‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.19Chapitre 33 sur 48 · CONJUGAISON CHIMIQUE · texte numérisé non relu

CONJUGAISON CHIMIQUE

la combinaison d'un premier acide minéral ou organique avec un composé organique défmi, acide ou neutre, ou avec l'ammoniaque, porte d'après certaines théories chimiques le nom d'acide conjugué ou copule. Mais le sens de ces expressions n'a jamais été bien défini ; il a varié suivant les époques, si bien que pour les chimistes d'aujourd'hui il n'existe plus de composés conjugués. Les faits que l'on avait groupés d'après cette qualification ne sont plus que des phénomènes de substitution. En somme, le sens quelconque des mots conjugaison chimique, composés conjugués, composés copules, a quitté les laboratoires et les écoles, pour se confiner dans l'histoire de la science. Disons-le encore une fois, toutes ces appellations surannées et délaissées ne rappellent que des phénomènes de substitution, régis par des lois bien connues et encore mieux définies, et qui par cela même écartent les interprétations incertaines et hasardées.

Toutefois, sans vouloir empiéter dans le domaine de la chimie, nous croyons qu'il ne sera pas sans quelque intérêt, ne fût-ce que l'intérêt de la curiosité satisfaite, de faire connaître brièvement à nos lecteurs les fortunes diverses des mots conjugaison chimique, mots qui pendant 20 ans ont très-souvent retenti dans les ouvrages ainsi que dans les écoles.

En 1839, Gerhardt admit qu'il existe trois classes de combinaisons bien distinctes.

1° Combinaisons salines dont le caractère est l'éliminabilité directe de deux termes de la combinaison, par un autre terme du même ordre, suivant son attraction ou sa solubilité.

2" Combinaisons par substitution, qui se réalisent lorsque, deux corps agissaut l'un sur l'autre, il s'en sépare un composé de constitution très-simple tel que l'eau (HO) ou l'acide chlorhydrique (FICl), tandis que les éléments restants demeurent unis.

3" Combinaisons par accouplement que présentent les acides et les bases oxvgénés en s'unissant à des corps qui ne sont pas des oxydes métalliques et qui n'en altèrent pas la capacité de saturation. Pour Gerhardt, l'acide sulfurique, et comme lui un grand nombre d'autres acides oxygénés, peuvent s'accoupler (se conjuguer) avec des corps qui ne sont pas des oxydes métalliques, et particulièrement avec des substances organiques neutres, lesquelles modifient les propriétés de ces acides, sans en altérer la capacité de satui'ation.

En 1842, MM. Dumas et Piria, après avoir rappelé l'existence de l'acide sulfobenzoïque que Mitscherlich avait obtenu, en soumettant l'acide benzoïque à l'action de l'acide sulfurique anhydre (acide bibasique qui exige deux équivalents d'une base pour devenir sulfate neutre), donnèrent à cet acide le nom à'acide conjugué (copule de Gerhardt) et essayèrent de se rendre compte de la constitution des acides polybasiques, tels que les acides tartrique et citrique, eu les considérant comme des acides conjugués, dérivés de deux acides plus simples.

MM. Dumas et Piria considéraient donc comme conjugués des acides résultant de la réunion de deux ou plusieurs acides, sans aucune perte de leur basicité respective, et ils appliquaient celte idée non-seulement aux acides renfermant les éléments d'un acide minéral, comme l'acide sulfobenzoïque, par exemple, mais encore à des acides organiques, dont ils cherchaient ainsi a découvrir la constitution.

Environ à la même époque, Berzélius adopta aussi le terme copule ou conjugué en lui donnant un sens différent. Pour lui ces expressions indiquaient

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des composés engendrés par l'union d'une substance active (exemple : acide oxalique) avec une substance passive ou copule. Il admettait que le chlore ne iwuvait se substituer qu'à l'iiydrogène qui faisait partie de la copule et jamais à celui qui faisait partie de la substance active. En un mot, Berzélius, dominé par les idées électro-chimiques, ne pouvait dans aucun cas envisager les composés conjugués comme formés par l'union de composés binaires opposés par la nature de leur électricité. Ainsi l'eau, les oxydes mé(alli({ues et les oxydes des iradicaux organiques, qui leur correspondent, étaient supposés capables de se •combiner avec les acides, ou corps électro-négatifs, conformément à la règle générale ; l'union de tous les autres corps était appelée copulation.

Remarquons que tous les chimistes, qui depuis 1839 jusqu'à 1842 se sont occupés de la conjugaison chimique, subissaient la pression de la théorie dualistique. Si, soustraits à cette pression, ils avaient formulé l'acide acétique par exemple, non pas par la notation C*H^O% mais par la notation C*IPO*; si, au iieu de la formule SO^ pour l'acide sulfurique, ils avaient adopté la formule SHO*, ils auraient vu que l'acide sulfo-acétique, acide conjugué, se forme aux dépens de ces deux acides avec élimination d'eau :

C*IPO* -\- 2S110' = C*H*S^O'" + 2110

Aussi, en 1845, Gerhardt, revenant sur sa première définition, donnait-il le nom de corps copules à tous les composés formes par l'union de deux corps avec élimniation d'eau, et capables de reproduire les corps générateurs en fixant de nouveau les éléments de l'eau. Par cette nouvelle définition Gerhardt allait trop loin, car il faisait entrer à peu près tous les corps organiques dans la classe des corps copules, et il faisait même entrer les sels, qui eux aussi se produisent avec élimination d'eau dans l'action réciproque des acides et des bases.

En même temps qu'il proposait cette définition qui outrepassait le but, Gerhardt posait une loi qui, suivant lui, pouvait servir à déterminer dans tous les ■cas la basicité d'un produit conjugué. En appelant B la basicité cherchée, h et h' les basicités des deux corps entrés en réaction, et n le nombre des molécules réagissantes, on aurait eu : B = & + 6' — (n — 1 ) .

Mais pour que cette loi fût exacte, il aurait fallu substituer le mot atomicité au mot basicité. Sans cela, on s'exposait à considérer comme monobasiques des corps qui sont diatomiques.

D'un autre côté, en employant le mot atomicité, Ja loi n'était plus applicable aux produits conjugués appartenant à la classe des éthers. Ce démenti donné à la loi provenait de ce que Gerhardt réunissait des corps très-différents dans le même groupe des composés conjugués. De son temps on n'avait pas encore sur la constitution des corps les notions que nous avons acquises depuis, et il lui était difficile par conséquent de fiiire entrer dans le même groupe seulement les composés qui répondaient à sa loi.

En étendant aux radicaux eux-mêmes l'idée de la conjiigaison, Gerhardt a ouvert la voie à la création de ces formules de constitution, que l'on emploie aujourd'hui et qui servent à exprimer les réactions dans lesquelles les radicaux ne se conservent pas intacts. « Pour rattacher, dit-il dans son traité de chimie, deux ou plusieurs systèmes de double décomposition d'un même corps, il est souvent avantageux de représenter celui-ci par un radical conjugué, c'està-dire composé de plusieurs radicaux dont chacun rappelle un semblable sys-

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