COIFFURE
une pièce d'étolfe carrée posée sur la t.He, à peu près à la façon des Italiennes. Enliii, pendant assez longlemps, elles partagèrent avec les hommes l'engouement pour les chaperons; mais à la fin du quatorzième et dans le courant du quinzième siècle, apparurent ces bonnets démesurés, qui sont encore pour nous un sujet d'étonuement; c'était tantôt un cône pointu au sommet duquel était attaché un voile pendant par derrière; plus tard, le bonnet était orné de deux énormes cornes latérales qui lui donnaient l'aspect d'un croissant; telles étaient la hauteur et la largeur de ces cornes, que pour passer d'une pièce dans une autre il fallait non-seulement se baisser, comme pour les cônes, mais, de plus, se présenler de côté. A la lin du moyen âge, on voit tous ces échafaudages disparaître et les coiffures basses reprendre leur laiig.
III. Ei'OQUii MODERNE. A partir de François I'^'', le chapeau de feutre prcno décidément la première place, et il ne la quittera pas jusqu'à l'époque actuelle. Il est d'abord constitué par une calotte entourée de rebords peu larges, légèrement retroussés et remplis de plumes, remplacés plus tard par un simple marabout. Sous Charles IX et Henri II I, le toquet fut en grande faveur; mais sous Henri lA^ on voit apparaître le chapeau à larges bords dont un côté est relevé contre la forme du chapeau et maintenu par une agrafe plus ou moins ornée; un riche panache complèle l'ajustement. Sous Louis Xlll, les bords sont larges et plats, et ornés d'une longue plume llottantc. Plus tard, les bords sont moins larges, fermes et recouverts, à la Cour, d'une couche de plumes ; tel est le chapeau de Louis XIV. Dans les dernières années de ce règne et sous Louis XV, les bords sont relevés sur trois côtés, de manière à former trois cornes; cette coiffure, dont les dimensions varient suivant la mode et le goût des particuliers, s'est prolongée jusqu'au commencement de ce siècle, portée autant sous le bras que sur la tête. Vient ensuite le chapeau rond à la mode surtout pendant la Révolution et dont il a été question ailleurs {voy. Cheveux).
Dès le commencement du seizième siècle, les femmes, avons-nous dit, portèrent des coiffures basses; tout le monde connaît les élégants et gracieux bomiets ou chapeaux de Marie Stuart et de Catherine de Médicis; beaucoup, sous Charles IX et Henri 111, adoptèrent la mode du toquet, qui ne manquait pas non plus d'élégance. Sous Louis XIV, vers la fin du règne, parurent des coiffures extravagantes, mais qui concernaient surtout la disposition des cheveux dressés en édilices gigantesques, que l'on vit reparaître avec des formes variées de cent manières différentes dans la dernière partie du dix-huitième siècle. Mais quant aux coiffures proprement dites, ou vêtement de tête destiné à être mis sur les cheveux, elles n'offrent rien de remarquable ; quelques petites cornettes de linge, quelques légers chapeaux de paille bientôt abandonnés en firent tous les frais. Tout était subordonné à l'énorme monument capillaire. Les cliapeaux de forme plus ou moins régulière reparaissent à la fin du siècle, pour se conlinuer jusqu'à nous, sans gagner beaucoup sous le rapport du bon goût et de l'iiygiène. Nous n'avons pas parlé des autres contrées de l'Europe ; c'est qu'en effet, à pail quelques emprunts faits par nous à l'Angleterre, dans la seconde partie du dernier sièck", on a à peu près partout suivi nos modes de plus ou moins près, excepté peutêtre pour les femmes qui, dans divers pays, ont conservé le costume national. Quant à l'Orient, où existent des différences si tranchées, il sera question, quand il y aura lieu, du costume à l'occasion de la géographie et de l'hygiène des peuples qui habitent ces différentes régions.
E. Bgd.
COIGNASSIEU. 709
COIGX.îiSSlFU (Cijdonia T.). Genre de plniiles (licolylédone?, que Linné a réuiu aux Poiriers et qui en présente eu etlet la plupart des caractères. Les principales dilléreuces consistent en ce que la corolle est généralement tordue, au lieu d'être imbriquée comme celle des Pjjrus, et surtout en ce que les ovules, au lieu d'être au nombre de deux et ascendants dans cbaque loge, sont en nombre iudéfmi et disposés sur deux rangées verticales, ceux d'une série regardant ccnx de l'autre par leur raphé. lis sont ou à peu près horizontaux, ou plus généralement ascendants. Les graines ou pépins qui leur succèdent sont construits comme ceux des pommiers et des poiriers, le fruit est analogue à celui de ces plantes, avec un endocarpe plus mince et moins consistant. Il est surmonté des sépales persistants, foliacés et qui, dans la fleur, étaient déjà remarquables par leur grand développement. Les principales espèces que nous avons à distinguer dans ce genre sont :
1" Le Coignassier commun {Cydonîa viilgaris Ricii.), qui était pour Linné {Spec, 687) le Pyrus Cydonia, est originaire, à ce qu'on pense, de l'ile de Crète. Il est actuellement cultivé dans la plupart des pays de l'Europe et il a été planté dans nos bois où il reste à l'étal subspontané. C'est un arbrisseau qui s'élève à trois, quatre ou même cinq ou six mètres et dont les branches sont nombreuses, rapprochées. Les jeunes rameaux sont chargés d'un épais duvet, cotomieux et blanchâtre. Les l'euilles sont ovales, obtuses, longues de cinq à huit centimètres, larges de quatre à six, minces, molles, douces au toucher, cotonneuses en dessous, entières, persistantes, avec un pétiole d'un ou deux centi.iiètres de, longueur, et des stipules latérales, insyniétriques, foliacées, dentelées. Les fleurs sont solitaires, terminales et à peu près sessiles. Leur réceptacle est tubuleux, et porte cinq sépales foliacés, quinconciaux quand ils sont très-jeunes, ordinairement inégaux, plus tard réfléchis. Les pétales sont d'un blanc rosé, tordus dans le boulon. Les élamincs sont ordinairement au nombre de quinze à vingt, savoir cin(| oppositisépales et deux ou trois devant chacun des pétales. Les fdets sont inégaux, infléchis dans le bouton, de sorte que les anlhères sont alors logées, dans la concavité du réceptacle, entre les parois et le gynécée. Les carpelles, au nombre de cinq, sont superposés aux sépales; leur ovaire est appliqué contre les parois extérieures, tandis que par l'angle interne, il ne touche même pas les ovaires voisins ; le centre de la ileur est donc vide. Chaque ovaire est surmonté d'un style libre, à extrémité stigniatifère renflée. Dans l'angle interne de cbaque ovaire se trouvent des ovules en nombre indéliui, disposés sur deux rangées verticales. Ils sont, dans chaque série, au nombre de cinq à quinze, anatropes, à double enveloppe, prescpie horizontaux ou légèrement ascendants, à double tégument. Le fruit, vulgairement nommé Coing ou Pomme, Poiie de coing, est pyrilorme, enveloppé du réceptacle devenu charnu, surmonté des sépales foliacés, persistants et accompagné à sa base de deux ou plusieiu's l'euilles ou bractées. Chacune de ses cinq loges renferme dans l'angle interne un nombre indéiini de graines ou pépins, très-analogues à ceux des i'oiriers et des Pommiers, c'est-à-dire que leur enveloppe dure et brune est entourée d'un tégument superficiel, celluleux et mou, susceptible, au contact de l'eau, de s'épaissir en un mucilage abondant et glutineux. L'embryon qui remplit toute la cavité de la graine est charnu, huileux, à courte radicule infère ou dirigée vers l'angle interne des loges et à cotylédons épais, plans-convexes.
2° Le Coignassier du Japon {Cydonia japonica L. — Pyrus japonica Tm'jkb.) est devenu pour certains auteurs le type d'un genre Chœnonieles, établi par Lind-
710 COIINDET.
ley. Les fleurs ont aussi cinq sépales et cinq pétales, ces derniers ordinairement rouges, plus rarement blancs ou rosés. Les sépales sont quinconciaux, mais non constamment. Les pétales sont rarement tordus, mais bien plus ordinairement imbriqués. Les loges ovariennes sont, comme dans le C. vulgaris, superposées aux sépales, mais elles sont ordinairement incomplètes, et d'autant |)lus qu'elles sont plus jeunes ; de sorte qu'il y a un âge où l'on peut décrire l'ovaire comme contenant cinq placentas pariétaux, alternes avec les feuilles carpellaires. Les ovules ont deux enveloppes; ils sont ascendants et en nombre indéfini. Le fruit, de forme très-variable, est le plus souvent plus arrondi que celui du C. vulfjaris, Le réceptacle charnu qui forme sa portion extérieure, d'abord vert, finement ponctué de blanc, souvent pourpré d'un côté, a d'abord une ode\ir suave, qui devient fétide quand ces parties charnues ont commencé à se putréfier. Chacune des fleurs est accompagnée de deux bractées latérales. Le C. japonica est un arbuste à feuilles alternes, oblongues, lancéolées, penninerves, serrulées, à flem's groupées en cymes, à côté d'un rameau axillaire spinescent, dans l'aisselle d'une feuille de l'année précédente dont on voit encore la cicatrice. Les feuilles ne se développent qu'un peu après les fleurs. Cette espèce est peu usitée chez nous; mais tout porte à croire que l'on pourrait employer ses fruits et ses semences aux mêmes usages que ceux de la précédente. Le C. de Chine (Cydonia chinensis Thouik) a des propriétés analogues et son fruit se voit quelquefois chez nous, venant de contrées plus chaudes, car c'est une espèce délicate {voy. Coing). H.Bn.
TouiiNEF., Inst. Bel herh., 632, t. 405. - Heist., De Cydonia (1744). — âdat^s., Fam. des plant., II, '2!)6. — Ji'ss., Gen. plant., 535. — G/Ertn., De fnicl. et sein, cor., II, M, t. 87. — Lamk, Dict., II, 63; SiippL, II, 426. — Tiiouin, in Ann. Mus. Par., IX, t. 8, 9. — Pebs., Enchirid., II, 40. — DC, Prodrom., II, 638. — Savi. Alb. losc.. I, 90. — Guie., Tr. des drog. simpl , éd. 6, III, 267. — I'ereiiu. Elem. Mat. med., éd. 4, II, p. II, 503. — Lindl., FI. med., 234; in Trans. Linn. Soc., XIII, 97; in Bot. Reg., t. 905 (Chœnomeles). — Spach, Suit, à Buffon, II, 154, 158 [Chœnomeles] . — Berg et Sciimidt, Darst. of/ic. Geic, t. IV, fr.— H. Bâillon, Histoire des plantes, I, 406, 456, fig. 463-465.
COIMDKT (Jeajn-Frakçois), médecin suisse, né à Genève, le 4 juillet 1774, mort à iNice, le 11 février 1834. Il fit ses études à Edimbourg, où il fut reçu docteur le 24 juin 1797, et où il devint, plus tard, président de la Société royale de physique. L'e retour à Genève, il se fit agréger à la Faculté de cette ville (17 vend, an 8) et devint l'un des praticiens les plus occupés. Son mérite et son zèle à secourir les malheureux ne tardèrent pas à lui faire obtenir la place de médecin en chef de l'hôpital civil et militaire (1809), de médecin des épidémies pour le département du Léman. A la mort d'Odier, en 1817, il lui succéda dans la rédaction des articles de médecine de la Bibliothèque universelle de Genève. C'est dans ce recueil qu'il faut aller chercher ses remarquables Mémoires sur les propriétés de Vlode contre le goitre : importante découverte qui valut à l'auteur un prix de 3,000 fiancs décerné par l'Académie des sciences de Paris (1832), et qui consistait à reconnaître que dans l'éponge que l'on administre aux goitreux, l'agent qui opère la dissolution du goitre est l'iode ; qu'on obtiendrait, par conséquent, de ce principe séparé, les mêmes services pour les cas en question, que ceux que l'on a obtenus en séparant la morphine du pavot, la quinine du quinquina. Voici, du reste, les titres des publications de Coindet :
I. Mémoire sur l'Iiydrencéphale, ou céplialUe interne. Paris, 1817, in-8°. — If. Mémoires sur la découverte d'un nouveau remède contre le goitre. In Biblioth. univ. de Genève, t. XIX, année 1.S20; t. XYI, année 1821. — III. i\ole sur les proijiiélts et l'emphn du sulfate dequinine dans les fièvres intermittentes. In Bibl. univer. de Genève, t. XXII, année 1825.
COING (emploi médical). 7H
COIIN'DET (LÉON-ALEx.-IIipp.),né à Orcliies (Nord), le 2 mai 1828, aprcsavoir commencé l'étude de la médecine à Thôpilal militaire d'instruction de Lille, vint à Paris les continuer au Val-de-Gràce ; après un séjour de deux ans comme sous-aide en Algérie, il revint à Paris, prit le titre de docteur et le grade de médecin aide-major de 2« classe, et fit en cette qualité la rude campagne de Crimée. Sa conduite lui valut au retour la croix de la Légion d'honneur. Il était de nouveau en Afrique, quand il fut, sur sa demande, désigné pour faire partie de la malencontreuse expédition du Mexique. On sait la part honorable qu'il y prit comme chirurgien militaire, et les travaux intéressants qu'il entreprit sur l'influence des altitudes, dans les(juels il condjaltit un peu prématurément peut-être, à l'aide d'expériences ingénieuses et rigoureusement exécutées {voij. Altitudes, p. 415 et suiv.), les idées qu'un séjour de vingt ans sur le plateau de l'Anabuac avait inspirées à M. Jourdanet. Pievenu en France, il fut attaché à l'hôpital militaire du faubourg Saint-Martin, et récompensé de ses services parla rosette d'officier. Après a\"oir assisté à la terrible catastrophe de Sedan, il put rentrer à Paris au moment de l'investissement; il assista donc au siège de Paris, et frappé d'une balle qui l'atteignit dans sa demeure, près de l'Hôtel de Ville, lors de l'émeute du 22 janvier, il succomba le 27. Il avait à peine 42 ans.
On a de lui :
I. Considérati'itis sur les fièvres de l'Algérie. Th. de Taris, 1851, n" 271. — II, Série de lettres et de documents sur l'état physiologique et le service de santé militaire au Mexique. In Gazette hebdomadaire et in Eecueil de mémoires de médecine militaire, pendant les années 1805-65-, et polémique avec M. Jourdanet. — 111. Le Mexique considéré au point de vue médico- chirurgical. Paris, 1867-69, in-8», 3 vol. (ouvrage mallieureiisement inachevé).
E. Bgd.
COIIVG. § I. Botani<|iie. Voî/. CoiGNASSIER.
§ II. Emploi médical. PuARMACOLOGiK. Les coings, fruits du coignassier [voy. Coignassier), ont la forme d'une pomme, mali formes, ou d'une poire, /)?/riformes, et présentent le volume des plus gros de ces fruits. Ils ont une belle couleur jaune, une odeur suave, fragrante, persistante et très-inhérente aux objets avec lesquels ils ont été en contact. Leur saveur est très-âpre et astringente, diminue un peu par la maturité postérieure à la récolte, et se perd presque complètement par la cuisson ; il ne leur reste après cette dernière opération qu'un goût trèslégèrement astringent, auquel se mêle un certain degré d'arôme. Dans le midi de l'Europe, l'àpreté des coings est moindre, en même temps que leur principe aromatique est plus prononcé; et certains individus les mangent crus avec plaisir.
On emploie leur chair et leurs semences.
La chair ou pulpe ferme de coing contient : du tannin, de l'acide malique, du sucre, de la pectine, une matière azotée, de la cellulose, de l'eau. Il existe vraisemblablement aussi dans ce fruit, et surtout dans son enveloppe colorée, une huile essentielle, que décèle son parfum si pénétrant, mais que l'on ne s'est pas encore occupé d'isoler.
Les semences ou pépins contiennent de l'amygdaline, de l'émulsine, de l'amidon, une huile fixe, et se distinguent spécialement par un mucilage très-abondant, déposé sous leur épisperme.
Pereira considère ce mucilage comme une substance particulière qu'il nomme Cydonin. 11 se prête, en pharmacie et en thérapeutique, aux mêmes usages que la gomme arabique et la gomme adragant, auxquelles il est comparable. Il fait la base de la bandoline employée par les coifleurs pour fixer les cheveux.
712 COING (emploi médical).
Formes pharmaceutiques et doses. Snc de coings, cydoninm. Coings un peu avant leur parfaite maturité, Q. V. Essuyez les coings avec un linge rude pour enlever le duvet qui les recouvre; réduisez-les en pulpe au moyen de la râpe, et soumettez-les à la presse. Abandonnez le suc à un léger mouvement de fermentation, jusqu'à ce qu'il soit éclairci, et Qltrez-le au papier {Codex). Il sert à préparer le sirop ci-dessous.
Sirop de coings. Suéde coings, grammes, 1,000; sucre blanc, 1,750. Faites chauffer jusqu'à l'ébuUitiou dans une bassine d'argent ou de cuivre non élamée, et passez {Codex). Doses ad libitum pour édulcorer des potions ou des tisanes.
Mucilage de coing. Semences de coing, grammes, 1 ; eau tiède, 5. Laissez en contact pendant six heures, en agitant de temps en temps ; passez avec expression {Codex).
On a proposé de l'évaporer à siccité, de pulvériser le résidu, afin d'obtenir à volonté un nmcilage par le mélange de cette poudre avec de l'eau (Bcnder, Bull, des Se. méd. de Férussac, t. VI, p. 1 7()).
On s'en sert en pharmacie pour favoriser la solution et l'incorporation des résines et des gommes-résines avec d'autres médicaments. 11 peut leraplacerles gommes arabique et adragant dans toutes leurs applications.
Avec ce mucilage étendu d'eau ou plus simplement en traitant par décoction les semences de coing, Q. S., on obtient tisanes, lotions, fomentations, injections émollienles. 1 partie de semences convertit 48 parties d'eau en un mucilage épais, par la coction (Jourdan). 4 grammes de ces semences donnent la consistance du blanc d'œufà 120 grammes d'ean (Cazin).
On fait des cataplasmes avec la pulpe de coing bouillie dans l'eau et convertie en p-dle; des tisanes, des gargarismes astringents, en faisant infuser le coing coupé par tranches dans l'eau bouillante; un vin de coing, préparé par macéralion du fruit coupé en morceaux dans du vin rouge, et qui sert, tant à l'extérieur pour fermentations qu'à l'intérieur comme tonique astringent.
Ce fruit sert à plusieurs préparations alimentaires, compotes, gelées, marmelades, pâtes, etc., qui néanmoins conservent quelque caractère médicamenteux, et sont en conséquence particulièrement recommandées aux personnes qui ont besoin d'être soumises à une médication tonique astringente. 11 entre dans la composition d'un résiné connu sous le nom de Cotiijnac; mais ce résiné n'est pas le seul qui en contienne. Il est un des ingrédients de la teinture de mars cydonisée.
Hi-ToniQUE. Le coing est originaire d'Orient ; on le cultivait particulièrement à Cydon, dans l'ile de Crète {vog. Coir.isAssiEr.), d'où lui est venu son nom, /.u^wviov, cyduuia. Les latins l'appelaient aussi Colonea, à cause du duvet qui le recouvre. 11 paraît avoir été fort employé dans la Grèce et à Rome, mais plutôt comme médicament que comme aliment ; il était employé comme substance astringente tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, et Pline fait remarquer avec raison que cette propriété est bien plus marquée dans le fruit cru que dans le fruit cuit (liv. XXIII. ch. liv). II n'est question dans cet auteur que de l'emploi de la chair du coing, conseillée particulièrement, comme de nos jours, contre les tlux intestinaux. Les Arabes paraissent être les premiers qui aient fait un usage médical des semences de ce fruit.
Les coings avaient aussi reçu les noms de xp\>(io^-nko-i, mala aurea ; et certains auteurs, Guibourt entre autres, pensent que les fameuses pommes d'or du jardin des Hespérides, conquises par Hercule, étaient des coings et non des oranges.
COIjNG (emploi médical). 715
On donne pour raisons, d'abord que les oranges et même les citrons ou les cédrats n'ont été connus en Europe que bien longtemps après les temps d'Hercule; ensuite que des sculptures antiques représentent Hercule tenant dans ses mains des fruits qui ressemblent beaucoup plus à des coings qu'à des oranges. 11 fallait au reste que les anciens Grecs eussent le fruit du coignassier en bien plus baute estime que nous ne l'avons aujourd'hui, puisqu'ils l'avaient dédié à Vénus et regardé comme un emblème du bonbeur et de l'amour. Une qualité très-supérieure de ce fruit dans le Levant pourrait, à la rigueur, expliquer cet enthousiasme.
Action physiologique. Le coing offre deux médicaments distincts, réunis, mais qu'il est facile d'employer séparément : un médicament astringent, représenté par la chair du fruit ; un médicament émollient, adouuissant, fourni par les semences et constitué par leur matière gommeuse. Le premier, caractérisé par une proportion modérée de tannin, est tout au plus un astringent de moyenne force; si l'on administre en même temps le second, et si d'autre part on tient compte du principe aromatique, celui-ci communiquant à l'ensemble quelques propriétés simulantes et le mucilage miligeant l'aclion du tannin, on se trouve avoir en main un tonique astringent des plus doux, qui aura ses avantages dans plusieurs circonstances. Ainsi, le tannin détermine parfois un pincement douloureux de l'estomac; mais il a dans le coing des correctifs, et par eux ce fruit devient même stomachique. Les ilux inslestinaux s'accompagnent souvent d'un état phlegmasique de la nmqueuse intestinale ; la substance complexe du coing ne contient rien qui puisse exagérer cet état, et offre même dans son élément mucilagineux un moyen de l'apaiser, pendant que son principe tanuique agit sur l'hypercrinie de la muqueuse. Mais en revanche on n'attendra des préparations de coing qu'un concours très-secondaire dans les circonstances oîx la médication astringente ne doit triompher qu'à l'aide de ses agents les plus puissants.
AcTioiv THÉRAPEUTIQUE. Cc quc uous vcnous de dire en dernier lieu s'applique au cas où il importe de réprimer au plus tôt des flux intestinaux considérables, des hémorrhagies graves par leur persistance ou leur quantité. Là les préparations astringentes de coing ont si peu à faire qu'elles ne sont admissibles qu'à titre d'adjuvants. Leurs véritables indications sont dans les hypersécrétions, non excessives et d'ailleurs plus ou moins rebelles, du tube digestif. Ainsi, nous les voyons conseillées contre le vomissement chronique, où nous comprenons leur utilité. Elles sont encore plus opportunes contre la diarrhée chronique ou seulement contre la disposition à la diarrhée. Le coing constipe; c'est un résultat connu de tous les individus qui font usage des conserves alimentaires de ce fruit. Il est donc logique de soumettre à cet usage ceux qui ont des évacuations alvines fréquentes et liquides, et d'y joindre, s'il le faut, le sirop, la tisane ou le vin de coing. Ces préparations sont très-utiles dans le traitement des diarrhées si fréquentes chez les enfants. Sans en attendre autant dans la diarrhée et dans la dysenterie aiguës, on peut cependant les y employer comme auxiliaires. L'une des boissons les plus ordinaires que je prescris aux dysentériques est l'infusion de thé édulcorée avec le sirop de coings.
Dans le traitement des hémoptysies Sans moliraen vers l'organe malade, ainsi que dans celui des diarrhées chroniques et atoniques, Cazin prescrit la décoction de coings coupés par morceaux et mêlée à égale quantité de décoction de semences. Ce mélange, à !a fois mucilagineux et astringent, produit un très-
714 COISE (eau minérale de).
bon effet. Chez les enfants atteints de ces diarrhées abondantes qui les jettent promptement dans une débihté extrême, il emploie avec succès, par petites cuillerées fréquemment répétées, une mixture composée de sirop de coings 50 grammes et infusion concentrée de sauge 60. Il fait parfois appliquer en même temps sur le bas-ventre des fomentations tièdes de décoction vineuse de coings [Traité des plantes médicinales indigènes).
Le vin de coing convient dans la faiblesse généi^ale, dans les convalescences et chez les vieillards. 11 s'emploie à l'extérieur dans le relâchement du vagin, les chutes de la matrice, le boursouflement des gencives, etc. [ihid.].
On applique ks cataplasmes de pulpe de coing sur les parties atones, sur les organes i^elâchés; on les a vus réussir contre la chute du rectum.
