‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.18Chapitre 24 sur 63 · I.ytiiraiiées · texte numérisé non relu

I.ytiiraiiées

.Ma(;iii'lia(ées ...

Jlali'i^hiacées

5Ialv.Hécs et Boiiiliacécs.

Mai'antliacces

îlarsili'a res

Mi'laslnniacées . •

MélantliaccJes

Méliai écs

Menispeimécs 28

Morées 43

Molluginées

Moiini;éeb

Mu>a(éeb

Myristicre^

îlyisinéucées

Myrla(éi;s

Naïadées

NOMnr.E

DES KSI'ÈCES.

nepori 291.;

ISO

Nympliéacées Nyclattiiiées. .

Oclinacècs .

Oléiiiées . • • Olaciiiées. . .

Œnolliéiacécs Orcliidoo . .

Oroliaiicliées .

0\ali loc~. . .

f'aliiiiei>. . .

l'apaveracéc? .

Papayacccs. .

Pabbilloroos Pipéracéi-'S . .

Pilliispoiv.'cs .

Plantaniiii'os .

l'Iuiidja^iuécs Polyga'iPes . .

Polygonées 44

Ponlcderiaccc?

Portu lacées. .

Primulacpes .

Proti'acces . .

Ralflosia(ées .

Ruiionculaciics Pie-tinci'es . .

Khaïunacces .

Itlii20|iliorécs 12

Rubiacées 2Uo

Rutacées 63

Sabia ées ^

Salicinées 14

Salviniacées 1

Sapindacées 52

Sapolacées 9

Sauiiiracées 2

Stiotiilaiiiiées 98

Siiiiaroubées 5

Smilacces 14

Solanées 50

Stylldces 5

Sphfcnodées 1

Slei'culiacées el BuoUnéiia-

cées 47

Slyracées H

SynaiiUiéréi;.> 105

Taiiiai'i^cinoL's ...... 2

Ternstrœmiacées 58

Tiliacées 41

Typhacées 9

Uiinacées 5

Urlicées 45

Valérianées 4

Vei'béiiacées 14

Violariées 12

Xyridées 5

Total 4i5o

A reporter. . .

1. Plantes agricoles. En premier lieu vieiiiiont les Céréales : A. Parmi elles nous trouvons : Le riz [Orijza-sativa Linn.), qui forme la principale richesse du pays. 11 est pi'incipalemeut cultivé dans les terres basses et inondées et donne plusieurs récoltes par an, surtout dans la basse Coclunchine, dont les plaines feitiles lui ont mérité le nom de grenier de l'empire d'Annam. Dans le Laos inférieur, le riz est cultivé aussi sur les montagnes, mais pendant la saison des pluies seulement, alors que les terres inondées restent constamment imbibées d'eau pendant une période de plusieurs mois.

COCIIINCIIINE. 207

Le maïs {Zea mays Linn.), cultivé dans le nord de la Cochincliiue et dans le Laos sur les plateaux secs; le Coijv ag<'eslis L. et le Coijx Lacrijma L. : ces deux espèces de graminées croissent dans les parties humides de la basse Cochinchine sur les bords des ari'oyos ou dans les plaines inondées. Le millet [Panicum miliaceum L.) : Laos et Cambodge.

B. Parmi les plantes oléagineuses se trouvent le cocotier {Cocox nucifera L.); l'arachide <Arachis liypogea L.); le sésame {Susamnm orientale L.) ; la noix des inoluques [Juylans camirium Lour.); le pignon d'Inde (Jatwjiha cnrcas L.) ; le grand tournesol (Helianthus annuus L.) et une liane (le Celas crus paniculatus Lour.), qui se rencontre partout le Ion ■ des haies et des broussailles. Ces plantes se retrouvent dans toute la vallée du Cambodge.

C. Comme plantes saccharifères, nous citerons la canne à sucre (Saccharum ûfficinarum L.), elle n'est spontanée nulle part; et un palmier, le Burassus flabelliformis L., qui fournit le vin de palme (Cochinchine et Cambodge).

D. Les plantes tuberculeuses comprennent la patate douce [Balalas convolvulus L.), l'igname, deux espèces : Dioscorea alata et D. saliva L.) ; une amoraacée du genre Maranta, la M. arundinacea de Loureiro, qui fournit la fécule arow-root (dans les parties basses du Delta de Cambodge).

Trois espèces de Cycas fournissent la técule Sagou (Laos inférieur, basse Cochinchine, et littoral est de la Cochinchine); une légumineuse volubile à fleurs bleues [Dolichos bulhosus L.). Quelques-unes de ces plantes sont aquatiques : la sagittaire de Chine [Sagiltaria chinensis) ; des variétés de macres ou chiàtaignes d'eau [Trapa bicomis L.), (dans le Laos moyen); une espèce de souchet: Cyperus rolundus L.

Les différentes espèces de Taro (Colocasia L.) sont, après la patate, les plantes tuberculeuses les plus utiles et ie plus fréquemment cultivées par les Indo- Chinois.

E. La cu'ture maraîchère est très-négligée dans le Laos et le Cambodge ; dans la basse Cochinchine et dans les environs des villes on essaye de cultiver la plupart des légumes importés. Mais nous ne parlerons ici que de ceux en usage parmi les indigènes.

Ce sont: le potiron, le giraumont, le concombre, la calebasse, la pastèque, l'herbe aux serpents {Trichosanthes anyuinaL.); le pandipave [Momordica charantia L.) ; plusieurs variétés de dolics [Dolichos siiiensis L.), qui remplacent les haricots; le fayotier, cullivé surtout comme ornement; l'aubergine, le pourpier; plusieurs variétés de baselles que les indigènes mangent comme salade; le bam bon, dont on mange les jeunes pousses en guise d'asperges; le liseron aquatique [Convolvuhis reptans Lour.) ; la sensitive aquatique {iSeptunia oleracea Lonr.), la Jussiœa repens de Lin. ; plusieurs espèces d'amaranlhe ; toutes plantes que l'on mange en guise d'épinards. Comme condiments, nous trouvons : la citronnelle, le folyçjonum odorum L., le pyrèthre, l'acore [Acoriis calamus L.), le curcuma, le gingembre, le piment, le coriandre, le fenouil, le céleri, l'ail, l'cchalotte, le basilic, la menthe. On rencontre plusieurs espèces de champignons comestibles: l'Agaricus campeslris de Linné, et l'espèce connue sous le nom d'agaric élevé [A^aricus fimetariiis Lour.), qui vient sur la lien te des iuffles.

F. Parmi les plantes coloniales nous citerons: le poivrier il'iver nigra L.): (basse Cochinchine et Cambodge); le bétel [Piper bétel Lin.) (depuis Saigon jusqu'en Chine); l'aréquier [Areca catachu L.) (tout le sud de l'Indo-Chine). Tout

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le monde connaît l'usngc que les indigènes tont de la feuille de bétel, qui jo-'iUe à la noix d'arec et à un peu de chaux forme une espèce de chique dégoultaïUe, qui détruit les dents, corrode les lèvres, déforme la bouche, et la remplit continuellement d'une salive couleur de sang. On trouve dans la vallée du Cambodge deux espèces de tabac, la ISicotiana tabacum L., et h Nicotiana chinensisl. Cette dernière prédomine dans la Cochinchine.

G. Les arbres fruitiers sont nombreux et variés, on y rencontre le manguier {Manglfera indica L.) (Cochinchine, Cambodge, Laos); un bel arbre fruitier cultivé surtout dans le Laos inférieur [Cambessedea Thorel) ; plusieurs espèces de garcinia, entre autres le mangoustan {Garcinia mangostana L., originaire delà Malaisie, importé dans la basse Cochinchine; la pomme d'acajou [Anacardium occidentale L.), dans tout le sud de la vallée et le delta du Cambodge ; le carambolier (/iverr/ïoa carambola L.), en Cochinchine; le jacquier [Arlocarpus inteijr'i.fulia L.), originaire de Ceylan, importé surtout en Cochinchine ; une eupliorbiacée à fruits comestibles {la Baccaurea ramiflora de l.oureiro), dans toute la vallée; la pomme cannelle {Anona squammosa I..) > sud de l'Indo-Chine; le corrosol {Anona muricata L.), basse Cochinchine; le tamarin [Tamarindm indica L.), sud de la presqu'île, basse Cochinchine surtout; deux espèces de Néphélium (le Nephelium lomjanum. et le Neplielium criticum Lour.), fournissent le fruit appelé Litschi : (Laos et Cambodge); le goyavier {Psidium giiajacca), dans le Laos moyen surtout; hjambosa malaccensis, qni fournit des fruits rouges en foime de poires, originaiie de la Sonde, importé dans l'Indo-Chine; \e Sonneratia alba, importé des Philippines dans la basse Cochinchine ; le grenadier {Piinica (jranalum L.) (Laos surtout) ; trois variétés d'oranger : le Citrus aurantium, la mandarine et l'orange verte, très-communes dans le Cambodge et la basse Cochinchine ; le pamplemousse [Citrus decumana Wildenow), sud de rindo-Chine ; une variété de citrons, fruits petits, acides et excellents, à peau toujours verte (basse Cochinchine); le papayer [Carica papaya L.), sud de l'Indo- Chine; le bananier [Musa paradisiaca L.), très-abondant dans le nord du Laos, rare en Cochinchine et au Cambodge ; l'ananas [Bromelia ananas L.), très-commun dans toute la vallée du Cambodge ; le Cicca racemosa de Loureiro, très^ commun en Cochinchine, fournit des fruits à confire dans le vinaigre ; enfin le Tripliasia aurantiola Lour., dont on confit les fruits, connus sous le nom de « Chinois ». Il y a en Cochinchine une espèce de vigne qui croit spontanément {Vitis cochincltinensis Lour.), mais qui produit des grains trop âpres et trop acides pour être mangés.

