COQUEREL
Madagascar, Ceylan, Poiulichéry ; pendant son séjour à Madagascar il cutroccasioii d'étudier les habitudes singulières des Tanrecs et de l'Ericule, et découvrit une nouvelle musaraigne dont il a donné la description dans les Annales (les sciences naturelles. Après un nouveau voyage aux Antilles, durant lequel il recueillit et décrivit divers coléoptères, il revint en France.
En 1849, il alla soutenir à Paris sa thèse de doctorat en médecine, et le 5 décembre 1850, il obtint au concours le grade de chirurgien de 2^ classe, et fut détaché pour le service colonial, à Bourbon. « Habitant tour à tour, de 1851 à 1854, les îles de Sainte-Marie de Madagascar, de Mayotte, de Nossi-bé, il s'occupa d'une manière active des maladies locales ; son habileté comme chirurgien et comme médecin a laissé partout des impressions durables. Il se livrait en même temps à sa passion favorite, l'histoire naturelle. Chaque année les Annales de la Société entomolocjiqiie ont enregistré ses importants travaux sur les insectes si remarquables de ces contrées presque inexplorées « (Grandidier) .
Lorsque éclata la guerre de Crimée, Goquerel fut appelé à y prendre part ; il fut nommé chirurgien-major de la frégate le Caffarelli, et il passa l'hiver à Rertch, comme chef du service médical de la station. La guerre terminée, il fit de 185(5 à 1858 le service médical de Mers-el-Ke)jir, en Algérie, oii il eut tout le loisir d'étudier les coléoptères de Barbarie. En 1859, il fit la campagne d'Italie sur le Darien; nommé chirurgien de première classe le 19 mai 1860, il alla en Syrie sur le Fonlenoy, mais, atteint de dysenterie, il renonça, eu 1862, à la navigation, fut attaché au service colonial et envoyé à la Réunion. Il a été l'un des fondateurs de la Société d'acclimatation de cette île, et c'est à son instigation que l'on fit les recherches actives qui ont amené la découverte de squelettes presque complets du Dronte et du Solitaire. 11 mourut dans l'ile de la Réunion, à Salazie, le 13 avril 1867, des suites de sa dysenterie. « Les travaux cntomologiques de Coquerel sont de tous les plus importants, il avait réuni une très-belle collection de coléoptères, riche surtout en espèces nouvelles de Madagascar et des îles Mascareignes, et il se préparait à publier la
faune entomologique de ces pays » (Grandidier). 11 a publié également des
études médicales intéressantes. Voici du reste la liste de ses principaux écrits :
I. Note sur les habitudes des Tanrecs et des Erlcules. In Bévue de zoologie, 1848. — II. Note sur une nouvelle espèce de musaraigne, trouvée à Madagascar. In Annales des Se. natur., t. IX, 1818. — III. Observations entomolorjiques sur divers insectes recueillis à Madagascar. In Annal, de lu Soc. entomoL, 1848, 1852, 1855, 1856, 185',», 1861, 1862. — IV. De la Cécile nocturne. Thèse de doctorat. Paris, 1849, in-4°. — V. Observations enlomologiques sur divers coléoptères recueillis aux Antilles. In Ann. de la Soc. entoin., 1840. — VI. Monograpliie du genre Potamophilus. In Revue zoologique, 1851. — VII. Sur les bombyx qui produisent la soie à Madagascar. In Bull, de la Soc. d'acclimat., 1855, et Ann. de la Soc. d'entomol., 1856. — YIII. Des larves de Diptères développées dans les sinus frontaux et les fosses nasales de l'homme, à Cayenne : Lucilia hominivurax. In Arch. gcn. de médecine, mai 1858. — IX. Es.iai sur les coléoptères de Barbarie. Eu collaboration avec M. L. Faiiimaire. Paris, 1858, 1860, 1866. — X. Nouveau cas de mort produit par la Lucilia hominii'orax. In Ann. de la Soc. d'entomol., 1859. — XI. Notes de mammalogie ; description d'un Lémurien nouveau; des mœurs des Galidictis. In Revue de zoologie, 1859. —
XII. Noie sur une larve d'œstride, extraite du bras d'un homme à Cagenne. Ihid., 1859. —
XIII. Sur un nouveau cas de mort produit par le développement des larves de la Lucilia hondnivorax dans le pharynx, et description de la larve de ce diptère. In Arcli. gén. de méd., 1859. — XIV. Le Monandoptère agrippante. In Album de la Réunion, 1860. — XV. Espèces nouvelles du genre Sternolomis. In Ann. de la Soc. enlomol., 1861. — ^yi. Notes sur des larves de diptères, développées dans des tumeurs d'apparence furoncuculeuse, au Sénégal, en collaboration avec M. Moxdiére. In .Ann. de la Soc. cntomol., li:62.
PICT. E.NC, XX. 20
— XVII. Des animaux perdus qui habitaient les îles Mascareignes. In Album de la Réunion, 18i33. — XVIII. Caractères zoologiques de la grande caille de Madagascar . In Bullet. de la Soc. d'acclimat. de l'Ile de la Réunion, 1803. — XIX. /Voie sur les os du Broute, etc. I n Album de la Réunion, 1863. — XX. Note sur les vers à soie de Madagascar. In Bullet. de la Soc. d'acclimat. de l'île de la Réunion, 1863. — XXI. Catalogue des animaux qui se rencontrent à la Réunion [oiseaux]. Ibid., 1864. — XXII. Note sur l'examen microscopique des lésions qu'on observe dans l'affection connue sous les noms de pérical, pied de Madura. In Comptes rendus de la Soc. de biologie, 1865. — XXIII. Sur le Dronte à propos d'os de cet oiseau découverts à Maurice. En collaboration avec M. D. Gehvais. In Comptes rendus de l'Acad. des Sciences, 1866. — XXIV. Faune de Bourbon [Coléoptères]. In Ann. de la Soc. entomol., 1866. — XXV. Sur l'actios comètes. In Album de la Réunion. 1866. L. Hn.
COQUERET. Nom donné au Physalis Alkekengi L. {voij. Alkerenge). Pl.
<.:OQUESIGRUE. Nom donné au Fustet [Rhu^ Cotinus) [voy. Sumac). Pl.
COQUETTE. Nom donné au Pain de Pourceau, Cyclamen eiiropœum L. {voy. Cyclame). Pl.
C©QUILL.%GES. Synonyme de COQUILLES. On l'emploie souvent pour exprimer d'une manière générale l'ensemble des mollusques pourvus de ce moyen de protection, qui sont utilisés comme aliments. Voy. Huîtres, mollusques. Moules. P. Gerv.
toïl. L'épiderme, véritable parasite, d'une grande utilité toutefois, vivant à la surface du derme, présente cela de particulier qu'à l'état normal et dans les conditions ordinaires de la vie les couches stiperposées qui le composent se détachent et tombent par leur face superficielle, tandis qu'elles se reproduisent par leur face profonde. Mais qu'une irritation, qu'une pression répétée vienne à s'exercer sur un point circonscrit, la vitalité des cellules épidermiques s'exao-ère; celles-ci se développent en plus grande quantité, et leur transformation eu cellules cornées s'opère plus rapideiuent.
Cette hypertrophie de la couche cornée est-elle plus limitée en surface, avec dépression du derme, on a le Cor. Est-elle plus étendue et sans dépression dermique, on a le Durillon.
Le cor [clavus, gemiirsa, nD^c?) est donc ou une tumeur ou plutôt un épaississement épidermique du pied (pseudoplasme cutané) bien circonscrit, avec novau central dur [clavus], pointe ou racine conique s'enfouçant plus ou moins profondément dans le derme, tumeur s'accompagnant généralement de douleurs provoquées par la pression extériem-e (gemursa, de gemere, gémir).
Sièges. C'est aux orteils qu'on le voit le plus fréquemment, surtout au niveau du cinquième, sur la partie moyenne de son côté externe qui en est le l)oint le plus saillant ; parfois il siège plus près des extrémités, vers l'article phalangino-phalangettien, ou bien sur la saillie qui s'observe chez les personnes offrant le vice de conformation congénital, et plus souvent acquis, connu sous le nom d'orteil en marteau.
Espace interdigital, base des replis cutanés des orteils, partie avoisinante des articulations métatarso-phalangiennes, plante du pied, talon, sont autant de segments du pied où on a l'occasion de le rencontrer.
Étiologie. La finesse, la minceur, la délicatesse et l'extrême sensibilité que présente la peau chez certaines personnes, principalement les sujets blonds et les femmes, prédisposent aux cors qui reconnaissent pour cause unique la corn-
pression et le frottement de chaussures trop étroites ou trop larges, laites d'un cuir épais pt peu élastique, ou encore la pression réciproque des orteils; ils sont aussi favorisés par la présence des plis ou des grossières coutures des chaussettes.
(( Chez les femmes, dit S. Cooper {Dict. de chir. prat., t. I, p. 388, édit. de Paris), la mode ridicule de porter des souliers à talons hauts devait contribuer aussi à faire naître cette infirmité. Avec de semblables chaussures, tout le poids du corps repose principalement sur les orteils, qui, dans cette position, forment an coin et sont horriblement comprimés dans le bout du soulier. »
Cette cause invoquée par S. Cooper est surtout applicable au temps où nous vivons ; car la hauteur des talons de chaussures des dames a acquis des dimensions, aussi absurdes que nuisibles, sur l'inconvénient desquelles M. Onimus vient d'insister, au point de vue des déformations du pied, dans un mémoire fort ori"inal lu en janvier 1877 à la Société de médecine de Paris.
Lagneau {Dict. in 50) nous dit que les anciens devaient ces excroissances tuberculeuses à la compression et au frottement des courroies qui servaient à fixer leurs cothurnes, et que, chez les capucins et les carmes déchaussés, on voit aussi les sandales occasionner la même incommodité.
« Généralement, dit A. Thierry {Traitement des cors aux pieds. Monit. des hôpil., 1856, p. 301), on se procure des chaussures de deux manières : on les fait ftiire sur mesure par un cordonnier ou on va les choisir toutes faites d:ins un magasin de confection : ainsi les soldats, dans les magasins militaires, les ouvi'iers, dans les maisons de confection ; les paysans, dans les foires et marchés : une légère observation fera reconnaître que cette seconde méthode est encore la plus avantageuse. C'est là l'opinion que me communiquait un de mes collègues au Conseil municipal, Eugène Delacroix, le grand peintre dont la France s'honore : « Tant que j'ai eu un cordonnier, me disait-il, j'ai eu aussi « des cors : ils sont tous guéris depuis que je choisis les chaussures toutes « faites dans des magasins de confection. » A l'appui de cette observation, si juste parce qu'elle est basée sur l'expérience, ne peut-on pas ajouter celle-ci, que les soldats n'ont presque pas de cors et que l'on en trouve beaucoup moins aux pieds des malades militaires que dans les hospices civils. Pourquoi en estil ainsi? Parce que les soldais, les paysans, choisissent les chaussures qui leur vont bien et que l'homme aisé ou l'ouvrier plus coquet des grandes villes se font fabriquer des souliers étroits par un cordonnier qui flatte cette coquetterie et pousse à la dépense et au luxe. « Un petit pied est plus joli, il indique, dit- « on, une naissance plus élevée. Il faut que le soulier soit aussi étroit que pos- « sible. » De là ces cors si nombreux qui tourmentent les classes aisées ; puis, dit-on, les peaux sont aujourd'hui moins souples qu'autrefois. Voilà l'étioloo-ie du cor trouvé. »
Description du cor. Son mode de formation. Sa nature. Le cor se présente sous l'aspect d'un tubercule circonscrit constitué :
1" Par une zone périphérique (endurcissement et augmentation d'épaisseur de l'épiderme) de largeur variable, bosselée, dense et blanchâtre;
2° \)\im partie centrale sèche, beaucoup plus dure, cornée et saillante, comme vitreuse, que l'on peut comparer à la tète d'un clou rugueux, aplati ou arrondi, dont le segment profond, plus étroit et conique, s'enfonce comme une véritable racine; quelquefois il existe deux et même trois racines pour un même tubercule.
Ce cône perforant est en quelque sorte la caractéristique du cor, car il n'existe pas dans le durillon; il se dirige perpendiculairement vers le derme, qu'il déprime à un degré variable, agissant comme un corps étranger; les papilles commencent par s'aplatir, ce qui rend compte des douleurs si vives éprouvées par les personnes qui en sont atteintes; elles peuvent même disparaître complètement, et, dans une période encore plus avancée, toute l'épaisseur du derme correspondant à cette partie profonde du cône central est susceptible de se perforer.
La disposition des lamelles épidermiques diffère pour ces deux portions : dans la zone périphérique, elles sont, absolument comme dans le durillon, horizontales, parallèles entre elles et superposées en feuillets ; quelques conduits glandulaires la traversent encore; dans le cône perforant, au contraire, elles sont beaucoup plus tassées, obliques et même perpendiculaires; elles s'enchevèlrent autour d'un noyau central. Robin admet que cette portion est traversée par un prolongement papilliforme vasculaire ; toutefois cette organisation n'est qu'à l'état de vestige, et nous ne pouvons guère admettre l'opinion deBreschet, qui dit avoir vu au microscope des vaisseaux traversant la partie centrale en tous sens; ni celle de Lagneau, qui insiste tout particulièrement sur l'organisation de ce noyau central.
Au moment où il se forme, le cor n'est constitué, à proprement parler, que par sa zone périphérique : aussi n'est-il pas tout d'abord le siège de douleurs bien vives; il ressemble encore au durillon et n'acquiert ses caractères propres que lorsque le cône est venu s'ajouter à cette zone première. C'est l'apparition secondaire de cette partie centrale qui l'a fait regarder par bien des auteurs comme une modification encore plus avancée de l'épiderme, dont l'hyperplasie s'accentue surtout au niveau oiî s'exerce la pression extérieure la plus forte. Foi'ster, cité par Ileurlaux, comprend la formation du noyau central d'une tout autre façon : selon lui, le cône ne serait qu'une dépendance du conduit excréteur d'une glande sudoripare augmenté de volume, et autour duquel viendraient s'imbriquer et se tasser des lamelles épidermiques en nombre considérable; cette opinion n'est rien moins que certaine.
Les caractères (|ue nous venons de décrire sont ceux du cor commun, celui qui siège sur la face externe des orteils, et le cinquième surtout ; mais ces tubercules offrent certaines différences marquées en l'apport avec la situation occupée par eux et avec les conditions toutes spéciales qui président à leur développement. C'est ainsi que ceux qui affectent la plante des pieds, et qui se trouvent surtout au niveau des extrémités antérieures des trois premiers métatarsiens, sont représentés par des plaques plus larges, plus rugueuses, dont la saillie au-dessous de la surface de la peau est plus ou moins appréciable et dont le cône central est forlement accusé ; on peut y rencontrer toutefois, quoique plus rarement, des tubercules semblables à un clou et comparables à ceux des orteils. Les corps interdigitaires ont leur siège habituel près des saillies des têtes phalangiennes articulaires où a lieu le maximum de compression ; ils sont plus aplatis, ramollis et comme macérés, par suite de l'humidité de cette région ; abords renflés d'apparence cartilagineuse, d'un blanc nucré, et dont le centre déprimé offre la tête d'un noyau également de consistance cornée, mais de coloration grisâtre.
Phénomènes ou accidents auxquels il donne lieu. Quelle que soit la position do ce tubercule, quelle que soit sa forme, comme ses connexions non-seule-
ment avec la couche papillaire, mais avec le derme proprement dit, sont touiom'S plus ou moins intimes, et que la peau est abondamment pourvue de filaments nerveux, présentant même en cet endroit de petits renflements analogues à ceux des névromes, il joue le rôle d'un corps étranger et dclcrmine de la douleur, variable selon le degré de sensibilité du sujet, la minceur des tcouments, la disposition du tubercule, et aussi souvent l'état hygrométrique de l'atmosphère ; cette douleur a son point de départ, non point dans la substance inerte du cor, mais dans les parties sous-jacentes dont il détermine le frottement.
 son début, le cor occasionne une gène plutôt que de vraies douleurs; mais, à mesure qu'il grossit, il en est autrement, si on ne prend pas soin d'intervenir de bonne heure. Il croit d'une façon lente et graduelle; car il n'est pas commun de le voir se développer seulement en quinze ou vingt jours, comme dans l'observation citée par Boyer, qui enleva la portion de peau sur laquelle ce tubercule était établi et guérit son malade en quelques jours. Le cor prend donc peu à peu de l'extension, et la gêne, puis les douleurs, s'accentuent davantage, surtout lors de la progression. Cependant, les souffrances éprouvées sont bien loin d'être toujours proportionnées au volume du tubercule; en effet, les cors les plus petits sont souvent très-douloureux, parce qu'ils sont presque entièrement constitués par le cône central, partie fondamentale de cette affection. Ces douleurs, qui sont peut-être aussi la raison pour laquelle on a comparé le cor à un clou, acquièrent parfois une telle intensité, que la marche est rendue extrêmement pénible et qu'on ne peut supporter aucune chaussure, voire même les plus souples et les plus larges; la compression n'est pas toujours indispensable à leur manifestation; elles sont en ce cas spontanées, et cela surtout pendant les temps chauds et lors des variations de température. Pendant les fortes chaleurs, en effet, on voit le derme sur lequel repose le cor se gonfler et assumer une sensibilité plus vive, par suite de la turgescence des papilles qui se trouvent à ce niveau; ces papilles sont aussi susceptibles de s'hypertrophier à la longue, d'acquérir une plus grande vascularité, et par suite de provoquer des douleurs plus intenses. Ces dernières sont du reste singulièrement aggravées par toutes les conditions qui favorisent l'activité circulatoire du sang dans les extrémités : tels sont la station verticale trop longtemps prolongée, les excès de tous genres, l'usage de chaussettes de laine, etc.; elles le sont également par l'état humide de l'atmosphère, en raison de Vhxigromélricité, propriété inhérente à ces sortes de tubercules.
Les cors qui sont situés entre les orteils, bien que plus mous que ceux des autres régions, n'en sont pas moins fort gênants et causent même des douleurs plus violentes. Quant à ceux de la plante du pied, ils sont enfin beaucoup plus douloureux que ceux des orteils, par suite de l'aplatissement que leur fait subir à chaque pas la pression du pied sur le sol.
Nous venons de voir que, à la longue, le cône central peut s'enfoncer dans le derme, l'amincir, le détruire ; on a alors un véritable mal perforant pénétrant jusqu'aux ligaments, au périoste et aux surfiices articulaires. Ce fait est rare; cependant nous en avons observé des exemples. Quant à l'irritation incessante produite sur les parties profondes par la présence du cor et la persistance des froissements à son niveau, elle est parfois la cause du développement d'une bourse séreuse dans le tissu conjonctif sous-cutané. La peau, par le fait de la même irritation, et aussi par suite des applications stimulantes dont on abuse
beaucoup trop, peut s'enflammer, et le tubercule se transforme en une ampoule sanguinolente ou purulente qui est un mode de guérison fort rare, et dont le IX^ vol. des Actes des curieux de la nature, obs. 89, p. 564, renferme un exemple très-intéressant.
Traitement. Si les cors ne sont pas généi'alement dangereux, ils n'en constituent pas moins une grosse incommodité, et, pour quelques personnes, un souci de chaque instant qui nécessite une intervention thérapeutique prompte, répétée, souvent inefficace, quelquefois dangereuse, et qui commande toujours les plus grandes précautions.
Le ti^aitement préservatif ou palliatif comprend des moyens ayant tous pour but de calmer les douleurs occasionnées par ce tubercule, c'est-à-dire de prévenir la compression extérieure à son niveau. Si le cor est récent et n'est pas encore très-volumineux, ils l'empêchent de s'accroître et peuvent même suffire pour en amener la guérison, ce qui est assez rare toutefois.
Le moyen le plus simple et qu'il est à peine besoin de mentionner, tant i] semble puéril, est de se servir de cbaussui^es convenables, aisées, mais pas trop larges cependant, et d'éviter les bas épais, grossiers et à coutures saillantes, toutes choses sur lesquelles il n'est vraiment pas la peine d'insister.
Afin d'éviter cette compression, A. Thierry employait un moyen (Traitement prophylactique général) qui ne manque pas d'une certaine originalité. 11 faisait mouler le pied des personnes affectées de cors : sur le moule en plâtre le cordonnier prenait une forme en bois qui représentait le pied avec toutes les saillies et des inégalités : c'était sur cette forme qu'on devait cambrer le cuir destiné à faire la chaussure.
Pygrilhe, cité par Roche et Sanson, appliquait sur le cor, pour combattre les douleurs, un double emplâtre de diachylon gommé, l'un percé d'un trou correspondant au tubercule, et l'autre non fenêtre servant de couvercle.
Nous avons fréquemment conseillé l'usage d'un petit l'ond de caoutchouc vulcanisé ou de feutre présentant un orifice à son centre, et Galante a imaginé, toujours dans le même but (rendre la marche possible en évitant les douleurs de compression), un excellent petit appareil consistant en une véritable bague chevalière taillée dans les parois d'un tube en caoutchouc et dont le chas est percé d'un trou de dimensions égales à celles du cor. La baudruche gommée peut également protéger ces tubercules contre les frottements auxquels ils sont exposés.
