DÉCEMBRE
neiges de moins en moins abondantes que sur la Coi'diilère. A l'exception des pics les plus élevés, comme le Tupungato et l'Aconcagua, la ligne de faîte se dépouille complètement de neige, en été, à une altitude qui dépasse 4,000 mètres. La sécheresse du climat suit la même progression. L'évaporation est si active au milieu d'un air raréfié que la neige qui tombe sur les hauts plateaux se vaporise sans mouiller le sol. C'est ce qui explique le très-petit nombre de cours d'eau qui descendent de la Cordillère entre le trente-deuxième degré et le tropique, l'aridité du désert d'Atacama et d'un bon nombre de vallées des Andes. A 4,000 mètres d'altitude la sécheresse est telle que l'hygromètre à cheveu descend à 5", et que la peau se gerce et se fendille comme dans les grands froids de l'hiver. Le ciel est d'un bleu cru dont l'éclat fatigue la vue, et la végétation est absolument nulle. L'eau ne tombe jamais qu'à l'état solide, c'est-à-dire à celui de grêle ou de neige. Le climat est très-rigoureux à une pareille altitude ; le soleil est ardent, mais on a froid à l'ombre ; les vents sont excessivement violents et froids. La nuit, le thermomètre descend jusqu'à — 4; mais dans ces mêmes journées il monte jusqu'à +10 et H- 12. En somme, c'est un climat dur et désagréable auquel les pasteurs indiens
peuvent seuls s'habituer, encore pas au delà de l'altitude de 5,200 à 3,700 mètres, et dans quelques vallées un peu abritées du vent. Telle est la limite des habitations des hommes en ces régions. La température des -vallées inférieures est naturellement beaucoup plus douce, mais très-inégale cependant. La chaleur s'y élève beaucoup dans la journée, mais il y fait froid la nuit. Les différences de 20° dans l'échelle thermométrique y sont fréquentes du jour à la nuit. L'été y donne quelques pluies d'orage, mais il y pleut fort rarement en dehors de cette saison. La grêle y est le fléau dei cultures, surtout de la vigne (Martin de Moussy, Climat des Andes). Tyndall a fait remarquer que l'air tout à fait sec se comporte comme le vide relativement à la transmission de la chaleur rayonnante. Il suffit donc que le soleil disparaisse un instant dans un climat comme celui du nord du Chili, surtout dans les Andes, pour que le refroidissement devienne sensible, et à plus forte raison pendant la nuit.
Règjve végétal. Les principales productions de l'agriculture chilienne se classent dans l'ordre suivant : blé, orge, maïs, légumes secs (pois, haricots, fèves, pommes de terre, etc.), vigne, chanvre et lin, graines oléagineuses, arbres fruitiers d'Europe qui se sont propagés à l'état sylvestre en certaines vallées au point d'y former de véritables bois. Les principaux sont les oliviers, amandiers, noyers, ■châtaigniers, pommiers, etc. Le blé du Chili est en général d'une qualité supérieure, et donne des farines aussi renommées que les meilleures des Etats-Unis. Su culture se fait sur une très-grande échelle. Celle de la vigne, prohibée par l'Espagne dans l'intérêt de son commerce, jusqu'à l'époque voisine de nous où le Chili eut le bonheur d'échapper à son immorale domination (1818), prend de jour en jour plus d'extension et de perfectionnement grâce au soin qu'ont pris les grands propriétaires de faire venir des cépages de Bourgogne et de Bordeaux, en même temps que des vignerons pour en diriger la culture.
