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COMPOSÉES

térieure. Le sang artériel est apporté aux muscles eomplexus par la cervicale profonde qui se perd dans leur intérieur et par la cervicale ascendante qui donne des branches à leurs parties supérieure. L'occipitale, qui monte sur la face externe du grand eomplexus, fournit souvent quelques rameaux à ce muscle.

Les veines de la région des eomplexus se rendent dans la jugulaire interne, tandis que les veines superficielles se déversent dans la jugulaire externe. Ces veines présentent une disposition particulière fort importante, c'est qu'elles sont revêtues de gaines fibreuses qui les maintiennent béantes après leur section.

Les lymphatiques profonds se rendent dans les ganglions axillaires et sousmastoïdiens.

L'étude des muscles eomplexus ne pi'ête pas à des considérations pathologiques importantes ou dignes d'intérêt. Leur position profonde les met à l'abri des traumatismes d'une médiocre violence ; cependant les vaisseaux qui les traversent peuvent être atteints par des instruments vulnérants. Les hémorrhagies artérielles de cette région sont, en général, peu graves, on les combat heureusement par une compression facile à établir; les hémorrhagies veineuses peuvent être abondantes, les veines restant béantes à cause de la disposition anatomique que nous avons signalée ; de plus, après leur ouverture, on a à redouter l'introduction de l'air dans leur intérieur.

Les anthrax, communs dans la région de la nuque, détruisent quelquefois les tissus jusqu'aux couches profondes, mettent les muscles à nu, et altèrent leur substance.

Les muscles eomplexus sont quelquefois compromis dans les cas de maladies générales ou de voisinage, dans le rhumatisme, le tétanos et les lésions parenchymateuses, la carie, la nécrose, les tumeurs blanches des vertèbres.

Les tumeurs de différentes natures, et surtout peut-être les tumeurs fibreuses, ne sont pas rares à la nuque, et quelques-unes poussant leurs racines jusque dans les parties profondes s'étendent sur les eomplexus, les entourent ou les traversent. Servier.

COmPOSÉES. Famille de plantes Dicotylédones, appartenant au groupe des Monopétales à ovaire adhérent. On lui donne aussi le nom de Synanthérées. C'est de beaucoup la plus riche en espèces de tout le règne végétal ; elle contient à elle seule presque la dixième partie des plantes connues. Les caractères sont du reste bien tranchées : ils peuvent se résumer ainsi. Fleurs réunies en capitules ou calathides. Cette inflorescence se compose : 1° D'une partie plus ou moins épaissie, plane, concave ou convexe, qui paraît être l'épanouissement de l'extrémité du rameau, et qu'on appelle le réceptacle; on l'a aussi nommé clinanthe on phloranthe; 2" D'un ensemble de bractées, généralement sur plusieurs rangs et imbriquées les unes sur les autres ; c'est Vinvolucre qu'on appelle aussi péricline ; 5° Des fleurs elles-mêmes qui sont placées sur le réceptacle, soit seules {réceptaclenu) , soit entremêlées de bractéoles ou de poils. L'ensemble de ces parties était autrefois décrit comme une fleur composée, dont l'involucre était le calice commun. C'est de là qu'est venu le nom que porte le plus généralement la famille.

Quant aux fleurs, elles sont de deux sortes ; on les distingue en fleurons et demi-fleurons ou flems ligulées. En réalité ces deux formes ne diffèrent que par l'aspect de la corolle, régulière, tubuleuse et infundibuliforme dans les fleurons; irrégulière et étalée en languette dans les demi-fleurons. Leur structure est d'ail-

leurs fondamentalement la même. Un calice adhérent à l'ovaire, terminé snpcrieurement, soit par un simple bourrelet sans lobes ni dents marquées, soit par des écailles, soit enfin par des poils disposés en aigrette. Une corolle épigyne, gamopétale, le plus souvent marquée de 5 dents et de 5 lobes plus ou moins profondément distincts ; 5 étamines insérées sur la corolle, libres par leurs filets, soudées par leurs anthères en un tube traversé par le style. C'est à cette disposition (jue la famille doit le nom de Synantliérées. L'ovaire est nionosperme, surmonté par un style unique, qui se divise à son extrémité en 2 branches, portant des papilles stigmatiques, et très-souvent aussi des poils destinés à faire tomber le pollen sur les stigmates et qu'on appelle à cause de cela poils collecteurs. Quant au fruit, c'est un achaine surmonté par le bourrelet, les écailles ou l'aigrette plumeuse, qui représentent le limbe du calice.

Les capitules des composées peuvent être formés seulement de fleurons ou de demi-fleurons. Dans le premier cas on appelle ces plantes /losculeuses, dans le second cas serai- flosculeuses ; enfin, parfois elles ont à la fois des fleurons au centre et des demi-fleurons à la circonférence, et comme ces dernières fleurs sont rayonnantes, on appelle les plantes de ce groupe des radiées. Les semiflosculeuses forment dans leur ensemble une tribu assez naturelle, qu'on a nommée Chicoracées , et que de Candolle appelait Liguliflores. Quant aux flosculeuses, les unes ont leurs fleurons manifestement divisés en 2 lèvres; elles constituent les Labitiaflores de de Candolle, composées de plantes toutes exotiques, les autres correspondant à peu près à un groupe assez naturel, celui des Cardiiacées ou des Cynar acéphales. Quant aux Radiées qu'on a aussi nommés Corymbifères , à cause de la disposition fréquente de leurs capitules en corymbe, on les divise en un certain nombre de tribus : Sénécionidées, Astéroidées, Eupatoriacées, Vernoniacées.

Un assez grand nombre de Composées sont utilisées en médecine. Les Chicoracées contiennent presque toutes dans leurs vaisseaux laticifères un suc plus ou moms amer, qui leur donne des propriétés toniques ou diurétiques, tels sont les Cichorium ou Chicorées, les Dent de Lion {Taraxacum), etc. Dans les Lactuca, ce suc contient une substance vireuse et calmante, qui donne son activité au Lactucarium. Les Carduacées et les Corymbifères ont dans leurs divers organes des lacunes ou glandes oléo-résineuses, qui leur donnent des propriétés plus ou moins toniques, stimulantes ou vermifuges. Citons dans les Carduacées : les Carlines {Carlina), les Centaurées (Cenlaurea), les Bardanes [happa], etc.; dans les diverses tribus des Radiées, les Armoises et Absinthes [Artemisia], la Tanaisie (Tanacetum), l'Année [Inula), l'Arnica, les Camomilles et les Matricaires (inf^emis et Matricaria), les Pyrèthres {Anacyclus et Pyrethrum), etc. A côté de ces espèces médicinales, il en est qui sont plus particulièrement alimentaires; dans les Chicoracées, les Salsifis, les Scorzonères, les diverses espèces de Chicorée et de Laitue mangées en salade; les Artichauts et les Cardons, dans les Gynarées; les Topinambours, dans les Corymbifères; d'autres encore donnent des huiles à manger ou à brûler : telles sont les Guizotia, les Madia, les Helianthus, etc.

Vaillant. Actes de l'Académie de Paris, 1718. — Linné. Ordines naturales, 21. — Robert Brown. Linnean Transactions, XII, 76. — De Candolle. Prodromiis, V, i. — Endlicheb. Gênera Plantarum, p. 255. — Decaisne et Le Maout. Atlas de Botanique. Pl.

COMPRESSES. Les compresses sont des pièces de linge de moyenne gran-

deur, servant en chirurgie à un grand nombre d'usages, et particulièrement employées dans les pansements des plaies et des ulcères. Les anciens médecins leur avaient donné le nom de splenia, à cause de la ressemblance qu'ils leur trouvaient avec la rate de certains grands animaux, quelques auteurs les ont appelées placjidœ , et enfin on les a désignées par le mot compresse, parce qu'elles servent à comprimer, au moins dans une certaine mesure.

Le plus souvent, appliquées sur les premières pièces d'un pansement, elles les entourent et les maintiennent en place, formant ainsi un appareil de soutien régulier; d'autres fois, appliquées sèches ou imbibées'de différents liquides sur les partiel malades, elles constituent ou simplement un appareil protecteur, ou un to|)ique médicamenteux. De là des compresses sèches et des compresses médicamenteuses.

Les compresses doivent être faites en tissu de lin ou de chanvre, comme, du reste, tous les linges à pansements ; cependant on pourra utiliser les tissus de coton pour la confection des compresses servant de remplissage, et n'étant pas en contact innnédiat avec la peau ou la surface des plaies, et les tissus de laine pour celles (jui doivent servir à faire des fomentations. Elles ne doivent présenter ni coulures, ni ourlets, ni aucunes saillies ou inégalités dont la pression pourrait devenir une cause de gêne ou de douleur. Elles ne seront point faites de linge neuf, suivant toujours la règle générale que les linges à pansements doivent être demi-usés, afin d'avoir plus de souplesse et plus de douceur. Lorsque le linge demi-usé vient à manquer, on peut se servir pour les pansements de linge neuf tissé exprès, dans des conditions particulières qui le font semblable au vieux linge, ainsi que cela se fait en Allemagne depuis les guerres du premier empire; les Allemands, à bout de ressources, furent obligés de fabriquer des toiles minces et légères pour fournir aux nombreuses réquisitions des hôpitaux de l'armée française.

La grandeur des compresses ne peut être indiquée que d'une façon générale, parce qu'elle varie avec la figure et l'étendue des pansements pour lesquels on les emploie ; elles seront proportionnées à la forme des parties ; ajoutons seulement qu'elles doivent toujours dépasser de deux ou trois travers de doigt les emplâtres ou les premières pièces de pansement sur lesquels on les applique. Habituellement, on en taille d'avance de trois grandeurs ou dimensions, désignées, dans les hôpitaux militaires, par les numéros 1,2 et 3. Les compresses n" i ont 70 centimètres de longueur sur 50 de largeur; n° 2, 50 centimètres sur 40; n» 3, 30 centimètres sur 20. M. Sédillot recommande de faire placer, dans les appareils à pansements, des paquets de morceaux de compresses plus ou moins irréguliers, qui sont désignés sous le nom de lambeaux. On s en sert pour essuyer les plaies ou les instruments, et pour tous les usages qui ne réclament pas des pièces de linge régulières et d'une étendue déterminée. C est un moyen de ménager les bandes et les compresses, et d'utiliser les portions de ces dernières qui ont été divisées ( Traite' de médecine opératoire, par Ch. Sédillot et L. Legouest, ¥ édition).

Les compresses ont diverses formes : il y en a de carrées, de longues, de rondes, de triangulaires, de fendues et de plusieurs autres figures.

La compresse carrée, celle dont on se sert le plus souvent, a les quatre côtés égaux ; on la plie en deux ou en quatre, suivant l'usage qu'on veut en faire. Pliée en deux, elle devient une compresse longue, et repliée encore en deux, dans le même sens, une compresse longuette.

Les anciens leur donnaient les noms de longitudinales, circulaires et tranS' versâtes, suivant qu'elles étaient employées dans la longueur, en travers ou autour des membres.

On fait une compreise triangulaire avec une compresse carrée pliée ou coupée en deux, suivant la diagonale. On fait une compresse ronde en retranchant à la fois, par un coup de ciseau circulaire, les quatre angles d'une compresse carrée pliée en quatre. Lorsqu'une compresse ronde doit être appliquée sur des parties saillantes, on pratique sur ses bords des incisions qui lui permettent de se mouler plus exactement sur elles • on la désigne alors par le nom de compresse ronde découpée; quand on enlève le milieu d'une compresse ronde, en ne lui laissant que ses bords, elle devient une compresse ronde perforée.

Les compresses fendues sont des compresses longues dont une moitié a été divisée en une ou deux portions, suivant le sens de leur longueur; on les nomme compresses fendues à deux ou ti^ois chefs. Elles servent à relever les chairs dans les amputations, au moment de la section des os. Les compresses sont aussi quelquefois taillées en compresses en fronde, en compresses perforées ou à boutonnière ; pour faire une compresse en fronde, on divise, à un ou deux chefs, les deux extrémités d'une compresse longue jusqu'à une petite distance de son milieu ; pour faire une compresse à boutonnière, on pratique une ou plusieurs ouvertures dans le milieu d'une compresse longue.

On nomme compresses perforées ou fenêtrées celles qui sont criblées d'une foule de petits trous ; elles sont spécialement employées dans les pansements à plat. On peut les préparer à l'emportc-pièce, c'est la manière la plus expéditive; à défaut de cet instrument, on pratique à coups de ciseaux les petites ouvertures de la compresse, soit en faisant les trous im à un sur le plein de la compresse que l'extrémité d'un doigt fait saillir, soit en pliant la compresse et en présentant au ciseau l'angle résultant de la plicature; on peut aussi obtenir le même résultat en retirant des fils des bords de la compresse, de distance en distance, et dans deux sens différents.

On obtient une croix de Malte en fendant, dans la direction des centres, les quatre angles d'une compresse carrée ; on les fend les uns après les autres ou deux à deux, ou tous les quatre ensemble, en pliant la compresse en deux ou en quatre.

Une sorte de compresse dont on fait souvent usage est celle qu'on appelle la compresse graduée; on la construit en repliant une compresse longuette plusieurs fois sur elle-même, en ayant soin de superposer les plis d'une façon exacte. Lorsque ces différents plis sont tous égaux, on a une compresse graduée régulière; lorsqu'ils sont superposés successivement de plus en plus étroits, on a une compresse graduée prismatiqne ou pyramidale ; encore les chirurgiens distinguent-ils deux variétés de compresses graduées pyramidales : dans l'une, les plis vont en diminuant également sur chacun des bords ; dans l'autre, ils diminuent sur un bord seulement, se superposant également sur le bord opposé, de telle sorte qu'un des côtés de la compresse a la forme d'une compresse graduée régulière, et l'autre la forme d'une compi'esse graduée pyramidale. Quelle que soit la forme particulière des compresses graduées, leurs plis sont toujours assujettis et maintenus solidement au moyen d'un fil qui les traverse plusieurs fois de part en part, d'une face à une autre, de la base au sommet. Le nœud initial et le nœud terminal de ce fil porteront sur le côté de la compresse qui ne sera pas appliqué sur la peau ; de même les fils de la couture seront moins

espacés sur le côté correspondant à la peau, formant de petits points sur cette face et de grands points sur la face opposée, précaution importante pour éviter que la peau soit blessée par les nœuds ou les points.

On prépare des bandelettes découpées ou effilées, en coupant sur le côté d'une compresse une petite bande, de 2 à 5 centimètres de largeur, que l'on taille à petits coups de ciseaux ou que l'on effile sur ses bords. Les bandelettes découpées sont appliquées quelquefois, comme on le sait, sur les bords de certaines plaies, dans le but d'éviter l'adhérence de la charpie, de protéger le travail de la cicatrisation ; les bandelettes effilées servent de mèches à séton.

On trouve, dans les anciens auteurs (Scultet, Heister, Dionis), la description de plusieurs autres compresses, telles que : la compresse pour Vépaule, grande compresse carrée, fendue depuis ses deux angles inférieurs jusque vers son milieu, pour s'ajuster à la ligure de l'épaule, qu'elle doit recouvrir dans les luxations de la tête de l'humérus; la compresse losange, dont les côtés ou pans, au nombre de six, font entre eux des angles obliques; la compresse oblique, composée de trois compresses étroites et longues, dont les deux obliques s'entrecroisent en forme de croix de saint André, et que l'autre traverse par leurs angles aigus ; la compresse ronde, qui était plutôt un coussin qu'une compresse, étant ronde comme une boule, ou ronde d'un seul côté comme un demi-globe; l'une et l'autre se mettaient sous l'aisselle après la réduction de l'humérus luxé. Je crois inutile d'insister davantage sur la description d'appareils surannés, complètement inusités aujourd'hui.

Les compresses, avons-nous dit, servent surtout à assurer et affermir les bandages et les pansements ; là ne se borne pas leur utilité : elles préservent les téguments et les garantissent de l'action de l'air ; elles appliquent et maintiennent, sur les parties blessées ou autrement offensées, des remèdes liquides ou onctueux ; elles servent à remplir les vides ou les inégalités des membres, ce qui facilite la bonne application des appareils à fracture. Les usages des compresses graduées sont très-nombreux ; on les emploie : dans les fractures de l'extrémité inférieure du radius, pour appuyer sur les fragments déplacés; dans les fractures des deux os de l'avant-bras, pour conserver l'intégrité de l'espace interosseux ; dans les fractures de la rotule, et enfin dans un grand nombre d'autres circonstances.

Quelques inventeurs ont imaginé des compresses qu'on pourrait appeler coinposées, sèches ou médicamenteuses. Telles sont les compresses faites avec le tissu-charpie, tissu offrant la disposition de certains linges de toilette, unis sur une de leurs faces et bourrés sur l'autre; le tissu-charpie représente une compresse sur laquelle est fixé un plumasseau de charpie. On en fabrique aussi qm portent tout à la fois la compresse, la charpie et un linge fenêtre. Pour que ces compresses deviennent médicamenteuses, on les imprègne à l'avance de diflerentes substances, en particulier de perchlorure de fer, de sous-acétate de plomb, d'acide phénique, etc., et l'on a ainsi des compresses hémostatiques, résolutives, désinfectantes. Le but que poursuivent leurs inventeurs est la simplicité et la rapidité des pansements. Ces compresses, bonnes dans les cas très-simples, deviennent insuffisantes dans les plaies inégales et anfractueuses ; leur duvet, uniformément étalé, ne saurait remplacer les bourdonnets de charpie dans les cas d'hémorrhagie ; elles doivent suivre la fortune de toutes les inventions des théoriciens, faire obtenir à leurs auteurs des médailles et autres récompenses, mais être abandonnées dans la pratique.

Certaines précautions, que je me contenterai d'indiquer ici, car elles seront décrites avec détail à l'article Pansement, doivent être observées dans l'application et dans la levée des compresses. Ainsi, il faut prendre les compresses à deux mains, afin de les appliquer directement et par leur milieu sur la cliarpic ou autres pièces de pansement, de façon à ne pas déranger la disposition de ces premières pièces, à ne pas les traîner sur la plaie ; il faut aussi que les compresses soient parfaitement tendues, afin de ne présenter, sur aucun point de leur surface, ni saillie, ni plicature. Les compresses médicamenteuses sont appliquées de deux façons : ou bien imprégnées du liquide prescrit, ou bien étendues toutes sèches, et imbibées sur place à l'aide d'une éponge. Dans tous les cas, il faudra avoir grand soin de ne pas mouiller le malade.

Les compresses seront enlevées doucement, sans brusquerie et sans secousses ; il faudra toujours voir ce qui se passe sous la compresse, afin de ne pas arracher avec elle des brins de charpie, des fils à ligature, des croûtes adhérentes en même temps à la plaie et à la compresse; on s'exposerait, en négligeant ces précautions, à déchirer des cicatrices naissantes, à renouveler des hémorrhagies ou à imposer au malade des souffrances qu'on aurait pu lui éviter.

Servier.

COMPRESSIOIV (Appareils compresseurs). § L Compression. La compression peut être considérée comme l'action d'une force s'exerçant d'une façon continue et durable sur les tissus, dont elle tend à réduire le volume en rapprochant leurs éléments. La compression ne doit pas être confondue avec l'écrasement ; ces deux agents sont pourtant de la même nature, mais ils diffèreni essentiellement au point de vue clinique par la forme de leur action. Je n'insiste pas.

La compression entre pour une large part dans la formation, l'existence et la succession des phénomènes pathologiques. Mais si elle est souvent la cause d'un grand nombre de lésions et maladies légères ou graves, elle peut être utilisée aussi comme moyen de traitement, offrant ce point de ressemblance avec certaines substances toxiques qu'elle peut, suivant le mode de son application, provoquer les accidents les plus redoutables et les plus variés, de même qu'elle peut les prévenir ou les combattre. Nous l'étudierons sous le double l'apport de ses effets pathologiques et de ses effets thérapeutiques.

L Effets pathologiques de la compression. Observant la compression d'une manière générale, on constate que son effet immédiat est de gêner le jeu des organes, de suspendre le cours des liquides, aussi bien dans les vaisseaux lymphatiques que dans les veines et les artères, de diminuer la vitalité des tissus, et de provoquer ainsi des lésions locales qui peuvent souvent avoir un retentissement général. Si la compression est suffisamment forte et soutenue, surtout si elle est énergique et violente, ces lésions suivent mie marche fatalement régulière, depuis l'arrêt de la circulation jusqu'à la mortification des parties sur lesquelles elle s'exerce; mais si elle est faible et interrompue, ses effets se produisent plus lentement, et n'atteignent pas toujours la limite extrême de la mortification. Nous verrons que la compression, agissant à la manière de ce qu'on appelle les excitants, provoque des phénomènes différents suivant le degré de son intensité; forte, son dernier terme est la gangrène, ainsi que nous venons de le dire ; faible et irritante elle peut déterminer la prolifération de certains tissus. Chomcl, étudiant l'étiologie des maladies, range la compression parmi les agents morbi-

liques qui appartiennent à la série des appUcata, et tenant compte du double caractère de son action, il la considère tout à la lois comme une cause déterminante et comme une cause prédisposante, suivant (qu'elle agit d'une manière rapide et très-manifeste, ou suivant que ses effets ne se produisent qu'avec lenteur. Il constate, du reste, que ces effets sont très-variés, qu'ils dépendent de la nature des agents qui compriment, de la constitution des parties comprimées, de l'étendue, de la durée et de la force de la compression.

