COLE
On comprend qu'on puisse remplacei- l'huile de rose et la teinture de benjoin par d'autres substances agréables à l'odorat ou susceptibles de faire disparaître les efflorescences de la peau : on introduit quelquefois dans le cold-cream l'essence de bergamote, le camphre, le borax, etc.
Quand on prescrit le cold-cream comme excipient de substances médicamenteuses, il est quelquefois bon d'en exclure les huiles essentielles et les teintuies.
COLDEN (CADWALLADEn). Naquit en Ecosse en 1688. Une fois pourvu du titre de docteur, il passa en Amérique et pratiqua d'abord la méticcine en Pennsylvanie, puis dans l'État de New- York, où à l'exercice de son art, à de nombreuses recherches sur la botanique, qu'entraînaient ses relations avec Linnée, il joignit l'exploitation des terres; aussi arriva-t-il aux fonctions de lieutenant gouverneur de cette province. Ce savant mourut en 1776. Nous devons surtout le signaler comme s'étant livré à de sérieuses recherches sur les maladies des contrées où il pi'atiquait.
On a de lui :
I. An Account of ilie Diseascs prévalent in America. — II. An Essaij on Ihe Causes and Remedy of (lie Yclloiv Fever, elc. Loiidon, 1745. E. Bgd.
COLDElVlit L. Genre de plantes dicotylédones appartenant à la famille des Borraginées, et représenté par des espèces herbacées ou sous-frutescentes du Pérou et de l'Asie tropicale. Une seule espèce, le Coldenia procumbens, présente quelque intérêt médical. C'est une plante de l'Inde, à feuilles alternes, pétiolées, cunéiformes, inégales à la base, grossièrement dentées en scie, plissées, à fleurs axillaires, presque solitaires, à corolle infundibuliforme à quatre divisions. Le fruit est une sorte de drupe à sarcocarpe sec, se divisant en quatre parties monospermes, cohérentes par l'angle central. On l'emploie pour hâter la suppuration des furoncles : pour cela on réduit la plante en poudre, on la môle à •parties égales de Fenu-grec, et on l'applique sur la partie malade.
LiNNÉE. Gênera Plant., n" 175. — Lamarck. Diclionn. Encyclopédie, II, 64, Illustrations, tab. 98. — ENDLicirER. Gênera Plant., n° 3739. Pl.
COLE (WiLLM.), médecin anglais, très-distingué et lié d'amitié avec l'illustre Sydenham, qui lui dédia un de ses ouvrages; il vivait dans la seconde moitié du dix-septième siècle et fut, dit-on, reçu docteur à l'université d'Oxford, en 1666, et exerça son art à Bristol. Cole s'était fait dans la pratique une grande réputation. Les ouvrages qu'il a laissés montrent que, digne ami de Sydenham, il ne s'était pas moins occupé delà partie théorique que de la partie positive de l'art. Il pensait que les sécrétions ne peuvent avoir lieu que par l'intermédiaire des glandes, ce qui l'obligeait d'en chercher et d'en voir là où l'anatomie nous démontre qu'il n'y en a pas. On lui doit d'avoir beaucoup insisté sur l'utilité du quinquina dans les fièvres intermittentes.
On a de lui :
I. Cogilata de secretione animali. Oxfordiœ, 1674, in-12. — II. Practical Essay, concertiiny the Late Frequency of Apoplexies. Lond., 1692, in-8°. — III, De mechanica ratione peristallici intestinorum motus. Ibid.. 1693, in-8°. — IV. Novœ hypothèses ad exjiticanda fehrimn intennittentium symptomata et typos, etc. Ibid., 1693, in-8°, et Ibid , 1694. in-8 ; Genève, 1600, in-8»; Amstelodami, 1698, in-8. — V. Consilium celiologicum de casu quodam epdeplico et Disquisitio de iierspiralionis insensibilis materia et peragendi ratione. Ibid., 1702, in-8°. — VI. Il a également publié quelques articles dans les Transactions philosophiques. - ^.Yiw.
750 uuLtiUf itnii^.
COLÉOPTÈKES (de v.o'ùoz, enveloppe, e'tui, Trrepov, aile). Ordre d'insectes créé par Liiinée, le plus nombreux peut-être et le plus connu, et caractérisé de la manière suivante : quatre ailes, 2 supérieures, dures, coriaces, opaques, portant le nom d'élylres {ilxtrpn, enveloppe, t'ourreau), et 2 inl'érieures, membraneuses, se repliant sous les supérieures ; bouche composée d'organes masticateurs, savoir : une lèvre supérieure ou labre, 2 mandibules, 2 mâchoires munies de 4. ou 6 palpes, et une lèvre infériein-e, avec 2 palpes; antennes de forme variable, presque toujours composées de 11 articles ; tarses de 3 à 5 articles.
Cet ordre connu depuis la plus liante antiquité, dont le type est représenté par les Scarabées, par les ('arabes, renferme les insectes les plus gros et les plus remarquables par la diversité des formes, la dureté et souvent l'éclat de leur corps. Leurs métamorphoses sont complètes, c'est-à-dire qu'ils commencent tous par l'état de larve [voy. ce mot), et sous cette forme ils (présentent une grande variété sous le rapport des nKieurs et de la structure. .Mais ces larves vivant dans la terre, dans les troncs d'arbres, dans les bourgeons, dans les matières en putréfaction, sont fort difficiles à élever et par conséquent bien moins connues que les chenilles des Lépidoptères (voi/. Chenilles).
A l'état parfait, tout insecte coléoptère présente : 1° la tète, 2» le thorax, et 5" l'abdomen.
1. La tète, presque toujours plus étroite que le corselet, est ovalaire, polygonale ou semi-circulaire ; les yeux sont de taille variable, à réseau Irès-fin chez les espèces diurnes, plus gros chez les nocturnes, et disparaissent chez les Coléoptères cavernicoles et chez ceux qui vivent enfoncés dans la terre, les fourmilières, les nids de termites ; les stemmates, ocelles ou yeux lisses, ne se rencontrent que dans un petit nombre de genres. Les antennes varient beaucoup de forme, mais sont assez constantes dans chaque famille, pour que, dans beaucoup de cas, elles aient servi à les caractériser (Lamellicornes, Clavicornes, Longicornes, etc). Klles sont tantôt longues et grêles, tantôt renllées en massue ou terminées brusquement vers l'extrémité, tantôt courtes et coudées, terminées par une massue soit solide, soit formée de 3, 4 ou 5 feuillets, tantôt dentées en scie, pectinées, Habellées ou plumeuses, tantôt élargies en oreillettes, dilatées en boule ou en vessies irrégulières, comme on le voit chez plusieurs Paussides. Le nombre de leurs articles varie de 2 à 11 , rarement plus, et ce dernier chiffre est celui qui se présente généralement. Les mandibules sont les parties les plus solides de la bouche ; elles font plus ou moins saillie et prennent parfois un développement énorme, comme chez les Lucanes ou Cerfs-volants (voy. Lucane) ; chez les Coléoptères carnassiers elles sont tranchantes et serrent assez fortement, notamment chez les Scarites, Anthia et autres Carabiques de grande taille. Les mâchoires, formées presque toujours de deux lobes distincts, sont ciliées et même munies inlérieurement de fines dents ; le lobe interne est parfois terminé au sommet par une petite dent mobile et l'interne prend quelquefois la forme d'un palpe, comme on le voit chez les Coléoptères carnassiers, terrestres et aquatiques, ou bien il s'allonge, mais rarement, en forme de pinceau grêle, comme chez les Zonitis, Nemognatha. Les palpes maxillaires sont composés de 3 ou 4 articles, très-rarement d'un seul, et ressemblent parfois à de petites antennes, ce qui leur a fait donner autrefois le nom d'antennules ; ils sont, dans un petit groupe, plus longs que les antennes, d'oii le nom de Palpicornes donné à ces insectes. La forme du dernier article est variable, aiguë, tronquée, sécuri'orme ou luniforme. Les palpes labiaux sont plus petits et font moins saillie au dehors ; ils
sant insérés de chaque côté, à la base de la lèvre inférieure ou hypogloUe qui est elle-même supportée par le menton ; la partie antérieure plus molle, plus délicate, appelée languette, est de forme variable et parfois munie de ciiaque côté d'un appendice appelé paraglosse ; la languette est parfois saillante et soyeuse, comme on le voit chez les Lucanes.
