‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.18Chapitre 9 sur 63 · MAXIM M · texte numérisé non relu

MAXIM M

MIN-IMCM.

MOÏE.N.NE.

p.\n MOIS.

PAR SAISONS. j

Dcceinlire

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Aoiit

Septembre ....

Octobre

IVovembro ....

Moyennes. . . .

fi 2 .i.8 3.8 7.3 .i.3 2. G 1.0 5.7 G. 2 G.li

Il ,o,';7ii

... 235"'"',1 Hiver. . . Uj.Stlepluic.

' . ( 230""», 7 Pnnlemrs. \ -jo j. i Je pluie.

'-''^- ■ • ■ ( 9]. Ode pluie.

in8-",S Automne.. .jg j. .4 je pluie.

J'ai donné cet exemple pour montrer comment doivent être dirigées ces recherches udoractriques dans les diverses localités. Montpellier a donc en moyenne S8 jours de pluie par an. Le mois le plus pluvieux (au point de vue du nombre des jours) est mai, puis vient novembre, puis octobre. Le mois le moins pluvieux est août, puis viennent juillet et avril.

A Alger oti il pleut moitié moins qu'à Londres, mais deux fois plus qu'à Oran, la moyenne udométrique annuelle est de 0'".00i répartis entre 95^,0 ainsi répartis : de novembre à avril 72 jours et d'avril à novembre 23 jours.

A Hyères, il tombe 746 millimètres d'eau dont 257 millimètres pour les mois d'hiver; il y a 62 jours de pluie dans l'année ainsi répartis : hiver 17,5; printemps 16,2; été 6,9; automne 22.

A Nice, en compte dans l'hiver 17 jours de pluie. Novembre est le mois le plus pluvieux. Les autres mois se classent ainsi sous ce rapport : mai, seplembre, octobre, janvier, mars, février, décembre, juin, août et juillet. Ce dernier mois n'a, en moyenne, que 2J,1 de pluie. L'ensemble des jours pluvieux pour toute l'année est de 70 (Tesseyre). La moyenne annuelle de pluie, suivant Show est de l'",o80.

Le rapport — dans lequel P/ représente en millimètres la quantité d'eau et N

le nombre de jours entre lesquels elle se répartit, devrait être calculé pour l'année entière, pour chaque saison, pour chaque mois, et l'on aurait ahisi une idée exacte du régime et de la distribution des pluies pour une localité.

Il faudrait même pousser plus loin ces reclierches et calculer pour chaque mois la répartition du nombre d'heures de pluie et de la quantité de celle-ci entre les deux périodes du nycthémère, et faire cette même étude pour les quatre périodes horaires de la journée, indiquées plus haut. On apporterait ainsi à ce que j'appellerai la détermination des journées médicales un apport extrêmement utile.

Je me résume : 1» quantité moyenne annuelle de pluie avec le maximum et le mininum des jours; 2" quantité moyenne saisonnière; 5<» quantités moyennes mensuelles avec le maximum et le minimum; 4° quantités moyennes nyctémériales; 5" quantités moyennes nocturnes; 6° quantités moyennes diurnes; 7" quantités moyennes horaires; 8" abondance moyenne de chaque pluie;

9» quantité moyenne de chaque pluie; 10" pluies ordinaires ou pluies d'orages; H" direction des vents qui amènent chaque pluie, etc. Tels sont les pomts principaux de l'étude climalologique des pluies. Quand les pluies d'un grand nombre de localités auront été étudiées de cette façon, on arrivera en rapprochant ces résultats, à formuler des lois, car rien n'est fortuit en cette matière, tout obéit à des lois, souvent complexes, mais qu'on finira certainement par formuler.

L'explication que j'ai donnée plus haut de la production de la pluie par refroidissement ou condensation d'une masse d'air près de son point de saturation hygrométrique, embrasse toutes les causes qui concernent la pluie. Les atmosphères humides et signalées par une gi^ande instabilité anémologique sont celles qui sont surtout pluvieuses. La succession d'un vent froid à un vent chaud ou la rencontre de deux vents de température différente est la condition qui amène les pluies.

L'humidité atmosphérique apparaît sous forme de brouillard, de brume ou de nuage, avec une fréquence très-différente suivant les climats et c'est celte condition qui produit le degré de sérénité du ciel, circonstance qui, je l'ai dit plus haut, exerce une influence puissante sur la santé parce qu'elle détermine les quantités de chaleur et de lumière qui arrivent jusqu'au sol et qu'elle règle de plus, et dans une mesure étroite, le degré de constance ou d'inconstance thermologique d'un climat.

On a distingué les brouillards en humides et en secs, les premiers sont constitués par de l'eau à l'état vésiculaire dans les couches supérieures de l'atmosphère. Dans les régions polaires ces vésicules sont remplacées par de fines aiguilles de glace. Les brouillards sont considérés, et non sans raison, comme malsains. Ils maintiennent en effet les miasmes terrestres et les émanations iîidustrielles condensées dans une couche basse au milieu de laquelle nous i^espirons; de plus dans les saisons froides, ils constituent un milieu doué d'une conductibilité calorifique considérable et deviennent ainsi une cause de refroidissement pour nos organes. Dans certains climats le brouillard constitue un fléau véritable. Les brouillards de Londres (Londdn's fogs) ont une réputation fâcheuse. L'industrie humaine dispose de ressources réelles pour diminuer l'humidité d'une localité, en raréfiant les arbres qui la couvrent et en pratiquant le drainage du sol. En Angleterre on a transformé par cette dernière pratique des campagnes qui auparavant étaient presque incessamment enveloppées dans le brouillard.

Les brouillards secs sont rares et ne paraissent exercer aucune iniluence sur la santé; leur origine a été diversement expliquée, mais on s'accorde généralement à les regarder comme constitués psr des poussières volcaniques {voy. Brouillards).

La brume n'est que le brouillard maritime; elle se forme aussi, et probablement de la même manière que le brouillard terrestre, par l'étagement de couches d'air par les temps calmes dans leur ordre inverse de densité, de saturation hygrométrique et aussi de température; l'absence de mouvement dans l'atmosphère empêche ces différentes couches de se mêler et il suffit du plus petit abaissement de température pour qu'elles abandonnent sous forme vésiculaire l'eau qu'elles contiennent.

Il est important, quand on étudie médicalement un climat, de rechercher quel est le nombre des brouillards dans l'année, dans cliaque saison, dans les

dilféicnts mois, et aussi leur répartition habituelle aux dii'férenles heures de la journée. Le médecin en tire des inductions pratiques sur la i'açon dont il doit diriger la sortie et les jDronienadcs de ses malades.

Cette étude a été faite avec soin pour quelques reluges d'hiver où affluent les phthisiques ; c'est ainsi qu'à Montpellier où les brouillards sont très-rares et ressemblent plutôt à de simples brumes, un relevé de dix-sept années a indiqué une moyenne de 15 brouillards par an ainsi répartis: matin H, midi 0, soir 4,9. A Nice, M. Teysseire, dans une observation continue de quinze ans, a noté une moyenne de 22 brouillards par an, partagés de la manière suivante entre les saisons : printemps 4, été 1 , automne 7, hiver 1 0. Menton se signale par l'absence complète de brouillards; ils sont aussi très-rares à Venise et à Pise. Pau jouit également sous ce rapport d'une remarquable immunité. M. de Valcourt qui a insisté sur ce fait, en a signalé la singularité pour une atmosphère dont l'humidité est représentée par 77", tandis que dans la région méditerranéenne française elle n'est que de 62". Pau se rapproche de Pise, sous ce rapport; dans ces deux villes il pleut beaucoup, l'air est humide et les brouillards sont rares. La nébulosité ou la sérénité du ciel sont également des foits climatologiques. d'une grande importance; ils règlent en effet la q.uanlilé de chaleur et de lumière que reçoit une localité, en même temps que l'uniformité ou la variabilité de sa température, sans parler, s'il s'agit de malades, de l'humidité qui signale les temps couverts, lesquels habituellement sont brumeux en môme temps que nuageux, et de l'influence exercée sur le moral par la sérénité ou la nébulosité du ciel.

11 importe donc de tenir de cette condition un compte sérieux et d'en noter les particularités pour chaque climat. Cette étude n'a guère été faite que pour les stations d'hiver. M. Gilbert d'IIercourt a bien voulu, il y a quelques années, me communiquer les résultats de son observation sur ce point pendant un long séjour à Monaco. Cette localité a présenté en moyenne, sur 90 jours d'hiver, 20 jours de temps couvert, le maximum a été pour janvier et le minimum pour décembre. Il résulte d'observations faites à Menton par M. de Bréa et embrassant 5,66o jours que, sur ce nombre, 2, 140 jours ont été signalés par une sérénité complète; 450 par du soleil et des nuages; 248 par un temps couvert; et 808 par de la pluie. Le nombre des jours de soleil pendant cette longue période a donc été, par rapport aux jours couverts ou pluvieux, comme 2,5 est à 1.

Il n'est pas besoin de signaler l'influence de l'humidité atmosphérique sur les êtres vivants : elle est assez grande pour que quelques climatologistes aient cru devoir décrire à part les climats de même température, suivant qu'ils sont humides ou secs. M. Celle, en particulier {Ili/giène des Européens dans les paijs chauds) a beaucoup insisté sur l'action difféi-ente exeicée par les climats clnuds et secs et par les climats chauds et humides. 11 est certain que le degré habituel d'humidité ou de sécheresse exerce sur leurs qualités physiologiques une influence presque égale à celle de leur température. Les anciens, en disant que la sécheresse et l'humidité engendraient des tempéraments et des constitutions médicales, exprimaient un fait que l'observation moderne n'a pas infirmé.

L'humidité atmosphérique est aggravatrice de la chaleur comme du froid dans le midi et dans le nord et cela se conçoit : quand il fait chaud, l'humiiiité lait languir la transpiration insensible et l'exhalation pulmonaire qui sont les deux grands moyens de réfrigération de l'économie par évaporation de ses liquides ; quand il luit froid, elle donne à l'air qui baigne nos organes des cou-

(liiions de conductibilité calorifique qu'il n'a pas quand il est sec, et l'humidité accroît la perle de chaleur que subit l'économie. Pour des climats de chaleur • égale, l'humidité produit, de plus, une atonie des voies digestives, une sorte de torpeur musculaire, une imperfection des dépurations respiratoire et cutanée, compensée par une augmentation de la sécrétion urinaire. Il laut aussi tenir compte de la diminution des excitants lumineux et calorilique; de l'accroissement des maladies zymotiques par le fait de la décomposition plus facile des matières putrides qui recouvrent la terre ; du maintien des émanations morbigènes à une hauteur peu élevée au-dessus du sol ; et enfin de la dissolution des substances organiques dans l'eau de l'atmosphère. On a voulu caractériser l'action morbiçène de l'humidité chaude et de l'humidité froide, en disant que la première produit surtout l'allanguissement des fonctions de réparation, les maladies miasmatiques, les affections de l'appareil digestif et de ses annexes, l'anémie, tandis qu'à l'humidité froide doivent être rapportées : la fréquence inusitée des maladies de l'appareil respiratoire : angine, bronchite, pleurésie, pneumonie, celle du scorbut, de la maladie de Bright, des rhumatismes, etc.

III. Pression de l'air. Les, variations de la pression atmosphérique sont affaire d'accidents de sol et par conséquent de localité plutôt que de climat, néanmoins la météorologie enseigne qu'en dehors même des perturbations accidentelles de l'atmosphère, qui amènent des variations dans la hauteur de la colonne harométrique pour la même localité, il y a des variations régionales qui consistent dans une dépression normale comme celle qui existe en Irlande, au Groenland et au cap Ilorn, et un maximum comme celui constaté dans les deux hémisphères au niveau du trentième parallèle. De plus, pour la même localité, il existe des variations horaires de la pression barométrique. A l'équateur elles acquièrent une amplitude et une régularité remarquables qui peut dépasser 2 millimètres ; les minima se montrent à 3 heures 45' du matin et à 4 heures 5' du soir, et les maxima à 9 heures 57' et à 10 heures H'. La hauteur barométrique moyenne à Paris se constate de midi à 1 heure. Quant aux variations accidentelles, elles semblent, pour les mêmes parages, être justiciables de la direction des vents, ceux du nord et du sud diminuant la pression, et par conséquent faisant augmenter le baromètre, ceux du sud la déprimant au contraire.

Quand on s'élève au-dessus de la mer, la colonne barométrique baisse et sa décroissance est soumise à une loi régulière ; elle est d'un millimètre pour chaque 10"', 50 d'ascension, de telle sorle qu'à 5,000 mètres la colonne barométrique n'a plus que 0'",425 et à 6,500 mètres, hauteur qu'à atteinte Gay- Lussac dans sa mémorable ascension, elle n'est plus que de O^joSO. Par contre, dans les dépressions naturelles ou artificielles du sol au-dessous du niveau de l'Océan, le baromètre monte dans la même proportion. Or, au niveau de la mer et avec une pression de 760 millimètres, notre organisme supporte par le fait de l'atmosphère un poids de 17,500 kilos, et à la hauteur de la ferme d'Antisata, en Bolivie, à 4,500 mètres, le baromètre ne marque plus que 428 et la pression supportée par le poids humain est réduite à 9,800 kilos. On comprend combien cette circonstance mécanique, quand elle se produit brusquement, doit amener de perturbations ou du moins de changements dans les phénomènes de la vie. A Mexico, qui est à une altitude de 2,000 mètres, la pression barométrique n'est plus que de On',589, et à Quito, plus élevée encore de 1,000 mètres, de 0'",545 seulement. Le point le plus élevé du globe habile d'une manière

permanente par l'homme est un couvant du Tliibet place à une hauteur de 5,059 mètres au-dessus de la mer.

Si l'altitude est impuissante, par elle-même, et isolée de tout autre élément climatologique, à caractériser un climat ou un groupe de climats, comme l'a démontré magistralement M. le Roy de Méricourt dans ce Dictionnaire {voy. art. Ai.titode) ; il n'en est pas moins vrai qu'elle constitue, pour des climats placés par ailleurs dans des conditions égales, une cause puissante de modification et par suite d'action physiologique. Dans un ouvrage récent [Hygiène et assainissement des villes, Paris, i.H14, p. 75), j'ai étudie l'influence de l'altitude sur les climats de localité et j'ai classé à ce point de vue les villes en cinq catégories : ] ° villes de hauts plateaux ; 2" villes alpestres ; o" villes de montagne ; A" villes de colline; 5° villes au niveau de la mer ou au-dessous, assignant aux premières une hauteur arbitraire de 4,060 mètres à 2,000 mètres ; aux secondes une hauteur de 2,000 à 1,000 mètres; aux troisièmes une hauteur de 1,000 cà 500 mètres ; aux quatrièmes une hauteur de 500 mètres à 50 mètres et aux dernières une hauteur de 50 mètres à 4 mètres au-dessous du niveau de l'Océan. J'ai proposé d'appeler villes isorométriques (de to-o; égal, opo; hauteur, ptgi-pov mesure), celles quiont une altitude sensiblement égale, c'est-à-dire qui ne diffèrent que dans les limites de 50 mètres au plus. Je donnerai ici quelques chiffres indiquant la hauteur de quelques-unes de ces villes se rattachant à ces divers groupes.

1" Villes de hauts plateaux (de 4,060 à 2,000). On peut les subdiviser en : Villes de plus de 4,000 mètres ; il n'y en a qu'une seule, c'est Polosi, en Bolivie; c'est la ville la plus élevée du globe; Villes de plus 5,000 mètres : Puno à 5,796 mètres, Oruro en Bolivie à 5,796 ; Micuipaupa, au Pérou à 5,678 mètres; Villes de plus de 2,000 mètres : Quito à 2,908 mètres; Santa Fé de Bogota à 2,661 mètres; Arequipa, au Pérou à 2,595 mètres, et enfin Mexico, la plus importante de ces villes, située sur le plateau l'Anahuac à 2,977 mètres, c'est-à-dire à 400 mètres seulement au-dessous de l'hospice du Grand-Saint- Bernard.

L'Amérique présente cette particularité qu'elle a seule, des villes de hauts plateaux ; l'Europe et l'Asie n'ont que des villes alpestres et des villes de montagne; l'Afrique et l'Océanie n'ont que des villes de colline.

En résumé, les hauts plateaux de la Cordillière des Andes voient s'élever à des hauteurs qui varient entre 4,060 et 2,278 mètres, une population de 450,000 âmes environ, agglomérées dans des villes importantes, ce qui démontre sulfisamment l'habitabilité des hauts plateaux. Leur formule climatologique peut se résumer ainsi : écarts considérables entre la température du jour et celle de la nuit ; diminution considérable de la pi"ession atmosphérique ; air moins oxygéné ; évaporation active et cependant sécheresse de l'air; peu de pluie, ciel lumineux et découvert ; rayonnement nocturne produisant des nuits froides et des rosées qui suppléent à l'absence de pluies et entretiennent la végétation. L'habitation des hauts plateaux produit chez les nouveau-venus des troubles expressifs, mais peu durables, qui précèdent l'accommodation de la vie à ce milieu nouveau pour elle : la respiration devient plus vite et plus laborieuse ; la circulation s'accélère aussi ; il y a quelquefois des palpitations, des battements artériels, un peu de f;itigue musculaire, de la pesanteur de tète, de la somnolence, de l'inaptitude à la marche, une soif vive, etc. ; mais au bout d'un certain temps tout rentre dans l'ordre et racclimatemeut se produit d'ordimûre sans difficulté.

2° Les villes alpestres comme Briançon qui, située à l,o21 mètres, est la ville la plus élevée de France et aussi la plus liante de cette catégorie, Charabéry à 1,270 mètres, Ispahan à 1,347, Téhéran à 1,250, etc., ne sont possibles que sous des latitudes peu élevées ; quand elles sont à découvert et n'occupent pas le fond de vallées profondes, elles offrent d'ordinaire un climat très-vif et trèsstimulant qui aguerrit les santés vigoureuses, mais qui est périlleux pour les constilutions faibles. Les enfants et les vieillards y résistent difficilement, et cette àpreté climatologique n'y est pas suffisamment compensée par la pureté de l'air.

5» J'ai divisé leâ villes de montagne en celles qui ont plus de 800 mètres (Saint-Flour, Pontarlier) ; celles qui ont plus de 600 mètres (Jérusalem, Gnp, Mende, etc.) ; celles qui ont plus de 700 mètres (Digne, Aurillac, le Puy) ; celles qui ont plus de 500 mètres (Lausanne, Municb, Ragnères de Bigorre, Saint- Pons, etc.) ; celles qui ont plus de 400 mèlres (Grenoble, Langres, Brionde, Annecy, Clcrmont-Ferrand, Genève) ; celles qui ont plus de 500 mètres (Montbrizon, Verdun, Épinal, Tarbes, Belfort, Privas).

Les villes de cette altitude qui sont placées dans la zone méridionale de l'Europe sont d'ordinaire remarquables par leur salubrité. Elles le doivent aux climats des montagnes caractérisés par la pureté et la vivacité de l'air, à la déclivité du sol qui leur permet de se débarrasser de ces produits de toute nature qui sont le résultat de la vie et de l'activité des villes et aussi à l'imperméabilité babituelle de leur sol.

4» Villes de colline et de falaise. On peut les diviser en celles de plus de 200 mètres (Pau, Draguignan, Vcsoul, Turin, Dijon, etc.) ; celles de plus de 100 mèlres (Lima, Prague, Moscou, Vienne (Autriche), Toulouse, Cbiilons-sur- Saône, Lyon, Carcassonne) ; celles de moins de 100 mètres (Dresde, Constantinople, Paris, Tours, Beauvais, Bennes, etc.

Ces villes sont, toutes choses égales d'ailleurs, les plus salubres de toutes ; elles le sont d'autant plus qu'elles se rapprochent davantage de la limite maximum que nous leur avons assignée ; elles échappent, en effet, à l'influence climatérique des villes de hauts plateaux et des villes alpestres, et de plus, elles n'ont pas les dangers des villes de vallées. Largement aérées, abondant en lumière, reposant sur un sol d'ordinaire rocheux et d'une déclivité qui ne permet pas aux eaux de stagner, elles ont de plus l'avantage, si elles n'occupent pas le sommet de la colline et si elles ont une bonne orientation, d'avoir dans la colline ellemême, un abri efficace contre certaines conditions aggressives de température. Et je dois rapprocher, comme altitude, des villes de colline, en ce qui concerne la température du moins, les villes qui sont sur des plaines élevées de 300 mètres à 50 mètres.

5° Une dernière catégorie comprend les villes qui ont une altitude de 50 mètres et au-dessous: (Rome, Berlin, Montpellier, Nantes, Narbonne, Bordeaux, Gaen, etc.). Les villes qui sont au-dessous du niveau de la mer et qui sont défendues contre ces aggressions par des travaux, sont celles d'une partie du littoral des Pays-Bas et de la Belgique, c'est ainsi qu'Ostende est à 1 mètre au-dessous de la mer, la Hollande tout entière est dominée en moyenne de 4 mètres par la mer.

On peut considérer les villes de plaine comme les plus insalubres de toutes, parce que ce sont celles qui ont le plus à souffrir des eaux stagnantes et des émanations miasmatiques qui s'en dégagent.

Si je résume pour la France seulement les conditions d'altitude de ces prnicipaux centres de population, je trouve que sa ville la plus élevée est Briançon, à 1,521 mètres, et la moins élevée Saint Brieuc à 2 mètres; qu'elle a deux villes de plus de 1,000 mètres ; trois villes de plus de 800 ; deux villes de plus de 700, neuf villes de plus de 400; treize villes de plus de 200; onze ville de plus de 100 mètres et trente villes ayant une altitude de 100 mètres à 2 mètres. Los villes basses de notre pays, c'est-à-dire celles qui ont moins de 50 mètres ■d'altitude sont au nombre de 16 : Angers (47 mètres); Nimes (46 mètres); Guingamp et Montpellier (44 mètres) ; Mont-de-Marsan (42 mètres) ; Agen (42 mètres) ; Perpignan (50 mètres) ; Niort (29 mètres) ; Lille (25 mètres) ; Rouen (21 mètres); Nantes et Vannes (18 mètres); La Rochelle (8 mètres); Rayonne (4 mètres), et Saint-Brieuc (2 mètres). Les villes qui présentent l'altitude privilégiée, c'est-à-dire les villes de colline et de plaine élevées de 500 mètres à 50, sont au nombre de 47. L'altitude moyenne de la ville en France est de 245 mètres.

J'ai eu la pensée qu'on pourrait grouper entre elles les villes isorométriques, c'est-à-dire celles qui ont une altitude sensiblement égale ne différant que dans dans les limites de 50 mètres au plus. J'ai dressé un tableau des villes isorométriques de France réparties en groupe variant entre eux de 50 mètres seulement ; mais je ne saurai le reproduire ici sans surcharger de chiflres un texte qui en contient déjà peut-être au delà de ce que demanderait la patience du lecteur. On comprend, du reste, que l'altitude des villes étant souvent commandée par des circonstances toutes locales, on ne pourrait établir des lignes d'isorométrie lu'baine qu'entre des villes assez rappi'ochées les unes des autres et reposant sur le même système de terrains.

La décroissance de la température à mesure qu'on s'élève, et dans la proportion de 1** par 180 mètres d'élévation, fait, des montagnes, comme on l'a dit avec raison, une série de climats superposés accusant leur diversité par la façon dont ils réactionnent la vie végétale et animale. Pour les contrées méridionales de l'Europe, et à plus forte raison pour les pays torrides, le voisinage de montagnes constitue donc un bienfait réel en permettant d'échapper à l'action dépressive des chaleurs permanentes ou des chaleurs estivales. On sait le parti qu'ont tiré les Anglais de leurs Sanitori de l'Himalaya pour refaire leurs troupes épuisées par des chaleurs accablantes. Chacune des Présidences a ses Ilill Stations qui varient de 8,000 pieds (2,660 mètres) à 5,600 pieds (1 ,260 métrés.) Parkes, dans les détails intéressants qu'il fournit sur ces Sanitaria, discuta la question de l'altitude la plus favorable et il la fixe entre 5,000 et 7,000 pieds (1,500 et 2,100 mètres). Il donne aussi, avec Ranald Martin, la préférence aux collines ou montagnes s'élevant de 2,000 pieds (660 mètres) à 5,000 (1,000 mètres). Quand elles sont isolées et partent de plaines assez étendues sur les mêmes altitudes faisant partie d'un système de hauteurs (Parkes, op. cit., p. 597). Et cela s'explique par l'absence de vallées nombreuses et par la possibilité de choisir, pour les campements, l'orienlation la plus favorable. Ramandroog, Chemldah, Mahableshwr, Almwah, Kurawar, etc., sont les plus privilégiés de ces Sanitaria sans lesquels l'acclimatemeat des Européens dans l'Inde serait presque impossible. Les stations de Salasie à la Réunion et du camp Jacob aux Antilles rendent à nos troupes des services analogues.

IV. Vekts. Je n'ai pas à entrer ici dans les considérations relatives à la phy-

sique de ce phénomène météorologique {voy. Mu'téorolocie). Je ferai surtout ressortir le rôle hygiénique de ces courants aériens, qui sont en tout analogues aux courants marins et qui tendent à égaliser les températures diverses de l'air, comme ceux-ci tendent à égaliser les températures diverses des mers.

Les vents se produisent sous l'influence de vides amenés dans certains points de l'almosphèrc par leur échauffement et leur raréfaction qui appellent, de proche en proche, d'autres couches de l'atmosphère et par une véritable aspiration; mais il y a aussi des vents par pulsion mécanique, tels sont ceux que forment les courants et les mouvements de la mer, le cours des fleuves, l'électricité; ces vents sont réguliers on accidentels. Les vents réguliers sont les alizés qui, venant des pôles et combinant leur direction sud pour l'hémisphère nord, et leur direction nord pour l'hémisphère austral, avec le mouvement de la terre, prennent une marche intermédiaire et sont N.-E. au nord de l'Equateur, S.-E. fin sud de cette ligne et sensiblement E. dans son voisinage. Les moussons de l'Océan indien soufflant six mois dans une direction, six mois dans une direction opposées sont aussi des vents réguliers. 11 faut aussi placer dans cette catégorie les vents étésiens qui, l'été, soufflent du sud, l'hiver, soufflent du nord dans la Bléditerranée ; et enfin les vents qui, dans le même jour, viennent assez régulièrement sur le littoral, alternativement de la mer et de la terre.

Le climatologiste a à étudier dans les vents: 1" leur direction ; 2" leur vitesse; 0° leurs propriétés physiologiques.

Les vents, pour variables qu'ils soient dans les latitudes un peu élevées, offrent cependant dans chaque climat partiel une prédominance de direction, et constituent ce qu'on appelle les vents régnants. En 1854, le Bulletin de la Société de Météorologie a constaté, pour la France, 261 vents de Nord; 214 vents de N.-E.; 139 vents d'Est; 150 vents de S.-E.; 518 vents de S.; 251 vents de S.-O.; 259 vents d'Ouest et 254 vents de N.-O., ou si l'on ramène ces vents aux quatre groupes génériques : 261 vents du Nord ; 518 vents de Sud ; 553 vents d'Est et 490 vents d'Ouest. Il en résulterait donc que le vent d'Ouest prédomine en France; viennent ensuite les vents d'Est inclinant plus ou moins vers le Nord et le Sud ; puis les vents de Sud pur et les vents du Nord pur.

Ces vents ne se distribuent pas de la même façon dans les divers climats de notre pays. Ainsi le climat rhodanien est celui qui a le plus de vents du Nord ; le climat vosgien a le plus de vents d'Ouest et le climat méditerranéen le plus de vents d'Est.

Les vents ont des quahtés générales qui dépendent de leur direction absolue, mais ils en ont surtout de particulières qui tiennent aux surfaces qu'ils ont rencontrées avant d'arriver aux localités qui en subissent l'influence. Ces qualités sont relatives, surtout, à la température et à l'humidité. Les vents du Nord et les vents d'Est sont froids et secs à Paris, parce qu'ils viennent, dans le premier cas, des régions polaires, sans avoir rencontré sur leur passage de vastes surfaces d'eau et surtout des mers à évaporation active. Les vents du' Sud sont chauds et humides parce qu'ils viennent des régions chaudes de l'Afrique, et qu'ils se sont chargés d'eau en traversant la Méditerranée. Les vents d'Ouest s'ont tièdes et pluvieux, parce qu'en traversant l'Atlantique, ils se sont saturés d'humidité et que, suivant les courants chauds de cette mer, ils se sont échauffés en même temps. Les vents de N.-E. sont, au contraire, habituellement froids et secs.

Ces conditions, assez générales pour l'ensemble de la France, se modifient

CLIMAT. /t9

dans beaucoup de ses parties, par suite de circonstances locales particulières. Aussi à Montpellier, les vents secs viennent du Nord et de l'Ouest ; les vents humides sont ceux du Sud et de l'Est. Le vent du Nord y est piquant et froid en hiver, parce qu'il passe sur les sommets neigeux des Cévennes, et il devient brûlant l'été. Le N.-O. y est frais, sec, agréable; l'O.-N.-O, le N.-N.-E. et le S.- S.-O sont également des vents frais sans humidité. Les vents pluvieux sont tous ceux qui tiennent de l'E. à un degré quelconque, surtout le S.-S.-E. et^le S.-E. ou vents inconnus; le N.-E et l'E.-N.-E. ou vents grecs. Aussi, tandis que dans d'autres villes, Brest, par exemple, il ne pleut guère qu'avec les vents d'Ouest, à Montpellier, les vents pluvieux sont, au contraire, des vents d'Est et de N.-E.

L'étude anémologique des climats particulici's n'est pas encore faite ; à mon avis, elle devra embrasser les éléments suivants :

1" Nom1)re annuel de jours de vents, divisés d'après leur vitesse anémométrique en six catégories : vents de 6 mètres à la seconde (brises) ; de 9 mètres (vents bien frais) ; de 1 2 mètres (vents grand frais) ; de 1 5 mètres (grand vent) ; de 24 mètres (tempête); de 56 mètres (ouragan).

2° Nombre annuel de jours de vents divisés d'après leur direction et la vitesse^ moyenne de chacun de ces vents.

3" Mêmes déterminations pour les vents saisonniers et les vents mensuels.

4° Périodes du nyctliémère dans lesquelles le vent est au maximum et au minimum de vitesse.

5" Étude de chaque vent, en particulier, relativement à sa vitesse et à sa fréquence moyeinie, à sa température, à sa sécheresse ou à son humidité, aux hydrométéores ou aux électro-météores qui l'accompagnent, aux abris locaux qui l'interceptent plus ou moins complètement, aux qualités qu'il a prises dans son parcours, etc.

Les vents jouent, en climatologie, un rôle considérable. Ils purifient l'atmosphère en mélangeant, à un degré de dilution qui les rend inofl'eusifs, les miasmes telluriques et industriels; ils répartissent également l'oxygène en mêlant avec l'atmosphère générale les atmosphèi^es partielles qui se sont ajtpauvries sous ce rapport; ils portent les vapeurs d'eau loin de leur foyer d'évaporation et procurent ainsi aux continents le bénéfice de pluies sans lesquels ils seraient vouées aune effroyable stérilité; enfin, ils modifient énergiquement les effets de la température thermométrique dans le sens de leur atténuation, à moins qu'ils ne soient eux-mêmes des foyers de chaleur.

Tout le monde sait qu'à degré égal du thermomètre, la sensation physiologique de température varie beaucoup, suivant que l'atmosphère est calme ou qu'il y a du vent. Sous son influence, la sensation de chaleur est amohidrie et la sensation de froid exagérée. Les voyageurs au pôle Nord ont tous signalé cette iniluence •aggravati'ice du vent. L'agitation de l'air est la circonstance qui rend le froid le plus incommode. Sous une température de — 50"*^, température à laquelle le vinaigre se prend en une gelée rose acidulé, et le rhum coule conmie du miel, le froid n'est pas trop douloureux s'il fait calme, mais la bise s'élève-t-elle, on souffre horriblement et les congélations locales [frost hites des Anglais) sont inévitables. Bellot compaie l'impression que l'on éprouve alors, à celle d'un homme dont on cinglerait la peau avec des lanières de cuir (J. Bellot, journal d'un voyage au pôle, 1854, p. 45).

Celle influence réfrigérante du vent, accrue pour les vents du Nord, dépend de deux circonstances : de l'évaporalion active qui se produit sous leur action et DICT. ENC. XVIII. 4

aussi ^h ce que, changeant, à chaque instant, le milieu gazeux et peu conducteur qui Jjaignc noUe corps par des couches aériennes plus fraîches, ils lui enlèvent des quantités nouvelles de chaleur.

Les venls sonldonc des agents de variations de la température ; agressils par ce seul lait, ils tendent les ressorts, souvent au delà de leur résistance, mettent énergiquemcnt en jeu les ressources de la calorigencse animale, aguerrissent les constilulions vigoureuses, mais menacent les organismes débiles.

Les venls sont des véhicules du froid, et, par suite, des producteurs d'affections calarrhales et de rhumatismes. Comme ils font varier la température, ils font aussi varier l'humidité, et deviennent des causes de vicissitudes hygrométriques héquentes. Agents de dissémination des graines végétales, ils le deviennent aussi des semences morbides qu'ils emportent loin de leur foyer d'élaboialion, cl constituent aussi des véhicules épidémiques. Ils entraînent également des poussières; enfin, leur action mécanique sur nos tissus, en tant que douches aériennes générales ou locales, mérite aussi qu'on ne l'oublie pas; les courantsd'air localisés sur un point du corps ayant sur la production des rhumatismes, des névralgies, des inflammations, des muqueuses, et même des quelques organes parenchymateux comme le poumon, une influence étiologique, dont on constate tous les jours les eflets.

Uu vent d'une direction déterminée est, on le voit, un modificateur complexe, dont il faut souvent constater les effets, quand ils sont très-tranchés, sans espérer d'arriver toujours à les expliquer par l'étude isolée des éléments qui le constituent. Les Provençaux connaissent les effets aggressifs du N.-O. ou mistral qui balaye incessamment la vallée du Rhône ; les villes du littoral de la Méditerranée connaissent aussi les qualités énervantes du S.-S.-E. qui leur apporte avec profusion une pluie tiède. Sous son influence, les fonctions digestives languissent ; il y a de la paresse musculaire ; on éprouve une sensation indéfmissahle de malaise. .Tai connu des personnes qui, sans avoir laissé leur lit, et avant qu'on ouvrît leurs fenêtres, annonçaient, en se guidant sur leurs impressions pliysiologiques, que le vent avait pris cette direction. J'ai vu une jeune femme qui était, depuis plusieurs années, prise de diarrjiée toutes les fois que le vent venait du S.-S.-E.; chez une autre damé, ce vent produisait un état de nausées et de vertiges, assez analogue au malaise du mal de mer. Il n'est pas de pays où l'observation vulgaire n'ait classé les vents suivant leurs propriétés salubres on malsaines, et il est rare qu'on ait à redire à ces caractérisations qui sont le fruit d'une expérience séculaire. Aux Antilles, les venls humides du Sud (S.-S.-E., S.-O.) sont considérés comme éminemment favorables à l'éclosion du typhus amaril. C'est là un article de foi pour la plupart des colons ; M. Lcfort {De la saignée et du quinquina dans le traitement de la fièvre jaune, Saint-Pierre, Martinique, 1826, p. 12), était tellement convaincu de la réalité de celle influence, qu'il annonçait une épidéiuie de fièvre jaune quand il voyait les vents du Sud se prolonger. M. Jollivet a pu constater cette influence de ces vents sur la production de la fièvre jaune, à bord de l'Africaine. M. Riou Kérangal, tout en admettant que la fièvre jaune coïncide avec les vents du Sud, se refuse à admettre que ceux-ci soient les véhicules d'un infectieux quelconque; il explique leur influence nuisible par les orages et les pluies qui les accompagnent et dément cette assertion, que les lieux abrités des vents de Sud sont préservés de la fièvre jaune (Riou-Kérangal, De la fièvre jaune et particulièrement de l'épidémie qui a régné à Fort-de-Fraace depuis septembre 1851, jusqu'à

janvier 1855. Thèse de Montpellier, 1855, p. 15). M. Paycn père, attribuait une cerlaiue iiiflueiice aux vents du Nord sur la production de riiéméralopie ; il (lit avoir vu la cécité nocturne apparaître avec ces vents, cesser aux environs du cap de Boune-Espérance cp.aud les vents du S.-E. se manifestent, pour se monlror de nouveau dads les mers de l'Inde avec les vents de N.-O. (Ch. Paycn, Dissert, sur l héméralopie ou cécité nocturne. Thèse de Paris, 1814, n" 131, p. 9).