En ce qui concerne les principales essences des forêts, la différence si tranchée ■du climat dans le nord et dans le sud en marque une correspondante dans la végétation. Dan- le sud, ce sont le hêtre, le bouleau, l'araucaria ou dombeya chilensis, les grands myrtes, le winteria aromatica. Au-dessus du trente-sixième degré, la végétation est riche dans ses détails, mais d'un aspect moins imposant. Les grands et beaux arbres que nous venons de citer deviennent de plus en plus rares au fur et à mesure que l'on remonte vers le nord. Ils sont remplacés par des mimosées de haute taille, dont quelques-unes sont remarquables par la beauté de leurs fleurs et l'élégance de leur feuillage. Parmi les plus répandues et en même temps les plus utiles, nous citerons une espèce de caroubier, le prosopis dulcis, qui atteint une hauteur de 10 à 15 mètres, dont le fruit séch^' et réduit en farine se mange en guise de paiu et dont les gousses fermentées donnent une espèce de bière nommée chicha ou aloja. La famille des laurinées et celle des myrtacées sont aussi très-nombreuses et fournissent des arbres de très-grande taille. L'arbre •à savon (quillai/a saponaria) est très-commun au Chili et rend des services à l'économie domestique du pauvre. Enfin la région des Cordillères a aussi sa flore ■qui mérite une mention spéciale. La végétation n'y dépasse pas l'altitude de 4,000 mèties, suivant Martin de Moussy. A cette limite se trouvent les deux derniers représentants du règne végétal : les maigres lichens qui tapissent quelques roches et la Llareta, plante singulière dont la racine conique s'enfopce assez profondément dans le sol entre les débris rocheux, tandis que son extrémité supérieure s'épanouit à l'air comme une moisissure verte intimement adhérente à la pierre. Dans les quebradas (ravines) un peu plus basses couimencent à paraître la
tola ou jume, le buisson nommé cuerno de cabra, un gazon assez robuste A'iiphicîin, enfin, auprès de l'eau, une cypcracée très-rustique, h paja brava, dont le feuillage dur et tranchant est cependant fort utile pour la nourriture des annuaux en ces régions désolées. A une altitude de 5,500 mètres commencent à apparaître des cactus couverts d'un duvet serré qui les protège contre les frimats, et dont une variété du genre ceretis est employée pour la construction des cabanes en raison de la taille et de la résistance de son bois. Au-dessous de 3,000 mètres commence une végétation touffue à'algarobosou caroubiers, d'acacia caviena, de bréas (térébinthacée) Ae jarillos [id.), de Quebrachoa (apocynées), de saules, sur le boid des eaux, et de visco, nn'mosée très-précieuse pour l'ébénisterie. A 2,000 mètres, la végétation est déjà très-vigoureuse, et toutes les cultures deS' pays tempérés, y compris celle des arbres fruitiers, y prospèrent quand il y a de l'eau. Quant aux vallées d'une altitude inférieure à 1,000 mètres, la végétation y est luxuriante pour peu qu'elles soient arrosées, et non-seulement les céréales et les arbres fruitiers d'Kurope, mais encore beaucoup de plantes des pays chauds y prospèrent : tels sont les oliviers, orangers, grenadiers, papayers, corosolliers {anona muricata) , chérimoliers (anona cherimolia) , goyaviers, etc.
Règne amsial. 11 eA riche et varié. Nous signalerons parmi les mammifères plusieurs grandes espèces de chats : felis ciig^iar ou puma, désigné par Molina sous le nom de lion du Chili, mais qui se trouve aussi bien sur l'autre versant de la Cordillère, et qui n'a ni la crinière, ni la taille, ni la force du lion; felis jaguar, dit aussi onza, le plus fort et le plus redoutable des fauves d'Amérique; felis pardalis ou ocelot; felis eyra ou psendo-pardalis, appelé dans le pays et par Azm-a jaguar ondi ; enfin une espèce de chat-fouin dit gato-montes, chat des bois. Parmi les autres genres, nous citerons la chincha (viverra mephitis) décrite par Buffon sous le nom de moufflette du Ciiili ; Je chinchilla (mus laniger, callomys-chinchilla, de Geoffroy-Saint-Hilaire) , rongeur qui tient le milieu entre le lièvre et la gerboise; le carpincho (cavia capybara, sus hydroçluerus , sus palustris), rongeur aux mœurs amphibies; le renard tricolore (canis cinereo-argentatus), le