Nous allons rechercher d'abord les effets de la compression sur chaque tissu eu particulier, au point de vue purement pathologique, puis nous les l'echercherons au point de vue clinique dans leur influence sur l'organisme tout entier.

Effets de la. compression sur la. peau. Lorsqu'une pression légère et momentanée est exercée sur la peau, avec la pulpe d'un doigt, par exemple, on voit, au moment où elle est supprimée, une coloration blanche remplacer pendant un instant la teinte rosée du tégument; c'est que dans ce point la circulation a été interrompue, mais elle se rétablit bien vite, et même, si la pression a été un peu vive ou prolongée, la circulation renaît plus active, ainsi que l'indique une coloration plus foncée du point comprimé. Si la compression est plus forte et durable, il en résulte de la douleur d'abord, puis de l'irritation, puis un état inflammatoire, et enfin l'altération de la peau. Ces phénomènes s'observent dans bien des circonstances, quelquefois c'est le pli d'une bande mal appliquée, le pli d'un vêtement, d'une chemise sous un corset, d'un bas dans une chaussure, qui les provoquent. Si enfin la compression s'exagère, la peau est gangrenée et des eschares se produisent. Ces phénomènes s'observent parfois à la suite de la compression exercée par un appareil trop serré dans certains cas de fractures, en particulier chez les enfants dont la peau délicate est peu résistante ; il en découle un enseignement fort utile à propos de l'application des appareils inamovibles, qui ne doit pas être faite prématurément, tant qu'on a à craindre le gonflement des parties molles.

C'est surtout chez les sujets affaiblis par la maladie, chez ceux dont la constitution est appauvrie par de longues souffrances, de dures privations, par tous ces maux désignés sous le nom de causes débilitantes, qu'on voit des compressions, même légères, déterminer la mortification des parties comprimées. Ainsi est-il fréquent d'observer des eschares au sacrum , après un décubitus prolongé, chez les scorbutiques, les typhiques, les malades atteints de fièvre typhoïde, chez les blessés, à la suite des fractures des vertèbres, etc.; je sais bien que la formation des eschares peut être aidée par la malpropreté et l'incurie, mais il est certain que la compression seule, malgré tous les soins, suffit à la produire.

Une autre lésion moins grave que la gangrène, mais la précédant quelquefois de bien peu, s'observe aussi chez les sujets appauvris, à la suite d'une pression prolongée, c'est Vérytimne paratrime d'Alibert qui se manifeste, comme on sait, par une rougeur marbrée de la peau.

Ces divers phénomènes sont les effets prochains, j'allais dire aigus, de la compression de la peau; il en est d'autres qui se manifestent plus lentement, qui n'offrent pas les mêmes caractères de gravité , mais qui constituent cependant des lésions fort appréciables, et souvent fort gênantes. Le durillon, qui est un épaississement d"une partie circonscrite de la couche cornée de l'épiderme, qui est tantôt flexible et élastique, tantôt rigide comme la corne, se forme dans les endroits où la peau est soumise à une pression énergique et souvent répétée, comme à la paume des mains et à la plante des pieds. Le cor, qui est une modifi-

cation du durillon, et qui n'en diffère que par sa forme, parce qu'il se produit dans des points où les parties comprimées peuvent céder (Rindfleisch) , est occasionné par la pression des chaussures. Les productions cornées sont souveut aussi, dit Cazenave, le résultat d'une compression habituelle de la peau.

Certaines bourses muqueuses de la peau se développent dans le tissu cellulaire sous-cutané, sous l'influence d'une compression modérée, mais continue ; je ne parle pas des bourses muqueuses qu'on pourrait appeler de glissement, et dont le frottement des parties favorise la formation, telles que celles qu'on rencontre au coude et au genou, mais de celles qui sont dues à la pression seule ; on en observe, en particulier, sur les malléoles externes des tailleurs qui travaillent assis sur une table, les jambes croisées à plat l'une sur l'autre.

Effets de la compression sur les muscles. La compression peut amener la mortification des fibres musculaires, de même que celle de la peau et du tissu cellulaire ; mais il est assez rare qu'on l'observe, parce que, pour arriver à ce résultat fâcheux, il faut qu'elle soit ou très-énergique ou très-longtemps maintenue ; presque toujours les causes comprimantes sont supprimées dès qu'on remarque la gangrène de la peau, qui doit précéder celle des muscles sous-jacents. Mais d'autres lésions des muscles, dues à la compression, sont fréquemment observées. C'est d'abord l'atrophie simple, ou compliquée de surcharge graisseuse interstitielle, qui se manifeste dans les muscles longtemps comprimés, et par le fait de la compression, et par le Aiit aussi, je dois le dire, du repos forcé au(juel elle les condamne : cette lésion s'observe, en effet, dans les muscles longtemps inactifs. Les faits de ce genre sont constatés communément dans les cas de fracture, lorsque les muscles du membre fracturé, pendant une longue période, ont été comprimés par les pièces des appareils. Souvent aussi les muscles sont comprimés plus directement par des tumeurs formées, soit au sein de leur tissu, soit dans les parties environnantes ; ces tumeurs, par le fait de la compression qu'elles exercent, dissocient et écartent les fibres musculaires, en même temps qu'elles les usent, pour ainsi dire, qu'elles les écrasent lentement jusqu'à ce qu'elles soient arrivées à les détruire.

La myosite aiguë peut-elle être produite par la compression? Je ne connais pas d'observations qui me permettent de l'affirmer, mais il ne répugne pas à l'esprit de supposer que la compression puisse agir sur les muscles comme cause irritante, et déterminer leur inflammation. Quant à la myosite chronique, qui se passe presque toujours sans suppuration, elle est quelquefois la suite d'hyperémies traumatiques produites par une compression sans cesse répétée. Une variété particulière de myosite chronique, l'inflammation musculaire ossifiante, a été observée spécialement chez les cavaliers , dans les muscles adducteurs de la cuisse; c'est sur ces muscles que repose, en partie, le poids du corps chez le cavalier, et de plus ils sont fortement serrés contre les parois de la selle pendant les mouvements du cheval.

Effets de la compressioin sur les nerfs. Nous nous livrerons ici à de rapides indications, renvoyant pour plus de détails à l'article où il sera traité de la pathologie des nerfs {voy. Nerfs).

Les nerfs sont souvent comprimés, tantôt par le fait des diverses positions des membres et du corps, tantôt par des tumeurs, d'autres fois par des appareils, etc. Les effets produits par la compression des nerfs varient depuis le simple fourmillement jusqu'à la paralysie complète. Suivant MM. J. B. Bastien et A. Vulpian (Académie des sciences, séance du 5 décembre 1855) , les effets de lacom-

pression momentanée des nerfs se divisent en deux périodes, période d'aller ou d'augment commençant au moment où on établit la compression, période de retour ou du déclin commençant au moment où on la cesse.

Dans la période d'augment, on observe quatre stades : un stade de fourmillement ; un stade intermédiaire ou de rétablissement momentané de l'état normal; un stade d'hyperesthésie; enfin un stade d'anesthésie et de paralysie musculaire.

Si alors on cesse la compression, on assiste aux phénomènes de la période de déclin, qui présente aussi quatre stades, ressemblant exactement à ceux de la période d'aller, mais se développant ou plutôt marchant en sens inverse : un stade de paralysie de la sensibilité et du mouvement ; un stade d'hyperesthésie de retour ; un stade intermédiaire de retour ; enfin un dernier stade dans lequel les sensations sont assez complexes ; c'est d'abord un sentiment de froid, puis de la pesanteur, puis un malaise pouvant aller jusqu'à la syncope, qui sont observés; en môme temps des crampes et des contractions spontanées se montrent dans les muscles ; les mouvements sont indécis et mal réglés. Enfin les fourmillements apparaissent de nouveau, puis tout rentre dans l'ordre, la sensibilité à la température renaît la dernière.

Lorsque la compression des nerfs est longtemps continuée, elle provoque d'abord des douleurs plus ou moins vives, des troubles dans les fonctions des organes, et en dernier terme la paralysie des parties auxquelles la branche nerveuse se distribue. Ainsi la compression des nerfs pneumogastrique et diaphragmatique par des tumeurs amène des douleurs très-vives à la base de la poitrine, accompagnées bientôt de palpitations de cœur, de dyspnée et d'autres phénomènes généraux au milieu desquels la mort peut survenir (^rc/i. gén. de méd.,t. XIX, p. 427). On a souvent observé des cécités dues à la compression des nerfs optiques, etc. Certaine variété de paralysie, peu étudiée jusqu'à présent, et qui peut-être n'est pas fort rare , est celle qui survient à la suite des fractures compliquées, et qui résulte de la compression exercée sur un nerf par les fragments eux-mêmes ou par le col.

Les maladies et les accidents les plus graves peuvent être déterminés par la compression des nerfs ; les annales cliniques renferment un certain nombre d'exemples de tétanos provoqué par cette cause, et aussi d'affections nerveuses de forme épileptique reconnaissant une semblable origine. Le Centralhlatt a publié l'observation d'un soldat atteint d'un coup de feu, le 7 novembre 1870, chez lequel des crises épilepliques apparurent le 3 mars 1871; une opération, tentée sur la demande du malade, fit découvrir une cicatrice dure de tissu conjonctif, qui comprimait le nerf sciatique peu après son émergence du bassin; le noyau cicatriciel fut enlevé, et les crises épileptiques n'ont pas reparu. Je signalerai enfin, à titre d'exemple, certaines paralysies observées dans l'armée, paralysies des doigts, chez les cavaliers, produites par la pression trop prolongée de la bride pendant de longues marches ; paralysies du bras et de l'avant-bras, chez les fantassins, produites par la pression des bretelles du sac sur les nerfs de l'aisselle.

Quant aux effets de la compression exercée sur les nerfs, sur le tissu nerveux lui-même, c'est son atrophie, sa destruction. Une des causes les plus fréquentes de l'atrophie des nei'fs, dit Cruveilhier, c'est leur compression ou leur distension par une tumeur. Cette atrophie peut être portée jusqu'à la disparition complète du nerf. Le cordon nerveux s'aplatit, devient rubanné, ses filets s'éparpillent, le

tissu propre du nerf devieul grisâtre, et finit par disparaître (Gruveilhier, Anatomie pathologique). Les observations de ce genre de lésions du tissu nerveux sont extrêmement nombreuses ; on en trouve beaucoup, entre autres recueils, dans les Bulletins de la Société anatomique. Dans la presque totalité des cas relatés, il s'agit de pliénomènes de compression exercée par des tumeurs, dans quelques autres de compression exercée par des agents mécaniques, et presque toujours les observateurs ont constaté que les nerfs étaient aplatis, réduits à une lame mince fibreuse, sans vestiges de tissu nerveux. Suivant l'ancienneté de la lésion, on a trouvé quelquefois les nerfs en pleine évolution de dégénération grise, d'autres fois réduits à leur névrilème, d'autres fois enfin le nerf avait complètement disparu, paraissant s'être confondu avec la tumeur qui le comprimait. On peut remarquer aussi que le plus souvent les parties du nerf voisines de celles qui subit la lésion sont à peu près intactes, offrent une apparence normale, mais que dans certains cas elles ont paru enflammées, présentant une rougeur intense et une mollesse manifeste.

Dans quelques circonstances fort rares, une compression habituelle, au lieu de déterminer l'atrophie d'un nerf, a provoqué son hypertrophie. M. Broca a présenté à la Société anatomique (avril 1852) un pied-bot varus sur lequel on remarquait, à la face externe du scaphoïde et du calcanéum, une callosité portant sur le sol, au niveau de laquelle passait directement le nerf sapliène externe. Le nerf se trouvait comprimé entre le sol et les os du tarse ; il en est résulté un travail d'hypertrophie très-digne d'attention. Le volume du nerf était au moins quintuple de ce qu'il était au-dessus de ce point, et comme le cordon se trifiuquait, chaque branche présentait également un volume très-considérable. M. Broca pense que ce travail hypertrophique n'a dû se passer que dans le névrilème, qui est devenu ainsi un organe de protection.

Gruveilhier rapporte à la compression des espèces de renflements gangliformes , rencontrés quelquefois le long du trajet des nerfs, sur des points soumis à des compressions continuelles à raison de leur position sous-cutanée au voisinage d'un os.

Effets de la compression des os. L'effet le plus saillant de la compression appliquée sur les os, c'est leur déformation. Les pieds des Chinoises en offrent de remarquables exemples, comme on peut le constater sur différentes pièces déposées dans nos musées. L'application mal dirigée de certains appareils à fracture et appareils orthopédiques, la pression exercée sur les os du crâne par certaines coiffures, surtout chez les enfants, produisent dans quelques cas d'évidentes déformations. Mais la compression n'agit pas seulement sur la forme des os, elle agit aussi sur leur structure intime, sur leur tissu, et elle peut devenir la cause déterminante ou occasionnelle d'un grand nombre de lésions osseuses.

L'atrophie des os est un des résultats de la compression ; cette atrophie peut être simple, c'est-à-dire que l'os subit un arrêt de développement sans être altéré dans sa substance, ou compliquée de certaines formes de dégénérescence ; l'atrophie simple, provoquée quelquefois, que nous pouvons encore remarquer sur les pieds des Chinoises, ne s'observe pas communément dans la pratique. Les os peuvent être comprimés de l'extérieur à l'intérieur, ou de l'intérieur à l'extérieur ; dans le plus grand nombre des cas la cause compressive est une tumeur. Lorsqu'une tumeur se développe dans le centre d'un os, les choses peuvent se passer de deux manières différentes : tantôt elle use peu à peu le tissu osseux jusqu'à ce qu'elle l'ait perforé, soit qu'il s'agisse d'un os plat ou d'un os long ;

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tantôt elle repousse devant elle les lames de ce tissu, et forme ainsi une cavité dans laquelle elle reste renfermée. Les parois de cette cavité s'amincissent graduellement, et si la tumeur continue à s'accroître, elles finissent par se rompre. Cruveilliier a donné à cette espèce d'atrophie le nom d'atrophie par distension; on en trouve de nombreux exemples dans les tumeurs des os de la face ; il a désigné l'autre espèce sous le nom d'atrophie par usure, on l'observe surtout dans les tumeurs de la dure-mère, et dans certains cas d'anévrysmes.

La compression, dans ces cas, agit comme cause directe, déterminante; dans d'autres cas elle devient la cause occasionnelle de graves lésions du tissu osseux, nécroses,' caries et exostoses. Ajoutons que le plus souvent, en pareils cas, la compression agit à la façon des causes qui décident un mouvement préparé depuis longtemps, et qu'elle est, non pas l'origine, mais le point de départ d'une maladie dont l'organisme mûrissait les germes.

Effets de la compression des vaisseaux. Le résultat prochain de la compression des vaisseaux est l'arrêt de la circulation et la stase des liquides dans les parties situées au-dessous du point comprimé. La compression s'oppose, d'une part, au retour des liquides vers l'appareil central de la circulation, charriés de la circonférence au centre, et d'autre part, à l'abord des liquides nourriciers se dirigeant en sens contraire. La compression peut être exercée directement sur les vaisseaux, par exemple, lorsqu'elle est produite par une tumeur, parmi organe déplace ou hypertrophié ; elle peut s'exercer aussi, et c'est le cas le plus fréquent, d'une façon indirecte à travers l'épaisseur des parties molles. Le premier effet observé est l'œdème des tissus du à la stagnation du sang veineux et de la lymphe, puis après un intervalle de temps plus ou moins long, un effet plus éloigné s'observe constamment, c'est la mortification, la gangrène de ces mêmes tissus. Quant à la marche graduelle des lésions ainsi provoquées, la douleur, le gonflement, les marbrures de la peau, la formation de phlyctènes, les traînées lymphatiques, etc., je n'ai pas à les décrire ici. Je ne parle pas non plus des effets particuliers qu'on observe lorsque la compression est établie sur des vaisseaux se rendant à certains organes, le cerveau, le foie, l'œil, etc., effets qui se ti'aduisent par les symptômes propres aux troubles apportés dans les fonctions de ces différents organes.

Les accidents produits par la compression des vaisseaux sont peut-être les plus communs, et sans doute les plus saillants de tous ceux dus à la même cause agissant sur d'autres parties. On les observe très-souvent dans la pi'atique journalière, et il n'est pas de chirurgien qui, ayant eu très-fréquemment à compter avec eux, ne se tienne toujours en garde contre leur éclosion possible. Nous reviendrons sur ce point à propos des effets généraux de la compression.

J'ai supposé la compression des vaisseaux atteignant la limite extrême de ses effets, la mortification, mais entre le point de départ et ce point d'arrivée, il y a place pour bien d'autres lésions qu'il sei'ait intéi'essant d'étudier, et qu'il convient de ne désigner ici que d'une manière générale. Ainsi, sous l'intluence de la compression des vaisseaux, l'accumulation des liquides peut se faire, nonseulement dans le tissu cellulaire, mais aussi dans les cavités séreuses; d'où résultent des hydropisies articulaires, des ascites, des épanchements pleuraux. Les congestions passives reconnaissent souvent la même cause, congestions cérébrales, congestions pulmonaires et autres. La compression des gros troncs artériels, de l'aorte abdominale, en particulier, produit des effets très-remarquables, tout cà fait et rapidement accentués, lorsque la compression est brusque,

comme celle exercée moracntauémeut par les chirurgiens dans certains cas d'anévrysmes, plus lents dans leur apparition, lorsque la compression est progressivement graduée, mais soutenue, comme dans certains cas de tumeurs abdominales ; ces effets, quand la circulation est interrompue dans l'aorte abdominale, sont dus souvent à la congestion des organes et des parties de la moitié supérieure du corps, dans lesquels le sang afflue abondamment, puisque sa masse est retenue et ne se distribue plus également. Encore une fois, je ne puis qu'indiquer ici ces effets particuliers, renvoyant pour leur étude aux articles spéciaux.

Quels sont les effels de la compression sur le tissu propre des vaisseaux? Lorsque toutes les parties molles sont frappées de mortification, les troncs artériels qui les traversent se gangrènent aussi; cependant le tissu des artères résiste plus longtemps que les autres : on sait que les artères apparaissent souvent saines au milieu des plaies envahies par la pourriture d'hôpital ou par le sphacèle. La compression peut aussi déterminer l'inflammation des tuniques artérielles, mais cela plutôt d'une façon indirecte que directement; cette inflammation a été observée presque exclusivement dans les points où la paroi interne d'une artère, en contact avec un caillot qui se ramollit, est imprégnée par les produits de ce ramollissement. Dupuytren pensait, contrairement à ce qui a été observé depuis, que dans ces cas l'inflammation de l'artère précédait et favorisait la formation du caillot; il intervertissait l'ordre de la succession de ces faits. Delpech avait dit déjà que l'inflammation de l'artère n'est pas primitive, et que la compression des artères ne détermine pas l'adhérence inflammatoire de leurs parois internes, mais bien la formation de caillots auxquels ces parois s'allaclient et s'accolent.

Virchow, Rindfleisch, établissent que Vendartérite chronique déformante, qu'on appelle aussi dégénérescence athéromateuse, peut être produite par une irritation mécanique des artères, ainsi que par leur compression; toutefois cette irritation mécanique n'agit que comme cause accessoire, d'autres conditions étiologiques générales et profondes préexistant dans l'organisme.

Le tissu des veines, plus délicat que celui des artères, est facilement atteint d'inflammation sous l'influence de la compression. On se rappelle que M. Verneuil a proposé de supprimer la compression digitale préliminaire pendant laraputation des membres, et qu'il a suivi lui-même la pratique qu'il conseille, ayant observé plusieurs cas de phlébites produites par la compression de la veine avoisinant l'artère.

Les varices sont quelquefois aussi la conséquence d'une compression habituellement exercée sur le trajet des veines. Les veines soumises à une pression sanguine très-laible, car elle ne dépasse que fort peu la pression atmosphérique, ont des parois très-minces; aussi quand une cause quelconque, telle que la stase du sang, vient à augmenter cette pression, leurs tuniques cèdent d'abord facilement, et le tronc veineux subit une dilatation qui devient permanente.

Effets de la. compression des viscères : 1" Cerveau. Les agents de la compression du cerveau sont habituellement des tumeurs développées dans l'intérieur du crâne, des liquides épanchés dans cette cavité, quelquefois un enfoncement de ses parois. On sait quelles ardentes polémiques a excitées la question de la compression du cerveau, entre les partisans et les détracteurs de l'opération du trépan. Malgaigne professait que la compression, sans lésion du cerveau, n'est dangereuse que lorsqu'elle passe toute limite. ïl n'ajoutait pas foi aux prétendus exemples de compression par des collections de pus ou de sérosité, avançant que le cerveau a le temps de s'y habituer. Enfin, il disait, avec celte forme de lan-

• gage, toujours accentuée et souvent sarcastique, qui lui était habituelle : « Dans ma conviction la plus profonde, toute la doctrine de l'Académie de chirurgie sur la compression du cerveau dans les plaies de tête et sur la nécessité du trépan n'est qu'une longue et déplorable erreur. « La vérité se trouve rarement dans les extrêmes, et dans le cas qui nous occupe les faits se sont chargés de prouver la justesse de ce dicton.