Bégin a vu, dit-il, après avoir fait porter durant plusieurs semaines un chausson de taffetas gommé pour des douleurs rhumatismales, les cors qu'avait le malade se ramollir, se séparer spontanément delà peau, et laisser celle-cirecouverte seulement de la couche fine et transparente d 'épidémie qui lui est naturelle : il ajoute que ce moyen pourrait être employé dans beaucoup de cas avec succès.
Une semelle de liège ou de feutre pourvue d'une ouverture répondant au cor convient aussi à celui qui siège au niveau de la plante du pied. Nous ne ferons que mentionner ici les divers emplâtres ou onguents à l'aide desquels les charlatans cherchent trop souvent à exploiter l'éternelle crédulité du public ; c'est ainsi qu'on a préconisé divers corps gras, les feuilles de joubarbe, celles de grande éclaire, le coton en bourre, l'emplâtre de galbanum, étendu sur un morceau de baudruche et appliqué sur le cor trempé et coupé, ceux de savon, de gomme ammoniaque, de mucilage, etc., qui, s'ils ont l'inconvénient de ne
produire tout au plus qu'un soulagement très-passager, ont le grand mérite, à notre avis, de ne pas au moins être nuisibles et même fort dangereux, à l'exemple de certains toiDiaues dont nous nous occuperons bientôt.
Comme traitement curatif nous indiquerons les quatre méthodes suivantes : 1» h grattage ; S** V excision; o" Y extirpation ; A" la cautérisation et V emploi de topiques irritants.
i° Grattage. Ce moyen, le plus inoffensif, n'est guère que palliatif encore, mais cependant, quand il est employé à des intervalles rapprochés, il peut être suivi de guérison complète, si le tubercule est récent et peu volumineux. Il consiste, après avoir ramolli le cor par des pédiluves, à soulever puis à arracher successivement avec l'ongle ou l'extrémité d'une branche de ciseaux mousses les diverses lamelles épidermiques qui le composent, ainsi que la tète du cône central : mais la plupart du temps la partie la plus profonde, c'est-à-dire la racine, échappe et ne se trouve point extraite. Toutefois, je m'étonne de ne pas voir les auteurs insister sur cette méthode de douceur, qui est évidemment celle à laquelle on doit avoir recours avant toute autre, car elle n'offre aucun danger et soulage toujours au moins pour un certain temps.
Les trois autres moyens sont des méthodes énergiques, et nous ne conseillons de les employer que pour les cors anciens, rebelles au grattage, pour ceux qui sont la cause de soulfrances continues et dont le cône central est très-enfoncé dans le derme. Ils constituent donc des moyens exceptionnels.
'2° l'excision esi encore incertaine, au point de vue d'un résultat définitif; pour la pratiquer, on enlève, en dédolant à différentes i^eprises, avec un rasoir ou avec un bistouri à lame mince, bien tranchante et à manche gros, les couches de lamelles épidermiques, en ayant soin de ne pas faire saigner, car ces petites blessures sont loin d'être sans inconvénient ; nous ne sommes pas d'avis de faire précéder cette petite opération d'un pédiluve, comme le veulent quelques auteurs, car les bains de pied ramollissent et font gonfler toute la zone périphérique que le tranchant du bistouri enlève seule en laissant persister la totalité du cône central, dont l'ablation est indispensable à une guérison complète. En somme, bien qu'il soit d'un usage journalier, ce moyen est, selon nous, inférieur au précédent ; il n'est guère encore que palliatif, on en a cité cependant des résultats satisfaisants. Après chaque séance d'excision que l'on doit répéter tous les 15 jours ou au moins tous les mois, il est bon de recouvrir l'orteil d'un morceau de diachylon gommé ou non, ou bien d'un petit emplâtre qu'on a le soin de renouveler chaque jour. A. Thierry préférait l'emplâtre de minium (deutoxyde de plomb) pulvérisé, mélangé avec de l'huile d'olive et la cire jaune : il est plus fondant et d'un tissu plus élastique.
3" Si le cor continue à être extrêmement douloureux, et que les deux moyens que nous venons de décrire ne puissent arriver à soulager le patient en raison de l'adhérence prononcée du tubercule avec le derme et de la profondeur de son noyau central, on a recours à l'extirpation (procédé de Dudon) qui a pour but de débarrasser l'orteil, non-seulement de la partie exubérante du cor, mais encore de la pointe ou racine de ce dernier. C'est un procédé assez délicat, car il faut qu'il soit pratiqué sans effusion aucune de sang ; aussi nécessite-t-il beaucoup d'adresse et de dextérité ; certains pédicures ont même acquis, dans son exécution, une habileté supérieure à celle de bien des chirurgiens ; pour déraciner le cor, ils font usage d'aiguilles aplaties, rondes ou carrées, d'une ligne environ de diamètre, à pointe mousse, instruments appelés quadrille (poinçon carré),
Mi COR.
furets, navettes, et de loupes ou de bouteilles remplies d"eau.pour concentrer la lumière sur le lieu de l'opération.
Yelpeau {Méd.opér., t. I, p. 449, 2^ édit.) pour pratiquer cette extirpation conseille d'isoler avec la pointe d'un bistouri droit une partie de la circonférence du cor, puis d'en saisir le bord détaché avec une pince à dissection : il a soin de tenir sans cesse la pointe du bistouri sur la limite des tissus vivants. En allant à petits coups et lentement, il parvient ainsi sans peine et dans l'espace d'une à deux minutes sans causer la moindre douleur, sans donner issue à une goutte de sang, à extirper les cors les plus épais.
Une fois le tubercule enlevé avec sa racine on doit prescrire le repos le plus complet après avoir fait tremper le pied dans un liquide tiède, aromatisé ou alcoolisé ; on appliquera également sur la petite plaie un emplâtre de savon ou bien un carré de diachylon gommé.
Soit qu'on fasse l'excision du cor, soit qu'on en pratique l'extirpation, il est de toute nécessité d'agir avec la plus grande précaution, car des accidents nerveux ou inflammatoires graves ont été observés à la suite de ces opérations qui semblent au premier abord de médiocre importance. Nous trouvons, par exemple, dans la Gazette des hôpitaux (6 juillet Î844) le cas d'un homme de 35 ans qui s'était extirpé lui-même un cor au petit orteil gauche, et qui, sans égard pour la douleur qu'il y ressentait, avait continué pendant plusieurs jours son service de domestique; un tétanos survint et emporta l'apidement le malade, et à l'autopsie du pied on trouva du pus épanché sous les téguments, et la bourse muqueuse, placée sur l'articulation, remplie de sang : si on a affaire à des cors à racines trop profondes, dont on ne peut atteindre que difficilement la limite, il est môme plus sage de s'arrcler et de remettre à un autre jour les tentatives opératoires.
A. Thierry, dans son travail sur les accidents qui peuvent résulter de l'extirpation d'un cor, publié dans le Moniteur des hôpitaux de 1856, p. 159, cite plusieurs cas de ce genre qui méritent d'attirer l'attention. Dans l'un d'eux c'était un homme de 60 ans auquel un garçon de bain avait extirpé un cor. A la suite de cette opération, le second orteil du pied gauche avait été pris de gangrène en totalité : il se présente avec des phlyctènes sur la jambe et sur la cuisse. A. Thierry se borne à cautériser profondément, après avoir amputé l'orteil, les diverses parties sur lesquelles se trouvaient les phlyctènes : l'affection, gangreneuse fut arrêtée pendant une dizaine de jours, mais une résorption purulente emporta le malade. Dans une lettre que Dumarquay adressa à celte époque au même auteur, il relate encore quelques accidents semblables : ainsi ce chirurgien en 1 847 a donné des soins à un vieillard à qui un pédicure avait enlevé un cor situé sous la plante d'un de ses pieds : il survint un abcès gangreneux qui mit six mois à se cicatriser ; un peu plus lard il enlève le premier métatarsien à un homme de 50 ans qui, à la suite d'une extirpation de cor, avait eu une gangrène des deux orteils et des téguments qui recouvraient le premier métatarsien; à Necker encore et à la Maison de sanlé il amputa sur deux sujets différents le cinquième métatarsien ; chez ces malades l'extirpation d'un cor avait amené une inflammation de l'articulation et une nécrose des surfaces articulaires métatarso-phalangiennes du cinquième orteil.
Il y a une trentaine d'années, un moyen, plus palliatif que curatif, mais qui a encore l'avantage de ne pas entraîner d'accidents à sa suite et d'obtenir momentanément une sédation des douleurs, a été proposé par 51. Donné. Ce pro-
COR. -iog
cédé a pour but de convertir le cor en bouillie eu combinant l'action du frottement avec celle d'un dissolvant. L'appareil de M. Donné {Dict. des dict. de médecine français et étrangers, 1850, t. III, p. 65) se compose d'une lime en pierre ponce montée sur acier que l'action de la potion ne peut oxyder, et d'un flacon contenant une solution de potasse caustique ; lorsqu'on veut les employer, on plonge pendant quelques secondes la lime dans le flacon rempli de la liqueur, puis l'on frotte la surface du cor avec précaution : les différentes couclies épidermiques s'enlèvent successivement et sont réduites en une véritable bouillie ; on est averti du moment où doit cesser l'opération par une douleur ou plutôt un picotement accusé par le malade. On lave alors et on applique sur la surface du cor, ainsi réduit, une pommade adoucissante. C'est un moyen à recommencer fréquemment, selon les besoins.
40 hdi caidérisation et l'emploi de caustiques sont des moyens bien moins siàrs que les précédents, et de plus ils sont inflniment plus dangereux, surtout lorsque les cors siègent au voisinage des articulations, aussi ferons-nous bon marché de l'usage des acides sulfuiùque, nitrique et chlorhydrique, de la potasse caustique, qui peut faire plus loin qu'on ne le veut, et qu'il est très-difficile de manier, du muriate d'antimoine liquide, du nitrate d'argent et du soufre fondus, de la bandelette de toile d'araignée enflammée sur place, et de l'extrémité enflammée d'une tige de bois portée au centre du tubercule calleux.
A. Thierry [lac. cit.) fut appelé pour une femme de 60 ans chez laquelle l'emploi de la potasse caustique, pour la guérison d'un cor, avait amené la dénudationdes surfaces articulaires de la première articulation métatarso-phalangienne; il lit l'amputation, scia l'os en biseau, et la plaie se réunit par premièie intention.
Velpeau a même vu un homme qui eut la singulière idée de traverser un cor qu'il portait sur le dos de l'articulation phalangiennc du doigt annulaire avec une épingle rougie au feu. Le cor se mortifia en effet, mais en entraînant une eschare qui ouvrit l'articulation et qui finit par nécessiter l'amputation du doigt.
Fabrice de Hilden [Cent. VI, obs. 100) a vu également succomber un malade à la suite d'une application analogue. Nous devons donc exclure les caustiques d'une façon générale. Il en est de même des topiques irritants conseillés trop souvent par les empiriques : il faut se méfier de leurs propriétés stimulantes et corrosives et n'employer ces catliérétiques qu'avec les plus grands ménagements, car ils peuvent déterminer des inflammations graves, les accidents les plus sérieux et même la mort. La seule substance en faveur de laquelle nous fassions peut-être exception est Vacide acétique, dont l'efficacité avait été reconnue en 1846 par Neucourt (de Verdun) et que Laroche {Ab. méd., 1846) fait entrer dans un topique dont voici la formule, mais dont nous ne garantissons pas l'efficacité :
Huile d'olive 50 grammes.
Cire blanche 12 —
Faites liquéfier en ajoutant q. s. d'orcanelte : battez cette pommade avec :
Farine 90 grammes.
Acide acétique 'M —
Essence de lavande 4 —
Introduisez le mélange dans des flacons bouchés à l'émeri. On étend ce topique sur un morceau de toile, on l'applique sur le cor et on recouvre le tout
410 CORACO-BRACHIAL (muscle).
d'un morceau de sparadrap. L'application doit durer 24 heures. On emploie également l'emplâtre de cire verte dans la composition duquel entre l'acétate de cuivre. B. Matton {Ab. médic, 1850, p. 105) enlève la partie la plus saillante du cor (interdigitaire surtout) au moyen d'un canit ou mieux des ongles, puis promène à sa surface un crayon de nitrate d'argent liuinecté en empiélanc un peu sur l'épiderme sain : on attend, avant de mettre le bas, que la partie cautérisée soit entièrement sèche, et on la laisse dans cet état pendant 8 à 10 jours : l'eschare se détache en laissant au-dessous un épiderme de nouvelle formation. Quant à la liqueur de Wattebled, nous n'eu connaissons pas la valeur et nous ne saurions la recommander :
Sulfate de fer SOO grammes.
Lessive à 10 dcgiés 2 litres.
Nous ne dirons rien non plus des amputations que certains chirurgiens ont été amenés à pratiquer, mais qui ont presque toujours reconnu pour cause déplorable l'application intempestive des caustiques que nous venons de passer en revue. Gillette.
Bibliographie. — Rousselot (chirurgien à La Haye). Nouvelles observations ou méthode certaine sur le traitement des cors, dans laquelle se trouvent détaillées leurs difféi'entes causes et les moyens d'une prompte et radicale guérisoii. Broch. in-12 de 45 pages, 1 "62. In Journal de Vandermonde, juillet, p. 88, 1702. — Mareschal de Rougerts. Emplâtre pour les cors. In Journal de Vandermonde, t. XL, p. 419, 1775. — Fournier. Dict. des Se. médicales. Art. Cor, t. VI, p. 525. Paris, 1815. — Roche et Sansox. Des cors. In Pathologie médico-chirurgicale, t. II, p. 461, 1828. — Bégin. Art. Cor, t. V, p. 495. In Dict. en 15 vol , 1830. — Lagneau. Art. Cor. In Dict. en 30 vol., t. IX, p. 52, 1855. — Velpeau. Thérapeutique applicable aux cors aux pieds. In Nouveaux éléments de méd. opér., t. 1, p. 448, 1829. — Wattebled. Liqueur contre les cors (sulfate de fer). In Bull. acad. méd. Paris, 1830-57, t. I, p. 271, et Gaz. des hôp., p. 84, 18i5. — Casper (de Derlin). Tétanos mortel par suite de l'extirpation d'un cor au pied. In Gaz. des hôpitaux, p. 316, 1844. — Laroche Topique à l'acide acétique contre les cors. In Ab. méd., p. 148, 1846. — Ruciîert. De clavo nonnulla. Berlin, 1840. — Neucourt (de Verdun). Efficacité de l'acide acétique dans le traitement de certaines verrues. In Gaz. des hôpitaux, p. 507, 1846. — Boyer. Des cors aux pieds. 5" édit., t. IV, p. 67, 18i7. — AsiiTON. Corwi and D unions. In Med. Times, k septembre 1852. — Mal- GAiGNE. Divers modes de traitement des cors aux pieds. In Manuel de méd. opér. 6= cdit., p. 81, 1853. — JoLiEu. Des tumeurs chirurgicales de la peau. Thèse inaug. Paris, 1835. — A. Thierry. Sur les accidents graves qui peuvent 7'ésulter de l'extirpation d'un cor. Mode de traitement. In Monit. des hôpitaux, pp. 139 et 301, 1856. — Gorju. Observations de maladies de la peau de la plante des pieds, cors, oignons, durillons, etc. Thèse inaug. Paris, 1857. — Després et Bouchut. Callosités ou cors ou durillons. In Dict. de thérap. mcd. et chir. Diverses formules thérapeutiques contre les cors, t. I, p. 204 et 205; 1866. — Follix. Traité élément, de path. ext.; durillon et cor, p. 58, t. II, 1867. — Heurtaux. Nouv. Dict. de méd. et de chir. pi-atique. Art. Cor, t. IX, p. 437, 1868. — Erichsen- (J.-E.). The Science and Art of Surgery, pp. 584 et 671, t. I, 6* éd., 1872. — Lucas-Championnwre. Diverses formules de topiques contre les cors. In Table analytique du journal de méd. et de chirurgie pratique. Première série de 1850 à 1840, p. 157-158, 1872. — Du mè.me. Teinture d'iode appliquée à la guérison des cors. Deuxième série 1850 à 1869, p. 124, 1872. — Rixdfleisch. Cor. In Traité d'histologie patholoqique, p. 508, \8'5. — Bouciiardat. Nouvelles formules magistrales ; formules diverses contre les cors, passim., pp. 137, 390, 409, 416, 460; 1876.
CORABECAS. Nation de race pampcenne (Amérique du Sud). D.
CORACO-BRACUIAL (Muscle). Muscle peu volumineux, situé à la partie interne et supérieure du bras. Il part du sommet de l'apophyse coracoïde où il se fixe sur une aponévrose assez mince, commune au coraco-brachial et à la comle portion du biceps. Ces deux muscles, d'abord confondus, s'écartent bientôt l'un de l'autre ; le coraco-brachial se dirige en bas, en arrière et en dehors ; ses
fibres charnues aboutissent à un tendon aplati qui s'insère sur le tiers moyen de la face interne de l'hume'rus, entre le brachial antérieur et le triceps brachial.
Le coraco-brachial est contenu dans la loge brachiale antérieure, c'est-à-dire qu'il est situe en avant de l'aponévrose intermusculaire interne du bras.
11 est recouvert par le deltoïde et le grand pectoral. En arrière, il est en rapport avec le sous-scapulaire dont le sépareune bourse synoviale, et, plus bas, avec les tendons du grand dorsal et du grand rond. Son bord interne est côtoyé par l'artère axillaire et par le nerf médian qu'il sépare de la face interne de l'hume'rus. Ce dernier rapport ne laisse pas que d'avoir une certaine importance en médecine opératoire, car le bord interne du coraco-brachial sert de point de repèj'e pour la ligature de l'artère axillaire au-dessous du petit pectoral.
Considéré au point de vue de ses usages, le coraco-brachial élève le bras et le porte en avant et en dedans ; il agit donc comme les fibres antérieures du deltoïde.
Il est animé par le nerf musculo-cutané qui le traverse ordinairement ; de là le nom de muscle perforé de Cassérius, sous lequel il était anciennement désigné. La seule anomalie qui mérite d'être signalée, comme étant assez fréquente, est l'existence d'un petit coraco-brachial surnuméraire, étendu de l'apophyse coracoïde à la face interne de l'extrémité supérieure de l'humérus.
CORACO-CLAVICLXAIRE. (ArTICULATIOIv). Voy. CLAVICULE, ÉPAULE, OMO- PLATE.
COR4CO-nimÉRAL (Ligament). Voy. Épaule.
coracoïde (Apophyse). Voy. Omoplate.
CORAIL {Coralliuni). Tout le monde connaît le corail, cette substance d'apparence pierreuse, habituellement de couleur rouge ou rosée, dont on fabrique de si jolis bijoux. C'est principalement un produit de la Méditerranée, et ({uoique l'on ait ignoré bien longtemps sa véritable nature, ses caractères et sa classification ne sont plus douteux aujourd'hui. 11 constitue le polypier d'une espèce de zoophyles appartenant à la classe des Cténocères de de Blainville, et sa place est marquée à côté des Lobulaires ou Alcyons, des Pennatules, des Gorgones ou mieux encore des Isis. Toutefois "on est resté fort longtemps avant de le considérer comme appartenant au règne animal. Théophraste le comparait à l'hématite, qui est une substance minérale résultant d'une des combinaisons du fer avec l'oxygène ; Dioscoride en faisait un arbrisseau marin, susceptible de se durcir à l'air, et Ovide a dit du même produit :
Sic est coiaUium qui priminn contirjcf auras Tempore. clurcscit, mollis fuit herba sub undis.
La partie employée du corail est l'axe intérieur du zoophyte ; elle résulte de la réunion des spicules dont se compose cet axe, agglomérés entre eux au moyen d'une pâte calcaire ; elle est recouverte d'une couche extérieure bien moins épaisse qu'elle qui en est la partie vivante et polypifère. Celle-ci ne s'emploie pas; on remarque à sa surface une multitude de petites élevures, ouvertes à leur centre et rayonnées à leur pourtour. C'est par elles que les polypes se montrent à l'extérieur, en faisant saillir de ces loges leur capitule tentaculaire au centre duquel est percée la bouche de chacun d'eux. Ces capitules sont d'un blanc lai-
teux, qui conlrasle avec lu couleur rougeàtre Je l'enveloppe corticale dont les colonies du corail sont recouvertes, et leur ressemblance avec des fleurs les a fait regarder pendant assez longtemps comme étant de même nature que ces dernières ; ce qui a en effet paru conlirmer l'opinion que les naturalistes se faisaient alors du corail qu'ils considéraient comme une plante. ïournefort, qui vivait au temps de Louis XIY, ne doutait pas qu'on ne dût le regarder comme tel, et le rapporter au règne végétal ainsi que les madrépores de toutes sortes qu'il comprenait sous la dénomination erronée de Uthophytes.
