‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.19Chapitre 40 sur 48 · ANNÉES · texte numérisé non relu

ANNÉES

(loi DD 16 AVRIL 1852).

(art. 164 Dn CODE civil).

CO.NSANGULNITE. 705

Ce tableau montre que les dispenses accordées ont doublé en treize ans ; c'est là un résultat intéressant et d'autant plus important qu'il est incontestable. Donc, de nos jours, ou bien les demandes sont plus nombreuses, ou bien les dispenses sont plus facilement accordées, et cependant, dans ces dernières années, la population est inférieure à ce qu'elle était avant 1870.

Puisque nous en sommes à discuter la statistique judiciaire, qu'il nous soit permis de signaler une lacune qu'il serait, il nous semble, très-facile de combler. Cette statistique indique le nombre de séparations de corps avec certains renseignements d'une importance réelle. Ne pourrait-on ajouter à ceux-ci le degré de parenté, lorsqu'il existe? Rien de plus facile à établir dans ces longues et minutieuses enquêtes si bien faites par nos magistrats. Il a semblé à quelques hommes de loi, que nous avons consultés sur ce sujet, que, toute proportion gardée, les séparations de corps, dans les mariages consanguins, sont fréquentes. On comprend en effet que l'habitude, les relations antérieures inévitables par suite de la parenté, puissent relâcher l'autorité d'un chef de famille, et lui enlever un peu de son prestige ou de son ascendant. S'il en est ainsi, ce serait un puissant argument contre ces mariages ou contre les nombreuses dispenses qui les permettent, la loi ne devant pas autoriser des liens qu'elle se voit plus tard obligée de l'ompre. Puisque nos statistiques françaises sont, on peut le dire, supérieures à certains points 'de vue à celles des autres pays, nous devons constamment faire des efforts pour les améliorer.

C'est ainsi qu'en Angleterre l'héritier d'un nom célèbre, M. G. Darwin, a cherché par des procédés nouveaux à établir le nombre des mariages consanguins dans ce pays. Son mémoire, lu à la Société anglaise de statistique, a été parfaitement résumé dans le journal la Nature, par M. Jacques Bertillon.

Voici les questions préalables que s'est posées le fils du célèbre naturaliste :

1° Quel est, dans la population en général, le rapport des mariages consanguins aux mariages en général ?

2" Quel est, dans les asiles d'aliénés, de sourds-muets et d'aveugles, la "proportion des pensionnaires issus de consanguins, à la population totale des asiles? Suivant que ce second rapport sera supérieur au premier, ou qu'ils seront égaux, on pourra conclure au danger ou à l'innocuité de ces unions.

Par des méthodes très-originales, mais cependant assez précises, puisqu'elles se sont contrôlées l'une l'autre, G. Darwin est arrivé à ces résultats : en Angleterre, la proportion des mariages contractés entre cousins du même nom est d'environ 0,75 pour 100 des mariages en général, le rapport des cousins germains de même nom aux cousins germains de nom différent est environ de un quart; la proportion des mariages entre cousins germains est environ de 2 à 3 pour 100; à Londres, la proportion des mariages entre cousins germains s'abaisse à 1,5 pour 100; dans les districts ruraux elle arrive à 2,5; dans les classes aisées elle monte à 3,5 ; dans l'aristocratie elle s'élève jusqu'à 4,5. Ces deux derniers chiffres ont été tirés de l'étude de YArmorial anglais et d'un autre livre de généalogie, le Biirke's Landed Gentry.

G. Darwin a fait faire des enquêtes dans une vingtaine d'asiles d'aliénés, et dyns un certain nombre d'institutions de sourds-muets et de jeunes aveugles. Il a pu avoir des renseignements sur les familles de 4,822 aliénés. Sur ce nombre, 170 (soit 5 à 4 pour 100) étaient issus de cousins germains.

Sur 366 sourds-muets de naissance, dont la famille a pu être connue, 8 seu-

DICT. ENC. XIX. 45

lemeui (soit 2,2 pour 100) élaient issus de cousins germaius. C'est à peu près le chiffre que nous avons trouvé avec M. Ladreit de Lacharrière.

M. J. Bertillon termine par ces réflexions judicieuses : En 1871, le recensement fut présenté à la Chambre anglaise. Quelques savants, parmi lesquels l'illustre Lubbock, proposèrent d'ajouter au questionnaire une ligne relative aux mariages consanguins. Cette proposition excita le rire. « Les hommes de loi et les marchands qui composent la Chambre n'y virent que l'expression d'une

vaine curiosité de savant et la rejetèrent dédaigneusement Quand donc se

doutera-t-on qu'il faut étudier la société avant de songer à la gouverner? »

La Statistique de France consacre un chapitre spécial aux mariages consanguins (mouvement de la population pendant les années 1861, 1862, 1865, 1864, 1865, chap. v, p. 54). Elle les assimile complètement aux mariages entre parents ou alliés. « On donne ce nom aux mariages contractés entre parents très-rapprochés : tantes et neveux, oncles et nièces, beaux-frères et bellessœurs, cousins germains. En moyenne, pour 100 mariages de cette nature, il \ eu a 2 de la première catégorie, 4 de la seconde, 19 et 20 de la troisième, cl 75, c'est-à-dire les trois quarts de la dernière. »

En 1853, une circulaire administrative*, inspirée par M. Legoyt, prescrit de relever non-seulement les mariages entre cousins germains, mais encore entre cousins issus de germains. De là un accroissement que l'on peut constater dans ces mariages à partir de la même année.

