COLLYRES
5 grammes ; eau distillée, 5 grammes. Quelques gouttes iustillées entre les paupières, contre les taies de la cornée et les ophthalniies chroniques.
Collyre au sulfate de cuivre. Sulfate de cuivre, O^SOS à Og%10 ; eau, 150 gr. Collyre au sulfate de cuivre de de Graefe. Sulfate de cuivre, Os^^O; glycéré d'amidon, 5 grammes. Contre la conjonctivite granuleuse.
Collyre contre la conjonctivite chronique (Sichel). Sulfate de cuivre, O^^Oo : eau distillée, 10 grammes ; laudanum de Sydenham, six gouttes.
'Collyre contre les taches de la cornée (Guépin). Sulfate de cuivre, 0s'",50 ;
sulfate de morphine, 08% 10 ; alun, 1 gramme ; eau, 100 grammes. On fait 10
à 20 lotions par jour avec trois gouttes de ce collyre dans une cuillerée d'eau.
Cotlyre à la pierre divine. Pierre divine, 1 gramme ; eau distillée ou eau de
rose, 250 grammes.
Collyre au borate de soude. Borate de soude, O^SSO à 1 gramme ; eau distîillée de laurier-cerise, 50 grammes ; eau de rose, 50 gi'ammes.
Colhjre borate (Desmarres). Eau distillée, 120 grammes; eau distillée de laurier-cerise, 5 grammes; borate de soude, Os%10 à 08%50. A employer tiède dans une œillère, dans la conjonctivite.
Collyre borate (Dannecy). Borate de soude, 1 gramme; glycérine pure. 10 grammes ; eau distillée de laurier-cerise, 5 grammes ; eau distillée, 85 grammes. Contre les ophthalmies chroniques.
Collyre de nitrate d'argent (Velpeau). Nitrate d'argent, 2 grammes ; eau dis- Pîillée, 50 grammes. Employé pour faire avorter l'ophthalmie purulente.
Collyre de nitrate d'argent (Desmarres). Nitrate d'argent, 0^%50 ; eau dislîillée, 10 grammes. Contre les ophthalmies externes à leur début.
■Collyre de nitrate d'argent (Réveillc-Parisse) . Nitrate d'argent, 0^'',lU ;"i , l)s'',20 ; eau distillée, 50 grammes. En instillations répétées plusieurs fois pai' gour.
Collyre de nitrate cV argent (de Graefe). Nitrate d'ai'gent, 1 gramme; eau dis- .'tillée, 50 grammes. Pour injection dans le sac lacrymal de bas en haut dans les icas de tumeurs lacrymales.
^Collyre au nitrate d'argent. Azotate d'argent, O^'.SS à 0^'',100 ; eau distiliîée, 20 grammes. Deux à trois gouttes, matin et soir, entre les paupières. Le malade doit rouler le globe de l'œil dans l'orbite, afin que toute la surface intéirieure se mette en contact avec le liquide.
Collyre alumineux. Alun, 0s%50 à 1 gramme; eau de rose, 100 grammes. iConti-e les ophthalmies rebelles.
Colhjre au sublimé corrosif . Deutochlorure de mercure, 0s%01 à 0f^^05; eau .distillée, 100 grammes.
Collyre de tannin (Desmari^es). Tannin pur, 1 gramme; eau distillée de lau- >rierrcerise, 20 grammes. Employé dans la deuxième période des conjonctivites catan'hales.
iGollyre sédatif à la jusquiame. Extrait de jusquiame, 1 gramme ; eau de rose, -100 grammes; laudanum de Rousseau, 1 gramme.
iColl^yre à Vatropine (Hôpitaux). Sulfate d'atropizie, Oe'",10 ; eau distillée, 50;^rammes.
'Collyrede sulfate d'atropine (Desmarres). Sulfate neutre d'atropine, 0«%05; ■ eau distillée, 10 grammes. Eu instillations entre les paupières, quand il existe une ulcération de la cornée, qu'elle fait des progrès rapides et qu'une perforation est imminente.
COLOBE. 31
Collyre à Vextrait de fève de Malabar. Extrait alcoolique de fève de Malabar, 1 gramme ; eau distillée, 100 grammes.
Collyre d'ésérine (Galezowski). Bromhydrate neutre d'ésériue, 08%10 ; eau, 10 grammes. Contre l'héméralopie endémique.
Collyre opiacé. Eau de rose, 100 grammes; extrait d'opium, Og',20 ; on fait dissoudre, et l'on filtre {Codex). Il convient dans les ophtlialmies douloureuses.
Colhjre sec (Dupuytren). Calomel à la vapeur, 5 gi-ammes ; sucre en poudre, o grammes. Contre les taies de la cornée.
Collyre sec. Sucre blanc, 5 grammes; tutbie, 5 grammes; iris de Florence, 5 grammes. Pour une poudre très-fine, employée contre les laies anciennes.
Collyre sec ammoniacal (Leayson). Chaux éteinte, 52 grammes ; poudre de sel ammoniac, 4 grammes; poudre de charbon végétal, \ gramme; poudre de cannelle, 1 gramme ; poudre de girofle, 1 gramme ; bol d'arménie, 2 grammes. On mêle dans un flacon bouchant bien. Cette poudre en laissant dégager sur l'œil le gaz ammoniac l'irrite légèrement. Employé contre les ophtlialmies chroniques.
Collyre abortif (^\ne\mmx{) . Deutochlorure de mercure, 0»%05; eau distillée, 180 grammes; laudanum de Sydenliam, 4 grammes. Pour un collyre qu'on applique six' fois par jour, pendant une heure, au moyen de compresses qui doivent être humectées de temps en temps. Variole confluenle.
Collyre de Brun. Aloès, 4 grammes; eau de rose, 48 grammes; vin blanc, 48 grammes ; teinture de safran, 30 gouttes. Ce collyre est quelquefois employé dans le but de déterger les ulcérations des paupières.
Collyre de Lanfranc ou Mixture cathérétique. Ce médicament ne doit pas être confondu avec les collyres ; il constitue un caustique qui est employé pouicautériser les aphthes ou les ulcères de la bouche {voy. Arsenic).
On donnait autrefois, en^raison de l'usage qu'on en faisait, le nom de Cachets oculistiques romains à des pierres qui offrent, comme caractères à peu près essentiels, de se présenter sous la forme de petits fragments oblongs ou quadrilatères, d'une pierre schisteuse verdâtre ou jaunâtre ; d'être gravées eu creux, les lettres étant retournées comme sm- nos cachets modernes ; d'exprimer le nom du médecin, celui d'une préparation pharmaceutique spéciale, ainsi que la maladie ou les maladies pour lesquelles ce médicament est approprié, et de se ressembler presque toutes, sinon toutes, par le fait spécial qu'elles indiquent une drogue propre à combattre les maladies des yeux {voy. Cachets
OCULISTIQUES ROMAISS). T. GoBLEY.
COLOBE {Coluhus). Genre de Singes de la tribu des Pétrécins, ou singes de l'ancien continent, ayant le corps élancé, la queue longue et tous les autres caractères des semnopithèques, mais dont les mains de devant manquent de pouce ou ont cet organe tout à fait rudimentaire ; il présente en outre cette particularité que toutes les espèces qui s'y rapportent habitent les régions intertropicales de l'Afrique, tandis que les semnopithèques vivent dans l'Asie méridionale ou dans les grandes îles de la mer des Indes.
Plusieurs Colobes sont remarquables par la beauté de leur pelage, et on les recherche comme fourrure, principalement pour en fabriquer des palatines ou des manchons.
Le Colobe Guereza, propre à l'Abyssinie, est noir avec la face encadrée de blanc,
52 COLOCASIA (botanique).
la queue floconneuse à son extrémité qui est également blanche, et il porte sur les flancs et les lombes de longs poils tombants qui sont aussi de cette couleur; d'autres sont également noirs avec des parties blanches, mais sans posséder cette sorte de manteau qui rend le Guereza si remarquable, et il en est dont le pelage est en partie olivâtre ou d'un roux plus ou moins vif. P. Gerv.
COLOBOMA (de xoXoÇdw, je mutile). On désigne par le mot de « colohoma » une fente congénitale et persistante, due à un arrêt de développement, que peuvent présenter les Paupières, I'Iris, le Corps vitré, la Choroïde, la Rétine et les lèvres (Bec-de-lièvre). (Yoy. ces mots). Warlomont.
COLOCASIA. Ray. g I. Botanique. Genre de plantes monocotylédones, appartenant à la famille des Aroïdées. Ce groupe, déjà limité par Ray, avait été confondu par Linné dans ses Arum, mais la plupart des botanistes actuels l'en séparent, et lui donnent les caractères suivants : Plantes herbacées, à gros rhizomes ou à tige aérienne développée, portant des feuilles peltées. Les fleurs sont disposées en un spadice, enveloppé d'une spathe droite ou en capuchon. Les fleurs sont insérées à la base du spadice, qui se termine par un appendice nu, acuminé ou renflé en massue. Les fleurs femelles qui sont à la base sont formées d'un ovaire libre, uniloculaire, contenant plusieurs ovules, attachés vers la base à des placentas pariétaux; les fleurs rnâles sont formées d'étamines à connectifs conoïdes, tronqués, portant deux loges conliguës, qui s'ouvrent par un pore terminal commun. Des rudiments de ûiwvi stériles s'attachent au spadice au-dessous ou morne au-dessus des étamues.
On a distingue deux sections dans ce genre : la première est remarquable par la forme de la spathe droite, ondulée sur les bords; par la position des fleurs stériles au-dessous des fleurs mâles; enfin, par la forme acuminée de la partie terminale et nue du spadice; elle comprend : la Colocase des anciens et la Colocase comestible.
1" La première espèce Colocasia antiquorum Schott. [Arum Colocasia L.) est venue probablement de l'Inde, mais elle est cultivée depuis très-longtemps eu Egypte, et elle s'est répandue de proche en proche dans l'Orient, la Grèce, certaines parties de l'Italie, l'Espagne, le Portugal, et d'autre part, elle a été transportée aux Moluques, dans les parties chaudes de l'Amérique, etc., etc. Ses feuilles toutes radicales sont grandes, peltées, en cœur à la base, forteraeat veinées en dessous ; la spathe est enveloppée d'un long spadice, verdâtre, cylindrique et dressé.
La partie intéressante de la plante est le gros rhizome, généralement ovoïde, qui contient une quantité considérable de matière féculente et qui, lorsqu'il est cuit, a une saveur très-agréable. La plante est cultivée dans les lieux humides : les Arabes lui donnent le nom à'Edder. En Egypte on l'appelle Colcas on Coulcas; dans le midi de l'Espagne, Alcolcaz ou Alcoleaz.
2° La seconde espèce est le Colocasia esculenta Schott. (Arum esculentumL.). Elle se distingue de la précédente par sa spathe ovale lancéolée, et par quelques différences dans les feuilles : mais les caractères ne sont peut-être pas assez tranchés pour qu'on la sépare très-nettement de l'espèce précédente. Elle est cultivée dans l'ile septentrionale de la Nouvelle-Zélande et dans toutes les petites îles de la mer Pacifique. Elle y porte le nom de Talloei de Tarro. On la cultive aussi au Brésil.
COLOCYNÏHJNE. 55
Ses gros rhizomes sont extrêmement utiles ; ils fournissent une grande quantité de fécule et se mangent cuits dans l'eau ou grillés. On mange aussi quelquefois ses feuilles cuites sous le nom de Chou caraïbe, comme celles de VArum sagittœfolium.
On a quelquefois employé ces feuilles en médecine ; on en a fait des cataplasmes qu'on appliquait sur des ulcères de mauvaise nature pour raviver la plaie et la disposer à la cicatrisation.
La seconde section du genre Colocasia, que quelques auteurs en ont séparée sous le nom d'Alocasia, se distingue par sa spatlic glauccscente, en capuchon, par la présence de fleurs stériles rudimentaires au-dessus et au-dessous des étamines et par la forme en massue de la partie terminale et nue du spadice. L'espèce intéressante de cette section est le Colocasia macrorhiza Scliott {Arum macrorhiionL.), dont les grandes feuilles sont peltées, cordées et bipartites à la base. (]etle espèce a, comme les précédentes, une grosse souche, qu'on utilise à cause de la quantité de fécule qu'elle contient. On fait griller ces souches avant de les manger, pour volatiliser le principe acre qu'ils renferment.
La plante croît à Ceylan et peut-être aussi dans les îles de la mer du Sud. Dans l'Inde, on a employé en friction contre les fièvres intermittentes un Uniment préparé avec ses racines et l'huile de gingiléc.
Le nom de Colocasia a été appliqué à une autre plante, qu'il ne nous faut pas confondre avec les vrais Colocasia: c'est le Nelumbium speciosum. 11 est assez probable même que les Grecs ont méconnu la Golocase cultivée en Egypte, et qu'ils ont désigné sous ce nom la belle nymphéacée, dont on mangeait aussi les racines, comme celle de la vraie Golocase.
Jean Badhin. Uistoria, II, 790. — Clush s. Hisforia Plautarum, II, 75. — Rumpiiius. Herbalium amboineiise, V, tab. 109. — Ray. Methodux, 157. — Endliciier. Gênera Plautarum, 11° 1685. — KuNTH. Enumeratio Plautarum, III, 56. — A. De Caxdolle. Géographie botanique,II, Ml. — A.\ysuE. Materia indica. Il, 4iJi. J'l.
§ II. Emploi mûdical. Les classifications botaniques qui, en faisant passer une plante d'une famille dans une autre, changent par là même son nom, ne peuvent servir de règle absolue à la classification des substances, médicamenteuses ou alimentaires dont le nom est consacré par l'usage. Aussi certaines colocases ont-elles été étudiées, sous le rapport bromatologique et thérapeutique, au mot Arum, parce que c'est sous ce dernier nom qu'elles sont partout connues et employées {voy. Arum). D.
COLOCïNTHA. Nom grec donné à une plante de la famille des Gucurbitacées : à la Galebasse ou Lagenaria vulgaris Ser., d'après les uns; au Cucumis sativus ou Concombre, d'après les autres.
DioscoRiDE. Materia medica, liv. II, chap. 162. — Sprengel. Historia Rei herbariœ, I, 191. — Mérat et De Lexs. Diciionn. de mal. méd., II, 566. Pu
C'OLOCTXTHIXE. Le parenchyme du fruit de la coloquinte {cucumis colocgnthis) contient une matière amère, non azotée, offrant l'apparence d'une masse jaune ou brunâtre, friable et diaphane ; soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, à laquelle Braconnot a donné le nom de colocynthine. Pour l'extraire, on traite par l'alcool l'extrait aqueux du fruit, on évapore et on traite le résidu par un peu d'eau qui laisse la colocynthine.
Ce produit n'est pas défini, il agit comme purgatif drastique.
Les solutions aqueuses sont pre'cipitées par le chlore, les acides, l'acétate de plomb et les sels déliquescents.
Bbagosnot. Journ. dephys.,t. LXXXIV, p. 338. Schutz.
COLOMBilT (Marc), dit COLOMB AT-DE-L'ISÈRE, né à Vienne (Isère), le ti8 juillet 1.797. Il étudia d'abord le droit à Grenoble ; compromis dans des mouvements politiques, il fut obligé de se réfugier en Savoie et en Suisse. Rentré en France en 1824, etbientôt après amnistié, il se livra à l'étude delà médecine à Montpellier, puis à Strasbourg, et enfin à Paris, où il se fixa définitivement. Il ne quitta temporairement cette ville qu'en 1836, pour aller à Strasbourg se faire recevoir docteur en médecine. Il s'occupa d'abord de chirurgie, et sou esprit ingénieux se révéla par l'invention de divers instruments relatifs surtout aux maladies des femmes et de l'appareil génito-urinaire. Vers 1830, il entreprit avec ardeur d'importantes recherches sur une infirmité très-pénible et très-désagréable, le bégaiement. Reconnaissant qu'il s'agit là d'une affection essentiellement nerveuse, ayant pour cause un manque d'harmonie entre l'influx nerveux irrégulier, trop rapide, et les muscles de la parole en quelque sorte convulsés par cette incitation désordonnée ; s'appuyant, en outre, sur ce fait que les bègues articulent très-nettement quand ils sont obligés de rhythmer leur prononciation comme dans le chant, il cheixha le traitement dans un procédé qui avait précisément pour but de donner un mouvement rliythmique à leur parole. Il y ajoutait, dans certains cas, divers instruments, placés dans la bouche. Colombat avait fondé un institut orthophonique dans lequel cette méthode, dont il n'était pas précisément l'inventeur, mais qu'il avait régularisée, obtint des succès qui lui méritèrent, en 1833, un prix de 5,000 francs de lapai't de l'Institut et, en 1836, la croix de la Légion d'honneur. Cet actif et laborieux chirurgien succomba le 10 juin 1851, à une suite d'attaques d'apoplexie. On a de lui :
Il Vhystérotomie ou V amputation du col de la matrice dans les affections cancéreuses. Paris, 1828, in-8°, pi. 2. — II. De la compression et de la ligature des vaisseaux. Paris, 1828, iu-8'>. — IIJ. Nouvelle méthode de pratiquer la taille sous-pubienne. Ibid., 1830, in-8°.
— IV. Du bégaiement et de tous les autres vices de la parole. Ibid., 1830, in-S", 2' édition sous le titre: L'orthophonie ou physiologie et thérapeutique du bégaiement. Ibid., 1851, iii-8° ; 3' édit. intitulée : Traité de tous les vices de la parole et en particulier du bégaiement. Paris, 1843, in-8°. — V. Tableau synoptique et statistique de toutes les espèces de bégaiement. Ibid., 1833, in-4°. — VI. Dissert, sur le bégaiement, ses causes, ses variétés, les ufoyens curatifs, etc. Th. de Strasb., 1858, n'-lll?. — VII. Dictionnaire historique et iconographique de toutes les ojiérations et des instruments, bandages et appareils. Ibid., 1837, in-8'>, 2 vol. — VIII, Ménv. sur l'histoire pihysiologique de la ventriloquie. Ibid., 1840. in-8°.
— IX. Réjjonse au docteur Becquerel. Ibid., 1843, in-8°. — X. Traité des maladies dea femmes et de l'hygiène spéciale à leur sexe. Ibid-, 1843, in-8°, 3 vol. E. Bgd.
COLOMBE (Columba). Linné réunissait dans le genre Columha les oiseaux vulgairement appelés Pigeons, quelle qu'en soit l'espèce, dont on fait aujourd'hui un ordre à part, sous les Columbœ, Sponsores, etc., oiseaux parmi lesquels les ornithologistes modernes ont établi un nombre considérable de divisions génériques; nous en parlerons à l'article Pigeons {voy. ce mot). La dénomination générique de Columba est restée propre à quelques espèces de ce "roupe d'oiseaux, dont les principaux sont le Ramier [Columba palumbus), le Colombin [C. œnas), le Biset (C. livia) et quelques autres qui sont étrangers à l'Europe, tandis que les trois espèces dant il vient d'être question habitent cette partie du monde.
Le Biset passe pour être la souche de nos pigeons domestiques. P. Gerv,
rOLO.VIBE (F.-M. Lécorché) ou I.ÉcorciiÉ-coi.OMBE ; mais lui-même depuis longtemps signait Colombe (L.). Il était né à Avallon, le 1" octobre 1789, se fit recevoir docteur à Paris, eu 1813. Dès ses études médicales, il s'était beaucoup occupé d'obstétrique et fit longtemps, sur cette science, des cours particuliers qui furent très-suivis. Après avoir concouru sans succès, mais non sans bonneur, pour l'agrégation, il aborda, en 1854, la lutte pour la cbaire de cliniqued'accouchements, avec des hommes tels que Yelpeau et Paul Dubois, et il se montra, dans ce concours, avec assez de distinction pour que Paul Dubois, nommé, comme on le sait, à la cbaire en litige, le choisît pour son chef de clinique. Ce praticien, aussi honorable qu'instruit, succomba, vers la fin de 1860, à mie affection des centres nerveux dont il était atteint depuis })lusieurs années.
Il a laissé :
I. Dissert, sur les anévnjsmes externes. Ih. de Paris, 1845, n" 52.— II. An in educendo cfdculo apparatus lateralis externus cœteris anleponendus? Th. de coiic. (àgrég. chirur.). Paris, 1825, in-4°. — III. De ossiiini necrosi. Th. de conc. (agrég. chirur.). I82ii, iii-4''. —
IV. De ulceribus et carcinomate uteri et vaginœ. Th. de conc. (agrég. chir.j, 1829, in-A". —
V. Du choléra morbus, son mode d'invasion, etc. Paris, 1852, in-S". — VI. De la délivrance. Th. de conc. (ch. decliniq. d'accouch.). Paris, 1834, in-4°. — VII. Des avantages et des inconvénients des différentes espèces de sutures dans le traitement, etc. Tii. de conc. (agrég-. chir.). Paris, i835, in-8°. E- Bgd.
COLOMBIE. Synomjmie. Limites. Divisions. Superficie. Le territoll^• de l'ancienne Piépublique de Colombie, divisé aujoiud'hui en trois Etats indépendants : Nouvelle-Grenade, Equateur, Venezuela, est situé dans l'Amérique méridionale, entre IS^SO' lat. N. et 6°3' lat. S., et entre ei^ô' et 84°4.3' de longit. 0. du méridien de Paris. II est tout entier compris entre les deux tropiques et traversé par l'Equateur. Sa surface est de 145,673 lieues carrées. 11. est borné : au nord, par la mer des Antilles; à l'est, par loci-an Atlantique, la Guyane anglaise et le Brésil; au sud, par le Brésil et le Pérou; à l'ouest, par le grand Océan pacifique; au nord-ouest, dans l'isthme qui relie les deux Amériques, il confine la République de Costa-Rica.
Dans une partie du monde où les divisions territoriales participent de l'instabilité des gouvernements et des hasards des guerres civiles, le nom de Colombie n'est plus qu'une expression géographique, conservée en mémoire de Christophe^ Colomb*, qui découvrit la côte de ce pays à son troisième voyage, le 15 août 1498. En éprouvant l'effet du courant qui sort avec impétuosité des bouches de rOrénoque, ce grand observateur de la nature sut reconnaître, ainsi qu'il le dit lui-même, que « une si prodigieuse quantité d'eau peu salée n'a pu être rassemblée que par un fleuve d'un cours très-prolongé, et que, par conséquent, la terre qui donne cette eau doit être un continent et non pas une île. » Aussi donua-t-on à cette partie du nouveau monde le nom de Tierra-firme ou Terreferme, sous lequel on désigne encore quelquefois toute la côte septentrionale de la Colombie.