II. Plaimes iKDUsTr.iELLES. Nous Ics diviserons en plantes textiles, en plantes tinctoriales et en bois de construction ou essences forestières. Les premières comprennent : le coton, deux espèces : le Gossipium herbaceum, et le G. arboreum, communs surtout dans le sud ; le cotonnier arbre [Bombax peutondra L.), très-commun dans toute la vallée du Mé-kong, autour des villages, le long des haies, etc.; le Bombai malabaricum, (terres alluvionnaires du Laos), et le Bombax albiflorum Thorel (basse Cochinchine), produisent tous deux du coton , leur écorce sert à faire des cordes grossières et des liens; l'ortie de Chine [Urlica niveu L.), très-répandue dans la vallée du Mé-Ivong : en Cochinchine, au Laos, elle sert exclusivement à la fabrication des cordes et des filets ; le Crolalaria jiincea L., qui fournit la matière textile, connue sous le nom de jubé (Cambodge et bas Laos). Parmi les tiliacées, trois espèces de Corchoriis, le C capsularis Lour., entre autres, et parmi les malvacées le Sida scoparia de Lour.

COCniNCHINE. 209

et Vllibisciis, sont utilisés pour la confection de cordes grossières (Laos et Cambodge).

Nous dirons ici un mot de la culture du mûrier. Le plus commun, c'est le mûrier nain de l'Inde [Morus indica L.) (depuis la Basse-Cochinçhine jusque dans le Laos supérieur); il y a une seconde espèce de mûrier, le Morus atropurpurea de l.our. , que l'on rencontre seulement en Cochinchine. Ces arbrisseaux atteignent I à 2 mètres de hauteur, et pourvu que l'extrémité soit liors de l'eau, l'inondation ne les fait point périr. On peut élever le \er à soie en toute saison, mais c'est surtout au mois de mai, dans la basse Cochinchine, que l'on s'adonne à leur éducation.

Dans le Cambodge et le bas Laos, comme ou peut avoir constamment de la feuille, on peut arriver à cinq ou six récoltes par an.

Parmi les plantes tinctoriales, nous trouvons d'abord toutes celles sur lesquelles on récolte la gomme-laque. Celle-ci est produite par un petit insecte rouge, comparable à la cochenille : le Coccus lacca; on le rencontre sur des arbres appartenant à des familles différentes ; sur des ficées : le Ficus relic/iosa et le Ficus indica; sur des légumineuses ; sur des rhamnacées : le Zizyphius; sur des combré lacées : le Conihretum lerminalia; sur des rubiacées, et enlin sur une euphorbiacée : le Crotum laccifenim L.)

Nous citerons ensuite le Rocouyer {Dira orellana L.); c'est avec la pulpe de couleur rouge, qui entoure l«s semences du rocou que les chanteurs ou comédiens annamites se fardent le visage ; l'indigotier [Indigofera tinctoriah.) (dans la basse Cochinchine, Cambodge et Laos inférieur); le carthame {Carthamus tinctoria L.), dans le Laos ; le Sappan [Cesalpinia sappan L.) (basse Cochinchine, Cambodge et Laos); \e Curcuma tinctoria, très-cultivé en Cochinchine; deux espèces de morinda (Cambodge et Laos inférieur); une liane {Fibraitcea tinctoria Lour.); un bel arbrisseau d'ornement {Gardénia grandi ftora Lonr.), très-commun dans toutes les parties basses et inondées du delta du Cambodge ; une mimosée {Mimosa fera L.), etc.

Essences forestières. Les forêts du Cambodge, de la Cochinchine et du Laos, sont d'une richesse incalculable eu essences de toute espèce : bois de construction et bois de menuiserie, d'ébénisferie, arbres à résines, etc. C'est principalement dans les forêts qui couvrent les collines et les montagnes que se rencontrent les bois les plus estimés. Dans les forêts clairières, il n'existe que des arbres courts, rabougris, clair-scmés, entremêlés de broussailles et de hautes herbes (graminées).

Parmi les familles végétales qui fournissent ces essences, nous devons placer en première ligne les Diptéracées. « T^t le fond de la végétation des forêts, dit Thorel, est constitué par des espèces ; ipartenant à cette belle et riche famille... Elle fournit, presque à elle seule, ton ^ les bois employés actuellement dans les diverses constructions... Toutes les essences ou huiles de bois, et les diverses résines qu'on trouve abondamment en Cochinchine, sont fournies par des sujets qui lui appartiennent. Les plus grands et les plus gros arbres en font partie. 11 n'est pas rare d'en trouver ayant des troncs de plus de 1(10 pieds de hauteur, toujours droits, sans branches et d'une hauteur proportionnée. »

Parmi les arbres à résine {Cây-dau et Cây-chai, eu annamite), il en est qui peuvent sécréter dans une saison de 20 à 60 kilogrammes d'oléo-résine. La manière de récolter ces huiles est des plus simples. Vers le printemps ordinairement, on perce dans le tronc, à \ mètre au dessus du sol, un trou eu forme de

nicT. ENc. XVIII. 14

210 LULtJUXtllIiM!:.

bénitier cl de la riième grandeur à peu près ; ou enflamme d'abord l'huile qui suinte dans la partie supérieure; le lendemain, et ensuite de 7 en 7 jours, on vient recueillir l'huile qui s'est amassée dans la partie inférieure. La durée de l'écoulement varie pour chaque espèce, et a lieu pendant 6 mois et plus. Pendant 8 ou 10 ans, on peut répéter cette opéraiiou, qui ne paraît pas nuire d'une façon appréciable au développement des arbres. Os huiles sont d'un usage irès-répandu ; la plupart sont siccatives, et ou les emploie particulièrement pour la conservation des bois.

Dans les verbenacées, nous trouvons le Teck {Tectonia grandis), qui suivant Loureiro existerait eu Cochinchine, mais qui, d'a[)rès Tliorel, ne commencerait à paraître que dans le Laos inférieur, il donne un beau bois de construction ; le Vitex L. [Cày bin-lin, en ann.), employé comme bois de charronnage et dans la construction des barques.

Les légiuuineuses fournissent des bois d'ébénistei'ie très-estimés, rouges et noirs {Cùy-cam-xe, Cây-cjoel Cày-trac). Les guttifères, des bois de fer {Mesua ferma L.), pour pilotis ; les sterculiacées, les ébénacées, des bois d'ébène ; les méliacées, les anacardiacées, des bois rouges et veinés, très-appréciés pour la confection des meubles {Cày-son et Cày-cay) ; les hypéricées et les daliscées produisent des bois pour le charronnage [Cày-jS gany , Cây-cinam). Enfin dans les rubiacécs, nous trouvons le Cây-tiai, très-abondant en Cochinchine et dans le Cambodge, et dont on se sert partout pour faire des palissades.

m. Plantes niétlicmales. La médecine est en très-grand honneur chez les Annamites; les médecins y sont très-nombreux, et c'est presque toujours eux qui vendent les médicaments, lesquels sont empruntés en grande partie au règne végétal. On doit à M. Etienne , pharmacien de la marine, une élude trèscomplète de la pharmacopée indigène. C'est le résumé de ce travail que nous allons donner ici. A côté de chaque plante, nous signalerons les propriétés que lui reconnaissent les Annamites. Parmi les plantes médicinales qui viennent spontanément dans l'Indo-Chine, nous citerons : la badiane des Indes (Ilicium anisaluvi) digestif; le Magnolia coco CandoUe, stimulant; le papaver somnif'erum; une Capparidée : Polanisia viscosa, anti-herpi'tique; la gomme gutte (Garcinia Cambodgia) : drastique et anthelmintique ; Y Hibiscus et le >iida: iiulica de la famille des Malvacées : émollieut; Veriodendron orientale (faux-colon), émoUient; \ii à\xviAn{Durio ebetenum] : apéritif, vermifuge; \e Néphéliuin Litchi: béchique et expectorant ; le Xautko ylum ni idum, fam. des Piutacées : stimulant, diaphorctique, fébrifuge. Les Légumineuses fournissent le T amar indus imlicar rafraîchissant, laxatif; VAracnis Injpo ea oléagineux; le Mimosa fera Lour. : la gon)nae résineuse que produit cette plante est employée contre les calarrlies, les dartres; le llamboyant (Er y tkrina iiulica) : fébrifuge. Parmi les Rosacées , nous trouvons ïa, Sidonia sincnsis : astiriugeut, dans les t^omJjiétacées : ÏQUambrelum terminalia: astringent et tonique, ses graines [)ourraienl remplacer le calé; dans les Granalées, ie Punica yranutiim, vermifuge antijysei.lérique; dans les Myrlacés, le giroflier {Cariopliyllns aromaticus) : stimulant et aphrodisiy(iue; dans les Rhamnées, le Rhamnus sojiorifer de Loureiro: aneslhésique ; dans les Melaslomacées, le Melastoma Malabaricum : astringent, anlidiarrhéique, antileucorrhéique ; dans les Rubiacées, le gambier {Nauclea gambir) : l'extrait de ses ieuilles est très en usage au Laos, au Cambodge et eu Cochinchine ; il estenqjloyé avec succès dans les diarrhées, les lièvres intermiltentes, la dysenterie,, les écoulements, les catarrhes. Des expériences, faites il y a quelques années, à Mont-