En 1585, le chevalier J.-B. de Nicolaï, préposé à la pèche du corail sur les côtes de Tunis, fit plonger un pécheur, en lui ordonnant d'observer si le corail n'était pas complètement mou avant d'être extrait de la mer, ou si, au contraire, il y était déjà dur comme le lui avaient sans doute rapporté les gens qui en faisaient la pèche. Cet homme ayant affirmé que le corail était déjà dur, iSicolaï. répéta lui-même l'observation et il reconnut qu'en effet il en était ainsi. En 1613, Ong de la Poitiers confirma cette observation, et il revit le suc laiteux émis par le corail dont avait parlé Nicolaï. On sait aujourd'hui que le suc qui s'échappe de la cavité nutritive des polypes, ou se produit par l'écrasement de ces petits êtres, se compose des aliments avalés par eux ainsi que de leurs œufs et de diverses autres substances provenant de leurs propres tissus. La nature végétale du corail n'en continua pas moins à être admise, et, en 1674, parut un ouvrage de Boccone, naliu'aliste de Palerme, intitulé : Recherche et observation curieuse du corail blanc et rouge, vray de Dioscoride, ouvrage dans lequel l'auteur, bien qu'il fut allé observer le corail avec les pêcheurs du détroit de Messine, disait avoir reconnu que ce n'est qu'une sorte de concrétion. Guisoni, à qui il communiqua cette o|)inion, l'exagéra encore en comparant la formation du corail aux cristallisations arborescentes que les chimistes obtiennent à l'aide de certaines dissolutions minérales et nomment arbres de Diane ou arbres de Saturne. Boccone avait cependant vu les pores étoiles, d'ailleurs si faciles à constater, qui sont répandus sur l'écorce du corail, mais il niait l'existence des fleurs qu'on y avait signalées et qui répondent à la partie individualisée des polypes. « Car, quoi que veuillent dire les apothicaires de Marseille de leurs fleurs de corail, ce ne sont selon ma pensée et mon observation, dit Boccone, que les extrémités de cette pierre qui sont arrondies et percées de plusieurs pores étoiles. Il n'y a dans le corail ny fleurs, ny feuilles, ny racines. » Cependant Marsigli, dans un Mémoire adressé à l'Académie des Sciences de Paris, essaya de faire prévaloir l'observation des « apothicaires de Marseille. » Je vous envoie, écrivit-il à l'abbé Bignon, en ce moment président de l'Académie, riiistoii'e de quelques branches de corail qui sont toutes couvertes de fleurs blanches. » 3Iarsigli raconte ensuite comment, ayant retiz'é le corail de l'eau pour en observer les fleurs plus commodément, ces fleurs disparurent; comment, l'ayant plongé dans l'eau, elles reparurent; et cependant l'idée ne lui vint pas qu'elles doivent être autre chose que de véritables fleurs, puisqu'elles étaient mobiles dans leur loge et qu'elles en sortaient pour y rentrer ensuite. Il pensa aux fleurs qui s'ouvrent ou se ferment suivant qu'il fait jour ou qu'il fait nuit, mais il ne soupçonna pas que ce pouvaient être des animaux. C'est au contraire ce qu'admit Peysonnel.
Ce sagace observateur, après avoir observé le corail sur le littoral de la Provence, eut bientôt après l'occasion de l'étudier plus en détail sur celles de Barbarie, pendant une mission qui lui fut confiée, et il compléta ensuite à la
Guadeloupe, sur d'autres espèces de prétendus lithophytes, l'ensemble de ses recherches relatives aux polypes à polypiers. On a de lui un ouvrage resté inédit, dans lequel il s'occupe de ces différents êtres. Cet ouvrage dont Flourens a donné une analyse a pour titre : Traité du corail.
Peysonnel expliqua comment ce que l'on avait cru être les fleurs du corail en constitue les animaux ; il compara ces animaux aux orties de mer, c'est-àdire aux Actinies, et il reconnut leur intestin ; quant à l'écorce, il fait remarquer qu'elle est absolument nécessaire à la croissance du corail. Il fit à cet égard une première communication en 1726 à Réaumur, mais celui-ci avait alors, comme tous les naturalistes qui habitaient loin de la mer, des idées trop pou exactes au sujet des productions qu'elle fournit pour accepter sans hésitation les remarques de son correspondant, et, bien convaincu que celui-ci s'était trompé, il crut lui rendre service en ne présentant pas son travail à l'Académie. Réaumur écrivit à Peysonnel pour lui dire non sans quelque malice : « Je pense comme vous que personne ne s'est avisé, jusqu'à présent, de regarder le corail et tous les lithophytes comme l'ouvrage d'insectes (on appelait alors insectes, non-seulement les insectes véritables, mais la plupart des animaux inférieurs). On ne peut disputer à cette idée la nouveauté et la singularité Les lithophytes et les coraux ne paraîtront jamais pouvoir être construits par des orties ou des poulpes (c'est-à-dire des polypes) , de quelque façon que vous vous y preniez pour les faire travailler. » Mais de nouvelles observations relatives à l'animalité des lithophytes furent entreprises sur les côtes de France par Rernard de Jussieu et Guettard. Réaumur, avec une sincérité digne de la grande position qu'il occupait, ne tarda pas à confesser son erreur. « J'ai montré, dit-il alors, des doutes que je n'aurais peut-être pas dû avoir, ou au moins que je n'ai pas aujourd'hui, sur la transformation faite par M. Peysonnel des fleurs du corail en petits animaux. »
Ces petits animaux et les polypiers qui les supportent ou qui, pour mieux dire, en forment les parties solides et s'endurcissent de manière à leur servir de support, ont été depuis lors le sujet de curieuses recherches parmi lesquelles se placent au premier rang celles de M. de Lacaze-Duthiers.
La bouche est le seul orifice des petits animaux du corail ; elle sert à la fois à l'entrée de leurs aliments, ainsi qu'à la sortie des excréments et à celle du produit de la génération. Son ouverture est entourée de tentacules généralement au nombre de huit, dont les bords sont festonnés et comme pectines, ce qui avait fait donner par de Blainville à la classe des polypes qui sont dans ce cas le nom de Cténocères, lequel a été parfois remplacé depuis lors par celui de Coralliaires rappelant la principale espèce du groupe auquel il s'applique. L'orifice dont il s'agit occupe le centre des mamelons, contractiles et multiradiés, qui se voient sous la couche incrustante ; la cavité intestinale qui leur fait suite se confond de son côté avec la substance de cette dernière couche, et l'on voit audessous de la partie digestive de ce système des franges verticales constituant les organes de la reproduction de ces polypes. Les ovules se développent dans ces organes, même après que la fécondation s'est opérée, et ils donnent naissance à des larves ciliées qui seront bientôt expulsées à travers l'orifice buccal. La plupart des polypiers ne supportent que des individus d'un seul sexe ; cependant il peut arriver que ces derniers soient les uns mâles et les autres femelles pour une même colonie. C'est là un des faits intéressants que M. de Lacaze a pu constater pendant la longue étude qu'il a entreprise de ces animaux.
Lu cavité digestive est aussi la voie par laquelle l'eau s'introduit dans l'intérieur des tissus du corail, et c'est cette eau qui produit par moments le gonflement dont les parties molles de ce dernier peuvent être le siège. D'ailleurs les polypes du corail, de même que ceux des autres polypiers, jouissent de la propriété de se contracter sur eux-mêmes ou de s'épanouir à volonté ; dans certains cas, l'allongement de la partie de leur corps qui liiit saillie au dehors peut être assez considérable, mais cela arrive surtout lorsqu'ils souffrent ; ils disparaissent au contraire complètement dans les bourgeons étoiles de la croûte tendre pendant leur rétraction. Leur distribution à la surface des rameaux n'a rien de régulier, mais ils sont en général plus nombreux vers les extrémités de ces derniers, et ils constituent autant d'individus distincts les uns des autres par les parties que nous venons de décrire, et au contraii'e confondus par leur base dans le parenchyme commun qui constitue la partie vivante et corticale du polypier.
C'est cette écorce \ivante qui enveloppe la substance dure et utilisable ou le véritable polypier, laquelle en constitue l'axe solide; elle est d'un rouge mat qui tranche avec la blancheur plus ou moins opaline des polypes, lorsque ceux-ci s'épanouissent à l'extérieur. On lui distingue une partie superficielle et épidermoïde, susceptible de muer, un parenchyme formant sa masse et des spicules ou coj'puscules noueux et cristallins répandus dans la substance de ce pai-encliyme, enfin des vaisseaux gorgés d'un suc laiteux. Ces vaisseaux sont de deux sortes : les uns, plus gros et situés plus profondément, sont rangés verticalement autour de l'axe pierreux ; les autres anastomosés entre eux sont répandus dans la masse du parenchyme.
C'est par bourgeonnement et par le fait d'une multiplication agame que les sujets appartenant à un même polypier, c'est-à-dire à une même colonie, se multiplient ; les choses se passent donc conmie dans les végétaux phanérogames, végétaux chez lesquels nous voyons apparaître de nouveaux rameaux par simple gemmation ; mais de même qu'il faut l'intervention des graines pour produire de nouveaux pieds, de même aussi la génération sexuelle doit intervenir lorsqu'il s'agit de l'apparition de nouvelles colonies de corail.
Après avoir erré quelque temps, les larves de ce zoophyte se fixent et elles deviennent l'origine d'autant de polypiers dont les différents polypes de plus en plus nombreux possèdent toutes les parties, bras, cavité intestinale, organes reproducteurs, spécules, etc., dont il a été parlé plus haut; toutefois ceux d'une même colonie, c'est-à-dire d'un même groupe, sont soudés entre eux par leurs parties dures, ce qui constitue le polypier propre à chacune de ces associations de polypes. Le bourgeonnement ajoute de nouveaux individus à chaque colonie, et ce mode de production s'explique par une sorte de génération alternante.
Au fur et à mesure de l'accroissement de chaque nouvelle association, un axe pieri'cux, dû à l'empâtement des spicules calcaires développés dans la partie commune des polypes, et à leur fusion résultant de l'envahissement d'un dépôt solidifié, se développe au sein même de cette colonie. Il pi'ovient de la transformation et de la consolidation des couches profondes du parenchyme cortical et de celles des parties inféiieures, par lesquelles sa masse commune i^este fixée au sol, ces dernières prenant alors l'apparence d'une sorte de souche qui supporte l'ensemble de la colonie. L'axe calcifié du corail présente habituellement la belle couleur rouge qui distingue ce polypier, et le fait rechercher comme parure; quelquefois il est plus pâle, et sa teinte devient rose; il
COftAIL. 41^
i)eut é"alciiieiU être blanc ou inènie noirâtre, ce qui constitue autant de variétés de cette substance ; mais c'est bi couleur noire le fait d'une altération particulière. Des lamelles de corail préparées avec soin et soumises au microscope permettent de reconnaître la structure de ce polypier. C'est ce que Réaumur et Swammerdam avaient déjà constaté, sans être arrivés toutefois, sous ce rapport, à une notion aussi exacte que celle que l'on a pu oljtenir depuis et dont on trouvera la description dans les auteurs récents.
Une analyse ciiimique du corail a été faite par le chimiste allemand Vogel. Selon lui, celte substance renfermerait 0,04 d'oxyde de fer déterminant sa coloration ; 0,27 d'acide carbonique; 0,50 de chaux; 0,03 de magnésie et 0,01 de sulfate de chaux, plus une petite quantité de matière organique ; mais cette analyse aurait besoin d'être refaite. M. Frémy doute que la matière colorante du corail soit de nature ferrugineuse ; il la suppose organique.
On comprend qu'un polypier aussi singulier et d'une couleur à la fois si [lersistante et si agréable à l'œil ait attiré depuis longtemps l'attention des populations qui pouvaient se le procurer; aussi est-il devenu l'objet d'une recherche spéciale. La pêche du corail se fait depuis une époque très-reculée dans les parages où les zoophytes de ce genre se développent. C'est plus particulièrement sur les côtes de Barbarie, en Sicile, en Corse, dans plusieurs localités du littoral de la France et de l'Espagne, qu'on la pratique. Il n'y a pas moins de sept à huit cents ans qu'elle est en activité sur la plupart des points que nous venons de mentionner, et dès le douzième siècle Mers-el-Djoun, petit port située en Tunisie, lui devait sa prospérité. Le corail est en effet indiqué comme le principal objet du traité conclu en 1167, entre le maître de Tunis et les Pisans, et ce fut pour s'en faciliter la possession que ces derniers fondèrent un étai)lissement à Tabargue. Les pêcheries avoisinant la ville de Boue sont mentionnées dès l'année 1500. Plus tard, l'exploitation du corail passa aux Catalans, et l'on sait par un document qui remonte à 1 459 qu'ils payaient à cet effet une redevance aux Tunisiens. On a aussi la preuve qu'en 1440 les Génois péchèrent le corail devant Bone, et de nos jours il s'en prend encore au fort, peu éloigné de cette ville, qui a consei'vé leur nom. André Doria ne dédaigna pas d'être le fermier de la pêcherie de Bone. Ce fut au seizième siècle que la Fi\ance s'associa à cette exploitation, et en 1551 une embarcation marseillaise, montée par un patron corse, se mêlait aux corailleurs génois dans les eaux de Tunis. Dix ans plus tard deux négociants de la même ville, Thomas Linches et Carlin Didier, fondèrent, à douze lieues à l'est de Bone et à trois lieues à l'ouest de La Calle, un premier établissement français. Us se ruinèrent, il est vrai, mais comme le corail des côtes barbaresques était reconnu supérieur à celui des mers d'Italie, (le Provence et d'Espagne, une autre compagnie française s'établit qui fonda successivement les comptoirs du Cap roux, de Collo, de Djijelly et de Bougie. En 1594, le centre de ses opérations fut transporté à La Calle, qui est restée depuis lors, non sans quelques alternatives de succès et d'insuccès, le piincipal point de l'exploitation française.
On compte aujourd'hui à La Calle à peu près 400 bateaux corailleurs, ce qui comporte une population maritime de 2000 hommes environ se livrant à cette exploitation. Ce sont exclusivement des Italiens ou des Maltais, mais ils sont tous sous pavillon français.
Voici quelques détails relativement à l'exploitation du corail par les pêcheurs de La Calle. Parle traité du 20 mars 1604, préparé à Alger par Savary de
Brèves et conclu à Constantinople avec Amiirat III, cette pèche fut spécialement réservée à la France. Sous Louis XIII, en 1619, le duc de Guise, gouverneur de Provence, en racheta la concession et il lui donna une nouvelle activité en , en confiant la direction à un agent intelligent, appelé Sanson Napollon.
Sous Louis XV, la compagnie des Indes se substitua à la compagnie française dans rexploitaVion du corail, qui avait alors pour principaux, débouchés l'Asie Mineure et l'Inde elle-même, mais à la société des Indes succédèrent la société Auréol de Marseille, et, en 17 M, une autre société dite d'Afrique, qui avait son centre à Marseille et qui recrutait ses matelots dans cette ville ; cette tranquille exploitation fut troublée en 1780, par suite de l'admission dos corailleurs corses dans les pêcheries, et, en 1791, un décret déclara libre la pêche du corail sur les côtes de Barbarie ; le transport à Livourne du corail péché par les Corses créa aux fabricants marseillais une redoutable concurrence, concurrence qui s'accrut par l'intervention des Napolitains et des Génois, auxquels l'accès des pêcheries fut ouvert par la suppression de la compagnie d'Afrique, survenue le 19 pluviôse de l'an II. Ce ne fut qu'en 1832, deux ans après la prise d'Alger, que la France rentra dans ses droits, administralivement du moins, car la pratique de la pèche continua à rester entre les mains des étrangers et nous avons dit plus haut qu'elle y est encore. L'industrie du coi-ail a subi de son côté le même sort ; très-active à Marseille et à Nice, elle s'est développée avec une égale activité dans plusieurs villes de l'Italie.
Toutefois, depuis un certain nombre d'anne'es, les procédés à l'aide desquels on se procure le corail se sont notablement améliorés. A l'engin consistant tantôt dans une croix de bois lestée par une grosse pierre, tantôt en une croix de fer accompagnée de crampons et attachée à une longue corde, qu'emploient encore quelques pêcheurs corses ou génois, et qui servent à racler les londs habités par le corail, pour en recueillir dans un filet attaché à ces primitifs appareils ce que le hasard leur permet d'arracher du sol sous-marin, on a substitué dans différents parages, sur les côtes africaines comme sur celles de l'Italie, de la Provence et du Roussillon, l'emploi du scaphandre. Un homme revêtu de cet appareil, aujourd'hui bien connu et dont l'usage tend chaque jour à se généraliser, descend sous l'eau par des fonds de vingt à vingt-cinq brasses et ramasse le corail, comme on cueillirait des fleurs dans un pré ou sur un monticule ; car la mer présente par endroits de semblables aspects. Le corail peut de la sorte être choisi avec discernement, ce qui permet de n'arracher que les pousses capables d'être utilisées et sans occasionner les dégâts ni les pertes irréparables de l'ancien procédé. C'est ce dont j'ai pu m'assurer en visitant, à bord du garde-côte le Favori, capitaine Trotahas, les corailleurs de l'île Sainte-Marguerite dans le golfe de Cannes, ceux du cap Couronne, près de Marseille, et ceux du cap Abeille, peu éloigné de Port- Yendrcs. Quelle différence avec ces misérables flottilles encore armées à l'ancienne manière, que l'on rencontre sur quelques points de notre littoral, et dont les équipages consument leur temps et épuisent leurs forces dan& la récolte d'échantillons le plus souvent fracturés, ne constituant qu'une faible partie des zoophytes arrachés à l'aide de leurs engins ! Quelques accidents, parlois même la mort de pêcheurs au scaphandre, ont été, il est vrai, constatés, mais ne sont-ils pas dus à l'imprudence d'hommes trop ardents au travail ou au o-ain qui veulent descendre au delà des profondeurs qu'on ne peut dépasser sans subir une pression trop forte, ce qui leur fait éprouver, lors de leur
retour à l'atmosphère, des phénomènes d'asphyxie comparahles à ceux dont les aéronautes ont à souffrir de leur coté, lorsqu'ils s'élèvent dans l'air à une hauteur trop considérable ? Les compagnies qui ont armé pour la pèche au scaphandre et tous les corailleurs qui se sont livrés à cette pêche avec les précautions qu'elle commande n'ont eu qu'à se louer de cette innovation, et nous avons vu sur notre littoral ces embarcations l'apportant de très-beaux produits, cotés de 50 à 60 francs le kilogramme. Chaque immersion du scapliandre dure environ une demi-heure, et dans certains endroits un plongeur habile peut ramasser pendant ce temps près d'un kilogramme de corail. Nous priâmes un jour un de ces hommes, au moment où il s'apprêtait à descendre pour faire sa cueillette sous-marine, de nous rapporter intacts, en remontant, les plus beaux échanlillons qu'il pourrait se procurer. Après être resté sous l'eau pendant le temps ordinaire, il revint avec son sac bien garni et en tenant à la main un magnifique arbre de corail composé de plusieurs branches, haut dans son ensemble de 0"',50 et large de 0"', 25; pas une seule des branches n'avait été brisée. C'était, nous dit-il, le plus bel échantillon qu'il eût encore trouvé au même endroit.
On réussit, au moyen d'aquariums bien entretenus, à conserver assez lono-temps des rameaux de corail en vie, et j'ai moi-même gardé pendant plus d'un mois, à Montpellier, quelques exemplaires de ce zoophyte que je m'étais procurés du côté de Port-Yendrcs.
Ce ne sont pas seulement les peuples européens ou d'origine européenne qui recherchent cette substance comme ornement : ceux de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, en font également usage et ils en emploient des quantités fort considérables. Marsigli citait comme une des causes qui tendent cà conserver à cette substance sa valeur, malgré la pêche active qui s'en fait annuellement, l'habitude où sont les Mahoniétans de l'Arabie Heureuse « d'ensevelir les morts avec un chapelet de corail, qui reste de cette sorte dans la terre. »
Le corail [Corallium rubrum) se rencontre surtout dans la Méditerranée, aux localités dont il a déjà été question dans cet article ; on le trouve à l'état fossile sur quelques points de l'Italie, dans des terrains de formation peu ancienne. 11 existe du corail à l'état vivant sur quelques autres points du globe, mais il n'y donne lieu à aucune exploitation régulière. On cite en particulier à cet égard les îles du cap Vert et Ceylan. M. Dana a rapporté au même genre une espèce des iles Sandwich à laquelle il donne le nom de Corallium secundum ; toutefois cette espèce devrait peut-être constituer un genre à part. Le Corallium Beckei est une autre espèce fossile dans la craie de Faxoë, en Danemark.