même qu'on retrouve dans l'Amérique du Nord; le cuy [lepus minimus): la viscache (cavia acuschi), espèce de grande marmotte sans sommeil hibernal; le cujaquiqui (musiela cujaquiqui) ; le guanaco (camehis huanacus) ; la vigogne (camelus vicugna) et le lama (camelus araucanus) ; l'alpaca (camelus alpaca). Ces quatre ruminants sont à des degrés divers d'une importance considérable pour l'Indien des Andes ; le premier seul descend dans la plaine, les autres ne sortent pas de la Cordillère dont ils hantent de préférence les plateaux les plus élevés. Cependant, le lama, réduit à la domesticité depuis les temps les plus anciens dont les annales américaines fassent mention, sert de bête de somme et remplace pour l'Indien tous les autres animaux domestiques. L'alpaca, très-voisin comme espèce du précédent, a la laine plus longue et plus fine. 11 vit sur la limite des neiges perpétuelles, en compagnie de la vigogne dont la toison est trèssoyeuse. Le guanaco, dont la chair est aussi succulente que celle des précédents, a une robe moins bien fournie ; mais les Indiens, surtout ceux du sud, ulilisent la peau garnie de ses poils pour s'en faire des vêtements et des fourrures. Citons enfin le pedu ou quemul [capra pudi), sorte d'antilope de la Cordillère. Les côtes nourrissent en abondance plusieurs espèces de phoques et quelques cétacés.
Vornithologie a beaucoup de rapports avec celle de la Patagonie et du bassin de la Plata. On y voit figurer plusieurs espèces de canards, de colombes, de flamants et de colibris ; un héron d'une blancheur immaculée, le pic à hupe rouge,
le troglodyte cliilien, le fournier {fnrnariiis ru/iis), oiseau familier dei habitations rurales, la grèbe, la certhia chilcusis, la grive des Malouines et du détroit de Magellan, le manchot, les goi'laiuls et surtout de nombreuses espèces d'oiseaux de proie (buses, aigles, faucons, chouettes), parmi lesquels le gigantesque condor [sarcoramphus gryphus), qui a mérité le nom de roi des montagnes.
L'icthyologie et la malacologie des côtes chiliennes sont riches.; mais les insectes sont rares. On ne cite parmi les insectes venimeux qu'un petit scorpion blanc, une araignée et les moustiques.
Quant aux animaux domestiques, tous ceux d'Europe ont été naturalisés au Chili et y prospèrent.
Une des principales sources de la richose agricole du Chili provient de l'élevage des bœufs, des chevaux et des moutons. Les porcs et les chèvres sont également très-nombreux. On a beaucoup multiplié dans ces dernières années les vers à soie et les abeilles.
Anthropologie. La population chrétienne du Chili est le résultat du mélange des races américaine et européenne, avec prépondérance du type européen dans les hautes classes et du type américain dans les classes inférieures, surtout à la campagne. Les Chiliens sont d'une constitution robuste et bien harmonisée ; d'une taille plutôt grande que petite. Ils ont généralement le teint plus ou moins basané et le poil noir. Ils sont adroits aux exeixices du corps et non moins intelligents; sobres, patients et braves. De tous les peuples d'origine espagnole, ce sont eux qui ont fait le plus de jtrogrès dans la civihsation, ou tout au moins dans l'art si difficile du gouvernement. Personne n'ignoi'e sans doute que, de t)us les Etats hispano-américains, le Chili est le seul qui ne vive pas du régime quotidien des prommciamentos et des révolutions.
Après cette rapide esquisse, nous passerons à l'étude de la famille chilienne primitive dont les Araucans d'aujourd'hui nous olfrent le type à peu près pur. On trouve bien sur le territoire du Chili quelques autres sujets de la race américaine, et qui sont des Pîielches et des Hnilliclies ; mais ils sont en infime minorité, car leurs principales tribus sont dans les pampas de la Confédération Argentine et delà Patagonie {voy. ces mots). Quant aux Cunches qui habitent au sud de Yaldivia, aux Chonos de Chiloé et aux Péhuanches ou montagnards des deux versants des Andes, ce ne sont que des tribus séparées de la grande finnilie araucane. Il nous suffira donc de décrire celle-ci qui se donne elle-même le nom de Moluches, mais que les Espagnols appellent Âraucanes , et nous, à leur exemple, Araucans.
