ALIMENTATION MIXTE
Acide carljoniquo ....
Hydrogène
Azole
Hydrogène sulfuié. . . , Oxvi^èiie. . . .....
Hydrogène carboné. . . .
Les gaz du gros intestin comme les autres tendent à clieminer vers l'anus, en deçà duquel ils sont quelque temps retenus par son sphincter. Ils peuvent aussi être résorbés, soit après avoir été dissous par les liquides alimentaires qui les entraînent dans les lymphatiques ou dans les veines, soit directement sous leur forme de gaz pour aller se dissoudre dans le sang, car on ne voit pas pourquoi Longet trouve peu vraisemblable cette espèce de respiration intestinale, ni ce qui pourrait rendre le revêtement interne plus imperméable que l'enveloppe cutanée.
Les changements qui précèdent, relatifs à la nature et à la proportion des matières diverses renfermées dans le côlon, tiennent à des actions physiologiques inégalement démontrées qu'elles subissent dans son intérieur et sur lesquelles je vais avoir bientôt à revenir; il suffit pour le moment d'ajouter qu'ils dépendent aussi d'un apport spécial fait par les parois mêmes de l'organe que j'étudie. Indépendamment de la petite quantité de gaz que nous savons originaire du sang en circulation dans sa muqueuse, les parois du gros intestin fournissent, elles aussi, au contenu qui le traverse, un contingent émané de la substance même du corps. Du suc intestinal est encore produit à ce niveau du tube digestif par les innombrables glandules qui en tapissent la surface interne, et, quel que soit son usage ultérieur, ne s'en mêle pas moins aux matières qui
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s'acheminent par cette voie. A ce titre, le côlon ne donne pas seulement issue aux résidus de la digestion intestinale, mais par la sécrétion dont il est le siège, sécrétion plus abondante que celle de l'intestin grêle, si Frerichs a raison contre Bidder et Schmidt, il livre également passage aux déchets définitifs de la digestion interstitielle et de la nutrition cellulaire.
Quelles que soient les conditions variées de l'acte éliminatoire dont je viens de décrire l'instrument et l'objet, le côlon n'en devient pas moins par lui l'agent principal de la déjection. Mais le rôle que joue cet organe dans le concert des ionctions vitales ne se réduit pas absolument à cette grossière délivrance.
Ainsi tout d'abord la muqueuse qui le tapisse, bien que dépourvue de villosilés chez l'homme, concourt énergiqnement au phénomène de l'absorption digestivc. La bouillie alimentaire que l'intestin grêle verse dans le gros intestin a perdu, sans doute, dans son long trajet, la majeure partie de ses sucs nutritifs; cependant les divers produits de la digestion s'y rencontrent encore en quantité variable, de nouvelles opérations digestives continuent d'y liquéfier, on va le voir, des substances épargnées jusqu'ici, et c'est le lot du gros intestin d'utiliser ces excédants éventuels en les séparant à cette dernière heure des résidus qu'il conduit au dehors. Aussi la masse en question acquiertelle, comme on l'a vu, pendant qu'elle parcourt les diverses parties de ce dernier compartiment intestinal, une consistance et une sécheresse prononcées qui s'accentuent de plus en plus pendant sa marche, et font déjà présumer en faveur de l'absorption qui s'accomplit à sa surface. L'absorption du gros intestin n'en est pas du reste à chercher ses preuves, et l'intérêt de la question ne repose plus aujourd'hui que sur l'énergie relative de cette propriété. 11 est démontré que, chez certains animaux, l'absorption qui s'effectue dans le gros intestin, inférieure à celle de l'intestin grêle, est pour le moins plus active que celle de l'estomac. Le curare introduit dans l'estomac de quelques-uns y est puisé si lentenient, qu'en vertu des sécrétions éliminatrices il ne s'en accumule pas dans le sang une quantité suffisante pour déterminer l'intoxication, ce qui avait trompé d'abord sur les aptitudes de cette substance, tandis que ces mêmes animaux succombent, si l'on introduit par l'anus une dose égale de ce poison (Cl. Bernard). D'après les expériences de Bouley et Colin, l'estomac du chien, du chat, du lapin et du porc, paraîtrait absorber à peu près avec la même intensité que l'intestin grêle lui-même ; mais en revanche, certains autres animaux, comme le cheval, par exemple, ont la muqueuse gastrique recouverte d'un épithélium très-épais, ce qui ralentit et diminue chez eux l'absorption stomacale (Spérino), et contribue à établir sur ce point la prédominance de l'absorption colique. Chez l'homme, il est probable que la membrane muqueuse du gros intestin absorbe plus facilement que celle de l'estomac; la belladone et l'opium, administrés en lavement, produisent des effets plus énergiques et plus rapides que lorsqu'ils ont été portés au contact de la muqueuse gastrique (Savory), ce qui fait du gros intestin une voie précieuse pour l'introduction des substances médicamenteuses (Béclard).
Laissant d'ailleurs de côté ces spécialités relatives aux divers animaux et aux différentes substances, on peut généraliser ainsi les conclusions . qui résultent de ces comparaisons partielles. Le pouvoir absorbant de la muqueuse intestinale n'est pas, d'après Longet, également réparti sur tous les points du tube din-estif : faible dans la bouche et l'œsophage, où, à la vérité, les suhstances in^-érécs ne font qu'un séjour insignifiant, il est, sauf quelques exceptions, assez
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prononcé dans l'estomac ; il acquiert son entier développement dans l'intestin "•rèle, et va s'alïaiJjlissant de nouveau à mesure qu'on s'approclie davantage de la terminaison du gros intestin. Moins intense qu'à l'intestin grêle, vraisemblablement plus active qu'à l'estomac, l'absorption en tout cas est donc réelle et considérable encore, en fait comme en puissance, dans le gros intestin et par suite dans le côlon, ainsi ([u'en témoignerait, à défaut d'arguments pliysiolo- '^iqucs, la présence récemment démontrée de vaisseaux lymphatiques dans l'épaisseur de la muqueuse qui tapisse ces organes. Les vaisseaux lymphatiques sont en effet des canaux exclusivement efférents.
L'absorption du côlon porte sur tous les éléments, absorbables ailleurs, du contenu qui le parcourt : sucs nutritifs et graisses émulsionnées, liquides cl iraz, sels solubles, médicaments et poisons. Les expériences effectuées par Baucr, de Munich, sous la direction de Voit, n'ont rien à faire retrancher de cette énumération. Si, en effet, dans une anse du gros intestin isolée par des ligatures, la peptone seule a été absorbée sans secours, l'obligation d'ajouter un acide pour voir assimiler le suc de viande ou l'albumine et du sel marin pour obtenir l'enlèvement du blanc d'œuf s'inscrit tout au plus contre le pouvoir digestif et non contre les propriétés absorbantes de ce département intestinal. Les analogies de disposition et de structure ([ui existent entre la muqueuse du gros intestin et celle de l'intestin grêle expliquent sutfisamment ces rapports dans la nature de leurs actes et ces écarts dans leur mesui'e, et la pénétration seule des graisses émulsionnées soulèvera quelques doutes dans l'esprit de ceux qui se rappèlent l'absence de villosités et par suite de leur chylifère central, sur la face interne du côlon. Mais l'absorption du chyle et par conséquent des matières grasses par les lymphatiques du gros intestin n'a rien assurément de plus bizarre ([ue son enlèvement par la muqueuse gastri([ue elle-même. Or, dans des cas où le chyle avait dû refluer du duodénum dans l'estomac, Binmi, Brog^i, Bolli et Yesling, Leuret et Lassaigne, ainsi (pie Bouisson, prétendent en avoir aperçu dans les vaisseaux lymphatiques de ce dernier organe. D'ailleurs, sa présence élans ceux du gros intestin a été directement contrôlée. Haller en a rapporté plusievu'S exemples sur la foi de divers observateurs. Longet en signale un plus récent dans lequel les li({uides à absorber furent introduits par l'anus : Chez un chien qu'on avait d'abord purgé avec de l'huile de croton, et soumis à une longue abstinence, on injecta dans le rectum, à plusieurs reprises, 120 grammes de lait. On sacrifia l'animal après la dernière injection et les lymphatiques du gros intestin se montrèrent distendus par un li({uide blanchâtre; quelques-uns des ganglions mésentériques en étaient pénétrés et le contenu du canal thoracique présentait à son tour la même coloration. Sur un animal de même espèce auquel on avait aussi injecté dans le gros intestin du bouillon de viande chargé de matière grasse, Bouisson trouva dans les lympathiques de cet organe un liquide opaque qu'il reconnut pour du chyle. Appuyé sur ces expériences qu'il a plusieurs fois véritiées, Longet déclare ne se refuser nullement à admettre qu'une faible partie du chyle, échappée à l'absorption de l'intestin grêle, puisse être recueillie par les parois du gros intestin ; la dernière de ces expériences le conduit même à reconnaître un pouvoir légèrement émulsionnant au suc intestinal.
Le travail de l'absorption se continue donc, selon qu'il y a lieu, dans la cavité du gros intestin, et à ce titre les diverses parties de ce déparlement intestinal, et le côlon en particulier, complètent l'œuvre d'assimilation du tube ali-
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mcntaire et assurent le complet encaissement de la recette nutritive. Peut-être ajoutent-elles à cette propriété des fonctions d'un ordre encore plus élevé, car il est possible qu'elles concourent dans une certaine mesure à l'élaboration même de cette recette, à la transformation chimique des matériaux alibilcs. Malheureusement, la physiologie est encore indécise sur une question qu'il y aurait, comme nous le verrons, un sérieux intérêt à élucider pour la clinique.
Dans une digestion normale, quand la masse alimentaire arrive dans le gros intestin après avoir traversé la bouche, l'estomac et l'intestin grêle, les sucs dont elle s'est imbibée durant ce trajet antérieur ont à peu près épuisé leur action sur elle et ce n'est guère plus en vertu de leur présence que le travail digestif pourrait se continuer dans cette région nouvelle. De sorte que si le gros intestin prenait réellement une part à cette inqjortante opération, ce n'est pas seulement à sa situation, c'est bien au concours des réactifs sécrétés par SCS parois, qu'il faudrait en rapporter le mérite. On arriverait à la même couclusio» ^n vérifiant directement les propriétés de ces sucs. Mais la science n'est fixée avec exactitude sur aucune de ces deux circonstances.
Séduits par une harmonie fantaisiste, dont le goût porte à violenter les faits plutôt qu" i s'y soumettre, les preniers physiologistes que cette question intéressa voulurent trouver dans le gros intestin un appareil digestif complet, annexé comme auxiliaire à la suite de l'estomac et de l'intestin grêle. A ce titre, le cœcum devenait un second estomac, le côlon répétait l'intestin grêle cl le rectum était au gros intestin ce que le gros intestin auparavant se bornait à être pour l'appareil digestif. Déjà Viridet avait appuyé cette théorie sur la considération que la matière alimentaire, imprégnée dans l'estomac par un menstrue acide et dans l'intestin grêle par un menstrue alcalin, redevenait acide au niveau du cœcum pour reprendre son alcalinité dans la cavité du côlon. Après lui, Tiedémann et Gmelin constatèrent avec soin les qualités acides du contenu ciEcal et les attribuèrent même à la présence de l'acide acétique ainsi qu'à la sécrétion du caecum ; Mayer, Fohmann, Eberle et beaucoup d'autres obtinrent les mêmes résultats et, comme les précédents, les portèrent à l'actif de l'opinion que je signale. Celle-ci parut en outre confirmée par une circonstance qui aurait dû plutôt servir à la réfuter ; le caecum se trouve trèsdéveloppé chez les animaux, tels que ruminants et rongeurs, qui se nourrissent de substances végétales peu digestibles, tandis qu'il est petit et même absent chez ceux qui, comme l'ours, par exemple, vivent de fruits et de racines très-féculentes ou, comme les carnivores, mangent surtout des aliments azotés.
Sous cette forme particulière, la théorie de Viridet est inexacte. Blondlot en a été le premier adversaire. Il a montré que l'acide du cœcum, acétique ou simplement lactique, peut fort bien n'être que le résultat de transformations subies par des excédants dé sucre ou de fécule. Rien ne prouve, en effet, que le cœcum décrète réellement un produit acide. Voici, à cet égard, tout ce qu'on sait : le contenu du cœcum recueilli sur un animal Carnivore est quelquefois acide ; chez les herbivores, il est toujours alcalin. C'est, du reste, un principe alcalin qni devrait être plutôt sécrété dans le cœcum de ces derniers animaux, si cet organe devait y jouer le rôle d'un estomac supplémentaire.
Il n'en est pas moins certain que le cœcum, comme d'ailleurs tout le gros intestin, sécrète un liquide que son origine et sa nature permettent de ranger à côté du suc de l'intestin grêle et auquel il est logique de supposer un pouvoir analoo^ue à celui de ce suc intestinal. Dans les recherches si nombreuses dont les
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[iropriélés du suc intestinal ont été l'objet, la plupart des expérimentateurs ont eu surtout en vue la sécrétion de l'intestin grêle, et c'est à elle exclusivement que se rapportent les conclusions de Busch, de Funke, de Kcilliker et Mûller. Quelques-uns, comme Colin sur le cheval, voulant isoler les résultats relatifs à la sécrétion du gros intestin, ne purent arriver à une donnée précise. Pourtant l'opinion que je viens d'exprimer n'a pas exclusivement pour base des motifs tirés de l'analogie ; Bidder et Schmidt recueillirent sur un chien, par une tislule pratiquée au côlon, un liquide auquel ils crurent reconnaître à peu près les mêmes caractères qu'à celui du compartiment intestinal supérieur. Sur une femme dont le côlon ascendant s'ouvrait au dehors par une fistule, Steinhauser introduisit, à plusieurs reprises, un œuf dur préalablement broyé : il constata chaque fois qu'une partie de l'albumine et une proportion très-faible des matières grasses avaient disparu. Sans retrouver dans le gros intestin une reproduction complète de l'appareil digestif, on pourrait donc y voir, avec plus de vraisemblance, se continuer le travail qui s'accomplit au moyen du suc intestinal dans le duodénum, le jéjunum et l'iléon. Or ce travail est précisément mic reprise collective de tous les actes variés de la digestion. Les travaux de Frcrichs, Zander, Schmidt, Colin, Busch, et même, dans une certaine mesure, ceux de KôUiker et Millier, ont désormais établi que le liquide en question, à réaction alcaline, transforme les aliments féculents comme la salive, dissout les substances albuniinoïdcs comme le suc gastrique, et possède, comme le suc pancréatique et la bile, quoique bien plus faiblement, le pouvoir d'émulsionner les matières grasses.
