‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.17Chapitre 24 sur 68 · CIGOGNE · texte numérisé non relu

CIGOGNE

savant mourut le 16 juillet 1790, dans la ville même qui avait vu naître et grandir sa répulation.

Cigna s'occupa beaucoup de physique appliquée à la physiologie, et surtout de l'électricité, dont il entrevit les analogies avec le magnétisme. 11 avait fait également un rapprochement ingénieux entre les causes de l'exlinctiou de la flamme et celles de la mort des animaux privés d'air ; il avait reconnu que la couleur noire du sang est due à l'absence de l'air, et que ce lluide peut seul lui rendre la couleur vermeille. Knfin il se rangea parmi les défenseurs de Ilaller, lors de la grande discussion sur l'irritabilité, et par des expériences confirmatives sur cette propriété, dans certaines parties, il démontra que l'irritabilité influe sur les sécrétions et sur la plupart des fonctions de l'cconomie, cliaque partie du corps possède une sensibilité particulière pour certains stimulants, etc.

On a de Cigna :

I. Spécimen pro coaptatione in amplissimum collegium medicuin (différentes ttièses sur l'éleetricilé, sur l'utérus, sur l'irrilabilité, etc.). Turini. 1757, in-4». — II. rteftUatio objectioiium cjuœ adversus thèses de irrilahilitate, etc. Ibid., 1758, in-4°. — III Divers mém. sur l'analogie du magnélisme avec l'électricité, sur la couleur du sang, sur les causes de l'extinction de la flamme et de la vie des animaux par l'absence de l'air, etc. lu Miscellan. phdosoptdco-mathcmatica societatis privatœ taurinensis. Ibid., 1750, in-4°, 4 vol. —IV. De electricitate et de respiratione. Ibid., 1773. in-4°. — V. Thèses anatomiccB sigillalim editœ in usum dispuïationum Académie, etc. Ibid., etc. E. Bgd.

CIGOGIVE. Cet oiseau, que l'on nomme en latin Ciconia aîba, appartient à la famille des échassiers cultrirostres de Cuvier, aussi appelés hérodiens, et il y est le type d'une section à part dite des ciconiens, dont les deux principaux genres sont celui des cigognes proprement dites (Ciconia) auquel appartient l'espèce dont nous parlons, et celui des marabouts [Lepioptilos) .

La Cigogne est de couleur blanche, sauf aux ailes qui ont les rémiges noires et au bec ainsi qu'aux pieds qui sont rouges. Sa hauteur égale environ un mètre. Ses habitudes sont voyageuses, et si elle passe l'été en l'Europe, c'est en Afrique qu'elle se rend en hiver. Elle niche chez nous, quelquefois sur les édifices ou môme sur les maisons habitées, car elle ne redoute pas l'homme qui de son côté la protège, et sa familiarité peut devenir complète partout où elle se trouve en sécurité.

La Cigogne aime les rivières et les lieux inondés ou situés à peu de distance des eaux. Elle y cherche les petits mammifères, les reptiles, les batraciens, les poissons et les autres animaux aquatiques dont elle fait sa nourriture habituelle. Celte espèce est particulièrement commune en Alsace et en Hollande, et dans cerfàiiis endroits on la retient en établissant dans les prairies où elle aime à s'établir des espèces de petites plates-formes supportées par de longues perches, ce qui lui sert à placer son nid. Chez les Égyptiens la destruction des Cigognes était punie de mort.

La cliair de cigogne est dure et peu digestible.

Les Maiabouts, aussi appelés cigognes à sacs, ont le hec plus gros que les vraies cigognes et leur tète est dénudée; ils possèdent des sacs aériens faisant saillie dans la région du cou. Ce sont des oiseaux de l'Afrique centrale et de l'Inde. Les couvcitures inférieures de leur queue ont les barbes décomposées et comme frisées ; elles sont d'un beau blanc et on les emploie dans la toilette. Les Marabouts dépassent les cigognes en dimensions. Ce sont de singuliers oiseaux que tout le monde a remarqués dans les ménageries à cause de leur laideur et de la grotesque placidité de leurs poses. P- Gerv. ,

238 CIGUË (botanique).

CIGVË. Coniiim, h. Genre de plantes Dicotylédones appartenant à la famille des Ombellifères.

g I. Botanique. Le nom français de Ciguë a été appliqué à diverses plantes de la famille des Ombellifères, appartenant à des genres différents. La Petite Cigiie a été déjà décrite à l'article ^Êthuse, elle appartient, en effet, à ce genre: ccsiï JElhiim Cynapium, L. (voy. ^Ethuse). La Ciguë vireuse on Ckutaire aquatique forme le type du genre Cicuta, L., dont les caractères ont été donnés, précédemment (voy. Cicutaire). On a aussi désigné, sous le nom de Cigûe aquatique, la Phellandrie qui sera décrite plus loin (voy. Piiellandrie). Enlin la' vraie Cigiie, la Cigùe officinale est le Conium maculatum, L., qui doit faire le sujet de cet article.

Le genre Conium a été établi sous ce nom par Linné, du mot -/m-jzioii, sous lequel la Cigiie oiïicinale est désignée dans les auteurs grecs. Tournefort lui avait donné la dénomination de Cicuta, appelant Cicutaria la Cigiie vireuse; les botanistes actuels ont accepté la dénomination Linnéenne. Les plantes de ce genre ont des fleurs en ombelles composées, munies d'un involucre et d'involucelles à 3 et 5 folioles. Le calice a un limbe à peine marqué. Les 5 pétales sont obcordés, et portent un lobule court fléchi en dedans; les étamines sont au nombre de 5, alternes avec les pétales. Le l'ruit est ovoïde, comprimé par le côté, formé de 2 méricarpes abords continus, marqués de 5 côtes égales, saillantes, ondulées, crénelées. Entre ces côtes, se trouvent des vallécules striées, qui ne contiennent pas de canaux oléo-résineux. La graine contenue dans chacune des carpelles est creusée d'un sillon profond et étroit du côté de la commissure.

On ne connaît que deux ou trois espèces de Conium, dont une ou deux dans l'Afrique australe, et une dans nos régions. Cette dernière est la Grande Cigiie, la Cigûe officinale, nommée encore la Cigiie maculée {Conium maculatum, L.). Cette espèce est répandue dans presque toute l'Europe tempérée et chaude, mais particulièrement dans les parties méridionales, Espagne, Italie, midi de la France, Grèce. On la trouve dans les décombres et aux bords des routes. C'est une plante de 1 à 2 mètres de haut, d'une odeur fétide, d'un vert sombre. Elle est glabre, et porte sur sa tige dressée et luisante des taches d'un pourpre un peu noirâtre. Les feuilles sont molles, luisantes ; les inférieures pétiolées, grandes, triangulaires dans leur contour, décomposées en segments ovales, oblongs, aigus, incisés, dentés. Les ombelles sont terminales, opposées aux feuilles ou dans l'aisselle de ces feuilles; elles portent 12 à 20 rayons presque lisses. L'involucre est formé de 3 à 5 folioles petites, ovales, réfléchies ; les involucelles de 2 à 5 folioles aiguës, toutes déjetées du côté externe. Les fleui's sont blanches, toutes fertiles.

La grande Cigiie se reconnaît facilement à ses grandes feuilles d'une odeur spéciale, qu'on a comparée à celle de la souris ; à sa tige glabre, le plus souvent maculée de taches rougeâtres ; mais surtout à ses fruits, qui sont très-nettement caractérisés par leurs côtes crénelées. Lorsqu'on étudie la structure de ces fruits, on voit que le péricarpe ne contient au-dessous des vallécules aucun de ces canaux résinifères, qu'on appelle bandelettes ou vittœ dans les Ombellifères. A la place, se trouve une zone de cellules particulières, cubiques, dont les parois internes et externes sont épaissies, tandis que les parois latérales sont relativement minces. Ces cellules sont fortement colorées en brun; elles paraissent contenir spécialement le principe actif qu'on a désigné sous le nom de Conicine ou de CiciUine.