Voici le portrait succinct et caractéristique qu'en a ti'acé Alcidc d'Oibigny : « Couleur brun olivâtre peu foncé ; taille de l"',64i ; formes massives; tronc un peu long comparativement à l'ensemble; front peu élevé; face presque cn'culaire ; nez très-court, épaté ; yeux horizontaux; bouche médiocre; lèvres minces ; pommettes saillantes; traits efféminés; physionomie sérieuse et froide. Leur nombre s'élève à 30,000 environ. » Molina, qui les a bien connus, les décrivait, avant d'Orbigny, comme des hommes d'assez haute taille, aux formes peu agréables, ayant le visage aplati et les pommettes saillantes comme les Mongols, le ragard féroce et méfiant, le teint cuivré ou d'un brun rougeàtre, le nez court, la bouche grande, le menton épilé et une longue chevelure noire; du reste, robustes, adroits et excellents cavaliers. Ces deux portraits se complètent sans se contredire.
De tous les peuples d'Amérique, ils sont les seuls qui aient pu résister victo-
rieasemeut aux arnies espagnoles, et maintenir par la force leur indépendance jusqu'à ee jour, car la république du Chili ne les possède que nominalement. Ils sont indépendants eu fait cL même eu drjit, puisqu'ils ne sont liés que par un traité d'amitié qui souffre de part et d'autre d'assez fréquentes infidélités. Les premiers ils se sont occupés à dompter les chevaux espagnols, dont la race s'était prodigieusement multipliée à l'état sauvage moins de deux siècles aprè la conquête. Ils en firent de même du bœuf, et ces deux acquisitions ont produit dans leurs mœurs le même changement que la domestication de ces espèces produisit chez n,os ancêtres d'une époque préhistorique.
Les Araucans de notre époque, agriculteurs et pasteurs à la fois, qui conduisent la charrue à travers les champs de maïs, de blé et d'autres céréales, ou qui, montés sur de raipides coursiers, poussent devant eux daus la prairie des troupeaux de bœufs, de chevaux et de moutons, uc ressemblent guère à leurs aïeux dont l'existence misérable se traînait daus les bois et sur les rivières à la chasse du gibier ou à la pêche du poissou. Aujourd'hui les Araucans récoltent }ion-sculeuienl pour leur consommation, mais même pour un commerce d'échange et d'exportation.
Jaloux de leur indépendance, ils ont repoussé toutes les tentatives faites pour les convertir au christianisme; dans l'idée que les missiouuaires qui venaient leur prêcher la religion des conquérants de l'Amérique ne pouvaient être que des émissaires chargés de préparer les voies à l'ennemi. Ils s'en tiennent donc encore presque tous à leurs anciennes croyances en Meulen, dieu suprême, être infini, tout-puissant, créatevu' de toutes choses et éternel. Tels sont les attributs par lesquels ils le désignent tour à tour et qui méritent bien d'être rapportés puisqu'ils montrent à quelle haute et pure conception de la divinité ces fiers enfants de l'Amérique s'étaient élevés d'eux-mêmes. Que ne s'en sont-ils tenus là, et pourquoi faut-il qu'à cet auteur de tout bien ils aient opposé un esprit malin ou génie du mal ! Pour conjurer ses maléfices, il n'y a pas trop de la sainte cohorte des Ulmines, génies tutélaires ou si l'on veut anges gardiens dont un au moins s'attache aux pas de chaque homme depuis le seuil de la vie jusqu'au tombeau. Cette conception touchante nous fait regretter que non contents de ces protecteurs mystérieux, ils aient recours aux machis qui cumulent les fonctions ou plutôt les profits de sorciers et de médecins. Il est vrai que pour encourager, sinon la profession, du moins les progrès de l'art, ils les mettent à mort quand ils les soupçonnent de faire bon ménage avec le diable au lieu de conjurer ses coups. Daus les circonstances importantes de leur vie politique, les Araucans font des sacrifices d'animaux, à la manière des anciens Romains, en même temps que leurs sorciers tirent des augures de tels ou tels signes. Mais leur religion proprement dite ne revêt aucune forme extéricui'e, car ils n'ont ni temples, ni cérémonies, ni fétiches. Ils se contentent, dans les moments de danger, d'invoquer leur bon génie, ignorant sans doute ce judicieux proverbe que tant de chrétiens ont oublié : « Mieux vaut s'adresser au bon Dieu qu'à ses saints. »
Tâchons maintenant de tirer de leur législation la mesure de leur moralité ou tout au moins de leurs idées morales. L'homicide prémédité, la trahison, le vol, l'adultère, sont punis de mort, mais le coupable peut se racheter en transigeant avec la famille de sa victime ou avec celui qu'il a lésé.