Si le pouvoir absorbant du côlon n'est pas contestable, sa fonction digestive n'est donc pas absolument démontrée. A côté des arguments favorables se rangent même des négations dont il faut tenir compte. C'est ainsi qu'Eichhorst, d'après des expériences récentes, refuse au suc sécrété par le gros intestin la possession du ferment diastasique qu'il reconnaît exister dans celui de l'intestin grêle. Le même auteur conclut de ses recherches presque exclusivement poursuivies sur un seul et même chien, que la fibrine, la syntouine, la myosine solides, ne sont pas absorbées dans ce compartiment spécial du canal alimentaire. Si d'après lui le suc de viande, l'albumine du lait, la myosine dissoute, l'extrait de viande de Licbig, sont accueillis par sa muqueuse, c'est donc en qualité de substances liquides et en vertu du pouvoir que posséderait la sécrétion de cet organe de prévenir leur coagulation, mais non parce qu'elles auraient été plus ou moins transformées en peptone. Pas plus, du reste, que celui de l'intestin grêle, le suc intestinal du gros intestin ne posséderait de ferment peptique. 11 est vrai que d'après Eichhorst ces matières c/issowies et non digérées n'en servent pas moins à la nutrition de l'organisme, puisqu'elles en sortent à l'état d'urée ; il est vrai encore que pour lui, comme pour Briicke (Ueber die Peplonlheorie und die Aufsciugunc/ der eiweissartigen Substanzen, in Sitzungsb. d. Wien. Akad. der Wissensch., Bd LIX, ii, 15 april), les choses doivent se passer régulièrement ainsi dans la digestion normale.
On le voit donc, la science n'est faite ici que de contradictions et de doutes, .l'aime mieux les avouer que de donner des vraisemblances pour des certitudes. Il est probable que le suc intestinal sécrété sur les parois du gros intestin jouit d'un pouvoir analogue, bien qu'inférieur, à celui qui humecte l'intestin grêle ; quand il existe un obstacle absolu à l'introduction des aliments par la bouche, le médecin ne doit donc pas hésiter à utiliser cette digestion indécise et cette absorption amoindrie pour prolonger la vie du malade en faisant injecter par l'anus des
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solutions de substances albuminoïdes, et même des matières féculentes. C'est là un devoir clinique quand même ce semble une ressource misérable, et bien qu'on ne puisse mettre en évidence la somme de jours ajoutée par les lavements de bouillon, de jus de viande, de lait ou de jaune d'œuf, à l'existence- des malheureux cliez lesquels un cancer du pylore, par exemple, ou un rétrécissement de l'œsophage, suppriment les actes fondamentaux de la digestion. En tout cas, comme le pouvoir absorbant, le pouvoir digestif du gros intestin ne s'utiliserait, s'il est réel, que dans des circonstances éventuelles, et de môme qu'il faut à l'exercice physiologique du premier un reste de liquide ou de chyle dans les résidus abandonnés par l'intestin grêle, le second ne pourrait également s'appliquer, cela coule de source, que lorsque ces résidus renferment encore, ce qui est l'exception, des excédants non digérés de substances alimentaires.
§. IV. Patliologie. Les maladies du côlon sont relatives aux lésions de ses parois, au déplacement de ses rapports, aux altérations de son contenu, et, comme conséquence de cette triple origine, embrassent encore, sous le titre d'occlusion intestinale, l'abolition complète de sa perméabilité. C'est d'après cette classification et selon cet ordre que j'aborde leur étude.
I. Lésions paiiiétales. Les diverses lésions qui affectent la charpente de l'intestin grêle peuvent simultanément ou isolément atteindre les parois du côlon. Je place à la tête de la série qui les concerne un groupe représenté par les diverses inflammations de cet organe, les colites que Celse distinguait déjà des iléites {De remedica, lib. IV, cap. 13) et qui par leur fréquente association avec une altération semblable du segment intestinal antérieur constituent raffection plus commune, désignée sous le nom àHléo-côllte et d'enléro-côlite. 11 faut joindre à ce groupe considérable une catégorie non moins importante de phénomènes morbides qui se laissent rassembler sous le titre de dégénérescences néoplaskjues ou., régressives de ses tuniques; y ajouter encore les traumatismes dont elles peuvent être le siège; et enfin, pour accentuer une dépendance qui existe plus d'une fois dans les évolutions morbides, donner pour terme à cet ensemble les désordres de leur innervation sensitive ou motrice, les névroses particulières du côlon.
1° Colites. Les phlegmasies du côlon, comme celles de l'intestin grêle, constituent diverses familles, entre lesquelles le désaccord des doctrines et le vague des exposés ont laissé subsister une confusion que j'essaiei'ai de détruire.
a. Les phlegmasies de nature catarrhale représentent ici, comme dans le compartiment intestinal antérieur, l'immense majorité des cas patholooiques. Ce processus particulier, que les uns veulent considérer comme une inllammation subaiguë, ce qui n'est pas entièrement exact, que les autres rejettent absolument du cadre des inflammations, ce qui est absolument erroné, n'est autre chose que la première période de l'hypertrophie phlegmasique, irritation nutritive de Virchovv, évoluant sur une tunique muqueuse. En raison des propriétés spéciales de ce tissu, son irritation nutritive doit naturellement augmenter dans de fortes proportions la sécrétion habituelle de ses surfaces (x.avà, ps&j) et se distinguer assez nettement, par ce produit comme par l'absence ou la rareté relative des véritables leucocythes, de la seconde période inflammatoire ou irritation formative. Ainsi se termine, en effet, grâce à l'histologie pathologique, par une solution bien naturelle et bien simple, l'interminable querelle des Écoles sur l'inflammation et le catarrhe.
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Le catarvlie du côlon, aigu ou chronique, contribue à constituer une maladie commune à tout le tube intestinal et qui sera décrite sous le nom de diarrhée {voy. ce mot). Je n'ai donc pas à raconter ici ses symptômes, ni à indiquer la médication qui le concerne. Il suffira de signaler quelques détails qui dépendent de cette localisation particulière. Lorsque l'inllanimation catarrliale qui détermine la diarrbéc s'est concentrée sur le côlon, qui avec l'iléon en est le siège préféré, elle est d'abord exempte, naturellement, de symptômes gastriques ; elle ne se complique aussi jamais d'ictère, parce que la sécrétion de la bile ne saurait alors être surexitée par le retentissement nerveux ni les canaux excréteurs de ce liquide, obstrués par la propagation du processus. En outre, les selles sont moins abondantes et tout à fait muqueuses, ce qui s'explique par l'intégrité des sécrétions biliaire et pancréatique, plus fréquentes cependant à cause de leur arrivée rapide dans le rectum, et s'accompagnent, pour ce dernier motif, de contractions douloureuses au sphincter anal, de ces efforts d'expulsion peu productifs, qu'on désigne en pratique sous le nom de ténesme. La colite catarrliale est encore considérée comme entrahiant plus souvent des selles sanguinolentes ; mais ce n'est là probablement qu'une apparence, le sang épanché dans ces conditions ayant moins de temps pour être résorbé par la muqueuse, pour perdre sa coloration, ou pour disparaître dans les sécrétions morbides. Entîn le siège et la direction des tranchées ont aussi, dans les circonstances qui nous occupent, quelque chose de caractéristique. 11 est presque inutile d'ajouter, au point de vue du traitement, que les lavements appropriés agiront ici d'une manière toute spéciale, puisque alors seulement ils arriveront au contact inmicdiat des tissus malades.
On sait que le catarrhe intestinal s'éloigne quelquefois de son type commun pour revêtir en même temps une gravité supérieure. Ainsi le flux qu'il détermine prend le caractèi'e séreux et acquiert une intensité considérable, et autour de cette abondante déperdition de liquides se groupe un cortège de symptômes simulant de plus en plus le terrible fléau qui nous vient des bides ; c'est le choléra nostras ou catarrhe choléri forme . Que cette issue du plasma sanguin résulte d'une paralysie des capillaires intestinaux (Jaccoud), ou qu'expression d'une énergie fonctionnelle portée à son plus haut degré d'aberration morbide elle provienne d'une excitation excessive de ces nerfs sécréteurs dont les belles recherches de Rouget ont mis l'existence hors de doute, la muqueuse du côlon n'en a pas moins son rôle marqué, comme celle de l'estomac, dans cette phlogose générale du tube digestif. Mais ce rôle n'a rien de spécial et n'exige, par conséquent, aucune attention particulière.
De même il arrive, en certains cas, chez l'enfant de préféi'ence, qu'à une diarrhée séro-muqueuse, assez semblable par les selles aux formes bénignes, s'ajoutent des phénomènes généraux graves. Les coliques sont plus vives, plus durables; la pression du ventre est douloureuse; il y a souvent du météorisme ; une fièvre rémittente se mêle promptement à ces symptômes ou s'y joint dès le début ; l'élévation de la température est rapide et assez considérable. Puis la langue se dessèche, rougit, se couvre même quelquefois de fuliginosités. Les selles deviennent ensuite séreuses chez l'adulte, demi-solides le plus souvent, et d'une odeur trcs-félide chez l'enfant (Bednar); l'amaigrissement se produit,, les forces se perdent rapidement. En même temps la physionomie s'altère et la face prend l'expression de stupeur qui achève de caractériser cette forme spéciale. C'est le catari'he typhoïde de Vintestin ou entérite typitoïde, décrit tout
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d'abord pai' Billard, Yalleix et Barrier, et admis successivemeTit par Trousseau, Eichstedt, Uilliet et Barthez, West, Vogel et Gerhardt. Cette variété de catarrhe intestinal qui se distingue du typhus abdominal par ses symptômes morbides et ses earactères nécropsiques intéresse le côlon au même titre que la précédente et ne réclame pas davantage de description spéciale pour sa localisation éventuelle sur les parois de cet organe.
b. Les phlegmasies de l'intestin se maintiennent le plus souvent à la première période de l'inflammalion, et comme elles portent habituellement sur la surface libre du tube alimentaire, sur la muqueuse digestive, elles prennent le plus souvent, comme je l'ai dit, la forme de catarrhes. Mais si cette forme leur est habituelle, elle ne leur est pas du moins exclusive. Contrairement à l'opinion du Compendium de médecine (t. V, p. 598) l'entérite muqueuse n'est pas nécessairement une entérite catari'hale, ce qui priverait tout d'abord la muqueuse intestinale du droit de s'enflammer réellement ou complètement. La muqueuse de l'intestin peut dépasser la période initiale de l'irritation cellulaire et réaliser tous les degrés et toutes les nuances du travail inflammatoire. Comme cette tunique interne et quelquefois en môme temps, qu'elles reçoivent, qu'elles communiquent ou qu'elles provoquent l'altération, les autres tuniques du tube intestinal peuvent offrir également les phénomènes du processus phlegmasique. Sans lui attribuer l'importance que tenta de lui conquérir Broussais, en soulevant des réclamations qui marqueront par leur énergie dans l'Iiistoire de la médecine, il faut donc admettre une inflammation véritable des parois intestinales, et cette affection se laisse môme décomposer par ses variétés d'étage et de caractères en une multitude d'éléments morbides. Après avoir concédé au fougueux réformateur du Val-de-Gràce l'entérite muqueuse qui formait la base principale de sa doctrine, il est parfaitement logique d'isoler l'altération sur la séreuse et d'accorder à Naumannune entérite péritonéale, ou de la renfermer dans la plan contractile et de créer avec Abercrombie une entérite muscuJeuse. Ensuite, comme l'inflammation peut embrasser plusieurs tuniques intestinales, il faut encore reconnaître Venlérite phlegmoneiise de Sauvages. Mais la plegmasie de la tunique interne elle-même peut évoluer sur des éléments distincts, ou nuancer diversement ses propres phénomènes, et nous gagnerons de la sorte, par la diffusion du processus sur la couche superficielle de cette tunique, V entérite érythémateuse de CuUen ; par sa généralisation à toute l'épaisseur de la membrane, Venlérite simple ou franche des auteurs ; par sa concentration sur la couche glandulaire, Yentérite folliculeuse de Copland ; par la production d'exsudats plastiques, Venlérite pseudo-memhraneuse de Powell, ou croM/Jct/e des Allemands ; enfin. par une prolifération exagérée d'éléments embryonnaires ou de leucocythes purulents, une véritable blennorrhacjie ou blennorrhée intestinale (Fôrster).
L'entérite, en comprenant sous ce mot les diverses lésions que je viens d'énumérer, s'applique à l'inflammation de tout le tube intestinal ou se borne à indiquer, pour quelques-uns, l'altération correspondante de l'intestin grôle. C'est alors le terme entéro-côlite qui désigne l'affection de l'appareil pris dans sa totalité. La colite fait donc sa partie dans ce groupe morbide, tantôt associée, tantôt indépendante, et nous ne pouvons que la trouver composée à son tour des mêmes facteurs pathologiques.
11 existe, par conséquent, une colite péritonéale, dont l'histoire se confond dans celle de la péritonite [voij. ce mot) ; une colite musculeiise, dont l'existence isolée, comme celle de l'entérite musculeuse, a étéplutôt admise que démontrée par
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quelques auteurs anglais ; une colite phlegmoneuse qui, frappant à la fois de ramollissement inflammatoire l'e'paisseur tout entière des parois, sans cesse comprimées du dedans au dehors, éveille surtout l'intérêt par la rupture que cette situation y rend imminente, et rentre à ce titre dans l'histoire générale des perforations intestinales [voy. Lntestin et C,t;cuji) ; puis encore une colite muqueuse, qui se subdivise en plusieurs variétés.
Je ne dis rien de la colite erijthénialeuse, ({ui se confond par le vague de ses phénomènes et de ses caractères d'une part avec le catarrhe du côlon, d'une autre avec la simple hyperémie de sa muqueuse, et je renvoie, à ce dernier égard, à l'article Gastrite, le lecteur qui voudra se rendre compte des questions soulevées par les rougeurs du tube digestif.
La colite muqueuse, simple ou franche, la colite proprement dite, Vendo-côlite, si l'on m'accorde un terme qui ne manque pas d'analogues dans la nomenclature médicale, et auquel on pourrait associer à bon droit ceux de peri-côlite et de myocôlite, est une véritable plilegmasie librineuse ou purulente localisée sur la tunique interne de l'intestin côlon, pouvant comprendre le tissu sous-muqueux qui la borne dans sa profondeur, et intéresser, dans une mesure variable, le plan musculaire qui lui succède, pour se montrer moins rigoureux dans nos distinctions spéculatives que ne le sont les faits dans leur déroulement effeclil'. Il ne m'appartient pas de retracer ici l'importante histoire de cette affection morbide. Comme le catarrhe du côlon, elle sera comprise elle-même dans la description d'une maladie plus étendue dont elle fait habituellement partie, et dont elle reproduit, quand elle s'isole, à peu près tout le cortège symplomatique {voy. Entérite et Intestin). Mon rôle se borne à signaler pour le moment que lorsque l'entérite muqueuse n'est pas généralisée, la colite en est la forme de prédilection, ■et que l'inflammation simple du côlon est, par conséquent, plus fréquente que celle des autres compartiments du tube intestinal. La position superficielle de cet organe qui l'expose aux refroidissements et aux violences externes, son volume, son étendue, la consistance et la putridité plus ou moins prononcée de son contenu, sont autant de motifs qu'on peut invoquer pour l'explication de cette préférence morbide. Ici, comme dans le catarrhe du côlon, les différences phénoménales et le diagnostic différentiel reposent sur : le siège quelque peu distinct de la sensibilité abdominale; la tardiveté des exacerbations douloureuses provoquées parle passage des aliments; l'apparition précoce des évacuations anales; la fréquence plus gi'ande des selles, qui sont aussi plus souvent sanguinolentes ou sanglantes ; l'adjonction du ténesme et l'absence des symptômes gastriques. Du reste la colite isolée ne se distingue guère que par le déplacement ■de la douleur, des inflammations localisées dans les autres parties du gros intestin, je veux parler de la cœcite ou typhlite {voy. C^cum) et de la redite ou proctite [voy. Rectum). Cette dernière, en particulier, est plus souvent une comjilicalionou même une conséquence de la colite.