COCIIINCIIINE. 211

pellier placent le gauibier eii première ligne parmi les succédanés du quinquina. Dans les Synantliérées, on trouve le Xanthiiim orientale : émollient ; dans les Jasminécs ; le jasminiim ligmtrimim : antispasmodique ; le sésame : émollient. Les Labiées lournissent des plantes stimulantes, emménagogues et toniques, entre autres le Stachys artemisia de Loureiro ; les Amarantacés ; la Celosia caudata: émollient employé contre les maladies des yeux ; et VAmara7itus melancolicus contre la diarrhée chronique et la leucorrhée ; dans les Laurinées, nous trouvons le CinnaMomum Zeilaniciim, très-commun au Cambodge et au Laos: stimulant tonique, el h Cinnamomnni dulce cordial, stimulant, aphrodisiaque; dans les Santalacées, le Sanlalum alhum: sudorilique (Cocliiuchine et Cambodge); dans les Euphorbiacées : le ricin, le croton; dans les Amomées : VAmotnum cardamomum: la cardamome est l'objet d'un grand commerce au Cambodge : stomachique; le Curcuma, le gingembre: stimulants cordiaux; dans les Asparaginécs: le Sniilax china : diurétique et sudorilique ; dans les Graminées : le Milium indicum: émollient; dans les Cycadécs : le Cycas j'ero/uta; diurétique.

Faune. La Faune de la Cochincliiuc, du Cambodge et du Laos, beaucoup moins étudiée que la Flore de ces contrées, offre à l'observation du naturaliste les espèces animales les plus nuisibles comme les plus curieuses, depuis le tigre royal, terreur des populations, auquel les Annamites, dans leur superstilion, adressent des prières et immolent des victimes, jusqu'à Ia grenouille-bœuf i^ni étonne par ses mugissements.

Mammifères. On trouve parmi les quadrumanes : les scmnopitlièques, les guenons et les macaques.

L'éléphant est très-abondant dans les forêts du bas Laos et du Cambodge, et se rencontre en basse Cocbinchinc aux environs de Tay-Ninh et de Baria. Le rhinocéros habile les grandes plaines marécageuses et les clairières. Parmi les carnassiers, on rencontre la panthère, les civettes, les a^ingoustes, l'ours noir jongleur et de singuliers chéiroptères : les Roussettes, chauves-souris gigantesrptes mesurant près d'un mètre d'envergure qui passent le jour suspendues à un arbre ordinairement dépouillé de feuilles , aux branches horizontales duquel elles s'attachent en nombre considérable. Elles restent ainsi exposées au soleil, à la pluie, balancées au gré du vent, abritées seulement par leurs ailes membraneuses dims lesquelleselles se drapent comme dans un manteau (Richaud). Les plus dangereux des ruminants, les buffles, vivent en troupeaux au milieu des pàlurages et des rizières. Nous citerons encore le bœuf à bosse ou zébu (Bos indiens) , dont la taille est moitié moindre que celle du bœuf d'Europe et qui se trouve en abondance, à l'état sauvage, dans toutes les forêls de la vallée du Mé-Kong ; les biches, les chevreuils, les cerfs qui se remisent dans les grandes clairières, au milieu des herbes hautes et touffues. La peau de ces animaux, leurs cornes, leurs bois, sont l'objet d'un commerce assez étendu et s'exportent en Cliine et en Europe.

Le lièvre est commun. Il y a de nombreuses espèces de gros et de petits rats qui dévastent les magasins à riz; la loutre est Ircs-al ondanle dans certains arroyos ; l'écureuil est en nombre dans les foièts du Cambodge et du Laos ; le pangolin s'y rencontre communémeni. Dans ton! le sud de la vallée du Cambodge se trouve un cheval de petite laille, d'alhire vive et fringante, mais peu susceptible de résister à de grandes fatigues. 11 ne se trouve nulle part à l'état sauvage; et d'après Thorel, il y aurait été importé et auiait dégénéré. Le cochon est le plus répandu de tous les quadrupèdes domestiques: le sanglier vit retiré dans les montagnes.

Oiseaux : Les oiseaux abondent en espèces nouvelles. Les Gallinacés surtout y sont largement représentés. 11 y a plusieurs races de poules, entre autres la gi-ande race dite cocliincliinoise, et une autre trcs-remarquablc par la couleur noire de ses os et de sa peau. Partout, dans les fourres épais vivent le coq, la poule sauvage, les faisans : la caille abonde dans les plaines et le paon dans les forêts clairières. Chose remarquable, beaucoup d'oiseaux qui ne perchent pas dans nos contrées, perchent en Cochincliine. Telle est la perdrix rouge du pays; telle est encore la sarcelle extrêmement répandue dans tout le delta du Cambodge, et qu'on voit percher quelquefois par centaines sur les palétuviers et les arbres qui bordent les rivières et les arroyos. Les tourterelles et les pigeons y sont représentés par les espèces les plus variées ; nous citerons, entre autres, le pigeon vert et le pigeon de Poulo-Condor. Les palmipèdes, les échassiers fournissent aux chasseurs un gibier abondant : outre la sarcelle, on trouve le canard, les oies blanches et grises, les râles, la poule d'eau, la bécassine, le pluvier, le vanneau, la bécasse et le courlis. Nous citerons encore comme très-conmiuns : la cigogne ou marabout , la cigogne à collier, la grue antigone, les aigrettes, les ibis, les cormorans et en particulier le pélican dont les plumes servent à la fabrication des éventails et font l'objet d'un commerce assez étendu dans le Rach-gia, province de Ilaticn, en basse Coehinchine. Parmi les autres oiseaux, nous nommerons encore l'argus, l'éperonnier, le tragopan, les kalaos, les martin-pècheurs, les corbeaux, le merle, l'alouetle, les perruches et une variété de bengalis à plumage d'abord gris, puis tacheté de rouge, très-aboudants dans le Cambodge et la basse Coehinchine. Le long des côtes, principalement dans la province de llalien, se rencontre riiirondelle Salangane, dont ou fait le commerce des nids.

Poissons : Les poissons frais séchés ou salés entrent pour beaucoup dans l'alimentation des Indo-Chinois, et forment l'objet d'un commerce très étendu. Les espèces comestibles que l'on apporte sur les marchés sont nombreuses et variées. Beaucoup de poissons de mer remontent les fleuves dans lesquels la marée se fait sentir et viennent s'ajouter au nombre déjà considérable des espèces fluviales. Parmi eux , nous citerons les Orphies et les Hémiramphes, de la famille des Esoces, très-communs à la fois dans les eaux salées, à l'embouchure des rivières et dans les arroyos très-éloigués de la mer. Ils sont redoutés des baigneurs. Un, entre autres, le Ca-Ngoi, est armé d'une mâchoire à bords tranchants, et doué de la propriété de se gouiler d'air quand il est touché. Il s'attaque aux appendices ilottants des nageurs imprudents, aux doigts des pieds, etc., et tranche net la partie saisie qu'il avale gloutonnement (Âurillac).

Les Scombéroïdes sont très-répandus dans les mers qui baignent l'Indo-Cliine et à l'embouchure des fleuves. Ils offrent les poissons que l'on sale en plus grand nombre.

Les Gobioïdes sont communs. Dans les rivières, de nombreux Blennies courent sur leur queue à la surface de l'eau, ou bien marchent sur la vase à marée basse, en s'aidant de leurs nageoires pectorales avec toutes les allures des lézards. Une des familles naturelles les plus considérables, les Clupées, est largement représentée; elle offre à considérer les aloses, les thrisses, les notoptères, les anchois,, les menés, etc. ; toutes ces espèces de Clupées sont utilisées comme chez nous les harengs et les sardines. Parmi les poissons cartilagineux, on trouve le tétrodon et un petit squale du genre marteau très-commun aux environs des embouchures des fleuves.