CIGUÉ (pharmacologie). 259

SprENGEL. Ilisloria Bei herbariœ, I, ^iO et 63. — Todrnefort. Institutiones Bei hcrbariœ, .p ICO. — LiNNÉE. Gênera plantarum, 336. — Species plantarum, 349. — Lamarck. Diclioii. EncncJopédic, II, p. 3. — De Candolle. Flore française, IV, p. 424. — Endlicheii. Gênera plantarum, n» 4532. — Denth\m et Hooker. Gênera plantarum, p. 883. — Guibourt. Drogues simples, 0° édit., p. 219. — G. Plancuox. Traité pratique de la détermination des drogues simjAes, l, p. 07 et 329. Pl.

8 II. Pharmacologie. La ciguë est du nombre des ombellifères dites iiiarcotiqucs. Elle s'éloigne tout à lait, par ses propriétés médicales, de la presque totalité des plantes de cette grande famille, dont toutes les parties sont chargées d'huile volatile et de principes résineux et gommo-résineux.

La ciguë est une plante douée de propriétés très-activcs et qui occupe un irang important dans la thérapeutique. Toutes les parties de la ciguë renferment une substance alcaline particulière, puissante, liquide et volatile, qui est <jonnue sous le nom de Coniclne, de Conine ou de Cicutine {voy. CoisiciNE).

Les feuilles de la ciguë constituent la base des préparations pharmaceutiques. On les récolte lorsque la tige est arrivée à son entier développement et que les fleurs commencent à s'épanouir. Plus tard, les sucs de la plante convergent en 4jbondance vers les organes de la reproduction, au détriment des propriétés médicinales et des feuilles de la tige. Les feuilles, bien mondées, doivent être <lesséchées aussi rapidement que possible. Si la couleur verte et l'odeur de la plante sont bien conservées, c'est l'indice certain d'une bonne dessiccation. 1000 grammes de plante fraîche donnent environ 200 grammes de ciguë sèche.

Les fruits de la ciguë forment aussi la base de plusieurs préparations pharmaceutiques. Ils renferment plus de conicine ou de principe actif que les feuilles ; aussi sont-ils préféiés à ces dernières par quelques praticiens. De là deux sortes de préparations à base de ciguë, celles avec les feuilles et celles avec les fruits.

Nous allons faire connaître successivement les préparations dont les feuilles «t les fruits de la ciguë sont la base.

1» Préparations de ciguë dont les feuilles sont la base.

Poudre de feuilles de ciguë ou Poudre de ciguë. On expose les feuilles pendant quelques heures à l'étuve ; on les réduit en poudre par contusion dans xm mortier de fer, et on passe à travers un tamis de soie. On cesse lorsque la poudre obtenue est égale aux trois quarts du poids de la matière employée.

La poudre de ciguë, bien préparée, doit être d'un beau vert et posséder une odeur caractéristique très-prononcée. Elle doit être tenue en flacons soigneusement bouchés et à l'abri de la lumière. Cette poudre, comme les autres préparations de ciguë, ne conservant pas longtemps ses propriétés, doit être renouvelée fréquemment.

La dose de poudre de ciguë varie de 08',05 à 1 gramme et même plus.

Suc de ciguë. On pile les feuilles fraîches dans un mortier de marbre et on •exprime. Le suc qu'on obtient est. dépuré seulement par liltration. Dose de 2 à 24 gouttes. Il est rarement employé à l'état de suc, mais il sert à d'autres •opérations.

Ce suc peut être conservé à l'aide de l'éther d'après le procédé indiqué par M. Bouchardat.

Pulpe de ciguë. On réduit les feuilles fraîches de ciguë en pâte fine par contusion dans un mortier de marbre ou de bois, et l'on passe à travers un tamis de crin.

Cette pulpe est employée surtout cojnnie cataplasme.

240 GIGUE (pharmacologie).

Extrait de ciguë, Extrait avec le suc dépvré. Cet extrait est celui que les pliarniaciens délivrent lorsqu'une prescripliou spéciale n'en indique pas un autre. Pour le préparer, on prend les feuilles de ciguë à l'époque de la floraison, on les pile dans un mortier de marbre, on en exprime le suc à la presse. On soinnct ce suc à l'action de la chaleur jusqu'à ce que Talbumine coagulée forme avec la chlorophylle une écume complètement séparée. On passe; on évapore au bain-marie le suc ainsi clarifié, en l'agitant continuellement jusqu'à réduction, au tiers du volume. On laisse refroidir le liquide et on le met à déposer douze heures. On sépare le dépôt et on termine l'opération au bainmarie pour obtenir un extrait mou. 1000 grammes de feuilles fraîches de ciguë fournissent environ 50 grammes d'extrait {Codex).

Cet extrait constitue une bonne préparation. La dose est de 5 à 20 centigrammes.

Extrait de ciguë avec le suc non dépuré. Le suc trouble, obtenu avec la plante fraîche, est passé à travers un linge, pour retenir les débris de la plante qui ont été entraînés, puis partagé en couches minces sur des assiettes, et séché dans une étuve bien ventilée à une température qui ne doit pas dépasser 55 à 40". Quand le suc est tout à fait desséché, on le tire de l'étuve, et lorsqu'il a attiré assez d'humidilé atmosphérique pour s'être ramolli en consistance d'extrait, on l'enlève avec un couteau à lame tronquée, et on le conserve dans des pots ou dans des flacons que Ton bouche avec soin. Cet extrait présente l'avantage d'avoir été concentré à une douce chaleur qui ne jeut pas avoir sensiblement altéré les parties médicamenteuses du suc ; mais il contient toute l'albumine qui est inerte et toute la chlorophylle qui n'a pas de propriété. Cet extrait ne se conserve pas longtemps et doit être renouvelé tous les ans. Son usage est aujourd'hui presque complètement tombé en désuétude.

Cet extrait est celui qui a été employé par Storck dans ses expériences.

Extrait alcoolique de ciguë. On pulvérise les feuilles sèches de ciguë, et on introduit la poudre dans un appareil à déplacement. On verse sur cette poudre modérément tassée, la quantité d'alcool à 60° nécessaire pour qu'elle en soit pénétrée dans toutes ses parties ; on ferme alors l'appareil et on laisse les deux substances en contact pendant douze heures. Au bout de ce temps, on rend l'écoulement libre, et on fait passer successivement sur la ciguë six fois son poids d'alcool au même degré. On distille la liqueur alcoolique pour en retirer toute la partie spiritueuse et on concentre au bain-marie jusqu'à consistance d'extrait (Cofie.r). Cet extrait ne contient pas d'albumine, mais il renferme de la chlorophylle et le principe actif de la plante. C'est une bonne préparation de ciguë. La dose à l'intérieur est de 5 centigrammes qu'on peut élever successivement jusqu'à 15, 20 et 50 centigrammes. "^ 1000 grammes de plante fournissent jusqu'à 240 grammes d'exti'ait.

Alcoolature de ciguë. Feuilles récentes de ciguë cueillies au moment de la floraison 100 grammes, alcool à 90" C, 100 grammes. On confuse les feuilles; on les introduit dans un flacon avec l'alcool, et après dix ours de contact, on passe avec expression et on filtre [Codex). Cette préparation diffère essentiellement de la teinture de ciguë et ne doit pas lui être substituée ; elle n'est délivrée par les pharmaciens que sur une prescription spéciale.

La dose est de 4 à 12 goutles. '

Teinture alcoolique ou Alcoolé de ciguë. Pour obtenir cette préparation, on introduit 100 grammes de, feuilles de ciguë en poudre demi-fine dans ui>

CIGUË (pharmacologie). 241

appareil à déplacement dont la douille est garnie de coton ; on la fasse convenablement et on verse à sa surface, peu à peu et avec précaution, assez d'alcool à (iO" C. pour l'imbiber convenablement. On ajoute alors doucement de nouvel alcool pour déplacer celui qui mouille la poudre. On continue ainsi jusqu'à ce qu'on ait obtenu 5 parties eu poids de liquide pour une de substance employée

(Codex).