Le processus inflammatoire peut s'établir ou se concentrer sur les follicules isolés du gros intestin, et donner ainsi naissance à une colite follicideuse. La lésion prend alors un aspect tout particulier qu'on a longtemps confondu avec les altérations intestinales de la fièvre typhoïde, mais qui s'en dislingue cependant par ses symptômes cliniques et même par ses caractères anatomiques. Ces caractères et ces symptômes accentuent surtout la distinction dont il s'agit par le fait de se trouver plus d'une fois restreints au segment intestinal dont je m'occupe, et l'existence de la colite folliculeuse, ainsi affranchie de toute dépen-
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dance lypliique, dislincle également de la dysenterie, ne soulève plus aujourd'hui de doute chez personne, surfout depuis la helle description de Barthez et Rilliet. Je ne consigne ici de son histoire que les détails afférents à la particularité de sa localisation. Tandis que les follicules isolés de l'intestin grêle, lorsqu'ils s'enflamment, tendent à faire saillie sur la surface de la muqueuse, ceux du gros intestin paraissent s'enfoncer, au contraire, dans le tissu sous-muqueux, circonstance qui correspond à une disposition anatomique précédemment signalée. A mesure qu'ils se développent, les follicules empiètent de plus en plus sur ce tissu, et peuvent le traverser pour envahir le plan musculaire et déterminer ensuite la perforatioji, ce qui n'a pas lieu dans l'intestin grêle, ou cet accident dépend alors de l'altération étahlie sur les follicules agminés. Les motifs de cette tendance sont faciles à saisir : les follicules isolés, les seuls qui se retrouvent au gros intestin, sont, ou s'en souvient, plus développés au côlon qu'à l'intestin grêle, et soulèvent moins, en général, la surface de la muqueuse.
Pour les mêmes raisons, les petites tumeurs qui en résultent prennent quelques particularités d'aspect qui m'ohligcnt à revenir sur certains traits de leur physionomie. Elles ont un volume qui varie entre ceux d'une tête d épingle et d'un grain de chènevis. Envahies par la fonte ulcérative, elles s'ouvrent sous la pression de la petite collection purulente qui remplit le follicule, en présentant une ouverture arrondie, plus petite d'ahord que le follicule lui-même, de telle sorte que le pourtour de l'orifice paraît décollé dans un rayon pareil à son diamèti'e. 11 en résulte un petit ahcès, ouvert à son sommet et assez semblable à une glande ordinaire, ce qui, pour les auteurs du Compendium eutre autres, a contribué à perpétuer cette méprise anatomique. Le fond en est rouge et couvert de fongosités granuleuses, et ses bords ulcérés se montrent finement frangés (Rokitansky). Ces mêmes bords, llottants d'abord comme je viens de les représenter, sont ensuite emportés par le progrès de l'ulcération, et l'ancie» follicule clos représente désormais une excavation de 2 à 4 millimètres de diamètre, régulièrement circulaire, à bords injectés, mais lisses, et ne faisant pas de saillie à la surface interne de l'intestin. Le fond de ces petites excavations est inégal et tomcnteux; il est recouvert de petits caillots sanguins et d'une gouttelette de pus. Une auréole rouge les entoure quand le processus a débuté parlefollicule, tandis que le champ tout entier de la tunicjue interne est couvert d'une rougeur érylhémateuse lorsque c'est, au contraire, par une inflammation générale de sou tissu que la lésion a débuté. 11 faut spécifier que le caecum et le rectum participent fréquemment de l'état du côlon. En général, cependant, les follicules sont moins souvent et moins affectés dans la partie supérieure de cet organe que dans ses régions inférieures, et l'S iliaque avec le rectum maintiennent, à l'égard de l'altération qui nous occupe, leur prédisposition à être de préférence le siège de lésions graves (Rilliet et Barthez).
Les petites ulcérations qui résultent ainsi de la fonte inflammatoire des follicules du côlon peuvent rester indépendantes, et la maladie que je viens de décrire conserve alors son exacte identité. Elles peuvent aussi s'étendre et se fusionner, de façon à représenter des pertes plus considérables de substance; elles deviennent, en ce cas, de véritables ulcères, ulcères folliculaires de Rokitansky, dont l'origine est révélée par l'inégalilé de leur fond. Ce fond, en effet, présente, au niveau de chacun des follicules qui ont contribué à former l'ulcère, des dépressions plus accusées, en raison de ce détail que l'extension de chaque ulcération primitive se fait, par rapport à la muqueuse, dans le sens de sa pro-
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ibndeur eu même temps que de sa surface. Je m'arrête, car les ulcères du côlon auront leur place à part dans cet article.
J'arrive à la côliie j)seudo-memhraneuse. Des fausses membranes plus ou moins consistantes, plus ou moins épaisses, sont rendues par l'anus dans des circonstances variables. Elles dépendent, en ceiiains cas, d'une affection ou d'une intoxication spécifique, dysenterie, diphthérie, muguet, dont j'aurai bientôt à rechercher les relations avec le côlon ; mais, chez les adultes atteints d'inflammation simple, aiguë ou chronique de la muqueuse intestinale, on peut aussi reconnaître quelquefois des pseudo-membranes dans les matières axcrétées, ou constater à l'autopsie des dépôts pseudo-membraneux à la face interne du tube intestinal. Je n'ai pas à décrire les variétés de forme, de consistance, de dimension que présentent ces couennes intestinales, ni leur composition chimique et histologique, ni l'état inflammatoire de la muqueuse qui accompagne leur formation, ni même les symptômes morbides et les indications thérapeutiques qui leur correspondent ; tout cela rentre de droit dans l'entérite pseudo-membraneuse. 11 y aurait bien à indiquer les quelques modifications phénoménales que le siège de cette altération sur les parois coliques introduit dans l'aspect général de la maladie; mais ce qui a été dit à ce sujet sur l'endo-côlite simple reparaîtrait ici sans avantage, et ce n'^st plus que relativement au produit lui-même de la lésion, à la fausse membrane, qu'il importe d'ajouter un mot. Le plus ordinairement, les fragments de ces productions qui s'échappent avec les selles sont à l'état de grumeaux, de lamelles, de rubans, présentant ainsi pour la plupart deux faces, dont l'une a été libre dans l'intestin et l'autre adhérente à ses parois. Cette dernière, qui s'est moulée, par conséquent, sur son support, est habituellement villeuse ou tomenteuse (Laboulbène). 11 est probable qu'elle ne présente pas cette disposition accidentée, et qu'elle est, au contraire,, plus lisse et plus analogue à la face opposée quand le dépôt s'est formé sur la tunique interne du gros intestin, dont on se souvient que la surface est beaucoup plus unie que celle de l'intestin grêle; c'est, du moins, une distinction que l'auatomie préjuge en attendant que la clinique l'ait constatée. Eu voici une seconde plus manietiiei leste. Les fausses membranes intestinales sont parfois à l'état de tubes complets ;ail(tat(; représentant ainsi le calibre et la forme de l'intestin dont les parois lui ont servi s\m\i Je moule (Geudrin) ; alors les signes les plus faciles à saisir révéleront leur orilaimito' giiie; q^ verra tout à l'heure que cet indice différentiel est mieux, cette fois, jleffioï qu'une simple supposition. Mais, à part ces quelques divergences dans l'expres- ^ccpfliiit sion morbide, il m'incombe surtout de montrer que l'inflanmiation pseudo- !ptf ' membraneuse peut réellement s'établir sur les parois du côlon. A cet égard, les Ktlii^ preuves ne sont pas indécises. C'est d'abord Trejling observant une paysanne silioD)'" qui venait de rendre par l'anus une fausse membrane, et qui reconnaît à cette dernière la forme de l'intestin côlon. A son tour, E. Serres, de Dax, compose avec trois observations intéressantes sa thèse inaugurale sur la colite pseudomembraneuse. Dans l'un de ces cas, la pièce présentée à ses juges était tubulaire et l'une de ses extrémités s'évasait largement dans l'espace d'environ deux pouces ; elle provenait de l'intestin grêle et du gros intestin. Dans un autre, l'autopsie eut lieu et le côlon ascendant offrit une enveloppe interne grisâtre,, libre à la partie inférieure, fortement adhérente vers la supérieure, qui doublait sa muqueuse depuis le cœcum jusqu'au milieu du côlon transverse ; le côlon était enflammé dans toute son étendue. Dans le troisième, on trouva également, à l'ouverture du cadavre, tout le gros intestin phlogosé à un degré d'intensité-
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sans exemple et recouvert, dans toute sa longueur, d'une pseudo-membrane blancliàlrc, épaisse, assez adhérente. Andral a vu de même la surface interne du côlon tapissée par une couche demi-concrète, et formant une membrane sans aucune trace d'organisation. Cruveilhier, Gendrin, Grisolle, Graves, ont recueilli de nombreux exemples de la même lésion.
D'après Clemens, l'entérite pseudo-membraneuse est plus fréquente que la colite de même nature. Dans le gros intestin, le cœcum n'offre que très-rarement les productions qui la caractérisent, tandis que le côlon et le rectum sont assez facilement envahis par elle.
L'entérite pseudo-membraneuse paraît exister plus souvent chez la femme que chez l'homme, et coïncider surtout avec l'âge moyen de la vie (Da Costa, Whitehead) ; il est probable, sans qu'aucune comparaison me permette de l'affirmer, qu'il, en est de même pour la colite pseudo-membraneuse. Rilliet et Barthez ont pourtant trouvé des fausses membranes dans le gros intestin des enfants ; mais, s'ils ont avec soin séparé ces dépôts inflammatoires des productions plastiques de la dysenterie, ils ne les ont pas distingués, comme le leur reproche Laboulhène, du muguet intestinal. Plus l'écemment, Betz a publié un cas de fausses membranes sur le côlon chez un malade mort pendant le cours d'une scarlatine ; l'auteur conclut de cette observation que, lorsque la diplithéiitc (style allemand) fait alors défaut dans le gosier, elle peut siéger dans le gros intestin. Freund a aussi observé, à la Charité de Berlin, sur des femmes eu couche, une épidémie de diphthérite intestinale avec plusieurs cas de localisation sur le gros intestin. Mais ici l'étiologie qui domine l'affection la rapproche davantage de son sens français et rattache peut-être ces exemples à un ordre de faits que j'examinerai tout à l'heure.
c. L'inflammation intestinale, au côlon comme ailleurs, peut se distinguer par quelque spécialité de nature, d'origine ou de terminaison, qui la sépare nettement des affections qui précèdent.
Véritable processus nécrobiotique, elle aboutit cjuclquefois à une perte superficielle de substance, à une mortification partielle de tissu, et se transforme en colite ulcéreuse. Mais alors la lésion, dominée et comme métamorphosée par le plus important de ses phénomènes, change de classe ou, pour le moins, de titre, et, sous le nom d'ulcère muqueux simple (Fôrster), va grossir le chapitre des ulcères coliques.
Il arrive également que, sous l'influence de causes banales ou d'un poison tantôt miasmatique, tantôt effluvien et eu tout cas constitué par des organismes inférieurs, le tube intestinal est envahi par une maladie anatomiquement assimilable à une inflammation de ses parois, mais qui s'éloigne du type ordinaire de ces inflammations par des exsudations fibrineuses et des ulcérations caractéristiques, lorsqu'elle ne s'en distingue pas par la spécialité de sa cause, je veux parler de la dysenterie. Le siège spécial de cette affection la rattache directement à l'article que je traite. Occupant, en effet, le gros intestin, accumulant ses altérations avec une intensité croissante du cœcum vers l'S iliaque, la dysenterie est bien, de plein droit, une maladie du côlon, et mérite assurément le titre de colite ulcéro-memhraneuse . Mais un article spécial lui étant réservé dans le Dictionnaire, je ne saurais, sans double emploi, en présenter la description à cette place.
Je dois aussi m'abstenir de parler ici du muguet dont on a constaté la présence jusque sur les parois du côlon. Cette expression que malgré les réserves
COLOiN (pathologie). 109
-mtnj, de Laboulbèiie, et d'après ses propres reclicrches, il faut affecfer exclusivctac(j{ ment aux exsudations inflammatoires envahies par l'oïdium albieans, se rapporte, liti^ ainsi qu'on le voit, à une altération intestinale, dont le principal élément, si l'on oiit^ ™et à part l'état général qui peut la dominer, est évidemment le parasite étranger qu'a découvert Robin. A ce point de vue, le muguet du côlon se rattacherait iiatd plutôt à l'histoire des corps étrangers du côlon, que j'aborderai plus tard, qu'à ItèJ celle de ses inflammations pariétales. Mais la présence de cette moisissure sur mal '^^ parois de tel ou tel segment intestinal ne donne lieu, que je sache, à aucune distinction pathologique suffisamment importante pour distraire les détails qui :litj|,( la concernent de l'article Stom.^tite, ou pour ajouter un complément à son yijll'j article spécial {voy. Stomatite, Muguet). îriMlli l'epuis que Powel constata le premier, ainsi que je le rappelais tout à l'heure,
M], les pseudo-membranes de l'entéro-côlite, et tandis que Cruveilhier leur consacrait jul I : une attention spéciale dans son bel ouvrage d'analomie pathologique, Guersant, j I Bretonneau, Gnibert, Louis et Roche classaient formellement la surface interne Il de l'intestin parmi toutes celles qui sont susceptibles de fournir un support aux
u. ' productions diphlhéritiques. Dans quelle mesure le côlon participe-t-il à cette ,1 distribution morbide? La situation de ce segment intestinal l'exposerait-elle
I ,, plus que la plupart des autres à l'intoxication, s'il est vrai que la porte d'en- , j I trée de l'affection soit aussi le théâtre de son développement matériel? C'est ce ', .qu'aucune série d'observations particulières ne permet à ma connaissance de ' décider encore. Les exemples de pscudo-mendjranes intestinales authentique- '.'"i ment diphthéritiques sont rares, et ceux que les auteurs allemands tels que Freund '"'"fet Clemens reproduisent en assez grand nombre sous le nom de croup ou de ' diphthérite ne peuvent, malgré la synonymie des noms, et quelquefois la ressemblance des faits, être mis sur le compte d'une espèce morbide dont ils n'ad- ^"'" mettent pas, on le sait, l'existence.