Le corail a été employé en médecine comme tonique, comme absorbant et comme astringent, mais il ne possède d'une manière spéciale aucune de ces propriétés, étant essentiellement formé de carbonate de chaux uni à un peu de gélatine. On ne s'en sert plus que pour la fabrication de poudres et d'opiats dentifrices. Ainsi que nous l'avons dit, sa couleur varie du rouge au rose et au blanc, mais il est le plus habituellement rouge ; quelquefois il est de couleur noirâtre et on l'appelle alors corail noir; mais, dans ce cas, il doit cette couleur à l'altération qu'il subit dans certains cas après la mort des polypes. Le nom de corail noir est aussi appliqué à la tige d'un polypier appartenant à un autre groupe, qui est particulièrement répandu dans la mer des Antilles, et que les zoologistes appellent Antipathe.
Quant aux coraux dont parlent les navigateurs, et qui forment dés récifs ou se rencontrent sur les atoles qui sont les iles madréporiques de l'Océanie, ce sont
(.les polypiers encore différents de ceux-là {Madrépores et Astrées) ; il en sera question à l'article Polypes. P. Gerv.
CORAIL DE MER. Un des noms du Salicornia fniticosa L. {voy. Salicorne). Pl.
CORAIL DE PÊCHEURISï. Voij. PloNGEORS.
CORAIL DES JARDll\'S. On donne d'ordinaire ce nom au Capsicitm annuum {voy. Piment). Pl.
CORAL-PLAIVT (Plante-Corail) . C'est une plante dont les semences sont très-purgatives, le Jatropa muUifida L., que les Européens de l'Inde cultivent dans leurs jardins , sous le nom de Coral-Plant. Ce nom lui vient de ce que les sommets fleuris de cet arbrisseau ont l'aspect du corail. D.
CORALLll\E, Corallina (Botanique). Genre d'Algues calcifères qui tire son nom de sa ressemblance avec les polypiers ; elle a été longtemps confondue avec eux. Cette Algue l'ait partie de la division des Floridées ou plus exactement des Rhodospermées de Harvey; elle entre pour une part dans le mélange de •ces plantes connu sous le nom de Mousse de Corse; une des espèces, le C. officinalis L., a été considérée comme un puissant anthelminthique. Abondante sur les plages rocailleuses, la Corallinc apparaît sous forme de petits disques aplatis, incrustés de calcaire, autrefois décrits sous le nom de Millepora lichenoïdes, elle se développe en formant des touffes de frondes cylindriques, ténues, articulées, ramifiées, d'une teinte pourprée ou verdâtre pâlissant à l'air ; la Coralline devient tout à fait blancbe et cassante en se desséchant, ce qui est dû à la grande quantité de carbonate de chaux dont elle est incrustée, mais dont il est facile de la débarrasser par un acide, quand on veut en étudier l'organisation. L'odeur de cette Algue est très-désagréable même après avoir été conservée à sec plusieurs années ; elle se reproduit par des spores disposées en rangées longitudinales de quatre à l'intérieur de conceptacles ou Céramides supportés par un court pédicelle et qui se développent à l'aisselle des ramifications de la fronde. J. de S.
CORALLLVE (Chimie). On a désigné sous ce nom deux substances dérivées l'une de l'autre, et qui sont la coralline jaune et la coralline rouge.
1° Coralline jaune. Cette matière porte ordinairement le nom d'acide rosolique. On l'obtient en traitant l'acide phénique par l'acide oxalique et l'acide sulfurique.
Elle se présente sous forme d'une masse verte à reflets dorés. Elle donne une solution pourpre avec les alcalis et rouge orangé avec l'alcool. Sa formule paraît être C"H*0^ Cette matière colorante, comme tant d'autres, devient incolore sous l'action des réducteurs, et reprend sa couleur propre sous celle des oxydants.
La coralline jaune sert à la prépai'ation d'une autre matière colorante appelée amline. Elle est directement employée pour l'impression et la teinture des étoffes et papiers peints, soit seule, soit associée à la fuchsine, ce qui donne une belle couleur rouge cerise. La coloration qu'elle produit est jaune orange trèsriche. Elle a été découverte, en 1859, par Jules Persoz.
2o Coralline rouge. Découverte par le même cliimiste, elle porte aussi le nom àe péonine {de Pœonia, pivoine). On l'obtient en chauffant la coralline jaune avec l'ammoniaque; elle est précipitable, comme la précédente, par les acides.
La corallme rouge est insoluble dans l'eau et soluble dans l'alcool. Cette dernière propriété permet de la distinguer d'un grand nondjre d'autres matières colorantes, lorsqu'elle est fixée sur une étoffe. Il suffit de laver celle-ci avec de l'alcool pour l'extraire. Sa teinte rappelle celle de la pivoine. Elle n'est pas ti'èssolide, les acides la font virer au jaune.
Pour l'employer, on la dissout dans l'alcool, on ajoute de la soude, de l'eau, et assez d'acide tartri(jue pour tendre à la mettre en liberté, sans toutefois la précipiter. 11 suffit de plonger dans cette solution les étoffes convenablement préparées. On peut également s'en servir pour l'impression sur tissu albuminé en l'épaississant avec de la gomme et en ajoutant du tannin.
Action sur l'économie. La coralline est-elle ou non toxique ? Cette question a reçu deux solutions diamétralement opposées.
MM. Tardieu et Z. Roussin ont publié, dans les Annales d'hygiène et de médecine légale (2^ série, t. XXXI), un mémoire à l'occasion des faits suivants :
Un sujet, jeune et bien constitué, fut atteint aux pieds d'une éruption vésiculeuse très-aiguë et très-douloureuse, ressemblant à un eczéma.
Cette éruption présentait ceci de particulier, qu'elle reproduisait la forme de dessins imprimés à la coralline, sur les chaussettes dont la personne en question s'était servie.
Plusieurs faits analogues furent observés par M. Bidard, professeur de chimie à Rouen, et par d'autres confrères. Le fait de la production d'une éruption sur la peau en contact avec le vêtement coloré est donc bien acquis. Les auteurs de ce mémoire entreprirent alors une série d'expériences à la suite desquelles ils crurent pouvoir affirmer que la coralline était un violent poison.
Ces conclusions ne tardèrent pas à être attaquées.
Dans un mémoire présenté à l'Académie des sciences le 28 juin 1869, M. Landrin rapporte les expériences suivantes, faites en collaboration avec le docteur Landrin, son frère, et MM. Babaut et Bourgougnon :
1° L'un des expérimentateurs plonge très-fréquemment les inains et les bras dans un bain de coralline, et il n'en résulte pour lui aucun inconvénient.
2° La coralline ingérée dans l'estomac sous forme de poudre ou d'alcoolé, et injectée dans le tissu cellulaire par la méthode hypodermique, ne produit absolument aucun effet toxique. Nulle trace d'inflammation dans la bouche des chiens ou chevaux, bien que les parois de celle-ci soient rouges de coralline. Pas de diarrhée, pas de claudication des membres injectés, pas de vomissements. Le prétendu poison passe dans les fèces d'où on peut l'isoler avec facilité.
Si on abat un cheval vingt-quatre heures après l'ingestion de la coralline, on trouve cette dernière en grande abondance dans les poumons, conformément à l'observation de MM. Tardieu et Roussin. Au septième jour, elle a complètement disparu, et les poumons présentent la couleur habituelle.
3" Des chaussettes ayant été teintes à la coralline par les expérimentateurs, ceux-ci ont pu s'en servir sans aucun inconvénient. Chez l'un d'eux, la matière colorante avait déteint sur la peau qui était ainsi colorée en rouge, sans que ce contact évident ait produit le moindre accident.
Ces expériences ont été tentées d'abord avec de la coralline pure, puis avec deux échantillons différents de coralline du commerce, et enfin avec un échan-
lillon de coralline donnée par M. Persoz : les résultats ont toujours été les mêmes, en opérant sur des chevaux, chiens, lapins et grenouilles (pour ces deux derniers animaux, la coralline a été donnée en poudre, à cause de l'action toxique très-vive que l'alcool exerce sur eux).
Ces essais furent confirmés par ceux de M. Guillot {Comptes résidus de l'Acad. des sciences, séance du 9 août 1869). Cet expérimentateur constata son innocuité, quel que soit le mode d'introduction dans l'économie. Les grenouilles notamment et les sangsues vivent dans de l'eau teinte par la coralline au millième et même au cinq-centième. Une grenouille peut absorber sans accident un décigramme de coralline. L'auteur a porté des chaussettes teintes par lui avec celle substance, sans en ressentir le moindre effet.
Enfin, les teinturiers auxquels je me suis adressé pour résoudre cette question m'ont répondu qu'ils considéraient la coralline comme inoffensive, et que les ouvriers qui s'en servaient n'éprouvaient pas d'accident, bien qu'ils en eussent les mains et les bras couverts.
Plus tard, M. Landrin {loc. cit., séance du 8 novembre 1869) constata que la coralline jaune n'était pas plus vénéneuse que la rouge, même à doses élevées. On peut conclure de tous ces faits :
1° Que la coralline (jaune ou rouge) n'est pas toxique par elle-même, contrairement à l'opinion avancée par MM. Tardieu et Roussin,
2" Mais (jue, dans certains cas, elle peut être associée à des substances toxiques par le teinturier ou le fabricant, et qu'elle produit alors les accidents observés par ces deux expérimentateurs.
Yoici, d'après les mêmes auteurs, les caractères différentiels des matières rouges tinctoriales qu'on pourrait confondre avec la coralline :
[" Le rouge de garance ne se laisse pas altérer par des solutions contenant 3 à 4 pour 100 d'acide chlorhydrique ou d'ammoniaque. C'est le plus résistant des rouges organiques.
2" Le rouge de cochenille plongé dans une liqueur ammoniacale vire au violet, et communi([uc au liquide une teinte violette très-vive.
5» Le roîige à la murexide blanchit rapidement au seul contact d'une solution d'acide citrique.
4° Le rouge de carthame est complètement décoloré par une courte ébullitiou dans une solution de savon à 1/2 pour 100.
5" Le rouge d'aniline se décolore très-rapidement par le contact de l'amnio-
niaque, mais la couleur reparaît soit par l'addition d'un acide, soit par la seule
évaporation de l'alcali. L'appareil de Marsh peut y déceler des traces d'arsenic.
6" Le rouge à la coralline ne se dissout pas dans l'eau froide. Il cède un peu
de couleur à l'eau bouillante, mais il se décolore beaucoup plus rapidement et
nlus complètement dans l'alcool bouillant. Les liquides alcalins ne font pas virer
la couleur ; les acides précipitent la matière colorante en flocons jaunâtres.
Pour reconnaître un tissu teint en rouge par la coralline, il sufïit de couper
jnorceau de l'étoffe et de la mettre en contact avec de l'alcool à 85" centési-
aux bouillant. La liqueur alcoolique se colore en rouge vif, et le tissu, presque
ilélement décoloré, prend une teinte jaune abricot. L'addition d'ammoniaque
1 Isolasse caustique au liquide rouge alcoolique ne fait qu'aviver la couleur,
t re essentiel qui différencie nettement la coralline du rouge d'aniline, car
T^ s condllions los liquides ou les tissus teints par cette dernière substance
2'^ lorent rapidement et d'une manière complète. P. Coulier.
CORBI-N. 421
CORAY (Adamance). Savant médecin et profond philologue, né à Smyrne le 27 avril 1748, d'une famille originaire de Chio. Outre les langues anciennes, il cultiva de bonne heure les langues vivantes, et pour compléter ses études il vint en France où il se fixa définitivement. Il suivit les cours de médecine à l'École de Montpellier et, après y avoir pris le bonnet de docteur, il se rendit à Paris, et là ses travaux, sa rare modestie, lui concilièrent bientôt l'estime et l'affection du monde savant ; doublement Français par le cœur et par la naturalisation, il passa toute sa vie dans notre pays et mourut dans un âge trèsavancé le 6 avril 1855.
Ses travaux en médecine consistent surtout dans des traductions soit d'ouvrages pratiques, soit d'ouvrages historiques, mais son plus beau titre de gloire est assurément sa traduction du livre d'Hippocrate, Des airs, des eaux et des lieux, qu'il a enrichi de notes et de leçons très-savantes et très-judicieuses : MM. Littré, Daremberg, ces juges si compétents, font le plus grand cas de ce travail.
Voici la liste de ces écrits :
I. Médecine clinique, traduite de l'allemand de Selle. Montp., n87, iii-8°, 2 vol. — II. Introduction à l'cfude de la nature et de la médecine, tind. de l'allemand, du même. Montp., nOo, in-S". — III. Le vade-mecum du médecin ou Précis de médecine pratique, extrait des ouvrages des plus célèbres médecine, trad. de l'anplais. Paris, 1790, in-8°. — IV. Esquisse d'une histoire de la médecine et de la chirurgie depuis le commencement jusqiiànos jours, traduct. de rang:lais de Black. Paris, 1708, in-H". — V. Traité des airs, des eaux et des lieux, d'HippocRAiE, avec le texte grec collationné sur deux manuscrits, avec des notes critiques, historiques et médicales (ouvr. cour.). Paris, an IX (1800), in-S", 2 vol.; 2« édit. sans notes avec la loi, et un opusc. de Galiex sur les qualités d'un tncdecin philosophe. Paris, 1816, in-8°. — VI. Gai.iln et Xénochate, sur la nourriture tirée des animaux aquatiques, en grec avec notes. Paris, 1814, in-8°. E. Bgd.
C0RBE.4U. Le Corbeau ordinaire [Corviis corax) est un passereau conirostre, remarquable par la force de son bec, ayant les narines basales couvertes de plumes sétacées et dont les ailes atteignent le bout de la queue, qui est arrondie; ses tarses sont largement scutellés ; il est entièrement noir et il dépasse en dimension la corneille (C cornix) ainsi que le freux (C. fregilegus), etc., oiseaux du même genre que lui. 11 vit habituellement par bandes, recherche les forêts ou leur lisière, surtout les parties cnsemensées, et a un régime omnivore. Sa chair est de mauvais gotit ; elle exhale une odeur désagréable, ce qui n'empêche pas qu'on la mange, surtout celle des jeunes ; celle de la corneille est préférable. On trouve le corbeau depuis les parties septentrionales de l'Asie jusqu'en Islande.
La famille à laquelle cet oiseau sert de type reçoit le nom de Corvidés ; les naturalistes la partagent actuellement en plusieurs genres et les espèces en sont assez nombreuses. Quelques-unes ont le plumage en partie grisâtre, bleu ou jaune, et il en est d'assez élégantes dans leur mode de coloration, particulièrement dans le genre Pie.
Le Corbeau et espèces voisines ont passé pendant longtemps pour jouir de certaines propriétés thérapeutiques. On employait leur cervelle ou la cendre de leur chair contre l'épilepsie, et leur graisse ou leur sang passaient pour empêcher les cheveux de blanchir; leurs œufs ont été recommandés contre la dysenterie.
P. Gerv.
CORBTO (Pierre-Eusèbe). Né à Orléans, Loiret, vers 1800, est mort dans la même ville en juillet 1855. Il se destina d'abord à l'enseignement, et commença
422 CORCHORUS.
par être professeur de rhétorique ; mais entraîné par son goût pour la médecine, il renonça à cette carrière, et se rendit à Lyon pour y faire ses études médicales. Là il sut mériter la faveur de Pointe, médecin de l'Hôtel-Dieu et professeur suppléant de clinique interne, et se forma à ses leçons. 11 alla ensuite achever ses études médicales à Paris, où nous le trouvons successivement élève de l'École pratique, puis interne des hôpitaux; reçu docteur en médecine le 22 août 1829, il fut nommé peu après chef de clinique à l'hôpital de la Charité, et s'acquitta de ses fonctions avec distinction pendant deux ans ; c'est à cette époque qu'il publia ses excellents mémoires dans les Archives générales de médecine. Il retourna finalement dans sa ville natale pour y pratiquer la médecine, et fut nommé médecin des hôpitaux. Cet excellent praticien n'a laissé que de bons souvenirs dans l'esprit de ses concitoyens.
Corbin s'est donné volontairement la mort ; nous ne connaissons pas les causes qui l'ont porté à cet acte de désespoir. Il était célibataire et a laissé une fortune de plus de li^ois cent mille francs , dont il a disposé en faveur de fondations utiles et publiques.
Nous citerons de lui :
I. Propositions de médecine et d'anatomic pathologique. Thèse de Paris, 1829, n" 210. — II. Instruction jyratique sur les diverses méthodes d'exploration de la poitrine, l'auscultation, la percussion, la succussion, l'application de la main et la mensuration. Pari?, 18Ô1, in-18. Trad. holl. par J.-A. van Aort. Leewarden, 1837, gr. in-8°. — III. Observations de hernies étranglées par le col du sac. In Arch. gén. de méd., l" sér., t. XXt. p. 596, 1829.— IV. De l'état du foie dans plusieurs cas d'ictère. Ibid., t. XXIII, p. 217, 1830 — V. Observations Sîir quelques cas d'iléus et sur le rétrécissetnent de l'intestin. Ibid., t. XXIY, p. 214, 1830. — VI. Sur les perforations intestinales considérées sous le rapport de l'anatomie pathologique. Ibid., t. XXV, p. 56, 1851. — VU. De l'oblitération des veines comme cause d' œdème ou d'hydropisie jmrtielle, spécialement dans les membres inférieurs. Ibid., t. XXV, p. 497, 1851. — VIII. Recherches sur la médecine et l'anatomie pathologique, la thérapeutique médicale et chirurgicale. Paris, 1852, in-S". — IX. Articles in Journ. univ. et hebd. de méd., et Journ. complém. du Dict. des se. mcd. L. Hn.
CORCnORUS (L.). Genre de Tiliacées, de la tribu des Tilices, dont les fleurs sont 4, 5-mères avec des sépales valvaires, des pétales alternes, nus à la base, imbriqués, deux fois autant d'étamines ou, plus souvent, un nombre indéfini d'étamines dont le mode d'insertion est variable, à cause des modifications que présente la configuration du réceptacle. Les filets sont libres et les anthères, petites et biloculaires, s'ouvrent par deux fentes longitudinales. Le gynécée est formé d'un ovaire libre, à 2,5 loges multiovulées, surmonté d'un style simple dont le sommet stigmatifère est entier ou crénelé. Le fruit est capsulaire, loculicide et de forme très-variable, tantôt court et presque globuleux, tantôt plus ou moins allongé, cylindrique, glabre, échinulé ou muriqué à la surface. Ses graines sont nombreuses. Leur embryon albuminé, souvent incurvé, a des cotylédons foliacés. Les Cor chorus sont des plantes tropicales de toutes les parties du monde, souvent herbacées, parfois frutescentes, chargées depoils simples, quelquefois étoiles. Les feuilles sont simples, serrées, et les fleurs sont axillaires, oppositifoliéés ou latérales, accompagnées de bractées et portées en nombre variable sur un pédoncule commun. Plus rarement elles sont solitaires ; leur corolle est ordinairement jaune.
Dans quelques Corchorus, il y a des ctamines stériles et pétaloïdes, au nombre de cinq. L'insertion varie, nous l'avons dit, suivant la forme du réceptacle. Le plus souvent, ce dernier ne proémine que fort peu au-dessus de l'insertion du calice et de la corolle ; de sorte que l'insertion des étamines est sensiblement
CORDE (de la). 425-
la même que celle du périanthc. Mais dans un certain nombre d'espèces, d'ailleurs oénériquement inséparables des autres, telles que le Corchorushirsutus,\e réceptacle, après avoir porté la corolle, s'élève sous forme d'une colonne cylindrique dont le sommet se dilate en une sorte de chapiteau aplati ou de disque circulaire sur lequel repose le gynécée entouré de l'insertion des étamines. Il y a d'ailleurs des Corchonis, comme ceux que nous avons nommés Neltoa, où les loo^es ovariennes sont très-incomplètes et où les placentas multiovulés sont absolument pariétaux.
Les Corchonis sont, comme la plupart des Tiliacées, des plantes riches en eau et en substances gommeuses ou mucilagineuses. Aussi sont-ils peu actifs et s'emploient-ils, sous le nom de Gorètes, comme émollients, adoucissants, pectoraux, bérliiques, alimentaires même. Tel est le C. Antichoriis ou depressus, dont Linnéfils avait fait un genre sous le nom de Antichorm depressus, et queForskhal nommait Jussiœa edulis. C'est, en Abyssinie, une plante potagère et comestible. Tels sont encore les C. acutangidiis L., capsularis L., tridens L. et olitoriush. Les semences de ce dernier sont, dit-on, purgatives. C'est d'ailleurs une plante célèbre par les propriétés textiles de son liber, qui constitue principalement le fd de Jute ou Paat dont nous importons des quantités considérables de l'Asieel de l'Afrique tropicale. Les Jutes sont aussi formées parles C. capsidaris, aciitangulus, tridens, irilocxdaris, etc. Il y a aussi des Corchorus tinctoriaux. Le C. œstuans, employé comme émoUient en Sénégambie, est identique, croit-on, au C. trilocularis . En médecine, toutes ces plantes servent aux mêmes usages à peu près que les Mauves et Guimauves. Ainslie {Mat. ind., II, 389) dit que dans l'Inde on mêle au miel les cendres du C olitorius et qu'on donne ce mélange deux fois par jour contre les obstructions des viscères de l'abdomen.