2. Le thorax sert d'attache aux ailes et aux pattes et forme la partie la plus robuste du corps ; il se compose de trois segments, formés eux-mêmes de plusieurs pièces intimement soudées : l" le prothorax, dont la partie supérieure est le corselet et dont la partie inférieure, ou proslernum, supporte les 2 pattes antérieures ; 2" le mésothorax, généralement peu développé, surtout en dessus, où il ne se montre que sous la forme d'une petite pièce, le plus souvent triangulaire, située à la base de la suture des élytres et qui disparaît fréquemment; c'est sur le mésolliorax que s'articule latéralement au-dessus la première paire d'ailes ou élytres, et c'est à sa partie inférieure, ou mésosternum, que sont insérées les deux pattes intermédiaires ; 5° enfin le métathorax sert d'appui aux 2 ailes menibianeuses, et au métasternum sont 'insérées les 2 pattes postérieures. Le prothorax est indépendant du mésothorax et peut exécuter des mouvements de hausse et de flexion qui permettent à certains insectes, les Élatérides ou Taupins, de sauter, quand ils se trouvent renversés sur le dos, à raison de la conformation de leur sternum ; mais le mésotborax et le métathorax sont intimement soudés. Le mésosternum présente assez souvent au milieu un prolongement plus ou moins prononcé, très-remarquable chez les Macraspis, et ses parties latérales ou épimères forment en dehors une saillie très-marquée dans certains groupes, comme les Cétoines.
Les ailes sont toujours au nombre de quatre ; les inférieures manquent assez souvent, mais les élytres existent toujours, sauf dans quelques femelles, comme chez les Lampyres ou Vers luisants; chez les femelles des Pachypus qui paraissent complètement aptères, Audouin a i^econnu que les élytres sont représentés par deux petites écailles placées entre l'abdomen et le thorax. La suture des élytres est droite ; il n'y a d'exception que pour les Méloés (voy. ce mot), où ces organes sont un peu imbriqués à la base, les élytres sont généralement aussi longs ou plus longs que le corps ; mais dans certaines familles, comme les Staphylinides, plusieurs groupes de Nitiduiides et de Cérambycides, ils sont fort courts et cachent à peine la base de l'abdomen. Les élytres présentent des sculptures très-variées, tantôt une fine ponctuation ou des rugosités serrées, tantôt des sillons profonds ; leur extrémité est tronquée, obtuse ou denticulée.
Les ailes inlérieures sont toujours membraneuses, repliées transversalement et cachées sous les élytres ; le plus souvent elles sont grandes et bien développées, mais elles sont parfois avortées ou disparaissent même complètement. Une des modifications les plus curieuses est celle que présentent les Trichopteryx, insectes presque microscopiques, dont les ailes semblent formées par une plume déhcate et articulée.
Le caractère des ailes repliées en travers caractérise les Coléoptères et sert à les dilférencier dcî. Orthoptères, en y ajoutant les métamorphoses complètes que subissent les premiers de ces insectes.
Les pattes, qui dépendent aussi du thorax, présentent des modifications assez variées. Elles sont composées de trois paires, les antérieures, les intermédiaires et les postérieures ; chacune est formée d'une hanche, partie qui s'articule avec le thovax ; d'un trochanter qui s'unit à la hanche inférieure par ginglyme et au
752 COLEOPTERES.
fémur le plus souvent par synarlhrose ; chez les Carabiques celte dernière articulation est tellement oblique que le trochanter devient saillant en dedans de la base du fémur; d'un fémur ou cuisse, partie la plus robuste de la jambe, de grandeur et de forme variables, parfois allongé, mais souvent reiitlé, presque ovalaire chez les Coléoptères fouisseurs ou sauteurs, parfois armé de pointes ou d'épines à la partie inférieure ; d'un tibia ou jambe, généralement allongé, les postérieurs ordinairement plus longs que les autres ; chez les insectes fouisseurs les tibias s'élargissent vers l'extrémité et forment en dehors des dentelures, plus ou moins aiguës, comme on peut le voir chez les Geotrupes, les Scarabées, X&i Copris, etc. ; ils offrent en outre à l'extrémité interne des épines ou éperons ; enfin d'un tarse, composé de 2 à 5 articles et terminé par I ou 2 crochets. Le nombre des articles des tarses est assez constant dans chaque lamille, mais cependant il y a des groupes où il varie d'un sexe à l'autre ; en outre ces crochets et ces tarses manquent quelquefois, quoique rarement, chez quelques Scarabéides ; ils sont souvent garnis en dessous de pelotes soyeuses ou d'épines ou de poils et les antérieurs sont, dans plusieurs familles, élargis chez les mâles, comme dans la plupart des Carabides et chez les Dytiscides où ils présentent des espèces de ventouses ; chez les insectes aquatiques, les tarses, comme les tibias, sont presque toujours garnis de poils ou soies serrés qui facilitent la natation, et souvent aussi ils sont comprimés.
3. L'abdomen, composé de 5 à 7 segments, est toujours largement uni au métathorax ; il est assez peu consistant en dessus lorsqu'il doit être recouvert par les élytres, mais en dessous il est convexe et coriace comme le reste du corps ; le dernier segment supérieur, ou pygidium, est souvent découvert et présente des caractères utiles pour la distinction des espèces. L'armure génitale externe est souvent très-compliquée chez les mâles; elle offre, chez les Mallhinus, de nombreuses lanières contournées, et chez les Psalidura, d'Australie, des tenailles robustes ; l'armure principale, qui se compose d'un pénis membraneux renfermé dans un fourreau corné, est rétractée dans l'intérieur de l'abdomen ; quelques femelles, entre autres celles du genre Valgus, sont pourvues d'un oviducte.
Les organes internes formant les appareils de la digestion, de la circulation, de la génération, etc. des Coléoptères ont été très-étudiés par Ramdhohr, Léon Dufour, E. Blanchard, et autres anatomistes. Voici un résumé de leurs observations :
La cavité buccale, fortement armée, comme il a été dit plus haut {voy. p. 752), se continue par un pharynx plus ou moins corné ou poilu avec un œsophage de longueur variable. Ce dernier traverse le pédoncule de l'abdomen pour aboutir finalement à l'estomac, mais il est pourvu assez souvent d'un renflement à pièces cornées ou tlisposées en séries ou revêtues de poils, désignés sous le nom de gésier ou estomac triturant. Après le gésier est un estomac ou ventricule chylifique (Léon Dufour), ou jabot succenturié (Straus-Durkhcim), regardé par la majeure partie des anatomistes comme un estomac ordinaire à suc gastrique acide. Dans un grand nombre de Coléoptères, à l'état de larve ou à l'état parfait, on trouve soit à la partie supérieure de l'estomac, soit sur ses parois, des appendices, des tubes courts, cœcums gastriques, où parait se faire une sécrétion analogue à celle des glandes à pepsine. Le tube digestif se continue ensuite par un intestin grêle et un gros intestin renflé en cœcum ou en rectum et se terniine par un anus à sphincter s'ouvrant dans le dernier segment abdominal, au-dessus des organes externes de la génération.
CÛLIUUE. 769
battements cardiaques ne s'accentuent davantage en raison de l'obstacle apporté à la circulation périphérique.
Primitivement la douleur est bornée à un point de la région abdominale et, dans beaucoup de cas, elle part du pourtour de l'ombilic qui semble devoir être arraché en raison de la sensation térébrante que le patient perçoit ; de là elle s'irradie et va comme pousser des pointes dans diflérentes directions, elle se localise dans une des fosses iliaques, surtout à gauche : chez les femmes dans la région utérine, chez les hommes au pourtour de la vessie. Souvent aussi c'est en un de ces points qu'elle naît et le clinicien doit interroger avec soin le patient, car du point de départ de la colique il pourra le plus généralement déduire le siège de la lésion morbide, précieux indice au point de vue thérapeutique. Parvenu à un certain degré de souffrance, le malade ne distingue plus d'où lui vient la douleur : il souffre, mais ne peut préciser et répond à peine à des questions qui l'agacent : néanmoins, lorsque la colique est due à une lésion bien nette d'un organe, il est rare que le patient n'accuse sinon le siège même, du moins la région ; dans de très-vives coliques hépatiques on sent bien que la douleur part du flanc droit, dans les angoisses de la colique néphrétique la région dorso-lombaire est nettement perçue comme point de départ; les uretères, le col de la vessie, le testicule accusent une réelle localisation dans l'appareil uriuaire.
Sollicité par l'excitation de son système musculaire, l'intestin entre généralement en contraction, des gaz sont expulsés par le rectum ou franchissent l'orifice diiodénal pour remonter dans l'estomac et sortir par la bouche ; les liquides et les solides brassés avec les gaz font naître des borborygmes, puis le besoin d'expulsion ; le malade évacue tout ou partie du contenu de l'intestin, et, le plus généralement cet acte amène un soulagement momentané, quelquefois définitif, parfois une rémission sensible. Lorsque, au bout de quelques instants, de nouveaux besoins d'évacuation se font sentir, il n'est plus expulsé que du mucus intestinal, parfois presque pur, avec sensation de téuesme très- caractérisée. Dans une de ces affections qui doivent à l'importance du phénomène colique, le titre de coliques sèches, la caractéristique réside dans l'absence totale d'excrétions alvines ; il en est de même dans les coliques symptomatiques de l'intoxication saturnine ou coliques de plomb. Dans l'un et l'autre cas, le rétablissement du cours des matières dans l'intestin accuse, s'il ne provoque, la rémission de la colique.