Le bois et les feuilles du coignassicr ont aussi été employés comme substances astringentes. Solenander foisait bassiner les yeux atteints d'ophthalmie chronique avec la décoction de feuilles. Cette décoction est utile en injections contre la leucorrhée.
Les préparations de semences de coing sont employées à l'intérieur et à l'extérieur, comme agents de la médication émoUiente. Leur décoction est prescrite comme tisane, à l'instar de l'eau gommeuse, dans les phlegmasies des organes respiratoires, digestifs et urinaires. Toutefois le mucilage de coing est plus usité à l'extérieur ; lénitif et calmant, on l'applique sur les gerçures des lèvres et du mamelon, sur l'érysipèle, sur les briilures, sur l'eczéma aigu, surleshémorrhoïdes enflammées. On en fait des collyres adoucissants, très-utiles dans les ophthalmies douloureuses, ou bien on l'ajoute aux collyres irritants pour en tempérer l'activité. On prépare avec ce mucilage des lavements émollients qui calment les coliques et le tcnesme dans la dysenterie, dans la rectite hémorrlioïdale, en un mot dans les diverses irritations du gros intestin.
D. DE Savignac.
Bibliographie. — Claf (C.-L. de). De ligni cntoneinatura. Incrolsladii, 1580. — Jung (G.-S.). )(p\i'76iJ.-i)-ov, seu malum aureum, hoc est ci/donii collectio, decorticatio, enucleatio, preparalio. Vindobonœ, 107'. — Eïsel (,1.-1^.). De medicanienlis ex malo cijdoniato jmralis. Erfordiœ, 1717. — Heister (L.). De cydoniis eorumque eximio usu medico. Ileliiisladii, 1744. — Alibi RT (J.-L.). Considérations jjhi)siologiques sur le fruit du coignassier. — Do même. Mémoire sur l'usage économique et médical du fruit du coignassier. In Mémoires de la Socmédicale d'émulation, 1. 1, p. 413 et 579. D. le S.
COISE OU COEZE (eau minérale de), atJiermale, bicarbonatée sadique, ammoniacale et ferrugineuse faible, iodo-bromurée, azotée et hydrogenéeinoyenne. Dans le département de la Savoie, dans l'arrondissement de Chambéry, dans le canton et à 6 kilomètres de Moutmélian, à 270 mètres au-dessus du niveau de la mer, est une charmante petite ville peuplée de 1750 habitants, dominée par la vieille tour du Puits maintenant en ruine. Le climat de Coise est assez doux relativement à celui des points situés plus avant dans la montagne. Des excursions intéressantes et nombreuses peuvent être faites par les baigneurs de Coise qui visitent le plus souvent Moutmélian, sur la rive droite de l'Isère, le village pittoresque de Sainte-Hélèue-du-Lac, l'église d'Arbin, le château de Saint-Jean-Pied- Gontier, Saint-Pierre-d'Albigny et enfin Chamousset. Une seule source émerge d'un terrain marécageux, elle est connue dans tout le pays et depuis un temps immémorial sous le nom de source de la Saulce. Son débit en 24 heures est de 5,200 litres, son eau est limpide et inodore, son goût niquant, aigrelet et ferrugineux; des bulles gazeuses d'un volume inégal se dégagent du fond de la fon-
COISE (eau minérale de). 715
taille par intermittences régnlières qu'une durée de six minutes sépare invariablement. Ce sont les gerbes les plus petites qui, attachées assez longtemps à la paroi inférieure du bassin, viennent s'épanouir avec le plus de bruit, à la surface de l'eau. Ce gaz recueilli sous une éprouvette s'enflamme en tonnant comme le gaz hydrogène. Elle rougit instantanément la teinture et le papier de tournesol. Sa température est de 120,1 centigrade, sa densité est de 1,00072. M. Pyrame Morin , pharmacien à Genève et chimiste très-distingué, a l'ait €111851 l'analyse de l'eau de la fontaine de la Saulce ; il a trouvé dans 1000 grammes les principes suivants :
Cicarbonale de soude 0,8158
— magnésie 0,0191
— ammoniaque 0,0131
— chaux 0,0113
— polasse 0,0045
Chlorure de sodium 0,0041
— magnésium 0,0034
lodui-e de magnésium. 0,0077
Bromure de magnésium 0,0015
Silicale d'alumine 0,0162
Sulfiite de magnésie 0,0033
Crénate d'oxyde de fer 0,00"20
Glairine O.Oli'i
Phosphate terreux traces.
Total des matièiies fixes 0,9162
I X?,c Gaz.
Azote 20 ce. 65 = 0,0262 pouces cubes.
Hydrogène prolocarboné. 14 75 = 0,0171 • —
Acide carbonique. ... 4 80 = 0,0095 —
I Oxygène 4 40 = 0,0063 —
Total des gaz . . . 44 ce. 00 = 0,0591 pouces cubes.
Mode d'administration et doses. L'eau de Coise est exclusivement employée à l'intérieur; l'établissement minéral qui devait êti'e élevé sur le griffon de la fontaine de la Saulce n'a point été construit et il n'y a encore aucun moyen balnéaire. La dose de cette eau est de deux à huit verres le matin à jeun pris de quart d'heure en quart d'heure.
Emploi thérapeutique. Les effets physiologiques les. plus saillants de l'eau de Coise sont une excitation marquée des systèmes nerveux et circulatoire ; une action tonique et reconstituante qui apparaît dès les premiers jours ; une puissance résolutive plus longue à se produire, et cependant incontestable. L'usage de l'eau de la source de la Saulce, continué pendant un temps variable, mais suivi avec persévérance et à doses assez élevées, comme huit ou dix verres chaque jour, amène quelquefois, suivant M. le docteur Dubouloz, les phénomènes de la saturation iodique que tous les médecins connaissent.
C'est dans les affections et les diathèses où les analeptiques sont indiqués qu'il est le plus utile d'administrer les eaux de Coise en boisson. L'anémie et la chlorose sont dans ce cas ; mais le lymphatisme exagéré et la scrofule à tous ses degrés, alors qu'elle est caractérisée par des engorgements ganglionnaires, et par une sécrétion trop abondante et spéciale de certaines membranes muqueuses, rentre le mieux dans la sphère d'activité de l'eau de la Saulce. Nous avons vu avec regret que, dans ce cas, on n'ait pas songé à utiliser l'eau en fomentations et en lotions loco dolenti, comme on le prescrit avec succès chez les écrouelleux, traités à beaucoup d'autres eaux minérales bromo-iodurées. L'eau bicarbonatée de Coise en boisson donne encore de bons résultats dans les hypertrophies du foie et de la rate accompagnées de troubles profonds de la digestion et de la nutrition.
716 COITER.
Elle a une action heureuse dans certaines maladies cutanées et en particulier dans l'eczéma et dans le psoriasis; mais celte eau ne peut donner, dans la diathèse herpétique, les résultais cpi'elle produirait si elle était usitée en même temps en hains et en douches, h'cau de Coise enfin est connue depuis des siècles comme jouissant d'une vertu préventive et curativc contre le goitre. Celte propriété n'est pas imaginaire, puisque les hahitants de Longemalle, village situé à une certaine distance de la source de la Saulce, sont les seuls de toute la contrée qui ne soient ni goitreux, ni crétins, parce qu'ils se servent de celle eau minérale pour leur boisson et leurs usages domestiques. Celle propriété singulière des eaux de Coise a été constatée et signalée avec soin par la commission sur le goitre et h' crétinisme des états Sardes. La présence de l'iodure et du bromure de magnésium en quantité notable dans l'eau de Coise, ainsi que l'a démonlré M. Morin (Pyrame), explique leur action prophylactique du goitre et du crétinisme si fréquents dans le pays. La durée de la cure est de 20 à 25 jours.
On exporte sur une trop petite échelle l'eau de la source de la Saulce de Coise.
A. ROTUP.EAD.
BiELioGiiAiMiiE. — Dektini. Idroloç/ici minérale dclli state Sardi. Torino, 1845, in-8°. — Du- EouLoz. Notice nur l'eau de Coise. Chambéry, 1852. — Joanne (Ad.) et Le Pileuh (A), te bai7is d'Europe, guide descriptif et médical, etc. Paris, 1800, in-12, pages 2.s7-'289 .
COÏT. On appelle cojff chez l'homme, et plus habituellement copulation chez les animaux, l'acle par lequel le membre du mfde est introduit dans les organes génitaux de la femelle. Chez l'homme, l'intromission du pénis devenu plus volumineux et plus dur par l'érection est facilitée par la lubréfaclion du vagin, qu'amène, par le seul fait de l'excitation sensuelle, la sécrétion plus ou moins active des glandes vulvo-vaginales ; sécrétion si rapide parfois que le liquide vis'']ueux s'échappe r'e ces glandes par une sorte d'éjaculalion. Les frottements du pénis contre le vagin, la pression que lui font subir les parois élastiques du vagui l'i--m'!me et surtout l'appareil érectile situé à l'extrémité de ce conduit, déleraùneiit un degié suprême de sensation voluptueuse, auquel on donne le nom d'orgasme, qui se termine, du côté de l'homme, par l'éjaculation du sperme, et du côté de ia femme, par une nouvelle et plus abondante sortie de liquide glandulaire {voy. Fécondation).
Le coït, source de plaisir, est aussi une source de maladies, non-Seulement par ses excès ou comme moyen d'infection, mais encore par simple traumatisme. C'est ce qui arrive dans les cas de disproportion entre la grosseur du pénis et la largeur ou la profondeur du vagin, ou dans celui d'abaissement de la matrice. Toutes les suites du coït seront étudiées en leur lieu {voy. Utérus Vagin, Vulve). D.
COITER (Volcher), célèbre médecin hollandais, né à Groningue en 1554.11 commença ses études médicales dans celte ville, puis parcourut les universités les plus célèbres de son temps, en France, en Italie et en Allemagne. 11 se fixa ensuite à Nuremberg, où il occupa une position scientifique, puis ne tarda pas à quitter cette ville pour passer militaire au service de la France. Coiter a laissé la réputation d'un anatomiste distingué et a découvert plusieurs muscles : les deux supérieurs du nez, le sourcilier, etc. On lui doit de bonnes études sur la formation des os, leur accroissement, leurs différences de structure tant chez l'enlanl que chez l'adulte. 11 est mort, dit-on, vers 1580. On a de lui :
COITIER. 717
I. De o^sibus et cailllaguiibus corpoiis liumani tabtdœ. Bologna, 1566, in-fol. — II. Exlernarum cl inlcrnariun principalinm humani corpoiis iiavlium labtilœ, aUjue anoto'iiirœ excirUationcs, obseï valion enquc vnriœ, diversis ne cnllficiosissiints fiyuris illustraUc, Nuremberg, iri7ô, in-lol., et Louvain, 1055, in-fol. — Ul.Gcibrielis Fallopii leclioncs de i>arlicidis ùmilaribus humani corporis, ex diversis exemplaribus a Volcltcro Coitero coUeclœ, nccediint ejusdeni Coiteri diversorum anititalium clectorum explicativnes . Niireiiibern, 1575, in-Col. — IV. IJeiiiici Eyssonii Traclalus anatomicus et niedicus de ossibiis in faillis cogiiosremtis, conservandis et curandis; accessit Volcheri Coiteri eorumdem ossitun histuria. Gi'oningDC, 1059, in-12. A. D.
COITIER (Jacques), premier médecin de Louis XI, roi de France. Nous avons raconté, autre part, la vie de cet homme extraordinaire, qui a rendu sa figure comme inséparable de celle du soupçonneux monarque ; qui a su mater son royal client ; et qui en face d'un maître « ayant mis les rois hors page, « redouté des grands, respecté de toute l'Europe, la terreur de l'aristocratie, le rendit l'instrument servile de son ambition, le complaisant ministre de son avarice, et opposa tyrannie contre tyrannie, génie contre génie. L'influence que Coitier a exercée sur Louis XI est un fait psychologique des plus curieux; car, méprisant le moyen ordinaire employé par les favoris des cours, c'est-à-dire la flatterie, il a compté uniquement sur la tendeur que le prince avait delà mort; il s'est posé comme l'arbitre suprême de sa vie, ne ménageant ni les paroles dures, ni les menaces. « Ledit médecin, écrit Philippe de Commines, luy estoit si bien rude, que l'on ne diroit point à un valet les outrageuses et rudes paroles qu il luy disoit, et si le craignoit tant ledit seigneur, qu'il ne l'eust osé renvoyer hors d'avec luy, et si s'en plaignoit à ceux à qui il parloit ; mais il ne l'eust osé changer comme il faisoit tous autres serviteurs, parce cjue ledit médecin luy disoit audacieusement ces mots : Je sçay bien qu'un malin vous m'envoyerez comme tant d'autres; mais par la... (un grand serment qu'il juroit), vous ne vivrez point huit jours après. De ce mot-là s'espouvantoit tant qu'après ne le faisoit que flatter. »
Ce passage du sire de Commines, qui avait longtemps vécu à la Cour, et qui avait été intimement lié avec Coitier, donne la clef de l'immense ascendant que le médecin s'était habilement préparé dans l'esprit du monarque. C'était jouer sa tête dans cette dangereuse partie. Mais en la gagnant.... Que de richesses! Que d'honneurs!... Coitier obtint tout cela. Il fut successivement :
Anobli (14 juillet 1478) ; naturalisé (août 1475); clerc de la Chambre des comptes (50 sept. 1 476) ; vice-président, puis président de la même chambre (17 oci. 1482); bailli et concierge du Palais (septembre 1482). Il eut :
La chàlelleiiie de Rouvres, au bailliage de Dijon (mai 1482) ; les chàtellenies de Saint-Germain-cu-Laye, Poissy, Triel, et Saint-James (sept. 1482); une maison en la basse-cour du château de Plessis-du-Parc (20 sept. 1482) ; Grimont et Poligiiy (nov. 1482); Clergie et greffe du bailliage d'Aval, au comté de Bourgoiine (nov. 1482); Saint-Jean-de-Losne et Bi'asey (févr. 1485), etc., etc.
Presque toutes ces faveurs lui furent octroyées en 1482 et 1485, alors que Louis XI n'était plus que l'ombre de lui-même; qu'il se faisait acheter une « poêle d'airain pour s'estuver par-dessous. » {Arch. nat. K. K. 6i, fol. 77, recio) ; qu'on essayait à Tours un poison sur un chien, avant de l'administrer à Sa Majesté (Bibl. de L'École des Charles, 1855, p. 167); que la même Majesté mandait une 'i cirurgienne, « du nom de Guillcmette Duluys [Arch. nat. K. K., 64, loi. 77, recto); qu'elle faisait chercher à Florence l'anneau de Saint-Queurby {Blbl. nal. Fonds Gaignières, 772.*, fol. 757, verso); que Ferrauld de Bonnel com-
718 COIX.
posa un or potable, qui fut payé 22 livres tournois; que deux navires et une barque furent équipés pour « aller en l'Isle Vert chercher aucune chose qui touchoit très-fort le bien et la santéduRoy » {Bibl. nat. Fonds Gaignières, 772.% fol. 757, recto) ; que la Sainte-Ampoule fut apportée de Reims {Bibl. waL.Portef. Legrand, t. XXX); que le Turc Bajazet II envoya un grand nombre de reliques (Ph. de Commines, liv. VI, cliap. ix); qu'on invoqua saint Eutrope, propice aux hydropiques {Bibl. nat. Fonds Béthune, 2905, fol. 15); que Girard Gochetle, savant médecin de Reims, fut mandé, ainsi que le chirurgien Sixte d'Allemagne {Bibl. nat. Ms., 377. ■*, fol. 499, verso).... Le pauvre sire était alors paralysé, et il fallut bien, malgré toutes ces merveilles, qu'il passât par oîi tous les humains ont passé (30 août 1483), bégayant cette prière : Notre Dame d'Embrun, ma bonne maîtresse, aidez-moi Misericordias Domini in œternum cantabo !
On a prétendu que Coitier, après la mort de Louis XI, avait été fortement inquiété par Charles VIII. Gela est une erreur prouvée par les nombreuses pièces que nous avons entre les mains. Il est certain que le médecin prêta au successeur de Louis XI la forte somme de 23,10(1 livres tournois; mais il n'en fut pas moins maintenu dans la fructueuse charge de vice-président de la Ghambre des comptes ; que son prêt lui fut remboursé par annuités, et qu'il mourut tranquillement le 22 octobre 1506, dans sa maison dite de l'Éléphant, et qui occupait une partie du terrain où se trouvent maintenant le passage du Gommerce et la cour de Rohan. Le puits qu'on voit encore dans cette cour est certainement celui où les valets du riche médecin allaient puiser de l'eau. Coitier fut inhumé dans l'église Saint-André-des-Arts, sous les dalles d'une chapelle qu'il avait fondée, en 1501, et qui portait pour vocable saint Nicolas.
II est bon de rappeler que cette maison de ÏÉle'phant, bâtie en 1490 et démolie en 1735, était ainsi désignée parce qu'au-dessus de la porte donnant sur la rue Saint-André-des-Arts était sculpté un éléphant portant une tour. Il n'y a pas lieu de tenir compte d'un passage où Germain Brice (édit. de 1698, t. II, p. 191) appelle la maison de Coitier, Maison de l'abricotier, voyant là un jeu de mots (abri-Coitier), inventé par le médecin de Louis XI, pour faire entendre qu'il était à Vabri des tracasseries de ce monde. Au fond de la cour de ladite maison de l'Éléphant, au-dessus de la porte d'un escalier à tourelle, il y avait bien, sculpté, un blason dans le champ duquel se trouvait un arbre chargé de fruits. Mais cet arbre, pris par Germain Brice pour un abricotier, n'était autre chose qu'un « oranger arraché d'or, » armes de notre archiàtre.
Jacques de Coitier était né à Poligny, petite ville du département du Jura, où l'on montre encore la maison qui l'a vu naître. Il fut seigneur de Rocliefort-sur- Armançon (Côte-d'Or), de Persan (Seine-et-Oise), de Gandelus (Aisne) et d'Aulnay, près de Bondy, terre qu'il acheta le 19 juillet 1485. De sa femme, iMarguci'ite Le Clerc, il n'eut pas d'enfants. Aussi adopta-t-il le neveu de cette dernière, Jacques Le Clerc, dit de Coitier, auquel il fit des donations entre-vifs, et qu'il institua son légataire universel. La branche des Le Clerc, dite de Coitier, s'éteignit en 1651. Les De Gourgues en sont devenus, par les femmes, les descendants, par le mariage d'Elisabeth Le Clerc, dite de Coitier, avec Armand-Jacques de Gourgues, maître des requêtes, mort le 14 mars 1726. A. Ch.
COIX. Genre de plantes monocotylédones, appartenant à la famille des Graminées, et dont on connaît surtout le Coïx Lacryma, souvent désigné sous le nom de Larmes de Job [Lacryma Jobi). Cette plante, originaire des Indes,
COLBATCII. 719
mais qu'on a introduite depuis longtemps dans les jardins de l'Europe, particulièrement dans les régions méridionales, est surtout curieuse par l'endurcissement pierreux des glumes qui entourent les épillets et lui forment une enveloppe ovoïde, d'un blanc bleuâtre plus ou moins Inisant.
Ces parties dures, qui atteignent le volume d'un pois, servent dans les Indes, en guise de perle, à faire des bracelets, des colliers, etc. On les a données comme lithontriptiques ou diurétiques. Les caryopses qu'elles contiennent donnent une certaine quantité de farine, qui a été quelquefois utilisée dans des temps de disette, tant dans leur pays d'origine qu'en Portugal et en Espagne, où la plante est presque naturalisée. Le Coïx a été nommé Lithacjrostis par certains auteurs, par Gsertner entre autres.
LiNSÉE. Gênera Planlarmn, n° 1043. — Gartner. De fructlbus et semiuibus, I, 7, tab. 1. — Endliciier. Gênera Planlarum, n" 743. — Mérat et De Lexs. Dictionnaire de matière médicale, III, 55i. Pl.
COL DE YILA.RI<> (Hiïlie). Ce médecin de l'ancienne Faculté de médecine de Paris naquit à La Rochefoucauld , dans le département de la Charente, en 1675, fut reçu docteur le 28 novembre 1715, proclamé doyen en 1740-1745, et mourut d'une pneumonie le 26 juin 1747. Ce fut sous sou décanat que fut construit ce monument, appelé aujourd'hui la Rotonde, qui s'élève au coin de la rue de l'Hôtel-Colbert et de la rue de la Bucherie, et qui n'est autre chose que le dernier amphithéâtre anatomique de nos anti([ues écoles. Col de Vilars, qui avait été médecin du roi au Châtelet, médecin titulaire de l'Hôtel Dieu, et professeur d'anatomie et de chirurgie, était un esprit fort médiocre, si l'on en juge du moins par les quelques livres qu'il a laissés, et qui sont absolument mauvais. Tels sont :
I. An leiicophlcfpnatice levés scarifiraliones ? l'avis, 1738, in-4"'. — II. Cours de chirurqie dicté aux écoles de médecine. Paris, 173S, in-12, 4 vol. — III. Dictionnaire françciis-Iatin des termes de médecine et de chirurgie, avec leur ch'finition, leur division et leur étymologie. Paris, 1740, in-1'2. — IV. Ergo vera cataractœ scdes incerta. Paris, 1742, m-¥. — V. Nunc in resecandis artubus, carnis reservare satins ? Paris, 1744, in-8°.
Col de fîlars (Abraham-François-Léon), neveu du précédent, également docteur de la Faculté de Paris (29 août 1742), se noya dans un puits, à Passy, le 29 mai 1745. 11 était âgé de 26 ans, étant né à La Rochefoucauld le 28 avril 1717.
coLii. Yolj. Kola.
COLATCRE. Filtration incomplète d'un liquide, au moyen de l'étamine ou de la chausse {voy. Filtration). D.
COLB.<iTCH (Jean), médecin anglais d'origine allemande, né en 1670, fut d'abord apothicaire, puis nommé chirurgien militaire et enfin membre du collège des médecins de Londres. Comme apothicaire, il avait inventé une poudre liémostatique, pour arrêter immédiatement les hémorrhagies à la suite de plaies d'armes à feu. Comme chirurgien, il se fit remarquer par ses polémiques ardentes ; comme médecin, ce fut un chimiiàtre, qui trouvait partout la surabondance des liumcurs. Il est l'auteur d'une brochure, devenue très-rare, sur le traitement de lu morsure des serpents, traitement consistant surtout dans l'emploi des alcalis. Colbatch est mort en 1699; nous connaissons de lui : ;
720 COLCIIICACÉIÎS.
I. A ncw l.ight of C.lururgevij vuidicalcd from the many Injust Aspersions. Londres, 1695, in-8°; autre t'ililion 1699. — II. A phyxico médirai Essny cunccming the Alkalls and Acids in the Cure of Distempers. Londres, 1000 el 170i, in-b°. — III. A Trealise on the Goût. Londres, 16^»7, in-S». — IV. Relation of Siidden and Extraordinary Cure of a Persan. Londres, iCHS, in-8». —V. Cure of the Bile of a Vipère. Londres, I09S, iii-8». — VL The Doctrine of Acids in the Cure ofDiseases farther asuerted. Londres, 109S, in-8°. — VII Four Treatiscs of l'hysidc and Chirurgery. Londres, 1098, in-8°. — VlU. A Collection of Tracts Chirurgical and Médical. Londres, 1704, in-S» ; réunion des ouvrages précédents.
COLBERTIA (Salisb., cx DC, Si/st. vecjet., I, -455). Genre de Dilléniacées, voisin dos Dillenia auxquels la plupart des auteurs le réunissent aujourd'hui, à titre de sous-genre et qui s'en distingue par deux caractères de peu de valeur. Les fleurs sont moins grandes que celles des ve'ritables Dillenia, solitaires ou réunies en bouquets et ont des pétales jaunes ; et les graines, plongées dans une pulpe molle ou contiguës au péricarpe mince, ont une surface glabre. Ils peuvent n'avoir que cinq loges ovariennes, comme il arrive dans le Colberlia coromandeliana DC. ou Dillenia penlagyna Roxb., et les ovules, en nombre indéfini, sont à peu près horizontaux ou ascendants. Le C. obovata Bl., espèce de l'Inde et de Java, est le Sompar des Indiens. Son fruit contient un suc qui, délayé dans l'eau, constitue un mucila employé comme adoucissant et émollient. D'après Blume, on en bassine la tête pour empêcher la chute des cheveux [Bull, des sciences me'dic. de Féruss., VU, 76. — Mér. et Del., Dict. Mat. mcd., II, 354). Le C. scabrella Don [Dillenia scabrella Roxc.) a une écorce astringente ; elle sert aux tanneurs. Comme celle du C. obovata, elle se prescrit contre les stomatites, les aphthes, les affections scorbutiques des gencives, etc.