La compression du cerveau se révèle par les symptômes que l'on connaît, somnolence, paralysie, etc.; mais il y aune très-grande différence entre les effets d'une compression brusque et énergique, et ceux d'une compression lente et graduée. Ce fait de la tolérance que le cerveau acquiert par l'habitude est extrêmement remarquable ; on observe une tolérance analogue dans tous les organes, sans doute, mais elle est plus appréciable dans un organe aussi délicat que le cerveau. Ainsi des tumeurs dont la présence s'est accusée d'abord par des troubles légers ont pu se développer sans causer d'accidents bien sérieux, et n'ont fini par entraîner la mort du malade qu'après avoir atteint un volume considérable. On a vu l'induence des causes comprimantes déterminer l'inflammation du cerveau ou des hémorrhagies dans la substance cérébrale ; il est probable toutefois que ces causes agissent alors plutôt par irritation mécanique que par compression proprement dite. La compression de la tête par certaines coiffures peut modifier la forme des os du crâne, avons nous dit ; la difformité qui en résulte ne serait pas sans influence ultérieure sur le développement des facultés intellectuelles, d'après Foville.

La substance cérébrale comprimée cède d'abord en raison de sa mollesse, puis elle s'atrophie peu à peu et se détruit par métamorphose graisseuse. L'observation de ces faits démontre la facilité avec laquelle le cerveau s'accommode à des atrophies à marche lente, [voy. Cerveau (tumeurs) et Encéphale].

2° Moelle. La compression de la moelle s'observe dans les cas de fractures du rachis et de luxations des vertèbres ; on l'observe aussi dans les lésions organiques de la colonne vertébrale, et les affections des méninges rachidiennes. Nous n'avons, sur ce sujet, qu'à renvoyer à l'article Moelle, p. 664.

5» Poumon. Le poumon peut être comprimé dans un grand nombre de circonstances : comprimé médiatement par une pression exercée sur le thoi'ax, comprimé immédiatement par des épanchements dans la cavité des plèvres, par des tumeurs ou des abcès du médiastin, par des anévrysmes des gros vaisseaux, et enfin comprimé dans son intérieur même par des tumeurs et par le développement de ses cellules dans les cas d'emphysèmes. La compression du poumon produit d'abord la dyspnée, et peu à peu tous les accidents provoqués par la gêne de la respiration. On a vu assez souvent dans les grandes foules, quand un large mouvement, une ondulation, vient à agiter leur masse, des personnes, des enfants surtout, étouffés par la compression du thorax. Un épanchement pleurétique abondant refoule le poumon et détermine l'atrophie de cet organe, atrophie qui peut l'ester définitive. Dans les poumons emphysémateux, ceux-ci conservent leur volume apparent, c'est le parenchyme pulmonaire qui est atrophié consécutivement à sa distension anormale. On s'est demandé, il est vrai, si l'atrophie n'était pas la lésion primitive, et l'emphysème la conséquence de cette lésion ; il est admis, et ce n'est pas ici le lieu de discuter les arguments apportés, que l'emphysème est bien l'altération primitive. Les parois alvéolaires comprimées par l'air qui distend les alvéoles s'amincissent peu à peu, et, à une période avancée de la maladie, les cloisons intermédiaires à deux infunditula

se raréfiant de plus en plus finissent par se perforer ; le progrès de cette altération aboutit, comme on le sait, à la formation de ce qu'on a appelé les vésicules emphysémateuses.

La pression barométrique exercée sur le poumon peut avoir une influence considérable sur les phénomènes de la vie ; toutefois il paraît, d'après les expériences de M. Paul Bert, que cette influence est due moins à la compression du parenchyme pulmonaire qu'à l'action des gaz (oxygène et azote), qui sous la pression de plusieurs atmosphères se collectent d'une façon particulière, s'emmagasinent sans se dissoudre, et produisent alors des accidents toxiques. Ajoutons que dans ces cas une décompression brusque peut devenir moi'telle.

4° Foie et autres organes abdominaux. Le foie, de même et peut-être plusencore que le poumon, est exposé à l'action de nombreux agents de compression : compression médiate exercée par des vêtements, des ceintures, et en particulier chez les femmes par le corset, fait qu'aucun hygiéniste n'oublie de signaler ; compression exercée par des tumeurs de l'abdomen ou par des épanchements, etc. On observe aussi dans le foie les effets d'une sorte de compression interstitielle, comparable dans une certaine limite à celle du poumon emphysémateux, produits par la stase du sang dans cet organe. L'atrophie, dans tous ces cas, est encore la conséquence la plus nette de la compression. La pression mécanique, telle que celle d'un corset trop serré, peut déplacer le foie dont le bord vient faire saillie au-dessous des fausses côtes ; elle modifie sa l'orme, et enfin détermine des atrophies circonscrites de son parencliyme, caractérisées par la l'ésorption progressive des cellules hépatiques et l'oblitération des vaisseaux.

La forme d'atrophie désignée sous le nom d'atrophie rouge du foie est attribuée à une stase sanguine due elle-même à un trouble dans la circulation générale ; dans ce cas les capillaires du foie, dilatés par l'afflux et la stagnation du sang, occupent un espace plus considérable, espace qu'ils gagnent aux dépens du parenchyme au milieu duquel ils rampent ; celui-ci s'atrophie, et les vaisseaux remplacent les cellules qui disparaissent.

La compression exercée sur les différents organes renfermés dans l'abdomen provoque des accidents nombreux et variables ; il est sans intérêt de les énumérer, je me contenterai d'en signaler quelques-uns, rappelant d'abord d'une manière générale qu'ils sont tous compris dans ces termes : trouble des fonctions, atrophie, et quelquefois gangrène. Les agents de compression des organes abdominaux sont le plus souvent des tumeurs, des organes hypertrophiés ou déplacés, des collections de liquide. Lorsque les tumeurs ne sont pas bridées dans leur extension, elles peuvent atteindre un volume considérable avant de déterminer des lésions appréciables ; on constate souvent ce fait, dans les cas de kystes de l'ovaire, par exemple.

Chomel accuse la pression du corset sur les intestins de gêner la digestion et de produire ces borborygmes incommodes et bruyants, si communs chez les femmes, tandis qu'ils sont rares chez les hommes. Des occlusions intestinales, avec arrêt du cours des matières et tous les accidents qui en sont la suite, ont été plusieurs fois déterminées par des tumeurs pressant sur l'intestin ; dans un cas c'était la rate et le pancréas déplacés {Archiv. délia med. Espanola y extran. D' F. Alonso, 1846); dans un autre cas, c'était une rate supplémentaire qui comprimait les intestins {London, Med. Gaz. D' Bainbrigge, 1846). Dans un cas de kyste de l'ovaire, des abcès considérables furent produits dans le rein

gauche, par suite de la compression qu'exerçait la tumeur sur l'uretère du même côté {Lyon médical, t. XUI, ii" 10. M. Rochas, 1875). Chacun connaît les effets, rarement inquiétants, mais souvent pénibles, produits parla pression de l'utérus gravide sur les organes qui l'entourent ; j'ai à peine besoin de mentionner l'œdème des membres inférieurs qu'on observe dans tous les cas où les vaisseaux de l'abdomen sont comprimés par une tumeur de cette cavité. Les tumeurs développées dans le petit bassin peuvent comprimer les nerfs, et devenir la cause de douleurs sciatiques fort i^ebelles ; ces faits ont été observés assez souvent pour que la recherche d'une semblable forme étiologiqoe ne doive jamais être négligée. Bien d'autres faits de cette nature pourraient être relatés, bien d'autres exemples pourraient encore être apportés, mais, je l'ai déjà dit, je crois sans intérêt d'en faire une longue énumération.

Je dois signaler aussi les effets de la compression sur les glandes, elle s'oppose à leur développement, elle provoque leur atrophie : ainsi la pression sur les mamelles de corsets trop serrés ou mal construits, encore un résultat fâcheux que les hygiénistes mettent à leur charge, nuit à l'augmentation de volume de ces organes, aplatit le mamelon, cequi rend l'allaitement diflicile ou même impossible. Dans certains accouchements laborieux, on a vu la pression exercée sur le fœtus par les organes de la mère ou par les cuillers du forceps déterminer des lésions plus ou moins graves, le plus souvent de simples ecchymoses, quelquefois une déformation de la tète. Dans un cas très-intéressant, observé par le docteur Jacquet, en outre d'épanchemeuts sanguins sous la peau et dans les méninges rachidicnnes, on constata des lésions microscopiques consistant eu petits épanchements sanguins dans l'épaisseur de la choroïde, en taches sanguines sur la séreuse arachnoïdienne spinale, en extravasats de volimie varié dans la substance de la moelle elle-même {Lyon médical, t. XII, n" 9, p. 576. D'' Jacquet, 1875).

Nous avons dit qu'on peut comprendre les effets de la compression sous quelques termes généraux : obstacle au développement des tissus, atrophie, obstacle à la circulation des liquides nourriciers, gangrène; toutes les lésions, toutes les altérations organiques qui se trouvent sous la dépendance de ces grandes causes peuvent être prévues d'avance ; la connaissance des effets mécaniques de la com- , pression conduit à la connaissance de ses effets pathologiques, les uns et les autres variant, comme nous l'avons fait remarquer, avec la nature du corps comprimant, la disposition des parties comprimées, l'étendue de la compression, son degré d'énergie, et le temps pendant lequel elle s'exerce. La compression produit toujours de la douleur, le plus souvent une douleur intense : témoin ce fait banal de la souffrance insupportable causée par la pression de chaussures trop étroites ; elle allume la fièvre, et souvent à l'occasion de faits qui paraissent insigniliants, tels que la pose de petits appareils prothétiques ; les dentistes savent très-bien qu'une dent à pivot placée maladroitement, de telle sorte qu'elle appuie, en les serrant, contre les dents voisines, peut devenir la cause d'un accès de fièvre, à mon sens, véritable fièvre traumatique. Bappellerai-je aussi la douleur au talon dont se plaignent les sujets atteints de fracture ■des membres inférieurs, douleur très-vive produite par la pression du talon sur les coussins de l'appareil ? la douleur provoquée par la pression des doigts ou tles pelotes dans le traitement des anévrysmes? Les faits de ce genre sont observés tous les jours, et leur observation démontre, avec autorité, que de toutes les causes de douleurs et de lésions la compression est une des plus corn-

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luuiies et des plus puissantes. Le corps ne peut pas plus supporter la compression que l'esprit humain ne peut supporter roppression.

Il faut bannir de la chirurgie tous les appareils à fractures qui ont la prétention de s'opposer au déplacement des fragments en exerçant une compression sur eux. Supportable, la compression est insuffisante, et d elle est assez forte pour produire un effet utile elle devient intolérable ; que si un malade courageux parvient à l'endurer dans l'espoir d'une guérison prochaine, son espoir sera singulièrement déçu, car, au lieu de la guérison annoncée par un mécanicien, il verra survenir de nombreux accidents que le pathologiste aurait su prévoir. La peau et les parties molles serrées entre une pelote et une surface osseuse s'enflamment et se gangrènent ; Malgaigne le savait bien, lorsqu'il a imaginé la pointe et la griffe qui portent son nom ; son idée était féconde et son invention a fait du chemin. On a traité son procédé de barbare ! Quel nom faut-il donner aux prétendus procédés de douceur qui fondent sur la compression leur confiance tranquille? C'est surtout dans les points où les os ne sont séparés de la peau que par une mince couche de parties molles, comme à la face antérieure du tibia et à la mâchoire inférieure, qu'on observe les funestes effets d'une compression imprudente, et, chose remarquable, c'est surloui aussi la fracture de ces os qu'avaient et qu'ont encore en vue les inventeurs spéculatifs dans la construction de leurs appareils compressifs.

Si dans beaucoup d'occasions, comme nous le verrons bientôt, le chirurgien a pu faire de la compression son alliée utile, le plus souvent il est appelé à combattre en elle un de ses ennemis les plus redoutables. La compression apparaît comme facteur dans la plupart des phénomènes prévus qui marquent le cours d'une lésion chirurgicale, et surtout dans la plupart des accidents à redouter qui trop souvent viennent la compliquer d'une façon fâcheuse ou funeste.

Dans les lésions inflammatoires la compression joue un rôle actif, compression exercée par les tissus les uns sur les autres ; cela s'explique facilement, car un des premiers effets de l'inflammation est la turgescence des parties enflammées, or ces parties sont bridées dans leur développement soit par la résistance de leur tissu propre, soit, plus habituellement, par la résistance que leur opposent les tissus environnants, surtout s'ils sont peu extensibles. C'est dans le fait de cette compression, qu'on pourrait appeler interne, qu'il faut chercher la cause des douleurs, souvent atroces, qui accompagnent certaines inflammations, et des gangrènes qui en sont la suite. Une affection commune et peu grave, dans laquelle on peut observer la série et la succession de ces différents phénomènes, c'est le furoncle. L'inflammation du tissu cellulaire sous-cutané, le phlegmon, nous apporte une démonstration très-nette des effets de cette compression interne ; le phlegmon du doigt, le panaris, en est un exemple plus frappant encore ; dans ces cas les incisions multiples constituent le meilleur moyen de traitement et souvent le seul efficace. Ces incisions, auxquelles on peut donner le nom parfaitement juste de débridements, détruisent la barrièz^e qui s'oppose aux gonflements du tissu cellulaire, suppriment la compression qui pesait sur lui, et, en dernier terme, combattent victorieusement la douleur et préviennent la gangrène.

Ou observe souvent encore les effets de cette compi'ession interne dans les inflammations des glandes, dont la substance propre est contenue dans des tuniques à fibres résistantes, par exemple, dans l'orchite et dans un grand nomvre d'adénites. Tous les chirurgiens connaissent les douleurs si fortement accu-

sées que provoque une orchite parenchymateuse, douleurs qui sont dues à l'étranglement de la substance séminifère par la tunique albuginée. Dans la même maladie les douleurs tiennent quelquefois à la distension de la tunique vaginale par la sérosité, à la compression de la glande par le liquide rapidement accumulé ; on sait qu'en pareil cas Velpeau pratiquait et conseillait les ponctions avec la lancette.

Dans les différents organes les mêmes faits se produisent aussi; je rappellerai seulement les intolérables souffrances provoquées par le glaucome aigu, souffrances qui ne cèdent qu'au débridement du globe oculaire pratiqué sur la cornée.

Ajoutons enfin que, dans tous les cas où les inflammations aiguës se terminent par la suppuration, la douleur persiste avec vivacité jusqu'au moment où la formation du pus amène la fonte des parties comprimées.

Ces exemples qu'il est inutile de développer, et qui rappellent aux chirurgiens bien d'autres faits cliniques, me semblent démontrer la vérité de cette observation importante, sur laquelle je trouve qu'on n'insiste pas assez, que l'influence de la compression se rencontre à chaque pas dans la marche des maladies chirurgicales.

Ces fâcheux effets de la compression interne que nous venons de signaler dans les phlegmons, dans les adénites, etc., s'observent bien plus accentués et plus fâcheux encore dans les lésions profondes des membres , et en particulier dans les blessures parles armes à feu. Les inflammations, les suppurations profondes, les fusées purulentes, les gangrènes, sont les principaux accidents à redouter à la suite des blessures graves; on doit toujours craindre de les voir éclater, soit peu de temps après la blessure, soit pendant le cours du traitement : eh bien! la compression entre pour une large part dans la série des phénomènes qui peuvent provoquer leur explosion. La compression dans ces cas est exercée par les tissus fibreux, par les aponévroses ; elle peut devenir très-énergique en raison de la résistance, de la solidité des barrières fibreuses et du degré d'inflammation, de la force d'expansion et de développement des parties molles situées au-dessous d'elles. Il se passe alors dans les couches profondes ce que nous avons observé dans les couches superficielles ; l'inflammation s'accroît en raison même de la résistance mécanique qui lui est opposée, et ne pouvant, pour ainsi dire, s'épandre au dehors, elle tourne toutes ses forces contre les tissus mêmes dont elle s'est emparée, et ne cède que lorsqu'elle a déterminé leur suppuration et souvent leur gangrène. Quand on se rappelle le grand nombre d'aponévroses qui s'étalent dans un membre volumineux, la cuisse, par exemple, on comprend que la turgescence des tissus doive rencontrer de fréquents obstacles ; le seul moyen d'éviter la compression, c'est la destruction de ces obstacles qu'on réalise par le débridement. Les chirurgiens sont d'accord sur la valeur générale du débridement, mais non sur le moment de son exécution; les uns pour le pratiquer attendent que les accidents soient survenus, les autres espèrent prévenir ces accidents en faisant le débridement au moment même de la blessure. Ce n'est pas ici le lieu de discuter ce point de pratique, controversé depuis longtemps par des chirurgiens habiles et expérimentés; me plaçant au seul point de vue de la compression, après l'étude de ses effets et de son mode d'action, je me range à l'opinion de M. Legouest : « Le précepte du débridement préventif n'est pas absolu, » mais il convient d'être plutôt partisan du débridement que du non-débridement.

II. Effets thérapeutiques be la compression. La compression, dans un grand nombre de circonstances, constitue une ressource thérapeutique utile et

efficace. Nous avons vu que c'est un agent actif et énergique dont les écarts peuvent avoir des effets désastreux, nous allons voir que, sagement employé, habilement conduit, il peut rendre autant de services qu'il produit de désordres. Nous savons aussi dans quel sens sa force est dirigée, c'est dans la même direction qu'il faudra l'employer, mais en la maintenant dans de sévères limites. La compression provoque l'atrophie, suspend la circulation, diminue la vitalité; sa puissance d'action pourra nous servir dans certains cas où de pareils résultats devront être recherchés; jusqu'à présent nous n'avons vu, pour ainsi dire, que les défauts de la compression, l'art a su les utiliser et en faire des qualités. Est-il besoin d'ajouter qu'un semblable moyen de traitement doit être employé avec une sage circonspection et surveillé avec une attention prudente ?

11 est très-difficile de classer méthodiquement les différentes affections dont le traitement est tributaire de la compression ; cependant, pour apporter autant d'ordre que possible dans l'étude que nous entrcpi-enons, nous les avons réunies en plusieurs groupes renfermant celles qui présentent le plus de caractères analogues.

Dans tous les cas d'engorgements œdémateux, la compression est employée avec avantage ; elle paraît faciliter la résorption de la lymphe épanchée, elle tend à ramener les parties turgescentes à leur volume normal ; utile pour déterminer la résolution de l'œdème du tissu cellulaire, elle est plus utile pour le prévenir. C'est pour cela que dans le traitement des fractures par le bandage roulé il est de règle d'appliquer le bandage sur le membre tout entier, pour écarter l'œdème des parties situées au-dessous de la fracture ; et précisément alors on observe ce fait remarquable de la compression produisant tout à la fois des effets désavantageux et des effets utiles; appliquée sur le point fracturé seulement, elle provoque l'œdème du membre; appliquée sur le membre entier, elle s'oppose à l'engorgement œdémateux. Sur les membres on l'exerce au moyen d'un bandage roulé, sur le tronc au moyen de bandages de corps; ces appareils doivent être modérément serrés.

Certaines hydropisies ascites ont été traitées par la compression, mais sans beaucoup de succès, je dois le dire ; on ])ouvait s'y attendre.

M. Baker-Brown a obtenu la guérison de plusieurs kystes de l'ovaire par la ponction à laquelle il a ajouté l'emploi de la compression. Lorsque le kyste était complètement vide, on exerçait sur ses parois une forte compression au moyen d'un tampon maintenu par des bandes de flanelle ; cet appareil était conserve pendant un mois et plus. Le chirurgien anglais a réussi par ce moyen dans un certain nombre de cas dont il a communiqué les observations a la Société médicale de Londres (1860). Cette méthode se recommande par son innocuité ; est-il besoin de dire qu'elle reste le plus souvent insuffisante?

On ne peut pas donner le nom de compression à l'action des ceintures qui soutiennent les parois d'un abdomen hydropique ; ces ceintures sont des appareils de contention.

On trouve dans les auteurs plusieurs observations d'hydrocéphalies dans lesquelles la compression parut produire du soulagement, puis ralentir et même arrêter les progrès de l'épanchement, soit appliquée seule, soit combinée à la ponction du crâne. L'extrême gravité de cette affection, dont la guérison est difficile, doit attirer l'attention des praticiens sur tous les moyens proposés pour la combattre ; les cas de guérison sont assez nombreux 'pour donner une certaine importance à la méthode compressive dans le traitement des hydrocéphalies (obs. du docteur Glover, de Gilbert Blanc, de Coslerton. Nouveau Jour-

liai de médecine etde chirurgie, 1829. Med. and Phys. Journal, •1821 et J822, Dublin, Journ. of Med., docteur Luad, nov. 1855 ; Bulletin de la Sociélé de médecine de Marseille, docteur Wonx, 1859; Union médicale, docteurs Phillips, Scdgwick, West-Arrol, 1860).

