‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales V 16Chapitre 39 sur 49 · SUR 10 ACRES DE TERRE. SUR 1 000 HABITANTS · texte numérisé non relu

SUR 10 ACRES DE TERRE. SUR 1 000 HABITANTS

L'abaissement delà mortalité dans les districts ayant 250 à 280 habitants correspond à un fait signalé en France : Paris excepté, l'extension épidémique du choléra et sa gravité sont plus marquées dans les campagnes que dans les villes.

Dans les épidémies de 1832 à 1849, M. Briquet (rapport cité) a trouvé un rapport inverse entre la fréquence des épidémies et la dissémination des populations. Dans les départements non atteints par les épidémies successives, on compte 47,57 habitants par hectare. Dans les départements atteints une fois 55,22. Dans ceux qui ont été atteints deux fois 72,92, dans ceux qui ont été atteints trois fois, 146,67.

Durée. L'esprit toujours attiré sur les faits les plus saillants a réservé le nom de choléra aux phénomènes les plus graves de la maladie, et limité la durée des épidémies au temps assez court pendant lequel les foyers partiels éclatent simultanément dans une sorte d'explosion générale. L'attention ramène à un point de vue plus vrai ce qu'une première impression avait pour effet de contondre, et fait attribuer au choléra une marche bien plus lente, une durée bien plus prolongée.

En 1832, lorsque le choléra éclata à Paris, le 26 mars, il s'était déjà manifesté depuis plus d'un mois par des cas isolés (Bouillaud, Traité du choléra-morhm. Paris, 1852). La fin de l'épidémie, fixée au mois de septembre de ia même année, n'a pas été plus rigoureusement déterminée. M. Blondel constate 62 décès en octobre, 35 en novembre, 105 en décembre. L'année 1853 compte 515 décès en automne; 1854, 25 décès; 1835, 14; 1856, 7 (Blondel).

En 1848, Milroy signale avec étonnement l'intervalle de près de deux mois qui

sépare l'imporlation du choléra à Hull, par deux matelots malades, de sa diffusion épidéraique généralisée. A Manchester, le premier cas eut lieu pendant la deuxième semaine de juin, la semaine suivante il n'y eut que trois cas légers, deux autres jusqu'à la fin du mois; en juillet, deux ou trois décès par semaine, jusqu'à ce qu'enfin l'épidémie éclatât par des cas nombreux en août {Report of the General Boarcl of the Health, 1850). A la fin de mai 1854, la flotte française quitta Brest pour aller croiser dans la mer Noire. Ce ne fut que le 22 juin 1854, jour du départ de Bomarsund, que l'épidémie se signala par un cas foudroyant à bord de l'Austerlitz : en quelques jours l'équipage avait perdu 56 hommes sur 75 malades.

Comparez la marche lente du choléra qui a mis vingt ans à parcourir la terre à la rapidité des épidémies de grippe passant en quelques mois d'Australie à Moscou, régnant eu janvier sur le littoral du Portugal, en février à Terre-Neuve et à la Nouvelle-Zélande, en mars à Valparaiso, en avril en Syrie, en automne au midi de l'équateur, à la côte d'Afrique et en Chine (S. W. Bnrnett, Report, 1847); réfléchissez à ce qu'il y a de différence entre les épidémies qui n'ont de durée que celles des intempéries qui les produisent, et le choléra qui a prolongé son règne en Russie de 1855 à 1861, eu Suède de 1853 à 1860, et vous comprendrez qu'il y a dans la durée et la marche lentement progressive du choléra, une preuve péremptoire de la régénération nécessaire de sa cause par les personnes qui en sont successivement atteintes.

C'est lentement, successivement, que l'épidémie se répand à la surface d'un pays. En 1848, un premier cas est signalé à Dunlcerque, le 10 octobre. Jusqu'au 1""^ novembre, l'épidémie ne dépasse pas les limites de l'arrondissement; en novembre, elle envahit les arrondissements de Lille, de Douay, de Sainl-Omer, de Calais. Jusqu'en janvier, elle reste circonscrite à l'étendue de trois départements; enfin le 7 mars elle atteint Paris, et, dès lors, son rayonnement s'étend aux départements voisins et va former des centres nouveaux; en Bretagne et en Bourgogne.