H. Bn.
RosENTH., Synops. plant, diaphoric, 599. — H. En., Hisl. des plantes, I, 112.
COLCAQL'AllUlTL. D'après Nieremberg, cité par Ray, on donne ce nom à une plante d'Amérique, qu'on applique sur la poitrine dans le cas de syncope : elle est aussi employée en poudre contre les ulcères; cnlin,onla mange frite après en avoir extrait le suc, et elle donne de l'embonpoint; elle est aussi utile dans les maladies de matrice. Elle porte des feuilles qui rappellent celles du sureau ou de l'yèble ; de petites fleurs en ombelles, s'ouvrant pendant la nuit, fermées le jour ; de petits fruits en grappe, d'abord verts, pourpres à la maturité.
Rav. Historia Plantarum, II, p. 1791. — NiEREsiBEnG. Historia naturœ, maxime peregrinœ libris XVI. distincta, Antverpiae, 1035, lib. XIV, cap. xxxvii. — De Lens. Dictionnaire de matière méd., 11,555. Pl.
COLCHICACÉES. Famille de plantes monocotylédones, que de Candollc a séparées de celle des Joncées. Les caractères sont les suivants : fleurs heriiiaplnodilcs ou polygames par avortemenl, régulières ; périgoiie pétaloïde à six divisions libres ou soudées à la base; six étamines, plus rarement 9, insérées à la gorge du périgone ou à la base des divisious; ovaire libre ou à peine soudé avec la base du périgone, Ibrmé de trois carpelles plus ou moins soudés par la suture ventrale, et portant à leur angle interne de nombreux ovules; trois styles libres ou soudés; fruit capsulaire, à trois loges, s'ouvrant parla suture ventrale, et laissant tomber de nombreuses graines, à test membraneux, à albumen charnu et cartilagineux.
On a divisé les Colchicacées en deux tribus distinctes; l'une, celle des Colchicées, et dont le type est le genre Colchicum, se dislingue par sa souche bul-
COLCHIQUE (botanique). 121
beuse, et par ses divisions pcrigonales, pourvues d'onglets extrêmement longs formant un tube étroit ; l'autre, celle des Vératrées, que représente chez nous l'Ellébore blanc, et qu'on reconnaît à ses divisions très-brièvement onguiculées, et à sa souclic non renflée en bulbe. Dans chacune de ces tribus, le médecin trouve des espèces intéressantes : les Colchiques et les Bulbocodium d'une part; les Veratrum et la Cévadille de l'autre. Tontes ont plus ou moins des principes actifs, Vératrine ou Colchicine, contenus dans les divers organes, mais surtout dans les graines.
De Candolle. Flore française, III, p. 192. — Endlicher. Gênera Plantarum, p. 153. — Grenier et Goddox. Flore de France, III, p. 168. — Guicourt. Drogues simples, 5' édition, II, 145. Pl.
COLCniCÉIKE. COLCIIICIKE. MM. Pelletier et Caventou ont les premiers signalé dans les semences du Colchique d'automne une substance alcaline, qu'ils ont considérée comme étant le principe actif de la plante et qu'ils ont assimilée à la vératrine. Puis MM. Hesse et Geiger ont extrait du colchique un principe qu'ils ont distingué de tout autre alcaloïde et qu'ils ont appelé colchicine. De cette colchicine, M. Oherlin a extrait une substance neutre qu'il a proposé d'appeler colchicéine. M. Ludwig est arrivé au même résultat. Enfin M. llubler a obtenu une substance qui a certaines propriétés différentes de celle qu'ont décrite MM. liesse et Geiger. On voit que ce point de chimie est loin encore d'être parfaitement éclairé.
Quoi qu'il en soit, la colchicine de MM. Hesse et Geiger cristallise en prismes ou en aiguilles incolores ; elle est alcaline et moins soluble dans l'eau que dans l'alcool ou l'éther. Elle l'orme avec les acides des sels solubles dans l'eau et dans l'alcool. La substance isolée par M. Hubler a l'apparence d'une matière résinoïde jaune, et possède, comme la précédente, les propriétés actives de la plante. Quant à la colchicéine de M. Oberlin, elle cristallise en lamelles nacrées, solubles dans l'alcool et l'éther, mais très-peu dans l'eau, et ne paraît aucunement toxique.
M. Oberlin et M. Hubler regardent la colchicine et la colchicéine comme isomériques. La formule serait C^UP^AzO*. D.
COLCllIQLE. §1. Botanique. Colchicum Tournef. Genre de plantes monocotylédones, appartenant à la famille des Colchicacées, et formant le type principal de la tribu des Colchicées. Établi par Tournefort, accepté par Linné, ce groupe contient des plantes à souche bulbeuse, dont les fleurs ont un périgone infundibuliforme, campanule, à six divisions soudées en un très-long tube naissant du bulbe. Les étamines au nombre de six sont insérées à la gorge du périgone, elles portent des anthères versatiles. Les styles sont libres, au nombre de trois. Ils surmontent une capsule Iriloculaire, formée de trois carpelles soudés par la suture ventrale, et qui à la maturité du fruit se séparent entre eux et s'ouvrent au sommet par celte suture ventrale. Les graines qui s'en échappent sont subglobuleuses, toutes rugueuses, charnues vers l'ombilic.
Le genre Co/c/u'cî<m contient quelques espèces médicinales. La plus importante de toutes est le Colchique cC automne (Colchicum autumnale L.), qui vient en abondance dans les près de l'Europe, qu elle émaille dès le mois de septembre de ses belles lleurs rosées. Ces fleurs sont longues de près d'un décimètre; surtout dans leur portion inférieure tubulcuse, qui à elle seule a les cinq sixièmes de la lon"ueur totale. Elles naissent avant les feuilles, qui ne se développent que
DICT. ENC. XVIII. 46
7'25 COLCHIQUE (botanique)
lorsque le fruit capsulaire commence à grossir. Au printemps ces feuilles sont larges, lancéolées, d'un vert foncé, elles forment trois ou quatre ensemble un faisceau autour de la capsule.
Les diverses parties delà plante ont une odeur forte et nauséeuse; elles sont d'une grande àcreté et contiennent un alcaloïde toxique, la colchicine. On a particulièrement utilisé en médecine les tubercules, les graines et les fleurs.
Les tubercules ou bulbes ne sont pas autre chose que la partie inférieure de la tige renflée et remplie de fécule. Ils ont la forme d'une châtaigne dont la base porte une cicatrice, dont la face plane est creusée d'un profond sillon, et dont la face convexe porte souvent la trace d'un bourgeon : le sommet du tubercule est également marqué d'une cicatrice. Pour bien comprendre la nature de cet organe et les particularités qu'il présente, il faut avoir une idée du mode de végétation du colchiciue. Au moment où on cueille le bulbe, c'est-à-dire un peu avant la floraison de la plante, ce tubercule porte une tige florifère qui, partant de sa partie inférieure, se loge dans la gouttière creusée sur la face ventrale. Si on laissait celte tige se développer normalement, on la verrait se renfler peu à peu à sa base, dans l'intérieur des gaines foliacées, représentant de véritables feuilles ; en même temps deux bourgeons apparaîtraient sur sou renflement, l'un à l'aisselle de la gaîne inférieure , l'autre à l'aisselle de la gaîne supérieure. Au bout d'un an la partie supérieure de la tige florifère iiurait disparu, laissant un renflement basilaire, qui est le tubercule, et sa trace au sommet de ce renflement {cicatrice du sommet du tubercule) ; mais le bourgeon inférieur se serait développé en une nouvelle tige florifère, destinée à donner l'année d'après un nouveau tubercule et laissant en se détachant une cicatrice (cicatrice basilaire du bulbe) ; quant au bourgeon supérieur, placé sur le dos du tubercule, il est généralement arrêté dans son développement et comme avorté. On compi'end, par ce qui précède, qu'au moment de la floraison de la plante, les gaines scarieuses qui entourent sa base renferment des organes de générations diverses : un gros tubercule, représentant la tige florifère de l'année précédente; une tige florifère, corresporidant à la végétation de l'année ; enfin, des bourgeons préparant les organes pour l'année suivante. On comprend aussi quelle est la signification de diverses impressions ou cicatrices que portent les bulbes de colchique. ,
Les graines, qui sont un médicament beaucoup plus constant dans ses effets que le bulbe, sont globuleuses, d'un brun foncé, ayant de deux à trois millimètres de diamèti'e : elles sont grossièrement ponctuées, et marquées d'un épaississement charnu placé autour de l'ombilic. Elles contiennent une amande grisâtre, formée d'un albumen abondant et d'un tout petit embryon.
Une Auire espèce de Colchique, intéressante au point de vue médical, est le Colchicum variegatum L., plante des îles de la Grèce : Chio, Cos, la Crète ; on la trouve aussi aux environs de Smyrne. C'est une belle plante, dont la fleur, à limbe largement ouvert, est agréablement panachée par petits carreaux en damier, à la manière de la Fritillaire. Elle est très-probablement l'origine de VHermodacte des officines [voy. Hermodactes).
Quant au Colchicum illyricum Lob., auquel on avait rapporté la production de ces tubercules, c'est une espèce imaginaire et qu'il faut rayer des catalogues.
Le Colchicum bidbocoïdes M. Bicb. [Cotch. œgypliacum Boissier), qui u'esl peut-être qu'une forme du Colchicum monlammi L., de nos montagnes d'Europe, est très-commun dans le nord de l'Afrique, l'Arabie, la Syrie, l'Asie Mineure,
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ïa Perse et la Crimée. C'est probablement la plante dont parle Prosper Alpin, lorsqu'il rapporte que les femmes d'Egypte ont l'habitude de manger, avant de se coucher, jusqu'à dix bulbes d'Hermodactes, qu'elles font rôtir à la façon des châtaignes. Ainsi préparés ces bulbes n'ont aucune action nuisible : ils contribuent au contraire à donner à ces femmes l'embonpoint qu'elles recherchent comme un signe de beauté.
J. Bauiiin. Hixtoria Plantarum, II, 649. — Raï. Hlstoria Plantarum, H70. — Toll[l^EFORT. Institulionen Rcilierbariœ, 348, t. 181. — Linnée. Gênera Plantarum, n° 457. — Endlicher. Gênera Plantarum, n" 1080. — Grenier et Godron. Flore de France, III, 170. — J.-E. Planchon. Des Hermodactes. In Annales sciences naturelles, 4" série, IV. pi. 19. — Pi\ospi:r Alpin. De viedic. œgijjH., III, '234. — Guibouht. Drogues simples, 6» édition, II, p. 145. — ■G. Planchon. Traité pratique de la détermination des drogues simples, I, 648. Pi..
g II. Emploi médical. Nous n'avons à parler ici que du Colchique d'automne. Pharmacologie. Parties usitées : les bulbes, les semences, les fleurs.
1» Le tubercule bulbiforme du colchique d'automne se trouve dans le commerce, dépouillé de ses tuniques brunes, sous forme d'un corps ovoïde, de la grosseur d'un marron; d'un côté convexe avec une cicatrice rappelant l'insertion de la petite tige florale, de l'autre côté creusé du sillon oii se logeait la grande tige. Ce tubercule est d'un gris jaunâtre à l'extérieur, et marqué de petits sillons longitudinaux uniformes dus à la dessiccation ; il est blanc et farineux à l'intérieur, il est sans odeur, mais il a une saveur acre et mordicante. A l'état frais, il contient un suc laiteux, acre, drastique et d'une odeur sut generis. La dessiccation diminue l'activité de ses propriétés, ce qui a porté Stoerk et ses imitateurs à l'employer de préférence à l'état frais; c'est également dans cet état qu'il servait à la préparation de la teinture antiarthriiique de Want, de Veau médicinale de Husson, des vins de Locher-Balber et de Reynold.
Les tubercules du colchique varient encore d'activité selon l'époque de leur Técolte et leur mode de conservation. On les récolte généralement en novembre; mais, suivant les médecins anglais, c'est en juin ou en juillet qu'ils sont dans toute leur vigueur ; à cette époque, en effet, naît le nouveau tubercule qui doit produire les fleurs d'automne, et qui se nourrit aux dépens de l'ancien, lequel dépérit peu à peu et disparaît. Mérat et de Lens, se fondant sur les mêmes motifs, conseillent ausgi d'en faire la récolte au mois d'août. Soubeiran est de cet avis; mais comme il le fait observer avec raison, alors le tubercule est profoi>dcment enfoncé en terre, sans feuilles ni fleurs pour en déceler le gisement. Force est donc d'attendre le moment où les fleurs apparaissent ; sans doute le tubercule ancien a déjà un peu perdu par la nourriture qu'il a dû fournir au nouveau, ainsi que pour le développement des fleurs; néanmoins il est encore tiès-charnu.
Parmentier a l'econnu dans le tubercule du colchique l'existence d'une fécule amylacée, analogue à celle du froment, et que l'on a proposé d'utiliser comme aliment. Mais son extraction pouvant laisser persister quelque principe suspect, on ne verrait pas sans appréhension exploiter le colchique dans ce but.
Stolze a trouvé que le bulbe de colchique est plus riche d'amidon en automne qu'en mars ; mais la proportion de la matière amère qui, en automne, est de 2 p. 1 OO, va jusqu'à 6 en mars.
11 parait certain, dit Cazin, qu'après la floraison les propriétés du bulbe de colchique diminuent. Il Aiut donc le cueillir avant cette époque, et afin qu'il ne moisisse pas, le faire sécher au soleil, ou mieux à l'étuve, et le pla«er dans
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un lieu sec. Wigan pense que le meilleur moyen de prévenir la déperdition de ses propriétés est de le réduire, lors de sa récolte, en poudre très-fine avec deux ou trois fois autant de sucre ; de cette manière il offre toujours le même degré d'activité dans son application thérapeutique (Cazin, Traité des plantes médicinales indigènes).
Nous sommes amené, pour nous conformer à l'usage pharmaceutique et médical, à désigner sous le nom de bulbe le tubercule du colchique d'automne, quoiqu'il soit bien entendu que la première de ces expressions est impropre au point de vue botanique.
2» Les semences du colchique sont de petites graines globuleuses, comparables pour leur volume à celles du mil, d'un brun noirâtre, rugueuses à leur surface ; elles sont surmontées d'une espèce de crête qui les ferait reconnaître partout (Mérat et de Lens) ; elles ont une saveur amère, suivie d'une âcreté trèsmarquée. On les recueille à leur maturité. Elles sont très-dures, et, selon le conseil de Guibourt, elles ont besoin d'être broyées au moulin à l'instar des grains de café, pour être bien réduites en poudre {Journal de pharmacie, t. X). C'est dans cet état, comme le veulent avec raison Hirtz et Hepp, de Strasboiu-g, qu'elles doivent être employées pour la préparation des vins, teintures et extraits {Bulletin général de thérapeutique, 1871, t. LXXX).
5" Les fleurs s'emploient fraîches, un peu avant leur épanouissement selon les uns, un peu après selon d'autres ; mais tout au moins avant qu'elles commencent à se faner. La dessiccation diminue leurs propriétés, mais ne les abolit point.
4" Mérat et de Lens, Cazin pensent qu'on devrait essayer l'emploi des feuilles, qui sont très-actives comme poison. Les bestiaux n'y touchent pas dans les prairies, et ressentent des accidents toxiques lorsqu'ils en mangent fortuitement mêlées à leur fourrage.
Les différentes parties du colchique, destinées à l'emploi médical, doivent être récoltées tous les ans. Elles cèdent leurs principes actifs à l'eau, à l'alcool, au vin, au vinaigre ; celui-ci passe pour leur meilleur dissolvant. A ce compte, l'intervention du vinaigre doit i-endre les préparations de colchique plus actives, ce qui est l'opinion générale, et non plus douces comme Stoerk le croyait à tort. Par la même raison, l'emploi des boissons vinaigrées, conseillées dans l'empoisonnement par le colchique {Flore médicale), est absolument irrationnel .
Analyse chimique. Le tubercule du colchique a été analysé, en 1810, par Melander etMoretti, et en \ 820 par Pelletier et Caventou. Celte seconde analyse, meilleure que la première, quoique laissant encore à désirer, avait fourni : une matière grasse, une matière colorante jaune, de la gomme, de l'amidon, du ligneux, et un alcaloïde que Pelletier et Caventou, comme auparavant Melander et Moretti, crurent être, ainsi qu'il a été dit plus haut {voy. Colchicixe), identique à celle que l'on retire de l'ellcbore blanc et de la cévadille {Ann. de cliim. et de phys., t. XIV). On a vu aussi que cette manière de voir avait été contredite par des expériences ultérieures. Nous nous contenterons de rappeler que, en 1855, Soubeiran {Traité de pharmacie, 4' édit.) établissait ainsi la composition chimique du tubercule de colchique : matière grasse, acide volatil, gallate de colchicine, gomme, amidon, inuline, ligneux.
Toujours est-il que, dans l'élat actuel de nos connaissances, la véralrine étant mise hors de cause, comme n'existant dans aucune partie du colchique, la
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colchiciue est considérée comme le principe actif, ou du moins comme l'un des principes actifs de cette plante; car Thuilc grasse retirée des semences possède des propriétés purgatives énergiques et peut devenir toxique (Oberjin) ; peutêtre en est-il de même de la matière grasse trouvée dans les tubercules ; enfin certains observateurs, comme nous le verrons plus loin, prétendent avoir reconnu dans le colchique un principe drastique particulier. C'est assez dire combien de nouvelles recherches, déterminant la composition exacte du colchique, seraient à désirer; car c'est un fait remarquable qu'un des agents les plus employés et les plus utiles de la thérapeutique soit aussi un des moins connus.
La colchiciue préexiste dans toutes les parties du colchique : dans les semences et même dans leurs capsules, dans les bulbes, dans les fleurs, dans les feuilles (Oberlin). Elle se trouve en quantité plus considérable dans 'es semences que dans les bulbes; on en a retiré : des semences, 0,2 à 0,3 pour 100 ; des tubercules secs, 0,05; des fleurs sèches, 0,25 (Planchon, in Guibourt, Histoire des drogues, 6* édit.). Enfin il semble que les parties fraîches contiennent plus de colchiciue et d'autres principes actifs que les parties desséchées.
D'après tout ce qui précède, on comprend l'importance des distinctions à élabhr dans la posologie des préparations de colcliique et dans l'appréciation de leurs effets, selon les conditions dans lesquelles elles sont faites et les éléments qui entrent dans leur composition.
Formes pharmaceutiques et doses. Les préparations de colchique, trèsnombreuses, ne s'emploient généralement qu'à l'intérieur. On a seulement conseillé, ponr l'extérieur, la teinture en frictions, les bulbes en cataplasmes.
Poudre de bulbe ; 5 à 10 centigrammes comme sédatif, 10 à 30 comme purgatif. — Poudre de semences : mêmes doses, avec action plus certaine, et en outre plus vive. — Nous indiquons ici les doses prudentes; mais elles ont été souvent dépassées; Twedie, entre autres, a conseillé jusqu'à 2 grammes par jour de poudre de semences {The London Med. and Phys. Journ., t. LXVII). Les poudres de colchique sont peu usitées de nos jours.
Extraits aqueux, alcoolique et acétique, soit de bulbes, soit de semences ; très-actifs, l'acétique est considéré comme l'étant le plus. Doses : de 1 à 10 centigrammes, — Peu usités : L'extrait alcoolique de semences de colchique est seul inscrit au Codex. L'extrait acétique est néanmoins préféré par plusieurs praticiens, et c'est celui que Bouchardat recommande lorsque l'on veut donner le colchique en pilules. Scudamoi'e conseillait particulièrement l'extrait acétique de bulbe.
Alcoolature de bulbes, alcoolature de fleurs de colchique. Bulbes récents, ou fleurs fraîches, 1 000 ; alcool à 90°, 1000. — Contusez les bulbes ou les fleurs, ajoutez l'alcool. Après dix jours de contact, passez avec expression; filtrez (Codex).
Teinture liannemanienne de fleurs de colchique. C'est une alcoolature, employée par Coindet, recommandée par Debout, et que Suskiiid, pharmacien à Genève, prépare de la manière suivante : On cueille les fleurs avant leur épanouissement, on les pile sans délai et on les soumet à la presse, enfermées dans un sac de toile. Le suc, de couleur brune obscui"e, a une odeur vireuse ; on le mêle de suite avec partie égale d'alcool très-fort; après un mois de repos à la cave, on le filtre au papier Joseph. — Coindet trouve la dose d'alcool trop considérable et conseille d'en mettre seulement une partie pour deux d'alcool.
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Alcoolé ou teinture de bulbes de colchique. Bulbes, 100 ; alcool à 60°, 300,
— Faites macérer pendant dix jours; passez avec expression; filtrez (Codex). La proportion des bulbes est trop forte ; elle devrait être ramenée à celle des semences dans la formule suivante :
Alcoolé ou teinture de semences de colchique. Semences de colchique pulvérisées, 100; alcool à 60°, 1000. — Préparation comme ci-dessus (Codex). La teinture de semences tend à prévaloir dans la pratique sur la teinture de bulbes; comme le dit avec raison le Codex, la première est plus constante dans sa composition; cet avantage incontestable doit la faire préférer. Mais on aurait tort de penser, avec certains auteurs, qu'elle est plus active, d'une manière absolue, que la teinture de bulbes. Celle-ci est, tantôt plus, tantôt moins énergique, selon la qualité et la proportion des bulbes, selon son mode de préparation ; elle m'a même paru plus susceptible de produire des effets drastiques que la teinture de semences qui, du côté des voies digestives, a une action plus douce. En somme, il vaudrait mieux adopter exclusivement les préparations de semences, comme étant plus fixes dans leur composition, plus uniformes et plus fidèles dans leur action que celles des bulbes. On conserverait l'alcoolature de fleurs.
Debout trouvait à celles-ci les propriétés thérapeutiques les meilleures et les moins variables, et engageait à les substituer à toutes les autres parties de la plante dans toutes les préparations.
Les doses des alcoolatures et des teintures de colchique sont indiquées de la manière la plus variable, depuis quelques gouttes jusqu'à 8 et 10 gramnles et même au delà. Mais leur tolérance ne s'établit guère au-dessus de 1 à 2 grammes, que l'on peut considérer comme des doses moyennes; si on les dépasse, on anùve à provoquer des effets purgatifs dont l'intensité détermine la limite à laquelle il faut s'arrêter. Ces préparations, ainsi que les suivantes, ne se donnent jamais pures; mais, afin d'éviter d'inutiles et fâcheuses irritations locales, étendues dans une tisane ou dans une potion.
Vin de bulbes, vin de semences de colchique. Bulbes secs ou semences de colchique, o'i; vin de Malaga, 500. — Contusez les substances, faites-les macéi'er dix jours dans le vin, en agitant de temps en temps. Passez avec expression, et filtrez. — Mêmes observations que pour les teintures sur l'action comparative de ces deux vins, et mêmes recommandations pour leur posologie.
Mellite de bulbes, miel colchitique. Bulbes secs de colchique, 50; eau bouillante, 500; miel blanc, 600. Se prépare comme le miel scillitique (Codex). Conseillé depuis 10 jusqu'à 30 grammes. Peu usité.
Vinaigre de colchique. Bulbes secs de colchique, 100 ; vinaigre blanc, 1200.
— Il ne sert aujourd'hui qu'à la préparation de l'oxymel de colchique. Orymel colchitique. Vinaigre de colchique , 500 ; miel blanc, 2000. —
Il se donne progressivement depuis 8 jusqu'à 50 grammes.
Ces deux dernières préparations étaient regardées autrefois comme spécialement diurétiques.
Le colchique fait la base ou partie d'un grand nombre de remèdes, plus ou moins seci'ets, contre la goutte et le rhumatisme, tels que Veau médicinale de Husson, les gouttes de Reynold, le sirop deBoubée, ]es pilules de Lartigue, la teinture de Cocheu.r. Dans cette dernière, l'auteur prétend avoir rendu le colchique moins nuisible et plus efficace en le débarrassant de son principe drastique. Nous rappellerons à ce sujet que sir Ewerard Home, célèbre praticien anglais qui a beaucoup expérimenté le colchique, a fait, il y a longtemps, une
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remarque qui coïnciderait avec cette manière d'opérer. Suivant Home, aucun effet fàcbeux n'est à redouter dans l'emploi du vin de colchique, pourvu qu'on le prive par filtration d'un sédiment ou dépôt qui se forme au bout de quelque temps de préparation, et qui est si actif qu'une petite quantité suffit à déterminer de graves accidents, tels que inflammation et ulcération des membranes de l'estomac, dépression et irrégularité du pouls.
