CIGALE
CIGALE (xtzzoç, coq; clccus, coq, d'où on a fait cicacla, petit animal ailé, chanteur). Genre d'insectes hcraiptèrcs, homoptères, compris dans la famille des Gicadidés, ou stridulants. La tète des insectes du geiu'e Cigale est grosse, courte, large, transversale. Les yeux sont pédoncules, très-saillants au-dessus du bord antérieur du protliorax; ocelles au nombre de trois, rangés en triangle sur le vertex; anteimes courtes, insérées entre les yeux, sous un rebord de la tête, et composées de sept articles; bec assez long, naissant de la partie inférieure de la tète; élytres et ailes hyalines, parfois tachetées de brun ou de noir; cavités sonores des maies, modérément, ouvertes en dessus ; femelles pourvues d'un oviscapte ou tarière, cachée entre deux plaques s'ouvrant pour lui donner passage.
Les Gigales sont connues depuis l'antiquité à cause de l'espèce de chant qu'elles font entendre, chant trouvé par les anciens poètes tantôt délicieux ou tantôt détestable. Actuellement, on le regarde à juste titre comme étourdissant et monotone.
Les Grecs paraissent avoir fait grand cas du chant de la Cigale : ils la considéraient comme l'emblème de la musique ; on voit même cet insecte ligurer comme symbole musical dans les hiéroglyphes de l'Egypte. Les Athéniens, qui se vantaient de l'anticiuilé de leur race (se disant nés de la terre du pays comme les Cigales), portaient une Cigale en or dans leurs cheveux. LesLocriens avaient la figure d'une Cigale sur leur monnaie.
Les poètes ont célébré cet animal. Homère compare les sages vieillards de Troie aux Cigales, à cause de la suavité de leur éloquence. On citait un monument élevé en Laconie à la beauté du chant des Cigales. L'ode d'Aiiacréon est célèbre : « Heureuse Cigale qui, sur les plus hautes branches des arbres, abreuvée d'un peu de rosée, chantes comme une reine ! Ton royaume c'est tout ce que tu vois dans les champs, tout ce qui naît dans les forêts. Tu es aimée du laboureur ; personne ne te l'ait de mal et les mortels te respectent comme le doux prophète de l'été. Tu es chérie des Muses, chérie de Phébus même qui t'a donné ton chant clair, harmonieux. La vieillesse ne t'accable point. 0 sage petit animal, sorti du sein de la terre, amoureux des chants, libre de souffrances, qui n'as ni sang, ni chair, que te manque-t-il pour être dieu? » Les Grecs enfermaient ces insectes dans de petites cages pour se donner le plaisir de les entendre. Enfin, ils regardaient leur corps comme un mets délicat, en choisissant surtout les femelles remplies d'œufs, et leurs nymphes qu'on cherchait dans la terre au pied des arbres.
Les Romains avaient le chant des Cigales en médiocre estime, ils n'y trouvoient qu'un son rauqueet désagréable. Virgile, dans ses Bucoliques, les appelle « les criardes Cigales rompant les oreilles. » Du reste, les Romains croyaient que les Cigales aimaient à se réjouir, en même temps que les hommes, et que plus elles les voyaient riant, buvant, cha'ntant, plus elles redoublaient de vivacité. Pour nous, le bruit des Cigales est strident, parfois assourdissant et n'a rien de mélodieux.
Les premiers observateurs avaient reconnu que le mâle seul des Cigales européennes chante, pendant que la femelle reste silencieuse; mais il y a beaucoup de Cigales exotiques qui sont probablement bruyantes comme les mâles, car elles présentent des organes de stridulation développés et non pas rudimentaires comme ceux des Cigales de nos climats. L'appareil chanteur est placé à la base de l'abdomen du mâle; il est formé par deux cavités, recouvertes de membrane»