Les vents très chauds et secs qui soufflent des déserts et que l'on désigne en Egypte sous le nom de Kham-sin, au Sénégal sous le nom dllarmattan, en Algérie et en Italie sous celui de Sirocco, sont extrêmement agressifs, ils doivent leurs qualités nuisibles à leur température très-élevéc, à leur sécheresse qui est telle que l'on a vu sous l'influence du sirocco, à Biskra, l'hygromètre descendre presque instantanément à + 20° (E.-L. Bertheraud, Médecine et hygiène des Arabes, Paris, 1855, p. 156), mais il faut aussi expliquer leurs effets par l'extrême raréfaction de l'air, et aussi par sa surcharge électrique. Arago a donné connaissance à l'Académie des sciences, dans sa séance du 2 novembre 1 840, d'une lettre de M. Ledinghcn, lieiilenant du génie, et dans laquelle cet olïicicr racontait qu'étant en marche de l'iidah vers Alger, il vit, pendant un coup de sirocco, chaque bouffée faire jaillir des étincelles de la frange de ses cpauletles {Comptes-rendus Ac. des Se, 1840, t. XI, p. 820). Le Kham-sin souffle généralement durant trois jours ; il sévit dans toute la vallée du JNil et y apporte une impression de chaleur étouffante. Chargé d'une poussière impalpable, ce vent exerce sur les êtres vivants une inlluence des plus pénibles. Le mot de simoun (poison) qui lui est donné par les Arabes, caractérise l'influence délétère de ce vent, c L'action de ces tourmentes, dit M. Vauvray, qui les a observées à Alexandi'ie, se fait sentir chez tous les êtres organisés. Chez l'homme, la respiration s'accélère ; le pouls augmente de fréquence ; la peau et le palais se dessèchent ; la soif devient ardente et l'insomnie accroît encore toutes les autres souffrances. On éprouve un sentiment marqué de faiblesse générale et une apathie complète. On sent que l'activité vitale, motrice et nerveuse est diminuée. .1 ai noté des crachements de sang chez les phthisiques, mais je n'ai jamais vu ni les saignements de nez, ni les gerçures de la peau, signalés par divers observateurs; tout au plus, la muqueuse des lèvres est-elle fendillée; la peau est seulement très-sèche et très-rugueuse ce qui est dû à une évaporation rapide de la sueur qui n'a pas le temps de se former et au dépôt d'une matière pulvérulente très-fine, d'un goût salé qui s'incruste sur les téguments exposés au khamsin. Chez les plantes, les feuilles se flétrissent, les fleurs se fanent, les fruits sont arrêtés parfois dans leur développement. On dirait que toutes leurs parties ont été brûlées. Le souffle chaud et sec du kham-sin et la poussière téime qui obstrue les pores des végétaux, rendent comjite de ces altérations (Vauvray, Port-Said, Arch. de méd. navale, 1873, t. XX, p. 170). Une élévation brusque de température de 15°, une baisse barométrique de 4 à 7™'", une sécheresse qui est annoncée quelquefois par la dislance de 80 à 50° de l'hygromètre de Saussure, une surchage électrique qui amène des perturbations dans le service télégraphique sont les particularités météorologiques assignées au Kham-sin par ce médecin. Après une durée de un à trois jours, ce vent brûlant est remplacé par des vents du N. au N.-O. qui rafraîchissent l'atmosphère et mettent lin à ce malaise.

On comprend que le nombre de ces vents dangereux et leur répartition entre

les diflerentcs saisons et les différents mois sont des particularités qn'il faut

noter. Elles doivent l'être surtout dans les stations de malades.

V. État électrique et ozonique de l'atmosphère. Les sources de l'électricité atmosphérique sont nombreuses : le frottement des masses d'air entre elles, l'évaporatiou, les décompositions et recompositions chimiques, lesact^s de végétation sont les plus saillantes de ces causes. Les quantités d'électricité contenues dans l'atmosphère varient suivant une foule de conditions : elles augmentent au iui- et à mesure qu'on s'élève au-dessus du sol, diminuent de l'équaleur au pôle, varient aux différentes heures de la journée, présentent deux maxima et deux minima chaquejour et offrent des variations annuelles saisonnières et mensuelles qu'il importerait de déterminer dans les différents climats.

D'après Turley (de Worcestcr), décembre, janvier et février seraient les trois mois qui offriraient le maximum d'électricité atmosphérique, le minimum serait pendant les mois de juin, juillet et août. Des circonstances particulières telles que les pluies, la nature des venls font varier considérablement non-seulement les quantités de l'électricité atmosphérique mais même sa nature. L'électricité de l'atmosphère est en général i)0sitive par les vents de nord et négative par ceux du sud, du sud-est et du sud-ouest. On ne saurait douter que la nature et la tension de l'électricité atmosphérique n'exercent une influence considérable sur les êtres vivants. Ou la constate surtont dans les perturbations atmosphériques désignées sous le nom d'orages et dont lèvent, les éclairs et le tonnerre constituent les cléments. Les orages secs, c'est-à-dire sans pluie, sont ceux qui tendent le plus le système nerveux. La pluie des autres orages amène une détente en servant de moyens de communication, et par suite de neutralisation, entre l'éleciricilé des nuages orageux et l'électricité de nom opposé de la terre.

La détermination du nombre des orages dans un climat, de leur répartition dans les différentes saisons et dans les différents mois offre donc au médecin un intérêt des plus réels. La distribution géographique des orages indique qu'ils vont en décroissant de fréquence et d'intensité du pôle à l'équateur. En Islande, c'est tout au pins s'il tonne une fois tous les deux ans ; à Londres, il y a huit jours environ d'orage par an ; à Saint-Pétersbourg 9 ; à Paris 1 2 ; à Smyrne 1 9 ; à la Martiiiicpie 39 ; à Pùo-Janeiro 60 ; à Calcutta 60 (Foissac, De l'influence des climats sur l'homme^ Paris, 1867). Suivant M. Boudin, les terres qui entourent l'Adriatique, l'Italie, la Dalmatie et l'Albanie sont les plus en butte aux orages, leur nombre annuel moyen est de 42 à 45. En France, en Angleterre et en Allemagne, la moyenne annuelle des orages est de 20 environ (Boudhi, Op. cit., t. I, p. 42-i). Le docteur Brewster admet que si l'on désigne par 100 le nombre total des orages del'année pour l'Europe occidentale, ils se distribuent de la manière suivante entre les saisons: hiver, 19; printemps, 17;automne, 21 ; été, 33. Celle distribution est différente de celle admise par M. Boudin qui, calculant pour l'Europe occidentale, la Belgique, laSuisse,rAlleinagae, l'Europe centrale, le mode de répartition de 4,057 orages entre les saisons en a trouvé 3,178 pour i'élé, 1,013 pour le printemps, 599 pour l'automne, 147 pour l'hiver. Il y a là évidemment une erreur, le printemps dans ces régions est loin d'être aussi orageux et la proportion indiquée par Brewster mérite plus de confiance.

La surchage électrique de l'atmosphère produit dans les phénomènes de véf^étation une évidente suractivité et c'est à cette cause, combinant son action avec celle de l'humidité et de la chaleur, qu'il faut attribuer la végétation profuse de

régions équatoriales. Elle active aussi les phénomènes de putréfaction et de fermentation et contribue ainsi à la production des maladies zymotiques. Los animaux élevés accusent pendant les temps orageux une impressionnabilité nerveuse particulière ; les sujets nerveux, les valétudinaires, les convalescents, les personnes atteintes de maladies nerveuses éprouvent souvent avant les orages un malaise prodromique qui se développe encore pendant leur acmé pour ne cesser que quand ils ont pris fin. De la lourdeur de tète, des migraines, du malaise, de l'oppression, des douleurs articulaires et cicatricielles, de l'insomnie, une exaccrbation fébrile sont souvent pour ces sujets la conséquence des orages. Ces effets sont sans doute purement physiques, mais ils s'aggravent encore de l'ébranlement morfil que la frayeur du tonnerre excite chez les individus impressionnables.

L'état ozonique habituel est aussi un élément de l'étude des climats. Depuis plus de trente ans que l'ozone a été découvert par Schônbein, de Bàle, ce corps énigmatique a été l'objet de travaux nombreux qui, s'ils n'ont fourni encore que des données incomplètes sur sa nature, sur les conditions qui le produisent et sur les proportions sous lesquelles il existe dans les diverses atmosphères, ne laissent cependant pas de doute sur l'importance de son rôle au point de vue de l'assainissement de l'air.

Que l'ozone soit un simple état allotropique de l'oxygène, qu'il soit, comme le pense Meissner, de l'oxygène dcvcim plus dense et plus actif sous rinfJuence de l'électricité, ce sont là des questions théoriques qui intéressent la chimie pure, mais dont l'hygiène n'a pas à s'occuper. Ce qui lui importe seulement, c'est de constater l'action chimique exercée par l'ozone sur les matières organiques. L'ozone est un oxydant énergique qui se combine à froid avec le mercure, l'antimoine et l'argent. La propriété qu'il a d'oxyder ce dernier métal à la température ordinaire est tout à fait caractéristique. D'un autre côté, il détruit énergiqnement les couleurs végétales et M. Péligot a même émis l'opinion que la production du lilas blanc, obtenu à Paris, en serre, et par culture forcée, est moins duc à l'absence de la lumière qu'à l'influence d'une quantité surabondante d'ozone.

Schônbein a attribué à l'ozone la propriété de brûler les matières organiques contenues dans l'air et de jouer, par conséquent, le rôle de désinfectant. Cette idée basée sur des analogies chimiques a étéconfn'méepardes recherches ozonométriques dues à MM. Bockel, Cook, etc., et qui leur ont démontré que les courbes d'ozone suivaient assez régulièrement celles d'augmentation et de décroissance des épidémies du choléra. Scliônbein a admis, d'un autre côté, que la surabondance accidentelle de ce principe dans l'air était susceptible de produire, indépendamment de ses efiets généraux de stimulation, une action irritante locale et il a expliqué ainsi la production de la grippe ou catarrhe épidémique.

Ces faits n'ont sans doute pas encore tous les caractères de la certitude scientifique, mais ils n'en sont pas moins pleins d'intérêt et ils indiquent la nécessité de poursuivre cette idée.

Quelque peu fixé que l'on soit encore sur les causes de la production naturelle de l'ozone dans l'atmosphère, il est cependant trois faits qui paraissent démontrés : l'ozone est lié étroitement dans sa production aux phénomènes électriques qui se passent dans l'air; l'évaporation de vastes surfaces comme l'est celle des mers, en est une source abondante, enfin la végétation elle-même, surtout celle des arbres résineux est une cause de production de celle-ci. Ce dernier fait explique comment l'air de la campagne contient, toutes choses égales d'ailleurs, plus d'ozone que celui des villes. M. Ilouzeau, qui s'est occupé d'ozonométrie aveu

r>i CLIMAT.

tant de persévérance, a signalé cette pavliculariié de l'atmospncre rurale et il a constaté qnc l'air de la campagne a sur les matières organiques une action déconiposanle, c'est-à-dire oxydante que ne réalise pas au même degré l'air des villes (Houzeau, Observations sur la présence dans l'almosphère de l'oxygène actif ou ozone. Académie des sciences, séance du 9 mars 1868). J'ai explique ailleurs {Hygiène et assainissement des villes, p. 375) le sens de l'expression usuelle de vivacité de l'air et j'ai dit que si cette qualité doit être rr.pportéeen partie à l'élévation barométrique, à la mobilité et à la fraîclieur de l'atmosphère, elle dépend aussi sans aucun doute des proportions d'ozone qui y sont contenues. L'air est surtout vif h la campagne et sur le bord de la mer où la sensation de bien-être et d'alacrité, la stimulation des fonctions, l'exagération de l'appétit, la perfection du travail nutritif peuvent être opposés, comme contraste, à la langueur et l'atonie du besoin de réparation qui se constatent chez l'habitant des villes. Je suis convaincu que l'air de la campagne, qui est le meilleur des apéritifs (s'il n'est pas le seul) ne relève l'appétit que parce qu'il est plus ozonisé. On compren<l à merveille que le suc alimentaire qui provient de l'élaboration digestive rcncoiitrant dans la circulation de l'oxygène actif, se brûle plus rapidement et que le besoin de réparation soit surexcité par une dépense devenue ainsi plus grande. Quoi qu'il en soit de l'explication, le fait reste et il est pour le médecin d'une ressource infinie. L'action apéritive des montagnes et celle du littoral ne dépendent vraisemblablement pas d'une autre cause.

L'ozonométrie climatologiquc est encore à créer. Tout ce qu'on en sait, c'est que les climats dit continentaux semblent contenir moins d'ozone que les climats maritimes. L'amiral Fitz-Roy a émis cette opinion que l'ozone est surtout d'origine océanique ; que les atmosphères maritimes en contiennent beaucoup plus que les atmosphères terrestres et que pour celles-ci l'ozone augmente avec les vents qui viennent de la mer et diminue avec les vents continentaux. Le lieutenant Cbimo a trouvé aux Hébrides et sur les côtes N.-O. d'Ecosse des quantités très-élevées d'ozone, et il a constaté que les vents avec lesquels coïncident les plus fortes indications ozonométriques, sont ceux qui soufflent de la mer la plus proche et la plus étendue. Le capitaine hollandais Jansen et le docteur Mitcliell (d'Édimbourg)ont fait desobservations analogues dans l'Inde, l'Atlantique et l'Algérie. Vn médecin distingué de la marine, M. Jacolot, a publié un travail intéressant sur les observations ozonométriques faites pendant un voyage en Islande et ilaconstaté, entre autres résultats, que l'atmosphère marine contient des proportions considérables d'ozone qui se sont, à plusieurs reprises, élevées jusqu'à 14" degrés de l'échelle chromatique (Jacolot, Recherches ozonométriques faites pendant la campagne de la frégate l'Adonis en Islande. Arch. de méd. nav., 1865, t. III, p. 115).

Il faut que les hygiénistes accordent une attention sérieuse à cet élément des climats et fixent, pour chacun d'eux, les moyennes ozonométriques annuelles saisonnières et mensuelles. Des observations sont instituées en ce moment dans différents points du globe et il sera sans doute possible d'en déduire bientôt les lois delà distribution de l'ozone atmosphérique. Le Bulletin de statistique municipale de Paris, création excellente et que j'ai demandée pour tous les centres importants de population, contient de précieux renseignements sur l'ozonométrie de l'atmosphère de cette ville. J'en ai déduit pour l'année 1872 la répartition par mois des moyennes ozonométriques. J'ai trouvéquele maximum (o", 15) avakété en juin, et que le minimum (1%75) s'était montré en février. Les douze mois se

sont classés dans l'ortlrc suivant, sous le rapport de la proportion décroissante d'ozone: juin, novembre, mai, novembre, mai, avril, août, juillet, septembre. Janvier, octobre, décembre, mars, février. Si l'on envisage les saisons au lieu des mois, on trouve pour cliacune d'elles les clnlfres suivants: biver, 2",1 ; printemps, 2", 6 ; été, 2°, 8 ; automne, 2», 6. Si ces résultats pouvaient dès à présent être Généralisés, il faudrait en conclure que, dans une ville comme Paris, la répartition de l'ozone par saison est assez uniforme, tandis que celle par quartier est très-irrégulière.

Un obstacle à ces rcchcrcbes est malbeureusement l'absence d'un moyen ozonomélrique rigoureux et dont les indications soient régulièrement comparables. Les papiers ozonométriques de Scbônbein, de llouzeau, de .lame (de Sedan) sont passibles de ce reprocbe et de cet autre plus sérieux qu'il peut se développer dans l'air des produits nitreux qui réactionnent le papier ioduré dans le même sens que l'ozone. Cloez a démontré que l'air qui contient 0,00005 de son volume -de gaz nitreux, influence le papier ozonométrique (Parkes), de plus l'iode mis à -nu par l'ozone se cbange, en partie, en iodozone qui est volatil et se dissipe; et sous l'influence de l'humidité, il y a production d'un peu d'acide iodique qui ne réactionne pas en bleu l'amidon du papier d'essai. Le docteur Lankester a imaginé un ozonomètre cni'cgistrcur dans lequel un pouce de papier réactif met une heure à passer devant l'ouverture d'une boîte, ce papier reste exposé dans l'atmosphère de la boîte à une action plus prolongée de l'ozone de l'air.

YI. Lumière. La lumière est aussi nécessaire que la chaleur au développement et à la vie des êtres organisés. 11 est donc d'un grand intérêt d'évaluer les •quantités de lumière qui imprègnent, dans un temps déterminé, les atmosphères diverses. Aussi a-t-on (enté de nombreux essais pour trouver un instrument qui .permît de mesurer l'intensité de la lumière. Les photomètres de Leslie, ceux de Bouguer et de Rumford étaient manifestement insuffisants ; on a dû chercher ailleurs et on a imaginé récemment des photomètres dont le principe est la mesure de l'intensité lumineuse par l'intensité des effets chimiques, ce qui malheureusement n'est pas exact, mais dans l'application on peut à la rigueur admettre cette correspondance. Le titomètre de Draper, de New-York est fondé sur la quantité d'acide chlorhydrique produite par l'action delalumière sur un mélange de chlore etd'hydrogène. MM. Bunsen et Roscoë utilisant l'idée de Draper lui donnant un caractère particulier de précision ont, on peut le dire, jeté les bases de la photochimie.

L'intensité de la lumière varie avec la latitude ; elle décroît au fur et à mesure qu'on va de l'équateur aux pôles, à raison de l'obliquité des rayons et il y a par ■conséquent concordance entre l'intensité calorifique et l'intensité lumineuse. De même aussi le soleil donne d'autant moins de lumière que ses rayons sont plus bas, c'est-à-dii^e plus obliques. MM. Bunsen et Roscoë ont étudié, à l'aide de leur photomètre à chlore et à hydrogène, l'intensité de la lumière diffuse aux divers degrés d'élévation du soleil. Ils ont trouvé que par un jour serein, au moment où le soleil louche l'horizon, l'illumination de la voûte céleste produit 0"',51 d'acide chlorhydrique par minute. Calculant successivement les quantités <l'acide chlorhydrique qui seraient produites en un jour d'équinoxe sous différentes latitudes, aux diverses heures du jour, par la lumière diffuse et la lumière rayonnante, et additionnant ces quantités, ils ont trouvé la luminosité de î"île Mel ville, de Saint-Péteishourg, de Paris et du Caire exprimée par les chiffres •comparatifs suivants:

5G CLIjMAT.

Ile Melvillc 1306; Sainl-I'élersbourg 2806 ; Paris 4210; le Caire 6457. C'est-à-diro tjae le cliinal de Pclcrsbourg esl deux lois plus lumineux que celui de l'île Melville ; 1,5 lois moins que celui de Paris; 2,5 fois moins que celui du Caire. Le maximum de luminosité pour les jours d'équinoxc est a midi, il est représenté par le chilfre moyen de 9,00; la lumincsité de dix heures du matin par 7,27; celle de huit heures par 5,26 {voy. l\. Radau, les Derniers progrès de la Science, Paris, 1868, p. 96).

Ma;s ce procédé de photométrie offre de grandes difficullés d'application qui l'empêcheront sans doute d'entrer dans la pratique des climalologistes, JIM. Bunsen et Roscoë ont construit uu photomètre basé sur l'action de la lumière sur le chlorure d'argent. Le temps nécessaire pour obtenir une teinte est en raison inverse de l'intensité de la lumière à laquelle est soumis le papier d'essai au chlorure d'argent. On le compare à une teinte normale formée par le mélange de 1000 parties de blanc de zinc et 1 partie de noir de fumée, et l'on prend pour unité la lumière qui produirait cette teinte en une seconde. M. Draper, de son côté, a proposé uu autre photomètre chimique dont la matière est une solution de quadroxalate de fer, M. Phipson, un photomètre basé sur la réduction de l'acide molybdique dissous dans l'acide suUurique, etc.

11 serait important d'instituer avec ces appareils quelque imparfaits qu'ils, soient encore, des expériences ayant pour but de déterminer les moyennes annuelles, saisonnières, mensuelles, de la lumière versée sur chaque localité pour en fixer le climat chimique comme on l'a appelé. M. Radau a résiimé de la manière suivante cette partie aussi intéi'essante que neuve de la climatologie : « Dans les contrées tropicales, la lumière chimique du jour éprouve des variations très-grandes et très-irrégulières par suite des pluies qui inondent ces pays une partie de l'année. Pendant les averses, l'activité chimique du ciel tombe à zéro, elle se relève brusquement quand l'orage s'est dissipé. C'est pour cette raison qu'à Mexico les photographes sont quelquefois obligés de prolonger trèslongtemps la pose à une heure de la journée ou le temps de pose serait très-court eu Europe. Cependant la force chimique normale du soleil des tropiques est très-considérable. M. Thorpe l'a démontré par les observations qu'il a effectuées à Pava, sur l'Amazone, au mois d'avril 1866 par le procédé photographique de M. Roscoë. La comparaison des résultats qu'il a obtenu à Pava avec ceux que M. W. Backcr obtenait au même moment à l'Observatoire de Kew près Londres, a montré que le soleil du Brésil avait, à cette époque, de 10 à 50 fois plus de force que le soleil d'Angleterre.

« Depuis trois ans la photochimie a déjà fait de notables progrès. BI. Roscoë a observé à lleidelberg et à Manchester. M. Baxendell à Chellhani-llill près Manchester. M. Wolkoff au sommet du Kœnigstahl près lleidelberg. M. Baker à Kew, etc. Les déterminations de M. Baker embrassent une année, de 1865 à 1866; elles momrciu que sous nos climats, les variations de la force chimique du ciel sont très-sensibles d'une saison à l'autre; on a, pour la station de Kew, les moyennes intensités diurnes suivantes : printemps 46 ; été 92; automne 74; hiver 11. A Manchester l'intensité moyenne du 21 décembre 1865 ne fut que 55. Le 20 juin 1864, elle fut égale à 51 ; le 22 juin à 119 ; le même chiffre avait été obtenu le 18 juin; elle était donc tombée au-dessous de la moitié de sa valeur. Eu prenant 100 pour la valeur moyenne de l'intensité diurne à Mancliester, à l'époque du solstice d'été, on voit qu'elle surpasse 20 ou 50 fois l'intensité qui correspond au solstice d'hiver. Le 19 mars 1864, l'intensité moyenne du jour

fut trouvée égale à 57. Le 24 septembre 1863, elle était de 19; le 27 septembre 1865. M. Roscoë trouva 49. Eu prcuaut la moyeuuc oi pour l'équinoxe d'automue et 57 pour l'équinoxe de priutcmps, on voit que l'inteusité de la lumière chimique du ciel est, aux équinoxes, à peu près le lien de ce qu'elle est au plus fort de l'été...

« Toutes ces observations confirment d'ailleurs l'indépendance réciproque des intensités optique et chimique de la lumière solaire. Souvent quand le soleil est bas, l'action chimique de ses rayons directs est nulle : on peut le cacher par un écran sans produire aucune diminution ap[iréciab!e de l'effet de la lumière totale du jour; néanmoins tous les objets projettent une ombre très-noire qui démontre l'éclat optique des rayons directs. 11 y a donc alors une ombre visible, mais non pas d'ombre chimique.

« Lorsque nous serons en possession d'un nombre suffisant d'observations de ce genre, exécutées sur différents points du globe, il deviendra possible de tracer sur une mappemonde les lignes isochiiniques ou d'égale activité chimique de la lumière et de poser les bases d'une climatologie chimique... Ce qui est certain, c'est que le climat chim que est régi par d'autres lois que celles qui président à la distribution des températures. Quelques exemples suffiront pour faire apprécier cette différence. La température annuelle de Thorshavvn dans les îles Feroë est de 7°, 6; elle est à peine inférieure à celle de Carlisle en Ecosse, laquelle est de 8°, 5, quoique les latitudes de ces deux stations soient respectivement de 62 et 55°; mais les quantités de lumière que Tbnrshawn et Carlisle reçoivent annuellement sont très-différentes, et il en résulte une grande dissemblance entre les climats de ces deux points. Aux Feroë et aux Shetland la llore est peu développée parce que l'atmosphère brumeuse de ces îles arrête une grande partie de la lumière chimique qui vient du soleil; on n'y rencontre que des buissons rabougris, les arbres à ileurs y font défaut. A Carlisle, oii le ciel est plus pur, la végétation est splendide. A Londres, à Edimbourg, à Reykiavik, sous les latitudes de 51°, 50', de 56° et de 64°, les températures moyennes de l'été sont respectivement de 17, de 14 et de 12 degrés. La différence entre Londres et Edimbourg est donc de" 3°; malgré cela la végétation est la même autour de ces deux villes. A Reykiavik, au contraire, où la température estivale n'est que de 2 degrés plus basse qu'à Edimbourg, les arbres ne viennent plus parce que la latitude hyperboréenne de l'Islande comporte un climat chimique peu favorable à la végétation » (Radau, op. cit., p. 105).

M. Aîph. de Candolle a, de son côté, établi que pour les limites polaires des espèces végétales cultivées, la lumière remplace en partie la chaleur. Aussi la limite extrême du Fagus sylvatica sur la côte orientale d'Ecosse aux Orcades, aux Feroë, est 56°,20' lat. N. ; elle remonte à 60°, 20 en Norwége, le Rhamnus frangula ne dépassant pas 57°, 50 dans le premier sens atteint 62°, 50, c'està-dire 5° plus nord dans le second, bien qu'il trouve à cette limite une somme de température à l'ombre, moindre de 481° centigrades. Celte différence s'explique par la transparence plus grande de l'air sur la côte de Norvvége (Âlph. de Candolle, Géographie botanique raisonnée, Paris et Genève, 1855, p. 405). On comprend par ces faits que la luminosité d'un climat doit siugulièiemeat agir sur la vie humaine et que les hygiéiiisles ne sauraient attacher trop d'importance à l'étude de cette particularité climatérique.

Elle est la résultante de deux conditions très-diversement combinées entre elles; la quantité de lumière versée par le soleil à chaque point du globe et qui

varie suivant sa laliliulc; la iicbulosilé ou la transparence du ciel qui lui perrnelleut d'arriver plus ou moins jusqu'au sol.

11 importe donc beaucoup, quand on étudie médicalement un cbmat, de constater l'état du ciel. Or, cet état s'apprécie par les circonstances suivantes: l» couleur du ciel évaluée au moyen du cyanomètre de Saussure; 2" état nuageux; 5" ciel plus ou moins couvert.

L'état plus ou moins nuageux du ciel s'exprime par une série de nombres variant de 1 à 10. Le chiffre 1 représente un ciel complélement découvert, le chiffre 10 un ciel présentant le maximum de nuages. Pour classer un ciel dans l'une ou l'autre de ces catégories, on recommande de se placer sur un point élevé et découvert, de fixer le regard à mi-chemin de l'horizon et du zénith et de tourner lentement en explorant toute la circonférence du ciel. (Parkes, op. cit.,\). 455). 11 serait bien désirable qu'on adoptât pour exprimer l'état serein ou découvert du ciel des mesures uniformes. Celles ci, quelque arbitraire qu'elles soient et quelque différences qu'elles puissent présenter suivant les appréciations de l'observateur, vaudraient encore mieux que les expressions de miageux, couvert, demi-couvert, qui sont employées par les climalologisles. La pbotométrie chimique remplacera sans doute plus tard ces évaluations approximatives du degré de sérénité de l'atmosphère et leur donnera plus de précision.

La détermination de la catégorie des nuages classés d'après la nomenclature d'Howard en nuages simples : cirrhus, cumulus, siratus, nimbus; et en nuages composés : cirrho-cumulus, cirrho-stratus, cumulo-stratus, n'offrirait au climatologiste qu'un intérêt de curiosité ; si ces différentes sortes de nuages n'avaient au point de vue du temps une signification d'une valeur réelle. C'est ainsi que les cirrhus qui siègent dans les régions élevées de l'atmosphère à une hauteur qui peut atteindre 40 ou 50 kilomètres, annoncent le changement de temps dans le sens du beau temps ; que les cumulus qui persistent après le coucher du soleil annoncent la pluie ou Forage; que les nimbus annoncent la pluie, etc.

L'état couvert ou serein du ciel est dans les stations d'hiver, pour les malades, une condition de chaleur et de promenade, et on ne saurait mettre trop de soiu à le déterminer. M. Gillebert-Dliercourtabien voulu me communiquer le résultat des observations l'elatives à la sérénité du ciel à Monaco pendant les mois de décembre, janvier et février. D'après ces recherches il y aurait eu décembre : 8^,6 complètement sereins; 7^,5 en janvier; 9^,5 en février. Le nombre des jours nuageux à divers degrés s'est montré dans les proportions suivantes : décembre 11J,7 ; janvier 14', 5; février 15 jours. Le nombre de temps couverts a été en moyenne de 5J,0 pour décembre; de 9', 3 pour janvier et de 5^,5 pour février {voij. Foussagrivcs, Thérap. de la plitli. pulm. basée sur les indicat., 1866, p. 295).

A Nice, d'après Ronbaudi, sur 15 hivers il y aurait eu en moyenne 5lJ, 1 de beau temps; 21,5 de temps nuageux ou couvert et 17,8 de pluie, et ces trois conditions se seraient trouvées mélangées dans des proportions à peu près égales pour chacun des trois mois d'hiver (Lubanski, Guide aux stations d'hiver du lilloral méditerranéen, V-àvh, 1865. Appendice LX).

Il serait à désirer qu'on thit compte soigneusement pour chaque climat des perturbations qu'offre l'atmosphère au point de vue de la sérénité, du nombre de jours nuageux, mais il en est bien peu qui offrent encore à ce point de vue des recherches d'où l'on puisse tirer des conclusions pratiques.

111. Action biologique des climats. I. Vie végétale. Les climats modifient

CLIMAT. t><J

profondément la vie, la vie végétale comma la vie animale, mais la première, envisagée bien entendu, dans les espèces spontanées et en deliors de l'action industrieuse de l'homme, est un réactif bien autrement sur de son action. Celle-ci «'exprime de deux façons :

1" Par la distribution géographique des végétaux suivant les climats ;

2" Par les changements de forme, de propriétés et de longévité que présentent des plantes ti^ausportécs par la culture, d'un climat dans un autre.

« La fixité des végétaux, dit M. A. de Candolle, comparée à la mobilité des ^animaux, a cet autre avanlage qu'on peut arriver par eux ù connaître plus exactement l'influence des conditions physiques sur les corps organisés. Les plantes ne choisissent pas leurs conditions ; elles les subissent ou elles meurent. H résulte de là que chaque espèce vivant en un certain district, sous des conditions connues, est une expérience de physiologie propre à nous instruire sur le mode d'action de la chaleur, de la lumière, de l'humidité et des modifications si variées de ces agents. Cette circonstance heureuse conduit à reconnaître des lois qui s'appliquent à la pliysiologie végétale et animale ainsi qu'à l'étude des climats » (A. de Candolle. Géographie botanique raisonnée ou Explication des faits principaux et des lois concernant la distribution géographique des plantes de l'époque actuelle. Paris 1855, préface, p. 13).

L'influence des climats sur les plantes s'accuse : 1° par la physionomie générale de la flore ; 2" par les limites polaires ou équatoriales des espèces spontanées ; 5" par la forme des habitations des espèces.

Humboldt a été le premier à attacher, comme caractérisation d'un climat, une importance sérieuse à la physionomie générale de la flore qu'il nourrit ; il a distingué à ce point de vue seize formes végétales distinctes : 1° celle des Palmiers ■qui demandent une température moyenne annuelle de 20 à 22" R, et qui n'est représentée en Europe que par le Chamœrops humilis, lequel atteint le 44^ degré de latitude ; 2° celle des Bananiers comprenant les Scitaminées /::t les Musacées dissociées partout à la forme des Palmiers ; 5° les Malvacées ; 4° les Bombacées; 5 ' les Bruyères ; 6" les Cactus ; 7° les Orchidées ; 8" les Casuarinées ; 9" les Conifères ; loties Orchidées; H" les Lianes; 12°lesAloës; 15" les Graminées ; 14° les Fougères; 15° les Liliacées; 16" les Myrtacées (Humboldt. Tableaux de la nature, 'trad. Galusky. Paris 1851, t. II, p. 22).

Unger a divisé la terre en zones ou climats, déterminées par la nature de leur végétation. C€S zones sont: 1" la zone polaire boréale ou des lichens, comprenant l'archipel glacial de l'Amérique, le Groenland, le Spitzberg, la Sibérie du Nord; 2" \diWne arctique ou des forêts (sapins, bouleaux, pins, mélèzes) ; 5° la zone tempérée froide, limitée au S. par le 45*^ degré ou des forets et des prairies ; i" la zone tempérée chaude; 5" la zone subtropicale ; 6° la zone tropicale.

M. Alph. de Candolle, dans le monument laborieux qu'il a élevé à la géographie botanique est arrivé, après une discussion approfondie des systèmes de classification des zones terrestres basés sur les flores, à les rejeter tous comme constituant des conceptions ingénieuses mais artificielles et basées, en tout cas, sur des dénombrements manifestement insuffisants.

Si l'on ne peut se servir do la nature et du nombre des espèces botaniques pour caractériser une région, ne trouve-t-on pas, au contraire, dans la nature et les particularités de la végétation de la même plante spontanée ou cultivée nu excellent moyen de comparer des climats de localités très-rapprochés les uns des autres, météorologiquemcnt parlant? Je le crois et je considère volontiers les vc-

gétaux non pas comme des thermomèlres vivants, ainsi que l'a dit ingénieusement M. Cil. Martins, mais comme des dimatomètres vivants, exprimant d'une manière synthétique les influences complexes de chaleur, de lumière, d'humidité, etc., et non seulement comme quantité de ces facteurs, mais comme régime ou comme mode de distribution de ces éléments climatiques.

« Les expériences des physiciens, dit encore le botaniste que je viens de citer, m'inspirent moins de confiance dans ces questions que les laits empruntés à l'observation des végétaux eux-mêmes. Aucun thermomètre ne peut être comparé exactement au tissu des plantes sous le point de vue purement physique. Leî> végétaux éprouvent d'ailleurs des influences chimiques par l'effet de rayons qui n'agissent pas sur les thermomètres ; enfin, il y a une très-grande différence, quant au genre d'effets causés par les rayons lumineux : dans l'instrument ils font ddater un liquide et dans la plante ils font marcher une macliiue très-compliquée. Le meilleur moyen de constater l'effet direct du soleil et du rayonnement sur les végétaux, ne peut pas être d'observer des thermomètres, mais de voir comment se comportent des végétaux de même espèce, placés dans le même terrain, les uns au soleil, les autres à l'ombre. »

Je reviendrai sur cette vue ingénieuse en étudiant le climat de localilé ëi e» montrant combien il se modifie sous l'influence de l'exposition.

Cliaque espèce spontanée a besoin d'une certaine somme annuelle de degrés thermométriques pour végéter et se reproduire, elle s'arrête à la limite géographique où elle la trouve. Dans les cas toutefois où elle réaliserait cette somme de chaleur, des froids rigoureux de l'hiver ou une sécheresse excessive de l'été, peuvent arrêter la propagation polaire des plantes ; la sécheresse excessive et l'humidité sont des causes de limitation des plantes vers l'équateur.

De même aussi, les plantes cultivées sont elles soumises à ces influences des climats qui déterminent, pour chacune d'elles, la limite de culture fructueuse. C'est ainsi que le maïs a pour limite polaire la plus élevée 54°-i en Amérique septentrionale; 48°50 en France ; 50" en Russie. La vigne a pour limite extrême de culture en France et en allant de l'ouest à l'est, le 4 7", 15' de latitude, près de Yannes ; la vigne de culture remonte de lî vers le N.-E., passe à Paris, Laon, et arrive à Maëstricht par 50°, 45' et s'étend jusqu'à Postdam par 52",21. Le dattier a pour limite boréale de culture fructueuse une ligne qui passe aux Canaries par 29°, 30 lat. ; le revers méridional de l'Atlas par 35°, 36; Turin par 57° ; Elclie, dans le royaume de Valence par 39°; la Syrie méridionale entre 51 et 52°; Bagdad par 55°,19.

M. de Candolle a fait ressortir les écarts considérables qui existent entre les lignes de culture et les isothermes indiquant les moyennes annuelles de température ; ces mêmes isothermes sont aussi insuffisantes, nous le verrons bientôt, pour asseoir une classification physiologique des climats.

II. Vie animale. Les climats exercent sur la vie animale une domination déjà bien plus restreinte que celle que subit de leur part la vie végétale. Outre que les animaux ont une élasticité climatérique plus grande que les plantes, ils sont doués de la propriété de se déplacer, d'émigrer à la recherche d'une température ou d'une alimentation mieux adaptées à leurs besoins ; et, faisant ainsi de l'éclectisme climatérique, ils étendent leur domaine géographique.

La répartition climatérique des formes doit donc ne s'occuper que des animaux sédentaires ou à habitats fixes. Cette étude, pleine d'intérêt, est de date

CLIMAT. (il

relativement récente; Buffon peut, en qnelqne sorte, en être considéré comme le créateur, bien qu'à vrai dire, il n'ait fait qu'ouvrir la voie de la géographie zoologique sans lui avoir apporté autre chose que des aperçus ingénieux. Les travaux récents de Schmarda, Agassiz, Paul Bert, Ch. Marlins, ont manifestement avancé cette étude qui possède, maintenant, un certain nombre de lois et un plus grand nombre de faits, lesquels conduiront plus tard à des lois nouvelles.