COCIIINCIIINE. 213

Les poissons d'ari'oyos et d'eau douce sont extrêmement nombreux. Ce son I, en général, des poissons de couleur sombre et au corps visqueux. ]\u'mi eux, la famille des Pharyngiens-Labyrinthiformes est la plus largement représentée. Le genre Ophicépliale est Jo plus abondant de tous. Ce poisson s'enfonce dans les palétuviers au milieu des vases et arrive en rampant à leur pied. Pourvu d'un liquide visqueux qu'il sécrète abondamment, il a la faculté de s'appliquer verticalement au tronc des ai'bres. L'anguille (Luong) abonde dans les Heuves, les arroyos, les ruisseaux et la vase des palétuviers. Parmi les Cyprinoïdes, on rencontre le cyprin et le goujon. Les Siluroïdcs présentent quelques poissons dangereux du genre Pimélode. Nous citerons enfui une vari'Hé de petits poissons de la famille des Pharyngiens: le Ca-Tliia ou poisson de comitat. Quand on met deux de ces poissons dans un vase, on les voit se colorer subitement des plus riches nuances et se livrer un combat acharné, sur le résultat duquel Annamites ou Cambodgiens engagent des paris parfois considérables. Comme nos poissons rouges, on les conserve dans des vases en verre pour jouir plus facilement du coup d'œil de leurs ébats.

Reptiles : Les reptiles rampent en grand nombre sur le sol de la vallée du Cambodge. Les couleuvres y sont répandues d'une façon prodigieuse : on en rencontre à chaque pas dans les montagnes couvertes de forêts, dans les taillis, les fourrés et jusque dans les rivières desséchées pendant la mousson du Nord-Lsl. Le serpent boa, le piton affectionnent les séjours humides. 11 y a un très-grand nombre de serpents à crochets, et cependant il n'y a jamais d'accident à déplorer. Le serpent vert passe pour un des plus dangereux. Dans les lleuves, on voit nager le serpent d'eau qui s'introduit souvent à bord des bâtiments au mouillage.

Parmi les sauriens, nous citerons en particulier les crocodiles ou gavials. La chair de ces animaux est en honneur chez les Annamites, surtout la queue, (pii est un morceau de choix très-recherché.' Elle se déliite à Saigon sur le marché comme la viande de boucherie. On voit sur les bords de l'Arroyo chinois, près de Cao-len, plusieurs parcs remplis de ces amphibies destinés à la consommation. Ils viennent généralement des rivières et des lacs du Cambodge oii on les chasse activement, et fout même l'objet d'un commerce important.

H y a plusieurs manières de leur faire la chasse, et les Annamites, suivant Pallegoix, y sont fort habiles.

Le crocodile sort de l'eau, vient pendant le jour s'étendre sur les rives des Arroyos, et comme le lézard dormir au soleil. Les chasseurs épient ce moment, s'approchent doucement, et, sautant pr'estement sur son dos, lui plongent les doigts dans les yeux, lui lient la gueule et le portent, dans leur barque.

Au (.ambodge, les indigènes traînent à la suite de leur sampan un long bambou armé d'un croc acéré au moyen duquel ils accrochent l'animal pendant qu'il se débat, ils lui passent un nœud coulant à la queue, puis coupant l'extrémité de cette queue, ils introduisent dans le canal vertébral un long rotin qu'ils poussent jusqu'à la tête et tuent ainsi l'animal.

Sur les bords des grands lacs, il y a encore une autre façon assez curieuse de les capturer :

Les chasseurs montés dans une barque qu'ils laissent dériver doucement dans les lieux hantés par les crocodiles, jettent à la trame une sorte démérillon, un gros hameçon entouré comme appât d'entrailles de poisson le plus souvent, et maintenu par une corde longue et solide. Le crocodile vorace ne tarde pas à se

2U COCIIINCIIINE.

précipiter sur cette proie et à la saisir. Les chasseurs rament alors vigoureusement vers la rive ou vers quelques bas-fonds à sec et échouent leur barque. Pendant que l'un des chasseurs saule à terre, tire hors de l'eau l'animal, un autre chasseur, généralement un enfant, saisissant le moment où le corps du crocodile émerge à moitié, lui saule sur le dos en évitant ses coups de queue, ramène les pattes de devant sur le dos et les maintient fixées avec un lieu de bambou, puis fait la môme opération pour les pattes de derrière.

C'est ainsi ficelés que la plupart des caïmans nous arrivent à Saigon pour être livrés à la consommation.

Dans les habitations pullulent les petites espèces de lézards, entre autres le Gecko. Le caméléon y est commun. Il est en général d'une très-petite taille.

Les crapauds, les grenouilles, la grenouille-bœuf grouillent dans les marécages et le long des routes.

La tortue d'eau douce (Iryonix), analogue à celle du Nil, se rencontre communément dans les arroyos.

Invertihrés : Les invertébrés couvrent le sol d'espèces infinies et parfois dangereuses. Les arachnides, les scoipions, les cent-pieds acquièrent dans ces contrées des dimensions très-grandes. Les fourmis rouges et les thermites y pullulent ; les sangsues abondent dans les arroyos et dans les marais, et lus moustiques sont pour les Européens un éternel supplice.

Nous citerons comme espèces utiles : les abeilles qui vivent à l'état sauvage dans les forêts, où elles ruchent dans les trous des arbres; le ver à soie, dont le cocon est moitié plus petit qu'en Europe, et diverses espèces d'araignées qui produisent de la soie.

Anthroiologie. Il n'est peut-être pas de contrée au monde qui offre un champ plus vaste et plus fertile aux études anthropologiques que la vallée du Mé-Kong et les pays montagneux qui la circonscrivent et l'avoisinenl.

Au milieu des populations si nombreuses et si variées que l'on y l'encontre, en présence de documents, déjà abondants, il est vrai, mais le plus souvent vagues, recueillis à titre accessoire dans les publications les plus diverses, il est bien difficile de dissiper l'obscurité qui voile les origines des races humaines qui se sont successivement superposées sur le sol de la Cochinchine, du Cambodge et du Laos, et de connaître, avec certitude, l'histoire de leurs migrations et de leurs mélanges.

C'est là une œuvre que nous n'abordons point sans appréhension et dont nous ne nous dissimulons pas le peu de i igueur scientifique. Toutefois, par le rapprochement des faits historiques connus et de la situation géographique actuelle des races et des populations indigènes; p;u' la comparaison entre les croyances religieuses et les traditions de chacune d'elles ; par l'analogie que l'observation et le raisonnement font découvrir entre leurs caractères ethnographiques, leur langage et leurs monuments archéologiques, on peut, jusqu'à un certain point, établir, dès à présent, les principales époques de l'histoire anthropologique de rindo-Chine.

Parmi les races qui, les unes après les autres, paraissent avoir occupé les contrées méridionales de la péninsule indo-chinoise, les premières qui s'imposent à l'attention, dit Hamy, sont les deux races lîoires dont les travaux les plus récents et les plus sérieux s'accordent à faire les premiers habitants du sud-est de l'Asie.

L'une de ces races, dont le type représentatif a été rapprociié par les uns du

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type cafre (Cliopmaii) et par les autres du type papou (Jacquinot, Earl et de Rosiiy), confondue sous le nom deMoys ou Kémoys avec les tribus sauvages de la Cochinchine, u'olfreplus que quelques vestiges épars dans les lorèls qui recouvrent les dernières ramificalions de ia chaîne orientale de rindo-Chinc. Ces peuplades nègres, comparables en tous points à celles des Samangs dans la presqu'île de Maiacca, et à toutes celles que l'on retrouve encore en nombre dans les îles de la Sonde et aux Philippines, ont par leur sauvage indépendance mérité de survivre jusqu'à nos jours à toutes les révolutions humaines dont ces contrées ■ont été le théâtre, et nous permettent ainsi de reconstituer, par la pensée, les plus anciens habitants du Cambodge.

Des témoignages récents sont venus confirmer leur existence actuelle sur les limites septentrionales de la province de Dicn-llôa dans la Cochinchine liançaise ; ■et iml doute qu'on ne puisse retrouver encore quelques-uns de leurs descendants vers les sommets les plus reculés de la chaîne cochinchinoise, dans ces plateaux encore inexplorés, où vivent les Moys septentrionaux.

A côlé de ces derniers vestiges d'une race d'hommes au teint noir, aux cheveux crépus, au crâne brachycéphale, qui parait avoir préexisté surtout dans les ■contrées occidentales de l'Indo-Chine : presqu'île de Maiacca, golfe de Siam et Cambodge, on rencontre les restes plus nombreux d'une race noire à cheveux lisses présentant la plus grande analogie avec le type océanien. Cette race noire, •que Tliorel désigne sous le nom de malayo-polynésienne, trouve aujourd'hui ses plus anciens représentants dans les tribus sauvages appelées Chams ou Tsiams, dont les ancêtres formèrent jadis le royaume de Tsiampa dans le sud-ost de la |)éninsule.

On peut supposer que cette race, presque contemporaine de la première, a dîi rse fixer daus l'Indo-Cliine, lors du grand courant d'émigration des races austrailasieiîues vers les îles de la Sonde et de l'Océanie. Plus tard, sans doute, une invasion en sens contraire, en ramenant vers la Cochinclime un nouvel élément malais, donna naissance à des groupes plus ou moins tranchés, dont quelques-uns conservent encore de nos jours leur originalité propre.

Parmi eux, nous citerons les Malayres ou Malayous, dont l'écriture et la langue, la religion et les mœurs sont identiques à celles des Malais de nos jours, et qui, sous le nom de Ghvèa-Malayou au Cambodge, et de Chàvà-Chaùdoc eu Cochinchine, forment des groupes de population bien distincts (.lanneau).