L'alcool faible dissout très-bien les parties médicamenteuses de la ciguë.

Quelques pbarmacologistes préfèrent préparer la teinture de ciguë en faisant macérer la poudre grossière de ciguë dans cinq parties d'alcool à 60°, pendant dix jours, passer avec expression et filtrer.

Dose de 1 0 à 50 gouttes dans les vingt-quatre heures.

Teinture éthérée ou Ethérolé de ciguë. On prend : poudre de feuilles de ciguë 100 grammes, élher alcoolisé à 0,70 de densité, 100 grammes (mélange de 71 2 parties d'éther pur avec 268 parties d'alcool à 90" C). On introduit la poudre dans un appareil à déplacement, comme on le fait pour la teinture alcoolique, et après l'avoir mouillée avec le liquide on laisse en contact dans l'appareil entièrement clos pendant douze heures ; au bout do ce temps, on établit une faible communication entre l'air extérieur et les deux parties de l'appareil, puis on fait passer sur la poudre la quantité d'éther prescrite. Quand celui-ci a cessé de couler, on déplace au moyen de l'eau la teinture éthérée retenue par la poudre [Codex).

Pilules de ciguë. Les pilules de ciguë sont magistrales. Elles sont préparées au moment du besoin sur une formule expresse. Elles ont pour base ou l'extrait de ciguë ou la poudre de ciguë, le plus souvent un mélange de ces deux substances. On associe d'ailleurs la ciguë à une foule d'autres médicaments suivant l'indication.

Huile de ciguë. Feuilles fraîches de ciguë 1000 ; huile d'olive 2000. Ou pile les feuilles de ciguë ; ou les mélange avec l'huile et on fait bouillir sur un feu doux, jusqu'à ce que l'eau de végétation de la plante soit presque entièrement dissipée. On retire du feu; on passe avec expression et ou filtre [Coder).

Glycéré de ciguë. Extrait de ciguë 10; glycéré d'amidon 100. On rr.mollit l'extrait avec une petite quantité d'eau, et on le mêle avec soin au glycéré d'amidon {Coder).

Pommade de ciguë. Feuilles de ciguë fraîche contusées 1 partie, axonge 4 parties. On chauffe jusqu'à ce que l'eau contenue dans les feuilles soit presque entièrement dissipé.; on passe avec expression et l'on filtre.

Employée dans le paiisement des scrofules.

Pommade de ciguë (Laboulbène). Extrait de ciguë 10 grammes, cérat 40 grammes. On mêle.

Employée contre les engorgements mono-articulaires, chez les scrofuleux.

Pommade calmante (Pott). Poudre de ciguë 20 grammes, axonge balsamique 50 grammes. On mêle.

En frictions à la dose de 10 à 20 grammes dans les maladies scrofuleuses avec inflammation.

Emplâtre de ciguë. Résine de pin (galipot) 940 ; poix blanche purifiée 4i0; cire jaune 640; huile de ciguë 130; feuilles vertes de ciguë 2000; gomme ammoniaque purifiée 500. Ou fait liquéfier dans une bassine de cuivre, sur un feu doux, le galipot, la poix blanche, la cire et l'huile de ciguë; on ajoute les feuilles de ciguë contusées, et on continue à chauffer jusqu'à ce que l'eau de

DICT. ENC. XVII. 16

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végétation de la plante soit dissipée. On soumet la matière chaude à l'actioit d'une forte presse. On fait fondre de nouveau la masse emplastiqne, et on la laisse refroidir lentement pour donner le temps aux matières étrangères de se déposer et de permettre de les séparer aisément. Cette séparation étant faite, on mélange la gomme ammoniaque purifiée à la masse emplastique, en les faisant fondre ensemble, et on coule dans des pots ou on met en magdaléons.

Beaucoup de procédés ont été proposés pour préparer cet emplâtre. On suit aujourd'hui celui qui a été indiqué par le codex de 1866, et dont nous venons de donner la formule.

Emplâtre d'extrait de ciguë. Extrait alcoolique de ciguë 9 ; résine élémi purifiée 2 ; cire blanche 1 . On fait fondre la résine et la cire à une douce chaleur et on ajoute l'extrait de ciguë {Codex}.

Cet emplâtre constitue une très-bonne préparation qui est préférée à la précédente par quelques médecins. 11 renferme les trois quarts de son poids d'extrait de ciguë.

Injection de ciguë. Feuilles sèches de ciguë 50 grammes, eau bouillante 1000 grammes. On verse l'eau bouillante sur les feuilles ; on laisse infuser pendant une heure et on passe {Codex).

Cataplasme de ciguë. On le prépare avec la poudre grossière de ciguë que l'on délaye dans l'eau chaude, ou bien on prépare un cataplasme de farine de lin que l'on recouvre de poudre de ciguë humectée. Enfin quelquefois la poudre de ciguë est mélangée à une farine inerte, et l'on fait cuire le tout en consistance épaisse.

Dans la saison convenable, on a fréquemment recours à la pulpe de ciguë {raichc.

Employé contre la phthisie et les tumeurs diverses.

2» Préparations de ciguë dont les fruits sont la base. La difficulté de doser convenablement la conicine et surtout la facilité avec laqudle cette substance s'altère, constituent un grave obstacle à son emploi médical. Comme les fruits sont, ainsi que nous l'avons dit, plus riches en conicine que les autres parties de la plante, et que cet alcaloïde s'y conserve intact pendant longtemps, quelques praticiens accordent aux médicaments préparés avec ces fruits la préférence sur toutes les anciennes préparations de ciguë. Ces fruits doivent êti'e récoltés avant leur maturité complète, car, à cette époque, ils renferment une plus grande quantité de principe actif. En effet, lorsqu'ils sont mûrs, ils sont durs, gris, renferment beaucoup d'huile grasse, tandis qu'avant la maturité ils sont verts^ charnus, et ne contiennent que peu d'huile.

Suivant M. Barrai, la proportion de conicine s'élèverait à 4 p. 100 dans les^ fruits secs.

foudre de fruits de ciguë. Les fruits de ciguë doivent être choisis aussi récents que possible et être réduits en poudre au moment du besoin.

Extrait de fruits de ciguë. Il existe un seul extrait de fruits de ciguë, que l'on prépare avec l'alcool de la manière suivante : on réduit les fruits en poudre grossière ; on les fait digérer à une douce chaleur pendant quelques heures, dans trois fois leur poids d'alcool à 60° C. et on passe avec expression. On fait digérer le marc dans trois fois encore du même alcool ; on passe et on filtre les liqueurs réunies. On retire par distillation foule la partie spirilueuse et on concentre le résidu au bain-marie. On fait dissoudre le produit dans quatre fois son poids d'eau distillée froide; on filtre et on évapore encore au bain-marie jusqu'à.

CIGUË (thérapeutique). 245

consistance lerrae (Co(/ex). 1000 grammes de fruits de ciguë fournissent 100 grammes environ d'extrait.

Teinture de fruits de ciguë. Fruits de ciguë pulvérisés 1 ; alcool à 80" C. 5; on prépare une teinture par macération. Après dix jours de contact, on passe et on filtre.

Pilules de fruits de ciguë. Poudre récente de fruits de ciguë 5 grammes, sirop de gomme Q. S. pour préparer une masse que l'on divise en 100 pilules. Chacune d'elle contient environ 2 milligrammes de conicine.

Sirop de fruits de ciguë. Fruits de ciguë pulvérisés 10; sirop de sucre 1000; on épuise les fruits par 5 parties d'alcool à 80° et l'on ajoute la teinture au sirop, que l'on aromatise d'ailleurs à volonté.

Une cuillerée de sirop correspond à O^^IO de fruits de ciguë.

Baume cicuté. On introduit dans un flacon 10 grammes d'extrait de fruits de ciguë avec la quantité d'eau nécessaire pour faire une solution. On ajoute ensuite une petite quantité de potasse caustique et de l'éthcr; on agite et on décante l'éther. On traite de nouveau et à plusieurs reprises le liquide avec de l'éther, de manière à obtenir 100 grammes de liquide éthéré. Cette manipulation a pour but de séparer la conicine.