Sans doute, la seule influence des climats est impuissante à servir de base à Ja géographie zoologique, comme l'a fait remarquer, avec raison, M. P. Bert, puisque des animaux tels que la genette et le renard se retrouvent sous presque toutes les latitudes, sans accuser l'influence des climats autrement que par des modifications accessoires de taille, de robe, etc.; mais encore doit-on admettre que ce sont les climats qui commandent en grande partie les faunes. Si donc les changements de climats ont amené des modifications corrélatives dans les faunes, comme l'attestent les traces paléontologiques laissées dans nos contrées tempérées ou chaudes, par des animaux tels que le renne et l'ovibos qui affectent, aujourd'hui, un habitat boréal. Il s'agit moins ici, peut-être, comme je l'ai déjà dit, d'une action transformatrice que des migrations dans un sens ou dans l'autre qui ont été la conséquence des changements considérables survenus dans les climats.

Les zoologistes se basant sur cette adaptation des animaux à tel ou tel climat, les ont répartis en faunes géologiques, mais en se basant uniquement sur les mammifères que leur structure et leurs mœurs ne rendent pas propres, comme le sont les oiseaux, les insectes et les poissons, à ces migrations lointaines qui compliquent le problème. C'est donc la faune mammalogique qui, à l'exclusion des autres, a servi de base à la géographie zoologique. Schmandre a admis 21 zones de faune terrestre. Agassiz n'en reconnaît que huit principales qu'il désigne par les épithètes de : arctique, mongole, européeime, américaine, africaine, hottentote, malaise et australienne. M. Paul Bert, dans d'intéressantes leçons faites en 1866, à la Faculté des sciences de Bordeaux, a mis en relief les faits les plus curieux de la géographie zoologique : le cantonnement des singes dans une zone de 40 degrés de latitude au sud et au nord de l'Equateur ; leur absence, sauf le magot, dans le continent européen, aussi bien qu'en Australie, en Polynésie et à Madagascar ; l'existence, en Amérique, des cébiens ou singes à trente-six dents et des ouistitis ou singes à griffes contrastant avce les singes de l'ancien continent à trente-deux dents et à ongles ; la répartition d'un même groupe, celui des anthropomorphes, entre les diverses zones géographiques ; les chimpanzés et les gorilles habitant la côte occidentale d'Afrique ; les gibbons et les orang-outans, répandus à Sumatra, Bornéo; les semnopithèques dans l'Inde. De même, les lémuriens ont-ils un domaine géographique très- spécial, et les indris et les makis ne se trouvent-ils qu'à Madagascar. Si les chéiroptères se montrent sous presque toutes les latitudes, il n'en est pas moins remarquable que certains d'entre eux se cantonnent dans des zones déterminées. Les marsupiaux n'habitent guère que l'Australie ou les grandes îles de l'Océame. Enfin, les monotrêmes, ornithorynques et échidnés, ne se trouvent qu'en Australie et à Van-Diemen.

M. Paul Bert divise donc les faunes mammalogiques en huit zones :

i" Zona polaire arctique-, limitée dans les deux continents par le 60" de latitude Koid. Elle ne contient ni chéiroptères, ni pachydermes. L'ours blanc, le

renne, l'ovibos, l'isatis, la zibeline, le glouton, etc., sont les mammifères caractéristiques de cette zone ;

2" Zone de l Amérique du Nord jusqu'au '50'' parallèle. Des cheiropicrcs; pas de pachydermes; pas de camélidés, de moschidés, de mangoustes; le loup ronge, le bison, des marmottes, des castors, des renards, des martres, des mouflons, des antilopes, des élans.

3° Zone de l'Amérique centrale et méridionale. Ni lémuriens, m insectivores, ni hyènes, ni éléphants, ni rhinocéros, ni bœufs, ni chèvres, ni moutons, ni antilopes, ni chevrotains, ni raonotrêmes. Les caractères zoologiques^ positifs de cette zone sont constitués par des singes spéciaux (ouistitis, hurleurs, atèles, sajous) ; des rongeurs non clavicules (myopotame, chinchillas, agoutis, pacas, cobayes, cabiais, le lama, la vigogne, les tapirs, le pécaris, représentant des pachydermes ; le fourmilier, le tatou, l'aï, etc.

4" Zone australienne, comprenant la Tasniauie et la Nouvelle-Guinée. Paj de mammifères monadelphes, à l'exception de quelques rougeurs et de quelques chéiroptères; tous les marsupiaux.

b" Zone de l'Asie du Sud et des lies Malaises. Grands herbivores (éléphant d'Asie, rhinocéros, tapir indien), antilopes, bablroussa, civettes, ours euryspile, tigre, dugong.

6" Zone de Madagascar. Absence de singes, de rongeurs, d'ours, de chiens, de chats, de musteHdes, d'hyènes, de loutres, de proboscidiens, de pachydermes^ d'édentcs, de ruminants, de marsupiaux, de monotrèmes. Faune très-spéciale caractérisée par des indris, des makis, des roussettes, des geneltes, des musaraignes.

7" Zone africaine. Iowa les monadelphes, pas de didelphes ; ni oiu's, ni paresseux, ni cerfs, ni tapirs. Faune caractérisée par le gorille, les chimjjanzés, les cynocéphales, les semnopilhèques, le chrysochlore, la vraie civette, le chacal, la hyène, le rhinocéros, le zèbre, les hippopotames, les girafes, les gazelles, le bubale, les oryctéropes, etc.

8" Zones de l'Europe et de l'Asie tempérées. Ni singes, ni lémuriens, ni roussettes, ni subursiiis, ni proboscidiens, ni rhinocéros, ni hippopotames, ni tapirs, ni édentés, ni didelphes. Le sanglier habite toutes les parties de cette zone. Le chameau, le cheval, les ours, les marmottes, le castor, l'once, l'aurochs, le chamois, etc., sont les principales caractéristiques de cette faune, d'ailleurs mal délimitée et se confondant par des échanges nombreux avec les zones voisines (Yoy. Paul Bert, Distribution géographique des mammifères, in Revue des cours saentif., 18GG-1867, t. 111, p. 26).

Les modifications qui se sont accomplies dans les climats en ont-ils amené de corrélatives dans les animaux soumis à leur inllnence? Darwin admet que chaque climat a eu sa forme particulière, qui se modifiait au gré des cliaugements successifs de ce climat ; mais il semble bien plus rationnel de croire que la traiisibrmation d'un climat enlevant aux animaux les conditions de leur milieu normal, ces animaux périssaient et étaient i^emplacés, de proche en proche et par voie de migrations venant soit du sud, soit du nord, suivant que le climat deve- Jiait plus chaud ou plus fi'oid, par des espèces qui se mettaient en mouvement à la recherche d'un milieu climatérique mieux adapté à leur organisation et à leurs besoins. Si des changements climatériques analogues à ceux qui ont violemment modiiié notre planète à une certaine époque de sa formation venaient à se reproduire, chaque zone redeviendrait ainsi le cimetière des espèces qui y

vivent aujourd'hui, où les palconlologistcs do ravcnir interrogeraient leurs restes fossiles, et le point d'appel d'une faune étrangère qui s'acclimaterait sur son sol. A la théorie darwinienne de la ti'ansiormation des espèces, on peut opposer avec plus de vraisemblance celles de leurs migrations. « Lorsque le climat, a dit un naturaliste qui ne saurait cependant être accusé de rigueur pour le darwinisme, M. A. MiUler, subit des changements, les espèces périrent ou s'y accomodcrent ; elles se propagèrent en grand nombre ou n'eurent que quelques descendants clair-semés, selon que leur organisation était plus ou moins tenace, selon que le climat changeait peu ou beaucoup. C'est ainsi que les marsupiaux ont disparu en Europe oij nous trouvons encore leurs fossiles ; ils se sont, au contraire, conserves en Australie et dans l'Amérique du Sud. Les amphibies couverts d'écaillés, qui prospèrent dans les contrées chaudes, n'ont laissé que de rares représentants dans nos pays ; nous n'avons en Allemagne qu'une seule espèce de tortue qui semble même bien près de s'y éteindre. De tous ces animaux, les grenouilles se sont le mieux conservées jusqu'à nous. D'un autre côté, il est impossible de nier que des animaux et des plantes aient pu se répandre sur des pays autres que ceux dans lesquels ils avaient pris naissance. Le sol se modifiait en même temps que le climat, les intempéries des saisons, les ravages des eaux d'abord, la glace ensuite, réduisirent en fragments les roches ignées. Sur leurs débris et sur ceux des générations antérieures se formèrent de nouvelles plantes nourrissant à leur tour des animaux plus parfaits. La géologie nous montre donc comment les transformations successives du climat primitif ont pu donner naissance de la manière la plus naturelle aux formes de la vie. Elle nous apprend, en même temps, pourquoi le climat actuel plus constant, agit activement sur la transformation des espèces ; nous arrivons aussi à une autre conclusion non moins importante pour l'origine des espèces : nous acquérons la preuve que les formes spécifiques ne sont pas aussi mobiles et ne dépendent pas autant des circonstances extérieures qu'on l'a souvent prétendu. »

Sans aucun doute, les changements de climats agissent plus vraisemblablement comme répartiteurs que comme transformateurs des formes zoologiques.

Mais laissons de côté ces changements radicaux, conséquences de révolutions climatériques dont une zone a été le théâtre, et voyons comment la vie animale se comporte eu égard aux changements de zone qui sont non plus la conséquence d'un instinct migrateur, mais bien le résultat d'un déplacement conçu et réalisé par l'homme et dans lequel les animaux demeurent en quelque sorte passifs.

Les animaux accusent l'inlluence des climats pour lesquels ils n'ont pas été fails par des modifications qui altèrent profondément leurs caractères superficiels, et qui ont pour but de leur permettre de vivre dans ce milieu nouveau. La résistance au changement de température s'accuse par les modifications dans la vestiture des animaux. C'est ainsi que ceux qui ont à lutter contre la chaleur se dépouillent de l'excédant de leur laine, de leur poil ou de leurs plumes, tandis que ceux qui ont à lutter contre le froid subisseut des modifications inverses dans le pelage. Au dire des voyageiu's, la toison des boeufs des Cordillières est d'autant plus épaisse qu'on les observe à une altitude plus élevée ; les poussins des pays chauds naissent sans les poils qui recouvrent ceux de nos pays ; les chèvres du Tliibet transportées dans nos climats perdent la finesse et le caractère chaud et duveté de leur laine, etc. ;\c voyons-nous pas d'ailleurs le passage d'uutj

04 CLDIAT.

saison à mie autre, produire dans le pelage de nos animaux domestiques des changements en rapport avec la nécessité de se garer du chaud ou du froid. Et ce n'est pas seulement l'épaisseur du pelage qui est ainsi modifiée par le climat; sa couleur suhit aussi des modifiatious qui pour les pays froids se rapprochent des teintes grises et blanchâtres. Cette influence du milieu climatérique met d'ailleurs son empreinte sur toutes les conditions de structure et de fonctionnement de la vie, elle modifie la taille, la fécondité de la durée de la vie, la santé. Ces changements constituent précisément autant d'obstacles contre lesquels l'art de l'acclimatation a à lutter pour habituer des espèces utiles à un chmat qui n'est pas le leur, -le ne saurais entrer ici dans plus de détails et je renvoie le lecteur aux articles Acclimatement et Acclimatatioi\.

Disons, au reste bien vite, que si la nature de la flore d'un pays, peut, dans une certaine mesure, servir de caractérisation à son climat, ou ne saurait tirer les mêmes indices de la nature de sa faune spontanée, à raison de l'indépendance plus grande des animaux par rapport à leur milieu.

III. Vie humaine. Le cosmopolitisme de l'homme ; son industrie qui multiplie les moyens de migration et ceux de résistance climatérique ; le métissage de plus en plus complexe qui en est la conséquence, enlèvent à la géographie anthropologique actuelle tout intérêt et toute précision. C'est donc une étude qui appartient au passé et dont les conclusions contradictoires se débattent encore entre les physiologistes qui font dériver toutes les races humaines d'un seul type, diversifié par les conditions climatiques du milieu, et ceux qui attribuent à chaque race humaine un centre et peut-être une époque de création indépendante.

Les lecteurs de ce Dictionnaire connaissent les arguments pressants à l'aide desquels M. de Quatrefages a fait dépendre les diversités de races humaines des actions de milieu, accrues et fortifiées par le croisement, lequel, lui-même, est subordonné dans ses effets et dans sa réussite, si je puis ainsi dire, aux conditions du climat. Suivant les idées de cet éminent naturaliste, les métis humains, au lieu de constituer une dégénérescence du type, en accroissent au contraire les qualités, surtout en ce qui concerne l'acclimatement. « L'avenir, dit-il, appartient aux races croisées. Dussions-nous en rester où nous en sommes pour les moyens de transport, les voyages, les communications vont se multipliant de tous côtés. Déjà les métis tendent à suppléer les races pures sur bien des points du "lobe. Un jour ils couvriront la terre entière. On est heureux de pouvoir se dire que le progrès ne s'arrêtera pas pour cela et que les civilisations futures seront dignes des civilisations du passé » [voy. Races humaines).

Je n'aurais pas abordé cette question si grave si je n'avais eu à y puiser la preuve des modifications profondes que l'homme reçoit du milieu climatique sous lequel il vit. M. de Quatrefages en donne, dans le travail que je viens de citer, la démonstration péremptoire. Il montre l'adulte de race blanche subissant, par son séjour dans un climat de races colorées, des changements qui, peu sensibles à raison de la fixité de ses conditions organiques et de la brièveté du temps dans lequel ils se sont produits, n'en ont pas moins une signification expressive. De même aussi, le nègre transplanté en Europe y perd déjà quelques-uns de ses attributs de race et sa peau y revêt une teinte qui s'écarte sensiblement de celle qu'elle a sous les tropiques. Les remarques de Bryan-Edwards, Carpentcr, Desore, etc., sur les modifications éprouvées déjà, et dans un temps si court, par la race anglo-saxonne, soumise à Tépreuvcdes climats américains, sont autant de

raisons que les partisans de l'unité d'espèce humaine peuvent invoquer en faveur de leur opinion.

Le climat, le temps et le métissage sont des modificateurs dont l'action réunie est irrésistible. « Pour qui adopte la doctrine des actions de milieu, ajoute M. de Quatrefages, il est donc bien facile de comprendre comment se sont formées, multipliées et conservées les races humaines. Notre espèce a paru sur un point p;irliculier du globe ; de là elle a irradié en fous les sens. Elle a successivement abordé les milieux les plus divers, et cela dans des conditions telles, qu'elle devait en ressentir toutes les iniluences. Elle a traversé au moins trois périodes géologiques et assisté aux dernières modifications subies par le climat et le sol, alors qu'elle était encore sauvage et n'avait pas, pour se garantir des actions extérieures, les ressources dont dispose aujourd'hui l'Anglo-Américain. Elle a vu disparaître un certain nombre de mammifères, c'est-à-dire quelquesuns des animaux qui se rapprochent le plus de l'homme; elle en a vu d'autres émigrcr au Sud ou au Nord des régions qui les avaient réunis. En présence de ce qui se passe aujourd'hui, il est impossible d'admettre que l'organisme humain soit resté inaltéré quand tout changeait autour de lui, quand les conditions de son existence passaient par les extrêmes des tenqjs tertiaires, de la période glaciaire et de l'époque actuelle. Mais ces modifications une fois accomplies, si l'homme s'est trouvé dans un milieu immuable comme celui de la vallée du Nil, si lui-même, parla constance de son genre de vie, est venu confirmer l'action s/afcjh'san/e de ce milieu, il n'a pu que conserver indéfiniment les caractères acquis.»

Je n'insiste pas sur cette questioa, quelque afférence étroite qu'elle ait avec l'histoire des climats, et j'aborde l'étude de l'influence physiologique exercée par les climats, tant au point de vue des individus qu'au point de vue de leur descendance'.

Ces changements, peu sensibles ou inappréciables quand il s'agit de climats rapprochés par leur parenté météorologique, s'accentuent au contraire d'vme manière expressive quand il y a, entre le point de départ et le point d'arrivée climatiqvies, des contrastes très-accusés, et quand la migration de l'une à l'autre s'opère avec une certaine brusquerie. La navigation qui dispose de moyens de célérité d'une rapidité merveilleuse, et les chemins de fer eux-mêmes rendent aujourd'hui plus fréquentes et plus brusques ces vicissitudes climatériques et permettent d'en mieux étudier les effets.

S'il est vrai qu'à chaque changeuient de saison (et l'on ne saurait en douter) l'économie subit des modifications intimes qui la mettent en rapport avec les conditions cliraatologiques nouvelles qu'elle va traverser, ces mouvements périodiques qui ont pour but d'aiTiver à un équilibre hygide, sont nécessairement contrariés par des changements brusques de climat. Et pour prendre un exemple dans un ordre de faits où je puis invoquer ma propre expérience, les départs de France et les arrivages de retour par les bateaux à vapeur prennent souvent un équipage dans la neige d'un de nos ports de mer et le transportent en huit ou dix jours sous un soleil torride dont la chaleur est insupportable, même pour les indigènes. En 1843, nous avons fait en neuf jours, sur une frégate à vapeur, le trajet de France à Corée; une autre fois, en 1851, nous avons laissé à

* Je laisse à l'auteur de l'article Températuiie du corps, le soin de traiter du l'apport de la •chaleur atmo>pliériquc avec la combustion respiratoire et la transpiration [Votj. Chaleur asi- 31ALL: et REsriiiAT.ox).

DICT. EAC. XVJII. 5

66 LiLillUAl.

Saint-Louis (Sénégal), une chaleur moyenne de 28% pour trouver sur les côtes de France, dix jours après, une température de plusieurs degrés au-dessous de zéro.

Ce ne sont certainement pas là toujours des causes de maladie et j'accorde vohntievs que, très-exceptionnellement, certaines constitutions privilégiées peuvent trouver dans cette gymnastique thermique des conditions d élasticité et d'adaptation facile aux changements de climat; mais pour le plus grand nombre c'est une épreuve critique. L'organisme, mis ainsi brusquement en demeure de se créer une physiologie en rapport avec le milieu météorologique qu'il aborde, n'a pas toujours le temps d'organiser ses ressources et des influences morbides peuvent dès lors profiter de l'équilibre instable dans lequel il se trouve.

Les maladies créées par la transition brusque d'un climat froid à un climat chaud, ont leur siège de préférence dans les organes de l'abdomen, tandis que la transition inverse menace plutôt la poitrine. On peut accepter ce contraste dans sa généralité, sans cependant croire qu'il se vériiie toujours. Le passage des pays chauds où règne le paludisme à des latitudes élevées détermine souvent des récidives de fièvres anciennes ou la transformation d'accès simples en accès pernicieux comme Haoul et moi en avons constaté des exemples au Sénégal (voir mon Traité d'iuj g iène navale, Paris 185G, p. 408). Je reviendrai sur cette question quand je m'occuperai du cliangeraent de climat envisagé comme moyen thérapeutique.

Les modifications qu'imprime aux grandes fonctions de l'économie l'action insolite d'un climat excessif ont été étudiées avec tout le soin désirable et je ne m'y arrêterai pas, désireux de ne pas m'attarder dans des banalités ou dans des redites qui n'apprendraient pas grand chose au lecteur. Elles sont le commencement de ce travail de créolisation qui n'est que le premier degré de ces changements, grâce auxquels on s'est indigénisé, pour me servir d'une expression heureuse, empruntée à M. Celle. On s'est créolisé aux Antilles quand on a acquis, sous l'influence du climat, subie pendant longtemps, la formule organique des créoles et leur immunité aux endémies. L'individu atteint rarement ce degré et ne le dépasse pas. Sa descendance peut aller plus loin et arriver à l'identification avec l'indigène, c'est-à-dire à l'acclimatement complet ; elle y arrivera sûrement quand, à l'assuétude climatérique, fruit du temps, elle aura joint celle qui doit résulter du croisement des races.

On sait combien cette question de l'acclimatement des Européens dans les pays intertropicaux, et même dans les pays chauds, en Algérie, par exemple, a été controversée et a reçu de solutions différentes. Une race est dite acclimatée dans un pays quand elle y a conservé : 1"^ Sa force d'expansion ou sa fécondité normales; 2*^ sa longévité originelle ; 5° sa vigueur ; 4" sou aptitude au travail intellectuel et au travail de la terre. On peut dire que l'acclimatement, envisagé de cette façon, et au point de vue de la migration des pays tempérés vers les pays chauds, est sans aucun doute promis à l'avenir par la double influence du croisement des nouveaux venus avec les aborigènes et des progrès de l'hygiène ; mais le peuple le plus cosmopolite, le peuple juif, dont l'élasticité climatique est une mission autant qu'une qualité, n'en est pas encore là, s"il s'en rapproche.

M.Bertillon a distingué en quatre périodes les modifications que subit une race tZec/tmafee; 1" modifications qui suivent l'arrivée; 2" modifications lentes, chroniques, amenant une déchéance sourde de l'économie; o" débilité et proclivité morbide des nouveau-nés des premiers colons; 4" temps d'arrêt et prospé-

rilé apparente, mais cachant les germes d'une dégénérescence qui rend impossible la colonisation définitive.

Ce tableau, assez vrai pour les pays chauds dans lesquels l'influence palustre se joint à l'action débilitante du climat, ne l'est plus pour vqu\ où la race importée n'a à lutter que contre la chaleur. Aguerrie par l'assuétude, préservée par une bonne hygiène, retrempée par le métissage, elle arrivera sans aucun doute plus taixl à réaliser ce progrès d'une indigénisation, sinon complète, au moins suffisante. D'ailleurs l'industrie qui est une qjtantUé iniléfmimcnt susceptible d'accroissement, mettra plus tard à la disposition de l'homme, pour dompter l'inclémence du climat et les propriétés délétères du sol, des ressources que nous ne soupçonnons même pas {Voij. Acclimatement).

La coloration de la peau et du système pileux, la taille, la fécondité, la longévité, la prédominance organique ou le tempérament, la proclivité morbide, sont manifestement influencés par le climat, bien que celui-ci ne puisse revendiquer que la part qui lui revient sans usurper sur celle qui appartient aux qualités primitives de la race.

En ce qui concerne la couleur de la peau et de ses annexes, ce trait organique dont renonciation est devenue la caractéristique des trois races humaines principales est évidemment dominé par le climat; il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à comparer dans une même race, la race caucasiquc, par exemple, le teint de quelques-uns de ses rameaux méridionaux avec celui de rameaux habitant le Nord, pour sui"prendre des différences déjà très-considérables ; l'affaiblissement delà teinte noire chez les Ethiopiens déclimatés est déjà sensible dans le court espace d'une seule vie et dénote l'influence du milieu. Quant au teint blanc et mat des créoles invoqué contre cette théorie, il s'explique par les conditions de séquestration dans lesquelles ils vivent, impuissants qu'ils sont à lutter à l'extérieur contre une chaleur agressive.

La taille, on l'a dit avec raison, est expression de race bien autrement que de climat ; mais cependant, quand on la voit influencée manifestement par des conditions locales : varier, par exemple, dans le même département, s'élever dans la plaine, décroître sur les montagnes, l'emporter dans les villes relativement aux campagnes, croître avec l'aisance et décroître avec la misère, on est porté à considérer ce trait de race comme un terme mobile que les conditions du milieu extérieur, comme celles du milieu physique, peuvent faire varier dans une certaine mesure.

Quant à la fécondité, si elle "ne semble nullement amoindrie par le fait du passage de climats tempérés aux climats septentrionaux, comme le prouve l'état des familles dans l'Amérique du Nord et au Canada, elle subit au contraire, par le fait de l'émigration dans des pays chauds, une entrave sensible et de plus, le fœtus et l'enfant participant à la débilité des parents y ont une moindre vitalité qui s'accuse par la fréquence des avortements et par l'extrême mortalité infantile.

Il y a aussi à tenir compte, dans cette influence des climats sur la fécondité, de la durée différente de la période d'activité procréatrice de la femme, période mesurée par l'apparition et la siqjpression des règles.

Des documents pleins d'intérêt ont été produits sur cette question par J\DL Leudet, Joulin, Tilt, Vogt, Faye, Mayer au Congrès médical international tenu à Paris en 1867. Ils confirment l'opinion, unanimement acceptée, que la chaleur du climat agit dans le sens d'une précocité plus grande des menstrues. M. Joulin niunissant ses observations à celles de MM. Tilt et Lagneau et

opérant sur un chiffre de 16,517, a constaté que, dans la zone tempérée comprise entre 35° et 54«, avec Manchester et Madrid comme extrêmes limites, les régies apparaissent, en moyenne, dans le cours de la quinzième année. Dans une seconde zone climatérique sV'tendant de 35" à 1 cquateur et embrassant, par conséquent, les pays chauds et les pays intertropicaux, la moyenne basée sur 1724 observations a été de treize ans, c'esl-à-dire de deux ans moins élevée que pour les climats tempérés; mais la confusion des races diverses qui ont apporté leur contingent à cette statistique lui eidève une partie de sa rigueur. Quant aux climats froids, c'est-à-dire dont la latitude est supérieure à 5-4», ils accusent pour la première menstruation, un retard d'une année sur la zone tempérée. MM. Paye et Vogt, étudiant l'.îge de la première menstruation chez 116 Laponnes l'ont évalué à 16 ans, chiffre qui diffère très-peu de celui de 16 ans et demi indiqué par les mêmes auteurs comme représentant chez les Norwégiennes de la campagne, l'âge de l'apparition des règles.

Quant à la ménopause, elle doit varier aussi sous l'influence de climats, mais la mesure de cette iniluence n'a pas encore été déterminée. Lorsqu'on aborde cette question de l'innuencedes climats sur la fonction menstruelle, il ne faut pas oublier que celle-ci est modifiée également par la race.M.Raciborsky étudiant cette question dans la race juive qui, par son cosmopolitisme, réduit au minimum l'inllueuce du climat dans des recherches de ce genre, dit avoir constaté qu'à Varsovie les jeunes juives étaient menstniées plus tôt que les jeunes filles polonaises, mais des recherches faites en Angleterre par M. Tilt montrent que cette loi n'est pas applicable à tous les climats sous lesquels s'est implantée la race juive. {Voy. Congrès médical international de Paris, août 1867, Paris 1868, p. 162.)

La longévité est elle-même dans une certaine dépendance de l'inlluence des climats, mais elle est la résultante de tant de conditions dans lesquelles la race, le genre de vie, le bien-être revendiquent leur part d'action, que l'on ne saurait «véritablement tracer avec quelque certitude celle du climat. On peut dire cependant que la longévité ordinaire est moindre, toutes choses égales, dans les climats excessifs que dans les climats tempérés et que la longévité exceptionnelle, c'est-à-dire celle qui dépasse le terme habituel de la vie humaine est plus commune dans le Nord. Tout le monde sait que le nombre des centenaires est plus considérable en Russie que partout ailleurs. Ce fait qui avait été invoqué comme preuve de la vitalité de la race et de la salubrité des climats du Nord, accuse au contraire la rigueur de ceux-ci et indique seulement la réunion de ces deux conditions : fécondité considérable et grande mortalité infantile. Sous cette double influence, il doit nécessairement arriver que la population russe, passée ainsi au crible, offre une proportion plus grande de ces organisations privilégiées auxquelles il est donné de dépasser de beaucoup le terme ordinaire de la vie.

Les climats, on le voit, gouvernent d'une manière directe les modalités diverses de la vie physique, envisagées dans l'individu et dans la race ; des philosophes ont été plus loin et ont voulu en faire les régulateurs souverains des habitudes morales des peuples et de leur aptitude à être gouvernés et à se gouverner eux-mêmes.

llippocrate a été l'initiateur de cette sorte d'étiologie morale dans sa célèbre description des mœurs des Asiatiques opposées à celles des Européens. « Si, dit-il, les Asiatiques sont pusillanimes, sans courage, moins belliqueux et d'un caractère plus doux que les Européens, c'est encore dans la nature des saisons qu'il faut en chercher la principale cause. Chez les premiers, loin d'éprouver de

grandes vicissitudes, elles se ressemblent presque et passent du chaud au froid d'une manière insensible. Or dans une telle température l'àme n'éprouve point de secousses vives, ni le corps ces changements violents qui impriment naturellement à l'homme un caractère plus indocile, plus farouche et plus fougueux que s'il vivait dans une température toujours égale, car ce sont les passages rapides d'un extrême à l'autre qui éveillent les esprits de l'homme et l'arrachent à son état d'inertie et d'insouciance. Je pense que c'est à un défaut de pareils changements qu'il faut attribuer la pusillanimité des Asiatiques et ensuite à la nature des lois auxquelles ils sont soumis. La plus grande partie de l'Asie est gouvernée par des rois et partout oij les hommes ne sont ni maîtres de leur personne, ni gouvernés par leurs propres lois, mais soumis à des despotes, bien loin de s'occuper du métier des armes, ils ont grand soin de ne point passer pour guerriers et cela par la raison que les dangers n'y sont pas également partagés. » Ilippocrate, Des Airs, des Eaux et des Lieux, chap. n,paragr. LXXXV.) Le livre XIV de V Esprit des lois n'est qu'une longue paraphrase de la doctrine hippocratique relativement à l'influence exercée par les climats sur les mœurs. Cabanis a fait aussi de ce passage le pivot de son argumentation dans ^on mémoire relatif à VInfluence des climats sur les habitudes morales (Cabanis, Rapport du physique et du moral de l'homme, 2" édit., Paris, an XIU, t. II, neuvième mémoire, p. IGO). Je ne saurais entrer ici dans l'examen d'une doctrine qui, niant la spontanéité morale de l'homme, en fait l'esclave soumis et irresponsable des conditions du milieu dans lequel il vit; sans aucun doute, les climats ne sont pas sans influence sur les modalités accessoires de la vie morale des peuples, sur leur caractère, mais leur action ne va pas au-delà et elle n'atteint en rien les facultés de conscience de manière à rendre variables les bases de la morale qui ne change et ne peut changer au gré de contingences aussi fortuites que celles qui relèvent du milieu extérieur. A l'induencc du physique sur le moral il faut opposer l'influence du moral sur le physique et ne pas oublier que dans cet échange d'influences qu'entretiennent l'àme et le corps, la première conserve sa liberté et a ses lois propres, et que la fameuse proposition de Cabanis « Le moral n est que le physique sous un autre point de vue. » (Cabanis, OEuv. table analytique par Destutt de Tracy, t. Il, p. 562), n'est pas plus applicable aux nations qu'à l'individu. Mais ce n'est pas ici le lieu d'insister davantage sur cette doctrine.

Article 111. Classification des climats. Tout le monde est d'accord sur la nécessité de classer les climats, mais la base de leur groupement varie suivant l'objectif que ces essais de classification ont en vue. Les médecins, qui ont un intérêt tout particulier à poursuivre cette recherche d'une classification des climats, ont bien le droit de ne pas se contenter des essais qui ont été jusqu'ici tentés dans cette voie.

Que leur importe, en effet, cette classification astronomique basée sur la longueur proportionnelle du jour et de la nuit au solstice d'été, et qui embrasse dans une série de vingt-quatre zones, de l'équateur au cercle polaire, et de six autres zones, du cercle polaire au pôle, toute la surface terrestre divisée en bandes dont chacune embrasse une multitude infinie de localités qui n'offrent souvent que cette ressemblance climatique d'avoir, à une époque déterminée, la même durée proportionnelle du jour et de la nuit?

Les classifications thermiques, c'est-à-dire celles qui prennent pour base la

température, s'appuyaiit sur un des éléments dominateurs des climats, ont, par cela même, un plus grand intérêt pratique; mais si cet élément surpasse les autres par son importance, il n'est pas le seul. D'ailleurs, quelle condition de la température prendra-t-on pour base? La quantité de chaleur moyenne versée annuellement sur un point? Mais nous avons vu combien deux localités isothermiques peuvent varier sous le rapport de leur climat. M. Jules Rochard a présenté une classification des climats basée sur le tracé des lignes isothermes, beaucoup plus rationnelle sans doute que celles qui avaient été proposées avant lui, mais qui n'échappe pas à ce reproche général d'englober sous une étiquette commune des climats partiels essentiellement différents, \oici les bases de sa classification:

A. Climats torrides compris entre l'équateur thermal et les isothermes de H- 25". Ils embrassent :

1° La réyion africaine : côte occidentale d'Afrique, du cap Blanc au cap Négro; parties centrales comprenant le Sahara, le Fezzan et le Soudan; côte orientale, Nubie, Abyssiuie, Mozambique, Madagascar, etc.);

2" La région asiatique, comprenant : le groupe occidental (Arabie, sud de la Perse, Béloutchistan) ; le groupe central (Hindoustan) ; le groupe oriental (Indo- Chine) ;■

3° La région océanienne, comprenant la Mélanésie et la Polynésie ;

4" ta région américaine.

B. Climats chauds, compris entre les isothermes de + 25*"= et de -f- lo"*^^ ; ils se divisent en climats chauds de l'hémisphère nord et climats chauds de l'hémisphère sud :

1° Ceux de l'hémisphère nord embrassent la région méditerranéenne de l'Afrique ; la région européenne (Espagne, France, Italie, Grèce) ; la région asiatique, de la Mer Rouge à l'Océan Pacifique, subdivisée en groupe occidental (Arabie, Turquie d'Asie, Arménie et nord de la Perse) ; groupe central comprenant l'Afghanistan, le Turkestan et le Pendjab; groupe oriental, comprenant la Chine méridionale; la région océanienne, comprenant la Polynésie septentrionale ; la région américaine, comprenant le nord du Mexique et les États- Unis du Sud.

1" Les climats chauds de l'hémisphère sud comprennent : une région afri caine (le Cap et le pays des Hottentots) ; une région océanienne (Australie et Nouvelle-Calédonie) ; une région américaine (Pérou et Brésil).

C. Climats tempérés, compris entre les isothermes de ■+- 15" et de H- 5". Ils comprennent, dans l'hémisphère noi'd : une région européenne, subdivisée en groupe occidental (îles Britanniques, presqu'île Scandinave, Danemark, Belgique et Hollande, France, Italie continentale, et groupe oriental (Allemagne et Suisse, Russie méridionale et Turquie d'Europe); une région asiatique (pays des Kirghiz, la Dzoungarie, la Mongolie, la Chine septentionale et le Japon; une région américaine (Etats-Unis du Nord).

Les climats tempérés de l'hémisphère sud comprennent : une réqion océanienne (Tasmanie et Nouvelle-Zélande ; une région américaine (Chili, Plata, Patagonie).

D. Climats froids compris entre les isothermes de + 5° et de ■ 5".

Les climats froids de l'hémisphère nord se divisent en : région européenne ih'

lande, nord de la presqu'île Scandinave, Laponieet Russie septentrionale; région ■asiatique (Sibérie et Kanichatka) ; région américaine, comprenant l'Amérique russe, la Nouvelle-Bretagne, le Labrador, le Canada ot Terre-Neuve.

Les climats froids de rhémisplière sud ne comprennent que des terres à peine connues : îles Povvell, les Schelland du Sud, les terres Louis-Pliilippe, Amélie, ■de Grahay, etc.

E. Les Climats polaires sont compris entre les isothermes de -H 5° et de — 15""=. Ils embrassent, dans l'hémisplicre sud, des régions inconnues, et, dans l'iiémisphère nord, le Spitzberg, la Nouvelle-Zemble, la partie la plus septentrionale de la Sibérie et de la Nouvelle-Bretagne, la terre de Baffin, le Groenland, l'Archipel polaire. (Jules Rochard, Nouveau Dict. de Méd. et de Chir. pratique, 1868, article Climat, t. MU.

Il est certain que, si une classification basée sur les isothermes pouvait être acceptée, celle-ci, par sa simplicité, par l'uniformité de son principe, qui est une différence de 10'"'^ de température moyenne annuelle entre les diverses zones ■qui se suivent, par le groupement des différentes contrées du globe dans chacune des zones climatiques à laquelle chacune est rattachée par sa température moyenne annuelle, constitue, surlesclassitîcations précédentes, un incontestable progrès. L'auteur a senti (et c'est le secret de la supériorité de sa classification des climats), la nécessité d'aller au-delà de la division en zones et il a admis des climats régionaux, mais il ne les a distingués les uns des autres que par leur situation géographique, et non par leur formide climatologique, et c'est là précisément le côté défectueux et peu médical de cette classification, si ingénieuse par ailleurs. Il aurait fallu caractériser météorologiquement, et non pas géographiquement, chaque région, aller au-delà de sa tempéi'ature moyeime annuelle, et dire en quoi, pour les climats torrides, par exemple, la région africaine, la région asiatique et la région océanienne diffèrent les unes des autres ; en d'autres termes, je vois bien dans les climats de zones un caractère qui les réunit, je ne Tois pas spécifiées les dissemblances climatologiques qui séparent les régions «ntre lesquelles ils se subdivisent.

Je n'ai nullement la pensée de faire à M. Jules Rochard un reproche de nous avoir donné une classification géographique des climats plutôt qu'une classification météorologique. Peu de médecins (je le dis sans embarras, malgré ma vive amitié pour l'auteur) pouvaient faire aussi bien, et nul n'eût pu faire mieux, avec r imperfection de la climatologie scientifique, qui débute à peine, cherche sa méthode, hésite sur ses procédés, et dispose d'ailleurs d'un trop petit nombre de documeats pour qu'on puisse songer, dès à présent, à classer méthodiquement les climats. Cette ambition est prématurée. Etudions scientifiquement les climats de localités, non pas seulement météorologi(iuement, mais médicalement, et quand nous connaîtrons un grand nombre de ces modificateurs de la vie dans leurs éléments constitutifs et dans leur action, nous rapprocherons ceux qui se ressemblent, fussent-ils séparés par de grandes distances géographiques (le médecin ne doit pas plus se préoccuper de cette condition qu'il ne se préoccupe de la provenance géographique des médicaments pour les classer), et nous arriverons, comme en botanique, comme en zoologie, à créer des espèces, des genres et des ordres climatiques; jusque-là, toute tentative de ce genre ne saurait aboutir.