Si avantageux qu'aient pu paraître à certains malades et même à quelques médecins les remèdes qui viennent d'être mentionnés, nous leur en préférons un plus récent, dont la formule est connue, ayant été publiée par Boucbardat (Ann. de thérap., 1856, p. 109) ; c'est le vin d'Anduran, de La Rochelle.
Voici cette formule : bulbes de colchique, grammes, 30 ; feuilles de frêne, 30 ; vin de Malaga, 501). — Faites macérer huit jours ; fdtrez et ajoutez : teinture d'aconit, 8 ; teinture de digitale, 5. — Une cuillerée à café, matin et soir, dans une tasse d'infusion de thé ou de tilleul, contre la goutte et le rhumatisme articulaire. Quelques malades peuvent supporter 3 et 4 cuillerées à café par jour; mais d'autres éprouvent des coliques, de la diarrhée, qui ne permettent même que l'emploi d'une seule cuillerée à café par jour.
J'ai modifié ce remède en substituant à la teinture de bulbes la teinture de semences qui agit moins sur les intestins, et en supprimant le frêne, sauf à le représenter au malade sous forme d'infusion et comme excipient d'un vin antarthritujue, que je fonuule ainsi : Teinture de semences de colchique, 25 grammes; alcoolature d'aconit, 15; alcoolé de digitale, 5; vin blanc, i litre. — 1 à 4 cuillerées à café, graduellement, matin et soir, dans une tasse d'infusion de feuilles de frêne; on peut fractionner le vin antiarthritique en trois ou quatre doses dans les vingt-quatre heures ; enfin, tant pour favoriser la tolérance que pour combattre les paroxysmes douloureux, j'ajoute, surtout à la dose du soir, un peu de sirop de morphine ou d'opium.
Toutes les préparations colchitiques, quelles qu'elles soient, doivent être administrées avec une grande prudence; en commençant leur usage, il n'eu faut donner que de faibles doses, et tàter à la fois l'activité de la préparation et la susceptibilité de l'individu. En rendant ensuite progressivement la médication plus énergique, il vaut mieux, en règle générale, demander au colchique des effets sédatifs et contro-stimulants, en le faisant plus ou moins tolérer, plutôt que des effets drastiques ou trop hyposlhénisants, sans profit bien démontré pour le malade et souvent fort dangereux.
Historique. L'usage du colchique d'automne en médecine est assez récent. Les Grecs et les Latins ne connaissaient anciennement que ses propriétés toxiques, dont l'énergie les détourna probablement de son emploi médical. Galien et Dioscoride ne parlent du colchique, v.olyi/.oM, que comme d'un violent poison; Pline de même, et il conseille contre ses effets le lait. Mais plus tard, Aetius d'Amide, Alexandre de Tralles et Paul d'Egine préconisèrent contre la goutte l'hermodacte, épp.o3àiiTu>oî, qui fut employé ensuite par les Arabes, tels que Avicenne, Sérapion, Mésué, sous le nom de Surengian, et dont les effets, décrits par ces auteurs, ont la plus grande ressemblance avec ceux qui ont été reconnus depuis au colchique d'automne. Or, Samuel Dale, et après lui Achi le Richard, cnirent devoir rapporter l'hermodacte à notre Colchicum varieçjatnm, et en dernier lieu cette opinion a été établie sur les preuves les plus plausibles par J. E. Planchon.
Demetrius Pepagomène, Actuarius, Fernel, Ambroise Paré, De le Boé, Sen-
-i'iS COLCIIIUUE D'AUTOMNE (pharmacologie).
neit, employci'enf aussi Ihermodacte des anciens. On se servait du bulbe. D. Pepagomcnc paraît être le premier à avoir essayé les graines.
Ce ne fut que vers le commencement du dix-huitième siècle que, tout en continuant à redouter son action vénéneuse, on se mit à rechercher dans le tubercule du colchique d'automne des propriétés médicales ; mais au lieu de l'étudier par le côté séiieux, on se mit d'abord à en faire un amulette, et l'on se borna à le mettre en poche ou à le pendre au cou comme un talisman contre les maladies épidémiques et contagieuses ; des médecins du temps, que pour leur honneur il vaut mieux ne pas citer, osèrent approuver et recommander cette ridicule pratique, dont beaucoup de nos contemporains n'auraient pas trop le droit de se moquer, après avoir eu la supei-stiliou de l'ail et du camphre et d'autres alexipharmaques aussi futiles dans les épidémies récentes qui nous ont éprouvés.
Stoerk, qui fit à son époque ce que Paracelse avait fait à la sienne, la tentative souvent heureuse de convertir des poisons avérés en médicaments héroïques, fut le véritable introducteur du colchique dans la matière médicale (1763), où quelques essais antérieurs de Wedel (1718) et de Wilhelm (1721) ue l'avaient pas suffisamment accrédité. Mais Stoerk, amené par ses observations à mettre en première ligne la double action diurétique et drastique du colchique, y vit d'abord un remède spécial contre l'hydropisie; puis un incisif et un fondant, succédané de la scille, et comme elle utile dans l'asthme humide, dans les catarrhes muqueux chroniques des voies respiratoires. L'oxymel colchitique était l'agent ordinaire de sa médication. Wauters vint ensuite, qui mit le colchique, comme hydragogue, bien au-dessus de la scille. Le colchique resta ainsi pendant longtemps limité dans son emploi, comme remède antihydropique et anticalarrhal. Les applications que Stoerk en avait faites aussi au traitement de la goutte et du rhumatisme, avaient eu moins de retentissement et semblaient oubliées, lorsque, en 1814, les médecins anglais les reprirent pour leur propi'e compte, incités, dit-on, par le succès chez les goutteux et les rhumatisants, de YEau Médicinale, remède secret d'un ancien officier au service de la France, nommé lliisson. VEaii Médicinale de Uussoti n'était autre qu'une sorte d'alcoolature ou teinture alcoolique de bulbes frais de colchique; elle était faite, d'après John Want, avec une partie de bulbes frais et deux parties d'alcool à 36 degrés ; la dose était de 5 à 6 gouttes dans une cuillerée d'eau.
Alors s'ouvrit pour le colchique un nouveau champ d'expériences, où il ne tarda pas à acquérir une vogue exagérée, et néanmoins mieux justifiée que celle qu'il avait eue antérieurement contre les hydropisies et les affections catarrhalcs. John Want, l'un des premiers, proclama ses propriétés antiarthritiques, en recommandant une teinture qui avait beaucoup d'analogie avec l'Eau de Husson {The London Med. and Phys. Journ., t. XXXIII et XXXIV, 1815). Sir Ewerard Home préconisa au même titre le vin de colchique avec le bulbe {Philos. Trans., t. XXI, 1816, 1817), vanté ultérieurement par Locher Balber {Revue médicale, 1825). Williams et Haden {Pract. Observât, on tiie Colch. aulum., London, 1820), Chelius {Arch. gén. de méd., t. XVIII) lui substituèrent avec le même succès le vin de semences. Copland, en 1823, administra les fleurs fraîches ; Frost, Dushell les employèrent sous forme de vinaigre et de teinture; Coindet, de Genève, en alcoolature. Les opinions ont varié sur le choix des préparations comme sur l'elficacité du médicament qui en fait la base; mais on définitive le colchique est resté dans la thérapeutique de l'arthritis, non comme un spécifique, ainsi que l'ont voulu quelques prôneurs, mais comme
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un modificateur qui, convenablement manié, peut avoir sa pari d'influence et son opportunité.
Action physiologique. Quoique de date récente dans la matière médicale, le colchique a été soumis à tant d'expérimentations, qu'on a lieu de s'étonner des divergences que l'on trouve dans l'observation de son action physiologique et dans l'appréciation de ses effets thérapeutiques. Tous les observateurs du moins sont d'accord sur ce point, tant il est évident en toutes circonstances, à savoir, que les diverses parties de cette plante exercent sur les muqueuses digestives une action locale violemment irritante. Sous cette influence l'estomac et les intestins s'enflamment, s'ulcèrent, se mortilient même par places, phénomènes particulièrement accusés dans les cas d'empoisonnement. Cette action irritante est la cause plausible des douleurs gastriques et intestinales qui suivent souvent l'ingestion des préparations de colchique, et contribue aux nausées, aux vomissements, aux déjections alvines qu'elles occasionnent. Les matières évacuées, surtout par le vomissement, sont ordinairement de nature bilieuse. Les garderobes, surtout après abus du médicament, ont parfois un caractère dysentérique ou cholérique. Mais le colchique est émétique et purgatif indépendamment de son action topique, c'est-à-dire, en vertu d'une action dynamique consécutive à l'absorption de ses principes actifs. Ewerard Home, en injectant dans la veine jugulaire des chiens du vin de colchique, a vu survenir des nausées , des vomissements de mucus sanglant et des selles liquides. Toutefois l'action émétique du colchique, hors les cas d'abus ou de véritable empoisonnement, n'est qu'éventuelle ; et, aux doses médicales, il tend plutôt à produire des nausées que des vomissements ; l'action purgative au contraire est le résultat le plus constant et le plus accentué de son administration, et elle tend à s'exercer avec une violence qui classe sans conteste le colchique d'automne parmi les drastiques les plus énergiques et les plus dangereux.
Il y a moins d'accord au sujet des influences que ce médicament exerce sur les reins. Stoerk mettait son action diurétique au nombre de ses princi})ales propriétés ; mais depuis cet auteur on la lui a souvent contestée, et l'on a surtout diversement interprété son rôle éliminateur. Ainsi, d'après Hammond, le colchique augmente la quantité de l'urine et de ses matériaux solides excrétés ; il augmente, d'après Christison, la quantité d'urée sans modifier la proportion d'acide urique. Selon Chelius, au contraire, il excite l'élimination de l'acide urique, dont la proportion s'élèverait dans l'urine à mesure que les goutteux continuent l'usage du vin de colchique. Maclagan appuie à la fois l'opinion de Christison et celle de Chelius, en affirmant, d'après ses observations, que le colchique augmente dans l'urine, et l'urée, et l'acide urique, et diminue la proportion des sels inorganiques. Bouchardat établit, d'après ses expériences, que le colchique élimine l'urée et l'acide urique du sang, et augmente la quantité de ces deux substances dans l'urine, ainsi que la proportion des sels inorganiques. Mais Bœcker, Œsterlen prétendent que ce médicament ne modifie nullement l'mine, ni dans sa quantité, ni dans sa contenance en urée et en acide urique ; Graves et Gairduer ont même vu dans quelques cas diminuer l'excrétion de l'acide urique.
Garrod attribue ces contradictions à des déductions erronées, tirées d'analyses d'échantillons d'urine recueillis à divers moments de la journée. Or dans la goutte les reins éliminent l'acide urique irrégulièrement et d'une manière inter-
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miltenle ; on peut donc en trouver plus ou moins à certains moments sans que k colchique y soit pour rien. Pour évitei' cette cause d'erreur, Garrod a recueilli avec soin la totalité des urines rendues dans les vingt-quatre heures, et c'est là qu'il a cherché à déterminer la quanlité réelle d'urée et d'acide urique éliminée pendant le même temps. De ses expériences ainsi conçues il a tiré les conclusions suivantes :
1° Rien ne démontre qu'un des effets du colchique sur l'économie soit de provoquer une élimination plus considérable de l'acide urique ; lorsque l'action du médicament est longtemps prolongée, elle semble même produire tout le contraire.
2" Nous ne pouvons affirmer que le colchique ait quelque influence sur l'excrétion, soit de l'urée, soit des autres principes solides de l'urine.
3" Le colchique n'agit pas toujours comme diurétique ; au contraire, il diminue souvent la quantité des urines, principalement lorsque son action sur le tube digestif est très-prononcée.
L'opinion de Graves contraste avec celle des précédents auteurs. Suivant lui, le colchique n'active pas l'élimination de l'acide urique par les reins ; il aurait pour effet d'entraver la formation de cet acide dans l'économie, et c'est à ce titre qu'il agirait dans la goutte.
Le colchique est, en définitive, un diurétique inconstant, comme le sont beaucoup de médicaments qualifiés de ce nom.
La propriété d'éliminer les composés uriques, par laquelle on s'était trop pressé de justifier son intervention dans la goutte et dans d'autres maladies, lui est généralement refusée aujourd'hui ; et les observations de Garrod à cet égard semblent avoir tranché la question. De même que les médicaments susceptibles d'exciter les sécrétions rénales et intestinales, il provoque d'autant moins la diurèse qu'il agit davantage comme purgatif, et vice versa; néanmoins on l'a vu déterminer en même temps des flux d'urine et d'abondantes évacuations intestinales, ce qui l'avait fait autrefois spécialement recommander contre leshydropisies.
On a noté aussi parmi les effets du colchique la salivation et la diaphorèse. La première s'observe plus fréquemment que la seconde, et a été surtout remarquée après l'administration de la teinture de semences à hautes doses contre les affections oculaires (Bouchardat, Annuaire de thérapeutique, 1855). Quant à la diaphorèse, que certains auteurs, et entre autres Maclagan, portent cependant au nombre des effets ordinaires du colchique, on a pu s'y méprendre, en considérant, par exemple, comme un effet du médicament la transpiration terminale des attaques de goutte, la sueur habituelle des rhumatisants ; ou bien encore la sueur qui coïncide avec l'état nauséeux, ou celle qui succède aux vomissements, accidents possibles de la médication. La réfrigération cutanée, par contre, peut survenir au cours d'une intoxication confirmée. Mais il n'y a point dans tout cela de phénomène pharmacodynamique spécial, et une influence directe du colchique sur les sécrétions et sur la température de la peau n'est rien moins que démontrée.
Son action sur le cœur et sur la circulation est loin d'avoir été bien étudiée. Lorsque l'on crut avoir trouvé dans la vératrine son principe actif, cet alcaloïde étant franchement hyposthénisant cardio-vasculaire, on lui attribua l'action ralentissante et dépressive exercée sur la circulation sanguine. Mais cette action est bien plus nette, plus prononcée, avec la vératrine pure telle que nous pouvons l'employer aujourd'hui, qu'avec n'importe quelle préparation de colchique. Ces préparations diminuent néanmoins d'une manière notable le nombre des pul-
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salions artérielles et même leur amplitude. Ainsi Maclagan a vu, dans deux expériences faites sur lui-même, le pouls baisser de 22 pulsations en cinq ou six heures après l'injection de 12 centigrammes de teinture de colcliique. Garrod invoque la lenteur et la faiblesse du pouls qui succèdent à son administration, comme la preuve de son action sédative sur le cœur et les vaisseaux sanguins. Mais, je le répète, l'hyposthénie artérielle est plus franche, plus marquée, plus durable, par l'usage de la vératrine ; ainsi, par exemple, on enraye bien plus facilement la fièvre rhumatismale avec cet alcaloïde qu'avec le colchique. On arriverait probablement à des résultats mieux comparables avec la colchicine ; mais celle-ci a sur le système nerveux une action différente de celle de la vératrine {voy. Vératrine) ; elle peut donc différer aussi, comme nous le verrons plus loin, dans son action sur le système circulatoire. Il faudrait essayer, comparativement et dans les mêmes circonstances, la colchicine et les préparations complexes des diverses parties du colchique ; on verrait en quoi la première serait préférable aux secondes, dans le traitement du rhumatisme et de la goutte, par exemple. Toujours est-il que, dans ces maladies, nous obtenons, avec des doses faibles de préparations de colchique, un certain degré de sédation circulatoire ; mais dès que pour obtenir davantage nous élevons trop les doses, nous arrivons à des accidents inflammatoires des voies digestives, à des superpurgations, à des perturliations nerveuses qui, obligeant à suspendre ou à reculer, limitent et atténuent l'in/luence de la médication. En d'autres termes, nos médicaments colchitiques actuels sont trop irritants, trop drastiques, pour nous permettre d'employer la dose à laquelle ils seraient peut-être plus sédatii's, nonseulement de l'éréthisme sanguin, mais encore de la douleur. 11 faudrait donc (mais notoirement, et non sous le voile des secrets intéressés) les dépouiller de leurs éléments dommageables et inutiles, ou substituer à leur forme galénique un principe défini auquel une double expérimentation physiologique et clinique pourrait assigner la cause de leur activité. Sinon le colchique restera longtemps encore un agent empirique, justifiant la défiance et les doutes de beaucoup de praticiens.
Comment n'en serait-il pas ainsi lorsque bon nombre d'observateurs ayant constaté cliniquement le ralentissement du mouvement fébrile après l'administration du colchique, on décrète dans les laboratoires de physiologie que la colchicine ne i-alentit pas les battements du cœur? Il faut alors ou que la colchicine n'agisse pas sur les animaux comme sur l'homme, ou qu'elle ne soit pas le seul principe auquel le colchique doit ses effets thérapeutiques. Voici, du reste, en quoi consisteraient les principales propriétés de la colchicine, d'après les expérimentations de J. F. Albers, de Bonn :
d° Elle agit d'u..e manière spécifique sur la peau et en diminue considérablement ou même en éteint complètement la sensibilité ;
'■2" Elle paralyse entièrement le mouvement musculaire, sans que la paralysie ait été précédée de crampes ou de secousses d'aucune nature ;
5» Le mouvement du cœur n'éprouve aucun changement ; cet organe ne prend aucune part à la paralysie des muscles volontaires ;
4" L'action de la colchicine se fait attendre très-longtemps, ce qui explique la lenteur des effets des préparations de colchique dans le traitement des maladies (Victor Guibert, Hist. nat. et méd. des nouveaux médicaments).
Cette lenteur n'est pas telle que le croit l'expérimentateur en question; et encore faut-il pour qu'elle ait lieu que les médicaments colchitiques soient
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donnés à doses très-petites et fractionnées ; car les doses fortes et massives ont des effets très-prompts, et, dans des proportions excessives, leur action toxique peut être foudroyante, ainsi que le démontrent les cas cités par Jules Roux. La colchicine possède une extrême activité ; elle doit en conséquence agir aussi rapidement à dose fortement toxique ; un seizième de grain suffit pour tuer un chat dans l'espace de douze heures (Victor Guibert, loc. cit.). Enfin, s'il est vrai que la colchicine, à dose médicale, n'agit qu'avec une extrême lenteur, c'est un défaut qui peut avoir ses inconvénients en plus d'une circonstance.
Jolyet, dans quelques expériences récentes sur la grenouille, a obtenu des résultats qui, du côté du système locomoteur, ne concordent pas avec ceux attestés par Albers. Sous l'influence de la colchicine, l'animal hyperesthésié était saisi d'abord d'un brusque mouvement convulsif avec raideur, puis de secousses convulsives répétées et que la moindre excitation suffisait à produire. En conséquence, Jolyet attribue à cette substance une action très-analogue à celle de la strychnine, mais s'exerçant après un temps plus long. La colchicine serait ainsi un poison agissant sur la moelle comme excito-moteur (A. Ollivier et G. Bergeron, Nouv. Dicl. de méd. et chir. prat.).
Nous retiendrions volontiers, des expériences d'Albers, l'observation relative à l'anesthésie cutanée ; si telle est, en effet, l'une des principales portées de la colchicine, on pourrait, jusqu'à un certain point, y trouver l'explication de l'influence sédative du colchique sur les douleurs du rhumatisme et de la goutte, ordinairement plus ou moins voisines de la surface extérieure, et, a fortiori, sur les névralgies superficielles. Mais l'action paralysante sur les muscles volontaires qu'Albers dit avoir également observée, soulèverait une question d'inopportunité de l'emploi de ce médicament dans les affections qui, telles que les rhumatismes et les névralgies, créent une prédisposition aux paralysies musculaires. Quant à l'action inverse, c'est-à-dire convulsivante, que Jolyet attribue à la colchicine, elle ne se manifeste point à la suite de l'administration prudente des préparations colchitiques ; Stoerk et Mérat et de Lens après lui ou d'après lui, ont parlé d'une sorte de strangulation, qui fut notée, du reste, par les anciens Grecs comme le principal effet toxique du colchique ; mais ce spasme pharyngien n'est nullement mis par la généralité des observaieurs au nombre de ses effets ordinaires. Il n'en est pas moins vrai que cette plante est susceptible d'occasionner des phénomènes tétaniques, mais en tant que poison et non comme médicament ; s'il y a des assimiliaf ions à établir entre la colchicine et la strychnine, il existe des dissemblances marquées entre le colchique et la noix vomique, et jamais un praticien qui connaît, qui a expérimenté ces deux dernières substances, n'emploiera indifléremment l'une ou l'autre ; il est possible qu'elles aient des éléments comparables, mais il est évident qu'elles en ont de différents, et la preuve que l'on en juge ainsi dans la pratique, c'est que personne n'a songé à demander à la noix vomique ce qu'on attend du colchique dans une attaque de goutte ou de rhumatisme.
La colchicine n'a pas sur la membrane pituitairô celte action excitante que la vératrine exerce avec tant de violence. Mais elle irrite et enflamme autant, sinon plus, l'estomac et les intestins ; à de très-petites doses, elle détermine des vomissements et des purgations ; nous reconnaissons en tout cela un élément du colchique, lequel produit ces mêmes effets. Mais on nous dit qu'elle est sans action sur les mouvements du cœur, et nous voyons les préparations de colchique les ralentir ; on nous dit encore que c'est un excito-moteur de la moelle, et
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nous ne voyons les phénomènes convulsil's éclater que dans certaines phases de l'einpoisonnement par le colchique. Ce principe immédiat n'est donc pas la seule cause ou l'unique cause de l'activité du colchique, dont la composition est peut-être plus complexe qu'on ne le croit, il se pourrait qu'il contînt plusieurs principes, ayant chacun des pi-opriétés spéciales, se modifiant l'une par l'autre dans leur action simultanée. La colchicine d'ailleurs, avec les divergences des chimistes à son égard, ne nous inspire qu'une médiocre confiance conmie principe défini ; les produits livrés sous ce nom à l'expérimentation physiologique ont fort bien pu donner des résultats différents par suite de leur manque d'idendité. C'est donc toute une étude à re[irendre, au double point de vue diimique et pharmacodynamique. Jusqu'à l'acquisition de données positives, les cliniciens seront peu enclins à essayer isolément la colchicine ou tout autre principe chimique, et s'en tiendront aux préparations galéniques de colchique, quoique leur emploi ne soit pas sans mécomptes.
Pour résumer l'action physiologique de ces préparations, nous dirons que, administrées à doses modérées et fractionnées, elles passent souvent sans déterminer d'autres effets appréciables que quelques coliques et un peu de diarrhée ; qu'à doses plus fortes ou trop rapprochées, elles suscitent des nausées, parfois des vomissements, et surtout des garde-robes liquides en nombre plus ou moins considérable avec tranchées plus ou moins vives , épreintes et ténesme , le colchique étant en somme plutôt drastique qu'éméto-cathartique. Or, tout drastique est doublement hyposthénisant, c'est-à-dire, tant par la spoliation humorale qu'il provoque que par une action dépressive sur les centres nerveux ; l'ingestion du colchique à hautes doses ne tarde donc pas à être suivie de faiblesse, de prostration, de petitesse et de ralentissement du pouls ; dans des proportions moindres et même avec de faibles doses chez certains sujets, l'hyposthénie se traduit encore par un malaise extrême, analogue à celui qui précède la syncope ou qui accompagne l'état nauséeux, ce dernier venant parfois augmenter l'anxiété ; c'est aussi le moment oîi des sueurs passives apparaissent. Enfin la diurèse, quoique non constante, complète l'expression ordinaire des effets physiologiques du colchique d'automne.
11 n'est pas de médicament qui offre plus d'inégalité d'action selon les sujets. Tandis que les uns le supportent bravement à d'assez fortes doses, d'autres sont fâcheusement impressionnés par les plus minimes. C'est particulièrement chez ceux-ci que l'on observe l'angoisse hyposthénique signalée tout à l'heure. Ces conditions défavorables ne peuvent pas être toujours prévues ; cependant elles sont plus à redouter chez les individus nerveux et déjà affaiblis. Giacomini pense que les excipients vineux et alcooliques neutralisent en grande partie l'action hyposthénisante du colchique ; avec beaucoup d'exagération dans l'expression, il y a peut-être du viai dans cette idée ; toutefois il m'a paru, et j'ai eu occasion d'en faire l'épreuve sur moi-même, que les préparations acétiques sont plus hyposthénisantes, ce qui confirmerait au reste l'opinion que le vinaigre est le meilleur dissolvant des principes actifs du colchique.