Pour préparer le baume cicuté, on prend : éther cicuté 100 grammes, axonge 200 grammes. On fait évaporer en grande partie l'éther cicuté à l'air libre, et quand la conicine commence à se montrer sous la forme de gouttelettes jaunes, on l'incorpore dans l'axonge en agitant afin d'achever l'évaporation de l'éther.

Cette préparation qui est très-active et dont l'emploi est fort commode, est employée en frictions sur les glandes ou ulcères cancéreux. T. Gobley.

§ m. Thérapeutique. La petite ciguë u'cst pas employée en médecine où elle pourrait rendre néanmoins, notamment pour l'extérieur, des services analogues à ceux de la grande ciguë. La ciguë vireuse possède une énergie qui généralement l'a fait redouter comme médicament. Ainsi Murray dit n'avoir jamais osé l'administrer à l'intérieur. Linné, au contraire, précisément à cause de ses propriétés plus actives, l'a substituée à la grande ciguë dans la pharmacopée danoise. Les habitants de la Sibérie et du Kamtschatka emploient la racine fraîche de la ciguë vireuse, réduite en pulpe, comme moyen externe, contre les dartres et les douleurs. Cazin dit l'avoir appliquée comme calmante et résolutive au lieu de la grande ciguë, et en avoir retiré les mêmes avantages. Quoi qu'il en soit de la valeur médicale, très-incomplétement appréciée, de ces deux succédanés, c'est la grande ciguë qui, bien mieux étudiée, est presque exclusivement recherchée pour les usages thérapeutiques ; c'est en un mot la ciguë officinale, et c'est en conséquence d'elle seule qufl va être question dans la partie thérapeutique de cet article. Nous reparlerons des deux autres dans la Toxicologie.

Historique. De tous temps les plantes signalées par leur énergie délétère ont inspiré l'idée de s'en servir comme médicament. Aussi la ciguë a-t-elle été utilisée dès les premiers temps de la médecine ; mais les anciens ne l'employaient guère que pour l'usage externe, effrayés sans doute de ses propriétés toxiques, surtout en présence de l'application odieuse qu'en faisaient les Athéniens au sup" plice des condamnés à mort. Ilippocratc, Galien, Dioscoride, Pline, en parlent comme d'un topique calmant, résolutif, réfrigérant. Pline, Arétéc, l'indiquent pour éteindre les désirs vénériens ; saint Jérôme, dans l'une de ses épîtres, rap-

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pelle que les prêtres égyptiens se réduisaient à l'impuissance en buvant tous les jours un peu de ciguë. Avicennc en composait un emplâtre pour résoudre les tumeurs des testicules, des mamelles, et prévenir dans celles-ci les engorgements laiteux. Plus tard, Ettmuller, Paré, Lemery et autres, appliquaient la grande ciguë au traitement des tumeurs squirrheuses, des engorgements laiteu? et ganglionnaires, des obstructions viscérales. Rcneaulme en faisait usage à l'intérieur contre les squirrbes du foie, de la rate et du pancréas. Toutefois cette plante était oubliée, ou fort peu employée, lorsque Stoerk, en 1760, la préconisa avec un excès d'enthousiasme en se fondant sur des succès prodigieux obtenus dans le traitement d'une foule de maladies chroniques et particulièrement dans celui du cancer. Quarin, Locher, Palucci, Leber, GoUin, vinrent appuyer les affirmations de l'archiatre allemand, tandis que d'autres, et particulièrement de Haen, les nièrent ou les contestèrent. Mise en expérience de tous côtés, en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en France, la ciguë fut jugée différemment par les uns et par les autres ; tantôt on contestait le diagnostic porté par les expérimentateurs, tantôt on imputait à la qualité variable des préparations de ciguë la différence des résultats obtenus. Antoine Petit demanda à Stoerk de l'extrait de ciguë préparé sous ses yeux; mais cet extrait lui-même, réputé pour guérir les cancers à Vienne, échoua complètement en France (Audry, thèse de Paris, 1763). 11 serait trop long et d'ailleurs d'un médiocre intérêt de reproduire ici les discussions auxquelles ce médicament donna lieu ; les questions qui s'y rapportent ne pouvaient être élucidées que dans une époque comme la nôtre, où le diagnostic étant devenu plus rigoureux, plus précis, on connaît mieux l'eanemi que l'on a à combattre, et où l'on a pour le combattre des préparafions pharmaceutiques dont l'activité réelle peut être parfaitement appréciée. 11 est donc plus profitable, tout en tenant compte des observations antérieures, de puiser dans les travaux modei'nes les éléments de l'étude pharmaco-dynamique de la ciguë et de la cicutine, son principe actif, celui-ci d'ailleui's n'étant bien connu que depuis assez peu de temps.

Action physiologique. Pour bien l'apprécier, il importe avant tout d'opéror avec des préparations pharmaceutiques qui ne laissent rien à désirer. 11 est évident qu'il n'y a rien de comparable entre des essais faits avec des préparations défectueuses et les expériences instituées avec celles où l'on a su conserver k^s pi-incipes actifs de la ciguë; les premières en effet sont infidèles ou même inertes, et l'on ne peut rien conclure de leur emploi ; quant aux secondes, leur énergie est incontestable. lîeste la question de savoir si cette énergie est réellement profitable à la thérapeutique, et dans quelles conditions, dans quelles limites elle peut l'être.

Les médicaments qui contiennent toute la substance de la ciguë, empruntent probablement leur activité à plusieurs principes ; l'acide conéique, la conliydrine de Wertheim, la résine, l'huile volatile surtout, ne doivent pas être sans quelque action. Toutefois la cicutine, dominant par son énergie tous les autres principes, semble, d'après les dernières expériences, condenser en elle les propriétés essentielles de la ciguë. C'est donc l'action physiologique de cet alcaloïde que nous avons particnhèrement à examiner. Elle a été étudiée d'abord par Boutron-Charlard et 0. Henry, par Clu'istison, Geiger, Orfila, ensuite par Pohlmann, Léonides (de Prague), Kôlliker, Gutlmann, Wertheim, Schroff, et en dernier lieu par Martin Damourette et Pelvet. Nous devons à ces deux derniers auteurs un travail étendu, aussi intéressant que remarquable par des expéri-

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menlatious habiles et les déductions ingénieuses qui en sont tirées; nous y puiserons souvent pour la rédaL-tion de cet article, purliculièremenl pour ce qui a trait aux propriétés physiologiques de la ciculine.

Action locale. L'action locale des préparations de ciguë est d'abord nulle, et se traduit par un effet calmant après un contact prolongé. Mais le principe actif isolé, c'est-à-dire la cicutine, produit à son point d'insertion sous la peau, une irritation vive, avec hypérémie et douleur ; néanmoins ses effets ancslhésiques se manifestent aussi ultérieurement. Dans l'action désorganisatrice que la cicutine exerce sur les tissus, sont principalement atteints : les muscles, les nerfs, les épithéliums (peau et muqueuses); le tissu conjonctif est ordinairement épargné ; les cellules épithéliales se dissolvent en un magma visqueux.

Organes digestifs. En commençant l'administration interne des préparations de ciguë à doses minimes et en les élevant graduellement tout en restant dans les doses médicales, la sensation de contact avec l'estomac est nulle ; Martin Damourette et Pelvet disent que souvent l'appétit est excité, le travail digestif activé ; Cazin dit au contraire que la ciguë, comme tous les stupéfiants, affaiblit les fonctions digestives et diminue l'appétit. Suivant Giacomini, l'appétit est d'abord augmenté, mais la force digestive s'affaiblit, puis à mesure qu'on élève graduellement les doses, la ciguë occasionne de la soii et de la sécheresse dans l'arrière-bouche.