Appliquée sur les articulations atteintes d'hydropisies la compression produit souvent les meilleurs effets. Les hydarthroses du genou, les plus fréquentes de loules les hydropisies articulaires, ont fourni bien des fois la démonstration de ce fait. Il est bon d'insister sur les heureux résultats qu'on peut attendre dans ces cas d'une thérapeutique sage e1 patiente, aujourd'hui surtout où des appareils fort ingénieux, sans doute, mais peut-être trop ambitieux, sollicitent le chirurgien et le malade à des tentatives, au moins téméraires, que le rapide succès espéré ne vient pas toujours couronner. Quoique la compression ait été mise en usage dans des cas d'hydarthroses aiguës, c'est surtout dans les hydarthroses chroniques qu'il convient de l'employer. Les bandes de caoutchouc, dans ces cas particuliers, constituent un bon appareil compressif.

On trouve dans les auteurs quelques observations de météorisme abdominal combattu efficacement par une compression circulaire exercée sur le ventre. Si ce mode de traitement n'a pas toujours amené la disparition rapide et complète des phénomènes tympaniques, au moins a-t-il produit un soulagement marqué.

Il est des circonstances en apparence différentes, mais au fond présentant une certaine analogie, dans lesquelles la compression est toujours utile : ainsi, après Y opération de la paracentèse, a])rès Y ouverture de cjrands dépôts, après Y accouchement, il convient d'exercer une compression modérée, mais ferme, sur les parties molles tout à coup distendues. Après l'ouverture des grands dépôts, cette pratique aui'a pour effet de favoi^ser la réunion des parois de la poche purulente ou sanguine, et de s'opposer à un décollement étendu de la peau. La compression sur le ventre a été conseillée aussi pendant le travail de l'accouchement, dans le but de soutenir les muscles de F abdomen dans leurs efforts de contraction, en leur donnant une sorte de point d'appui.

La compression a été conseillée, il y a quelques années, dans le traitement de Yérysipèle simple. Un certain nombre de faits heureux, dans lesquels on avait vu la compression faire disparaître en peu de temps la rougeur et le gonflement érysipélateux, ou s'opposer à leur marche envahissante, ont pu donner l'espon qu'un mode de traitement rapidement curatif ou abortif de l'érysipèle était de nouveau découvert; ce n'était pas le premier. La compression, pas plus que les vésicatoires, pas plus q\ie les lotions térébenthinées du professeur Lucke, de Berne, ne constitue le remède constamment efficace d'une maladie aussi capricieuse que l'érysipèle. Jlais il n'en est pas moins vrai que souvent on a retiré le meilleur résultat de son emploi. On l'exerce au moyen du collodion qui, applique en badigeonnage sur la peau, ne tarde pas à se contracter en se séchant; par le fait de son retrait, la couche de collodion comprime les parties auxquelles elle est fixée, en les entraînant avec elle. A la face, quand il n'existe qu'un point érysipélateux, le collodion est étendu sur ce point même, en dépassant ses limites ; si l'érysipèle occupe un certain espace, le collodion sera étendu sur la peau saiuc tout autour de lui. M. Broca, qui a préconisé ce mode de traitement surtout dans les érysipèles développés sur les membres, recommande d'étendre le collodion sur les limites de l'érysipèle, mais sur la peau saine ; la bande devra avoir 6 a 8 centimètres de largeur, elle formera une espèce de cravate séparant la partie atteinte du reste de la surface cutanée {Tribune médicale, 1872). J'ai employé

plusieurs fois ce moyen, el je dois dire que dans bien des cas, mais non dans tous, il m'a parfaitement réussi ; l'érysipèle s'éteignait sur place, sans franchir la bar- ,rière établie par la couche compressive.

Que se passe-t-il alors? Par quel procédé agit la compression ? Nous ne pouvons rien affirmer, car, malgré de nombreux travaux, la science n'est pas encore fixée sur la marche et les phénomènes cliniques de l'érysipèle. 11 est probable, bien qu'on ne puisse pas le démontrer, que l'envahissement de l'érysipèle a lieu au travers d'un réseau circulatoire, et l'on est en droit de supposer que la compression, en obstruant les canaux qui forment ce réseau, s'oppose aux progrès de l'affection (Vulpian,Chonheim, Hayem, Lorlet, Ranvier, etc. Société de chirurgie, L. Lefort, Trélat, Chassaignac, etc.).

La compression a été considérée par beaucoup de médecins comme un des plus puissants moyens de combattre le développement de Vérysipèle phlegmoneux et d'arrêter sa marche. M. Velpeau a dû accepter le patronage de cette méthode qu'il a conseillée dans un mémoire publié, en 1826, dans les Arch. gén. de méd. {Arch. gén. de méd., t. XI, 1" série, p. 192, Mémoire sur l'emploi du bandage compressifdans l'érysipèle phlegmonetix). Voici comment l'appréciait son auteur : « Ce moyen, dit M. Velpeau, est un des plus efficaces que l'on puisse tenter contre les inflammations aiguës des membres en général ; il est applicable à tous les cas sans distinction, lorsque la phlegmasie est bornée à la couche sous-cutanée et aux téguments, et que cette phlegmasie est répandue en nappe et non rassemblée en masse pour former des noyaux phlegmoneux; les érysipèles simples ou gangreneux seront arrêtés par son emploi. » Cette méthode a été mise en usage par d'autres chirurgiens, et vantée par plusieurs (Guérin, Arch. gén. de méd., t. XV, l''" série, p. 27). Note sur V utilité du bandage compressif dans V érysipèle phlegmoneux des membres, Leguen Kerneison, Joiirn. des conn. méd. et chir.,t, 111, p. 11). J'ajoute incidemment que dans ces dernières aimées elle a été sérieusement conseillée dans des cas autrement graves que les phlegmons si graves déjà, dans les fractures par armes à feu. Neiidorfer {Ha7idbuch der Kriegschirurgie, t. 1, supplément, p. 104, Leipzig) engage les chirurgiens d'armée à appliquer des bandages plâtrés sur les membres fracturés par coup de feu, bandages envelo]jpant tout le membre , dont l'effet doit être de s'opposer au gonflement des parties molles et à l'inflammation des tissus ! Revenons aux érysipèles phlegmoneux. On ne peut nier les bons effets de la compression dans certains cas, mais combien les indications de son application sont difficiles à établir ! Il n'est pas possible de déterminer d'avance les -circonstances dans lesquelles elle sera utile, c'est au tact du chirurgien de décider la convenance de son emploi. M. Velpeau lui-même, le promoteur de la méthode compressive, ne se faisait pas d'illusions à son sujet. « La compression, disait-il, offre aussi son mauvais côté. Ou aurait tort de croire que nous en voulons faire un remède universel et propre à remplacer tous les autres ; nous pensons, au contraire, qu'elle serait très-nuisible dans une foule de cas qu'il est aisé (le deviner. » [Ann.méd. chir., p. 360, 1827).

Au point de vue auatomique, il est probable que la compression est contreindiquée dans les cas où le processus inflammatoire conduit à une prolifération active des tissus ; les cellules naissantes sont alors arrêtées dans leur développement et meurent, pourtant de nouvelles cellules se forment toujours, meurent aussi rapidement, et il en résulte la formation du pus et souvent la gangrène «les parties comprimées. Au point de vue clinique elle me paraît contre-indiquée

lorsque l'inflammalion est vive, aiguë, à marche rapide, et surtout lorsqu'elle dépend d'une cause générale, qu'elle n'est pas provoquée par une lésion accidentelle.

Quoi qu'il en soit , pour appliquer la compression on recouvre d'abord le membre, au delà des limites de l'érysipèle, de compresses imbibées de liquides résolutifs, puis on l'entoure d'un bandage roulé médiocrement, mais très-exactement et très-uniformément serré.

M. Bretonneau, de Tours, a appliqué la compression au traitement des brûlures {Utilité de la compression dans les inflammations idiopatliiques de la peau. Thèse de Paris, 1815. D'' Bretonneau). Velpeau, dans le mémoire déjà cité, préconise la pratique de son maître ; il l'a suivie dans le traitement de brûlures très-étendues des ti'ois premiers degrés, et il a constaté que dans les brûlures du premier degré elle calme la douleur et combat l'inflammation, dans celles du second degré elle arrête la formation des phlyctènes, dans celle du troisième elle prévient ou dissipe l'érysipèle. Les heureux résultats d'une compression modérée dans les cas de brûlures ne font plus de doute pour personne. Mais convient-il de recourir à la compression seule? Je ne le crois pas. 11 faut l'associer à d'autres moyens auxquels elle viendra fort utilement en aide, et en particulier au pansement par le coton cardé, suivant la méthode d'Andersou {voy. Bhulure). Bretonneau d'abord, puis Velpeau, appliquaient sur les parties brûlées du taffetas ciré très-fin, destiné à l'emplacer l'épidei'me, puis exerçaient la compression au moyen d'une bande roulée trempée dans un liquide résolutif. Plus tard, Velpeau se servit de bandelettes de diachylon gommé, dont il recommanda l'emploi dans une communication à l'Académie de médecine, le 16 mars 1835.

Quelques chirurgiens anglais ont conseillé la compression dans le traitement de l'anthrax. M. CoUis en a obtenu de bons effets, et surtout un soulagement assez prompt pour lui faire espérer que ce traitement pourra souvent dispenser de l'incision ; cependant il ne déclare pas l'incision complètement et toujours inutile {The 'Dublin quarterly Journal of Médical Science, février 1864). M. O'Ferral préconise la même méthode ; il insiste surtout sur les soins à prendre pour établir la compression d'une manière convenable ; elle doit être faite avec des bandelettes de diachylon appliquées de telle sorte que le centre de la tumeur reste libre {Med. Press, février 1865). Plusieurs observations sont citées à l'appui de ce mode de traitement ; peut-être conviendra-t-il dans certains cas d'anthrax à marche lente, mais il ne doit pas faire oublier le seul moyen sur lequel on puisse sérieusement compter dans les cas graves, le débridement par le bistouri, les caustiques ou le fer rouge.

La compression n'avait pas été employée dans le traitement des plaies de bonne nature, chirurgicales ou autres, car on ne peut donner ce nom à l'action de bandages unissants ou des sutures, lorsque, dans ces derniers temps, M. A. Guérin en a fait un des éléments de son nouveau procédé de pansements, pansement ouaté. On sait que pour conjurer l'infection purulente après les amputations, M. A. Guérin a eu l'idée d'appliquer un pansement confectionné avec de la ouate ; le moignon est recouvert de plusieurs couches de ouate, que des tours de bande serrent et compriment, avec une force qui n'a pour limite que le maximum de la puissance musculaire de celui qui pose l'appareil. L'élasticité de la ouate tempère l'énergie de la compression, qui se fait sans douleur pour le blessé, et sans inconvénient pour la plaie. 31. A. Guérin considère cette compression élastique comme un des meilleurs éléments de guérison [De l'appli-

cation du bandage ouaté à la chirurgie d'armée ; Gazette des Hôpitaux, p. 171 et 195, 1872. Fiaux).

Cette nouvelle méthode de pansement a certainement rendu de très-bons services, elle a eu aussi des revers fâcheux ; il convient d'attendre, pour porter sur elle un jugement définitif, qu'elle soit éprouvée par une expérience plus longue que celle qui en a été faite.

M. A. Guérin a aussi appliqué sa méthode au traitement du mal perforant du pied. Le docteur Joly, qui a fait de ce mode de traitement le sujet de sa thèse inaugurale, apporte trois observations prisées dans le service de M. Guérin et de M. Cuzco, dans lesquels les résultats obtenus lui paraissent assez heureux et assez complets pour justifier la conclusion de son travail : « Ce traitement (par la compression élastique) est pour nous le meilleur, et nous croyons qu'on en retirera dans la suite de grands et de manifestes avantages. « (D'' Joly, thèse, Paris, n" 458, 1872).

C'est dans le traitement des ulcères que nous retrouvons un des plus ancieijs usages de la compression en thérapeutique chirurgicale. Son efficacité, eu pareil cas, a été reconnue par A. Paré, Scultet, Fabrice de Ililden, Theden, Desault, Benjamin Bell, Wiseman. Elle a été surtout mise en honneur par Underwood, et par Baynton, à la fin du siècle dernier ; Bayiiton, en indiquant avec détails les meilleurs procédés de son application, a eu le mérite d'en vulgariser l'emploi.

Les anciens chirurgiens se servaient comme appareils compressifs des bandages roulés et des bas lacés ; on les emploie encore aujourd'hui dans certains cas ; mais le plus souvent, pour faire la compression, on use de bandelettes agglutinatives, et en particulier de bandelettes de diachylon ; l'exactitude avec laquelle on peut les appliquer en fait le meilleur appareil de compression. Les bandelettes sont serrées sur l'ulcèi'e même qu'elles dépassent dans tous les sens, tantôt faisant le tour du membre, tantôt couvrant seulement les deux tiers de sa circonférence. Velpeau a employé la compression d'une manière différente ; il enveloppait la jambe d'un appareil compressif et inamovible, sur lequel il pratiquait des ouvertures au niveau de l'ulcère.

C'est surtout dans le traitement des idcères variqueux que la compression trouve son indication la plus formelle.

Certaines pZaies ou idcères fistuleux du sein, consécutifs à des abcès ou entretenus par la sécrétion lactée, ont été heureusement modifiés ou guéris par la compression de la mamelle. La compression est utile dans le traitement de toutes les plaies ou ulcères du même genre. Broca, Fano, etc., citent des faits de leur pratique confirmatifs de l'efficacité de ce moyen de traitement.

L'utilité de la compression contre les plilegmasies articulaires aiguës a été préconisée par Variez, qui rapporte quatre observations à l'appui de ce mode de traitement ; parmi ces faits, deux paraissent être des exemples d'arthrite aiguë, et dans les deux autres deux ou trois articulations seulement étaient prises. Variez pratiqua la compression à l'aide d'un bandage roulé qu'on arrosait avec une décoction émoUiente ; il a remarqué que l'application du bandage exaspérait d'abord les douleurs pendant une heure ou deux, puis qu'elle les calmait complètement. Les faits cités par cet auteur sont d'autant moins probants que d'autres moyens de traitement, notamment les émissions sanguines, furent employés en même temps que la compression.

Dans les phlegmasies articulaires à leur déclin, lorsque la douleur a nota-

blement diminué, Yelpeau recommande d'exercer, avec des bandelettes de diachylon, une compression méthodique, qui a pour effet de dissiper en peu de jours le reste de la douleur et de l'inflammation. Bonnet était peu partisan de la compression des jointures enflanunées ; elle ne convient, disait-il, que dans les engorgements passifs et indolents, et encore a-t-elle l'inconvénient de diminuer l'action vitale et souvent d'entretenir une chaleur incommode.

Dans le rhumatisme articulaire suhaigu localisé, Aran songea à traiter les articulations malades par la compression. 11 entourait le membre d'un bandage roulé, assez serré, dont l'etfet, pensait-il, était de hâter la résolution des tissus en activant la circulation capillaire, et de maintenir le membre dans l'immobilité. 11 a constaté et signalé les bons effets de ce mode de traitement [Bullet. de thérap., t. XXXIX, p. 274, 1850).

La compression a été conseillée et employée pour la première fois par le doctein^ Fricke de Hambourg, dans le traitement de Vorchite aiguë, dont elle facilite la guérison [Zeitschrift fur die gesammte Medicin, 1815). Le D'' Fricke l'exerçait au moyen de bandelettes de diachylon appliquées méthodiquement avec beaucoup de soin. Cette pratique fut adoptée avec faveur en France et en Angleterre; mais il convient, et Curling en particulier insiste sur ce point, de ne pas négliger les antiphlogisliques habituels, et de ne recourir à la compression qu'e lorsque les symptômes aigus diminuent. En Belgique et en France, les docteurs Dechange et Bonnafont proposèrent de pratiquer la compression avec du collodion appliqué par couches sur les testicules ; par son retrait le collodion comprime les tissus, et de plus, ajoutent ces auteurs, il les dérobe à l'action de l'air. 11 est bon de remarquer que l'effet conipressif du collodion se produit seulement sur la peau et le tissu cellulaire, fort peu sur la glande ellemême, que son application est douloureuse et irritante, et qu'elle peut provoquer l'ulcération du scrotum. Le collodion riciné, qui a été conseillé, est moins irritant, sans doute, que le collodion ordinaire, mais son action compressive est aussi moins énergique. Ce mode de compression par le collodion expérimenté par Yelpeau, Curling, Ricord, etc., n'a pas réussi entre les mains de ces chirurgiens ; il est à peu près abandonné aujourd'hui.

Dans l'orchite chronique la compression appliquée d'après le procédé de Fricke adonné de bons résultats, surtout si on joint à son action celle du mercure, en employant des bandelettes de sparadrap de Vigo cum mercurio.

Le traitement ordinaire des contusions par les résolutifs peut être puissamment secondé par la compression ; elle a pour effet de s'opposer à l'afllux des liquides, de diminuer le gonflement et la douleur, et quelquefois de faire avorter l'inflammation. Elle est surtout indiquée dans les cas où s'observe une abondante infiltration sanguine et de l'emphysème. Les bosses sanguines ou dépôts sanguins, en particulier ceux d'un petit volume, peuvent céder aussi à l'action de la compression aidée par l'emploi des résolutifs. Lorsqu'on a mis en usage pour leur traitement le procédé d'écrasement de Champion, de Bar-le-Duc, et que la poche est vidée, il convient d'avoir encore recours à une compression douce pour rapprocher les parois de la poche et favoriser leur recollement.

Dans le traitement de Ventorse, la compression peut rendre de bons services. Elle a été employée quelquefois au moment même de l'accident, au milieu du développement des symptômes aigus ; mais elle convient mieux à la période de déclin, quand on ne constate plus que des douleurs vagues, un médiocre gonflement des parties et un certain degré d'œdème du tissu cellulaire. Le nws-

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sage pounait être considéré comme une forme particulière de compression, compression partielle et intermittente, et à ce compte la compression tiendrait le premier rang parmi les procédés de traitement des entorses.

La compression est indiquée aussi dans les cas de ruptures ou de luxations des tendons et des muscles; un grand nombre de faits tirés de la pratique de Pouteau, de Lieutaud, de Martin aîné, de Bonnet, de Lyon, etc., sont la preuve de son utilité réelle et de son efficacité en pareille circonstance. Un accident assez commun, la rupture du tendon du plantaire grêle, ou coup de fouet, est heureusement combattu par la compression ; les malades atteints de cette petite lésion se trouvent singulièrement soulagés par l'application d'un bandage roulé, méthodiquement serré depuis le pied jusqu'au genou.

Dans certains cas de contracture aiguë des membres, de crampes douloureuses, la compression paraît indiquée. Le docteur Dancel l'a appliquée également au traitement des fausses ankytoses et à la contraction chronique des membres, comme adjuvant de l'extension, sans l'emploi de la ténotomie. Le rôle de la compression en pareilles occasions me semble assez modeste, et la meilleure part des résultats obtenus doit être attribuée à l'extension ; du reste, compression et extension employées pour guérir des contractures permanentes ne peuvent être utiles que dans des cas choisis, et relativement bénins.

La plupart des auteurs signalent comme un des usages les plus importants de la compression en chirurgie celui qu'on en fait dans le traitement des fractures et des luxations. Je m'expliquerai sur ce point en parlant des Appareils cOiMPRESSEURS, et j'cstimc quc c'cst dénaturer le sens du mot compression que de l'appliquer à l'action que les appareils exercent sur les os fracturés, ou des extrémités articulaires déplacées ; en effet, le mot compression représente à l'esprit l'idée d'une force qui, agissant sur les tissus, tend à les condenser et à diminuer leur volume ou leur épaisseur, et non pas l'idée d'une force qui tend à maintenir rapprochés, et dans une bonne direction, des parties dures ou molles qu'une lésion quelconque est venue disjoindre. Les appareils à fracture ne sont pas plus des appareils de compression que ne le sont les sutures réunissant les solutions de continuité des parties molles. Je dois reconnaître cependant qu'il est des cas dans lesquels on exerce la compression proprement dite autour des membres Iracturés, dans le but de diminuer la force de contraction des muscles.

Ces remarques peuvent s'appliquer au traitement des relâchements pathologiques des articulations, et, en particulier, des symphyses du pubis, par la compression. Les appareils qu'on emploie dans ces cas, la ceinture de Ferdinand iMartin, entre autres, soutiennent les parties, suppléent au manque d'action des ligaments, maintiennent en contact les extrémités articulaires, mais ne les compriment pas dans le sens vrai du mot.

