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L. Hn

CORÉLYSIS (de Ko/3ï3, pupille, et l-Jaiz, dégagement). Nom donné par M. Streatfeild à une opération chirurgicale ayant pour objet de débarrasser la pupille des adhérences qu'elle peut avoir contractées avec quelque partie que ce soit : cornée, capsule cristallinienne, fausse membrane, etc. {voy. Iris).

COREIVC (Eau minérale de), protothermale, chlorurée sodique moyenne carbonique et sulfureuse faible; dans le département de l'Isère, dans l'arrondissement de Grenoble, à 2 kilomètres seulement de cette ville, émeroe la source de Corenc dont le débit est très-faible. Son eau est transparente et limpide, son odeur est piquante et légèrement sulfureuse, son goût est à la fois hépatique et un peu salé; sa température est de 15° centigrade. M. Niepce en a fait l'analyse cbimique ; 1000 grammes de cette eau contiennent, suivant lui les principes suivants :

Chlorure de sodium 1,420

— calcium 0,055

Sulfate de soude 0,127

— magnésie 0,035

— chaux 0.027

Carbonate de magnésie 0,085

— chaux . '. . 0.060

Iode et matière bitumineuse traces.

Total des matières fixes 1,807

r acide carbonique 0 lit. 04905

Gaz I — sulfhydrique 0 0152S

l azote 0 01125

Total des gaz Olit.07551

L'action physiologique et thérapeutique de l'eau de la source de Corenc est jusqu'ici mal connue, car elle est employée empiriquement en boisson par quelques personnes du voisinage qui lui reconnaissent des vertus marquées dans les maladies de la peau et dans les affections catarrhales des voies respiratoires et digestives. A. R.

CORÉOMÉTRE (de Kaph, pupille, et ptv5T/5Ôv, mesure). Instrument destiné à mesurer les dimensions de la pupille. Syn. Pupillomètre {voy. Iris et Pdpillomètre). E. W.

CORÉOlVClOîV. Dans l'opération de la pupille artificielle par décollement (iridodyalise), un crochet est introduit jusqu'aux attaches ciliaires de l'iris, pour en détacher une partie, à travers une petite incision faite à la cornée. L'emploi d'un crochet simple offre ce grand inconvénient de s'accrocher à la cornée au moment où l'on veut lui faire franchir la plaie d'entrée pour le retirer, chargé de la partie d'iris qu'il doit entraîner à sa suite. Le coréoncion a été imaginé par Graefe père, en vue de parer à ce désagrément. C'est un crochet d'acier, accolé à une branche mobile, en argent, qu'on pousse en avant, à l'aide du pouce appliqué sur un ressort qui entoure le manche de l'instrument, de façon à la mettre en contact avec la concavité du crochet, dans le double but d'y fixer la portion d'iris saisie, et de garnir la pointe du crochet, qui peut ainsi, au z'etour, traverser la plaie de la cornée sans s'y accrocher.

CORIANDRE (botanique). 447

Le professeur Jûngken, qui avait pris la peine de publier un travail sur le coréoncion de Graefe {Das Coreoncion ; ein Beitrag zur kûnsUichen Pupillenbildung. Berlin, 1817. Brocli., p. 61), a déclaré, dans une publication subséquente, renoncer à son emploi, comme à celui de tous les instruments compliqués destinés au décollement de l'iris. Le coréoncion est aujourd'hui complètement abandonné. E. W.

COREOPSis BIDEXS. La plante ainsi nommée par Linné rentre maintenant dans le genre Bidens. C'est une forme du Bidens cerniia L., dans laquelle les fleurs de la circonférence sont ligulées {voy. Bident). Pl.

CORÈTE. La Corète potagère est le C. olitorius L. On l'appelle encoie Mauve des Juifs, Guimauve potagère; expressions qui indiquent assez ses propriétés émollientes (wî/. Corchorus). H. Bn.

CORIAIRE, CORIARIA. Voy. Redoul.

CORIAMTRTII^E. Principe vénéneux du coriaria myrtlfolia ou redoul corriaire à feuille de myrte. Il a été isolé et étudié par M. Riban.

Laconamyrtineest répandue dans toutes les parties de la plante. Pour l'isoler, on s'adresse aux baies, aux feuilles, plus particulièrement aux jeunes pousses du mois de mai. Le suc est exprimé et précipité par le sous-acétate de plomb, fdtré, débarrassé de l'excès de plomb par un courant d'hydrogène sulfuré, filtré à nouveau ; on évapore à consistance sirupeuse et on reprend par l'éther qui, en s'évaporant, abandonne la coriamyrtine en cristaux. Ceux-ci sont purifiés par deux ou trois cristallisations dans l'alcool. 100 kilogrammes de la plante donnent ainsi 6 à 9 grammes de produit. La coriamyrtine est une substance blanche, amère, cristallisant en prismes clinorhombiques modifiés sur les arêtes de la base. 100 parties d'eau à 22" en dissolvent 1,44 parties, 100 parties d'alcool à 22» en dissolvent 2,01. Soluble dans l'éther, le chloroforme, la benzine ; peu soluble dans le sulfure de carbone. Fond à 220°; ses solutions dévient à droite le plan de la lumière polarisée. La coriamyrtine est extrêmement vénéneuse ; 2 centigrammes administrés à un lapin, sous forme d'injection sous-cutanée, déterminent la mort avec des symptômes qui rappellent ceux de l'empoisonnement par la strychnine ; sa composition est représentée par la formule C^^H^^O'". Voici une réaction très-sensible et qui peut être précieuse au point de vue médico-légal. Un milligramme de coriamyrtine chauffé à 100° avec de l'acide iodhydrique concentré donne un dépôt d'iode mélangé d'une matière noire, molle, poisseuse, soluble en rouge pourpre dans l'alcool additionné de quelques gouttes de soude caustique.

RiBA\. Thèse de Montpellier, 1863. Recherches expérimentales sur le principe toxique du redoul. In Compl. rend, des séances de l'Acad. des sciences, t. LXII, et Bull, de la Soc. chitn. de Paris, t. YU, p. 79; 1867. Scuutz.

CORIA.IVDRE. § L Rotanique. Coriandrum L. Genre de plantes dicotylédones, appartenant à la famille des Ombellifères, et caractérisé de la manière suivante : Calice à 5 dents inégales, persistantes ; corolle à 5 pétales obovés, portant un lobule fléchi en dedans, inégaux, les extérieurs rayonnants et bifides. Fruit globuleux, formé de deux méricarpes à 5 côtes primaires, déprimées, flexueuses, à 4 côtes secondaires saillantes, et contenant chacun 2 canaux oléorésineux (bandelettes) correspondant à la commissure.

448 CORIANDRE (emploi médical).

La seule espèce intéressante du groupe est la Coriandre cultivée {Coriandrum sativum L.). C'est une plante de 35 à 50 centimètres de haut, glabre, d'un vert gai. Les feuilles inférieures, pétiolées, pennatiséquées, à segments larges, cunéiformes, incisés dentés, rappellent un peu celles du persil ; les supérieures sont bi-tripennatiséquées, à segments découpés en fines lanières. Les fleurs blanches ou rougeàtres sont disposées en une ombelle composée, à 5-10 rayons, sans involucre, et portant sous les ombellules des involucelles à 2 ou 3 folioles déjetées d'un seul côté.