Soit donc à la suite d'excrétions alvines ou urinaires, soit spontanément, tout cet ensemble de phénomènes douloureux, de troubles fonctionnels diminue et cesse plus ou moins rapidement. S'il y a eu pâleur et refroidissement, la peau reprend sa couleur et ses propriétés sensitives, elle se recouvre d'une légère moiteur, parfois même de sueurs profuses qui figurent la cri^ du phénomène moibidc, les urines reparaissent si elles avaient été suspendues et le malade, dont le système nerveux a été excité à un haut degré, tombe dans un état de calme, même d'alanguissement ; l'impression a été dans quelques cas si vive que les fonctions intellectuelles même en r..'ssentent le contre-coup et qu'une indifférence totale, un oubli du passé ne sont point rares à observer. Un sommeil bienfaisant et réparateur sert de transition entre l'état de maladie et la santé normale.
Il n'en est pas toujours ainsi ; il est de ces coliques qui sont le premier stade d'une lésion organique incompatible avec la vie, comme par exemple, une perforation intestinale chez les typho'idants ou les dysentériques ; mais bientôt alors DICT. E.NC. XVIII. 49
la colique elle-mèrne disparaît et les douleui^s, la fièvre, les phénomènes locaux et généraux d'une péritonite se substituent à la colique proprement dite.
En général la colique est un phénomène symptomalique, d'une durée variable,, de quelques minutes à plusieurs heures; mais lorsque la cause qui l'a produite' pei'siste, elle al'fëcte fréquemment la forme d'accès séparés par des intervalles plus ou moins longs, quelquefois à peine marqués. Pendant ces périodes de rémission il persiste le plus souvent une douleur obtuse qui n'est point antagoniste d'une sensation de calme, de sommeil ou de torpeur à laquelle s'abandonne ie malade. Puis un nouvel accès le saisit brutalement et l'ensemble des symptômes reprend avec une égale intensité. Ces accès reviennent dan< quelques cas avec la régularité d'accès de (lèvre intermittente; dans les pays à mal'aria il est commun de les voir en effet liés à l'évolution de la fièvre en constituant même de véritables accès de fièvre larvée.
Du reste, suivant la cause occasionnelle de la colique, l'accès douloureux peut être unique, se répéter avec des fréquences diverses et le cycle entier des phénomènes affecter une durée sur laquelle nous aurons l'occasion de revenir. Signalons simplement, pour l'instant, cette caractéristique d'accès, propre à presque toutes les formes de colique.
2'^ Pour répondre à la seconde question qui s'impose au clinicien mis en présence d'un malade offrant le symptôme colique : « A quelle lésion organique se rapporte le phénomène? » peut-ctie faudrait-il d'abord revenir sur la question de la classiticatiou des coliques; les auteurs anciens ont naturellement exercé toute leur sagacité sur ce point de nosographie et fournissent des cach'es en accord avec les doctrines du moment où ils observaient, en accord aussi avec l'idée d'entité morbide que la plupart d'entre eux cherchent à mettre en évidence. Ces classifications ont à peine aujourd'hui un intérêt histoiique, alors surtout que l'on veut bien se restreindre à ne considérer la colique que comme un symptôme; devant ce principe la classification la plus rationnelle, celle du professeur Monneret dans sa Patholoyie générale, semble pouvoir être écartée. Cet éminent patliologiste divise la colique en symptotnatique lorsqu'elle survient dans le cours d'une affection caractéiisée des appareils digestifs ou de leurs annexes, en .sympathiques lorsque ceux-ci étant intacts, on la rencontre dans les névroses, les intoxications métalliques, les diathèses goutteuses et rhumatismales ; enfin il y voit à la fois un symptôme et une maladie dans la maladie connue sous le nom de colique sèche des pays chauds, si justement contestée aujourd'hui comme entité mjrbide.
Quel que soit le respect que l'on professe pour des opinions aussi autorisées, l'on peut aussi se demander l'utilité de ces classifications pour le praticien au chevet du malade qui se tord dans les angoisses de la colique, car s'il a présent à l'esprit les i.onnées d"anatomie et de physiologie pathologique, le plus souvent il démêlera dans cet écheveau confus de symptômes le point capital ou s'il éprouve, et cela arrive souvent, de réelles difficultés diagnostiques, ce ne sera point une classification dogmatique qui l'aidera dans ce travail, qui lui démontrera la valeur de l'élément colique au point de vue du diagnostic et de la thérapeutique. En ce moment le premier point à éclaircir est celui-ci : Quelles sont les modifications organiques dont la colique peut être un symptôme?
Dans la majorité des cas, la colique, son nom l'indique, est liée à un état morbide de l'intestin ; cependant l'estomac traduit aussi son état de souffrance
par une forme de symptômes douloureux indépendants de la douleur épigastrique, de la gastralgie. Dans la gastrite, affection qui, trop généralisée par l'école de Broussais, n'en existe pas moins cependant, alors surtout que la muqueuse est le siège d'une inflammation ulcérative on observe des coliques paroxystiques, survenant surtout après l'ingestion des aliments, fait qui les différencie de la gastralgie ordinaire; les vomissements sanguinolents, lorsqu'ils existent, l'amaigrissement et les symptômes de dénutrition générale, la douleur persistante en un point de l'estomac, l'induration, serviront à les dil'lëiencier des autres formes de colique. A la suite de l'ingestion des substances corrosives, dans les empoisonnements par les acides minéraux, par les sels arsenicaux ou autres, la douleur excessivement vive que le patient l'essent bientôt dans la région épigastrique se transforme également en coliques paroxystiques, qui s'irradient dans toute la région abdominale, à la région Ihoracique, à l'épaule et jusqu'aux avant-bras. Les vomissements caractéristiques, les signes spéciaux de chacun des accidents, variables suivant la nature du produit ingéré, éclaireront sur la cause de ces coliques, dont la valeur symptomatique est de beaucoup primée par d'autres éléments. Il en est de même dans les empoisonnements par la Belladone, I'Opium, les CnAMiiGNOiss, la Ciguë (voij. ces mots); dans ces différents cas des coliques plus ou moins vives et quelquefois atroces se rencontrent et éveillent tout d'aboid l'attention du malade et du praticien. Les vomissements et les déjections qui ne lardent pas à se produire contiennent d'ordinaire des fragments des végétaux vénéneux, si les caractères propres de chacun de ces empoisonnements et les commémoratifs ne mettaient déjà sur la trace.
La simple réplétion de l'estomac par l'ingurgitation d'une trop grande masse d'aliments, par celle de substances peu di,estiblcs, ou même d' aliments sains dans certaines conditions de santé, l'indigi'Slion autrement dit, s'accompagne de coliques souvent fort vives dont le point de départ est à la région épigastrique, mais qui bientôt s'irradient en suivant la direction du duodénum. A mesure que les matières franchissent l'orifice pylorique, le siège initial de la colique se déplace et coïncide avec la région de l'appaieil digestif qu'occupent les aliments. Les vomissements spontanés ou provoqués, les évacuations alvines calment momentanément ces coliques, miis elles reviennent par accès tant que l'estomac et les intestins ne sont pas encore absolument dégagés; elles sont évidemment dues aux contractions très-énergiques des fibres lisses des tuniques musculeuses, éveillées par une action réflexe d jnt le point initial est l'irritation de la muqueuse, irritation qui persiste quelque temps après la cause qui l'a fait naître. La réplétion de Vintestin par des produits alimentaires ou par l'accumulation des matières fécales agit dans le même sens. Cette gêne de la circulation des matières fécales se produit, comme on le voit, par simple atonie de l'intestin, sans lésion organique déterminée, chez les individus adonnés aux professions sédentaires, chez les femmes principalement, chez les personnes qui par suite d'événements fortuits n'ont pas satislait à l'évacuation régulière du gros intestin, lonclion que l'habitude parvient à réglementer si aisément. La colique disparaît alors avec la cause qui l'a fait naître, mais deux ou trois garde-robes se succèdent souvent à de courts intervalles, sollicitées par des coliques de moins en moins fortes il est vrai. Telles sont ces coliques qu'éprouvent les voyageurs en chemin de fer, ne pouvant satisfaire aux besoins naturels; on en rencontre alors d'assez vives pour entraîner presque des syncopes, en tous cas des plié-
nomènes lypoihyrniques inquiétants lorsque l'on n'en saisit pas l'origine,
A plus (bi-le raison la colique accompagne-t-elle la gêne à la circulation des matières fécales lorsqu'elle est la conséquence de tumeurs développées à la surface de l'intestin, de polijpes, de tumeurs des organes voisins, foie, utérus, ovaire, qui, par leur volume, rétrécissent le calibre de l'intestin, de corps étranqers, etc., le volvidiis ou iléus, dans tous les cas en un mot où il y a occlusion intestinale [voy. ces mots). La colique constitue d'ordinaire le premier phénomène qui éveille l'attention, elle succède à une douleur sourde, puis éclate dans toute son intensité, en s'accompagnant de phénomènes généraux, refroidissement, lypothymies, syncope, tympanite, troubles dont l'ensemble, joint à l'absence complète d'évacuations alvines, aux vomissements, doit faire naître l'idée d'une occlusion si elle n'éclaire sur sa cause jn'oductrice. Les coliques se succèdent à de courts intervalles, augmentant de durée et d'intensité et ne cédant qu'au rétablissement du cours des matières ; la mort, comme on voit, peut être la conséquence de semblables lésions, on doit dans beaucoup de cas l'attribuer sans doute plus :\ la sidération nerveuse dont le point de départ réside dans le plexus solaire plutôt qu'à la péritonite qui met toujours un certain temps à se développer, loi'squ'il n'y a point eu perforation et par conséquent irritation directe de la séreuse.