°' f" Enfin quelques autres affections générales, la fièv7'e typhoïde et le choléra principalement, développent une partie de leurs phénomènes morbides sur les parois uDcp ^^ ^^^]Jg digestif et intéressent dans une certaine mesure et sous une forme slnii piyj (jy moins inflammatoire le gros intestin et le côlon. Dans la fièvre typhoïde, Dorp; les glandes solitaires du côlon peuvent éprouver les mêmes altérations que celles M*)« de l'intestin grêle, et le typhus abdominal peut même devenir, pour quelques ;kà[£ écrivains, un côlo-typhus. Dans le choléra le gros intestin ne présente aussi que quelquefois les modifications qui se rencontrent à l'intestin grêle. Pour comoiiilw pléter mes cadres j'avais à mentionner la relation de ces maladies avec cette ileii^ partie démon étude, mais le rôle particulier du côlon dans l'évolution de leurs i\fÉ phénomènes appartient de droit à la description qui les concerne. Irjiel 2" Déyénérescences. Comme les parois de l'intestin celles du côlon se laissent alioni* envahir par des processus variés, néoplasiques <)u régressifs, dont je ne dois l'apm%^ peler à cette place que les caractères particuliers à leur siège. tM a. On rencontre quelquefois l'hypertrophie simple des parois du côlon ou de iilul* ses diverses tuniques, altération qui d'ailleurs ne diffère en rien de celle qui Jjsrf siège aux parois de l'estomac. Je me borne donc à signaler que l'hypertrophie de îtiliï' la muqueuse se présente plus fréquemment dans le gros intestin que dans l'intesdiiit tin grêle. Mais elle peut y affecter la muqueuse en totalité et l'épaissir dans une jlioji proportion considérable, ou bien porter plus particulièrement sur ses follicules, ou bien encore occuper profondément le tissu cellulaire sous-muqueux.Or, cette jléli dernière lésion spécialement est au gros intestin beaucoup plus fréquente qu'à
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l'intestin grêle, plus fréquente qu'à l'estomac lui-même ; on la rencontre aussi plus souvent dans les côlons ascendant et descendant que dans le côlon transverse. Quoique rare chez les enfants et les vieillards, Andral l'a rencontrée plusieurs fois sur des sujets de 4 à 12 ans, généralisée à tout le gros intestin, et Billard l'a vu siéger au côlon ascendant d'un enfant de six jours. En général elle a son maximum de fréquence de 35 à 05 ans (Andral).
L'hypertrophie de la tunique musculaire, assez fréquente à l'estomac, est raie au niveau des intestins.
Quel que soit d'ailleurs le siège de cet épaississement presque toujours inflammatoire, il n'en résulte pas moins, en général, un tissu dense, fibreux, lardacé, rappelant le fibro-cartilage ; c'est le résultat de l'hyperplasie cellulaire qui s'est comme infiltrée entre les tuniques et leurs éléments et a créé sur un point du canal des obstacles irréguliers, des cloisons et surtout des coarctations plus ou moins annulaires. Ainsi se forment, au côlon comme ailleurs, les rétrécissements simples, les sténoses proprement dites , du canal alimentaire. Les symptômes de cette affection seront décrits à l'article d'ensemble qui sera consacré ù I'Intestin {voy. ce mot), et les indications thérapeutiques particulière* qui sont la conséquence de son siège au niveau du gros intestin, étant plus accentuées à mesure que ce siège se rapproche de l'anus, seront spécialement discutées ù l'article Rectum {voy. ce mot). Ce renvoi est d'autant plus légitime qu'il me paraît impossible d'étendre sérieusement l'application des moyens qui leur correspondent bien au delà de ce dernier segment. Relativement à ia pénétration des sondes on peut, en particulier, s'appuyer sur des expériences de William Cadge et sur la pratique elle-même d'O'Beirne pour douter que ces instruments puissent aller plus loin que l'S iliaque et atteindre jamais le côlon descendant, Quant à l'aboutissant suprême de l'hypertrophie qui est l'occlusion définitive du tube digestif, l'importance de ses effets et le concours d'une foule d'autres causes à sa production m'obligent à en faire une espèce pathologique spéciale que je réserve pour la fin de cet article.
b. J'ai moins à dire encoreau sujet de Vati'ophiedes, parois coliques, dégénérescence qui n'a guère été observée que sur des individus morts dans le marasme, et ne représentait, dès lors, qu'un détail perdu de l'atrophie générale. Mais Cruveilliier a cité dans le temps un cas très-circonstancié d'atrophie aiguë et locale de la partie moyenne de l'arc du côlon {Anat. path., 1857, livre IV, pi. 11); cette observation remarquable et sans analogue dans la science mérite, à ce double titre, d'être résumée dans ce travail. 11 s'agit d'un homme de 35 ans, vigoureusenienl constitué. Après un excès de fatigue suivi d'un refroidissement subit, cet homme présente d'abord quelques phénomènes typhiques, et au douzième jour les signes d'une perforation intestinale. 11 meurt trois jours après. A l'autopsie les membranes intestinales se montrent prodigieusement amincies au niveau de la partie moyenne du côlon transverse. Même avec une forte loupe on ne peut les distinguer les unes des autres; elles ne forment qu'une seule pellicule blanche, semitransparente, sans injection vasculaire, sans ramollissement sensible. Plusieurs perforations existent à leur niveau. « Cette atrophie aiguë, se demande Cruvcilhier, ne consiste-t-elle pas dans un travail d'absorption du tissu lui-même? » Du reste l'amincissement des parois intestinales plus rare au gros intestin qu'à l'intestin grêle y est aussi d'une moindre importance; si l'on fait abstraction de la prédisposition commune aux perforations et aux ruptures, on conçoit, en effet, que la destruction de l'appareil glandulaire et la disparition des vaisseaux absov-
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bants aient, dans le premier cas, sur la nutrition générale une influence moins désastreuse que dans le second.
L'atrophie du côlon se conçoit sous une forme différente. La réduction, en volume ou en nombre, des éléments qui composent ses tuniques, pourrait avoir pour <;onséqiience la diminution de son calibre plutôt que l'amincissement de ses parois. Sans doute, comme la pression excentrique subsiste, c'est ce dernier effet qui se produira de préférence ; mais l'esprit ne se refuse pas à la possibilité du second, et il est probable qu'une analyse plus minutieuse des rétrécissements simples de cet organe en rattachera quelques-uns à la genèse que je signale. En altendant il est permisde rapportera ces lésions l'étroitesse congénitale du côlon, dont Mayet a fourni récemment un exemple, car un arrêt de développement est bien, en réalité, une espèce d'atrophie.
c. Je place un peu arbitrairement encore parmi les dégénérescences pariétales tlu même organe, et à la suite des altérations antagonistes qui précèdent, la dilatation du côlon. Bien i{ue la dilatation du côlon puisse quelquefois se confondre avec une véritable dégénérescence hypertrophique ou çitrophique de ses membranes, ce n'est là, surtout à ce niveau du tube digestif, qu'une exception, *it la lésion que je signale est plutôt la conséquence mécanique d'un obstacle au €Ours des matières, d'une accumulation de gaz principalement. Mais, même en pareil cas, elle représente un élément morbide qui mérite une mention distincte, et qui, dès lors, fout passif que soit l'amincissement des parois coliques, se range de préférence à côté de leur atrophie, ou, considéré seulement au point de vue des dimensions générales de l'organe, se laisse classer, à la rigueur, comme une hypertrophie de son calibre.
Un obstacle au cours des matières produit surtout] une dilatation intestinale lorsqu'il a son siège dans les divers côlons, car c'est là que le contenu fécal acquiert assez dé consistance pour être aisément arrêté et pour résister à la force expulsive des parois. Une pareille dilatation est en général temporaire ot disparaît avec le rétablissement du courant digestif, ou bien elle fait parlie d'une occlusion défmitive et se perd alors dans le rayonnement symptomatique de ce redoutable accident. Elle peut cependant s'établir . plus ou moins à demeure, et constituer une ampliation définitive de l'organe que j'étudie. Dans certains cas de boulimie on a rencontré avec la dilatation permanente de l'estomac celle du duodénum et du gros intestin ; la production habituelle d'une grande quantité de gaz détermine quelquefois le développement de ce dernier réservoir, et dans les constipations considérables et opiniâtres le côlon peut présenter des dimensions bien supérieures à sa mesure habituelle. L'étendue de la dilatation varie dans des proportions assez fortes ; l'intestin acquiert au-dessus de l'obstacle jusqu'au double et au triple de son volume ; colon ad instar magnœ vesicœ dilatum, disait llollérius dans un cas d'occlusion produite par un cancer.
f/. La tuberculose intestinale, qui chez l'enfant seul existe à l'état de lésion primitive, est très-fréquemment chez l'adulte l'un des facteurs de la tuberculose généralisée, ou l'une des complications de la tuberculose pulmonaire. Les tubercules se rencontrent bien plus souvent dans l'intestin que dans l'estomac, et dans l'intestin grêle, où son siège habituel est l'iléon, que dans le gros intestin. Dans 1 il cas de tuberculisation gastro-intestinale relevés par Barthez et Rilhet sur des enfants, le gros intestin s'est trouvé affecté GO fois et l'intestin grêle 134; ce dernier l'était 71 fois isolément et le second 7 fois. Comme les
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tubercules de l'iléon, ceux du côlon ont une double origine : tantôt ils proviennent d'une granulation grise développée sous la péritoine, tantôt ils procèdent d'un amas caséeux formé dans un follicule clos de la muqueuse. Réunies par confluence ces productions morbides au moment du ramollissement et de l'élimination ne tardent pas à constituer de petits ulcères. Dans le gros intestin, les ulcérations tuberculeuses sont ordinairement peu considérables et ont en général de 8 à 16 millimètres de diamètre. Elles sont le plus souvent arrondies, grises ou noires, uniformément réparties sur toute la longueur de l'organe. Mais il en existe quelquefois de plus grandes; on en trouve de 5 à dO centimètres ; celles-ci sont irrégulières, dentelées, étoilées, et résultent le plus souvent de la fusion des précédentes, qui réalisent ainsi Vnlcère tuberculeux secondaire de Rokilansky. Louis a trouvé que ces grandes ulcérations diminuaient de fréquence du cœcum au rectum. (( Dans plusieurs cas, dit-il encore à leur sujet, elles envahissaient tout le pourtour du côlon ascendant et du côlon transverse. Non-seulement elles faisaient assez fréquemment le tour du côlon droit, mais la même ulcération l'occupait qucbjuefois dans toute ou presque toute son étendue, sur une longueur de 8 à 9 pouces et plus. )>
Comme la tuberculose de l'iléon, celle du côlon compte parmi ses manifestations une diarrhée qu'il ne faut pas confondre avec la diarrhée symptomatique d'une tuberculose puhnonaire, par exemple. Cette diarrhée est dans la tuberculisation intestinale un symptôme habituel, mais nullement obligé, car le défaut de consistance des selles tient alors plutôt aux sécrétions morbides de la muqueuse ambiante qu'à l'écoulement produit à la surface des ulcères. Or l'absence de ce symptôme est moins fréquente dans la tuberculose du côlon que dans celle de l'intestin grêle. Il peut arriver en effet que les selles diarrhéiques formées au niveau de l'intestin grêle malade et versées par lui dans le côlon resté sain perdent en ce point leurs éléments liquides et reprennent ainsi leur consistance normale. A cela près les tubercules du côlon n'offrent pas de particularité qui mérite d'isoler leur histoire de celle des tubercules intestinaux; je signalerai seulement que comme ceux du compartiment qui précède ils coexistent souvent avec les tubercules des ganglions mésenlériques pour augmenter la gravité du carreau, et oscillent, en fait de retentissement morbide, entre un silence presque absolu et les terribles accidents de la perforation.
e. Bien plus rare au contraire que celui de l'estomac (comme 1 à 2, d'après Lancereaux), le cancer intestinal, différent encore en ceci du tubercule, a son siège presque exclusif dans le gros intestin (A. Fôrster). Baillie attribuait cette préférence à la structure de la membrane muqueuse, qui, plus glandulaire à ce niveau qu'à celui de l'intestin grêle, devait offrir plus de prise à la dégénérescence squirrheuse ; mais le cancer du côlon ne commence presque jamais, comme on le verra, par la couche des glandules. Quelle que soit l'origine de ce triste privilège, dont il est impossible de retrouver les motifs à travers une étiologie pleine d'obscurité, le cancer intestinal n'en est pas moins, grâce à lui, une lésion particulière au compartiment terminal du tube digestif, et sa description reviendrait de droit à cette étude, si dans ce compartiment lui-même il n'augmentait de fréquence en se rapprochant de ses régions inférieures. La dégénérescence dont il s'agit peut occuper en effet le cœcum, mais elle siège plus souvent au côlon et principalement au rectum ; au côlon d'après la même loi, c'est rS iliaque qui se trouve le plus fréquemment affectée. C'est donc à l'article Rectum qu'appartient la description principale de cette altération morbide, et
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ou l'y trouvera longuemeut développée ; je n'ai pour mou compte que quelques mots à y joindre.
Sur 15 cas de cancer du gros intestin, Chanat a relevé la situation delà dégénérescence, 6 fois à l'S iliaque, 2 fois à l'union du côlon descendant avec le trausverse, 1 fois à l'union du côlon transverse avec l'ascendant; l'auteur en induit la prédilection du mal pour les parties, de l'organe qui correspondent à des angles ou à des courbures. Sans être exclusive, comme le prouve l'abondance relative du cancer rectal, cette prédilection peut bien avoir quelque réalité. Dans les cas les plus rares, le cancer du côlon est secondaire, et se communique aux parois de cet organe par l'extension de la dégénérescence développée sur un organe voisin ; ainsi dans l'S iliaque l'altération arrive quelquefois par continuité de tissus et provient du rectum, comme elle peut du caîcum gagner vers le côlon ascendant. Par le même procédé elle rayonne des divers mésocôlons et de leurs ganglions lymphatiques vers les parties correspondantes du côlon. Les rapports de contiguïté plus ou moins immédiate suffisent d'ailleurs amplement à la transmission du mal, car les adhérences préalables ont sup- [)riraé l'indépendance et comblé les intervalles des organes. De cette façon les cancers passent d'une anse intestinale à une autre, du duodénum par exemple à l'arc du côlon, ou bien les altérations cancéreuses du rein droit, du lobe droit du foie, de la vésicule biliaire, quand des anomalies ou des déplacements accidentels n'ont pas altéré la disposition des viscères, se propagent plus spécialement au côlon ascendant ; celles de la face inférieure du foie, de sa vésicule, de l'estomac, de la rate au côlon transverse ; celles du grand cul-de-sac "gastrique, de la rate et du rein gauche au côlon descendant; celles enfin de l'utérus et de la vessie à l'S iliaque.
Mais le cancer du côlon est le plus souvent primitif et débute presque toujours par le tissu sous-muqueux et les éléments conjonctifs de la tunique interne.
Le squirrhe, l'encéphaloïde eu sont les formes les plus communes ; on v trouve aussi le cancer aréolaire ou colloïde, le cancer villeux, et même le cancer épithélial. Ce dernier genre plus particulier à la région anale, est ordinairement, au côlon, représenté par l'épithéliome à cellules cyliudriques, dans lequel on observe de longues cavités étroites en caecum, tapissées par des cellules cylindriques semblables ii celles de la nmqueuse intestinale saine (Cornil).
