‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.18Chapitre 25 sur 63 · DEUX INSPECTIONS · texte numérisé non relu

DEUX INSPECTIONS

CANTONS

VILLAGES

MAnciiÉs.

POPOLATION.

Ha-liên

(2 Camliodgiens)

(26 Cambodgiens)

Totaux

COCIIINCIIINE. 227

D'après ce recensement, auquel il faudrait ajouter près de 57,000 Chinois et plus de 16,000 Malais, ainsi que la population de Saigon, qui peut être évaluée à 10,001) âmes, la population totale de la basse Cochinchine atteindrait le chiffre de 1,300,000 habitants.

Vial pense qu'on peut la porter sans erreur à 2,000,000 habitants.

Les Annamites sont d'un caractère doux et docile, mais dissimulé et craintif sous l'autorité. Ils n'ont aucun goût, aucune aptitude pour le commei'ce ; celui-ci est tout entier entre les mains des Chinois. Agriculteur pendant la récolte du riz, l'Annamite vit le reste du temps de la vie de batelier nomade, dans les nombreux arroyos qui sillonnent la Cochinchine. Le sampan (espèce de barque recouverte de nattes), telle est la demeure du plus grand nombre. A terre, sur les rives des fleuves et des arroyos, les babitations sont en général de simples hangars formés par la réunion d'un certain nombre de fermes en bois portant une toiture de feuilles de palmier d'eau. La maison est fermée par un ■lattis de palétuviers, percé seulement devant et derrière d'une porte à charnière, qu'on soulève et soutient horizontalement le jour au moyeu d"un bâton, et qu'on laisse retomber la nuit.

Les cloisons intériein^es sont formées par des nattes en paille ; sur le sol, s'agitent et roulent pèle-mèle des enfants complètement nus, des poules, des canards, des chiens, des porcs, vivant ensemble dans la meilleure intelligence. Un cadre de bois recouvert d'une natte, quelques tables boîteu>es, un grand coffre de bois qui sert de garde-robe, de grands paniers en rotin ou en bambou tressé ; dans le fond un petit autel dédié auv ancêtres, tel est l'ameublement.

Le costume de l'Annamite diffère de celui du Cambodgien et du Laotien. Les hommes et les vieilles matrones portent le turban en cotonnade bleue, rouge ou noire pour l'homme du peuple, en crépon noir pour les notables ( t les mandarins, [.e vêtement est à peu près le 'même pour les individus des deux sexes, et consiste en un pantalon court, très-large, une robe à manches collantes boutonnant sur le cjté droit, et descendant jusqu'aux genoux. Celle des femmes est en général un peu plus longue que celle des hommes. Les riches en portent plusieurs à la fois, passées les unes au-dessus des autres, et de couleur différente.

Comme au Cambodge et au Laos, les femmes ont une véritable passion pour les bijoux. Elles portent des boucles d'oreille, des colliers et de nombreux bracelets, dont la nature et la forme varient suivant qu'elles sont filles, femmes, mères ou matrones. Malgré son goût pour le luxe, l'Annamite est en général d'une malpropreté révoltante. 11 ne lave pas plus son corps qu'il ne nettoie ses vêtements.

Les Cocbinchinois comme les Annamites n'ont d'autre religion qu'un boudhisme corrompu. Le culte populaire consiste presque uniquement dans l'adoration de génies bons ou méchants, dont la plupart sont des êtres femelles qu'on appelle bâ ou madame, et cô mademoiselle. Boudha est adoré sous le nom de Phàt, et le ciel est pei'sonnifié à son tour, sous le nom de Ong Troï (monsieur le Ciel).

Mais, comme chez les Chinois, la véritable religion est, au fond, le culte rendu aux ancêtres. Leur souvenir est placé sous la protection du génie du foyer, dont le symbole est une triade composée d'une femme entre deux hommes. Les âmes des morts qu'ils enterrent, peuplent l'espace à l'état d'esprits, et choisissent de préférence pour asile les sites verdoyants et ombragés que la piété de leurs descendants leur ménage. Le renouvellement de l'année est célébré par une

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grande fête en leur honneur, appelée le Têt. Durant quatre jours, les travaux et les occupations cessent ; on ne va même plus au marché. Les familles réunissent tous leurs membres poin- aller en pompe dégager des herbes envahissantes les tombes qu'on pare de fleurs, et célébrer de grands festins.

De la Cochinchine française dépendent plusieurs îles, dont les principales sont celles de Poulo-Condore, de Poulo-Ubi et de Poulo-Phûquoc ou Koh-Duc. Poulo- Gondore, appelée par les indigènes Poulo-Con-non (ile aux citrouilles), est située entre 8°,38' et 8«,46' de latitude N., et entre 104M0' et 104",18' de long. E. à lUO milles environ du cap Saint-Jacques. Essentiellement volcanique et de forme très-irrégulière, cette île court du N.-E. au S.-O., et son grand diamètre est de 18 kilomètres. Dans son extrémité sud, une baie profonde (baie du S.-O.) la sépare en deux parties très-inégales, la grande et la petite Condore, reliées entre elles par un isthme étroit que submergent les hautes marées. La superficie de la Grande-Gondore ou Cou-non peut être évaluée à 5,465 hectares, celle de la Petite-Condore ou Bae-Vioung n'est que de 559 hectares, c'est à-dire un peu plus du dixième de la superficie totale. Bae-Yioung est entièrement couverte par des montagnes; la hauteur de ses sommets les plus élevés est de 216 mètres envii'on. La Grande-Gondore est montagneuse aussi dans la plas grande partie de son étendue, les quatre cinquièmes à peu près. Partout sur les montagnes et dans les villes apparaît la luxuriante végétation des tropiques. Les rizières couvrent presque entièrement les plaines qui bordent la côte est de l'ile. D'après Viaud, le climat de Poulo-Condore serait très-salubre.

Poulo-Ubi (île aux ignames), située à quelques milles dans le sud de la pointe Ganian ou cap du Cambodge, est une île sans importance qui n'a que 10 milles de long.

Poulo-Phuequoc ou Koh-Duc (île éloignée), située dans le golfe de Ha-tien entre 10° et 10", oO' latitude N., à 20 milles environ de Ha-tien, est aussi grande que Poulo-Condore, et abonde en ressources de toute espèce, bois, fruits, bestiaux. Sa population relativement très-importante est composée de Cochinchinois et de Chinois qui se livrent à la culture, à la pêche et surtout à celle des holoturies, mets très-recherché dans l'extrême Orient.

Pathologie. Il est difficile quand on considère les conditions climatériques et tellui'iques de la Cochinchine et du Cambodge de trouver réunies en plus grand nombre toutes les causes qui engendrent les endémies intertropicales : humidité extrême et continue, température élevée et constante, électricité répandue en permanence dans l'atmosphère, telles sont, avec la nature alluvionnaire du sol, les éléments morbigènes qui prédominent.

A l'inverse de la plupart des climats chauds, celui de la Cochinchine, loin de trouver des correctifs puissants des effets de la température dans les phénomènes météorologiques qui caractérisent chaque saison, y puise au contraire des adjuvants sérieux de morbidité. C'est ainsi que, dans la saison sèche, l'étendue des variations nycthémérales favorise, loin de la compenser, l'action d'une température excessive, et que, pendant l'hivernage, les salutaires effets de la fraîcheur des pluies sont plus qu'effacés par la perturbation nerveuse que la surcharge électrique de l'atmosphère provoque dans l'organisme. « Ayant habité la plupart des régions tropicales, nulle part, dit Richaud, je n'ai vu une influence plus immédiate et plus énervante. «

L'observation démontre, en effet, qu'il n'en est point où l'anémie s'affirme aussi généralement qu'en Cochinchine, chez tous les Européens appelés à y se-

iourner. Les déperditions sudorales qu'ils éprouvent dès le début, la dépression nerveuse qui ne tarde pas à les atteindre, les troubles dyspeptiques qui en sont la conséquence première et inévitable, les acheminent plus ou moins rapidement vers cet état d'affaissement physique qui est comme une préparation de l'organisme à la réceptivité des germes morbifiques. Rien ne frappe l'esprit du nouvel arrivant dans ces contrées comme l'apparence maladive et l'amaigrissement de ceux qui viennent le recevoir.

I. Maladies endémiques. Parmi les maladies endémiques qui sévissent le plus spécialement en Cochinchine et dans le sud de la vallée du Cambodge, il faut placer eu première ligne le groupe des affections gastro-intestinales. Ce sont : le choléra, la diarrhée dyspeptique et la dysenterie aiguë ou chronique.

Choléra. Le choléra est endémique dans toute la partie tropicale de l'Indo Chine. Son étude dans ces contrées donne lieu à des remarques du plus haut intérêt. C'est d'abord, de toutes les affections endémiques, la seule qui se montre à une époque déternùnée et toujours la même. Il apparaît à la fin de la saison sèche, à ce moment de l'année où la moyenne de température est la plus élevée, et où les phénomènes météorologiques forment par leur instabilité comme une époque de transition entre la saison sèche et la saison des pluies. Vers le mois de juin, il cesse brusquement ; et pendant tout le reste de l'année, on n'en observe plus aucun cas. Cette disparition régulière de la maladie, et une relation aussi exacte avec les saisons ont donné lieu à des interprétations différentes. On a voulu faire intervenir dans l'apparition annuelle du choléra en Cocliinchlne, l'influence des vents régnants. Cette première hypothèse pèche par la base, eu ce sens que la maladie sévit justement pendant la période de l'année où le vent se dirige de la Cochinchine vers l'Inde (de l'est à l'ouest). Il ne saurait donc provenir de cette contrée que l'on considère généralement comme le foyer originaire du choléra. Le fléau pourrait-il venir de la Chine où il règne habituellement à l'état endémoépidémique? Une pareille objection tombe encore devant cette remarque que l'époque où le choléra apparaît en Chine , coïncide justement avec celle où il disparaît du sud de la péninsule Indo-Chinoise.

Lé choléra naît donc de toutes pièces sur le sol de la basse Cochinchine et du Cambodge.

Sa coïncidence avec les conditions saisonnières qui favorisent ou activent le développement des miasmes paludiques (fin de la saison sèche, commencement des pluies), la détermination que sa présence, à cette époque, entraîne dans la forme des accès de fièvre qui régnent en même temps que lui, ont été jusqu'à faire attribuer à l'intoxication paludique et au choléra une communauté d'origine qui est loin d'être démontrée. Quelques médecins, entre autres Armand, ne voient, en effet, dans le choléra de Cochinchine, qu'une maladie de même nature que la fièvre pernicieuse algide. Nous insisterons plus loin sur les différences essentielles qui existent entre l'accès pernicieux cholériforme et le choléra luimême. Ce qu'il faut surtout faire remarquer dans la marche du fléau en Cochinchine, c'est sa courte apparition dans le même lieu et son peu de tendance à revêtir la forme épidémique. Lorsque le caractère épidémique se manifeste, il doit toujours être rapportée l'encombrement. Ou conserve toutefois le souvenir d'une grande épidémie qui, vers la fin du siècle dernier, partant de l'Inde aurait envahi la Cochinchine après avoir passé par Siam, et se serait étendue jusqu'en Chine et dans les îles qui couvrent les mers de de l'Indo-Chinc. Depuis ce tempslà, le choléra se serait-il naturalisé dans l'hido-Chine et surtout dans le delta du

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Cambodge qui présente avec le delta du Gange les plus grands rapports de géologie et de topographie? c'est là une opinion parl'ailenient soulenable.