Orographie et hydrographie. L'aspect général de l'immense territoire désigné sous ce nom est très-remarquable : montagneux à l'ouest, où il possède les plus hauts pics de l'Amérique, il n'offre, sur la plus grande surface de sa. partie orientale, que des plaines immenses et presque uniformes.
'Je dois cependant averlir le lecteur, pour éviter toute confusion, que depuis quelques années la ^om'elle-G^enade s'est donnée à elle seule le titre officiel, mais non usuel, de- Estados unidos de Columbia.
56 COLOjMBIE.
Les montagnes appartiennent au système de la Cordillière des Andes, t^ui traverse, du sud au nord, tout le territoire colombien. Près de Quito, sous l'Equateur, se trouvent les plus hauts sommets de cette chaîne, qui sont au nombre des plus considérables du globe terrestre. A 2 degrés et tiers plus au nord, du côté de la ville de Popaijan, la grande chaîne se divise en trois rameaux, dont l'un, occidental et très-peu élevé (100 à 300 mètres), court vers l'isthme de Panama, dont il forme l'arête; l'autre, oriental, s'approche de la mer des Antilles et en suit les côtes. 11 n'a, généralement parlant, que de 1,200 à 1,600 mètres de hauteur, sauf quelques pics isolés, qui s'élancent à 2,600 et 4,700 mètres, sont couverts de neiges éternelles et lancent, par intervalle, des torrents de matières bouillantes. Les tremblements de terre ne sont pas rares dans cette région, dont le niveau moyen, en plaine, est de 350 mètres au-dessus de la mer. Enfin le rameau ceniral, qui partage les eaux entre le bassin de la rivière Magdalena à l'est et de la rivière Cauca à l'ouest, atteint souvent la limite des neiges perpétuelles et la dépasse de beaucoup sur certaines cimes hautes de 4,900 à 5,500 mètres. Cette chaîne rappelle, avec des dimensions plus imposantes, l'aspect des Alpes de la Suisse. Les trois rameaux montagneux dont nous venons d'esquisser les caractères séparent de grandes et profondes vallées arrosées par les trois grandes rivières qui ont nom la Magdalena, la Cauca et VAtrato.
En se dirigeant de Popayau vers le sud, on voit sur le plateau aride de los Pastos les trois chaînons des Andes se confondre dans un même groupe qui se prolonge jusqu'au delà de l'Equateur. Ce groupe, dans la province de Quito, offre un aspect particulier et tout à fait original. Les sommets les plus élevés sont rangés sur deux files symétriques et parallèles qui forment comme une double crête de la Cordillière. Ces cimes colossales et couvertes de glaces éternelles ont servi de signaux dans les opérations des académiciens français pour la mesure du degré équatorial. La vallée profonde qui les sépare est le dos même des Andes : c'est un plateau qui n'a pas moins de 2,700 à 2,900 mètres d'altitude. « Lorsqu'on a vécu quelques mois sur ce plateau élevé où le baromètre se soutient entre 45 et 54 centimètres, dit Humboldt, on oublie peu à peu que iout ce qui vous environne, ces villages annonçant l'industrie d'un peuple montagnard, ces pâturages couverts à la fois de troupeaux de lamas et de brebis d'Europe, ces vergers bordés de haies vives, ces champs labourés et promettant de riches moissons de céréales, se trouvent comme suspendus dans les hautes régions de l'atmosphère; on se rappelle à peine que le sol que l'on habite est plus élevé au-dessus des côtes voisines de l'Océan que ne l'est le sommet du Canigou (un des plus hauts pics des Pyrénées) au-dessus de la Méditerranée. » Les Andes de Quito ne sont pas seulement remarquables par leur prodigieuse hauteur, elles le sont aussi par le grand nombre de volcans qu'elles recèlent en leurs vastes flancs. Le Chimhoraio, haut de 6,550 mètres, a laissé éteindre ses feux et s'est couvert d'un manteau de neiges; mais le Pichincha, YAntisana, le Cotopaxi, le Tungunagua, le Sangay, ouvrent encore la bouche de leur cratère à des hauteurs dont nous pourrions à peine nous former une idée, même en présence des plus grandes cimes des Alpes. Ainsi, la hauteur du Cotopaxi est de 5,753 mètres; elle surpasserait, par conséquent, de plus de 800 mètres la hauteur du Vésuve placé sur le sommet du pic de Ténériffe. C'est de tous les volcans de la zone équatoriale celui dont les éruptions ont été le plus fréquentes et ie plus dévastatrices. Les scories et les quartiers de rochers lancés par le cratère couvrent les vallées environnantes sur une étendue de plusieurs kilomètres
carrés. En 1758, les llammes du (]otopaxi s'élevèrent à 900 mèlres au-dessus des bords de son cratère. L'éruption de 1803 fut précédée d'un déluge local formé par la fonte subite des neiges qui couvraient la montagne. Ilumboldt entendit les détonations du volcan depuis Guayaquil, à 208 kilomètres de distance.
Le cratère du Picbincha est peut-être le plus grand de la terre. (( La bouche du volcan, dit Humboldt, forme un trou circulaire de plus de 4 kilomètres de circonférence, dont les bords taillés à pic sont couverts de neige par en haut; l'intérieur est d'un noir foncé, mais le gouffre est si immense que l'on distingue la cime de plusieurs montagnes qui y sont placées; leur sommet semble être à 4 ou 600 mètres au-dessous de l'observateur : jugez donc où doit se trouver leur base. Je ne doute pas que le fond du cratère ne soit de niveau avec la ville de Quito. )) Toute cette région est fréquemment ébranlée par des tremblements de terre. Celui de 1797 l'a bouleversée tout entière et tît périr en un instant plus de 40,000 habitants.
Nous ne saurions laisser les volcans sans dire im mot des volcanilos ou volcans de boue de la province de Carthagène sur la mer des Antilles. Au contre d'une vaste plaine, voisine du village de Turbaco et couvert d'une luxiuiante végétation, s'élèvent dix-huit à vingt petits cônes, dont la hauteur n'est que de 7 à 8 mètres. Ces cônes sont formés d'une argile grisâtre, et à leur sommet se trouve une ouverture remplie d'eau. En approchant de ces petits cratères, on entend par intervalles un bruit sourd qui précède de la à 18 secondes le dégagement d'une grande quantité d'air, que Humboldt a reconnu être de l'azote presque pur. La force avec laquelle il s'élève fait supposer qu'il est soumis, dans les entrailles de la terre, à une grande pression. Ce phénomène, qui se répète environ deux fois par minute, est souvent accompagné d'une éjection boueuse. Cependant on assure que les cônes ne changent pas sensiblement de forme dans l'espace d'un grand nombre d'années.
En résumé, nous voyons que toute la région occidentale de la Colombie et sa région septentrionale sont entrecoupées de grandes montagnes, de vallées profondes et de hauts plateaux. C'est dans ces vallées et sur ces plateaux que s'est concentrée l'agriculture et condensée la population dans des conditions climatériques plus douces et plus salubres que ne le feraient supposer, à priori, leur situation équatoriale. Elles les doivent à leur altitude et au voisinage des sommets neigeux qui rafraîchissent la températmc. 11 n'en est pas de même sur les côtes et dans les vastes plaines qui couvrent le reste du pays et occupent au moins la moitié de sa superficie. Nous allons parler des unes et des autres.
Le long de l'océan Atlantique, la côte colombienne est basse et inondée par les bouches de l'Orénoqne : c'est, en résumé, le delta de ce grand tleuve.
Le long de la mer des Antilles, au contraire, la côte forme un mur de rochers a cimes arrondies et à contours ondoyants jusqu'à l'extrémité occidentale de la pénmsule d'Araya. Entre ce point et le cap Codera, s'ouvre le golfe de Cumana, dont la côte est assez basse. Mais à partir du promontoire de Codera vers l'ouest, commence une côte rocailleuse et très-haute où s'ouvrent les ports fréquentés de la Gueyra et de Puerto-Cabello, qui sont les deux débouchés maritimes de l'État de Venezuela. Plus à l'ouest, s'ouvre le golfe de même nom qui fait suite au lac Maracaïbo, profonde échancrure dont les côtes sont basses, chaudes et malsaines.
Du cap Gallinas, point le plus septentrional de la Colombie, jusqu'au golfe et à l'isthme de Darien, la côte, pi-esqne toujours basse, est coupée par les baies de
Sainte-Marthe et de Carthagène, et par l'embouchure de la Magdalena, où se trouvent les deux ports de Baranquilla et de Savanilla, entrepôts actuels du commerce de la Nouvelle-Grenade.
Le long du grand Océan pacifique, la côte est haute, excepté à Panama, sinueuse et découpée par plusieurs baies, dont la plus fréquentée est celle de Guayaquil.
Visthme de Panama, qui n'a que 35 kilomètres de large dans l'endroit le plus étroit, traversé dans sa longueur par une chaîne de montagnes très-peu élevées, est chaud, humide et malsain. Quoique décoré d'une luxuriante végétation et arrosé de nombreuses rivières, dont quelques-unes charrient de l'or, il est presque inhabité et inhabitable. Colon-Aspinwall, tête du chemin de fer sur la mer des Antilles, Porto-Bello sur la même mer et Panama, tète du chemin de fer smle Pacifique, sont entourées de plages marécageuses et pestilentielles ou de vastes forêts qui entretiennent l'humidité.
Les Espagnols leur ont donné le nom significatif de Sepultura de los Europeos. La Cordillière des Andes est si rapprochée de la côte occidentale que les fleuves qui s'y jettent sont d'un cours aussi rapide que peu prolongé. Les vallées transversales dans lesquelles ils coulent sont remarquables par leur déclivité et leur profondeur. Par contre le rio Magdalena, le rio Cauca et le rio Atralo coulent du sud au nord dans des bassins plats et presque parallèles, et débouchent tous sur la côte septentrionale de la Kouvelle-Grenade dans la mer des Antilles. Toutes les rivières qui descendent du flanc oriental des Andes depuis le troisième degré nord jusqu'à la frontière méridionale sont tributaires de VAtnazone qui n'arrose qu'une très-faible portion de la Colombie. Le grand fleuve Colombien est VOrénoque, qui nût et finit sur le territoire et reçoit toutes les eaux du versant oriental de la Cordillière au-dessous du troisième degré nord. L'Orénoque a au moins 427 lieues de cours navigable, interrompu seulement par les grandes cataractes d'Atures et de Maypures. A 25 lieues de la mer, ce fleuve majestueux se partage en deux bras dont l'un, celui du nord, se subdivise en une infinité de ramifications dont les embouchures portent le nom de Bocas chicas (petites bouches). L'embouchure principale, qui est à 47 lieues au sud-est de la bouche la plus septentrionale, porte le nom de Boca de navios. Sa largeur dépasse 6 kilomètres. Le flux et le reflux se font sentir dans le fleuve jusqu'à 85 lieues de la mer.
C'est dans la première partie de son cours que TOrénoque forme la fameuse bifurcation qui le fait communiquer avec l'Amazone par le bras du Cassiquiare, lequel s'unit au Rio-Negro, affluent de l'Amazone. Ce phénomène unique en son genre fut pratiquement reconnu par Humboldt, qui passa en embarcation d'un fleuve à l'autre.
On trouve plusieurs lacs dans la région supérieure des Andes de la Nouvelle- Grenade, ils donnent la plupart naissance à des rivières. Cependant le lac de Gîiatavita et celui de Valencia, situés à 2,800 et 1,300 mètres de hauteur sur la croupe des monts, sont sans écoulement. Le lac Maracdibo constitue une véritable exception par son étendue d'abord, car il n'a pas moins de 210 lieues de circonférence, par sa situation au niveau de la mer et par sa communication directe avec elle. Cependant ses eaux sont ordinairement douces, en raison sans doute du grand nombre de petites rivières qu'il reçoit. Quoiqu'il soit navigable, même pour de grands bâtiments, la stérilité et l'insalubrité générale de ses bords en écartent la culture et la population. Des nombreux villages de pêcheurs construits sur pilotis, dans le lit même du lac, avant la conquête, il ne
reste plus que trois ou quatre. La ville de Maracaïbo est assise en ua site sablonneux, excessivement chaud sans être malsain, sur le bord du goulet qui met le lac en communication avec la mer. On compte quelques villages sur la rive uord-ouest du lac, plus fertile et moins insalubre que le reste.
Ce sont les constructions lacustres du lac Maracaïbo qui lui valurent le nom de Venezuela (petite Venise) donné par les conquérants, et qui d'abord affecté à la région du lac passa plus tard à tout le pays qui forme aujourd'hui la république du même nom. Cependant elles avaient certes plus d'analogie avec les anciens villages des lacs de la Suisse qu'avec les lacunes de Venise.
On nomme llanos les plaines demi-désertes qui s'étendent du pied des Andes de la Nouvelle-Grenade et de la chaîne côtière de Venezuela jusqu'à la vallée de l'Amazone. « 11 y a, dit llumboldt, quelque chose d'imposant et de triste dans le spectacle uniforme de ces steppes. Tout y paraît immobile : à peine quelquefois l'ombre d'un petit nuage qui parcourt le zénith et annonce l'approche de la saison des pluies se projette sur leur surface ; dans les temps de sécheresse elles prennent l'aspect d'un désert. L'herbe dentelles étaient couvertes dans la saison des pluies se réduit en poudre ; la terre se crevasse, les crocodiles et les grands serpents restent ensevelis dans la fange desséchée jusqu'à ce que les premières ondées du printem[)s les réveillent d'un long assoupissement. Ces phénomènes se présentent sur des espaces arides de 50 à 60 lieues carrées, partout oii ces immenses plaines ne sont pas traversées par des rivières ; car sur le bord des ruisseaux et des petites mares d'eau croupissante le voyageur rencontre de distance en distance, même dans les plus grandes sécheresses, des bouquets de Mauritia, palmier dont les feuilles en éventail conservent une brillante verdure. »
Les llanos de Cuvmna, de Caracas et de Meta, n'ont que 80 à 100 mètres de hauteur absolue : inclinées vers le sud-est, elles déversent leurs eaux tranquilles et lentes dans l'Orénoque. Malgré l'apparente uniformité de leur surface, les llanos ont deux genres d'inégalités qu'on aperçoit quand on examine les bords ; ce sont des plateaux appelés dans le pays bancos et mesas. Les premiers sont des couches fracturées de grès ou de calcaire compacte, placées plus haut que le reste de la plaine, mais parfaitement unies à leur surface horizontale. Les deuxièmes sont des éminences légèrement convexes, qui s'élèvent insensiblement à quelques mètres de hauteur.
Les lla7îos c^m forment le bassin du bas Orénoque s'étendent jusqu'au bassin de l'Amazone et de Rio-Negro au sud et jusqu'à la Cordillière des Andes à l'ouest. Humboldt a estimé leur surface à 26,000 lieues carrées. Deux fois chaque année 1 aspect de ces plaines change complètement : inondées par le débordement des rivières durant la saison des pluies, elles se couvrent, au fur et à mesure du retrait des eaux, d'un tapis de verdui'e qui fait place durant la saison sèche à une morne stérilité et à un vaste désert de sable. 11 n'y a que dans le bassin des grandes rivières que la terre toujours humide est ombragée par des forêts impénétrables.
Quelques établissements ont été fondés sur les bords des fleuves, et des bestiaux y ont été introduits par les conquérants. Avec le temps les espèces animales d Europe se sont prodigieusement multipliées, malgré les nombreux dangers auxquels ils sont exposés dans les sécheresses et durant les inondations qui les suivent.
Comme les rivières ont très-peu de pente, un vent de médiocre intensité qui souffle dans une direction opposée à leur cours suffit à causer un remous et à
refouler de proche eu proche les eaux de tous les afilueuts jusqu'à de grandes distances, d'où résultent des débordements qui transforment les savanes en grands lacs. Humboldt raconte que les pirogues des Indiens descendent en ces cu'constances le courant de certaines rivières, pendant toute une journée dans la direction de leur source. 11 faut dire aussi que les pluies sont extrêmement abondantes dans les « Uanos », puisqu'il y tombe annuellement jusqu'à 2'", 54 d'eau, tandis que la colonne udométrique ne dépasse guère 1"',80 dans la région des montagnes. '
Géologie et minéralogie. La structure géologique des Cordillières colombiennes est la suivante : presque partout le granit en forme la base. Sur celte roche et quelquefois alternativement avec elle se montrent le gneiss ou granit feuilleté, la syénite, le protogyne, le porphyre et la serpentine. Sur ces assises éruptives se montrent sous des inclinaisons multiples et comme désordonnées des bancs puissants de roches métamorphiques [micaschistes et talcschistes). Le micaschiste très-répandu dans les Andes renferme souvent des couches de graphite ei se trouve tantôt sous-jacent, tantôt superposé à la serpentine et à la syénite. Les dentelures de la crête des Andes sont souvent formées de roches éruptives modernes : basaltes., phonolites, qui divisées en volumes présentent de loin l'aspect d'une immense suite de (ours écroulées.
L'épaisseur et l'étendue des roches de porphyre et de grès est le seul phénomène caractéristique par lequel les Andes diffèrent des montagnes de l'Europe. Ainsi les porphyres du Chimborazo ont 5,700 mètres d'épaisseur, sans mélange d'autre roche. Une inunensc couche de grès occupe l'isthme de Panama, les bassins de l'Atrato, de la Magdalena, du Cauca, et les plateaux de la Cordillière centrale, y compris celui de Bogota. Le calcaire ancien est moins répandu que dans les monîagnes de l'Europe où il occupe une place si importante. Cependant il y a de belles assises de marbres gris et verts, et même de marbre saccharin sur le plateau de la Cordillièi'c occidentale. Les schistes argileux et les marnes qui couvrent le sol dans la province d'Antioquia rendent certains chemins impraticables dans la saison des pluies.
En traçant la topographie des llanos, nous avons indiqué, d'après lluraboldt, la constitution géologique de ces grandes plaines.
Les fossiles sont i-ares dans les Andes : du moins les bélemnites et les ammonites si communes en Europe. Humboldt trouva dans la chaîne côtière de Caracas une grande quantité de coquilles marines semblables à celles de la nier voisine. Dans les plaines de l'Orénoqueon trouve des arbres pétrifiés et convertis en brèche très-dure. Près de Santa-Fé-de-Bogota, dans le Campo de Gigante, à 2,670 mètres de hauteur, on à découvert une immense quantité de fossiles de grands pachydermes : Elephas primigenius, Mastodontes, Megatherium. On en a découvert aussi au sud de Quito.
Les Andes colombiennes renferment presque tous les métaux : en particulier le fer, le cuivre, le plomb, le platine, l'argent; mais l'or est le seul qu'on exploite.
Les mines d'or les plus importantes sont disséminées dans les vallées hautes, sur les plateaux et les sommets de la Cordillière centrale néo-grenadine. Ce sont les alluvions de Remédies, de Santa-Rosa, de Nusito ; les filons de Frontino et de Marmato. Ce dernier a cela de particulier qu'il fournit de l'or allié à l'argent. Le produit des seules mines de la Nouvelle-Grenade a été de 2,172,005 fr. en 1870.
Le même pays est très-riche en émeraudes qu'on extrait du gisement de Muso,
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près des sources du rio Sagamozo, affluent de la Magdaleua. C'csl dans les veines de quartz et surtout au milieu des veines de calcaires cristallisé qui traversent une montagne schisteuse qu'on trouve ces pierres précieuses.
Le manque de chemins et d'industrie fait qu'on laisse dormir dans le sein de la terre des richesses incalculables : les descendants des Espagnols se contentent, comme autrefois les Indiens, de demander l'or et le sel gemme aux profondeurs de la terre, et par les mêmes procédés primitifs et grossiers. Les sources salées sont très-nombreuses ; mais dans la plupart le chlorure de sodium se trouve associé à des quantités notables de sulfate de soude qui le rendent purgatif. De plus elles contiennent de l'iode. Boussingault qui les a analysées dit qu'elles contiennent : du chlorure de sodium, du sulfate et du bicarbonate de soude, du chlorure de calcium et de magnésium, enhn de l'iode dans la proportion de près d'un centigramme par 100 grammes, et du brome dans la proportion de 0,04 par 100 grammes. Ces salines sont répandues sur une très-grande étendue. Boussingault les a suivies depuis le septième degré de latitude nord, entre Antioquia et Médellin (Nouvelle-Grenade) jusqu'au quatrième degré de latitude sud, à Ambi vers le sud de la république de l'Equateur. Elles sont utiles, non-seulement pour les produits qu'elles livrent au commerce, mais pour les propriétés anligoîtreuses du sel. Malheureusement on n'en a pas encore découvert dans la Cordillière orientale ou chaîne littorale du Venezuela.
Les solfatares sont nombreuses dans les Andes , ainsi que les sources thermales. Ces solfatares ont des périodes d'activité pendant lesquelles elles inondent les localités voisines d'une boue liquide et sulfureuse jusqu'à plusieurs kilomètres de distance. Ces émissions boueuses sont fréquentes, et font dire aux montagnards que leurs volcans lancent à la fois le feu et l'eau. Les torrents qui naissent dans le voisinage de ces solfatares entraînent des quantités énormes d'acide sulfurique. Le plus remarquable est le Rio-Vinagre qui descend du Purace et débite en vingt-quatre heures, d'après le calcul de Boussingault, 54,785 mètres cubes d'eau dans laquelle il y a 46,575 kilogrammes d'acide sulfurique et 2,150 kilogrammes d'acide chlorhydrique ; soit par an 17 millions de kilogrammes d'acide sulfurique, et 15 millions de kilogrammes d'acide chlorhvdrique. On comprend, d'après cela, que cette rivière ne nourrisse aucun poisson.
Règne végétal. Géographie botanique. Sur un sol aussi inégal que celui de la Colombie tout change, tout s'échelonne suivant la hauteur : climat, plantes et animaux. Depuis les bords de l'Océan jusqu'à la hauteur de 1,000 mètres, croissent les palmiers, les bananiers, les Heliconia, les Theophrasla, les liliacées. Le manglier envahit les plages marines, les diverses espèces de Cactus couvrent les terrains arides.