Le siège de la douleur et de la lésion, quand celle-ci forme une tumeur appréciable à travers les parois abdominales, distinguent assez bien le cancer du côlon de celui de l'estomac, mais moins nettement de celui de l'intestin grêle. Entraînées en effet par leur propre poids les tumeurs cancéreuses de l'intestin grêle et du côlon transverse tombent en général vers la région hypogastrique ou dans l'une des fosses iliaques, où se trouvent normalement celles du cœcuni et de rS du côlon ; ainsi les unes et les autres confondent leurs signes respectifs. Ces déplacements ne sont pourtant pas absolus ; ils peuvent être prévenus entre autres, par les adhérences établies entre le côlon malade et les viscères voisins. Dans ces cas les révélations fournies par les sensations subjectives et l'exploration directe conservent leur valeur et les complications fonctionnelles qui résultent de ces alliances morbides contribuent à préciser le diagnostic local. Cet ordre d'indices s'accentue particulièrement, ou le conçoit, quand aux adhérences succède, selon la marche régulière des phénomènes, une perfoiation
DICT. ENC. XIX. 8
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qui met en rapport les cavités rattachées par les néoplasmes. Quelquefois, au contraire, ces relations de voisinage augmentent la confusion, comme dans les cas oii une communication se produit entre deux parties de l'intestin lui-même; tel fut celui qu'a signalé Maillot, où une ouverture de 8 millimètres environ réunissait le duodénum avec le côlon transverse.
Le sang pur évacué dans l'intervalle des selles, présente aussi, quand le cancer est localisé sur le trajet du gros intestin, des caractères qu'il importe d'indiquer ici. Liquide et rouge si la lésion occupe le rectum ou l'S iliaque, il est d'autant plus noir, d'autant plus coagulé que la dégénérescence réside à un niveau plus élevé du canal alimentaire ; quand elle est très-éloignée de l'anus, il peut même arriver au dehors l'éduit en une poussière noirâtre. L'influence exercée par la tumeur sur la torme des excréments, atteste à son tour la situation du mal à un étage très-inférieur. C'est surtout en effet quand le cancer a son siège au rectum ou à la fin de l'S iliaque, qu'il peut laisser des traces durables sur les iuatières dont il obstrue le passage ; les masses fécales rejetées au dehors dans ces circonstances sont d'un faible calibre, quelquefois rubanées, d'autrefois arrondies, ou globuleuses comme des excréments de mouton (Niemeyer). De même qu'à l'intestin grêle, le cancer établi sur les pai"ois du côlon se dessine, après une période d'incertitude qui dure quelquefois plusieurs mois, par les signes devenus indubitables d'une sténose organique et plus tard d'une occlusion intestinale. De longues périodes de constipation alternent d'abord, en général, avec des évacuations catarrhales, muco-purulentes ou sanglantes ; puis les phases de constipation s'allongent, la stase des fèces devient complète, le météoi'isme, les nausées, les vomissements de matières bilieuses et alimentaires accusent la suspension définitive du courant digestif. Alors encore des indices sur lesquels nous aurons plus tard à i^evenir, révèlent l'origine plus ou moins lointaine des substances rejetées par la bouche et se rattachent comme signes et comme symptômes au siège plus ou moins inférieur du cancer intestinal.
Du reste au cancer du côlon comme à celui de tout autre compartiment intestinal s'ajoutent, au bout d'uu temps plus ou moins long, l'anémie et le marasme qui sont le l'ésullat du ti-ouble apporté aux fonctions plastiques par l'intermédiaire de l'inanition, des pertes sanguines, de la diarrhée colliquative et du travail ulcératif ; puis encore la teinte jaune paille de la dyscrasie cancéreuse ; et enfin des complications d'ascite, d'œdème ou d'anasarque aux membres inférieurs, amenées par la compression ou l'obstruction thrombosique des veines abdominales. De plus l'ulcération de la tumeur et son rayonnement inflammatoire peuvent aussi bien provoquer, en pareil cas, une péritonite générale avec ou sans perforation. Tous ces signes réunis caractérisent approximativement les cancers intestinaux et différentient, au milieu d'eux, le cancer du côlon. Je dis approximativement, cari! n'y a guère en tout cela que les signes vagues eux-mêmes d'une tumeur ou d'une ulcération localisée sur un segment du tube alimentaire et formant obstacle au cours de son contenu. .lusqu'aux constatations directes de la nécropsie, jusqu'à l'inspection éventuellement possible de parcelles néo-plasiques rejetées avec les selles, il ne saurait donc y avoir de diagnostic absolu. Comme cela se conçoit sans peine, la préservation de ces fragments dans leur trajet abdominal et l'occasion de les analyser au znicroscope se présenteront plus fréquemment dans la circonstance morbide qui nous occupe, et rendront par suite plus assurée pendant la vie la constatation d'un cancer du gros intestin ou en particulier du côlon.
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Quant au traitement du cancer colique, il relève à la fois de la thérapeutique médicale et chirurgicale. En ce qui concerne la première, on ne peut rien ajouter de bien spécial à la médication elle-même si inefficace du cancer gastrique [voy. Estomac) ; la seconde ne saurait être qu'un écho bien amoindri des indications opératoires discutées à l'article Rectusi (voij. aussi ce mot).
f. Le tubercule et le cancer ne sont pas les seules tumeurs qui puissent prendre pour siège les parois du côlon. Des dégénérescences limitées aussi à un point restreint de ses parois peuvent déterminer d'autres genres de végétations hvperplasiques, moins malignes, et aussi moins habituelles et que pour ce dernier motif je réunis, à la suite des précédentes, dans un groupe qui prendra le titre de Tumeurs coliques de nature bénigne.
A cet ordre appartiennent, en premier lieu, les pohjpes du gros intestin. Ces productions qui ne sont autre chose, on le sait, que des tumeurs de diverses natures se distinguant par leur saillie plus prononcée et par leur rétrécissement en pédicule, peuvent se montrer dans cet organe sous la forme de mijomes à fibres lisses, de polypes celliileux et de polypes simplement muquenx. Elles sont plus fréquentes dans le gros intestin que dans l'intestin grêle, et dans le rectum que dans le côlon.
Rokitansky a signalé la présence de liomyômes en forme de polypes dans le gros intestin. D'abord interstitielles, disent Cornil et Ranvier, ces tumeurs, comme leurs pareilles de l'utérus, se pédiculisent au bout d'un certain temps et font une saillie polypeuse, soit dans la cavité viscérale, soit dans la canté péritonéale.
Les polypes celluleux ont une origine plus superficielle ; la muqueuse les recouvre encore ; lorsque le tissu conjonctif y est très-condensé ils forment des fibromes ; leur structure plus ou moins Aasculaire expose dans une mesure variable aux hémorrhagies intestinales (Luton).
Les polypes muqueux ou myxomes pédicules sont de tous les plus rai-es. Yirchow en a décrit une forme particulière qui appartient en même temps à la catégorie des kystes muqueux. Ces kystes sont le résultat de la rétention du produit sécrété dans la cavité des glandes de Lieberkïibn ; l'orifice de glandes aussi simples que les glandes ouvertes du gros intestin ne s'oblitère pas trèsfacilement et d'autre part le liquide ténu, mobile qui s'y forme ne peut que difficilement s'y accumuler en supposant maintenue la perméabilité de l'orifice. D'où la rareté relative de semblables altérations. Toutefois l'auteur de la Pathologie des tumeurs les a constatées dans l'organe qui nous occupe même avec conservation de l'ouverture glandulaii'e. « J'ai observé ce fait, dit-il, à plusieurs reprises dans la muqueuse du gros intestin, où la grosseur des comédons muqueux renfermés dans les glandes isolées de LieberkCihn était telle que l'on pouvait aisément reconnaître les orifices à l'œil nu. » A un certain degré de l'accumulation qui se fait ainsi dans ces tubes sécréteurs survient un amincissement atrophique de la paroi et des parties environnantes qui conduit quelquefois à une ouverture des kystes à l'extériear et à une évacuation de leur contenu, ou bien qui fait peu à peu confluer plusieurs canaux glandulaires voisins, simultanément dilatés. Si cette confluence se produit à une époque où les kystes sont irrévocablement fermés, une certaine quantité de ces petits sacs se transforme peu à peu en une grande cavité. Si, au contraire, les orifices sont restés ouverts, cette communication n'a pas lieu et une grande étendue de la muqueuse se transforme en une masse gélatiniforme continue. On conçoit que
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ces deux ordres de phénomènes coïncident dans la même tumeur. Virchow a décrit un cas semblable « où nombre des parties du sôlon et du rectum atteignant jusqu'à la dimension d'un écu, étaient transformées en masses giatiniformes, tremblotantes, ce qui résultait de ce que les glandes de Lieberkiihn s'étaient remplies de mucus, s'étaient dilatées, et avaient fini par confluer entre elles. » 11 donne aussi la figure d'une autre pièce ti'ès-instructive, qui provient du côlon et présente de simples kystes muqueux, de nombreux molluscums, et une grande quantité de polypes de même nature.
Originaire d'un processus néo-plasique qui peut n'avoir rien eu d'inflammatoire, ces productions sont en tout cas trop complètement émancipées de leurs causes originelles pour les rattacher encore à l'irritation phlegmasique, el je refuse par conséquent à Lancereaux la reconnaissance d'une recto-côlite pohjpeuse. Relativement à leurs symptômes, les polypes du côlon ne se révèlent guère, et dune façon confuse encore, que par l'exploration directe de l'abdomen, quand leur masse est considérable, par les hémorrhagies qu'ils occasionnent en certains cas et par les accidents de la sténose et de l'occlusion intestinales. Quand ils proéminent dans la cavité du côlon par la prise qu'ils offrent aux contractions de ses parois, et à la pression de son contenu, ils deviennent les agents les plus efficaces de son invagination. Meulcwaeter a vu un polype fibreux développé dans rS iliaque produire l'invagination de ce segment intestinal dans le rectum. Jules Cloquet a décrit de même un cas d'invagination de l'iléon amenée par un polype de la muqueuse qui sur une étendue de 13 à 14 pouces avait entraîné cet intestin à sa suite dans le côlon. D'après la nature de ces divers phénomènes, qui peuvent on le conçoit l'elever d'une pathogénie différente, il est déjà difficile de les rattacher sûrement à une tumeur intestinale, à plus forte raison de diagnostiquer le caractère polypeux de la production ; c'est uniquement lorsque cette dernière est accessible au toucher rectal qu'on peut être édifié sur sa forme ; mais ce n'est encore que par l'examen microscopique qu'on pourra sûrement déterminer sa nature.
Quelquefois ces excroissances se détachent par une sorte d'ulcération spontanée et sont expulsées à travers l'anus. Leur traitement médical repose évidemment tout entier sur les indications syraptomatiques ; on ne saurait guère attendre d'un remède la résorption de ces tumeurs lorsqu'elles ont acquis un certain développement et jusque là elles ne trahissent point leur présence par des phénomènes appréciables. Le traitement chirurgical se réduit à l'ablation, car je ne considère pas comme une proposition sérieuse, la compression proposée par Coudret. Pour aller saisir un polype du côlon à travers une incision de l'abdomen, il faut d'autres motifs que sa simple présence, et c'est à propos de l'occlusion intestinale qu'une si grave détermination devra être discutée. Si la végétation polypeuse est ou devient accessible par l'anus, les nombreux procédés d'excision proposés pour les polypes du rectum lui deviennent applicables, et je renvoie pour leur étude à la description dont ils sont l'objet à l'article Rectum. Une réserve spéciale s'applique pourtant au cas qui nous occupe ; plus le polype du gros intestin est implanté sur un point élevé de son canal, plus on risque de confondre avec le pédicule de la tumeur les tuniques tiraillées ou invaginées de l'organe, et plus il faudra redouter de perforer les parois de ce dernier pour enlever leur excroissance. L'exemple de Meulewaetcr doit rester présent à l'esprit du chirurgien pour lui inspirer une réserve salutaire. Un homme de 28 ans émettait par l'auus, chaque fois (juil allait à la garde-robe, une tumeur dure,
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grosse comme le poing, d'une couleur bleuâtre et de la forme d'un rein, qui rentrait d'elle-même après la défécation. Cette excroissance fut prise pour ini polype du rectum et excisée. Trente-deux heures après l'opération le malade succombait à une péritonite. « A l'ouverture du cadavre on reconnut que le polype naissait de l'extrémité inférieure du côlon lombaire gauche, et que son excision avait produit une solution de continuité de cet organe et un épanchement mortel de matières fécales dans la cavité de l'abdomen. »
Parmi les tumeurs de nature bénigne qui se distinguent des polypes par une forme moins pédiculée, on a d'abord signalé dans le gros intestin de véritables végétations, des papUloines. Sur une pièce présentée en 1 847 par Corvisart à la Société anatomique, il existait, dans l'intestin grêle, d'un homme âgé de 22 ans et mort de tubercules, des appendices flottants ayant de 5 à 4 millimètres de longueur. Dans le gros intestin il y avait des productions semblables, et plus longues encore ; elles étaient formées par un tissu filamenteux et recouvertes d'un épithélium cylindrique.
Je ne connais aucun exemple A' angiome du côlon. Le cas de tumeur érectile occupant le duodénum, présenté par LabouUjène à l'Académie de médecine, dans sa séance du 4 juin 1872, établit au moins par analogie la possibilité de leur existence.
En revanche les lipomes ont été rencontrés dans l'organe qui m'occupe. Virchow en mentionne une observation empruntée à Sangalli : dans le cas dont il s'agit, il existait deux de ces tumeurs dans le côlon descendant ; elles étaient grosses comme un œuf de poule, possédaient un pédicule, ce qui aurait pu les faire classer parmi les polypes, et avaient déterminé l'invagination du gros intestin. La même production peut se développer à la surface externe du côlon et y déterminer des bosselures, des végétations arborescentes, des polypes à pédicules de plus en plus amincis, et qui deviennent quelquefois la source des corps libres de la cavité abdominale. Yirchow en donne deux remarquables figures.
Enfin la muqueuse du côlon comme toute celle de l'intestin est un terrain favorable à la production des lymphomes. Cette hyperplasie de ses glandes solitaires se produit dans les catarrhes folliculaires chroniques où les follicules solitaires augmentés de volume apparaissent comme des granulations isolées faisant saillie à la surface de la muqueuse (Virchow). C'est là ce qu'on désignait autrefois en France par le terme de psorentérie. Ces petites tumeurs s'élèvent de plus en plus au-dessus de la membrane qui les contient, et finissent aussi par être pcdiculées et par pendre comme un polype dans la cavité de l'intestin. Leur structure ne présente au côlon rien qui les distingue des productions semblables de l'intestin grêle ou même de l'estomac.
g. Je ne signale que pour mémoire la dégénérescence amyloïde parmi celles qui sont susceptibles d'envahir les tuniques du côlon ; comme elle n'offre l'ien de particulier dans ce compartiment spécial du tube alimentaire, j'en abandonne l'étude ù l'article Intestiiss.
h. Sous le titre collectif d'ulcères coliques, il faut réunir dans un même groupe le résultat commun de toutes les altérations de tissu, qui, de même que le cancer et le tubercule, aboutissent à une perte de substance. Cet assemblage, que les usages didactiques autorisent et que le désordre effectif justifie dans une certaine mesure, est en outre accrédité, relativement à ces lésions hétérogènes, par la similitude de leurs tendances et l'analogie de leurs menaces.