Ainsi doue, comme races primitives et aborigènes de l'Indo-Cliine, nous reconnaissons deux races noires, l'une à cheveux laineux et crépus, et dont le type sans mélange peut se retrouver encore ; l'autre à cheveux longs et lisses, dont le type, moins bien conservé, ne se présente à nous, aujourd'hui, que modifié plus ou moins par sou mélange avec les races malaise et jaune.

Les caractères communs à ces sauvages du Sud, dit Thorel, qui offrent d'ailleurs d'assez grandes dissemblances, sont une taille moyenne, un teint brun foncé jamais tout à fait noir. Leur crâne est déprimé et dolycocéphale ; ils ont le front bas, les cheveux plats, noirs, épais et jamais crépus. Leurs oreilles sont généralement très-grandes et fortement tournées en dehors, le lobule très-développé, généralement percé d'un large trou ; leur nez est peu prononcé, moins lai'ge que celui des races indo-siniques, épaté inférieuremeul et à narines dirigées en bas. Les yeux sont droits ou à peiuo obliques: ils sout enfoncés, contrairement à ceux des divers rameaux mongoHques, et protégés par des arcades sourcilières bien saillantes qui portent des sourcils bien fournis et peu écartés de l'ouverture

216 COCIIINCIIINE.

des yeux. Les pommettes sont assez saillantes et développées; la bouche est grande avec lèvres épaisses, charnues et retroussées un peu en dehors ; leurs mâchoires, à peine prognales, portent des dents verticales ou très-peu proclives, de grandeur moyenne, bien rangées et régulières. Ils ont de la barbe ondulée et souvent frisée au menton et sur les joncs. Le système pileux est également assez abondant. Leur physionomie est douce, craintive; leurs sens sont excessivement développés, particulièrement l'ouïe et la vue.... Leurs membres sont longs et grêles ; leur tronc est com-t et carré ; les mollets peu développés et toujours placés haut — »

Bien longtemps avant notre ère commence le premier grand courant d'immigration des races jaunes vers l'Indo-tlhine. Pendant que des rameaux de provenance mongole s'avançaient du nord-ouest de la presqu'île vers le sud, pour venir fonder dans le nord des vallées du Mé-Kong et du Mé-nam, les nations laotienne et siamoise, et sans doute aussi ce vieux royaume Thaï, dont quelques pe\iples de ces contrées gardent encore le souvenir ; un autre rameau, de provenance chinoise, descendant la vallée du Song-Coï, et refoulant devant elle les races noires aborigènes, jetait les fondements des royaumes de Tong-Kin et d'Annam.

la conquête de l'Indo-l^hine par ces peuples de race jaune était à peine commencée, que déjà apparaissaient de nouveaux envahisseurs. La tr..diiion, en effet, conserve le souvenir d'une invasion indienne, deux ou trois siècles seulement avant notre ère. Ces conquérants de race aryenne, superposant leur domination à celle de leurs prédécessein-s, dissociant et renversant l'œuvre de fondation connnencée par eux, descendirent dans la vallée du Mé-Kong, jusquau Cambodge, et vinrent y former ce puissant empire des Kmers, dont les ruines gigantesques d'Angcôr attestent anjourd'luii la grandeur et la civilisation passées.

Il est probable qu'une partie de ces Aryens se dirigeant vers la presqu'île de Malacca, vinrent plus tard coloniser quelqnes-une des îles de la Sonde et principalement Java, où leur présence est constatée par l'histoire, par des poèmes, par des monuments hindous et par une foule d'expressions sanscrites qui se sont mêlées à la langue du pays. (Ilombron et Jacquinol.)

Ainsi donc, les Kmers ou anciens Cambodgiens seraient d'origine indoue. C'est, en effet, ce que semblent prouver les travaux les plus récents et les plus dignes de foi.

M. Janneau, qui a fait le premier de la langue cambodgienne une étude approfondie, reconnaît « qu'elle est un idiome de souche aryaque, qui a gardé, avec une fidélité unique peut-être, et assurément peu soupçonnée jusqu'à ce jour, les formes primitives des racines de la langue mère, si souvent altérées par des flexions grammaticales dans les autres langues indo-européennes ».

D'un autre côté, si l'on considère les ruines d'Angcôr, on remarque que presque tous les sujets sont empruntés au poème du Ramcnjanâ, et que la plupart des types, en partie reproduits par la sculpture, sont indous. Le nom même de Cambodja serait indien et aurait été laissé par les envahisseurs au pays que l'on connaît aujourd'hui sous ce nom (Fergussonj.

Le Ramayanâ sanscrit nous montre du reste les « Cambodjas » enfantés par les mugissements de la vache immaculée Çabala, et M. Janneau nous apprend que la vache est l'objet d'une vénération particulière dans le Cambodge, dès l'antiquité la plus reculée.

Une étude plus approfondie des précieux documents archéologiques rapportés

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tout dernièrement en Franco par M. Delaportc, et qui composent aujourd'hui le curieux musée de Compiègne, viendra, nous n'en doutons point, fournir de nouvelles pi'euves de la fondation du royaume du Cambodge par des guerriers de race arycinie.

Mais ce n'est pas seulement dans la tradition, le langage et les monuments que nous retrouvons les ti'aces de cette origine indoue des anciens Kmers.

A côté des sauvages à type océanien dont nous avons parlé, il existe, en effet, échelonnées le long de la chaîne orientale de l'Indo-Chinc; de nombreuses tribus « sauvages o dont le type, longtemps méconnu et voilé par des descriptions vagues, se rapproche plus ou moins du type caucasique. Les plus méridionaux de ces peuples montagnards sont les « Slieiigs », que l'on rencontre à moins de 100 kilomètres au nord de Saigon, dans le cercle de Tay-Ninli. Le « Slieng », dit Mouhot, atteint une taille un peu au-dessus de la moyenne; sans cire fort, il est bien proportionné et d'apparence robuste. Les traits sont généralement réguliers. Il porte la chevelure longue, tournée en torchon et fixée plus bas par un peigne de bambou; d'épais sourcils et une barbe assez bien fournie quand il ne s'arrache pas les poils des joues, lui donnent un air grave et sombre ; son front est généralement bien développé et annonce une grande intelligence, qui, effectivement, est fort au-dessus de celle des Cambodgiens. »

« A la base de ce front bien développé, ajoute M. llamy, et sous ces sourcils bien dessinés, saillent des arcades assez proéminentes ; le nez, long et mince, a les ailes un peu relevées et le lobule di'passant le niveau de la sous-cloison. Les lèvres sont un peu fortes, les yeux grands et bien fendus; la bouche moyenne et le menton pointu font que les « Stiengs » se rapprochent beaucoup plus de la race indoue que de tout autre indigène de l'Asie orientale. »

Leurs aptitudes, leurs coutumes et leurs mœui-s paraissent confirmer cette opinion émise pom- la première fois par de Larclause.

Ces « Stiengs » font partie d'un groupe de populalious situées du 12"'« au 15""= degré de latitude nord, entre la rive gauche du Mé-Kong et les montagnes, au nord et nord-ouest des Chiams ou Chiampas, au nord des nègres Kémoys. Quelques-unes s'étendent même sur le versant oriental de la chaîne, et d'autres, s'avançant sur la rive droite du fleuve, limitent au nord-ouest nos possessions françaises. Ce sont les Kouis ou Kuoi, dont les Cambodgiens actuels disent qu'ils ne sont pas des sauvages, mais des Cambodgiens d'autrefois (Jeanneau), et les Rôdé Redais ou Rôdais. Les premiers exploitent les luinerais de fer et les seconds font le commerce des chevaux. C'est sans doute aux professions utiles qu'exercent les sauvages de ces deux peuplades, tout autant qu'à la parenté que la tradition leur assigne avec les anciens Kmers, qu'ils doivent d'échapper à l'esclavage qui décime, depuis quelques années surtout, toutes les autres tribus (Hamy).