Quoiqu'il en soit, le choléra a été constate un peu partout en Cochinchine; mais les cas les plus nombreux et les plus graves se présentent, comme toujours, dans les localités les plus basses, entourées de fossés malpropres, de cloaques, de bourbiers, de fosses d'aisance; en un mot, dans celles autour desquelles peuvent facilement s'accumuler les détritus humains (Thorel). Il nous faut signaler encore les quelques particularités que le choléra présente dans sa symptomatologie. C'est en effet, en Cochinchine, une affection plus grave qu'en l'Europe; plus de la moitié des malades sont emportés. Mais cette gravité trouve heureusement un contre-poids puissant dans son peu de tendance à la généralisation. La durée des cas mortels serait plus courte, et les phénomènes de la réaction beaucoup moins accusés et plus rarement observés qu'en liurope (Poujade). C'est surtout parmi les indigènes que la maladie nmltiplie ses ravages ; les Européens sont très-rarement atteints, taudis que les Annamites sont littéralement décimés. « Cette aptitude à la réceptiviLé morbide cholérique de la part de ces derniers, dit Girard la Barcerie, consacre une fois de plus la distinction des miasmes, car leur hygiène est tout aussi défectueuse en face des autres endémies qui les maltraitent cependant beaucoup moins. »

Les Européens, atteints de diarrhée endémique, sont bien loin de trouver dans leur état une prédisposition au choléra. C'est Ih. un fait d'observation qui vient à rencontre de l'opinion professée par quelques médecins de la marine, qui ne seraient pas loin de croire à l'identité de nature, sinon de caractères, enti'e la diarrhée endémique et le choléra. Tout récemment, M. Rey se faisant l'écho des doutes émis par quelques-uns de ses collègues, aurait franchement, et un peu prématurément selon nous, considéré le choléra comme une albuminorrhée aigûe et la diarrhée de Cochinchine, comme une albuminorrhée chronique. M. Talayrack, qui a consciencieusement observé en Cochinchine, tendrait à rapprocher le choléra de la diarrhée endémique que nous allons étudier ; mais, il demeure sur une prudente réserve.

Le choléra s'est surtout montré en Cochinchine pendant les premières années de la conquête et de l'occupation française. Depuis lors, l'intensité du fléau est allé en décroissant, et c'est à peine s'il en est cité quelques cas sporadiques depuis 1866. D'après Thorel, le même fiiit s'observerait au Cambodge et au Laos. C'est même la coïncidence de cette disparition du choléra avec l'affirmation de plus en plus grande de la diarrhée en Cochinchine, qui a pu pousser quelques observateurs à se demander s'il n'y avait point là quelque relation d'identité latente !

Toutefois, il y a eu cette année même (1874) dans la basse Cochinchine une exacei'hation endémique du choléra, et, comme toujours, il est apparu à la mémo époque et a sévi principalement sur les indigènes. Le traitement en Cochinchine ne donne lieu à aucun aperçu nouveau, sinon qu'il faut se méfier de l'action des évacuants (purgatifs et ipéca), et qu'il faut insister avant tout sur les excitants externes et les stimulants diffusibles. Nous aurions la plus grande confiance dans l'emploi des affusions froides et des sudations hydrothérapiques.

Diarrhée endémique et Dysenterie. La diarrhée de Cochinchine est une affection caractérisée par l'anémie générale, un état dyspeptique gastro-intestinal et des selles diarrhéïques, plus ou moins nombreuses, liquides ou seuii-molles, souvent lientériques, presque toujours décoloi-ées et ne présentant jamais la moindre trace de sang. La maladie se déclare le plus souvent chez l'Européen^

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après un séjour prolongé dans le pays ; m;iis, souvent aussi, on voit les premiers symptômes apparaître dès les premiers mois de l'arrivée en Cochinchiue. Le mal débute par un acheminement insensible vers l'anémie ; l'appétit se maintient o^énéralement, mais l'épigastre est parfois ballonné. Des éructations dyspeptiques se prolongent au delà des repas ; puis les selles diminuent de consistance, prennent une teinte jaune paille, deviennent petites et semblables à celles d'un enfant. Elles se présentent surtout le matin. Leur nombre ne dépasse point, dès l'abord, le chiffre deux ou trois par vingt-quatre heures

Dans cette première période, le malade est inconscient de son état. Mais l'anémie s'affirme progressivement par l'assimilation de plus en plus imparfaite des aliments ; les troubles dyspeptiques se caractérisent chez la plupart ; il y a des renvois nidoreus et de la pesanteur d'estomac , des nausées parfois, rarement des vomissements; d'autres lois, de la gastralgie et du ballonnement du ventre. On remarque alors une décoloration plus prononcée des selles. Celles-ci sont molles, de moins en moias moulées, de coloration café au lait, ou complélcmcnt grises; au nombre de trois, quatre ou cinq par jour. Sous l'inlluence d'un écart de régime ou de perturbations atmosphériijues, telles que : pluies, orages, il arrive que les selles, s'exagérant, deviennent complètement lientériques, souvent aqueuses, et sortent en débondant. Mais ces symptômes s'amendent bientôt par le repos et un traitement approprié, et les matières iécales reprennent leur mollesse antérieure. C'est dans celte phase de la maladie que l'on vient en général réclamer les soins du médecin.

Le traitement modifie ou atténue les symptômes, mais n'enraye point la marche du mal. C'est alors aussi que le malade est le plus souvent renvoyé en France par le conseil de santé, et son certilicat porte invariablement ce diagnostic : Anémie et diarrhée chronique.

Ici se piésente un fait d'observation Je la plus grande importance : c'est que les malades ainsi atteints, loin de trouver dans le rapatriement un bénéfice immédiat pour leur santé, éprouvent presque tous une recrudescence de leur mal. Quelques-uns même, qui, sous une apparence d'acclimatement, n'avaient -pendant leur séjour en Cochinchine présenté aucun symptôme morbide bien accusé, voient apparaître pour la première lois, en mer ou en France, les troubles dyspeptiques gastro-intestinaux. Chez tous, en efiet, le travail de la digestion, qui s'accomplit de plus en plus mal, provoque des douleurs gaslralgiques et des coliques.

Bientôt les selles pâteuses, en bouillie, de couleur gris cendré, augmentent de fréquence; ou bien, quand elles sont en petit nombre, elles sont paiiois si abondanîes, qu'elles remplissent le vase en une ou deux fois. L'épithéiium des voies buccales se soulève par vésicules discrètes ou confliientes, une stomatite subaiguë se déclare ; souvent on observe sur le voile du palais ou à la voûte palatine un piqueté scorbutique.

Les parcelles solides des aliments, les médicaments, les tisanes même, irritent, par leur passage, une muqueuse qui se dénude. Des aphtes succèdent aux vésicules, et des ulcères se développent principalement à la pointe de la langue, sur les bords et à sa base, de chaque c ité du frein.

D'autres fois, la perte de l'épithéiium buccal a lieu par une sorte d'exfoliation insensible; la langue devient lisse et brillante; à la moindre irritation, les papilles, mises à nu, sont le siège d'une intolérable cuisson. Les soins de propreté, des gurgarismes toniques et légèrement afstrmgents, parviennent à arrêter ces

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désordres buccaux et à les faire rélrograder; mais les vésicules et les aplilcs reparaissent par iulcrvallcs, tant que la sécrétion épilliéliale continue à se faire. Puis, ce sont ces papilles qui s'atrophient, s'émousscnl, et la surface de la langue revêt une apparence lisse et comme séreuse. Cette étude des lésions des premières -voies est d'une importance sans égale ; elle seule peut nous auler à comprendre, par analogie, ce qui se passe dans les profondeurs du tube digestif; et, lorsque enfin le mal est arrivé à sa dernière période, on voit alors les productions parasitaires de muguet apparaître, se rassembler et pulluler sur la muqueuse. Les selles, de leur côté, indiquent une véritable colliqualion de l'intestin. Elles sont abondantes, farineuses, crémeuses et quelquefois semblables à un liquide tenant en suspension des grains de semoule. L'anémie peut s'exagérer jusqu'au marasme; la peau est sèche, pulvérulente; la sécrétion urinairc presque abolie; l'œil est terne, vitreux; les tendons se dessinent sous les téguments; le corps est d'une maigi'cur effrayante, les épi[»hyses osseuses font saillie et donnent au malade luie apparence squelettique. Si nulle cause intercurrente d'irritation ne vient précipiter le dénoùment, cet état peut se prolonger ainsi pendant de longs mois. L'intelligence demeure intacte jusqu'aux derniers instants; mais la sensibilité morale s'exaspère. Les fonctions d'innervation de la moelle ne s'affaib'isscnt qu'à la longue, et les phénomènes paralytiques s'observent rarement. L'œdème des extrémités inférieures est fréquent; celui de la face très rare ; mais l'infiltration partielle peut disparaître du jour au lendemain, sous l'influence d'une exagération des selles. Enfin la mort arrive après une courte agonie. «

Tel est le portrait de la maladie, tel qu'il a été tracé par l'un de nous dans sa thèse inaugiH'ale (Layet) .

Confondue dans le principe avec la dysenterie chronique, cette affection a conquis aujourd'hui ses droits d'entité morbide, grâce à de nombreux et récents travaux, parmi lesquels nous devons citer ceux de Girard La Barcerie (1868), Layet (-1872), Lenoir (1873) et Talairach (1874).

Mais ce n'est pas seulement par sa symptomatologie que la diarrhée affirme son autonomie. L'anatomie pathologique vient lui apporter son appui et corroborer les signes fournis par l'examen clinique. C'est ainsi qu'un des principaux signes cliniques, sur lequel M. Layet a le premier appelé l'attention, est l'atrophie du foie, révélée par la mensuration plessimétrique. Si, en effet, à l'état normal, le foie pi'ésente les mesures suivantes : ligne axill. 9,56; lig. mammillaire, 9,50; lig. sternale, 5,82 ; dans la diarrhée de Cochinchine, il n'offre plus que les mesurées suivantes : ligne axill., 6,8; lig. mammill., 5,6; lig. steruale, 2.

L'examen nécroscopique vient confirmer le résultat de l'observation clinique. Parmi les lésions anatomiques que l'on rencontre dans cette diarrhée, la plus constante et la plus remarquable, c'est l'atrophie du foie, qui présente toujours une dégénérescence graisseuse plus ou moins avancée. M. Talairach donne comme poids pathologique moyen 1,235 grammes, quand le poids normal est de d,800 grammes.