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En pareil cas, eu effet, la guérisoii entraîne le plus souvent une cicatrice qui peut devenir une gène pour les fonctions conduclrices du canal, et la solution suprême est une perforation des parois qui préside aux accidents uniformes d'une péritonite presque fatalement mortelle. Mais quelle que soit la cause si variable de l'ulcère établi sur les parois du côlon, qu'il provienne d'un simple processus inflammatoire, aigu ou chronique ; de la fusion entre plusieurs follicules abcèdés ; du ramollissement qui a frappé des tumeurs tuberculeuses ou cancéreuses ; de la compression exercée sur les vaisseaux nutritifs par l'exsudat interstitiel de la dysenterie ; de l'escharification ou de la rupture (Rokitansky), dans la fièvre typhoïde, des follicules infdtrés par l'hypergénèse de leurs éléments lymphatiques (Robin) ; ou enfin de l'obstruction par thrombose ou embolie des branches que les artères mésentériques distribuent à l'organe qui m'occupe, l'origine et la formation de cet ulcère colique n'en restent pas moins sensiblement les mêmes que celles de l'ulcère intestinal. Je n'ai donc pas à insister sur sa pathogénie. Pour ce qui est de ses suites, elles se confondent dans la sténose du côlon et l'occlusion éventuelle de cet organe, quand la lésion ulcéreuse se transforme en un obstacle cicatriciel, ou s'expriment par les terribles effets des perforations intestinales qui restent naturellement les mêmes dans leurs manifestations, leur échéance et leurs indications curatives, que le contenu digestif s'épanche dans la cavité péritonéale à travers les parois du côlon ou à travers celles de l'intestin grêle et du caecum [voy. ces mots, ainsi que Typhoïde (Fièvre) et Péritomte]. Je ne retiens donc de leur histoire générale que quelques détails spéciaux à leur symplomatologic, à leur répartition et à leur traitement propres.
Les ulcérations du côlon peuvent porter sur sa face externe ou interne. Les premières appartiennent aux maladies du péritoine, il n'en sera pas ici question. Les secondes ont pour symptôme principal et souvent unique un dévoienient presque continuel d'ordinaire. Les caractères de cette diarrhée leur sont communs aveclesautres ulcérations intestinales, sauf quelques particularités que j'ai déjàsignalées à propos du catarrhe colique et qui ne peuvent être ici l'objet d'une répétition inutile. Des hémorrhagies plus ou moins abondantes et graves se produisent à l'ouverture des vaisseaux, et le sang rejeté prend aussi, dans le cas de localisation du mal sur les parois du côlon, des aspects spéciaux qui ont été déjà indiqués plus haut à propos du cancer de cet organe; je n'y reviens pas non plus. La douleur, quelquefois nulle, le plus souvent confuse, révélera vaguement par sa situation naturelle et le point où l'exploration pourra la provoquer, que le siège de l'ulcère est celui que j'envisage. Réveillée d'une façon plus manifeste au contact des masses alimentaires, par le retard de son apparition après les repas elle apportera sur la lésion qui l'occasionne le même genre de témoi-
gnage.
La fréquence relative de l'ulcère du côlon est assez considérable. Le côlon se trouve en troisième ligne dans le classement d'Andral concernant à ce sujet toute la portion sous diaphragmatique du tube digestif; les deux cinquièmes inférieurs de l'iléon et le coscum le dominent seuls ; le rectum, l'iléon dans ses trois cinquièmes supérieurs, l'estomac, le jéjunum et le duodénum viennent successivement après lui {Anat. path., t. II, p. 90). Les ulcérations d'origine typhoïde interviennent naturellement pour une forte part dans les chiffres qui servent de base à ce classement et par conséquent c'est en faveur du côlon que le rapport s'élèverait, si l'on faisait abstraction de cette cause déterminée. Pour préciser sur ce point les données qui précèdent, j'ajoute donc que les ulcères émanés d'iii-
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flammations aiguës, ainsi que les ulcérations tuberculeuses sont à peu près également abondants sur les divers segments du tube intestinal. Les ulcérations de l'entérite chronique préfèrent le gros intestin et spécialement le cœcum, sans doute-parce qu'engendrées d'habitude par un point d'inflammation aiguë qui vient se greffer sur un fond d'inflammation chronique, elles trouvent plus souvent dans ces régions élargies et déclives, où passent et séjournent des amas durcis de matières fécales et quelquefois des corps absolument étrangers, les coïncidences d'irritations si favorables à leur genèse. Les ulcères qui résultent de la fusion entre follicules intestinaux en voie de fonte suppurative, les ulcères folliculaires de Rokitansky, se présentent, d'après cet auteur, comme les ulcérations dont ils découlent, à peu près exclusivement dans le gros intestin, surtout vers sa partie inférieure. De même enfui les ulcérations dysentériques et cancéreuses se rencontrent aussi les premières presque exclusivement, les secondes de préférence dans le dernier compartiment du tube intestinal, selon les localisations des lésions qui leur donnent naissance.
Quant aux soins très-variés qu'exigent ces lésions à origine si multiple, leur résidence à la face interne du côlon devient l'occasion de quel{|ues difficultés et avantages qui lui sont propres. Ainsi pour les médicaments introduits par la bouche, et qui doivent surtout agir comme topiques, il est à redouter que les uns ne soient absorbés, les autres altérés, avant d'avoir franchi les limites do l'intestin grcle ; il ne sera pas toujours facile en effet de réaliser sans inconvénient les doses nécessaires pour atteindre ce dei-nier résultat. Celte question se pose en particulier pour les remèdes de nature alibile ou digestible, et l'on doit se demander jusqu'à quel point on peut compter alors sur l'action dii'ecte, en potions ou en pilules, du tannin, du cachou, du kino, de la racine de colombe, etc.; quel est le concours fourni par les boissons mucilagineuses ou albumineuses, et s'il n'y a pas même jusqu'à l'inoffensive eau d'orge ou l'anodine tisane de riz qu'on aura de la peine à faire parvenir jusque dans la cavité du côlon. En revanche c'est en pareille circonstance surtout qu'agiront les substances administrées en lavement, caries injections anales ne dépassent la valvule de Bauhiu qu'en vertu dépressions dont il y aurait un grave danger à réaliser l'énergie. Dans le traitement des ulcères folliculaires, tout spécialement, qui se présentent surtout dans la partie inférieure du gros intestin, les lavements de nitrate d'argent (10 à 30 centigr. sur 200 grammes de liquide), de sulfate de zinc ou de tannin (de ce dernier 2 grammes sur 200), rendent de très-bons services et doivent être préférés à tout autre remède (Niemeyer).
i. On vient de voir qu'une origine possible des ulcères du côlon était l'embolie ou la thrombose des branciies correspondantes des artères mésentériques. Mais la lésion primitive à laquelle il m'a ainsi fallu remonter ne se manifeste pas sur les pai'ois de cet organe par le phénomène exclusif d'une perte de substance. Sous le nom cVinfarctiis thromhosiques ou emboliques du côlon je lui dois par conséquent une mention distincte dans un paragraphe réservé aux dégénérescences de ce segment intestinal. Les artères coliques droites et gauches, qui proviennent on s'en souvient les pi-emières de l'artère mésentérique supérieure et les secondes de l'inférieure et se partagent, parmoitiés correspondantes, l'alimentation de l'intestin, peuvent cesser de fournir un passage au liquide nutritif quand leur lumière ou celle du tronc qui les domine vient à être oblitérée par un caillot sanguin. Ce caillot a deux origines possibles. Tantôt il s'est formé sur place, à la suite de pressions exercées sur le canal artériel par des tumeurs voisines, ou
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de diverses altérations développées sur ses parois. C'est le cas le plus rare. Lorsqu'il existe une source d'embolies artérielles, soit aux poumons, soit à l'aorte, soit surtout aux cavités gauches du cœur, dans l'endocardite ulcéreuse et les végétations valvulaires principalement, un bouchon entraîné par le coui'ant yasculaire est encore feusceptible d'envahir et d'obstruer les vaisseaux en question. Cette dernière éventualité est plus à craindre que la précédente si l'on tient avec Rokitansky pour exceptionnelle l'endartérite athéromateuse des artères mcsentériques. En tout cas des faits assez nombreux attestent déjà la production d'embolies mésentériques, et il est probable que l'ohscui-ité des symptômes et la rareté consécutive des recherches maintiennent même au-dessous de la réalité la proportion de sa fréquence. Celte proportion est toutefois assez élevée dans la répartition générale des embolies artérielles ; dans mon Étude critique de l'embolie, j'ai relevé sur 77 exemples de cet ordre 10 cas d'embolie des artères que j'envisage. Eveillée par les travaux de Cohn et de Kussmaul, l'attention des cliniciens a grossi depuis lors le dossier de cette lésion. Dans cet ensemble l'embolie spéciale du côlon a des documents qui lui appartiennent en propre et dont je signalerai les plus significatifs. Déjà dans une observation de Bcckmann, la muqueuse du côlon transverse participe, sous la forme de deux ecchymoses, aux altérations amenées dans toute l'étendue de l'intestin grêle par un caillot cmbolique de la méscntérique supérieure. Mais l'exemple suivant de Cohn est plus caractéristique. Sur une femme de 45 ans qui avait une insuffisance de la mitralc et des caillots polypeux dans le ventricule gauche l'autopsie montra un épauchement abdominal avec flocons fibrineux, et à l'intestin les changements que voici : Le mésocôlon transversc présentait une coloration gris-ardoisé et les restes jaune d'ocre d'une hémorrhagie antérieui^e ; il paraissait épaissi ; ses veines étaient fortement dilatées, ses artères contractées, mais pleines de sang. La muqueuse de la région correspondante du côlon était noire-grise ; la surface opposée de l'intestin, où s'insère le ligament gastro-colique, au contraire, tout à fait pâle. En regard de ces dégâts, un caillot obturateur de la mésentérique se montrait de la façon la plus manifeste, Yirchow, Gerhardt, Kussmaul, cilent des faits du même genre. Plus récemment, Lancereaux a publié et représenté dans son Atlas d'anatomie pathologique, un cas remarquable d'infarctus enibolique du gros intestin. Il se rapporte à une femme de vingt-quatre ans, portant depuis plusieurs années les signes d'une insuftisance mitrale, qui fut prise subitement de diarrhée, vomissements et frissons et mourut quelques jours après d'apoplexie pulmonaire. A l'autopsie, on trouva des caillots dans le cœur; les signes de l'apoplexie pulmonaire ; un à deux litres de sérosité dans l'abdomen ; l'intestin grêle normal, mais la muqueuse du gros intestin ramollie, gonflée et infiltrée de sang ; en outre l'artère mésentérique supérieure obstruée par un bouchon. Enfin, dans une observation de Ponfick, des taches superficielles et des foyers sous-niuqueux de granulations, disséminés sur toute la surface colique, témoignent d'une embolie dans les artères mésentériques supérieure et inférieure. La pathologie expérimentale confirme à ce sujet les attestations de la clinique, et, dans une injection de Feltz en particulier [Traité des embolies capillaires, p. 125, 1868), on voit les emboles artificiels pénétrer en abondance dans l'artère colique intérieure gauche, et produire un ramollissement très-considérable des tuniques vers la partie terminale du gros intestin.