Le Corchorus de Tournefort est une Rosacée, le Kerria japonica {voij. Kerria).
H. Bn.
Linné. Gen., n. 675. — Juss., Gen., 290. — I.amk. Dict., II. 103; Supplem., III, 549; III., t. 478.— Endl., Gen., n. 5371. — Mér. et Del., Dict. Mat. médic, 11,427. — Rosenth., Synops.pl. diaphor., 750. — Benth. et Hook. f., Gen., I, 235, 986. — H. Bx., in Adansonia, X, 192 ; Histoire des plantes, lY, 167, 180, 181, 190, fig. 182-194.
CORDE (Maurice de la). A lui-même latinisé son nom de deux manières différentes : Cordatus (1574), dans sa traduction des Maladies des jeunes filles ; Cordiciis (1585), dans sa traduction du premier livre des Maladies des femmes. 11 était de Reims, et fut, dit-on, reçu docteur-régent en 1559. C'était, l'époque des grandes luttes religieuses, et Maurice de la Corde, qui appartenait à la religion réformée, y joua un rôle qui montre bien l'intoléi'ance des partis. Ces discussions, intéressantes au point de vue de l'histoire, nous ont parumériter quelques détails.
En 1562, l'année même de la première prise d'armes des calvinistes, Arnoul, élu recteur de l'Université, fit souscrire dans ce corps une formule de foi qui astreignait tous ses membres à la rigoureuse observance de l'orthodoxie catholique. Les Facultés de droit, de médecine et des arts, souscrivent à cette formule qui avait été rédigée par la Faculté de théologie. Tous les suppôts de l'Université, y compris les libraires, relieurs, parcheminiers etc., y furent soumis, et ceux qui refusèrent leur adhésion se virent impitoyablement rayés des contrôles de la Faculté à laquelle ils appartenaient. De ce nombre furent Maurice de la Corde et cinq autres docteurs protestants comme lui, qui avaient cru prudent de quitter Paris, lors des premières hostilités. Mais l'année sui-
424 CORDE (de la).
vanle, après l'cdit de pacification d'Amboise (19 mars 1563), ils rentrèrent à Paris et, s'appuyant sur les termes de l'édit, réclamèrent leur réintégration sur les registres de la Faculté ; celle-ci, fidèle à la décision de l'Université, s'y refusa opiniâtrement. II ne fallut rien moins pour triompher de cette résistance qu'un ordre exprès du roi qui voulait alors ménager les huguenots ; mais au bout de quelques années, la guerre, sourde d'abord, puis patente, s'étant rallumée, la Faculté en profita pour rentrer dans les errements de 1562, et procéder à la radiation des dissidents. Le cas de Maurice de la Corde s'était même aggrave : dans une vespérie* qu'il présidait, il s'était livré à une violente diatribe contre la religion catholique, engageant le récipiendaii^e à embrasser la Réforme. La chose était allé fort loin, et menacé d'un procès criminel, de la Corde n'avait échappé à une condamnation sérieuse qu'après avoir fait amende honorable , et sur la promesse formelle de rentrer dans le giron de l'Eglise. En 1570, de nouveaux événements s'étaient accomplis ; la paix hypocrite qui devait conduire au massacre de la Saint-Earthélemy avait rendu la confiance aux huguenots, et de la Corde ainsi que ses coreligionnaires avaient de nouveau fait profession de calvinisme. Des lettres rendues sur requête au roi (19 mai 1571) ordonnent leur réintégration dans tous leurs droits, ce que la Faculté ne paraît pas leur avoir accordé, car nous les trouvons encore en instances en 1575 ; l'Université exigeait que de la Corde se présenfât devant tout le corps réuni en assemblée solennelle. Celui-ci, sentant bien qu'il n'avait rien à espérer de ce côté, passe par-dessus la tète du lecteur, s'adresse au Parlement et en obtient un arrêt qui ordonne sa réhabilitation; le recteur maintien l'interdiction et il faut qu'un conseiller de la Cour se présente à l'assemblée de la Faculté pour exiger l'exécution d'un nouvel arrêt confirmatif du précédent. Malgré la résistance du doyen, de la Corde s'étant déclaré catholique, fut rétabli dans son titre, mais sans droit de présidence, dans la dernière séance de l'année 1574. En effet, je trouve sur le registre des actes de la Faculté pour 1574 (t. VIII, fol. 13) Maurice de la Corde inscrit en toutes lettres sur la liste des docteurs
régents.
Les historiens catholiques ont vivement incriminé les revendications de cet « obstiné huguenot. » En réalité , il ne paraît pas avoir apporté une grande fermeté de principes dans tous ces débats; il le dit lui-même dans une supplique au recteur : « Pendant qu'il a été permis de suivre les deux religions, j'ai pratiqué celle qui m'a semblé la meilleure » ; mais quand ce ne fut plus permis, eh bien , alors, il promet, puis refuse, et enfin, il finit par reprendre celle qui ne lui paraissait pas la meilleure. Le doctorat à Paris valait bien une messe. Tout cela n'est assurément pas d'un sectaire bien rigide, ni d'un huguenot aussi obstiné que l'ont voulu dire ses adversaires, mais la manière dont il a soutenu cette lutte opiniâtre dénote sans contredit un homme fort habile et un esprit fort adroit. C'est qu'en effet Maurice de la Corde était un savant réellement très -distingué. On lui doit les plus anciennes traductions de l'opuscule mutilé sur les Maladies des jeunes filles, et du livre premier des Maladies des femmes, qui se trouvent parmi les œuvres d'Hippocrate. Ces traductions sont suivies, selon l'usage du temps, de très-longs commen-
' La vespérie était un acte qui précédait de quelques jours la prise du bonnet. Elle était présidée par un docteur-régent, qui prononçait un dis(;ours lalin sur les devoirs que le récipiendaire aurait à remplir.
GORDON OMBILICAL (anatomie). 42a
taires dans lesquels sont exposées surtout les doctrines d'Aristote et de Ga-
lien. En voici les titres :
L Hippocratis Coi Ubellus nspl napOsviuv, hoc est de ils quœ virginibus accidunl. Parisiis, 1574 in-8°. — II- Libri prier is de morbis muUcrum interpretalio, etc. Parisiis. 1585, in-fol. Basileœ, 1580, iii-4°, in (hjnœc, t. III, et in Spacuii Gynœc. Argentor., 1597, in-fol.
E. Bgd.
CORDE DORSALE. Voy. R.\CHis (développement).
CORDE DU TYMPAI\I. Voy. Oreille et ViDiEN (nerf).
CORDÉ\C (Eau minérale de), athermale^ amélallile, sulfureuse faible, dans le'département de l'Isère, dans l'arrondissement de Grenoble, à 50 kilomètres de la ville de ce nom, émerge la source de Gordéac dont l'eau est limpide et transparente ; son odeur est sulfureuse, sa saveur est hépati{[ue. Elle laisse déposer sur les parois de son bassin, avec lesquelles elle est en contact, une couche appréciable de soufre très-divisé. Sa température est de 14", 5 centigrade. M. l'ingénieur Gucymard en a fait incomplètement l'analyse, il a trouvé dans 1000 grammes d'eau les principes suivants :
Carbonate de soude In-i^i
CUIovuvo de sodium j "> '1**
Carbonate de magnésie 0,0340
— 1er 0,0016
Total des matières fixes 0,7S00
Gaz acide sulfhyih'ique libre non dosé.
Les propriétés physiologiques et thérapeutiques de cette eau ne sont pas ou sont mal connues; jusqu'à ce moment, en effet, les eaux delà source de Gordéac ont été exclusivement employées par les paysans de la contrée qui viennent s'y traiter sans méthode de leurs affections cutanées ou bronchiques. A. R.
CORDIA. Genre de plantes dicotylédones, appartenant à la famille des Borraginées et dont une espèce, le Cordia mixa, fournit les Sebestes [voy. Sebestes et Sebestiek). Pl.
CORDO\ o.VBlLiCALi. § 1. Anatomie. Le cordon ombilical {funiculus umhilicalis, ISabelstrang , Botter strang , chez les anallantoïdiens et chez les allautoïdiens, avant l'apparition de l'allantoïde) est, dans l'espèce humaine, un organe d'une composition peu simple, représentant un lien très-souple, une es-, pèce de corde destinée à réunir le fœtus au placenta et à l'organisme maternel. Si nous l'examinons au terme de la grossesse, nous trouvons qu'il peut supporter un poids de 4 kilogrammes sans se rompre; qu'il varie en longueur, dans les cas extrêmes, de 14 à 116 centimètres (on pourrait même dire de 10 à 500 centimètres en tenant compte des monstruosités) ; mais, dans les cas moyens, cette longueur est de 48 à 60 centimètres. Sous le rapport de l'épaisseur, il existe aussi des variations qui tiennent surtout, paraît-il, aux variations de quantité de la gélatine de Wharton ; le cordon peut être, comme on dit, gras ou maigre. Ordinairement cette épaisseur est d'une douzaine de millimètres, et, suivant l'expression usuelle, de la grosseur du pelit doigt. Au milieu de la grossesse, la longueur n'est encore que de 15 à 21 centimètres, mais l'épaisseur est déjà d'une dizaine de millimètres. Le cordon présente fréquemment des bosselures passagères au troisième mois ; il est fort court et très-gros au deuxième ; et, au
426 CORDON OMBILICAL (akatomie).
contraire, grêle et cylindrique à la fin du premier mois, époque vers laquelle on peut déjà le considérer comme achevé dans sa constitution anatomique.
Vers le milieu du second mois, la torsion du cordon devient perceptible, caractère objectif qui a provoqué autrefois de longues discussions. Le plus souvent les tours de spire se dirigent de gauche ù droite, en allant de l'embryon au placenta. Mais on ne saurait prétendre que le cordon soit constamment sinistrogyre. A tei'me il peut offrir un nombre considérable de ces tours de spire, de 06 à 40, comme on le constate facilement en les comptant sur les vaisseaux du cordon ; mais tantôt ce sont les deux artères qui en subissent le plus, tantôt, au contraire, c'est la veine. Du fait que ce nombre peut être fort différent à l'extérieur du cordon, sur la veine et sur les artères, je crois pouvoir conclure que la torsion dépend avant tout du mode de développement, et de l'accroissement relatif des différents éléments du cordon. Parmi les autres caractères extérieurs de cet organe, parvenu à son complet développement, nous pouvons encore mentionner la couleur blanchâtre, sur laquelle tranche souvent l'aspect bleuâtre du sang, vu par transparence dans la veine ombilicale ; l'état poli et brillant de la surface, dû au revêtement amniotique ; la forme arrondie, mais non rigoureusement cylindrique, et parfois l'existence, sur les cordons trèslongs de préférence, d'un ou plusieurs nœuds véritables, vraisemblablement produits, d'une manière accidentelle, par les mouvements du fœtus. Dans les cas de grossesse gémellaire, avec unicité de la cavité amniotique, l'un des cordons peirt se trouver pris dans un nœud foi^mé par l'autre. Mais il est remarquable que, dans tous les cas, la striction ne soit jamais assez forte pour constituer un véritable obstacle à la circulation fœtale. Parfois aussi le cordon est noué autour du cou, du tronc, ou d'une extrémité du fœtus.
Le cordon, qui est essentiellement la voie affectée au sang dans son mouvement de va-et-vient entre le fœtus et les villosités soit choriales, soit placentaires, peut varier dans son mode d'insertion au placenta, et même, quoique très-exceptionnellement, dans son mode d'insertion au fœtus. Il est rare que l'insertion placentaire soit rigoureusement centrale, mais généralement elle a lieu près de ce centre. Elle peut cependant s'en éloigner jusqu'à atteindre la circonférence même du placenta : tels sont les cas dénommés insertio excentrica, insertio ynai^ginalis. Quelquefois cette limite est dépassée ; les vaisseaux tombent sur les membranes et de là gagnent le placenta : on a alors Vinsertio velamentosa. Enfin on a vu le cordon se bifurquer avant le terme de son parcours, et envoyer deux branches au placenta : c'est Vinsertio furcata. Du côté du fœtus, ce n'est que dans les cas de monstruosités que l'on voit le cordon s'insérer loin de l'ombilic.
Voyons, maintenant que nous avons examiné le cordon extérieurement, quelles sont les parties organiques dont il se forme, au cours de son développement. Ces parties sont i 1» la gaine amniotique; 2° les vasa umbilicalia, deux artères et une veine ; 5" les vasa omphalo-mesenterica, également au nombre de quatre chez l'homme; A" Vouraque; 5" le conduit vitello-intestinal on -pédicule de la vésicule ombilicale ; enfin, comme substance interstitielle, 6° la gélatine de Wharton, et un peu de tissu conjonctif proprement dit. Nous allons brièvement parler de toutes ces parties. .
1° La gaine amniotique est la membrane limitante et enveloppante du cordon. Elle n'est isolable que sur une faible longueur, à partir de l'insertion placentaire ; au delà, on ne peut la séparer d'une couche, assez épaisse pourtant, de •
CORDOiN' OMBILICAL (akatomie). 427
tissu conionctif sous-amniotique. L'épithélium, qui donne à la gaîne son aspect luisant et séreux, ne saurait être considéré comme une simple prolongation de l'épithélium cavitaire de l'amnios. Ce dernier, en effet, consiste en une rangée unique de cellules pavimenteuscs, qui déjà peuvent faire place à de belles cellules cylindriques, au voisinage de l'insertion placentaire du cordon, d'après le témoignage de KôUiker [Entwickel. d. Menschen, etc., etc. ; 2^ édit., 1876, p. 322). Sur le cordon, au contraire, il y a un épithélium stratifié, comme l'a démontré Kôster {Ueber die feinere Striictiir der menschl. Nahelschnur. Wùrzburg, 1868, p. 50). Il y a même une sorte d'analogie entre l'épithélium de la gauie et l'épiderme cutané. Renault [Note sur le tissu muqueux du cordon ombitical [gélatine de Wharton], in Mém. Soc. Mol., 1870, p. 21-28, et in Arch. de physiol, t. IV, 1871-1872, p. 219-229, 1 pi., 5 fig.) compte trois couches de cellules à la surface du cordon. La première couche forme une cuticule superficielle ; ses cellules sont à bords crénelés, et il n'y a point de stomates entre elles, quoi qu'en ait dit Koster. La deuxième est remarquable par des noyaux occupant exactement le centre des cellules, et les gouttelettes de matière colloïde, parfois confluentes, qui entourent ces noyaux. La troisième consiste en cellules plates, analogues à celles qui revêtent la surface des tendons, et donnant, par l'imprégnation argentique, des figures étoilées qui ont fait admettre fautivement, par Kôster, l'existence d'un réseau de canalicides du suc [Saftkanàlchen de Recklinghausen) . Notons soigneusement ici que cet épithélium et le tissu conjonctif sous-jacent ne se prolongent aucunement jusqu'à l'insertion du cordon sur la paroi abdominale. A partir de l'ouverture ombilicale, en effet, et sur une longueur de près d'un centimètre , chez l'Iiomme, le cordon est recouvert par un prolongement de la peau elle-même : circonstance à ne pas oublier dans la pratique, afin de ne pas comprendre le tégument dans la ligature du cordon.
2" Les vaisseaux ombilicaux sont d'abord au nombre de quatre : deux artères et deux veines. Les cas où il n'existe qu'une seule artère sont des plus rares. Normalement il y en a deux, qui vont en s'élargissant, du fœtus vers le placenta, et s'anastomosent entre elles, transversalement, dans la région insertionnelle du cordon. Elles sont plus longues que ce dernier, et par suite leur parcours est flexueux ; leur calibre égale celui d'une plume de corbeau. Elles émanent à plein canal des artères hypogas triques, longent les côtés de la vessie pour gagner la paroi abdominale antérieure, sur laquelle elles montent en convergeant pour atteindre l'ombilic. Elles présentent quelquefois des varicosités. 11 y a d'abord chez l'embryon deux veines ombilicales, et c'est même leur condition permanente chez certains mammifères, par exemple, ch.ez les ruminants. Mais chez l'homme, sauf anomalie, et anomalie assez rare, les deux veines ombilicales primitives se réduisent consécutivement à une seule. Elle est plus large que les artères, et, dans les coudes flexueux qu'elle décrit, Hyrtl a trouvé des phs saillants en forme de valvulves, qui, du reste, existent, à un moindre degré, aussi dans les artères. Le parcours de la veine ombilicale aboutit du placenta à la veine porte et au canal veineux, avec lequel elle se continue. Elle est moins fïexueuse que les artères et n'émet aucune branche. Parfois la veine ou les artères se bifurquent en un point de leur trajet, mais alors les deux branches de bifurcation se réunissent de nouveau, peu après, en un seul tronc. Les^ vaisseaux ombilicaux, surtout les artères, sont richement pourvus d'éléments contractiles : c'est même là un de leurs caractères les plus remarquables.
428 CORDON OMBILICAL (.vnatomik).
3° Les vaisseaux omphalo-mésentériques sont ceux de la vésicule ombilicale, c'est-à-dire d'un organe transitoire de la vie embryonnaire, très-facile à retrouver néanmoins pendant toute la première moitié de la grossesse, et même, paraît-il, pendant toute sa durée, quoique avec plus de peine; à une époque avancée, sur son conduit, le ductus omphalo-mesentericus, qui de la vésicule proprement dite, située à la circonférence du placenta, ou même plus loin sous l'amnios, va gagner le cordon, on trouve parfois quelques traces de vaisseaux omphalo-méjcntériques, surtout dans le voisinage du col de la vésicule, dans un état de régression plus ou moins avancée.
4" Vi'ouraque ou, plus exactement, l'allantoïde en voie de disparition et réduite à sa couche épithéliale, ne fait jamais défaut, parmi les éléments du cordon, jusques vers la fm du deuxième mois de la grossesse. Plus tard, on peut encore en trouver des traces, mais non d'une manière constante. Ce sont alors des traînées de cellules épithéliales, traînées de peu de longueur, disséminées entre les vaisseaux, et occupant la moitié fœtale du cordon.
5° et 6° Si la vésicule ombilicale se conserve, presque sans exception, jusqu'à la fin de la grossesse, il n'en est pas de même de son pédicule, ou conduit omphalo-mésentérique. La partie attenante à l'intestin disparait de bonne heure; au contraire, la partie attenante au renflement vésiculaire et, par suite, extrafuniculaire, peut persister jusqu'à terme. Nous n'avons plus à nous occuper maintenant que de la gelée de Wharton, qui, sous le rapport histologique, mérite beaucoup d'intérêt. Elle était considérée, il n'y a pas longtemps encore, comme une substance amorphe, comme une matière semi-fluide interstitielle, et de pur remplissage. On la nomme souvent tisstt muqueux du cordon ombilical. Schwann est le premier qui y découvrit des cellules pourvues de prolongements ramifiés. Virchow la considéra comme un véritable tissu aréolaire, formé d'un stroma fibrillaire, contenant de la mucine dans ses mailles, et représentant, par son réseau de cellules étoilées et anastomosées, un véritable système de circulation plasmatique. U est remarquable, en effet, qu'en dehors des gros troncs vasculaires sus-mentionnés, il n'existe aucuns vaisseaux dans la substance du cordon, ni capillaires sanguins, ni lymphatiques (pas plus d'ailleurs que des nerfs). L'existence d'un appareil de nutrition plasmatique semble donc rationnelle pour le cordon. En 1868,- Kôster [loc. cit.) en décrivit un second, différent, consistant en canaux noueux tapissés par un endothélium discontinu, contenant un certain nombre de cellules amiboïdes, et logés dans les mailles de la gelée de Wharton. Les réseaux étoiles de Virchow formeraient, suivant lui-, un appareil à part, un réseau quasi-lymphatique muni de stomates inter-épithéliaux situés à la surface du cordon. Les recherches récentes de Renault semblent nettement défavorables à cette manière de voir. Pour cet observateur, la gelée de Wharton se rapprocherait beaucoup du tissu cellulaire lâche sous-cutané, avec cette différence que les mailles, au lieu de lymphe, contiendraient de la mucine, coagulable par l'acide acétique sous forme de précipité trouble et granuleux. Cette opinion cadre bien avec celle de A. Rollet, pour qui la gelée de Wharton n'est qu'une forme de tissu conjonctif réticulé et cloisonné, ne fournissant pas de colle par la coction, dans les premiers temps de' son développement, mais en donnant plus tard, en conséquence de l'apparition, dans son sein, de faisceaux de fibres identiques à celles du tissu conjonctif fibrillaire. La gelée de Wharton n'existe pas dans le cordon des oiseaux. Chez l'homme, cette substance, très-peu abondante à la fin du premier mois, est en quantité considérable à la fin de la
oestaliorr. Et cette remarLjue a un intérêt piatique, car sa prompte dessiccation peut rendre une ligature peu serrée du cordon inefficace, consécutivement, contre rhémonliagie. On sait que la dessiccation et la chute de la portion liée n'arrivent que le cinquième jour après la naissance. Campana.