Au-dessous de la région des palmiers, commence celle des fougères arborescentes et des Cinchonas. Les premières cessent à 1,500 mètres, tandis que les deuxièmes ne s'arrclent qu'à 2,800 mètres. Un seul palmier, le Ceroxylum andicola, ou palmier à cire, faisant divorce avec sa famille, abandonne les plages de l'Océan pour habiter sur les hauteurs des Cordillières entre 1,700 et 2,800 mètres d'altitude.
Dans la région tempérée des cinchonas, croissent quelques liliacées : le Cijpura et le Sysirinchium, les Melastoma, les Passiflores en arbre, hautes comme des chênes, le Thibaudia, les Fuchsia et des Âslrameria d'une rare beauté. C'est là que s'élèvent majestueusement les Macrocnemum, les Tysianthus et les Cucullaires. Le sol v est couvert, dans les endroits humides, de tapis
de mousses aussi verts que les pelouses de la Scandinavie et de l'AngleteiTe. Les ravines cachent le Gunera, le Dorstenia, et une multitude d'Oxalis et à' Arum.
Vers i,740 mètres se trouvent le Porlieria, les Citrosma et les Simplocos. Au delà de '2,200 mètres, la fraîcheur de l'air rend les Mimosa moins sensibles, de telle sorte que leurs feuilles ne se ferment plus au contact d'un corps étranger. Les chênes commencent à paraître et dominent la végétation entre 2,60(1 et 3,000 mètres : c'est le Querciis granatensis, plus petit que le chêne de France et couvert de mousses qui pendent des branches comme une sorte de chevelure. Dans la région équatorialc, les grands arbres, ceux dont le tronc excède 20 à 50 mètrefe de hauteur, ne croissent pas au-dessus de 2,700 mètres d'altitude. Plus haut apparaissent les Polymnia et les Datura arborescents, les Winlera et les Escallonia. Telle est la flore rabougrie des plateaux de Ouito et de Bogota. A 5,500 mètres, les arbres disparaissent, mais les arbustes prennent leur place. C'est la région des Berberis, des Duranta et des Bardanesia qui couvrent les plateaux froids et humides qu'on nomme « paramos. »
Sui" ces hauteurs, on est déjà dans la zone des plantes alpines. On v remarque les Stœhelina, les gentianes, YEspeletia frailexon, le Lobebia nain, le Sida du Picldncha, la Renoncule de Giisman, la Gentiane de Quito et beaucoup d'autres espèces nouvelles. A la hauteur de 4,150 mètres, les plantes alpines font place aux graminées dont la région s'étend à 6 ou 800 mètres plus haut encore. Les Jarava, les Slipa, une multitude d'espèces nouvelles de Panicum, d'Agrostis, iVAvena et de Dactylis, y couvrent le sol d'un tapis jaunâtre que les gens du pays nomment « pajonal. » La neige tombe déjà de temps en temps, même sous l'équateur, sur cette région des graminées au-dessus de laquelle (4,600 mètres) on ne voit plus que des lichens et des mousses, jusqu'à la zone des neiges perpétuelles (4,700 à 4,900 mètres).
Les cultures s'échelonnent comme il va être dit.
Dans la région des palmiers, on cultive la patate {Convolvulus batatas), le bananier {Musa parasidica), le manioc (Jatropa manihot) nommé dans l'Amérique espagnole « Juca », l'aracacha (Aracaccia esculenta), l'Arum escukntum ou Colocasia, vulgairement nommé dans les colonies espagnoles « naalanga. • » Mais les principales cultures sont celles du Maïs et de la Canne à sucre. Le maïs forme avec la banane la base de l'alimentation. Le premier sert encore à fabriquer une espèce de bière appelée « chicha. » Soumise à la distillation, celle-ci donne une eau-de-vie nommée « anizado, » d'un usage général chez les Néo-Grenadins. Le cacao, qui est d'une qualité supérieure et constitue une des principales richesses agricoles, appartient comme le café et même la canne à cette région et à celle immédiatement au-dessus jusqu'à 2,000 mètres environ. La pomme de terre se plaît entre 1 ,500 et 5,000 mètres, mais produit encore à 4,000. Les haricots sont cultivés dans la zone tempérée. Le blé, qui donne deux récoltes par an, prospère entre 1,200 et 1,600 mètres et monte jusqu'à 5,400 mètres. A cette hauteur jusqu'à trois mille et quelques cents mètres, on ne sème plus que de Vorge qui même y souffre beaucouii du manque de chaleur. Au-dessus de 5,650 mètres cesse toute culture; le? hommes y vivent de leurs troupeaux et de la chasse.
Du reste, les zones agricoles n'ont pas de limites aussi rigoureuses que les zones végétales naturelles, précisément en raison de l'industrie de l'homme qui étend et propage les plants. C'est ainsi que le bananier, ami des terres chaudes, s'élève jusqu'à 1.800 mètres et même un peu plus haut, et que la canne est
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cultivée jusqu'à la limite des tezres froides au moius cuiunic lourrage. Le maïs se cultiye en grand jusqu'à 2,400 mètres.
 la suite de ce tableau de géographie botanique, nous donnerons la nomenclature de quelques espèces végétales que nous n'avons pas eues à citer jusqu'ici et qui offrent un grand intérêt au point de vue de la matière médicale et de la bromatologie. Dans les forêts des chaudes vallées, dans les déhlés de la Gordillière, croissent avec vigueur le Sassafras, le Pterocarpus draco (sang-dragon), les arbres à baumes du Pérou, de Styrax, de Copahu et de Copal. Les arbres fruitiers indigènes sont : le sapotillier {Achrias sapota), l'avocatier [Laurus persea), la pomme rose [Myrtus jambos), le manguier [Mangifera indica), le corrosol [Annona squamosa et VAnnona muricata), l'ananas, le cajou à pommes [Anacardiwn occidentale L.), le goyavier [Poïdium pyriferhtm, etc.).
Autour de Bogota et de Quito, on a naturalisé les arbres fruitiers d'Euro[)e, mais ils donnent des fruits plus petits et moins savoureux.
Le Cocca ou Erythroxylum peruvianum abonde dans les terres tempérées. Ses feuilles mêlées d'une certaine quantité de chaux ou de cendre accompagnent toujours l'Indien dans ses longues courses à travers la Cordillère. Elles sont poui" lui un aliment ou tout au moins un tonique qui lui permet d'attendre longtemps une nourriture plus substantielle.
La salsepareille, d'une qualité égale à la meilleure de Honduras, ot le gaïac, sont très-employés dans la médecine des indigènes. Macérées dans la chicha ou bière de maïs, ces plantes donnent une boisson médicamenteuse dont la vogue remonte à une époque antérieure à la conquête.
Le tabac est cultivé dans toutes les vallées chaudes et bien arrosées. La population en fait une consommation énorme, car femmes et adolescents fument presque autant que les hommes.
Près des côtes de la mer, croissent le cocotier [Cocos mucifera) et le palmier royal, dont la sève recueillie et fermcntéc donne le vin de palme. Dans les parties les plus chaudes de la Nouvelle-Grenade et de l'Equateur, croît une Siraaroubée appelée Cédron (Simaba cedroii) , dont le fruit a des propriétés toniques, alexipharmaques et antipériodiques en grande réputation dans le pays.
Rayer, en France, a confirmé par ses expériences la vertu fébrifuge de la poudre de Cédron. Les docteurs Samonièdo, Ténados et Saffray, en Colombie, ont constaté sa puissance contre le venin des reptiles.
Les Indiens emploient contre la morsure des serpents venimeux un grand nombre d'autres antidotes dont les plus efficaces, suivant le docteur Saffray, sont : le Dorstenia contrà-yerva, le Kuntia montana, dit ci Caùa de vibora, » VŒgiphila salutaris, verbénacée très-active, l'amande du Mucuna mutisiana, appelé Ojo de venado ou Pica-pica, le Drymis granatensis, connu sous les noms de « Bejuco de Guayaquil, Canela de la costa et Malambo, n grosse liane dont l'écorce est amère, styptique et aromatique. La famille des aristoloches fournit un grand nombre de ces antidotes : iels sont Y Aristolochia cordiftora, VA. fragrantissima, dit (( bejuco de estrella, » VA. geminiflora, dit u bejuco carare, » VA. anguicida, dit « Contra-capitan et Capitana de corazon », VA. ringens, appelée « huche, chumbipe, larragoza, gallo de monte. » Mais la plus célèbre de toutes ces plantes antivenimeuses est le Guaco [Mikania Guaco, Synauthél'ée), dont l'efficacité a été proclamée par Humboldt lui-même. Elle agit plus siirement à titre préventif, quand on a bu pendant quelque temps la décoction de cette plante, qu'à titre curatif quand elle n'est absorbée qu'après
l'accident arrivé. De tous les spécifiques ou prétendus spécifiques précédemment cités, le cédron, l'arislolochia ringens et le guaco méritent le plus de contiance. Ce sont des agents excitants et sudorifiquos qui ne neutralisent point le venin, mais aident la nature à l'éliminer et à résister à son action dépressive. Ils ne doivent pas dispenser des procédés mécaniques, tels que la ligature, la succion, la cautérisation, appelés à enrayer l'absorption du venin ou à le détruite sur place et qui doivent être tout d'abord employés.
Les Indiens se servent pour la pêche et pour la chasse de plantes toxiques, que le pays fournit en abondance et qui sont le « barbasco » Tlieophrasia emarginata, le Piscidia carhaginensis et le Hura crepitatis, vulgairement appelé sablier dans nos colonies. Mais c'est la première de ces plantes qui est le plus employée, la liane barbasco dont les racines et les branches contuses jetées dans les eaux poissonneuses engourdissent le poisson qui vient flotter inerte à la surface. Pour la chasse on fait usage de flèches empoisonnées avec le fameux curare, qui n'est autre chose, du moins en Nouvelle-Grenade, qu'un extrait préparé avec le suc d'une liane vénéneuse, le Strtjchnos toxicaria. Dans le vase où l'on concentre la liqueur par ébullition, on jette des crochets de serpents à venin, des araignées et des graines de sablier. La liqueur filtrée et concentrée est ensuite versée dans de petites calebasses oii elle épaissit encore en se refroidissant et se réduit à consistance d'extrait.
Le tabac passe chez les Indiens pour le contre-poison du curare ; ce qui est plus que douteux. La flore colombienne est très-riche en plantes médicinales : nous citerons encore l'ipécacuanha {Cephœlis ipecaciianJia et Psychotria nmetica), le Jalap, le Cana-fistula, espèce de casse, le Chenopodwm et le Spigelia, puissants vermifuges, le Polygonum tenidfolium dont le suc a des propriétés hémostatiques marquées ; plusieurs variétés de gentianes et de valérianes. Mais la plus importante de beaucoup, c'est le quinquina. La zone des quinquinas commence au Pérou par 20" de latitude sud et continue sans interruption dans les 9ndes de l'Equateur et de la Nouvelle-Gi'enade, jusqu'à Sainte-Marthe par H» de latitude nord. On le rencontre, suivant le docteur Saffray, entre 740 et 5,000 mètres d'altitude, limites un peu plus élargies que celles que Ilumboldt lui avait assignées. Les espèces qui descendent le plus bas sont les Cincliona oblongifolia et longiflora ; celles qui montent le plus haut et par conséquent craignent le moins le froid sont les lancifoUa et cordifolia du même botaniste. La province de Popayan est la plus riche en vrai quinquina officinal. Les Indiens de cette province sont très-habiles dans la recherche et l'exploitation de ces arbres qui s'éclaircissent malheureusement de plus en plus, au point qu'on exploite depuis quelque temps les racines des arbres anciennement coupés, lesquelles donnent à la vérité une écorce de plus laide apparence, mais non moins riche en alcaloïde. 11 y a quinze ans on payait à Popayan l'arrobe (12 kilos) de bon quinquina o et A francs ; aujourd'hui le prix est de 16 à 18 francs.
Règne animal. Dans la région des Palmiers et des Scitaminées vivent le Paresseux, les rongeurs (Cavia capyhara. Agouti, Lagoti, Paca, Spliiggurecoui), le Cervus mexicanus, la nombreuse tribu des singes {Âtèles, Aragouates, Chiropotes, Alouates ou singes hurleurs, Macaques ei Sapajous), les fourmiliers (Tamanoir, Myrmecophaga jubata et Tamandua, Myrmecophaga tetradactyla) , les grands chats {Jaguar, Felis concolor. Tigre noir de V Orénoque) . C'est surtout dans cette région qne pullulent les reptiles : le devin {Boa constrictor) , le plus
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grand des serpciils, roule ses anneaux autour des branches d'arbres pour guetter sa proie, tandis que les serpents à venin rampent dans les buissons. Les plus redoutables parmi ceux-ci sont : le Crotale ou serpent à sonnettes, le Corail, YÉchis ou Tara, etc. Les fleuves, les rivières et les lacunes nourrissent des Croco- (lifesetdes Caïmans. Les Salamandres, V Iguane, les Geckos, rampent sur le sable ou se glissent dans la broussaille. L'air de ces basses régions est infesté de moustiques, et la terre de la Nigua ou Chique {Pulex penetrans) , insecte non moins ennemi de l'homme. L" Œstre est le fléau des bestiaux. Il faut un soin particulier pour les débarrasser des larves que ses mouches déposent sur eux. Un Chéir opter e, la chauve-souris vampire [Phyllostoma), s'attaque aussi aux bestiaux, et même à l'homme dormant la nuit en plein air, pour en sucer le sang. La saignée n'est pas bien considérable (1 5 grammes environ) , mais répétée chaque jour elle affaiblit et même finit par faire périr les animaux. L'homme s'en préserve en se couvrant avec soin, les pieds surtout, quand il est obligé de camper à la belle étoile.
Une simple mouche la LuciUe hominivore est beaucoup plus redoutable pour ceux qui s'endorment dans la forêt. Elle perce la peau du crâne de sa tarière dentelée et dépose sous le derme des œufs qui bientôt donnent naissance à des larves longues de 10 à 15 millim. qui vont cheminant à travers les tissus et les dévorent.
Dans la région des Fougères arborescentes, de 1,000 à 2,000 mètres, il n'v a presque plus de bêtes féroces ni de grands reptiles, mais quantité de Tapirs, de Tatous, de Pécaris ciàeFelispardalis. L'homme y est incommodé plus que jajnais par les chiques qui sont plus abondantes que dans la plaine.
De 2,000 à 5,000 mètres, dans la région supérieure des Quinquinas, on voit apparaître le grand cerf des Andes, le chat-tigre et l'ours brun. En fait de parasites humains ce sont les poux qui remplacent ici les chiques et avec non moins d'abondance.
De o,000à 4,000 mètres d'altitude vivent le petit lion américain, sans crinière, qu'on appelle Puma [Felis pouma), animal qui n'est redoutable que pour les troupeaux, \e petit ours à front blanc et des vive'rinn.
 mesure qu'on s'élève vers les terres tempérées et froides, les espèces dano-ereuses de serpents deviennent plus rares, et le venin perd, dit-on, de son activité.
L'ornithologie est d'une richesse et d'un éclat superbes. Sur le bord de l'eau s'ébattent les aigrettes, les flamants, les hérons blancs, les spatules, les pélicans, les poules d'eau, les canards, etc. Dans la forêt voltigent les perruches, les aras, le loucan. Le colibri au plumage chatovant, le turpial, rossignol des terres chaudes, le Régulas, hôte familier des habitations, le cassique, la veuve, le cardinal et beaucoup d'autres passereaux fréquentent les endroits découverts.
Les Rapaces : aigles, faucons, vautours, strix, sont très-nombreux.
La limite inférieure des neiges perpétuelles est la limite des êtres organisés. Seul le Condor {Vtdtur gryphus) plane quelquefois sur ces solitudes "lacées. M. de Humboldt l'a vu s'élever à plus de 6,500 mètres. Quelques sphynx et des mouches observés par lui à 5,900 mètres lui ont paru portés involontairement dans ces régions par des courants d'air ascendants. Ces mêmes insectes sont trèscommuns dans les terres chaudes, qui nourrissent aussi des guêpes cartonnières, des blattes monstrueuses, des iules énormes, des sauterelles dont une espèce, VAcridium dux, est longue de 15 centimètres et possède des cuisses chanuies qui peuvent servir de nourriture, des fourmis et des termites en si grande abondance que quelques peuplades sauvages des bords de l'Orénoque en font une
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espèce de pâle pour leur nourriture, enfin la mygale aviculaire ou chasseresse, araignée énorme qui attaque jusqu'aux petits oiseaux. A côté de ces insectes dégoûtants volent, en faisant scintiller au soleil l'éclat de leurs ailes, de splendides papillons tels que le Morpho cypris, le Phasma géant, le CaUydriade. D'autres, au contraire, se plaisent dans l'obscurité : tel est YErebîisstrin, le plus grand des papillons nocturnes.
Parmi les Batraciens il en est un qui mérite une mention spéciale, parce qu'il exsude un venin qui sert aux Indiens du Chaco, en guise de curare, pour leurs chasses. C'est la grenouille Phyllobastes mehunorrhinus. Les Indiens conservent les petits animaux de cette espèce dans des tubes de bambou, et lorsqu'ils veulent obtenir le poison nécessaire à leur chasse ils les attachent h une branche de bois vert, au-dessus d'un feu de braise. Bientôt le corps de la victime se couvre d'une mousse blanchâtre, puis d'une huile jaune dont on enduit la pointe des llèches. Ce venin paralyse le système locomoteur et fait périr par asphyxie, en peu de minutes, même les grands animaux.
Les bestiaux importés d'Europe se sont prodigieusement multipliés en Colombie et y constituent une de ses principales richesses. Eu certaines vallées, comme celle du Cauca, les propriétaires opulents conqtlent par milliers leurs tètes de bétail, qui paît toute l'année en liberté. La race de chevaux est excellente et l'élevai'c des mules se l'ait sur une grande échelle. Le mouton réussit aussi très-bien dans la région tempérée.
Climat. La configuration si accidentée de la Colombie et l'énorme différence de niveau qui existe entre les diverses parties du sol y a fait partager celui-ci en. trois zones : terres chaudes, terres tempérées, terres froides. Mais ces trois zones climatériques, qui naissent uniquement de l'altitude, ne sauraient être comparées à celles qui résultent ailleurs de la latitude. L'agréable et salutaire vai'iété des saisons y fait presque totalement défaut, car c'est à peine si la température movenne varie de 2 à 5 degrés d'une saison à l'autre. Dans la zone froide ce n'est pas l'intensité, mais la perpétuité du froid, la constante humidité d'un air brumeux, l'absence d'été qui ternit l'existence humaine et paralyse la nature végétale. Dans la zone chaude, c'est la continuité plus encore que l'intensité de la chaleur jointe à une extrême Immidité, qui dél)ilite l'homme et l'énerve, tandis que par une ironie cruelle la nature exubérante de sève multiplie la vie sous toutes les formes autour de lui. Seule la zone tempérée jouit d'une température douce et bienfaisante, mais quelque peu monotone et atonique par son uniformité.
On ne distingue en Colombie que deux saisons : la saison sèche et la saisoit pluvieuse, dont la périodicité est inverse de l'un à l'autre côté de l'Equateur suivant la marche du soleil au nord et au sud de cette ligne.
Il ne faudrait cependant pas prendre les désignations de sèche et de pluvieuse au sens absolu. Dans la région montagneuse il tombe assez d'eau, même en été,, pour entretenir la végétation, et durant l'hivernage le ciel reste souvent pur et serein plusieurs jours de suite. La quantité d'eau qui tombe chaque année sur les terres détrempées équivaut, en moyenne, à l'",80, et dans les terres chaudes des llanos à 2"', 54. Les observations faites au port de Guayaquil (2» au sud de l'Equateur) accusent 2'", 43.
Quant à la chaleur, elle varie fort peu, comme nous l'avons dit, avec les saisons et la latitude, mais énormément suivant la hauteur ; de sorte que la même montagne peut présenter de la base au sommet tous les climats, depuis celui des Tropiques jusqu'à celui de la Sibérie.
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Le climat est brûlant sur la côte, dans les llanos et dans les vallées basses. Il n'est pas rare d'y voir monter le thermomètre à -+- 35° et même au-dessus, et ont ne l'observe guère au-dessous de 25°. La moyenne annuelle est de 27 à 50, suivant la région. Dans la Cordilliore, au contraire, cette moyenne n'est que de 20" * 2,000 mèlres de hauteur, de + 11° à 5,000 mètres, et de -h 4° à 4,000 mètres.
La limite supérieure des terres chaudes est de 600 à 800 mètres. Entre 800' et 2,000 mètres sont les terres tempérées. Les terres froides s'élèvent jusqu'à. 5,000 mètres. Plus haut sont les paramos ou plateaux froids et stériles. On n'y voit plus aucun arbre à partir de 5,500 mètres, mais seulement des arbustesrabougris et des plantes alpines qui végètent jusqu'à 4,100 mètres de hauteur.. Puis, plus rien que de courtes et stériles graminées, des lichens, des mousses, jusqu'aux nevados ou neiges perpétvielles, dont la limite inférieure varie entre 4,700 et 4,900 mètres.
C'est entre 2,200 et 2,500 mètres que l'électricité atmosphérique se révèle avec le plus d'intensité par des orages violents accompagnés de pluies torrentielles.
Entre 5 et 4,000 mètres ouest, pour ainsi dire, toujours enveloppé de nuages :: il y pleut, il y neige, il y grêle presque tous les jours; la température moyennevarié de 7 à 4 degrés. Le vent y souffle avec une violence terrible.