On serait tenté d'inférer, des propriétés calmantes dont nous parlerons plus loin, l'utilité de la ciguë contre la gastralgie et certaines dyspepsies ; mais l'expérimentation clinique s'est trop peu exercée sur ce point pour fixer l'opinion. D'un autre côté, des phénomènes d'intolérance peuvent survenir ; ils consistent en douleurs gastriques, avec nausées et même avec vomissements, plus rarement en des coliques et de la diarrhée; l'influence de hautes doses s'accuse par de la chaleur, de la sécheresse dans la gorge, accompagnées parfois d'une saveur acre et amère ; quelquefois on a observé de la salivation. Enfin, les doses toxiques déterminent des vomissements avec cardialgie, de la dysphagie par spasme d'abord, par paralysie du pharynx ensuite ; à l'autopsie, on trouve de la rougeur et des taches d'aspect ecchymotique et gangreneux sur la muqueuse gastro-intestinale.

Organes respiratoires. L'action de la cicutine sur les organes respiratoires peut s'exercer de deux manières : immédiatement par l'inhalation des vapeurs de cet alcaloïde, médiatement par son élimination à travers la muqueuse bronchique après action diffusée sur l'ensemble de l'appareil.

Les vapeurs cicutées modifient le mucus bronchique en le rendant plus abondant, plus fluide, plus facile à expulser; atténuent la sensibilité de la muqueuse, produisent un effet hypocinétique sur les fibres musculaires des bronches. On peut donc s'expliquer leur utilité contre les affections catarrhales, hypéreslhésiques et spasmodiques des voies aériennes. Les phénomènes généraux du ciculisme s'obtiennent rapidement, d'après Martin Damourette et Pelvet, parles mhalalions cicutées, que l'on peut suspendre à l'instant exact où l'on a produit le degré d'acinésie générale propre à enchaîner les manifestations convulsives. La cicutine s'élimine largement par les bronches, comme le prouve l'odeur spéciale de l'air expiré chez les animaux empoisonnés par cet alcaloïde ; elle vient donc, après son absorption dans les voies digestives, produire sur les canaux aérifères des effets analogues à ceux des inhalations cicutées. En se diffusant dans l'appareil respiratoire , elle détermine : par la dépression conco-

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mitante de la circulation, un effet olighémiant sur le poumon ; par son action hypocinétique sur les muscles auxiliaires, par son action parésiante sur les nerfs moteurs, un ralentissement des mouvements respiratoires. Dans la période initiale ducicutisme, poussé jusqu'à l'intoxication, ces mouvements s'accélèrent un instant, pour se ralentir ensuite, puis se suspendre sous l'influence de l'action paralysante ultime du poison; la mort aloi's arrive par asphyxie. Mais les mouvements respiratoires s'abolissent les derniers, ce qui rend possible de sauver l'individu par la respiration artificielle tant que les contractions du cœur n'ont pas cessé. i

Température animale. De l'hypocinésie des muscles respiratoires, jointe à la contraction des capillaires et à l'amoindrissement des propriétés oxydantes des hématies, résulte l'abaissement de la température animale, plus ou moins sensible dans les conditions thérapeutiques, et si accusé dans l'intoxication par la ciguë, qu'il en a été de tout temps signalé comme l'un des symptômes les plus marquants.

Organes de la circulation. La ciguë déprime le cœur, comme nous l'avons déjà annoncé plus haut. Cette dépression se l'évèle par la diminution de l'énergie des battements du cœur et du pouls plus encore que par leur ralentissement. Ces battements sont quelquefois irréguliers, intermittents ; la peau pâlit, par olighémie des capillaires. Avec les doses toxiques, la dépression circulatoire est précédée d'une période d'excitation accusée par des palpitations et l'accélération du pouls. Bientôt la paralysie envahissant les fibres musculaires des vaisseaux et l'asphyxie faisant des progrès, une sorte de plénitude veineuse distend le système circulatoire et occasionne des congestions d'aspect livide et des ecchymoses (Damourette et Pelvet). D'après Schrolï, l'effet le plus important de la cicutine est son action sédative sur le cœur, dont elle finit par paralyser le ventricule gauche. Wertheim insiste également sur l'action sédative que la cicutine exerce sur la circulation. Par opposition, Gutlmannn'apas trouvé que ce poison modifiât la force ni la fréquence des contractions du cœur.

Giacomini assigne à la ciguë une action élective sur le système lymphatique et sur les glandes, et il la place en conséquence dans les hyposthénisants lymphatico-glandulaires. Le caractère hyposthénique de cette action, comme fait absolu, est discutable; mais son électivité est réelle et démontrée par les applications cliniques, qui l'invoquent pour résoudre et fondre les engorgements glanduleux.

Giacomini reconnaît en outre à la ciguë une action hyposthénisante cardiacovasculaire, que les physiologistes et les cliniciens de nos jours ont confirmée.

La plupart des observateurs ont constaté, à la suite des empoisonnements par la ciguë, une altération du sang, consistant, à première vue, en un excès de sa fluidité et dans sa coloration brun foncé. Quelques-uns ont parlé de sa coagulation, apparence illusoire qui. s'expliquerait, comme nous le verrons plus bas, par le mode de désorganisation des hématies. Cependant si l'on examine au microscope le sang ainsi modifié par la cicutine diffusée, on n'y reconnaît aucune altération appréciable ; il n'en est pas de même si l'on concentre l'action de la cicutine sur une petite portion de ce liquide. Ainsi, en examinant au microscope le sang qui s'écoule de la plaie d'insertion de la cicutine, Martin Damourette et Pelvet ont observé une altération très-marquée des globules rouges, dont le noyau est devenu beaucoup plus apparent, très-volumineux et graimleux, tandis que le protoplasma ne forme plus autour de ce noyau qu'une zone très-mince qui disparait même dans certains cas, et alors les noyaux

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pressés les uns contre les autres forment dans le protoplasma dissous une véritable gelée. C'est cet état gélatiniforme du sang qui aura pu en imposer pour «ne coagulation.

Système nerveux. La ciguë a été longtemps classée dans les médicaments de même que dans les poisons narcotiques, stupéfiants. On sait que l'on englobait sous ces désignations des modificateurs énergiques qui engourdissent la sensibilité, abolissent le sentiment, provoquent le sommeil ou le coma, beaucoup d'entre eux suscitant en outre, dans la période initiale, des phénomènes encéphaliques tels que vertiges, délire, hallucinations visuelles et auditives. Une analyse plus exacte, plus complète, de l'influence de la ciguë et particulièrement •de la cicutine sur le système nerveux, a démontré que le cerveau reçoit la moindre part de cette influence, laquelle s'exerce plus spécialement sur la moelle épinière, et sur les nerfs moteurs plus encore que sur les nerfs scnsitifs. En effet, soit que, dans l'expérimentation sur les animaux, on opère avec une forte dose de cicutine afin d'obtenir une démonstration plus palpable de son action, soit que l'on observe un cas d'empoisonnement par la ciguë chez l'homme, on voit le plus souvent le cerveau exempt de troubles notables dans «es fonctions, et toujours, comme le phénomène le plus saillant, uue paralysie de la motricité ; la sensibilité s'émousse, mais sans aller constamment jusqu'à l'anesthésie. La ciguë est donc surtout un poison paralysant ; à dose médicale elle est sédative de Ihypercinèse et de l'hypéresthésie, en d'autres termes, antispasmodique et antalgique ; c'est à peine si, la dose étant foi'cée, elle occasionne un peu de vertige, de céphalalgie ou d'obnuhilation. Dans les dernières phases de l'intoxication, la paralysie envahissant les vaisseaux peut occasionner la congestion passive du cerveau et des méninges et par suite le coma ; inversement, au degré le plus léger du cicutisme, l'action vasomotrice peut olighémier le cerveau et favoriser le sommeil ; ou bien encore lorsqu'est poursuivie et atteinte l'action sédative, la faculté de dormir renaît comme un bénéfice de la cessation du spasme ou de la douleur. Mais, en définitive, le narcotisme, elfet toxique, et l'hypnotisme, effet contingent de l'action pharmaco-dynamique de la ciguë, ne traduisent qu'une portée éventuelle sur le cerveau et ne donnent pas la caractéristique des influences de ce médicament sur l'innervation ; suivons-les donc sur d'autres points.