La Coriandre a, lorsquelle est fraîche, une odeur extrêmement désagréable qu'elle perd en grande partie par la dessiccation, si bien que les fruits secs ne gardent qu'un parfum assez doux.

Subspontanée çà et là, la plante est abondamment cultivée en Touraine et aux environs de Paris, dans la plaine des Vertus.

Linné. Gênera, 556. Species, 567. — Esdliciier. Gênera plantarum, n" 4549. De Can-

DOLLE. Prodromus, IV. — Bentham et Hookek. Gênera plantarum, I, 926. — Grenier et Go- DRON. Flore de France, I, 678. — Guidourt. Drogues simples, 6" édition, IIF, 238. Pl.

g II. Emploi médical. Les fruits seuls de la Coriandre sont utilisés en médecine.

Pharmacologie. Ces fruits, improprement appelés semences, puisqu'ils sont composés de deux méricarpes hémisphériques, sont ovoïdes-globuleux, de la grosseur des grains du plomb à bouteille, légèrement striés, de couleur jaunâtre ou gris-jaunâtre, quand ils sont secs, ainsi qu'on les emploie toujours en pharmacie et comme condiment. En effet, lorsqu'ils sont frais, ils exhalent, ainsi que toute la plante, une odeur fétide, très-sensible notamment quand on les froisse entre les doigts et qui a valu son nom à la Coriandre (x.oot;, punaise; quelques-uns ajoutent : àvÂp, homme; c'est-à-dire mari de la punaise), tandis que par la dessiccation ils deviennent agréablement aromatiques, surtout quand on les pulvérise. Leur saveur est douceâtre et piquante en même temps, avec un arrière-goiit d'âcreté. Us paraissent devoir leurs propriétés à une huile essentielle, peu abondante d'ailleurs, que l'on obtient en les distillant, concassés, avec de l'eau, et qui est également ordonnée en médecine. 1 kilogramme de fruits n'en fourniraient que ls%58, selon M. Raybaud cité dans l'Ofjîcine de Dorvault, 8'' édit.), et 38'",7, selon le Dictionnaire de chimie de Wurtz.

Cette huile essentielle, presque incolore ou jaune pâle, a une odeur suave, analogue à celle des fruits desséchés, mais plus pénétrante, et qui rappelle, quand elle est très-affaiblie, celle de la fleur d'oranger. D'après M. Gladstone {Journ. oftlie chemic. Soc, t. XVII, p. 3, 1864; en extrait dans le Biillet. de la Soc. chim., 1864, t. II, p. 228), son indice de réfraction à 10" pour la raie D du jaune serait de 1,4652, et son pouvoir rotatoire de -f- 8,267 (21? de déviation pour une colonne de 10 pouces anglais, 254 millimèt.); sa densité à 15°5 serait 0,8775; mais d'autres auteurs ont trouvé seulement, à 14°, 0,871 (Kawalicr) et même 0,859 (Trommsdorff), ce qui indique que cette huile essentielle n'a pas une composition toujours identique. L'analyse chimique révèle en effet l'existence d'au moins deux principes volatils dans l'essence brute de coriandre; l'un, plus oxygéné, qui commence à passer vers 150", aurait pour formule G"'R^^O"-; l'autre, qui ne distillerait qu'à une température plus élevée, serait peu ou point oxygéné et aurait pour formule, d'après Kawalier {C-'>W'^j^O^, en notation par équivalents. La première partie, distillée avec l'anhydride phosphorique, perdrait

CORIANDRE (emploi médical). 449

les éléments de deux molécules d'eau et se transformerait ainsi en un isomère de l'essence de térébenthine C^" H*^

Quoi qu'il en soit de sa composition exacte, l'huile essentielle de coriandre se mélange facilement avec l'alcool, l'étheret les autres huiles fixes ou volatiles; mais il faut savoir qu'elle fait explosion avec l'iode, et est vivement attaquée par l'acide azotique et par l'acide sulfurique, pour ne pas la prescrire avec ces substances.

On emploie la coriandre pulvérisée sous forme de pilules ou de bols, d'électuaire (1/7 de miel), ou dans du vin (1/24 vin de Lunel), à la dose de i à 4 gr. ; en infusion, à la dose de 10 à 50 grammes par litre; son hydrolat (1 sur 4 d'eau pour 2 parties de produit) se prescrit à celle de 30 gr. à 100 grammes dans une potion; la teinture (1 sur 8 d'eau-de-vie), à celle de 2 à 10 gr., en potion; enfin l'huile essentielle est ordonnée à la dose de 1 à 20 gouttes, en potion ou sur du sucre.

La coriandre est l'une des quatre espèces carminatives ou semences chaudes (anis, carvi, fenouil, coriandre, parties égales); elle entre dans la composition de l'eau de mélisse composée, dans la poudre de Currie ou kari, la teinture de jalap composée (ou eau-de-vie allemande) aromatique, le vin aromatique amer ou vin d'absinthe composé, etc., etc.; enfin elle fait partie de diverses liqueurs de table, telles que le ratafia dit anisette de Bordeaux, le bitter des Hollandais, le vespetro, etc.

Thérapeutique. La coinandrc est connue depuis la plus haute antiquité, car elle est mentionnée déjà dans la Bible (Exode, chap. xvi, v. 51) ; mais c'est principalement comme condiment qu'elle était employée par les peuples- orientaux. Plus tard, elle est citée dans la collection hippocratique, par Nicandre, . Théophraste, Dioscoride, Pline, etc.; il faut le reconnaître, cependant, les propriétés que ces auteurs lui attribuent ont fait mettre en doute par plusieurs pharmacologues la légitimité de l'assimilation de notre coriandre au y.ôpiov ou y.opLfxvyo'j des Grecs ; d'après ces auteurs, en effet (Nicandre, Dioscoride, etc.), la coriandre serait toxique à un haut degré et son ingestion serait fréquemment suivie d'un délire furieux, avec mouvements désordonnés, vociférations ou perte de la voix, etc.

Noxia quod si guis biberit coriandra, repente

Ablalo exagitur sensu slridenteque voce

Edit acuta velut furiosœ jubila Bacchcc,

Seu Slygiœ injecto guasi percitus angue Megerœ,

dit Nicandre, dans ses Alexipharmaques (ti^aduction de Bodeus, dans une note ajoutée à l'édition de Théophraste par Scaliger, lib. Vil, cap. m, p. 747.

Dioscoride, néanmoins, reconnaît que c'est surtout la plante verte qui produit de pareils effets. Malgré les affirmations de Prosper Alpin, qui traite de ridicules les craintes de Nicandre, Dioscoride, Avicenne, et affirme [de Medicina ^gyptiorum. Venetiis, MDXCI, in-4», p. 117) que les Psylles usent fréquemment, dans leur cuisine, de la coriandre verte, sans inconvénient ; malgré les expériences confirmatives de Lobel, la pratique d'Hoffmann, d'Ettmùller, etc., des écrivains relativement récents recommandent, après Matthiole, J. Bauhin, de ne se servir de la coriandre qu'avec la plus grande précaution, après l'avoir fait macérer dans du vinaigre ou dans du vin.