Tl CLIMAT.

Un climat est une thériaque naturelle constituée, comme nous venons de le -voir, par des éléments dont les combinaisons peuvent varier en quelque sorte à l'infini ; la géographie ne saurait rien apprendre à son sujet; il faut le soumettre à la double épreuve de l'observation météorologique et de l'observation biologique interrogée au point de vue des plantes, des animaux et de l'homme, et chercher dans ces deux critériums, rapprochés et déduits l'un de l'autre, la seule base qui soit possible pour des généralisations fructueuses.

Toutes les sciences se sont trop hâtées de classer, et elles se sont embarrassées ainsi d'entraves dont il ne leur a pas été facile de se débarrasser ensuite. La climatologie, qui vient après toutes les autres, doit profiter de ces échecs et se montrer plus prudente. Que son rôle actuel se borne à étudier les climats de localités ; le reste viendra dans quelques centaines d'années. La science a assez de temps devant elle pour pouvoir attendre patiemment.

Mais s'il n'est pas possible de classer les différents pays entre eux au point de vue de leur climat, on peut, dès à présent, préparer des cadres basés sur l'association des éléments climatologiqiies entre eux, et dans lesquels chaque climat local, étudié en lui-même, sera rangé plus tard suivant ses affinités avec tel ou

tel groupe.

Pour arriver à ce résultat, il faut donner une précision numérique à des épithètcs qui n'ont maintenant qu'un sens vague. Un climat est sec ou humide; il faut déterminer au-delà ou en deçà de quelle raoyeime hygrométrique il mérite l'une ou l'autre de ces qualifications. Un climat est constant ou variable; il faut déterminer si sa constance ou sa variabilité sont annuelles, saisonnières, mensuelles, journalières, et déterminer les limites des oscillations thermométriques, hygrométriques, anémométriques, photométriques, entre lesquelles il mérite l'une ou l'autre de ces appellations, etc.

Trois qualités peuvent être considérées comme dominantes dans les climats : 1" la chaleur ; 2" l'humidité ; 5" la variabilité. Elles ne contiennent pas tout, mais elles gouvernent les autres, et l'on peut abstraire celles-ci pour un groupement des climats, et pour la caractérisation des climats de localités, qui sont les seuls que le praticien ait véritablement intérêt à connaître. Car, je ne saurais trop le redire, si les généralisations relatives aux climats de zones ou de régions sont très-intéressantes en elles-mêmes, elles demeurent fort stériles, si ce n'est fort décevantes, pour le médecin qu'elles entraînent dans des assimilations trèsdangereuses de localités qui, géographiquemcut, se rapprochent, et qui, cliinatologiquement, diffèrent beaucoup plus que d'autres localités ])lacées dans des zones différentes. Au reste, c'est toujours la même erreur philosophique qui veut mettre les généralisations avant les faits, lesquels peuvent seuls pourtant leur offrir une base solide. J'aurais pu faire comme tout le monde (c'eût été plus prudent, sans doute), et disserter longuement sur les chmats de zone avec leurs divisions géographiques, mais mon jugement eîit porté avec fatigue le joug de cette routine commode, et j'aime mieux, à tout prendre, courir les risques d'une innovation, quelque périlleuse qu'elle soit.

La climatologie médicale a été, jusqu'ici, l'esclave docile de la géographie; il faut, à mon sens, qu'elle s'en émancipe. Que nous importe, à nous autres médecins, que deux localités climatologiquement semblables par la façon dont elles réactionnent les instruments et, le plus délicat de tous, la vie, soient ou ne soient pas sous le même parallèle, appartieuaent ou n'appartiennent pas au même pays? Nous n'avons besoin de connaître la situation géographique il'une localité,.

envisagée comme climat, que pour y acheminer nos malades; au-delà, tout est connaissance superflue et matière à de perpétuels à priori cliniques.

Il faut mettre désormais au centre même de la climatologie, et comme pivot de son étude, le climat de localité, l'étudier avec la précision que comporte l'état avancé de la météorologie physique (eu attendant que la météorologie clinique ait marché du même pas), et, cela fait, grouper ces unités entre elles par leurs affinités et leurs ressemblances, sans se préoccuper le moins du monde de savoir si cet ordre clinique concorde avec l'ordre géographique ou le heurte.

S'il m'est impossible, en l'absence d'éludés jjartJelles suffisantes, de donner une classification de climats et de localités, je dois au moins essayer de former des cadres dans lesquels ces climats pourront trouver place quand l'élude eu aura été soigneusement faite.

L'élément dominateur d'un climat de localité est la température; il n'est pas tout sans doute, mais, par lui-même, et par l'inlluence qu'il exerce sur les autres conditions du climat, son rôle est prépondérant. On pourrait, à ce point de vue, admettre :

1"* Des climats hyperthermiques, dont la moyenne annuelle de tem])érature serait supérieure à -f- 20°;

2" Des climats thermiques d'une moyenne variant de 15 à 20°; 5° Des climats méso-thermiques, ou tempérés, d'une movenne variant de 10 à 15°;

4° Des climats hypothermiques d'une moyenne de 5 à 10"; 5" Des climats athermiques d'une température moyenne annuelle inférieure à -f-5«'=.

Chaque climat de localité placé, par sa moyenne annuelle de température, dans l'un de ces groupes recevrait, suivant sa moyenne annuelle hygrométrique, une qualification particulière à laquelle coiTos[»ondraienl des chiffres indiquant la fraction moyenne de saturation. Ou trouvera plus lard, sans doute, dans la terminologie grecque, des mots correspondant à ces degrés divers d'humidité moyenne, et j'en entrevois d'acceptables. .Mais, désireux d'échapper, si je le puis, à ce reproche d'abus du néologisme qui m'a été adressé plusieurs fois, et non peut-être sans raison (quoique je puisse alléguer à ma décharge que les sciences qui se font impliquent des langues qui se continuent), je me contente des désignations suivantes, mais sous la réserve qu'on renferme chacune d'elles dans des limites numériques convenues : très-humides, humides, d'une humidité moyenne; très-secs, secs, d'une sécheresse moyenne.

L'état calme ou agité de l'atmosplière d'un climat de localité exerce, nous l'avons dit, sur sa constitution une influence très-accusée et dont le médecin doit tenir compte. Une localité peut donc avoir un climat venteux, moyennement venteux, calme. Quand les éludes anéraomélriques auront été multipliées, ces qualifications répondront à des moyennes précises, et revêtiront, par suite, un caractère de rigueur qui leur manque complètement aujourd'hui.

Quant à la pression, il y aura encore à établir des catégories basées sur l'altitude, et les limites que, dans un autre endroit (fo?/. Hyg- et assainissement des villes), j'ai proposé, pour classer entre elles les villes qui ne sont pas isorométriques, pourraient être adoptées pour distinguer entre eux, à ce point de vue, les différents climats de localité {Hygiène et assainissement des villes, p. 75). La luminosité de l'atmosphère, son état ozonique et électrique moyens seraient

encore autant de caractérisations d'un grand intérêt médical et qu'on pourrait traduire par des chiffres jirécis.

Mais le degré de constance de chacun de ces éléments dans la même période de l'année ou dans l'ensemble de l'année entière donnera lieu à des distinctions d'une excessive importance clinique. Les mots conslance et inconstance, avec les adjectifs qui leur correspondent, sont suffisants pour caractériser ce régime de la chaleur, des vents, de l'humidité, de l'ozone, mais il est nécessaire encore de leur faire exprimer des chiffres précis.

Eu se guidant d'après ces principes, on pourrait par exemple exprimer de la façon suivante la formule de certains climats de localité :

Premier exemple. Climat hyperthermique, cà chaleur constante, très-humide, à humidité variable, venteux, très-clair, hyperozoniquc, à pression modérée.

Deuxième exemple. Climat hypothermique constant, sec, calme, brumeux, à pression considérable, hypozonique.

Troisième exemple. Climat mésolhcrmique variable, humide, clair, vei!teux.

Chacune de ces épithètes serait rapportée à des chiffres consentis par les médecins, et prenant ainsi une signification précise, elle pourrait servir à une comparaison dont les éléments ont fait défaut jusqu'ici.

A ces qualités intrinsèques des climats de localités pourraient s'ajouter des qualités extrinsèques, telles que celle d'êtres zymotiques ou azijmotiques, dont la constatation importe tant au médecin.

La nature, le sens et la représentation numérique de ces désignations diverses des qualités des climats de localités étant ainsi établis par un accord commun de météorologistes et de médecins réunis en Congrès, on aurait bientôt, le travail aidant, les éléments de la caractérisation d'une foule de ces climats de localités (les seuls, je le répète, qui intéressent les médecins), et il n'y aurait plus qu'à rapprocher entre eux, pour en former des groupes naturels, ceux qui otfrent la plus grande somme de ressemblances dans leurs éléments essentiels, comme quantité et comme groupement. Telle localité de l'Inde viendra climatologiquement se placera côté d'Alger; telle ville d'Italie auprès de telle ville d'Allemagne ; tel refuge sanitaire des Antilles auprès de telle station d'Espagne; telle localité des Vosges auprès de telle autre localité d'Ecosse, etc. Où sera le mal? La climatologie médicale, je le répète, ne peut avancer qu'en vivant de sa vie propre et en se séparant de la géographie. Il n'y a pas plus pour le médecin de climats de zones, qu'il n'y a à'eaiix minérales de zones.

Le premier acte de ce travail de classification climatologique ainsi opéré (il correspond à l'analyse que l'on fait d'un médicament complexe avant de l'appliquer, et je l'appellerai volontiers, par une analogie qui a son but, la matière climatologique), il restera, en se guidant sur l'induction ou sur l'empirisme, à présenter ce médicament, ou plutôt cette thériaque, à chaque maladie ou état morbide, et à constater par les procédés de l'étiologie (c'est-à-dire de l'hygiène) et par ceux de la clinique, comment ce modificateur individuel, ce climat, modifie la vie dans le sens de la production ou de la guérison des maladies, double série de recherches qui répond à l'étiologie climatologique et à la thérapeutique climatologique.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire, maintenant que je crois avoir justifié mon parti-pris de ne présenter aucune classification de climat jusqu'à ce que les

individus climatiques, ou climats de localités, aient été étudiés en très-grand nombre et d'une façon scientifique et homogène.

AimcLE IV. Le cusiat modificateur étiologique. L'étude du climat, envisage comme agent d'éliologie, est hérissée de difficultés ; il n'agit, en cl'iet, jamais seul, et son action, étroitement mêlée aux autres influences du milieu extérieur, et même du milieu intérieur ou humain, ne peut en être dégagée qu'avec une difficulté extrême.

Jusqu'ici, on a confondu dans une même vue d'ensemhle les conditions météorologiques et les conditions telluriques, quand on a voulu tracer la flore pathologique d'un climat; il appartient à l'analyse étiologique d'essayer d'entrer dans ces distinctions, et de faire au climat et au sol les parts contributives qui reviennent à chacun d'eux dans la production des maladies propres à chaque localité, ou qui y revêtent une forme qu'on ne retrouve pas ailleurs.

Et, tout d'abord, y a-t-il une géographie médicale dans le sens précis qu'on attribue à ce mot? On ne saurait en douter. De même que chaque climat de localité détermine chez les hommes qui l'habitent une formule particulière de tempérament, de constitution, d'immunités et de proclivités morbides, de longévité, ■de résistance, formule mobile et qui varie suivant des manières infinies (mais qui n'altèrent jamais son type spécial), avec les modifications que, dans le cours de l'année, présentent les éléments de ce climat dans leur quantité et leur groupement respectif, de même aussi faut-il admettre qu'à ces modifications dans la manière de vivre en correspondent dans la manière d'être malades. Il y a plus, les conditions de résistance dans l'état de santé, c'est-à-dire l'hygiène, et les conditions de résistance dans l'état de maladie, c'est-à-dire la thérapeutique, varient suivant chaque sorte de climat de localité ; et qui ne cherche pas à saisir ces nuances et croit à l'hygiène comme à la thérapeutique ubiquitaires s'éloigne des saines notions d'une bonne médecine.

Il y a donc des maladies et des formes de maladies qui affectionnent de préférence cette réunion de conditions météorologiques qui constitue ce que l'on appelle synthétiquement un climat de localité.

Je prendrai pour exemple ces climats des terres chaudes du littoral de l'Afrique et du golfe du Mexique, qui ont une certaine homogénéité de constitution météorologique laquelle s'étend à leur flore morbide. Mais quelle part faut-il réserver, dans les maladies qui y sont endémiques, aux conditions même du sol, aux influences lymnhémiques? L'intrication paraît, en apparence, impossible à dénouer; mais quand on aura construit une table des climats de localité et rapproché ceux de cette zone ayant des éléments météorologiques semblables, mais un sol non palustre, d'autres localités de même formule météorologique, mais affranchies <lu paludisme, on arriver., à fliire la part étiologique de l'air et du sol dans la production des maladies propres à chaque groupe de climats. Remarquons bien, <lu reste, que beaucoup de problèmes de climatologie médicale qui ne sont pas susceptibles d'une solution directe peuvent être élucidés par cette méthode détournée de l'analyse.

II y a aussi à faire la part de ce qui appartient à l'homme lui-même, envisagé comme faisant partie d'une race aborigène, importée, pure, croisée, et dans la manifestation élective des maladies pour telle ou telle zone, de la proportion de ces éléments ethniques.

Cela fait, il faut tenir compte de la stabilité ou de la mobilité de ces influences

du climat, du sol, de la race, qui constituent, en combinant leurs variations, des modificateurs étiologiques dont la diversité effraye, en quelque sorte, l'intelligence.

Or, la façon dont on manipule ce problème si effroyablement complexe n'est un secret pour personne. On ne fait pas de statistique ; on s'en rapporle à des impressions; et quand on fait des statistiques, elles prennent les cboses in gloho, sans entrer dans ces distinctions, dont l'absence enlève cependant toute rigueur aux chiffres qu'on aligne.

11 y a des maladies ubiquitaires ; il en est qui, confinées dans des climats particuliers, y exercent en permanence leiu-s ravages ; il en est enfin qui, cosmopolites de leur nature, s'abattent aujourd'hui sur un climat, demain sur un autre et n'ont d'égal à la soudaineté tragique de leurs coups que leur mobilité excessive.

Ces dernières, qui ont au nombre de leurs caractéristiques une certaine indifférence pour les climats et qui ne sont, à mon avis, que des maladies communes ayant revêtu, à la faveur d'un degré insolite de contagiosité, cet attribut de diffusion rapide qui constitue l'épidémicité, ces dernières, dis-je, reçoivent sans doute quelque influence du climat qui les favorise ou les contrarie, mais ceîte influence est médiocre. Ces maladies ont vraisemblablement leur racine essentielle dans le sol, et le climat n'intervient que comme agent de développement ou de dissémination de leurs germes.

Celles diles endémiques sont de trois sortes: ï" endémies humaines iensmi aux prédispositions de races ou aux conditions du genre de vie et de l'aclivité des populations qui les subissent; 2° endémies teUnriques, empruntant, comme les maladies palustres, leurs germes aux conditions du sol; 3° endémies climatiques dépendant de la formule de la météorologie locale.

Les maladies ubiquitaires, étrangères par conséquent à la géographie médicale, peuvent être considérées comme relevant de causes ayant un caractère très-général et procédant, comme les endémies, de ces trois origines.

L'influence du sol domine dans les épidémies (comme foyer primitif de la maladie), celles du sol, de l'homme et du climat se partagent les endémies ; celle du climat domine dans les maladies communes. Ce sont donc celles-là qui nous offrent, pour cette étude, le plus grand intérêt.

Entre ces maladies essentiellement climatiques, il en est quelques-unes que nous prendrons pour exemples.

Mais disons d'abord que la fréquence insolite et la part qu'elles prennent dans la mortalité générale d'une localité sont les deux critériums que l'on invoque pour déterminer sa pathologie spéciale. Le second est plus sur, malgré les causes d'erreurs que l'obscurité ou l'imperfection du diagnostic et la valeur des traitements y introduisent, mais il n'est évidemment applicable qu'aux maladies graves; celles qui ne se terminent que rarement par la mort y répugnent. II est de prudence de faire toujours marcher de front ces deux caractéristiques delà pathologie d'un climat. Prenons quelques exemples pour mieux fixer les idées.

Les iiillammations sont évidemment des maladies ubiquitaires, mais encore paraissent-elles affectionner les climats hypolhermiqucs qui, vifs et stimulants par eux-mêmes, mettant activement en jeu la fonction calorigénétique pendant la santé, semblent aussi, pendant la maladie, prédisposer aux inllammations et rendre celles-ci plus aiguës. Dans les pays chauds, au contraire, elles sont moins communes, moins intenses et tendent souvent, dès le début, à une chronicité qui a ses dangers.

Mais si, sorlant de ces généralile's, nous étudions quelques inflammations viscérales au point de vue de leur fréquence, nous constatons des dilïérences remarquables de tel à tel climat. C'est ainsi que l'hépatite, relativement rare dans les climats tempérés, devient plus commune dans les pays chauds et revêt son summum de fréquence dans les climats hyperthermiques. Le domaine géographique de la pneumonie offre une distribution sinon complètement inverse, du moins opposée. Cette maladie n'épargne sans doute aucun climat ni aucune race, mais elle a pour certaines iormules climatologiques une prédilection qui n'est plus à démontrer. On peut, pour s'en convaincre, lire l'article si com[det que Grisolle, s'appuyant sur de précieux documents qui lui ont été fournis par J. Rochard et Le Roy de Méricouri, a écrit sur le domaine géographique de la pneumonie II nous montre cette maladie très-rare dans les climats polaires malgré l'iuclémence de leur température, augmentant de fréquence à partir du 60" degré de latitude nord, sévissant déjà avec une certaine vigueur en Suède et Danemark, augmentant en Allemagne, devenant encore plus fréquente en Angleterre, où elle lue de 19 à 20,000 personnes par an, s'accroissant en France, où elle fournit 8,5 pour 100 de la mortalité générale, sévissant avec une inlensilé presque égale en Italie et en Espagne ; mais à partir de là devenant d'autant plus rare qu'on avance vers le sud, et constituant dans les pays tropicaux, comme je Lai constaté moi-même, une sorte de rareté nosologique (Voy. Grisolle, Traité de la pneumonie, 2'-' édition, Paris, 1864, p. 119 et suiv.).

Si à côté de ces résultats trop géuéraux et trop vagues pour être bien instructifs, on pouvait enregistrer la l'réi|uence et la mortalité de la pneumonie pour une foule de climats de localité dans les mêmes pays, ou arriverait à des laits étiologiquesdu plus grand intérêt. « 11 est très-probable, dit à ce propos Grisolle, que le nombre des pneumonies ne doit pas être le même dans Ions les points de la France. Si je me fiais à deux comptes-rendus du service médical de l'hôpital Saint-André pour les années 1859 et 1862 publiés par MM. Henri GinlracetAzam, on pourrait en conclure que la maladie est moins commune à Bordeaux qu'à Paris. 11 n'en serait pas de même à Toulon, du moins pour la population traitée à l'hôpital de la Marine. 11 résulte, en effet, de renseignements que je dois à l'obligeance de M. J. Rochard, que la pneumonie figurerait dans la mortalité générale pour une proportion qui oscillerait entre 4,87 et 6 pour 100. Sur le littoral de l'onest, à Cherbourg et à Brest, cette proportion s'élève à 8 pour 100 pour le premier, et à 9,41 pour le second; enfin, à l'hôpital de Rochefort, elle oscillerait entre 12 et 13,52 pour 100, tandis qu'à la frontière de l'est, du moins dans l'hôpital civil de Strasbourg, et si l'on n'a égard qu'au mouvement qui s'est opéré dans les salles de la clinique médicale pendant trois années , on trouverait une proportion de 1 1 ,48 pour 100 » (Grisolle, loc. cit., p. 125).

On juge, par ce petit nombre de chiffres et par leurs écarts, combien tout est à faire en matière d'étiologie climatique. Mais que de difficultés ! Ainsi, dans les chiffres que je viens de citer, la part à faire (et elle est grosse) aux inlluences professionnelles et au genre de vie sur la production de la pneumonie n'a pas été suffisamment séparée de l'influence climatique. Ces chiffres, M. J. Rochard le sait aussi bien que moi , expliquent la mortalité par pneumonie dans une catégorie professionnelle, celle des matelots, mais ils sont plutôt en rapport avec les refroidissements qui dérivent des exercices qu'avec les refroidissements de cause extérieure, dérivant des conditions du climat.

Quoi qu'il eu soit, les inflammations de la poitrine, pneumonie, pleurésie, sont

plus communes dans les climats tempérés que dans les climats chauds ; ii en est de même des bronchites, mais celles-ci ont dans les climats hyperthermiques une ténacité beaucoup plus grande et une proclivité plus grande aussi à fau^e évoluer des tubercules, si elles sont symptomatiques, ou à fournir une provocation à leur

formation.

Une particularité d'étiologie climatique qui ne doit pas être perdue de vue,, c'est que le Iroid, en lui-même, n'est pas générateur d'affections inflammatoires de la poitrine ; celles-ci paraissent être lavorisées surtout par r inconstance d'un climat envisagée dans l'ensemble de ses éléments météorologiques ou dans l'un d'eux, principalement la chaleur. On s'enrhume moins en Islande qu'à -Paris, grâce à la constance du climat du premier de ces pajs, constance qui ne trouve pas l'organisme désarmé, soit comme abri vestimentaire, soit comme réaction culorigénélique. Les saisons d'entre-deux ou de transition présentent, accentuée au maximum, cette inconstance des climats tempérés, et ce sont elles précisément que signalent un plus grand nombre de ces affections aiguës de la poitrine. Les laryngites, les angines, toutes les maladies, en un mot, qui naissent surtout non pas à frigore, comme on le dit, mais par les brusques et nombreuses variations de température, sont la conséquence de l'instabilité thermique. Le groupe des alfections rhumatismales en est aussi ime production habituelle , mais il semble que l'humidité, s'adjoignant à cette condition étiologique, la mette surtout en valeur pour la production du rhumatisme.

L'élément chaleur envisagé seul, quant à son intensité, produit, avec une surexcitation nerveuse qui est la conséquence de l'anémie et d'une stimulation du système nerveux par l'action continue d'un excitant lumineux et calorifique surabondant, un état général d'allanguissement de la nutrition compromise déjà par des dépenses sudoi^ales exagérées et par un état d'atonie des fonctions de réparation; de plus, il émousse l'appétit, affaiblit les aptitudes digeslives de l'estomac en même temps que les mouvements de l'intestin, amène des troubles dyspeptiques, de la constipation; enfin, par une action dont nous avons l'analogue dans ces procédés de zootechnie où la chaleur et l'humidité créent une déi^énérescence du foie, cet organe accuse, dans les pays chauds, une fragilité particulière, qu'il soit positivement malade ou qu'il soit entrahié par ses relations physiologiques dans la h-agilité moi'bide d'autres organes. A ces effets de l'élément chaleur, viennent s'ajouter ceux qu'il produit indirectement en favorisant l'éclosion des germes zymotiques.

Le froid au contraire, même sous une expression rigoureuse, peut être considéré, s'il est permanent, comme conservateur de la santé ; les explorations arctiques l'ont démontré sui'abondarament. En dehors du scorbut , des diverses ophthalmies, notamment de l'ophthalmie des neiges [snow-hlindness) , les régions polaires n'ont pas de maladies qui leur appartiennent en propre. Le froid sec est surtout salubre ; le froid humide amenant des déperditions plus abondantes de calorique organique prédispose aux affections rhumatismales et au scorbut. Au reste, les climats froids, enchaînant l'activité des miasmes , isolent complètement les influences du sol de celles de l'atmosphère, et ne laissent place que pour celles-ci.

J'ai dit que la mobilité de l'atmosphère influait sensiblement, ù indication thermométrique égale, sur les sensations physiologiques de température et dans le sens d'une impression de rafraîchissement ou de réfrigération, suivant la saison ; aussi peut-ou affirmer que deux climats offrant des moyennes thermomé-

triques de l'année, de la saison, du mois, du nycthémère, aussi rapprochées que possible, pourront avoir une pathologie très-différente, suivant que l'atmosphère de l'un sera calme et l'atmosphère de l'autre agitée. Si les vents dominent, surtout l'hiver, leur aclion peut être une atténuation du froid, s'ils ont par leur direction des qualités attiédissantes; mais le plus habituellement ils augmentent l'impression physiologique du froid, et tendent ainsi à exagérer les rigueurs de la température hivernale. Dans l'été, au contraire, en dehors des vents rares et accidentels qui empruntent à leur origine des qualités de chaleur excessive, comme le sirocco, les vents sont des modérateurs tliermiques. Mais les uns et les autres, par leur présence ou leur absence, leurs diversités de direction et de vitesse, impriment aux climats ce caractère de constance ou d'inconstance qui, on peut le dire, est en quelque sorte la clef de leur salubrité.

Entre les maladies épidémiques, il en est une qui semble avoir surtout sa cause dans une combinaison anormale des éléments des climats, combinaison dont le cachet propre est la mobilité, le défaut de permanence, une sorte à'ataxie météorologique, si l'on peut ainsi dire. Je veux parler de la grippe. Il y a une grippe endémique et une grippe épidémique. La grippe cndéini(jue, qui se constate en permanence dans certaines régions, dans la zone méditerranéenne de la France, caractérisée précisément par l'instabilité thermique de son climat, et qui y est connue sous le nom (V affection catarrhale, est de même nature que la grippe revêtue du caractère de l'épidémicité, et envaliissant alors, dans ses migrations, des populations entières. Or cette maladie , d'origine manifestement météorologique, ne paraît que médiocrement influencée par les conditions de température. (( A quoi sert, dit VV. Walshe, de remarquer qu'une certaine épidémie de grippe a été précédée de froids vifs et de bourrasques, lorsque, comme ou l'a constaté au Cap, la grippe peut sévir d'une manière en quelque sorte générale , avec un temps chaud et des conditions en apparence normales. L'épidémie de Londres, en 1851 , s'est montrée en mai, juin et juillet. Il est probable qu'en dehoi's des indications du baromètre, du thermomètre et de l'hygromètre, il y a quelque élément dont le rôle est décisif. La relation de la grippe avec un état électrique particulier est moins nettement établie qu'on ne le supposait dans le principe, et il est plus que douteux que l'ozone soit réellemeut la cause provocatrice de cette maladie. » (W. Walshe, Traité clinicjue des maladies de la poitrine, tradnciion Fonssagrives. Paris, MDCCCLXX, p. 686). La cause de la grippe est manifestement un état anormal de la synthèse climalologique dans les localités qui eu subissent les atteintes , état anormal dont une excessive irritabilité est le cachet.

C'est surtout par son défaut de fixité, par son inconstance, qu'un climat devient générateur des maladies de la poitrine; cette condition domine étiologiquement toutes les autres. J'ai parlé du rôle de celte qualité des climats dans la production de la ]3neumonie; nous en avons une autre preuve dans la façon dont se comportent les climats à l'égard de la phtliisie.

Sans aucun doute, la phthisie est, malgré des assertions contraires, une maladie de tous les climats, mais elle ne s'y développe pas dans tous avec la même facilité, et il est d'observation que « des climats très-froids ou très-chauds présentant une excessive stabilité, sont moins favorables au développement de la phthisie que des climats variables sous le rapport de la sécheresse et de la température. » (Walshe, loc. cit.) L'inconstance thermique, qui est une condition de développement de la phthisie est aussi une condition d'aggravation et d'évolution rapide

de celle-ci quand elle est constituée, et, je le dirai bientôt, la formule de la recherche d'un climat pour les plithisiqucs se résume à peu près dans ce seul mot : stabilité thermique.

Le rhumatisme est, lui aussi, dominé par cette condition , mais l'humidité, qui est pour l'organisme une cause de déperdition de calorique , semble ajouter, pour une part au moins égale, son influence éliologique à celle d'une température variable ; aussi est-ce dans le nord surtout, où l'atmosphère est presque constamment brumeuse, saturée d'humidilé, qu'est le véritable domamedu rhumatisme.

Je ne poursuivrai pas plus loin ces considérations sur le rôle étiologique des climats, cette question ayant avec l'arliclc Géographie médicale {voy. ce mot) des afférences bien plus étroites. Je dirai seulement que si le rôle des climats (en les isolant de toute influence miasmatique) paraît borné au point de vue de la production de maladies qui ne relèvent que d'eux, étiologiquement parlant, ce rôle devient immense quand on l'éludie dans ses rapporls avec la prédisposition morbide, avec les modifications qu'il imprime aux maladies ubiquitaires dans leur intensité, leur gravité, leur forme, leur docilité ou leur résistance aux moyens tliérapeutiques. D'ailleurs , il ne faut pas oublier que le sol , foyer unique des miasmes, attend de la climatologie locale les conditions qui favoriseront leur production et leur dissémination, de telle sorte que l'idée de climat, comme le génie si pénétrant d'Ilippocrate l'avait si bien compris, domine en quelque sorte toute l'éliologic. 11 nous reste à montrer qu'elle ne joue pas un moindre rôle en hygiène et en thérapeutique.

Article V. Le climat au point de vue de la prophylaxie. Je serai bref sur ce sujet, par la bonne raison qu'il est encore à peu près complètement neuf. Signaler les lacunes de cette étude et en montrer l'intérêt clinique est tout ce que je puis faire ici.

L'imminence d'une maladie dont on est menacé par l'hérédité est quelque chose de vague, de lointain , qui ne stimule guère la vigilance des familles et n'appelle pas l'intervention des médecins. On continue et on continuera longtemps à faire soigner sa maladie et à ne pas s'occuper de sa santé. Et cependant, combien limitée est la puissance curalive de la médecine , comparée à sa puissance préservatrice ! Mais les choses vont ainsi, et il faudra que le niveau de l'intelligence, et, par suite, de la prévoyance humaine , se soit singulièrement élevé pour qu'elles changent.

11 y a d'ailleurs en circulation, sur ce point, de fausses idées de philosophie médicale qui retentissent directement sur la pratique. Je signale, à ce propos, comme particulièrement erronée, l'idée d'antagonisme climatique basée sur la rareté d'une maladie dans le climat auquel on demande une immunité contre cette même maladie. D'abord cette rareté peut dépendre autant de ce que les malades n'y vivent pas, que de cet autre fait que la maladie n'y trouve pas de conditions de développement. C'est peut-être là le secret de cette immunité des hauts plateaux pour la phlhisie, immunité dont il a été fait tant de bruit dans ces dernières années. Et puis l'antagonisme climatique est confondu dans ces questions avec l'antagonisme tellurique, quoique ces deux choses soient essentiellement distinctes et doivent toujours être distinguées.

Cette question de prophylaxie a été surtout agitée à propos de la fréquence on de la rareté de la phlhisie dans leurs rapports avec les miasmes des marais. Les

localités marécageuses, en compensation des altenites graves qu'elles portent à la santé humaine, lui procurent-elles certaines immunités ; olïrent-elles une rareté relative de la plithisie, sont-elles, par suite, un abri préservateur pour les personnes que menace une tare héréditaire, en puissance encore ou commençant à se réaliser? Boudin l'a pensé et il a formulé dans un mémoire, publié en 1845 (De l'influence des localités marécageuses sur la marche et la fréquence de la phthisie pulmonaire et de la fièvre typhoïde. In Ann. hijg. publ , 1845, t. XXXIll, p. 58), les conclusions suivantes relativement à celte forme de l'antagonisme pathologique :

1° Les localités dans lesquelles la cause productrice des fièvres intermittentes endémiques imprime à l'homme une modificalion profonde, se distinguent par la rareté relative de la phthisie pulmonaire et de la fièvre typhoïde;

2° Les localités dans lesquelles la fièvre typhoïde et la phthisie pulmonaire sont fortement dessinées se font remarquer par la rareté et le peu de gravité des fièvres intermittentes contractées sur place ;

o" Le dessèchement d'un sol marécageux ou sa conversion en étang (?), en produisant la disparition ou la diminution des maladies paludéennes , somblenl disposer l'organisme à une pathologie nouvelle dans laquelle la phthisie pulmonau'c et suivant la position géographique du lieu, la fièvre typhoïde, se font particulièrement remarquer.

A" Après avoir séjourné dans un pays à caractère marécageux prononcé, l'homme présente contre la fièvre typhoïde une immunité dont le degré et la durée sont en raison directe et composée de la durée du séjour antérieur, de l'intensité d'expression à laquelle y atteignent les fièvres de marais, considérées sous le double rapport de la forme et du type. Ce qui, en d'autres termes, signifie que le séjour dans un pays à fièvres rémittentes et continues, tel que certains points du littoral de l'Algérie et le centre d'un pays d'étangs, de la Bresse, est plus préservateur contre les maladies dont il s'agit que ne le serait, par exemple, le séjour à l'embouchure iangeuse de la rivière de la Bièvre, à Paris ;

5° Les conditions de latitude et de longitude géographiques et d'élévation qui posent une limite à la manifestation des fièvres de marais, établissent également une limite à l'inllueuce médicatrice de l'élément mai'écageux;

6° Lnfin, certaines conditions de race et peut-être de sexe, en diminuant l'impressionnabilité de l'organisme pour la cause productrice des fièvres de marais amoindrissent, en môme temps, reflicacité préserva ti'ice de cette influence.

Cette opinion de Boudin, basée sur des observations ou des travaux de Nepple, Paccoud, Crozant, Brunache, Chassinat, etc., et appuyée sur des faits recueillis par lui-même, en Morée, à Marseille et en Algérie, cette opinion, dis-je, a rencontré de nombreux contradicteurs. Le Pileur, Am. Lefèvre (de Rochefort), Rufz (de la Martinique), Bérenguier (de Rabastein),etc., l'ont battue en brèche par des arguments décisifs, et elle n'est plus considérée, aujourd'hui, que comme une vue ingénieuse de l'esprit.

A notre avis, elle a été mal posée, et c'est pour cela que les arguments pour et contre se sont balancés aussi longtemps et ont tenu l'esprit médical en suspens pendant plusieurs aimées. Croire que le miasme paludéen est un antidote de la phthisie, de telle sorte que les pays marécageux sont ceux qui, toutes choses égales d'ailleurs, offrent le moins de phlhisiques, ou bien admettre que malgré le miasme paludéen^ il existe, dans certaines localités marécageuses, des condi-

»ICT. E5<C. XVIII 6

lions favorables à la durée des phthisies importées ou nées sur place, sont deux choses essentiellement distinctes et qui, confondues, rendent le problème inextricable. Ainsi, pour prendre un exemple, au Sénégal, où l'infection palustre revêt

n'étaient venus habiter cette colonie. A Rochelort, les miasmes palusti-es n'empêchent nullement la génération de la phthisie, ainsi que l'a démontré Am. Lefcvre (A. Lefèvre, De Vinfluence (Tes lieux marécageux sur le développement de la phthisie et de la fièvre typhoïde étudiées particulièrement à Roche fort. Bullet. de VAc. de méd., 1844-45, t. X, p. 968, et Rapport de Gaultier de Claubry sur ce travail, Ibid.. p. 10 il). Mais il est constant que les phtbisiques vivent plus longtemps dans ce port de mer que dans ceux de Brest, Cherbourg, Lorient, que nous avons aussi habités. Voilà donc deux localités marécageuses, le Sénégal et Rocliefort, qui agissent en sens inverse sur la marche de la phthisie. Qu'en conclure, si ce n'est que le paludisme n"intervient pas dans cette action qui doit être rapportée uniquement à la nature différente des deux climats : action défavorable pour l'un, favorable, au contraire, pour l'autre? {Voy. Foussagrives, Tkérapeutique de la phthisie pulmonaire ou l'Art de prolonger la vie des phthisiqiies par les ressources combinées de l'hygiène et de la matière médicale, Paris,

On le voit, derrière cette question de l'antagonisme de la phthisie et des miasmes paludéens se cache une question de climatologie; or, comme il est toujours ])ossible de trouver un climat de même nature, que tel climat paludéen, dont l'utilité pour contrarier le développement de la phthisie ou ralentir sa marche est démontrée cliniquement, et qui est indemne fie miasmes des marais, il est prudent de le choisir de préférence pour y faire vivre les sujets que la phthisie menace ou qu'elle attaque. Ce climat, on peut l'affu-mer, sera toujours un climat constant.