En 1872, l'un de nous résumait pour la première fois, dans sa thèse inaugurale, l'anatomie pathologique de la maladie que l'on pourrait, h bon droit, appeler la maladie de Cochinchine. Nous trouvons, en effet, dans la thèse récente de M. Talairach que, sur 5,130 malades renvoyés de Saigon, pendant un espace de quatre années (1870-71-72-73), 1 ,975 étaient atteints de diarrhée dyspeptique! Or, cet observateur, qui a lait un séjour de trois ans en Cochinchine, vient de

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publier à sou tour les résultats que lui ont fourni ses propres reclicrches. Elles donnent un appui éclatant à celles de M. Layet. 11 y a, en effet, la plus complète analogie entre les résultats obtenus.

Voici le résumé de l'auatomie pathologique de la diarrhée de Cocliinchine : « Altération profonde de toutes les parties du tube gastro-inteslinal, caractérisée par l'atrophie et la dégénérescence des éléments seci'éteurs. Pâleur et amincissement des tuniques de l'estomac. Muqueuse de l'intestin grêle le plus souvent pâle, ramollie, présentant çà et là des arborisations passives ; valvules conniventes souvent œdématiées ; d'autres fois la surface intestinale apparaît blanche, lisse, comme si elle avait subi un véritable lavage. Le gros intestin a sa muqueuse ramollie, boursouflée, plaquée de taches ecchymotiques et d'arborisations vasculaires, mais ne présentant aucune trace d'ulcérations. A mesure qu'on se rapproche du rectum, l'état tomenteux se manifeste de plus en plus, et parlois il y a, vers la partie inférieure, comme, une espèce de macération des tissus, mais jamais de plaques ulcératives, à moins ([iCil n'y ait eu complication de dysenterie. Les glandes annexes de l'intestin ont toutes subi une dégénérescence atrophique, comme nous l'avons constaté pour le foie. Le pancréas est souvent atrophié, plus dur, d'une consistance comme calcaire. (Talairach donne un poids pathologique moyen de 56 grammes au lieu de 75 grammes, poids normal.) La rate est ratatinée, parfois d'une petitesse extrême (152 grammes, poids moyen pathologique, au lieu de 220 que donne M. Sappey) ; les ganglions mésentériques sont ramollis. La masse intestinale entière le plus souvent affaissée, en forme de corde, est comme enveloppée d'une atmosphère colloïde; vessie rapetissée, revenue sur elle-même. Les autres organes participent de l'amaigrissement général ; on les trouve plus petits qu'à l'état normal, ayant perdu une partie assez notable de leur poids, et parfois ayant subi une dégénérescence régressive : soit la dégénérescence graisseuse, comme on la rencontre quelquefois dans le cœur; soit la dégénérescence tuberculeuse, comme cela se voit très-fréquemment dans les poumons. )) (Layet, thèse inaug.)

La dysenterie est endémique en Cochinchine, et revêt, suivant les conditions d'encombrement, d'épuisement de l'organisme, de milieu, de saisons, la forme aiguë grave ou la forme chronique. Cette dernière, par sa fréquence et par l'elfacement surtout de quelques-uns de ses signes caractéristiques, n'a pas peu contribué à voiler aux yeux des premiers observateurs la véritable nature de la diarrhée endémique, qu'ils se sont tous efforcés de rendre tributaire de la dysenterie.

La dysenterie aiguë, beaucoup moins fréquente aujourd'hui en Cochinchine qu'elle ne l'était dans les premières années de la conquête, a été l'objet de travaux sérieux, parmi lesquels il faut citer en première ligne les thèses de Julien, de Bourgarel, de Gayme. Elle présente quelques caractères particuliers :

« La gangrène de l'intestin et la perforation sont très-fréquentes eu Cochinchine, dit Julien, et impriment une gravité anormale à la dysenterie. » « La dysenterie grave de Cochinchine, dit à son tour Gayme, menace rapidement la vie des malades par l'abondance de l'hémorrhagie, par la violence des phénomènes nerveux, parla marche continue de l'ulcération, qui détruit en quelques jours toutes les tuniques de l'intestin, par l'étendue de la gangrène et par les complications qui l'accompagnent souvent : péritonite et accès pernicieux. »

La dysenterie chronique succède le plus souvent à une ou plusieurs attaques de dysenterie subaiguë, Elle est beaucoup moins fréquente que la diarrhée. Mais

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nous allons voir que, dans bon nombre tic cas, elle vient s'ajouter à cette dernière pour en nias([ucr encore la ijcriode finale.

Nous croyons lUile d'établir ici le diagnostic différentiel entre la dysenterie chronique et la diarrhée endémique. Les commémoratifs, il est vrai, mettront sur la voie, et l'on remontera le plus souvent à une attaque de dysenterie aiguë. '"Mais la marche de la maladie, le caractère des selles en seront la véritable pierre de touche. Ainsi, dans la dysenterie chronique consécutive à la dysenterie aiguë, les sympt;imes sont : alternatives de statu quo et de rechutes bien tranchées; selles abondantes, désagrégées, décoloration vert porracé, et toujours muco-sanguinolentes au moment des exacerbations ; sympathies et complications morbides du côté du foie et de la vessie; œdème fréquent des extrémités; anasarque et quelquefois hydropisie ascite. Dans la diarrhée endémique : selles moins fréquentes, farineuses ou simplement lientériques , décolorées le plus souvent ou jaune pâle ; indolence dir côté du foie et de la vessie ; s'il y a quelques paroxysmes, ils se manifestent par des troubles dyspeptiques plus prononcés, de la flatulence, des borborygmes, des coliques et des selles plus séreuses, parfois plus colorées, mais ne présentant jamais de traces de sang; œdème des extrémités moins fréquent, plus instable que dans la dysenterie chronique; jamais ou presque jamais d'hydropisie ascile. »

La dysenterie, avons-nous dit, vient parfois s'enter sur la diarrhée endémique. Cela arrive le plus souvent pendant le séjour en Cochinchine; et, chose remarquable, la principale cause de cette transformation est la concomitance de la fièvre intermiltente. Sous l'influence d'accès fréquemment répétés, les selles en effet, changent de caractère et bientôt bile et sang apparaissent dans les matières évacuées. Si l'on vient alors à examiner le foie, au lieu de l'atrophie caractérislique de la diarrhée, on constate une hyperhémie manifeste. 11 peut arriver aussi que la présence et le séjour prolongé des produits d'une mauvaise élaboration digestive, finissent par iixiter les parties inférieures du gros intestin. 11 se produit alors de véritables ulcérations, localisées le plus souvent dans V ampoule rectale et toujours superficielles.

Il y a dans ces cas du sang et du mucus dans les selles, mais l'absence de réaction générale, de coliques vives, la constatation préalable des troubles dyspeptiques caractéristiques de la diarrhée endémique, mettront sur la voie du diagnostic. C'est ainsi qu'on peut s'expliquer l'opinion de quel [ues médecins de la marine qui ont cru voir dans tous ces cas une affection nouvelle ou plutôt une manière d'être de la dysenterie, et ont décrit une rectite dysentérique (Leclerc, Ilarmant, Normand).

Pour déterminer la nature de la diarrhée de Cochinchine, on a tour à tour fait intervenir l'action des conditions climalériques ou circumfusa, celle des ingesta, et celle beaucoup trop spéculative des effluves et des miasmes.

Pour quelques-uns (Fournier, Antoine), la diarrhée n'est que la détermination gastro-intestinale du paludisme. Mais l'observation démontre que le plus grand nombre des malades atteints de diarrhée n'ont jamais présenté un seul accès de fièvre.

Pour M. Talayrach et quelques autres, la diarrhée de Cochinchine serait causée par un miasme analogue à celui qui produit le choléra, et le flux diarrhéique lui-même serait le résultat de l'effort éliminateur de l'économie aux prises avec le poison. Nous avons déjà dit, qu'en temps d'épidémie, 1 existence de la diarrhée endémique est loin d'être une cause prédisposante du choléra-

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Pour beaucoup de médecins de la marine, la diarrhée de Cochinchine est un catarrhe chronicjue de l'estomac et de l'intestin provoqué par les influences saisonnières, et préparant, dans l'immense majorité des cas, les voies à la dysenterie (Richaud, Bourgarel, Gués). Pour d'autres, enfin, la diarrhée est l'affirmation de l'anémie intertropicale.

Quant à nous, nous attribuons à l'action dépressive et énervante du climat de la Cochinchine une influence prépondérante dans le développement de la maladie. Cette influence climatérique provoque, plus ou moins rapidement, l'affaiblissement des grandes fonctions d'assimilation, entraînant à sa suite l'atonie, puis l'atrophie des organes assimilateurs par excellence : la muqueuse digestive et les glandes annexes de l'intestin. C'est, en effet, à l'époque de l'année où cette action dépressive du climat est la plus manifeste, c'est-à-dire à la fin de la saison sèche, que la diarrhée endémique commence à s'établir. Pendant la saison des pluies, des conditions météorologiques nouvelles : orages, humidité, etc., viennent imprimer, sans doute, un nouvel élan à la maladie ; et c'est alors que l'élément catarrhal et l'élément paludéen peuvent en modifier et même en transformer complètement la nature. Beaucoup de cas de diarrhée en effet revêtent le caractère dysentérique vers la fin de l'hivernage. Considérée ainsi, la diarrhée de Cochinchine n'est plus une maladie spéciale au pays même. Elle n'est pas autre chose que la diarrhée anémique des pays chauds. Elle revêt seulement, en Cochinchine, une forme plus rapide et plus grave sous l'influence d'une condensation extrême des causes morbigènes, parmi lesquelles nous devons citer, comme éminemment accélératrice, l'eau que l'on y boit. Celle-ci a été, en effet, regardée par beaucoup de médecins de la marine, comme la principale cause de toutes les affections gastro-intestinales endémiques qui régnent en Cochinchine. Cette eau est profondément pervertie dans sa nature. Les diverses analyses y ont toujours fait constater la présence d'une grande proportion de matières organiques.

Foucault qui a analysé les eaux du Cambodge a trouvé, outre les matières terreuses et les débris des végétaux qui y sont en abondance, une matière organique en voie de formation nouvelle, et en proportion considérable. Un point sur lequel nous devons insister aussi, c'est que toutes ces eaux : eaux des fleuves, desarroyos, des puits, etc., renferment à peine des traces de sels calcaires. Ce qui, d'après quelques médecins, serait encore, dans ces contrées, une cause de dysenterie chronique (Mahé).

Quel que soit le mode pathogénique des maladies que nous venons de passer en revue, nous affirmerons, encore une fois, la difiérence capitale que la séméiologie et l'anatomie pathologique maintiennent entre elles. Le choléra, la diarrhée anémique ou mieux dyspeptique, les dysenteries qui sévissent à la fois en Cochinchine, sont des entités morbides distinctes.

Le traitement de la dysenterie aiguë ne donne lieu, en Cochinchine, à aucune remarque nouvelle.

Le traitement préventif de la diarrhée dyspeptique consiste dans l'observance la plus rigoureuse des préceptes de l'hygiène et de la diététique en particulier.