Il ne paraît pas que des accidents toxiques aient été constatés après l'administration des fruits de la coriandre ou de son huile essentielle ; toutefois, sans

DICT. E.NC. XX 29

450 CORIS.

admettre avec les anciens médecins grecs et arabes que le suc extrait des feuilles ou des tiges vertes de cette plante est aussi vénéneux que celui de la ciguë, il y aurait lieu de rechercher s'il est réellement aussi inoffensif que le fruit lui-même.

Les usages thérapeutiques de la coriandre sont d'ailleurs fort restreints ; c'est surtout comme stomachique, carminative, qu'elle était et est encore employée. C'est donc dans l'atonie des voies digestives, dans les dyspepsies flatulentes, qu'elle trouve son indication, lorsqu'il n'y a d'ailleurs aucun signe d'irritation gastro-intestinale; dans ces circonstances, non-seulement elle favorise la digestion, dissipe les gaz intestinaux trop abondants, mais encore serait légèrement laxative. Aussi l'associait-on fréquemment aux préparations purgatives de séné pour diminuer les coliques que détermine souvent l'ingestion de cette substance. Certains malades soumis à un traitement par les eaux minérales froides prenaient également la coriandre ou ses préparations, dans le but de faciliter la digestion des eaux. A ces propriétés, qu'elle partage avec l'anis, le carvi, etc., se borne ce que l'on sait de positif sur l'action de la coriandre. Elle passait autrefois pour puissamment aphrodisiaque, et aussi pour astringente, ce qui la faisait administrer contre les règles trop abondantes, contre le flux de ventre, et extérieurement contre les hernies produites par des vents ; plus tard, on a vanté l'usage de ces semences à haute dose contre les fièvres quartes ; mais l'expérience n';i pas confirmé leurs vertus. Enfin, Itard a employé l'infusion de coriandre en injection dans le conduit auditif, contre les névroses de l'appareil auditif.

Aujourd'hui, la coriandre est presque exclusivement utilisée comme condiment et dans la préparation de certaines liqueurs de table ; les confiseurs, enfin, en recouvrant les fruits d'une couche de sucre, en font des dragées pour rendre Ihaleine '*uave et faciliter la digestion. E. Hn.

CORlARll\IE. Peschier dit avoir isolé de la famille du coriaria mvrtifolia une matière cristalline de l'éaction alcaline et exempte d'azote, non toxique. 11 donne à ce principe défini' le nom de coriarine. Dans tous les cas ce principe ne peut être confondu avec la coriamyrtine de Hiban.

Peschier. Ncues Jouni. v. Frommsdorf, t. XVI, p. 257. Scijutz.

COKIS. Tournefort. Genre de plantes dicotylédones, appartenant à la famille des Primulacées, et qui n'est représenté que par une seule espèce intéressante, le Coris monspeliensis L., qui croît dans la région méditerranéenne. C'est une charmante plante, à tiges de j à 2 décimètres de long, gazonnantes, étalées, puis ascendantes et dressées, dures et presque ligneuses à la base. Les feuilles très-nombreuses, linéaires, un peu charnues, très-entières, lui donnent im peu l'aspect d'une bruyère. Les fleurs sont en grappes terminales, simples, de 1 à 4 centimètres de longueur, attachées chacune sur l'axe par un court pédicelle. Leur calice est campanule, tubuleux, à dents extérieures, plus longues que les autres, sétacées. La corolle tubuleuse, à limbe quinquéfide, bilobée, est crrande, d'un l'ose-bleuâtre ; les étamines sont au nombre de 5, à filets inégaux, «rlanduleux à la base. Le fruit est une capsule s'ouvrant en 5 valves et contenant 5 graines albuminées.

L'espèce en question est le y.ôoi; de Dioscoride, et elle a conservé ce nom générique chez la plupart des auteurs de la Renaissance et de la période moderne. Les anciens, Dioscoride, Galien, etc., lui attribuaient une vertu incisive, diurétique et emménagogue. D'après Belon, dans ses Singularités, sa racine serait

CORNiCCHINI (les deux). 451

vomitive. Shaw, dans sou Voyage au Levant, rapporte que les Arabes en fout

usage comme antivénérienne; eulîn, dans le royaume de Valence, où on l'appelle

Sim/ito petreo [Consoude de pierre), on se sert de sa poudre comme pouvant

cicatriser rapidement les plaies. Ses propriétés astringentes et vulnéraires

paraissent admises par la plupart des auteurs. Lobel rapporte qu'on teint les

étoffes en rouge-pourpre au moyen de sa racine.

DioscoRiDE. Materia medica, III, 174. — G. Bauhin. Pinax Theairi botanici. — Clusius. Historia plantarum, I, p. 164. — Louel. Adversarla, 174. — Gouan. Matière médicale. — TouRNEFORT. liistitutiones Rei herbarice, p. 652, tab. 423. — Linné. Species, 252. — Le Can- DOLLE. Flore française, III, 437. — Grenier et Godron. Flore de France, II, 4U5. I'l.

COR9IE. Voy. CoRMÉ et Sorbier.

COKMÉ. On appelle Corme ou Sorbe le fruit du sorbier sauvage, espèce voisine du sorbier des oiseleurs dont tout le monde connaît les grappes de fruits rouges, et qu'on cultive dans les jardins. La corme ressemble à une petite poire, très-âpre et astrigente. En la râpant avec de l'eau, et en soumettant à la presse, on obtient une liqueur susceptible de fermenter et de fournir une boisson, le Corraé, aujourd'hui très-peu employée. P. G.

CORMIER. Ce nom a été donné par les auteurs soit au Cornus nias. L. [voy. Corsouillier), soit au Sorbus domestica L. {voy. Sorbier). Pl.

COBIV4C. Ce médecin est mort, à Paris, le 20 septembre 1853. Il est assez curieux que l'on n'ait sur lui aucun détail biographique, et que l'on ne connaisse même pas ses prénoms. Cornac a joui cependant d'une assez granile réputation comme praticien ; c'était un honnne haut de taille, se tenant toujours bien droit, vêtu ordinairement d'une grande redingote qui lui tombait presque sur les talons, portant constamment un chapeau à larges rebords, et l'immaculée cravate blanche ; avec cela froid, phlegmatique, souriant parfois, ne riant jamais. Sa thèse doctorale passée à la Faculté de Paris, le 1 8 février i 809 (in^", n" 19), et portant ce titre : Essai sur la jaunisse, nous apprend qu'il était neveu de Portai, ex-chirurgien de l'armée d'Italie, sous-aide-major à l'hôpital impérial des Invalides, aide d'anatomie au Muséum d'histoire naturelle et au Collège royal. On sait aussi qu'il était membre de l'Académie de médecine, et qu'il entra dans cette compagnie savante, le 4 janvier 1827, en remplacement de Asselin. Nous ne connaissons, non plus, rien autre chose de Cornac qu'une

Table des principales matières contenues dans les cinq volumes de l'anatomie médicale de Portai. Paris, 1805, in-8°. A. C.

coRKAccninii (Les deux).