Outre les Stiengs, les Kouis et les Rôdé, on rencontre, en allant du sud au nord, et de la plaine vers la juontagne, diverses tribus dont la plupart ne sont connues que de nom. Ce sont les « Gnongs », les « Onchos », les « Quân-dés », les « Penongs » , les « Khas » , les « Halangs » , les « Beungaos ou Rongaos » , les « Giaraïs ou Charaïs », les « Cannars », les « Cédans », les « Huei », les ft Cannam » les « Souc » et les « Lolos ». Ces derniers, qui, suivant Thorel, n'habitent que les sommets des hautes montagnes, représenteraient le spécimen le plus pur des sauvages au type caucasique. « Cette curieuse tribu, dit-il, qui ressemble non-seujement aux races indo-européennes parles traits, mais encore

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par la manière de se vèiir, tout à fait différente chez les femmes de celle des peuples indo-chinois, est composée d'individus grands et vigoureux. Ils ont la ligure énergique, les traits accentués, le profil droit, les yeux horizontaux et bien ouverts, le nez droit, assez développé, et parfois busrpié; les pommettes non saillantes, le visage presque ovale, le Iront assez haut, la barbe souvent frisée et plus abondante que chez les peuples voisins. Leurs formes sont accusées, les muscles bien dessinés ; mais leur teint est brun et ne permettrait pas, si l'on n'avait les caractères précédents, de les dif érencier des autres sauvages. L'angle formé par la branche montante du maxillaire inférieur avec le corps se rapproche beaucoup de l'angle droit, ce qui permet de les distinguer assez facilement des Chinois, des Laotiens et des autres tribus sauvages, chez lesquelles cet angle est ordinairement très-ouvert. »

11 est bien difficile, en effet, de méconnaître chez toutes ou presque toutes ces tribus les traces d'un mélange plus ou moins complet avec les peuples de race jaune. Les peuplades les plus indépendantes, qui ont cherché un refuge sur le sommet des hautes montagnes, sont sans doute celles où les caractères principaux de la race primitive doivent se rencontrer le mieux. C'est ce que nous venons de constater chez les « Lolos » , de Thorel ; et c'est, selon quelques voyageurs, ce que présenteraient, peut-être plus (pie tout autre, les sauvages appelés <i Charaïs <• ou Giaraïs, que l'on trouve vers le 14""^ degré de latitude. l)e Canié nous apprend que les « Charaïs » entourent de vénération deux personnages de leur tribu (pii portent, l'un le nom de roi du feu, l'autre, celui de roi de l'eau. Le roi du feu est le plus important. On assure que les rois de Cambodge et de la Gochinchine lui envoient encore des ambassades périodiques, et qu'il est connu et honoré de toutes les autres tribus sauvages, jusqu'aux frontières de la Chine.

Devons-nous admettre, d'après l'existence de ce vestige de suprématie ancienne, que les « Charaïs » ont été jadis les chefs reconnus d'une nation puissante; et, que c'est chez eux que l'anthropologiste retrouvera inallérés les traits de ces conquérants Aryens qui, moins heureux et moins nombreux, sans doute, que ceux qui envahirent l'Hindoustan, ne surent point garder leur suprématie sur les races jaunes qu'ils axaient d'abord soimiises? Telle est l'hypothèse émise par M. Hamy, hypothèse que nous acceptons complètement, et qui, selon nous, trouve déjà sa confirmation dans les récents travaux de M. Jamieau.

Il est permis de supposer, en effet, que les guerriers Aryens qui pénétrèrent dans la presqu'île transgangétique, ne furent qu'un faible rameau détaché de la l'ace conquérante de rindoustan. Affaiblis encore par la dispersion d'une partie d'entre eux dans les îles de la Sonde, ils restèrent en trop petit nombre pour ne pas être absorbés, avec le temps, par les races soumises; et cette suprématie, qu'ils avaient conquise par leur valeur et leur esprit de civilisation, devait, tôt ou tard, disparaître submergée sous les flots montants des nations d'origine mongolique.

Les peuples Thaïs, en effet, longtemps arrêtés dans leur mouvement d'immigration, par la conquête aryenne, formaient, vers la fin du treizième siècle, autour du royaume du Cambodge, comme un cercle mouvant dont les limites, se rétrécissant de plus en plus, devaient bientôt l'étreindre et l'absorber.

Pendant que les populations laotiennes se rendaient indépendantes dans toute la vallée du Mé-Kong, la nation siamoise opérant son mouvement de descente dans la vallée du Mé-Nam, venait former à l'ouest du Cambodge un royaume

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puissant. Déjà vers la fin du seizième siècle, le souvenir de la splcudide capitale ùes Kmers est effacé dans l'esprit même des habitants de ce pays.

Ainsi donc, la majeure partie des Aryens de l'Indo-Chine, abâtardis à la longue par leur mélange successif avec les races aborigènes et jaunes, oubliant peu à peu les traditions glorieuses de leurs ancêtres, dépossédés de leurs plus belles provinces, seraient devenus, avec le temps, la race dégénérée qui peuiile aujourd'hui cet infime royaume du Cauibodge, que la protection seule de la France est venue empèclier de disparaître.

Pourtant un certain nombre d'enire eux, pour échappera la servitude, auraient fui vers les montagnes de l'est, subissant les uns plus que les autres les mélanges que nous avons pu constater; les plus indépendants, gagnant les «ommels les plus recules, et gardant à peu près intacts en eux les caractères primitifs qui nous ont permis deles reconnaître. Thorel, auquel nous empruntons le portrait des ('ambodgiens actuels, a parfaitement signalé les points de res semblance de ces derniers avec les tribus sauvages des montagnes, mais il en a attribué la cause à leurs croisements avec les nombreux esclaves qu'ils ont l'habitude d'aller prendre chez eux.

M. Janneau, dans son étude remarquable sur le Cambodge, a relevé tout ce qu'a de particulièrement odieux ce tratie de chair humaine, qui est, dit-il, une véritable traite de blancs. Et, certes, nous ne pouvons nous empêcher de montrer, avec quelle certitude, ce savant, dans sou indignation même, s'exprime sur le caractère ethnique du groupe que nous venons d'étudier.

11 l'ait remarquer avec juste raison : « Qu'avant de bouleverser le monde entier de nos tirades humanitaires pour réclamer l'émancipation des sujets du roi de Dahomey, il eût été plus logique de jeter un coup d'œil de pitié sur les sauvages blancs de race aryaque, nos parents en ligne directe, dans la grande famille humaine, vendus comme des bêtes de somme, par quelques bâtards croisés de sang mongol. »

Mais tandis que les races jaunes de l'ouest de l'Indo-Chinesecouaientlejoug des anciens Kmers, la nation Annamite s'avau' anl du Tong-Kin, vers le sud de la péninsule, chassait devant elle les Chiams ou Chiampas, qu'elle rejetait à son tour dans les montagnes du sud, et dont quelques-uns lutt lient encore au dernier siècle sous le nom de « Loyes » contre leurs conquérants.

11 est probable qu'à cette époque, un grand nombre de ces aborigènes ont dû repasser en Malaisie, tandis que d'autres, se rencontrant dans la basse Cochinchine avec les Cambodgiens, ont, par leur mélange avec ces derniers, imprimé à leurs traits ces caractères de race malaise que la plupart des voyageurs ont constatés chez eux (Chapman, Garnier). « Le Cambodgien actuel, dit Thorel, est plus grand ■et surtout plus robuste que l'Annamite; son système musculaire est bien développé, son teint jaunâtre comme celui de toutes les races indo-siniques est ordinairement un peu plus foncé, et rappelle souvent celui des Malais, race avec laquelle il a beaucoup d'autres points de ressemblance. Le crâne est ovoïdal (dolichocéphale) ; les yeux sont très-peu ou à peine obliques ; la paupière supérieure est très-légèrement bridée ; le nez est un peu plus proéminent que celui de l'Annamite; les pommettes sont moyennement saillantes. Le bassin n'est pas élargi transversalement comme celui des Cochinchinois ; les jambes sont droites, parfaitement articulées sur le bassin. »

La basse Cochinchine, habitée d'abord par les races noires aborigi^-nes, devint, sous la domination des Kmers, une des plus riches provinces du royaume du

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Cambodge. Mais lorsque ces derniers disparurent pour ce'der la place à leurs indignes descendants, cette contrée vit sa population décroître et se disséminer peu à peu. Objet de convoitise pour les Annamites, qui, après avoir secoué la suzeraineté chinoise, avaient marché de conquête en conquête jusqu'au sud de l'ancien royaume de Tsiampa, elle ne tarda pas à devenir la proie de ces hmtiables émigrauts. « Chaque jour de nouveaux villages se construisaient avec l'assentiment du souverain Cambodgien, qui ne comprit toute l'étendue de la iaulc qu'il avait commise en laissant pénétrer les Annamites en grand nombre au cœur de son territoire que le jour où par la \ iolence, ils lui enlevèrent la Gia- Dinh (province de Saigon), dont il les avait laissé coloniser une vaste surface (Hieunier).

La conquête des autres provinces ne se fit point longtemps attendre ; et aujourd'hui on ne trouve plus que quelques restes épars de la population Cambodgienne dans le fond des provinces de Vinh-Long , de Chau-Doc et de Ha-Tieii.

L'Annamite est, de tous les peuples mongoliques qui ont envahi l'Indo-Chine, celui qui a subi le moins de croisements avec les nations aborigènes et quia conservé le plus complètement les caractères distinctifs de la race jaune. C'est même là un point sur lequel nous devons insister.

Tandis que dans la vallée du Cambodge, le mélange des Laos avec les anciens Kniers semble avoir porté ces populations au premier rang des Indo-Chinois, les Annamites sont restés, ou sont devenus peut-être, les moins bien partagés de tous, sous le rapport physique. « Le Laotien, dit Thorel, est le mieux proportioruié des Indo-Chinois ; il tient du Chinois, du Birman, dé l'Annamile, du Cambodgien, du Malais, mais surtout des sauvages aborigènes. Sa stature rappelle un peu celle de l'Hindou ; il est élancé, assez fin dans sa démarche, souple dans ses mouvements. Son teint plus pâle ordinairement que celui des peuples circonvoisins, se rapproche de celui des Chinois. Sa face est toujours plate, ses pommelles saillantes, son nez commence à être plus proéminent, moins épaté; et chez un assez grand nombre d'individus, on constate des nez droits comme celui qu'ils donnent à la statue de leur Boudha. »

Au milieu de cette confusion de types, Lemire a cherché à trouver les caractères d'une race : la race Lao-Indienne, qui, d'après tout ce que nous avons vii, ne différerait guère de la race Cambodgienne actuelle, si ce n'est par une infusion moindre de saug Malais.