\j\iccinniilalion des gaz, dans l'intestin, entraîne l'explosion d'une colique, désignée autiefois sous le nom de flatulenle ou gazeuse. Cette accumulation se produit soit à la suite de l'ingestion de certains aliments qui passent pour donner naissance à des gaz, soit par suite de l'inertie de l'intestin ou d'un obstacle mécanique s'opposant à la progression des gaz, soit enfin lorsque les aliments, traversant l'intestin sans être digérés, subissent une fermentation entraînant la formation de gaz hydro-carbonés et d'acide carbonique. Toujours est-il cependant que la colique n'existe réellement que dans le cas d'obstacle. Les coliques reviennent d'ordinaire quelques heures après le repas, au moment où la digestion intestinale s'opère ; leur point de départ est dans le côlon transverse ou le côlon descendant; elles cessent dès que, par changement de position, par des frictions, par l'emploi des substances stimulantes on réveille l'activité musculaire de l'intestin. Elles n'ont, du reste, aucune gravité.
V irritation et Y inflammation de la muqueuse intestinale, à leurs différents degrés, s'accompagnent de coliques. Le simple catarrhe gaslro intestinal, ou embarras gastrique, diminutif de la gastro-entérite, éveille des douleurs vagues dans la région abdominale et de vraies coliques même, quoique, à proprement parler, ou puisse attribuer ce symplôme à la présence des aliments qui, dans ce cas, se sont pas digérés, plutôt qu'à l'irritation de la muqueuse qui est peu vive.
Dans Venterite si7nple, la douleur est à peu près constante, rarement elle affecte la forme des véritables coliques, ou, si elles ont lieu, elles partent du pourtour de l'ombilic, ne s'irradient guère en dehors de la zone intestinale et se suspendent le plus souvent après les évacuations alvines pour renaître quelques heures après. Dans Venterite chronique, dans la diarrhée chronique des pays chauds, dans Venterite tuberculeuse, la colique ne se nioulrc presque que par exception, et si la région abdominale conserve une sensibilité i)rolougée, celle-ci ne constitue presque pas une douleur. La colique précède simplement les évacuations alvines, elle naît comme phénomène d'a])pel réflexe, pour ainsi dire, lorsque les matières se sont accumulées dans le gros intestin.
La colite, au contraire de l'entérite, si par ce dernier mot on n'entend que l'irritation, l'inflammation de la muqueuse de l'intestin grêle, la colite, disonsnous, est toujours accompagnée de coliques; elle offre, dans ces cas, les caractères classiques indiqués ci-dessus : sensation de pincement, de tortillement, avec borborygmes, déplacement des gaz et des liquides, sur le trajet du gros intestin; la colique peut être de même intensité dans ces divers points ou se localiser plus particulièrement dans le côlon descendant, en amenant alors des contractions qui entraînent des évacuations par le rectum. La satisfaction du besoin est suivie d'une période de rémission dans la colique, mais elle renaît bientôt lorsque de nouveaux produits ont traversé la valvule iléo-cœcale et irritent la muqueuse en partie dépouillée de son épithélium ; c'est ainsi que l'ingestion d'aliments ou de boissons, en chassant de proche en proche le contenu de l'intestin grêle par les contractions vermiculaires que leur présence fait naître, entraîne fatalement, au bout de quelque temps, l'explosion de coliques.
Dans la dysenterie aiguë de médiocre intensité, les choses se passent à peu près de la sorte, sauf les symptômes propres à la dysenterie, la présence du sang et du mucus dans les garde-robes, la IVéquence excessive de ces dernières, le ténesme qui les accompagne, le sentiment de dépression qui les suit. Dans la dysenterie grave, en particulier dans la dysenterie des pays chauds, alors que de vastes ulcérations se creusent dans la muqueuse intestinale, la douleur est ti'ès-vive et la colique atteint un degré d'intensité beaucoiq) plus prononcé, mais de même nature ; la sensation est à peu près proportionnelle à rétendue de la lésion jusqu'au moment où le système nerveux sensitif, affaibli par la prolongation de la maladie, par l'anéantissement où tombe le patient soit luimême impuissant à percevoir nettement la douleur. La dysenterie chronique rentre dans ces conditions, la sensation intestinale est de plus en plus conluse et traduit à peine le besoin d'évacuations ; ces dernières arrivent ainsi à être parfois involontaires. On doit ranger dans les coliques liées à une entérite, celles qui succèdent à l'ingestion de poisons irritants, des acides, des sels minéraux dont nous avons purlé déjà et dont le contact irrite, enflamme et détruit aussi bien la muqueuse intestinale, qu'elle l'avait fait à la muqueuse de l'estomac. Les lésions anatomiques sont naturellement de moins en moins prononcées à mesure que l'on s'éloigne de la valvule pylorique, mais si la quantité du poison introduit a été assez considérable, la douleur se généralise sans qu'on puisse la rapporter à tel ou tel point de l'intestin. Elle est ressentie aussi bien à l'épigastre qu'à la région ombilicale ou dans les deux fosses iliaques. A lasuite de l'ingestion des drastiques à titre de purgatif oa à titre de poison, les coliques sont à peu près uniquement localisées dans l'intestin; elles sont proportionnelles à la quantité de substances introduite, aussi bien qu'à la sensibilité générale du sujet. Elles ont les caractères de la colique liée à l'entérite, puisque en somme les drastiques n'agissent qu'en déterminant une véritable entérite, passagère sans doute, mais qui n'en existe pas moins. Elles cèdent d'ordinaire à la suite de quelques évacuations lorsque la dose n'est pas excessive. La coloquinte, la gomme-gntte, l'aloës, le jalap et autres médicaments de cette classe sont ainsi contre-indiqués chez les persoiuies trop sensibles, les enfants, les convalescents chez lesquels l'entérite deviendrait trop douloureuse ou se généraliserait plus qu'il n'est besoin.
Vhémorrhagie intestinale, phénomène toujours sérieux, souvent très-grave et que l'on observe comme on sait dans un grand nombre de cas pathologiques,
très-diiférents les uns des autres, est d'ordinaire accompagnée de coliques. Si l'hémorrhagie succède à une lésion intestinale aiguë, à des ulcérations comme dans la dysenterie, la fièvre typlioïde, les coliques ont précédé d'ordinaire l'apparition du sang, en tant que liées à l'entérite ou la colite préexistante ; si au contraire l'hémorrhagie a lieu par suite d'une simple congestion de l'intestin, que celle-ci soit attrihuable à une stase de la circulation abdominale, à une répercussion, la colique ne se développe pas notablement tant qu'il y a simplement de la dilatation variqueuse des plexus veineux mésentériques, on rencontre plutôt de la douleur, de forme obtuse, gravative. Mais lorsque la rupture vasculaire a eu lieu, que l'hémorrhagie est faite ou se continue, lorsqu'on un mot le sang est répandu sur la muqueuse, des contractions réflexes avec coliques ne tardent pas à se produire et ces dernières diminuent à la suite de chaque évacuation. Elles rentrent ainsi dans la catégorie des coliques, symptôme de réplétion intestinale. Elles peuvent absolumeu l manquer cependant ; dans la fièvre typhoïde, le typhus, loisque d'une part l'hémorrhagieest sensiblement liée à une altération morbide des parois vasculaires, que d'autre part la sensibilité générale est émoussée, sinon anéantie, il est fréquent de voir l'hémorrhagie intestinale se déclarer, le sang être rendu par le rectum sans qu'aucun phénomène douloureux n'accompagne cette évolution.
A la classe des coliques liées aux liémorrhagies doivent se rapporter les coliques qui précèdent et accompagnent les métastases hémorrhagiques, chez les femmes en particulier à la suite de la suppression du flux menstruel. Ce sont encore, dans ce cas, des coliques par réplétion de l'intestin.