Cornacchini (Thomas). Médecin italien, est né à Arezzo dans la Toscane; il vivait dans la seconde moitié du seizième siècle. 11 enseigna, pendant de longues années et non sans éclat, la médecine à Pise; il mourut avant l'an 1605, laissant comme unique ouvrage des tables médicales rédigées avec beaucoup d'ordre et de soin; le titre seul fait voir qu'il y a peu rais du sien, mais il se montra compilateur intelligent et judicieux. Voici le titre de cet ouvrage qui fut publié en 1 605 par ses fils Horace et Marc :

Tabulée medicœ, in quibus ea ferè omnia qiiœ à principihus medicis grœcis, arabibus et latinis, de curationis apparatu, capilis ac thoracis morbis, febribus, pulsibus, urinis, scripla sparsim reperiuntur, metliodo adeo absoluta collecta sunf, ut et illa et loci unde sunt hausta sub ununi cadant oculum oblulum. Addilce sunt ejusdem in plerasque tabulas adnotationes. Patavii, 1603, in-fol. ; Venetiis, 1607, in-fol^ L. Hn.

Cornacchini (Marc). Fils du précédent, vivait au dix-septième siècle; les détails relatifs à sa vie nous sont inconuus. On sait seulement qu'il enseigna la médecine à l'Université de Pise; on le connaît surtout par le soin qu'il prit de répandre la poudre purgative qui porte son nom, poudre cornachine, appelée encore poudre de Warunck du nom de son vrai inventeur ou poudre de tribus. Élève de Jérôme Mercurtalis , il publia les commentaires de son maître sur llippocrate, auxquels il joignit divers opuscules. Yoici l'énumération de ses ouvrages :

I. De liomiiuH gennratione ; de viiio et aqtia, halneisque Pisanis. Francof., 1607, in-fol., joint à : lliero». Mercurialis Coninientarii in Hippocralis Coi prognoslica, etc. — II. Methodut qua omncs humanl corporis affecliones ab hutiioribus copia et vel qualitate peccantibus gcnitn', tutu, cilo et jucunde caranlur. Florence, 16U9, in-4''; ibid., 1620, in-4°; Francfort, 1628, in-8»; Genève, 1647, in-8°. L. Hs.

CORIV'ADORE. Voy. Nectaire (Saint-).

CORlVji.GE. Le cornage, terme emprunté à la médecine vétérinaire, est un bruit respiratoire morbide, très-rude, entendu à distance, et qui, à son maximum d'intensité, se rapproche à la fois du bruit de ronflement du sommeil et du bruit de ràlement de l'agonie. Il est toujours dû, selon nous, à un rétrécissement survenu sur un point quelconque des voies respiratoires supérieures; il résulte des vibrations sonores et de la colonne d'air qui rencontre le rétrécissement et les tissus qui le constituent.

Tout bruit qui serait produit, d'une part, dans la cavité pharyngo-buccale, dans les fosses nasales et les narines, d'autre part dans les bronches au delà des premières grosses ramifications, doit être écarté de notre description comme ne constituant pas le cornage [voy. Ronflement, Nasillement, Râle, Sifflements, etc.).

L'homme, dans les conditions normales, exécute les deux mouvements delà respiration d'une manière silencieuse, pourvu que les deux lèvres de la glotte soient suffisamment écartées. Pour percevoir les vibrations de la colonne d'air qui traverse les premières voies, il est nécessaire d'appliquer un stéthoscope sur le larynx et la trachée ; il est aisé alors de constater ce phénomène que le maximum d'intensité du bruit respiratoire normal produit dans les voies supérieures a lieu au niveau de la glotle.

Lorsque la respiration s'accélère, comme cela a lieu après des mouvements rapides, le besoin de la respiration amène un appel d'air beaucoup plus précipité, et la conséquence immédiate de cette accélération est la mise en vibration de la colonne d'air qui traverse la glotte; c'est là la respiration soufflante. Supposons un défaut d'écartement suffisant des cordes vocales, ce n'est pas seulement la colonne d'air qui entre alors en vibration , mais aussi les cordes vocales ellesmêmes, et la respiration prendra un caractère de sonorité particulière qui n'est autre que le cornage. Or, les premières voies respiratoires peuvent être rétrécies par des causes extrêmement multiples, et le cornage se produira, nous Tavons dit, chaque fois que les tissus mômes qui circonscrivent l'orifice rétréci entrent en vibration. Tantôt, c'est la muqueuse hypertrophiée ou œdématiée, tantôt c'est une tumeur développée dans les cavités respiratoires, d'autres fois, c'est la cicatrisation vicieuse résultant d'ulcérations étendues ou de nécrose; d'autres fois encore, c'est la paralysie des cordes vocales ou bien le spasme des muscles de la glotte qui sont les causes immédiates du bruit qui nous occupe. Ce qu'il faut bien faire ressortir, c'est que le cornage implique nécessairement, selon

notre conviction au moins, un rétrécissement des voies aériennes. Le bruit de cornage est plus accusé dans l'inspiration que dans l'expiration toutes les fois que la lésion existe au niveau de la glotte, dont la disposition anatomique est telle que l'air passe toujours avec beaucoup plus de facilité de bas en haut que de haut en bas.

M. Empis, dans un travail sur le cornage, inspiré d'un excellent esprit clinique, étudie, le premier, d'une façon magistrale, ce symptôme, comme résultant de la compression de la trachée et des bronches. M. G. Sée envisage le cornage à un point de vue plus général, et le définit comme « une respiration rude, bruyante à distance, qui s'accompagne toujours de dyspnée et fréquemment aussi d'altération de la voix. » Quant à la constance de la dyspnée, nous ne pouvons pas être entièrement de l'avis de M. Sée. Nous avons observé des individus atteints de cornage pendant des années sans qu'il y eût eu la moindre difficulté respiratoire. Il en a été ainsi d'un malade que nous avons vu avec MM. Potain et Guyon; c'était un individu âgé de soixante et quelques années sur lequel nous avons constaté, au laryngoscope, une tumeur intra-trachéale ; la respiration était également bruyante dans les deux temps, et cependant le malade n'était nullement oppressé. Cette circonstance, en apparence paradoxale, est cependant facile à expliquer. La trachée sur l'adulte a de 20 à 23 millimètres de diamètre ; supposons une tumeur faisant saillie dans son intérieur, qui la rétrécisse dans un point de moitié. Dès lors la respiration deviendra bruyante dans ce point, et elle l'est à un très-haut degré lorsque des mucosités y sont arrêtées pendant quelques instants. II se produit alors un véritable râle sonore entendu à distance, et cependant le malade n'est nullement oppressé, pour la simple raison que la trachée à l'état normal est trop largement calculée pour les besoins absolus de la respiration, et qu'on peut impunément la rétrécir à la moitié de son volume et au delà, sans qu'il survienne de troubles respiratoires. Qu'arrive-t-il en effet après l'opération de la trachéotomie? La lumière de la canule employée sur l'adulte n'excède guère de 7 à 9 millimètres, souvent elle n'est que de 7 ou 8, et il est cependant d'observation journalière que les malades opérés de cette façon respirent très-largement et peuvent même, lorsqu'ils sont obligés de garder la canule, se livrer à des mouvements très-étendus. La respiration s'effectue dans ce cas par un appareil qui a moins de la moitié du diamètre de la trachée. Il est indubitable pour nous que, si la canule trachéale était munie d'une membrane pareille à celle de la muqueuse de la trachée ; si elle était comme celle-ci constamment lubréfiée de mucosités, il se produirait un bruit respiratoire qui serait entendu à distance. Ajoutons à cela que le cornage, dû à l'existence d'une tumeur trachéale, se produit d'autant plus facilement que cette tumeur fait saillie sur un point plus circonscrit. La colonne d'air inspirée et expirée a une prise facile sur cette saillie, mise beaucoup plus aisément en vibration sonore que lorsque l'air passe sur une surface étendue et uniformément rétrécie.