Nous allons maintenant donner, tant au physique qu'au moral, le portrait de l'Aunaniitc en nous aidant de la plupart des travaux publiés à ce sujet.

D'après le père Legrand de la Lyraye et Thorel, l'Annamite est le plus laid et le plus mal bâti des Indo-Chinois. Il est plus petit et moins vigoureux que les individus provenant des races qui l'entourent. Le visage est de couleur cannelle rarement coloré par le sang, même quand celui-ci est le plus stimulé. Le système pileux est faible ; presque tous les Annamites sont glabres, excepté au pubis et sous les aisselles. La barbe est rare, droite et clair-semée. Leurs cheveux sont noirs, longs, abondants, souples et lisses (Richard). Les deux sexes les portent relevés en chignon derrière la tête. La face est plate, osseuse, anguleuse et lozangique, autrement dit : eurignate. Ce caractère existe chez lui à son summum (Thorel). Le front est large inférieuremcnt, mais étroit à sa partie supérieure et légèrement fuyant. Les yeux sont petits, à fleur de tête, obliques. Les paupières, bridées aux commissures, sont souvent épaisses ; et dans quelques cas fout saillie sur les arcades sourcilièrcs (Richard). Les sourcils sont mal dessinés,

COCIIINCIIINE. 221

tantôt Icgcrcmcnt arques et tantôt obliques ; ils sont peu fournis. Les pommettes sont très-saillantes. Le nez est large, petit, enfoncé à sa racine; épaté inférieurcment, avec les narines larges et aplaties. La bouche n'est ni grande ni petite, les lèvres sont épaisses. Le corps est trapu, large, la taille est à peine indiquée ; le bassin est très-large et la partie supérieure des fémurs écartée ; ce qui provoque dans leur démarche une sorte de claudication caractéristique (Legrand de la Lyraye). Les mains sont étroites et longues avec les doigts noueux (l'allu) ; les jambes sont souvent arquées. Un caractère distinctif serait l'écartement en dedans du gros orteil (Tliorel)

« Les Annamites de la basse Gochinchine ou du Sud, ajoute ce dernier observateur, sont sensiblement plus faibles et de plus petite taille que ceux du Nord; différences qui tiennent, selon toute vraisemblance, à leur genre de vie au milieu des rizières, et à l'acliou de rimpahulisme. »

Cette race, dit à son tour Foucault, est une race dégénérée à en juger par la chétivité des femmes et des enfants. Nous n'avons nulle répugnance à admettre une semblable opinion; et, sans aucun doute, le défaut de croisement 'avec les races autochtones doit être considéré comme la cause première de cet amoindrissement physique du type Annamite dans des contrées si différentes de son pays originaire. Nous allons donner ici, d'après Richard, les quelques mesures ethnographiques du crâne de rAnuamite dans la basse Cochinchino.

Axe horizontal delà tète, chi point sous-nasal, au plan vcrticaltangentàlapartie postérieure de la tète : 0"',206.

Projection crânienne : 0'",0714.

Projection postérieure; prise du conduit auditif au plan vertical tangent à la partie postérieure de la tète : 0"',H0.

Piojection crânienne totale dans le sens antéro-postérieur, la tète étant horizontale (le point extérieur pris un peu au-dessus du nez), la ligne tangente aux sourcils : 0"',182.

Hauteur sus-auriculaire du point sus-nasal à la projection crânienne : 0"\OTô.

Prognatismc ou projection crânienne : Û"',0243.

Ligue faciale : 0"',(l7G.

Angle facial de Camper : le sommet de l'angle situé au point sous-nasal : 72 degrés.

Taille moyenne de l'Annamite : 'l'",57.

Le portrait que l'on a tracé, en général, du caractère moral des Cochinchinois, répond à l'étude physique que nous venons d'en faire. Paresseux et indifférents en religion comme en politique, ils ne manquent pas cependant d'une certaine mtcUigence. Essentiellement cultivateurs, et ne demandant à la terre que le strict nécessaire, ils ont perdu toute initiative nationale; et les soulèvements que nous avons eus à réprimer dans le commencement de notre occupation étaient dus à la seule pression de la cour d'Hué.

De la même origine que les Chinois et reconnaissant la supériorité de leur civilisation et de leur commerce, les Annamites ont laissé s'établir chez eux de nondjreuscs colonies chinoises. La principale d'entre elles en Cochinchine, est depuis 1778, la ville de Clioleu,à 5 kilomètres de Saigon, ville de 50,(iOU habitantsqui renferme plus de 10,000 Chinois. La communauté de religion et d'usages ont amené de fréquents croisements entre les deux peuples, lesquels se sont trouvés favorisés encore par l'iiabitude qu'ont les Chinois d'émigrer seuls, et de laisser leur famille en Chine. Ces croisements ont doimé naissance à des métis,

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comjus sous le nom de Miiih-IIuongs. Chose remarquable, ces métis, d'abord supérieurs aux deux races mères, finissent par se confondre à la deuxième géuéi aliou avec les Annamites dont ils reprennent les usages et la langue. Un instant retrempé par son mélange avec le sang cliinois, le type dégénéré reparaît bientôt.

11 n'en est plus de même quand l'Annamite vient à se croiser avec les liabitaiils des montagnes. Ici l'influence et la supériorité du type aryen, quoique affaibli, se retrouvent dans les produits de ce croisement.

« Ces métis, dit M. Jeanneau, sont généralement bien découplés, un peu plus glands (pic les Annamites de race pure de nos provinces; ils sont doués d'iuie intelligence au moins égale à celle de ces derniers. Us sont recoimaissabJos à la couleur bronzée de lem' teint, semblable à celui des Européens qui ont longtemps séjourné en Algérie, à la coloration blanche de la base des ongles, à la teinte d'un blanc éclatant de la sclérotique, à celle franchement iioire de la prunelle, au cercle bleuâtre qui cerne leurs paupières. Ils ont rarement le nez des races mongoliques ; et la conformation de la main présente chez eux des particularités très-renuirquables pour les proportions relatives des doigts, la phalange médiane et celle de l'extrémité ayant un développement plus considérable que chez les xVnnamiles. « M. Jeanneau indique ces métis comme relativement nombreux dans le cercle de Bària. a On trouve parmi eux, écrit-il, quelques individus au nez grec, pourvus d'une barbe noire fine et bien fournie, avec un ensend)le de physionomie tel, que, sous un costume européen, on aurait beaucoup de peineàle> distinguer des Français brunis par le soleil. Les observations de cet écrivain viennent ainsi coi'roborer l'opinion déjà émise par nous. Qu'il nous soit donc permis de le dire ici : Tout en laissant pour le moment la plus grande latitude à l'émigration chinoise et au développement de son commerce et de son industrie, le devoir du gouvernement est de comprendre que l'avenir de la colonie est dans la sélection du sol en faveur du croisement de la race annamite avec les races d'origine aryenne; que celles-ci soient représentées par les anciens conquérants, les tribus sauvages des montagnes, ou par les conquérants d'aujourd'hui : les colons européens ! . . .

GÉOGRAi'MiE POLITIQUE. DÉJioGfiAPHiE. HvciÈNE. Bus Loos et Cambodge: Le Laos méridional ou Laos siamois occupe toute la vallée du Cambodge, depuis le \¥ degré de latitude nord jusqu'au ^O"" environ. Il est limité, à l'est parla chaîne de moutngnes qui borde la Cochinchine et le Tonking, à l'ouest par les contre-forts irréguliers qui séparent la vallée du Mé-Kong de celle de ,Vé-nani.

Il est partagé en un grand nombre de provinces dont tous les gouverneurs relèvent directement de Bangkock. Le gouvernement siamois a conservé, à la tète de ces proviue s, des chefs issus des grandes familles du pays, et a même laissé le titre de roi aux descendants de race royale. Parmi les royaumes Laotiens, dont quelques-uns ont brillé d'un vif éclat, nous citerons : ceux de Luang-Prubang, de Vienchan, de Bassac et de Oubon ; p.u-mi les provinces : celles de Touly-Uepou, de Mulu-Prey, de Sanckéa, de Souren, de Tcbéoucan, de Sisaket, de Domdet, de Stung-Treng, de Sieng-Pang, d'A.topeu, de Saravan.

Il est assez difficile de se rendre un compte exact du chiffre de la population laotieime dans ces contrées en partie désertes. On peut toutefois l'évaluer à près de 3,000,^ 00 d'habitants.

Le royaume actuel du Cambodge est situé au nord de la Cochinchine française entre le 100" et le 105" longitude est de Paris et comprend cà peine, dans son étendue nord et sud, deux degi-és en latitude (entre le 1 l'et le 14" degié uoid).

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Vestige bien amoiiidri de l'ancien et puissant royaume des Kmers, il ne possède plus même sur son territoire lesruines admirables de sapremièrc capitale : « Aug-Cor la Grande. »

Tributaiie du roi de Siamjusqu'eu 18G3, la France, à cette époque, vint l'empêchcr de disparaître à jamais eu le prenant sous son protectorat.