Le climat des grandes plaines de l'est (llanos) est bien différent de celui des Andes et des provinces maritimes. Les saisons y sont beaucoup plus tranchées. Iluraboldt décrit ainsi leur climat : « Rien n'égale la pureté de l'air dans les llanos, depuis décembre jusqu'en février; la brise de l'E. et de l'E. N. E. souffle avec violence. Vers la fin de février l'atmosphère devient moins nette, la brise moins forte, moins régulière ; elle est plus souvent interrompue par des calmes plats. Des nuages s'accumulent vers le S. S. E.; à la fin de mars la région australe de l'atmosphère est éclairée par de ])etites explosions électriques ; la brise passe de temps en temps à l'O et au S. 0. Vers la fin d'avril le ciel se voile, la chaleur s'accroît progressivement ; les pluies commencent : c'est la saison des orages ; les rivières grossies ne tardent pas à déborder et à inonder les terres, qui présentent alors l'aspect d'une vaste mer parsemée d'îles. »
Telles sont les grandes lignes du climat de la Colombie. Quant aux climats partiels ou régionaux, ils varient à l'infini en raison même de la topographie. Aussi ne ferons-nous qu'en esquisser quelques-uns.
Dans les cantons montagneux de Mérida (Républ. de Venezuela), au milieu des caféiers et des champs de canne, la température moyenne est de 25° centigrades. Le thermomètre n'y descend jamais au-dessous de 16°.
A Quito, capitale de la République de l'Equateur, située presque sous la ligne (0° 15'), à 5,200 mètres au-dessus du niveau de l'Océan le thermomètre se tient constamment entre 14° et 16° centigrades.
A Bogota, capitale de la République de Nouvelle-Grenade, située à 4° 55' au N. de l'Equateur, sur un plateau élevé de 2,740 mètres au-dessus du niveau de la mer et au pied de deux hautes montagnes qui l'abritent des grands vents de l'est,, le climat est à peu près le même. La température moyenne est de 14° centigrades. Dans les nuits très-claires le thermomètre descend quelquefois jusqu'à zéro.
Caracas, capitale de la République de Venezuela, située à 10° 50' N. de l'Equateur et à 920 mètres d'altitude, sur un sol inégal, arrosé par quatre petites rivières, doit à sa position l'avantage d'un printemps perpétuel. Le thermomètre se tient, durant la saison fraîche, en novembre et décembre, le jour entre 21° et 22°, la nuit entre 16° et 17°. Durant la saison chaude, en juillet et août, i.
marque de jour 25" à 26", et de nuit 22" à 23". La moyenne annuelle est de 20". Au contraire, La Giiayra, port de mer qui n'est qu'à cinq ou six lieues de la précédente \ille, souffre d'un climat suffocant et malsain. C'est aussi à peu près le cas des villes riveraines des grands fleuves ou établies dans des vallées basses et humides.
Sur les plateaux accidentés de la Cordillière centrale de Nouvelle-Grenade, entre 2,000 et 2,500 mètres d'élévation, il règne toute l'année un climat comparable à celui de la France au printemps, tandis qu'en descendant dans le bassin de la Magdalena, qui coule au pied de cette Cordillière, on ti^ouve les ardeurs de la région équatoriale.
Maladies. Les terres froides sont généralement salubres. Dans les terres tempérées, les parties couvertes de prairies ou de savanes, les défrichements anciens, les pentes de montagnes jouissent également d'un climat sain. Mais les terres basses récemment défrichées, les vallées étroites, encore couvertes de forets, le bord des fleuves dans les vallées chaudes engendrent des fièvres jmIude'ennes, ordinairement endémiques, presque toujours suivies d'accidents graves et remarquables par leur ténacité. Il y a des parages tellement malsains qu'on ne peut les traverser sans emporter le germe de la maladie. Dans les terres chaudes et humides, les fièvres prennent le caractère bilieux ou typhoïde; la dysenterie y fait beaucoup de victimes (D' Saffray). Le même médecin ajoute qu'au fond de quelques vallées peu défrichées où l'air est toujours saturé d'humidité à une haute température, les habitants blancs, noirs ou métis, sont sujets à une affection encore mal connue et qu'on appelle dans le pays Caraté. L'épiderme, principalement sur les parties découvertes, présente des taches et des plaques irisées, violettes et brunes, entre lesquelles on distingue par places la couleur naturelle de la peau. Chez les nègres, il y a, au contraire, décoloration plus ou moins complète de l'épiderme et les plaques offrent alors la teinte mate qui caractérise chez eux l'albinisme. Les gens du pays accusent les moustiques d'inoculer le caraté. Cette maladie est connue à la Guyane sous le nom de Lota et au Mexique sous le nom de Mal de los pintos. Hirsch (de Dantzig) la soupçonne d'être épiphytaire, c'est-à-dire produite par un parasite végétal indéterminé, de même que notre Pityriasis versicolor, par exemple. Il se pourrait que la moindre érosion de l'épiderme, fùt-elle la suite des piqûres de moustiques, facilitât l'implantation de l'épiphyte. Le docteur Saffray et d'autres médecins ont reconnu l'efficacité du mercure, intus et extra, conti-e cette singulière dermatose.
Le même. voyageur nous apprend que « le geophagisme est une maladie assez répandue en quelques districts de la vallée basse de la Magdalena, sans toutefois êti-e endémique comme sur les bords de l'Orénoque. » Nous croyons qu'il y a dans ce rapprochement une confusion. Les Indiens Otomaques de l'Orénoque se nourrissent, ou plutôt se soutiennent tant bien que mal, des mois entiers, avec une terre argileuse contenant quelques parcelles de substances organiques qu'ils font frire dans l'huile de palme, après l'avoir comprimée en forme de c^alettes. Mais ils agissent ainsi par besoin et ils trouvent, en effet, dans la composition de la terre, dans sa préparation culinaire surtout, quelques éléments nutritifs. On a vu même en Europe, pendant la guerre de Trente ans, les populations affamées de la Poméranie, de la Suède et de la Finlande, manger une aro^ile nommée terre édide ou farine de montagne, qui contient une proportion notable de matières organiques. Cette géophagic relève de la famine, non de la pathologie.
11 n'eu est pas de môme de l'espèce de pica ou de malacia sous l'influence de laquelle un sujet préfère, aux aliments substantiels qu'il a sous la main, la terre, le mortier, voire même les plâtras de muraille. Le malheureux atteint de celte funeste manie a la face blême et bouffie, l'œil terne, les membres émaciés et le ventre gros. Il porte déjà le cachet de la cliloro-anémie quand, pour la première fois, on s'aperçoit qu'il mange de la terre ; ce qu'il cherche d'ailleurs à dissimuler à ceux qui le surveillent. Au contraire, les géophages par nécessité ne deviennent anémiques et maigres qu'à la longue, par le fait de l'insuffisance de nourriture réparatrice. C'est que l'un est miné par la présence, dans son intestin, d'un entozaire, Y ankijlostome duodénal, qui lui suce le sang, l'épuisé, trouble le système nerveux splanchuique et amène cette perversion de l'appétit et du goût i[ue nous connaissons, tandis que les autres n'ont ni entozaire, ni névrose ; ils ne sont qu'affamés.
Depuis la découverte de l'ankylostonie duodénal par Griesinger en Egypte, et par Wucherer au Brésil chez les nègres mangeurs de terre, il n'est plus permis de confondre la géophagie proprement dite, qui n'est point une maladie et la pica géophagique, qui a été appelée mal de cœur et mal d'estomac des nèyres, connue depuis longtemps en Afrique et dans toutes les colonies à esclaves'. C'est celle que le docteur Saffray nous signale chez les Indiens de la Magdalena. Mais cette pica n'est elle-même qu'un des symptômes de la cachexie aqueuse produite par les vers nématoïdes dont nous venons de parler (voy. l'art. Cachexie AQUEUSE de ce dictionnaire).
Le goitj^e et le' crétinisme qui peut être indépendant du premier, mais qui en est souvent la conséquence, existent dans toute la chaîne des Andes, excepté dans les localités où l'on fait usage du sel provenant des salines iodifères. Les sources salées iodifères sont très-nombreuses en Colombie. On en exploite plusieurs dans les provinces d'Antioquia et du Cauca (Nouvelle-Grenade), ainsi que dans la République de l'Equateur.
Dans les salines d'Antioquia, on recueille avec soin une eau mère, connue à
' Comme cette maladie paraissait propre jusqu'ici aux nègres et aux mulàlres, du moins en Amérique, et que son existence cliez les indigènes américains constituerait un fait nouveau dans Ja science, nous nous permettrons d'appeler sur ce sujet l'attention des voyageurs et des médecins à même de l'observer. La distinction que nous venons d'établir entre la géopliagie et la pica géophagique nous fut suggérée par l'observation des faits, même avant d'avoir connaissance de la découverte de Griesinger et de Wucherer, mais sans avoir le bonheur d'en reconnaître la cause. Nous avons vu à la Nouvelle-Calédonie une tribu en proie à la disette manger quantité de sléalite (argile fine et onctueuse comme la craie de Criançon), sans que les sujets en parussent incommodés. Au contraire leur estomac ainsi lesté souliVait moins des tiraillements de la faim et attendait plus aisément l'occurrence de quelque bribe de nourriture. Quelques années après nous vîmes dans les plantations de lîle de Cuba de jeunes nègres des deux sexes tristes, sombres, abattus, maigrissant rapidement et Unissant quelquefois par succomber à une liydropisie générale consécutive à la cliloro-anémie, parce que, disaient les maîtres, ils mangeaient de la terre, quoi qu'on fît pour les en empêcher. Quelle différence entre ces sujets vraiment malades, rares, jeunes, et les Néo-Calédoniens géophages par accident, non par goût, de tout âge, groupés en population! Telles sont aussi les tribus américaines du Bas-Orénoque ; mais ce n'est pas le cas des Indiens de la Magdalena observés parle docteur Salfray. Il suffit pour s'en convaincre de lire le texte même de l'auteur: 'I Un jour je m'étais arrêté pour déjeuner dans une cabane d'Indiens. Je remarquai un adolescent de 14 à 16 ans qui se tenait immobile. Il avait le tcin blême, l'œil terne et fixe; ses membres émaciés semblaient trop faibles pour soutenir sa grosse tête et son ventre énorme. Je demandai à sa mère s'il était malade. « Oh ! ce n'est rien, répondit-elle, il mange de la terre. » J'appris bientôt que le géophagisme éiait une maladie assez répandue dans la vallée basse de la Magdalena, sans toutefois être endémique comme sur les bords de l'Orénoque. b Docteur Saffray, Voijarjc à la JSouvcUc-Gieaade, in Tour du Monde, n" 606, p. 105.
•cause de sa consistance sons le nom à'aceite de sal (liuile de sel), spéciliqne excellent pour la guérison du goitre et d'autant plus précieux, dit M. Boussmgault, que : « dans toute la chaîne des Andes l'homme est généralement atteml de goitre. Or, dans les localités où l'on fait usage du sel provenant des salines iodifères, le goitre est inconnu. »
VÉlépliantiasis des Arabes et ïéléphantiasis des Grecs, ou lèpre tuberculeuse, -sont endémiques dans les terres chaudes. On a étahli, dans plusieurs villes, des hôpitaux spéciaux pour servir d'asile aux malheureux qui en sont atteints. Le plus célèbre est celui de Carthagène. La fièvre jaune est endémique sur le littoral de la mer des Antilles, du moins dans les ports de mer (Colon, Gartha- '^ène, La Guayra), mais non pas sur la côte de l'océan Pacifique, où elle a été importée, et où elle n'apparaît que par épidémies lointaines. Ainsi elle n'a sévi ;à Guyaquil qu'en 1740 et en 1842, peut-être en 1852, je dis « peut-être» iparce qu'on n'est pas bien d'accord sur la nature de l'épidémie de 1852. A Panama, on ne la voit apparaître non plus que sur des étrangers de passage et qui en ont contracté le germe, de l'autre côté de l'isthme, à Colon, par exemple, «où elle l'ait de fréquents ravages. Cependant, on cite le cas de la corvette anglaise V Albert, qui souffrit cruellement de la fièvre jaune en rade de Panama, ■en 1859 ; mais nous manquons de renseignements sur l'itinéraire antérieur -de ce bâtiment.
Les fièvres paludéennes, la dysenterie et Vhépatite, sont le fléau des côtes et des terres basses arrosées et même périodiquement inondées, comme nous l'avons dit, par les fleuves. Les fièvres y revêtent tous les types, et condiisent trop souvent à la cacliexie paludéenne. Pour ces maladies encore, le littoral de la mer des Antilles est beaucoup plus à redouter que celui du Pacifique. Ainsi, à Panama, la fièvre revêt rarement une forme pernicieuse. 11 est vrai qu'à ■Guyaquil, presque sous l'Equateur, les fièvres pernicieuses sont un peu plus .fréquentes.
La rémittente bilieuse est commune dans l'une et l'autre ville, tandis que, sur le littoral de l'Est, c'est plutôt la fièvre jaune qu'on observe.
La dysenterie est la plus meurtrière des maladies endémiques de la Coilombie, soit qu'elle emporte le malade par une marche aiguë et rapide, soit qu'elle passe à l'état chronique. En ce dernier cas, elle se complique souvent .<î'anasarque et, dans le premier, d'ulcérations gangreneuses à l'anus et d'atonie complète du sphincter. Ces complications annoncent une mort prochaine. La bronchite, la phthisie pulmonaire, la fièvre typhoïde, sont de tous les clunats, mais n'ont pas le même degré de fréquence dans les terres chaudes et dans les terres froides ou tempérées. Ainsi la phthisie est beaucoup plus commune sur la ■côte que sur les plateaux, dans les ports de mer que dans les villes de Caracas, de Bogota et de Quito. C'est l'inverse pour la fièvre typhoïde. La bronchite est fréquente partout, mais elle est plus bénigne sur la côte que dans les Cordillières, où l'on observe aussi la pleurésie et la pneumonie, qui sont bien rares dans les terres chaudes.
Les maladies de la peau, comme Vherpès, Veczéma et même Yichthyose, sont l'épandues partout. Il en est de même de la scrofule et de la syphilis. Le rhumatisme et les névralgies rhumatismales sont très communs dans les vallées des Cordillières, et Ventéralgie spasmodique dans les villes du littoral.
Le tétanos, surtout le tétanos infantile {mal de siete dias), sévit à toutes les •hauteurs.
Dans toute la chaîne des Cordillières, la cai'ie rfewtojre est très-commune chez les blancs, particulièrement dans le sexe féminin.
On dit que la rougeole est d'une gravité exceptionnelle dans les llanos, au point que la population recule devant ses ravages. Il est certain que cette affection présente dans toute TAmérique tropicale une gravité que nous ne lui connaissons pas en Europe, mais on n'avait pas encore notion d'une telle violence.
Démographie. La population de la Colombie se décompose ainsi par États souverains :
i" Nouvelle- Grenade. 3 millions environ dont oOO,000 blancs, 12G,00U Indiens indépendants, 200,000 Indiens soumis, 9i,O0O nègres, et le reste métis à tous degrés des Irois races-mères.
La population néo-grenadine s'accroît rapidement, presque sans aucune immigration, car, depuis l'année 1810, qui fut l'aurore de son indépendance, elle A triplé. Cet accroissement l'apide se fait surtout dans le haut pays ; sur la côte, il est à peine sensible. Si le pays était plus tranquille et consacrait aux routes, qui font presque complètement défaut, l'argent qu'il dépense en guerres civiles, il mériterait, par ses heureuses conditions climatériques et sa fertilité, d'attirer l'émigration européenne, d'autant plus q\i'il ne compte guère que 2 ou 5 habitants par kilomètre carré. (11 y en a 70 en France.)
2" Éqnaleur. La moitié orientale est encore déserte, et c'est dans les terres hautes que s'est concentrée la population montant, en 1866, d'après Villavicencio, à 1,108,082 habitants, non compris 150,000 Indiens indépendants. Il y a 460,000 Indiens soumis, 600,000 blancs ou passant pour tels, 40,000 métis et 8,000 nègres.
0" Venezuela. La population n'a quelque densité que dans la région montagneuse formée par la Cordillière orientale des Andes et sur la mer des Antilles, près de laquelle Se trouvent les principales villes : Caracas, Valencia, Cumana. Elle s'élève à 1,400,000 habitants dont 150,000 blancs tout au plus, 200,000 Indiens indépendants, 180,000 Indiens soumis, 800,000 métis de toutes classes, •et les autres nègres. La seule immigration un peu importante est celle des Canariens. Depuis l'année 1830, Venezuela en a reçu de 50 à 40,000. Tous se sont adonnés à l'agriculture. On compte aussi un petit nombre d'Allemands, de Frauçais et d'Italiens qui font le commerce. L'étendue considérable des terres chaudes et malsaines entrave les progrès de ce pays et l'accroissement de la population blanche ; mais il faut dire aussi que l'anarchie, qui est pi'esque son régime habituel, comme dans les autres républiques hispano-américaines, ne lui fait pas moins de tort.
Dans toute l'étendue de la Colombie, les métis, à tous les degrés et de tous les sangs, se reproduisent dans une proportion plus accélérée que les blancs dont ils grossissent subrepticement le nombre, au fur et à mesure que leur teint s'éclaircit par les croisements. Aussi la statistique des races, fort négligée du reste, subit-elle de perpétuels changements, et les données que nous fournissons ne peuvent-elles être considérées que comme approximatives.
On donne le nom de Zambos aux fds d'Indiens et de noirs : ils ont la taille bien prise, le teint brun foncé et les cheveux longs, sont robustes et courageux, mais féroces, vicieux et peu susceptibles de civilisation, dit-on. s Le plus grand nombre des nègres est répandu dans les provinces maritimes. Dans celles de Guayaquil, de la Magdalena, du Cauca et du Choco, ils sont on majorité.
La plupart des créoles qu'on appelle blancs ou Godos viennent du croisement des Espagnols avec les noirs et les Indiens. Dans les provinces maritimes, c'est le métissage des noirs et, dans les Cordillières, celui des Indiens, qui dominent. Les blancs des Cordillières ont la cbcvelure noire et rude, quelques-uns l'obliquité des yeux qui caractérise la race indigène. Les créoles des terres chaudes sont maigres el, en général, petits de taille; leur teint est fort jaune. Ceux des terres tempérées et froides, par exemple, de Santa-Fé-de-Bogota et de Quito, ont le teint fleuri et la taille plus élevée.
Ils sont généralement intelligents, mais peu instruits, sauf d'honorables el assez nombreuses exceptions. Les habitants de Caracas et de Bogota se font remarquer par un plus haut degré de culture intellectuelle. Ces villes ont fourni des hommes éminents dans les arts, dans les sciences et dans les lettres.
L'éducation des femmes est partout très-négligée et se borne à la lecture, à l'écriture et à un peu de musique dans les hautes classes.
Les Indiens sont robustes, ont une dentition magnifique et inaltérable et une forte chevelure qui ne blanchit qu'à un âge très-avancé. Ils ont la figure plus large que longue, les pommettes très-saillantes, le front aplati et très-bas, lo nez court et large, les yeux noirs et obliques, les lèvres un peu grosses et lu bouche grande. Ils sont presque imberbes, de taille moyenne, excepté les Caraïbes que Ilumboldt range parmi les hommes les plus grands de la terre (5 pieds et 7 à 10 pouces). Avec la tail'e moyenne coïncide un tronc large, à forte carrure, et de petites jambes cambrées. La couleur de la peau est cuivrée dans la montagne et bronzée dans les plaines.
Les Indiens du Choco ont le front haut, les membres gros et la tournure massive.
Les Indiens soi-disant civilisés n'ont pas le désir d'apprendre; aussi sont-ils tout à fait illettrés et très-superstitieux. Leur christianisme est on ne peut plus grossier. Ce sont de dignes élèves de l'Espagne.
Les métis de blanc et d'Indien (cholos) et ceux de blanc et de noir {mnlalos) sont intelligents et désireux d'apprendre. Dans les villes, il y a peu d'illettrés; mais ailleurs, il y a très-peu d'écoles, et les classes inférieures sont tout à fait ignorantes.
Tous libres, depuis la déclaration d'indépendance de la Colombie, les Indiens sont distingués en Indios bravos ou salvajes et Indios mansos ou civilisados.
Les Indiens civilisés sont laborieux, patients, obéissants. Les autres sont tout le contraire, vivent de chasse ou de pèche et même de rapine. Il en est cependant qui font un peu de culture et qui élèvent quelques bestiaux. Ces Indiens insoumis et incivilisés sont les Guajiros, qui vivent entre Sainte-Marthe et le rio Hacha ; les Caraïbes du Daricn et de San-Blas ; les Meypures, dans les plaines de San-Juan; les Salivas, les Ottomaques, entre l'Amazone et l'Apure, etc. Eu voyage, à la chasse, à la pêche, toutes les fois qu'il faut s'exposer aux piqûres des insectes, ces Indiens s'enduisent le corps d'une couche de rocou broyé dans l'huile de palme. Cette peinture rouge est à peu près tout leur costume ; cependant, les femmes portent une espèce de petit tablier large de 10 centimètres, et les hommes un cordon autour des reins avec un lambeau de tissu qui passe entre les jambes. En marche, ce sont les femmes qui portent les fardeaux.
L'autorité, chez ces sauvages, se partage entre le cacique et le prêtre ou plutôt le sorcier, qui remplit aussi les fonctions de médecin. Quand c'est un chef qui est malade, on prend des précautions contre le médecin, car on robli"e
à avaler la moitié de tous les remèdes qu'il administre au malade. Lorsqu'une femme est accouchée, son mari la remplace dans le hamac, où il reste étendu peudant trois jours, recevant les visites des voisins pendant que l'accouchée vaque aux soins du ménage'.
Non- seulement les hommes prennent autant d'épouses qu'ils peuvent eu nourrir, mais ils contractent des mariages conditionnels, on pourrait dire à l'essai : car, au bout d'un an, s'ils ne sont pas satisfaits de leur compagne, ils sont autorisés à la restituer à sa famille. Les cousines appartiennent à leurs cousins par droit de naissance.
On trouve établie, chez ces sauvages, la coutume barbare d'aplatir le crâne aux enfants nouveau-nés.
L'anthropophagie n'est pas inconnue chez les Giuihiros, qui vivent sur les bords de la Meta jusqu'à son confluent avec l'Orénoque. Cette peuplade féroce désole les établissements colombiens.
La religion de ces peuples est une sorte de dualisme. Elle suppose un combat perpétuel entre le bon et le mauvais principe ou diable [Yrocan) auquel s'adressent de préférence leurs supplications. Quelques-uns ont des idoles grossières. On calcule que le nombre des Indiens indépendants s'élève à 200,000 environ, partagés en une multitude de peuplades dont chacune a ses usages et sa langue. Nous disons langue et non pas dialecte, car ce ne sont pas seulement les sons, mais la construction et les formes grammaticales qui diffèrent. Ainsi, dans le bassin de l'Orénoque, on compte au moins trois langues : le Snyapure, le Salini et ïOttomaque. Entre la Meta et la Casanare, on en compte deux : celle des Yaruras et celle des Bétoies, etc.