La maladie une fois confirmée, c'est encore aux ressources de l'hygiène alimentaire qu'il faut avoir recours. Nous recommandons, au début, l'usage de la magnésie ou du sous-nitrate de bismuth à petites doses. Les eaux de Condillac et de Sainl-Galmier sont alors d'un usage excellent. Mais avant tout, et de bonne

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heure, 11 faut prescrire aux malades les préparations de quinquina et les amers. Lorsque le déchet progressif de l'économie annonce que l'assimilation est en souffrance, le médecin ne doit pas hésiter à recommander un prompt retour en France. Pendant la traversée de rapatriement, le traitement consistera : à prévenir, s'il est possible, toute complication dysentérique, en surveillant rigoureusement le régime des malades ; à maintenir, si l'on peut s'cxjjrimer ainsi, la maladie dans sa nature même, en se gardant bien de solliciter, par un traitement énergique, l'irritation intestinale. On se méfiera de l'action des évacuants, on ne prescrira les asti'ingents qu'en lavement el à petite dose ; on se gardera de tout lavement altérant, à la teinture d'iode ou de nitrate d'argent ; on se méfiera enfin des préparations opiacées.

Une fois en France, le traitement de la diarrhée endémique doit avoir pour but et pour résultat le réveil des fonctions assimilatrices et la reconstitution progressive de l'organisme. Au milieu des tâtonnements sans nombre qui rendent aussi perplexe la conduite curative, trois indications surgissent qui, toutes les trois, doivent marcher de pair vers le but qu'on se propose et se corroborer l'une par l'autre.

C'est ainsi qu'il faut : 1" Agir sur les surfaces intestinales proprement dites, de manière à profiter du peu de faculté d'absorption qui leur reste, sans que l'excitation favorable que l'on veut produire vienne à dépasser la somme de réaction dont elles sont encore capables : c'est l'affaii'e des analeptiques et des méthodes diététiques (diète lactée entre autres).

2" Agir plus spécialement sur les fonctions du foie, et en amener le réveil, appartient aux alcalins (carbonate de chaux, magnésie, bicarbonate de soude, etc.) et aux eaux minérales (Vais et Vichy) .

3" Agir enfin sur l'ensemble des propriétés vitales, en maintenant un juste équilibre dans le fonctionnement commun des organes : c'est l'œuvre des névros- Ihéniques et des méthodes hydrothérapiques.

La diète lactée, comme traitement de la diarrhée de Cochinchine, est aujourd'hui incontestablement jugée. On lui doit des guérisons nombreuses, parfois même de véritables résurrections. Mais ce traitement ne saurait être présenté avec des principes fixes et invariables. Ce qu'il faut avant tout rechercher c'est la tolérance du malade pour le lait. Si quelques malades acceptent et supportent la diète lactée absolue, le plus grand nombre se trouve mieux du régime lacté mixte. La période la plus critique du traitement, par la diète lactée absolue, c'est la transition du régime lacté à une diététique plus en rapport avec l'amélioration obtenue dans l'état de l'intestin. Presque toujours il y a une rechute, elle malade voit ses selles reparaître en nombre plus considérable. Avec le régime lacté mixte on n'éprouve pas cet inconvénient et le lait peut être maintenu à la dose nécessaire jusqu'au retour complet et définitif à la santé.

Paludisme. Il n'est pas de contrée où les conditions d'élaboration des miasmes palustres soient, en apparence, aussi prononcées que dans les terres alluvionnaires de la vallée du Mé-Kong. Partout on rencontre, et quelquefois bien avant dans les terres, le mélange des eaux salées aux eaux douces. La marée se fait sentir, en effet, dans les divers cours d'eau et les aroyos, jusqu'à des distances considérables, et les eaux du Cambodge ne sont complètement dégagées de tout mélange avec les eaux de la mer qu'à plus de 450 kilomètres dans l'intérieur. Partout aussi on constate la pi'ésence des palétuviers dans les terrains marécageux ; et, à la fin de la saison sèche, la plupart des rizières sont recou-

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yerles d'une légère couche de sel. Malgré cette nature marine du sol, à laquelle Dutrouleau fait jouer un rôle si important dans l'étiologie des maladies des marais, le paludisme n'est pas plus fréquent en Cochinchine que dans les autres pays chauds; et même, la gravité de ses manifestations serait moins réelle qu'apparente (Pdchaud). D'après notre propre observation, les fièvres intermittentes simples sont beaucoup moins nombreuses que dans la phq3art des pays intertropicaux où nous avons séjourné; et le nombre des fébricilanls ou de malades atteint d'anémie paludéenne (|ui se présentent à l'observation du médecin, pendant les traversées de rapatriement, n'est pas à comparer avec celui beaucoup plus considérable que l'on relève à bord des transports qui reviennent des Antilles, par exemple.

Le type le plus habituel de la fièvre est le quotidien, le type tierce vient ensuite; les autres sont exceptionnels. Thorel fait jouer à la nature argileuse du terrain un rôle prépondérant dans l'élaboration du miasme fébrigène. Il insiste principalement sur l'influence néfaste du séjour, ou du passage, dans les forêts de la vallée du Mé-Kong, et présente les rives du fleuve comme relativement salubres. Il a observé que les indigènes qui résistent aux effluves des rizières, ne peuvent ni pénétrer ni séjourner dans ces forêts sans être frappés autant que les Européens. Ceux-ci, d'ailleurs, sont rebelles à tout acclimatement. Le séjour prolongé en Cochinchine, loin de leur garantir l'immunité, semble les prédisposer aux manifestations pernicieuses de l'impaludisme.

L'accès pernicieux n'est point rare en effet. Les fièvres pernicieuses les plus fréquentes sont les fièvres cholériformes, les fièvres délirantes, comateuses et hémorrhagiques. L'époque où les fièvres sévissent avec le plus d'intensité, est le commencement des deux saisons de pluie et de sécheresse. Contrairement cependant à ce qui arrive dans la plupart des pays chauds, c'est à la fin de la saison sèche que se manifestent les accès les plus graves, et en particulier tous les accès cholériformes. C'est là une raison pour laquelle on a regardé ces accès pernicieux et le choléra comme identiques de nature. Libermann a parfaitement indiqué les signes différentiels qui existent entre les deux maladies. En général, le choléra ne débute pas brusquement, il y a toujours des troubles abdominaux prémonitoires ; dans l'accès cholériforme, il n'y a pas de troubles préexistants. Dans le choléra, l'algidité dure de un à deux jours ; dans l'accès, jamais un jour entier. La réaction dans le choléra dure trois ou même quatre jours ; dans l'accès, quelques heui'cs à peine. Dans l'accès, il y a de la fièvre dès le début; le choléra débute, au contraire, par de la diarrhée et des vomissements. Les symptômes cholériques sont plus marqués dans le choléra ; dans l'accès, la stase sanguine est très-incomplète. Ce dernier, enfin, guérit par l'administration du quinquina.

Les délirantes et les comateuses sont après la cholériforme, les fièvres les plus communes en Cochinchine. L'insolation, les excès de boissons, les fatigues eu senties causes prédisposantes et occasionnelles. Elles se montrent à toutes les époques de l'année, mais principalement vers les mois de mars et d'avril. Quelquefois la perniciosité se manifeste par du délire, sans fièvre au début ; plus tard apparaît la chaleur, puis les sueurs qui prouvent la nature de l'accès justiciable du sulfate de quinine.

Il est une forme algide de l'accès pernicieux que l'on rencontre assez souvent en Cochinchine, c'est la forme hémorrhagique. Elle est caractérisée par de véritables transsudations sanguines se manifestant par des évacuations mélœniques,

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et d'autres fois par une abondante enterorrhagie. L'accès hémorrhagique survient toujours chez les sujets débilites par une maladie chronique, principalement chez les malades atteints de diarrhée et de dysenterie. De là le nom de fièvre dysentérique qui lui est donné par quelques auteurs.

La lièvre pernicieuse hémorrhagique se montre surtout pendant la saison des pluies, vers le mois de septembre. Elle est, comme on le voit, sollicitée par des conditions climatériques tout opposées à celles qui accompagnent l'apparition des accès cholériformes. Les fatigues physiques, les abus de régime sont des causes prédisposantes.

La tendance à la rémittence se remarque très-souvent en Cochinchine dans les fièvres d'origine paludéenne. Il en est quelques-unes oii, après un ou deux accès intermittents, on voit la rémittence et même la continuité s'établir définitivement. Ces fièvres revêtent presque toujours la forme bilieuse depuis le simple embarras gastrique avec vomissements bilieux jusqu'à la fièvre bilieuse hémorrhagique. Disser a cité, dans sa thèse, des cas qui se rapprochaient du typhus hémorrhagique; mais ce sont là des faiîs exceptionnels.

Typhus et fièvres typhoïdes. (Juelle corrélation peut-il y avoir entre ces fièvres rémittentes continues d'une part, le typhus et la fièvre typhoïde de l'autre ? Nous l'ignorons. Mais un point de géographie médicale de la plus haute importance à établir, c'est l'existence de ces deux dernières affections dans la vallée et le delta du Cambodge.

Thorel a constate l'endémicité du typhus dans les forêts de l'Indo Chine. Les indigènes, Annamites, Cambodgiens, Laotiens, désignent celte maladie sous le nom de fièvre des bois, et n'en pailent qu'avec terreur. « Elle se contracte à peu près exclusivement dans la saison des pluies, lorsqu'on est obligé de voyager et de coucher dans les forêts et dans les quelques plaines désertes que Fou y rencontre. D'après les Laotiens, la maladie débuterait par de la céphalalgie, des vertiges, des éblouissem.ents, des douleurs articulaires et de la fièvre; puis, les jours suivants, delà prostation, du délire, surtout la nuit, de la somnolence; enfin, le coma et la mort du douzième au vingtième jour, souvent beaucoup plus tôt (Thorel). Nous hésitons beaucoup, malgré l'opinion de cet observateur consciencieux, à ne pas regarder cette « fièvre des bois » comme une des formes graves de l'intoxication palustre.

La Cochinchine a, de plus, le triste privilège, sur les autres colonies, de posséder une endémie meurtrière qui ajoute à son insalubrité. C'est la fièvre typhoïde qui, rarement signalée dans nos possessions d'outre-mer, occupe une grande place sur les statistiques de l'hôpital de Saigon (Talayrach). Les affections typhoïdes, dit Richaud, acquièrent, dans ce pays, un caractère de gravité extrême : sur 100 cas, en 1862, on a eu à signaler 37 décès.

Suivant Lalluyeaux d'Ormay, en 1863, les fièvres typhoïdes ont été des maladies de transition à toutes les époques où une endémie fléchissait pour faire place à une autre ; le choléra a été précédé et suivi de fièvres ou d'états typhoïdes ; la dysenterie et l'hépatite sont dans le même cas.

En 1864, elles ont donné lieu à une épidémie bien caractérisée, imprimant leur cachet aux dysenteries; sur 107 cas, les statistiques donnent 55 décès.