Enfin, comme agent offensif sur les voies digestives, il ne se comporte pas non plus de la même manière chez tous les individus. On en usera donc avec réserve chez ceux qui ont l'estomac et les intestins irritables, et l'on s'en abstiendra même si ces organes sont actuellement irrités, enflammés, et surtout s'il y a déjà de la diarrhée. Le cas de constipation, au contraire, avec absence d'inflammation, est une occasion favorable de son emploi. Les opiacés le font tolérer, ou alté-
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nuent ses effets drastiques. Une bonne précaution à prendre pour éviter, au moins en grande partie, son action aggressive sur la muqueuse gastro-intestinale, c'est, si on le donne en poudre ou en pilules, de faire boire en même temps une boisson émolliente ; si l'on emploie ses prépartions molles ou liquides, de les étendre dans une suflisante quantité de tisane ou de potion.
Il nous reste à noter une dernière propriété attribuée au colchique ; il serait susceptible d'exciter la motilité utérine, mais en sens inverse de l'action de l'ergot de seigle; de sorte, d'après Metta, que le colchique dilate l'utérus que l'ergot contracte. Cette propriété fut mise à profit pour aller saisir dans l'utérus un placenta dont auparavant l'occlusion de l'organe empêchait l'expulsion (// filiatre sebezlo, mai 1845, et Dict. de Mérat et de Lens, t. Yll, supplément). CluUer-Biu'ck dit avoir administré avec succès la poudre de bulbe de colchique contre l'inertie de l'utérus, tenant à une vive irritation de son parenchyme et de ses ligaments [The London Med. Gaz-. 1858, et Cazin, Traité des plant, méd. indig.). Tout cela donne à penser que le colchique pourrait bien aussi agir comme abortif, ce qui serait un motif de s'en abstenir ou tout au moins d'en user avec une grande réserve chez les femmes enceintes.
Action thkpapeutiqoe. Gomme médicament le colchique a été l'objet d'autant ■d'excès dans l'éloge que dans le dénigi'cment. Tantôt mis au rang des spécifiques, tantôt repoussé par les uns comme dangereux ou inefficace, par d'autres comme inerte, il a subi le sort qu'encourent les médicaments envisagés avec partialité ou présentés sous des formes défectueuses ; et il ne risquait rien moins que de disparaître de la thérapeutique, lorsque de nos jours il a retrouvé une certaine faveur dans le traitement du rhumatisme et surtout de la goutte. C'est donc particulièrement dans ces deux maladies que nous aurons à juger son opportunité et son efficacité ; partout ailleurs sou utilité peut être discutée, si même il ne doit céder le pas à des moyens mieux éprouvés. Malgré son activité incontestable et quels que soient les mérites qui en découlent, ce n'est donc que dans des limites assez étroites que l'on invoque aujourd'hui , avec plus ou moins de confiance, son emploi.
Ainsi le colchique n'est point n^sté dans le traitement des liydropisies, oiîi Stoerk l'avait introduit avec un enthousiasme évidemment exagéré pour ses propriétés hydragogues, et plus ou moins partagé par CoUin, Plenck, ihiarin, Zacht, Iluermann, Carminati, Planchon. Cullen le recommandait spécialement contre les hydropisies phlogistiques, c'est-à-dire avec élément inllammatoire. Quelques épanchements séreux peuvent bien diminuer par suite d'un llux abondant d'urine et de superpurgations provoqués par ce médicament; mais en insistant sur son usage et surtout en recherchant ses effets drastiques, on ne tarderait pas à déterminer des irritations intestinales, compliquant la situation au lieu de l'améliorer, et à augmenter la faiblesse des malades, toujours plus ou moins grande dans toutes les hydropisies ; le colchique resterait d'ailleurs impuissant contre les lésions organiques qui occasionnent souvent les épancliements séreux, si même il ne risquait de les aggraver. Toutefois, Kennedy (Dublin Hosp. Gaz., janvier 1849; extr. in Bull. gén. de thérap., t. XXXVI) et Vandezande (Ann. de la Soc. méd. d'émuL, de Iloulers, 1849; extr. in Bull, gén. de thérap., t. XXXVII), en ont repris l'essai et citent des faits en sa faveur dans le traitement de diverses hydropisies liées à des maladies du cœur, des reins et de la rate. Aran a rapporté un cas d'ascite, liée probablement à une
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cirrhose du foie, dans lequel la teinture de semences de colchique, agissant comme purgatif et diurétique, produisit de très-bons effets (Bull, de tliérap., t. XLV). Cazin a aussi tenté de réhabiliter le colchique comme purgatif hydragogue, en s'appuyant sur les succès qu'il eu a obtenus dans des cas d'anasarque et d'hydrothorax où les autres remèdes avaient échoué {op. cit.).
La même déchéance a pesé sur ce médicament dans le traitement de l'asthme humide et des catarrhes muqueux, où une analogie forcée, tiès-incomplète, avec la scille, avait porté à le recommander. Son action expectorante en pareil cas était fort discutable ; et son action diurétique, qui l'est également, ou qui tout au moins est infidèle, n'offrait qu'un avantage aléatoire contre les suffusions séreuses accompagnant les affections calarrhales, lorsque celles-ci se lient à quelque lésion des centres circulatoires. Dans des complications de celte nature la digitale serait bien mieux indiquée par sa double influence, plus certaine, sur le cœur et sur les reins.
La goutte vint enfin fournir un terrain sur lequel l'essai du colchique parut donner de meilleurs résultats. Sa réputation antarlhritique fut fondée, comme nous l'avons dit, par les expériences des médecins anglais, notamment de John Want, Ewerard Home, Lignum, Arsmtrong, Scudamore ; elle fut consolidée ensuite par les observations de Lochcr-Balber, en Suisse; de Carminati, Campagnauo, Mojon, en Italie ; de Consbruch, Chelius, Crentz, Dietz, en Allemagne ; de Lobstein, Mérat, Chailly, A. Boyer, Fiévée, en France. De prime abord, le colchique fut présenté, non pas seulement comme un agent digne de partager la faveur dont jouissaient les autres remèdes auligoutteux, mais comme un spécifique qui devait les dominer tous, sinon même les remplacer, étant jugé apte tout à la fois à dompter la goutte dans ses manifestations et dans sa tendance à leur récidive. Il a fallu en rabattre de ces prétentions ; et l'on est généralement arrivé à des appréciations plus modérées et plus exactes, qui ont beaucoup diminué l'importance du colchique comme antigoutteux, et d'où sont résultées des applications plus rationnelles et plus prudentes de ce médicament. Ainsi ses détracteurs ont eu tort de ne lui attribuer que des inconvénients et des dangers; mais leurs critiques ont contribué à inspirer à ses partisans actuels plus de réserve qu'on n'en mettait autrefois dans son emploi. Ceux-ci, par exemple, s'accordent aujourd'hui à repousser les effets drastiques ou trop hyposthénisants et se contentent des effets sédatifs qu'ils regardent d'ailleurs comme les plus efficaces. L'opinion que le colchique n'agit contre les fluxions goutteuses et rhumatismales que comme révulsif et par suite de ses propriétés purgatives, n'est plus guère admise, et on la voit même abandormée par des auteurs qui, tels que Trousseau et Pidoux, l'avaient antérieurement adoptée. Goupil, qui regarde le colchique comme le meilleur médicament à opposer à la goutte, nous semble être dans le vrai en lui attribuant, en tant qu'évacuant, un rôle plutôt éliminateur que dérivatif.
D'un autre côté, lorsque l'on considère la somme des moyens hygiéniques nécessaires pour aider à la cure et à la prophylaxie de la goutte, et la variété des moyens thérapeutiques qui, selon ses formes et ses périodes ou selon les sujets, ont aussi leur raison d'être invoqués, on ne peut accepter le colchique que comme un élément, souvent utile, il est vrai, du traitement de cette diathèse, mais non comme un remède unique et souverain. Il est à remarquer en outre, et j'en ai fréquemment fait l'expérience, que les préparations colchitiques ont, dans beaucoup de cas, besoin d'être soutenues oa mitigées dans leur
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acliou par d'autres médicaments, notamment par la quinine, la digitale, l'aconit, les opiacés, tantôt pour mieux vaincre l'état fébrile et fluxionnaire ou lu douleur, tantôt pour conjurer l'intolérance. On voit d'ici, sans que nous y insistions, auquel de ces auxiliaires on devrait recourir selon les desiderata de la situation. Mais toujours est-il que ces associations sont généralement plus efficaces et mieux supportées que le colchique isolément employé, et cela ne contribue pas peu au succès des remèdes composés de ces divers principes contre les affections goutteuses et rhumatismales.
Une autocratie du colchique sur ces affections, une prétendue spécificité comparable à celle du quinquina dans les fièvres intermittentes et telle que la proclament Fiévée et Garrod, sont donc inadmissibles.
Nous ne saurions tracer une meilleure règle de conduite pour l'administrafion des préparations colchitiques, qu'en résumant les préceptes des auteurs comtemporains que leurs travaux sur la goutte ont rendu des plus compétents. Nous verrons en même temps comment ils jugent l'opportunité et l'influence de la médication.
Bentley Tood interdit l'emploi du colchique au début du paroxysme goutteux; il évacue d'abord les intestins à l'aide de purgatifs doux, et administre ensuite le colchique à petites doses, que l'on augmente progressivement, en évitant de provoquer des nausées, des vomissements ou des purgations, eftëts défavorables à son action curative. Il le tient pour avantageux, lorsqu'il augmente la sécrétion urinaire et l'évacuation de la bile, lorsque les matières fécales sont fermes, mais enduites de mucosités, et que la peau est le siège d'une sécrétion abondante. 11 s'en abstient dans la forme asthénique de la goutte, ainsi que chez les individus âgés et qui ont déjà eu plusieurs attaques, et le réserve pour la forme sthénique, chez les constitutions robustes et pendant la jeunesse {Ann. de thérap. de Boucbardat, 'I845; extr. de l'ouvrage sur la goutte de B. Tood).
Smith conseille aussi d'administrer un purgatif doux, tel que le calomel, avant d'instituer la médicamentation colchitique, afin d'en mieux assurer les effets {Journ. de méd. de Bordeaux, 1850, elAnn. de tliérap, de Bouchardat, 1851).
Galtier Boissière ne trouve pas que le colchique exerce une inlluence notable sur l'élimination de l'acide urique; pour lui, son action purgative est, nonseulement dangereuse, mais même sans profit pour les goutteux, lesquels ne bénéficient uniquement que de son incontestable propriété de soulager leurs douleurs. Il craint, en outre, que cette substance ne s'accumule assez dans l'organisme pour y produire tout à coup, sur le système nerveux, une décharge funeste. Afin d'éviter cette accumulation, ainsi que l'action irritante sur le? voies digestives, il conseille de n'administrer le colchique que de deux jours l'un, à des doses très-faibles au début, augmentées ensuite avec prudence, toujours fractionnées et en lavage. La préparation dont il se sert exclusivement est une teinture alcoolique de semences, dans les proportions de 1 et 8. 11 commence par la dose de 1 gramme ou 32 gouttes par jour, en quatre fractions espacées par deux ou trois heures d'intervalle et diluées chacune dans une petite tasse de thé ou de café faible. Le lendemain, il prescrit au malade qui n'a pas été suffisamment soulagé par cette première dose de colchique, une préparation de quinquina et particulièrement 1 gramme de sulfate de quinine en une solution, que l'on partage, comme ci-dessus, en quatre prises. Pour ménager l'estomac, il fait prendre alteinativement, par la voie anale, les mêmes quantités de colchique et de quinine, également fractionnées, dans des quarts
On a remarqué la longueur considérable du tube digestif cliez les Coléoptères berbivores et au contraire sa brièveté cbez les mêmes insectes qui se nourrissent de proie vivante ou de sucs azotés. Toutefois il y a des exceptions à cette disposition générale.
Des glandes sont annexées à l'appareil de la digestion: à l'entrée de l'œsophage sont des glandes salivaires, tubulées, rarement en grappes ; à l'extrémité de la cavité vcntriculaire et en dessous viennent .iboiitir 2, 3 et -4 paires au plus. égales ou inégales, de longs tubes terminés en cœcum, appelés vaisseaux de Malpigbi, et acconqjlissant une épuration comparable soit à l'urination, soit à la sécrétion biliaire, et sur l'usage desquels on n'est pas encore absolument fixé {voy. Insixtes).
D'autres glandes, nommées à tort urinaires, mais bien plutôt anales se trouvent à la terminaison du tube digestif. Elles ne sont point rattacbées aux actes de défécation, car elles produisent le plus souvent des liquides servant à la défense des Coléoptères : humeur fétide et butyrique des Carabiques, liquide volatil et explosif des Brachines, qui paraît être lumineux dans l'obscurité, etc. D'autres fois ces glandes sont utiles pour les femelles et suintent une matière qui forme un cocon protecteur des œufs (Ilydropliilcs); enfin ces glandes à liquide odorant, parfois agréable ou musqué (Cicindèlcs, Aromia, etc.), servent trèsprobablement à faciliter le rapprochement des sexes, api'ès l'éclosion des nymphes.
La circulation chez les Coléoptères présente pour organes : un cœur à plusieurs loges propulseur, du sang et une aorte antérieure ; ces organes, dont Straus-Durkhcim a donné des figures chez le Hanneton commun, sont variables pour le nombre des chambres cardiaques placées bout à bout ; chez les Carabus, ils m'ont offert trois à quatre divisions; mais ce sujet exige de nouvelles recherches.
L'appareil respiratoire est répandu dans tout le corps sous forme de tubes membraneux ou trachées. L'ouverture extérieure des troncs trachéens consiste eu stigmates entourés d'un rebord corné ou péritrème. L'insecte ferme à volonté ces stigmates et résiste longtemps à l'asphyxie (voy. Éludes sur le genre M pus, etc., in Annales de la Société entomoloyique de France, 1849, p. 25 et pi. 2). Les Coléoptères aquatiques emmagasinent de l'air sous leurs élytres et respirent cet air au moyen des stigmates dorsaux.
Les trachées ne sont pas toutes tubuleuses et pourvues du fil spiral : un grand nombre de ballons aériens sont interposés aux deux bouts de trachées élastiques; ces ampoules ou dilatations n'ayant que les membranes trachéennes sans le fil élastique spiral, sont en rapport avec le degré de locomotion aérienne, ■car elles prédominent chez les Coléoptères qui volent le mieux.
Le nombre des stigmates est variable. Ordinairement chez le Coléoptèi'e il n'y a qu'un stigmate prothoracique. L'un de nous a démontré la présence d'un second stigmate sur le mésothorax, dans le Biiprestis gigantea (voy. Archives entomologiqiies de Thomson, t. I, p. 465, avec planche, 1857). Le nombre dos stigmates thoraciques toujours dorsaux est variable.
Les appareils de la reproduction, mâle et femelle, ont été fort étudiés. L'appareil du mâle se compose de deux testicules séparés, suivis d'un canal déférent qui reçoit la sécrétion d'une ou plusieurs paires de glandes scîminales, et aboutit par un canal éjaculateur au pénis membraneux et muni de pièces dures, composant l'armure génitale du mâle. Les organes internes femelles consistent eu DICT. ENC. XVIIÎ. 48
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deux ovaires formés par des séries de gaines ovigères, disposées en chapelets d'œufs, et terminées à leur sommet par un filament suspenseur. Les gaines ovigères, dont les œufs sont de plus en plus gros vers le bas, débouchent dans deux calices qui se réunissent pour former l'oviducte. De plus, ou trouve annexées à cet oviducte des glandes a> cessoires destinées à fournir la coque de l'œuf, et une substance qui fixe celui-ci contre les corps où il doit être pondu ou inséré.
Enfin un réservoir appelé vésicule copulatrice, receptaculum seminis, emmagasine et tient en réserve le sperme du mâle, et les œufs au passage reçoivent l'ablution séminale sans qu'il soit nécessaire que plusieurs copulations aient lieu pour cela. Les organes génitaux femelles et l'armure génitale variable ont été décrits et représentés avec grand soin par Léon Dufour, Slein et Lac.ize-Dutbiers [Stein (Fkiedricii), Veber die Geschlechts-Or<jane und dm Bail dex Hinterleibes bei den weiblichen Kâfern, Berlin, 1847. — Lacaze-Du- THiERs, liecherches sur l'armure génitale des insectes, etc., in Ann. des se. natur., Z" série, zoologie, t. XIX, p. 203 et suiv. avec plus, planches, 18531. Le système nerveux est toujours lormé des deux ganglions céréhroïdes, deux ganglions céphaliques sous-œsophagiens réunis par des connectifs à une chaîne ganj^lionnaire thoraco-abdominale. Cette chaîne est formée de ganglions séparés chez la majeure partie des Coléopttres, mais elle est réunie et composte de ganglions adossés chez les Scarabéides.
Les sécrétions extérieures se bornent à des revêtements du tégument par des matières cireuses {Lixiis, Buprestides, Eurychora).
Plusieui's Coléoptères sont phosphorescents, tels sont les Lampyrides, si connus pour les espèces de nos climats sous le nom de Vers luisants, et dont les derniers anneaux de l'abdomen brillent dans l'obscurité, non-seulement chez l'insecte parfait, mais même chez la larve et la nymphe ; tels sont encore les Élatéridcs des régions tropicales dont l'un de nous a étudié l'appareil lumineux {Sur les organes phosphorescents thoraciques et abdominal du Cucuyo de Cuba, par Cii. Robin et A. LABouutiÈiXE. Comptes rendus de l'Institut, séance du 25 août 1873).
Les intervalles laissés libres entre les organes sont comblés par du tissu adipeux, ou graisseux, auquel se rendent de nombreuses trachées.
Beaucoup de Coléoptères font entendre un son produit par des moyens trèssimples ; ainsi les Dorcadion frottent la base de la tête contre le bord antérieur du corselet ; chez les Scarites, c'est le frottement du mésothorax contre le prothorax ; chez beaucoup de Scarabéides, le segment dorsal qui précède le pygidium est couvert de petites strioles serrées sur lesquelles l'extrémité des élytres vient frotter; chez d'autres ce sont les fémurs ou les tibias postérieurs qui sont munis de stries et qui se rencontrent avec le bord des élytres ; le bruit que font les Anobium, ou Hoi'loges de la mort, est produit par le choc de leur tête contre le bois. Quelques Curculionides, nolamment dans le genre Acalles, font entendre un bruit analogue à celui des Scarabéides dont nous venons de parler et produit par les mêmes causes. 11 faut citer pour mémoire le bruit de crépitation produit par certaines Biachines et qui leur sert de moyen de défense. Les Pa\issus peuvent pareillement rejeter au dehors une humeur qui se volatilise et tache les doigts (L. Bl-del, Annales de la Société entomologique de France, séance du 22 mars 1876. — RAFFiiAY, Nouvelles entomologiques, I, p. 516). Le vol des Coléoptères est généralement lourd, surtout comparé à celui des
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Papillons; ils ne voltigent pas et semblent plutôt être lancés en l'air et soutenus par un parachute que voler réellement. On peut voir, du reste, avec quelle lenteur les Hannetons prennent leur essor; ils entrouvrent leurs élylres, étendent à diverses reprises leur ailes membraneuses et ce n'est qu'après plusieurs essais qu'ils parviennent à s'envoler, en faisant entendre un bruit de bourdonnement produit par la trépidation des ailes. Les itiiprestes, au contraire, et plu ieurs Longicornes s'envolent très-rapidement, surtout quand il fait chaud. La plupart des Coléoptères à élytres courts, beaucoup de Staphylinides, de Nitidulides, de Céranibycides ont le vol très-vif, comparativement aux autres, et l'on est étonné de voir les ailes inférieures, dont les dimensions sont proportionnellement trèsgrandes, se replier facilement sous des mui.^nons. Chez beaucoup de i.oléoptères le vol s'opère avec les élytres à peine enti'ouverts, quelquefois même avec des élytres soudés, comme chez les Gynmoplt^urus, et surtout chez les Acmœodera qui volent rapidement (Reiche, Annales de la Société entomologique de France, 1856) ; cette action est facilitée par la forte sinuosité qui se remarque à la base du bord interne.
Outre des appareils sexuels spéciaux, et la dilatation habituelle des tarses, les mâles des Coléoptères se distinguent souvent soit par des antennes plus longues ou plus compliquées, soit par des cornes qui s'élèvent sur le vertex et sur le corselet, comme chez la plupart des Scarabées, soit par les mandibules, comme chez les Lucanides, soit par l'allongement des pattes antérieures, comme chez les Eiichirus et VAcrocinufi longinianint. Chez les Curculionides, au contraire, le développement du rostre indique les feinclles; chez la plupart des Dytiscules, les élytres de ces dernières sont profondément sillonnés ou au moins striolés. Enfin l'abdomen est généralement plus gros chez les femelles et il prend parfois un très-grand développement, comme on le voit chez les Méloés, plusieurs Chrysomélides, etc.
A l'état parfait, les Coléoptères ne vivent pas longtemps et meurent après l'accouplement; cependant on en a vu vivre plusieurs mois étant percés par une épingle et ce sont le plus souvent des Ténébrionides chargés de graisse, qui ont offert cette particularité. Du reste, on voit assez souvent des Blaps qui ont passé de longs mois d'hiver dans les caves et qui sont complètement vides, réduits à l'enveloppe extérieure. Certains mâles sont d'une ardeur exti'ème; ce sont ceux dont les femelles restent en terre et paraissent moins nombreuses ; beaucoup de Rhizotrogus sont dans ce cas, ainsi que les Cebrio. Pour ces derniers, c'est quand il pleut que la femelle se rapproche de la surface du sol en laissant passer l'extrémité de l'abdomen ; alors seulement on peut capturer les mâles en certain nombre. Pour les Pachijpns, le fait est encore plus curieux ; si l'on parvient à découvrir une femelle et qu'on l'emporte, au bout de quelques instants on est assailli par des nuées de mâles qui se précipitent sur le ravisseur. Les Chiasognathes, magnifiques Lucanides du Chili, se disputent avec acharnement les femelles qui sont peu nombreuses, aussi l'on trouve souvent ces insectes avec leurs mandibules incomplètes (Gay, Historia fisica y politlco. de Chilie, t. V, 1.S49).
Œuf. Les œufs des Coléoptères sont le plus souvent sphériques, quelquefois ovalaires ou aplatis aux deux bouts, mais ils ne présentent pas les variations intéressantes qu'on voit chez les Lépidoptères ; leur enveloppe est membraneuse ou assez coriace. Ceux dont les larves doivent vivre sur les végétaux sont enduits d'une matière visqueuse qui sert à les fixer. Les femelles ne peu\eut
preiulic soin de leurs œufs, puisqu'elles meurent presque aussitôt qu'elles ont pondu, mais elles vont les déposer dans les matières qui serviront de nourriture à la larve.
Larve. C'est sous la forme de larves que les Coléoptères prennent tout lenr développement; elles ont le plus souvent l'aspect d'un ver; cependant quelquesunes, chez les Carabides notamment, présentent des formes assez variées et assez curieuses, mais elles ne ressemblent presque jamais à l'insecte parfait. Comme les Chenilles, elles changent plusieurs fois d'enveloppe; la peau se fend lonj^itudinalement sur le dos et la larve sort peu à peu toutes les parties du corps ; le nombre des mues est ordinairement de trois ou quatre {voij. Lauve).
La tète est très-variable, tantôt grande avec de puissantes mandibules, tantôt plate avec une bouche placée un peu inlérieurement; le labre manque parfois; les autres parties sont moins développées, les mâchoires sont quelquefois soudées à !a lèvre inférieure qui, ainsi que les pal|)es, manque chez les larves de l'uprestides. Les antennes sont très-courtes, parfois presque invisibles. Les segments thoraciques ne se distinguent des autres que parce qu'ils portent les pattes ; celles-ci sont écailleuses, deviennent assez souvent rudimentaires, ou ne sont l'eprésentées que par des tubercules ou manquent chez quelques espèces. Les segments abdominaux sont généralement au nombre de neuf, mais de huit seulement chez les larves aquatiques {Dytiscus, D-macia) ; ils sont dépourvus de pattes, mais présentent en dessus, chez les Cérambycides, des disques rugueux qui servent à la locomotion ; rarement (Œdémérides) on voit des tubercules inférieurs qui rappellent les fausses pattes des Chenilles; enfin l'extrémité anale se prolonge parfois en un tube qui sert de point d'appui. Le segment anal présente, en outre, des appendices très-variés, en forme de cône, de fourche, d'épines, etc. Les stigmates sont presque toujours au nombre de neuf paires, placées, la première dans le pli qui sépare le prothorax du mésothorax, assez fréquemment au bord antérieur de ce dernier, et les huit autres sur les côtés des huit premiers segments abdominaux. Chez les insectes aquatiques, la dernière paire est à l'extrémité du 8" segment.