Les hémorrhoïdes, alors surtout qu'elles sont internes entraînent presque toujours l'explosion de coliques auxque'les on donne dans ce cas l'épithète àltémorrhdidales. Lorsque l'accès hémorrhoïdal se prépare, que les plexus veineux du rectum et de l'S iliaque même deviennent turgescents, le malade ressent de vives coliques dont le point de départ réside dans la fosse iliaque gauche, et qui s'irradient dans presque tout l'intestin. Elles sont très-intenses, à caractère expulsif, mais les efforts du sujet pour aller à la garde-i'obe, ne les diminuent point, puisqu'elles n'en font pas disparaître la cause, l'irritation de la muqueuse par ces vaisseaux turgescents qui oblitcrent en partie le calibre du gros intestin. Les coliques sont ainsi liées aussi bien à la colite localisée sans doute, mais existante cependant, à la rectite, qu'tà la réplétion de l'intestin an-dessus de l'obstacle, à la constipation. Aussi lorsque les parois veineuses ont enfm cédé et que le flot sanguin s'est fait jour au dehors, les coliques diminuent-elles et disparaissent avec tous les autres s\mptômes congestifs. 11 n'en est pas absolument toujours ainsi et parfois les coliques persistent-elles après l'hémorrhagie, nous pensons qu'on les doit alors attribuer à de petites ulcérations de la muqueuse du rectum et de l'S iliaque, ulcérations qui mettent toujours un certain temps à se cicatriser, car elles siègent sur un tissu de vitalité médiocre, comme ceux qui ont été le siège d'infiltrations sanguines ou autres ; pendant tout le cours de leur durée, ces ulcérations doivent entraîner des coatractioas du gros intestin, par action réflexe, et facilement ces contractions dégénèrent-elles en coliques.
La perforation de rinlesiin, la péritonite qui lui succède donnent lieu à une explnsion de coliques excessivement vives auxquelles succèdent bientôt des douleurs persistantes et tout un cortège de phénomènes dont l'intensité masque rapidement ce phénomène initial ; il n'y a donc point lieu d'y insister.
Sous le nom de coliques rhumatismales, on a décrit une forme particulière du rliunintisme, considéré comme diathèse générale, et se localisant dans les tissus libreiix Formant la trame des parois intestinales. Il est incontestable que chez les rhumatisants, on ohserve en clTet soit dans le cours d'un accès de rhumatisme aiuu généralisé, soit en dehors d'une grande évolution, des coliques excessivement vives, siégeant en un ou plusieurs points de l'abdomen, accompagnées ou non d'évacuations alvines. Ces coliques s'observent d'ordinaire ou s'exaspèrent la nuit, comme les autres douleurs rimmatismales ; elles succèdent également à une localisation articulaire et semblent faire partie du cycle qu'affecte le rhuiuatisme ambulant. Quelques pathologistes attribuent ces coliques, dont personne ne nie l'existence, non pas à une localisation du rhumatisme dans les parois de l'intestin, mais à la dyspepsie qui accompagne d'ordinaire là poussée rhumatismale ; les aliments non digérés joueraient le rôle de corps étranger, dont l'intestin par des contractions énergiques cherche à se débarrasser.
Il est certain que la dyspepsie s'observe dans le rhumatisme aigu, comme dans tous les états fébriles, mais l'on ne comprend pas pourquoi l'on répugne à admettre un rhumatisme intestinal, alors que les autres manifestations viscérales de cette diathèse ne sont point contestées ; tout fait croire au contraire que le fait doit exister. Les coliques rhumatismales mériteraient donc leur nom, mais faut-il l'étendre aux coliques qui surviennent à la suite de l'impression du froid, surtout chez les individus affaiblis, perçue non-seulement sur l'abdomen, mais partout ailleurs, aux pieds particulièrement, forme de coliques qui sont beaucoup plus fréquentes qu'on ne le supposerait a priori. A vrai dire le terme de rhumatismale ne leur convient pas, car elles surviennent en dehors de la diathèse et sont une simple conséquence de l'entérite passagère qui se développe alors, entraînant une hypersécrétion glandulaire de l'intestin, comme témoignage de la relation physiologique qui existe entre la surface de la peau et celle de la muqueuse. Dans tous les cas il ne faudrait pas confondre la colique rhumatismale avec le rhumatisme musculaire des parois de l'abdomen, qui existe au même titre que les autres manifestations rhumatoïdes dans les muscles et donne lieu à des douleurs plutôt qu'à de vraies coHques.
Les coliques dites goutteuses, appartiennent au même ordre de phénomènes que les rhumatismales, et nous sommes fort enclins à les admettre au même titre comme localisation viscérale de la diathèse goutteuse. Elles sont néanmoins plus rares et paraissent liées de plus près à la dyspepsie très-marquée dans les métastases de la goutte.
Telles sont les principales affections qui s'accompagnent de colif[ues intestinales. Nous ne pousserons pas plus loin cette énumération déjà bien longue : les maladies qui nous resteraient à citer se rattachent assez facilement aux précédentes. Ainsi la colique des nouveau-nés qui aune si grande imponanue pratique, n'est après tout que le symptôme d'une indigestion continuelle aboutissant à une véritable gastro-entérite : la colùpie verminense qui a joué un si grand rôle aux dix-septième et dix-huitième siècles et est bien moins connue aujourd'hui, est due probablement à une irritation permanente de la muqueuse intestinale, ou se rapporte peut-être, dans certains cas rares, à une réplétion extrême de certains points des voies digestives.
Ouant aux coliques hépatiques, néphrétiques, utérines, vésicales etc.. elles trouvent naturellement leur explication et la description des particularités
qu'elles peuvent présenter, aux mots : Foie, Reins, Utérus, Vessie, etc. Il en est de même de la colique spermaliqne, phénomène rare décrit par Reliquet [Gaz. des hôpitaux, 1874), qui sera traité spécialement au mot Vésicules sÉMiiXALEs.
3" Quelles soiit les causes physiologiques de la colique?
La réponse à cette question se trouve contenue en grande partie dans les lignes qui précèdent : il n'est pas inutile cependant de réunir ces détails épars de façon à donner une vue d'ensemble de la physiologie pathologique du phéuomène que nous étudions.
Si l'on réfléchit attentivement à la marche et aux signes de la colique, nonseulement dans le sens restreint que nous venons de lui donner, mais dans le sens étendu qui comprend toutes les douleurs exacerbantes qui prennent naissance dans les maladies des organes intra-abdominaux , on reconnaît qu'elle présente une analogie assez complète avec un phénomène purement physiologique, la douleur qui accompagne la contraction utérine. Dans les deux cas, c'est la même soudaineté d'apparition, les mêmes exacerbalions et intermittences, la même tendance aux irradiations lointaines et à la mobilité excessive : la douleur utérine paraît n'èti'e, si l'on ose s'exprimer ainsi, qu'une exagération de la colique. Si l'on considère, d'un autre côté, que les organes qui sont le siège de ces phénomènes présentent une structure à peu près identique (canal musculaire à fibres lisses), on est amené naturellement à penser que le phénomène pathologique colique doit s'expliquer de la même façon que le phénomène physiologique douleur utérine.
C'est à la suite d'une remarque de ce genre que Traube exposa la première théorie générale de la colique, théorie qu'il a résumée dans la proposition suivante : « Lorsque les liquides contenus dans un réservoir musculaire rencontrent un obstacle à leur écoulement, toute la partie qui est au-dessus de l'obstacle éprouve de temps à autre des contractions péristaltiques très-énergiques : de là une tension des parois, des donleuis qui se manifestent par accès comme les contractions elles-mêmes ; dès que l'obstacle est levé, les contractions qu'on peut parfois voir ou sentir ne manquent pas de disparaître. Les coliques sont donc des tensions ou des contractions musculaires. » (Traube, Deutsche Klinik et Schmidt s Jarbiicher, 1865.)
Cette tliéorie est à peu près généralement admise aujourd'hui. M. Germain Sée [Leçons de Path. exp. 1863, p. 24!) admet, pour le cas particulier des coliques intestinales, « qu'elles sont un effet indirect de l'obstruction intestinale, et un effet direct de la tension des gaz au-dessus de l'obstacle ».
11 nous paraît, en effet, difficile de s'expliquer autrement la physiologie pathologique de la colique. Autrefois on admettait, comme nous l'avons déjà dit, deux espèces de coliques (symptomatiques et sympathiques), sans compter la colique nerveuse des pays chauds dont on fliisait une entité morbide spéciale: il n'était donc pas étonnant que l'on proposât plusieurs théories du même fait pathologique. Mais actuellement , la tendance est opposée, et comme l'on considère généralement la colique comme toujours et partout symptomatique, l'explication doit être une aussi et s'applique à toute la généralité des cas. La théorie de Traube présente ce caractère d'expliquer avec simplicité et netteté toutes les coliques que nous avons étudiées.