Mais là où le choix d'un climat est important pour conjurer les effets d'une prédisposition héréditaire, c'est quand ou veut, en modifiant le terrain constitutionnel dans lequel le germe est enfoui, empêcher celui-ci d'évoluer. Tel est le lymphatisme et la scrofule, par exemple, qui se développent, s'accroissent, s'arrêtent ou rétrocèdent, suivant la nature des climats qui les réactionnent. 11 serait superflu d'insister sur l'influence exercée, à ce point de vue, par des climats de montagne et de littoral, climats vifs, stimulants, qui favorisent une nutrition active, une sanguification énergique, et qui, opérant souvent des transformations véritables, éloignent ou conjurent définitivement les chances de phthisie. On comprend que, pour la même maladie, le climat qui combat la prédisposition pourrait très-bien ne comenir en rien une fois la maladie confirmée. C'est ce que l'on voit pour la phthisie pulmonaire. Il y a donc des climats de prophylaxie et des climats de thérapeutique. Qui les trouvera et les distinguera les uns des autres ? L'analyse clinique qui ne s'est véritablement pas occupée de ces questions jusqu'ici. Elle a à créer toute la climatologie prophylactique, laquelle, par le temps de communications rapides et de cosmopolitisme où nous vivons, doit devenir pour la vie humaine une ressource d'une grande puissance.

Article YI. Le climat envisagé comsie médicament. § I. Notion thérapeutique du climat. Sans doute, aux termes de la définition d'un médicament,

^substance pondérable qui, appliquée à V organisme, y suscite des changements favorables au rétablissement de la santé {Voy. Fonssagrives, Principes de thérapeutique générale oïl le Médicament étudié aux points de vue physiologique, posologique et clinique, Paris, 1875), un climat n'est pas un médicament, mais je lui conserve intentionnellement ce mot, pour donner de son action une idée plus concrète, moins vague, que celle que rappelle d'iiabitude ce mot. C'est un médicament, mais un médicament complexe, une thériaque naturelle, comme je l'ai appelée, et qui mérite ce nom au même tilrc que les eaux minérales, par opposition avec ces tliériaques artificielles que crée la pharmacologie en associant ensemble des médicaments de nature diverse, coopérant chacun, pour leur part, au résultat thérapeutique que l'on a en vue.

Or, les médicaments qui entrent dans cette thériaque climatique sont nom- J)reux ; je les ai énumérés plus haut : ce sont, la température, l'humidité, les vents, la pression, la luminosité, l'état électrique ctozonique, associés entre eux dans des proportions exlrèmemcnt diverses et qui expliquent la variété, en quelque sorte infinie, des climats thérapeutiques. Et, pour pousser plus loin cette comparaison, de même que l'on constate empiriquement les effets d'iiu médicament composé, sans abdiquer le droit de théoriser ces effets et de les rapporter plutôt à tel de ses composanis qu'à tel autre; de môme aussi, le fait de l'utilité d'un climat dans telle maladie ou dans telle forme d'une maladie étant constaté, ou peut et l'on doit chercher à le théoriser en appréciant le rôle qu'il faut attribuer dans ce résultat clinique à tel ou tel des éléments du climat ou à tel ou tel groupe de ces éléments considérés deux à deux, trois à trois. Enfin, et pour dernière analogie entre une eau minérale et un climat, de même que l'art imite, imparfaitement il est vrai, mais non sans quelque utilité, cette eau -minérale naturelle, de même aussi l'étude thérapeutique de climats naturels conduit à la conception de climats artificiels, pastiches grossiers des premiers sans doute, mais qui ont leur double utilité pour le malade d'abord, et puis aussi pour l'art qui y trouve des instruments d'analyse thérapeutique.

On peut demander des choses très-diverses à un climat vers lequel on émigré :

1" Des conditions de bien-être qui, épargnant aux valétudinaires toute influence aggressive, les mettent dans de bonnes conditions de durée;

2" Des iullucuces positives qui soient susceptibles de modifier un état morbide et de le disposer à la guérisou;

3° Entln, un modificateur constitutionnel qui changeant le tempérament, c'està-dire le terrain organique, s'oppose ainsi à l'évolution d'un germe héréditaire. J'ai parlé déjà du climat au point de vue de la prophylaxie, je n'ai plus à m'en occuper qu'au point de vue de son influence sur les maladies existantes.

11 est incontestable qu'un sujet enclin à des bronchites que perpétue l'inconstance de son climat originel ; que celui que tourmente une dyspepsie atonique entretenue ou aggravée par le séjour des pays chauds; qu'un rhumatisant qui souffre d'une atmosphère froide et humide ; qu'un malade qui a contracté une laryngite chronique ou une pharyngite granuleuse sous l'influence d'un climat de localité âpre, humide et variable ; qu'un scrofuleux en butte aux localisations protéiformes du vice diathésique dont il est porteur ; qu'un sujet atteint d'une choroïdo-rétinite, aggravée par une atmosphère très-lumineuse ; qu'une personne qui voit se développer, par l'habitation d'une haute vallée, un commencement de goitre, etc., peuvent en émigrant vers un climat constant et modéré, vers un pays plus frais, vers une localit»'' plus sèche et moiiis fi'oide, vers une atmosphère

84 tiiaUlA.!.

iiou pulvériileiile, vers un climat plus liimiiicux, plus vif et plus stimulant; ou au contraiie, vers un climat plus brumeux; vers une localité au niveau de la mer, se cicer des conditions de guérison plus facile, quelquefois même guérir sous cette seule influence; mais remarquons que celle-ci est principalement négative et dérive de la soustraction des causes qui ont produit la maladie ou qui l'entretiennent. Émancipée de cette cause, elle tend d'elle-même à la guérison. Concluons-en que le climat, s'il est quelquefois un médicament se suffisant à lui-même, est bien plus souvent un élément de ce que j'ai appelé le régime des médicaments, ou l'ensemble des conditions de milieu qui corroborent leur action ou même lui permettent de se développer.

Le climat agit donc, dans le traitement des maladies confirmées, de trois façons : 1° En créant des conditions différentes, souvent même opposées à celles où la maladie pour laquelle on les prescrit a pris naissance ; 2" en favorisant et rendant fructueuse l'action des autres moyens thérapeutiques auxquels on l'associe ; 3° en fournissant aux valéludinaires, de l'âge, de la débilité ou de la maladie, un milieu météorologique aussi indifférent que possible, et qui leur permette de durer. C'est là l'utilité la plus réelle et la plus certaine du changement de climats, et non pas d'un changement quelconque, pertin-bafcur, mais d'un changement rationnel reposant sur la triple base clinique : de la connaissance de la maladie et de ses modalités individuelles ; de la connaissance du malade, envisagée dans ses éléments complexes ; de la connaissance du climat vers lequel on le dirige.

11 importe, sous peine de mécompte, de bien établir ce fait qu'il n'est pas de refuge climatique qui soit irréprochable. Les climats, comme les caractères, ont les qualités de leurs défauts et les défauts de leurs qualités : un climat qui présenterait pondérés dans une heureuse proporlion tous les cléments météorologiques utiles, et amoindris, autant que possible, ceux qui sont fâcheux, est un climat idéal qu'on peut cheixher longtemps avant de le rencontrer. En cette matière, comme en toute autre chose, la perfection est introuvable. 11 n'est guère, cependant, de station hibernale qui ne fasse miroiter un programme aussi séduisant, mais il faut regarder de pi'ès à ces sirènes de l'air, comme à leurs sœurs des eaux thermales, et ne pas croire à toutes leurs promesses.

Si ce climat idéal, si désirable pour les valétudinaires, et surtout pour les valétudinaires de la poitrine, les plus communs de tous et ceux qui sont le plus souvent à la recherche d'un climat, pouvait être l'éalisé, il offrirait certainement les conditions suivantes :

Une température modérée exempte de toutes oscillations brusques, une transition ménagée entre les saisons; une constance thermologique très-grande, nonseulement d'un jour à l'autre, mais d'une période d'un jour à une autre période; des abris disposés de telle façon par rapport aux vents saisonniers habituels, que la température en soit raffraîchie l'été, attiédie l'hiver; peu d'humidité, peu d'orages, peu de vent ; des altitudes dans le voisinage, de façon à permettre d'échapper aux chaleurs de l'été; un sol sec ne conservant pas l'humidité ; un ciel habituellement serein, un site pittoresque, ces conditions de confort, ces good accomodations auxquelles les Anglais attachent, avec raison, tant de prix dans le choix d'un refuge climatique ; des dislractions en rapport avec la vie d'un valétudinaire ; tel devrait être ce climat idéal. Mais il s'agit ici de théi'apeutique réelle et non de thérapeuti(iue fantaisiste. \]n climat est un médicament dont il faut savoir se servir : employé d'une certaine façon il est utile, employé

d'une autre façon, il sera désavantageux, et il faut qu'un malade qui émigré à la rechei'che d'un climat sache bien que si celui-ci peut coulribucrà sou mieuxètre, il y contribuera surtout lui-même par son attention à tirer parti des bonnes conditions qu'offre ce climat, et à ueulraliser les mauvaises. Appliquons ces principes à la phthisie, la plus habituelle des maladies chroniques pour lesquelles on invoque les bénéfices du changement de climat. Nous pouvons dire que tout climat qui aura ces quatre caractéristiques : 1» moyenne hibernale assez élevée et moyenne estivale modérée ; 2° absence de vicissitudes thermologiques et hygrologiques, brusques et étendues ; o" grand nombre de jours exempts de pluie, de brunie, de froid ou de veut fort; 4° absence d'orages et de poussières, et qui permettra au malade quelques heures de promenade à pied presque tous les jours, sera par cela seul un refuge climatique qui lui sera profitable s'il le veut, ■c'est-à-dire s'il est prudent et docile.

l» Avoir des moyennes saisonnières, modérées s'il s'agit d'une résidence stable ou une moyenne convenable de la saison, s'il s'agit d'un séjour temporaire, est, on le conçoit, la première et la plus importante des conditions qu'il faut exiger d'un climat. Le phthisique qui émigré, sort de chez lui avec la pensée d'aller chercher des hivers moins froids et des étés moins chauds, et les points vers lesquels il se dirige doivent lui offrir ce double avantage ; il le trouve rarement dans la même localité, mais il peut le réaliser, s'il reçoit une direction iulelligente et par des migrations bien combinées. Lorsqu'il cherche une résidence iixe, c'est-à-dire dans laquelle il puisse habiter toute l'année, les localités du Midi qui offrent des altitudes variées comme celles du voisinage des Cévennes, des Alpes ou des Pyrénées lui donnent, sous ce rapport, des facilités particulières pour avoir des températures hibernales et estivales modérées.

2" La constance d'un climat s'entend d'un régime stable, non violent, de ses divers éléments ; il y a donc des climats constants au point de vue du degré d'humidité, des vents, de l'état électrique ou ozonique, etc., comme il y a des climats constants au point dé vue de la température. J'ai dit comment en météorologie physique, il fallait comprendre et mesurer le degré de constance ou d'inconstance d'un climat : inconstance saisonnière, inconstance mensuelle, inconstance nyctliémérique. Je n'Iiésite pas à considérer cette condition, c'est-à-dire le régime des éléments dLmatujues envisagés non plus en eux-mêmes, mais dans leur succession comme constituant la base même du climat thérapeutique. Il y a d'autres conditions, sans doute, mais celle-là importe certainement le plus au médecin et au malade.

5" Le temps qui permet au malade la promenade à pied est, en général, celui oiï il ne pleut pas, où le vent ne souflle pas avec violence (principalement quand le ciel est découvert), oii il n'y a pas de brouillard et où le froid n'est pas trop vif. Il pleut davantage dans les localités méditerranéennes qui attirent les malades, qu'à Paris, c'est-à-dire qu'il y tombe annuellement plus de pluie, mais le régime de celle-ci est différent ; si les pluies sont plus abondantes, le nombre des jours pluvieux est moins considérable, et puis aussi, on y voit rarement de journées ou de successions de journées signalées par des pluies ininterrompues. A une pluie de quelques heures succède souvent un soleil radieux, qui rend la promenade possible aussitôt que l'humidité s'est évaporée.

L'intensité du vent quand le ciel est 'découvert et que le soleil brille dans tout son éclat, est une circonstance défavorable, surtout si le vent souflle du IVord. Les malades passent en effet, suivant qu'ils sont ou non abrités du vent.

par une succession de températures chaudes ou glaciales, qui leur est extrêmement fâcheuse. C'est au calme de l'atmosphère de Pau et de Venise qu'il faut attrihuer une bonne partie des avantages reconnus à ces stations hibernales. Tous les étrangers sont frappés de cette particularité. Il y a là, évidemment, une condition qui, pour Pau, compense la tempéi-ature relativement un peu froide de l'Jiiver. Personne, en effet, n'ignore combien, à indication thermométrique égale, la vitesse du vent influe sur la sensation physiologique du froid. Pour le dire en passant, les stations du littoral ne sauraient, pour des raisons que l'on comprend, jouir de ce calme atmosphérique qui est non-seulement une condition de bien-être pour les malades, mais qui leur permet un exercice plus régulier.

L'absence d'orages est également une condition à rechercher. Outre que la saturation électrique de l'atmosphère est une source de malaise, d'excitation nerveuse ou d'énervement, les orages amènent des perturbations thermologiques très-violentes et très-brusques.

Les brouillards constituent également, je l'ai dit, une condition fâcheuse en ce qu'ils dimiiment le nombre des, journées médicales, c'est-à-dire de celles qui permettent la promenade, et que, d'ailleurs, ils rendent l'atmosphère lourde et humide.

Je signalerai, enfin, l'absence de poussièi'es comme un élément dont on s'occupe trop peu dans le choix d'une localité. La première est la résultante de l'iuteusité du vent, de l'inconstance hygrométrique qui disloque et pulvérise les éléments du sol et, enfin, de la nature crayeuse ou arénacée de celui-ci. Les gens à bronchites et à laryngites chroniques, ceux qui ont des pharyngites granuleuses, des ophtlialmies divei'ses ou des blépharitcs, les tuberculeux, les asthmatiques souffrent, au-delà de ce qu'on peut imaginer, de cette condition dont les effets ne sont qu'incomplètement atteints par l'usage des respirateurs. J'ai étudié, du reste, avec de longs développements cette question des poussières urbaines dans un autre livre {Hyçjiène et assainissement des villes, Pans. 1874, p. 153). Pau et Venise, comme beaucoup de localités maritimes, offrent des avantages réels sous ce rapport : la pi'emière station à raison du calme proverbial de son ciel, la seconde, à raison de sa position maritime, de l'humidité de son atmosphère et du mode de locomotion qui y est pratiqué, et qui épargne aux malades le bruit et la poussière des voitures.

§ II. Classification thérapeutique des climats. Tels sont les éléments du choix d'une station climatique. Est-il possible, dès à présent, d'édifier une classification de ces refuges, de telle sorte que le médecin aille chercher dans les individualités climatiques qui composent un groupe celle qui répond le mieux à la finalité thérapeutique qu'il se propose? Non, sans doute, les éléments de cette classification qui ne peut reposer, elle aussi, que sur /a localité étudiée non pas seulement météorologiquement, mais cliniquement, c'est-à-dire dans la façon dont elle réactionne telle ou telle maladie, ces éléments, dis-je, seront réunis plus tard, et ce qui est prématuré et impraticable, maintenant, deviendra réalisable un jour, je l'espère bien. Mais on n'y a pas mis cette sage temporisation et on a voulu classifier avant les faits. Les uns, se préoccupant exclusivement de l'ordre géographique, ont distribué les stations climatiques suivant la contrée à laquelle elles appartiennent; les autres ont pris pour base la températui'e moyenne annuelle ; d'autres, enfin, les ont rangées en catégories, basées sur les indications diverses qu'elles sont supposées remplir, et sur les formes de maladies chroniques (il s'agit presque toujours de plithisie) auxquelles ils correspondent plus-

spécialement. Bien évidemment, celte classification, la seule médicale, l'emporte sm' les autres; mais les essais tentés jusqu'ici n'ont ncn de bien satisfaisant, et montrent qu'on s'est trop pressé.

En 1857, Champouillon, réunissant des articles successifs, publiés par lui, relativement à l'inlluence des climats sur la phthisie {Gaz. des Hôpitaux, 1857), a présenté à l'Académie de médecine, sur cette question de thérapeutique, uu mémoire dans lequel il dosait et prescrivait la médication climatique avec un soin et une précision qui nous semblent toucher de près à la subtilité, mais qui accusaient, du moins, une louable tendance à soumettre à l'analyse scientifique une donnée qui n'était guère sortie, jusqu'ici, du domaine du sentiment et de la tradition.

Suivant ce médecin, la forme et l'étiologie particulière de la phthisie que l'on a à traiter, indiquent et le choix de la station et l'époque de l'aniiée oîi elle peut être fréquentée. Partant de ce principe, il classe ces refuges de la manière suivante :

1" Disposition héréditaire à la phthisie, poitrine faible : Pau (le mois de février, mars et avril exceptés), Cannes, Villcfranche, la campaçjne de Nice, Maiitoue, Sorrente, Madère (l'automne excepté), Alger (du mois de janvier au mois de mai), le Caire pendant l'automne et l'hiver.

2" Phthisie chez les sujets lymphatiques ou scrofuleux : Venise, Sorrente, Gènes, Cannes, Yillefranchc, llyères (octobre et novembre exceptés).

5" Phthisie avec toux brève, fréquente, aride, muqueuse pulmonaire irritable. Venise, Madère, Pise, le Caire, Alger.

4" Phthisie catarrhale (!) : Pau, Madère, Alger, Cannes, Villefranchc, llyères, 5 ' Phthisie chez les sujets oppressés par la tristesse : Venise, Alger, Albano, Frascati, environs de Naples, Florence.

6" Phthisie che^ les sujets nerveux: Mantoue, Pise, Madère, Venise. 7" Phthisie à forme hénioptoïque : Toutes les stations méridionales, Pisc- Piome et Naples exceptées.

8" Phthisie colliquative : Pau, Hyères, Cannes, Villefranchc, Madère, Alger (Champouillon. Traitement de la phthisie par le déplacement des malades. Bullet. de VAcad. de méd., 24 novembre, 1857, t. XXIII, p. 103).

Il y aurait certainement beaucoup à redire à ces caractérisations morbides et thérapeutiques qui peuvent paraître aux moins exigeants singulièrement arbitraires, et nous aurions besoin que l'auteur de ces distinctions nous expliquât en quoi la tristesse « qui opprime certains phtbisiques », peut servira déterminer (si ce n'est au point de vue des distractions qu'on y trouve) la station hibernale qui leur convient, et pour quelles raisons, il recommande aux phtbisiques arrivés à la période de coUiquatioiï (c'est probablement ce qu'il entend par le mot de pblhisie colliquative), le climat de Pau et celui d'Alger.

La classification des stations hibernales françaises, proposée par M. de Valcourt, est plus simple, mais elle n'est pas plus satisfaisante. Qu'on en juge plutôt. 11 les repartit ainsi :

1" Climais sédatifs (Pau); 2" climats toniques peu excitants (Le Cannct) ; o" toniques et passablement excitants (Amélic-les-Bains, llyères, Cannes, Menton) ; 4° ioràques et excitants (Costabelle, Cannes) ; 5° toniques et très-excitants (Nice) ; (de Valcourt, Climatologie des stations hivernales du Midi de la France; Paris, 1865, p. 152).

Cette échelle d'excitation, qui rappelle celle de la fameuse table de Lynch

(J. Browii, Éléments de médecine, trad. Fouquier. Paris, an XIII, 1863, p. 312), est graduée par des adverbes ]icu, passablement, très, qui forment des cadres singiilicremcut élastiques pour admettre les stations à venir. Sans doute, il serait avantageux qu'on put déterminer l'action propre à chaque station et classer les formes de la plithisie de façon à n'avoir plus qu'à appliquer sur chacune d'elles les étiquettes : Menton, Pau, Nice, etc., mais la thérapeutique ne pourra arriver à ce degré de savante précision, que quand elle possédera : d'une part, une bonne anaUjse météorologique de chaque station d'air, comme elle possède une bonne analyse chimique des principales eaux; et quand elle aura, d'une autre part, des données cliniques positives sur la façon dont chaque forme et chaque degré de la plithisie sont modifiés dans leur ensemble ou dans leurs éléments par ce réactif ou ce médicament. Nous n'en sommes pas là, mais il faut y tendre.

.l'écrivais, il y a huit ans, à ce propos : « 11 faut renoncer positivement, si ce nest pour toujours, à rattacher chaque station climalérique à une médication déterminée. » {Thérap. delà plithisie pulmonaire basée sur les indications. Paris, 4 706, p. 268.) Je retranche aujourd'hui ces mots si ce n'est pour toujours, et je suis convaincu que l'on peut y arriver, si l'on y met une bonne méthode. Ce qui, dans l'élat actuel de nos connaissances, serait une subtilité clinique, deviendra plus tard, je l'espère bien, quelque chose de réalisable.

Mais la médecine pratique ne vit pas de perspectives, il lui faut une v^indi3 moins creuse, et il faut bien qu'elle se contente et se serve du provisoire, alors même qu'il ne la satisferait pas d'une manière complète.

On peut adopter, en attendant mieux, une autre base de classification des stations climatiques; moins large, moins philosophique que l'autre, elle n'est pas dénuée d'utilité pratique, elle disparaîtra d'ailleurs plus tard quand l'étude clinique des climats de localités dans leurs rapports avec les diverses maladies sera plus avancée. Celte base est l'utilité des stations comme refuge Jiibernal, estival, ou comme résidence fixe dann une maladie déterminée; l'appréciation de ce que la position maritime, continentale, insulaire, méridionale, intertropicale de ces stations, leur altitude introduit de changements dans leur formule météorologique est aussi à prendre en considérations.

Je classerai donc les stations de la manière suivante :

1" Stations hibernales, comprenant les stations hibernales maritimes, les stations hibernales insulaires, les stations hibernales 'continentales, les stations hibernales des tropiques.

2' Stations estivales.

'5" Stations fixes ou résidences.

A. Stations hibernales. On pôul les diviser en trois catégories : 1° Stations hibernales maritimes; 2" stations hibernales insulaires; 5' stations hibernales de l'intérieur; A" stations hibernales des pays intertropicaux.

i" Stations hibernales maritimes. Les stations hibernales maritimes sont placées sur le bord de la mer ou à une distance assez petite de celle-ci, pour qu'elles en reçoivent les influences. Ce sont, de beaucoup, les plus nombreuses et les plus importantes.

Un certain nombre de médecins attribuent encore l'efficacité de ces stations n.oins à leurs qualités climatologiques propres, qu'à l'influence de l'air marin qu'on y respire, et cette erreur, traditionnellement transmise, mérite d'être

combattue, car elle peut coutluire à doiiuer aux plitliisiques des conseils qui leur seraient funestes.

Que faut-il donc penser de l'influence de Vair marin dans le traitement de la plithisie?

Et tout d'abord que faut-il entendre par air marin? Nous laisserons à notre ami M. Le lioy de Méricourt, qui a traité ce sujet de climatologie clinique avec un remarquable talent critique, le soin de répondre à cette question. « Peut-on, dit-il, assigner à l'air du littoral des caractères propres, constants, qui puissent le distinguer de l'air des montagnes, de Vair de la campagne? Est-ce, comme on a depuis quelque temps une singulière tendance à le laisser supposer, une entité assimilable, jusqu'à un certain point, à une eau minérale naturelle, ayant des propriétés physiologiques et thérapeuticjues ? Nous ne pouvons l'admettre. L'analvse chimique la plus minutieuse ne ])arvient qu'à faire reconnaître sa pureté relativement à l'atmosphère coiifmée des centres de population. Le chimiste le plus habile ne pourra distinguer, si des étiquettes n'eu indiquent la provenance, les échantillons d'air pris sur une élévation située à l'intérieur d'un continent des eaux recueillies sur le bord de la mer ou à trente lieues au large. Ofi commence, où huit ce qu'on désigne ainsi? Quelles sont les limites de l'influence physiologique de cette atmosphère par rapport à une ville située sur le bord de la mer?

Si donc cette expression ne signifie l'ion autre chose que l'ensemble des conditions climatériques qui constituent le climat d'une localité plus ou moins modifié par la proximité de la mer, comme l'air de la plaine modifié par l'ail itude devient l'air des montagnes, il nous paraît non-seulement inutile, mais même irrationnel, d'envisager à part l'influence de l'air marin sur la santé.

C'est en comparant minutieusement telle localité maritime à telle autre, ou à telle station continentale, que nous arriverons à faire de la climatologie féconde et pratique ; mais on pourrait discuter indéfiniment sur l'air marin et les climats en général, sans que cela devînt jamais profitable à un seul malade. Est-il, en effet, venu jamais à l'esprit d'aucun médecin d'envoyer des poitrinaires du centre de la France respirer Vair marin à Duukerque ou à Douvres? Non sans doute, car les partisans, même les plus ardents de ce médicament hypothétique delà plithisie, tiennent, au fond, beaucoup plus compte des conditions d'élévation, de constance de température, de pureté du ciel que des particules salines entraînées par la brise du large, des émanations iodurées ou bromurées, des acres sentiîurs des varechs, etc. Qu'y a-t-il de commun entre les plages du cap Nord, celles du golfe de Guinée ou de la Californie, si ce n'est la vue de Ja mer?

Enfin que les partisans de l'air marin veuillent donc bien indiquer à leurs confrères des points où ils pourront envoyer les pauvres phthisiques qui encombrent leurs salles d'hôpital, et qui meurent chaque jour en regardant la mer qu'ils voient de leur lit. » (Le lîoy de Méricourt. Arch. gén. de méd., numéros ■d'octobre et novembre, 1865.)

Nous n'avons rien voulu retrancher à cette vive et inexorable argumentation. Nous allons même plus loin que notre savant ami : non-seulement nous ne croyons pas que l'air marin ajoute aux stations hibernales sur lesquelles il passe le moindre clément thérapeutique, mais nous croyons certaines de ces stations utiles aux phthisiques, non parce gu elles sont sur le bord de la mer, mais quoiqu elles soient sur le bord de la mer. J'entends parler à chaque instant de.

la constance tlu climat marin, et j'avoue que cette assertion bouleverse toutes mes idées et irics souvenirs. J'ai navigué, j'ai passé la plus grande partie de ma vie sur difierciits points du littoral de l'Océan, de la Manche, de la Méditerranée, j'observe encore sous un climat qui, voisiji de la mer, a tous les caractères d'un climat marin, et j'aftirme que la constitution théi'apeutique de ces localités m'a paru toujours singulièrement variable.

Qu'à deux cents lieues de toute terre, le climat marin soit constant, miiforme,. je le reconnais, et je m'en rends compte par l'homogénéité de son domaine, par l'humidité de l'atmosphère et l'absence, comme sur le littoral, de deux milieux de capacité d'absorption, de réflexion et de conductibilité calorifiques inégales, susceptibles, par suite, de s'échauffer diversement et de faire naître des courants aériens de sens alternativement inverses, pouvant modifier la températuie ; mais sur le littoral il en est autrement ; il y a entre la terre et la mer un échange incessant de radiation calorifique, et de là résultent des vents plus ou moins vifs qui peuvent bien ne pas influencer le thermomètre, mais qui impressionnent singulièrement la sensibilité frigorifique des malades.

D'ailleurs, la nature a séparé elle-même les deux éléments de ce problème thérapeutique, en nous montrant l'influence aggravatrice que l'air du littoral de l'Océan ou de la Manche, n'ayant pas pour contrepoids et pour correctif la douceur de la température des stations hibernales, exerce sur la phthisie. Les villes du littoral de la Manche sont plus meurtrières encore pour les phthisiques, que celles du littoral de l'Océan. J'ai pratiqué pendant quatre ans à Cherbourg, et j'ai pu me convaincre de la rapidité avec laquelle la phthisie y marche. Les conditions de ce climat rendent d'ailleurs très-bien compte de cette influence aggiavatrice. « La moyenne, dit Besnou, pharmacien distingué de la marine, est de 6°, 8 pour l'hiver, et le thermomètre y descend rarement au-dessous, de sorte que la température de l'hiver ne monte guère au-dessus de cette moyenne. L'humidité y est excessive ; la moyenne hygrométrique annuelle est de 76 à 77", et celle de l'hiver de 90 à 95°. Il en résulte que l'organisme est péniblement impressionné par le froid, alors même que le thermomètre est assez haut. L'humidité traverse en effet les vêtements de laine, qui sont trèshygrométriques, et le vent enlève du calorique proportionnellement à sa vitesse qui est toujours assez grande dans ces parages. L'air de Cherbourg est donc réelleujeut vif et froid. »

En résumé, on a, à notre avis, singulièrement exagéré les avantages de l'air du littoral pour la guérison ou le ralentissement de la marche de la phthisie, Laennec a nourri toute sa vie cette pieuse illusion. 11 envoyait les tuberculeux sur le bord de la mer, et, quand le déplacement n'était pas possible, il voulait qu'on imprégnât leur chambre des senteurs marines du varech; vaine pratique dont sa mort elle-même est venue démontrer l'inanité ! L'air du littoral, quand il n'est pas attiédi par une latitude méridionale, est préjudiciable aux phthisiqucs, on ne saurait trop le répéter, et cela se conçoit ; il y est en butte à de& vicissitudes thermologiques incessantes: toutes les saisons, en raccourci, se succèdent pour lui dans le même jour, presque dans la même heure ; sa peau imprégnée de moiteur dans une rue échauffée par le soleil, à l'abri du vent, se crispe sous le contact du froid, dès qu'il subit le contact agressif de la brise du large, et de là ces bronchites intercurrentes qui se succèdent sans relâche, et qui, chacune, abrègent pour leur part, la carrière déjà si courte, promise aux tuberculeux.

Il n'est pas sans inlcièl de voir comment Broussais, né lui-même sur les côtes de la Bretagne, jugeait «;ette question d'hygiène thérapeutique : « On a parlé, dit-il, de la navigation comme fort avantageuse... ce n'est sans doute pas la navigation sur les côtes. En pleine mer à la honne heure ! la température est beaucoup plus uniforme, surtout si on avance vers les régions équatoriales. En pleine mer, il s'élève de la surface une petite vapeur aqueuse qui humecte les poumons, et on respire un air vraiment salubre. Mais conclure de ce fait que la navigation et l'air maritime des côtes, surtout celles de Bretagne, soient favorables aux phtliisiques, cest par trop se méprendre. Étant de ce pays, j'ai observé des phlegmasies de poitrine et des phthisics, et j'ai vu qu'elles étaient plus nombreuses sur les côtes que dans l'intérieur des terres, excepté pourtant dans les pays marécageux ou sur les revei's des montagnes exposées au ffidi.

«Ou avait imaginé que c'étaient les émanations des plantes marines qui pi'Oduisaient cet effet, et on l'avait pensé de bonne foi (allusion à Lanneec et à ses essais d'une atmosphère marine artificielle), car on a fait apporter à Paris des varechs, et l'on a jonché les chambres des malades de ces plantes prétendues balsamiques. Maison n'en a retiré aucun bon résultat; on avait mal interprété les bons effets de l'influence de la mer, qui proviennent de l'uniformité de température, et qui avaient été surtout obtenus dans les voyages de long cours diriges vers les pays chauds. » (Broussais, Cours de patholoçile et de thérapeutique générales, 30 mars, 1832, 60" leçon. Paris Q-^édit., t.II, p. 608.

Ce témoignage a d'autant plus de valeur, que Broussais avait habité le littoral, et que de plus il avait navigué en qualité de médecin de la marine, souvenir dont s'honorera toujours le corps médical de la flotte. II prononçait donc en pleine compétence. Certes, nous convenons que l'air vif, pur et stimulant du littoral exerce une influence favorable sur les sujets débilités, convalescents d'une maladie longue; nous concevons que le calme méditatif dont jouit l'esprit par la contemplation du tableau grandiose que la mer déroule sous les yeux, soit pour certains malades un élément d'amélioration, mais nous nions que les phthisiques qui vont habiter Nice ou Menton, doivent le mieux qu'ils éprouvent à l'inhalation de l'air marin. La cause unique de ce changement favorable gît dans une bonne température qui leur épargne les épreuves de l'hiver, et leur permet un exercice régulier,

Il est, de plus, un élément de l'atmosphère qui paraît surabonder surtout sur le littoral; je veux parler de l'ozone, que j'ai déjà étudié comme élément climatique, et l'on pourrait expliquer, en partie, par ce fait, la fréquence des affections cataiThales auxquelles les phtliisiques sont en butte quand ils habitent le littoral.

Au reste, cette question des inconvénients du séjour des côtes pour les phtliisiques a été jugée dans ce sens par un bon nombre de médecins. Rush, en particu- ■ lier,aincrimiué la valeur pour eux du séjour sur le bord de la mer. « Situation exposed ta the sea should he carefuUy avoided. » Il admet que les voyages sur mer leur font du bien (ce qui est une tout autre question), mais que le séjour du littoral leur est préjudiciable. Yoici ses arguments : l'Angleterre qui a une immense étendue de côtes, est ravagée par la phthisie, qui entre pour un chiffre énorme dans sa mortalité. A Salem (État du Massachusetts), située près de la mer et exposée une partie de l'année à des vents d'Est humides, on a constaté en 1790, 50 morts par phthisie sur 160 décès. Boston, Rhodc-Island, New- York ont beaucoup plus de phthisiques que Philadclpliie (R ush, Médical Inquiries

and observations, 2'éc\\i., Philadelphia. 1805, vol. H, p. H5). Rush renonce à théoriser ce fait; je viens de dire que l'inconstance thermologique du climat du littoral me semble susceptible de rexpliquer. J. Copland a émis une opmion analogue : « Autant, dit-il, que je puis m'en rapporter à mon expérience, je pense que, de deux localités qui offrent des conditions identiques de sécheresse, de moyennes annuelles, mensuelles et diurnes, de vicissitudes de vents, de facilités pour faire de l'exercice au dehors, celle de l'intérieur doit être préférée. (J. Copland, A Diclionary ofpractical Medicine. London, 1858, t. 111, p. 1149). Nous partageons complètement cette manière de voir. Le séjour sur le bord de la mer n'est avantageux que pour les stations estivales, parce qu'il tempère la chaleur, mais encore n'y a-t-il là rien de spécial, puisque l'altitude peut procurer le même avantage.

Chaque contrée, à moins qu'elle ne soit placée sous des latitudes assez élevées, comme la Norwège, la Suède, le Danemark, possède, aux confins de ses limites Sud, un certain nombre de refuges qui n'ont souvent qu'une valeur relative, mais qu'elle utilise pour les pbtliisiques à qui leur état de santé ou leur position de fortune interdisent des excursions plus lointaines. L'Angleterre, l'Autriche et la Russie, dont les immenses possessions embrassent les latitudes les plus diverses, ont des stations hibernales de ce genre. La France, l'Italie, l'Espagne, plus favorisées, abondent en localités, qui doivent à leur position méridionale et aux abris qui leur ont été ménagés par la nature, d'être des refuges très hantés par les malades et les valétudinaires. Il y a donc des refuges de nécessité et des refuges d'élection.

Je citerai parmi les premiers pour l'Angleterre : Hastings, Rrighton, Peuzance, Salterton, Teignmouth, Torquay, Salcombe, surnommée le Montpellier de l'Anglelerre; Clifton, etc. pour l'Autriche : les baies fermées de l'istrie, de la Croatie, de la Dalmatie protégées des vents froids du Nord et de l'Est par la chahie des Alpes Carniques et des Alpes Juliennes; pour la Russie, certaines localités choisies de la Crimée, etc.

L'Espagne et le Portugal sont très-richement dotés sous le rapport de leurs stations hibernales maritimes. Le Portugal est toutefois moins bien partagé que l'Espagne à ce point de vue; d'abord, parce qu'il n'a que des ports océaniens, et puis aussi parce que des vents du Nord, très-vifs et très-froids, régnent pendant une grande partie de l'hiver sur la cote Ouest dont ils suivent la direction. La côte S. ou des Algarves, et en particulier, Lagos, Faro, Tavira, doivent offrir des avantages comme refuges climatiques. Lisbonne était jadis tiès-fréquentée, et les médecins de l'Angleterre et surtout de l'Ecosse y envoyaient les phthisiques, aujourd'hui cette station n'a plus le privilège d'attirer le courant des malades qui se porte de prélérence vers le littoral méditerranéen. Toute la côte S. et E. de la péninsule ibérique abonde en refuges excellents. Quant à la côteN., occupée par les Asturies, la Biscaye, etc., battue par des vents de Nord et participant aux caractères du climat pluvieux et variable du golfe de Gascogne, elle n'offre aucun abri hibernal de quelque valeur, mais les malades qui habitent le Midi de l'Espagne peuvent y trouver l'été de bons refuges contre l'intensité de la chaleur.

L'Italie possède en stations climatiques de ce genre des richesses dont le remarquable ouvrage de Carrière {Vltalie au point de vue médical) nous a révélé toute l'étendue. Naples et son golfe (tempér. moyenne hibernale, 9^8), Salerne et son golfe, Yenise (tempér. moyenne hibernale, 5",3), Palerme

(tcmp. moyenne hibernale, 11°, 6), sont les pins fréquenlées des stations de ce genre.

La Grèce a nnc multitude en quelque sorte infinie de stations d'hiver, sur le bord de la mer, avantage qu'elle doit à son beau ciel, aux découpures et à l'élévation de ses côtes, qui sont sillonnées d'abris créant d'excellents refuges.