Frappés de l'état acinétique des individus empoisonnés par la ciguë, quelques auteurs, entre autres Christison, avaient d'abord admis que la cicutine éteint le pouvoir excito-moteur de la moelle. Bientôt Kolliker signala, au contraire, l'augmentation de ce pouvoir au début du cicutisme. Guttmann observa des convulsions chez les mammifères. Antérieurement Brandes, Geiger, Boutron- •Charlard et 0. Henry avaient constaté que la cicutine tue en provoquant de Tiolentes convulsions, phénomènes que Wepfer avait presque constamment remarqués chez les animaux empoisonnés par la ciguë vireuse. Ces faits semblaient contradictoires avec les phénomènes paralytiques qui n'en restaient pas moins de toute évidence, lorsque Martin Damouretle et Pelvet sont venus les expliquer par leurs récentes expériences. D'après ces deux habiles expérimentateurs, la cicutine augmente l'excitabilité de la moelle, ce qu'expriment particulièrement les hautes doses de ce poison en donnant lieu d'abord à des tremblements convulsifs, à des spasmes tétaniques. Mais bientôt l'action caractéi-istique de la cicutine se manifeste, en parésiant d'abord, en paralysant ensuite les extrémités terminales des nerfs moteurs. Ce serait cette paralysie qui masquerait pendant

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un certain temps l'excitation de la moelle, dont la permanence se révélerait par des convulsions de retour, éclatant au moment où les nerfs moteurs recouvrent leur conductibilité par suite de l'élimination du poison.

Cette paralysie nervo-musculaire, que nous avons déjà vu enrayer la respiralion et la circulation, et qui atteint encore plus les membres inférieurs que les supérieurs, est le phénomène le plus tranclié, le plus apparent du cicutisme. Kulliker a reconnu la paralysie des extrémités nerveuses motrices comme le principal eflet de la cicutine [Archives de Wirclww, 1856) ; Lemattre a consigné ce même fait dans sa thèse (Paris, 1^65). Pélissart, Jolyet et André Cahours ont constaté que la' cicutine exerce sur les nerfs moteurs une action paralysante analogue à celle du curare {Comptes rendus de l'Académie des sciences, séance du 18 janvier 1869).

La coïncidence du maintien du pouvoir excito-moteur de la moelle avec l'abolition de la conductibilité des nerfs moteurs, constituerait donc le réactif physiologique de la cicutine. Toutefois nous pensons que de nouvelles expériences sont nécessaires pour donner à ce double fait une valeur scientifique absolue, sans laquelle on ne pourrait chercher à le reproduire comme preuve dans les expertises médico-légales.

En général les nerfs sensitifs sont moins atteints que les nei'fs moteurs dans le ciculisme; en d'autres termes, la sensibilité persiste plus longtemps que la motricité. De même, les nerfs moteurs ganglionnaires opposent une résistance plus grande au cicutisme que les nerfs moteurs encéphaliques, et tandis que les muscles striés sont complètement paralysés, les muscles lisses sont encore spasmodisés. Mais lorsque la scène toxique se prolonge, le relâchement des plans musculaires viscéraux et vasculaires accuse la parésie des nerfs ganglionnaires (Martin Damourette et Pelvet). Il résulte de ce qui précède que, aux doses médicales, l'action acinétique de la ciguë est beaucoup plus prononcée que son action anesthésique et que celle-ci n'est guère que l'auxiliaire de la première, à moins que l'on n'ait recours aux applications locales du médicament. En effet, dans l'expérimentation sur les animaux, l'action diffusée de la cicutine agit moins sur la sensibilité que son action locale ; les terminaisons des nerfs sensitifs dans la peau sont complètement anesthésiées par le contact de la cicutine étendue, sans atteinte marquée de la sensibilité générale (Gultmann). On voit d'ici les conséquences à tirer de ces faits pour le mode d'emploi des préparations cicutées contre le symptôme douleur.

Les auteurs apprécient diversement l'action des préparations cicutées sur la pupille, les uns prétendant que celle-ci se dilate, les autres qu'elle se contracte. Martin Damourette et Pelvet constatent ces variations et les expliquent de la manière suivante. La pupille est contractée avec les fortes doses, capables d'augmouter l'excitabilité de la moelle, et dans les premiers instants où le nerf oculomoteur commun n'est pas encore parésié et apporte l'excitation concentrique au constricteur pupillaire. Plus tard la pupille se dilate, parce que la parésie des extrémités de la troisième paire ne permet plus au sphincter de l'iris de faire équilibre à ses fibres rayonnées, animées par des filets du nerf sympathique plus leut à se paralyser. Les troubles de l'accommodation sont, d'après ces deux auteurs, un des symptômes les plus constants du cicutisme, et ils s'expliquent, comme les v.iriations de la pupille, par l'état de spasme ou de paralysie du muscle ciliaire, lié à la persistance ou à l'abolition de l'activité de la troisième paire.

CIGUË (THÉRAPEUriQUE). 24'>

L'élément musculaire est beaucoup moins influencé que l'élément nerveux par la diffusion de la cicutine. Il est possible qu'il soit excité au début ; mais cette excitation peut être négligée comme étant très-faible et de courte durée, taudis que l'amyosthénie, qui se produit ensuite à un certain degré, vient concourir avec l'acinésie pour engendrer le même résultat thérapeutique, la solution du spasme (Martin Damourette et Pelvet).

Âi'i'AREiL URiNAïuE. La plupart des observateurs ont reconnu à la ciguë la [)ropriété diurétique. Ce qui paraît mieux établi que la diurèse, c'est la modification de la nature des urines, qui, ainsi que Stoerk l'avait remarqué, déposent un sédiment épais, glaireux, deviennent mordicantes et exhalent une odeur nauséabonde. L'élimination de l'alcaloïde et de l'huile volatile de la ciguë par le rein excite sa sécrétion, et l'action irritante de la cicutine explique l'espèce de catarrhe qui vient ici compliquer l'in^opoièse.

Appareil cutané. Les auteurs signalent aussi l'augmentation de la sécrétion sudorale parmi les phénomènes physiologiques du traitement cicuté, coexistant avec la diurèse et plus souvent alternant avec elle. Les fortes doses déterminent aussi des éruptions cutanées, coïncidant avec les sueurs ; et alors le médicament concentré sur la peau par voie d'élimination, y produit parfois des fourmillements et un certain engourdissement de la sensibilité (Earle, Wight, Martin Damourette et Pelvet). D'autres fois, peut-être plutôt sous l'inlluence des petites doses, l'effet de la ciguë se traduit par la pâleur du tégument, liée à son olighémie. Que la ciguë agisse sur la peau par application directe ou par une sorte d'action topique, de dedans en dehors par le fait de l'élimination, Martin Damourette et Pelvet expliquent ses effets curalifs dans les maladies cutanées, par cette triple modification physiologique imprimée à la peau par la cicutine :

1" L'élément hypérémie est combattu par l'action olighémiante des doses modérées de ciguë.

2" Les fortes doses tendent à détruire les néoplasies cutanées comme elles attaquent les épithéliums, et elles exercent une action antiseptique sur les surfaces ulcérées.

3» Enfin la thérapeutique des dermatoses peut bénéficier de l'action analgésique de la dguë dans certains cas.

Appareil génital. On a attribué à la ciguë le pouvoir d'atrophier les mamelles, les testicules; d'entrahier l'impuissance virile. Sans nier ces effets d'une manière absolue, on ne doit les accepter que sous réserve, le dernier entre autres, car quelques auteurs ont considéré au contraire la ciguë comme aphrodisiaque. La propriété de tarir la sécrétion lactée paraît plus réelle. Martin Damourette et Pelvet disent avoir parfaitement constaté l'amoindrissement, le retard et parfois l'absence du flux menstruel chez les femmes en cours de traitement cicuté.