En 1870, Talayrach signale une épidémie très-meurtrière de fièvre typhoïde surtout pendant le mois de juillet ; (135 cas ont donné r4 décès!)

A l'autopsie on trouve les plaques de Peyer extrêmement développées « ressemblant, chez quelques sujets, à d'énormes champignons » (Talayrach). Les fol-

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licul es isolés sont non moins remarquables par le volume qu'ils acquièrent et leur relief à la surface de la muqueuse intestinale.

Nous enregistrons ces faits sans les commenter; mais ils peuvent, dès ce moment, exp iquer comment dans les autopsies de diarrhée endémique de Cochincliine, on a pu constater plus d'une fois le développement anormal des plaques de Peyer, et des cicatrices plus ou moins saignantes dans l'intestin grêle, traces d'anciennes ulcéi^ations superficielles de follicules agminés.

Affections du foie. D'une manière générale, les affections du foie seraient moins fréquentes en Gochincliine que dans les autres pays chauds. Nous faisons toutefois une réserve pour l'atrophie du foie et sa dégénérescence graisseuse, qui, ainsi que nous l'avons vu, est ime des lésions caractéristiques de la diarrhée endémique de ce pays. Quant à l'iiyperémie, elle est beaucoup plus rare que ne l'ont prétendu quelques observateurs. On la rencontre le plus souvent chez des anémiques ayant séjourné assez longtemps en Cochinchine, et chez lesquels on a constaté de fréquents accès de fièvre. Les excès de boisson et les abus de régime sont des causes éminemment prédisposantes. Mais on doit regarder avant tout l'augmentation du foie comme un signe caractéristique de cette période de transition où la diarrhée endémique, sous l'influence d'accès répétés de fièvre, se transforme en diarrhée dysentérique ou dysenterie chronique. (Voir plus haut.)

Les inflammations franches du foie sont très-rares en Gochincliine. La plupart des observateurs s'accordent aussi pour regarder les complications du foie, si communes dans la dysenterie en général, comme peu ordinaires dans ces contrées.

Sur 108 autopsies de dysentériques faites à Tourane et à Saigon, Julien a trouvé 8 abcès du foie seulement; sur 735 décès relevés par Richaud, dont 562 causés par la dysenterie, on trouve seulement 12 hépatites siippurées.

D'après nos observations personnelles, c'est tout au plus parmi tant de malades convalescents renvoyés en France, sur les transports, si nous avons eu à constater à chaque voyage un ou deux cas d'hépatite:

Ulcère de Cochinchine. L'ulcère endémique de Cochinchine n'est qu'une variété de l'ulcère phagédénique des pays chauds. Ce fait, déjà entrevu par quelques observateurs, a été définitivement établi par l'un de nous (Le lioy de Méricourt) dans un travail publié en 1864 dans les Archives générales de médecine. Il est aujourd'hui accepté par la plupart des auteurs (Rochard, Cras, Dutrouleau, Chapuis, Aude, Jourdeuil). De toutes les manifestations du phagédénisme intertropical, il n'en est aucune qui revête un caractère de gravité aussi tranché que l'ulcère de Cochinchine.

Là, plus que partout ailleurs, en effet, se trouvent réunies toutes les conditions qui prédisposent particulièrement à la formation d'ulcères phagédéniques : conditions déprimantes cliraatériques, hygiéniques et patiiologiques, qui conduisent fatalement l'organisme vers l'anémie primitive ou symptomatique, en préparant ainsi le terrain aux causes efficientes.

Parmi celles-ci figurent toutes celles qui peuvent amener une solution de continuité, quelque petite qu'elle soit, que ces causes soient traumatiques ou spontanées.

En Cochinchine, on a cité particulièrement les piqûres de moustiques, les morsures de sangsues, le contact irritant de la boue saumàtre des marécages et des rizières, les éruptions cutanées, les pustules d'ectliyma et d'acné. Cette dernière cause a été surtout mise en avant par Linquette, qui est allé jusqu'à pré-

240 LUCliliNtllllMi.

tendre que l'ulcère de Cochinchine n'est pas autre chose que l'ecthyma aigu ou chronique. Quelle qu'en soit l'origine, la maladie débute par un gonflement local peu prononcé, accompagné d'un léger prurit. Le malade se gratte et s'excorie presque toujours avec ses ongles, au point que la surface prurigineuse est rapidement dénudée; alors, dans un temps variable entre douze heures et trois jours, la partie excoriée se tuméfie; il se fait à la surface un suintement séreux ; les bords de la petite plaie ainsi créée se soulèvent, s'indurcnt, se forment en bourrelet, et l'auréole inflammatoire s'étend très-rapidement à la périphérie. L'ulcère est constitué. (Treille.)

Toutes les fois que les conditions d'existence, les soins le permettent, la maladie ne va pas plus loin et conserve la forme légère ou superficielle. C'est pourquoi elle tend à disparaître chez les Européens avec les progrès de l'hygiène coloniale.

Au moment de la conquête, les marches forcées, les fatigues, l'épuisement physiologique, ont mis plus d'une fois nos soldats dans les conditions les plus favorables au développement du phagédénisme intertropical. La forme grave ou profonde de l'ulcère endémique a pu alors être observée chez eux. Les cas n'étaient point rares, en Cochinchine, où muscles, tendons, os, tous les éléments constitutifs d'un organe ou d'une partie d'organe, étaient emportés par l'ulcération. (Piichaud.)

Mais c'est principalement chez les Annamites que l'on observe de tels délabrements. La moindre plaie peut être chez eux le point de départ d'une ulcération irréparable, et cet état de misère organique que caractérisent chez eux l'atonie des tissus et le défaut de réaction contre le mal, a pu faire dire à bon droit que c'était là une race dégénérée, médicalement parlant. (Fonçant.)

L'insensibilité que quelques ojjservateurs ont présentée comme un caractère spécifique de l'ulcère de Cochinchine n'est point aussi fréquente qu'on a voulu le dire, et s'observe, du reste, en Europe, dans les ulcères atoniques et fongueux des jambes (Marcelin Duval). Quant au caractère contagieux de l'ulcère, ou s'accorde généralement pour ne pas l'admettre. Jourdeuil et Treille ont même pratiqué des inoculations avec du pus et de l'ichor pris soit dans les pustules d'ecthyma, soit à la surface de l'ulcère, sans avoir pu jamais reproduire la maladie. C'est donc à tort que Thorel s'efforce de l'assimiler à la pourriture d'hôpital, considérant la forme ulcéreuse comme celle que l'on rencontre le plus ordinairement dans l'Indo-Chine. Cras, il est vrai, a observé en Cochinchine la pouiTiture d'hôpital; mais il la regarde, avec raison, comme une complication de l'ulcère endémique.

L'ulcère de Cochinchine se rencontre presque toujours aux membres inférieurs. Cette prédominance de siège s'explique suffisamment par l'habitude qu'ont les Annamites de travailler les pieds et le bas des jambes nus. « Si chez ces derniers, dit Richaud, les membres supérieurs sont atteints quelquefois, c'est qu'eu travaillant la terre pour la culture du riz, dont le repiquage exige l'emploi des mains, leur contact avec le sol fangeux et détrempé favorable à cette céréale, est incessant. »

Le plus souvent ces ulcères débutent au niveau des malléoles et remontent vers le mollet, en détruisant les parties molles. Le traitement doit consister, avant tout, à relever les forces de l'organisme. C'est à la médication tonique et analeptique qu'il faut avoir recours. Au début de la période inflammatoire, les onctions mercurielles ont paru donner de bous résultats (Cosquer, Treille). Les

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modificateurs de toute espèce ont été vantés et dépréciés tour à tour; mais les émollieuLs doiveut surtout être prescrits et maintenus pendant la première phase de la maladie. En présence de larges pertes de substance, la greric épiderjiiique a été pratiquée plusieurs ibis par Treille et a fourni de très-beaux succès entre les mains de ce médecin.

On doit encore, considérer comme endémique, dans les contrées que nous étudions, les ascarides lombricoïdes et le tœnia solium. La diathèse vermineuse est une complicaliou assez fréquente de la dysenterie et de la diarrhée endémique.

11. Maladies sporadiques. Parmi les affections de cet ordre qui s'imposent le plus à Tobservation, nous devons citer en premier lieu le catarrhe chronique des bronches et la phthisie pulmouaire. I^es manifestations catarrhales apparaissent en général au début de la saison sèche, et concordent avec les changements qui se sont opérés dans les phénomènes météorologiques. Elles se présentent raiemeut à l'état aigu ; et très-souvent l'examen attentif du malade fait découvrir les signes d'un catarrhe broncho-pneumonique plus ou moins étendu. Est-ce à la dégénérescence des produits exsudes et difticilemeut expectorés, qu'il faut attribuer la phtliisie que l'on rencontre presque toujours chez des organismes profondément débilités par la diarrhée endémique ; est-ce plutôt au développement rapide d'un vice tuberculeux, resté jusqu'alors à l'état latent? Nous ne sommes pas éloignés de faire une part égale à tes deux modes pathogéniques de l'altération pulmonaire.

En 1870, dans un rapport adressé au ministre de la marine, l'un de nous (Layet) en était arrivé à formuler les propositions suivantes :

1" La plilhisie pulmonaire progresse fatalement en Cochinchine et tend à prendre un caractère rapide et funeste ;

2" Les conditions climalériques de la Cjchinciiine sont éminemment propres à donner naissance à la phthisie pulmonaire, soit dii'ectement, soit indirectement, connue conséquence de l'anémie et d'affections gastro-intestinales chroniques.

Depuis lors, beaucoup de médecins de la marine se sont ralliés à cette opinion.

Dans les autopsies pratiquées dans nos hôpitaux maritimes sur des hommes revenant de Cochinchine et morts de diarrhée chronique, il est arrivé plus d'une fois de se trouver en présence d'une véritable généralisation de la tuberculose dans les ganglions mésentériques.

11 n'est pas rare non plus de découvrir chez des malades anémiques et renvoyés en France, une pleurésie latente avec épanchement.

On n'observe presque jamais, dans tous ces cas-là, de manifestation aiguë; le mal progresse lentement sans exacerbations caractéristiques, dissimulé pour ainsi dire derrière l'affection prédominante : la colliquation intestinale.

La i)hthisie sévit dans toute la vallée du Mé-Kong sur les indigènes : Annamites, Cambodgiens, Laotiens. Tliorel l'a rencontrée parmi toutes les races et <ians tous les lieux. Sa fréquence serait en rapport avec la misère des populations.

Les maladies syphilitiques occupent une place considérable parmi les maladies de Cocliinchine. En 1861, elles figuraient pour un cinquième dans les statistiques (Didiot). D'après ïhorel, elles occasionneraient plus d'uu septième des entrées dans les hôpitaux.

DICT. EAC. XVill. 10

242 L,UL;illlM,Hini!i.

Ici encore, l'état misérable de l'organisme des malades atteints vient imprimer aux accidents nn caractère particulier de gravité. Chancres cl bubons suppures sont le plus souvent envahis par le pliagcdénisme.