Un des emplois les plus anciens peut-être et les plus communs de la compression est celui qu'on en fait dans le traitement palliatif des varices. Elle est exercée au moyen de différents appareils, bandages roulés, bas lacés et bas en tissu élastique ; elle a pour principal effet de soutenir les parois des veines dilatées contre l'effort du sang, et de prévenir la tuméfaction et l'ulcération des tissus. Mais il ne faudrait pas croire que la compression atteigne toujours le but qu'on se propose ainsi ; elle paraît avoir, dans certains cas, de nombreux inconvénieiits, dont Briquet a fait, avec trop de sévérité toutefois, le tableau peu rassurant. Elle peut déterminer la dilatation des veines profondes, de deuxième ou

troisième ordre, provoquer des douleurs, des démangeaisons et des excoriations de la peau, gêner la nutrition du membre comprimé, et, par suite, diminuer sa force. La compression des membres affectés de varices ne doit donc pas être conseillée d'une manière banale. Gosselin ne la trouve indiquée que dans les cas où la douleur est vive et l'enflure considérable ; mais lorsque les varices déterminent peu d'incommodités, il engage les malades à s'abstenir de tout traitement.

Quant au traitement curatif des varices et du varicocèle, dit par la compression, suivant la méthode et avec les instruments de Breschet ou Landouzy, de Vidal (de Cassis), avec la suture entortillée de Velpeau, la suture enchevillée de Verneuil, etc., dont l'effet est de détruire violemment les parties sur lesquelles ils sont appliqués, je ferai encore remarquer, rappelant les raisons invoquées en tète de cet article, que le nom de traitement par l'écrasement lui conviendrait mieux.

Les observations déjà anciennes de J.-L. Petit, Desault, CuUerier, etc., et celles recueillies dans la pratique journalière, démontrent les bons effets de la compression dans le traitement des paraphhnosis, de la chute du rectum, des hernies volumineuses. Dans ces cas, la compression sera exercée avec la main, elle doit être douce, ferme et graduée ; elle a pour effet de refouler la sérosité qui engorge les parties, de diminuer ainsi leiu- volume, et enfin de les repousser à leur place normale. Remarquons que la compression ne réussit pas toujours tout de suite ; s'il s'agit d'un paraphimosis, il faut employer un autre moyen, mais pour les hernies et les procidences de l'anus, cas dans les(iuels on peut attendre, on obtiendra souvent un heureux résultat en suspendant et renouvelant la compression, en faisant avec patience plusieurs séances de compression à intervalles plus ou moins rapprochés. Dans ceiiains cas, il conviendra d'employer des appareils; le meilleur est habituellement un bandage herniaire, à la pelote duquel on donne une disposition en rapport avec la forme de la hernie ; dans un cas de hernie volumineuse irréductible, M. Nélaton fit avec succès une compression lente, au moyen d'un sac de coutil rempli de sable, qu'une bande de caoutchouc pressait sur la tumeur.

Desault a employé la compression dans le traitement des anus contre nature; on sait que la méthode qu'il mettait en usage consistait à affaisser l'éperon au moyen d'un tampon de charpie, de forme pyramidale, qu'on augmentait progressivement de diamètre, et, lorsqu'il y avait renversement des bouts de l'intestin et que le taxis n'avait pas pu réduii^e la tumeur, à la recouvrir de doloires médiocrement serrées, en laissant une ouverture pour le passage des mahères. La compression de l'éperon a été faite suivant la même méthode par d'autres procédés ; elle ne donne de bons résultats que lorsque l'éperon est peu saillant.

Fergusson, médecin inspecteur des armées de la Grande-Bretagne, a préconisé la compression comme moyen de traitement des adénites. L'attention de Fergusson fut fixée pour la première fois sur ce moyen, en 1805, par les observations que lui présenta M. Sergeant, chirurgien des milices de Cornwall. Ce chirurgien traita, sous les yeux de Fergusson, plusieurs bubons de diverses formes, mais particulièrement à l'état de suppuration active ; tous ces bubons furent guéris en peu de temps par sa méthode de traitement par la compression. C'était trop généraliser la méthode que de l'appliquer aux adénites et bubons inflammatoires : dans ces cas la compression offre des dangers, et elle est assez douloureuse pour que les malades ne puissent pas la supporter ; mais dans les

cas d'adénites subaiguës , chroniques et indolentes, la compression me'thodique employe'e journellement réussit fort souvent {Arch. gén. de méd., 2« série, t. II,

L'idée d'employer la compression dans le traitement des tumeurs est sans doute fort ancienne, car certainement les médecins avaient observé l'atrophie de tous les tissus, même les plus durs, produite par l'action d'une compression prolongée ; pourquoi cette action abortive et déprimante, si manifeste dans les tissus sains, ne s'exercerait-elle pas sur les tissus malades? Certains passages des œuvres de Hunier et de celles de Desa\ilt indiquent d'une façon certaine que ces chirurgiens avaient reconnu les effets de la compression appliquée au traitement des tumeurs. Mais ce n'est qu'au commencement de ce siècle que Samuel Young d'abord, en Angleterre, et quelques années après, Récamier, en France, donnèrent, sur l'emploi de la compression dans le traitement des tumeurs, des règles et des indications telles qu'ils l'érigèrent en véritable méthode thérapeutique. Quelques essais heureux eurent un grand retentissement, et firent à cette méthode une réputation entraînante qu'elle ne devait pas conserver longtemps. Récamier s'attaquait, avec la compression, aux cancers des mamelles et de l'utérus; il obtint plusieurs succès, et put mettre au profit de la méthode les cures les plus heureuses. Mais il suffit de se rappeler ce 'qu'était il y a cinquante ans le diagnostic différentiel des tumeurs du sein, de se rappeler qu'on confondait avec le cancer les affections les plus diverses, pour rester convaincu que les guérisons observées se rapportaient à des tumeurs de nature inflammatoire, à des adénomes, et non à des tumeurs malignes. Aux premières illusions des praticiens succéda un désenchantement si absolu que la méthode de Récamier fut complètement abandonnée. C'était passer d'un excès à un autre, car si la compression est inefficace, et même nuisible à cause du temps qu'elle fait perdre dans le traitement d'un grand nombre de tumeurs, elle réussit assez habituellement dans celui de quelques autres. Les tumeurs hypertrophiques , les hypertrophies glamlulaires, les engorgements inflammatoires chroniques, sont de celles-là; la méthode compressive est indiquée dans les affections de ce genre.

Depuis 1851, M. Broca a adopté la compression comme méthode générale dans le traitement des adénomes; il l'a employée avec succès dans des cas d'engorgements durs de ta mamelle; il a eu recours à elle pour combattre des squirrhes atrophiques du sein, et a observé qu'elle arrêtait la marche du mal et même le faisait rétrograder, devenant ainsi un palliatif bienfaisant.

Appliquée au traitement des tumeurs érectiles, la compression compte quelques succès ; des faits qui établissent l'efficacité de cette méthode ont été publiés par Pelletan, Boyer, Roux, Dupuytren, Maunoir, Abernethy, etc. Les plus connus sont le fait cité par Boyer, tumeur érectile de la lèvre chez un enfant, guérie par la compression exeixée avec une patience admirable par la mère du petit malade, et celui cité par Roux, qui parvint à effacer par la compression, au bout de trois ans, une tumeur érectile développée sur le front de sa fille. Toutefois la compression a échoué dans un grand nombre de cas, son action est très-lente, souvent elle détermine une d'îulevir et une irritation qui obligent à y renoncer ; Jean Bell, Bateman, Brodie, la considéraient comme très-nuisible. Elle doit être réservée pour des cas spéciaux, lorsque la tumeur est peu volumineuse, qu'elle repose sur des parties solides, et que la pusillanimité des malades ou de leurs parents repousse l'intervention de moyens plus radicaux.

Ce n'est pas ici le lieu de déterminer, dans ces différents cas, le mode d'em-

DICT. ENC XIX. ^3

ploi de la compression ; je rappellerai seulement que ses indications et contre-indications ne se fondent pas uniquement ^ sur la nature des tumeurs, mais aussi sur leur forme, sur leur étendue et sur leur siège, qui les rendent aptes à subir plus ou moins l'action de la force compressive. J'ajouterai qu'il ne faut pas l'appliquer d'une façon incomplète et comme moyen d'essai, car elle n'est pas toujours inoffensive, et son emploi peut faire perdre 'un temps précieux, par exemple, dans les cas de tumeurs encore opérables qui, progressant pendant le temps de son application, pourraient devenir inaccessibles aux entreprises opératoiles .

Le traitement le plus liabituel des rétrécissements des conduits muqueux et des orifices naturels, traitement par la dilatation, peut à bon droit s'appeler aussi traitement par la compression, car la dilatation n'est pas autre chose q\i'une compression exercée de dedans en dehors ; dans ces cas, comme dans ceux des tumeurs et des hyperplasies, la compression agit en provoquant la résorption moléculaire des tissus.

L'idée est souvent venue aux chirurgiens d'arrêter les progrès des goitres thyrdidiens au moyen de la compression, mais on ne peut guère la réaliser à cause de la diflicullé d'appli(|uer sur le cou un appareil compressif supportable. Ce- pend;Mit quelques chirurgiens y sont parvenus, et leurs tentatives ont, paraît-il, assez bien réussi. Le docteur Dwight a fait connaître une série de vingt cas de goitres traités par la compression, dans aucun desquels elle n'aurait échoué comph'lemenl. La conipi-cssioii était faite par de longues bandelettes agglutinatives dont les extrémités étaient fixées aux omoplates, et dont le milieu appuyait sur le goîlre; ajoutons qu'il abandonnait tout traitement quand les tumeurs étaient réduites à la moitié de leur volume, pensant que la nature se chargerait du reste de la guérison. Les observations du docteur Dwight, quoique trop écourtées pour être bien concluantes, me paraissent cependant dignes de fixer l'attention {^ew- York Med. and. Sur g. Journal, mars 1852).

La compression de l'œil est d'une grande utilité après les kératotomies à lambeau, les extractions du cristallin par kératotomie linéaire, les opérations au staphylome et du strabisme, et, en général, toutes celles qui intéressent la cornée et la conjonctive ; elle est utile aussi dans certaines affections graves de l'œil, les perforalions de la sclérotique, les kératites avec infiltration purulente, eic. ; elle oit être légère, mais exercée avec fermeté.

M. Stoker a cherché à faire disparaître, au moyen de la compression, les gramdations conjonctivales de Vophthalmie dite granuleuse; il a imaginé dans ce but une sorte de pince en ivoire, dans les mors de laquelle on saisit et on serre le bord libre de la paupière. L'appareil est appliqué chaque jour pendant deux heures. Les résultats obtenus sont loin d'être assez avantageux pour qu'on cherche à vulgariser cette méthode de traitement {Dublin Quarterly Journal, janvier 1866).

La compression est souvent employée pour combattre les douleurs névralgiques; l'usage que l'on en fait alors est devenu vulgaire, ainsi on voit chaque jour les personnes souffrant de névralgie dentaire ou faciale exercer instinctivement une compression plus ou moins forte sur les tempes, ou sur les points , douloureux. Les médecins depuis longtemps ont cherché à régulariser son emploi dans ces cas particuliers ; on sait que vers la fin du dix-huitième siècle James Moore fit construire un tourniquet destiné à comprimer les nerfs dans le but de rendre les tissus insensibles pendant les opérations chirurcricales (Benj.

Bell, i System of Suryertj, Edimbourg, 1788), Depuis, bien d'autres médecips •et spécialistes ont taché d'atteindre le même but par des procédés analogues. M.Jacowski, dentiste, a fait construire un appareil de compression, dont les pelotes introduites dans les conduits auditifs, ou placées derrière les branches de la mâchoire en avant de l'oreille, doivent produire par leur pression une anesthésie locale, suffisante pour supprimer la douleur pendant l'extraction des dents {Bull, de thcrap., 1858, t. LV, p. 94). Le docteur Siebel a obtenu au bout de trois jours la guérison d'une névrose de la septième paire, par la compression réitérée du nerf à sa sortie du trou stylo-mastoïdien [An. méd., avril, 1864). Je pourrais citer bien d'autres exemples. J'ajoute que dans certaines névralgies du cuir chevelu, névralgies extrêmement douloureuses, les malades sont souvent soulagés par une forte pression exercée sur la tête avec les mains, par une sorte de massage du cuir chevelu.

Cependant, dans tous ces cas, il faut bien se garder de compter sur la comipression avec une confiance absolue, car on s'exposerait à de cruelles déceptions; ce n'est pas que les bons eifets de la compression ne soient réels, mais habituellement ils sont momentanés et fugaces ; la compression soulage h' patient pendant quelques minutes, quelques instants seulement, mais bientôt cesse son heureuse influence, et les douleurs un moment suspendues renaissent avec toute leur acuité.

La compression des clavicules comme moyen de faire cesser le hoquet a donné, paraît-il, de bons résultats qui doivent appeler l'attention sur un moyen aussi simple. M. Geysens, qui le préconise, exerce pendant une ou deux minutes une pression plus ou moins forte sur les extrémités internes, ou sur le corps des deux clavicules [Journal de médecine de Bruxelles, décembre 1855).

L'usage le plus important et le plus répandu de la compression en chirurgie, comme moyen thérapeutique, est celui qu'on en fait dans le ti'aiteraent des hémorrhagies et des ane'vrysmes. Malgré son intérêt, je serai bref sur ce sujet, ;parce qu'il a déjà été traité avec ampleur et autorité aux articles spéciaux (voy. Artères, ÂNÉvRysjiEs). Rappelons que la compression appliquée aux hémorrhagies peut être directe ou indirecte, suivant qu'elle est exercée sur la blessure du vaisseau ou sur une partie saine de son trajet, entre le cœur et la plaie pour les artères, entre les capillaires et la plaie pour les veines; rappelons aussi qu'elle est faite, soit avec les doigts, soit avec des appareils improvisés, boulettes de charpie, compresses graduées, bandes, soit avec des instruments spéciaux, les compresseurs.

Dans toutes les hémorrhagies, la compression est le premier moyen de traitement à mettre en usage; quelquefois il procure une guérison définitive, d'autres fois il n'arrête que momentanément la perte de sang, mais il donne le temps de recourir à de plus puissants moyens hémostatiques. Que l'hémorrhagie provienne de la blessure d'un gros vaisseau, ou de vaisseaux de moyen et de petit calibre, qu'elle se produise à la surface du corps ou dans l'intérieur de certains organes , elle sera toujours heureusement, sinon tout à fait efficacement modifiée par la compression directe ou indirecte. Le tamponnement des fosses nasales, la compression des carotides dans les cas d'épistaxis, sont des exemples fréquents des bons effets de son emploi. La compression de l'aorte abdominale a souvent arrêté des hémorrhagies utérines; elle est conseillée par tous les accoucheurs contre ces graves accidents. Plusieurs mémoires sur ce sujet, avec observations à l'appui, ont été adressés aux Académies des sciences et de médecine (docteur

Duhamel, Académie des sciences, i2 mai 1851, docteur Cliailly-Honoré, docteur Plouviez, Académie de médecine, 22 avril, 10 juin 1851).

Dans la pratique des amputations, une compression momentanée est exercée sur les grosses artères de la racine des membres, le plus habituellement avec les doigts, quelquefois avec des appareils compresseurs, afin de suspendre le cours du sang et d'éviter ainsi l'hémorrhagie qui se produirait au moment de la division des vaisseaux artériels. Le professeur Esmarch a proposé récemment une nouvelle méthode de compression, ayant pour but d'éviter les pertes de sang dans les opérations sur les extrémités. Il a fait sur ce sujet une communication très-courte au deuxième congrès de chirurgiens allemands, à Berlin. Voici en quoi consiste le moyen préconisé par Esmarch : On applique un bandage roulé, très-exactement serré, avec une bande élastique, depuis l'extrémité du membre qui doit subir l'opération jusqu'à sa racine, de manière à refouler tout le sang qu'il contient ; puis au point où se termine le bandage on exerce une forte constriction avec un tube solide en caoutchouc, constriction qui empêche l'ari-ivée du sang quand la bande est enlevée. Le membre paraît alors tout à tait exsangue et ressemble à celui d'un cadavre. En effet, la compression en a chassé presque complètement le sang renfermé dans les veines et dans les artères, puis la constriction énergique établie s'oppose à son retour. Sur un membre dans cet état, l'amputation ou une résection se pratiquent presque à blanc^ et sans que le patient perde plus de quelques cuillerées de sang. La méthode d'Esmarch , appliquée par son auteur et par un grand nombre de chirurgiens, a donné de très-bons résultats ; elle convient surtout dans les cas où des sujets exsangues, anémiés ou très-affaiblis, ne pourraient supporter sans grand danger une perte de sang même légère.

11 ressort aussi des observations que l'emploi de cette méthode ne trouble pas la guérison. Remarquons toutefois avec Verneuil, avec le docteur Stéphain, que dans les cas de gangrène ou d'altérations profondes des tissus on peut craindre que des parties mortifiées ou des parcelles septiques ne soient repoussées par la compression dans le torrent de la circulation veineuse ; dans ces cas il serait prudent de s'abstenir.

Ce n'est pas ici le lieu de discuter le droit de priorité du professeur Esmarch ; sa méthode, consistant à refouler d'abord le sang contenu dans un membre, diffère beaucoup de la simple constriction pratiquée au moyen âge, dans les cas d'amputations ; le professeur Vanzetti, dans un mémoii'e sur la ligature élastique en chirurgie, dit que le docteur Grandessa-Silvestri a publié à Viceuce un procédé d'enveloppement et de constriction des membres avec des liens élastiques, et que cette méthode est employée avec succès à Padoue {Nota delprof essore Gito Vanzetti. Gazzeta medica Italianad. prov. Venet., annoJSl, n" 23. Giugno 1873U II est fort possible que cette méthode ait déjà été imaginée par quelques chirurgiens, car l'idée qui la sollicite est ancienne, et bien des efforts ont dû être faits pour la réaliser ; mais Esmarch a eu le mérite de la perfectionner, de la rendre pratique et de la vulgariser.

M. Millot a proposé d'appliquer la compression indirecte des artères à la guérison des plaies traumatigues ou chirurgicales ; ce moyen agirait en diminuant la quantité du sang qui afflue à la plaie, cause d'inflammation suivant l'auteur. Il cite une seule observation qui n'est rien moins que probante, prise dans le service de Nélaton. A ce propos il rappelle des faits de de Poucy, J.-L. Petit, Heister, Bouriema, qui, ayant appliqué la compression sur le trajet

des artères, dans le but de prévenir des hémorrhagies, virent guérir rapidement leurs blessés. M. Millot revendique ces sortes de succès en faveur de la méthode qu'il préconise.

Le traitement des anévrysmes par la compression indirecte est une des plus heureuses conquêtes de la chirurgie moderne ; il a passé par une longue période de tâtonnements et d'h'sitations avant d'arriver au degré de perfection relative qu'il a atteint aujourd'hui. Il repose sur quatre principes généraux, ainsi formulés par M. Broca :

1° La compression indirecte favorise la coagulation spontanée du sang dans les poches anévrysmales ;

2" Elle n'a pas besoin, pour être efficace, de supprimer le passage du sang ; il suffit qu'elle diminue la force du courant sanguin ; dès lors il n'est pas nécessaire qu'elle soit très-énergique, et elle peut être exécutée sans compromettre la vitalité de la peau ;

3" L'artère ne s'oblitère pas au point comprimé ;

4" Enfin, la compression indirecte peut être le plus souvent supportée sans interruption, lorsqu'on dispose le long de l'artère plusieurs appareils destinés à être serrés et relâchés alternativement.

La compression indirecte des gros vaisseaux n'a pas été employée seulement dans les hémorrhagies et les anévrysmes, mais elle a été conseillée dans beaucoup d'affections inflammatoires et nerveuses, qu'on espérait modifier en suspendant ou modérant l'afflux sanguin dans les parties atteintes.

On a donc cherché à combattre l'inflammation par la compression des artères. Ce mode de traitement, très-ancien, puisque Erasistrate s'en servait déjà, serrant dans une ligature circulaire la racine des membres atteints d'inflammation, ce mode de traitement, dis-je, a eu la fortune de ces nombreux moyens inspirés par les idées théoriques qui réussissent un jour pour échouer le lendemain ; il a été plusieurs fois abandonné et repris, et quoique très-infidèle, sans doute il rendra encore quelques services dans des cas favorables. En 1848, le docteur Henroz présenta à l'Académie médicale de Belgique un mémoire sur les bons effets de la compression artérielle dans les inflammations des extrémités. Plusieurs faits heureux cités par l'auteur firent prendre en considération le moyen qu'il préconisait (icarf. méd. de Belgique, séance du 28 octobre 1848). Plus de dix ans après, le professeur Vanzetti, professeur de clinique chirurgicale à Padoue, s'inspirant des succès de la compression digitale dans le traitement des anévrysmes, a eu l'jdée de l'appliquer à celui de l'inflammation des membres. De trois cas favorables qu'il a observés, érysipèle du bras, arthrite du poignet, phlegmon de la jambe, guéris rapidement par la compression artérielle, cas relatés dans une première communication, M. Vanzetti tire des conclusions tout à fait optimistes [Arch. gén. de méd. et chir. 1859, 5« édit., t. XIII, p. 231). Il a eu recours au même moyen dans deux cas bien autrement graves, une pustule charbonneuse développée sur le poignet, et un éléphantiasis de la jambe droite ; dans les deux cas le succès a été complet (Vanzetti, Bulletin de la Société de chirurgie, 30 octobre 1867). On avait déjà cherché la gtiérison de l'éléphantiasis par la ligature des artères, et cette idée semble rationnelle, car l'éléphantiasis paraît être une affection de nature hypertrophique, de celles qui sont heureusement modifiées par les circonstances qui diminuent la vitalité des tissus.