Nous avons eu soin de montrer que dans la grande majorité des cas oii l'on observe les coliques intestinales, il existe une cause d'obstruction qui donne lieu inécaniquement à une accumulation gazeuse et par suite aux contractions péri-
staltiques et douloureuses des fibres lisses de l'intestin. Dans certaines circonstances, il se forme une accumulation de gaz sans que pour cela on puisse démontrer la présence d'un obstacle mécanique. Les auteurs ont expliqué ces faits de deux façons différentes, en invoquant soit un rétrécissement spasmodique d'une légère portion du tube intestinal, soit une paralysie de la même portion. Dans les deux cas, le résultat serait identique : lorsqu'il y a spasme, l'obstruction est évidente : lorsqu'il y a paralysie, les matières fécales ne peuvent dépasser l'endroit paralysé et arrivent peu à peu à barrer le passage. Les deux pbénomènes seraient produits par l'irritation plus ou moins énergique de la muqueuse : inflammation, ulcérations, néoplasmes, etc.
Il est inutile d'ajouter que, dans les cas où se produit une paralysie de l'intestin, il est nécessaire qu'elle ait une certaine étendue, et l'on ne peut croire que la paralysie d'un millimètre d'intestin, par exemple, puisse produire l'arrêt de toute la masse excrémentitielle.
11 est probable que le spasme intestinal qui est le point de départ de la colique peut se produire encore par un mécanisme différent. On sait que ce phénomène est assez commun à la suite d'émotions violentes (diarrhée nerveuse de Trousseau), dans l'hystérie, l'hypochondrie, et même certaines maladies de la moelle. 11 est probable que dans tous ces cas, auxquels on peut ajouter la colique des fièvres larvées, l'irritation part des organes centraux, il est impossible cependant de décider d'une façon absolue, si la douleur ou l'exagération des mouvements péristaltiques de l'intestin est causée direclemenl par les nerfs de l'axe cérébro-spinal ou indirectement par certaines altérations des sécrétions digestives. Cette dernière hypothèse n'est pas invraisemblable si l'on se rappelle que dans les maladies mentales, le hit maternel est très-souvent altéré et provoque rapidement des coliques chez les noui-rissons ; que dans l'hystérie on observe des accumulations gazeuses dans les voies digestives qui semblent manifestement provenir de fermentations irrégulières; dans d'autres circonstances (colique sympathique des auteurs), le spasme intestinal peut ètie le résultat d'un rellexe dont le point de départ se trouve dans un organe enflammé ou altéré, le testicule, par exemple. L'incitation part dansées cas du sympathique et le réflexe des centres médullaires (Bamberger).
En résumé, on peut considérer la colique comme provenant de contractions exagérées et irrégulières des muscles lisses de l'intestin. Ces contractions peuvent exister en quelque* sorte sine materia sous l'influence d'une perversion nerveuse , mais d'ordinaire elles sont causées par un obstacle mécanique, soit primitif, soit consécutif à un spasme d'une portion limitée de l'intestin. Cette explication est générale et s'applique tout aussi bien aux coliques hépatiques néphrétiques ou autres, qu'à celles de l'intestin.
Nous arrivons à la 4" question ; Quels sont ies moyens qui peuvent faire diminuer ou disparaître la colique ?
Le traitement de la colique se divise naturellement en traitement de la cause et traitement du symptôme.
Le traUement causal es-t excessivement variable et doit changer avec chaque cas pathologique. Nous n'y insisterons pas, d'autant mieux que l'indication causale est très-souvent purement théorique. 11 est bien évident qu'il suffit de faire disparaître la cause pour hire disparaître l'effet ; il est évident aussi, toujours en théorie, « qu'au lieu de prescrire aveuglément des narcotiques, l'on aura à faire une enquête préalable sur l'existence et le mode d'action des obstacles
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mécaniques, qui forment la cause de la colique » (G. Sée) ; mais les choses se passent autrement dans la pratique. Le malade ne comprend pas la nécessité d'un diagnostic pathogénique complet, il ne voit pas l'utilité d'un examen prolongé au milieu des douleurs dont il souffre ; il demande au médecin de lui donner du repos, et de l'empêcher de souffrir. Il faut dire que d'ordinaire l'homme de l'art se contente d'une rapide inteiTogation et qu'il s'efforce avant tout de soulager la douleur, ce qui est le premier et le plus beau de ses devoirs « Divinum opus sedare dolorem ».
Le traitement symptomatique prend donc une importance prépondérante. Malheureusement, tout en possédant un arsenal thérapeutique varié et puissant, le médecin ne pourra pas toujours surmonter la douleur qui est souvent d'une acuité extrême, mais du moins il lui sera possible, d'ordinaire, de la diminuer d'une façon notable et suffisante pour qu'il n'y ait pas lieu de craindre des complications nerveuses. Nous allons exposer en quelque mots les moyens thérapeutiques les plus ordinairement usités, en rappelant que dans le traitement de la colique il est permis et indiqué de varier ces moyens.
Nous rencontrons d'abord un grand nombre de remèdes populaires qui jouissent d'une réputation considérable : en première ligne, les applications chaudes sur l'abdomen et les tisanes chaudes.
Les applicalions cbaudes consistent généralement en légers cataplasmes de farine de lin ou de fécule de pommes de terre, en fomentations : d'autres fois on emploie des linges chauds avec lesquels on pratique des frictions douces sur les parois abdominales. Dans certains pays , en Alsace par exemple , on emploie un moyen original dont tous les médecins ont pu constater l'action rapide, c'est la chemise flambée. Au-dessus d'un feu vif de brindilles, on fait tourner avec rapidité une chemise dont on tient le collet: elle se gonfle en ballon et le tissu devient brûlant en une minute : on l'applique à même sur les parois de l'abdomen.
Parmi les tisanes chaudes, les anciens vantaient beaucoup la camomille, qu'ils administraient de préférence à toute autre. Qu'elle agisse comme tonique, comme stimulante, ou comme antispasmodique, il est certain que son action est bienfaisante et qu'elle ne mérite pas l'oubli dans lequel elle est tombée: l'infusion chaude de camomille est encore la meilleure boisson que l'on puisse administrer aux personnes qui souffrent de coliques intestinales. A côté de la camomille il faut citer l'anis, la menthe, la badiane, l'angélique, etc., toutes tisanes excitantes à divers degrés.
11 faut se défier en thèse générale, des remèdes capables de provoquer une sensation trop vive et des réflexes dont le résultat le plus net est d'accroître les douleurs. C'est pourquoi il faut être prudent dans l'emploi des frictions abdominales, des applications de glace, etc.
A coté de ces moyens adjuvants, nous en possédons de plus importants, ce sont les narcotiques et même, dans certains cas graves, les anesthésiques. Nous pourrions ici passer en revue toute la série des hypnotiques, depuis les solanées jusqu'au croton chloral et au lactate de soude, d'invention plus moderne ; mais nous nous bornons à parler des remèdes le plus habituellement employés : le chloral, l'opium et la belladone.
Le cliloral doit être administré avec prudence dans les coliques intestinales à cause de son action spéciale sur les voies digestives. Cette action, quoique contestée dans ces derniers temps, n'en existe pas moins ; d'autant mieux qu'il est
très-difficile, même avec les procédés chimiques perfectionnés qne l'on emploie de nos jours, de se procurer du cbloral bien pur ou non altéré. En tout cas, si on l'administrait contre une crise inqniélante, il faudrait le donner de préférence, suivant la méthode de Liebreich, à dose massive (de 5 à 8 gr.dans 60 gr. de sirop, en une fois).
Vopimn rend tous les jours des services signalés dans les cas dont nous nous occupons : on peut dire sans exagération que ce sont les coliques qui ont fait, ,en grande partie, le succès du laudanum de Sydenbam. Il s'administre sous toutes formes, mais les plus usitées sont les lavements laudanisés et l'injection hypodermique de morphine à dose variable. Cette dernicie méthode , qui est d'ordinaire si promptcment suivie d'effet, ne paraît pas donner d'aussi bons résultats dans le traitement de la colique intestinale.
La belladone, dont on connaît l'action paralysante spéciale sur les tissus musculaires de la vie organique, est très-bien indiquée : aussi est-elle très-souvent employée dans le traitement des coliques et avec succès. Elle est d'autant plus utile quelle paraît convenir le mieux précisément aux cas où la pathogénie de la colique est la moins claire, par exemple dans la colique de plomb ou endémique des pays chauds (Fonssagrives, Malherbe). Les frictions d'extrait de belladone sont devenues classiques dans les douleurs utérines, et des injections d'atropine dans les coliques hépatiques. Rien n'est donc mieux justifié que l'emploi de ces mêmes injections dans les cas sérieux de coliques intestinales.
Colique sèche. On a désigné sous le nom de colique sèche une maladie endémique ou régnant quelquefois épidémiquenient, dont les caractères principaux rappellent ceux de la colique de plomb, mais qui ne relèverait pas d'une intoxication saturnine. Elle s'appelait aussi : Colique du Poitou, de Normandie, de Madrid, du Devonshire, des Antilles, suivant les localités où elle avait été observée; colique végétale, névrose du grand sympathique, colique des cliauffeiirs [firemans colic), suivant l'opinion que l'on se i'aisait de sa nature; ou encore colique nerveuse, drij-hdly ache [douleur sèche du ventre), suivant les symptômes qui paraissaient les plus importants.