La polygamie est permise, mais la première femme est s,eule considérée comme l'épouse en titre, les autres habitent séparément. La condition des femmes est fort dure, et elles sont chargées des soins les plus pénibles, non-seulement dans
le ménage, mais encore dans les champs. Leur rtat est celui d'une servante et non d'une compagne de l'homme.
Le gouvernement des Araucans est celui d'une aristocratie militaire et féodale, et le pays est divisé en quatre gouvernements ou tétrarchies confédérées, mais autonomes chacune en particulier.
Leur passion pour la guerre est jusqu'à un certain point justifiée pai' celle de l'indépendance nationale dont elle a été jusqu'à ce jour le bouclier. L'Araucan coniliat avec une extrême bravoure, mais sans ordre et presque sans tactique, comme le Tartare et l'Arabe auxquels on peut le comparer sous plus d'un rapport. Ses armes sont toujours de préférence la longue lance en bambou armée d'un fer aigu, le lasso et les bolas, bien qu'il n'ignore pas l'usage des armes à fe-z.
Si le goût et les habitudes de la guerre ont imprimé aux mœurs des Araucans un caractère de cruauté et de violence qui en font l'effroi de leurs voisins, ils possèdent en revanche plusieurs qualités estimables qui sont : la bonne foi dans les traités, le respect du serment, l'hospitalité et même l'urbanité à l'égard des étrangers qui visitent leur territoire avec l'autorisation des chefs. Du reste, leurs mœurs se sont bien adoucies depuis qu'on a renoncé à les conquérir de vive force et que le gouvernement chilien a pris le sage parti d'attendre des progrès du temps et de la population blanche l'assimilation graduelle et pacifique des Indiens. Ces résultats sont dus en grande partie à la classe nombreuse des métis nés des femmes que les Araucans enlevaient dans leurs razias périodiques sur le territoire espagnol, particulièrement dans les villes de Conception et de Yalvivia dont les couvents ont été plus d'une fois vidés par ces terribles chasseurs de femmes blanches. En outre, les Indiens fréquentent, en temps de paix, les marchés voisins de leur territoire,^ de même qu'ils laissent faire le commerce chez eux. On peut donc prévoir que le Chili retirera dans un avenir qui n'est peut- <^tre pas très-éloigné les fruits de sa sage politique.
Démographie. Le dernier recensement, qui a eu lieu en avril 1865, doime au Chili une population de 4,819,225 habitants.
D'après les données de la statistique, la population augmente annuellement de 26,850 habitants ou de 1 pour 58.
Les mêmes données font ressortir les proportions suivantes dans la durée de la vie :
De 15 à 80 ans 1,073,224 individus.
Si l'on retranche, de cette période, 20 années, on trouve que la population, de 15 à 60 ans, est de . . . . 925,360 —
Les enfants de moins de 7 ans sont au nombre de . . 355,889 —
Il y avait au Chili, d'après le dernier recensement, 15,117 vieillards de 80 à 100 ans, et 521 dépassant cet âge.
On compte 9,360 individus inaptes au travail pour cause d'incapacités physiques ou morales.