Lors de la découverte de la Colombie, les Espagnols y trouvèrent deux sociétés d'hommes parfaitement distinctes. La première était composée d'individus sauvages, féroces, anthropophages à l'occasion, habitant les vastes plaines de Caracas, de Cumana, de l'Apure et de l'Orénoque, et vivant de fruits agrestes, de chasse et de pèche. Dans la saison des inondations, ils se réfugiaient sur les arbres, où ils improvisaient des niches de branches et de feuillage. La difticulté de correspondre les divisait en un nombre considérable de petites tribus différant entre elles par les mœurs et par la langue. C'était la famille Guarani, dont les Caraïbes sont aujourd'hui encore les principaux représentants.
Le deuxième groupe humain vivait, au contraire, dans un état social avancé comparable à celui des Péruviens et des Mexicains. C'étaient les Chibchas, plus connus sous le nom de Muizcas et Mozcas, habitant les conti'ées montagneuses de la province de Candimarca et d'Antioquia, particulièrement le plateau de Bogota. Leurs traditions, leurs annales hyéroglyphiques et leur calendrier lunaire gravés sur la pierre, leur gouvernement mi-partie civil et théocratique, leur culte du soleil, leur langue perfectionnée, indiquaient une civilisation déjà fort ancienne. Chose remarquable : ils prétendaient que cette civilisation leur avait été apportée pair un vieillard à longue barbe venu de l'Orient. Il leur apprit à se vêtir comme lui, à se construire des demeures fixes pour vivre en société, à cultiver la terre. Il établit des cérémonies religieuses, une administration et des lois, et, enfin, les préserva d'un déluge en ouvrant passage aux eaux du rio Bogota au défilé de Téquendama, où la rivière se pi'écipite d'une hauteur de ISr» mètres.
' Pareille coutume existait naguère dans les Pyrénées parmi les Basques et les Béarnais. On l;i nomme la cnuvode.
Les descendants des anciens Muizcas, bien réduits eu nondjic, ne se trouvent plus aujourd'hui que dans la province de Boyaca et dans un état social mléneur à celui de leurs ancêtres. Une servitude de plusieurs siècles a étouffé chez eux non-seulement les traditions, mais leur antique industrie et jusqu'à leur langue.
Y. DE Rochas.
Bibliographie. — Walteb. Voyage à l'isthme de l'Amérique. — Gai. Histoire de VOrvitoquc. De Pons. Voyage à la Terre ferme. — La Condamine. Journal du Voyage à l'Equateur. — Juan de Ulloa. Voyage m Amérique. — IIumboldt et Bonpland. Voyage aux régions cquinoxiales du Nouveau-Continent. — Hcjiboldt. Tableau de la nature. — Molliex. Voyage dans la république de Colombia en 1822 et "2',. l'aris, Ar. Bertrand, 2 vol. — Cociirane's Voyage ta Colombia. — IIai.i.'s (B.). Extracts from a Journal, etc., Colombia, being a geographicàl, statistical and political account of tlic country. London, 1822, 2 vol. in-S". — Eïhiès. Colombie, in Encyclopédie moderne, t. X. Firmin-Didot, 1847. — Malte-Bbun. Géographie, nouvelle édition. — D' Safibay. Voyage à la Nouvelle-Grenade . In Tour du Monde, 1872- 187,"). — BoussiNCAui.T. Les volcans des Cordillicres et leurs sources acides, Revue scientifique, n"' oG et 57, mars 1874. Archives de médecine navale, t. II, 1864. V. R.
coi.o.TiBiE BitiTAi\:\iiQi]E. {voy. Britanniques, p. 465).
COLOitlBlER (Jean), né à Toul, le 2 décembre 1756, fils d'un médecin militaire, fut reçu comme élève à l'hôpital militaire de Metz, puis à celui de Landau. Il concourut alors pour l'etnjiloi de chirurgien-major dans im régiment de cavalerie, et fut envoyé à Douai, où il l'ut reçu docteur en 1765. Il revint ensuite à Paris, et prit le grade de docteur de la Faculté de cette ville en 1767. Divers mémoires et ouvrages sur l'hygiène, des services rendus dans des commissions spéciales le firent en 1780 inspecteur général des hôpitaux et prisons de France, puis bientôt après inspecteur général des hôpitaux militaires. On lui doit en cette double qualité des réformes utiles dans le service et l'hygiène des hôpitaux soumis à son inspection, et notamment à Lyon et à Paris, Ses biographes s'accordent pour lui reconnaître une grande activité, jointe à un esprit trèslibéral ; la médecine militaire peut le revendiquer comme un de ses premiers hygiénistes. 11 mourut le i août 1789, à la suite, dit-on, d'une mission fatigante, dont il avait cru devoir se charger, malgré son état de maladie. Parmi ses écrits assez nombreux nous citerons :
I. Dissertatio nova de suffusione seu cataractâ oculi anatome cl mechanismo locupletala. Amsterdam et Paris, 1705, in-12. — II. Ergo j^rius lactescit chylus, qiiam in omnes corpork humores abeat. Paris, 1767, in-4°. — III. Ergo pro muUiplici cataractci'. gencrœ multiplici h/y.dp-nsii. Paris, 1768, in-4''. — IV. Code de médecine militaire pour le service de terre, ouvrage utile aux officiers, nécessaire aux médecins des armées cl des hôpitaux militaires. Paris, 1772, in-12, 5 vol. — V. Préceptes sur la santé des gens de guerre, ou hygiène militaire. Paris, 1775, in-S" ; ibid., 1779, in-8°, sous Je titre: Avis aux gens de guerre, suivi d'un supplément, ou conseils sur la manière de diriger la santé des gens de mer. — VI. Médecine militaire, ou Traité des maladies, tant internes qu'externes, auxquelles les militaires sont exposés dans leurs différentes positions de paix et de guerre. Par ordre du gouvernement. Paris, 1778, 7 vol. in-8°. — VII. Du lait considéré dans tous ses rapports, première partie (seule publiée). Paris, 1782, in-8». — VIII. Description des épidémies qui ont régné depuis quelques années dans la généralité de Paris, avec la topographie des paroisses qui en ont été affligées ; précédée d'une instruction sur ta manière de prévenir et de traiter ces maladies dans les campagnes, etc. Paris, 1785, in-8 ; 2"= cahier, ibid. 1784, in-8°. — IX. Instruction sur la rage, jmb liée par les ordres de M. l'intoidant de la généralité de Paris, pour être distribuée dans différentes paroisses de cette généralité. Paris, 1781; ibid., 1785, et Journal de médecine, octobre 1785. j^ I)
COLo;mbI!VE. Principe actif du colombo. On traite la racine par l'alcool, on distille, puis on évapore au bain-marie, on reprend par l'eau et on agite le mélange avec de l'éther, qui s'empare des substances grasses et de la colombine. Celle-ci est purifiée par cristallisation dans l'éther absolu et bouillant.
COLOMBIUM. 75
La colombine est incolore, très-amère, neutre, peu soluble à froid dans l'eau, l'alcool et l'éther, plus soluble dans l'alcool bouillant. Elle se dissout dans l'acide acétique et dans l'acide sulfurique concentré : celui-ci prend alors une teinte rouge. D.
COLOMBïQCE (Acide). Après avoir traité par l'eau de chaux de l'extrait alcoolique de racine de colombo, si l'on ajoute au produit de ce traitement de l'acide chorhydrique, on obtient des flocons blancs, cristallins, très-acides. C'est de l'acide colombique (Bœdecker). D.
coLOSlBlUiH ou TAl^TALE. CiiiMiE. Le colombium, placé, par ses propriétés, à côté du manganèse, est un mêlai découvert, en 1801, par Ualchez, dans un minerai venant d'Amérique. Peu de temps après il a été rencontré dans des minerais de Suède, l'yttro-tantalite ou yttro-colombite, par Ekeberg qui, le prenant pour un métal différent, lui a donné le nom de tantale.
Le colombium existe dans des minerais très rares, à l'état d'acide colombique combiné tantôt à de l'oxyde de i'er et de manganèse, tantôt à de Yo.rijde d'yttrmm, de Voxyde de fer et de ïoxyde d'urane.
Extraction. On chauffe dans un creuset brasqué, à la température du ivouge, un mélange bien sec de fluorure de colombium et de jiotassium, et des fragments de potassium. La réaction commence au rouge naissant, le mélange entre en ignition, et il se forme du fluorure de potassium, et le colombium est mis en liberté.
Ta FI. K FI 4- K =^ 2KF1 -+- Ta
Fluorure Potassium. Fluorure Colombium.
de colombium de potassium,
et de potassium.
On traite par l'eau la masse refroidie. Le flurorure de potassium se dissout et le colombium reste sous la forme d'une poudre noire ; sec, il prend de l'éclat métallique sous le brunissoir, et la couleur grise du fer. Il est infusible au plus violent feu de forge. Chauffé au contact de l'air, il s'embrase avant la température rouge, brûle avec vivacité, et se transforme complètement en acide colombique. Il se combine en deux proportions avec l'oxygène et forme un oxyde et un acide.
Oxyde. On l'obtient en chauffant de l'acide colombique au rouge blanc dans un creuset brasqué. C'est une poudre grise, assez dure pour rayer le verre, elle est inattaquable par tous les acides. Chauffé au rouge dans un creuset avec du nitrate de potasse, l'oxyde s'acidifie et forme avec la potasse du nitrate décomposé, du colombate de potasse.
Acide colombique. On l'extrait de la tantalite ou colombate de fer et de manganèse. Le minerai, pulvérisé finement, est fondu dans un creuset d'argent avec deux fois son poids de potasse. Il se forme du colombate de potasse soluble dans l'eau, et des oxydes de fer et de manganèse insolubles. On traite par l'eau distillée bouillante et on filtre. La liqueur filtrée est décomposée par l'acide chlorhydriquc, il se forme du chlorure de potassium, et l'acide colombique se précipite.
L'acide colombique est pulvérulent, insoluble dans l'eau et dans les acides, l'acide fluorhydrique excepté ; à l'état hydraté il se dissout aussi dans une solution bouillante d'oxalate acide de potasse ; cette solution est incolore, elle précipite en jaune par le cyanure de potassium et de fer. Le sulfhydrate d'ammoniaque en précipite de l'acide colombique hydraté blanc, le même précipité prend naissance lorsqu'on sature l'acide oxalique par la potasse ou la soude.
76 COLOMBO (botamque).
L'acide colomuique se dissout facilement dans des solutions c^' alcalis caustiques, et forme avec eux du colombate de fer ou de soude. Les colonibates métalliques étant insolubles peuvent être obtenus, par double décomposition, avec du colombate alcalin, et le sel métallique soluble que l'on veut transformer en colombate.
Sulfure de colombium. C'est une masse grise semblable à de la plombagine, douce au toucber ; cliauffé au contact de l'air, il brûle, au rouge sombre, et forme de l'acide colombiquc et de l'acide sulfuriquc. On le prépare en faisant passer des vapeurs de sulfure de carbone à travers un tube de porcelaine cliauffé au rouge blanc et renfermant de l'acide colombique.
Chlorure de colombium. Le colombium cliauffé dans du cblore gazeux y brûle avec vivacité, avec dégagement de vapeurs jaunes qui se condensent sur les parois du vase en une poudre d'un blanc jaunâtre, c'est le chlorure de colombium. Jeté dans l'eau, ce clilorurc se décompose instantanément et avec sifflement en acide clilorhydrique et acide colombique qui se précipite. Lutz.
COLOMBO (Matteo-Realdo). Un des fondateurs de l'anatomie au seizième siècle. Né à Crémone, il exerça d'abord la pliarmacie, puis il suivit à Padoue les leçons du grand Vésale dont il devint le prosecteur et l'ami. Celui-ci ayant été appelé en Espagne, vers 1543, Colombo lui succéda dans la chaire d'anatomie, et une foule nombreuse continua d'affluer dans l'amphithéâtre de Padoue. Au bout de six ans de succès non interrompus, il passa à Pise et bientôt à Rome, où l'appelait Paul IV. 11 continua ses travaux scientifiques et mourut dans celte ville en 1559, ainsi qu'on le voit dans l'épître dédicatoire adressée au pape par les fils de Colombo dans la première édition de son traité d'anatomie.
Tout en regrettant la présomption dont il fait preuve dans cet ouvrage, et son ingratitude envers son illustre maître dont il relève amèrement les erreurs en lui en prêtant même qu'il n'a pas commises, il faut cependant convenir que Colombo a été un anatomiste des plus éminents. Non-seulement il avait scruté la nature sur les cadavres avec une attention soutenue et une rare sagacité, mais encore il l'avait interrogée dans de nombreuses vivisections. On lui doit beaucoup de découvertes importantes ; ses descriptions sont plus minutieuses, plus méthodiques que celles de la plupart de ses contemporains. On cite comme telles sa description du larynx, la mention des muscles pyramidaux du nez, sourcilier, génio-glosse, des gahies tendineuses, etc. On reconnaît généralement qu'il a réellement mieux connu que Servet la circulation pulmonaire; il la résume ainsi : « Sanguis per arteriosam venam ad pulmonem ferlur, ibique attenuatur deinde cum aereunàper arteriam venalem ad sinistrum cordis ventriculum defertur . »
On ne peut être plus précis. Il avait reconnu que le cœur se contracte au moment où les artères se dilatent et réciproquement; il avait reconnu des mouvements d'expansion et de resseri-ement du cerveau mis à découvert, etc., etc.
Toutes ces recherches, toutes ces découvertes sont consignées dans l'ouvrage suivant :
De re anatomicalAhvï XV; Venetiis, 1559, in-fol. ; Parisiis, 1562, in-S"; Ibid., 1572, in-8°. Francof., 1590, in-S-, etc. ' g. éen.
COLOiHBO. § I. Botanique. La racine de ce nom est celle d'une plante originaire de l'Afrique tropicale orientale à laquelle nous avons donné, en 1869, le nom de Chasmanthera palmala. C'est elle qui a successivement reçu les noms de :
Menispermum palmatum Lamk.
tiULiUMOU REMPLOI MEUICAl). 77
■ Menispenmim Columba Roxb.
Cocculus palmcUus I)C.
Jateorinza palmata Miers.
Jateorhiza Columba Miers.
Jateorhiza Miersii Oliv., FI. trop. Afric, I, 42.
Quant aux épithètes de palmata (c'est à elle que M. Oliver a substitué celle de Mieniî] et de Columba, elles doivent, d'après les récentes informations de M. D. Hanbury [Pharmacographia, 22), être considérées connue synonymes, les différences observées entre les Jateorhiza Columba et palmata n'étant pas constantes. La principale source du Colombo est donc le Chasmanthera {Jateorhiza) palmata {voy. CiiASJiAKTHEnA). II. Bn.
8 11. Kniploi médical. HISTORIQUE. C'est vers 1G77 que F. Ilédi a le preniier parlé des propriétés médicales du Colombo, et c'est en 1771 qu'on en a lait l'essai dans la médecine européenne (Mérat et de Lens). Les Indiens l'employaient depuis longtemps dans le traitement des maladies de l'estomac et des intestins. C'est aux travaux de Percival {Médical and expérimental Essays) et de Cartheuser {Dissertatio de radiée colombâ, ]11T^) que l'on doit la vulgarisation de ce médicament. On peut voir dans Murray {Apparat, med., t. VI, p. 154 et suiv.) quels sont les auteurs qui se sont particulièrement occupés de l'application tbérapentique du Colombo (Trousseau et Pidoux).
Lors de son introduction dans la matière médicale, quelques auteurs exagérèrent son importance, d'autres apprécièrent inexactement ses effets. Ainsi Percival lui attribuait la vertu particulière de changer l'acrimonie ou de corriger l'état putrescent de la bile. Cullen condamne cette opinion, mal formulée, il est vrai, mais ayant son fondement dans une certaine induence, plutôt favorable que défavorable, exercée par le Colombo sur la sécrétion biliaire. Cullen en outre, tout en reconnaissant le mérite du Colombo, ne lui trouve pas plus de vertu qu'aux autres amers. Bodard, le regardant à tort comme un astringent, conteste son utilité dans la dysenterie où il était particulièrement recommandé. Néanmoins, il a continué, paraît-il, à être assez employé en .Angleterre, en Hollande, en Allemagne ; mais en France il était tombé, sinon en discrédit, du moins en désuétude, lorsque Trousseau et Pidoux {Traité de thérap. et de mat. médic.) etDebreyne {Thérapeutique appliquée), par leurs témoignages en sa faveur, le rappelèrent à l'attention de nos praticiens.
Vers les années 1820 à 1826, la racine de Colombo avait entièrement disparu du commerce français, et on lui substituait la racine du Frasera Walteri, de la famille des gentianées. Ce faux Colombo, d'une saveur amère, très-faible, ne pourrait même passer pour l'équivalent de la gentiane {voy. Guibourt, Journal de chimie médicale, t. H, p. 554, et Histoire naturelle des drogues simples, 6'édit., t. m, p. 729).
Pharmacologie. La racine de Colombo, telle que le commerce la présente, est en rouelles circulaires ou ovales de5 à 8 centimètres de diamètre, ou en tronçons de 5 à 8 centimètres de long. Elle est recouverte d'un épiderme gris-jaunàtre ou brunâtre, hérissé de rugosités irrégulières. Sur sa coupe transversale, déprimée à son centre, on observe, près de l'épiderme, une couche de fibres concentriques, d'un jaune verdâtre, séparée par un léger cercle brun du faisceau des fibres intérieures, plus pâles, d'apparence rayonnée, et d'une texture spongieuse dont la dessiccation détermine la dépression centrale.
78 COLOMBO (emploi médical).
L'odeur du Colombo, nulle dans les morceaux isolés, est légèrement perceptible dans les flacons où ils sont entassés; elle est peu agréable et difficile à délinir. La saveur est fortement et franchement amère.
Analyse chimique. Planche a retiré de la racine de Colombo : le tiers de sou poids d'amidon; une matière azotée très-abondante; une matière jaune amère, non précipitable par les sels métalliques ; des traces d'huile volatile ; du ligneux; des sels de chaux et de potasse, de l'oxyde de fer et de la silice (Bulletin de pharmacie, t. III, p. 289).
Wittstock a retiré du Colombo un principe particulier, cristallisable, neutre,, non azoté, très-amer, qu'il a nommé colombine. [voy. pour la préparation, Colowbine). 100 grammes de racine de Colombo ne fournissent que le%56 de colombine.
Bôdecker a démontré en outre que la couleur jaunâtre de la racine de Colombo est due à la berbérine (qui se retrouve dans plusieurs plantes de la famille des Méuispermacées), combinée avec un acide amorphe, jaune, un peu moins amer que la colombine, qu'il a isolé sous le nom d'acide colombique (Journal de pharmacie et de chimie, t. XXIII, p. 153).
La colombine et le colombate de Jjerbérine paraissent être les principes actifs du Colombo, que représentaient imparfaitement la matière azotée et la matière jaune amère de Planche.
La l'acine de Colombo, humectée et touchée avec la teinture d'iode, prend immédiatement une couleur bleue noirâtre due à l'abondance de l'amidon. Elle forme avec l'eau \\i\ macéré brun qui n'exerce aucune action sur le tournesol, la gélatine et le sulfate de fer ; elle ne contient donc aucune trace de tannin.
Formes phaimaceutiques et doses. Poudre de Colombo. Cette racine est friable et se pulvérise presque sans résidu. Sa poudre est d'un gris verdâtre. Doses, 50 centigrammes, 1 à 4 grammes, en plusieurs prises.
Eydrolé de Colombo. L'eau en agissant sur la racine de Colombo donne un produit différent, selon la température à laquelle ou opère. Par la macération, elle extrait le principe odorant, la matière azotée et la matière jaune amère. Par l'infusion, il se dissout en outre un peu d'amidon. Par la décoction, l'amidon tout entier vient faire partie de la liqueur. Les deux premières liqueurs sont préférables comme tonique ; dans le cas de dysenterie, on devrait préférer la décoction, dont la partie mucilagineuse enveloppe la matière amère et rend son impression plus supportable pour la muqueuse des intestins (Soubeiran).
Apozème à la Rhubarbe et aïi Colombo. Racine de Colombo, grammes, 4; racine de rhubarbe, 1 ; eau, 200. Versez l'eau bouillante, le soir, sur les racines incisées, et laissez infuser jusqu'au matin. A prendre à jeun dans les gastro-entéralgies avec constipation (D. de Savignac).
Teinture alcoolique. Racine de Colombo, 1 ; alcool à 60'',5. Doses, de 1 à 15 grammes, dans une potion, dans un vin, simple ou médicamenteux. Le Colombo peut être ainsi associé aux élixirs martiaux, aux vins de quinquina, sans les noircir, sans les précipiter, comme le feraient les amers tanniques.
Extrait alcoolique. 100 parties de racine de Colombo, épuisées par l'alcool, donnent 22 parties d'extrait. Cette préparation est peu usitée ; elle est préférable en tous cas à Vextrait aqueux, altérable et moins actif, à cause de la présence de l'amidon. Doses, d'un quart moindres que celles de la poudre.
Action physiologique. Le Colombo est un tonique amer franc, sans tannin, par conséquent dépourvu d'astringence ; il excite l'appétit, active la di<^estion
LULUJltiU (EMPLOI MÉDICAL). 79
stomacale, calme les douleurs gastriques, arrête les nausées, et même le vomissement. Il agit d'une manière analogue sur les intestins ; il régularise leurs fonctions digestives et excrétoires, sans purger ni constiper ; il combat les flux intestinaux, non par astringeiice, comme quelques auteurs l'ont cru à tort, mais en touillant la muqueuse intestinale el eu comballant ainsi l'exosmose passive qui laisse affluer les liquides en excès dans le canal intestinal. Il tarit surtout les flux bilieux, de même que du côté de l'estomac il réprime particulièrement les vomissements de celte nature ; ce qui suppose une action spéciale sur le foie, sur les excès et les viciations de la sécrétion biliaii'e. Enfin, il tend aussi à calmer les douleurs intestinales.
