Paris, 1865. — Ashwell. Mémoire sur la chlorose et ses complications. In Gaz. méd., p 341, 1838. — Hœfer. Note sur la nature de la chlorose. Thèse de Paris, 1840. — Dusourd. Mém. sur la chlorose. In Journal de médecine et de chirurgie pratique, t. XIII, p. 486 ; 1842. — Canteel. Thèse de Paris, 1842. — Usiglio. Etudes sur la chlorose. In Giornale per servire . ai progressi délia patliologia e délia terapeutica, 1843. — Ricord. Chlorose syphilitique In Bulletin général de thérapeutique, août 1844. — Duchassaixg. Affections cérébrales dépendant delà chlorose. In Gaz. méd., p. 152, 1845. — Gixtrac. Remarques sur les états morbides qui .simulent la chlorose. In Journal de méd. de Bordeaux, févr. 1846. — Gris iE.). CIdorose des végétaux, guérie par les sels de fer. In Gaz, méd., p 552, 1846. — Sélade. Mémoire sur la chlorose. In Archives de la méd. belge, 1846, et Gaz. méd., p. 685, 1846. — Moutard-Maktix. Des accidents qui accompagnent l'établissement de la menstruation, de la chlorose en particulier. Thèse de Paris, 1846. — Becquerel et Rodier. De la chlorose et de l'anémie. In Mémoires des concours de l'Acad. royale de méd. de Belgique, 1847. — EisENiMANx. Pathologie et traitement de la chlorose. In Ze'Uschrifl fiXr die gesammte Medizin, iHil. — Bonnet. De la chlorose, thèse de Paris, 1847. — Dubois (de Neuchâtel). Observation

CHLOROSULFOQUINONE. 71&

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CHLOROSPERinÉES. Yoy. Algues.

CHIiOROSPiROlLIQUE (âcide). Voy. Chlorosalicylique (Acide).

CHLOROSTYROIi. CHLOBOCINIVAinÈIKE. C^^H^Gl. On obtient ce corps par l'action du chlore sur le styrol {voy. ce mot), on obtient d'abord un dérivé chloré par addition, le chlorure de cinnamène G^'H*GP que l'on traite ensuite par une dissolution alcoolique de potasse caustique, il se forme du chlorure de potassium, par l'addition de l'eau, il se sépare un corps huileux qui est le chlorostyrol. L.

CHIiOROSKIIJFOQlJIIlIOIVE. Quand on fait passer un courant d'hydrogène sulfuré dans une solution de chloroquinone, cette solution se colore immédiatement en rouge; puis on voit se déposer une matière floconneuse, qui forme après dessication, une masse légère, vert olive, d'une odeur légèrement sulfureuse et dont la nature n'est pas bien connue ; on a donné à ce corps le nom de chlorosulfoquinone. L.

720 GHLOROXALAMIDE.

CULOROSTILBÊIVE. CeLOBOPICRAMYI.E. C-*H"C1. Lorsqu'on fait passer un courant de chlore sur le stilbêne, C^^H'^, maintenu en fusion, il se forme une combinaison par addition, le chlorure de stilbêne, C^^ll'^GP. Ce corps, traité par une solution alcoolique et bouillante de potasse caustique se transforme en acide chlorhydrique qui se combine à la potasse et en chlorostilbène.

G^W^CP + KO.HO = G^^IP'Cl + KCl + 2110

Chlorure Potasse. Chloioslilbène. Chloiure Eau.

de slilbène. île potassium.

Le chlorostilbène, chlorostilbose ou chloropici'amyle, est une huile soluble dans l'alcool et dans l'éther, et volatile sans décomposition. L.

CHLOROTÉRËBËIVE. G^^H'^Cl. Lorsqu'on fait passer un courant de gaz chlorhydrique sec dans de l'essence de térébenthine, ce gaz est absorbé en abondance ; il se forme bientôt des cristaux, qui, suivant la température de l'essence, sont en plus ou moins grande quantité ; à 0" on obtient un produit qui confient plus que la moitié de son poids de chlorhydrate solide ; à j 00° il ne se produit que du chlorhydrate liquide. Les cristaux et le liquide présentent la même composition et les mêmes propriétés chimiques; sous l'influence de la chaleur et de l'acide chlorhydrique, l'essence a donc éprouvé une altération moléculaire qui l'a transformée en deux essences isomères. L'essence renfermée dans le chlorhydrate solide (camphre artificiel) a reçu le nom de camphène, et celle de l'esseiica liquide térébène. C'est de ce dernier que nous avons à nous occuper. Le moiiochlorhydrate de téréJiène, séparé des cristaux, a pour formule C^TI^^llGl. C'est un liquide visqueux, d'une densité de 1,017. Une solution alcoolique de potasse caustique ne l'altère pas, il bout à 155" et distille en émettant des vapeurs chlorhydriques ; on peut le distiller dans une atmosphère d'ammoniaque sans le décomposer, mais quand on fait passer sa vapeur sur de la chaux vive chauffée au rouge dans un tube de porcelaine, il se forme du chlorure de calcium, et le térébène distille. Ce corps, mis en contact, avec le chlore gazeux, l'absorbe et s'échauffe considérablement ; il faut avoir soin de refroidir convenablement ; on obtient alors un liquide incolore et visqueux d'une densité de 1,56. C'est la chlorotérébène .