Il y a 1 habitant sur 5 qui sait lire, et 1 sur 6.9 qui sait lire et écrire; et, si l'oi^ prend la moyenne de la population au-dessus de 7 ans, on trouve 1 individu sur 4.7 habitants sachant lire, et 1 sachant lire et écrire sur 5.5 habitants.
La population virile, comparée avec les autres âges, donne pour les hommes 49 pour 100, soit 452,513 hommes qu'on pourrait mettre sous les armes. Réparti sur toute la surface du territoire chilien, qui, comme il a été dit, mesure 545,458 kilomètres, l'ensemble de la population correspond à 5.5 habitants par kilomètre carré; mais si l'o" divisait cette population par 75,912 kilomètres.
qui sont uniquement livrés à la culture, il y aurait 25.5 habitants par kilomètre carré.
La population étrangère, au Chili, ne s'élève qu'à 25,220 habitants, dont 5,C02 fennnes.
N!)soGKAPMiE. Lc Chili est, en somme, un pays salubre. La rareté de marais croupissants, l'élévation générale du sol et sa position géographique ont concouru à le préserver jusqu'ici des terribles endémies de l'Amérique tropicale. Du moins, la dysenterie est-elle la seule maladie qui puisse, à la rigueur, être considérée comme endémique dans la zone chaude du Chili. A Santiago, oti la chaleur est quelquefois insupportable en été, la dysenterie est fréquente et grave et elle s'accompagne assez souvent d'hépatite. Il eu est de même dans la grande vallée centrale où se trouve Santiago, la capitale, tandis que les mêmes affections sont plus rares à Valpaiaiso, dont le climat est plus tempéré, parce que le voisinage de la mer lui donne une uniformité que n'a pas celui de l'intérieur. Tel est le témoignage que j'ai recueilli moi-même, quand je visitai Valparaiso, de la bouche du docteur Cox, qui avait exercé avec distinction pendant plus de trente ans dans l'une et l'autre ville.
Le docteur Duplouy, pendant son séjour dans le port de Valparaiso, a eu occasion d'observer plusieurs cas d'abcès du foie qui se sont terminés par la mort après avoir été ouverts par les caustiques. Il a été assez souvent appelé en consultation par des Européens atteints d'hépatite assez grave pour les forcer à chercher leur salut dans le retour au pays natal. Le principal danger de ces hépatites, dit-il, est qu'elles se dévelo|i|iouf. sourdement, pour ainsi dire à l'insu du malade. Elles restent ainsi pendant longtemps à l'état latent et ne forcent les sujets à solliciter les secours de l'art que lorsqu'elles sont déjà très-avancées.
En général, les maladies de l'appareil digestif tiennent une place importante dans la jiathologie du Chili, qu'elles se développent isolément ou qu'elles viennent comj)liqucr d'autres affections.
L' entérakjie spusmodiqite s'observe fréquemment, et c'est d'ordinaire à la suite de l'usage abusif des melons d'eau ou de boissons glacées en été.
L'embarras gastrique, la diarrhée, la gastralgie sont fréquents. Le choléra épidémique n'a pas encore fait son aj)parition au Chili, mais le choléra sporadique, ou choléra nostras, fait quelques victimes dans les chaleurs de l'été.
Les maladies des voies respiratoires ont un rang d'importance à peu près • égal aux précédentes. L'orographie du Chili pouvait le faire pressentir, et ce que j'ai dit du climat, qui en est la résultante, nous donne bien l'explication de cette fréquence. La pleuro-pneumonie règne même à l'état épidémique dans les vallées des Andes en automne et en hiver. Elle est très-frécpiente aussi à Valparaiso, suivant le témoignage que m'en ont donné les médecins du pays, et que je trouve confirmé par celui du docteur Duplouy (in Archives de médecine navale, t. U). « La pleurésie et la pneumonie, dit-il, y sont fréquentes, surtout eu mars, avril, mai et juin, c'est-à-dire dans la période de transition entre le verano et l'invierno (été et hiver). La pneumonie y revêt le plus souvent la forme catarrhale, qui doit rendre réservé dans l'emploie de la saignée générale... Les coryzas, les bronchites, les laryngites y régnent en permanence. L'angine pseudomembraneuse y sévit quelquefois cruellement... »
S'il faut s'en rapporter aux médecins les plus anciennement établis à Santiago, l'angine pseudo-membraneuse et le croup n'apparurent au Chili, pour la première fois, qu'en 1816. On crut alors que ces affections nouvelles provenaient
de la République argentine (de l'autre cùtc des Andes). Elles donnèrent lien à Je cruelles épidémies, qui furent rendues plus meurtrières par leur association avec la scarlatine (Lafargue).