La consistance de ces larves varie suivant leur manière de vivre ; celles qui courent et font la chasse sont assez coriaces, surtout en dessus, mais celles qui se trouvent dans l'intérieur des plantes, des matières animales, dans la terre, etc., sont molles; il n'y a que la tête qui présente toujours des pièces solides, et c'est elle qui fraye le chemin pour le reste du corps. Leur développement s'opère par des changements de peau, après lesquels la larve passe à l'état de nymphe, soit nue, soit cachée dans une coque formée par de la terre battue, comme les Hannetons, les Cétoines, les Lucanes, ou par des débris végétaux au miheu desquelles elle a vécu, comme les Splienophorus, ou par un travail élégant, comme les coques fabriquées par le Coniatus chrysochlora à l'extrémité des branches des Tamarix, les Pliylonomus, etc.
La vie des larves peut être longue ; ainsi celles des Scarabéides mettent souvent deux ou trois ans à acquérir tout leur développement, mais quelques mois suffisent à la plus grande partie des Coléoptères, et beaucoup ont deux générations par an. On n'a pas encore observé, chez les Coléoptères, les faits de parthénogenèse dont quelques Lépidoptères ont donné l'exemple.
En sortant de l'état de nymphe, l'insecte est mou et sa coloration est pâle, généralement d'un fauve plus ou moins clair, parfois d'un roux brunâtre , mais
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la couleur définitive se produit assez rapidement, en même temps que les téguments pi-ennent leur consistance normale.
Dans l'immense majorité des Coléoptères, le développement des larves s'opère d'une manière simple et normale, sauf dans la famille des Cantliarides qui offre des modidcalions tout à fait exceptionnelles, auxquelles on a donné le nom d'hyperniélamorpliose. (Voy. Miîloe, et Fabre, Annales des sciences 7iaturelles, A" èéfie, t. Vli, 1857).
On a signalé un grand nombre de monstruosités ou de malformations chez les Coléoptères à l'élat parfait, mais celles-ci se bornent pour l'ordinaire à atteindre les pattes et les antennes qui sont doubles, triples (polymèles) ou qui an contraire manquent de quelques-unes de leurs parties. Le thorax etlesélytres sont déformés, contournés, mais là se bornent les désordres qui n'auraient pu être plus complets sans tuer la larve et la nymphe. Mocquerys, dans un Recueil de Coléoptères anormaux commencé en 1857, a représenté un grand nombre de Coléoptères polymèles ou déformés, provenant de sa collection ou qui lui ont été communiqués de divers côtés. Les Coléoptères sont souvent atteints de parasites placés à l'extérieur de leur corps, les Ganiasus et d'autres Acarid^s se font transporter par eux dans les endroits où ils trouvent les conditions de leur développement (Géotrupes, Nécrophores). Léon Dufour a signalé les Grégarines et les vers intestinaux qui se trouent dans le tube digestif de plusieurs (L. DuFo'JR, Recherches anatomiques sur les Carabiqiies et sur plusieurs autres Coléoptères, in Annales des sciences naturelles, t. YI à VllI, planche 21 bis, fig. 7, 1826).
Nous avons vu un Dytiscus marginalia qui avait dans l'abdomen un Merniis replié plusieurs fois sur lui-même. Les faits de Mermis filiformes, sortant du corps de divers Coléoptères, sont assez communément observés [Annales de la Société etilomologicjue de France, 1862, p. 576).
Coléoptères utiles. Les Cantharides et les Mylabres (voyez ces mots) nous sont directement utiles à cause de leurs propriétés épispastiques ou vésicantes. On se régale dans les Antilles des larves de la Calandra palmarum que l'on vend par brochettes siu' les marchés, sous le nom de Ver palmiste; à Cayenne ce sont les énormes larves du Macrodontia cervicomis que l'on mange et les nègres de Fernando-Po en font autant de celles d'un gros Cérambycide. Les sauvages de l'Australie, sur les bords du King's Georges Sound, se nourisscnt d'après Newman [The Enlomoloyist, 80) d'une espèce de Cérambycide, Bardistus cibarius, qu'ils appellent Bardé et dont ils foui une grande consommation sous ses divers états. Dans les montagnes du Haut-Pérou, on mange une espèce d'Elmis, E. coniUmenlarius (PiiiLirri, Stettiner euiomotoyische Zeilung, 1864, p. 96), qui abonde dans les ruisseaux des Andes péruviennes et qu'on vend sous le nom de Chiche. Les larves des Blaps sont, à ce qu'il paraît, employées en Egypte, mélangées avec de la graisse, pour augmeuler l'embonpoint des fenmies des harems. Dans les environs de Séville, d'après le docteur Foureau de iieauregard [Annales de la Société entomologique d France, 1852, Bull., pag. v) VAkis acnminata serait donné en infusion aux malades atteints de phtlnsie pulmonaire. En Orient, on emploi dans les maladies des voies respiratoires une décoction faite dans l'eau bouillante avec les co.jues du Larinus sijriacus [voy. Larin) que l'on trouve ^ur les branches d'un Onopordon; elles portent le nom de Tricala, Tréhala, rhrâiie(Cu. Bouruer, jonrn. VAinides sciences, 185(), 355); — DusiÉRiL, Ann. Soc. ent. de France, 1858, Bull. pag. cxxva), La Cétoine dorée.
7bS COLEOPTERES.
desséchée et réduite en poudre a été préconisée contre la rage dans quelques provinces de la Russie méridionale, notamment dans les gouvernements de Koursk et de Voronèjc, d'après Mandilény et Bagdanoff {Revue et Magasin de Zouloqie, J^Sl p. 60 et 1855 p. o4-i). Cette même poudre a été proposée par Sauviin et Alquié contre l'épilepsie. Enfin un petit Curculionide, le Rliiyiocyllns antiûdontalgicus , a été considéré comme un remède contre le mal de dents.
Dans un autre ordre d'idées, beaucoup de Coléoptères ont servi à orner les parures féminines, non-seulement chez les sauvages d'Amérique, mais chez nos élégantes contemporaines. Lesélytres de plusieurs Buprestes, notamment le Sfernocero œfinesignata, des Indes orieulales, ont été utilisés pour des garnitures de robes et l'insecte entier est encore monté sur or comme broche; les l'ieiiraulaca, les Lamprosoma, plusieurs Curculionides brillants, plusieurs Cassides exotiques, notamment h Desrnonota variolosa, sont employées de cette nMnière et servent en outre à faire des fleurs artificielles. Dans nos pays la jolie Hoplia cœndea, à couleur d'un bleu tendre saupoudrée de blanc, a servi à ces divers usag'^'i. Kn Cochinchine, le rare et magnifique Chrysochroa Mniszechii sert d'ornement aux dames de l'aristocratie, d'après une communication du docteur Morice, chu'urgien de la marine.
D'autres! oléoptères nous sont utiles d'une manière indirecte à cause de leurs appétits carnassiers qui leur font dévorer beaucoup d'insectes nuisibles; toute la lamillc des Carabides est dans ce cas, à une ou deux excejilions près. Tout le monde a pu voir les Carabes dorés, ajipelé vulgairement Jardiniers, Vinaigriers, dévorer des Hannetons, des Chenilles, des Limaces. Les Calosonies ne senourrissentquede Chenilles processionnaires. LesCicindèles armées de mandibules aiguës et au vol rapide sont exclusivement carnassières. Les Velleius dilatatus s'installent au milieu des nids de Frelons et en dévorent les larves. Les Nécrophores, les Boucliers ou Silpha, remplissent une mission hygiénique en faisant disparaître les cadavres des animaux ; la nombreuse tribu des Coprides ou Bousiers, dont les |lus célèbres sont les Scarabées d'Egypte ou Ateuclius représentés sur les plus anciens monuments, rend un service analogue en détruisant les fientes et excréments de toutes sortes qui servent de nourriture à leurs larves. Les Coccinelles ou Bètes à bon Dieu (voy. ce mot), les Scymmis, les Brachylarsus vivent aux dépens des Pucerons.
D'une manière encore plus indirecte, le parasitisme d'un grand nombre de Coléoptères vient contrebalancer un peu les ravages de leurs congénères. Ainsi une foule de petits Staphylins vivent dans les galeries creusées dans le bois par les insectes Xylophages et se nourrissent aux dépens de leurs larves ; les Platysoma, les l'aromalus, les Plegaderus, VIps ferrugineus, plusieurs Rhizojihagus et bien d'autres, font une guerre acharnée aux Bostrichvs, aux Demlroctonus, etc., comme l'a reconnu Edouard Perris, dans son admirable travail sur les Insectes du pin maritime. Le Jroijosila mauritanica, dont la larve appelée Cadelle, a été regardée si longtemps comme nuisible aux céréales, fait au contraire lâchasse aux larves des Calandres et aux Chenilles desAlucites. Les larves des Élatérides sont généralement carnassières, ainsi que celles des Téléphorides; il en est de même de la plupart des Clérides.
Coleojjtèi es nuisibles. A part de rares exceptions, les insectes Coléoptères sont nuisibles à l'état de larve. Cependant les Hannetons, à c^iuse de leur nombre, dépouillent des arbres entiers de leurs feuilles, les Altisides et quelques autres Chrvsomélides nuisent aux plantes potagères.
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A l'état de larve les Scolytes, les Bostric-hes, percent de leurs petites galeries toutes les écoi ces des arbres fruitiers et forpsticrs, les énormes Lucanes et Longicorncs taraudent les plus gros troncs, les Anlhrènes, les Dermestes, les Nécrobies attaquent nos pelleteries, nos ibiuTures, nos collections zoologiques, les Criocères dévorent les lis et les asperges, les Eumolpes tracent de jolis dessins sur les feuilles des vignes et les fatiguent beaucoup {Eunwlpus vUls) ou bien ravagent les cliamps de trèfle [Eumolims obscur us), les Lina popidi et tremtilœ font périr les jeunes pousses des peupliers, le Colaphus ater, est un fléau pour les champs de luzerne du Midi, les Attises de toutes espèces s'attaquent à presque toutes les cultures, surtout à celles des plantes de la famille des Crucilères, le Calamobms çiracilis perce les tiges des blés sur pied, les Calandres dévorent les grains et le riz, etc, etc. Les Bruches se logent dans les graines de presque toutes les légumineuses; on s'en aperçoit souvent en mangeant des pois; les Rhynchites, les Magdaliniis attaquent les bourgeons des arbres iruitiers et de la vigne, les Pissodes, les Ihjlobius rongent les jeunes pousses et même l'écorce des Conifères. Les Clairons et quelques Cétoines pénètrent dans les ruches pour s'y nourrir. Beaucoup de Cérambycides vivent aux dépens des arbres de nos veigers et de nos bois, et les Yrillettes ou Anobium réduisent les poutres de nos maisons à l'état d 'éponge.
Si nous traversons les mers, nous trouverons dans les pays équatoriaux la Caîandra palmartim qui perce les troncs des palmiers, ainsi que les Oryctes qui font périr ces mêmes arbres à Bourbon, à M.idagascar, dans les Indes orientales (CoQui-REL, Annules de la Société entonmlo /iqiie de France, 1855), les S;ihenophorus qui vivent dans les tiges des bananiers, et enfin la Pohjgramma decemlineata qui ravage les champs de pommes de terre aux États-Unis et dont on redoute tant l'invasion en Eui'ope.
Classification. La^classificalion des insectes Coléoptères présente des difficultés qui sont encore loin d'être résolues. Le système tarsal proposé par Geoffroy {Histoire abrégée des insectes des environs de Paris, 1764) et perfectionné par Latredle {Règne animal de Ciivier, IH'JS) est séduisant par sa facilité d'application et sa simplicité apparente ; mal.ieureusement les exceptions sont fréquentes etle nombre des articles des tarses est parfois différent dans les deux sexes. Néanmoins il nous paraît utile de donner un aperçu de ce système un jieu artificiel. Latreille range les familles ainsi qu'il suit: Pentamères, 5 articles à tous les tarses : famille des Carnassiers, coni|jreuaiit les Cicindélètes, Carabiques et Hydrocanthares ; famille des Brachélytres ; famille des Serricornes, comprenant les Buprestides et Elatérides ; iamille des italacodermes, comprenant les Céiirionites, Lampyrides, Mélyrides, Clavicornes et l'tiniores; famille des Limebois; famille des Clavicornes, comprenant les P.dpeurs, les Hisléroïdes, les Silpiiaies, les Scapbidites, les Nitidulaires, les Engidites, les Dermestins, les Byrriiiens, les Acanltiopodes et les Macrodactyles ; l'ainille des Palpicornes ; famille des Lamellicornes, comprenant les Scarabéides et les Lucanides. — HitéromèreSy 5 articles aux quatre tarses antérieurs et i articles aux postérieurs, comprenant les Mélasomes, les Taxicornes, les Sténélytres et lesTrachélides. — Tetrainères, A articles à tous les tarses, comprenant les Bliyucbophores, les Xylopiiages, les Platysomes, les l.ongicornes, les Eupodes, les Cycliques et les Clavipalpes. — Trimères, 3 articles à tous les tarses, comprenant les Eumorphes, les Aphidiphages et les P^élaphiens.
Aujourd'hui la classification généralement suivie est celle d'Erichson, qui, par
malheur, ne l'a jamais exposée dans son ensemble, de sorte que le lien entre toutes les familles n'est jias encore nettement indiqué. En voici la série : Cicindeletae, Carabici, DytiscidîE, Gyrinitcs, Ilydrophili, Silpbales, Scydmaenides, Pselapbii, Clavigeri, Paussili, Stapliylini, liistrini, Scaphidilia, Tricliopterygia, Phalacrides, JN'itidulariœ, Colydii, Rhyssodides, Cucujides, Cryptophagides, Mycetophagides, Dermestini, Byrrliii, Georyssi, Parnidse, Heteroceridae, Scarabagides, Buprestides, Eucnemides, Throscidcs, Elaterides, Cebrionites, Atopides, Cyphonidœ, Lycides, Lampyrides, Telepborides, Melyrides, Clerii, Ptiniores, Cioidoe, Lymexylones, Tenebrionites, Melandryadae, Lagriariaî, Pyrochroides, Antbicides, Mordellina', Meloidae, Œdenieritœ, Salpingites, Curculionites, Bostrycboidse, Cerambycini, Chrysomelinœ, Erotybjidœ, Coccinellidœ, Endomycbides, Latbridii. Telle est la série des familles adoptée par presque tous les Entomologistes; mais quelques-unes ne nous paraissent pas à leur place naturelle comme les Erotyloidœ, Endomychides, Latbridii, qui devraient être rapprochées des Cryptophagides.
A. Labouluè.ne et L. Fairmaire.
Bibliographie. — Cette bibliographie, de même que celle de l'article Lécidopièhes (voyez 2' série, t. Il, p. 173), renferme surtout îles traviiux dusaux auteurs qui se sont occupés plus spécialement des Coléoptères, ou qui oui f.iit connaître de nouvelles ob-ervalion^ relatives à ces iiisectes. — Scopoli. Entomologia Canilolica. Vienne, 17G5. — Foniciiov. Enlonwlogia Parisieiisis l'aris, 1785. — Petagna. Spécimen Insectarum ullerioris Calabriœ avec une pi. Franclort-sur-le-Mein, 1 787. — Olivieh. Entomologie ou histoire naturelles des insectes, avec leurs caractères génériques et spécifiques. Coléoptères, t. 1-VI, avec 'ASTi pi. l'aris, 1789- 1808. — Jablonsky. Natursgstetn aller bekannten Inseclen, fortges. von Heubst, t. I-X, avec planch. color. Berlin, 1789-1800. — I'REv.^sLF,R. Verzeic/iniss bôhmisch. Inscct-, avec 2 pi. color. Prague, 17t)0. — Hossi. Fautia Etrusca, t. I-II, avec planches. Livourne, 17^)5. — lIopiE. Enumcrutio insect. Elijlrat. circa Erlangem, avec 1 pi. Erlangrn, i795. — Du même et Hoii?iscniicii. Inscct. Colcopt. prœsertim Aljiinn, avec planches [ex Nova Acla Acad. Leoj)old. XII). Bonn, 1825. — I'avki'll. Fauna Suecica, t. I-lII. Upsal, 179S-I80II. — Du même. Monograpli'U Uistcroidum, avec 13 pi. Upsal, 1811. — Klgei.ann et Iluger. Verzeicliniss der Kâfer Preussens. Halle, 1798. — Geoffr iv Histoire abrégée des insectes des environs dé Paris, t 1-11, Paris, 176i; '■2« édit. 1799.— Fabricius. Sijstema Eleutkeratorum. Kiel, 1801. — Maiisham Coleoptera Britannica sec.tnduni Melhod. Linn. disposila. Londres, 1801. — Gravenhor^t. Coleoptera microjilera Bninsvicensia. Brunswick, li'-Oi. — Du jièîue. Monograpkia Coleoplerorum micropteroruni. Gœtiiugue, 180G. — Weber. Obscrvationcs Entomologicœ. Kiel, 1805 — Palisot df. Beauv is Insectes recueillis en Afrique et en Amciique. 15 fascicules avec 90 pi. Paris, 1805-1821. — Paxzfr. Kril. Revision der Insekt. Deutschl. EleiUherata,^ pi. col. Nuremberg, 1805. — Duftscumidt. Fauna Austriaca oder Besclireibung der ôsterreicli. Insekten t. l-lll. Liiiz, 18 5-1825. — Stursi. Deutschland s Fauna, in Abhildungen nach der Nalur mit Besclueibungen, .5" partie. Die Inseklen, fasc. 1-16 avec 319 pi. colorié, s. Nuremberg, 18l>5-18i5. — Du mcme. AnopkUiahnus, lilindlaafkafcr, neue Gatlung ans der Familie der Caraben, avec 1 pi. Nurcjnberg, 1844. — \0Er. Catalogue raisonné du genre des Insectes qu'on appelle Coléoptères, t. I-II. La Haye, 1800. — Sciid.viiERR. Synonymia buectorum. '. l-lll, avic pi. color., 18116-1817. — Du .mé.me. Gênera et species Curculionidum, t. I-VHl. Paris, I853-1M45. — Gyllexhall. Insecta suecica, t. 1-IV, Scara, 1808-1828. — .MiuER. Mctn. sur le grand Hudrophile, avec 1 pi. In Ann. du Muséum d'histoire naturelle, ^viv'is, 1809. — Tauscheb. Enumerat'io atque descriptio Insect iru7n ex fumilia Cantharidiarum quce in liussia observavit, avec 2 pi. .Moscou, 1811. — Dufour ;L.). Mémoire anatomique sur le Brachinus displosor, 1811. — Du wèjie. Recherches annlomiques sur les Carabiques, 182J-1826. — Du mèmk. Grand nombre de descriptions de Ci)léoptèr".s et de travaux anatonvques, in Annales de la Société eut nnologique de France, etc. — Du même, Noticesur les déuastiilions de la larve du Cokupis barbara; Description des niftam irp/ioses du Stenocorus inquisdor, d'une OEdemera, du Triplax nigripennis ; Nouvelles, observations sur la situati'Ui des stigmates thoracujues dans les larves des Buprestides ; Mélanges entomologiques, etc. \n Ann. Soc. Ent. Fr., 1838-1851 et Annales des sciences nalurcl/cs, zoologie. - BiLLCKiiG. Monographia Mglabridum, ave.; 7 pi. color. Stockholm, 1815-1818. — Geumar. Magasin der Entomolog'te, t. 1-lV. Halle, ISfi-lSU. — Du même avec .\huens. Fauna Inscctorum Europœ, 21 fasc. Halle, 1801. — Du même. Reise nach Dalmatien, avec pi. coloriées. Altenhouig, 1817. — Dv même, Coleojd. spec. novœ. Halle, 1824. — Du jièjie. Beilrdge zur
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Voy. aussi la bibliographie du texte A. L. et L. F.
COLEL'S. Voy. Patchouly.
COLHtiJtS (Les) ou Acolhcas, ou Tolhuaques. Anciennes populntious du Mexique {voij. Mexique). D.
COLIBRIS. C'est le nom des oiseaux-mouches qui ont le bec arqué ; on les partage ainsi que les oiseaux-mouches proprement dits, dont le bec est droit, en plusieurs genres distincts {voy. Oiseaux-Mouches). P. Gerv.
COMGAT. Nom donné à une grande liane des îles Philippines, dont les fruits ont la grosseur d'un œui' de pigeon et renlerment dans un noyau une amande comestible, d'une saveur agréable de châtaigne.
Mérat et De Lens. Dictionn. de mat. méd., II, 303. Pl.
COLIMAÇON. Voy. Limaçon.
COLI1M (Sébastien), était natif de Fontenay-le-Comte, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département de la Vendée, et vivait au milieu du seizième siècle. Outre plusieurs traductions françaises qu'il a laissées, celle des maladies pestilentielles dcRliazés (Poitiers, 1558, in-8"), celle du Traité delà goutte d'Alexandre de Tralles (Poitiers, 1556, in-8"), celle, enfin, du Traité de la peste du même auteur (Poitiers, 1556, in-8»), Jacques Contant, le déclare auteur d'un livre fort curieux lancé contre les apothicaires, et qui porte ce titre :
déclaration des abuz et tromperies que font les apoiicaires, fort utile et nécessaire à ung chacun studieux et curieux de sa santé, composé par maistre LissetBertfmcio, Tours, 1553, in-8".
Jacques Contant ne voit dans ces noms, Lisset Benancio, que la décomposition anao^rammalique de Sébastien Colin. Baillet, dans sa Liste des auteurs déguisés, attribue, au contraire, cet ouvrage à un Antoine Belise, dont il suppose l'existence par suite d'un mauvais anagramme. Enlin, d'autres bibliophiles, Ghalmel, entre autres, dans son Histoire de Touraine (t. IV, p. 298), est convaincu que la Déclaration des abuz est de Thibault Lespleigney, apothicaire à Touis, bien connu par ses ouvrages satyriques tournés en vers.
Quoi qu'il en soit, le livre signé Lisset Benancio, a eu un énorme succès. Réimprimé en 1557 (Lyon, 8»), traduit en latin (Francof., 1667, 8»), il donna naissance à une réponse, signée d'un Pierre Brailler, mais qui est réellement de
Pierre Palissy :
Déclaration des abus et ignorance des médecins, œuvre très-utile et profitable à un chacun studieux et curieux de sa santé. Composé par Pierre Brailler, marchand apotiquaire à Lyon, pour responce contre Lisset Benaiicio {[^' janvier 1557). Lyon (S. D.), 8». A- ^
COLIQUE. D'après son étymologie, le terme de colique, traduction française du mot grec x.w>t^à,' (qui appartient à l'intestin y.colov), devrait se rapporter i une affection dont la douleur formerait l'élément principal, et dont le siège résiderait dans la partie moyenne du gros intestin, celle qui porte le nom de colon. Telle était l'acception à laquelle s'arrêtaient les anciens palhologistes, CuUen
766 uuLiutb.
en particulier, qui décrivait, sous le nom de coliques, des douleurs ti'ès-vives, s'iriadiaut autour de l'ombilic et caractérisées par une sensation de tortillement.
Néanmoins, la difficulté de préciser le siège anatomique réel d'une douleur, perçue dans la région abdominale si abondamment pourvue d'organes divers, laissa peu à peu désigner sous le terme de coliques, des affections douloureuses aiguës causées par un état morbide des différentes parties de l'intestin, puis de leurs annexes, du péritoine, et, enfin même, des autres organes contenus dans la cavité abdominale. En raison de leur siège présumé, les coliques reçurent les qnaiitications de coliques stomacales, duodénales , cœcales, rectales suivant qu'elles semblaient partir de l'estomac, du duodénum, du caecum ou du rectum; de nos jours encore, on emploie communément les termes de coliques hépatiques, néphréliques, utérines ou hydériques, vésicules pour désigner l'ensemble des phénomènes douloureux dont le point d'origine et la cause initiale siègent dans le ioie ou ses annexes, le rein, l'utérus et la vessie, et cela vraisemblublemcnl parce que la douleur se propage dans toute la région abdominale.