Les accidents secondaires se montrent avec rapidité ; et la cachexie syphilitique, s'ajoutant dans bien des cas aux diverses cachexies endémiques, trouve dans ces dernières un obstacle à tout traitement s]H'cifique, de rnème qu'elle est pour leur propre traitement une véritable pierre d'achoppement.

La syphilis se rencontre dans toute la vallée du Mé-Kong et sévit sur les indigènes, principalement dans la basse Cochincbine et le Cambodge. Les commerçanls chinois semblent avoir été les premiers propagateurs de cette affection. Dans le Laos, on l'observe beaucoup moins ; elle serait inconnue ciiez les tribus sauvages.

Les fièvres éruptives sont peu fréquentes en Indo-Chine. La variole s'y est montrée à différentes reprises, sous forme d'épidémies causant de grands ravages dans l'intérieur et se propageant même jusque chez les sauvages des forêts. Elle serait le plus souvent importée de la Cliine, où elle est endémique dans les villes. A. Le Roy de Miîricourt et A. Layet.

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COCBlLE.\Rl.% (L., Gère., n. 805). §1. Botanitine. Genre de plantes, de lu famille des Crucifères, tribu des Alyssées, dont les fleurs, construites comme

244 CULHLliAUIA ^BOTANigut;.

celles de la famille eu géiiéi'al, ont quatre sépales imbriqués, égaux ou à peu près, làcliemcut rapprochés, et quatre pétales en croix, à onglet court, à limbe étalé, blanc, rarement jaune ou fauve. Leurs étamines tétradynames sont droites ou géniculées, avec des anthères biloculaires, introrses et déhiscentes par deux fentes longitudinales. L'ovaire, qui a deux placentas pariétaux, pauciovulés et unis par une fausse-cloison verticale, devient une siliquc, parfois brièvement stipitée, oblongue ou globuleuse, rarement allongée, quelquefois comprimée latélalcmenl et exceptiomïellement très-aplatie. Ses valves sont fréquemment renflées [venLricosœ), couvertes d'un fui réseau de nervures, rarement coslulées ; et le style persistant, tantôt court et tantôt allongé, se termine par une tète sligmatifère renflée ou à peine dilatée. Les graines sont en nombre variable, quelquefois peu considérable, disposées sur une et, plus rarement, sur deux séries verticales, dépourvues d'aile marginale. Leurs téguments sont en dehors lisses ou tuberculeux, et leur embryon charnu, sans albumen, a des cotylédons accombants ou, bien plus l'arement, incombants à la radicule. Les Cochlearia, herbes ordinairement vivaces, plus rarement annuelles ou bisannuelles, ont un port et des dimensions très-variables et des surfaces fout à fait glabres dans le plus grand nombre decas. Leurs feuilles sont allernes, distantes dans nos espèces indigènes, quelquefois rapprochées en rosettes qui rappellent celles des Joubarbes (comme il arrive dans plusieurs espèces orientales). Leur limbe est entier ou pinnatiparlite. Leurs grappes florales, dépourvues de bractées, quelquefois Irès-allongécs, sont, dans certains cas, terminales sur des hampes aphylles ou à peu près et qui peuvent même porter des fleui's solitaires. Les vingt-cinq espèces environ qui constituent ce genre sont originaires des régions froides et tempérées deriiémisphère boréal. Toutes leurs parties sont très-piquantes, à saveur fraîche ou légèrement acre. Ce sont des plantes difiiciles, dans certains cas, à distinguer des JSasturtium dont elles ont d'ailleurs les propriétés. Cette distinction se fait surtout avec peine pour les espèces à fruit dépourvu de nervures réticulées sur les valves renflées et comme vésiculcuses, et à pétales jaunes. On considère actuellement comme congénères des Cochlearia : les Kernera Medik. qui ont de longues étamines arquées, une silique turgide, des cotylédons accombants ou incombants ; les Tapkrosjiermum C. A. Mi:v. qui ont une silique courte et oligosperme, à valves goullées, lâchement réticulées, et enfin \^?, Armoracia, dont il sera question tout à l'heure à propos du Raifort sauvage.

Le plus connu des Cochlearia est le C. officinal (C. officinalis L.,Spec., 903), vulgairement nommé Herbe aux cuillers (à cause de la forme de ses iéuilles) , Herbe auscorbut. C'est une petite espèce annuelle dontlcs leuilles dites radicales forment d'abord une petite rosette assez serrée. Elles sont alternes, quoique très-rappi'ochécssur une tige fort courte; leur pétiole est long et grêle, relativement à leur limbe qui est ovale ou presque orbiculaire, arrondi ou obtus au sommet, cordé à la base, plus ou moins concave en dedans, entier, un peu charnu, lisse, luisant, d'un vert foncé en dessus. La racine est un petit pivot, généralement simple, fusiforme, allongé, gros environ comme une plume à écrire. La tige montée est ramifiée presque dès sa base ; elle n'a guère qu'un, deux ou trois décimètres de hauteur; elle est cylindrique, avec quelques côtes longitudinales saillantes, glabre, lisse et verte. Ses rameaux sont épars, avec des feuilles alternes. Les inférieures sont obtuses, à peu près réniformes, entières, et leur pétiole est canaliculé. Plus haut, elles deviennent plus allongées, se prolongent inférieurement à leur base eu deux petites languettes, ont un pétiole de plus en pluscourtou nul

COCHLEARIA (botanique). 245

et un limbe plus ou moins aigu, découpé sur les bords en un petit nombre de "•randes dents inégales. Les fleurs sont disposées au sommet des rameaux en grappes simples ou peu ramifiées, corymbiformes d'abord au sommet. Les pédicelles sont alternes, dépourvus de bractées axillantes, longs d'environ un cenlimètre, ascendants. Leur calice a quatre petits sépales obtus, convexes en debors, concaves en dedans: et leurs quatre pétales, deux ou trois fois plus longs, à peu près égaux entre eux, ont un limbe ovale ou obovale, subitement rétréci en un onglet assez court. Ils sont blancs. Quatre glandes indépendantes constituent le disque. Les six étamines cà antbcre courte et le gynécée sessile sont plus courts que la corolle. Il y a un petit nombre d'ovules descendants surcbacune des lèvres du 'placenta, et le style, court et dressé, est terminé par une petite tète globuleuse stigmatifère. Le fruit est siliculeux, arrondi et légèrement ovoïde, à peine comprimé, à péricarpe mince et veiné, à cloison (fausse) ovale, translucide, avec un petit nombre des scmences'de couleur brun clair, très-finement rugueusespoiictuées. Cette plante croît spontanément sm- le rivage de la mer dans l'Europe tempérée On la cultive dans nos jardins à peu près uniquement pour l'usage médical, et l'on peut la semer soit à la fin de l'année, soit au commencement de la belle saison. Elle fleurit pour la première fois au premier printemps. C'est elle que BlackwcU {llerb., I, 227) nomme C. batava et que Park appelait C. major rotitndifulia sive Balavormn.

Le C. pyrenaica DC. (Sysl. veg., II, 5G5), qui croit le long des ruisseaux dans les Hautes-Pyrénées, n'est qu'une forme de l'espèce précédente, qui se distingue par des feuilles radicales réniformes et une grappe friictiière làcbe et allongée. Elle a les propriétés du véritable C. offtcinalis que MM. Godron et Grenier appellent maritima, qui croît sur les bords de la Manclie et dont les feuilles sont ovales, la grappe fructiière étant beaucoup plus courte et plus serrée.

Les C. anglica et danica L. (Spec, 905) sont aussi des plantes Irès-voisincs de la précédente et qui peut-être ne doivent pas en être distinguées spécifiquement. On les emploie sur nos côtes de l'ouest exactement aux mêmes usages que le C. offtcinalis. Le premier diffère de lui par des fleurs plus grandes et portées sur des pédoncules généralement plus épais. Son style est deux fois plus long, et ses fruits, deux ou trois fois plus volumineux, sont vésiculeux, avec des valves moins coriaces et des semences bien plus grosses. Ses feuilles radicales ont un limbe décurrent sur le pétiole et ovale ou oblong, mais jamais cordé à la base. Dans le C. danica, le style est court, et les fruits ne sont pas vésiculeux. Leurs valves sont très-caduques et veinées en réseau. Les feuilles radicales sont réniformes entières ou sinuées, et les feuilles caulinaires sont toutes pétiolées, cordées et subdeltoïdes. Sa végétation est généralement peu robuste. En France, il croît sur les côtes de Normandie et de Bretagne, tandis que le C. anglica s'éieud sur toute la côte, de la Belgique à l'Espagne.

On peut employer encore aux mêmes usages que le C. officinalis le C. glastifolia L., espèce qui, dans le midi de la France, se trouve près d'Aigues-Morteset sur les côtes de la Corse, et qui a des silicules globuleuses, mais non vésiculeuses, à valves persistant longtemps après la cloison et un peu carénées sur le dos. Les feuilles caulinaires ont à leur base deux longues oreillettes obtuses qui embrassent la tige, et celle-ci atteint souvent plus d'un demi-mètre de bauteur. Llle est très-icuillée, à rameaux nondjreux et étalés. Les feuilles sont glauques et Icsgi'aines sonttacliées de papilles blancbes. Le C. groenlandia L. et les G. arc-

246 COCULÉARIA (botanique).

tica ScHLTL, (jrandifolia DC, oblongifotia DC {kamtschatica Scultl) servent de même dans le nord de l'Europe ou de l'Asie.