Quant à la France, déjà si richement dotée au point de vue de ses eaux minérales et de ses vins, elle ne l'est pas moins pour ses stations climatiques. Ses principales stations hibernales maritimes sont : Arcachon (moyenne hibernale, 11" c); Montpellier (moyenne hibernale, 5", 5); Alger (moyenne hibernale, 43", 84); llyères (moyenne hibernale. 8", 5); Caunes (moyenne hibernale 9"); Mce (moyenne hibernale, 8", 33); Monaco (moyenne hibernale, 9", 42); Menton (moy. hibernale, 9", 7); Âjaccio (moy. hibernale, 11 ,6).

Ce qui caractérise le climat insulaire (et nous ne parlons ici que d'iles assez peu étendues pour que chaque localité appartienne en quelque sorte an littoral), c'est sa douceur, c'est-à-dire la modération des températures extrêmes de l'été et de l'hiver.

Les vicissitudes nycthémérales qui caractérisent le bord de la mer existent bien ici, mais à un moindre degré et cela se conçoit : ces variations viennent de ralternance des vents pélagiens et des vents de terre que produit, comme je l'ai déjà dit, l'inégalité d'échauffement du sol et de la mer : or, mie île peu étendue, n'ayant qu'une surface infiniment petite par rapport à la mer qui la baigne de toutes parts, subit les vents que celle-ci lui envoie sans pouvoir, par réciprocité, lui substituer les siens. 11 y a donc là une condition d'uniformité de températurc qui fait que' les îles, quand par ailleurs elles sont situées sous une latitude lavorable offrent des refuges d'hiver très-appréciés. Elles constituent aussi quelquefois de bonnes stations estivales, parce que la chaleur de l'été y est tempérée par les brises du large et puis, parce que souvent aussi elles offrent des altitudes sur lesquelles on peut aller chercher un refuge contre les chaleurs de Tété.

2" Stations hibernales insulaires. Les stations hibernales insulaires les plus connues sont: l°Wiglit, Jersey et Guernesey. Ce sont des refuges d'hiver que les malades anglais peuvent seuls rechercher; Undercliff en particulier, dans l'Ile de Wight est une station hibernale très-estimée en Angleterre, mais les avantages qu'elle offre sont, cela se conçoit, purement relatifs ; 2'^ la Corse, et en particulier Ajaccio (moyenne annuelle H",6); 3" la Sardaigne; 4" les Baléares; 5" Malte (moy. hib., 14", 1); 6" la Sicile et en particulier Catane, Syracuse, Girgente; 7" les îles Ioniennes et en particulier Corfou (moyenne hibernale 12", 56), à laquelle le séjour fructueux de l'impératrice d'Autriche en 1865, a fait une réputation climatologique; 8" diverses îles de l'Archipel, telles que Négrepont, Naxos, Paros. Sériphos, mais surtout Zea et Thermia, Candie, diverses Sporades; 9" Ténérilîe et les îles du cap Yert ; 1 0° Madère (température moyenne hibernale, 15°,8).

3" Stations hibernales de l'intérieur. Les stations hibernales situées dans l'intérieur des terres sont extrêmement nombreuses. Leur existence est en effet la résultante de deux conditions : 1" une latitude méridionale ; 2° des abris naturels contre les vents froids, et l'on conçoit qu'une foule de localités peuvent, dans les contrées les plus diverses, offrir pendant l'hiver des refuges de cette nature. Mais combien en ont de meilleurs et qui s'obstinent à ne pas les cou-

\J X-l K 1.11. ii. XI

naître ! Dans les pays montagneux en particulier, les vallées abritées en présentent un grand nombre, mais qui n'ont qu'une notoriété et une utilité très-bornées. Amélie-les-Bains (moyenne hibernale, 7",96), Rome (moyenne hibernale, 9%58), Florence, Pise, Angers, etc., sont des exemples de refuge de cette sorte.

4» Stations hibernales des pays intertropicaux. Les stations hibernales des pays intertropicaux ont une valeur qui a été surfaite et qui n'a pas résisté à l'examen scientifique. On se rappelle l'impression produite en 1856 par le mémoire si remarquable que mon ami, M. .1. Uocliard, présenta à l'Académie de médecine et qui fut couronné par cette Compagnie, mémoire relatif à l'influence du séjour dans les pays chauds sur la niarche de la phthisie pulmonaire [voy. Mém. de VAc. imp. (L médecine, 1856, t. XX). Si je n'accepte pas sans poser quelques réserves, les conclusions négatives de l'auteui-, eu ce qui concerne les avantages d'une certaine navigation pour les poitrinaires, je me rallie sans restriction aucune à son opinion sur les dangers qui résultent pour eux de leur séjour dans les pays intertropicaux. Je n'hésite pas, avec l'auteur, à affirmer que cette influence est meurtrière au premier chef. La zone géographique dans laquelle elle s'exerce a une hauteur de 68" environ ; elle embrasse tous les pays dont la température moyenne annuelle est comprise entre 50° maximum et 20' minimum et constitue le théâtre le plus habituel de la navigation; les campagnes sur les navires de l'État y ramènent incessamment les médecins de la marine, aussi l'étude des influences climatiques propres aux pays chauds est-elle l'objet habituel de leurs méditations et l'unanimité à peu près complète de leur opinion sur ce point a-t-elle dû corroborer fortement dans l'esprit de M. .1. Rochard, des conclusions auxquelles il avait été conduit par la pression des -faits et l'autorité des chiffres.

En ce qui regarde cette action nuisible des pays chauds sur la marche de la phthisie pulmonaire, si je la considère comme un fait très-géuéral, j'établis néanmoins une réserve qui est implicitement contenue dans les conclusions du mémoire que je viens de citer. Les navigateurs n'étudient l'influence des climats que sous une hauteur barométrique invariable, celle du niveau de la mer. Les documents si précis, si démonstratifs, fournis par M. J. Rochard à l'appui de son opinion ont été, en grande partie, recueillis dans ces conditions ; ce sont, en effet, des médecins de la marine ou des médecins coloniaux, résidant sur les terres plates du littoral, qui ont été principalement interrogés par cet éminent observateur. Qu'il ait tiré de leurs assertions cette conclusion que l'influence climatérique des pays intertropicaux est préjudiciable aux tuberculeux quand ils la subissent sur le pont d'un navire ou sur un sol peu élevé, rien de plus logique, de plus conforme à la vérité, de plus en rapport avec mes propres impressions; mais il est positif, et il l'a très-bien démontré, que les influences climatiques peuvent être très-profondément modifiées par l'altitude, l'exposition, le rapprochement ou l'éloignement de la mer. Ainsi tel phthisique qui périclite sur le httoral d'une île des pays intertropicaux et y brûle littéralement ses poumons (qu'on me passe cette expi^ession, pour impropre qu'elle soit), neutralisera plus ou moins complètement cette influence des climats torrides en élevant sou habitat au-dessus de la mer, et arrivera peut-être même à trouver quelque haute vallée où la température mitigée par l'altitude, la sérénité habituelle du ciel de ces beaux climats, un abri naturel contre certains vents, lui créeront un refuge aussi salutaire que celui qu'il pourrait rencontrer à Hyères ou à Nice. Mais cet avantage est

rccllemcr.t illusoire, puisque dans la grande majorité des pays iutertropicaux, le lllloral est seul habité et habitable, et puisque, d'ailleurs, les refuges méridionaux de l'Italie ou de la France les réalisent avec plus de certitude encore et sans les mêmes exigences de frais et de déplacement. De plus, cette ressource de se faire un climat cà part, en mitigeant par l'altitude la température propre aux pays torrides, est interdite forcément aux navigateurs de l'État et du commerce, que leur service ou leurs affaires retiennent sur le littoral oi"! ils subissent en même temps les conditions défavorables de l'habitat pélagien et de l'habitat nautique. Or j'ai pu constater par moi-même combien ces influences sont délétères pour les tuberculeux. Je ne suis pas parti une seule fois de Fi'ance sans examiner soigneusement l'équipage dont la santé m'était confiée et cela dans le but de lui procurer, par des remplacements, le bénéfice d'une épuration favorable aux intérêts des hommes eux-mêmes et à ceux du service. Eh bien, malgré tout le soin apporté à cet examen, mon bâtiment était à peine arrivé dans les pays intertropicaux, que l'influence torride passait au crible les poumons de l'équipage, et tels hommes qui n'avaient ni toussé ni craché de sang, présentaient bientôt des signes avérés de tuberculisation; tels autres que je tenais en suspicion, très-improbable sous ce rapport, arrivaient en quelques mois au dernier terme de la colliquation tuberculeuse.

Je réserve ici complètement la question de l'influence de ces climats sur la production de la phthisie ; elle est possible, mais elle ne m'est en rien démontrée. Peu importe que les pays intertropicaux ne donnent pas la phthisie (qiiod est demonstrandum) , si leur influence va chercher, au fond des poumons de nouveaux venus, des tubercules criis et qui seraient peut-être restés indéfiniment ans cet état et les pousse vers une fatale et rapide suppuration. Il me paraît, au reste, très-facile de se rendre compte de l'influence aggravatrice exercée par les pays intertropicaux si l'on dissocie les éléments du climat qui leur est propre et si on envisage chacun d'eux dans son action sur l'économie.

1° La chaleur constamment élevée intervient sans aucun doute comme condition défavorable. Une moyenne annuelle de 24" comme celle du Sénégal, de 27° comme celle du golfe de Guinée, de 28" comme celle de Karikal, suppose, on le conçoit des maxima fort élevés pendant lesquels l'abondance des sueurs, la lenteur de la respiration, la gêne de l'hématose par raréfaction de l'air, l'inappétence, le défaut d'exercice, soumettent les tuberculeux à de rudes épreuves.

2° Les variations brusques et nombreuses de température paraissent avoir encore une plus grande importance. Un poitrinaire vivrait à la rigueur dans une chambre maintenue constamment à 5" ou G" au-dessus de zéro. La rareté de la phthisie aux Hébrides, aux Feroë, en Islande, et la façon dont s'y conservent les plithisiques venus du dehors ont leur explication dans la stabilité remarquable de la température, d'ailleurs assez basse de ces îles (voir à ce sujet, A. Mitchell, On the influence wJiich consanguinity in tlie parentage exercises on the offspring/mEdimburgh Medic. Journ., April 1805 p. 908 et Marchand. Aun. d'hyg. prat., juillet et octobre 1865, t. XXIV. p. 44). De même aussi la vie d'un phlhisique se conserverait assez bien dans un milieu maintenu constamment à + 20" ou -h 25" ; le passage répété d'un de ces milieux dans l'autre le tuera infailliblement dans un temps très-court ; et il n'est pas nécessaire que le contraste soit aussi accusé, quelques degrés suffisent dans les pajs chauds pour que l'économie, dont l'impressionabilité frigorifique est singulièi'ement accrue, en éprouve une influence sensible. De là ces bronchites si fréquentes et si te-

Tiaces qu'engendi-eut également sous les tropiques, le passage du chaud au froid et du froid au chaud, et qui avancent toutes d'un pas l'évolution des tubercules. La fixité, l'égalité de la température importent plus aux tuberculeux que son élévation ou son abaissement, et sous ce rapport, ils ne sont, nulle part ailleurs, aussi mal placés que dans les pays intertropicaiix.

3° La surabondance de l'humidité et de l'électricité qui saturent les atmosphères ti-opicales constitue aussi une double condition qu'on ne saurait considérer comme favorable.

En résumé, on voit que l'habitation des pays intertropicaux est excessivement prtîjudiciable aux phthisiques et que, non-seulement, il faut bien se garder de les exposer gratuitement aux dangers de ces climats excessifs, en les envoyant dans ces parages sous prétexte d'y rélablir leur santé, mais encore qu'il faut éloigner de ces destinations tout marin dont la poitrine est suspecte. Cette prudence est plus justifiée encore pour cette profession qui, aux dangers des inlluences tropicales, joint l'épreuve non moins redoutable de l'habitat nautique.

Sur ce terrain, les conclusions du mémoire de M. J. Rochard étaient, et sont restées, inattaquables. Ce n'est donc pas sans quelque étonncment que j'ai trouvé dans la Clinique de Graves les lignes suivantes sur cette question : « Pour ce qui est du climat que nous devons conseiller aux phthisiques, je n'ai que peu de choses à vous en dire. Lorsque vous ordonnez un changement de climat, lorsque vous conseillez à un malade d'abandonner la contrée dans laquelle il vit depuis son enfance, vous ne devez pas l'envoyer dans un pays qui présente des conditions climatériques à peu près semblables, le changement doit être beaucoup plus radical. Selon moi, il est absurde d'envoyer un habitant des îles Britanniques sur un point quelconque du continent européen. Les villes maritimes de l'Europe ne répondent point à votre attente, je préfère de beaucoup les Indes orientales ou occidentales : la Caroline du Sud, la Floride, les États septentrionaux de l'Amérique du Sud 0(1 l'fgypte (Graves, Leçons de clinique médicale, trad. Jaccoud, 1^ édition, p. 168). Il me paraît plus que douteux que ce clinicien, si sagace, ait parlé là d'après son expérience personnelle. Il n'a fait évidemment que répéter, sans la contrôler, une opinion fausse ou très-universellement acceptée avant ce travail de M. J. Rochard.

B. Stations estivales. Les stations estivales se divisent aussi en deux catégories : 1° celles de la plaine, 2° celles des hauteurs. Les malades qui habitent le nord ou le centre de l'Europe n'ont généralement pas à se prémunir contre les chaleurs de l'été, et même dans les contrées où celles-ci sont très fortes pendant quelques semaines, ils peuvent, en variant leur altitude, en laissant les villes, toujours plus chaudes que la campagne, se garantir contre l'été. D'ailleurs c'est la saison où beaucoup d'entre eux vont faire usage des eaux tiiermales, et ils profitent ainsi de la température, relativement fraîche, des stations de montagnes.

Nous avons vu que l'hibernation dans les refuges insulaires pouvait être trèsutile aux phthisiques à la condition que ces îles soient placées sous une latitude qui leur assure, l'hiver, une moyenne de température suffisamment élevée et que la sérénité habituelle de leur ciel permette aux malades de faire le plus souvent possible un exercice régulier. Les îles d'une latitude septentrionale par rapport à la résidence ordinaire des phthisiques méridionaux ou celles du voisinage

quand ils habitent des latitudes assez élevées, peuvent devenir pour eux des refuges très-utiles contre les chaleurs de l'été.

Ainsi les îles de la Manche, Jersey, Guernesey, Wight, qui offrent l'hiver des refuses utiles aux Anglais ne pouvant faire le voyage du continent, seraient des stations estivales pour les malades du midi et du centre de la France.

Un grand nombre de localités ou de villes placées sous ce climat partiel que M. Ch. Martins a désigné sous le nom de séquanien, peuvent servir de résidence estivale, mais à la condition qu'elles soient assez éloignées de la mer, pour que les oscillations thermométriques du nycthémère y soient modérées. C'est ainsi qu'Angers, oii la température moyenne de l'été est de 18", 12, la campagne de la Touraine, Blois et ses environs peuvent être très-utiles aux phtliisiqucs pendant l'été. « Un des traits du climat séquanien, dit le professeur Marlins, c'est que l'été n'y est pas très-chaud ; ainsi tandis que sa moyenne dans la vallée du Rhin, entre Bàle et Strasbourg, est de 18°, 5 environ, elle n'est que de 17»,6 dans la région séquanienne. » C'est un avantage réel.

Si les stations de la côte sud et ouest de l'Agletcrre ont, à nos yeux, une valeur médiocre pendant l'hiver, elles en acquièrent une réelle l'été, et par un contraste dont on se rend aisément compte. C'est ainsi que llastings, Undercliff, Brighton, Wight, Dawlish, Rristo!, Torquay, peuvent être fréquentés avec avantage pendant la saison chaude. L'intérieur de la Grandc-Rretagne fournit aussi un grand nombre de stations estivales. Ainsi Aberyswith, Barmouth, Buxton, Leamington, Cheltenham, etc., sont le rendez-vous habituel des phthisiques. Dans quelques-unes de ces stations, ils trouvent réunis aux avantages d'une température modérée la possibilité de suivre un traitement de petit lait ou d'eaux minérales. 11 est regrettable que les malades en France ne prennent pas cette direction pendant les mois d'été où les brouillards et les pluies sont le moins à craindre.

Le pays méridionaux : l'Espagne, le Portugal, l'Italie, ont des stations estivales, montagneuses ou insulaires, mais dont l'utilisation, cela se conçoit, est toute locale. Les médecins espagnols envoient leurs malades passer l'été dans le nord de la Péninsule : Arachevaleta, Guesalibar, Guipuscoa, Saint-Sébastien, sont des stations estivales très-fréquentées. La constitution montagneuse de l'Espagne lui ouvre, à ce point de vue, des ressources infinies.

En Italie, Sorrente serait, au dire de Carrière (Le Climat de V Italie, Paris, 1869), une assez bonne station d'été à cause de la prédominance des vents du Nord qui rafraîchissent la température, et elle conviendrait aux phthisiques qui ne sont ni trop irritables ni trop enclins anx hémoptysies. Des avantages, qui ne s'acquièrent qu'au prix de distinctions de cette natui'e, sont, à coup sur, trèscontestables.

La valeur du séjour des lacs de la Lombardie comme station estivale est plus réelle. Carrière a vanté le séjour du lac de Côme et du lac Majeur et considéré ces résidences comme parfaitement adaptées aux besoins des malades qui ont passé l'hiver en Italie. La partie du rivage du lac de Côme qu'il recommande correspond au débouché de la vallée sur la plaine du Pô.

Un voyageur russe, M. Paul de Tchihatchef, i> fait ressortir les avantages qu'offre le Bosphore comme station d'été. Il a eu effet une température moindre de 1° que celle de Gonstantinoplc, et la cl\aleur y est singulièrement tempérée par la rapidité des courants aériens qui traversent le canal ; de plus, le ciel y est, l'été, d'une sérénité habituelle et il y f ^eut très-rarement. Le séjour de Thé-

EICT= EKC. XVIII. 7

rapia sur la rive nord serait particulièrement favorable. Sans admettre, avec cet écrivain, que le Bosphore puisse devenir une résidence estivale vers laquelle on doive se diriger de toutes les parties de l'Europe, il faut reconnaître cependant que les phtliisiquesde Constantinople peuvent y trouver un refuge excellent pendant l'été (P. de Tchihatchef. Le Bosphore et Constantinople avec perspective des pays limitrophes, Paris, MDCCGLIV, p. 526).

2» Les montagnes offrent, nons l'avons dit, des moyens de varier l'altitude et par suite de tempérer les chaleurs estivales, et l'on sait le parti que les Anglais tirent de cette ressource dans leurs sanitaria de l'Inde. Ils envoient leurs troupes dans les Highlands pour s'y acclimater, et y font monter leurs malades pour s'y guérir et leurs convalescents pour s'y refaire. Chaque Présidence a aussi ses stations de hauteurs [hill-stations) . C'est ainsi que dans la présidence du Bengale on trouve Darjeeling à 8000 pieds de hauteur; Landour à 7300, Subathoo à 4000, etc. ; dans la présidence de Madras les stations (Wellington, Coonoor, Mercara, AnnamuUays, etc.), varient de 7361 pieds à 3600 ; dans la présidence de Bombay (Mahableshiven, Poorand'hus, etc.), de 4700 à 400(1. Parker qui nous fournit des renseignements précieux sur ces stations de l'Himalaya estime qu'il faut monter de 5000 à 6000 pieds pour trouver une température moyenne analogue à celle de l'Angleterre; il fait ressorlir, avec Ranald Martin, les avantages des montagnes ou collines isolées {mountain islands), s'élevant de la plaine à une hauteur de 2000 à 5000 pieds, tout en reconnaissant qu'il faut dans les localités marécageuses arriver à 4000 pieds pour être à l'abri de la malaria (D'' Parkes, A Manual of Practical hygiène, third édition, London. MDCCCLXIX, p. 596).

Le secret de l'acclimatement, temporaire au moins, des Européens dans les pays intertropicaux est l'habitation des hauteurs pendant l'hivernage. Salazie, à la Réunion, et le camp Jacob, à la Guadeloupe, ont déjà fait leurs preuves sous ce rapport. Ce dernier établissement fut créé en 1 84 1 , après quinze ans de réclamations persévérantes formulées par les médecins de la marine. Il s'élève à 545 mètres au-dessus du niveau de la mer au pied de la Soufrière de la Guadeloupe. Ua médecin de la marine, M. Carpentin, a fait ressortir, dans un travail récent, les avantages de cette création (L.-V. Carpentin, Étude hygiénique et médicale du camp Jacob, Sanitarium de la Guadeloupe, in Arch. de méd. nav., 1873, t. XX, p. 433).

L'utilité des hauteurs comme stations estivales est basée sur ce fait de physique météorologique que la température de l'atmosphère décroît d'un degré pour 166 ou 17U mètres d'élévation, quoique la latitude, les différents mois de l'année, l'exposition, etc., fassent varier ce chiffre dans certaines limites. La diminution de la température, la moindre amplitude des oscillations thermométriques mensuelles et annuelles ; une plus faible pression bai-ométrique coïncidant avec plus d'égalité ; moins d'humidité (au moins pour les altitudes médiocres et les sommets), telle est la formule que présentent les climats des montagnes- Lombard les a divisées en trois catégories :

1» Climats plus doux que toniques, d'une altitude modérée de 450 à 700 mètres, d'une exposition orientale ou méridionale, dont l'air est en même temps doux et fortifiant. V cite en Suisse, comme se rapportant à ce groupe : Mornex sur le Salève (i77 à 566'»); Saint-Gervais (814™); Cbarnex au-dessus de Vevey (626"'); Heirinschsbad (767'"); Weisbad (820 "). 11 assigne à ces stations climatiques les phthisiques au début, les asthmatiques, les scrofuleux, les hypochondriaqucs, les chlorotiques très-impressionnables.

2» Climats toniques et vivifiants, d'une altitude de 900 à 1000 mètres: la Chai\ x-de-Fond à 1054; Griudewald à 1046; Ghamounix à 1052; le Loclc à 924, etc. Il considère ces climats comme convenant aux convalescents qui ne sont pas trop frileu\', aux hystériques, aux gastralgiques, aux dyspeptiques, aux hémorrhoïdaires, mais dangereux pour les hémoptoïques, les maladies du cœur, les rhumatisants.

5° Climats toniques et très-excitants au-dessus de 1100 à 1200 mètres (hains de Saint-Bernardin à 1754""; bains de Saint-Moritz à 1786'"; bains de Louesche à 1559, etc).

Les qualités éminemment toniques et excitantes de l'atmosphère de ces hautes régions, dit cet auteur, les rend particulièrement propres à relever les forces alanguies, à faciliter l'hématose, et par conséquent, à combattre la chlorose et l'anémie; à fortifier les constitutions nerveuses ou affaiblies par une vie trop sédentaire et des études trop prolongées. Les hypochondriaques et les dyspeptiques, qui ne sont ni trop excitables ni trop frileux, se trouveront bien d'un séjour sur quelques-unes de ces sommités de nos Alpes, tandis que les asthmatiques, les phthisiques et ceux qui sont pléthoriques ou menacés de congeslions ou d'hémorrhagies, devront rechercher une atmosphère moins excitante et une station moins élevée. » (H. Lombard, Les climats de montagnes considérés au point de vue 7nédical, 2'^ édition. Genève, 1858, p. 177 etsuiv.).

La plupart des stations hydrothermales sont en môme temps des stations estivales. C'est ainsi que Bagnères-de-Luchon à 633 mètres, Allevard à 482 mètres, Cauterets à 960 mètres, Bigorre à 550 mètres. Bonnes à 726 mètres, le Vernet à 625 mètres etc. cumulent le double avantage d'une station thermale et d'un refuge d'été.

Je ferai remarquer, à ce sujet, que le séjour des altitudes est loin, quoiqu'on en ait dit, de convenir à tous les phthisiques ; et l'on peut affirmer que certaines stations hydrothermales sulfureuses leur seraient plus utiles, si elles étaient moins élevées. L'altitude des thermes est un élément dont les médecins ne tiennent généralement pas assez de compte, quand ils ont à faire un choix.

J'ajouterai que l'altitude, non plus que la latitude, ne caractérise pas un climat comme l'a si bien démontré M. Leroy de Méricourt, dans ce Dictionnaire [voy. Altitudes) et que l'exposition , les abris, la sérénité du ciel, sont des éléments essentiellement locaux et qu'il faut aussi interroger.

En France, ce pays gâté de la nature et qui ne tire jamais de ses dons un parti complet, nous avons dans nos Cévennes, nos Alpes, nos Pyrénées, des sani-r taria sans nombre, mais nous ne savons pas nous en servir. 11 y aurait certainement lieu de créer dans les montagnes, à diverses hauteurs, des hôtelleries pour les convalescents, les valétudinaires, les gens atteints d'affections chroniques; en étageant trois ou quatre de ces établissements sur des lignes verticales et en mettant entre eux des distances de 200 mètres, on aurait ainsi une échelle de stimulation que le médecin parcourerait en tâtonnant et qui adapterait ces stations aux différences d'impressionnabilité de ses malades. Rien n'empêcherait d'ailleurs, d'utiliser concurremment les eaux minérales et l'hydrothérapie. Bientôt les chemins de fer arriveront au pied de ces hauteurs qui attendent des sanitaria. Quelles ressources pour la thérapeutique à venir des maladies chroniques et combien paraîtra alors précaire et insuffisante, cette mauvaise petite médecine des drogues dans laquelle nous tournons souvent sans convie-

tion et sans résultat ! Nous subissons les forces de la nature dans ce qu'elles ont d'oppressif pour nous, quand donc saurons-nous leur prendre ce qu'elles ont de conservateur et de salutaire ?

G. Stations fixes ou résidences. A côté des stations hibernales et des stations estivales, il faut placer les stations fixes ou résidences dans lesquelles le malade ne vient plus chercher des influences saisonnières, mais dans lesquelles il vient s'établir pour y vivre, sans en plus bouger. Pour que cette résidence lui soit favorable, il faut qu'elle réunisse les conditions suivantes :

1» Que la température moyenne de l'année y soit assez élevée pour leur assurer des hivers doux ;

2° Que cette température y soit uniforme, c'est-à-dire que les transitions d'une saison à une autre, d'un mois à un autre, d'une période de la journée à une autre période y soient ménagées, et que leurs excursions y aient le moins d'ampli lude possible ;

3° Que l'hygrométrie y tienne le milieu entre la sécheresse extrême et l'humidité extrême;

4° Qu'il y ait dans l'année le plus grand nombre possible de journées médicales, c'est-à-dire de journées où ni les pluies, ni le vent, ni l'excès du froid ou de la chaleur, n'empêchent les malades de sortir quelques heures par jouiv

5° Que l'altitude de ce lieu ne soit pas considérable ;

6" Qu'il y ait, à proximité, des hauteurs permettant aux malades ou aux valétudinaires de tempérer les chaleurs de l'été par l'altitude.

Ce ne sont, on le pressent, ni les latitudes méridionales, ni les latitudes élevées qui offriront des résidences de cette nature. Le centre de la France, le climat nord-ouest ou séquanien réalise chez nous une partie des éléments de ce programme, à condition toutefois qu'on se rapproche du centre. Suivant M. Ch. Martins, la quantité annuelle d'eau étant représentée à Bourges par 0'",548r elle s'élève à O^iSSO pour les départements maritimes de la Bretagne ; or, nous avons vu que c'est là une condition lâcheuse en ce qu'elle force les malades à se séquestrer. La moindre rigueur des hivers, des étés moins chauds, une température moins variable, telles sont les conditions avantageuses que présente le centre de la zone séquanienne pour une résidence de toute l'année. La Touraine par la douceur de son climat, la beauté de son paysage, jouit sous ce rapport,^ d'une réputation séculaire et qui est bien justiifiée. Angers, en particulier, a unr température moyenne annuelle de 12" (celle de Montpellier est de 15°, 2), une température hibernale de 5", 98, une température vernale de 11 ",57, une température estivale de 18', 12 et une température automnale de 15°, 13. 11 y tombe, année moyenne, 0"%520 d'eau. D'ailleurs, la douceur et la constance au climat (le cette ville et de sa campagne, sont accusées par sa végétation, indice excellent, je l'ai dit, et qui mérite plus de erédit en hygiène que les moyennes thermométriques. Il serait à désirer que la Touraine eût été mieux étudiée au point de vue de la climatologie médicale, mais si l'on manque de documents précis, l'afllux des Anglais, qui ont un sentiment si exquis du bien-être, et une tradition qui n'a jamais été attaquée, justifient la réputation dont jouit ce climat heureux.

Les altitudes ont, nous l'avons vu, l'avantage de créer aux pays qui en possèdent, des sanitaria où l'on peut mitiger la chaleur de l'été et échapper aux influences habituellement insalubres des terres basses.

Ou ne les a pas seulement envisagées comme résidences estivales, mais aussi

comme résidences fixes dont l'utilité ne serait pas simplement palliative dans la phtliisie, mais arriverait jusqu'à la guérison.

En 1864, un médecin français, le docteur Jourdanet qui a résidé longtemps au Mexique, a publié sur l'influence curative des résidences d'altitudes dans la phtliisie, uu livre plein de promesses thérapeutiques que nous voudrions voir se réaliser, mais dans lesquelles nous n'avons qu'une confiance hien limitée, nous l'avouons (Jourdanet, Le Mexique et l'Amérique tropicale, hygiène, climats, maladies, Paris, 1864).

Partant de ce fait (en faveur duquel nuls chiffres ne sont produits et qui, fùt-il prouvé, ne permettrait pas déjuger la valeur thérapeutique des altitudes) que la phthisie pulmonaire est rare à 2,200 mètres d'altitude sous les tropiques et que, sur le haut plateau de l'Anahuac, aussi hien que sur les altitudes de l'itquatcur, de la Nouvelle-Grenade, de la Bolivie, du Pérou, on coustate une remarquable Immunité eu égard à cette affection, et de cet autre fait que la phthisie acquise au niveau de la mer s'améliore sur 1(!S hauteurs, Jourdanet -cherche à les interpréter. Sa théorie consiste à admettre que l'air des altitudes contenant, à volume égal, une moindre quantité d'oxygène, les poumons de tuberculeux doivent à cette diète respiratoire une préservation contre les mouvements phlogistiques qui peuvent s'y établir et hâter l'évolution des tubercules. Entré dans celte voie des hypothèses, l'auteur ne s'arrête pas et il se demande -si la vraie phthisie n'est pas tout simplement une hyperoxi/génose consompiive qui serait combattue naturellement par la moindre oxygénation de l'air des altitudes. L'auteur est de bonne foi, c'est hors de question, mais sa foi est un peu enthousiaste; il est difficile de se débarrasser de cette impression quand on rencontre dans son livre des phrases telles que celle-ci : « Le jour où les hommes le voudront, le ciel de l'Anabuac éteindra la tuberculisatiou du poumon. » {Jourdanet, Op. cit., p. 298).

La rareté de la phthisie dans un pays ou dans une localité, ne prouve nullement, je le répète, que des poitrinaires, lorsqu'ils y seront transportés, y trouveront des conditions de bien-être et de durée ; la réciproque elle-même n'est pas plus fondée. Nous admettons que la phthisie est rare sur l'Anahuac. Jourdanet dit en effet que, pendant dix années d'exercice à Puebla ou à Mexico, il ne croit pas avoir été consulté douze fois par des phthisiques; mais il a soin de faire remarquer que les gens pauvres, mal logés ou mal nourris, ne jouissent pas de la même immunité. S'en suit-il que l'Anahuac soit une bonne résidence pour les poitrinaires? Non, sans doute.

L'absence de phthisiques dans une localité indique en effet ou que la phthisie y est rare, ou que le climat y dévore les phthisiques. Supposons un instant que l'habitation des hauts plateaux soit meurtrière pour les tuberculeux ; tous ceux qui y ont afflué à une certaine époque auront disparu et la population pourra, par cette épuration énergique, arriver à une immunité apparente; elle sera épargnée par ce que la mort aura éteint Vhérédité, mais que des phthisiques du dehors viennent s'y établir, ils seront, je le crains bien, passés au crible comme les premiers. On voit combien cette opinion qu'une localité qui présente peu de phthisiques convient, par ce fait seul, aux phthisiques étrangers qui y cherchent un refuge est erronée. Et cependant, on la répète partout. Quelle complexité dans toutes ces questions de climatologie médicale, et combien il -est peu facile de dégager la vérité d'un dédale pareil !

Il faudrait, en tout cas, beaucoup d'autres faits que les cinq ou six rapporléi^

par Jourdanet pour entraîner la conviction sur les avantages qu'offre aux phtbi-

siques l'habitation du plateau de l'Anahuac.

On constate, du reste, dans les détails de climatologie fournis sur cette station, des contradictions singulières. M. Jourdanet vante l'uniformité de la température, mais il accorde qu'elle est fréquemment troublée par les vents. « Le thermomètre, ajoute-t-il, s'y montre peu sensible. » Tant mieux pour le thermomètre, mais l'organisme est aussi un thermomètre, et plus délicat que tous les autres ; et qui ne sait qu'à degré égal, on peut, nous l'avons déjà dit, éprouver des sensations frigorifiques très-diverses, suivant qu'il y a ou quil n'y a pas de vent et suivant aussi qu'il y a peu ou beaucoup d'humidilé? Quant à ce fait que, si les froids des nuits sont rigoureux dans certaines saisons, ils ont leur maximum de deux à quatre heures et passent ainsi inaperçus pour les habitants, nous ne saurions admettre cette circonstance comme une cause d'immunité.

En somme, il nous faudrait, pour fixer notre esprit, des observations thermologiques bien faites indiquant surtout les amplitudes des oscillations annuelles, mensuelles, nyctbémérales, etc., et aussi de bonnes observations cliniques, desquelles on pourrait déduire l'efficacité ou l'inutilité du séjour des hauts plateaux. Que les phthisiques des terres chaudes éprouvent du mieux-être en arrivant à Mexico, cela n'a rien d'étonnant, mais cela ne prouve pas que les phthisiques venant d'Europe soient suffisamment indemnisés par les avantages du séjour sur l'Anahuac, des fatigues qu'ils auront essuyées pour y parvenir.

Disons, pourtant, que cette opinion s'est concilié un certain nombre d'adhérents. C'est ainsi que M. Guilbert a vanté également l'influence du climat des Cordillières sur la marche de la phthsie et a fait ressortir la différence qu'offre, sous ce rapport, l'habitation de la côte américaine du Pacifique : Bolivie, Pérou, etc. En proie lui-même à des accidents non équivoques de colliquatiou tuberculeuse, il dut aux altitudes des Cordillières un mieux-être équivalant à une guérison. La fraîcheur de la température du séjour des montagnes, opposée à la chaleur du littoral , peut être quelque chose dans ce résultat, mais encore faut-il que l'altitude soit modérée {De la phthisie dans ses rapports avec l'altitude et avec les races au Pérou et en Bolivie, et du soroche ou mal des montagnes^ Thèses de Paris, 1864, n» 162).

Tout récemment, le docteur Schnepp est revenu sur ce fait de la rareté de la phthisie à certaines altitudes. Constatant que la phthisie, commune au pied de la Cordillière des Andes, est rare sur les hauts plateaux de cette chaîne, à Santa-Fé de Bogota, Quito, Potosi, etc., il fait remarquer la concordance de ce fait avec celui signalé pour l'Anahuac par Jourdanet ; et avec le résultat de ses propres recherches qui lui ont appris qu'aux Eaux-Bonnes, situées par 790 mètres d'altitude, la phthisie est d'une remarquable rareté, il en conclut que les altitudes prémunissent contre la phthisie quand elles offrent comme caractères communs : une températui'e moyenne annuelle assez basse, une amplitude des oscillations thermométriques peu considérable, des maxima absolus qui ne s'élèvent pas au-dessus de 18 à 20°; mais des minima qui descendent à 0° et beaucoup plus bas ; ce sont des régions plutôt froides que chaudes. « En présence, dit-il, de l'immunité des altitudes contre la phthisie et des avantages que les poitrinaires paraissent éprouver, par un séjour prolongé sur les plateaux élevés des Andes et des Indes-Orientales, il est à désirer que les hauteurs de nos Cévennes, des Pyiéiiées, des Alpes, et surtout les parties élevées de uos

possessions algériennes, soient ctndiées scrieusemenl an point de vue dn traitement de la plithisie (Schnepp, La phthisie, maladie ubiquUaire, devenant rare à certaines altitudes, comme aux Eaux-Bonnes. Presse scientifique des Deux- Mondes, Paris, 1865, n" 2, p. 86, et Archives générales de médecine, juin et juillet 1865). Nous nous associons à ce vœu; mais, encore une fois, parce que la mortalité par plithisie est rare dans un pays, il ne s'ensuit pas nécessairement que les phlhisiques de races et de provenances étrangères doivent y trouver un refuge utile.

Je n'Iiésite pas, heurtant en cela des idées traditionnelles, mais qui, à mon avis, reposent plutôt sur la routine et la mode, que sur l'observation, à reconnaître aux résidences fixes, sur les résidences saisonnières, une mcontesfable supériorité comme moyens palliatifs ou curatifs. Elles permettent en effet, aux malades qui y créent un établissement, un genre de vie méthodique, régulier, continu, que ne heurtent ni des voyages, ni des changements de nourriture, d'habitation, de climats, toutes conditions extrêmement perturbatrices; elles leur permettent de plus de se créer un milieu affectif, des relations, de se faire en un mot, une vie morale que l'existence perpétuelle des auberges est inhabile à leur procui'er. Bien choisir un climat et s'y arrêter pour toujours est une sagesse. On abuse certainement aujourd'hui en hygiène thérapeutique, du déplacement et des voyages. Je reviendrai sur cette considération.