Il comprend les provinces de Gompong-Som, de Stroc-Trang (Pnom-Pcnh^ de Pursat, de Compong-Soai, de Tonly-Thom, sur la rive droite du Mé-Kong; celles de Ba-Pnom, do Tlibong-Kmôm et de Somboc-Sombor sur la rive gauclie , entre le fleuve et la trontière d'Annam. La population tout entière du Cambodge ne dépasse pas 1 ,200,000 babitauts.

Les villages qui donnent leur nom aux provinces ne sont, pour la plu})art, qu'un amas d'babitations misérables. Pour donner une idée du triste état dans lequel ce pays est aujourd'hui tombé, nous reproduirons la description que Brossard de Corbigny a tracée de la capitale du Cambodge: Pnom-Penh ou Nani-Vang.

« La capitale cambodgienne n'est qu'une double rangée de cases boiteuses déroulées près du fleuve, sur une grande longueur, il est vrai, mais sans aucune profondeur. Une seule rue, un chemin plutôt, sépare ces pauvres habitations construites, pour la plupart, avec des l'euilles et du Jjambou ; sur le devant de 1 1 casu, un petit étalage de vases en cuivre, de poteries communes et de cotonnades européennes masque aux regards les profondeurs obscures où grouillent pèlemèle avec les chiens, les porcs et les coqs de condjat, les jeunes produits , variés à l'intini, de tous les croisements des races indo-chinoises. »

Dans le Cambodge comme dans le Laos méridional, le mode de construction est le même. Partout, les grands centres de population, comme les plus petits villages, se composent de longues séries de maisons parallèles au fleuve. Le bambou, le rotin et le bois sont les seuls matériaux employés dans la construction dos habitations. Elles sont toutes élevées au-dessus du sol, d'une hauteur qui dépasse rarement deux mètres, par deux ou trois rangées de colonnes en bois dur. Le cloisonnage intérieur et les murailles sont faits avec des bambous jeunes écrasés, puis tressés. La plus grande longueur des maisons est ordinairement dans le sens dulJeuve; les toits sont recouverts en paille, très inclinés ; et ils descendent très-bas pour abriter l'intérieur de la case du soleil et de la pluie. En général, une habitation confortable se compose de deux maisons parallèles, séparées quelquefois par une petite terrasse; l'une des maisons sert au maître, l'autre aux esclaves ; la terrasse est une sorte de vestibule de communication ; on y reçoit, on y traite les affaires. Le dessous de la maison sert de remise pour les cliars, les instruments de travail et de pèche; les femmes y établissent leur métier à filer. L'ameublement est des plus simples, même chez les plus riches mandarins ; le plancher est recouvert de nattes sur lesquelles on s'accroupit auprès d'un coussin (Garnier) .

Le costume est aussi le même dans le Laos et le Cambodge. 11 se compose, pour les gens du commun, d'une simple pièce de cotonnade passée entre les jambes et autour de la ceinture. C'est le langouti des Européens ; les indigènes l'appellent pha-nong.

Pour les gens d'un certain rang, le langouti est en soie; et on y ajoute souvent une petite veste boutonnée droit sur la poitrine, à manches étroites, et une autre pièce d'étoflè, également en soie, que l'on porte soit en écharpe autour du cou, soit en ceinture.

Les hommes ont la tète rasée, et ne conservent qu'un rond de cheveux lonjis de 3 ou 4 centimètres sur le sommet de la tête. La coiffure et la chaussure ne sont point en usage; seuls les gens de peine et les halelicrs, quand ils travaillent ou quand ils rament sous un soleil ardent, se couvrent la tête d'un immense chapeau de paille presque plat qui ressemble à un parasol. Les gens riches portent quelquefois des espèces de pantoufles ou de mules qui paraissent les gêner beaucoup, et qu'ils quittent dès qu'ils en trouvent l'occasion.

Les femmes cambodgiennes ne sont guère plus vêtues que les hommes. Le langouli, au lieu d'être relevé entre les deux jambes, est simplement serré à la ceinture, et tombe un peu au-dessus des genoux, de manière à former comme une ( spèce de jupon court et collant que l'on appelle Sin. En général, une seconde pièce d'étoffe se drape sur la poitrine et se rejette sur l'une ou l'autre épaule sans grand souci de cacher les seins. Les cheveux, qui sont toujours d'un noir magnifique, sont taillés de la même fiiçon que chez les hommes. Seulement, de chaque cùlé du rond qu'ils forment ainsi sur le sommet de la lête, descendent au devant des oreilles deux boucles plus ou moins longues et ondulées.

Une bandelette en étoffe ou en paille tressée, large de deux travers de doigt, limile en avant cette espèce de disque en cheveux, et leur forme comme un petit diadème qu'elles ornent souvent de (pielques fleurs. Chez les femmes du Laos, la coiffure est différente : les cheveux sont portés en fonte intégrité et relevés en chignon sur le sommet de la tète. Toutes portent, au cou, aux bras et aux jambes, des cercles d'or, d'argent ou de cuivre, entassés quelquefois en assez grand nondjre les uns au-dessus des autres. Les pkis pauvres se contentent de cordons de coton ou de soie, auxquels sont pendues, surtout chez les enfants, de petites amulettes données par les prêtres comme talismans contre les sortilèges ou comme remèdes contre les maladies.

La religion des Indo-Chinois est le Boudhisme. Au Laos et au Cambodge, le rite suivi se rapproche des rites de l'Inde ; la langue sacrée est le pâli.

Les cérémonies quotidiennes du culte sont des plus simples et parfois des plus touchantes. Les fidèles viennent isolément au temple déposer sur l'autel un peu de riz, des fleurs, faire brûler des bougies ou quelques fils de coton imbibés d'huile, pour appeler la bénédiction de Boudha sur leur famille ou sur leurs champs; quelquefois on apporte une offrande de viande ou de fruits pour un parent ou un ami en voyage. Le bonze appelé récite une prière à l'intention qu'on lui indique, soit en langue vulgaire , soit en pâli ; cette dernière prière passe pour bien meilleure, mais ne se récite qu'autant que le cadeau est considérable (Garnier).

Ainsi qu'à Siam, la crémation est en usage chez les populations du Laos et du Cambodge. Mais elle est en général l'apanage des chefs et des grands personnages; cette cérémonie funéraire se fait avec pompe et magnificence, et n'est souvent que le prélude de fêtes qui se prolongent pendant plusieurs jours et dégénèrent presque toujours en orgies. Les Moys vivent par groupes pins ou moins importants, ici très-rapprocbés, là très-éloignés les uns des autres; véritable population flottante, ils s'établissent pour un temps, trois années généralement, au milieu d'une clairière qu'ils défrichent et dont ils épuisent la fécondité par des cultures faciles. Puis la tribu se déplace de nouveau, emportant avec elle ses buffles, sa maison et la dernière récolte. L'habitation des Moys se compose d'une seule case abritant de cent à cent cinquante individus. Elle est élevée sur des pieux à 2 ou 3 mètres au-dessus du sol, et se compose de trois compar-

COCIIINCIIINE.

limen.ls : un pour le chef, l'autre pour les vieillards, le troisième, plus vaste, pour les autres membres do rassociatioii. 11 n'y a pour tout ameublement que des nattes, des engins de cliasse et les dépouilles des animaux tués.

Cochinchine annamite et Cochiiicidtie française. La haute Cochinchine et la Cochinchine moyenne forment, avec le Tonquin, l'empire d'Annam actuel.

La haute Cochinchine comprend cinq provinces, qui sont du nord au sud : celles de N''lié-an, deBô-chiidi, anciennes provinces tonquinoiscs, dcQuang-Binh, de Quang-Tri, de Quang-Duc ou de Hué (appelée aussi ThuaTliièn ou Hué-pliu).

La Cochinchine moyenne comprend six provinces : celles de Qnang-nam, qui contient la baie de Tourane, de Quang-ngai, de Binh-dinh ou Qui-nhon, de Phù-yen, de Nha-lrang et de Biuh-tùau. Cette dernière formait jadis la plus grande partie du royaume de Cliampa ou Tsiampa.

On peut évaluer la population de cette partie de l'empire d'Annam à 6,000,000 d'habitants environ.

11 nous sera plus facile d'établir approximativement le chiffre de la population dans la basse Cochinchine ou Cochinchine française.

Celle-ci, appelée avant la conquête : Gia-dinh ou Nan-ki, était divisée en 6 provinces.

Ces provinces ont été reconnues définitivement à la France, par le traité conclu en 1867 avec la cour de Hué. La colonie a de plus été partagée en '28 circonscriptions administratives ou inspections régies par des fonctionnaires portant le titre d'inspecteurs et relevant de l'autoiùté du directeur de l'intérieur, lequel réside à Saigon. Elle compte en tout 202 cantons et 2,38i villages, dont 204 sont Cambodgiens et 57 Moys.

Nous donnons ici leur répartition, d'après l'annuaire de la marine de 1869.

PROVINCK DE SAIGON.

Ï^EI'T I.XSPECTIO.NS.

CANTONS

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