11 résulte de ce que nous venons de dire que la dyspnée est une conséquence fréquente du rétrécissement trachéal, mais qu'elle peut ne pas se produire. Nous ajoutons immédiatement qu'il y a sous ce rapport une différence trèsgrande à établir entre le rétrécissement par compression et le rétrécissement par formation d'une tumeur intra-trachéale. Nous venons de dire comment les choses se passent dans ce dernier cas, mais il en est tout autrement dans le premier ; nous avons remarqué que, lorsqu'une tumeur d'une nature quelconque

vient à exercer une pression sur la trachée, il se produit un pliénomène inde'pendant du rétrécissement mécanique direct. Ce phénomène n'est autre que le spasme de la glotte. L'irritation peut être portée directement sur le récurrent et les phénomènes d'irritation s'expliquent aisément. Mais alors même que le nerf laryngé n'est pas directement en cause, la compression de la trachée paraît solliciter son pouvoir réflexe en donnant lieu à un spasme des muscles du larynx. Il en est de même lorsque la compression venant du dehors s'effectue sur les grosses bronches. Dès lors au rétrécissement matériel et circonscrit s'en ajoute un autre vital et bien autrement grave, situé au-dessus du premier. Ce qui donne par conséquent de la gravité à la compression des voies respiratoires, ce n'est pas, à beaucoup près, le rétrécissement qui en résulte, à moins qu'il ne soit poussé bien loin, mais le spasme de la glotte qu'il provoque et qui peut être rapidement mortel. Le bruit de cornage dans ce cas se produit au niveau du larynx et il a lieu dans l'inspiration beaucoup plus que dans l'expiration.

Pour bien préciser les faits, prenons deux exemples puisés dans nos observations. Un individu âgé de soixante-trois ans, que nous avons vu avec notre regretté ami Isambert, est atteint d'un épithélioma du larynx et de la trachée constaté de visu pendant la vie du malade et retrouvé à l'autopsie après sa mort. Les cordes vocales étaient détruites, le spasme de la glotte ne pouvait donc pas se produire. Par contre, le rétrécissement était tel qu'on eût pu difficilement passer une plume d'oie le long de la trachée, et ce rétrécissement qui a dii s'effectuer bien lentement, puisque le malade est resté pendant des années en observation, n'avait nécessité la trachéotomie que lorsque la trachée tendait littéralement à s'oblitérer. Jusque dans les dernières semaines, malgré le cornage, ce malade ne se plaignit pas beaucoup de diflîcultés respiratoires et put assez librement vaquer à toutes ses occupations, monter l'escalier, etc. Voilà ilonc le rétrécissement organique lent qui est bien longtemps toléré, parce qu'il ne peut se compliquer de spasme, les cordes vocales étant immobilisées par l'altération organique.

Citons maintenant l'exemple d'un individu atteint d'une tumeur osseuse de nature syphilitique du sternum que nous avons observé avec M. Guyon. Cet homme avait du cornage à un très-haut point et la difficulté respiratoire était extrême ; c'est qu'elle était due à un spasme de la glotte constatée de visu et qui était sollicitée par action réllexe. Nous verrons du reste que les choses se passent presque toujours ainsi dans l'anévrysme de l'aorte.

Quant à l'altération de la voix, elle est en effet très-lréquente parce que le cornage est le plus souvent dû à des lésions directes de la glotte ou à des altérations consécutives survenant en ce point. 11 va sans dire que la voix est indemne dans tous les cas oij les cordes vocales ne sont ni lésées dans leur structure, ni contracturées, ni paralysées.

Nous allons examiner rapidement, les diverses formes de cornage eu égard à leurs sièges de production.

Le cornage que nous considérons comme typique parce qu'il est de beaucoup le plus commun est celui qui résulte des lésions du récurrent, notamment du récurrent gauche. Que cette lésion soit provoquée par l'anévrysme de l'aorte, par la présence de ganglions bronchiques hypertrophiés, par des tumeurs syphilitiques ou autres, exerçant leur action nuisible sur le récurrent, ou par des altérations propres du tissu du nerf, l'effet produit sera identique ; il consistera toujours pendant un temps fort long dans l'excitation des muscles du larynx avec

spasme consécutif et plus tard dans les phénomènes paralytiques dus à l'atrophie de ces mêmes muscles.

Je crois avoir le premier appelé l'attention sur les phénomènes spasmodiques qui se passent du côté du larynx dans l'anévrysme de l'aorte. Jusque-là on n'avait signalé que la participation du récurrent à la dyspnée due à la paralysie de ce nerf et aux relâchements consécutifs des muscles de la glotte. Or, l'inspection de cet orifice au moyen du miroir laryngé m'avait appris que pendant une longue période de l'anévrysme, c'est précisément le contraire qui a lieu ; loin d'être paralysé, le nerf récurrent est excité par le voisinage de la poche anévrysmale ; loin d'être relâchés, les muscles du larynx sont contractures à la suite de cette excitation, la glotte par conséquent se trouve rétrécie et la gêne de la respiration est due à ce rétrécissement. Aussi tous les cliniciens savent que les phénomènes d'asphyxie sont intermittents. Lorsque plus tard les muscles subissent la dég('nérescence atrophique, les phénomènes de dyspnée sont continus, mais ils sont beaucoup moins intenses que ceux qui étaient intermittents et dus au spasme. En elfet, la paralysie d'une corde vocale permet encoi'e une respiration approximativement suffisante, et il résulte de nombreuses expériences que la section d'un nerf récurrent ne produit pas de phénomènes d'asphyxie proprement dits, sur l'animal adulte au moins. Il eu est tout autrement de l'excitation de ce nerf, et à ce sujet je crois avoir expérimentalement démontré en quoi consiste la différence. La paralysie de la section du nerf récurrent d'un côté ne produit que des effets unilatéraux, l'excitation de ce même nerf produit au contraire toujours des effets bilatéraux. Il s'ensuit que l'irritation du récurrent d'un seul côté amène :

1" Le rétrécissement de la glotte interligamenteuse par l'action des muscles crico-aryténoïdien latéral et thyro-aryténoïdien d'un seul côté, et 2" Vocclusion complète de la glotte interaryténoïdienne par l'action du muscle aryténoïdien, qui est impair et unique. Gomme ce muscle étend simultanément son action sur les deux côtés de l'organe symétrique, puisqu'il est implanté sur les deux bords des cartilages aryténoïdiens, il a toujours pour effet lorsqu'il se contracte, en approchant ses deux insertions, de fermer la glotte interaryténoïdienne. Il s'ensuit que la paralysie de ce muscle ne peut donner lieu qu'à un l'étrécissement relatif, tandis que son excitation produit l'occlusion complète et absolue.

Aussi est-il constant d'observer que le cornage, dont l'intensité dan? ce cas est en relation directe avec l'intensité du rétrécissement, est surtout prononcé dans les accès intermittents, spasmodiques de leur nature, tandis que le cornage continu ne devient intense que dans les cas où les besoins de la respiration s'accentuent et deviennent beaucoup plus considérables qu'à l'état de repos.