Ce mode de traitement a été négligé par la pratique parce que, s'il a réussi quelquefois, le plus souvent il est resté inefficace ; on dit qu'il est inoffensif,

c'est une affirmation trop complaisante, car, dans les cas aigus, tout traitement inutile est nuisible, puisqu'il empêche de recourir à de meilleurs moyens ; l'inaction en chirurgie est souvent une faute ; on dit aussi qu'il est facile à mettre en œuvre, or chacun sait que la compression digitale exige le concoursde plusieurs aides, qu'elle est douloureuse, et qu'elle est loin de constituer une méthode de traitement simple et peu compliquée. Voilà pour la pratique ; quant à la théorie, si on ne connaît pas encore très-exactement tous les éléments qui composent le phénomène complexe de l'inflammation, au moins sait-on qu'il y en a d'antres que l'élément sanguin ; l'inflammation n'est pas constituée uniquement par l'afflux du sang dans une partie, et supprimer l'abord de ce liquide dans les tissus envahis par elle, ce n'est pas les débarrasser de tous les agents inflammatoires. Enfin, la compression, aussi bien faite qu'on puisse le supposer, devient forcément une cause de congestion, car elle ne s'exerce pas seulement sur l'artère, et en même temps qu'elle suspend le cours du sang vers les parties périphériques, elle gêne son retour de la circonférence au centre. Est-ce à dire qu'il ne convienne jamais de tenter l'emploi de ce moyen? Non,. sans doute, puisqu'il a réussi quelquefois ; mais il ne faut compter sur lui qu'avec mesure pour ne jias s'exposer à des déceptions pénibles.

Le docteur Giachich, entraîné par l'annonce des succès de M. Vanzetti, comprima l'artère crurale dans un cas de tumeur blanche du (jenou, siège des plus vives douleurs. Au bout d'un quart d'heure il obtint une amélioration manifeste, et pendant 20 jours la compression fut faite le matin et le soir; le résultat de ce traitement fut de permettre à la malade de remuer son membre, qui jusque-là avait dû être maintenu dans l'immobililé complète yBullet. de ihérap., 1858, t. LV, p. 557).

La compression indirecte des artères a été mise en usage dans le traitement d'un grand nombre de ces affections sur la nature desquelles on est assez mal, renseigné, et qu'on désigne sous le nom général, j'allais dire la rubrique, d'affections nerveuses, telles que la migraine, les convulsions des enfants, Ve'pilepsie, l'e'dampsie, etc. Le docteur Blaud, de Beaucaire, a indiqué pour quelques cas particuliers les règles de ce mode de compression. La compression des carotides s'est montrée efficace dans plusieurs cas de migraine, entre les mains du docteur M. G. Merz ; compression exercée tantôt avec les doigts, tantôt avec un appareil analogue aux bandages herniaires. Le docteur Fevez a réussi à faire cesser assez promptement des accès de convulsions chez quelques enfants, aui moyen de la compression des carotides ; il aurait remarqué chez un de ses petits malades qu'en comprimant la carotide droite il arrêtait les mouvements convulsifs seulement du côté gauche, et réciproquement, et que la compression simultanée des deux carotides primitives triomphait à l'instant des convulsions. Le docteur Labalbary a présenté à la Société de médecine pratique de Paris l'observation d'un cas d'éclampsie puerpérale, guérie par la compression des carotides ; ce ne fut pas sans beaucoup de peine qu'il obtint cet heureux succès, car dans l'espace de vingt-quatre heures, il eut recours à la compression plus de cent cinquante fois.

Ce serait à tort, d'après le professeur Albert de Bonn, qu'on n'emploierait pas la compression des carotides comme moyen propre à modérer les accès d'épilepsie. La compression des carotides, non-seulement suspend l'afflux du sang au cerveau, mais, comme elle ne peut guère être exercée sans qu'en mêmetemps que le vaisseau les nerfs vagues soient conqirimés, il en résulte aussi

Mil îirrêt dans l'action de l'influx nerveux, momentanément exalté et exagéré. Quoi qu'il en soit des explications données par le professeur Albert sur le mode d'action de cette pratique, il cite plusieurs cas dans lesquels elle a parlaitemenl

réussi.

La céphalalgie fébrile a aussi été combattue par la compression des artères temporales. Suivant le docteur Guyon, qui cite à cette occasion des passages des œuvres d'IIippocrate, de Cclse, etc., favorables en principe à la métbode qu'il préconise, la compression des artères temporales ferait cesser rapidement la céphalalgie dans les cas de fièvres graves, la fièvre jaune en particulier {BuUet. de thérap., t. XLV, p. 185; t. LYII, p. 91; t. LIX, p. 525 ; t. LXVIl, p. 141; t. LXX, p. 190).

On trouve relatés dans la science beaucoup de faits analogues à ceux que je viens de citer. Le docteur Turck, entre autres, rapporte huit observations à l'appui de remarques sur la compression de la carotide, comme moyen thérapeutique dans certaines douleurs du tronc et des membres. Elles tendent à établir ce fait, que la compression des carotides est susceptible de faire cesser très-rapidement des douleurs ou affections nerveuses du tronc et des membres, lesquelles, étant causées très-probablement par un trouble des fonctions cérébrales, sont calmées ou guéries par la modification que ce moyen apporte dans le centre céphalique [Gaz. méd. 1852, p. 97). Le docteur Allier a traité différentes névralgies par la compression des artères, et les succès qu'il a obtenus l'ont engagé à publier les observations des cas favorables à ce procédé thérapeutique. J'ai remarqué surtout une observation de névralgie rebelle du nerf orbito-frontal, dont triompha la compression de l'artère carotide correspondante. Dans ce cas, au moins singulier, la douleur frontale venait de s'éteindre complètement, lorsque tout à coup la verge devint le siège de souffrances atroces; poursuivant Lapplication de sa méthode, M. Allier comprima l'aorte, et réussit par ce moyen à calmer et à faire disparaître ces nouvelles douleurs [Bullet. de thérap., 1854, t. XL VII, p. 500. Extrait de la Revue de thérap. méd. chirur., 1854).

Tous ces faits me semblent démontrer que la compression des artères peut rendre de bons services dans les circonstances spéciales que nous venons de signaler, et que, si les succès obtenus ne sont pas suffisants pour la mettre au rang des modes de traitement classiques, il convient de ne pas la négliger, do ne pas la rejeter complètement.

Depuis bien longtemps, sans doute, on a appliqué la compression au traitement des plaies empoisonnées ; c'était un moyen naturel et, pour ainsi dire, instinctif, employé par bien des gens qui ne se doutaient en rien du mécanisme de la circulation. Les récits des voyageurs aux pays sauvages renferment tous des histoires où l'on raconte que la compression est le premier remède mis en usage dans les cas de morsures d'animaux vénéneux, de blessures par des armes empoisonnées. M. Bouillaud, en 1826, a lu à l'Académie de médecine un mémoire relatant des expériences sur l'effet de la compression dans les cas de plaies empoisonnées ; d'autres auteurs ont traité après lui le même sujet : ainsi M. Viaud-Grand-Marais, professeur à l'École de médecine de Nantes, dans ses études sur la morsure de la vipère. Il résulte des faits acquis qu'une ligature serrée au-dessus du point qu'occupe la plaie empoisonnée, ou qu'une compression sulfisamment énergique exercée sur la circonférence de cette plaie, s'opposent aux effets du poison et calment les accidents déjà développés. La

compression peut donc empêcher un poison inoculé de pénétrer dans le torrent de la circulation. Je remarque dans les expériences de M. Bouillaud que, lorsque la compression était suspendue, les effets du poison se manifestaient rapidement, mais qu'ils cessaient rapidement aussi lorsque la compression était exercée de nouveau. Cette observation démontre que la quantité de poison injecté ne passe que peu à peu dans la circulation, car il est bien évident que la compression n'a plus d'action sur le poison déjà absorbé, et si elle produit de bons effets un certain temps après l'inoculation du poison, c'est qu'une bonne partie de celui-ci demeure au point où il a été inoculé, et que la compression s'oppose à son passage dans les vaisseaux.

La compression, dans les cas de plaies empoisonnées, ne peut être qu'un traitement temporaire: al-jc besoin de dire que trop énergique et trop longtemps maintenue elle produirait la gangrène et autres accidents connus? mais il est utile en ce qu'il donne le temps d'avoir recours à des moyens plus radicaux, tels que la cautéi'isalion, qui détruisent les tissus imprégnés de la substance vénéneuse au point même où elle a été ap|»liquée.

riusieurs auteurs, Maijolin et Oliivier entre autres, ont parlé des bons effets de la compression dans le traitement de h pustule maligne, sur la foi d'une observation recueillie par le docteur Godard ; mais il suffit de lire attentivement la relation du fait exposé pour se convaincre que le rôle de la compression, dans ce cas-là, a été Irès-el'facé et tout à fait secondaire. 11 s'agit d'un homme, âgé de cinquante ans, qui peu de jours après avoir touché des viandes suspectes vit trois boutons se développer sur sa main gauche, successivement et à quelques jours d'intervalle ; M. Godard les cautérisa profondément. Mais comme le membre sui)érieur était devenu le siège d'un œdème considérable, on l'entoura d'un bandage roulé, assez serré pour exercer une solide compression. Le malade guérit. M. Godard conclut de ce fait que dans les cas de pustule maligne, lorsque la cautérisation est devenue impuissante, et que la maladie et le gonflement ont leur siège sur une partie susceptilde d'être comprimée, la compression pourra encore guérir. Celte opinion ne fut pas partagée par l'Académie, comme on le comprend bien, et M. BaiTos, chargé du rapport sur l'observation de M. Godard, n'attribua à la compression qu'une part très-mince dans le succès obtenu, pensant que les pustules malignes n'étaient point arrivées à un état de gravité tel qu'on dût désespérer de la guérison : aussi la compression ne Im paraît pas mériter, dans cette circonstance, les éloges que lui prodigue l'auteur (Arch. gén. de méd. 1829, t. XX, p. 454).

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II. Appareils compresseurs. Les compre'sseurs sont des instruments souvent employés par la thérapeutique chirurgicale, principalement pour arrêter, suspendre ou modérer le cours du sang artériel et veineux, dans certains cas d'hcmorrhagie, de tumeurs anévrysmales et de varices.

Différents instruments, qui ne sont pas destinés à agir sur les vaisseaux sanguins, ont aussi reçu le nom de compresseurs ; mais ce nom est le plus souvent une étiquette trompeuse, car les effets qu'ils recherchent ne sont pas ceux de la compression proprement dite, maintenue dans ses limites naturelles. Ainsi le compresseur de Frémineau pour les hémorrhoïdes, le compresseur de Deroubaix pour les incontinences d'urine, à la suite des opérations de fistules uro-génitales, sont des appareils de soutien et de contention, analogues aux pessaires et aux bandages herniaires, et non des compresseurs ; de même les compresseurs de

562 COMPRESSIOiN.

Breschet, de Landouzy, pour la cure du varicocèle, analogues à l'enterotome de Dupuytren, sont des instruments destinés à détruire les tissus, et non à les modifier dans leur forme ou leur vitalité. Je crois inutile d'insister davantage sur cette distinction.

Dans cet article nous nous occuperons presque exclusivement des compresseurs des vaisseaux sanguins^ ce sont les compresseurs proprement dits. Nous décrirons d'abord les compresseurs des artères, les divisant en deux classes : compresseurs ordinaires applicables à la plupart des artères, employés surtout dans les cas d'hémorrhagies, et compresseurs spéciaux, applicables à certaines artères en particulier, employés dans les cas d'anévrysmes ; puis nous décrirons les com- • presseurs des veines.

Compresseurs ordinaires. Le cachet, qni n'est autre chose qu'une pelote soutenue par un manche à cachet, peut être employé momentanément pour comprimer une artère pendant le cours d'une opération. C'est un mauvais instrument, il se dérange facilement, son application est souvent très-doiiloureuse ; il est tout à lait abandonné.

Le GARROT fut imaginé par Morel (1674) et successivement perfectionné par Nuck, Verduc, Lavauguyon, etc. 11 se compose d'une pelote de pression munie de deux anneaux sur sa surface libre, d'un lien circulaire passant dans ces anneaux et faisant le tour du membre, d'une plaque de corne placée sur le point du membre diamétralement opposé à celui qu'occupe la pelote, et d'un petit bâtonnet solide. Le lien est tordu par le bâtonnet sur lequel on l'a noué, la peau étant protégée par la plaque de corne, et chaque tour de torsion augmente, comme on le comprend, la pression de la pelote sur l'artère.

Ce petit appareil, qu'il est facile de construire partout, avec des objets qu'on a toujours sous la main, peut rendre de très-bons services ; son action est trèsénergique, mais elle est difficilement graduée, et, comme elle s'exerce sur toute la circonférence du membre, elle ne peut être longtemps supportée. C'est un bon appareil d'occasion.

Tourniquet de J.-L. Petit. Cet appareil est formé de deux plaques de bois mobiles l'une sur l'autre au moyen d'une vis, de deux pelotes, l'une libre, l'autre fixée à la plaque inférieure, et d'un large ruban. La pelote fixée à la plaque de bois est placée sur l'artère, c'est la pelote de pression ; la pelote libre, au point opposé du membre, fera la contre-pression ; le ruban, assujetti par son milieu à la pelote de contre-pression, et retenu à ses deux bouts aux extrémités de la plaque supérieure, relie toutes les pièces de l'appareil. Le mouvement de la vis, en éloignant les deux plaques l'une de l'autre, tend le ruban et appuie sur l'artère la pelote de pression. Deux tiges métalliques fixées à la plaque inférieure et passant dans deux ouvertures correspondantes de la plaque supérieure s'opposent au déplacement de ces plaques.

Cet instrument primitif a été modifié par beaucoup de chirurgiens, entre autres Heister, Morand et D. Larrey. Le compresseur de J.-L. Petit, modifié par Larrey, est celui qu'on emploie généralement; il a été adopté pour l'arsenal ciiirurgical de l'armée de terre. Larrey diminua le volume de la pelote supérieure, supprima les tiges conductrices, et changea la disposition du ruban ; au lieu de le fixer à la plaque supérieure, il le fit passer dans des mortaises pratiquées aux extrémités de cette plaque, puis au-dessous de la plaque inférieure, dans un espace laissé libre entre elle et la pelote qu'elle supporte.

Percy avait imaginé de remplacer la vis verticale par un treuil placé parai-

lèlement à la plaque supérieure, le ruban s'enroulant autour de ce petit treuil ; il donna à ce nouvel appareil le nom de tourniquet à cric. Son invention n'était pas heureuse, la pression ne s'exécute pas mieux qu'avec la vis, et la détente est rendue difficile par la présence d'une roue dentée fixée à l'extrémité du treuil et retenue en place par un petit ressort.

Petit compresseur de Charrière. 11 est formé par deux pelotes et un ruban; le milieu du ruban s'applique sur la pelote de contre-pression, et ses extrémités viennent s'accrocher à des chevalets à ardillons disposés sur les côtés d'une plaque à laquelle est fixée la pelote de pression.

Le tourniquet est un bon instrument compresseur, on peut compter sur l'énergie efficace de son action, mais il présente, comme le garrot, l'inconvénient de comprimer dans toute sa circonférence le membre sur lequel on l'applique ; même remarque pour le petit compresseur de Charrière.

Petit compresseur élastique de Luer. 11 est formé d'une pelotte compressive, d'une plaque d'acier, flexible et de forme allongée, et d'un iMiban. La pelote, indépendante, s'adapte à la plaque d'acier au moyen d'un bouton, et le ruban, faisant le tour du membre, vient s'engager dans des mortaises pratiquées aux deux extrémités de la plaque, où il se fixe à des ardillons.

Le petit compresseur élastique de Charrière ne diffère de celui de Lûer que par la construction de la plaque d'acier, qui, au lieu d'être d'une seule pièce, est formée de deux plaques mobiles l'une sur l'autre au moyeu d'un système de coulisses. Il présente ce seul avantage d'avoir un plus petit volume lorsque les plaques sont repoussées, et d'occuper moins de place dans les boîtes à appareils.

L'action de ces compresseurs élastiques est douce et uniforme ; la longueur de la plaque d'acier, en écartant les bords du ruban, empêche la constrictiou circulaire du membre ; mais ces compresseurs ont le grand défaut de se déplacer facilement.

Compresseur de Dupuytren modifié. Pour éviter la compression de tout le membre par les liens constricteurs, Diipuytren eut l'idée de réunir par un arc métallique les pelotes de pression et de contre-pression. Son appareil primitif, analogue à celui de Moore pour la compression des nerfs, se composait de deux pelotes fixées aux extrémités d'un arc d'acier. La pelote de contre-pression était fixe ; la pelote de pression, mobile, munie des deux tiges conductrices passant dans des ouvertures pratiquées à l'extrémité de l'arc, pouvait être mise en, mouvement par une vis verticale. La rigidité de cet appareil rendait son emploi difficile et le restreignait à un petit nombre de cas. On a modifié d'abord la construction de l'arc, en le composant de deux lames courbes, retenues dans des anneaux, glissant à frottement l'une sur l'autre, disposition qui permet d'augmenter ou de diminuer la courbure et l'étendue de cet arc; une petite vis sert à le maintenir dans la position voulue. De plus, les extrémités des lames qui soutiennent les pelotes ont été rendues mobiles au moyen d'une brisure à charnière ; leur position est réglée par une vis, de telle sorte qu'elles peuvent être maintenues à tel ou tel degré d'inclinaison. Ce compresseur, ainsi modifié, convient dans un grand nombre de cas.

Compresseur a pression continue de Charrière. Charrière a construit deux modèles de ces compresseurs ; le premier modèle, le plus simple, est analogue à celui de son petit compresseur ; la différence consiste en ce que le lien qui faisait la contre-pression est remplacé par une pelote maintenue sur une lame

d'acier. 11 se compose donc de deux lames d'acier, allongées et flexibles, munies chacune d'une pelote, et réunies entre elles par des rubans qui s'attachent à leurs extrémités. Ces lames peuvent être d'une seule pièce ou de deux pièces, comme dans le petit compresseur ; c'est un détail de construction qui ne change rien à la disposition générale de l'appareil. Le second modèle diffère du premier par l'addition d'une troisième plaque dans le milieu de laquelle sèment une vis. Les rubans fixés à la plaque inférieure passent dans des mortaises ménagées aux extrémités de la plaque moyenne, et sont agrafés à chaque bout de la plaque supérieure dans des ardillons disposés exprès. Les mouvements de la vis éloignent ou rapprochent les plaques suivant le mécanisme ordinaire.

Ces compresseurs constituent de bons appareils en raison de la douceur de leur action, mais leur solidité laisse un peu à désirer.

Compresseur de Marcellin Duval. Cet instrument, dont la construction est assez compliquée, se compose, d'une manière générale, de deux arcs métalliques réunis entre eux et soutenant chacun une pelote à une de leurs extrémités. Chaque arc est formé d'une plaque d'acier dont un des bouts est plat et courbé, tandis que l'autre, rond, se contourne en spirale à la façon d'un ressort à boudin, spirale constituée par quatre cercles qui se touchent et qui sont dirigés en sens inverse pour l'une et l'autre lame ; ils sont de dimension différente, et telle que ceux d'une lame sont contenus exactement dans l'intérieur de ceux de l'autre ; une fois en place tous ces cercles sont concentriques ; ils se terminent par une tige verticale de trois ou quatre centimètres. Une vis s'engage dans des écrous placés aux extrémités de ces tiges ; en serrant ou desserrant la vis, on tend ou on relâche les tours de la spirale. Les pelotes sont disposées de la même façon que dans le compresseur de Dupuytren, c'est-à-dire qu'elles sont fixées à des lames courbes, glissant à frottement sur les premières lames terminées en ressorts et maintenues par des anneaux et des vis ; disposition dont nous avons déjà reconnu et indiqué l'utilité. La pelote de contre-pression est beaucoup plus large que celle de pression ; enfin la pelote de pression peut se mouvoir, au moyen d'une petite charnière, sur l'extrémité de la lame à laquelle elle est fixée. Quand l'appareil est en place, la compression s'exerce à l'aide du ressort formé jiar la double spirale des lames, on peut, au moyen de la\'is, l'augmenter ou la diminuer à volonté.

Marcellin Duval a perfectionné son appareil en modifiant la disposition de la pelote de pression. Au moyen d'une plaque d'acier, munie d'une coulisse, de 35 centimètres de longueur, dans laquelle se meut une pièce métallique, creusée d'un pas de vis, traversée par une vis fixée à la pelote de pression, on peut déplacer cette pelote de toute la longueur de la coulisse ; au moyen de la vis verticale fixée dans la pelote, on peut augmenter ou diminuer le degré dépression; enfin deux autres vis, placées sur les parties latérales de l'appareil, permettent, l'une de donner à la pelote divers degrés d'inclinaison, l'autre de la tourner dans tous les sens.