8 11. Pathologie. Vo//. ŒuF et Dystocie, 8 III. Médecine légale. Voy. INFANTICIDE.
CORDOXXBERS (Hygiè^e INDUSTRIELLE). Appelés dans le moyen âge Cor- DOUASiERs, c'esi-à-diie travaillant le cuir de Cordoue qui passait pour le meilleur. Suivant une remarque du savant Balduin, si les tanneurs et les autres peaussiers étaient bannis de l'intérieur de Rome, il n'en était pas de même des cordonniers, dont la corporation occupait un quartier de la ville et même, suivant lui, rApollon, dit Sandaliarius, tenait cette désignation, non de ce qu'il était chaussé de sandales, mais de ce que sa statue était située dans le district habité parles sandaliers ou cordonniers. La corporation de ces artisans, dont l'origine remontait certainement à l'époque romaine, reçut son organisation régulière d'Etienne Boileau, vers le milieu du treizième siècle. Chaque maître payait dix sols au grand chambellan, et six au chancelier. Ils avaient encore une redevance appelée houses ou boites du roi, elle se compensait par le payement de trente-deux sols parisis. A la tête de la corporation étaient un syndic, un doyen, ci; un certain nombre de jurés chargés de l'inspection des marchandises. Il se lorma, à Paris, en 1645, une sorte de confrérie, dite des frères cordonniers, tenant seulement aux communautés religieuses par les règles de sobriété, de chasteté et de désappropriation. Le produit de leur travail, dirigé par un maître, était mis en commun, et les frais d'entretien et de nourriture des frères une fois prélevés, le reste était distribué aux pauvres. Cette société, autorisée en 1664, dura assez longtemps.
La profession de cordonnier, malgré la station assise, n'en est pas moins trèsfatigante; l'attitude courbée, la pression énergique de la forme sur la base de la poitrine et la partie supérieure de l'abdomen, les efforts soit pour perforer un cuir dur et résistant au moyen de l'alêne tenue très-ferme dans la main, soit pour tirer le hl de manière à serrer fortement la couture, l'expliquent parfaitement. Joignez à cela le travail dans des ateliers ordinairement étroits, encombrés, fétides, mal ventilés, ou, pour ceux qui travaillent isolément, le séjour dans de petits réduits, dans des loges de portiers, sombres et humides, et d'après ce simple aperçu, il sera facile de comprendre que la morbidité et la mortalité doivent être considérables chez les cordonniers par le fait de Vhygiène intrinsèque de leur profession.
Relativement à Vhygiène extrinsèque, un certain nombre de médecins qui se sont occupés de cette question ont tracé, d'après quelques faits particuliers trèsprobablement, un assez triste tableau de la conduite et de la moralité des cordonniers. Suivant Cadet de Gassicourt, qui écrivait au commencement de ce siècle, ils sont, pour la plupart, très-misérables, d'une excessive malpropreté ; ils sont débauchés, crapuleux, ivrognes ; ils ont du penchant au vol. Les bottiers sont moins crapuleux, mais querelleurs, etc.. De son côté, Thackrah les accuse d'ivrognerie, mais déjà Shaun, dans ses intéressantes recherches sur les professions, déclare n'avoir pas vérifié les assertions de Thackrah. Enfin la grande enquête faite en 1860 par la Chambre de commerce constate que sur H, 924 cordonniers,
dont environ 4î215 à l'atelier et 7697 en chambre, 11,335 avaient une conduite bonne, 502 une douteuse, 87 une conduite décidément mauvaise. On le voit, il y a loin de là aux accusations de Cadet de Gassicourt. Relativement aux salaires, l'immense majorité gagne de 3 à 4 fr. et quelques-uns jusqu'à 5 fr. 50 et plus. Chose digne de remarque, l'instruction est très-répandue parmi eux, surtout depuis 1848; d'après l'enquête que nous venons de citer, 11,148 savent lire et écrire, 30 savent lire seulement et 746 ne savent ni lire ni écrire.
Voyons maintenant les effets de ces deux ordres de causes.
Morbidité. Les perturbations apportées dans l'exercice des fonctions digestives, par le fait de l'attitude et des pressions sur l'estomac, amènent nécessairement un trouble marqué dans la nutrition en général : aussi tous les auteurs ont-ils noté l'apparence généralement souffreteuse des cordonniers ; on les reconnaît au seul aspect, dit Thackrah, cojiime on reconnaît un tailleur. Et, en effet, ajoute Sliaun, leur état d'anémie et de mauvaise nutrition n'est dépassé que par ces derniers. D'après les relevés de Shaun, le rapport des anémiques est de 66 pour 100, le chiffre moyen étant seulement de 46, et celui des tailleurs, placés en tête de la liste, de 67 pour 100.
Sur les 2156 cordonniers inscrits sur les registres de la Caisse d'assurance de Stuttgard, ;J0«;' im Jecennùmi, Oless a trouvé 569 malades ou 26,6 pour 100; le rapport moyen pour les diverses professions étant seulement de 17 pour 100. De son côté, Fuchs, sur 6595 cordonniers à Wùrzbourg, de 1786 à 1834, a noté 1810 malades et 83 décès, c'est-à-dire que le rapport des malades à 10,000 souscripteurs fut de 2789, alors que le chiffre moyen pour toutes les professions était de 2282. Le nombre des décès par rapport aux inscrits fut de 125, le nombre moyen étant 76 ; et enfin, le chiffre des décès comparé à celui des malades traités fut de 43,3, le rapport moyen étant de 527; ainsi, les cordonniers occupent un rang très-défavorable vis-à-vis des autres métiers.
Quant aux différentes sortes de maladies dont ils peuvent être affectés, ce sont surtout des affections des voies digestives : 67 pour 100 suivant Shaun, qui pour ces mêmes affections n'a trouvé que 42,2 pour 100 comme moyenne des autres professions examinées par lui. Nous noterons ensuite les maladies des voies respiratoires et notamment la phthisie dont nous allons reparler à propos de la mortalité, le rhumatisme chronique, les affections organiques du cœur, dont le chiffre s'élève jusqu'à 11,62 pour 100, la moyenne étant 9,58 (Shaun).
Un auteur allemand très-distingué, Clemens, a le premier décrit une névrose particulière aux cordonniers, affectant les mains, les avant-bras, les pieds, les jambes, mais n'envahissant jamais les bras ni les cuisses ; ce qu'il nomme la crampe des cordonniers [Schusterkrampf), et qui n'est pas sans ressemblance avec la crampe des écrivains. Cette affection paraît due à la forte pression de la main sur l'alêne pendant la couture du cuir, et succède ordinairement à un travail forcé et trop prolongé ; elle attaque surtout les jeunes sujets : sur huit observations rapportées par Clemens, sept sont au-dessous de 20 ans, un seul est âgé de 21 ans. Cette crampe est caractérisée par un spasme tétanique qui affecte avec autant de force les extenseurs et les fléchisseurs. Elle débute ordinairement par la main droite, s'accompagne quelquefois de légers mouvements convulsifs, et le plus souvent de douleur dans le trajet du nerf cubital ; très-rarement elle reste ainsi localisée, elle gagne le côté opposé ; enfin, elle atteint aussi fréquemment les pieds et les jambes. Suivant Clemens, cette affection ne serait pas due à une affection réflexe, comme on l'a dit pour la crampe des écrivains, ce serait une
lésion périphérique des nerfs moteurs. Du reste, le spasme n'est ptis accompagné de trouble de la sensibilité, et toutes les autres fonctions restent intactes. Dans tous les cas laguérison a été obtenue {Deut. Klin., t. III, p. 17, 1851). D'autres auteurs allemands ont rapporté des cas semblables.
On a souvent parlé de l'exaltation politique ou religieuse des cordonniers. Reich, dans son Traité clétiologie, entre à cet égard dans des détails assez singuliers pour mériter d'être reproduits. M. Reich croit pouvoir attribuer cette disposition mentale à l'attitude que prennent ces artisans. L'expérience a démontré, dit-il, que les individus dont le foie est déformé par une attitude vicieuse sont affectés d'un état moral particulier qui les porte facilement à la méditation, à l'excitabilité, à la mélancolie. Il s'y joint encore delà constipation, résultat ordinaire des professions sédentaires. Les cordonniers réunissent donc au plus haut degré ces conditions qui favorisent les désordres intellectuels, et qui développent et entretiennent chez eux le mysticisme, cette exaltation qui fait fermenter dans leur tète les idées révolutionnaires {Die Ursachen der Krankli. Leipzig, 1867).
L'attitude forcée, les pressions continues, ont d'autres conséquences purement mécaniques et beaucoup plus certaines, qui ont été parfaitement décrites par MM.Tardieuet Vernois. Nous donnons la description de M. Tardieu : « A la main droite, le pouce et l'index qui tirent le hl pour l'enduire de poix ont la pulpe aplatie; celle du pouce est un peu déjetée vers l'index. Le pli qui sépare la deuxième de la troisième phalange de l'index est coupé par le fil et présente une crevasse profonde dont les bords sont durs et calleux. A la main gauche, la pulpe du pouce, déjetée comme à droite vers l'index, a la forme d'une spatule très-élargie, et l'ongle du même doigt est considérablement épaissi, dur; son bord libre est dentelé, éraillé, rayé et parfois profondément sillonné par les coups d'échappement de Lalène.
« De plus, la pression de la forme sur la poitrine détermine, malgré l'interposition d'un plastron de cuir, un enfoncement du thorax au niveau de l'articulation cliondro-sternale des sixième, septième et huitième côtes, immédiatement au-dessus de l'appendice xyphoïde. Le sternum offre dans ce point un creux profond, régulier, circulaire, très-nettement circonscrit, et qui n'est pas accompagné d'une déformation générale de la cage thoracique. Enfin, l'une des cuisses sur laquelle est fixé un tampon de cuir présente un aplatissement de la peau, et notamment des bulbes pileux qui sont oblitérés, de manière que cette place est souvent tout à fait glabre » {Dict. d'hyg. pubL, art. Cordonniers).
M. le docteur Layet (communication verbale) a eu l'occasion d'observer chez des détenus militaires occupés à faire des souliers l'eczéma du scrotum. Tous attribuaient le plissement et l'irritation des bourses à l'action de la poussière des cuirs. A la partie antérieure de la cuisse, où l'on a coutume de frapper sur la semelle, il existe parfois une certaine induration de l'épiderme, de l'érythème et de l'eczéma. L'habitude de maintenir ainsi le soulier contre cette partie, à l'aide du tire-pied, sorte de courroie sans fin qUe l'on tient tendue avec le pied correspondant, peut devenir la cause de douleurs et de spasmes dans les muscles de la jambe.
Une chose vraiment remarquable, c'est que cette profession soit restée depuis des siècles dans la même ornière. C'est à peine si l'on peut citer quelques perfectionnements, repoussés, suivant l'usage, par la routine obstinée des ouvriers. On avait, paraît-il, imaginé en Angleterre, un système d'établi qui, permettant à l'ouvrier de travailler debout, enlevait au procédé de fabrication une grande
452 CORDUS (le père et le fils).
partie de ses inconvénients. D'un autre côté, le célèbre ingénieur Brunel avait inventé une machine propre à la confection des chaussures. Qu'en est-il advenu? En réalité, sous le rapport de la fabrication aussi bien que sous le rapport du produit [voy. Chaussures), il y aurait bien des progrès à accomplir.
Moi'talité. Neuville, dans ses recherches sur la mortalité suivant les professions, donne aux cordonniers une durée moyenne de la vie de 47 ans 3 mois, la moyenne générale étant de 50 ans 4 mois. De son côté, Lombard, à Genève, dans des conditions peut-être différentes, a trouvé un rapport moins défavorable, 54,2 sur une moyenne générale de 55,5.
Tous les auteurs s'accordent à reconnaître que la phthisie joue un grand rôle dans la mortalité chez les cordonniers. Benoiston de Châteauneuf trouve pour cette industrie que le rapport des décès par phthisie aux malades traités dans les liôpitaux de Paris, pendant une période de 10 ans, fut comme 4,67 est à 100, le rapport moyen pour les hommes étant seulement de 2,85 pour 100. Lombard, de Genève, qui a abordé la même question, donne 46 décès par phthisie sur 576 décès par différentes causes ou 1 2,2 pour 1 00, alors que le rapport moyen est de 4,4.
Neuville a trouvé é;j;alement un chiffre très-élevé. Dans ses tableaux de mortalité par tu])ercules pulmonaires, les cordonniers viennent immédiatement après les tailleurs, c'est-à-dire au second rang, et figurent pour 38,4 pour 100, le chiffre moyen des professions examinées donnant seulement 25,6 pour 100. Enfin, llannovcr, de Copenhague, dans ses relevés, a constaté chez les artisans qui nous occupent 122 décès pour 1000 malades par phthisie, son chiffre moyen étant 94, et sur 1000 décès, 592 eurent lieu par cette même maladie, la moyenne générale donnant 548 pour 1000. On peut donc regarder le fait général comme constant.
E. Beauguaîn'd.
CORDUS (Le père et le fils).
CuTdtis (EuRicius). Né en 1486, à Simtshausen, village près de Frankenberg, dans la Hesse. C'était le dernier né d'une très-nombreuse famille de modestes cultivateurs. De là ce nom de Cordus (de Cordum, regain de l'arrière-saison), qu'il reçut, ainsi qu'il nous l'apprend lui-môme dans ses poésies:
Aulumnale velid sero sub feinpore cordum
Ullimits effeice sic ego natus eram.
Conveniens igitur cordi cognomen hahebo.
De même, son prénom Heinricli (Henricusj fut changé en Euricius. Malgré la pauvreté de ses parents, il fit d'excellentes études et entreprit ce qu'on nommerait aujourd'hui dos conférences httéraires à Leipzig et à Erford. Vers 1521, il se décida à embrasser la carrière médicale, il parcourut les principales écoles de l'Italie et suivit surtout les cours de Manardo et de l'illustre Leoniceno àFerrai^e, c'est là que ce dernier lui conféra le titre de docteur. De retour à Erford, ilyenseicfna la médecine jusqu'en 1527 où il lut appelé à l'École de Marbourg, fondée l'année précédente, mais au bout de sept ans, persécuté par l'envie, il se rendit à Brème, dont les magistrats lui avaient offert de grands avantages; il n'en profita pas longtemps, car il mourut dans cette ville le 24 décembre 1555 {kàdim..Vit(egerman.medic.).
Cordus s'est montré dans ses ouvrages praticien éclairé et consciencieux ; il s'élève surtout contre le charlatanisme et les fourberies des médecins uroscopes. Mais il s'est principalement rendu célèbre par ses travaux en botanique, science dont il présenta l'histoire sous foj-me de dialogue et d'une manière attrayante
CORDYLINE. 455
Ou lui doit aussi une traduction en vers latins très-élégants de deux livres de
Nicandre : Theriaca et Alexipharmaca.
On a de lui :
I. Régiment voie man sich von der iieueii Plac/e, dcr cnglischc Schweiss (jenannt, bcwahren soll. Niirnberg:, 152!), in-4°, et en latin. Ibid., 1529, in-8°. — II. Bofanologicim, sive cotloqidum de hcrbis. Colon., 1534, in-S» ; Parisiis, 1551, iri-16. — III. iSicandri Theriaca et Alexipharmaca in latinos versus redacta. Francof., 1532, in-S». — IV. Judicimn de Herbis et medicamentis simplicibiis. In Œuvres de Dioscoride, édit. par Ryff. Francof., 15G9, in-fol.
Y. De abusu uroscopiœ conclusiones eai-umdemque, etc., en latin et en allein. îrancof.,
1546 in-8°. — VI. Von etlichen bcivahrten Arzncyen fur den Stein. Strasb..., in-4°.
VII. Collection de ses œuvres poétiques sous le titre: Opéra poe/ica oinnta javqnimum collecta, etc. Franco!'., 1550, in-8»; Ibid., 1504, in-8% etc.
Cordus (Vai.erius). Fils du précédent, né également à Simtshausen, le 18 février 1515. Dirigé par son père, qui lui inspira un vif amour pour la botanique, il parcourut une partie de l'Allemagne, puis en 1542 il se rendit en Italie où il se livra, en compagnie de quelques savants compatriotes, à d'activés recherches sur la flore si riche de ce beau pays. Doux ans après, 25 septembre 1544, il mourut à Rome des suites d'un coup de pied de cheval, ou plutôt d'une fièvre intermittente grave gagnée dans les environs de la ville.
Tous les historiens des sciences naturelles sont d'accord pour déclarer que, si Valerius Cordus n'eiàt pas été enlevé d'une manière aussi prématurée, il serait certainement devenu un des plus illustres botanistes ; les écrits qu'il a laissés justifient pleinement ce jugement. Son grand ouvrage sur Dioscoride n'était pas encore publié quand la mort est venue le surprendre ; on doit au célèbre Conrad Gessner d'en avoir fait jouir la postérité.
I. Bispensatorium pharmacorum omnium quœ in usii polissimum siinf. NurembeiÇEe, 1535, in-8». Nombr. réimpressions, trad. en franc., par CoiiDE.«BEnG. Lyon, 1575, in-12. — II. Annofationes in Pœdacii Dioscoridis de materia medica libros quinquc, longe aliœ quarn antehac sunt evulgutce. Historiœ stirpium libri IV, etc. Ed. C. Gessneh, Argentor., 150 1 in-fol. — III. Liber quintus stirpium descriptionis (compl. de l'ouvrage précédent). Ibid., 1569, in-fol. — lY. De halosanto seu spermafe ceti. In Fossilia de C. Gessxer. Tiguri, 1565, in-8°. E. Bgd.
cordycÉps. Voy. Sphériacés.
CORDYLINE. Genre de plantes monocotylédones, établi par Gommerson, appartenant à la famille des Aspariginées. Les espèces de ce groupe se rapportaient autrefois au genre Dragonnier ou Dracœna. Ce sont des arbustes à stipe simple, à feuilles rapprochées au sommet des rameaux, membraneuses ou parcheminées, à nervures anastomosées. Les fleurs ont un périgone cà six divisions ; six éiamines insérées à la gorge du périgone ; un ovaire libre, sessile, triloculaire. Le fruit est une baie subglobuleuse, triloculaire, contenant plusieurs semences marquées d'un strophiole autour du liile.
L'espèce la plus intéressante de ce groupe est le Cordyline australis Endl., qui vient dans la Nouvelle-Zélande, à l'île Norfolk et dans l'Australie. Sa racine charnue porte à la Nouvelle-Zélande le nom de Ti ou Tu et est mangée par les indigènes. Ils en préparent, en outre, une liqueur spiritueuse, qui a des propriétés antiscorbuliques et qui, à cause de cela, est recherchée par les marins. Les racines de la plupart des Cordyliiies sont du reste employées, dans l'Asie tropicale, contre la dysenterie.
KuNTii. Enumeraiio plantarum, V. 22. — Enducher. Gênera. — Lemaout et Decaisxe-. Traité général de botanique, p. 601. Tl.
DICT. ENC. XX. 28
434 COREE,
CORDYLOPUORE. Ou n'a coiiiiu pendant longtemps, en fait de Polypes propres aux eaux douces, que les Hydres ou polypes à bras, si bien décrites par Trembley; en effet, les différents geni'es désignés par le nom commun d'hippocrépiens ou polypes à panacbes (Alcyonelle, Plumatelle, Frédéricelle, PaludiccUe, etc.), qui vivent dans plusieurs parties de l'Europe, ainsi que dans l'Amérique septentrionale, et que l'on a souvent classés dans le même groupe naturel, sont des Bryozoaires, c'est-à-dire des mollusques inférieurs et non de véritables polypes. Le genre Cordylopbore, décrit par M. Allman, en 1853, est au coiitraire un véritable polype, c'est-à-dire un radiaire de la classe des Gélentérés, mais il appartient au môme ordre que les Campanulaires et se laisse distinguer facilement des Hydres.
Le Cordylopbore compose des colonies ramifiées dont cbaque rameau représente un individu et porte de nombreux tentacules placés sur plusieurs rangs superposés, comme cela à lieu clicz les Coryncs et les Syncorynes ; il est donc encore plus voisin que ne le sont les Hydres des polypes qui fournissent des méduses par génération altcrnaiite ; cependant il ne subit pas ce mode de transformation. Les capsules, qui répondent à la partie médusaire des espèces marines du même ordre, restent atladiées aux colonies du genre qui nous occupe sous l'apparence de polypes sans tentacules, mais ovifères, au lieu de devenir libres comme cela a lieu cbez les espèces marines du même groupe.
Ce curieux genre de polypes a été découvert en Ecosse ; on l'a depuis lors trouvé dans le SIesvig, ainsi qu'en Belgique, et plus récemment dans Paris même. Il paraît accompagner dans leurs migrations les mollusques bivalves du genre Dryisséna. Le Cordylopbore existe aussi aux Etats-Unis, de nouveaux détails ont été donnés à son égard par M. Allman dans sa Monographie desf Polypes hydrordes, parue en 1872. P. Gerv.