D'autres fois, la colique reçoit sa qualification de son origine présumée, et l'on rencontre les termes Ae coliques venteuses ou flatulentes lorsque la cause semble due au développement exagéré et à la rétention des gaz dans l'ititestin, l'estomac ou la cavité du péritoine ; celui de coliques stercorales désignant les do\i!eurs qu'entraîne la rétention des matières fécales dans le colon descendant ; celui de coliques hémorrhoïdales dues soit à la présence de varices hémorrhoidales du rectum, ou plus souvent à la suspension du flux hémorrhoïdal ; elles se rapprochent dans ce cas des coliques metastatiqnes, attribuées à une congestion de l'intestin survenant à la suite de la suppression d'un état morbide auquel l'organisme est habitué, comme une transpiration locale abondante, une éruption cutanée avec ou sans sécrétion, ou bien encore l'écoulement cataménial; elle se rapproche alors de l'une des formes les plus communes de la colique, celle dite inflammatoire,. qui accompagne les congestions, les irritations, les inflammations de la muqueuse de l'intestin. Telles sont également les coliques dites goutteuses, constituant l'une des formes de la métastase goutteuse, les coliques rhumatismales qui reviennent à la suite d'une inq)ression de froid et peuvent se confondre en beaucoup de points avec les coliques métastatiques. La colique vermineuse est, conmie son nom l'indique, déterminée par la présence des vers intestinaux, la colique nerveuse se dit des affections douloureuses de la région abdominale dont on ne sait exactement déterminer le sié^e anatomique et la colique par vices organiques, des phénomènes douloureu\ qu'entraîne une altération patliologi(jue grave en un point de l'intestin. Certains phénomènes concomitants et caractéristiques des coliques servent également à les désigner ; la colique sèche est en effet remarqu;ible par l'absence d'excrétions alvines, la colique bilieuse par l'hypersécrétion de la bile, do;.it la présence en excès dans l'intestin irrite la muqueuse en éveillant à la fois la douleur et la contraction spasmodique ; la colique de miserere, l'un des termes employés pour désigner la colique saturnine, est ainsi désignée en raison des douleurs elfrayantes, de l'état d'horrible angoisse qu'elle iulHge au malade ; la colique hématurique précède et accompagne l'expulsion d'mines sanguinolentes et quelquefois sanglantes.
Le siège géographique d'affections caractérisées par de vives douleurs intestinales a fait adopter l'emploi des ternies de colique des pays chauds, coliques du Poitou, de Normandie, du Devonshire, de Madrid, des Indes, de Surinam, dos
Antilles ; la profession des individus qui la contractent le plus souvent a permis de décrire les coliques des peintres, des fondeurs de cuivre, des boidangers, etc. Enfin, dans une dernière catégorie, se lappoitant plus ou moins à celles qui précèdent, on peut ranger les coliques de plomb ou saturnines, de cuivre, de zinc, mercurielles, que l'on observe chez les individus qui, par suite de leur profession ou de toute autre circonstance, ont été soumis à une intoxication lente et progressive par l'un de ces produits métalliques {voy. Cuivre, Mep.cuke, Plomb, Zinc).
Cette nomenclature des différentes acceptions du mot coliques, des idées qu'elle éveille et auxquelles elle se lie est encore loin d'être complète; il serait trèsdifficile, en tous cas de peu d'importance, de rechercher tous les qualiticatils que les pathologistes et les praticiens des différentes époques ont pu lui ajouler ; de ce qui précède, néanmoins, l'on peut acquérir la conviction que ce mot de colique qui, de prime abord se présente à l'esprit comme déterminant un fait commun, précis, connu de tous, est comme tant d'autres de notre vieille nosologie, infiniment Irop vague et si peu caractérisé, qu'il est à peu près impossible d'en donner, actuellement, une définition satisfaisante. 11 semble même ressortir des faits cidessus énoncés que les termes de colique et de coliques ne sont point synonymes ; colique, au singulier, semble se rapporter au phénomène douleur, commun à beaucoup d'états morbides ayant leur siège dans la région abdominale; colùiues au pluriel, s'entendrait plutôt de maladies déterminées, à cause et à évolution spéciales.
Quoi qu'il en soit, le terme de colique s'impose et ne saurait être remplacé car il est d'un us<ige trop répandu; mais le palhologiste moderne doit en écarter toute idée d'entité morbide et le considérer uniquement comme un symptôme, comme un élément commun à des lésions anutomiques et fonctionnelles souvent très-différentes les unes des autres. Dans ces conditions on peut dire que le ternie de colique doit s'appliquer : à une douleur d'intensité variable, ayant son siège dans un point quelconque de la région abdominale, caractérisée par une tendance manifeste à l'exacerbation, sans causes appréciables de cette dernière modification, à l'irradiation souvent très-loin de son point d'origine, quelquefois à une mobilité telle que ce point d'origine devient insaisissable, la douleur affec, tant tantôt la forme lancinante, contractive, expulsive, déchirante.
Comme toutes les définitions trop longues, cette dernière est certainement peu satisfaisante, mais elle semble d'accord avec l'itlée que l'on se fait généralement du mot colique, et il serait peut-être diflicile d'arriver à un plus grand degré de précision. Du reste, il importe peu au patliologiste de s'enserrer dans une définition mathématique d'un élément morbitlc aussi vague; avant tout il faut s'entendre, sans exiger de la nosologie pins qu'elle ne peut donner.
Au point de vue clinique, le patliologiste doit envisager le symptôme colique pour en déduire les conclusions suivantes :
1» (Juelles sont les formes, la nature, le siège de la douleur qu'il constate;
2° A quelle lésion organique doit-elle être attribuée ;
o"^ Quelles en sont les causes physiologiques ;
4" Quels sont les moyens thérapeutiques qui la peuvent diminuer ou faire disparaître.
\° Quebpies cliniciens ont paru vouloir confondre le pliénomèue colique avec celui de douleur abdominale, et n'en faire qu'une forme de cette dernière ; celte
manièi-e de voir est certainement trop générale, et nous verrons bientôt que si la douleur est un symptôme propre à la plupart des altérations organiques de l'un des viscères abdominaux ou des parois de cette vaste région, la colique s'en différencie ricliement; que les deux plicnomènes peuvent exister simultanément ou préexister l'un à l'autre, sans se confondre ; le patient, meilleur juge en pareille matière que le clinicien, en accuse vivement le contraste, et quelque vive que soit la douleur, il saura bien déterminer à quel moment commence ou finit lu colique proprement dite.
La sensation de colique peut survenir spontanément et , dans ce cas, le malade éprouve en un point de la région abdominale une douleur d'abord modérée, puis de plus en plus vive, s'uccompagnant du sentiment de brûlure, de torsion, de pincement; il lui semble que quelque tissu vient de se rompre, que qucl(}ue chose d'insolite va se passer dans le point sensible, qu'un corps étranger se déplace ; parfois la sensation est celle que donnerait un animal, cherchant à mordre ou à déchirer l'intestin avec ses griffes, de là la croyance populaire qui i-apportait certaines coIi(iues à des animaux, spontanément développés dans les organes, nu y ayant pénétré par les voies digestives. Un malade atteint de colique sèche nous décrivait ses douleui's, en disant qu'on lui déchirait les entrailles avec du verre pilé. Autant d'individualités et autant de coliques, autant aussi de modes particuliers de la douleur, qu'il est, on le conçoit, fort difficile de décrire d'une façon générale.
L'individu saisi par la colique, surtout lorsque le début est brusque, s'arrête comme frappé par quelque chose d'étrange; son premier mouvement est de porter les mains à la région abdominale, essayant, par une compression énergique, et réussissant parfois à diminuer la sensation douloureuse. Bientôt toute progression devient impossible, le patient se couche, cherchant une position qui lui procure quelque calme, la trouvant tantôt dans le décubitus abdominal, tantôt en se pelotonnant vers lui-même, en fléchissant énergiquement les cuisses sur le bassin ; cette flexion est du reste le plus souvent involontaire, elle peut difficilement cire vaincue, il y faut donc voir un phénomène d'excitation transmise par les nerfs moteurs aux fléchisseurs du membre pelvien, plus qu'un acte conscient de l'individu.
La doulein' extrême du malade s'exprime par des soupirs, des cris étouffés, des gémissements, souvent des explosions bruyantes de cris qui traduisent fidèlement ce va et vient de la sensation, cette exacerbation et ces périodes de rémitlence qui sont caractéristiques de la colique. Les téguments eux-mêmes participent à ces troubles de l'innervation sensitive; parfois il existe une hyperosthésie de la surface cutanée, surtout à l'abdomen; parfois, au contraire l'analgésie est presque complète; en cherchant à conqjriuier le point douloureux on peut pincer ou contusionner la paroi de l'abdomen sans y faire naître de phénomènes douloureux.
De pareils troubles auxquels, bien évidemment, le système nerveux sensitif des organes abdominaux a une part essentielle, ne sauraient exister sans que les grandes fonctions de l'organisme n'en subissent le retentissement. D'ordinaire l'excitation transmise aux vaso-moteurs se traduit par une vive pâleur de la face et des téguments, un état d'anxiété précordiale, ainsi que par un abaissement de la température aux extrémités. Dans les cas très-graves, la circulation centrale semble diminuer, le pouls est petit, irrégulier, mais le plus souvent le cœur demeure étranger à la scène qui se déroule, le pouls est calme, si même les
COLCHIQUE D'AUTOMNE (action tiiérvpeutique). 757
de lavement. Il continue ainsi jusqu'au résultat attendu de la double médication, augmentant chaque fois d'un quart la dose de teinture de colchique, n'ayant jamais dépassé la dose de 6 grammes en vingt-quatre heures, et laissant au chiffre de 1 gramme celle du sulfate de quinine dans les jours intercalaires. Il s'arrête dès qu'il a obtenu l'apaisement des douleurs, le plus souvent confirmé par une diaphorèse et une diurèse abondantes ; dès lors aussi il s'empresse de recommander à ses malades la marche et tous les exercices musculaires, gradues et variés, qui, selon lui, constituent les meilleurs moyens curatifs et préservatifs des manifestations de la goutte. En somme, Galtier-Boissière n'accorde au colchique d'action effective que sur l'élément douleur de cette diathèse, dont il ne serait ainsi qu'un palliatiL A ce titre, il lui concède encore quelque utilité dans la goutte chronique, articulaire ou viscérale, mais sous la condition d'en user avec une prudence bien plus grande que dans l'état aigu. Il n'admet pas son influence prophylactique, et croit même que son emploi continué finit par être nuisible, soit en rendant les attaques plus fréquentes et plus fortes, soit en produisant un véritable empoisonnement.
Garrod attribue également au colchique une grande puissance sur les plus vives douleurs de la goutte ; mais il ne limite pas à ses effets sédatifs son efficacité ; il lui reconnaît une action non moins favorable sur l'inflammation goutteuse, qu'il amènerait à une prompte l'ésolution. Modificateur rapide de l'état aigu, le colchique agit encore sur l'état chronique, et se montrerait même utile dans les formes larvées et irrcgulières de la goutte. En un mot, pour Garrod le colchique est le spécifique de la goutte comme le quinquina est celui de la fièvre intermittente ; il n'agit pas comme agent perturbateur, comme drastique, car son action curative s'obtient sans évacuations intestinales ; cette action ne s'expliquerait pas non plus par des éliminations rénales, puisque Garrod les a contestées. Ce seraient donc, à ce compte, les propriétés sédatives et résolutives du colchique qui interviendraient particulièrement. — Mais on sent bien que ces propriétés ne suffisent pas pour justifier toute l'efficacité de cet antigoutteux par excellence ; aussi Garrod avoue-t-il franchement que la plupart des questions relatives, soit aux effets apparents, soit à l'action cachée du colchique, sont encore enveloppées d'obscurité.
Voici maintenant comment il règle l'administration de ce médicament dans la goutte.
Dans la goutte aiguë, il commence par donner une dose assez forte, en une seule fois, de vin de colchique, soit 2 à 4 grammes ; puis il continue par des doses plus faibles, 50 à GO centigrammes, deux ou trois fois dans les vingtquatre heures ; il étend ce vin dans une potion. Il emploie aussi l'extrait acétique du bulbe. Ce sont les deux préparations qu'il préfère. Dans la goutte chronique, il ne prescrit le colchique que lors des exacerbations. Il pense enfin que donné dans l'intervalle des accès de goutte, il peut en empêcher la reproduction.
Watson croit également que l'administration judicieuse du colchique dans lintervalle des accès de goutte, peut être suivie des meilleurs résultats. II pense même que donné dès la première ipparition des symptômes prémonitoires, il préviendrait souvent le dévelo])pement des accès.
L'emploi du colchique comme antigoutteux préventif a trouvé parmi les médecins beaucoup d'opposants. En revanche, il est plus en faveur près des gens du grand monde, séduits par l'attrait d'un moyen d'écarter l'ennemi sans
DICT. ENC. XVIII. 47
7Ô8 COLCHIQUE D'AUTOMNE (action thérapeutique).
changer les mauvaises habitudes. Mais ce moyeu n'est rien moins qu'un poison; or si l'on peut, dans ht lutte contre la douleur, en faire momenlanéinent une arme, dont il faut même alors savoir limiter la portée, il est parfaitement irrationnel de chercher à le faire prévaloir sur le régime et sur tous les autres modificateurs hygiéniques, seuls capables de réformer les constitutions goutteuses, d'éloigner, d'atténuer les nouvelles attaques, d'en neutraliser à la rigueur les causes. En viciant au contraire la nutrition par l'usage abusif et continu d'une substance toxique, on s'expose à créer une véritable cachexie, qui d'abord a, par elle-même, sa gravité, et qui rend ensuite les sujets moins aptes à résister aux sévices de la diathèse antérieure. De quelque manière que l'on explique les effets nuisibles du colchique, ils sont incontestables dans l'abus qui est fait de ce médicament, plus encore comme prophylactique que comme curatir, et surtout en deliors de toute direction médicale. C'est dans ces conditions qu'il mérite le plus les reproches qui lui ont été adressés; et si parmi les accidents funestes, imputables à son usage excessif et inconsidéré, il en est que l'on a regardés connue des cas de goutte aggravée ou déplacée, il en est aussi sans nul doute qui n'ont pas été autres que des faits d'intoxication.
Il ne faut donc pas s'étonner de l'affirmation de Copland, conforme à l'avis de beaucoup de médecins, que le colchique, déjà dangereux par ailleurs, au lieu d'éloigner les accès de goutte, les rend plus fréquents et plus graves. Galticr- Boissière professe à peu près la même opinion. D'autres critiques conviennent qu'il rend d'abord les accès plus rares, mais lui reprochent d'en augmenter ultérieurement la fréquence. La vératrine, avec autant d'avantages comme moyen de guérison, n'aurait pas, suivant Turnbull, les mêmes inconvénients. Mais Garrod est d'un avis tout différent; après avoir expéiimenté la vératiine et l'ellébore blanc où préexiste cet alcaloïde, il les déconseille dans le traitement de la goutte, leur ayant trouvé une activité physiologique plus dangereuse et beaucoup moins d'efficacité thérapeutique qu'à la colchicine et au colchique.
Au milieu des divergences d'opinions sur les avantages et les inconvénients du colchique, on a vu que les auteurs les plus accrédités conseillent d'éviter autant que possible son action drastique. On doit d'autant jilus se mettre en garde sur ce point, que paifois après une tolérance apparente plus ou moins longue, surviennent inopinément des superpui-gations accompagnées d'autres symptômes toxiques. On a dit que dans ces cas il y avait eu accumulation du médicament, ce qui n'est guère supposable lorsqu'on a fait usage de préparations solubles. Les faits de ce genre, qui prouvent une fois de plus combien les préparations de colchique sont délicates à manier, s'expliqueraient mieux par cette lenteur d'action constatée par Albers, de Bonn, dans ses expériences sur la colchicine, et remarquée également, tant par des toxicologistes (|iie par des cliniciens, à la suite de l'administration du colchique. En outre, ces faits justifient le conseil donné par Galtier-Boissière, de mettre un certain intervalle entre la reprise des préparations de colchique, surtout lorsqu'elles sont prescrites à fortes doses.
Contrairement à la majorité des praticiens qui ne sollicitent plus guère, dans les affections arthritiques, les propiiétés purgatives de ce médirjimeni, Wafson administre le vin de colchique à la dose de 40 à 60 gouttes dans une potion saline, le soir, et à la dose de 2 grammes le lendemain matin dans une potion noire (purgative). Bouchardal, en citant cette méthode, trouve l'association de fortes doses de coichiquc avec des purgatifs très-recommandable ; elle ferait
COLGUIQUE D'AUTOMNE (action thérapeutique). 739
«viter les dangers et assurerait l'efficacité du remède {Annuaire de thérapeutique de Bouchardat, 1853). Le premier avantage serait-il dû à l'élimination activée des principes toxiques, et le second à une révulsion plus puissante qne tout autre mode d'action du colcl)ique? Nous doutons sur les deux points, et «onséquemment nous ne croyons pas que la méthode de Watson puisse prévaloir sur celles qui ont en leur faveur de meilleurs arguments et des succès plus avérés. .\ous reviendrons plus loin sur ce sujet.
Le colchique a été vanté contre le rlmmatisme par Williams et lladen, H. Bart, Kricliow, Ghelius, Wigan, Wedie, Leach, Busiiell, ('Jiailly, Godard, Maclagan. Cependant son inlluence curative y a généralement paru moins manifeste que dans la goutte, et pour l'obtenir plusieurs de ses partisans ont cru nécessaire de dtierminer une action très-marquée snr les organes digestifs. Ainsi, Wigan, qui semble être allé le plus loin dans cette voie, administre d'heure en heure 40 centigrammes de poudre de colchique, jusqu'à production de vomissement, de purg.ition copieuse, de transpiration abondante, ou jusqu'à ce que l'estomac ne puisse plus supporter le médicament (Cazin, op. cit.) Nous désapprouvons complètement cette pratique violente. D après Watson, l'amélioration dans le rhumatisme marche d'ordinaire parallèlement avec une action prononcée «ur Je tube digestif : nausées, vomissements, coliques, diarrhée (Mouchardât, Annuaire de thérapeutique, 1855). xMaclagan reconnaît que cette action physiologique concorde avec l'action thérapeutique du colchique, dont il admet en outre l'influence sédative; il attribue aussi une certaine impoitanceà son action ■diaphorélique. Monneiet a traité une vingtaine de rhumatisants par la teinture de bulbe de colchique à hautes doses, depuis 4 jusqu'à 16 grammes en vingtquatre heures. Chez tous les sujets, les effets favorables ont coïncidé avec les effets physiologiques du côté du tube digestif, surtout avec une diarrhée plus ou moins abondante; chez quelques-uns, où l'action du colchique a été salutaire et rapide, il a agi comme un véritable drastique ; mais chez aucun son emploi n'a été suivi de guérison évidente et durable. Dans aucun cas, a dit Monneret, je n'ai vu la teinture de colchique amender ou guérir le rhumatisme par quelqu'une de ces propriétés spécifiques et cachées cjue certains auteurs se sont plu à lui reconnaître. Les résultats des expériences cliniques de cet observateur sévère ont porté un rude coup à la réputation antirhumatismale du colchique d'automne.
Il ne faudrait pas cependant le déprécier ontie mesure; il est certainement encore moins le spécifique du rhumatisme que celui de la goutte, mais il peut cependant ètie utile dans l'un comme dans l'autre. Smith l'a assez bien jugé en concluant que son efficacité, soit dans les hydropisies, soit dans les affections goutteuses et rhumatismales de nature phlogistique, tient à sa double propriété purgative et diurétique, mais purgative surtout, et à son action déprimante suif la circulation. Trois ordi'es d'effets principaux peuvent donc concourir à son efficacité; toutefois l'action purgative n'est pas absolument nécessaire, comme Watson lui-même l'a reconnu ; elle devrait être sollicitée particulièrement, toujours avec prudence, en cas d'imminence d'envahissement des organes intérieurs, de rétrocessions ou de métastases; l'action sédative cardio-vasculaire est la plus influente, et c'est ce qui indique spécialement le colchique dans la forme articulaire, aiguë et fébrile, du rhumatisme. Monneret a trouvé que les complications existantes du côté du cœur n'avaient été nullement modifiées par la teinture de colchique. C'est possible, mais ce n'est pas une raison pour que ce médicament ne contribue pas à les prévenir; et mieux fondée nous paraît être
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l'opinion de Madugau, conforme à celle que nous émettions plus haut, à savoir que le colchique est un agent piccieux dans ces rhumatismes articulaires à forme erratique, au cours desquels les viscères internes peuvent être affectés {loc. cit.).
Forget a expérimenté la teinture hannemanienne de Heurs de colchique préconisée par Debout, et l'a trouvée analogue dans ses effets à la teinture de semences, peut-être un peu supérieure dans le traitement du rhumatisme articulaire aigu. L'alcoolature de fleurs, à des doses de 10 à 20 gouttes trois fois par jour, enleva rapidement trois cas de cette maladie ; elle fut impuissante dans un quatrième, et elle échoua complètement dans deux cas de rhumatisme articulaire chronique, quoique la dose du médicament fût portée à 4 grammes et élevée jusqu'à 9 et 10. Ce n'est qu'à la dose de 7 grammes que deux ou trois selles molles, non diarrhéiques, furent produites ; à 9 grammes, les selles devinrent fréquentes et liquides, accompagnées de dégoût et de nausées. On pourrait inférer de ceci que les préparations de fleurs auraient, avec autant d'efficacité, moins d'activité physiologique que les préparations de semences ou de bulbes ; il ne faudrait pas trop s'y fier cependant ; Garidcl rapporte qu'une demoiselle succomba après avoir mangé trois ou quatre fleurs de colchique dans l'espoir de se débarrasser d'une lièvre intermittente.
Forget n'a obtenu du remède en question aucun succès dans deux cas de névralgies, l'une du plexus brachial, l'autre du nerf sciatique. 11 conclut donc de ses expériences que la teinture alcoolique de fleurs de colchique est un bon remède contre le rhumatisme articulaire aigu, mais qu'elle est sans action sensiblement favorable contre le rhumatisme articulaire chronique et contre les névralgies aiguës. Aran, plus heureux, a réussi avec cette teinture contre un rhumatisme chronique avec fièvre et endopéricardite, dans lequel la teinture de semences avait antérieurement échoué.
Debout dit avoir essayé la teinture hannemanienne avec succès dans plusieurs cas de névralgies rhumatismales rebelles et d'accès de goutte. Il rappelle les succès encore plus nombreux remportés en pareils cas par Coindet, et dit que ce thérapeutiste distingué associait avec grand profit, dans les névralgies de nature rhumatismale, les extraits de belladone ou de jusquiame à la teinture hannemanienne. Debout rapporte aussi que Percy, deLauzanne, employait le colchique principolement dans les cas de rhumatisme localisés dans la tète; que Recordon, chirurgien de l'hôpital opiithalmique de l'asile des aveugles de la même ville, avait recours, à l'exemple des ophthalmologistes allemands, au colchique, avec beaucoup de succès, dans les inflammations oculaires, la sclérotite en particulier {Bulletin yénéral de thérapeutique, t. XLV).
Forget est d'avis que , sans chercher positivement des effets purgatifs, on favorise l'action du colchique en lui laissant procurer une certaine laxité du ventre.
Cette question tant débattue de la convenance à provoquer ou non, par l'emploi de ce médicament, la pui'gation dans les affections artlnitii|ues, réclame ici im dernier examen. Parmi les médecins qui poursuivent ce but, les uns prétendent qu'on l'atteindrait également avec différents drastiques ; les autres, soit pour assurer l'action purgative, soit pour la modifier en un sens favorabK , joignent au colchique de nouveaux évacuants. Nous passons la parole à l'un des observateurs qui ont le mieux étudié le colchique et apprécié ses effets, et l'on va voir comment il répond à ceux qui ne veulent l'aire du colchique qu'un agent de purgation ou même le remplacer par d autres purgatifs.