Cet appareil, ainsi modifié, forme un excellent compresseur, doux et solide tout à la fois et se prêtant mieux que tous les autres aux diverses exigences des indications.

Nouveau compresseur élastique de Luer. Cet instrument se compose d'une sorte de forte pince à pansements, dont les mors sont remplacés par des douilles munies de vis ; une agrafe à crémaillères fixée aux anneaux de la pince permet de les maintenir au degré d'écartement voulu. Des brandies en acier courbes,

flexibles et de dimensions varie'es, car, suivant l'artère à comprimer, elles doivent embrasser ou le tronc tout entier ou la circonférence d'un membre, s'adaptent dans les douilles. Voici comment ces branches sont construites : l'une se termine par une large plaque doublée de cuir formant un coussinet, c'est la pelote de contre-pression ; l'autre porte une pelote hémisphérique en caoutchouc, pelote de pression, dont les dimensions diffèrent suivant le volume des parties sur lesquelles elle doit reposer. Cette pelote, souple et élastique, est fixée à l'extrémité d'une vis portée elle-même sur la branche correspondante de la pince ; la vis est ajustée par une articulation à volute, de manière à pouvoir se mouvoir dans tous les sens et être ensuite assujettie dans une position donnée.

On comprend facilement le mode d'application de cet instrument dont la forme générale est celle d'une large pince à deux branches, et qui agit précisément à la façon des pinces. Les anneaux sont écartés, la pelote de pression est appliquée sur l'artère, et la pelote de contre-pression sur un point opposé ; alors on rapproche les anneaux avec plus ou moins de force, selon les cas, et on les maintient fixes, au moyen de l'agrafe, quand on juge que la compression est suffisante.

Ce nouveau compresseur me semble plus ingénieux qu'utile, et plus doux que solide ; il est léger, sans doute, mais très-encombrant; le moindre choc portant sur les longues pièces de cet appareil les dérangera facilement. Sa place me semble mieux indiquée dans la vitrine d'un fabricant que dans un arsenal de chirurgie.

TouRKiQUET DE Samuel Gboss (de Philadelphie). Cet instrument ressemble un peu au nouveau compresseur élastique de Liier ; il affecte la forme d'une double pince d'inégale longueur, dont le mors d'un côté et les anneaux de l'autre sont représentés par des branches d'acier, disposées en arc de cercle, destinées à faire la compression. Une agrafe à crémaillère fixée sur l'une des pinces permet de régler et maintenir la compression. Une des branches porte une pelote de pression ; l'autre branche, plate et rembourrée, sert à faire la' contre-pression. Les deux pinces, l'eprésentées par l'appareil, étant, nous l'avons dit, d'inégale grandeur, constituent deux compresseurs de diamètre différent, applicables l'un ou l'autre dans des cas particuliers.

M. Gaujot juge ainsi cet appareil : « Ce tourniquet, lourd et difficile à maintenir en place, ne nous paraît offrir aucun avantage appréciable, si ce n'est peut-être celui de fournir la possibilité de comprimer l'axillaire au fond de l'aisselle, et la fémorale au niveau de l'arcade crurale, pendant la désarticulation de l'épaule et de la cuisse. »

Compresseur des artèhes de M. Biagi.m. On ne saurait mieux le comparer qu'à un compas d'épaisseur, dont les branches, métalliques et rigides, seraient susceptibles d'être fixées solidement entre elles au degré d'ouverture que l'on voudra. Une large pelote de contre-pression est fixée à l'extrémité d'une des branches de l'instrument, et l'autre extrémité porte deux petites pelotes de pression, pouvant être disposées dans diverses directions ; on peut, grâce à ces deux pelotes, exercer une compression alternative. Cet appareil, peu solide, n'a pas été accepté avec faveur.

11 existe un certain nombre d'autres compresseurs, anciens et modernes ; les uns ont été abandonnés, les autres n'ont guère été employés que par leurs inventeurs ; je crois inutile de décrire des appareils insuffisants qui n'offrent qu'un intérêt historique ou de curiosité.

Compresseurs spéciaux employés dans le traitement des anévrysmes. On sait que la compression des artères appliquée au traitement des anévrysmes est une •conquête de la chirurgie moderne ; cependant au commencement de ce siècle, et même dans le siècle dernier, plusieurs chirurgiens demandèrent à la compression la cure des anévrysmes, guidés plutôt, je dois le dire, par des conceptions pratiques ingénieuses que par des théories raisonnées. Je crois intéressant de faire connaître quelques-uns des appareils employés par eux.

Ileister se servit d'une pelote à vis, adaptée à un arc métallique que deux courroies fixaient au membre.

L'abbé Bourdelot, pour se guérir d'un anévrysme qui lui survint après une saignée, inventa l'appareil auquel on a donné le nom de ponton, que Dionis décrit dans ses observations de chirurgie. Il consistait dans un petit écusson d'acier garni de cuir, creusé d'une cannelure correspundant au trajet de l'artère, afin de ne pas comprimer celle-ci, mais seulement la tumeur anévrysmale, fixé par des attaches passant au-dessus et au-dessous du coude.

Compresseur de Senff. Cet instrument est formi par deux tiges métalliques, disposées en X ; une large pelote mue par une tige à vis est placée à l'intersection des branches, et deux courroies ou rubans, faisant le tour du membre, viennent se fixer à leurs extrémités.

Compresseur de Ravaton (modifié depuis par Todd). Il se compose d'un ressort de bandage qui supporte une pelote faite de deux plaques articulées, s'écartantou se rapprochant l'une de l'autre à la façon des valves d'un soufflet ; dans l'appareil primitif l'écarteraent des plaques était obtenu par un ressort; dans l'appareil modifié par Todd, c'est une vis qui règle cet écartement.

L'apparkil de Yerdier a tout à fait la forme d'un brayer, se terminant, comme le bandage ordinaire, par une pelote, mais par une pelote à tourniquet.

Yiricel imagina un instrument auquel il imposa le nom pittoresque de collier de chien ; c'était un large annaau embrassant la circonférence du membre, muni Je deux pelotes opposées, l'une de pression et l'autre d'appui, supportées et mises en mouvement par des tiges à vis. Cet instrument a donné l'idée du compresseur annulaire de Hutton, du ling-tourniquet des Irlandais, que nous décrirons bientôt.

Aucun de ces appareils n'est employé aujourd'hui, nous allons nous occuper des compresseurs modernes.

Poids compresseurs. Ils sont formés d'un corps lourd muni d'une pelote; ils sont coniques ou cylindriques ; les uns sont faits d'une seule pièce, en plomb, et pèsent deux ou trois kilogrammes, d'autres sont faits de plusieurs pièces, de telle sorte qu'on puisse changer leur poids en enlevant ou en ajoutant quelqu'une de ces pièces ; d'autres sont des cônes creux dans lesquels on introduit une certaine quantité de plomb de chasse.

Ils sont posés sur l'artère, le malade étant couché, et maintenus soit par la main du malade, soit par une corde fixée aux barreaux du lit, ou à un cerceau. Ce mode de compression n'a qu'un avantage, c'est qu'il est facile à organiser et à varier, mais il n'est applicable qu'à certaines artères, ainsi la fémorale au pli de l'aine, et il est très-infidèle en raison du peu de fixité des poids compresseurs.

Compresseur annulaire de Hutton. C'est un cercle de fer, faisant le tour du membre, muni de deux pelotes, dont l'une est fixe, et dont Tautre, pelote dipression, se meut au moyen d'une vis.

RiNG-TOORNiQUET. Il ne diffère du compresseur de Ilutton que par la disposition de l'anneau qui, au lieu d'être d'une seule pièce, est formé de deux demicercles unis d'un côté par une charnière, et de l'autre par un engrenage à écrou.

Tourniquet de Signoroni. Cet appareil est constitué par un arc métallique brisé à sa partie moyenne ; les deux branches sont réunies par une articulatiou à engrenages, dans laquelle s'engage une vis sans fin ; le mouvement de la vis écarte ou rappi^oche les extrémités de l'arc ; une pelote est soudée à chacune de ces extrémités. Ce compresseur était défectueux en raison de sa rigidité ; il a été modifié par Gharrière d'une manière heureuse.

Dans ce nouvel appareil le mouvement des branches est réglé par une vis sans fin fixée dans la branche inférieure, s'engrenant dans une roue dentée fixée à la branche supérieure ; les pelotes sont adaptées à des arcs mobiles retenus par des anneaux aux branches de l'appareil, comme dans le compresseur de Dapuytren modifié; cette disposition permet de changer à volonté le diamèti'e de l'arc ; la pelote d'appui est fixe, la pelote de pression est mobile et mue par une vis. i

Compresseur de Bigg. C'est le même que celui de Signoroni, à cette différence près que la pelote d'appui est remplacée par une gouttière, et que la pelote de pression est adaptée à un petit appareil qui permet de lui donner divers degrés d'inclinaison.

Compresseur de Read. Cet instrument est aussi désigné sous le nom de selle pelvienne de Read; il a été employé pour comprimer l'artère fémorale au pli de l'aine. Il se compose d'une forte ceinture en métal doublée de cuir, •échancrée à sa partie moyenne, pour éviter à l'épine du sacrum une pression douloureuse. Un ressort courbé en arc est fixé à cette partie moyenne par un de ses bouts, l'autre bout porte un cadran mobile latéralement auquel est adaptée une pelote de pression ; ce mode d'articulation permet de mouvoir la pelote en différents sens, et de lui donner divers degrés d'inclinaison.

Cet appareil, par sa solidité et la facilité d'adaptation de la pelote à toutes ies positions voulues, constitue un des meilleurs compresseurs de l'artère fémorale au pli de l'aine.

Compresseur a pression élastique de Carte. La forme générale de cet appareil n'est plus la forme de ceux que nous venons de décrire ; ce n'est pas un appareil à arc, mais à armature articulée. Une remarque générale à faire sur tous les appareils de ce genre, c'est que la contre-pression s'exerce sur une large surlace, au moyen d'une gouttière, et que, grâce à la mobilité de l'armaure, on peut changer le point d'application de la pelote de pression sans déplacer tout l'appareil. L'idée pi'emière de ce mode de compression appartient à Lestrange, qui, en 1826, avait imaginé une armature de ce genre; mais pour être employé avec avantage son compresseur avait besoin d'être sin'fulièrement modifié et perfectionné. Les pièces de l'appareil de Carte sont une gouttière matelassée remplaçant les pelotes d'appui, et une armature articulée portant la pelote de pression. Cette armature se compose de deux branches, l'une verticale, l'autre horizontale ; la branche verticale est fixée à la gouttière ; c'est une tige creuse, cylindrique, dans laquelle peut se mouvoir en hauteur et tourner sur son axe, à la façon de la fiche d'un gond, une autre tige pleine et cylindrique aussi; on la fixe solidement dans la position voulue à l'aide d'une vis de pression. La branche horizontale est formée aussi de deux tiges renfer-

mées l'une dans l'autre ; l'une est prismatique et quadrangulaire, c'est la tige mobile qui portera sur la pelote ; elle peut glisser, comme un tiroir, dans l'autre tige, qui est disposée en coulisse et qui est fixée à sa branche verticale. Lu pelote est supportée, à l'extrémité de la branche horizontale, par une articulation connue sous le nom de jointure folle, qui permet de lui donner tous les degrés d'inclinaison. En observant la disposition de cet appareil on reconnaît que la pelote peut être portée dans tous les sens, dans toutes les directions, et fixée dans toutes les positions, au moyen du jeu de l'armature, sans que le corps même de l'appareil subisse un déplacement.

Il importe de signaler dans cet appareil le mécanisme ingénieux de l'écrou, auquel il doit son nom de compresseur à pression élastique; l'élasticité a été obtenue à l'aide du caoutchouc vulcanisé. L'appareil de l'écrou est constitué par deux plaques métalliques rectangulaires unies entre elles, parleurs bords, au moyen de deux pièces épaisses de caoutchouc vulcanisé ; ces deux plaques son traversées par une vis, mais tandis^ que la plaque supérieure est munie d'un écrou, la plaque inférieure présente une ouverture dans laquelle la vis l)asse sans frottement; la plaque inférieure est fixée sur l'armature par un cylindre métallique que la vis traverse également sans frottement. On comprend ce qui va se passer quand la vis sera mise en mouvement, et que la pelote rencontrera un obstacle ; la plaque inférieure reste immobile, bien entendu, mais la plaque supérieure à écrou, étant attachée à la plaque inférieure par un corps élastique, mettra en jeu l'élasticité de ces corps et s'éloignera de la plaque inférieure ; les pièces de caoutchouc seront tendues, et tireront plus ou moins sur la plaque supérieure entraînant avec elle la vis et la pelote de pression. Si l'obstacle est rigide, nous appelons obstacle le point sur lequel appuie la pelote, la tension du caoutchouc restera la même; mais, si l'obstacle cède un peu, le caoutchouc le suivra en appuyant toujours sur lui; si au contraire, par le fait de la tuméfaction des parties, l'obstacle tend à soulever la pelote, le caoutchouc se laissera distendre, et la pelote pourra être soulevée.

La compression exercée par cet appareil est, dans une certaine mesure, toujours égale à elle-même ; elle ne peut ni diminuer ni s'accroître, étant maintenue par une substance élastique qui suit avec docilité le mouvement des parties, les suivant, si elles s'affaissent, et se laissant distendre, si elles se tuméfient.

Une compression uniforme maintenue sur un point fixe provoque assez vite, comme on le sait, des douleurs intolérables; on les fait cesser en relâchant l'appareil, mais par ce fait même on rétablit la circulation, au grand détriment du traitement. Pour sortir du cercle vicieux formé par ces deux ternies, douleur et rétablissement de la circulation, on a imaginé de comprimer alternativement différents points de l'artère anévrysmatique. La première idée de la compression alternative appartient à Belmas, ainsi que Broca l'a établi preuves en main, elle a été vulgarisée surtout par Harrisson. Belmas, voulant traiter par la compression un anévrysme de l'artère poplitée, plaça deux compresseurs de Dupuytren sur le trajet de l'artère fémorale ; un de ces appareils était relâche pend ant que l'autre était en action, de telle façon que l'artère fut toujours comprimée sur un point de son parcours, mais que ce point ne fut, pas longtemps le même. L'idée était heureuse et féconde, mais sa réalisation par lo moyen qu'employait Belmas n'était ni complète, ni facile ; il fallut trouver un autre mode de compression alternative.

Rodgers, de New- York, imagina un compresseur à trois pelotes ; M. Reevs en

tit construire un à deux pelotes ; c'était une sorte de large bracelet de cuir supportant deux pelotes de compression, et muni de courroies qui le fixaient solidement autour du membre ; appareils fort défectueux sur la description desquels je n'insiste pas.

Compresseur a deux pelotes de Milliking. Il se compose d'une gouttière dans laquelle reposera le membre, d'un arc métallique fixé à cette gouttière, et enfin de deux pelotes de pression, du modèle ordinaire, disposées à l'extrémité de l'arc.

Compresseur a pression élastique de Broca. M. Broca a fait construire par (iharrière, pour le traitement des anévrysmes des membres abdominaux, un appareil dont je copie la description dans son livre. (Broca, des Anévrysmes, p. 850). « La compression est faite à l'aide d'une unique gouttière rembourrée, qui remonte jusqu'à la partie supérieure de la fesse et descend jusqu'à quatre travers de doigt au-dessus du genou. Une ceinture pelvienne fixe solidement cette gouttière à sa partie supérieure, et il suffit de serrer très-médiocrement la courroie inférieure, pour assurer définitivement la fixité de l'appareil. Le boi'd externe de la gouttière est rectiligne et parallèle à l'axe du membre. Le bord interne, au contraire, est échancré à sa partie supérieure, pour permettre à la gouttière de remonter jusque sous la fesse. Si l'on se contentait de cette disposition, l'instrument ne pourrait s'adapter que d'un seul côté, soit sur le membre droit, soit sur le membre gaucbe. On évite ce petit inconvénient en faisant échancrer les deux extrémités du bord interne de la gouttière. Une gouttière ainsi construite peut servir indistinctement dans tous les cas, quel que soit le côté malade. Il suffit, lorsqu'on veut la transporter du côté droit au côté gaucbe, de placer l'extrémité supéi'ieure en bas, et réciproquement.

La gouttière présente sur son côté externe une rainure longitudinale oîi s'adaptent les armatures. Une vis de pression permet de fixer chaque armature à volonté sur tous les points de la longueur de la gouttière. On peut ainsi placer deux ou plusieurs pelotes, les porter plus haut ou plus bas, comprimer l'artère où l'on veut et en autant de points qu'on le veut; si la peau menace de s'enflammer en un point, on peut faii'e la compression au-dessus et au-dessous, et cela sans déranger le reste de l'appareil. »

Le modèle de l'armature est celui de l'appareil de Carte, avec les modifications suivantes : M. Broca, trouvant que la gaine de caoutchouc qui forme le seul mode d'union des plaques leur permet des mouvements de latéralité, a fait adapter à la plaque inférieure deux tiges conductrices qui passent dans deux trous latéraux percés dans la plaque mobile; disposition analogue à celle que nous ont offert lescompresseurs de J.-L. Petit et de Dupuytren; ainsi maintenu, l'écrou mobile ne subit pas de déplacement dans le sens latéral.

Une autre modification porte sur l'armature elle-même : la branche horizontale est construite exactement sur le modèle de la brandie verticale, et les deux branches sont articulées l'une avec l'autre au moyen de la vis de Signoroni. Ce mécanisme, donnant aux branches une mobilité complète dans tous les sens, rendait inutile la jointure folle, qui a été remplacée par l'écrou élastique que nous venons de décrire.

M. Broca apprécie ainsi le compresseur qui porte son nom : « Sans avoir rien imaginé et sans avoir fait autre chose que de choisir et de combiner les meilleurs et les plus simples des mécanismes connus, je crois avoir obtenu un appareil supérieur à tous ceux qu'on a employés jusqu'à ce jour. »

DICT. ENC. XIX. 24

Compresseur a pression élastique de Mathieu. Cet appareil, construit sur les mêmes principes que celui de Broca, en diffère par quelques points que nous allons indiquer. Il se compose aussi d'une gouttière d'appui ou contrepression, mais l'armature de Carte a élé remplacée par deux demi-cercles d'acier fixés à charnière sur leurs supports, et pouvant être écartés ou rapprochés à volonté au moyen d'une vis de rappel qui écarte ou rapproche les deux valves de la charnière. Les supports glissent sur une tringle le long de la gouttière, et sont fixés dans la position voulue par une petite vis de pression. Fj'appareil qui soutient la pelote compressive est un peu compliqué. C'est d'abord une douille glissant dans les arcs métalliques, pouvant être arrêtée par une vis, et divisée à son collet par une charnière qu'on peut immobiliser après l'avoir dirigée dans un degré quelconque d'inclinaison. Cette douille supporte une sorte de chapiteau, formé de deux pièces métalliques percées dans leur milieu ; la pièce supérieure porte à chaque extrémité une petite baguette autour de laquelle s'enroule un ressort à boudin ; ces baguettes passent par des ouvertures pratiquées aux extrémités de la pièce inférieure mobile ; ajoutons que cette pièce est traversée par une vis horizontale qui permettra de la fixer à la tige. Le chapiteau est placé sur le plateau qui surmonte la douille et fixé à lui par les baguettes métalliques ; l'extrémité des ressorts à boudin appuie, sans y être fixée, sur la plaque mobile. Toutes ces pièces, percées dans leur milieu, sont traversées à frottement doux par une gaine taraudée à sa partie inférieure et renfermant la tige de la pelote, tige qui présente une disposition différente de celles que nous connaissons, car elle est munie d'un pas de vis seulement à son extrémité, ce pas de vis s'engage dans la partie taraudée de la gaine.

L'application et le jeu de cet appareil sont plus simples que ne pourrait le faire croire sa difficile description. Le membre étant placé et bien fixé dans la gouttière, et les ai'cs disposés et maintenus dans la direction et la position voulues, on fait descendre la gaine avec la tige de la pelote jusque sur l'artère, et alors on fixe la gaînc à la pièce mobile au moyen de la vis de pression ; dès lors tous les mouvements de l'appareil s'exécuteront à l'aide de la pièce mobile, puisque c'est à cette pièce qu'est attachée la gaine et par conséquent la tige de la pelote. Vient-on à faire avancer la tige en faisant marcher son pas de vis dans la gaîne, la pièce mobile sera repoussée, et repoussera en même temps les ressorts à boudin qui appuient sur elle ; dès lors la compression s'exécutera au moyen de ces ressorts. Quand l'appareil est disposé, les ressorts sont placés entre deux plaques, l'une fixe, l'autre mobile, qu'ils tendent à éloigner l'une de l'autre ; la pelote de compression tient par sa tige et sa gaîne à la plaque mobile, elle subit donc l'action des] ressorts, dont la pression est élastique et continue.