CORECTOMIE. Voy. Iridectomie.
CORÉE. Alors que la Chine et le Japon ont abandonné, pour toujours, leur vieille jiolitique d'isolement, seule, parmi toutes les autres contrées de l'extrême Orient, la Corée persiste à rester fermée aux nations étrangères. 11 est vrai que l'indifférence de ces dernières n'a pas peu contribué à entretenir cbez elle un entêtement qui n'est que /e fruit de l'égoïsme et de la vanité d'un gouvernement essentiellement autoritairc. Mais le moment est venu pour la civilisation de faire valoir ses droits imprescriptibles; et, chose vraiment remarquable, ce sont les Japonais eux-mêmes qui semblent aujourd'hui vouloir prendre en main les intérêts de cette civilisation.
Les quelques notions que l'on possède sur l'histoire de la Corée nous viennent principalement des livres chinois et japonais. Cette contrée, inconnue en Europe avant le seizième siècle, figure comme une île dans les premières cartes hollandaises.
On trouve pour la première fois sa description dans V Atlas de Duhalde publié
en 1735.
Successivement en guerre avec la Cliine et le Japon, la Corée fut, à diverses reprises, obligée de subir les traités imposés par ces nations. Deux invasions importantes sont : celle des Japonais vers la fin du seizième siècle, et celle des Tartares Mandchoux dans la première moitié du dix-septième.
Taiko-Sama, empereur du Japon, conquit en quelques années les trois quarts
de la Corée. Le port de Fousan-kaï, colonie japonaise, à l'embouchure du Nantan-kang, est un témoignage permanent de cette conquête. En 1636, le roi de Corée reconnut définitivement la suzeraineté de l'empereur de la Chine ; depuis lors, il lui paye tribut et doit envoyer chaque année une ambassade chercher le calendrier chinois à Péking. C'est là, avec les deux grandes foires qui se tiennent une fois par an à Eit-siou, sur la frontière chinoise, et à Kieng-ouen, sur cette partie de la Mandchourie récemment cédée aux Russes, la seule circonstance oii le gouvernement de la Corée accepte les relations commerciales avec les pays voisins.
En 1847, les bâtiments français la Gloire et la Victorieuse se perdirent sur les côtes occidentales de la presqu'île, à Ko-koun-to. En 1855, l'amiral Guérin fit, sur ces mêmes côtes, un travail hydrographique. Les Russes, aujourd'hui limitrophes de la Corée au nord-est, se sont surtout occupés de la côte orientale. Mais c'est principalement aux missionnaires français, qui presque tous y ont trouvé la mort, que l'on doit les renseignements les plus nombreux sur cette contrée. En 1866, l'amiral Roze, dans l'intention de demander compte de celte mort au gouvernement coréen, vint mouiller, avec deux bâliments de son escadre, devant la capitale même. Mais bientôt il fut obligé de se i-etirer devant les rigueurs de l'hiver, et cette expédition n'amena aucun résultat favorable.
Tous les renseignements fournis par les missionnaires ont été recueillis par le P. Dallet et pubhés par lui, en 1874, dans un ouvrage intitulé : Histoire de l'Église de Corée.
C'est après avoir puisé à toutes ces sources et comparé les divers documents entre eux, que nous avons pu composer cet article du Dictionnaire.
Le nom de Corée est donné à une vaste presqu'île située au nord-est de l'Asie et comprise entre So^lS' et 42°2o' de latitude nord, et entre \1'i''\^ et 128°o0' de longitude est. A cette presqu'île se rattache un nombre très-conside'rable de petites îles, échelonnées le long de ses côtes, surtout à l'ouest, dans la mer Jaune.
Ce nom lui vient du mot chinois kao-li, que les Coréens prononcent kô-rie et les Japonais kô-rai. On la connaît aussi sous le nom de Tsio-sien, d'un mot chinois qui signifie « pays du matin. « Dans les livres chinois, elle est quelquefois désignée par le mot Tong-koué, royaume de l'Orient. Au nord, la Corée est séparée de la Mandchourie par la chaîne des montagnes Chan-yan-alin, que domine le massif du Paik-tou-san (mont au sommet blanc) et par deux «-rands fleuves ; le Ya-lou-kiang et le Mi-kiang, qui y prennent leur source.
Le Ya-lou-kiang (en coréen : Hap-nok-kang) descend vers l'ouest et se jette dans la mer Jaune. Il forme la frontière naturelle entre la Corée et la province chinoise de Liao-tong ou Sching-king. Le Mi-kiang (en coréen : Tou-man-kan») s'écoule à l'est et va se jeter dans la mer du Japon, en séparant la Corée de la partie orientale de la Mandchourie et des territoires cédés par la Chine à la Russie, en 1860. Les autres limites sont : à l'ouest et au sud-ouest, la mer Jaune; à l'est, la mer du Japon; au sud-est, le détroit de Corée, qui sépare la presqu'île de Tsio-sien des îles du Japon.
Topographie. Une grande chaîne de montagnes partant des Chan-yan-alin, dans la Mandchourie, et descendant du nord au sud, court parallèlement et à peu de distance de la côte orientale, en donnant naissance à plusieurs ramifications importantes qui, se dirigeant toutes à l'ouest, forment les vallées encaissées où coulent, vers la mer Jaune, plusieurs grands fleuves et un nombre assez
436 COREE.
considérable de rivières. Ces fleuves sont : le Tseng-tien-kang, le Tai-tang-kang, le Han-kang, le Keum-kang, qui ont leur embouchure sur la côte occidentale de la presqu'île, et le Nak-tong-kang, qui se jette dans la passe de Broughton, en face des îles japonaises Tsou-sima.
L'aspect général du pays est uniformément montagneux. Resserrées entre les flancs de collines plus ou moins recouvertes de taillis ou couronnées de forêts, de nombreuses petites vallées, au fond desquelles coulent les ruisseaux et les affluents des fleuves, forment comme un réseau inextricable enlaçant dans ses mailles toutes les élévations de terrain.
En un point seulement qui s'avance dans la mer de l'ouest, sorte de presqu'île qui limite, au sud, le golfe auquel, en 1856, l'amiral Guérin donna le nom de Prince-Jérôme, les collines beaucoup moins hautes et plus espacées, les vallées plus étendues, forrcent ce qu'on appelle dans le pays la plaine de Naï-po, à laquelle sa fertilité a va/u le nom de grenier de la capitale.
C'est surtout dans le nord de la Corée que les montagnes sont le plus entassées, les rivières plus torrentueuses. On y trouve d'immenses forêts où les pins et les sapins abondent. A l'ouest, le long de la côte, les montagnes sont en partie dénudées et souvent à pic. Dans le sud, les collines, plus petites et partout défrichées, se confondent insensiblement avec les vallées, transformées, pour la plupart, par une canalisation naturelle, en de fertiles rizières.
Au dire des missionnaires, il existerait en Corée de nombreuses mines d'or, d'argent et de cuivre : l'or, surtout, se trouverait en abondance au nord de la
presqu'île, rfans le sable de certaines rivières. Les principales mines d'argent sont celles de Sioun-heng-fou, dans la province de Kieng-sang, au sud. Le cuivre de Corée est d'une excellente qualité, mais on ne l'emploie point ; et c'est du Japon que vient celui qui sert dans le pays. Le minerai de fer est si commun dans certains districts, qu'après les grandes pluies il suffit de se baisser pour le ramasser. Chacun en fait provision à son gré (Dallet).
Climat. Quoique comprise entre les mêmes parallèles que l'Asie Mineure, la Corée est loin de jouir d'un climat aussi doux. Comme dans toutes les contrées avoisinantes, les températures y sont extrêmes. L'hiver y est très-rigoureux : c'est pendant cette saison que les vents du N. 0., qui ont passé sur les déserts de la Tartarie, soufflent arec le plus de violence. Ils sont secs, très-froids et souvent chargés de poussiè^e.
Dans le nord, le Tou-nian-kang est gelé pendant six mois de l'année ; et le sud de la presqu'île, quoique sous la même latitude que Malte et la Sicile, reste lono^temps couvert de neiges épaisses. Par 55" de latitude, les missionnaires n'ont jamais vu descendre le thermomètre au-dessous de — 15"; mais par 57°30 ou 58», ils ont trouvé souvent —25» (Dallet).
Généralement, le printemps est sec; il n'est pluvieux que sur la fin, en avril. L'été, particulièrement en mai, juin, juillet, est l'époque des fortes chaleurs et des pluies torrentielles qui interceptent souvent pendant plusieurs jours toute espèce de communications. Dans cette saison, les vents régnants sont les vents du sud. Les plus beaux mois de l'année sont ceux de septembre, octobre, novembre
et décembre.
Flore. Le peu que l'on connaît de la flore coréenne démontre que les productions véoétales de ce pays sont aussi nombreuses que variées. Les forêts du nord sont riches en bois de teinture et en bois de construction. Parmi ces derniers nous citerons plusieurs espèces de pins, le mélèze, le tinnja et lo cèdre.
Comme plantes industrielles, on trouve : le chanvre, qui croît dans les lieux élevés; le papyrier {Broussonetia -papyrifera Willd.), très-répandu; le cotonnier [Gossypium herbaceum Linné), importé de la Chine; le lin de Sibérie (Linum perenne Linné), en coréen Mori; l'ortie de Chine {Urtica nivea Linné), cultivée dans les provinces du sud : on en liiit des toiles légères à mailles trèsespacées ; le mûrier de Tartarie (Morus tatarica Linné), qui croît spontanément dans les montagnes : les vers à soie réussissent très-bien, mais leur culture est peu avancée; le bambou {Bambusa arundinaria Retz.).
Les principales plantes alimentaires sont : le riz {Oryza saliva Linné), qui forme la plus grande production du sud du pays ; le riz de montagne {Oryza montana Linné), espèce qui sert surtout pour la fabrication de l'eau-de-vie ; le seigle, qui se récolte en juin ou juillet, et le millet en septembre et octobre ; le blé, peu cultivé.
La pomme de teri'e, introduite récemment en Corée, y verrait, dit-on, sa culture interdite par le gouvernement.
Comme légumes, nous citerons : le gros navet {Brassica râpa Linné), dont on fait une très-grande consommation; le chou chinois; le plantain aquatique [Alisma plantago Linné), dont on mange les feuilles fermentées ; diverses espèces de fougères ; le melon ; le concombre du Japon {Qucumis conomon Tliunb.); la pastèque {Cucurbita citridlus Linné).
Les plantes oléagineuses usitées sont : le sésame {Sesamiim orientale Linné); le ricin (Ricinus communis Linné) ; le colza (Brassica oleifera DC). Les huiles qu'on en tire sont à la fois employées dans l'éclairage, dans l'assaisonnement des mets, et comme moyen de cuisson des aliments.
Les condiments, dont on fait un véritajjle abus, sont : le piment, la menthe {Mentha verlicillata Linné) et la moutarde.
Les fruits sont très-abondants. On trouve en Corée presque tous ceux d'Europe : la pomme, la poire, la prune, le raisin, les mûres, les fraises, les framboises, etc. ; mais ils sont moins parfumés et plus aqueux. Le fruit le plus estimé est la figue caque fournie par le Diospyros kaki.
Les plantes d'ornement sont en assez grand nombre, parmi lesquelles poussent spontanément dans les champs : la primevère de Chine, les lis, la pivoine, et surtout l'églantine et le muguet.
Comme plante médicinale, nous devons signaler le fameux gen-seng ou mandragore de Chine {Panax quinquefolium) , considéré dans tout l'extrême Orient comme le premier des toniques, et qui est cultivé dans les provinces du nord et de l'est.
Citons, en dernier lieu, le tabac, qui, introduit en Corée par les Japonais, vers la fin du seizième siècle, croît sur les lieux élevés, à côté du blé et du millet, principalement dans le sud.
Fauke. La faune n'est guère plus connue que la flore. On peut toutefois citer parmi les carnassiers : le tigre qui, à ce qu'il paraît, est assez commun en Corée. Cet animal est d'une petite espèce et cause de très-grands ravages. Chaque année, le chiffre des accidents causés par lui est très-considérable. Les Coréens en mangent la chair , et les os piles et bouillis servent à faire diverses médecines, ^^n signale aussi, comme très-nombreux, ïoiirs brun et le glouton de la famille des Plantigrades. Dans les Digitigrades on trouve le renard, le loup et surtout le chien, plusieurs espèces de martres et la loutre. Parmi les Rongeurs on rencontre le rat, dont une espèce, le rat bleu, fournit une fourrure très-recherchée.
Elle figure, avec celle du castor, dans le tribut annuel que le roi de Corée doit payer à l'empereur de Chine; le lièvre est très rare : dans les provinces du nord on trouve le grand lièvre de la Mandchourie. Dans les Pachydermes on cite le sanglier, beaucoup de porcs d'une race particulière; et comme Solipèdes : une race de chevaux, petits, mais très-agiles et vigoureux, fort recherchés par les Tartares et les Chinois, et des ânes, que l'on emploie pour toute sorte de transports. Dans les Ruminants, nous nommerons : les bœufs, qui sont d'une très-petite taille et assez communs; les moutons, les chèvres, fort rares, ordinairement réservés pour les sacrifices ; le buffle et le cei'f, très-répandus dans les forêts du centre et de l'est.
Les oiseaux sont représentés par de nombreuses variétés de faisans, le canard sauvage. Voie, la sarcelle, \e pluvier, le -pigeon ramier, la poule d'eau, la hécassine, le courlieu, etc.
Les insectes pullulent on Corée, surtout les moustiques et les cancrelats, qui sont la plaie des maisons. Les serpents y sont très-nombreux. Il ne paraît pas y en avoir beaucoup de venimeux.
Le poisson abonde dans les cours d'eau et sur les côtes. Les navires chinois et japonais viennciii pécher le hdi-san [holothurie) sur le rivage du Pieng-an, dans la baie de Corée, et le hareng sur les côtes du lloang-haï ou mer Jaune.
Division POLiriQUE. Démographie. La Corée est divisée actuellement en huit provinces qui sont, au nord : les provinces de Ham-kieng-to, cheflieu Ham-lleng, ôt de Pieng-an-to, chef-lieu Pieng-iang ; à l'ouest : les provinces de Hoang-hai-to, chef-lieu Ilaï-tsiou, de Kieng-keï-to, dont le chef-lieu Han-iaiig ou Séoul est la capitale du royaume, et de Tsiong-tsieng-to, chef-lieu Kong-tsiou. A l'est se trouve la province de Kang-ouen-to, chef-lieu Ouen-tsiou ; les provinces de Tsien-la-to, clief-lieu Tsicn-tsiou, et de Kieng-sang-to, chef-lieu Taï-cou, comprennent tout le sud de la presqu'île.
La capitale, Séoul, est située sur la rive droite du Hang-Kang, par 37", 50' de latitude N., à dix lieues de l'embouchure de ce fleuve. Avant de se jeter dans la mer, le Hang-kang est divisé en deux bras par une île que sa situation rend très-importante: l'ile de Kang-lioa, dont la su|>erficie est de 400 kilomètres carrés environ. L'un des bi'as, inaccessible aux navires européens, coule droit à l'ouest; l'autre, que les indigènes nomment « Rivière salée », est dirigé du nord au sud. II débouche dans une série d'archipels qui, sur une étendue de moins de 15 lieues, séparant l'île de Kang-hoa du golfe du Prince-Jérôme, ne comptent pas moins de ii2 îles ou îlots. C'est à travers ce dédale d'îles, reliées, à mer basse, par d'immenses bancs de vase grise, que l'expédition de l'amiral Roze s'engagea en septembre 1866. En nul autre point de la côte on ne rencontre un paeil groupement.
Parmi les îles de quelque importance nous citerons toutefois, le long de la côte orientale et du nord au sud, les îles de Sin-to, de Kei-to, de Sin-mi-to, de Mang-hp to, deTak-to, sur le rivage de Pieng-an; les îles de Souk-to, de Tsisieng-t ), de Teng-san, de Nien-pieng-to et de Nieng-mai-to sur le rivage de Hoang-ai ; celles de Tai-pou-to, l'archipel du Prince-Impérial, sur le rivage de Kien-Kei ; Tsieng-o-to et Ko-koun-to, sur le rivage de Tsiong-tsien ; le grand archipel de la pointe de Corée et l'île Tsin-to, sur le rivage de Tsien-là, et la grande île de Quelpaert à l'ouverture du détroit de Corée. Toutes ces îles sont habitées par des pêcheurs.
Le chiffre de la population totale de la Corée ne saurait être connu exacte-
COREE. 459
ment. On peut toutefois l'évaluer à près de 12 millions d'habitants. D'après les documents officiels , les provinces du nord auraient un peu plus de 2 millions d'habitants; celles de l'ouesi, près de 4 millions; celles du sud, qui sont trèspeuplées, dépasseraient 5 millions; dans l'est, il y en aurait à peine 250 mille. Les Coréens appartiennent à la race mongolique. Ils se rapprochent surtout du rameau tartare ; mais, dans le sud, ils ont beaucoup de rapport avec les Japonais. Leur figure est aplatie, le nez est court et un peu épaté, les pommettes sont saillantes, les yeux légèrement obliques; la peau est jaune, bronzée, et les cheveux sont longs et très-noirs. La bar])e est peu fournie, et l'on rencontre beaucoup d'individus qui n'en ont point. Dans les provinces du sud, ils sont communément de taille moyenne et vigoureusement constitués. Les habitants des provinces du nord, presque sauvages, sont grands et très-robustes; tous se font remarquer par leur agilité; ils excellent à gravir les hautes montagnes qui sont sillonnées de sentiers, et qu'ils semblent affectionner particulièrement.
Pour M. de Quatrefages, les populations coréennes seraient composées d'éléments juxtaposés et se rattacheraient toutes à la gi-ande famille japonaise. Un élément blanc essentiellement allophyte serait très-reconnaissable chez les populations du nord. Le P. Ballet rapporte aussi, d'après les récits des missionnaires, qu'il n'est pas rare de rencontrer des individus avec des cheveux châtain et même chàtain-clair.
La langue coréenne est monosyllabique et se rattache aux langues tartares. Chose intéressante à noter, il y aurait une certaine ressemblance entre la grammaire de cette langue et celle des langues dravidiennes : or, on sait qu'il existe des tribus dravidiennes se rattachant au tronc jaune et qui forment une race intermédiaire entre les races siniques et les aryans. C'est là un point d'ethnologie de la plus haute importance !
Le gouvernement de la Corée est la monarchie absolue héréditaire. Le roi est assisté de trois premiers ministres ou conseillers et de six ministres ordinaires ou juges chargés des affaires de l'Etat. A la tête de chaque province se trouve un gouverneur qui relève du conseil des ministres et possède des pouvoirs très-étendus.
Les huit provinces sont subdivisées en trois cent trente-deux districts, et chaque district, suivant son importance, est administré par un mandarin d'un rang élevé.
Il y a, en Corée, une nombreuse aristocratie, très-jalouse de ses privilèges, et toute-puissante. Avides de dignités et d'emplois publics, les nobles coréens dédaignent de se livrer au commerce et à l'agriculture. Aussi le plus grand nombre végète-t-il dans la misère et l'intrigue. Beaucoup aussi vivent d'escroquei'ies et d'exactions.
Les gens du peuple, proprement dits, ne sont pas admis aux fonctions publiques. Ils sont tous ou artisans ou marchands ou cultivateurs, et forment souvent entre eux des corporations assez puissantes pour résister à l'arbitraire des nobles. Au-dessous du peuple se trouvent les esclaves. Ces derniers, en petit nombre aujourd'hui et presque toujours employés comme domestiques, ont un sort souvent préférable à celui des hommes de la campagne.
Mœurs. Coutumes. Hygiène. La condition des femmes est plus heureuse en Corée qu'en Chine. La manière dont elles sont traitées dénote pour elles un singulier mélange de respect et de mépris. C'est ainsi, par exemple, qu'un
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Coréen ne peut avoir durant sa vie qu'une épouse légitime. (]ellc-ci, à moins qu'elle ne soit une veuve ou une esclave, participe en tout et pour tout de la condition sociale de son mari.
Il n'en est pas de même des concubines, que l'on peut avoir en assez grand nombre.
Les femmes de la liaute classe vivent complètement dans l'inaction, n'ayant d'autres soucis que de nourrir et d'élever leurs enfants. 11 n'est pas rare de voir une mère allaiter son nourrisson jusqu'à l'âge de sept ou huit ans, quelquefois même jusqu'à dix ou douze. Cette singulière coutume paraît si naturelle en ce pays où l'on n'a auciuie idée de l'allaitement artificiel, que la chose se fait publiquement.
Les femmes du peuple ont une plus rude besogne : esclaves de leur intérieur, elles ne se reposent jamais. Elles doivent préparer les aliments, liler, tisser la toile, confectionner les habits, les laver, entretenir tout dans la maison, et de plus, pendant l'été, aider leur mari dans les travaux de la campagne.