Action de la cicutine sur les organismes inférieurs et sur la fermentation putride. Les deux auteurs que nous venons de ciler, partant des données de la clinique, qui avait déjà reconnu les propriétés parasiticides de la ciguë, et poursuivant leurs expériences sur les organismes inférieurs, ont constaté l'action destructive de la cicutine sur les infusoires, sur les ferments, et pensent que ce poison général pourrait recevoir comme parasiticide, antifermentescible et antiseptique de sérieuses applications. Ils en rappellent une qui, empiriquement, a déjà été faite par Autenrieth, lequel prétend avoir employé avec quelque succès les injections cicutées dans la fièvre puerpérale. Si la cicutine semble opposable

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en théorie aux maladies où le parasiticisme et la fermentation jouent uu rôle important, il est douteux qu'on la préfère dans la pratique à des moyens aussi el'ficaces, mieux éprouvés et moins dangei'eux.

Martin Damourette et Pelvet ont vu des grenouilles mortes du cicutisme se conserver momifiées pendant dix mois, malgré leur exposition aux intempéries de l'air extérieur. Cependant on a signalé la promptitude de la putréfaction sur les cadavres des sujets empoisonnés par la ciguë (Tardieu) {voir plus loin Toxicologie). I

Action thérapeutique. L'emploi médical de la ciguë a été d'abord entièrement empirique. On avait remarqué en elle des propriétés fondantes, résolutives, altérantes, sédatives, et on l'avait appliquée au traitement des tumeurs, des engorgements, des dartres, des spasmes et des douleurs. Depuis que l'on a expliqué ou cru pouvoir expliquer ces propriétés par les récentes expérimentations physiologiques, et il était temps, car les déceptions antérieures avaient singulièrement fait baisser ce médicament dans l'opinion, la ciguë a eu un regain de faveur, et quelques praticiens ont tenté d'en tirer le même parti que les anciens, tandis que d'autres ont songé à en faire des applications nouvelles. Mais s'il est vrai que l'on peut aujourd'hui, surtout grâce à des préparations bien conçues et d'une activité indubitable, mieux rationaliser son emploi, son utilité, son efficacité réelle sont loin d'être généralement admises; et assez restreints sont les cas oîi elle rend, et encore à titre de moyen palliatif, des services à l'abri de toute contestation.

Cancer. La ciguë est tellement liée à l'histoire du cancer, que nous devons commencer par là l'examen de ses applications thérapeutiques. On l'avait à diverses reprises opposée aux engorgements de toute nature, et particulièrement à ceux des mamelles et des testicules, lorsque, vers 1700, Stoerk dépassa tous ses devanciers par un enthousiasme pour la ciguë qui ne tendait à rien moins qu'à l'ériger en spécifique du cancer. Ce médicament, prôné également par Collin son élève, devint pendant quelques années l'objet d'un engouement constaté par les obsei"vations publiées de toutes parts en sa faveur, et dont il y a peu d'intérêt aujourd'hui à rappeler les auteurs. Les critiques de leur côté ne firent pas défaut, et nul doute qu'elles ne fussent fondées surtout en ce qui concernait les erreurs de diagnostic et l'exagération des résultats obtenus. Les tentatives de réhabilitation qui ont eu lieu de nos jours n'ont pas abouti ; le problème de la guérison du cancer n'est pas résolu, et la ciguë se montre même, en pratique, moins capable d'y concourir que d'autres médicaments, tels que la belladone, l'arsenic, l'or, l'iode surtout. Eu théorie nous ne voyons pas ce qu'il peut y avoir en elle de logiquement opposable au cancer. L'induction la plus spécieuse est celle qui, se basant sur les propriétés altérantes de la cicutine, en vertu desquelles les hématies seraient atteintes anatomiquement et fonctionnellement, conduirait à penser que le sang est ainsi rendu moins propre à la formation des éléments histologiques du cancer. Mais rien n'en donne la preuve ; il y a d'ailleurs des altérants plus manifestes que la ciguë, et ils n'entravent pas davantage la genèse des tissus hétérologues. La cicutine a-t-elle plus de puissance sur le cancer une fois formé? Martin Damourette et Pelvet, très-disposés à lui attribuer un rôle possible dans le traitement du cancer, avouent qu'ils n'ont pas réussi à détruire les éléments d'un épithélioraa (un peu desséché) par le contact de la cicutine pure ou étendue ; ceci n'est point encourageant pour les essais cliniques. D'un autre côté, les préparations cicutées, d'après leurs partisans eiu-

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ïïi^ies, ne semblent, aptes à influencer les cancers qu'à doses très-actives, presque toxiques , et longtemps continuL'es. Stocrk donnait son extrait à la dose de 5 centigrammes, matin et soir, en commençant, et le portait graduellement jusqu'à 4 et 6 grammes par jour. Maintenant on tend à préférer les semences de ciguës, déjà signalées du temps de Gullen comme plus actives, et qui l'ecèlent en effet la plus grande partie de la cicutine contenue dans la plante; on préconise même la cicutine isolée ; et l'on arrive, soit avec les préparations de semences, soit avec celles de cicutine, à faire absorber cet alcaloïde énergique à la dose de 1 et même 2 milligrammes par jour, et cela pendant plusieurs mois. Or comment une substance essentiellement asthéniqne, 'qui abaisse riiémalosc, qui produit, selon la juste et concise expression de Gublcr, de l'anoxémie, peul-elle convenir aux cancéreux ? En entravant une néoplasie funeste ; ce n'est qu'une hypothèse, et si elle ne devient pas une réalité, la cicutine, en viciant la nutrition, en affaiblissant les sujets, peut faii-e l'opposé du bien qu'on en attend. €'est l'un des reproches qu'adressaient à Stoerk plusieurs de ses contradicteurs, qui jugeaient la ciguë plus nuisible qu'utile aux vrais cancéreux.

En résumé, nous n'estimons la ciguë, ni comme moyen prophylactique, ni comme agent curatif du cancer ; et nous ne voyons même pas la nécessité de l'y faire intervenir contre le symptôme douleur, tant que nous aurons à notre disposition des médicaments antalgiques qui lui sont infiniment supérieurs. Lorsque nous voyons des maîtres aussi compétents que Récamier et Velpeau, déclarer que la ciguë est impuissante contre le squirrhe, contre le cancer, notre scepticisme sur ce point est bien permis. Toutefois notre impartialité nous fait un devoir de consigner ici les espérances qui résultei'aient de l'emploi des nouvelles préparations préconisées par Devay et Guillermond ; d'après leurs auteurs, elles auraient réussi contre des tumeurs présentant les caractères assignés au cancer. Devay s'en loue également dans le traitement des affections cancéreuses de l'utérus, en accentuant les effets de la cicutine jusqu'aux confins de l'intoxication. Attendons pour conclure que des faits indiscutables et en nombre suffisant confirment ces prémisses.

Voici maintenant le docteur Tunfried qui ne se contente pas de la ciguë, et qui met toutes les ombellifères au service des cancéreux. 11 accompagne le traitement du cancer d'un régime orabelliféré. Les repas se composent exclusivement de panais, de carottes, de cerfeuil, de céleri et de persil. L'angélique, l'anis, le fenouil, le cumin, le carvi, assaisonnent les sauces. Le cancer, d'après l'auteur, serait inconnu dans la race mongole, où l'on fait un grand usage des ■ombellifères qui produisent le sagapénum, l'opoponax, le galbanum, la myrrhe €t surtout l'asa-fœtida {Rev. de thérap. méd. chir., t. 111, p. 652. Cazin, Tr. des plantes méd. ind., 5^ édit., p. 511). Cène serait rien moins qu'un nouvel horizon ouvert à la pathogénie du cancer. Mais là encore il pourrait bien y avoir quelque illusion : d'abord sur l'inlluence du traitement proposé; ensuite sur l'immunité de la race mongole, qui, en admettant qu'elle fût réelle, pourrait dépendre de causes autres que celles qui sont invoquées.