Toutefois, ces effets avantageux ne s'obtiennent que par l'usage de doses modérées. Des doses élevées, massives, produisent des effets contraires, irritent l'estomac, l'endolorissent, occasionnent des vomissements. Le Colombo est donc un médicament dont il ne faut user qu'avec une certaine mesure, d'autant plus qu'on le dit susceptible de déterminer des accidents toxiques.
Buchner a fait périr des lapins avec de très-petites doses d'extraits élbéré ai alcoolique déracine de Colondw. Ce serait donc de ces formes pliarniaceuli(jues qu'il faudrait particulièrement se délier. Au surplus, les proj»riélés, le degré d'activité, les applications médicales de cette racine auraient besoin d'un nouvel examen.
Action THÉRAPEUTIQUE. Le Colombo est indiqué dans la dyspepsie avec atonie stomacale, dans la gastralgie, dans l'embarras gastriipie avec état nauséeux. Trousseau et Pidoux le recommandent particulicremeiit dans les cas de légère phlegmasie de la muqueuse gastrique, avec amertume de la bouche, chaleur et douleur à l'épigastre, nausées, un peu de fièvre et de diarrhée ; ils administrent d'abord un vomitif et donnent ensuite, pendant quelques jours, trois ou quatre fois dans les vingt-quatre heures, une tasse d'iufusion de 60 eenligrammes de Colombo. La même médication leur réussit dans les diarrhées aiguës apyréti- ([ues, accompagnées d'anorexie et d'amertume de la bouche.
Chrestien, de Montpellier, a préconisé le Colombo comme anti-émétique {Méthode iatraleptique, 1811; p. 509 et sidv.) ; Debrcyne le regardait comme le meilleur remède contre les vomissements purement nerveux ou atoniques par débihté, les vomiturilions glaireuses, pituiteuses, sans irritation ou complication gastrique ; il administrait ordinairement 4 grammes de la poudre, en trois prises, chacune une heure avant un repas ; il lui associait parfois les opiacés {Thérapeutique appliquée, et Bull. gén. de thérap., 184ô, t. XXIV, p. 180). .
Martin-Solon a obtenu la guérison immédiate d'un vomissement chronique, rebelle à toute médication antérieure, par l'emploi d'une infusion de 4 grammes de racine de Colombo dans un litre d'eau; le sujet, qui devait son affection a des excès de vin, étant légèrement altéré, buvait cette infusion par verre dans ajournée {Bull, gén.dethérap., 1845, t. XXVIII, p. 214).
Le Colombo a été vanté avec exagération contre la dysenterie ; on l'opposa d abord indistinclemeul à toutes les périodes, à toutes les formes de cette maladie. Mais, selon la remarque de Percival, il agit mieux à son déclin, et mieux encore, selon mon observation pei^sonnelle, lorsqu'elle est passée à l'état chronique. Il convient surtout aux formes bilieuses ; il se place avec avantage dans le traitement des diarrhées bilieuses qui tendent à se perpétuer ; il calme en même temps les coliques. Cependant, il peut n'être pas sans utilité dans d'autres formes
80 COLOiN (anatomie).
de diarrhées. Ainsi, le professeur Hauner le recommande contre la diarrhéai, tantôt séreuse, tantôt lientérique, des enfants soumis à une mauvaise alimentation {Union médicale, mars 1856). Enfin, dans les troubles complexes, dyspepsie, vomissements fréquents, diarrhée alternant avec la constipation, il régularise les fonctions digestives et les ramène à leur type normal.
J'ai recommandé les toniijues amers en général, et entre autres le Colombo, dans la dysenterie chronique, et surtout dans la convalescence ainsi que dans les états valétudinaires qui suivent cette maladie. Je prescris l'apozème à la rhubarbe et au Colombo dont j'ai donné la formule (voy. plus haut), dans le cours de la dysenterie chronique, pour modifier les évacuations, et dans la convalescence pour combattre les gastro-entéralgies consécutives avec tendance à la constipation ou irrégularité dans le nombre et la nature des garderobes [Traité de la dysentrie, \SQ'5).
A l'extérieur, on a prescrit la poudre de Colombo pour déterger les ulcères. 11 se peut qvi'il contribue à modifier et à cicatriser les ulcérations intestinales de la dysenterie. Il pourrait convenir également pour liàter la cicatrisation de celles de la dothiénentérie, et agir ainsi doublement contre la diarrhée qu'elles entretiennent.
Le Colombo s'associe avec avantage, dans le traitement des affections gastrointestinales, à d'autres médicaments, tels que la craie, la magnésie, la rhubarbe, le bismuth, le bicarbonate de soude. Ses propriétés stomachiques se concilient parfaitement avec l'action tonique du fer et du quinquina, dont il favorise d'ailleurs la tolérance; et cette union est d'autant plus utile que les anémies, les débilités, les cachexies se compliquent de troubles digestifs. Je mélange souvent, soit avec le sous-carbonate de fer, soit avec le fer réduit par l'hydrogène, un peu de poudre de Colombo, laquelle fait mieux supporter ces ferrugineux par l'estomac et prévient les pesanteurs et les douleurs de ce viscère qu'on les voit parfois occasionner. Delioux de Savigkac.
COLOIV. § 1. Anatomie. Entre le cœcum où se verse l'intestin grêle et le rectum qui s'ouvre au dehors par l'anus, le gros intestin prend le nom de côlon. Si l'on n'avait égard qu'à la racine grecque de ce terme, c'est le gros intestin qu'il faudrait désigner ainsi, puisque ce canal tout entier remplit en effet le rôle de réservoir d'attente, et sert d'un bout à l'autre à retenir ou à contenir les matières fécales jusqu'au moment de leur expulsion {-/.SjIo-j, de y.w)iyw, j'arrête). Influencé sans doute par ces raisons purement étymologiques, l'auteur distingué de l'article Intestin, dans le nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, a fait du mot côlon le synonyme de gros intestin ; à ce titxe le cœcum n'est plus pour lui que l'origine du côlon lombaire droit et le rectum que la fin du côlon descendant. Je ne vois pas de sérieux avantage à rompre de la sorte avec la tradition et les usages anatomiques ; la partie principale restera donc ici le repi'ésentant fonctionnel de l'ensemble.
Le côlon n'est bien, du reste, qu'une portion artificiellement distincte d'un seul et même organe ; par son étendue et sa situation, le corps d'un viscère, dont lecîECum est l'origine (la tête, si je prenais l'expression de Smith, caput coli), et le rectum la terminaison, car aucune espèce de démarcation ne sépare entre eux ces divers segments. On sait que l'iléon tombe presque perpendiculairement sur le conduit à peu près rectiligne et vertical qui lui fait suite et à quelques centimètres au-dessus du point où ce conduit prend naissance, laissant ainsi an-
COLOiX (anatomie). 81
dessous (lu confluent uu cul-de-snc renflé qui est le eœcuni. Le cùloii commence au-dessus de l'embouchure. Sa limite opposée est plus arbitraire encore, et il est même difficile de la déterminer avec précision : après avoir décrit plusieurs courbes accentuées, le gros intestin se redresse tout d'un coup pour traverser rapidement la hauteur du petit bassin ; c'est au moment oii il plonge dans celte cavité qu'on s'accorde à l'appeler rectimi et c'est, ainsi que la crête du détroit supérieur, vers l'articulation sacro-iliaque gauche, marque à elle seule l'extrémité terminale du côlon. Étrangère à l'organe qu'elle divise, cette limite, en outre, ne saurait être fixe. Par suite du jeu que laisse à l'intestin, en cet endroit surtout, son attache péritonéale, le rapport de ce canal avec la marge osseuse dont il s'agit est bien loin d'être invariable, de sorte qu'en réalité les dimensions du côlon se transforment selon qu'il est enti'aîné par son état de réplétion ou par le déplacement de ses voisins, en deçà ou surtout au delà de ce point de repère. Si cette distinction avait plus d'importance, on pourrait toutefois établir entre le côlon et le rectum une ligne de séparation moins mobile et qui ne cesserait pas de correspondre à la convention qui précède. Lorsqu'en effet l'intestin s'allonge et descend davantage dans l'excavation pelvienne, il s'infléchit sur la ligne même qui s'appuyait contre l'orifice de cette excavation, en dessinant en avant un angle droit ou plus ou moins aigu. Le sommet de cet angle rappelle ainsi très-exactement l'ancienne limite entre le rectum et le côlon et mériterait de continuer à en marquer la place. Convention pour convention, celle-ci du moins aurait l'avantage de séparer les organes en question par une frontière définitive. Entre ces doux points extrêmes, le côlon atteint une étendue considérable, si on la compare à celles du caicum et du rectum, puisque sur une longueur totale de 1"',65, qui est approximativement celle du gros intestin, il y a seulement, pour établir la sienne, à réserver de 3 à 8 centimèircs environ au céecum el de '20 à 21 au rectum.
Son calibre, en revanche, en tant qu'on peut mesurer et comparer des dimensions aussi indécises et variables, ne tient plus qu'à peu près le milieu entre celui du caecum et celui du rectum, de sorte que le gros intestin va se rétrécissant de son cul-de-sac profond à son orifice extérieur. En effet le csecum ayant de 5 à 7 centimètres de largeur, le côlon en compte environ 4,5 en moyenne, tandis que le rectum n'en a guère plus de 5,5. En outre le côlon descendant est plus étroit que le côlon ascendant. Ces mesures se rapportent évidemment au gros intestin vide et rétracté, car la présence des matières fécales ou des gaz en modifie notablement les proportions absolues et relatives. C'est ainsi que le diamètre du rectum, par exemple, peut dépasser celui du côlon et, dans certains états pathologiques, celui même du cfecum, en détruisant par là cette disposition infundibuliforme, à direction supéro-inférieure qui est particulière aux. diverses sections du tube digestif.
Pendant son long trajet le côlon décrit une sorte de courbe brisée, mais pourtant circulaire, qui enveloppe d'un cadre presque continu les circonvolutions llottantes du jéjunum et de l'iléon et dont les déviations prononcées permettent de reconnaître quatre parties à l'organe que j'ai à décrii'c. Ces divisions, surtout utiles à l'exposition des rapports contractés par le côlon, constituent eu allant du c;ecum au rectum : le côlon droit ou ascendant, le côlon iransverse, la zone ou l'arc du côlon, le côlon gauche ou descendant, et VS iliaque, flexure sigmoïde ou portion iliaque du côlon..
Le côlon ascendant, ou portion ascendante du côlon, situé au-dessus ducrcum,.
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-etipar'consëqueritdans la partie droite de la cavité abdominale, s'étend de la crête iliaque correspondante à la vésicule biliaire et à la face inlérieure du foie. Cette iportion du côlon traverse ainsi presque verticalement, et d'autant plus flexueuse -qu'elle se trouve plus élevée, le flanc puis l'iiypochondre droits ; en se termmanl •elle s'incline en avant pour atteindre le bord tranchant du foie, puis en dedans pour se continuer, à angle droit, avec la portion transverse. Le péritoine ne fourwità cette partie du canal intestinal, qu'un revêtement incomplet, en ce qu'il ne recouvre pas en général sa paroi postérieure ; toutefois lorsque la lumière du côlon ascendant est fortement réduite, les deux bords du repli séreux parviennent à s'adosser en arrière et constituent alors un très-court pédicule qu'on désigne sous le nom de mésocôlon lombaire droit; chez quelques sujets ce pédicule est constant. En vertu de cette disposition la fixité du côlon droit est relativement considérable et à l'inverse des autres viscères abdominaux on ne le voit guère secarter sensiblement de sa situation normale. On peut cependant rencontrer certaines anomalies de la séreuse abdominale qui lui confèrent une grande indépendance. Murray en a décrit un exemple digne d'intérêt. Chez un jeune homme autopsié par lui, les six ou sept derniers pouces de l'iléon se montraient entom^és d'une gaine péritonéale complète, mais commune à cet organe, au ccecum et au côlon ascendant. Le péritoine se détachait à droite de la onzième et douzième côte, se portait vers en bas sur le colon ascendant et le caecum, d'où il se jetait •sur l'iléon pour l'envelopper de toute part et se perdre ensuite dans le reste du mésentère. Tout ce paquet de circonvolutions intestinales y gagnait une extrême mobilité, et à l'ouverture de l'abdomen se trouvait enfoncé dans le petit bassin.
En avant, en dedans et même en dehors, le côlon ascendant est en contact avec les anses de l'intestin grêle qui le recouvrent habituellement et le débordent en l'éloignant des parois abdominales. En arrière il est en rapport avec le muscle -carré des lombes et le rein correspondants, dont le sépare seulement une couclie .de tissu conjonctif lâche, et quelquefois le mésocôlon droit auquel j'ai assigné (une existence éventuelle.
La portion transverse du côlon, traçant pour ainsi dire la limite des régions .épi"'astrique et ombilicale, franchit la distance qui sépare la vésicule biliaire de l'extrémité inférieure de la rate, par ime courbe horizontale toujours un peu iflexueuse au-dessous du foie et de la rate, et dont la convexité regarde en avant et eu ibas; de celte courbure vient sonnom d'arc ducôlon. Pendant la digestion storaacliale il'arc du colon est plus ou moins refoulé au-dessous du trajet que je viens d'indiquer ; il reprend sa position quand la masse chymeuse s'est vidée dans l'intestin «rèle. En dehors de ces écarts physiologiques, il n'est pas rare de voir la conwexité du côlon transverse se prononcer de plus en plus et, par suite, s'abaisser .de façon à correspondi'C au niveau de l'ombilic, et même à tomber dans la région hypogastrique. Ces déplacements sont souvent le résultat d'un allongement do il'organc. Comme sa longueur peut doubler et même tripler, selon Cruveilhier, ipai- l'effet d'influences où la constispation, la grossesse et le corset joueraient le ; principal rôle, des inflexions variées viennent quelquefois modifier plus profon- ■ dément encore le trajet habituel de l'oi'gane. Chez les sujets obèses, c'est en sens linverse que sa déviation tend à se produire et la portion transverse du côlon se rapprocheplus ou moins alors de l'appendice xyphoïde.
Le revêtement péritonéal de l'intestin affecte en ce point une disposition sur laquelle des divergences actuelles jn'obligent à insister. Après avoir recouvert toute la surface du côlon transverse, les feuillets séreux se rejoignent derrière
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lui pour constituer un repli long et large, surtout vers sa partie médiane, qui <levient le pédicule de l'arc du côlon en rattachant à la paroi postérieure de l'enceinte abdominale ; c'est le véritable mésocôlon transverse. Ce repli remonte obliquement d'avant en arrière vers l'intervalle qui sépare le pancréas de la troisième portion du duodénum, et de ses deux feuillets, l'inférieur se continue en ce point avec le feuillet droit ou supérieur du mésentère, tandis que le supérieur se recourbe immédiatement sur lui-même pour constituer le feuillet postérieur de la lame postérieure du grand épiploon. Il en résulte que le mésocôlon transverse est doublé, contre sa face supérieure, par cette lame épiploïque tout entière, et que la séreuse abdominale à ce niveau revient quatre fois sur elle-même.
Ainsi tombe, comme on le voit, si Bouchard a raison contre Sappey, l'ancienne théorie de Cruveilhier qui formait le mésocôlon transverse au moyen de la lame postérieiu'e du grand épiploon, enfermant ainsi l'arc du côlon non dans un repli du péritoine, mais entre deux de ses feuillets écartés pour le recevoir. La cause de cette erreur serait les adhérences c[ui soudent entre eux, chez l'adulte, des plans membraneux que l'on peut, en général, séparer assez facilement chez le fœtus. En tout cas la séreuse péritonéale forme en arrière du côlon transverse un ligament considérable et résistant comme le mésentère, véritable cloison qui sépare à peu près horizontalement la région épigastrique de la région ombilicale, fournissant un plancher à l'étage qui contient l'estomac, le foie, le pancréas et la rate, et un plafond à celui que remplissent le reste des viscères abdominaux.
L'arc du côlon à son tour contracte lui-même les rapports suivants. En haut il répond : par son extrémité droite à la face inférieure du foie qui est ordinairement déprimée pour la recevoir, et à la vésicule biliaire, dont le contenu, en transsudant après la mort, colore habituellement ses parois ; par sa partie médiane à l'estomac dont la grande courbure vient s'appuyer sur lui quand cet organe est plein d'aliments, et s'en éloigne à mesure qu'il se vide; par son extrémité gauche à la queue de la rate. En bas l'arc du côlon repose sur les circonvolutions de l'intestin grêle. En arrière il conline, sur la droite, à la partie moyenne du duodénum et correspond ensuite au mésocôlon transverse; dans l'espace prismatique et triangulaire qui existe ici, comme partout, le long de la ligne où le péritoinese dédouble contre le tube intestinal, la face postérieure du côlon transverse se trouve adossée à la plus grande anastomose vasculaire du corps humain ; les artères colique» supérieures, droite et gauche, rampent, en effet, au devant l'une de l'autre dans cet espace mésentérique et s'y abouchent par inosculation. En avant, enfm, le grand cpiploon sépare l'arc du côlon de la paroi abdominale, ce qui n'empêche pas qu'on peut souvent le reconnaître au toucher lorsqu'il est distendu par des gaz ou des fèces.
La portion gauche de l'organe que je décris, le côlon descendant, ne reproduit
Fig. 1. — Schéma du mésocôlon Uansverse et de ses rapports (d'après Coucliard).
1, Les deux feuillets du mésocôlou iransverse; 2,5, les deux feuillets de la lame postérieure du grand épiploon; -i, les deux feuillets de la lame antérieure du grand épiploon; 5, mésentère; 6, péritoine pariétal; 1, pancréas; 8, duodénum; 9, foie; 10, estomac ; 11, côlon transverse; 12, intestin grêle; 13, aorte ; 14, arrièrecavité des épiploons.
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pas tout à fait symétriquement, comme k- disait Cruveilhioi , l;i direction cl l;i situation du côlon droit. L'angle qui en torme le point de départ est d'abord situé sur un plan plus profond, ce qui lui permet de s'avancer plus en dehors vers le sommet de courbnre des côtes; il en résulte que pour gagner la crête iliaque, également désignée comme sa limite inférieure, et qu'il joint à l'union de ses deux cinquièmes antérieurs avec ses trois cinquièmes postérieurs (Sappey), Je côlon gauche suit une direction un peu moins verticale que le droit. La ligne qui dessine le premier est, en outre, plus régulièrement flexueuse, et sa longueur totale gagne, à ces divers changements, quelques centimètres sur celle du second. Leurs moyens d'attache et les conditions de leur fixité sont, du reste, les mêmes, et les rapports qu'ils présentent avec les organes voisins ne diffèrent que légèrement les uns des autres. Ainsi le côlon descendant ne repose pas sur la face antérieure du rein gauche, mais sur son bord convexe, et comme d'autre part ce rein gauche est habituellement plus élevé que son congénère, l'étendue du contact entre le côlon et le carré des lombes s'en trouve encore augmentée de ce côté.
Enfin la portit)n iliaque ou S iliaxjiie du côlon se renferme tout entière dans la fosse iliaque gauche qu'elle déijoide pourtant, en général, en avant et en haut. Pour se rendre de la partie antérieure de la crête iliaque, auprès de laquelle je viens de laisser la portion précédente du gros intestin, en s'enfonçant en arrière et en bas dans la profondeur du grand bassin, jusqu'à la symphise sacroilinque gauche, ce dernier segment du côlon se replie deux fois sur lui-même; la concavité de sa première courbure est inférieure, celle de la seconde est supérieure ; on le voit donc se diriger d'abord en haut et en dedans, puis descendre à peu près verticalement et se réfléchir une dernière fois pour gagner enfin à droite et en arrière l'origine du rectum. L'S iliaque ou romaine justifie, parce trajet, sa dénomination. Mais ses flexuosités présentent des variétés nombreuses qui l'éloignent quelquefois de sa forme caractéristique et la dépossèdent souvent de ses rapports normaux. C'est ainsi qu'on peut rencontrer cette portion du gros intestin, A'ers l'hypogastre, à la région ombilicale, et jusque dans la fosse iliaque droite, où elle vient s'accoler au côté interne du crecum. Ces déplacements ti-op nomljreux, trop divers, pour en reproduire utilement des exemples, et qui paraissent plus fréquents chez la femme, ont, sans doute, plus d'une lois pour cause le développement de l'utérus; ils sont, en tout cas, favorisés par la disposition du mésocôlon iliaque.
Après avoir recouvert, en effet, la surface totale de l'inleslin, le péritoine par l'adossement de ses feuillets infléchis, forme ici, comme à peu près partout, un ligament suspenseur qui rattache l'S iliaque aux parois abdominales. Ce repli s'élargit d'abord vers sa partie moyenne et se termine en pointe pour s'appliquera la fosse iliaque, tandis qu'il se continue latéralement à droite et en bas avec le mésorectum, à gauche et en haut avec le mésocôlon lombaire gauche quand il existe. Le mésocôlon iliaque constitue de la sorte un lien extrêmement lâche qui fait de l'S iliaque le segment le plus mobile des quatre portions du côlon.
Les déviations dont il s'agit ne sont chez l'adulte que des exceptions ; mais en voici une qui paraît constituer la règle à une certaine période de la vie intrautérine. Huguier avait annoncé que sur dix fœtus à terme examinés par lui, la terminaison du côlon se trouvait à droite au voisinage du caecum ; Sappey vérifiant cette assertion a rencontré lui-même, huit fois sur quatorze, la disposition suivante : l'S iliaque occupe l'excavation du bassin ; la première courbure située à gauche regarde en haut par sa concavité, la seconde à droite de la précédente
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est tournée en sens inverse ; le rectum correspond par son origine au côté interne (kl caecum. Des six autres fœtus trois seulement olïraient la conformation normale ; les trois restants présentaient une disposition intermédiaire entre les deux précécédentes. De ces faits, Sappey conclut : « 1" Que chez le nouveau-né la fosse iliaque oauche est remplie habituellement par les circonvolutions de l'intestin grêle ; 'i" que rS iliaque est logée dans l'excavation pelvienne ; 5" que le rectum répond, en général, à la symphyse sacro-iliaque droite. » 11 resterait à établir l'époque où la disposition fœtale cède la place à celle de l'âge adulte.