Autochtone ou migrateur, le caillot qui obstrue le tronc ou les rameaux des mésentéinques amènera dans le côlon les conséquences uniformes d'un obstacle
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au cours du sang. Situé dans les gros canaux, cet obstacle répand ses manifestations sur un territoire étendu, s'il n'est pas compensé par la circulation collatérale; établi dans les petites branches, il concentre ses efiels dans des limites plus étroites et à la rigueur, s'il n'interrompt le cours du sang que dans les artérioles émanées des réseaux sous-péritonéal ou sous-muqucux, le processus qui en émane se localise dans une seule tunique pour se manifester sur l'une ou l'autre face de l'organe. Le caractère de ces manifestations reste en étroite harmonie avec leur cause prochaine : par la pression coUatéi'ale autour du district anémié surviennent dans la cavité péritonéale des épanchements, dans le canal intestinal des flux diarrhéiques; par la rétrogradation du sang dans les capillaires en voie d'altération, se produisent des ecchymoses d'abord, des hémorrhagies ensuite ; par le jeune des tissus intervient enfin leur nécrose et leur ulcération. Au cours d'une excellente étude sur l'embolie des artères mésentériques, II. Mollière aperçoit déjà, dans cet accident morbide, l'inconnue qui préside à la genèse de certains ulcères intestinaux; moins absolu que Panum, je n'y trouve avec lui qu'un facteur de plus à la riche étiologie qui commande aux pertes de substance de la paroi du colon. Ce n'est guère que par les progrès de cet ulcère et la perforation de ses parois, que l'anémie embolique ou thrombosique du côlon risque d'enti'aîner immédiatement la mort; ''l si la nécrose des tissus n'aboutit pas à cet extrême, la circulation se rétablit '* par des trajets indirects et la plaie se cicatrise, tandis qu'impuissantes le plus 'F souvent à compromettre l'existence, l'ascite, la diarrhée ainsi que l'hémorrha- P gie disparaissent avec leur raison d'être. Ces phénomènes n'en sont pas moins 1'*'^ les principaux symptômes. de raffection qui m'occupe; il faut y joindre la dou- «B leur qui peut simuler des coliques et être très-violeate (Kussmaul), et l'arrêt ijIji des mouvements péristaltiques, auquel, d'après ses expériences, Colm attribue tel le pouvoir de masquer le signe hémorihagie. La tympanite abdominale qui justifierait cette aflirmation de Colm, l'odeur gangreneuse des évacuations, enfin l'abaissement notable et brusque de la température ont été encore assignés par Kussmaul à l'embolie mésentérique en général. Je revendique ces signes pour l'obstruction des artères coliques et j'y ajoute, d'après le même observateur, les fiiliii détails suivants qui en accentuent le diagnostic. L'état du sang expulsé, sur- [iiiljfi tout quand il s'écoule d'une manière continue, fournit le principal indice pour j(,(ii reconnaître quelle est l'artère mésentérique affectée ; s'il est décomposé, l'oblijgiii stade doit siéger dans la mésentérique supérieure ; s'il est frais au contraire, iislta cest l'inférieure qui se trouve par là désignée. L'artère mésentérique inférieure gli ne dessert que la moitié gauche du côlon et le rectum et ne partage donc qu'aufeji "^'ec celte portion du gros intestin la responsabilité qui lui incombe. La lésion j((g| T" se localise dans le territoire arrosé par la mésentérique supérieure peut jtiSw siéger aussi bien à l'intestin grêle que dans la première moitié du côlon. Ici le Issii siège de la douleur elle-même pourra concourir vaguement à la solution que Wjif J^ poursuis. Malgré tout, on le voit, si la réalité de l'infarctus thrombosique du 0 côlon ne peut soulever aucun doute en présence de l'autopsie, la signification dfji) "^ ses symptômes ne s'élève qu'à des probabilités; quant à la nature auto ou 0 nétérochtone de la thrombose qui l'a déterminé, les caractères du caillot sanguin '.gt l'iiiJiquent seuls avec exactitude, et on se borne à la préjuger pendant la vie
par la coïncidence de ses effets avec l'existence de foyers emboliques. jiisi ^' ^'^ termine le chapitre des dégénérescences du côlon par Vhémorrhagie de Ujj! ses membranes. En effet, si l'on doit accorder aujourd'hui que dans certaines
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circonstances l'ensemble des éléraenls du sang puisse Iranssudcr à travers des vaisseaux intacts, toujours est-il que des extravasations semblables ne sauraient constituer de véritables bémorrhagies, et que ces dernières restent toujours subordonnées à une rupture des parois vasculaires. Or une rupture des tissus est déjà presque une dégénérescence, sans compter qu'il est difficile d'en concevoir la production par la seule tension du sang, et sans le concours préalable d'une altération matérielle. A ce titre, l'hémorrhagie du côlon a paru d'ores et déjà comme symptôme de diverses lésions de cet organe et son étude distincte ramènerait sans profit des considérations que j'ai déjà présentées. 3» Blessures. Par sa situation dans la cavité abdominale, le côlon ne peut guère éprouver de traumatismes qui n'intéressent en même temps les parties qui le recouvrent, de telle sorte que ses contusions et ses plaies ne se séparent pas de celles qui portent sur les parois abdominales. Je n'ai donc point à m'en occuper {voy. Abdomen). Toutefois, comme dans cette région mieux que dans toute autre, les violences extérieures peuvent avoir ce bizarre résultat de produire des lésions dans la profondeur du corps sans en altérer la surface, je dois mentionner ici cet ordre tout spécial de blessures du côlon. Deux mécanismes y conduisent en général, l'un et l'autre parfaitement applicables à la situation de cet organe. Ce sont le contre-coup et la commotion. Dans le contre-coup, le revêtement cutané, dense et élastique, formant comme une enveloppe auxiliaire à l'agent vulnérant, transmet la violence sans la ressentir, et va comprimer et déchirer lui-même, sous une impulsion intense et rapide, les tuni- (jues du gros intestin contre le plan inégal et résistant qui forme la paroi postérieure du ventre. Assez lâchement suspendu dans une vaste cavité, au milieu de viscères plus durs et plus lourds que lui, le côlon se trouve exposé de la sorte aux conséquences de l'ébranlement, et peut se trouver atteint dans une commotion générale. En pareils cas, la rupture de l'organe est le principal événement à l'edouter pour son compte, et quelques exemples attestent que ce danger ne reste pas à l'état d'hypothèse. Vollgnad [Ephem. nat. cur. dec. 1, an. 1, p. 522), Albrecht (Arch. nat. cur., vol. IX, p. 8) ont vu des perforations de l'intestin se produire par une extension violente du corps. Par l'effet d'une forte contusion à l'abdomen, Jobert de Lamballe a observé la rupture des fibres longitudinales du côlon. Zimmerniann indique une déchirure du diamètre d'un décime, à l'extrémité inférieure du côlon ascendant, comme résultat d'une chute faite d'une liauteur de six pieds. Dans sa thèse sur les Lésions ti'aiimatiques du tube digestif sans solution de continuité des parois abdominales, Ernest Chauveau rapporte un exemple récent et remarquable de cet ordre de lésions. A l'autopsie d'un ouvrier qui était mort à l'Hôtel-Dieu de Poitiers, quelques heures après avoir reçu vm fort coup de pied dans le bas-ventre et dont la peau ne présentait aucune trace de contusion, on trouva sur le côlon ascendant une large ouverture, presque circulaire, du diamètre de deux centimètres et demi, à bords réguliers et déchiquetés. Cette déchirure était récente, dit l'auteur; elle préseatait l'aspect d'une plaie par écrasement ou attrition. Le fond et tout le pourtour se trouvaient souillés de sang, et dans une étendue d'environ 8 à 9 centimètres carrés, le côlon était largement ecchymose. Dans son épaisseur on distinguait du sang noir épanché, ainsi que de nombreux caillots de même couleur, tout à fait consistants, qui étaient interposés entre les membranes et l'intestin.
Dans les circonstances que je signale le côlon ne se trouve pas toujours isolé-
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nient affecté; par sa situation relativement plus superlicielie que celle de cet organe, l'intestin grêle est plus exposé à de semblables injures, et ce sont eu général <les déchirures multiples de l'intestin que l'on constate alors, comme dans le cas (le Duguet, ou même une attrition universelle de tous les viscères abdominaux, comme dans le célèbre exemple du soldat de Dupuytren, dont l'autopsie vint démentir l'opinion, en vogue dans l'armée, qu'on mourait alors par le vent du boulet.
Il serait inutile de décrire de semblables effets ; il suffit d'ajouter qu'ils peuvent être plus ou moins favorisés par un état préalable d'altération des tuniques intestinales. Si ces dernières sont amincies, ramollies, ulcérées par un processus antérieur, on pourra naturellement abaisser le degré de violence nécessaire pour amener la perforation du côlon. C'est par suite de semblables prédispositions qu'on a vu des ruptures de ce genre provoquées par l'acte de la défécation (Cazeneuve) par l'action de tousser, d'éternuer (Andral).
4° Affections nerveuses. Le côlon se trouvant pourvu d'un plan musculaire €t d'une surface libre, il est naturel d'y chercher les troubles des fonctions nerveuses sous leur double forme, kinésique et esthésique. Je vais passer rapidement en revue les désordres qui en résultent, et qui pour la plupart ne constituent que des espèces confuses et des affections sans fixité.
a. La paralysie du mouvement dans le côlon peut être symptomatique ou essentielle. Effet habituel des lésions centrales de l'appareil innervatcur et compagne pi^esque obligée des périodes avancées de ces affections morbides, la première forme d'akinésie colique y sert d'explication aux constipations opiniâtres qui les compliquent. Elle a encore son origine dans une altération des nerfs ou ganglions viscéraux, comme aussi dans les anémies réflexes et les excitations paralysantes originaires des divers organes, car les phénomènes sympathiques se subordonnent comme symptômes aux lésions initiales qui les dominent. L'étude de ces effets rentre dans celle des causes morbides auxquels ils se rattachent. Sans avoir d'autres arguments à invoquer que le raisonnement par •exclusion, on peut attribuer pour raison d'être à un certain nombre de constipations durables et rebelles, une véritable névrose du mouvement localisée sur le compartiment terminal du tube digestif, une parésie essentielle de la motricité colique. Quelle que soit d'ailleurs la nature de cette abolition de la contractilité intestinale, ses effets restent à peu près identiques et se groupent autour de son expression primordiale, le ralentissement des évacuations fécales, pour rayonner, en s'accentuant de plus en plus, vers les conséquences de la sténose, ou les accidents de l'occlusion confirmée. Distinguer cette cause spéciale parmi toutes celles qui peuvent engendrer la même série de phénomènes n'est pas en soi une entreprise facile, et constitue même dans la pratique médicale une analyse d'un profit incertain. Devant les accidents à gravité immédiate delà sténose et de l'iléus, une conduite uniforme est imposée par leur caractère actuel beaucoup plus que par leur origine, et le traitement de laconstipation pincement nerveuse tranchebeaucoup plus dans les théories que dans les applications médicales, sur le traitement général de la constipation. Si pourtant le diagnostic se précise, il ne faudra point perdre de vue les indications fournies par les altérations des centres ou des conducteurs nerveux, ni celles qui vont prendre naissance dans les impressions périphériques par le double mécanisme des paralysies réflexes de Brown-Séquard ou des paralysies actives de Pfliiger, ni enfin celles que ce chapitre a pour principal objectif et qui reposent sur l'esseiitiabité même de l'affection. C'est alors que l'électricité
si souvent conseillée, et si rarement utilisée, trouverait peut-être un emploi avantageux, et en tout cas une intervention légitime. C'est encore en pareil cas que les excitants de la motricité nerveuse, la strychnine en particulier, pourraient jouer dans la thérapeutique de la digestion un rôle efficace, que les dangers de ce médicament forcent malheureusement à restreindre. Mais j'empiéterais, en insistant ici, sur une étude spéciale, et je renvoie pour plus amples détails sur ce sujet à l'article Constipatioîj.
b. Je me borne à indiquer, dans un pur intérêt de symétrie, la paralysie de la sensibilité colique. La clinique ne nous fournit à cet égard que des présomptions confuses et la science ne doit pas s'élever sur le sable mouvant des conjectures.
c. Le spasme du côlon, bien qu'il ait été lui-même l'objet de contestations persistantes, a des droits plus sérieux à l'hospitalité de ce paragraphe. Après avoir vu dans quchpies autopsies des rétrécissements intestinaux que ne paraissait accompagner aucune altération organique, Andral demandait si la contraction dont ils dépendaient avait pu exister pendant la vie, ou si l'on ne devait la faire dater que de l'instant de la mort. Copland mettant dans sa réponse à cette question autant d'assiu'ance qu'il y avait de naïveté dans une semblable hésitation, décrivait les symptômes d'un phénomène dont il ne voyait que les effets cadavériques. En présence d'un cas d'iléus, de volvulus, où la cause reste souvent obscure sous la bruyante évidence de ses effets, depuis les anciens dont ces désignations elles-mêmes trahissaient les préoccupations pathogéniques jusqu'à nos jours, en passant par Alibert qui appelait l'affection une entéralgie spasmodique et Pinel qui la classait parmi les névroses, on s'est maintes fois demandé comme Andral si le déroulement des conséquences attachées à l'occlusion du tube alimentaire ne pouvait dépendre d'une simple coarctation nerveuse de ses parois. On peut dire sans doute que les nécropsies successives n'ont pas fait marcher la solution dans ce sens, et qu'un obstacle physique, invagination, enroulement, néoplasme ou amas stercoral, paraît, d'après leurs enseignements, de plus en plus nécessaiie à l'apparition des phénomènes que je signale. Pourtant les derniers doutes ne sont pas levés encore. Sans résoudre en tous cas la question de savoir si un spasme intestinal et en particulier un spasme des larges anneaux musculaires du côlon peut amener l'occlusion du canal alimentaire, il me paraîl peu prétentieux, et assez conforme aux prémisses physiologiques, de lui accorder au moins le pouvoir de réaliser une simple sténose. Les spasmes et même les spasmes permanents ne sauraient èti-e interdits, en effet, aux muscles annulaires du tube digestif et la disposition de ces derniers paraît d'autant plus leur conférer une aptitude à rétrécir éventuellement son calibre, qu'on ne peut accorder aux fibres longitudinales, leurs antagonistes seulement en direction, le pouvoir d'agir en sens contraire. C'est pourquoi je reconnais volontiers une certaine vraisemblance à l'opinion exprimée par Cennet-Dowler. Après avoir donné la description graphique d'un rétrécissement particulier du gros intestin, qu'il a rencontré surtout dans la fièvre jaune, mais qu'il croit devoir se produire aussi dans la lièvre tvphoïde et la fièvre bilieuse rémittente ; après avoir raconté que le côlon était rétréci au point d'admettre à peine un tuyau de plume , sa muqueuse sèche et épaissie, ses bosselures effacées, sans qu'il existât cependant aucune espèce de lésion organique, l'auteur que j'indique invoque comme cause de l'état local une contraction spasmodique siégeant dans les brides musculaires, et dépendant ellemême d'une maladie qui attaque énergiquement le système circulatoire et fin-
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nervation. La constipation de la colique de plomb et de la colique sèche, en supposant que cette dei-nière ait réellement une existence indépendante de celle qui précède, cette constipation intense et opiniâtre, qui s'accompagne d'une contraction si prononcée des muscles abdominaux, parait dépendre également d'un état convnlsif du plan musculaire de l'intestin grêle et du côlon, et l'opinion ({ue je signale se confirme, si l'on songe que le météorisme est un symptôme de cette apparente paralysie (Luton). A la suite de deux exemples significatifs observés par lui sur des femmes, Jaccoud admet jusqu'à l'occlusion spasmodique du tube intestinal, en réservant au sexe féminin le privilège d'un accident morbide qu'il place sous la dénomination presque exclusive de l'hystérie.
d. Les affections hyper esthésiques du côlon, seul trouble de la sensibilité, qui puisse intéresser la pathologie de cette région intestinale, portent ce nom vulgaire de colique auquel leur siège a servi de racine. Comme pour accentuer davantage encore cette dépendance entre l'organe et sa souffrance, les Allemands par une association inverse des idées ont désigné le côlon lui-même d'après la *"' localisation habituelle de ces tranchées abdominales ; Grimmdarm signifie en effet littéralement intestin de colique. Les douleurs qui ont le côlon pour siège, n'ont pas conservé le monopole de cette expression. On 'sait que le terme de colique s'est étendu à toute la série des névralgies abdominales et même au- ' delà, comme pour rappeler l'uniformité subjective des sensations qu'elles pro- * voquent. Il faut donc élaguer de notre sujet, pour le restreindre à la névralgie **■ exclusive de l'organe qui m'occupe, les coliques néphrétique, utérine, vésicale, "^hépatique, pancréatique, gastrique et jusqu'à la colique de cœur selon l'hyper- ^"^ bole adoptée par quelques écrivains. Ce n'est pas tout; après avoir par cette "•exclusion des organes abdominaux qui peuvent être affectés de colique , isolé 'i''- l'ensemble de l'appareil intestinal, il faut encore poursuivre l'élimination à traie vers les différents rouages qui constituent ce dernier. C'est ainsi qu'on entend ilfe également et avec toute raison par colique les névroses de la sensibilité qui ont leur raison d'être dans le domaine des plexus mésentériques. Bien que la manifestai,i^r tion symptoraatique reste évidemment la même dans le cas oii l'exaltation foncrliiilïtiounelle porte sur l'épanouissement du nerf sensitif, et dans ceux où elle a son ii|)S siège dans le trajet ou à l'origine de ce nerf, bien qu'Henoch assimile en ces diçs verses circonstances jusqu'à la qualité des douleurs, il faut bien évidemment dis- JBtinguer ces coliques mésentériques des coliques intestinales, car c'est une véri- (li! table illusion qui nous les fait confondre. Enfin, de la colique intestinale réduite ;(| te elle-même de la sorte à son sens le plus exact, il faudrait détacher encore, pour lêC dégager ainsi l'objet spécial de cette étude, la névralgie localisée sur l'intestin lijil: grêle, Yentéralgie dans le sens ordinaire de ce mot. Mais la colique réduite à sa jfiilj: signification la plus restreinte, la colique proprement dite, la colalyie, ne se sé- .- pare guère plus de la précédente que par la situation bien indécise de douleurs lugaces malgré leur vivacité, et mobiles en liaison de leur nature. En outre queljijs', que réelles que soient ces distinctions, on ne peut désunir dans leur étude des jflt éléments morbides qui mêlent ou confondent à ce point leurs symptômes, et les jiili! névralgies intestinales que je viens d'isoler ici, ont été déjà rassemblées dans ,(i))i« une même description à l'article Colique. J'ai pourtant à insister par certaines isfiàî considérations sur l'analyse à laquelle je viens de les soumettre. {sfi On n'ignore pas combien ce mot de colique, en dehors même des diversités de i(|i)!i localisation, entraîne aussi de divergences sur la nature de l'affection qu'il rcjjjj': présente. Il fut un temps où l'on désignait ainsi toutes les affections doulou-