La liberté dont les /emmes du peuple jouissent en Corée, jointe au peu de cas que l'on fait d'elles en principe, donne lieu à tous les entraînements de la passion : la corruption des mœurs y est très-grande, et la prostitution s'étale partout, en plein jour.
Ainsi que chez les Tartares, la déformation du pied n'est point pratiquée chez les Coréens. C'est là une coutume dont, fort heureusement pour elles, les femmes ne sont point victimes.
Les Coréens sont d'un caractère indolent; leur esprit est peu cultivé, quoique presque tous sachent lire et écrire. L'hospitalité est considérée par eux comme le plus sacré des devoirs ; leur maison est ouverte à tout venant ; aussi le nombre d'escrocs et de fainéants, qui spéculent sur la charité publique, est-il considérable. De même qu'en Chine, les mendiants forment des corporations avec lesquelles il faut compter.
En Corée, il n'y a, pour ainsi dire, ni arts, ni industries. Tout se fait dans les maisons des particuliers. Après sa récolte, le laboureur devient tour à tour tisserand, maçon, tailleur, charpentier. Il n'y a d'ouvriers spéciaux que pour les métiers qui exigent des outils particuliers et un certain apprentissage : tels sont les potiers, les fondeurs de bronze, les couteliers.
La seule industrie dans laquelle les Coréens excellent, c'est la fabrication du papier. Ce papier est beaucoup plus beau et plus solide que celui qui se fait en Chine. Son emploi est très-varié. C'est ainsi qu'on en fait des vêtements, des sacs, des souliers, des paravents, des cloisons, des cordons et des bandelettes. Habitations. Le confortable de l'habitation est inconnu en Corée. En général, le Coréen habite sous le chaume. Les bâtiments des fonctionnaires de l'Etat et les maisons des riches sont seuls recouverts de tuiles grises vernissées. La construction des logements est uniforme : ils sont en général petits et peu commodes ; les murs sont bâtis en terre pétrie, soutenue par des lattes de bois. La toiture de la maison, toute en paille de riz, dépasse le mur de trois ou quatre pieds, de façon à former, à l'extérienr, de petites galeries couvertes. Les corps de logis sont divisés eu deux ou trois pièces, par des cloisons de fort papier tendu sur des châssis de bois; de petites ouvertures fermées par une boiserie en treillis, recouverte aussi de papier, servent à la fois de portes et de fenêtres.
En dehors de la maison, sur un des côtés, se trouve le loyer de la cuisine, auquel viennent aboutir des conduits qui passent sous le sol des appartements.
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souvent un peu exhausse par cela même ; la fumée, au lieu de s'échapper par une cheminée verticale, s'engage dans ces sortes de tuyaux et vient sortir de Tautre côté du bâtiment.
Cette disposition constitue un moyen de chauffage économique et très-efficace ; mais la fumée qui passe à travers les fentes du sol ne contribue pas peu à vicier l'air intérieur, surtout pendant l'hiver où tous les membres de la famille, sans distinction de sexe, couchent entassés les uns à côté des autres.
L'éclairage se fait au moyen des huiles qui servent en même temps à la cuisson des aliments. Quelquefois, en été, on allume un feu au milieu de la cour intérieure ou au dehors du logis, et tout le monde travaille à la lueur de ce feu dont la fumée chasse les moustiques et les autres insectes.
L'ameublement est pour ainsi dire nul. Les nattes qui recouvrent le sol servent de lit; chez les pauvres gens, il n'y a bien souvent que de la paille. Dans un coin de la chambre, une bûche quadrangulaire tient lieu de traversin ; sur une traverse de bois sont suspendus les vêtements, e1, quelquefois, une ou deux corbeilles en guise de garde-robe. Chez les riches, on trouve des malles assez grossières ; les lettrés, les marchands, sont assis près d'une petite caisse qui contient l'encrier, les pinceaux et un rouleau de papier. Chez les mandarins, et dans les maisons de la haute noblesse, on trouve quelques livres chinois et des armoires vernissées de petites dimensions, parfois aussi des bronzes et des porcelaines. Dans les appartements réservés aux femmes, gisent çà et là des meubles de Jaque, des nattes plus ou moins fines, des paravents ornés de peintures, des chiffons, des pots de pommade et de fard, et toujours des faux cheveux.
Les palais se composent de bâtiments indépendants les uns des autres et séparés par des jardins. Leurs murs reposent souvent sur des fondations en pierre.
Dans les maisons royales les reines et les concubines sont servies par des eunuques. Ceux-ci arrivent parfois à des emplois très-élevés. Il ne paraît pas que la castration soit en Corée, comme cela a lieu en Chine, l'objet d'un infâme et honteux commerce. Détail vraiment curieux ! les chiens en seraient les véritables pourvoyeurs. Ces animaux, en effet, sont seuls chargés des soins nécessaires de propreté, auprès des enfants à la mamelle, c'est-à-dire jusqu'à l'âge de trois ou quatre ans. Or il n'est pas rare que quelques-uns de ces p(;tits êtres sans défense soient mutilés par un cliien. Devenus grands, ils trouvent dans leur infirmité une ressource et un moyen de vivre (Dallet).
Les habitations des villes sont souvent plus délabrées et plus sales que celles de la campagne. Les fermes, en effet, sont vastes et souvent bien aménagées. Dans la capitale même, les maisons, généralement couvertes en tuiles, sont basses et très-étroites : les places publiques y sont rares, et, à l'exception de quelques rues assez larges, on ne voit que des ruelles tortueuses où l'air ne circule pas, où le pied ne foule que des immondices. Le quartier, de forme rectangulaire, occupé par le palais royal et les édifices du gouvernement, est séparé du reste de la ville par un mur et un fossé.
Il y a en Corée beaucoup de villes murées et quatre grandes forteresses voisnies de la capitale qui sont : Kang-hoa, Sou-ouen, Koang-tsiou et Kaï-seng. Elles contiennent toutes : le palais du gouverneur ou yamoun et les magasins de l Etat qui renferment les approvisionnements que ce dernier vend au peuple, la ville proprement dite, amas de maisons misérables, et une assez vaste étendue de terrain cultivé.
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Les gros villages sont rares, et la population rurale est disséminée en hameaux de trois ou quatre maisons seulement.
Le service de la voirie n'existe pas en Corée. Il est presque en entier dévolu aux chiens qui se chargent de faire disparaître toutes les ordures.
Inhumations. Dans ce pays, comme en Chine, la piété fdiale est considérée comme la première des vertus. Aussi la pratique des inhumations y est-elle entourée de toute la pompe que la famille du mort peut y mettre.
Le corps, préalablement lavé et revêtu de ses plus beaux habits, est placé dans un cei'cueil de bois très-épais, et entouré de plantes aromatiques. On le conserve ainsi, plusieurs mois, dans un appartement spécial préparé et orné à cet effet. Les gens du peuple, qui n'ont pas le moyen d'avoir une chambre pour le cadavre, gardent le cercueil en dehors de leur maison, et le recouvrent de nattes en paille pour le protéger contre la pluie. Il n'est aucun Coréen, pas même le plus pauvre, qui songerait à abandonner un cadavre. Le lieu de la sépulture est choisi avec soin, car on attache à ce choix une influence très-grande sur le sort de la famille. En général, les tombeaux sont situés sur les collines et assez espacés les uns des autres.
Jamais on n'enterre dans les villes ni dans leur voisinage immédiat; et, sous ce rapport du moins, les droits de l'hygiène sont entièrement sauvegardés.
Vêtements. Le costume des Coréens consiste en un large pantalon maintenu sur le bas des jambes par des guêtres étroites et en toile, en une veste qui couvre immédiatement le haut du corps, et par-dessus laquelle on revêt ordinairement une robe à larges manches, fendue sur Jes côtés et tombant jusqu'aux genoux. Par-dessus cette robe, les gens riches passent généralement une espèce de redingote fixée sous les bras par une bande qui fait le tour du tronc et qui remplace les boutons. Tous ces habits sont d'une ampleur exagérée, et la mode exige que l'on en porte le plus possible à la fois. Ils sont ordinairement en cotonnade blanche et grossière fabriquée dans le pays, et confectionnés, pour la plupart, de morceaux faufilés ensemble ou simplement collés; les nobles seuls ont des habits cousus et de couleur.
Les femmes portent, outre le pantalon moins large que celui des hommes, une espèce de veste à manches étroites, et, par-dessus, une ample pièce d'étoffe, généralement en toile bleue, qui leur sert de robe, et qu'elles attachent sous les seins au moyen d'une ceinture.
Presque tous les enfants, jusqu'à l'âge de neuf ou dix ans, quelquefois même davantage, vivent, pendant l'été, absolument nus, ou revêtus seulement d'une petite jaquette qui descend jusqu'à la ceinture.
La coiffure des Coréens consiste en un large chapeau à tuyau légèrement conique qui s'ajuste sur le sommet du crâne, et dans lequel le chignon, forme par les cheveux, peut seul pénétrer.
Les cheveux des hommes mariés, en effet, sont relevés sur le sommet de la tête, tordus en chignon, et maintenus par un serre-tête en fils de bambou trèsfins, semblables à du crin.
Les jeunes garçons et les célibataires n'ont point le droit de porter de chapeau ; leur coiffure consiste en une seule tresse qui pend sur le dos. Il en est de même des jeunes filles ; mais les femmes mariées portent deux tresses qu'elles grossissent encore avec de faux cheveux.
A Séoul, on forme, avec ces deux tresses, un gros chignon qui, maintenu par une longue aiguille d'argent ou de cuivre placée en travers, retombe sur le cou :
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les femmes du peuple, dans les villes comme dans les campagnes, roulent ces deux tresses autour de leur tête comme un turban, et les nouent sur le front.
Outre leur chapeau ordinaire, les Coréens portent encore un immense cône en paille ou en papier huilé qui leur sert de parapluie, et qu'ils replient quand il fait beau. Les hommes du peuple se servent en outre d'un manteau de paille qui les garantit des fortes averses pendant leur travail.
La chaussure consiste en une sorte de bas formé de deux morceaux de toile orossière, cousus de manière à se terminer en pointe et à suivre les contours du pied, et en sandales pointues aussi et recourbées, tressées en paille de riz.
D'autres sandales sont confectionnées avec du chanvre ou avec l'écorce du papyrier : mais ces dernières se perdent au moindre contact de l'eau. Les gens riches, seuls, en font usage. Les fonctionnaires en grande cérémonie chaussent une espèce de bottes en entonnoir, comme on en portait sous Louis XIIL — Les paysans usent surtout de sabots en bois ressemblant à des patins, dont la semelle et le talon sont très-épais.
Mentionnons enfin l'usage des lunettes qui paraît très-répandu parmi les lettrés et les gens de la haute classe.
La malpropreté est le défaut national des Coréens. Le plus souvent la couleur primitive de leurs vêtements a disparu sous une épaisse couche de crasse. 11 n'est pas rare de voir les riches eux-mêmes porter des vêtements déchirés et remplis de vermine. Après le blanchissage, ceux-ci sont enduits d'une épaisse couche de colle qui, en fermentant, donne lieu à une odeur des plus désagréables.
Alimentation. Les Coréens se nourrissent principalement de riz cuit à l'eau. Ils font aussi un grand usage de légumes ayant subi un commencement de fermentation, tels que le chou chinois, le gros navet, les feuilles de plantain et de fougère. Les gens à l'aise y ajoutent un peu de viande de boucherie et du poisson desséché ou salé. La viande de bœuf est très-rare ; le droit de tuer un bœuf est une espèce de privilège qui ne s'obtient qu'en payant un impôt très-élevé au roi. C'est la viande de chien qui forme le fonds de la consommation générale.
Tous ces aliments sont apprêtés avec de l'huile de sésame, de ricin ou de colza, et toujours fortement trempés dans de la saumure.
Bien des gens mangent le poisson cru et la viande crue. Les intestins sont très-recherchés et passent pour un morceau de choix. La poudre de piment délayée est le seul assaisonnement ([ue l'on emploie dans ce cas. Le gibier et la volaille sont peu en usage, et comme en Chine, on mange les œufs fermentes. Par contre, on fait une très-grande consommation de fruits, de pêches et de petits melons d'eau surtout.
La boisson ordinaire est l'eau, dans laquelle a été cuit le riz. L'usage de l'eaude-vie de riz est très-généralement répandu. On y ajoute, en été, de l'eau miellée.
Chez les riches on prend du thé; mais cette boisson est peu commune.
Les Coréens sont grands mangeurs, la ration ordinaire d'un ouvrier est un htre de riz. Mais quand il le peut il en absorbe facilement trois ou quatre fois autant.
« Dès l'enfance, dit le P. Dallet, on s'applique à donner à l'estomac toute l'élasticité possible. Souvent les mères, prenant sur leurs genoux leurs petits enfants, les bourrent de riz ou de toute autre nourriture, et, frappant de temps en temps sur le ventre, avec le manche de la cuiller, elles ne s'arrêtent que quand il devient physiquement impossible de le gonfler davantage. » — On comprend ce qu'une pareille habitude peut avoir de dangereux pour les fonctions digestives,
et comment l'allaitement naturel, prolongé pendant de longues années, ne saurait y apporter qu'une heureuse compensation.
Aperçu pathologique. La médecine est la science qui paraît être le plus en honneur en Corée. Elle est empruntée du reste à la médecine chinoise. Les médecins sont peu nombreux, et ceux que l'on peut regarder comme instruits ne se ti-ouvent guère qu'à Séoul.
Presque tous les remèdes se donnent en potion, et parmi eux, les plus en vogue sont les réconfortants et les toniques. Nous nous contenterons de citer ceux que l'on prescrit ordinairement et qui sont : le consommé de viande, les raclures de corne de cerf, et le fameux ginseng.
Quant à l'art chirurgical, il se résume pour le médecin coréen dans l'emploi de l'acupuncture. Il y a des ti'aités entiers écrits sur la manière de la pratiquer.
L'absence pour ainsi dire complète de renseignements sur le nombre et la nature des maladies qui régnent en Corée ne saurait nous permettre d'en donner ici une description précise. On peut toutefois trouver dans les récits des missionnaires quelques données intéressantes à ce sujet.
C'est ainsi que les fièvres intermittentes sont signalées par tous comme étant très-communes dans le pays. Elles présenteraient un certain caractère de gravité, dû à leur téiiacité et ù la cachexie qu'elles entraînent le plus souvent avec elles.
Le mauvais état des habitations et la déplorable hygiène alimentaire à laquelle les Coréens sont soumis favorisent singulièrement le développement de maladies épidémiques présentant tous les symptômes des fièvres typhiques.
En hiver, les affections inflammatoires des organes thoraciques sont très-fréquentes, surtout dans les provinces du Nord. La phthisie n'est point rare.
On a signalé aussi l'existence de fièvres éruptives. La plus grave de toutes, la variole, fait chaque année, dans la presqu'île, des ravages considérables. Plus de la moitié des enfants meurent de cette affection, et en certains districts presque aucun ne survit.
Le choléra a fait une première apparition en Corée en 1823. En 1859, il fui de nouveau importé dans la capitale, où il se montra très-meurtrier, et de là envahit les provinces de l'Ouest et du Sud.
La scrofule paraît être très-répandue dans toutes les classes de la société. — L'ophtlialmie purulente a été signalée aussi comme fréquente, et le grand nombre d'aveugles que l'on rencontre dans le pajs démontre la gravité de cette affection.
Les maladies gastro-intestinales se rencontrent surtout dans les provinces du Sud, et principalement dans le Kieng-sang.
La diarrhée cholérifornie et les convulsions s'observent souvent chez les enfants en bas âge.
On a signalé aussi l'épilepsie, les ulcères des pieds et l'éléphantiasis des Arabes. On ne trouve rien sur la syphilis dans les lettres des missionnaires, mais il est bien probable que cette maladie existe, favorisée qu'elle doit être dans sa propagation par la grande corruption de mœurs qui règne chez les
Coréens.
Dans le Sud de la presqu'île les cultivateurs sont en proie à une cachexie particulière, caractérisée par une sénilité précoce, des phénomènes de paralysie des membres, la chute des poils, des dents et des ongles. Les Coréens nomment cette maladie !Soîitho, c'est-à-dire mal causé par l'eau et par le terrain.
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L'alcoolisme est fort répandu dans les hautes classes. — Les hydropisies auxquelles il donne lieu sont souvent signalées comme une maladie commune chez les nobles et même chez les princes. Le dernier roi de Corée mourut en 1864, des suites de son ivrognerie habituelle.
Signalons en dernier lieu des éruptions cutanées mal déterminées, mais dont un certain nombre doivent se rapporter à la syphilis, et la présence souvent constatée, chez les enfants comme chez les adultes, de vers intestinaux.
Alexandre Lavet.
BiBLiouBAPHiE. — DuHALDE. Description géograpldque, historique de l empire de la Chine et de la Tartarie chinoise. Paris, 1755. — Nouvelles lettres édifiantes, 1818-1825. — Annales de la propagation de la foi, t. VI, IX, XI, XII, XIII, XYI, XVIII, XIX, XX, XXIII, XXV, XXVI XXVIII, etc. — SiEBOLD (de). Archiv îur Beschreibiuif/ von Japan. — Note sur la' Corée' In Bulletin de la Société de géographie, 5' série, t. XIII, 1867. — Cheval (kljsée). Relation d'une campagne au Japon, en Chine et en Corée. Thèse de Montpellier, 18G8. — Stieleu's Hand-Atlas, 1871. — Zuber (H.). Une expédition en Corée. In Tour du Monde, 1873 — Dallet (Ch.). Histoire de l'Église de Corée, précédée d'une introduction sur l'histoire, les institutions, la langue, les mœurs et coutumes coréennes. Paris, 1874, 2 vol. in-S». Articles sur la Corée. In Journal l'Explorateur, n"' 53, 54 du 2™= vol., 1" année 1875- n" 41 nov.1875. À. L. '
CORELLA (Alfonso-Lopez de). Médecin espagnol du seizième siècle est
né à Corella, dans le royaume de Navarre, et paraît avoir pris son nom du lieu
de sa naissance. 11 étudia la médecine à Alcala de Henarez, fut reçu docteur
à l'Université de cette ville, et y obtint plus tard une chaire de médecine. Sa
ville natale lui offrant un salaire très-élevé, il quitta sa chaire pour remplir
pendant quelques années les fonction^ de médecin stipendié, puis se rendit à
Tarazone, dans le royaume d'Aragon, où il fut nommé professeur titulaire et
enseigna la médecine avec éclat ; c'est dans cette ville qu'il écrivit la plupart de
ses ouvrages. On ne connaît pas l'époque de sa mort, on sait seulement qu'il
succomba dans cette dernière ville à nn âge très-avancé.
Lopez de Corella, à ses débuts, était passionné pour la médecine arabe et acceptait comme des autorités infaillibles les Avicenne, les Rliazès, les Avenzoar, etc. Tous les ouvrages qu'il écrivit dans son jeune âge se ressentent d'une manière extraordinaire de cet arabisme exagéré. Voici du reste ce qu'il dit luimême à ce sujet dans la dédicace de son Enchiridion medicinœ à Juan Gonzalez de Munebrega : ProUxos commentarios in coUectanea Averrois construxi uhi diffuse salis multa medicinœ Wactavi more Arabes exponentium, quibus inultum fuiversatus. 11 explique comment plus tard il revint de son engouement pour les Arabes : Considerans autem quantum prœsens celas hoc scribendi genus abhorrent, mutavi vo70m et intra paircos dies hoc, qiiod tuœ doininationi offero, condidi opuscuhm.
Nous citerons de Corella :
I. Secretos de filosofia, astrologia, nedic'ina, y de las cuatro inatematicas ciencias colegidos de muchos y diverses autores, lïwid'idos en cinco de quincuagenaa depreguntas. Valiadolid, 1546, ni-fol. ; Sarag-osse, 1547, in-4°. — II. Ench'tr'idion medicinœ in qno prœcipua theoricœ et pracUcœ juxla classicorum auclorum dogmata dilucidantur, multaque trivial'ium nmlicorum nolanlur errata. Saiagosse, 1549, in-I2; Valence, 1581, in-16. — III. De vini commod'dat'ibus libellus (1550), in-8°. — IV. De arle curativa libri quatuor. Estella, 1555, in-8°. — V. Nalurœ quœrimoiiia. Saragosse, 15G4, in-8°. — VI. Annolaliones in omn'ia Galeni opéra. Saragosse, 1565, in-8° ; aut. édit., ibid. 1574, in-S». Nouv. édilion. Madrid, 1582, in-4'' — VU. De natura venœ. Saragosse, 1573. — VIII. De morbo jmstulalo sive lenliculari, guetn nostrates tabardillo appellnnt, liber unus, atqiie de Galeni placilis liber aller, guo omnibus fcrè medicis, qui prœdictum auctorem hue usque impugnariint,
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respondetur, etc. Saragosse, 1574, 1584, in-4°; \alencia, 1581. — IX. Catalogus auctorum qui post Galeni œviini et Hlppocrati et Gale.no contradixerunt . Valence, 1589, in-12