Nous avons plusieurs fois essayé de déterminer quel est le point exact où le bruit du cornage se produit dans ce dernier cas. A cet effet nous fîmes monter rapidement les étages à des individus atteints de cornage de ce genre et au plus fort du bruit respiratoire nous les examinâmes au laryngoscope ; il nous paraît incontestable que la corde vocale saine entre en vibration sonore pendant les forts mouvements d'inspiration, et il résulterait de cette constatation que ce n'est pas du côté malade de la glotte, mais du côté sain, que se produit le bruit. Nous nous garderons cependant bien de conclure définitivement ; l'expérience que nous signalons est d'une exécution très-pénible pour le malade, et même non dépourvue d'un certain danger ; l'examen laryngoscopique est en outre d'une exécution assez difficile dans ces conditions, et les exemples que nous avons eus [sous les yeux

ne sont pas assez nombreux pour que nous puissions définitivement conclure. Nous émettons seulement ce que nous avons constaté, sauf à vérifier les faits plus souvent ultérieurement. Quant au cornage intermittent et spasmodique, il est absolument certain que le bruit est produit par la vibration des deux cordes vocales inférieures.

Le bruit de cornage survient aussi dans l'affection improprement décrite sous

le nom d'œdème de la glotte ; nous voulons parler de l'œdème des replis aryténo-

épiglottiques. Le rétrécissement dans ce cas est sus-glottique ; le bruit se produit

comme toujours au niveau du rétrécissement même; il est très-rauque et n'a

pas le caractère de sonorité particulière qui est propre au cornage glottique. 11

en est de même lorsque le rétrécissement siège au niveau des replis aryténoïdiens

supérieurs. L'hypertrophie de ces replis est relativement fi-équente et elle est

telle dans quelques cas, que ces replis recouvrent les cordes vocales inférieures

dont ils éteignent les vibrations. Le bruit du cornage qui se produit dans ce cas

est analogue à celui qui existe dans l'œdème dont nous venons de parler.

Le rétrécissement dû à la laryngo-nécrose typhique ou syphilitique donne lieu à vui bruit de cornage , qui a pour caractère général d'être à peu près aussi fort dans l'expiration que dans l'inspiration. La différence d'intensité du bruit morbide selon les mouvements de la respiration n'existe en réalité que lorsque ce bruit est produit dans la glotte elle-même, pour les raisons que nous avons indiquées et à un moment de la maladie où les cordes vocales sont encore capables d'un certain degré de mobilité; mais chaque fois qu'il s'agit de lésions cicatricielles comme cela a lieu après la guérison des nécroses, le bruit existe uniformément dans les deux temps de la respii'ation.

La phthisie laryngée dans sa période ultime donne souvent lieu à du bruit de cornage qui est dû au double travail du rétrécissement à la suite des coarctations amenées par les ulcérations, et à la production de bourgeons charnus polypiformes. Le cornage du polype du larynx et de la trachée à son tour n'est ni le moins fréquent ni le moins intense. Le cancer du larynx, tout en constituant par sa nature une affection bien plus grave, donne lieu cependant à des phénomènes de bruit respiratoires identiques à ceux des polypes.

Nous venons d'esquisser rapidement en une sorte d'énumération seulement les laryngopathies qui peuvent donner lieu à du cornage, et nous renvoyons le lecteur pour la description complète de ces affections à nos articles respectifs dans cet ouvrage {voy. Larynx). A cette énumération il convient d'ajouter le spasme dit essentiel de la glotte, la laryngite striduleuse et le croup.

Les corps étrangers du larynx, soit par rétrécissement direct, soit par le spasme dû à leur présence, donnent lieu à un bruit respiratoire qui rentre dans le même cadre.

Nous signalerons encore ici un fait qui ne nous paraît pas avoir été décrit jusqu'ici ; nous voulons parler du cornage sans lésion apparente chez les nouveaux-nés et les enfants en bas âge. Le premier fait de ce genre que nous ayons observé (1869) se rapportait à une enfant nouveau-née, couchée dans le service de M. Guéneau de Mussy à l'Hôtel-Dieu. Cette enfant, en venant au monde, avait des accès d'étouffement avec bruit inspiratoire très-prononcé et très-sonore. Elle succomba après quelques semaines, et à l'autopsie, à laquelle avait assisté le chef du service, M. Labadie-Lagrave, son interne, M. Hérard et moi, nous ne pûmes trouver la moindre trace de lésion pouvant nous expliquer et les phénomènes morbides et la mort par asphyxie. Ni le larynx, ni les récurrents ne présentaient

la moindre trace d'altération. Le thymus n'était pas hypertrophié. Il a paru à deux d'entre nous que le chaton du cartilage cricoïde était plus épais qu'il ne l'est ordinairement à cet âge ; mais en admettant même cet épaississement comme existant réellement, il ne pouvait rien expliquer, attendu que le larynx était béant et dut permettre le passage libre de l'air. Il en a été de même de la trachée, des bronches et des poumons, de tout l'arbre respiratoire, en un mot. L'autopsie fut d'ailleurs faite minutieusement et nous ne pûmes constater la moindre lésion pouvant expliquer les accidents.

Depuis cette époque, j'ai observé trois faits nouveaux du même genre. Dans deux cas, l'examen laryngoscopique me permit de reconnaître l'absence de toute lésion matérielle. Sur ces trois cas, il y en a un (vu avec M. Barthez et M. Prat) dont je n'ai pas pu connaître la fin, l'enfant ayant été emmené hors de France; les deux autres, dont le dernier observé avec M. Maurice Raynaud, se sont terminés par la mort.

Le cornage dans ces cas est, par conséquent, le signe révélateur d'une altération très-grave, certainement spasmodique. J'ai d'ailleurs, dans un des cas^ constaté au laryngoscope l'existence du spasme de la glotte.

Le cornage est produit, nous l'avons dit très-souvent, à la suite de l'excitation des muscles du larynx et d'un spasme de la glotte consécutif dû à l'excitation exercée sur la trachée. Cette excitation peut être la conséquence d'une compression venant du dehors ou d'une altération de l'intérieur de l'organe. C'est ce mécanisme qui explique comment il se peut que la compression exercée par une tumeur du cou puisse donner lieu à du cornage, alors même que la tumeur n'est pas assez volumineuse pour rétrécir la trachée considérablement. C'est ainsi qu'on observe que des individus, affectés de ganglions tuméfiés du cou, sont atteints de cornage, alors que la compression ne peut être portée à un haut degré. La même remarque s'applique au goitre, et il est très-fréquent d'observer, dans les pays où cette affection est endémique, que l'hypertropliie du corps thyroïde ne donne pas toujours lieu au cornage en raison directe de son volume. Des tumeurs très-peu volumineuses le produisent assez souvent. On peut admettre que dans ces cas il existe ce qu'on appelle le goitre en dedans; sans contester l'existence réelle de cette variété, il ne nous paraît pas cependant suffisamment prouvé qu'il en soit nécessairement ainsi. Des tumeurs du cou à situations analogues ou identiques, les unes volumineuses et les autres très-peu étendues, produisent ou ne produisent pas des troubles respiratoires avec cornage sans qu'il soit possible de déterminer une relation exacte entre ces troubles d'une part, et de l'autre le volume et le siège de ces tumeurs. Ce que nous pouvons dire, c'est que le bruit se passe souvent au niveau du larynx et qu'il est dû au spasme réflexe que nous avons signalé. Ce fait constaté, nous admettons l'existence d'un rétrécissement trachéal, sans qu'il prouve cependant que, même lorsque ce rétrécissement existe, le spasme de la glotte ne joue pas un certain rôle. Voyons plutôt comment les choses se passent lorsque la compression a lieu d'arrière en avant, comme par exemple dans les corps étrangers de l'œsophage dont nous avons eu l'occasion d'observer un bon nombre d'exemples et de soumettre les malades à l'examen laryngoscopique. Dans les cas où la forme du corps étranger est telle que l'œsophage se trouve distendu transversalement, il ne se produit aucun phénomène du côté des voies respiratoires. Il en est ainsi quand il s"agit d'une pièce de monnaie par exemple, engagée de façon qu'une surface de la pièce regarde la trachée et l'autre la colonne vertébrale. L'œsophage, dont le diamètre transversal