La durée des épidémies de grippe étudiées sur place, est à peu près égale d'une localité à une autre. Pour le choléra, au contraire, en réservant ce qui appartient aux conditions atmosphériques et à l'agglomération des populations qui facilitent la diffusion de l'épidémie, la durée est proportionnée au nombre des personnes qui peuvent servir d'aliment à son action envahissante. Dans un foyer isolé, à bord d'un bâtiment, en 5 à 6 jours l'épidémie la plus meurtrière aura épuisé ses coups. Dans un village, quelques semaines suffisent à sa puissance destructive. Dans une ville, sa durée se prolonge de 6 mois à une ou plusieurs années. Dans les départements, l'épidémie s'est prolongée 14 mois dans la Seine, 13 dans l'Oise. Le docteur Tholozan [Gaz. hebdom., 1872) a appelé l'attention sur ce qu'a le plus souvent de peu précis la tixation de la durée des épidémies de choléra. Eti embrassant dans une vue compréhensive tous les effets du mal, depuis les premiers débuts jusqu'au dernier signe d'activité, il est arrivé à montrer comment se sont prolongées les épidémies principales de choléra. Celle de Paris a régné en 1852, 1835, 1834 et 1835. La même épidémie a eu la même durée en Angleterre; en Allemagne, elle s'est prolongée de 1851 à 1857; dans le midi de la France, en Italie, en Espagne, de 1855 à 1857. La deuxième irruption épidémique est considérée par le même auteur comme s'étant prolongée de 1847 à

Constitution épidémique. Antagonisme. Épizooties. En 1832, beaucoup de médecins avaient été frappés en Europe de l'apparition d'uu certain nombre

de cas de choléra avant rexnlosion de l'épidémie. Ce que nous avons dit précédemment de la difficulté de déterminer, avec précision, les premiers cas et la source véritable de l'importation, explique ce que ces faits bien observés ont, en apparence, d'inexplicable.

On a cité, en particulier, les cas qui ont été observés à Âarau, en 1854, à Marseille (Didiot). Le docteur Seux, partisan de l'importation, avoue que le Comité médical des Bouches-du-Rhône avait constaté un cas de choléra suivi de mort rapide à Marseille, le jour même oii le premier cas était reconnu à Alexandrie.

A Odessa, quatre cas de choléra, dont un mortel, furent constatés les 2, 3, 4 mai {Public Health. Eighth Rep. App., p. 320).

A Londres, un cas de choléra présentant tous les caractères du choléra épidémique fut admis en juin au Guy's Hospital {Public Health).

A Ancône, le choléra n'a pas paru importé. A Malte, il s'est déclaré en même temps qu'à Alexandrie.

Faut-il admettre, pour expliquer ces faits, que le choléra ait laissé, après ses premières invasions, des centres de génération capables de réveiller des épidémies partielles, sous l'influence mystérieuse de l'épidémie générale; ou que l'apparition d'un certain nombre de cas isolés témoigne du développement spontané de la maladie? A mou sens, il est plus sage de ne pas renouveler les discussions d'un autre siècle sur l'importation, à Marseille, de la peste de 1720. Que le navire du capitaine Chataud ait été ou non le coupable, ce qui est incontestable, c'est que, de même qu'une plante d'une autre contrée n'a jamais levé en France sans que sa graine y ait été importée, jamais ni la peste ni le choléra n'ont étendu leurs ravages sur l'Europe avant d'y avoir été importés une première fois.

Comme nous l'avons signalé à propos des influences atmosphériques, l'explosion épidémii|ue a souvent lieu en même temps dans des localités assez éloignées l'une de l'autre. En 1848, le choléra se déclara le même jour à Grenoek, Preston- Kirck, Montkland, Cambridge. Dans l'épidémie de 1864, sur 26 villes et communes avoisinant Paris, 12 enregistrèrent le premier cas le 14 octobre, un des plus mauvais jours de Paris ; 3 le 18 ; 5 le 21.

Les premiers cas sont, en général, les plus graves : l'épidémie arrive rapidement à son point culminant. En 1852, 4 persoimes qui demeuraient dans des quartiers différents furent atteintes dans la journée du 26 mars, et moururent en peu d'heures. Le 31 mars, 35 quartiers sur 48 étaient envahis par l'épidémie, et, dès le lendemahi, les 13 autres cessaient d'être épargnés (Blondel, Rapport cité) .

Les décès à domicile, pendant les 14 premiers jours d'avril, s'élevèrent de 26 {{"' avril) à 454 (le 14). A dater du H, la maladie commença à décroître (Blondel j.