Peu de questions ont été autant discutées que celle de la nature de la colique sèche : les travaux qu'elle a inspirés sont extrêmement nombreux et à peu près oubliés de nos jours. 11 est inutile de revenir sur les coliques du Poitou, de Normandie, etc., petites épidémies locales observées au dix-huitième et au commencement du dix-neuvième siècle, et qui n'ont plus qu'un intérêt médiocre et purement historique. On trouvera dans l'article que Hirsch a consacré à ce sujet, dans son Manuel de pathologie géographique et historique, les détails les plus minutieux sur les caractères et la marche de ces petites épidémies. Pour nous, il suffit de savoir qu'après avoir passé en revue tous les auteurs de l'époque et avoir mis eu lumière des détails qui avaient passé inaperçus, Ilirsch est arrivé au résultat suivant : c'est qu'autant que la critique historique permet de conclure pour ces temps déjà éloignés de nous, les épidémies de colique sèche observées en Normandie, au Devonshire, au Poitou, etc., relevaient toutes de l'empoisonnement par le plomb (généralement par l'absorption de boissons plombifères) .
A partir de l'année i830, cette maladie oubliée prit tout à coup une importance extrême. C'était l'époque de la transformation des bâtiments à voiles en bateaux à vapeur, et l'on vit apparaître, à bord des vaisseaux de la marine mili-
taire française, une affection en tout semblable à la colique du Poitou, qui prit d'emblée une extension considérable, et dont les ravages allèrent en progressant en même temps que la transformation de la flotte. Sans doute on a beaucoup exagéré, depuis, le nombre des hommes atteints et surtout des décès ; il n'en est pas moins vrai que les pertes éprouvées, du fait de la colique sèche, furent assez sensibles pour provoquer un émoi général.
Nous avons déjà dit que la colique des vaisseaux, comme ou l'appela, présentait les mêmes symptômes que la colique saturnine. Au point de vue épidémielogique, on observait quelques singularités assez curieuses. Ainsi elle était strictement limitée aux bâtiments de la marine militaire française, elle apparaissait de préférence dans les régions intertropicales, mais ne se communiquait presque jamais aux indigènes ou aux habitants des côtes. Elle régna surtout dans la station navale de l'Afrique occidentale, de Saint-Louis jusqu'à Saint-Paul de Loanda, dans la baie de Bénin et Biafra (1840), dans la station des Indes, à la côte de Madagascar, à l'île Bourbon et aux Moluques, et enfin, chose curieuse, sur les côtes de la Nouvelle-Zélande. Une seule épidémie a été citée siu' des bâtiments non français, c'est celle que Buel signale comme ayant régné, vers 1850, sur les paquebots qui faisaient le sei'vice entre Panama et la côte de Californie, et qui sévissait presque exclusivement parmi les mécaniciens et les chaufiéurs.
Quelle était la nature de la colique des vaisseaux? Les médecins de marine étaient très-embarrassés. On soupçonna tout d'abord le plomb d'en être la cause, et, dans un certain nombre de cas, on put attribuer l'affection à une peinture récente de la cale ou des cabines. On abandonna malheureusement cette idée à cause des singularités que l'on croyait inexplicables dans l'hypothèse d'une intoxication saturnine. Segond, qui avait beaucoup étudié la colique des vaisseaux, la considéra comme une entité morbide nettement caractérisée et la nomma névrose du grand sympathique : sa cause ordinaire était le froid, sa nature rhumatismale. La théorie de Segond fut abandonnée à son tour, et, vers le milieu du siècle, nos confrères de la marine étaient arrivés à une opinion trèsdifférente. On pensait généralement (Dutroulau, Fonssagrives, etc.) que la colique nerveuse des pays chauds tenait à un empoisonnement miasmatique. Ce miasme était, pour quelques-uns, identique avec le miasme paludéen, et la colique sèche était une forme particulière de fièvre de mal'aria ; pour d'autres, il s'agissait d'un miasme de nature spéciale, qui prenait naissance dans le bateau lui-même, sous l'influence de causes inconnues. « L'atmosphère marine des côtes semble être le foyer d'émergence de la cause de la colique sèche, qui frappe de préférence les équipages des navires au mouillage » (Dutroulau).
C'est au milieu de cette unanimité que Lefèvre, directeur du service de santé à Brest, publia ses Recherches sur les causes de la colique sèche (Paris, 1859). L'elfcl de ce livre fut considérable. L'auteur admettait comme indiscutable l'origine plombique de la colique sèche, et accumulait tant de preuves à l'appui de cette opinion qu'il était difficile de résister à tant de véi'ité. Le ministre de la marine, amiral Hameliu, fut heureusement l'un des premiers converti aux idées de Lefèvre, et décréta, sur-le-champ, un certain nombre de mesures qui avaient pour but de soustraire, autant que possible, nos marins à l'influence du plomb. Disons de suite, qu'à la suite de ces mesures sanitaires, les cas de coliques des vaisseaux diminuèrent de fréquence et de gravité, et que, dans un prochain avenir, la maladie sera tout aussi oubliée qu'avant 1850. Jamais question d'hygiène publique n'aura été résolue avec plus de science et d'appréciation judi-
cieii ;c des l'ai[s : c'est là une belle page pour nos confrères de la marine. En clîct, elepuis 1860, la plupart des partisans de la théorie miasmatique se sont rilliés à la théorie de Let'cvrc. Horchard et Villette admettent complclement ses idées et arrivent à démontrer, dans la grande majorité des cas, la présence du plomb. « Lorsqu'on ne se décourage pas des premières recherches infructueuses, ou liiiit toujours par trouver le métal toxique » (Borchard).
Arrivons maintenant aux principaux arguments de Lefèvre.
l^ourquoi la colique sèche apparaît-elle toujours sur des vaisseaux de la marine militaire française ?
Cela tient à un certain nombre de faits spéciaux à notre flotte. La consommation du plomb y est énorme. Il résulte de documents officiels qu'un vapeur de 90 canons exige pour sa construction environ 15,000, kilogrammes de plomb métallique servant à faire des conduits, des réservoirs, des couvertures, etc., ce qui constitue au moins une surface de 80 mètres carrés émettant des poussières plombifères. De plus, on emploie environ 600 à 800 kilogrammes d'oxyde de plomb pour les peintures, les mastics, etc., etc.
D'un autre coté on a installé, à partir de 18-iO, des appareils de distillation à bord des vapeurs ; c'est là ce qui constituait le véritable danger. Les tuyaux de ces machines étaient généralement en plomb, et l'on sait, depuis l'accident de Claremont, avec quelle énergie l'eau distillée attaque les conduits de ce métal. Cette eau était ensuite versée par l'appareil dans des charniers, réservoirs considérables en bois ou en tôle. Lorsque le charnier était en bois, il n'était pas dangereux, mais il était souvent en tôle recouverte d'une couche de zinc, et l'on a observé depuis que ce zinc est toujours fortement plombifère. Les charniers n'ont pas de robinets ; ils contiennent un certain nombre de siphons terminés par un embout extérieur, par lesquels les marins aspirent l'eau en suçant : cette disposition est nécessaire pour prévenir le gaspillage. Aujourd'hui, siphon et embout sont en buis, mais autrefois on employait généralement des siphons en fer-blanc 0,1 même en plomb pur. Or les expériences faites par Lefèvre permettent de conclure que, dans les deux cas, l'eau du charnier, en arrivant à la bouche du consmun;iteur, contenait des doses de plomb très-suffisantes pour produire une intoxication. Aous répétons qu'il s'agit d'eau distillée.
Enfin il ne faut pas oublier que, sur les vaisseaux français, une foule d'instruments de cuisine et de vaisselle étaient plombifères; il en était de même, paraîtil, dans les hôpitaux maritimes de nos colonies : ce dernier fait nous paraît avoir passé trop inaperçu. L'étamage lui-même était très-défectueux. Lorsque l'on examina de près l'étain que l'on délivrait dans ce but, au port de Brest, on trouva qu'il contenait 50 pour 100 de plomb : il en était à peu près de même à Toulon et à Bochefort.
Ces détails danneut suffisamment la clef de la préférence malheureuse de la colique sèche pour la marine militaire, beaucoup plus maladroitement installée, au point de vue hygiénique, que la marine marchande. Dans les autres marines elle était inconnue, et les Anglais l'appelaient maladie française. Hirsch dit qu'il n'existe pas de documents sur les conditions de la marine hollandaise (oii elle était rare), mais que, dans la marine anglaise et prussienne (où elle n'existait pas), les précautions les plus minutieuses ont été prises depuis longtemps pour que l'eau ne puisse pas contenir la moindre trace de plomb.