se trouve dilaté, tandis que son diamètre antéro-postérieur est rétréci, n'exerce de cette façon aucune action sur la trachée : aussi la déglutition seule est gênée, et aucun trouble respiratoire ne se produit. Les choses se passent tout autrement lorsque le corps étranger prend la position inverse, ou lorsque par sa forme et son volume il exerce une pression dans tous les sens, comme cela a lieu par exemple pour un bol alimentaire dur ettrop volumineux. Nous avons observé un aliéné chez lequel pendant le repas il survint tout d'un coup des phénomènes d'asphyxie avec cornage, et tout faisait croire à l'introduction d'un corps étranger dans les voies aériennes, car à l'asphyxie et au cornage s'ajoutait même l'altération de la voix ; la toux seule faisait défaut ; c'était pour nous un indice précieux. Nous introduisîmes la sonde de Graefe dans l'œsophage de cet individu, et, ayant rencontré un corps étranger, nous avons pu le ramener en entier ; c'était la moitié d'une pomme de terre très-peu cuite et qui ne portait aucune trace de mastication. Elle avait évidemment exercé une pression sur la paroi postérieure de la trachée, qui est très-dépressible et très-irritable aussi. Sans nullement contester l'existence d'un rétrécissement de la trachée dans ce cas, il est une chose certaine, c'est qu'il y eut en même temps spasme de la glotte, que c'est à ce spasme que se rattachait l'altération de la voix et le bruit de cornage si intenses que nous avions entendus. L'asphyxie n'était donc pas exclusivement due à la <liminution de la lumière de la trachée.

Voici, du reste, la contre-épreuve de ce que nous avançons : Le cancer de l'œsophage à sa période ultime parvient à comprimer la trachée sans donner lieu à du spasme de la glotte ; le cornage dans ce cas est bien dû à l'aplatissement des anneaux trachéaux, parce que, contrairement à ce qui arrive pour le corps étranger, la compression se fait lentement, graduellement, et la muqueuse même de la paroi postérieure de la trachée se trouvant envahie, sa sensibilité cesse ou diminue, et son pouvoir rédexe se perd peu à peu. Les conditions sont, en effet, loin d'être les mêmes. Tandis que le goitre ou le corps étranger de l'œsophage ne s'identifient point avec la muqueuse trachéale, le cancer qui naît autour des voies aériennes, au contraire, en comprimant les parois de la trachée, s'empare d'elles, les transforme, et il est très-admissible qu'il fasse subir à la sensibilité de sa muqueuse une modification telle que les actions réflexes sur le larynx ne se produisent plus.

Dans les cas où la tumeur cancéreuse devient assez volumineuse pour effacer presque totalement la trachée, le bruit de cornage se produit certainement au point rétréci même. Il en est ainsi dans l'observation I de l'excellente thèse de M. Binet sur le cornage bi'oncho-trachéal qui a trait à un homme de soixante-dix ans, atteint de cornage avec aphonie complète, et à la mort duquel l'autopsie révéla l'existence d'une tumeur cancéreuse de l'œsophage, de la grosseur d'un œuf de poule, située entre le deuxième et le cinquième anneau trachéal. La paroi postérieure du tube aérien subit une pression telle, que la trachée est réduite à une fente en forme de croissant.

Nous avons déjà dit plus haut, en parlant de l'anévrysme de l'aorte, que c'est l'envahissement du récurrent qui explique le plus souvent l'existence du cornage dans les cas de tumeurs intra-thoraciques, et nous aurons encore à revenir sur ce sujet.

Nous arrivons maintenant à signaler les cas d'adénopathie bronchique de natures diverses, mais se rattachant le plus souvent aux diathèses cancéreuses et tuberculeuses. Ce n'est point ici qu'il faut relever les faits de simple aphonie dus

aux altérations du lécurrcnt. On connaît les intéressantes publications sur ce sujet de MM. N- Guéneau de Mussy, Potain, Jollivet, LerebouUet. Les traités modernes des maladies du larynx en contiennent à leur tour un certain nombre; nous avons de notre côté observé plusieurs cas, dont quelques-uns avec M. Guéneau de Mussy, et publiés par lui. 11 nous paraît même très-essentiel de dire que, M. Guéneau de Mussv ayant diagnostiqué de l'adénopatliie broncbique sans nous faire connaître son diagnostic, notre examen laryngoscopique nous permit de reconnaître la paralysie d'une corde vocale du côté où l'éminent médecin de l'Hôtel-Dieu avait constaté la matité au sommet du poumon. Mais ces faits ne rentrent dans notre cadre qu'en tant que l'aplionic est accompagnée de cornage. 11 n'en est pas toujours ainsi. Une observation intéressante à ce sujet appartient à M. de Boyer [Union méd., 6 nov. 1874). 11 s'agit d'un individu de vingt -cinq ans atteint de cornage et mort asphyxié, et à l'autopsie duquel on trouve le poumon farci de noyaux cancéreux. On trouve en outre la tumcfaction des trois groupes de ganglions si bien décrite dans la thèse de M. Baretti. Les deux nerfs récurrents sont littéralement accompagnés par des ganglions hypertrophiés. Le larynx est intact. Aucun rétrécissement des voies aériennes. 11 n'est pas permis de douter un seul instant que le cornage ne fût laryngé, et je suis porté à admettre qu'il était plutôt dû à du spasme qu'à de la paralysie des cordes vocales, attendu que l'observation signale que la voix était conservée, tout en étant peu retentissante.

Les Archives générales de médecine du 26 février 18-49 contiennent un mémoire de Legroux, dans lequel il est question d'un individu de cinquante-sept ans, mort asphyxié, et à l'autopsie duquel on avait trouvé un anévrysme qui n'avait ni rétréci, ni aplati la trachée, celle-ci étant simplement déviée. Le récurrent dans son passage entre l'aorte et la trachée est fortement comprimé, serré par le tissu fibreux qui l'entoure.

Brinton (Tlte Lancet, 1852) raconte l'histoire d'un individu atteint d'un bruit rauque que l'on entend dans les deux temps de la respiration, avec prédominance dans l'inspiration. A l'autopsie, on trouve un anévrysme de l'aorte qui repose sur la face antérieure de la trachée, depuis le dixième jusqu'au quinzième anneau. Le récurrent gauche impliqué dans la tumeur était dégénéré.