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Selon Goupil, de tiennes, un purgatif quelconque, administré dans le cours des alï'ections rhumatico-goutteuses, ne diminue pas les douleurs, et s'il soulage en combaltaut la constipation, souvent les mouvements qu'il nécessite irritent les parties atteintes. Le colchique a une manière d'agir toute différente ; les évacuations qu'il détermine sont d'une nature spéciale et n'offrent aucune ressemblance avec celles d'un purgatif ordinaire ; il arrive quelquefois que les douleurs cessent sans qu'il y ait d'évacuations, lorsque le colchique est pris à doses trèsfractionnées. Les purgatifs ajoutés au colchique agissent à leur manière; mais loin d'augmenter l'action de ce médicament ils contribuent au contraire à la diminuer. Aussi Goupil est-il d'avis qu'il faut rejeter toutes les formules prétendues secrètes, pour s'en tenir au colchique pur. Voici quel est, suivant lui, le mode d'action de ce médicament. Il irrite d'abord médiocrement les voies digestives ; il détermine ensuite des symptômes généraux, principalement du côté du système nerveux ; il est donc absorbé, circule avec le sang dans toutes les parties du corps, et c'est à son retour ou secondairement qu'il augmente la sécrétion intestinale, urinaire et même cutanée. C'est ce qui explique le retard des selles, et surtout pourquoi elles sont irritantes, même lorsqu'elles n'ont lieu que quarante-huit heures après l'ingestion du remède. Ewerard Home a également conclu de ses expériences, que le colchique n'agit sur l'estomac et sur les intestins qu'après avoir été absorbé et porté dans le tori-ent de la circulation. Si le médicament a été pris à petites doses réitérées, il peut se faire que la goutte cesse sans évacuations intestinales, mais bien après une évacuation plus ou moins abondante par les urines et par les sueurs ; l'accès disparaît alors un peu plus lentement. Les mauvais effets attribués au colchique sont : 1" le déplacement de la goutte ; 2° les ulcérations intestinales ; 3" la mort. Goupil a cru remarquer que les applications de sangsues donnaient le plus ordinairement lieu à de funestes accidents de déplacement de la goutte. Il n'a rien observé de semblable après l'administration des préparations de colchique, probablement, dit-il, parce qu'elles diminuent le principe étranger qui vicie la masse du sang. Il n'en est pas de même, suivant lui, lorsqu'on n'a recours qu'à un purgatif; car on établit de la sorte un point de fluxion sur 'e canal intestinal, sans avoir préalablement mis la matière épanchée dans des conditions propres à lui permettre d'être éliminée. Aussi en résulte-t-il souvent des métastases, et il est probable que le plus grand nombre des accidents attribués au col- ■chique est plutôt dû aux substances qui lui sont imprudemment assoeées {Ai'ck . gén. de Méd. , juillet 1861).
La question nous semble épuisée, et de l'examen des opinions les mieux fondées nous croyons pouvoir conclure que, dans les maladies arthritiques : l"lt colchique n'agit pas uniquement et nécessairement commepurgatif ; 2"il nepeut pas être remplacé avec un avantage égal par d'autres purgatifs ; 5" il est inutile, sinon nuisible, de le combiner avec eux.
iMaisdansle rhumatisme, plusencoreque dans la goutte, puisque son efficacité y est plus variable et plus contestée, nous croyons qu'il est souvent utile de l'associera ces agents dont nous avons déjà parlé, qui, commesédatifs, agissent dansle même sens que lui ou favorisent sa tolérance. Nul ne fait mieux atteindre ce dernier but que l'opium, lequel sert au colchique de correctif et d'adjuvant, d'une part, en enrayant son action éméto-cathartique et dépressive, et de l'autre, en doublant sa force contre l'élément douleur.
Eisenmann. de Wurtzbourg, se loue beaucoup, dans les rhumatismes aigus et
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récents, d'un mélange de \ 2 grammes de vin et mieux de teinture de semences de colchique et 2 grammes de teinture d'opium ; dose moyenne 20 goulles trois fois par jour. On porte jusqu'à 3 grammes la teinture d'opium poui' les personnes trop sensibles à l'action du colchique. Eisenmann déclare que 1 opium associé au colchique augmente sa vertu curative et neutralise ses efi'ets toxiques. 11 avoue avoir eu moins de succès dans les rhumatismes anciens et chroniques; pour les cas de cette espèce, il ajoute au mélange précité 6 centigrammes de bichlorure de mercure : mais des essais trop peu nombreux ne lui permettent pas de garantir l'efficacité de cette seconde formule dans le rhumatisme chronique, taudis (ju'il affirme l'avoir vu réussir comme la première dans le rhumatisme aigu. L'autour étendant ensuite l'application de sou viu de colchique opiacé à toutes les maladies causées par un refroidissement, auxquelles il prête un caractère rhumatismal plus ou moins discutable, nous ne pouvons le suivre sur ce terrain.
Il y a un autre médicament qui est également appelé à combiner heureusement ses effets avec ceux du colchique : c'est le bromure de potassium. Guéneati de Mussy a fait remarquer les avantages de cette association, doutles résultats dilfèrent en plusieurs points de ceux obtenus par l'interveulion de l'opium. Ainsi, au lieu du sommeil agité provoqué par cette dernière substance, le bromure donne un sommeil calme ; il vient en outre renforcer l'action antipyrétique du colchicpie, de même que son action antalgique {Mém. de la Société de thérapeulifjve, 1809, t. Il, p. 11)9). Mais le premier, ayant quelque tendance luimême à délerminer la diarrhée, ne vaudrait pas l'opium si le second causait trop d'irritation intestinale ; en revanche, le bromure de potassium concourrait avec le colchique à la production d'unediurcsi^ qui, commeacteéliminatoirr, peut avoir aussi soiv influence favorable sur la maladie. J'ai souvent eu recours à l'emploi simultané de ces deux médicaments contre le rhumatisme articulaire aigu ; je donne dans la journée la teinture de semences de colchique et je réserve pour le soi'r et la nuit le bromure de potassium ; ce sel vient alors à point pour combattre la recrudescence vespérale des douleurs et l'insomnie nocturne si cfuelle chez les rhumatisants.
Le colchique, en considération de son influence sur le mouvement circulatoire, .1 été conseillé comme contro-stimulant dans les maladies inflammatoires les plus aiguës, par Williams et Hadeu, Hasting, Abcrcombie, Armstroug, Robert Lew/es; quelques-uns d'entre eux pensent qu'il peut remplacer la saignée, même dars la pneumonie et les phlegmasies cérébrales. Mais Garrod est plus près de la vérité clinique en disant que, en dehors de la goutte, l'influence du colchique sar le processus inflammatoire est peu prononcée.
Nous avons déjà mentionné son emploi dans les inflammations oculaires ; mais il n'y semble jamais mieux justifié que par des relations avec une diathèse goutteuse ou rhumatismale. Ainsi, par exemple, Caron du Villards (Guide jirati(jve pour l'élude et le trait, des mal. des yeux) a eu beaucoup à se louer de la teiuture de semences à haute dose dans l'inflammation de la sclérotique, de même que dans les affections de l'œil compliquées de i^humatisme et de goutte. Loiher-Balber {loc. cit.) a guéri deux ophthalmies par ce remède.
Cazin a employé plusieurs fois cette teinture, avec un avantage très-marqué, comme sédatif de la circulation dans l'hypertrophie du cœur, ainsi que dans les affections dyspnéiques ; elle produisait, comme la digitale, le ralentissement du pouls. II a quelquefois associé ces deux moyens pour activer laction diurétique,, surtout dans l'hydrothorax {op. cit.).
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On a aussi essayé le colcliique dans les affections nerveuses. Il a été conseillé contre les névralgies (Burdach, Goss de Dowlich, Debout, Sulvatoie de Reiizi, Roux de Biignolles) ; l'hystérie (Ravin); la cborée (Alderson et Bibliothèque médicale) ; le tétanos (Sniitli). Rousset de Vallière a rapporté un cas intéressant d'épilepsie, survenue chez un goutteux après la cessation des attaques de goutte, et persistante depuis dix ans, laquelle disparut complètement par un traitement uniquement basé sur l'emploi de la teinture de semences de colchique d'abord, et ensuite du vin d'Aiidui-an {Tribune médicale et Ann. méd. psyck., janvier 1871 ; ext. in Bull. gén. de tliérap., t. LXXX).
Ritlon dit s'être bien trouvé de la poudre de colchique dans la leucorrhée ; il commeuce par 1 5 centigrammes en pilules avec du savon et va justju'à 25, trois fois par jour; la cure s'opérerait en dix jours, rarement au bout de vingt ou trente (Ga^. Eclellica di Verona, 1835). Ce moyen a réussi à Cazin contre nne gonorrhée qui avait résisté à l'emploi du cubèbc etdu copahu. En général, dit cet auteur, le colchique agit eflicacement dans les affections chroniques des membranes muqueuses produisant une sécrétion abondante [op. cit.).
Eisenmanu atteste avoir obtenu les résultats les plus satisfaisants de l'application de son vin de colchique opiacé au traitement de la blennorihagie aiguë, qui guérirait ainsi au bout d'une semaine ; il a recoimu que l'eflicacité de ce remède diminue avec la durée de la maladie, qu'elle est moindre dans les écoulements chroniques, et nulle dans ce qu'on appelle la goutte militaire. Morpain ayant expérimenté celte médication, déclare n'avoir eu qu'à sen louer. Enlin llrodie a remarqué que, dans la chaudepisse cordée, le colchique fait tomber les symptômes douloureux mieux que l'opium, et qu'il a la propriété de calmer les érections.
11 y a certainement un bon souvenir à garder de ces observations favorables à l'action du colchique sur les écoulements nmco-purulents des organes génitourinaires. Mais puisque l'on arrive au même but par des moyens , sans aucun danger, nous réserverions celui-ci, comme la coloquinte et d'autres poisons, pour les cas exceptionnellement rebelles. Les agents toxiques ne doivent pas être vulgarisés dans le traitement de la blennorrhagie, d'autant plus qu'en pareil cas les sujets ne sont que trop disposés à user des remèdes hors de la surveillance du médecin. Le colchique n'est déjà que trop passible de reproches pour être journellement consommé dans les mêmes conditions par les goutteux, malades souvent indociles et volontaires, que l'on a vus plus d'une fois payer de leur existence ou tout au moins de l'aggravation de leur état, l'usage des spécifiques violents prôués par l'empirisme.
Le colchii|ue a été employé dans plusieurs maladies de la peau. BuUock dit avoir guéri cinq érysipèles en administrant la poudre {Journ. des conn. med. chir., 18"5). Ellioison a obtenu, en trois semaines, la guérison d'un prurigo invétéré chez un vieillard, en lui donnant 2 grammes de vin de colchique trois fois par jour {Arcli. gén. de méd., 1828, t. XYl). On a conseillé aussi le colchique contre l'uiticaire. Au lieu de supposer dans ces cas une révulsion sur les intestins, il paiait plus logique d'attribuer son utilité à l'action aneslliésique de lacolchicine sur la peau.
Dans d'autres cas, on a cru pouvoir fonder le succès de la médication sur l'éliminalion des composés uriques. Ainsi Bouchardat [Ann. de thérap. , 1 85ri) en a fait usage dans un cas d'urticaire, oii l'urine était très-pauvre en urée et en acide urique ; quinze jours après, l'urée avait plus que triplé de quantité, et l'acide
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iiriqiie avait décuplé, laiidis que les inalériaux solides avaient conservé leur proportion. Cet auteur pense que le colcliique serait utile dans toutes les circonslaiices où l'urée s'accumule dans le sang. Considérant, d'un autre côté, que cette augmentation s'eiTcctue parallèlement à la diminution de l'albumine, lorsque celle-ci est pathologiquement excrétée par les reins, il conseille le colchique contre la maladie de Briglit et contre l'iiydropisie consécutive à la scarlatine. Maclagau, dans les mêmes vues, l'a préconisé contre ces deux affections; il en a fait usage, sous forme d'extrait acétique, dans trois cas d'anasarque scarlatineuse, avec accidents comateux et suppression de l'urine, qui antérieurement avait été reconnue albumineuse et très-pauvre en produits uriques; l'urine reparut bientôt, abondante et a\ec sa composition normale ; en même temps le cerveau se dégagea (extrait du Mo?itli. Joiirn., in Btill. gén. de thérap., 1852, t. XLII). Bennett dit avoir employé le colcliique avec succès dans un cas de scarlatine avec délire et accidents urémiques. Prout l'a ref.ommandé contre la maladie de Bright, mais seulement dans le cas de diatbèse goutteuse préexistante. Enfin on a été jusqu'à croire que l'anurie autoriserait son intervention dans le choléra. Toutes ces applications, déduites d'abord de vues théoriques en désaccord avec les faits négatifs qui dépossèdent le colchique de la propriété d'éliminer les composés uriques, manquent par surcroît delà sanction d'expérimentations cliniques suffisantes. On ne sait donc pas positivement à quoi sert le colchique etsimème il peut servir dans les diverses circonstances où l'urémie et l'albuminurie se produisent.
Nous accorderons une simple mention à l'emploi qu'en ont fait Chisholm et Baumbach comme tœnifuge, liauhin comme antipédiculaire.
Nous n'insisterons pas non plus sur l'utilité qu'on lui aurait trouvée dans l'usage externe. Gunipert aftîi me que la teinture de semences a eu entre si s mains le plus grand succès eu frictions contre la goutte et le rhumatisme {Revue médicale, t. I). Layroch prétend que ce moyen réussit neuf fois sur dix [LondonMed. Gaz., 1832). Méiat Ta essayé sur lui-même et n'en a obtenu aucun résultat {Dict. de mat. med., t. Vil). Le vin de colchique a été appliqué avec succès, dit-on, sur l'hygroma. Cazin estime que la teinture peut, comme celle de scille, être employée en frictions dans l'hydropisie et l'albuminurie pour exciter l'action des reins.
La colchicine a été employée, à petites doses, soit comme purgatif drastique, soit comme sédatif, dans quelques affections nerveuses, rhumatismales et goutteuses, mais principalement dans les névroses des organes de la vision et de l'audition.
Garrod dit avoir souvent employé dans la goutte, avec des effets satisfaisants et constants, une variété amorphe de colchicine provenant d'Allemagne. Il l'administre à la dose de 2 à 4 milligrammes en dissolution dans l'eau ou dans tin véhicule aromatique.
On a aussi fait emploi du tannate de colchicine, avec succès, dit-on, contre la goutte (Réveil, Form. des médic. nouv., 2* édit., 1865).
La colchicine est une substance imparfaitement connue sous tous les rapports et qui ne devra être essayée en thérapeutique qu'avec la plus grande réserve.
En résumé, si l'on invoque le colchique comme purgatif, on ne lui trouve pas plus de vertus qu'aux autres drastiques ; et il a même plus d'inconvénients que certains d'entre eux, à cause de son action excessivement irritante sur la muqueuse digestive et de son action trop déprimante sur le système ner-
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veux. On esl donc forcé de ne faire valoir qu'avec modération ses propriétés purgatives, et conséquemment on est amené à n'en pas obtenir des effets suffisants, soit hydragogues, comme dans les hydropisies, soit dérivatifs, comme dans les fluxions goutteuses et rhumatismales. 11 faut donc moins demander au colchique des effets évacuants que des effets particuliers, lesquels ne seraient pas sans analogie avec ceux des remèdes altérants. Cullen avait déjà dit que le colchique peut guérir l'hydropisie par une action spéciale et sans produire des évacuations [Ohservaliones circamorbos aculos et chronicos). Nous ne savons jusqu'à quel point cette opinion est fondée ; mais si cette manière d'envisager l'action du colchique n'a point prévalu en ce qui concerne l'hydropisie, on tend de nos jours à interpréter de même rinterveution de ce médicament dans le traitement de la goutte et du rhumatisme.
En effet, on n'estime plus actuellement qu'il soit nécessaire de forcer, pour ainsi dire, la note purgative des préparations de colchique, afin de prévenir ou d'amender dans leur cours les explosions de ces deux diathèses. Sans doute une légère excitation des contractions intestinales ne nuit pas, et même un dévoiement modéré peut constituer une dérivation de bon aloi des fluxions articulaires, et surtout, lorsqu'elles coexistent, des fluxions viscérales. Mais là n'est pas l'unique secret des avantages de la médication ; et une action spéciale du colchique sur la fièvre générale et locale, sur la douleur, peut-être une action élective sur les articulations, priment des effets laxatifs qui d'ailleurs sont éventuels lorsqu'on atténue les doses pour les éviter. Il se comporte donc dans les cas en question à l'instar des agents altérants, sans évacuations obligatoires, n'exerçant ostensiblement qu'une double sédation sur les systèmes vasculaire sanguin et nerveux sensitif. Il est à remarquer aussi que son action sédative s'exerce particulièrement sur les douleurs articulaires, plus spécialement encore sur celles de la goutte, qu'elle est nulle ou fort contingente sur les douleurs inlerarticulaires. 11 faut lui reconnaître en outre un certain pouvoir sur la résolution des con- • gestions arthritiques. Mais ces bienfaits, tant dans le présent que dans le futur, ne s'obtiennent pas toujours. De même que l'impressionnabilité des sujets est très-variable sous l'action physiologique du colchique, son action thérapeutique ne profite pas également à tous ; et si cette dernière échoue sur les uns, il est loin d'être prouvé qu'elle préserve les autres des manifestations ultérieures de l'arlhrilis. Ce sont des désavantages que contesteraient en vain ses partisans.
Le colchique ne saurait donc être considéré comme le spécifique, curai if ou prophylactique, d'aucune des formes de l'arthritis ; il ne saurait être comparé sous ce rapport à la quinine ; il n'y a pas d'assimilation possible entre l'action de celle-ci sur le périodismeet l'action de celui-là sur la diatlièse goutteuse. Ce que l'on peut encore porter au passif du colchique, c'est que c'est un médicament qui a généralement besoin de soutien; d'ordinaire il agira bien moins seul que si on lui associe quelque agent synergique, tels que la digitale, l'aconit, la quinine, l'opium. Certes, dans ces mélanges il n'est pas toujours facile de distinguer l'influence qui prédomine : mais néanmoins il serait injuste de récuser celle du colchique. 11 est probable que l'isolement de ses véritables principes actifs fournirait des agents dont l'action, plus facile à apprécier, serait en même temps plus nette et plus certaine. Jusque-là nous sommes autorisé à maintenir toutes les réserves que nous avons faites, dans le cours de cet article, sur la valeur des préparations de colchique et sur l'extension de leur emploi.
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Toxicologie. Presque tous les empoisonnements dus aux préparations de colchique ont été causés par des méprises ou par des imprudences de malades qui en ont inconsidérémenf forcé les doses. Parmi les accidents survenus chez les goutteux en cours de médication, il en est que l'on aurait pu imputer à une action plus ou moins toxique de cette plante. Un seul cas d'empoisonnement criminel a été cité par Galtier.
La symptomatologie de cet empoisonnement est un mélange de celles des poisons, irritants, drastiques, hyposthénisanls et convulsivants; elle n'a donc rien de hien caractéristique. Ce qui la dislingue peut-être le mieux, c'est ce retard dont nous avons déjà parlé, dans l'apparition des phénomènes toxiques, que l'du peut remarquer, par exemple, dans les observations v et vi du Traité de Toxicologie d'Orfila (t. II, p. 471 et 472, 5*^ édit.), mais qui toulelbis ne s'observe pas constamment.
Ce qui frappe dans cet empoisonnement, surtout à son début, c'est la fréquence et l'abondance des vomissements et des évacuations alvines. Sous l'inlluence de cette spoliation excessive, conjointement à une dépression extrême du système nerveux, il ne tarde pas à survenir un état cholériforme, avec anxiété précordiale, oppression respiratoire, diminution ou même suppression de l'urine, petitesse et irrégularité du pouls, vertiges, prostration, coma. Les douleurs, qui ne sont pas constantes, traduisent plutôt l'irritalion des inte-tins que celle de l'estumac. Dans certains cas, au lieu d'être cholériforraes, les symptômes ressemblent à ceux de la dyseuterie : alors le ventre est très-douloui'eux, les évacuations sont sanguinolentes, avec épreintes et ténesme.
On a souvent remarqué un sentiment de constriction à la gorge, de ladysphagie,. une soif ardente, du ptyalisme. A. Ollivier et G. Bergeron, dans le relevé des observations d'empoisonnement par le colchique, n'ont trouvé que dans trois cas des accidents convulsifs, tremblements, crampes, secousses. Dans la dernière période, la faiblesse des sujets est considérable, mais il n'y est pas positivement question de paralysies. Dans un cas rapporté par Andréa, de Magdebourg, le sujet accusa surtout des douleurs vives le long du dos et aux talons, qui persistèrent jusqu'à la mort.
Les lésions anatomiques, analogues à celles des poisons irritants et drastiques, portent particulièrement sur le tube digestif, mais avec certaines variations. Ainsi, en général, ce sont les intestins qui sont le plus enllammés; on y a souvent constaté des ulcérations ; une abondante éruption psorenlérique a été observée par Guéneau de Mussy et Moutard-Martin, chez deux sujets morts à la. suite de diarrhée incoercible causée, en cours de rhumatisme, par de trop fortes doses de colchique {Méni. de la Soc. de thérap., t. H, p. 170). L'estomac participe plus ou moins, ou nullement, à l'inflammation. Dans un cas, exceptionnel sans doute, on ne découvrit aucune trace d'inflammation dans les intestins; l'estomac seul était rouge [Observ. ii, OrtiJa, op. cit.).
Faire vomir sans délai tant que l'on suppose l'existence de quelque parcelle de colchique dans l'estomac, est la première indication à remplir. Le tannin et l'iode offrent ici bien peu de chances de succès, d'autant plus que des alcaloïdes ne paraissent pas être les seuls principes vénéneux du colchique ; on peut les essayer néanmoins. Leroy des Barres a présenté une observation d'empoisonnement par 30 grammes de teinture de colchique, dans lequel l'administration de l'eau iodée paraît avoir concouru à la guérison [Académie de mcdecine, 1848, et Bull. gén. de thérap., t. XXXIV).
L'intoxication une fois déclarée, il n'y a plus guère à faire qu'une me'deciiie
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de symptômes comme celle du resle que l'on oppose aux poisons de ce genre ; c'est-à-dire : des émollients, des adoucissants, des calmants sous toutes les formes pour apaiser les irritations et la douleur; de l'opium surtout, à doses progressives, autant pour enrayer les phénomènes douloureux que pour refréner les évacuations intestinales, et comme antagoniste, éprouvé en tiiérapeutique, d'une bonne partie des fâcheux effets imput.bles au colchique; ensuiîe, dès que l'adynamie se prononce, des excitants et des cordiaux, tels que vin chaud, punch, teinture de cannelle, café, frictions stimulantes, moyens calorifiques ; plus tard, dans la convalescence, médication corroborante et tonique ; contre la diarrhée persistante, n'importe à quelle période, emploi des moyens les plus énergiques pour l'arrêter. ^
L'empoisonnement parle colchique est un de ceux dont, en médecine légale, il serait fort difficile de déceler la nature. Kn effet, il n'y a pas de réaction physiologiipie qui caractérise cetts substance ; la colchicine n'en a pas non plus qui soit assez nette pour que l'on puisse argumenter solidement d'après le peu qu'on en connaît. En expérimentant sur les animaux des matières suspectes, contenant l'une ou l'autre, on jie pourrait donc que soupçonner la présence d'un poison drastique non défini.
La recherche de la colchicine fournirait-elle de meilleurs résultats? Voici ce que conseillent à cet égard A. Ollivier et G. Bergcron.
Ou épuiserait les organes par de l'alcool faible, on filtrerait, on concentrerait à feu doux, et dans la solution alcoolique, la colchicine se décèlerait aux réactifs suivants :
Les acidea minéraux et les alcools, donnant une coloration jaune intense;
Le chlorure d'or, déterminant la forma ion d'un précipité jawne floconneux;
Le chlorure de mercure, donnant un précipilé blanc.
Une réaction facile à produire serait celle-ci : La colchicine, dans l'acide sulfurifjue, le colore en jaune foncé; si en ce moment on introduit dans la solution un bâton de verre trempé dans l'acide nitrique, tout autour du verre on voit la coloration passer du bleu foncé aa violet, au brun-jaune, puis redevenir Ja2me. En ajoutant de l'ammoniaque, la coloration de jaune devient rouge pelure d'oignon; elle redevient jaune par addition d'acide.
Telles sont, disent ces auteurs, les seules réactions connues delà colchicine; quelques-unes appartiennent à d'autres alcaloïdes ; aucune n'est assez caractéristique pour qu'il soit possible de faire autre chose que soupçonner la présence de l'alcaloïde lorsqu'on sera parvenu à reproduire, dans une solution, les réactions précédemment décrites. Deliohx de Savigkac.
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