La substitution des ressorts à boudin aux lames de caoutchouc a l'avantage de remplacer des pièces facilement altérables par d'autres plus résistantes. Du reste, tout l'appareil est bien imaginé et intelligemment construit ; il constitue un bon compresseur

Compresseur de Bekjamii* Anger. (Appareil pour la compression permanente de l'artère fémorale.) Cet appareil se compose : 1° d'une gouttière en fil de fer, capitonnée, s'adaptant parfaitement au membre, sur lequel on doit la modeler et qu'elle recouvrira en dedans, en arrière, et en dehors ; 2" d'un coin de bois du volume du bras, recouvert d'ouate, placé à la partie postérieure et

interne de la gouttière, ayant pour but de repousser en avant l'artère fémorale, en formant en arrière un plan résistant sur lequel les adducteurs puissent s'appuyer ; 3° d'un système d'arcs métalliques destinés à supporter les tiges auxquelles sont fixées les pelotes.

Ces arcs sont forts, ils sont très-rapprochés du membre, ce qui permet d'employer des tiges très-courtes, ils glissent tout le long de la gouttière dans des^ tringles de fer sur lesquelles des vis de pression les maintiennent solidement. Des porte-tiges sont placés sur les arcs et peuvent être fixés sur un point quelconque de leur longueur.

Les tiges qui supportent les pelotes glissent dans un trou du porte-tige, et peuvent, au moyen d'une vis de pression, être immobilisées dans toutes les positions. M. B. Anger a préféré les glissements des tiges au mouvement assez len! d'une vis tournant dans une pièce taraudée.

L'arc métallique qui supporte la pelote inguinale doit avoir une courbure particulière, afin que la tige puisse être dirigée obliquement relativement à l'axe du membre, la pelote devant appuyer sur la branche horizontale du pubis.

L'auteur comprime l'artère en deux points : sur la branche horizontale du pubis, et au sommet du triangle de scarpa. 11 lui a paru impossible de la comprimer dans l'anneau du troisième adducteur.

Les pelotes doivent être très-petites, digiti formes , afin de pouvoir atteindre l'artère plus facilement, en évitant de comprimer une grande étendue de tissus.

M. Gaujot me paraît avoir justement apprécié ce compresseur, en disant : « Les améliorations réalisées par cet appareil, qui a été récemment appliqué avec succès sur un malade de la clinique de Velpeau, consistent dans l'emploi d'une gouttière modelée et dans l'adjonction du coin fournissant un point d'appui en arrière aux parties comprimées. Elles répondent à une idée juste, et paraissent devoir contribuer à augmenter les conditions favorables à la réussite de la compression. »

Compresseur de Mathieu, pour les artères do ruas ou de l'avant-rras. C'est un appareil à pression unique, fort simple dans sa construction. Il se compose d'une gouttière modelée sur laquelle le membre doit reposer, et d'une armature. L'aruiature est formée par deux montants d'acier verticaux, fixés aux bords de la gouttière, servant de points d'attache à une barre horizontale dont les extrémités munies de douilles s'engagent dans ces montants, pouvant glisser sur eux dans toute leur longueur, et être fixés sur un point quelconque par une vis de pression ; cette barre, représentant un pont jeté sur le membre, est cylindrique et creuse à son intérieur, ouverte par une rainure dans toute son étendue, formant ainsi une sorte de canal ; une pièce métallique en partie cylindrique, portant une petite plaque taraudée, glisse à frottement dans ce canal, et dans l'ouverture taraudée s'engage une tige à vis dont l'extrémité appuiei-a sur la pelote de pression. Le mode d'application de cet appareil est très-simple; le membre étant placé dans la gouttière on disposera la barre horizontale au-dessus et à une petite distance de l'artère, puis on conduira la pièce mobile à la hauteur du point précis oîi doit se faire la compression.

Appareil a pression élastique, de Velpeau, pour la compression continue ET alternante DES ARTÈRES DU MEMBRE SUPÉRIEUR. Cet appareil est la reproduction exacte, dans de moindres proportions, du compressiair fémoi-al de

Broca. M. Velpeau l'a employé pour comprimer l'artère radiale dans mi cas de tumeur sanguine de la main.

Appareil a pression élastique, de Michon, pour la compression continue et

ALTERNANTE DES ARTÈRES DU MEMBRE SUPERIEUR. MicllOn a employé plusicurS fois

cet appareil compresseur qu'il avait imaginé. Ce qu'il présente surtout de particulier c'est la façon dont l'élasticité est obtenue. Une gouttière matelassée, dans laquelle le membre sera reçu, supporte l'armature de l'appareil ; elle comprend d'abord un arc d'acier fixé au côté interne de la gouttière, puis un ressort en spirale, analogue à celui de Marcelin Duval, disposé au côté externe ci diamétralement opposé ; l'extrémité libre de l'arc s'engage dans l'extrémité libre du ressort, et réunis ainsi ils forment au-dessus du membre un demi-cercle complet. Le ressort est assujetti à la gouttière par une mortaise dans laquelle glisse son extrémité, et peut être fixé par une vis de pression ; on peut lui donner plus ou moins de tension par les mouvements imprimés à cette extrémité. Deux tiges horizontales glissent sur l'arc métallique au moyen de bagues avis qui servent à les fixer dans la position voulue. Les pelotes, avec leurs vis, sont supportées par ces tiges horizontales au moyen de porte-pelo!es en forme de douilles qui s'engagent à frottement dans ces tiges, et sur lesquelles des vis de pression les fixent au degré d'inclinaison convenable. Les longues vis des pelotes traversent un écrou dont les porte-pelotes sont munis. On voit que la partie élastique de cet appareil est l'arc de cercle auquel vient se fixer l'arra;!lure qui supporte les pelotes.

Appareil de Charrière pour lv compression continue et alternante dE'^ carotides. C'est une sorte de collier, analogue à celui qu'on emploie pour le redressement des torticolis, et une armature supportant les pelotes, s'adaptaiit à''cc collier. Un premier collier, solide et bien rembourré, modelé sur le cou et les épaules, supporte un second collier métallique entourant le cou à sa partie supérieure. Ces deux colliers réunis en avant par deux tiges solides s'articulent à charnière en arrière, de telle sorte qu'on puisse les écarter pour les placer autour du cou. Ils représentent deux anneaux entourant l'un la partie inférieure du cou, l'autre la partie supérieure. Une tige verticale à crémaillère, munie d'un ajutage qui peut être arrêté chez elle à différentes hauteurs, est fixée à l'extrémité du diamètre transversal du collier inférieur. Dans une ouverture quadrangulaire dont est percé l'ajutage glisse à frottement une barre quadrangulaiic aussi, placée horizontalement ; elle peut être maintenue par une petite vis eu un point déterminé ; cette barre se recourbe en avant du cou et c'est sur la partie coudée que sont disposées les pelotes de pression à l'aide d'un curseur qu'on peut fixer à volonté, percé de deux ouvertures taraudées dans lesquelles s'engagent les tiges à vis. De plus, les pelotes sont retenues sur leurs tiges par une articulation libre, afin qu'on puisse leur donner différents degrés ■d'inclinaison dans lesquels les maintient une vis de rappel.

Appareil de Bourgery, pour la compression continue et alternante de l'artère sous-clavière. Cet appareil, assez compliqué, se compose d'une pelote de support et d'une armature. La pelote, bien rembourrée, destinée à être appliquée au-dessous de la clavicule, a une forme rectangulaire ; elle est plus épaisse du côté qui doit correspondre au creux sous-coracoïdien qu'à celui qui correspond à l'articulation sterno-claviculaire. Elle peut être appliquée au côté gauche ou au côté droit, en étant retournée en sens inverse pour chacun de ces côtés. Elle est cousue à une plaque de cuivre à laquelle s'adapte et que re-

couvre exactement, au moyen de mortaises et de clefs tournantes, une solide plaque d'acier. Des boutons placés aux extrémités de la plaque retiennent les courroies qui servent à maintenir cette première partie de l'appareil. Une lame d'acier, de forme triangulaire, est retenue sur la plaque par une des extrémités iiu moyen d'une vis qui ne la fixe pas complètement, de sorte qu'elle peut se mouvoir latéralement. Une autre plaque d'acier, en forme de fer à cheval, rembourrée, et munie de courroies de contention vient s'articuler avec les extrémités de la lame mobile ; c'est dans l'intervalle de ses branches que passera la pelote de compression. Enfin, on fixe par sa base sur la lame tournante un levier coudé, dont l'extrémité supérieure est formée par une cavité hémisphérique destinée à recevoir la boule d'une petite tige horizontale qui supporte l'appareil définitif de compression, c'est-à-dire les pelotes avec leurs vis de rappel. La boule de la tige horizontale pouvant tourner en tout sens dans la cavité qui la reçoit, il sera facile de donner aux tiges qu'elle supporte une inclinaison convenable ; une petite vis fixe la boule dans la position adoptée. La pelote a la forme d'un cône allongé qui lui permet de pénétrer dans les intervalles inter-mnsculaires.

Quand on veut appliquer cet appareil il faut placer d'abord la grosse pelote de soutien, adapter sur elle la lame tournante avec celle en fer à cheval, et fixer solidement ces différentes pièces au moyen des courroies qui viennent s'attacher à un bandage de corps ; puis on dispose l'appareil compresseur sur la plaque destinée à le soutenir.

La compression de la sous-clavière a été pratiquée par Desault et d'autres chirurgiens, mais ils employèrent des appareils fort incomplets, remplissant mal le but qu'on se proposait d'atteindre. Edwards a employé pour comprimer la carotide et la sous-clavière un appareil construit sur les mêmes principes que celui de Bourgery.

Appareil a pression élastique de Nélaton poor l'aorte abdominale. Cet appareil est formé par une large gouttière matelassée s'adaptant à la partie postérieure du tronc, aux extrémités de laquelle s'attache un arc d'acier formant le demi-cercle ; la pelote de compression est supportée par cet arc au moyen d'une bague qui glisse sur lui et qu'une petite vis peut maintenir fixe : la tige verticale de la pelote passe dans l'exti-émité taraudée d'une tige d'acier fixée horizontalement à la bague. La bague peut être déplacée dans tous les sens le long de l'arc et autour de lui, ce qui permet de donner à la tige de la pelote une inclinaison quelconque. L'élasticité de la compression est obtenue au moyen d'un ressort en spirale adapté à la pelote.

Cet appareil a été employé au moins deux fois par M. Nélaton ; il a été employé aussi par M. Legouest dans un cas d'anévrysme de l'artère fessière, pour suspendre le cours du sang, pendant que ce chirurgien poussait une injection de perchlorure de fer dans la tumeur anévrysmale.

Compresseur polvdactylb? a pression élastique et graduée de J. Roux, applicable A toutes les artères, m. J. Roux, à l'aide de modifications de détail apportées à son appareil à fractures, en a fait un compresseur applicable à toutes les artères. On sait que la charpente de l'appareil là fractures est constituée par une planche percée de trous symétriques, assez rapprochés les uns des autres, dans lesquels doivent s'engager des chevilles. Pour faire la compression des artères, le chirurgien de Toulon remplace les chevilles qui servent à maintenir les membres fracturés par des armatures portant des pelotes. Ces armatures sont

construites sur deux modèles différents; les unes sont formées de deux lames métalliques dont l'une est coudée, glissant en partie l'une sur l'autre, retenues dans une position fixe par des vis de pression, et munies d'ouvertures taraudées destinées à recevoir la tige à vis de la pelote ; quand les deux lames sont réunies, l'armature représente une sorte de potence. L'armature du second modèle a à peu près la même figure, mais elle est formée d'une seule lame i^ecourbée en arc et bifide dans une partie de sa longueur, elle n'est donc pas trouée comme l'aulrc; c'est dans l'intervalle que laissent entre elles les deux portions de la lame que passent les tiges des pelotes. Dans ce second modèle, les bords des lames concaves forment une rainure dans laquelle glissent des boules taraudées construites de manière à s'adapter à ces rainures. Ces armatures se fixent à la planche en s'engageant dans les trous de la même façon que les chevilles. Dans cet appareil, c'est la pelole elle-même qui est élastique; elle est composée de deux parties : l'une est faite de deux plaques métalliques renfermées dans un cylindre, unies entre elles par un ressort à boudin, traversées par la tige à vis ; l'autre est la pelote proprement dite, en liège, recouverte d'une peau douce, ayant une forme ovalaire et conique, ressemblant autant que possible à l'extrémité d'un doigt ; elle se visse sur la partie supérieure, ce qui permet de la changer à volonté. Les vis étant engagées dans les trous taraudés des lames ou des boules, on dispose les pelotes à leurs extrémités. Lorsque la vis entre enjeu, les plaques de la pelote s'écartent l'une de l'autre; leur écarlement peut se mesurer sur une petite tige graduée, et on sait que chaque ligne de la graduation indique une pression ou une force de 500 grammes. De plus, un niveau d'eau annexé au compresseur indique l'amplitude et les variations de la tension circulatoire.

Quand on veut appliquer cet appareil, on place le membre sur la planche de support, on le maintient à l'aide des chevilles, et on dispose les armatures •dans la direction de l'artère. Pour faire la compression alternante on peut, ou se servir de deux armatures, ou placer deux pelotes dans une seule armature.

Cet appareil peut rendre de bons services, surtout pour la compression des artères iliaques et sous-clavières, mais il n'est pas d'une application commode, et il ne faut pas trop compter sur sa solidité.

Je crois utile d'ajouter à la description de ces différents appareils construits par (les fabricants, celle de compresseurs qu'un chirurgien, dépourvu de ressources instrumentales, peut établir facilement lui-même. Ces derniers, du reste, ont fait leurs preuves et ils peuvent parfaitement supporter la comparaison avec les compresseurs mécaniques.

Appareil compressif de Ch. Sarazin. Voici comment M. Sarazin décrit son appareil : « Nous entourons tout le segment du membre sur lequel doit porter la compression d'une couche d'ouate ou d'une bande de flanelle, puis de deux ou trois bandes solidifiées au moyen de la dextrine ou mieux du silicate de potasse. Tout mélange solidifiable un peu résistant peut remplacer ces deux substances. Le membre se trouve emprisonné, mais non comprimé, dans un appareil inamovible, exactement moulé sur lui. Sa solidification une fois obtenue, nous dessinons sur la surface de l'appareil le trajet de l'artère, et, sur ce trajet, nous pratiquons deux fenêtres ovales ayant les dimensions des pelotes compressives ordinaires. Nous taillons ces dernières dans du liège, en leur laissant de cinq a huit centime Ires de hauteur, suivant la profondeur à laquelle elles doivent agir.

Placées sur l'artère et séparées de la peau par la couche de coton cardé ou de flanelle, elles sont assujetties au moyen d'une bande en caoutchouc dont les tours, en se multipliant et en se superposant, augmentent à volonté la compression de l'artère sans comprimer le membre protégé par l'appareil. On peut, si on le juge nécessaire, placer en dedans des bandes solidifiées, le coin de bois de B. Anger, ou même l'applicpier en dehors de l'appareil qu'il déprime avant la solidification et le retirer lorsque la carapace a acquis une dureté suflisante. » {Gaz. méd. de Strasbourg, du 25 novembre 18G7, et DicL. de med. et chir. prat. Article : Compresseurs.)

Cet appareil me paraît satisfaire aux principales indications que doivent remplir les bons compresseurs, la solidité, l'énergie graduée, l'élasticité de la compression; mais je lui reprocherai de masquer l'état des parties, et, peut-être, car je ne l'ai jamais vu appliquer, de ne pouvoir pas être supporté si le membre vient à s'œdématier.

CoMPKEssEUKs DE BoNNET ET Garin. Lc doctcur Bounct, de Lyon, a employé ce compresseur sur lui-même; il était atteint d'un anévrysme de l'artère poplitée. « Cet appareil se compose d'un bâton gros comme quatre doigts et long de 45 centimètres ; il est armé, à l'une de ses extrémités, d'une pelote de coton recouverte d'un manchon en caoutchouc; à l'autre, il est percé d'un trou transversal dans lequel passe à glissement une corde longue de 40 centimètres. Cette corde est interrompue, de chaque côté, par un anneau de caoutchouc, et porte à chaque bout un crochet en fil de fer. A droite et à gauche du lit est attachée une autre corde terminée par une boucle.

Pour poser l'appareil, il faut passer les crochets dans les boucles des cordes latérales du lit, coucher le bâton sur le ventre, la pelote étant placée au niveau du point à comprimer ; puis, sur ce point comme base, relever le bâton à la manière d'un mât, jusqu'à ce que la corde transversale soit suffisamment tendue sans amener le bâton jusqu'à la perpendiculaire. Dans cette situation, il est fixé par son extrémité supérieure, à la faveur d'un lac attaché au pied du lit. Le point difficultueux est de donner à la corde transversale une longueur qui permette de faire une compression convenable, tout en laissant le bâton légèrement incliné; mais, après quelques tâtonnements, on y arrive toujours. » (Communication du docteur Desgranges. Société de chirurgie, séance du 6 octobre 1869.)

Appar'eils employés pour la compression des veines. Le traitement babituel des varices, traitement palliatif, est la compression périphérique. On a recours, pour l'exercer, aux bandages lacés et aux bandages élastiques.

Le bandage lacé représente une sorte de guêtre, en coutil ou en peau di; chamois, faite sur mesure. Il convient, quand on l'applique, de recouvrir d'abord le membre d'un linge fin ou d'une mince couche d'ouate. Ce bandage doit envelopper le membre tout entier ; il se lace sur le côté externe.

Le bandage élastique est un véritable bas ordinaire fait avec un lissu spécial, tissu fabriqué avec des fils de caoutchouc vulcanisé entoui^és de fils de chanvre, de coton, de laine ou de soie.

Ces bas portent différents noms suivant la fabrication particulière du tissu élastique. On connaît surtout le bas élastique anglais, fait de toutes pièces avec un tissu de caoutchouc et de coton, et le bas élastique de Bourjeaurd, construit avec des bandelettes cousues en spirale.

La compression élastique a un grand défaut, c'est qu'elle s'exerce d'une façon

constante et qu'elle n'est pas suspendue par le retrait des parties ; beaucoup de malades ne peuvent pas la supporter. L'action de la guêtre lacée est plus facile à graduer, et lorsque la compression exercée par elle a vidé les veines superficielles, provoqué la résorption de la sérosité, en un mot, que l'effet utile est produit, la guêtre devient un appareil de soutien cessant de comprimer des parties qui se sont affaissées.

Compresseur de Sanson. Sanson avait cherché à obtenir la guérison des varices par la compression médiate, ou à travers la peau, des veines variqueuses, suivant un procédé analogue à celui de Breschet pour la cure du varicocèle. Le compresseur de Sanson se compose de deux petites plaques métalliques ou pelotes, recouvertes de peau, ayant la forme d'un ovale très-allongé, fixées chacune à une lame d'acier coudée à angle droit. A chaque lame est rivée une tige à écrou horizontale, qui passe dans une ouverture correspondante de la lame opposée ; en serrant les écrous de ces tiges on rapproche les lames l'une de l'autre, et par conséquent on rapproche aussi les pelotes qu'elles supportent. Pour ajouter à la force et à la régularité du jeu de l'appareil, une troisième tige horizontale, non munie d'écrou, est fixée à une des lames, entre les deux tiges indiquées, et, comme celles-ci, passe dans une ouverture pratiquée sur l'autre lame. Cet appareil est de petite dimension. Pour l'appliquer on soulève la veine un peu au-dessus du point où existent les varices, et on la saisit entre les deux plaques. J'ajoute que ce procédé a été reconnu insuffisant, et qu'il n'est jamais employé aujourd'hui.

Je termine par l'indication de quelques appareils destinés à exercer la comssion sur d'autres parties que les vaisseaux sanguins dans le traitement de certaines maladies ; sans revenir sur les explications données au commencement de cet article, je rappelerai qu'il n'est pas question ici de divers instruments auxquels on a donné à tort le nom de compresseurs.

Les appareils de Bourjeaurd, proposés pour pratiquer la compression dans le traitement des kystes de l'ovaire, ne sont autre chose que des ceintures construites en tissu élastique, assez larges pour embrasser toute la région abdominale, assez serrées pour pouvoir exercer une forte compression sur la surface des parties auxquelles elles sont appliquées.

M. Ant. de Beaufort a imaginé des appareils de compression fort ingénieux, auxquels il donne le nom d'appareils à compression aérienne. Ils se composent d'un sac résistant et imperméable à l'air, s'appliquant le plus exactement possible sur la partie qui doit être comprimée et maintenue sur elle par un bandage ordinaire peu serré. Quand ces pièces sont en place, on insuffle dans le sac, avec une pompe foulante, une quantité d'air suffisante pour donner à l'appareil la tension voulue. Le sac à air comprimé se trouve entre deux résistances, la bande et les parties sur lesquelles il est appliqué, et ses parois exercent sur toute la surface de ces parties une compression due à la force d'expansion du gaz, qu'on peut régler à volonté. Ce mode de compression, sans avoir tous les avantages que lui attribue son inventeur, lesquels, selon lui, doivent en faire une méthode d'une application générale, pourra être utilement employé dans certains cas déterminés.

Le docteur Neil Arnolt s'était déjà servi d'un coussin à air pour pratiquer la compression des tumeui's du sein ; son appareil, analogue à ceux de M. de Beaufort, est décrit dans l'ouvrage de M. Walshe. {On nature and Treatement of Cancer. Walshe, London, 1846.)

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