Ldi phthisie pulmonaire fait de nombreuses victimes au Chili, « presque autant qu'en Angleterre, » me disait vui médecin anglais, le docteur N. Cox. Elle attaque aussi bien les étrangers que les indigènes, et son évolution y est très-iapide. La fréquence et l'amplitude des variations diurnes de température, l'action des courants d'air froid qui descendent des montagnes en balayant les vallées et ces nuages de poussière si fine (dont nous avons l'ait comiaîtrc la nature au paragraphe de la géologie) qui pénètrent jusqu'aux extrémités les plus dt'liées des bronches pour y faire l'office irritant de corps étrangers introduits dans les tissus, doivent, en effet, sinon déterminer la formation des tubercules chez les individus sains, au moins provoquer leur évolution chez tous les sujets en possession de la diathèse.
Il n'est peut-être pas superflu de rapprocher de la fréquence de la phtliisic celle des maladies du système lymphatique, de la scrofule et de la sy[jhilis.
Appareil circulatoire. Les maladies organiques du cœur, les auéurysmes des gros vaisseaux sont, d'après le docteur Lafargue, plus répandus au ("liili qu'en Europe.
L'ossification, des valvules surtout, s'observe fréquemment, nou-seulemcut chez les vieillards et les adultes, mais même chez de jeunes sujets. Les hypertrophies du cœur ont, en général, une marche hâtive et violente qui emporte rapidement les patients. Les anévrysmes spontanés des artères sont assez communs eux-mêmes, et Lafargue a remarqué une sorte de diathèse anévrysmalc sur certains individus qui portaient de ces tumeurs dans diverses régions du corps. Il est intéressant de noter que la même fréquence des maladies du cœur a été constatée par Martin de Moussy de l'autre côté de la Cordillère, sous la même latitude, dans la Confédération argentine. Je regrette que ni l'un ni l'autre observateur n'aient fait de distinction entre les habitants de la plaine et ceux des hauteurs ; car de pareilles observations ont été faites depuis bien longtemps sur les moines du Saint-Bernard et les habitants des montagnes en divers pays. Le rhumatisme, qui n'est pas rare au Chili, peut, jusqu'à un certain point, expliquer la fréquence de ces affections.
Affections du système nerveux. D'après Lafargue, l'asthme et l'angine de poitrine sont fréquents au Chili. Mais à quelle altitude encore?... Est-ce sur le littoral, dans la plaine, dans les hautes vallées, sur les plateaux?... C'est ce qu'il ne nous dit pas. L'angine de poitrine se montrerait surtout vers la fin de l'été, l'pôque remarquable par les brusques oscillations du baromètre, et s'accompagnerait assez souvent d'une tympanite suffocante (flato) qui achève le patient.
Les névralgies rhumatismales, particulièrement la névralgie de la face, le lumbago, les douleurs erratiques se généraliseraient, parait-il, à certaines saisons à Yalparaiso et sur la côte.
Fièvres. Les fièvres intermittentes sont très-rares, et même, dans l'intérieur, elles sont presque inconnues. Les fièvres éruptives (variole, rougeole, scarlatine) se présentent comme en Europe. La scarlatine n'aurait apparu (épidétniquemcnt) au Chili qu'en 1827, oi^i elle fit de grands ravages.
La ftèvre typhoïde, connue dans le pays sous les noms vulgaires de Chavalongo et Chavalongito, se présente surtout eri été et sur le littoral, comme à Yalparaiso, beaucoup plus qu'à l'intérieur. 11 jtaïaît aue les pétéchies, les sudamina, les