En dehors de ces déplacements exceptionnels ou étrangers à l'organisme complètement développé, les rapports de la portion iliaque du côlon se présentent, en général, comme il suit : En avant, l'S iliaque répond à la paroi abdominale, surtout par sa partie supérieure ; mais le contact n'est pas ici constamment immédiat, car, dans l'état de vacuité, ce segment du gros intestin se laisse recouvrir par quelques anses de l'intestin grêle ; en revanche, quand il est distendu, on peut le sentir avec la main et reconnaître des boules fécales accumulées dans sa cavité. En arrière et en dehors, l'S iliaque repose sur la fosse iliaque gauche, dont le plan résistant en facilite l'exploration, et s'applique, à cette face interne de l'ilium, que les Allemands n'appellent pas en vain Darmbein, d'abord contre le muscle iliaque, ensuite au devant du grand psoas. En dedans, elle n'est plus en contact qu'avec les circonvolutions intestinales. En outre, l'S iliaque passe sur l'uretère gauche, sur les vaisseaux ovariques chez la femme, et les vaisseaux spermatiques chez l'homme ; la compression exercée par cet organe siu' ces derniers conduits a été invoquée comme la raison de la proportion plus grande des varicocèles gauches.
Je reprends le côlon dans son ensemble. Envisagé par sa surface externe, il se montre, au début, parfaitement semblable au caecum, n'offrant plus l'aspect cylindrique de l'intestin grêle, mais bien la forme en prisme irrégulièrement triangulaire du segment qui fait suite à celui-ci. Cette disposition, qui s'atténue pourtant vers le côlon lombaire gauche et se perd à peu près entièrement sur l'S iliaque, déjà presque arrondie comme le rectum, est due à la prolongation des trois bandelettes longitudinales émanées de l'appendice caecal. Les traînées musculaires qui forment ces ligamenla du côlon, et qui sont constituées ellesmêmes par les libres longitudinales de sa tunique musculeuse, étant plus courtes que l'axe de ce canal, le brident dans cette même direction et en forcent la charpente membraneuse à se froncer dans leurs intervalles, de manière à constituer un triple plan de bosselures et de sillons transversaux. Ces plans, fortement convexes, débordent, par leur succession de renflements, les bandelettes elles-mêmes qui leur donnent naissance, et les enfoncent dans une sorte de gouttière qui déprime ainsi et aplatit en trois sens le contour du côlon. C'est bien aux bandelettes longitudinales qu'est due cette forme prismatique et cet aspect variqueux de la surface externe du côlon, et c'est bien d'elles que dépend le plissement dont ces effets sont la conséquence, car, on le sait depuis longtemps, la section de ces brides, ou une distension qui les force à céder, fait perdre au côlon ses saillies et ses étranglements, et lui donne l'apparence d'un cylindre régulier, avec une longueur double ou triple de celle qu'il avait avant ces manœuvres.
L'une de ces bandes s'étend sur la face antérieure du côlon, au niveau du côlon transverse, seulement elle s'incline un peu vers en bas en même temps que cette face; cette bande est la plus épaisse et la plus large des trois; elle a de
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8 à 12 millimèlies en travers. Les deux autres, sépai'ées par un iulorvalle moindre que l'espace compris entre elles et la précédente, sont postérieures. Au côlon ascendant, l'une d'elles est donc située en dehors et l'autre en dedans ; au côlon transverse, la postéro-externe devient postéro-supérieiu-e, et la postérointerne, postéro-iuférieure. Ces deux bandes, à peu près égales en largeur et dont la seconde est en général la plus étroite, n'offrent guère que la moitié du diamètre pi^ésenté par l'antérieure. Vers l'origine du côlon descendant, elles tendent à se confondre en une seule, qui reste postérieure, et cette fusion est à peu près complète au niveau et surtout à la fin de l'S iliaque ; ici la dissémination plus prononcée des fd^res musculaires longitudinales en a tellement effacé l'apprtf :;nce, et la situation du tube intestinal est, d'autre part, si variable, qu'il deviez peu près impossible d'assigner une position régulière à cette terminaison des àcnx ligaments coliques postérieurs. En tout cas, cette disposition tend à modifier sensiblement l'aspect extérieur du côlon ; dans sa portion lombaire gauche, il perd déjà sa forme prismatique et ne présente plus que deux séries de bosselures, qui se réduisent à une sur la fin de l'S iliaque, oii la bandelette antérieure continue à peu près seule à brider les parois de l'intestin. Comme cette bandelette elle-même tend à disparaître, la surface externe du côlon, à sa terminaison inférieure, reprend graduellement, comme je l'annonçais plus haut, l'aspect lisse et uni qui fut le caractère de l'intestin grêle et qui va devenir celui du rectum.
Pour achever de dessiner la physionomie de cet organe, il faut ajouter qu'à sa surface externe adhèrent des lobules graisseux en nombre et de volume variables. Ces petites masses sont fixées à l'intestin par im pédicule que leur forme, en se réfléchissant autour d'elles, le revêtement séreux de l'intestin, et comme ces saccules péritonéaux, remplis de graisse, représentent ainsi des rudiments d'épiploon, on les a désignés sous le nom d'appendices épiploïques , omentula. Absents habituellement chez le fœtus et même chez l'enfant, ces diverticules séreux se développent pendant l'âge adulte et en plus grande abondance chez les sujets obèses; il ne faut pas les confondre avec les véritables diverticules intestinaux, qui communiquent avec la cavité même de l'intestin et dont ce ne peut être ici le lieu de parler, puisque selon Meckel, ils sont placés 99 fois sur 100 à la partie inférieure de l'intestin grêle. Les figures A et lî donnent de leur forme et de leur disposition une idée suffisamment exacte.
La surface interne du côlon, moulée sur la précédente, en reproduit exactement la disposition inverse; on y voit, par conséquent, des saillies longitudinales qui sont le revers des gouttières formées par les bandelettes, des excavations ou cellules transversales correspondant aux bosselures et des brides ou replis falciformes à la place des sillons anguleux. Cette surface présente, en outre, çà et là, des soulèvements irréguliers et, du reste, peu prononcés, qui lui sont propres^ et qui résultent du plissement de la muqueuse quand le côlon, plus ou moins vide, se rétracte sur lui-même ; ces derniers s'effacent complètement par la distension de l'organe. Du reste, je n'insiste pas davantage sur la description de cette surface, qui sera reprise plus en détail tout à l'heure, à l'occasion de la muqueuse qui la forme.
Composée, comme celle de l'intestin grêle, de trois tuniques inva^inées, la séreuse, la musculaire et la rmiqueuse, la paroi du côlon présente 1 millimètre et demi d'épaisseur au niveau des ligaments et 1 millimèti'e seulement à celui des bosselures.
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La tunique séreuse, Ja plus externe, n'est, comme on le sait déjà, qu'un repli de la grande séreuse abdominale, et sa description rentre, par conséquent, dans celle du péritoine [voij. ce mot) ; mais je dois signaler ici que cette membrane de renforcement, de glissement et de support, très-làcliement unie au côlon sur les bosselures, lui est très-adhérente le long des bandelettes.
La tunique musculaire, qui vient après, offre des fibres longitudinales superlicielles et des fibres circulaires profondes; lious savons déjà que les premières sont ramassées en trois, puis en deux faisceaux rubanés, dont dépendent plus ou moins directement les saillies et les dépressions des surfaces. Mais toutes les fibres longitudinales ne sont pas absolument contenues dans ces faisceaux. Dans les intervalles des bandes qu'ils représentent, c'est-à-dire au niveau des bosselures, il reste encore, selon la remarque de Ilenle, quelques fibres musculaires clair-semées, parallèles à l'axe de l'intestin. Aux approches du rectum, les faisceaux eux-mêmes commencent à se désagréger, et leurs éléments se disséminent à la périphérie du côlon. Les fibres circulaires ou annulaires, plus régulièrement distribuées, forment un plan continu autour du canal ; la couche qu'elles constituent, d'un aspect extrêmement pâle et assez mince pour avoir été méconnue par quelques anatomistes, est moins épaisse, en effet, que celle des fibres longitudinales, à l'inverse de ce qui existe dans l'intestin grêle. Les fibres circulaires et longitudinales se laissent aisément séparer les unes des autres ; elles appartiennent toutes à la catégorie des fibres lisses.
La tunique muqueuse du côlon est d'une couleur jaune rougeâtre, à teinte pâle. Toutefois, sur cette question, heureusement sans grand intérêt, il serait difficile de mettre les auteurs d'accord. C'est surtout à l'occasion des théories de Broussais que la détermination de la couleur normale de la muqueuse, dans les diverses régions du tube digestif, devint l'occasion de recherches nombreuses et de contradictions passionnées. On vit alors Bouisson, Gavard, Boyer, Cloquet et Bichat soutenir que la coloration naturelle de cette membrane était rouge ou rougeâtre, tandis que Marjolin voulait qu'elle tombât sur le blanc. Billard, à son tour, avançait que la surface interne de l'intestin est d'un beau rose pour le fœtus, d'un blanc laiteux au premier âge, et d'un blanc cendré chez l'adulte. En ce qui concerne particulièrement le côlon, ce dernier auteur établissait que, chez l'adulte, la couleur cendrée est surtout prononcée dans le duodénum et le jéjunum; qu'elle diminue à la fin de l'iléon et devient plus blanche dans le gros intestin, tandis que, pour Rousseau, la muqueuse digestive était blanche dans l'intestin grêle et d'un blanc pâle dans le caecum et le côlon.
La muqueuse du côlon est un peu plus épaisse que celle de l'intestin grêle et d'une consistance plus ferme.
Elle est en même temps beaucoup plus unie. Sur sa face interne ou libre, dans l'intervalle des cloisons falciformes ou dans les cavités des cellules, accidents auxquels nous savons que toules les tuniques du côlon contribuent, la muqueuse de cet intestin ne présente plus, en fait de saillies qui lui soient propres, que les plis transitoires dont j'ai aussi parlé déjà et qui sont formés par lai rétraction des parois. La muqueuse colique est, en effet, dépourvue de valvules conniventes et de villosités. La négation des premières ne pouvait soulever aucune difficulté, mais les secondes restèrent longtemps admises par analogie. L'absence de toute villosité à la surface libre du gros intestin fut reconnue par la plupart des anatomistes du dix-septième et du dix-huitième siècle; Malpighi, entre autres, Brunner, Galeati et Albinus, qui, des premiers, appliquèrent le
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microscope aux études anatomiques, signalèreul, dès lors, cette parlicularilé de conformation. Mais, dans ces dernières années, quelques auteurs ont de nouveau admis, dans le gros intestin, l'existence, à l'état rudimentaire il est vrai, des papilles affectées à l'absorption intestinale. Sappey, par une recherche très-minutieuse, a réfuté délîuitivement leur opinion ; « qu'on les observe à l'œil nu, à la loupe ou au microscope, les parois du gros intestin ne présentent sur aucun point, à aucun âge et sur aucun sujet le moindre vestige de ces prolongements filamenteux ; elles sont aussi complètement glabres que celles de l'estomac, avec lesquelles elles affectent, sous ce point de vue comme sous plusieurs autres, la plus remarquable ressemblance. » Il est pourtant des mammifères chez lesquels la muqueuse du gros intestin est couverte de villosités; chez le lapin, en particulier, ces dernières, très-développées, y sont plus longues que dans l'intestin grêle.
En outre de ces détails, presque tous négatifs, la face interne de la muqueuse colique ne présente plus à signaler que l'effet produit par les orifices de ses glandes en tube. Extrêmement nombreux et, par conséquent, très-rapprochés les uns des autres, ces orifices donnent à la membrane qui les contient l'apparence d'un crible, pour conserver une comparaison qui date de Galeati. La donnée suivante fixera plus exactement les idées sur leur aspect et leur abondance : les contours arrondis de ces embouchures glandulaires, visibles quelquefois à l'œil nu, et toujours à la loupe, sont séparés les uns des autres par des intervalles égaux à leur propre diamètre. Parmi ces orifices, on en voit, çà et là, de beaucoup plus larges qui sont en même temps situés sur un plan un peu plus élevé que les autres; ceux-ci conduisent dans une cavité en forme d'utricule; ce sont bien là toujours des glandes en tube, mais déprimées et déformées, comme nous allons bientôt le voir, par le développement excessif de quelques follicules clos. Le revêtement intérieur du segment intestinal que je décris, Vendocôlon, si l'on m'accorde un néologisme que bien des analogies légitiment, comprend dans son épaisseur les mêmes éléments que la tunique correspondante de l'intestin grêle. Observées de sa face libre à sa face adhérente, ces assises membraneuses se groupent comme il suit : une couche épithéliale, un derme muqueiix, un plan moyen représenté par la juxtaposition des glandules, une couche musculaire, et tout à fait profondément un tissu cellulaire sous-muqueux.
U épithéliimi est cylindrique ; ses cellules à un noyau ne forment qu'un seul plan et ont la même disposition générale que celles de l'intestin grêle; seulement elles ne présentent point, à leur face libre, l'épaississement de la paroi et les stries perpendiculaires qui caractérisent, selon KôUiker, l'épithélium des villosités intestinales, et y sont, d'après Funke et Donders, en rapport avec l'absorption de la graisse.
Le derme muqueux est uni et ne supporte plus, de loin en loin, que quelques papilles. ' *
Le plan des glandules est le plus épais de tous. Il constitue la partie fondamentale de la membrane. Les deux couches qui le recouvrent dans le sens de la lumière intestinale, épithélium et derme muqueux, n'existent que pour sa protection ; la couche musculaire qui le double dans l'autre sens est destinée à ses mouvements fonctionnels, et le tissu cellulaire, enfin, par lequel il se rattache aux tuniques suivantes de l'intestin, sert de rendez-vous aux vaisseaux qui l'alimentent et aux canaux efférents qui en retirent les éléments du sang. Deux ordres de glandes entrent dans sa composition : des glandes ouvertes, en tuhe,
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ou glandes de Liebeikiilui, et des glandes closes, en forme de follicules, qui correspondent aux glandes solitaires de l'intestin grêle.
Les premières, les glaiides en tube ouvertes, sont de beaucoup les plus nombreuses ; tout aussi abondantes que leurs semblables de l'intestin grêle, elles sont, dans une muqueuse plus épaisse, un peu plus volumineuses elles-mêmes. Leur longueur, en effet, d'après Kolliker, est de 0""",4 à 0°"",d et leur largeur de 0"'°',H à 0'""',17. En même temps que plus longues et plus larges, elles sont plus souvent ramitiées. 11 n'y en a que la moitié environ de simples ; les autres sont bifides d'une façon plus ou moins accusée; beaucoup présentent même trois divisions. Elles sont réparties comme dans l'intestin grêle, plus rapprochées seulement les unes des autres, de façon que la distance mesurée entre les corps de ces organes est égale aux deux tiers et même à la moitié de leur diamètre. Cet intervalle est rempli par des fibres qui relient entre eux les glandules, et par des vaisseaux qui les desservent. Les glandes en tube s'ouvrent à la surface libre du côlon par un orifice que nous avons déjà rencontré ; elles reposent par leur fond sur la couche des fibres-cellules qui les soutient et les comprime. Leur paroi se compose de deux lames ; l'une, externe, constitue leur membrane propre; l'autre, interne, est un pi'olongement réfléchi de la couche épithéliale. La première, quoique très-mince, est résistante; elle est en contact immédiat avec les vaisseaux interstitiels, mais ne les admet pas dans sa substance. La seconde a une épaisseur égale au calibre même de la glande; elle adhère si faiblement à la membrane propre qu'elle tapisse, qu'il est aisé de l'en détacher et de la repousser même en dehoi's de la cavité glandulaire ; il suffit pour cela de comprimer une tranche mince de muqueuse entre deux plans résistants; les petites gahies épithéliales des glandes en tubes retournées sur elles-mêmes font alors saillie sur la face interne de la membrane, et y restent suspendues à la couche épithéliale, dont elles sont le prolongement. Après la mort, conmie aussi soiis l'influence d'une légère inflammation, cette lame interne des glandes en tube se sépare de l'externe avec une remarquable facilité.
Les glandes en tube du côlon dépassent encore davantage en développement celles de l'intestin grêle, chez la plupart des autres mammifères. Chez certains d'entre eux, comme le chien par exemple, elles restent simples, il est vrai, mais leurs dimensions sont beaucoup plus considérables; chez d'autres, comme le lapin, le rat, dans l'intestin grêle desquels elles tombent à des proportions si minimes, elles se ramifient au niveau du gros intestin -en deux ou trois longues racines suspendues à un tronc volumineux.
Les glandes closes ou follicules du côlon sont aussi plus nombreuses que leurs paredles de l'intestin grêle ; mais, très-irrégulièrement disséminées, elles ne se montrent jamais qu'à l'état solitaire et ne s'accumulent point en plaques de Peyer. Leur quantité, du reste, est variable; ordinairement très-abondants, comme je viens de l'indiquer, les follicules clos du côlon peuvent, chez quelques sujets, se trouver assez rares et assez peu apparents pour passer inaperçus. Leur volume, à son tour, se montre aussi très-inconstant, et cela sur un même individu; dans un petit espace, on en rencontre de toutes les dir.:cnsions, deluiis ceux qu'on aperçoit seulement à la loupe jusqu'aux plus forts qui atteignent la grosseur d'une lentille. Plus volumineux en général, eux aussi, que les follicules clos de l'intestin grêle, car ils mesui-ent habituellement de l'"'",5 à 2 et même 3 millimètres en diamètre, ils soulèvent moins toutefois la surface de la muqueuse ; les moyens et surtout les plus gros y font pourtant une saillie pro-
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noncée qui explique uu détail do structure déjà signalé à la surface interne du côlon et absolument étranger à la muqueuse normale de l'intestin grêle, sur h production duquel c'est maintenant le lieu d'insister. La couche de muqueuse qui passe au-dessus des petits follicules continue de renfermer sans altération le plan des glandes en tube; mais, au niveau des gros follicules, ces dernières sont écartées les unes des autres par leur convexité; et la glande en tube qui correspond au sommet du follicule, aplatie dans le sens de son axe, présente une ouverture distendue et une cavité utriculaire qui la dépouille absolument de sa physionomie primitive.
Ce sont ces petites fossettes qui amenèrent autrefois Bôhm et, après lui, Sappey à considérer les follicules clos du gros intestin comme de véritables glandes, dont elles représenteraient les ouvertures. Cette erreur, ou plutôt ce retour à l'ancienne erreur de Blandin, a été réfutée par Bi'iicke et par Kolliker. Li\ capsule qui se trouve au fond de la fossette en questioii a été reconnue close par ces deux histologistes, cl même le dernier s'est assuré récemment qu'elle renferme des vaisseaux dans son intérieur, comme les follicules clos de l'intestin grêle. Pour leur conformation et leur produit, les follicules clos du côlon sont, d'ailleurs, parfaitement assimilables à ceux du jéjunum et de l'iléon.
La couche musculaire qui succède au plan des glandules se compose de fibrescellules entre-croisées ; elle est très-mince et pourtant extrêmement résistante, Chez l'homme elle est difficile à apercevoir, mais pourtant elle existe ; chez les animaux elle est très-développée (Kolliker). Brùcke, sans préciser s'il s'agit ici des animaux ou de l'homme, considère ces fibres musculaires de la muqueuse comme disposées aussi en deux couches, l'une externe, de fibres longitudinales et l'autre, interne, de fibres transversales ; plus minces au côlon qu'à l'intestin gi'êle et au rectum, elles n'y représentent plus d'après lui qu'une épaisseur de 29 millièmes de millimètre en raison d'un amincissement subi par les fibres externes, qui se trouveraient réduites à trois ou même à deux plans.
Enfin le tissu cellulaire sous-muqueux, dont il n'y a pas lieu plus qu'ailleurs de faire une tunique à part, présente les mêmes attributs qu'à l'intestin grêle.
Indépendamment des trois tuniques qui forment ainsi la charpente du côlon, il faut signaler les vaisseaux et les nei'fs qui parcourent ses parois en constituant des éléments communs à ses diverses parties.
Les artères viennent des mésentériques supérieure et inférieure ; de la première pour alimenter les parois du côlon ascendant et la moitié droite de l'arc du côlon; de la seconde pour l'autre moitié de l'arc du coton, pour le côlon descendant et l'S iliaque. Les veines suivent les artères dans leur trajet et leur dénomination et se jettent dans la grande et la petite mésaraïcjue. Le mode de distribution et d'émergence de ces vaisseaux sanguins est le même qu'à l'intestin grêle.
11 n'en est pas ainsi des lymphatiques. Les troncs qui forment leur réseau sous-séreux, au lieu de suivi-e d'abord l'arc du côlon pour gagner ensuite à angle droit le bord postérieur de ce canal, comme à l'intestin grêle, se portent directement vers les petits ganglions échelonnés tout le long de la ligne où s'insère son mésentère. Quant à la disposition de ces vaisseaux lymphatiques dans l'épaisseur même de la muqueuse, elle était absolument inconnue avant ces derniers temps. Teichmann n'avait vu que rarement, sur les animaux, des anses s'élever du réseau lymphatique sous-muqueux et pénétrer entre les glandes en tube. His réussit à trouver des vaisseaux lymphatiques dans les couches superficielles de lu
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muqueuse du gros intestin cliez le mouton. D'après Frey, non-seulement on trouve dans les villosités du gros intestin du lapin un ou même deux canaux
* lymphatiques terminés en Cfecum, mais ces vaisseaux se rencontrent aussi dans ' le côlon du cochon d'Inde, du mouton et du veau ; ils y sont situés superficielle- '' ment, dans le voisinage des orifices glandulaires. Il est vrai qu'ils n'ont pas eu- ' core été vus chez l'homme; mais leur existence n'est nullement douteuse (Kiil-
* liker). En tout cas, ils ne sauraient y naître dans les villosités absentes.