§ 111. Modes d'emploi du climat en thérapeutique. Mais il ne suffit pas d'avoir bien choisi ou plutôt d'avoir bien fait choisir son climat permanent ou saisonnier, il faut savoir s'en servir. Le climat, je ne saurais trop le répéter, est entre les mains du malade, un instrument dont l'utilité dépend moins de sa perfection propre que de la manière intelligente dont il est utilisé. Tel phthisiquc hivernant sous un climat choisi en obtiendra un mauvais résultat; tel auti^e. assimilable au premier à tous les points de vue, tirera un excellent parti dune station médiocre parce qu'il saura la faire valoir, lui prendre ce qu'elle a de bon et pallier par des soins assidus ce qu'elle a de défectueux. Les phthisiques qui émigrent (et tous les malades et tous les valétudinaires sont dans le même cas) doivent le faire avec l'intentioa de s'astreindre à une hygiène calorifique assidue, quelles que soient les précautions qu'elle commande. Or, cette hygiène, envisagée dans ce qui a trait aux refuges climatériques, comprend : 1" les précautions de l'arrivée et du départ, 2° celles du séjour.

I. Ménagement des transitions climatiques. L'économie ne s'accommode de rien de brusque, de rien de heurté, et l'abandon de conditions défavorables pour des conditions hygiéniques meilleures, exerce quelquefois, au moins momentanément, une action fâcheuse sur la »anté. Ce lait dont la constatation est aussi ancienne que la médecine, repose sur la puissance des habitudes. Les habitudes climatériques ne sont pas moins tyranniques que les autres et exigent des transitions ménagées. « A cette cause, dit Ambroise Paré, si nous voulons changer la manière de vivre accoutumée qui est vicieuse, et engendre mal, peu à peu faut. » Lors donc qu'on laisse un climat du nord pour une station hibernale du midi de la France , il faut voyager lentement, sous peine de vicissitudes thermologiques dangereuses, « peu à peu faut. )>

Le docteur F. -Henry Bennet a appelé, il y a quelques années, l'attention des médecins qui s'occupent de la plithisie sur cette intéressante question d'hygiène thérapeutique, et il l'a fait avec tout le talent qu'on lui connaît et, en même

temps, avec Tautorité d'un malade qui a étudié, vu et senti par lui-même. Nous ne saurions mieux faire que de lui emprunter ses propres paroles. Leur application est plus saisissante, parce qu'il s'agit du passage de Londres à Menton; mais les malades qui viennent du nord de la France peuvent aussi légitimement se la faire.

« 11 y a longtemps, dit le médecin de Royal Free liospital, que la médecine a compris l'utilité du changement de climat pour la gucrison des maladies chroniques, ou tout au moins pour le soulagement des maladif', et la prolongation de leur vie. Mais jamais peut-être cette utilité n'avait été aussi hautement reconnue et appréciée, jamais l'élude des différentes localités dont on peut conseiller le séjour, n'avait été faite avec autant de soin et de succès qu'à notre époque. C'est surtout relativement à celle des affections chroniques qui est la plus commune, la phthisie, qu'ont été entreprises les intéressantes recherches des médecins climatologistes sur cette helle question d'hygiène thérapeutique, recherches qui ont eu pour résultat la connaissance plus approfondie des diverses stations liihernales depuis longtemps fréquentées, et la révélation de quelquesunes restées plus ou moins ignorées auparavant.

« Mais suffit-il de donner à un malade atteint de tuberculisation pulmonaire le conseil d'aller passer l'hiver à Nice, à Cannes ou à Menton ? N'est-il pas des précautions à lui connnander, soit en y allant à l'appi'oche de la saison froide, soit pour en revenir au retour de la saison chaude? C'est une question à laquelle une connaissance, même élémentaire, de l'action des saisons et des climats sur l'économie, ne permettrait pas de répondre autrement que d'une manière affirmative. Cependant, il y a trop lieu de craindre que de telles recommandations ne soient trop négligées, car l'attention des médecins ne semble pas s'être jusqu'ici suffisamment portée sur l'influence nuisible qu'entraîne pour la sauté le passage subit d'un climat du nord à un climat du midi comme il arrive si fréquemment par ce temps de raihvay. Et pourtant cette influence nuisible est réelle ; elle existe même pour les forts et les bien portants; à plus forte raison pour ceux dont la constitution est faible ou atteinte par la maladie. C'est une chose que nous devrions reconnaître et prendre en sérieuse considération quand nous envoyons les malades hors de leur pays, atin de les prémunir contre les dangers auxquels peut donner lieu le changement de climat effectué dans de telles conditions.

M Ces dangers, les circonstances m'ont mis à même de m'en rendre compte autrement que d'une manière théorique et je puis , en même temps que je les signale d'après les données de mon expérience personnelle, faire part à nos confrères des moyens qui me paraissent les plus convenables pour en éviter les fùcheuv effets.

« Dans ces dernières années, quatre fois j'ai quitté l'Angleterre en octobre, arrivant eu huit ou dix jours dans le sud de l'Europe, à Menton, et quatre fois reparti de Menton en mai, je suis rentré peu de temps après en Angleterre. A Menton, dès mon arrivée, je suis appelé à donner mes soins à quelques-uns de mes compatriotes, comme moi émigrés pour l'hiver , et revenu à Londres , je revois beaucoup d'entre eux à leur retour ou à leur passage dans cette ville, ou bien j'en apprends des nouvelles, si, comme-cela arrive fréquemment, ils passent alors sous une autre direction. Les maladies de l'automne et du printemps, dont ils sont souvent atteints, ne me frappaient pas d'abord comme présentant quelque chose de particulier ; mais, peu à peu, à mesure que mon expérience s'est accrue,

j'ai reconnu premièrement que ces accidents se reproduisaient chaque année avec une régularité stéréotypée, et secondement que, dans une large mesure, ils doivent être rapportés au changement subit de climat que rend possible la rapidité de communication des voies ferrées, rapidité dont on est porté à profiter pour terminer son voyage aussi proraptement que possible.

« Le trait le plus marqué de notre climat (Londres), par lequel il se distingue de celui du continent de l'Europe, et spécialement de celui du bassin méditerranéen, est la grande quantité de vapeur que contient notre atmosphère. Suivant l'amiral Smyth, l'atmosphère de l'Angleterre en contient habituellement deux fois plus que la région méditerranéenne. Ces données sont confirmées par une série d'observations que j'ai faites l'année dernière à Menlon, à l'aide du psychromètre : j'ai trouvé que la différence entre les deux thermomètres dont se compose cet instrument, était presque toujours très-grande d'un bout à l'autre de l'hiver, variant généralement de b" à lU" Fahr. Nous avons encore la preuve de ce fait dans notre pâle ciel nuageux et dans la chaleur tempérée de notre été. La vapeur s'interpose comme un écran entre la terre et le soleil dont elle absorbe la chaleur, et de là, en partie, la douceur de nos étés. L'absence de cette vapeur d'eau ou la tliminution plus rapide de sa quantité dans l'atmosphère de la région méditerranéenne, donne à l'air une sécheresse, une transparence, une élasticité vraiment particulières. Ces conditions de l'air permettent à la lumière et à la chaleur du soleil d'arriver plus aisément jusqu'à la terre, et rendent compte de l'azur transparent et profond du ciel, ainsi que de la chaleur intense des rayons solaires, môme au cœur de l'hiver. Comme corollaire nécessaire, les nuits sont claires, brillamment illumiuées par les étoiles et la lune, et froides comparativement auxjo-ars.

« Le professeur Tyndall a fait voir plus clairement qu'aucun de ses prédécesseurs combien est grand le pouvoir absorbant de la vapeur d'eau à l'égard de la chaleur et l'influence qui en résulte sur le climat. Le pouvoir absorbant de l'air humide varie avec sa densité. Il s'élève jusqu'à 98 quand le baromètre est à 30 pouces, et seulement à 16 lorsque la pression barométrique n'est que de 5 ponces. Ainsi , plus la vapeur d'eau est rapprochée de la surface teriestre où lapressidn barométrique a le plus d'intensité, plus est grand son pouvoir absorbant, et plus est grande la protection qu'elle oppose à l'effet brûlant des rayons du soleil pendant le jour ou à l'extrême rayonnement de la chaleur pendant la nuit. Le professeur Tyndall montre d'une manière pratique quelle est l'importance de ces faits en énonçant cette proposition qui eu découle, à savoir : que si la vapeur d'eau était enlevée, pendant ladurée d'une seule nuit d'été, de l'atmosphère de l'Angleterre, il s'ensuivrait la destruction de toute plante susceptible d'être tuée par la gelée, et, d'un autre côté, le jour serait aussi brûlant que la nuit serait froide (Tyndall, La chaleur considérée comme un mode de mouvement, traduct. Moigno, Paris, 1864, p. 38-4).

« Ces faits nous donnent la elef du climat méditerranéen, de la chaleur de sou soleil pendant les journées d'hiver et de la froideur de ses nuits. La faible quantité de vapeur d'eau dans l'atmosphère, d'une part, laisse les rayons solaires arriver jusqu'à la terre pendant le jour, et, d'autre part, pendant la nuit, permet au soleil de rayonner avec rapidité de la terre vers l'espace.

« En octobre, les malades quittent l'atmosphère humidede l'Angleterre lorsque le temps est déjà froid et que les soirées et les matinées sont brumeuses; souvent on prend les trains express directement de Paris à Marseille, et en seize ou vingt heures, on est arrivé dans cette région méditerrauéennc sèche et chaude.

On y trouve encore l'été, le soleil a de la force, la température est élevée ordinairement au-dessus de70Farh. (un peu plus de21"cent.).Le foie et la peau qui déjà, en Angleterre, n'éprouvaient plus lastimulalion de la chaleur tempérée de notre été, sont rappelés à l'activilé d'une manière violente et soudaine. Il en résulte de la diarrhée, des embarras bilieux plus ou moins graves, une irritation de la peau, des furoncles, de l'urticaire, etc. La diarrhée est tellement commune que peu de septentrionaux y échappent et elle est miiversellement, mais à tort suivant moi, attribuée au changement de nourriture, au vin et autres influences semblables.

« Ces affections revêtent une gravité plus grande chez les personnes qui hâtent leur départ d'Angleterre, qui se pressent rapidement vers leur destination et arrivent dans le Midi en septembre ou dans les premiers mois d'octobre. Le temps frais de l'automne n'y commence que vers le milieu de novembre ; et un mois ou six semaines de la température chaude et accablante du Midi, compliquée de la pénible incommodité à laquelle donne lieu la présence de nombreux moustiques est, en général, nuisible à la santé des gens du Nord. Les cas les plus sérieux de dérangement bilieux que j'ai à soigner, chaque année, rentrent dans cette catégorie.

« A la fin d'avril ou dans les premiers jours de mai, la Rivière, derrière l'abri naturel de montagnes qui la protège, commence à èlre chaude à un point désagiéable. De plus, il y a déjà si longtemps qu'on jouit d'un beau temps d'été qu'il devient difficile de croire que l'hiver règne encore dans le Nord. Les malades sont las aussi d'être absents de chez eux depuis six mois et leur cœur aspire auretour. Une fois commencé, levoyagequi les ramène vers la patrie est, engéiiéral, poursuivi avec rapidité et beaucoup arrivent à Paris ou en Angleterre , dès les premiers jours de mai, beaucoup trop tôt pour leur bien. Dans le nord de l'Europe, si le vent souffle du sud en avril et en mai, l'air est doux et balsamique et la végétation fait des progrès rapides, mais jusqu'à ce que les terres montagneuses de la Suède et de la Norwègc soient délivrées, au moins en partie, de leur couronne de neige, ce qui n'a pas lieuavantle mois de juin, le vent du N.-E. apporte du temps froid et des gelées nocturnes. C'estcette atmosphère froide et, en outre, plus ou moins chargée d'humidité que trouvent ordinairement les malades à leur retour dans leur pays. Les fonctions de la peau et du foie qui étaient déjà eu pleine activité, sont subitement enrayées si le voyage a été rapide ; il en résulte pour les poumons et les reins un surcroit immédiat et considérable d'action» d'où très-souvent de violentes attaques de grippe, de coryza, de bronchite, d'hémoptysies.

« J'ai signalé le mal, je dois maintenant faire connaître le remède. Il consiste à ne pas tenir compte des facilités offertes par les voies rapides et à effectuer les voyages soit du Midi, soit du Nord, de manière à n'affronter les changements considérables qu'ils doivent amener qu'après s'y être d'avance acclimatés.

« Les personnes sérieusement malades qui veulent hiverner dans le midi de l'Europe, se trouvent mieux de quitter l'Angleterre dans la dernière semaine de septembre ou au commencement d'octobre ; mais , comme nous l'avons vu, le pays où elles doivent prendre leur résidence d'hiver ne peut guère leur convenir avant la fm de ce dernier mois. Il faut donc dépenser sur la route les deux, trois ou quatre semaines intermédiaires. Le voyage vers le Sud, fait sans hâte et à loisir, permet à l'économie de s'accoutumer graduellement au changement de climat. Une station favorite pour moi est Fontainebleau, ville dont le climat continental

est plus sec que celui de l'Angleterre ; ou y trouve tout le confort désirable, et la proximité de sa belle forêt donne toutes les facilités pour des promenades intéressantes et un exercice salutaire et sans fatigue. Ou peut y séjourner huit ou dix jours très-agréablement, et à la fois d'une manière très-avantageuse pour la santé, beaucoup mieux qu'à Paris.

« Plus au sud. Valence, Aix, Nîmes, Arles, etc., offriront, à leur tour, des stations intermédiaires convenables avant d'arriver au but du voyage. Mais il est une localité que je recommanderai d'une manière plus spéciale à mes compatriotes: je veux parler de Gréoulx, célèbre par sa source sulfureuse, l'une des plus anciennement connues et des plus efficaces du midi de la France. Gréoulx n'est, à proprement parler, qu'un village à cinq lieues d'Aix en Provence, en dehors des roules fréquentées et loin des chemins de fer mais qui , néanmoins, offre toutes les ressources désirables. Je l'ai visité en mai dernier et j'ai été trèssatislait des qualités du climat, du pays qui est charmant, et de la tranquillité dont on y jouit. Je n'ai eu qu'à me louer d'eu avoir conseillé le séjour à une petite colonie de mes amis et de mes jiudades de Menton que j'y ai envoyés le printemps dernier, et je ne crois pas qu'on puisse trouver un lieu plus agréable pour y passer une quinzaine en se rendant dans le Midi pour l'hiver.

^( La même voie pourrait être suivie parles malades à leur retour dans le Nord. Le départ de Menton, de Nice ou de Cannes, ou bien de l'Italie ou de l'Espagne, peut avoir lieu à la (in d'avril ou dans les premiers jours de mai ; et l'on peut faire à loisir son voyage vers le Nord, de manièie à arriver en Angleterre à la fin de mai ou dans les premiers jours de juin. Gréoulx est ouvert le l" mai et est déjà, à cette époque, délicieux. Quinze jours à Gréoulx, huit à Fontainebleau, puis l'on gagne l'Angleterre à petites journées, ce qui neutralise les dangers attachés à ces voyages, qui, pour la rapidité, pourraient se comparer à la course du boulet (J. -Henri Bennet, Lettre au docteur Debout sur l'influence défavorable du changement subit du climat (Bulletin cjén. de thérap., t. LXV, 1863, p. 241). » Nous avons tenu à reproduire ce travail, parce qu'il monti'e bien le point de vue médical sous lequel ces questions doivent désormais être posées. Il consacre d'ailleurs un fait clinique, non pas méconnu, mais oublié: celui des dangers que fait courir aux phthisiques un changement brusque de localités et de climat. « On supporte bien, a dit llippocratc, les aliments et les boissons auxquels on est accoutumé, même quand la qualité n'en est pas bonne naturellement, et l'on supporte mal les aliments et les boissons auxquels on n'est pas habitué, même quand la qualité n'en est pas mauvaise (Hippocrate, OEuvres complètes, traduci. Littré. Régime dans les malad. aiguës, 1. 1, p. 295. — Voy. a^ussi sur le respect dû aux habitudes, Galien, OEuvres anat. physinlog. et médic, trad. Dareniberg, Paris, 1854, p. 92 àlH, et Alibert, Du pouvoir de l'habitude dans l'élat de santé et de maladie [Mém. delà Société méd. d'émulation, 1798, t. I, p. 390). j) Il en est de même de l'aliment air; quand on passe d'un climat médiocre ou mauvais sous un climat meilleur, on ne recueille les profits du changement que s'il y a dans la transition une lenteur suffisante pour que les liens des habitudes anciennes puissent se rompre et que ceux des habitudes climatériques nouvelles puissent se nouer peu à peu.

Nous nous sommes montré trop convaincu de l'importance de l'égalité de la température dans la phthisie, pour ne pas insister fortement siu- les périls iidiérents à ces vicissitudes chmatériqnes brusques. Si les chemins de fer y disposer.t d'une façon particulière, nous ne saurions omettre de signaler les inconvénients

de même nature qui sont inhérents aux traversées maritimes très-rapides. Les •vicissitudes therraologiques brusques qu'elles entraînent sont des inconvénients de tous les jours, maintenant que la navigation à vapeur transporte les voyageurs si rapidement sous des latitudes éloignées de celles où elle les a pris. Certainement, l'organisme sain a une merveilleuse force d'adaptation aux changements de température; c'est le cas de dire avec Hippocrate: « Omne sanum sanis, » mais les malades, surtout les phthisiques, n'ont pas les mêmes ressources sous ce rapport, il faut qu'ils aient le temps d'organiser la défense. Disons-le, en passant, puisque nous en sommes sur ce sujet, le passage brusque des climats froids aux climats très-chauds, ceux des tropiques, par exemple, n'est pas moins préjudiciable aux tuberculeux que la transition climatérique inverse, quoiqu'on pense généralement le contraire. Nous avons eu maintes fois l'occasion de le constater, et c'est là, comme nous l'avons dit, une des raisons qui nous font penser, avec J. Rochard et avec l'immense majorité des médecins de la marine française, que le séjour des pays intertropicaux est funeste aux phthisiques.

11 est bien entendu que quand les différences climatériques du point de départ et du point d'arrivée sont moins tranchées, quand les distances sont moins longues, on peut se dispenser, en partie, de la rigueur de ces précautions, mais elles ne doivent jamais cependant être omises d'une manière complèle. Leur nécessité est indiquée au malade, non-seulement par la différence des latitudes, mais aussi par les écarts thermométriques actuels Cet au courantdesquels il peut être tenu) entre la température de sa résidence habituelle et celle de la station hibernale vers laquelle il se dirige.

IL Conditions du séjour. Les conditions propres à assurer aux phthisiques les avantages de la stalion climatérique qu'ils ont choisie, varient suivant qu'il s'agit: 1" d'une station hibernale; 2° d'une station estivale ; 3° d'une station fixe ou d'une résidence.

1" Stations hibernales . Le but de l'émigration vers une station de ce genre est d'éviter le froid; il faut donc se prémunir de son mieux contre cet ennemi ; d'un autre côté, nous avons vu que la condition essentielle pour que cette station hibernale soit profitable, c'est qu'elle permette aux phthisiques la plus grande somme possible d'exercice régulier en plein air. Ne pas avoir ïroid et utiliser toutes les occasions favorables pour la promenade, tel est donc le double but que doivent se proposer les malades et ils l'atteindront, dans quelque station hibernale que ce soit, s'ils savent se servir du climat, c'est-à-dire s'ils neutralisent à force de prudence et de soins, ce qu'il a de défectueux.

Letboix de la maison que l'on habite, de son emplacement, de l'exposition de la chambre à coucher et des autres pièces, la précaution de ne sortir qu'à certaines heures du jour, sont les moyens de se procurer, autant que possible, une température constante et agréable.

Il est certains quartiers dans une ville qui sont plus froids les uns que les autres, sans que leur exposition rende compte de ce fait. Si, toutes choses égales d'ailleurs, l'altitude plus élevée est une condition de froid, cela n'est vrai que pour des différences très-notables de hauteur. Quand ces diiïérences sont peu considérables, il arrive, au contraire, que les lieux bas sont les plus froids. C'est ainsi qu'à Montpellier, par exemple, on constate un écart de 5*"^. entre la température delà Faculté des sciences et celle du Jardin botanique. Ce dernier endroit €st plus froid bien qu'il soit dans un fond. Le professeur Ch. Martins,qui asif^nalé

cette pavlicularite', l'explique par le mouvement des couches d'air les plus froides, par conséquent les plus denses, qui coulent vers les dépressions à la manière des liquides, et y stagnent. Le même fait se constate quelquefois quand on compare la température d'un point peu élevé d'une colline à celui du fond de la vallée. Il faut donc s'enquérir avec soin de cet élément de thermologie locale. L'existence ou l'absence d'abris naturels contre certains vents froids est aussi une considération qui a son importance, et qui en acquiert d'autant plus que ces vents figurent pour un plus grand nombre de jours dans la constitution anémologique de la station. C'est ainsi que dans toutes les stations hibernales de la bande méditerranéenne, jusques et y compris Nice, il faut se garantir du mistral qui, nonseulement est froid par lui-même, mais qui amène brusquement, dans la température, un abaissement de 4° à 5". La ville d'Ilyères, quoiqu'exposée au midi, n'est qu'incomplètement abritée contre le nord-ouest qui y souffle environ quatre-vingts fois par an ; la zone du bord de la mer, au contraire, en particulier, le vallon de Costebelle, est soustraite à l'influence du vent du nord-ouest, mais reçoit celle du vent d'est et des brises de mer. A Nice, il faut moins se prémunir contre le mistral qui ne souffle guère que trois jours par an, que contre le vent du nord qui est froid et le vent d'est qui l'ègne avec violence environ quarante-quatre jours par an et amèneavec lui desnuages et de la pluie. La piomenadcdes Anglais, le quartier delà Croix-de-Marbre, le quartier Saint-Philippe, le quartier Saint-Pierre d'Arena, etc., jouissent, sous le rapport de l'action des vents nuisibles, d'une immunité qui les fait rechercher par les étrangers.

En ce qui concerne l'exposition, le midi doit naturellement être choisi pour les stations hibernales, mais non pas le midi direct', à moins que l'appartement ne se compose de pièces placées sur une même ligne et recevant du soleil une même température. Si, au contraire, les malades habitent un appartement double, c'est-à-dire dont la moitié des pièces regardent le midi et l'autie moitié le mird , et s'ils passent sans précaution des unes aux autres, ils ressentiront une impression de froid extrêmement pénible ; dans ce cas, une orientation intermédiaire, celle de l'est à l'ouest, par exemple, sera préférable en ce sens qu'elle assurera, à toutes les chambres de l'appartement, le bénéfice d'une insolation successive. Toutes choses égales d'ailleurs, et même en l'absence du soleil, l'exposition influe d'une manière remarquable sur la température des habitations. Nous connaissons telles chambres d'un hôtel à Montpellier qui est le rendez-vous des étrangers l'hiver, où la température est assez élevée pour que le feu y devienne en quelque sorte superflu. Le professeur Longetqui, pendant l'hiver de 1865, a occupé l'une de ces chambres, ne pouvait assez s'extasier sur la température tiède qu'il y trouvait. Ce sont de ces particularités toutes locales qu'il faut connaître et qui lont que la direction d'un médecin ou du moins d'une personne habitant habituellement dans la station hibernale où l'on va séjourner, est fort utile pour le choix d'une habitation.

Une précaution d'une importance capitale et sur laquelle on ne saurait trop insister, c'est de ne jamais faire de promenades hasardeuses, c'est-à-dire sans avoir, au préalable, consulté l'état du ciel, la direction et la force du vent, l'élévation de la colonne thermométrique. En général, même dans les stations hibernales les plus favorisées, Cannes et Menton, par exemple, les malades ne doivent jamais sortir avant onze heures, et l'entrer avant quatre heures le soir; encore faut-il que le temps soit irréprochable; au cas contraire, la limite de midi à trois heures ne doit pas être dépassée. Les relevés thermomctriques de

110 LiLlMAl.

ces stations nous montrent, en effet, comme nous l'avons dit : 1" que c'est de midi à trois heures que l'intensité calorifique atteint son maximum ; 2» que les variations d'une heure ù l'autre sont moins marquées à cette période de la journée qu'à toute autre.

Ainsi la moyenne générale de la température de janvier étant -\- 6», 5 pour Pau, la moyenne de neuf heures du matin est + S^SO ; celle de midi, 7°,95; celle de trois heures, 8 ',70. Passé cette limite, la température haisse. C'est ainsi qu'à Cannes la température moyenne de deux heures (février 1864) étant de H°, celle de cinq heures n'est plus que de 9°, 5; c'est-à-dire qu'il y a déjà 1",7 de différence. Pour Hyères, cette différence s'élève à six heures à 20,7 et à Menton, au soleil couchant, elle est de 2°, 9. Ces écarts de tempéralui-e peuvent être considérés comme peu considérables, quoique cependant ils constituent un abaissement d'un cinquième, mais comme les stations hibernales du littoral méditerranéen présentent habituellement un accroissement de la brise quand le soleil décline, la sensation frigorifique s'en accroît d'autant.

Les promenades du soir et du matin doivent être formellement interdites; à ces périodes de la journée il existe, en effet, du brouillard ou du vent ; de plus, le matin à neuf heures par exemple, on constate pour les quatre stations de Pau, Cannes, Nice et Menton une différence de ■+- 5° entre la température du matin et celle de midi, c'est-à-dire qu'elles varient de plus de moitié. Les promenades doivent se faire à pas modéré, et si la brise est assez forte, il convient d'éviter la transition de lieux éclairés par le soleil à l'ombre et des endroits habités à ceux qui ne le sont pas.

11 faut aussi choisir, autant que possible, un terrain plat ou à pente très-douce; l'excitabilité du cœur chez les phthisiques, l'état habituellement emphysémateux de leurs poumons , et enfin leur disposition à l'hémoptysie expliquent la nécessité de cette précaution. Menton, qui est une station hibernale si pi'ivilégiée à d'autres points de vue, offre sous ce rapport, un désavantage réel en ce que la bande étroite étendue entre la mer et les collines, qui forment à la ville un abri naturel, est à peu près la seule promenade qui soit possible. Or, une promenade véritablement hygiénique se compose de deux éléments : l'exercice musculaire, la distraction ; elle est incomplète dès qu'un des deux lui manque. Il est vrui que l'exercice du cheval employé avec modération permet aux malades d'étendre sans fatigue le domaine de leurs excursions.

Il serait inutile d'insister sur la nécessité ds s'abstenir complètement de toute réunion, de tout plaisir exigeant des sorties du soir ou du matin ou imposant une dose d'activité qui excède les forces. Les malades peuvent dire avec la Rochefoucauld : « C'est une ennuyeuse maladie que de conserver sa santé par un trop grand régime. » (LaRochefoucault, Réflexions, sentences et maximes morales, Paris, MDCCCXXIV, supplément, p. 161).

2" Stations estivales. Le froid était l'ennemi contre lequel les phthisiques avaient à se défendre tout à l'heure ; il s'agit maintenant pour eux de résister à l'action d'une chaleur trop vive qui leur enlève l'appétit, les séquestre chez eux et accroît leur disposition aux sueurs exagérées. Nous avons vu que l'émigration vers des latitudes plus élevées, l'exposition septentiomiale de la maison et le choix d'une résidence de montagnes, peuvent leur procurer les avantages d'une température plus douce ; mais les précautions pour tirer profit de cette émigration sont anssi indispensables que celles que nous avons signalées

tout à l'heure pour des stations d'hiver. L'altitude élevée apporte avec elle des conditions d'inégalité de température, d'atmosphère vive et stimulante, de brises fraîches qui font de ce changement de résidence un moyen perturbateur dont l'action doit être surveillée. Généralement le séjour à la campagne dans une maison ou dans un pavillon tournés vers le nord, ou la résidence sur le littoral dans une position bien choisie, permettent de mitiger la température de l'été sans apporter dans l'ensemble des conditions climatériques une perturbation aussi violente que celle produite par le passage de la plaine aux altitudes.

3" Stations fixes ou résidences. Ici le malade passant tonte l'année dans le même climat, doit s'attacher à mettre en valeur les conditions favorables de chaque saison et à tirer le meilleur parti possible des antres. Chacune de ces saisons n'ayant ni les avantages décisifs des stations hibernales, ni ceux des stations estivales, les malades doivent redoubler de précautions et de soins pour utiliser la résidence dont ils ont lait choix et qui vaut toujours mieux, bien entendu, que leur climat originel.

Mais quelles compensations à cette infériorité dansune vie réglée, soumise aune succession périodique de saisons, àdes habitudes régulières disposant de relations que le temps peut convertir en amitiés, affranchie des servitudes que le refuge d'hiver produit au point de vue de la sensibilité frigorifique et exempte des fatigues et des heurtcments qu'entraînent d'incessants voyages ! Si j'étais phthisique etquejefusse libre de moi, je chercherais soigneusement une résidence fixe et je n'en sortirais pas. L'avenir du traitement climatique des maladies chroniques de la poitrine est, j'en suis convaincu, dans une bonne étude et dans un bon emploi des stations iixes ou résidences.

§ IV. Emploi thérapeutique du climat. Je viens de tracer ce que j'appellerais volontiers la posologie du climat; il me reste niainten:int à apprécier la valeur de ce moyen thérapeutique. Et cela est d'autant plus opportun qu'il n'en est guère de plus énergique et qu'il n'en est pas non plus dont on abuse autant. Rien ne sert de déplacer les malades ; il faut les déplacer à temps et à propos. ■Or, c'est ce dont on ne s'inquiète pas assez. J'ai dit quelque part (et je pense n'avoir pas formulé une exagération), que si l'on mettait dans un des plateaux d'une balance la somme des services que rendent les eaux minérales et dans l'autre la somme des préjudices qu'elles causent, c'est ce dernier qui pencherait. Et cependant je considère ces médicaments naturels comme l'une des armes les plus héroïques, les plus indispensables, delà thérapeutique des maladies chroniques. La même affirmation, et avec plus d'assurance encore, pourrait être produite à propos des climats, merveilleux médicaments eux aussi, mais médicaments qui ne valent que par l'opportunité et la mesure. « Changer de pays est utile dans les longues maladies, » a dit Hippocrate, il y a vingt-deux siècles (Ilippocrate, OEuv. compl., trad. Littré, t. V, p. 519. XI® livre, des Epidémies 5® section), et l'observation moderne n'infirme en rien la justesse de cette proposition thérapeutique, mais encore ce médicament, comme tous les médiments énergiques, a-t-il des indications et des contre-indications positives.

Or, on déplace trop les malades de nos jours, c'est incontestable, et on les déplace mal. On les déplace trop pirce que nous voyons tous les joiu's des malades sur lesquels un déplacement ne peut avoir aucune influence favoi'alilc; être acheminés empiriquement vers le midi et inom'ir souvent à moitié chemin, à Lyon, sans avoir pu atteindre cette terre de Chaiiaan, où leur iiarait

être le salut; on les déplace 7nal, parce que cette question si délicate et si grave des climats envisagés comme moyens tliérapcutiques est à peine à l'étude de nos jours, puisque les conditions cliniques de cette étude ne sont même pas formulées en programme. 11 y a à ce double mal le double remède de mettre provisoirement plus de réserve dans la prescription d'un changement de climat et d'étudier au plus tôt ce moyen thérapeutique. Au resle, la rapidité actuelle des communications, le cosmopolitisme entré profondément dans nos mœurs et l'esprit d'imitation, font des malades autant de complices de notre exagération et les médecins ne peuvent pas toujours se soustraire à la pression qu'ils en reçoivent ; de plus le climat est souvent, comme l'eau minérale, un médicament que les malades se prescrivent eux-mêmes, et c'est chose pitoyable que de voir tous les contre-sens thérapeutiques dont l'usage des climats est l'occasion. Guy Patin avait créé le mot de pérégrinomanie pour exprimer l'abus qui de son temps, se faisait, du déplacement comme moyen réputé curatif ; que dirait-il, si voyageant de Paris à Lyon il voyait ces convois de malades qui encombrent cette ligne et qui, d'eux-mêmes ou conseillés, s'en vont « plus près du soleil » demandant tous à un modificateur unique la solution de maladies diverses de nature, de formes, de degrés, etc. II y a là un abus véritablement affligeant et contre lequel il faut que les médecins réagissent de tout leur pouvoir.

L'utilité préservatrice des climats pour modifier la constitution et prévenir ainsi l'éclosion de germes héréditaires, leur utilité palliative pour faire durer les maladies, combattre les prédispositions morbides que l'atmosphère peut mettre, en jeu, rendre moins fréquents et moins sévères les paroxysmes d'une maladie habituelle ne sauraient être mises en doute, mais quel est le degré de leur efficacité curât ive dans les maladies chroniques?

La division classique des climats en: i" tempérés, 2" chauds, 5'' froids, est, en attendant mieux, applicable à l'étude de cette question. On peut dire que les climats tempérés, sont, par excellence, les climats à effets palliatifs. Ce que les malades vont y chercher, ce sont des influences extérieures, douces et uniformes, sans brusques transitions , annuelles ou saisonnières ; une température modérée; un ciel calme à l'abri autant que possible des perturbations violentes des orages et des vents ; aussi ces conditions, plutôt négatives que véritablement agissantes, conviennent-elles à merveille pour entretenir des organismes usés, pour ménager les forces des valétudinaires, pour conduire aussi loin que possible un organe en voie de destruction, mais non pour susciter dans l'économie des changements radicaux et profonds comme ceux qui résultent du passage d'un climat dans un climat excessif, mais diamétralement opposé. C'est là une médication véritable et il en est peu qui peuvent lui être comparées pour l'énergie et la portée.

Suivant la remarque judicieuse de Barbier (d'Amiens) (Barbier d'Amiens, Hygiène thérapeutique, Paris, 1810), quand on veut étudier d'une manière générale l'influence des climats excessifs, il faut considérer celui qu'on y soumet comme provenant originairement d'un climat tempéré, car l'habitant des régions polaires ou celui de la zone équatoriale auraient infiniment moins de degrés à parcourir pour trouver : le premier, un climat relativement chaud, le second un climat relativement froid. L'homme, il est vrai, est doué d'une admirable capacité d'adaptation climatérique, mais elle ne s'établit pas d'emblée et avant que l'assuétude soit conquise, l'impression pour une même latitude sera essentielle-

CLIMAT. ii^

ment subordonnée à la provenance originelle. Cctle restriction posée, voyons quel parti la thérapeutique peut tirer de l'action curative des climats.

En ce qui concerne les climats chauds, on a surtout invoqué leurs avanta"-ôs dans les maladies suivantes : la goutte, la syphilis, la glycosurie, les affections chroniques des voies respiratoires, notamment la plitliisie pulmonaire.

11 est d'observation que la goutte est moins fréquente dans les pays chauds et que ses accès y sont moins tenaces et monis rigoureux ; aussi les médecins qui se sont occupés de l'hygiène des podagres leur conseillent-ils l'habitation des climats chauds. Réveillé-Parise a insisté sur ce conseil qui paraît rationnel, si l'on songe à l'influence qu'exerce sur l'état des goutteux l'intégrité des fonctions perspiratrices de la peau (Revcillc-Parise, Guide pratique des goutteux et des rhumatisants, Paris, 1839, p. 114).

Quant à la syphilis constitutionnelle, il paraît d'observation dans les pays intertropicaux, que ses manifestations y sont habituellement moins graves et moins opiniâtres, et cèdent mieux au mercure et à l'iodure de potassium. M. Lévêque a cité dans sa thèse (Ch. Lévêquc, De la navigation considérée comme moyen thérapeutique dans certaines maladies, thèse inaugurale, Montpellier, 1855, p. 66), des faits on ne peut plus démonstratifs sous ce rapport; des affections vénériennes observées par lui pendant une traversée des Marquises en France, s'amendaient dès que son bâtiment trouvait une température chaude, et s'aggravaient, au contraire, d'une manière on ne peut plus manifeste, dès que son bâtiment abordait les latitudes froides. Aussi, ce médecin nous paraît-il très-fondé à conseiller les voyages dans les pays chauds (je ne parle pas des pays intertropicaux), dans les cas assez rares, mais fort embarrassants, où la syphilis résiste aux moyens qu'on lui oppose. J'ai vu, à Cherbourg, un cas de syphilis constitutionnelle, le plus opiniâtre peut-être de ceux que j'ai eus à soigner, qui résistait au mercure, aux iodiques, à l'arsenic, à l'or et dans lequel l'inlluence aggravatrice du froid était des plus manifestes. Dirigé vers le midi il se fût sans doute montré plus impressionnable â ces médicaments. L'élévation de la température extérieure agit-elle en favorisant l'élimination de l'hétéroqène syphilitique, pour me servir de l'expression de Sydenham, ou bien en prévenant les daugers de l'accumulation et de la saturation mercurielles?