La dilficulté d'assigner un début à l'épidémie subsiste en ce qui concerne sa fin; l'épidémie principale laissant après elle une traînée de petites explosions lorsque les personnes qui avaient fui au premier danger, reviennent avant que l'iufeclion locale se soit épuisée. C'est un problème posé et non résolu que de savoir si la cause du choléra peut conserver ses propriétés nocives pendant un certain temps; si enlui la maladie est destinée à s'acclimater en Europe? D'ailleurs, de même qu'une atteinte de choléra ne coniére qu'une immunité trèsatténuée, de même une première épidémie ne préserve pas d'une seconde, lorsque dans sa marche décursive une nouvelle importation la ramène dans une même ville. L'épidémie s'y produit alors ayec la même violence sinon avec la même

extension. C'est ce qui a été constaté à Vienne, en d836; à BerJin, en 1850; à Dantzig, à Hambourg, Lunebourg et Lubeck, en 1859.

Le choléra, qui a régné à Ceylan en même temps que lav ariole, à Constantinople avec la peste, à Paris avec la grippe, ne reconnaît aucune immunité pathologique, et paraît plutôt faire disparaître momentanément ou même, pour un temps assez long des affections endémo-épidémiques. En Suède, Magnus Huss à constaté qu'après l'épidémie de choléra de 1834, les fièvres intermittentes qui étaient endémo-épidémiques ne disparurent pas complètement, mais ne se montrèrent plus qu'à l'état sporadique, sans gravité et sans lésions consécutives (Magnus Huss, Ueber die endemischen Krankheiten Schwedens. liremen, 1845).

Pendant l'épidémie de 1854, à Blidah, les accès pernicieux avaient cessé (Laveran, voy. Antag.). On a signalé, en opposition de ces premiers faits, l'apparition extraordinaire de fièvres intermittentes au début de l'épidémie, à Vienne, en 1851 ; à Munich, en 1853 et 1854 (Gietl); à BerUn, en 1846 ; enfin à Gonstantinople, en 1846 (Riegler).

En Moravie et en Piussie, au contraire, on constata leur disparition subite comme signe initial de l'épidémie.

La suette a été étudiée dans ses rapports avec le choléra par Reveillé-Parise {Gaz. méd., 1849), Foucart, Bucquoy, Golson. En laissant de côté ce qu'on a ' appelé choléra sudoral (voy. Diagnostic) , il ressort des recherches des médecins qui ont étudié comparativement les deux épidémies, qu'elles n'ont jamais régné simultanément avec lu même violence ; que dans les communes oii le choléra a régné avec violence, on n'a pas vu un seul cas de sueite; que lorsque la suette a commencé à régner, c'est presque toujours à la fin de l'épidémie de choléra; que dans les communes oià les deux épidémies existaient simultanément, elles n'ont jamais atteint simultanément ou successivement la même personne.

Lorsque la suette et le choléra régnaient ensemble dins une même commune, la suette était toujours exempte des complications graves qui l'ont rendue si meurtrière, d'où il est permis de conclure que, lorsque les deux épidémies paraissent sévir en même temps, on confond dans une dénominalion commune une maladie déternnnée, la suette, et des accidents causés soit par la crainte, soit par la constitution médicale du choléra (Bucquoy, Gaz. méd., 1850, p. 534).

Épizooties. Un phénomène remarquable et qui mérite confirmation, c'est l'éloignement des oiseaux des localités atteintes. Les moineaux, les hirondelles, les corbeaux ne reviennent dans les villes qu'après la terminaison de l'épidémie. Le fait a été constaté à Saint-Pét<^rsbourg, en 1848, par Muller; à Riga, par Bàrenspruns; en Westphalie, en Allemagne, en France et en Italie {Gaz. hebd., 1855, p. 116).

Suivant d'autres témoignages, la cause du choléra frapperait, à côté de l'homme, un grand nombre d'espèces animales. Aux Indes, on a particulièrement signalé les chèvres et les chameaux; à Taganrog, les chiens et les volailles. MM. Carère et Mitivié, en 1832, ont fixé leur attention sur une mortalité considérable des poules, notamment à Ciioisy. M. Clément Delorme a fait des remarques sur une épizootie qui aurait frappé les poissons de la vallée d'Arpajon.

Pendant l'épidémie de 1859, des porcs, qui avaient avalé les déjections de soldats campés près de Mascara, fiu-eut atteints par l'épidémie. Il est regrettable qu'au moment oii l'attention est dirigée sur l'extension des épidémies de choléra par le méphitisme dont les déjections des malades paraissent être le foyer principal, la médecine vétérinaire ne permette pas de distinguer ce qu'il y a de

nominal dans l'application du mot choléra aux épizooties des espèces animales, et ce qu'il y a de vrai dans le témoignage des personnes qui ont vu succomber des animaux après l'ingestion de matières provenant des malades.

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