Tumeurs, engorgements de nature diverse. Maintenant, que les préparations cle ciguë puissent avoir une certaine efficacité contre des engorgements, des indurations, des tumeurs même, de nature non cancéreuse, nous voulons bien l'admettre ; et encore ferons-nous remarquer que la plupart des auteurs les re-. commandent moins, dans ces cas, à l'intérieur que comme topiques fondants et résolutifs. Le plus usité de ces topiques est l'emplâtre de ciguë qui déjà comme

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emplâtre, c'est-à-dire, comme moyeu compressif, atrophiant, concourt largement à la résolution ; la ciguë, à la rigueur, peut bien aussi y aider. On préconise également dans les mêmes circonstances les cataplasmes de ciguë, préparés de diverses manières; avec la décoction de la plante iVaîclie, avec les feuilles et la tige pulpées par la cuisson, avec la poudre de ciguë, mêlée à la farine de graine de lia ou saupoudrant les cataplasmes. Trousseau et Pidoux disent avoir vu ces cataplasmes résoudre des tumeurs intra-abdominales, ainsi que les ascites qui en dépendaient, et arrêter les progrès d'une tumeur cancéreuse au sein. Cazin s'étend encore davantage sur leur utilité, qu'il aurait constatée contre les engorgements des mamelles, des testicules, des glandes lymphatiques, contre les engorgements articulaires dus au rhumatisme chronique, contre l'hydarlhrose, contre le cancer ulcéré, etc. Murawjeff emploie les frictions de cicutine contre la synovite et l'hydarthrose. Stoerk a surabondamment vanté la ciguë contre les tumeurs et contre les engorgements de toute espèce, de toute nature, et c'est probablement lorsque le cancer y entrait pour peu ou pour rien qu'il faisait de ces cures brillantes qui ont été tant proclamées. Les engorgements laiteux et la galactirrhée ont été combattus par la ciguë, en raison de l'opinion très-ancienne et plus ou moins fondée qu'elle diminue la sécrétion du lait et atrophie les seins.

Les bains de ciguë viennent à l'appui des autres modes d'emploi de cette plante. On fait infuser (Cazin) toute la plante fraîche, fleurs et graines, à la dose de dix à douze poignées pour chaque bain, où le malade peut rester jusqu'à une heure. Ces bains ont été particulièrement recommandés contre les engorgements abdominaux, surtout contre les engorgements utérins (Cazin) ; dans ce dernier cas, la malade s'administre en même temps des injections vaginales avec l'eau du bain.

Les vétérinaires recommandent la ciguë contre le farcin du cheval; ce serait donc un médicament à essayer en cas de transport de cette maladie sur l'homme.

Scrofules. Ici la ciguë a rendu et rend encore sous nos yeux des services plus positifs que dans les affections cancéreuses. Il est même vraisemblable que plusieurs guérisons de prétendus cancers dont on fit tant de bruit autrefois portaient sur des affections scrofuleuses. Comme justification de cette idée, nous pouvons citer un fait dont nous avons été témoin il y a quelques années à Paris. Une dame avait été traitée peu auparavant par un guérisseur de cancers ; son cas était même réputé l'une des plus belles cures de cet empirique ; or il était facile de reconnaître des cicatrices non équivoques d'écrouelles à la place où avaient existé les tumeurs auxquelles une erreur grossière avait attribué le caractère cancéreux.

L'efficacité de la ciguë contre les scrofules a été affirmée par Stoerk, CoUin, Marteau de Granvilliers, Muteau de Roquemont, Dupuis de la Porchère, Lemoine, Locher, Van Rotterdam, Huleland, etc. Baudelocque l'a employée avec succès à l'hôpital des enfants. Il commençait par la dose de 10 centigrammes d'extrait alcoolique, matin et soir, et augmentait chaque semaine de 20 centigrammes. Lorsqu'il survenait quelques vertiges ou des éblouissements, il suspendait et purgeait les malades. Au bout de quinze jours on recommençait à la dose de 50 centigrammes à 1 gramme, selon celle que l'on donnait au moment de la cessation. Sur sept filles traitées [)ar la ciguë, il en est cinq chez lesquelles l'extrait a été porté graducllenienl jusqu'à 3 grammes et demi par jour. Bayle a

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relevé {Bibliothèque thérapeutique) quarante-trois cas de scrofules, traitc's par la ciguë, sur lesquels il y a eu trente-quatre guérisons, quatre améliorations et cinq insuccès. Laboulbène a vu, sous l'influence de la ciguë intus et extra, s'amender notablement les symptômes douloureux des engorgements mono-articulaires chez les scrofuleux {Bulletin de thérapeutique, 15 octobre 1862).

Bazin donne la préférence à la ciguë sur tous les autres médicaments expérimentés dans le traitement des écrouelles. Il l'emploie de deux manières, selon qu'il se propose ou d'obtenir la fonte des tumeurs écrouelleuses ou d'en provoquer l'inflammation suppurative. Dans le premier cas, il arrive au but par les petites doses ; dans le second cas, par les hautes doses. Il emploie principalement l'alcoolature et la poudre de semences. Pour obtenir un effet résolutif, il prescrit l'alcoolature, de 50 centigrammes à 4 grammes par jour, et la poudre depuis 1 0 jusqu'à 50 centigrammes ; pour obtenir l'inflammation suppurative, il débute par 1 gramme d'alcoolature, et de cinq en cinq jours augmente d'autant jusqu'à 12 et 15 grammes par jour; il porte graduellement la poudre de 50 centigrammes à 1 gramme et demi. 11 n'a que rarement observé de trèslégers accidents ; en ce cas, comme Baudclocque, il suspend et purge le malade. Les effets curatifs du traitement cicuté sont pi^ompts, rapides, puis ils se ralentissent, et il reste un noyau d'induration qui est long à disparaître {Leçons sur la scrofule, 2«édit., 1861).

On a assez généralement remarqué que la ciguë agit mieux contre la scrofule superficielle, dont les manifestations sont bornées aux muqaeuses et à la peau. Martin Damourette et Pelvet l'expliquent ainsi : dans la scrofule profonde la ciguë n'agit que par son action altérante générale, tandis que pour les scrofulides, les catarrhes et les ulcères scrofuleux cette action est renforcée par la concentration de la cicutine sur les téguments par lesquels elle doit s'éliminer. Vogt emploie la ciguë dans les affections cutanées scrofuleuses, dans l'oplillialmie, dans les tuméfactions indolentes, en un mot dans les accidents superliciels; mais il regarde ce médicament comme inutile et dangereux dans les cas où l'organisme est plus profondément atteint par la scrofule, dans les manifestations viscérales, les affections osseuses {Nouveau Diction, de méd. et de chir. prat. , art. Ciguë).

La cicutine, très-diluée (1 partie pour 100 d'alcool), a été employée en frictions sur les paupières dans l'ophtlialmie scrofuleuse avec photophobie ; elle peut l'être également en collyre, 1, 2, 3 gouttes dans 24 grammes d'eau et 8 de mucilage de semences de coings (FronmuUer, Murawjeff). Mauthner, de Vienne, recommande spécialement la cicutine contre les contractions spasmodiques des paupières chez les enfants scrofuleux ; il se sert d'une solution contenant 25 milligrammes de cicutine et 4 grammes d'huile d'amandes, qu'il applique avec un pinceau sur les paupières deux ou trois fois par jour.

Les troubles de la vue et les maux d'yeux sont au nombre des accidents les plus ordinaires des traitements cicutés; ils dénotent une élimination par les voies lacrymales et la muqueuse conjonctivale, qui pourrait contribuer aux résultats cherchés dans l'opposition de la cicutine aux ophthalmies scrofuleuses, à la photophobie, au blépharospasme.

Affections de la peau. Nous voici encore en présence des cas, où l'on a le plus préconisé la cig.ië, non-seulement comme moyen topique, mais aussi comme remède interne. Si la peau est effectivement l'une des principales voies d'élimination de la cicutine, comme nous avons eu souvent à le noter dans le

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