120 CULUN (pathologie).
reuses de l'abdomen, de telle façon qu'on avait même établi une colique inflammatoire ; comme d'autre part il est impossible d'affecter cette désignation à l'exagération purement fonctionnelle de la sensibilité abdominale, et de limiter par suite la colique de l'intestin à une yéritable névrose du tube intestinal, il faut bien se décider à comprendre sous ce dernier terme toutes les lésions de cet organe dont la douleur constitue l'élément principal. La colique de l'intestin comprend donc des névralgies symptomatiques et des névroses et la suite du raisonnement que je poursuis va légitimer encore cette concession. L'existence des coliques mésentériques et, pour moins préjuger encore sur des questions qui n'intéressent pas cette étude par elles-mêmes, l'admission de coliques ayant leur siège dans les centres nerveux amène nécessairement à la conclusion suivante : c'est que la névrose vraie de l'intestin a son siège réel et unique dans les centres ganglionnaires ou cérébro-rachidiens qui le dominent, comme la migraine réside dans les hémisphères (Romberg) et non dans les branches du trijumeau (Basse) ou du sympathique cervical (Du Bois-Reymond) , car la douleur, pour être réellement essentielle et primitive, ne peut s'élaborer que dans les centres pourvus d'une certaine initiative fonctionnelle. En fait de névroses de l'intestin et de coliques essentielles du côlon, il n'y a donc en réalité que des phénomènes d'irradiation douloureuse qui enlèvent ces affections au sujet que je traite. Ainsi s'éliminent du même coup la colique saturnine qui est due selon tonte apparence aux affinités du plomb pour les centres nerveux, et toutes les colique hystériques dont les déplacements faciles et les alternances avec d'aîitres névralgies autorisent plus que d'autres à placer leur siège réel au confhient des conducteurs sensitifs, où par un mouvement insensible, elles simulent aisément des bonds périphériques. Le groupe des coliques de l'intestin est appauvri par là de toute lésion névrosique ; il ne reste plus pour le constituer que des névralgies symptomatiques où la douleur est le résultat de l'irritation directement imprimée aux terminaisons nerveuses par une altération peu apparente des parois, ou un agent étranger d'impressions esthèsiques. Sans y comprendre les douleurs fixes de l'entérite, ni les tranchées du catarrhe intestinal, ni les élancements du carcinome, ni les violentes souffrances qui valurent à l'iléus le nom de colique de miserere, parce que le désordre physique en pai'eil cas domine le plus souvent le trouble de la sensibilité, il faut désormais rattacher ses éléments fidèles, d'une part à des lésions pariétales insignifiantes par elles-mèrae, comiii& une simple hyperémie de la muqueuse intestinale, colique conge^tive, une crampe des muscles, colique spasmodique, une affection arthritique de ses membranes, colique rhumatismale et goutteuse, d'autre part à des pressions et des contacts anormaux, comme la distension du canal par des gaz, colique flatulenle, le séjour d'excréments durcis, colique stercorale, le chatouillement des vers intestinaux, co/i^MC vermineuse, l'introduction d'aliments acres, indigestes ou trop abondants, coliques toxique et dyspeptique.
Si l'on considère maintenant la classe ainsi reconstituée des coliques intestinales, où je n'ai laissé subsister, comme je l'ai dit, que des névralgies symptomatiques, et dans laquelle on ne trouverait même, si l'on recherchait la nature du lien qui rattache ici les symptômes à l'affection, que des névralgies réactives, on s'aperçoit qu'il est aisé de rapporter ces dernières réactions au siège habituel de l'affection qui les produit. Nous parviendrons ainsi cà déterminer, dans une certaine mesure, la part affectée au côlon dans cette distribution morbide. Si les muscles intestinaux sous l'impression du froid humide éprouvent les mêmes
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altérations douloureuses que la musculature superficielle, et s'il y a réellement un rhumatisme intestinal, c'est surtout dans le côlon, en raison de ses rapports étendus avec la paroi de l'abdomen qu'il faudra localiser la colique rhumatismale. La rétention plus facile et la densité plus considérable des masses alimentaires au niveau de ce segment du tube digestif y fixera plus spécialement aussi le siège de la colique stercorale. Enfin l'accumulation des gaz fait encore de ce même compartiment de l'intestin le siège spécial de la colique venteuse ou flatulente. Cette distension douloureuse du canal alimentaire, l'une des causes les plus ordinaires des coliques intestinales, y trouve, en effet, l'éunies les conditions les plus favorables à sa genèse. C'est dans le gros intestin, on s'en souvient, que les gaz intestinaux, se ramassent et se forment en plus grande proportion ; c'est on ce point encore que les matières fécales ont acquis le volume et la consistance nécessaires pour réaliser aisément des obstructions hermétiques et emprisonner les fluides expansibles dans un espace circonscrit ; c'est finalement en faveur de sa cavité que la valvule de Bauhin joue le rôle d'une soupape condensatrice. Chez les hypochondriaques, spécialement sujets à ces vapeurs abdominales, et qui analysent plus soigneusement et indiquent plus volontiers leurs sensations, on a souvent l'occasion de constater le siège et le trajet de ces douleurs, qui, sous l'influence des contractions pariétales, cheminent effectivement le long du cercle brisé que représente le côlon.
IL Changements de rapports. Les relations du côlon avec les autres viscères abdominaux peuvent s'altérer de diverses manières. Sous le nom de déplacements, .: je comprendrai tout d'abord les simples variétés de situation de ce segment in- E testinal. Par l'intermédiaire de blocs diffus, de membranes ou de brides, résuliK tats d'exsudations inflammatoires ou de processus néoplasiques, ses diverses y parties contractent des liens anormaux avec les organes environnants ; ces chan- [E gements dans la nature même de ses rapports seront envisagés sous le titre ,( à! adhérences. Enfin le progrès d'une ulcération accentue davantage encore Fin- |jf timhé de ces liaisons pathologiques, en ouvrant la cavité du côlon dans les cajlj vités régulières ou adventices qui l'avoisinent ; cette dernière catégorie de faits jj se rassemblera sous le nom de communications anormales. ,A 1" Déplacements du côlon. Ils constituent eux-mêmes diverses espèces de jj lésions, selon que l'organe change de situation dans la cavité du ventre, ou que ij déplaçant seulement les rapports de ses diverses parties, tantôt il tourne sur ili lui-même, tantôt il se replie dans le sens de son axe, ou qu'enfin, se laissant u éloigner au contraire beaucoup plus de sa position normale, il s'échappe de l'ab- ; domen à travers ses parois.
a. Les variétés qui existent ou qui surviennent dans la situation du côlon,
L. n'entraînent souvent aucun trouble sensible dans les fonctions qui en dépendent,
^ et ces phénomènes d'ordre purement anatomique rentrent alors plutôt dans la
catégorie des anomalies que dans celle des désordres morbides {voy Colon, Ana-
, ionie). Il n'en est pas toujours ainsi. Sans avancer avec Himly et Esquirol, que
les déplacements de l'arc du côlon par exemple sont susceptibles de provoquer la
lli folie, il est indubitable que des troubles digestifs peuvent résulter de lésions
' semblables, et que ces entraves apportées à l'élaboration alimentaire intervien-
|j dront, de près dans l'encaissement de la recette nutritive, et de loin dans le dé-
'.j roulement des actes psychiques. Pour borner mes descriptions à des causalités
1 plus immédiates, je m'attache uniquement aux états pathologiques qui émanent
,., quelquefois en pareille circonstance de la compression que le côlon exerce sur des
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organes voisins, ou de celle qu'il s'imprime à lui-même contre leur parenchyme. On juge à première vue que, surtout dans la première de ces alternatives, ces conséquences moi'bides des déplacements que je signale seront absolument éventuelles; le plus souvent d'abord l'organe contre lequel s'est porté le côlon rejettera sur lui les effets de ce refoulement réciproque, en vertu de sa texture plus résistante ; d'autre part qu'il impose réellement ces effets mécaniques à des viscères plus analogues en délicatesse, comme l'estomac, la vésicule biliaire, la vessie et l'intestin grêle, ou qu'il les voie se réfléchir sur lui-même, le côlon ne les amènera souvent que d'une façon lentement progressive, permettant aux appareils et aux fonctions de s'hai-mouiser avec leurs conditions nouvelles. Telle est la tolérance qui s'établit d'habitude dans les déformations graduelles de l'abdomen occasionnées par des vêtements défectueux ; telle est surtout celle qu'on rencontre dans les anomalies de situation datant des âges embryonnaires, et par conséquent contemporaines des premières coordinations viscérales. Mais si l'effet morbide est ici l'exception, il n'en est pas moins une réalité qu'il est nécessaire de connaître. J'abandonne à l'histoire des autres organes abdominaux, la description de l'influence que la pression dont je parle petit exercer sur leur structure et sur leurs actes, et je ne retiens pour mon étude que les faits du même genre qui continuent à se dérouler dans le domaine pathologique du côlon. La science possède à ce sujet un certain nombre d'exemples. J'en choisis avec intention quelques-uns parmi les plus accentués, qui sont par cela même les plus instructifs. S'il est, en effet, dénionti'é que les déplacements des diverses parties du côlon sont susceptibles de produire son étranglement, un simple rétrécissement de sa cavité, un simple retard des selles et tous les autres accidents de la sténose s'imposent à la suite comme les conséquences possibles de la même altération, malgré que ces troubles intestinaux à pathogénie complexe et vague accusent moins nettement par eux-mêmes le désordre dont il est question.
Gendron a signalé, dans les Archives générales de médecine, un cas ancien aujourd'hui, mais non moins remarquable, d'étranglement interne de l'intestin, congénital et multiple, où le côlon se trouve intéressé pour son compte par le fait de son propre déplacement : « Le duodénum passe, dit cet auteur, par-dessus le côlon transverse et forme autour de cet intestin une anse qui semble soulever et tirer en haut le caecum, placé ainsi bien au-dessus de la fosse iliaque; ces deux derniers intestins sont réunis par un repli de péritoine qui, à gauche, se continue avec le mésocôlon transverse, à droite avec un mesocaecum représentant le mésocôlon lombaire droit, car il semble que le côlon ascendant manque, le caecum occupant sa place et s'unissant de suite avec le côlon transverse, auquel le duodénum foi-me, en quelque sorte, une gaîne ligamenteuse. Celui-ci complète l'anse autour du côlon, puis il va à gauche reprendre ses rapports avec la colonne vertébrale, et se continuer avec l'intestin grêle.... L'intestin grêle, api'ès avoir décrit plusieurs circonvolutions entre le caecum, qui est à sa droite, et le côlon descendant à sa gauche, présente à droite et au-dessus du caecum un double étranglement autour d'une bride du mésentère. Ainsi il y avait immédiatement au-dessous du pylore trois étranglements de l'intestin de gauche à droite : le premier formé par le duodénum sur le côlon transverse, les deux autres par une bride du mésentère, autour de laquelle se contournait deux l'ois l'intestin grêle. «
Dans une observation inscrite au Journal complémentaire des sciences médicales on voit aussi qu'un homme emporté par les symptômes d'une occlusion
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intestinale présentait à l'autopsie la disposition suivante : « Le côlon descendant, beaucoup plus long que de coutume, se dirigeait du flanc gauche vers la colonne vertébrale, de haut en bas et de dehors eu dedans, puis il se recourbait tout à coup de bas en haut, puis de nouveau de haut en bas, éprouvant ainsi sur lui-même une demi-torsion qui avait produit l'étranglement. « Un cas de même nature, plus récent et plus curieux encore, est dû à Grubcr : l'occlusion intestinale y l'ut le résultat d'un nœud formé entre la partie inférieure de l'iléon et l'S iliaque.
Il convient d'indiquer, à l'occasion de ces déplacements du côlon, le procédé d'exploration conseillé par Piorry {De la percussion médiate, Paris, 1828, p. 285) pour en reconnaître l'existence et les caractères. L'injection d'un liquide dans le rectum sert de base k ce diagnostic, par la modification qu'elle imprime à la sonorité du gros intestin sans changer celle de l'intestin grêle. Ce moyen est surtout applicable à la recherche des déplacements si fréquents et si prononcés du côlon transverse. Pour l'appliquer avec profit, il faut, d'après l'auteur, injecter dans le gros intestin plus d'un litre d'eau et placer le sujet dans une position qui permette à la pesanteur d'amener le liquide vers la partie que l'on veut explorer.
b. C'est à un déplacement de l'intestin, déplacement effectué sur place par torsion, et auquel convient parfaitement, en la restreignant à son sens précis, l'ancienne expression de volvulus qu'il faut rapporter, en distinguant ainsi les effets morbides de leur cause anatomique, les accidents que Rokitansky a désignés sous le nom à' étranglemenl rotatoire. Cet étranglement intestinal, comme le volvulus qui le détermine, peut avoir son siège au côlon. Des exemples de ce genre ont été signalés par Buchanan, Miller, Neussel. Abercrojaibie a aussi observé la torsion du côlon descendant; Ailies a vu le côlon transverse tordu sur lui-même; Kuettner signale entre autres causes d'étranglement interne un volvulus de l'S iliaque; cnhn Dickson rapporte un cas d'obstruction intestinale dépendant d'un volvulus du caecum et du côlon descendant; son malade fut emporté par une péritonite.
c. Le phénomène si bizarre et si grave de l'invagination, par lequel les parois du côlon, comme celles de l'intestin grêle, rentrent en elles-mêmes et s'engahieut comme un doigt de gant, pour former par leur accolement trois cylindres concentriques, appartient encore à la même classe d'altérations. Il ressort des recherches deBucquoy que la proportion de cet accident est de beaucoup plus élevée au gros intestin qu'à l'intestin grêle. D'après Dance les invaginations du cœcum dans le côlon sont les plus communes de toutes. 11 est certain que la science fourmille d'exemples de ces intussusceptions coliques. Le campcndium de médecine en avait anciennement recueilli de très-remarquables queje résume tous d'après lui. Pvobin a vu le cûecum, le côlon ascendant et le côlon transverse invaginés dans l'S iliaque et le rectum; Gareugeot, une partie de l'iléon refoulée dans le caecum et le côlon; Pioux et Lavernet, l'S iliaque engagée dans le rectum; Monro, la moitié droite du côlon avec le caecum et la fin de l'iléon, dans la moitié gauche du côlon et le rectum ; Blizard, l'iléon, le cœcum, les côlons ascendant et trans verse, dans la courbure sigmoïde du côlon et le rectum; Richelot, la fin de l'intestin grêle, le caîcum et le côlon ascendant, dans le côlon travTisverse; Grisolle, une anse d'intestin grêle, le cai-cum et une grande portion du côlon lombaire droit, dans la partie supérieure de ce même côlon et le côlon transverse ; Buet une portion d'iléon, le cœcum, le côlon ascendant et la