Le Raifort sauvage, Grand-Raifort ou Cranson , encore connu vulgairement sous le nom de Cran de Bretagne ou des Anglais, de Moutarde des moines, des capucins ou des Allemands et de Radis de cheval, est généralement aussi rapporté au genre Cochlearia, et c'était le C. Armoracia de Linné {Spec, 904). Poumons, il n'y a pas lieu de placer cette plante dans un autre genre, parcequ'il y a, quant au port, à la taille, aux caractères de fruits, etc., des transitions entre le C. Armoracia et le C. officinalis, si dissemblables qu'ils soient au premier aspect. Mais si l'on partage l'avis de plusieurs botanistes modernes sur l'opportunité de faire un genre distinct pour le Raifort sauvage, nous avons fait voir {Adansonia, X, 401) que le nom qu'il doit recevoir de préférence est celui à' Armoracia lapathifolia qui est de Gilibert et date de 1785, et non celui de Roripa rusticcma(\\}(i lui donnent MM. Grenier et Godron(F/. deFr., 1,127). Les autres noms de cette espèce sont : Hederaceiim Thlasjd Lob. (1581), Cochlearia Armorica T. (1700), Raphcmus sglvestris Blackw. (1737), Cochlearia Rusticana Lajir (1780), iJaphanis magna MoENcn ( ildi), Cochlearia macrocarpaVi al\)st. et Kitair. (1802)et Armoracia Rusticana Bacmg. (181G). Cette espèce est vivace. Sa racine estépaisse, allongée, rameuse, dure et un peu cliarnue, de la grosseur du poignet ou du bras, de couleur blancbàlre, grise à la surface. Ses feuilles radicales sont alternes, pétiolées, très-grandes (jusqu'à un demi-mètre environ), elliptiques-obloiignes, obtuses, sinueuses ou irrégulièrement dentées, réticulées-veinées, à nervure principale très-saillante en dessous. I,es feuilles de la lige qui monte sont moins grandes, tendant vers une forme plus étroite et plus longue, presque lancéolée. Les supérieures sont les plus petites et presque entières. Le pétiole est d'autant plus développé que les feuilles sont plus inférieures. Tout en bas de la plante, il peut avoir un tiers de mètre de longueur ; il est fortement canaliculé en dessns et dilaté à sa base. Le limbe est glabre, d'un vert foncé, surtout en dessus, et les nervures de différents degrés dont il est cbargé sont plus pâles que le fond du parenchyme. La lige est dressée, rameuse, haute d'un demi-mètre à un mètre et plus, glabre, légèrement striée, fistuleuse. Les inflorescences sont terminales; ce sont des grappes ramifiées, corymbiformes au sommet, puis spiciformes, de petites fleurs pédiccllées, à sépales obtus, d'un vert terne, plus courts de moitié que les pétales qui sont blancs, obtus. Les étamines sont droites et divergentes, et le disque est annulaire et continu. La silicule est petite, ovoïde, surmontée du style persistant. Chacune des fausses loges renferme jusqu'à cinq ou six graines lisses. La grappe fructifère est allongée et lâche. Toute cette plante, surtout sa l'acine, a une odeur piquante et une saveur très-accentuée. Elle croît dans les prairies humides, dans beaucoup de pays tempérés de l'Europe, notamment en Bretagne, sur leborddes ruisseaux ; elle fleuriten mai et enjuin. On la dit commune sur les bords de la mer Caspienne, en Pologne et jusqu'en Finlande. Pline (trad. Littré, liv. 19,chap. 26) dit que, dans le Pont, elle se nommait Armo». M. A. de CandoUe {Géogr. bot. rais., 11, 655) pense cju'elle est originaire de l'est de l'Europe et que de là elle s'est propagée vers l'ouest. On en faisait déjà usage comme condiment en Allemagne, au moyeu âge. Nous devons à D. Hanbury et à M. Flùckigcr (Pharmacogr . , 67) cpekpies notions sur son organisation microscopique. D'après eux, la couche corticale est formée de petites cellules tubulaires. Dans la zone suivante de l'écorce moyenne, des cellules jaunes à paroi épaisse sont disséminées dans le parenchyme, notamment vers les bords de la couche

COCIILKARIA (emploi médical). 217

subéreuse. Dans la racine, l'enveloppe cellulaire ne se sépare p;is nettement du liber, tandis qne, dans les branches feiiillées, cette séparation est bien marquée pur les faisceaux libériens cunéiformes (|ni sont accompagnés par un groupe de cellules pierreuses jaunâtres, élirées dans le sens longitudinal, l.cs faisceaux ligneux contiennent ini petit nombre de courts vaisseaux jaunes, accompagnés d'amas de cellules parencbymateuses. mais non ligneuses à proprement parler. Au centre do Ja racine se voient les faisceaux ligneux séparés par du parencbynie médullaire. Dans les branches, la colonne centrale consiste en une moelle uniforme, sans faisceaux ligneux, ceux-ci formant un cercle près de la zone cambiale. Le parenchyme de la racine entière, recueillie au printemps, est rempli de petites granulations amylacées. H. Bn.

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§ 11. Emploi médical. PHARMACOLOGIE. Les parties de la plante les plus communément utilisées, sont les feuilles, les sommités fleuries et les tiges; les racines cl les semences sont moins usitées. La récolte doit en être faite pendant la floraison (mai-juin-juillet) et la plante doit être employée à l'état Irais, car elle perd ses propriétés par la dessication, de même que par l'ébullition prolongée.

Inodore tant qu'elle est intacte, cette plante exhale, lorsqu'on l'écrase, une odeur forte et pénétrante ; sa saveur est un peu amère et piquante, en somme, désagréable ; mâchée, elle provoque la sécrétion salivaire, et dans l'estomac détermine une sensation de chaleur, peut-être en rapport avec l'accroissement des sécrétions gastriques; parvenue dans les secondes voies, elle produit des phénomènes d'excitation généivile, habituellement peu marqués et fugaces; elle passe, en outre, pour diurétique.

La composition du cochléaria, notamment celle de son suc, est imparfaitement connue; d'après Braconnot, celui-ci donnerait à l'analyse une résine ^imère, une matière extractive douce, de la gomme, de la fécule verte et de Falbumine végétale, du chlorhydrate et du sulfate d'ammoniaque, du nitrate et du sulfate de chaux, et eufin une huile essentielle sulfurée (Bussy, Boutron et Bobiquet) analogue à celle que contient le raifort sauvage {Cochléaria armoracia), mais un pou différente, par sa constitution chimique, de l'essence de moutarde noire (W. Hoffmann). On sait d'ailleurs que plusieurs crucifères voisines, le cresson de fontaine, le cresson alénois, par exemple, contiennent simultanément, eu proportions variables, de l'essence d'ail (sulfure d'allyle), et de l'essence de moutarde (sulfocyanure d'allyle). Cette essence, très-odorante, fétide, acre, irritante, caustique même pour les tissus, surtout pour les muqueuses, bout vers 1 60° ; comme l'essence de moutarde, l'essence d'amandes amères, etc., elle ne serait pas préformée (Bussy, Will et Kœrner) : elle résulterait du contact de substances contenues isolément dans le parenchyme de la plante, en présence de l'eau, soit de végétation, soit surajoutée. 100 grammes de feuilles de cochléaria, d'après les expériences de M. Raybaud, fourniraient 3 centigrammes d'essence sulfurée, tandisque 100 grammes de graines de moutarde noire en céderaient de 2 déci-

248 COCIILÈARIA (emi'loi médical).

grammes (Boutron et Robiquel) à l8\20 (Hoffmann). Dobreiner aurait, en outre, trouvé un principe particulier, la cocliléarinc, dont nous ignorons les affinités avec le principe de même nom signalé par M. Maurach {Répertoire de pharm , t. XCIX, p. 128), et qui se déposerait parfois dans l'esprit ou alcoolat de cocbléaria. Ajoutons enfin qu'il est inliniment probable que cette plante contient de l'iode, comme les recbercbes de Cb. Cbatin l'ont démontré pour le cresson alénois, le cresson de fontaine, le beccabunga, et autres planteS aquatiques.

Modes d' administration, formes pharmaceutiques, doses. Dans les pays du nord de l'Europe, on mange le cocbléaria en salade, comme le cresson ; en France, on en mâcbc les feuilles contre les ramollissements des gencives, etc.

Le suc, exprimé à froid des feuilles, fait partie des sucs antiscorbutiques (sucs de cocbléaria, de cresson et de trèfle d'eau, parties égales), et se donne à la dose de 60 à 1 50 et 200 grammes par jour, en potion ou isolément ; il sert en outre à préparer le sirop de cocbléaria (51)0 grammes de suc non dépuré pour 1,000 de sucre), dont on prescrit 20 à 60 grammes en potion.

V infusion se fait avec 20 à 50 grammes de feuilles pour un litre d'eau, de lait, de petit-lait, de bouillon, de bière ou de vin, à prendre dans la journée comme tisane.

Ualcoolat de cochléaria, 'préparé avec 150 parties de feuilles fraîches pour 100 parties d'alcool à 80", se trouve rarement dans les, pharmacies, où il est ordinairement remplacé par l'alcoolat composé (cocbléaria et raifort) qu'indique seul le nouveau Codex ; il entre dans la composition de l'Eau de Madame de la VrilUère, dentifrice autrefois fort en vogue. Dose : 2 à 15 grammes en potion.

On prépare encore avec le cocbléaria une eau distillée (peu usitée) ; une conserve et un extrait (dose : 2 à 5 grammes), une pulpe (de 8 à 15 grammes) ; et il fait partie de nombreux médicaments officinaux, luis que le sirop, le vin el la bière antiscorbutique, le sirop de Portai, etc.

Pour l'usage externe, on prescrit l'infusion, en quantité variable suivant les besoins ; la teinture, étendue d'eau ou dans une infusion astringente, dans du vin blanc, à la dose de 4 à 50 grammes pour un gargarisme de 250 à 500 grammes, avec ou sans addition de borax, alun, etc.

Thérapeutique. Malgré son nom d'origine latine, le cocbléaria (de Cochlear, cuiller), ou tierhe aux cuillers d'après la forme de ses feuilles radicales, H. au scorbut. Cran ou Cranson officinal, ne semble pas avoir été connu des anciens, llippocrate. Galien, Tbéopbraste, Dioscoride et plus tard son commentateur Matlbiole, Oribase, Paul d'Égine, jEtius d'Antioche, n'en font aucune mentiou, le nasitort ou cresson alénois est seul cité par Galien, Dioscoride, etc. Les auteurs modernes de matière médicale étant muets sur l'époque de l'introduction du cocbléaria dans la thérapeutique, il nous a paru intéressant de déterminer cette époque, malgré le peu d'importance attribuée aujourd'hui à cette plante. Voici le résumé de nos recherches sur ce sujet.

11 faut arriver jusqu'au milieu du seizième siècle, à Rembert Dodoens (1518- 1 585), pour trouver une description précise et une mention formelle du cocbléaria. En effet, ni Bernard Gordon, dans son Lilium medicinœ (in-12, Lugduni ; apud G. Rovillium, 1559), ni Rondelet, dans son Methodus curandi m urbos ou âmi son Traité De Medicamentis iniernis et erternis (in-12, même éditeur, 1575), ni même Fuchs {De Historia stirpium commentarii insignes, etc. ; in-tolio, Basibu, in officina Isingriniana, 1542) et de l'Écluse ou Clusius [Rariorum plantarum historia, in-folio. Aulverpis , ex officina Plantiniana, apud Joaunem

COCHLÉ.VIUA (emploi médical). 249

Moretum, 1601), contemporains et amis de Dodoens, qui échangeaient avec lui les gravures de leurs ouvrages, n'indiquent nulle jiart l'e.xisteni:e et les usages du cochléaria. Dodoens (Stirpiiim historiée, penijifades sex, sive libri XXX, etc. ; infolio. Antvcrpioe, ex officina Plantiniana, apiid ilallJiasarem et .loannem Moretos, 1616, dernière édition plantinienne, complète), apiès avoir distingué (liii. I, cap. 178) différentes espèces de cochléaria, qu il désii;ue par ce nom même, signale l'emploi qu'on en fait dans le pays de Frise et ailleurs contre les ulcèi'es de la bouche, le scorbut (schorbeck des Germains) ; et il criti(|ue ro|miion de quelques botanistes de l'époque, qui, se basant sur la similitude de l'usage Ihérapeutique et du lieu dans lequel il était répandu, rapportaient au cocliléaiia ce que Pline (lib. XXV, cap. m) dit d'une herbe qu'il appelle hrilannica : celle-ci aurait été très-utile à des soldats romains qui, a])rès avoir traversé le iîhiu et établi leur camp en Frise, furent atteints de stomacace [oscedo de Mai'cellus) et se guérirent par l'emploi de la plante en question, que leur indiquèrent les colons déjà installés dans le pays. Dodoens fait remarquer que plusieurs plantes également employées contre le scorbut, telles que le nasitort, le sium, croissent dans la même contrée et pourraient être considérés comme la hritannica de l'iine, avec autant déraison que le cochléaria, dont les caractères ne s'accordent nullement avec la description que donne l'auteur latin. Dodoens ne croit pas davantage qu'on puisse assimiler le cochléaria au télépliion des Grecs, usité aussi contre les ulcères de la bouche, mais qui lui paraît une joubaibe, une crassulacée.