Le travail de statistique que nous avons entrepris et que nous allons maintenant exposer a été fait avec les résultats qui nous ont été fournis par la statistique de France (de 1861 à 1872). M. Loua, chef du bureau de la statistique au. ministère du commerce et des travaux publics, a bien voulu mettre à notice disposition les mêmes renseignements, non encore publiés, pour les années 1873 et 1874. Notre statistique porte donc sur quatorze années. Les conséquences que l'on pourrait tirer d'un semblable travail auraient une grande portée sociale, si on était absolument certain des documents fournis^par l'état civil. Aussi, nous nous plaisons à le i-épéter, nos conclusions sont en rapport avec les bases qui ont servi à les établir. La valeur de celles-ci détermine rimportance de nos résultats. Quoi qu'il en soit, nous pensons que notre travail n'aura pas été inutile, car il

' Cette cii'culaire da 24 novembre fut adressée aux préfets par M. le ministre de l'agriculture, du commerce et des travaux publics.

« BI. le préfet, la question si vivement débattue en ce moment dans les corps savants, de t'influence des mariages consanguins sur l'aptitude physique des générations qui en sont issues, donne un importance toute particulière aux indications que le tableau du mouvement annuel de la population doit me fournir sur le nombre des mariages.

« Or, les renseignements puisés aux sources les plus sûres m'autorisent à croire que ces indications sont très-notablement incomplètes en ce qui concerne les mariages entre cousins germains. Il est d'ailleurs facile de se rendre compte des omissions de cette nature, quand on songe que les mariages dont il sagit, n'étant pas, comme ceux qui peuvent avoir lieu entre beaux-frères et belles-sœurs, oncles et nièces, tantes et neveux, l'objet d'une prohibition légale, l'autorité locale n"a aucun moyen de les connaître.

(f. Je viens donc vous prier, monsieur le préfet, de vouloir bien par des instructions spéciales inviter MM. les maires à s'assurer, par une interpellation directe aux futurs époux, lorsque les pièces produites ne leur fourniront aucun renseignement sur ce point, s'ils sont ou non parents au degré de cousin germain et môme de cousin issu de germain.

« Ces instructions devront leur parvenir au plus tard dans le courant de décembre prochain.

« Recevez, M. le préfet, etc., etc....

« Armand Béiiic. »

CONSANGUIINITE. 707

met eu lumière certains faits nouveaux, et d'ailleurs, en ce moment, il n'est pas possible d'asseoir sur d'autres fondements de pareilles études.

Rappelons comment est faite la statistique de France, celle de 1872, par exemple. La population est partagée en trois grandes divisions, que nous avons adoptées, même pour les années précédentes (1861 à 1869) qui n'étaient pas l'objet d'une semblable distinction, parce qu'il nous semble que la question est ainsi présentée dans trois milieux sociaux bien distincts.

1» Le département de la Seine, oîi la densité de la population est an maximum, soit de 2,220,060 babitants.

2° La population urbaine, qui vit dans les localités (sauf la Seine) oii il y a plus de 2,000 babitants. Elle compte 8,995,995 individus.

5« La population rurale formée par le reste du territoire. Elle compte 24,888,904 ou plus des deux tiers de la population totale de France.

Yoici comment se sont répartis les mariages, contractés en 1872, dans ces différentes collectivités :

Département de la Seine 23,131 ou 1,13 0/0,

Population urbaine 86,428 ou 0,96 0;0,

Population rurale 241,195 ou 0,91 0/0.

Ainsi, les mariages sont plus fréquents dans les villes et surtout à Paris (y compris la banlieue) que dans les campagnes. Il est vrai qu'une grande partie de la population adulte de celles-ci émigré vers les villes, ce dont il faut bien tenir compte, mais en recherchant quelle est la population mariable dans la Seine et dans les autres départements, on voit qu'elle est dans la Seine de 55 p. 100 et dans les autres déparlements seulement de 25 p. 100.

Dans la Seine, le rapport des mariages à la population est de 7 p. 100, dans le reste de la France il est de 8,1 p. 100. Donc, en réalité, on se marie moins dans la Seine, quoique les mariages y paraissent plus nombreux. Il faudrait pour bien résoudre ce problème que la statistique put nous renseigner sur le nombre de Parisiens et celui des provinciaux se mariant dans le département de la Seine.

Etudions maintenant les relevés statistiques des mariages consanguins en France de 1861 à 1874. Nous les avons résumés dans quatre tableaux que nous allons successivement étudier.

Le tableau (1) montre qu'il y en a toujours en France plus de 5,000 par an : en moyenne 5,556. Pendant cette péi'iode, on voit très-nettement accusée l'influence des événements de 1870-1871, et l'année 1872 est marquée par un accroissement notable (surtout pour les mariages entre beaux-frères et bellessœurs. Il est bien entendu que nous n'avons pas tenu compte de ceux-ci dans nos différents calculs. Si nous les mentionnons toujours à part, c'est qu'il nous a semblé intéressant de ne pas négliger un élément qui a une importance incontestable au point de vue des conséquences sociales).

Pendant ces quatorze années, les mariages consanguins sont restés à peu près stationnaires. Toutefois, ils semblent diminuer dans ces dernières années (seuls, les mariages entre beaux-frères et belles-sœurs suivent une marche ascendante très-manifeste) .

Sur 100 mariages de tous genres, en France, on compte :

0,021 mariages entre neveux et tantes, 0,058 — oncles et nièces,

1,131 — cousins germains,

1,212 mariages des trois catégories.

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