L'opinion que le séjour des pays intertropicaux convient aux glycosuriques est très-accréditée parmi les médecins anglais. Le docteur Kilh Imray a cité six cas, dans lesquels des diabétiques se sont bien trouvés de l'émigration vers les pays chauds et le docteur Christie, ayant remarqué que cette affection guérit vite à Ceyian, a proposé de soumettre les glycosuriques à une température artificielle très-élevée. Le diabète est, en effet, moins fréquent dans les pays intertropicaux que sous nos climats, mais sa rareté y est moindre cependant qu'on ne veut bien le dire; nous l'y avons rencontré pour notre compte; malgré tout, les faits allégués (Gaz. méd. de Paris, 184G, p. 70r>) sont intéressants et l'émigration vers les climats chauds est une chance qu'il convient peut-être d'ouvrir aux glycosuriques.

Cette question n'a pris pour aucune autre maladie autant que pour la phthisie pulmonaire une importance considéi'able, on peut même dire que celte maladie a absorbé tout entière ce sujet de climatologie thérapeutique. Réveillée par le beau travail de J. Rochard, elle s'est imposée à tous les esprits, et de tous côtés ont surgi des travaux confirmatifs ou contradictoires. C'est le propre des œuvres de cette portée, de faire souche et d'élever, d'emblée, à un haut degré

mcT. EKc. XVUI. 8

de diffusion et d'intérêt scientifiques, les idées dont elles se sont emparées. J'ai examiné plus haut cctlc question de rinOuence des climats à températiu'e élevée sur la marche de la plithisie pulmonaire, et la dégageant de celle de la navigation à laquelle on l'a trop intimement unie, j'ai été conduit à cette double conclusion : (iue le séjour des pays intertropicaux est mortel pour les phthisiques, tandis que celui du midi leur est généralement favorable quand, par ailleurs, les conditions locales de sol, d'abris, d'altitudes, secondent les conditions géographiques de latitude et de température. Telle est, à peu de chose près, l'opinion de M. J. Rochard, et c'est par ce que l'on a reporté bien à tort sur les stations viéridionales tout le mal qu'il a dit, à si juste titre, des stations inlerlropicales, que ses conclusions ont été incriminées. Au reste, la question a été replacée par lui-même sous son véritable jour et sa doctrine, qui est la nôtre, qui est celle de tous les médecins qui ont vu les plilliisiques aux prises avec le soleil des régions tropicales, peut attendre avec confiance, nous le croyons, l'épreuve des faits à venir.

Un document important vient, dans ces dernières années, d'être produit relativement à l'influence des climats chauds sur la phthisie pulmonaire. Je veux parler du travail de Ch.-Tliéod. Williams, médecin de l'hôpital Brompton, pour les maladies de poitrine, travail inséré dans le journal The Lancet et dont M. INicolas-Duranty nous a donné récemment une bonne traduction (Ch.-Théod. Williams, Etude sur tes effets des climats chauds dans le traitement de la consomption pulmonaire, traduction Mcolas-Duranty, Paris, 1875). Ce travail de thérapeutique est basé sur les effets produits dans l'état de 251 phthisiques par l'influence des pays chauds.

Sur 15"> plilhisiques au premier degré, 107 avaient un seul poumon malade, 46 avaient des lésions bilatérales. Sur ce chiffre de 153 malades observés au départ d'Angleterre et au retour des pays chauds, on a constaté une amélioration 42,56 fois p. 100; un état stationnaire 15,51 fois sur 100 et une aggravation 15,51 fois p. 100. Dans ce chiffre des améliorations, sont englobés huit cas de guéri son.

Sur 54 phthisiques au deuxième degré, Williams a constaté 49,21 foisp. 100 une amélioration, 11,76 fois p. 100 un état stationnaire, 29,21 fois p. 100 fin

de l'aggravation.

Sur 44 phthisiques au troisième degré, les résultats ont été les suivants : 40,54p. 100 améliorés: 18,91 p. 100 stationnaires ; 40,54 p. 100 plus malades.

En résumé, sur 251 phthisiques soumis à l'influence des climats chauds, ou plutôt sur 235 malades (défalcation faite des malades qu'on n'a pas revus ou sur lesquels on n'a pu avoir de renseignements) il y a eu :

103 améliorations.

■ï3 élar» :-t,i(ionnaires.

Total. . . 255

C'est dire que dans à peu près la moitié des cas, l'influence des climats chauds (lion séparée de celle des voyages) a été évidemment favorable. Ce résultat est à coup siir fort remarquable.

Étudiant la durée de la vie chez ces malades, Williams a constaté que sur les 251 malades qui avaient émigré, la durée moyenne de la vie avait été de huit ans pour les 40 qui avaient succombé, et de 8 ans 11 mois 21 jours pour les 202 qui survivaient au moment où l'auteur arrêtait sa statistique.

Au contraire, sur 749 malades qui n'ont pas laissé l'An^^elerre, J49 ont succombé ayant vécu en moyenne 8 ans (7 ans 4 mois 15 jours, Mém. cit., p. 34). Sans aucun doute, ces statistiques ne sont pas aussi décisives que le pense l'auteur, car les phthisiques qui émigrent appartiennent aux classes aisées ayant du bien-être, de l'intelligence, soigneuses d'elles-mêmes et ayant, par conséquent, des conditions de durée, mais on ne saurait cependant écarter la condusion générale que Williams tire de cette armée de chiffres, relativement à l'influence favorable exercée sur les Anglais poitrinaires par les climats méridionaux. 11 ne faut pas oublier, en effet, que l'inclémence du climat originel de ses phtbisiques, pèse dans un sens favorable sur les résultats de la migration cliuiatérique.

L'auteur de cet intéressant travail ne s'est pas contenté d'établir in globo l'inlluence favorable des climats chauds, il a cherché à pénétrer plus avant dans cette question de thérapeutique, et, divisant ces climats en groupes basés sur des analogies de formule météorologique, il a cherché à rapporter à chacun d'eux ce qui lui revient dans l'ensemble des résultats obtenus dans ces diverses stations d'hiver. 11 les répartit et leur attribue de la façon suivante les résultats obtenus :

J" Climats tempérés et humides dans l'intérieur des terres (Arcachon, Pau, Bagnères-de-Bigorre, Rome) 52,7 p. 100 améliorés; 7,83 p. 100 stationnaires, 44,8 p. 100 plus mal.

2° Climats secs du bassin de la Méditerranée (Hyères, Cannes, Nice, Menton, San-Remo, Malaga, Ajaccio, Palerme, Malte, Corfou, Chypre, Alger), améliorés 58,5 p. 100 ; stationnaires 20,7 p. 100; aggravés 19,6 p. 100.

5» Climats très-secs (sud de l'Europe, Egypte et Syrie, Cap et Natal Tanger), améliorés 61,8 p. 100; 24,6 p. 100 stationnaires.

4" Climats humides et chauds de V Atlantique (Madère, Canaries, Sainte-Hélène, Indes-Occidentales, Indes en général, Nouvelle-Zélande, Amérique du Sud (Andes), 52 p. 100 améliorés; 14,7 p. lOO stationnaires ; 35,5 p. 100 aggravés. Si l'on pouvait s'en rapporter à ces chiffres, les climats secs du bassin de la Méditerranée donneraient de meilleurs résultats que ceux des trois autres groupes.

Je devais tenir compte de ce travail, important par la masse de faits qu'il embrasse, mais je pose les réserves les plus expresses relativement à la légitimité des conclusions que l'on pourrait en tirer. Une statistique qui embrasse des faits si complexes et que tant de causes inconnues peuvent perturber, n'a qu'une valeur d'impression et non pas une précision absolue. Ce n'est pas à Yenirée et à la sortie des phtbisiques qu'il faut puiser des indices de l'utilité d'un climat, mais bien par l'étude clinique très-attentive des modifications progressives qui surviennent dans leur santé pendant que le médicament, c'està-dire le climat, exerce son influence. Malgré tout, on doit savoir gré à M. Th. Williams, d'avoir cherché à faire pénétrer la lumière de l'analyse dans ce problème thérapeutique et à son traducteur de nous avoir fait connaître cet intéressant travail.

Les asthmatiques ont fréquemment aussi besoin d'aller à la recherche d'un climat, et il est peu d'affections qui accusent avec autant de vivacité ce genre d'influences. Disons bien vite que si l'on peut, à ce propos, formuler quelques lois générales, si l'on peut dire, par exemple, que l'asthme dit humide s'accommode très-bien d'un climat vif, stimulant, assez sec ; si l'asthme sec avec

H6 ijijii»iAi.

crclhisme nerveux se trouve mieux de l'atmosphère molle, sédative, humide de Pau ou de Venise, on n'a le plus ordinairement pour se guider dans le choix d'un climat que le tâtonnement et l'expérience. Depuis bien longtemps, j'envoie les asthmatiques à la recherche du climat qui leur convient ; et fùt-il détestable météorologiquement, du moment où ils y respirent, ou leurs accès y sont monis fréquents et moins rigoureux, je les engage à y rester. C'est encore un de ces cas dans lesquels la météorologie physique ou instrumentale doit abdiquer devant la météorologie clinique qui n'analyse pas, mais qui juge en dernier ressort.

En résumé, il y a dans l'emploi des refuges climatériques toute une série de médications d'une portée bien puissante, quand la thérapeutique aura appris à en connaître les instruments, et quand elle aura déterminé cliniquement les indications que chaque groupe de refuges, homogène par la formule météorologique des localités qu'il embrasse, est susceptible de remplir dans les maladies, dans leurs divers degrés, dans leurs diverses formes.

Si on veut juger cette question thérapeutique des climats au point de vue de la phthisie pulmonaire, la plus complète des maladies pour lesquelles on prescrit les climats, ou peut, à mon avis, formuler les conclusions ci-après :

1» Il importe de ne pas employer le changement de climat d'une mam'cre banale dans le traitement de la phthisie; c'est un modificateur énergique; puissant pour améliorer l'état des malades, il ne l'est pas moins pour l'aggraver, suivant qu'il est employé avec opportunité ou à contre-temps, avec prudence ou sans discernement.

2» Quand la phthisie est très-avancée et que les malades sortent à peine, ils ne retireraient aucun avantage du déplacement qui leur serait, au contraire, préjudiciable comme source de fatigues et amènerait une rupture de toutes leurs habitudes. Le désir qu'ils expriment à ce sujet est, sans doute, une indication, mais encore convient-il de n'y pas céder du premier coup.

'5'^ Les l'efuges climatiques agissent de deux manières : en faisant éviter aux malades les vicissitudes brusques des températures saisonnièies, et en leur permettant d'entretenir leur appétit par un exercice régulier, mais ils ne réalisent ce double résultat qu'à la condition d'une hygiène très-stricte et très-assidue.

4" Le meilleur refuge est celui qui offre le plus d'égalité de température et le plus grand nombre annuel de jours à promenades ; c'est-à-dire de jours où, ni le froid, ni la chaleur, ni le vent, ni les orages, ni les pluies n'empêchent de sortir à pied.

5° Le profit que l'on retire d'un climat dépend un peu de ses qualités propres et beaucoup de la f içon intelligente dont on les utilise.

6° Les refuges climatiques ne guérissent pas la phthisie, mais ils l'ctardent sa marche, entretiennent les forces des malades et les fout dui'er. Ils constituent donc un élément très-important de la thérapeutique de cette affection.

1'^ Les voyages d'aller et de retour doivent s'opéi'er avec lenteur et ménagements, sous peine de neutraliser les avantages du changement de climat, et même de le rendre dangereux.

8" Les résidences fixes, quand elles sont bien choisies, l'emportent par le traitement de la phthisie sur les résidences saisonnières.

Telles sont les conclusions que j'ai été conduit à formuler, en 1866 (Fonssagrives. Thérapeutique de la yhthisie pidmôhaire basée sur les indications ou V Art de prolonger la vie des phtliisiques par les ressources combinées de iinjgiène et de la matière médicale, Paris, 1866, p. 540). Je ne puis que le main-

tenir encore, et je les reproduis dans une deuxième édition que je prépare en ce moment.

Article VI. Des climats thérapeutiques artificiels. Il ne s'agit plus ici d'atmosphères naturelles, mais bien d'atmosphères modifiées artificiellement et dans lesquelles ont fait vivre les malades, afin de modifier favorablement leur état. On peut les diviser ainsi : 1» atmosplières modifiées chimiquement ; 2° au point de vue de l'hygrométrie; 3» au point de vue thermologique ; 4° au point de vue delà pression ; 5" au point de vue de l'ozone ; 6° atmosphères animalisées.

Ce ne sont là que des pastiches fort incomplets des atmosphères naturelles, d'abord parce que les conditions de celles-ci sont réalisées d'une manière trèsimparfaite et puis aussi parce que les malades ne peuvent en subir l'influence d'une manière continue, comme ils subissent celle d'un climat.

Je n'y attache, pour mon compte, qu'un intérêt d'analyse clinique. Ouand on aura, par exemple, bien constaté l'influence exercée sur telle ou telle maladie par l'action de l'air comprimé ou raréfié ; d'une température basse ou élevée, constante ou variable ; d'une sécheresse ou d'une humidité accentuées, on sera autorisé à penser que les climats naturels qui offrent tel on tel de ces éléments peuvent êti e avanlagcuxdans telle ou telle maladie et la climatologie thérapeutique empruntera à ces données des éléments fort utiles. Mais on a été plus loin, et on a eu la pensée de créer des climats artificiels épargnant aux phthisiques les fatigues de migrations lointaines, et réalisant, pour eux, sinon toutes les conditions, au moins les conditions de température, de climats éloignés.

On sait que Beddoes avait proposé de maintenir les phthisiques tout l'hiver dans une série de pièces communiquant les unes avec les autres, et entretenues à une température modérée et uniforme. Nous ne doutons pas que celle pratique ne soit avantageuse, mais il faudiait ménager avec un soin intini la transition de cette atmosphère confinée à l'air libre, car un séjour de plusieurs mois dans une atmosphère tiède, ne peut manquer d'accroître singulièrement l'impressionnabilité au froid. Rush a mis à profit assez souvent l'indication de Beddoes et il dit s'en être bien trouvé : « Pour produire, dit-il, une température égale à toute heure, j'ai souvent invité mes malades, quand ils ne pouvaient aller dans un pays chaud, à passer leurs journées et leurs nuits dans un appartement spacieux, entretenu constamment au même degré de température. J'ai constaté que cette pratique remplissait assez bien, dans quelques cas, l'émigration vers le midi, (/ hâve found this practise, in several cases, a tolerable substitute for a warm climate, Rush, vol. 2, page 120). — Yo\ez aussi. Th. Sutton, Letiers on Consumption, London, 1814, in-8. Il préconise l'ac'ion d'une atmosphère à une chaleur uniforme) .

Les malades riches et qui peuvent se promener dans une serre attenant à leur habitation, et communiquant avec elle par une galerie couverte pouvaient ainsi mitiger les ennuis de leur séquestration. J'ai vu, en 1859, pendant que j'étais à Cherbourg, l'illustre Tocqueville, auquel je donnais des soins, se faire ainsi dans son château de Saint-Picrre-Eglise, un refuge d'hiver qu'il n'abandonna pour le ' midi, où il devait aller s'éteindre, qu'à mon corps défendant et à son grand regret. Toute la difficulté serait de maintenir dans ces conditions l'inlégrilé de l'appétit et c'est là un immense intérêt pour les phthisiques. Les Anglais avaient songé, il y a quelques années, à créer, aux environs de Londres, un Madère artificiel, dans lequel les phthisiques, abrités pendant l'hiver, eussent trouvé et la

il8 CLIMAT.

température de cette île et la végétation qui lui est propre. Uu emplacement très-considérable devait être vitré à la façon d'une serre niimense, et des appareils puissants de ventilation et de cliauffage y renouvelant l'an- y auraient entretenu une douce et uniforme température. Les pavillons isolés entoures de jardins, offrant des spécimens de la flore africaine, devaient compléter l'illusiou; enfin, tout devait être combiné, en fait de distractions et de confort, pour que les malades prissent aisément leur parti de cet emprisonnement hibernal, .le ne sais quelle suite a été donnée à ce projet gigantesque dans la conception duquel la rechcrcbe de l'extraordinaire, cette passion anglaise, a joué, je le reconnais, un certain rôle, mais le principe qui est, en réalité, l'idée de Beddoes, est juste et doit en être retenu.

Article VII. Programme et avenir de la climatologie mkdicale. Si les lecteurs de cet article en ont retiré la double impression : de l'importance de la climatologie médicale et de l'état d'enfance dans lequel elle est encore aujourd'hui, l'auteur aura pleinement atteint le uouble but qu'il s'est proposé.

La climatologie pbysiquc n'est certainement pas encore faite, mais il est incontestable qu'elle marche d'un pas rapide, que la climatologie médicale ne s'efforce pas assez de suivre, et la première lui offre, dès à présent, des matériaux dont elle doit profiter. Mais ce ne sont pas seulement les faits qui manquent à la climatologie médicale, elle n'a encore ni principes, ni méthode arrêtés, je dirai plus, elle n'a même pas de langue dont les termes soient précis et fixés par un consentement unanime. Un de nos climatologistes les plus distingués, M. Ed. Carrière, a proposé dans une brochure, publiée en 18tJ9, {Fondements et organisation de la climatologie médicale) la création , à Paris , d'une Société centrale de climatologie médicale, composée de médecins, de naturalistes, de géologues et de météorologistes, avec prédominance de l'élément médical. Cette Société se mettrait en relation avec des sociétés locales adoptant ses statuts et fonctionnant d'après les mêmes principes; elle poursuivrait la création d'un ordre de médecins de climatolo"ie fonctionnant à côté de médecius des épidémies ; des cartes de climatologie locale seraient entreprises dans un grand nombre de points et serviraient de matériaux pour dresser ultérieurement une carte générale de chaque pays ; un Bulletin spécial donnerait de la vie et de l'unité à cette vaste organisation; etc.

Je ne ])uis que m'associer à cette idée que j'avais conçue moi-même, comme Vont conçue sans doute une foule d'hommes pour lesquels les questions de climatologie offrent un attrait réel. La création proposée par M. Carrière me paraît sagement conçue et parfaitement réalisable ; mais, à mon avis, elle ne deviendra possible qu'à la suite d'un Congrès de météorologie physique et médicale qui posera nettement, et après une discussion approfondie entre physiciens et médecins, le programme de leurs études communes. Je disais tout à l'heure que la langue de la météorologie médicale est encore à faire, et les néologismes quej'ai été conduit à proposer dans le cours de cet article, m'ont précisément été imposés par cette insuffisance de la technologie météorologique. Ces licences, malséantes quand un écrivain isolé se les permet, ont besoin du contrôle et de l'assentiment d'un grand nombre pour prendre droit de cité dans le langage scientifique. D'ailleurs, il ne s'agit pas seulement de mots à créer, mais surtout de mots à définir et à préciser. L'une des entraves au progrès de la inéléorologie nicdicale a été juécisémeiit, jusqu'ici, le défaut d'uniformité dans les recherches

CLIMAT (bibliographie), 119

€t J'onlenle sur la valeur des mots. Un Congrès aurait seul l'autorité suffisante pour imposer à l'observation médicale une méthode, une langue et un programme. Cela fait, une foule de travailleurs, que l'on munirait d'un bon outilluce d'observation, et qui sauraient exactement ce que l'on demande à leurs efforts, se mettraient à l'œuvre, et nous aurions, dans cinquante ans, une connaissance exacte d'une multitude de climats de localité, seule base, je ne saurais Irop le répéter, d'une climatologie médicale se piquant d'arriver à un certain degré de précision clinique. 11 faut bien aussi que les villes qui dépensent de J'argent pour faire écrire leur histoire, pour étudier leur sol, pour recenser leur industrie et leur commerce, etc., ne considèrent pas comme un objet de luxe l'élude de leur climat local et consacrent des soins et de l'argent à cet intérêt, qui n'est pas sans avoir sa valeur. Les médecins ont aussi leurs devoirs à ce sujet, et ils doivent donner pour base à leur pratique cette connaissance indispensable. C'est chose admirable et triste en même temps de songer que ce principe de toute clinique fructueuse était proclamé, il y a vingt-deux siècles, par le Père de la médecine, et qu'en rappeler l'importance aujourd'hui paraît une sorte de nouveauté. C'est là, du reste, l'une des faces de cet oubli dans lequel on laisse volontiers l'hygiène thérapeuti(|ue pour courir aux médicaments qui ont leur rôle à côté du sien, mais qui ne peuvent pas grand chose sans elle.

FOKSSAGRIVES.

Bibliographie. — It ne saurait entrer ici dans notre pensée d'énumérer les travaux si nombreux qui ont été publiés sur les climats particuliers, leur bibliograiihie spéciale trouvera naturellement sa place aux articles auxquels ils se rapportent (voy. Ai.urn, Ajaccio. Cannes, IIyères, Nice, Pal-, Venise, etc.). Nous avons dû nous borner aux indicaiions des travau'i (pii ont trait aux questions de climatologie générale abordées dans cette étude.

g I. Principes de climatologie généuale. — Burgrave. Disscit. de melliodo incdcndi pro climatum diversiiate varie inatUuenda. Lugd. tiatav., 1724. — Viiiey. .Ait. Climat du Dict. des sciences niédic . t. V, p. 550; 1813. — Clark. The Influence of climate on tlie Préservation and Cure of Chronic diseascs. London, 18'29 — Pietr> -Santa. Essai de climalolo- £ie théorique et prati.yne. — Forget (S.). De Vulililc des observ. inétéorvloi/icptes. In Union méd., 1(J et 21 octoljie 1854. — Bauth. Instruction devant servir de guide pour l'ctudc d'une lucalité au point de vue de son influence sur les affections chroniques de ta poitrine. In Bull. acad. de méd., t. XXVII, p. 10 >; 1801. — Carrière. Fondements et organisation de la climatologie médicale. Paris, l.'-GO. — Fonssagrives. Des éléments thérapeutiques d'un climat au point de vue de la phlhisie. In Bull, de Ihérap., t. LXIX, p. 5'7-3i9 ; 186.'). — Rociiarp. Alt. Climat du Nouveau Dict. de méd. et de dur. pratique, t. VIII, 18C8. — Armand. Traité de climatologie générale du globe. Paris, 1872.

§ II. PiiïsiQCE DES CLIMATS. — Lcc (J.-A. de). Itlécs sur la météorologie. Paris, 1787 — Du MÊME. Itcchci-ches sur les modif. de Vatnwsiikbre concernant Vhisl. du baromètre, 4 \ol. in-8° ; 1787. — Du mèmk. Introduction à la piujKiqne terrestre par les fluides expansibles pour servir de suite et de développement au.x recherches sur les modif. de Vatinosplicre. Paris et Milan, an XI, 1!S03. — Becquerel. Elém. de phys. terrestre et de m.élcorologie . Paris, 1847. — IIumcoldt, Cosmos. Essai d'une descript. physique du monde. Trad. de Feye. Paris, 18 i7 — K^mtz. Œuvre compl. de météorologie, trad. etannoté par Cb. Mahtins. Pans, 1858. — Changements dans l'état ])hi)sique des contrées par la destruction des forêts. In Arch. gén. de médecine, t. X, p. 299. — Stierler's Atlas. Leipzig, 1875.

§ III. Action fiivsiolucique des climats. — Abehtnuot. Essai des effets de l'air sur le corps humain, in-12, 1742. — Wilson. Observ. relat to the Influence of Climate on vegctable and amria bodics. London, 17811. — Villermé. De la dislrib. par mois des concept, et des naissances de l'homme, considérée dans ses rapports avec les climats. In Ann. d'hyg. publ., t. V, p. 55 ; 1831. — Gouiffes. Dissert, sur l'iiifl. des climats et de l'atmosph. en particulier. Paris, 1804. — Du même. Influence des climats sur l'homme et sa santé. In Ann. d'hyg. t. XVIII, p. 4'.i9. — Du MÊME. Influence des climats sur les conceptions. In Annal, d'hyg., t. V, p. 155, 245. — Foissac. De l'influence des climats sur l'homme et des agents physiques sur le moral. Paris, 1807. — Tilt. Influence des climats sur la menstruation. In Congrès mklical intern. de Paris de 1807. Paris, 1808.

120 CLIMAT (bibliographie).

§ IV. Climats spéciaux. - 1» Climats chauds. — Influence du climat des Iropiquen sur le, Européens. lu Gaz. méd. de Paris, f. III, p. 508, (551. - Lind. Essai sur les malad. des Europ. dans les pays chauds. Trad. de Thion de i.a Chaume. Paris, 1785. — Babboza^ Dtsserf. de rcgionis calidœ in morbis inducendis cffectibus. Edimb., 1785. — Alienf.t (l.). Du climat des Anlilles et des précautions que doivent prendre les Européens qui se rendent dans ces régions. Tli. de Paris, 1823.— Bodiluer (P.). De l'influence des climats chauds sur la constitution des Français et des indications thcrap. qui en sont les conséquences. In Amt. de la méd. pliijsiol., t. XVIII, p. 213; 1830. — Beutix. Des moyens de conserver la saute aux blancs et aux nègres aux Antilles. Paris, 1786. — Godineau (L.). Hygiène des troupes aux Anlilles. Tlièse de Montp., 1844. — PÉRiEit. De l'hygiène en Algérie. Paris, 18i7. Foxssagrives. Lettre à M. A. Latour, relativement à l'in/luenee des climats chauds et de l'atmosphère inarit. sur la marche de la phth. pulm. In Union méd., 19 mars 1857, p. 157. — Pietra-Saxta. Influence des pays chauds .sur la marche de la phlhisie pulm. Pans, 1857. — Marit. Hygiène de l'Algérie. Paris, 1862. — Bkassac. Consid. pathol. sur les pays chauds. Thèse de Montpellier, 1863. — Gestin. De l'influence des climats chauds sur l Européen. Tlièse de Paris, 1857. — BouTET-DESGE.\îiETiÈREs. De l'influence des climats chauds et delà navig'. sur la phlhisie pulmonaire. Thèse de Monlp , 18 i2. — Chassamol (B.-C). De l'influence des climats chauds et de la navig. sur la phlhisi". pulm. Thèse de Strasbourg, 1858.

— Gaston. Des climats de la zone tropicale, influence de ces climats sur les Européens et prcceptts d'hyg., h l'usage de tous les Européens qui ont habité celle zone. Thèse de Monlp., 1862. — Segol. De l'influence du climat de la France sur les indiv. qui ont séjourné longtemps dans les pays intertrop Thèse de Montp , 1864. — Moinet. De iinfl. des climaU chauds sur le traumatisme chez l'Européen. Thèse de Montpellier, 1866. — Dazille. Observations générales sur les maladies des climats chauds, leurs causes, leur traitement et /es moi/ens de les prévenir. Paris, 1785.— Campkt. Traité pratique des maladies qui régnent dans les contrées situées sous la zone torride et dans le midi de l'Europe Paris, \%\Y1.

— Fomana. Des maladies qui allaqucnt les Européens dans les pays chauds et les longues navig., trad. de Vemssat. Paris, 1814. — Thevenot. Traité des maladies des Européens dans les pays chauds et spécialement au Sénégal. Paris, 1840. — Sigaud. Du climat et des maladies du Brésil. Paris, 1814. — Soutï. Consid. générales sur les maladies de$ Européens dans les climats chauds. Thèse de Montp , 1845. — Collas. Maladies des pays chauds. In Revue col., t. VIII, p. 371 ; 1852. — Imray. Influence des climats chauds dans le traitement du diabète. In Gaz. méd. de Paris, octobre 1843. — Gcillasse. Consid. sur les maladies des pays chauds. Thèse de Montpellier, 1857. — Lauhe (S.-A.-t.-J.). Considérât. pratiques sur les malad. de la Guyane et des pays marécageux situes entre les tropiques. Pans, 1859. — Delioux. Maladies des Européens dans les pays chauds. In Union méd., t. X, 1861. — DuTBouLAU. Topoqr. méd. des climats intertrop. In Ann. d'hyg. piibl., 2' série, t. X, p. 5 et 241. — Dn même. Traité des mal. des Europ. dans les pays chauds, régions tropic.^ climat, mal. endémiques, 2«éd., Paris, 1808. — Fricourt. Consid. génér. sur la jiathologie spéciale des mal. end. des pays chauds. Th. de Paris, 1875.

2» Climats froids. — Pijipps. Voyage towards the North pôle, 1775. Lond., 1774. — liosSi ftelat. d'un voyage fait à la recherche d'un passage au ÎSord-Uuest. Paris, 1855. — Parhï, Quatre voyages au pôle nord. London, 1853. — Kerandren. Observ. médico-hyqié niques sur les expéditions marit. aux pôles. In Ann. d'hyg., 1" scr., t. XIX, p. 75 ; lS58. — Tiiohsten'sen. Traetatus de morbis in Islandiâ frequentissimis. In Mém. de TAcad. de médec., t. VIII, 1840. — Gaimard. Voyage de la commission scientifique du Nord en Scandinavie, en haponie, au Spitzberg, aux Feroës, pendant les années 1856, 59 et 40, Paris, 1845-48. — Ilu,»iBRON et Jacquixot. Voyage au pôle sud ut dans l'Océanie par les corvettes l'Astrolabe et la Zélée, pendant les années 1837 à 1840. Paris, 1846. — Bellebon. Les Esquimaux du Groenland, considérés sous le point de vue de leur race, de leurs caractères au physique et au moral, de leurhyg. et de leurs maladies orcl. Paris, 1857. — Bellot (J.), Journal d'un voyage au pôle. Paris, 1854. — Galleranu i^E.). Considér. génér. sur la navig. dans l'Océan glacial arctique. In Nouv. Ann. de la marine et des colonies, t. XIX, p. 5; 1858. — Jacolot. Jtelal. méd. de la campagne de la corvette l'Arlémise en Islande. Thèse de Paris, 18C1. — Chasta.ng (E.). Etude médicale sur l'Islande. Camp, de la frég. mixte la Pandore. Ihùse de Montp., IStiO.

5° Climats marins. — Celsi (Opéra omnia). De He medicù libri Octo, lib. V. — Bertranb (J.-B,), Dissertât, sur l'air maritime, ïn-'i" Marseille, 1721. — GiLcmiisi (Elbeneser). Utilité des voyages sur mer pour la cure de difjérentes malad. et notamment de la phlhisie pulmonaire, édit. Bourru, docleur-régenl. l'aris, 1770. — Keraubrev. Atmoaph. maritime. In Dict. en 60 vol., t. II, p. 430 ; 18i2. — Du séjour du bord de la mer et des bains de mer dans le traitement de la coqueluche. In Bull, de thérap , t. XXXV, p. 234. — C.m.iukre [V.é.]. Recherches cl expériences sur l'atmosphère maritime. In Union médicale, p. 28U, 51)1, 515;

CLIMAT (bidliographie;. 121

1858. — Dn MÊME. Les climats de l'Océan et de l'Adriatique dans la maladie de S. M. l'impératrice d'Autriche. In Union mcdic, 25, 29 août, 8 septembre 1803. — Influence de l'air marin sur la jddkisie. lu Arch. gén. de méd.. 6» série, t. IX. p. 488. — Lewv (B.). nappait sur les collections faites dans la Nouvelle Grenade. In Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. XXXIII, p. ôi7; 1851.— Leroy de .Mkhhouht. Considcr. sur l'influence de l'air marin et de la navigation. In Arch. gén. de méd., 6" série, t. IX, p. 488 ; 1863. — Rocn\nD (.1.1. De l'influence de la navig. et des pags chauds sur la marche et le développement de la phthisie pulmonaire. In Mém. de l'Acad. de mcdec , t. XX, p. 75. — Leroy de JlÉiiicomiT. Consul, sur l'influence de l'air marin et de la naviq. dans le traitement de la phthisie pulm. In Arch. gén. de méd., t. II, p. 409 et. 546; 1868.

i" Climats d'altitudes. — Effets physiques de la compression et de la raréfaction de l'air. In Gcn. méd. de Paris, t. III, p. 791. — Influence locale et générale sur le corps de la diminution et de l'accroissement de la pression atmosphérique. In Gaz. méd., t. 111, p. 528. — Tauarié. Effets des variations de la pression atmosphérique. In Gaz. méd- de Paris, t. VI, p. 49'i; 185S. — Effets sur la surface du corps des variations de la pression almns-phérique. In Arch. gén. de méd., t. XI, p. 30G. — Joludanet. Infl. de la pression sur la vie humaine, gr.in-8°. l'aris. 1875. — Effets de la'ir comprimé. In Archiv. gén. de méd . , i" sér . , t. III, p. 95 et 728. — Effets de l'air raréfié. In Arch. génér. de méd., 4" sér., t. XII, p. 519. — Effets de V atmosphère sur les hautes montagnes. In Arch. gén. de méd., t VI, p. 577. — Coindet. De l'acclimatement sur les altitudes du Mexique. In Gaz. Iicbd. de méd., 1863. — JocRDANET. Lc Mcx'ujuc et l' Amérique tropicale, hgg., climats, maladies. Paris, 1861-. — LoMBAiiD. Influence de l'air au sommet de l'Etna. In Journ. univ. des se. médic. t. XXXIV, p. 129. — Du MÊME. Les stations des Pyrénées et des Alpes comparées. Genève, 186*. — GuiLBEBT. De la ptilhisie dans ses rapports avec l'altitude. Thèse de Paris, 1!^62, n° H 2 el in Ann. d/iyg., 2» série, t XiX, p. 449; 1863. —Le Koy de Méricourt. Altitudes. In Dictionn. cncyclop. des sciences médicales, l'»sér., t. III. — Parker. AManual ofpractical Ilygicne, third édition. London, 187 ; art. Samtaria. — Carpextin (L.-V.]. Etude hygiénique et méd. du camp Jacob, Sanitarium de la Guadeloupe. Tljèse de Paris, 1875.

§ V. Climat modificateur étiologique. — Werther. De morbis climatum. Duisliurgi, 1704. — SiGAUD. Climat et maladies du Brésil. In Gaz. médic. de Paris, t. XII, p. 631 ; 1844. — Influence de la chaleur sur la production des maladies gaslro-intcttinales et sur la mortalité des enfants du premier âge. In Gaz. méd'icale de Pans, p. 527, 1853. — Infl. du climat de Naples .sur la production de la phlldsie. In Gaz. méd. de Paris, t. VII. — Fréquence de la phthisie dans divers climats. In Arch. gén. de méd., V série, t. II, p. 100, 2.i5, 230, 551. — Influence des climats sur la production des cataractes. In Gaz. méd. de Pans, t. XllI, p. 802; 1845. — Les climats et la phthisie. In Arch. gén. de méd., 6« série, t. X, p. 203. — Bernard (F.-G.). De l'influence du climut de la Cochim hine sur les maladies des Européens. Th. de Montp., 1867. — Borius. Etude sur le climat et la constitution médicale de l'île Sainte-Marie de Madagascar. In Arch. de médecine iiav., t. XIV, p. 81; 187l. — Camuset. De l'anémie tropicale, observée à la Guyane française. Th. de Montp., 1868.

§ VI. Influence dis climats sur le mor.ïl. — IIippocrate. Des airs, des eaux, et des lieux, chap. II, pai'og-. 85. — Bodin. La République, in-fol. Paris, 1577. — Montesquieu. Espr. des lois, livre XIV. — Cabanis. Rapp. du physique et du moral de l'homme, 2" édition, t. II, p. 160; Paris, an XIII. 9'"'' mémoire: Influence des climats sur les habitudes morales. — Destuit de Tracy. Table analytique des œuvres de Cabanis, t. II, p. 562. — Bérard (Fréd.). Doctrine des rapports du physique et du moral. Paris, 1823, p. 4i. — Froissac. De l'infl. des climats sur l'homme et des agents physiques sur le moral. Paris, 1867.

§ VII. Changement de climat et voyages. — Ettmuller. OEuvr. compl., t. II. De nutritione partium lœsa, p. t^43. — Peregrinatio. Phthis. noxia. In Epithem. cur'ios. nat., cent. I, append., p. 208. — Difluence du changement de climat sous le rapport thérap. In Bull, de thérap., t. XXXIV, p. 275; 1848. — Lévèc!i;e De la navigcU'ton, considérée comme moyen thérap. dans certaines maladies. Th. de Montp , 1853. — Champoullion. Traitement de la phth'is'te par le déplacement des malades, in Bull. ac. de méd., t. XXllI, p. 105. — Du micsie. Traitement de la phthisie par le déplacement des malades. In Bullet. acad. de médecine, t. XXXIII, p. 103. — liENNET. Lettre au D' Debout sur l'influence défavorable des ciiangements subits de climat. In Bull, de thérap., t. LXV, p. 241 ; 1863. — Fonssagrivf.s. Influence curative du changement d'air et des voyages. In Gaz. Iiebd. de méd., t. VI, p. 36, 67, 160 et 116 ; 1859. — Influence d'un froid subit sur des créoles des Antilles. In Arch. de méd. nav., t. Vil, 1(X55. — Walshe. Traité clinique des maladies de la poitrine. Trad. Fonssagrives. Paris, 1870, article Change ofClimates. — Battran (.\lex.). Infl. des changements de climats sur les fond. Trad. Rocuefort. In Arch. de méd. nav., t. XXI, 1874.

Page 1