Quoi qu'il en soit, l'opinion du botaniste auversois fut promptement répandue et généralement adoptée, ainsi qu'on le voit dans les Stirpium adversaria nova de Pierre Pena et de Matthias de Lobel, le plus illustre élève de Piondelet(l.onduni, 1571, p. 1 -il, in-folio. Excudebat prelum Tliomre Purfœtii), etdansie Plantarum stirpium historia, de Matthias de Lobel, iusidaire (Antverpiœ, in-folio, ex officina Christophori Plantini, archetypograplii regii, 1576); dans les Historia; générales plantarum de Daleschamp (Lugduni, in-Iolio, apud G. Rovillium, 1586, p. 1320, pars secunda). En Angleterre, nous trouvons quelques années après, en i67](), le cochléaria désigné comme sur le continent par les noms d'herbe aux cuillers, herbe au scorbut (spoouwort, sciu'vy-grass) et distingué en plusieurs variétés, dans l'ouvrage Tlie Herbail, or général Historié of fiantes (p. 400) de John Gerarde (édition augmentée et corrigée par Thomas Johnson. London, in-folio; printed by Adam Isslip Joice Norton and Richard Whitakers, anno 1656).

A partir de ce moment, l'emploi du cochléaria se répand de plus en plus ; Eugalenus, dims son De Morbo scorbuto {\bSS; puis in-12, Hag;e comitis, typis Adriani Ulacq, anno 1658) le cite favorablement, et, grâce, à l'extension aitusive que l'on attribue au scorbut, auquel plusieurs auteurs rapportent bientôt tous les états cachectiques, toutes les maladies indéterminées, l'herbe aux cuillers devient non-seulement l'anliscorbutique par excellence, mais est vantée comme antiscrofuleuse, antirhumalismale, antigoutleuse, anticalculeuse, antifébrile, antiputride, diaphorétique, apérilive, diurétique, vulnéraire, etc.

Sydenham, tout en protestant contre la manie d'attribuer à un état scorbutique les maladies commençantes à type incertain ou les restes de maladies imparfaitement guéries, tout en établissant de grantles différences entre le scorbut et le rhumatisme vrai, n'eu admet jias moins qu'il y a une sorte de rhumatisme qui se rapproche beaucoup du scorbut, et qu'il nomme rhumatisme scorbidujue, «[ui attaque plus spécialement les femmes et les hommes d'un tempérament faible,

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espèce admise également par Hoffmann ; pour la curation de cet état pathologique, il se loue si fort de l'emploi d'un électuaire et d'une bière où entre le cochléaria, associé à l'arum, au citron, à l'orange, etc., qu'il no le publie, dit-il, (jue parce qu'il préfère l'utilité publique à son intérêt particulier (Dit rhumatisme. Médecine pratique, t. I, p. 429, édif. Jault, revue par J.-B. Baumes) ; et le préconise également contre la goutte, mais à un moindre degré, et cela va sans dire, contre le scorbut proprement dit [loco cit., t. II, p. 294), contre l'hydropisie (t. Il, p, 298).

Du scorbut à la scrofule, aux engorgements ganglionnaires, il n'y a pas loin; la cachexie du scorbut a également quelques traits communs avec la cachexie paludéenne ; d'ailleurs, le cresson alénois, nasitort, était regardé par Dioscoride comme diminuant la râtelle, purgeant et nettoyant gratelle, impcligines ; comme incisif par Galien, diurétique, etc. Stahl employa donc le cochléaria contre la fièvre quarte ; Murray, Desbois (de Rochefort), le vantèrent contre la pierre; d'autres, contre l'asthme, les toux humides (Chaumeton). A l'extérieur, sa décoction ou sa teinture servaient au pansement des ulcères scorbutiques.

Il est inutile de poursuivre plus longuement cette énumération; aujourd'hui, le cochléaria, rangé au nombre des spécifiques, doué de propriétés exceptionnelles par nos piédécesscurs, est à peu près complètement délaissé par les médecins contemporains ; à peine si quelques-uns le prescrivent en gargarisme contre les maladies des gencives, quand elles sont fongueuses, saignantes ou ulcérées.

Cet oubli est-il complètement justifié ? Des auteurs recommandables ne le pensent pas, et en tête, nous citerons Trousseau et Pidoux, Cazin. Avec l'amélioration de l'hygiène navale, la rapidité des transports, les épidémies de scorbut sont devenues très-rares ; cette maladie a pourtant régné en Crimée en 1854-56, pendant le siège de Paris en 1870-71, etc., et on peut en voir de temps à autre des cas sporadiques ; dans ces cas, les crucifères, et parmi elles le cocldéaria, jouissent d'une eificacité incontestable ; et ce n'est pas seulement en tant que végétal frais, car nous l'avons eu employé avec succès en pareille circonstance, sous forme d'alcoolat. Nous regrettons, toutefois, de n'avoir pu comparer les effets des gargarismes additionnés d'alcool simple avec ceux des gargarismes à base d'alcoolat de cochléaria. C'est donc une ressource à ne pas négliger.

Comme antiscrofuleux, il est remplacé actuellement par les iodiques, l'huile de foie de morue, etc. ; et nous ne pensons pas qu'il puisse lutter avec ces médicaments dans les maladies scrofuleuses graves, dans les lésions osseuses ou viscérales ; mais dans le lymphatisme exagéré, chez les enfants apathiques, à manifestations scrofuleuses superficielles, chez les individus débilités par des maladies longues, à caractère asthéniqne il nous semble que l'on dédaigne à tort le secours que peuvent fournir les antiscorbutiques, sous forme alimentaire ou médicamenteuse. Si les affirmations réitérées de nombreux praticiens ne suffisaient pas, n'y a-t-il pas, dans la composition des crucifères, dans l'existence chez ces végétaux d'une essence sulfurée, de l'iode, de la potasse, etc., de quoi justifier au moins les essais tentés dans cette direction? L'excitation locale des organes digestifs, la stimulation générale qu'entraîne la pénétration dans l'économie d'un principe sulfuré, expliquent suffisamment les résultats que nos prédécesseurs en ont obtenus dans l'atonie des voies digestives, dans les états asthéniques, les dyscrasies en général, dans les vieux catarrhes, dans les maladies de la peau, etc., pour que nous ne soyons pas en droit de les nier «jjriori. L'étude scicutifîijue, rigoureuse, de l'action réelle des végétaux indigènes serait presque

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tout entière à reprendre, et fomnirait sans doute des résultats précieux, quoiqu'il ne faille pas se dissimuler que la faible énergie de cette action, si utile à un certain point de vue puisqu'elle permet un usage prolongé chez des individus fatigués ou très-impressionnables, ne soit une condition dél'avoi'able pour la constatation des effets obtenus.

L'action excitante du cochléaria contre-indique de l'employer dans les maladies avec irritation, chez les hémorrhoïdaires (Stahl), chez les sujets menacés de congestion pulmonaire, d'hémoptysie, ou atteints de palpitations de cœur, etc. On adoucit cette action, en coupant le suc de cochléaria, par exemple, avec du petit-lait ou du lait, des mucilages, etc. El. II.

COCHLÉitRlIVE. Substance qui se dépose quelquefois en lamelles nacrées ou en aiguilles fines de l'esprit de cochléaria. D.

COCHLOSPEaME [Cochlospermum K., Malvac., 6). Genre de plantes, de la famille des Bixacées, constituant à lui seul, dans ce groupe, la tribu ou série des Cocblospermées et servant comme de lien entre la famille des Uocovis et celle des Malvacées. Les (leurs, grandes et belles, des Cochlospermum sont régulières et hermaphrodites. Leur réceptacle, légèrement convexe, porte cinq sépales imbriqués et un même nombre de pétales alternes, tordus dans le bouton. Les étamines hypogynes sont en nombre indéfini ; elles ont un filet libre et une longue anthère basifixe, introrse, déhiscente près du sommet par des fentes courtes, imitant des pores. Le gynécée supère se compose d'un ovaire uniloculairc, surmonté d'un style à extrémité stigmatifère renllée. Dans la cavité unique de l'ovaire proéminent trois ou cinq placentas pariétaux qui se comportent à peu près comme ceux des Pavots et sont chargés d'ovules anatropes en nombre indéfini. Le fruit est une capsule loculicide, dont l'endocarpe se partage en panneaux séminifères sur le milieu de leur face interne et qui se détachent de l'cxocarpe dont les valves alternent avec celles de l'endocarpe. Les graines sont réniformes ou spiralées, chargées de poils extérieurs, et leur albumen charnu enveloppe un embryon arqué à cotylédons verdàti'es, ovales et foliacés. Les Cochlospermes sont herbacés ou ligneux. Toutes leurs parties sont gorgées d'un suc jaune ou rougeàtre. Leurs feuilles alternes sont palmatifides ou digitées, et leurs Heurs sont disposées en grappes. Elles rappellent beaucoup, par leur ensemble, celles des Pavots. 11 y a des Cochlospermum dans toutes les régions chaudes du globe. Au Sénégal, on emploie le C. tinclorium Rien., Guii.LtMLx et Ptrr. [FI. Seneg. Tent., I, 99, t. 21), qui est le Faynr des indigènes et que M. J. Ilookcr a nommé G. Planchoni []n Hook, Niger FI., 268). Sa matière colorante réside surtout dans le rhizome qui sert à teindre en jaune et en rouge et qui passe dans le pays pour un emménagogue efficace. Dans les espèces américaines, la matière colorante réside aussi dans une tuniquo molle, intérieure au testa des graines. Le C- insigne A.-S.-H. {Plant, usuelles des Brasiliens, n. 57) est le Bulua do curvo du Brésil. Il a encore reçu les noms de Maximiliana regia Mart. et de Wiltelsbachia insignis Mart. On l'employait beaucoup comme maturatif des abcès et contre les douleiu's internes consécutives aux coups et aux chutes. Le C. Gossypium DC. est l'espèce la plus anciennement connue. Linné l'a nommé Xylon dans son Flora zeylanica (99, n. 222) et Bombax Gossypium, dans son Systema (517). H passe pour produire la Gomme Kutrera, nommée aussi à tort Gomme de Bassora et analogue à la Gomme Adragante, mais se convertissant au contact de l'eau

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