''■ Les nerfs proviennent du grand sympathique par l'intermédiaire de deu>:
plexus. Le plexus mésentérique supérieur , l'une des divisions si nombreuses du
i" plexus solaire, fournit des rameaux qui suivent les artères coliques droites et se
* distribuent avec elles à toute la moitié droite du côlon, c'est-à-dire au côlon F lombaire droit et à la moitié correspondante du côlon transverse. L'autre moitié ^ du côlon transverse, le côlon lombaire gauche et l'S iliaque, ou autrement dit la
* moitié gauche du côlon, reçoivent les leurs parallèlement aux artères coliques ^ gauches, du plexus mésentérique inférieur, émané lui-même du plexus lombot'ï aortique. Parvenus sur les parois intestinales, ces divers filets nerveux se répandent les uns dans l'intervalle des deux plans musculaires qui composent la tunique moyenne, les autres dans le tissu cellulaire sous-muqueux qui termine profondément la tunique muqueuse. Dans chacun de ces points, avant d'aborder finalement les fibres musculaires d'une part ou les éléments de la nmqueuse de l'autre, ils forment un nouveau plexus, à ganglions microscopiques, et font pendant sur le côlon aux plexus d'Auerhach et de Meisner sur l'intestin grêle. Ainsi se rencontrent une nouvelle et dernière fois, entre ces divers segments du canal intestinal, des rapprochements et des écarts de structure en rapport avec les similitudes et les divergences de leurs fonctions.
^ IL Développement. Voyez INTESTIN.
'^ m. Physiologie. La portiou de la masse alimentaire qui n'a pas été
absorbée par la muqueuse de l'intestin grêle est versée dans le gros intestin à travers la valvule iléo-csecale. C'est tout d'abord le csecum qui reçoit ces résidus et les arrête quelque temps en vertu de sa largeur et de sa déclivité. Les contractions de ce cul-de-sac éveillées par la distension de ses parois les chassent ensuite dans le côlon, car la valvule de Bauhin qui laisse sortir aisément le contenu de l'iléon oppose, on le sait, une résistance presque insurmontable, à tout courant inverse. Cette résistance qui sert ainsi de point de départ à la progression des fèces dans le côlon résulte d'un mécanisme bien simple qui appartient à .la physiologie du cœcum {voy. ce mot). J'ai seulement à ce sujet le devoir de signaler que l'insertion de l'intestin grêle à angle droit sur la paroi latérale du gros intestin facilite beaucoup l'ordre de marche en question. La résultante des contractions cœcales passe en effet en tangente au devant de l'iléon et en coupe l'axe en travers, de façon que les matières fécales sont poussées dans le sens du gros intestin, sans réagir fortement vers l'embouchure de l'intestin grêle. C'est donc la première partie du côlon qui les i^eçoit. Après le cul-de-sac du caecum, la lèvre iléo-colique de la valvule de Bauhin leur fournit un nouveau point d'appui; elles sont ensuite abandonnées aux contractions vermiculaires de l'intestin, à ces mouvements péristaltiques qui se composent de raccourcissements et de ' rétrécissements alternatifs du canal combinés de manière à en acheminer le contenu par masses successives vers le rectum, en élevant ces masses dans le côlon
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asceudanl, poiu' les charrier horizonlalemenl à travers Tare du côlon el les plonger ensuite dans le colon gauche et l'S iliaque.
Ces mouvements de l'intestin dont le mécanisme reste assez confus, quoique le résultat en soit évident, ont été l'occasion de débats.scientifiques disproportionnés avec l'importance du litige. Comme le gros intestin a sa part spéciale dans ces discussions, il importe d'eu reproduire ici l'objet. Lorsqu'on ouvre l'abdomen d'un animal vivant, on aperçoit d'une manière manifeste les mouvements du tube intestinal. Sur l'animal mort, on peut les provoquer par l'excitation directe. On voit alors que les mouvements du gros intestin sont moins intenses que ceux de l'intestin grêle, mais qu'ils en ont tous les caractères; c'est sur le côlon ascendant qu'ils se produisent avec le plus d'énergie. 11 ne faudrait pas cependant se représenter les contractions normales de l'intestin d'après ce qu'on voit sur un animal qui vient de mourir, nu dont seulement le ventre vient d'être largement ouvert ; les excitations naturelles ou artificielles qui interviennent alors contribuent avec les spasmes agoniques à modifier toutes les conditions du problème. En pareil cas, dit Longet, aucune régularité, aucun rhythme déterminé ne s'observe; tout est désordre ou confusion, et il est hors de doute qu'une telle rapidité de contraction, qui bientôt s'étend à toute la masse intestinale, ne peut s'accommoder avec la lenteur du travail digestif. De telles circonstances ne sont, eu effet, comparables qu'à ces conditions exceptionnelles et morbides où une vive excitation motrice affecte l'intestin et provoque la diarrhée en précipitant le travail de l'éliniination stercorale. Les choses ne se passent pas ainsi chez l'animal \ivatit (!t sain. Le mouvement vermiculaire du canal ne se propage jamais dans toute la longueur de ce dernier ; il se produit tantôt sur un point, tantôt sur un autre, dans des limites assez restreintes, et affecte surtout les parties de l'intestin remplies par les aliments. Mais voici maintenant une première difficulté; la plupart des physiologistes, et Longet est du nombre, admettent que ce mouvement se compose de contractions péristaltiques et antipé7-istal tiques, servant les premières à porter les matières vers la partie inférieure du tube digestif, les secondes à les ramoner momentanément vers en haut, tout en laissant la prédominance de l'action aux précédentes, de manière à ce que le résultat définitif de la progression soit dans le sens de l'estomac à l'anus. Ces contractions antipéristaltiques qui formaient il n'y a pas longtemps encore une sorte d'article de foi physiologique et surtout clinique, car il existait des remèdes pour les provoquer à l'exclusion de leurs antagonistes, ces contractions rétrogrades du tube digestif ont été dernièrement contestées par quelques observateurs, en tant qu'éléments réguliers des mouvements intestinaux.
Un second dissentiment s'établit sur la provenance et la marche des excitations qui animent les plans musculaires de l'intestin. On admet généralement que dans l'état normal les contractions de cet organe ont pour origine principale le contact de la muqueuse avec les matériaux alimentaires et les sucs digestifs ; en ce cas le mécanisme de ces contractions serait une action excito-motrice. La plupart des expérimentateurs assurent, en effet, que Lapplication d'un irritant chimique ou mécanique sur l'intestin détermine une contraction qui se manifeste , tantôt par une dépression locale , tantôt par un resserrement circulaire (juelquefois assez prononcé pour que l'intestin semble avoir été élranclé par un •fil (Longet). Ce serait bien la preuve que cet organe fonctionne sous l'influence d'ailleurs si généralisée des actes réflexes, mais le point de départ du raisonnement a été lui-même contesté par Schiff. Cet illustre phvsiologiste en s'ap-
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puvant sur des expériences contradictoires se refuse à considérer les mouvements du canal alimentaire comme des contractions musculaires succédant à l'excitation de fibres sensitives. Il lui est arrivé très-souvent, dit-il, de vider le contenu de la vésicule biliaire dans le duodénum sans que cet intestin fût nullement excité par le contact; en outre, et surtout, après avoir coupé l'intestin en travers, il a pu exciter avec une sonde la membrane muqueuse de cet organe, sans obtenir jamais aucun mouvement. Longet objecte à cela que les effets réflexes dépendent plus particulièrement de causes spéciales, rappelant à cette occasion que les convulsions du rire sont provoquées par le chatouillement des flancs ou de la plante des pieds, et nullement par les blessures ou lésions quelconques de ces diverses parties ; que la toux s'éveille par la simple titillation du conduit auditif externe et le vomissement par celle de la luette, tandis qu'ils n'obéissent pas à des sensations plus violentes ; que le sperme enfin occasionne, en passant sur la muqueuse uréthrale, cette contraction saccadée et convulsive des muscles du périnée que, ni des injections irritantes, ni le passage d'une sonde ne parviendraient à reproduire. Du reste, c'est moins la qualité réflexe des contractions intestinales que la nature prétendue de l'impression initiale qui se trouve ici contredite par Scbiff. La théorie de ce dernier fait dépendre la production du mouvement musculaire non de l'excitation directe de la muqueuse par le contact des matières, mais de la turgescence sanguine que leur application y provoque. C'est donc toujours après une excitation de la sensibilité locale que les centres nerveux interviennent, et je puis abandonner sans regrets une divergence de détail qu'on a souvent abordée sans la résoudre, ainsi qu'il résulte des aveux de Mayer et Basch [Untersiicluingen ilber Darmbeivegungen, in Pflûgers Arch., Bd. II, S. 190, 1869, et Wien. Akadem. Sitzungsberichle, LXII, math, naturwiss. KL, 2 Abtheil., LXII, S. 151, 1870), ainsi que de Sanders {Méthode tôt onderzoek der peristaltische Bewegingen van het Darmkanaal ; in Maandblad de Genootschap ter Bervordering van Natuur, Genees-en Heelkunde te Amsterdam, 1870-71, n''6,S. 89). Un désaccord plus profond s'est produit au sujet des cordons moteurs qui transmettent à l'intestin les incitations centrales, .\insi Brachet pense que le système cérébro-spinal est directement chargé de ce transport et que le grand sympathique n'exerce d'influence que sur l'absorption, l'exhalation et la sécrétion intestinales. D'après lui le pneumogastrique présiderait aux mouvements de la portion supérieure du tube digestif et les nerfs rachidiens à ceux de la portion inférieure. Quelques filets terminaux du nerf vague paraissent bien se distribuer en effet au commencement du duodénum (Longet), et l'extrémité anale du gros mlestin est aussi animée par des nerfs spinaux qui viennent principalement des troisième et quatrième branches sacrées antérieures ; mais à cela se réduisent les rapports directs avec la moelle et le cerveau, et pour le gros intestin en particulier toute l'induence des centres nerveux doit nécessairement arriver par l'intermédiaire du grand sympathique. Les notions anatomiques les plus simples réfuteraient ici déjà la prétention de Brachet, si des expériences directes n'avaient clairement établi que l'excitation des nerfs splanchniques et mésaraïques détermine dans le tube intestinal et en particulier dans le gros intestin les contractions péristaltiques qui sont propres à cet organe (Legros et Onimus). Quant au siège précis des excitations cérébro-spinales affectées au mouvement intestinal, les recherches de Budge, de Valentin, de Schiff, de Longet, celles plus récentes de Legros et Onimus ne permettent pas encore de limitation bien précise. Les assertions établies sm- des preuves concluantes se bornent à ceci, que l'on peut ré-
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veiller les contractions de l'intestin grêle et du cfecum eu excitant les portions cervicale et dorsale de la moelle, et celles du gros intestin en stimulant la ])ortiou lombaire de ce centre spinal.
Quoi qu'il en arrive de ces contradictions et de ces lacunes relatives aux mouvements intestinaux, je dois encore signaler une particularité qui concerne leurs rapports avec mon étude actuelle, c'est qu'il y a solution de continuité entre les contractions de l'iléon et du gros intestin. Engelmann explique d'une façon satisfaisante cette rupture fonctionnelle. Pour lui les anneaux musculaires se passent l'vm à l'autre les impressions motrices, et c'est ainsi que le mouvement S(^ propage ; mais les fibres circulaires du gros intestin ne font pas suite a celles de l'intestin grêle; tandis que ces dernières entrent dans la valvule de Bauhin, celles du cœcum ei du côlon ascendant s'interrompent subitement à la base de cette valvule et une large couche de tissu conjonctif les sépare des précédentes [Beitràge zur allgemeinen Muskel-und Nerven-physiologie ; in Arch. f. Physiologie, Bd. 1, S. 33, 1871). Le cbemiucmeut des fèces, à travers le gros intestin, il faul aussi l'ajouter, est secondé par les mouvements passifs que les contractions du diaphragme et des muscles abdominaux impriment aux parois de ce canal ; l'activité de tout le système locomoteur stimule à son tour, par la loi d'association des actions musculaires, ces contractions intestinales, intéressant ainsi la marche et l'exercice en général à l'hygiène de la défécation; enfin les mucosités que fournit en abondance la surlace externe du côlon favorisent à leur tour le glissement et la progression de son contenu stercoral.
Les matériaux soumis au travail de la digestion arrivent d'une façon à peu près continue à l'extrémité de l'intestin grêle; s'ils ne sont rejetés de l'organisme qu'à des intervalles éloignés, comme pour atténuer les inconvénients d'une fonction dégoûtante, ce n'est pas exclusivement aux pi'opriétés du rectum que ce bénéfice est dû. Excepté dans certains états pathologiques, les dimensions de l'ampoule rectale sont évidemment insuffisantes pour réaliser à elles seules, sur la continuité de l'acte digestif, des intermittences qui vont en général à 24 heures de durée. C'est donc plus haut qu'il faut placer l'origine de ces retards et le côlon tout entier, après le caecum, sans perdre sa qualité de canal conducteur doit être considéré comme un réservoir d'attente. C'est déjà faire fonction de réservoir que de ralentir pendant tout le trajet qu'il représente la marche des matières qui le parcourent. Ce ralentissement est dû à la prédominance de son calibre sur celui de l'intestin grêle et obéit à la loi des écoulements dans les tubes dont les diamètres s'accroissent ; il est en outre augmenté par les replis transversaux qui forment tout autant d'obstacles devant la masse alimentaire, et par les cavités correspondantes où sont retenues un certain temps des fractions de cette masse. Le séjour des fèces dans ces cellules du gros intestin est en général suffisant pour qu'elles y acquièrent une consistance qui les empêche de se reprendre ensuite en un tout homogène; ou en retrouve donc les traces dans le fractionnement superficiel du résidu rejeté par la défécation. Lorsque ce séjoui est exagéré, ces traces sont encore plus évidentes; les parcelles desséchées qui s'échappent des cellules intestinales ne contractent plus entre elles aucune adhérence et sortent à l'état de petites pelotes ovoïdes, isolées et dures, qu'on désigne sous le nom de scybaîes. Du reste cette augmentation de consistance qu'éprouvt de plus en plus le contenu du gros intestin, car c'est dans sa cavité surtout qui la masse encore liquide versée par l'iléon acquiert la solidité particulière de excréments, ajoute naturellement aux causes précédentes une nouvelle raison d
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lenteur. Par suite de tous ces retards apportés à leur transport, les matériaux (lui se présentent avec un certain degré de vitesse à l'une des extrémités du côlon, arrivent à son autre extrémité avec une vitesse moindre et ne s'accumulent plus dans le rectum avec la même rapidité que dans le réservoir ca?cal. Mais le rôle du côlon dans la contention des matières fécales est encore plus prononcé.
II ne se borne pas à ralentir la marche de ces matières, il la suspend dans une certaine mesure pour contribuer avec le caecum aux intermittences des évacuations alvines attribuées trop exclusivement au réservoir rectal. D'une façon générale, chaque alvéole du gros intestin, comme on vient de le voir, représente ellemême un petit réservoir d'attente où les diverses parties de la masse alimentaire font un séjour plus ou moins prolongé. Mais, en réalité, dans les circonstances habituelles, ces arrêts partiels ne peuvent être considérés par rapport à l'ensemble du mouvement que comme un retard et non comme une interruption. Voici, en effet, comment il faut concevoir le mode de progression que les cellules du gros intestin impriment à son contenu fécal, et qui a pour résultat d'en remuer les bols successifs dans toute leur épaisseur, en présentant ainsi toutes leurs, parties au contact de la dernière surface absorbante. Suivons un de ces bols isolés dans son cheminement vermiculaire. En pressant sur la pâte qui le constitue, les parois intestinales y enfoncent leurs replis falciformes, et en retiennent la couche superficielle dans leurs cavités cellulaires ; les couches profondes continuent donc à cheminer sans interruption et se perdent peu à peu dans les cellules successives à mesure qu'elles remontent elles-mêmes à la superficie du bol. Mais à mesure aussi que le bol s'épuise de la sorte en avant, il se reconstitue en arrière par les portions de sa masse abandonnées les premières dans les anfractuosités pariétales; car les parois de l'intestin se contractant alors à vide, rejettent successivement le contenu de leurs cellules, qui reprend sa marche au centre du bol dont il formait auparavant la surface. La résultante de ces arrêts partiels n'est donc plus qu'un ralentissement pour la masse entière. Des arrêts plus complets se produisent toutefois dans diverses parties du côlon, et le font concourir plus efficacement à l'acte de la contention. Déjà le côlon ascendant, par la supériorité de son diamètre et la direction verticale de son trajet, contribue souvent à augmenter l'aire du réservoir caecal ; mais c'est surtout à l'S iliaque qu'il revientde compléter sous ce rapport les dimensions insuffisantes du rectum. Sans lui attribuer à cet égard le rôle principal, comme le voulait la fameuse théorie de O'Beirne sur la défécation, il faut du moins reconnaître, en effet, que ses courbures si prononcées ne se bornent pas à ralentir, mais interrompent plus ou moins la marche des matières stercorales, de sorte que ces matières, arrivant déjà d'une manière intermittente dans cette partie du côlon, n'en sortent que par intervalles encore plus espacés. Les versements successifs que fait ainsi l'S iliaque dans la cavité du rectum, attribuent de la sorte au segment terminal dr l'organe que j'envisage une influence sur l'expulsion ultérieure des résidus alimentaires, qui l'a fait surnommer avec assez de justesse le régulateur de la défécation.
Le côlon ne sert donc pas uniquement de canal conducteur, il représente encore une cavité de séjour temporaire et fait à cet égard office d'auxiliaire pour le caecum et le rectum. Dans quelques circonstances particulières, ce côté spécial de ses fonctions s'accentue dans des proportions qui le rendent beaucoup plus manifeste. Sans appuyer sur les faits morbides oîi des tumeurs sterco-
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raies sont résultées d'un arrêt copplet tlans le cours de sou coulcau, j'en trouve des exemples plus physiologiques dans l'accumulation du méconiuni. qui, au terme de la grossesse, remplit le gros intestin du fœtus, et chez les animaux hibernants, dont les excréments s'amoncellent peu à peu, pendant lu période de leur engourdissement, dans les diverses parties du colon.
Quels sont maintenant, considérés en eux-mêmes, les matériaux qui se trouvent l'objet de ces accumulations et de ce transport ? Ainsi que je l'ai dit tout d'abord, ils sont représentés d'une manière générale par les restes digestifs que l'intestin grêle a versés dans le cajcum. Ces restes représentent eux-mêmes en ce moment toute la portion de la masse alimentaire qui n'a pas été absoi'bée dans l'intestin grêle, masse Irès-complexe composée en fait par les aliments en excès qui n'ont pas été dissous ou émulsionnés, la charpente réfractaire des divers aliments, les produits pour la plupart gazeux qui résultent des réductions digestives, l'excédant du chyle et enfin les humeurs excrémentielles avec ce qui subsiste des sucs récrémentiels. Mais ces apports de l'intestin grêle vont se transformer, dès leur arrivée dans le gros intestin, et particulièrement dans le côlon, par des pertes, des additions et des modifications successives.
La consistance relative que le chyme stomacal avait acquise vers la fin de l'iléon, va s'augmenter de plus en plus dans son passage à travers le cœcum et les diverses parties du canal qui lui fait suite, par l'absorption des hquides, absorption dont j'établirai bientôt la réalité. Sa couleur deviendra aussi progressivement plus foncée par la condensation des matières colorantes de la bile. Enfin l'odeur particulière aux matières fécales, odeu^' qui diffère toutefois suivant l'espèce animale et selon la nature de l'alimentation, et qui commence éventuellement à se manifester vers la fin de l'intestin grêle, acquiert dans le côlon son intensité tout entière, qu'elle soit due à un principe volatil, sécrété par les parois du gros intestin comme le voulait Blondlot, ou qu'il faille l'attribuer avec Haller à la putréfaction qui commence à envahir son contenu.
La divergence qui précède se poursuit en quelque manière sur l'origine des gaz intestinaux libres qui font partie du contenu que j'analyse. Les uns ont continué d'attribuer avec Hunter, Portai et Bernard Gaspard, à une exhalation pariétale, d'autres, avec Chevillot, aux réactions digestives, les gaz qui du pylore à l'anus maintiennenl incessamment dilatées les parties du canal alimentaire ([ue les matières solides ou liquides ont momentanément évacuées. Dans l'état où des recherches peu actives ont à cet égard laissé la science, c'est à ces deux sources principales qu'il faut rapporter en réalité leur provenance. Ces gaz s'accumulent en plus grande abondance dans le gros intestin et s'y séparent davantage des matières fécales. Leurs proportions respectives et leur nature y revêtent aussi des caractères qui les distinguent des mélanges gazeux contenus dans les autres parties des voies digestives. Ainsi dans le gros intestin, comme dans l'intestin grêle, on ne trouve plus d'oxygène, gaz qui avait été probablement introduit dans l'estomac pendant la déglutition des aliments et de la salive, et que, d'après les constatations de Planer, le travail digestif transforme en acide carbonique. En revanche, ce dernier gaz l'emporte dans ces deux derniers compartiments du canal alimentaire et dans le gros intestin plus encore que dans l'intestin grêle, parce qu'à la petite quantité provenant du sang, s'ajoute ici la proportion considérable qui s'en produit dans l'élaboration du chyle. L'hydrogène pur, dont l'origine est la même et dont la formation est en outre augmentée par le régime végétal, ne s'accumule, toutefois, en grande quantité que
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dans l'intestin grêle, où sa proportion dépasse de beaucoup celle des autres gaz; moins abondant encore et moins constant dans le gros intestin que dans l'estomac, il est sans doute enlevé par le courant sanguin au fur et à mesure de son dégagement. 11 est vrai que par une sorte de compensation, le gros intestin renferme presque autant d'azote que le renflement gastrique, tandis que le chiffre de ce gaz tombe sensiblement dans l'intervalle au niveau de l'intestin grêle (Chevillot), peut-être parce que le compartiment terminal du tube alimentaire en est pourvu par les derniers efforts du travail digestif, tandis que le premier devrait surtout son contingenta la présence transitoire du fluide atmosphérique; de plus il contient seul un peu d'hydrogène carboné, quand ce produit spécial s'ajoute aux résultats de la fermentation intestinale, ce qui paraît n'avoir lieu que lorsque la masse fécale s'est longtemps attardée dans cette région (Planer) ; quant à l'hydrogène sulfuré dont la genèse d'ailleurs trèsrestreinte obéit à des conditions analogues, on le rencontre plutôt encore dans le rectum que dans le côlon.
Yoici du reste le tableau d'une analyse des gaz du gros intestin , d'après E. Ruge et Marchand :
r.i'GK.
WARCHAiND.