Soumis à une chaleur ménagée, il noircit en se décomposant pai'tiellement, de l'acide chlorhydrique se dégage, et il passe un liquide qui est un mélange de chlorotérébène non altéré, de dérivés plus chlorés et de monochlorhydrate liquide. L.

CHLOROXJXAMIDE. G^H'CPAzO^ Ce corps résulte de l'action de l'ammoniaque sur Vocaléilier ou oxalate d'éthyle perchloré. On introduit l'oxaléther [voij. ce mot) dans une cornue, et l'on y fait arriver un courant de gaz ammoniac sec, la température s'élève, une couche blanche floconneuse se dépose sur les parois intérieures de la cornue, pendant qu'une odeur fétide se développe. Lorsque la réaction est terminée, on fait dissoudre dans l'eau bouillante les petites lames cristallines, miroitantes, dont les parois de la cornue sont tapissées ; par le refroidissement la chloroxalamide se dépose sous forme d'aiguilles prismatiques.

La chloroxalamide est blanche, peu soluble dans l'eau froide, très-soluble dans l'eau bouillante, l'alcool et l'éther. Les solutions ne piésentent aucune des

CIILOROXÉTIIOSE. 721

réactions de l'acide chlorhydriqne ni de l'acide oxalique. Sa saveur est suciée avoc un arrière-goùt amer, elle fond à 154" et bout à 200". L.

CHLOROXALËTIIER OU oxal\te d'kthvle pf.rchi.oré. C'-d'^O^ Quand on fait passer un courant de chlore sec sous l'iniluencc des rayons solaires, dans uiie cornue tubulée renfermant de l'éther oxalique, ce gaz est absorbé lentement ; de l'acide cldorbydriquc se dégaye, on voit au bout de quelque temps apparaître des crislaux de chloroxalétber, on les lave avec de l'eau froide, et on les fait sécher.

Le chloroxaléllier cristallise en lames quadrangiilaires incolores, insipides et neutres aux réactifs colorés. Il fond à 144" et se décompose à une température plus élevée. L'alcool, l'éther, l'esprit de bois, l'essence de térébenthine, le décomposent immédiatement. Le gaz ammoniaque le transforme en sel ammoniaque, eu oxamate d'éthyle quintichloré, et en d'autres amidcs. Exposé pendant quelque temps à l'air humide, il se liquéfie et devient acide et fumant. L.

CHLOROX.AMQI3E. CHLOROXAIiVUMIQUE. AciDE. On l'obtient à l'état anhydre en mettant en contact le chlororaléther [noy. ce mot) avec l'alcool. Malaguli qui l'a obtenu sous cette forme, lui a donné le nom de chloroxéthide [voy. ce mot).

CHLOROXÉTHIDE ou ACIDE chloroxalovImque anhydre. C'CPO''. Ce corps a été obtenu par M. Malaguti, en décomposant le chloroxalétber [voy. ce mot) par l'alcool. Entre autres p:oduits résultant de cette décomposition, on obtient une substance huileuse, légèrement jaunâtre, d'une odeur vineuse, c'est la chloroxéthide. Récemment préparée elle est complètement neutre, mais en s'hydratant à l'air humide, elle devient acide. L'eau ne la dissout pas, mais elle est entièrement soluble dans l'alcool et l'éther. L.

CHLOROXÉTHOSE. C«C1«0^ On l'obtient suivant Malaguti, en chauffant l'éther perchloré C^d'^O^ avec une solution alcoolique de monosulfure de potassium ; en même temps que le chloroxéthose, on obtient un dépôt de soufre et du chlorure de potassium.

CscpoQs + 4KS = 4KC1 -+- 4S -^ C^CIW

Elher Sulfure Cliloruie Soufre. Cliloroxétiiose.

percliloré. de potassium. de potassium.

On chauffe un mélange de 16 p. d'éther perchloré, 50 p. de monosulfure do potassium et 200 p. d'alcool. Quand la réaction est terminée, le liquide laisse déposer, après refroidissement le chlorure de potassium et le soufre, on fdfre et on verse de l'eau dans la liqueur qui a pris une couleur d'un jaune d'or, il se sépare une huile jaunâtre qui est le chloroxéthose.

Ce corps se présente sous la forme d'une huile limpide, incolore, d'une odeur fort agréable rappelant l'essence d'ulmaire ; sa saveur est sucrée, sa densité est de 1,654, il bout à 210" et distille en s'altérant légèrement II est insoluble dans l'eau, mais soluble dans l'alcool et l'éther. Sous l'influence des rayons solaires, et mis en présence du chlore, il absorbe quatre atomes de ce corps, et se transforme de nouveau en éther perchloré.

G»CFO^ -h 4C1 = C»C1"02

Chloroxélhose. Clilore. ÉUicr perchloré. BICT. ENC. XVI. 4&

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