Vourquoi la colique sèche apparaît-elle de préférence dans les i^éyions interiropicales
D'abord, précisément parce qu'elle est due à une intoxication saturnine. On sait, depuis le livre de Tanquerel des Planches, que la colique de plomb montre une prédilection évidente pour la saison chaude (juin, juillet, aoiit).
Dans les coliques du Poitou, de la Normandie, etc., dont on n'a jamais nié ridenlilé avec la colique des vaisseaux, on avait déj;i observé l'iniluence de la tempéralure, et ces épidémies étaient presque exclusivement estivales (Faure, en Espagne; Fenner, en 1849, à la Nouvelle-Orléans). Un siul fait semble contradictoire; nous le citerons parce qu'il est beaucoup plus récent : Castan (Relation d'une épidémie, etc. In Montpellier médical, 1875) rapporte une épidémie de colique, observée en août et octobre 1872 (en automne, par conséquent), à Monipellier et aux environs. L'auteur a été fi'appé de cette apparition tardive, et, n'en ayant pas d'ailleurs pu trouver la cause, il proposa de ranger celte épidémie au nombre de celles qui appartiennent à la colique nerveuse. Pour nous, il n'est pas douteux qu'elle doive être considérée comme de nature saturnine ; du reste, l'été de 1872 avait été très chaud et Irès-prolongé; au mois de septembre ou avait encore, à Montpellier, 50° et 3')" de chaleur.
Enfin, troisième fait du même genre, ce sont les marins occupés dans les endroits les plus clwuds du bâtiment qui sont atteints de préférence, c'est-à-dire les cuisiniers, les mécaniciens, les chauffeurs. Buel nous apprend que, sur les paquebots américains, on lui donnait le nom de firemans colic.
Lefcvre a appelé l'attention sur un détail de pratiqvie qui explique on ne peut mieux la préférence de la colique sèche pour les régions intertropicales. Sous ces latitudes, en effet, la chaleur est telle que les hommes boivent énormément, et, de plus, l'eau est plus chargée de sels plombiques que dans les climats tempérés, parce que les charniers sont réglementairement acidulés. En effet, l'ordonnance du 5 février 1825, dispose qu'à l'arrivée sous les tropiques, on emploiera
Eau de vie (tafia ou rhum) 0 lit. 023
Sucre cassOiinaJe 10 si'uiiiraes.
Vinaigre 0 gr. 0"2
par homme et par jour pour être mêlé à l'eau des charniers. On comprend aisément combien l'action déjà si énergique de l'eau distillée se trouvera favorisée par cette proportion assez considérable d'acide acétique, si les parois ou les siphons des charniers contiennent du plomb.
Pourquoi la colique sèche natleint-elle pas tout le vionde indistinctement?
Rochard et Dutrouleau nous ont appris que les mousses ne sont jamais atteints, les officiers rarement. Segond, à Cayeime, ne l'a jamais vu frapper les femmes ni les enfants.
Il est probable que cette immunité relative tient à ce que ces classes de personnes boivent peu ou point de boissons alcooliques. On a observé depuis longtemps (Micliel Lévy, Tanquerel des Planches), que l'abus des boissons alcooliques était une des conditions prédisposantes de l'intoxication saturnine. Celle observation avait été faite dans les conirées tempérées; combien l'abus des spiritueux doit être plus pernicieux dans les contrées tropicales !
Nous voyons donc, par cette rapide analyse, que les singularités de la colique sèche sont purement superficielles, et qu'au fond la colique des vaisseaux présente les mêmes caractères, au point de vue de son apparition et de sa marche, que la colique de plomb. Les reclierclies de Lefèvre nous ayant montré, d'ailleurs, que les bâtiments de la flotte présentaient autrefois des causes nombreuses d'intoxication saturnine, la conclusion se trouve justifiée.
U nous reste, enfin, à exposer la meilleure démonstration de la vérité de ces théories : c'est le résultat extraordinaire produit par les modifications introduites dans les appareils distillatoires, cliarniers, etc., etc. Autrefois, il n'était pas rare. d'observer des épidémies de colique des vaisseaux qui frappaient tout un équipage, 300 ou 400 hommes à la lois, et qui en faisaient périr ou rester infirmes un grand nombre. Or Le Roy de Méricourt nous a appris dernièrement, d'après des sources officielles, que, dans un espace de temps variant de 4 à 5 ans, de 1871 à 1876, on a trouvé, dans nos trois grands ports de mer :
A Toulon. . . . sur lô.Srifi convalescenls. 4S cas de colique sèche.
A Biest 12.175 — 28 — —
A Rochelort. . . 4.0Jo — 5 — —
Soit environ 1 sur 325 cas de convalescence, proportion exli'èmement minime. C'est ce merveilleux résultat des mesures hygiéniques conseillées par Lefèvre, qui explique comment des savants comme Dutroulau, hochard, Fonssagrives, etc., ont abandonné les idées qu'ils avaient autrefois préconisées, pour adopter celles qui ont cours actuellement.
De nos jours, voici où en est la question. On verra, par la récente discussion à l'Académie de médecine, que l'on est d'accord généralement pour admettre que, dans l'immense majorité des cas, la colique sèche est d'origme plombique. Mais certains auteurs, comme Gublcr, Rufz de Lavizon, etc., pensent qu'il existe à Caycnne et au Sénégal des coliques sèches avec symptômes nerveux graves, « qui paraissent relever uniquement d'intUiences locales, et qu'il est difficile d'expliquer par un empoisonnement saturnin » (A. Laveran). La colique endémique des pays chauds existerait donc, si l'on admet ce point de vue. Or les recheixhes récentes tendent à faire croire que ces faits de colique nerveuse sont d'une rareté excessive, et qu'on les admet un peu sur la foi des anciens auteurs. Villette, (jui a habité deux ans le Sénégal, nous dit que, dans cet espace de temps, les médecins civils des diverses localités du pays n'ont pu lui montrer un seul cas de colique sèche. Ce qui est certain, c'est que la colique sèche apparaît de préférence sur les bateaux ou la rnaVaria ei presque totalement inconnue, et qu'elle est très-rare dans les plus violents foyers de mat'aria.
Nous ne voyons paj, pour ce qui nous regarde, de difficulté à expliquer les cas douteux de cohque nerveuse par l'inloxicalion saturnine. La colique sèche, colique des vaisseaux ou comme on voudra l'appeler, est une maladie, non pas semblable, mais absolument identique avec la colique de plomb, au point de vue des symptômes : comme elle, c'est une affection d'une spécificité typique, et il nous parait illogique d'admettre que deux processus d'intoxication aussi complètement semblables ressortissent à deux causes différentes.
On ne trouve pas toujours le plomb, c'est vrai : d'abord parce qu'on ne le cherche pas toujours bien où il se trouve; ensuite, parce que son action est essentiellement insidieuse et n'exige que des doses successives très-minimes, que les petites doses sont difficiles à démontrer cliniquement, surtout dans les conditions où opèrent les médecins de la marine. Si la colique des vaisseaux était une maladie des laboratoires, il y a longtemps que sa cause serait démontrée d'une façon indiscutable. — Enfin, s'il existe quelque chose d'irrégulier, de singulier dans la marche de ces épidémies, qui souvent n'atteignent qu'un nombre restreint d'individus lorsque toute la masse d'un équipage est soumis à la même cause nocive, cette singularité n'a rien d'étonnant si l'on réfléchit aux mille circonstances qui peuvent faciliter ou retarder l'absorption du plomb à
bord d'un vaisseau. De plus, on sait depuis longtemps qu'un fait analogue a été observé dans nos contrées pour l'empoisonnement par le plomb, et qu'il existe une sorte à'idiosyncrasie saturnine. Il semble donc que l'éliologie saturnine, l'ecomiue vraie pour le plus grand nombre de cas de colique sèche, -doit être étendue à tous.
« Il n'y a pas lieu d'admettre, dit M. Le Roy de Méricourt, dans le cadre nosologique, en dehors des manifestations variées et successives de l'intoxication saturnine, une maladie endémique des pays chauds donnant lieu aux mêmes symptômes, se succédant de la même manière, qui reconnaîtrait pour cause une intoxication miasmatique tellurique ou autre. La colique endéinùjue des pays chauds n existe pas. »
MORACHE et G. ZUBER.
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COLLADO (Luiz). Très-célèbre médecm espagnol du seizième siècle ; il était né à Valence, et c'est là qu'il fît ses études médicales, et que plus tard il remplit les fondions de premier professeur dans l'université de cette ville. C'était un homme fier et indépendant, cotnmc il en donna plui d'une fois la preuve dans ses relations avec les grands, dont il dut faire plier l'orgueil devant la sicence. Passionné pour son art, pour son enseignement, pour ses disciples, il refusa les offres avantageuses que lui faisait Philippe 11 pour l'appeler à sa cour.
DICT. EKC. XVllI. 50