On pourrait beaucoup multiplier ces exemples ; nous avons choisi parmi les plus anciens et nous bornons surtout nos explications aux observations suivies d'autopsies, ce qui leur donne une valeur absolument incontestable. Elles sont devenues très-nombreuses, d'ailleurs, dans les dernières années, et il y a à peine quelques semaines, nous avons vu un des cas les plus instructifs de ce genre, attendu que la compression du nerf récurrent était suivie d'atrophie complète des muscles du larynx, dans le service de M. Maurice Baynaud, qui lui a consacré une leçon publiée dans les Annales des maladies de Voreille et du larynx (1877). Nous regrettons que la nature de cet ouvrage ne nous permette pas de digression dans la médecine vétérinaire, qui nous eût permis de signaler les belles recherches de M. Bouley sur la dégénérescence du récurrent et des muscles du larpix chez les chevaux atteints de cornage.

Les procès-verbaux de la Société anatomique de 1872 (p. 447) relatent l'observation, publiée par M. Cauchois, d'un homme de vingt-sept ans, mort avec des phénomènes de cornage très-prononcés. On trouva à l'autopsie un os difforme, mais très-volumineux, dans l'œsophage, ayant presque complètement aplati et obstrué la trachée.

Une observation très-intéressante et déjà ancienne est celle de M. Gaubrie con-

signée dans les bulletins de la Société anatomique en 1846. Une femme de ciuquante-six ans, atteinte d'un cancer utérin, a été prise de suffocation avec respiration bruyante, à la suite d'une tumeur du cou. Elle mourut asphyxiée, et on constata à l'autopsie que le nerf récurrent gauche était complètement englobé dans une tumeur encéphaloïde du corps thyroïde, et que le récurrent du côté droit luimême a été impliqué en partie dans la tumeur. Il est très-remarquable dans cette observation que les phénomènes d'asphyxie apparaissaient surtout par accès, si bien que, au moment où on dut faire la trachéotomie à la malade, on y renonça, tant la respiration était devenue suffisante; cependant, la malade succomba le lendemain. En effet, les nerfs récurrents, tout en traversant la tumeur, n'étaient pas complètement détruits, et il est certain qu'il se produisait encore des spasmes intermittents dus à l'excitation de l'un d'eux. Je crois avoir suffisamment expliqué l'occlusion complète de la glotte par un seul des nerfs récurrents, pour n'avoir pas à y revenir.

Je signalerai ici en passant les accès de spasme, avec cornage intermittent, dans le goitre exophthalmique. Trousseau avait déjà publié plusieurs exemples de ce genre.

Le pneumogastrique est dans quelques cas englobé dans la tumeur qui atteint le lécurrent. Dans une observation de MM. Duvos et Glaize {Gaz. hebd., 1856, 551), un homme de vingt-quatre ans, atteint de respiration sifflante avec aphonie, meurt subitement étouffé, et on trouve à l'autopsie, derrière le sternum, une tumeur tuberculeuse dure et crétacée embrassant le nerf récurrent gauche et le nerf vague. H en a été de même dans une observation de 31. Potain {Bull, delà Soc. anat., 1861, page 96), dans le service duquel une femme de soixante-treize ans atteinte de coi'nage mourut asphyxiée, et à l'autopsie on trouva une compression des pneumogastriques par des ganglions bronchiques hypertrophiés. Dans tous ces cas, l'oppression et le cornage, tout en étant continus à un certain degré, étaient surtout violents par accès spasmodiques intermittents, et les malades succombèrent dans ces accès. Sous ce rapport, le fait de M. Bourgeois, d'Étampes, est des plus instructifs. Un enfant d'une dizaine d'années portant des traces de tumeur scrofuleuse au cou et sur lequel on n'avait jamais remarqué des difficultés respiratoires quelconques, ni d'altération de la voix, est pris subitement de cornage et meurt en quelques heures. L'autopsie révèle derrière le sternum une énorme tumeur ganglionnaire englobant les deux récurrents. Il nous paraît difficile de contester dans ce cas que l'individu n'ait succombé à un accès de spasme de la glotte, provoqué par irritation des nerfs récurrents qui étaient loin d'être détruits. Nous sommes en droit de nous étonner que l'auteur n'arrive pas à cette conclusion qui se présente si naturellement à l'esprit, au lieu de conclure, comme il le fait, par une métaphore banale.

Quelques autopsies prouvent d'une façon indubitable que la mort arrive aussi par obstruction d'une des bronches. 11 en a été ainsi d'une femme de trente-quatre ans, atteinte de cornage, observée par M. Worms, et chez laquelle l'autopsie a révélé l'obstruction de la bronche gauche à deux centimètres et demi au-dessous de la bifurcation de la trachée {Gaz. des hôp., 9 septembre 1869).

Le caractère inteimittent des accès ne peut faire l'ombre d'un doute dans l'observation de Greenes (1855), qui est remarquable à tous les points de vue : une femme de trente ans, atteinte de cornage avec accès intermittents de suffocation, dans l'intervalle desquels elle reste complètement indemne de tous phénomènes d'asphyxie. Elle meurt subitement, et à l'autopsie on constate l'intégrité corn-

nlète des organes respiratoires, et pour toute lésion, un ganglion gros comme une forte noisette ayant contracté des adhérences avec la bronche droite qui était restée cependant complètement perméable à l'air. L'auteur anglais déclare avec bonne foi ne point comprendre le mécanisme de la mort, mais n'est-il pas (le la dernière évidence que c'est l'irritation causée sur la bronche par un corps étranger qui a sollicité, par action rétlexe, un spasme de la glotte qui a produit du cornage et qui a tué la malade ?

Il nous serait aisé de multiplier ces exemples, mais nous croyons avoir atteint notre but qui consiste à faire ressortir ce fait méconnu, important entre tous, que dans l'immense majorité des cas, le bruit de cornage est dû au spasme (le la glotte, qu'il est produit par les cordes vocales elles-mêmes, et que c'est ce même spasme qui explique l'intermittence des accidents avec rémission plus ou moins complète, et la soudaineté de la mort que bien souvent rien n'a fait présager quelques instants auparavant. Nous avons dit que, dans une mesure très-restreinte, mais réelle néanmoins, le cornage se produit dans les voies respiratoires au-dessous de la glotte ; mais, cette part faite aux cas rares, nous pouvons affirmer que la généralité des faits rentre dans la loi que nous formulons.

Nous éviterons d'entrer dans la description détaillée des phénomènes qui accompagnent le cornage et dont quelques-uns ont d'ailleurs été signalés, en passant, dans ce court exposé : ce sont la toux, l'aphonie, la douleur, les vomissements, l'hémoptysie, la déformation de la poitrine, etc. Nous ne pourrions, sans sortir du cadre qui nous est imposé, entrer dans le développement des relations qui existent entre chacun de ces phénomènes et celui qui nous occupe. 11 nous a paru utile d'appuyer, par la citation d'un certain nombre de faits, la théorie à laquelle nous sommes arrivés sur la formation du bruit de cornage chez l'homme, et nous ne terminerons que par une seule considération pratique, qui se rattache d'ailleurs directement à notre interprétation.

Par cela même que, dans l'immense majorité des cas, le cornage est dû à un spasme de la glotte, qui constitue un signe morbide toujours d'une extrême gravité, on ne voit que rarement des malades ainsi atteints guérir de ce phénomène. On peut faire exception pour les lésions syphilitiques. Nous avons signalé plus haut un cas de guérison observé par M. Guyon. Dans deux autres cas analogues, nous avons vu disparaître et le cornage et la dyspnée par le seul traitement antisyphilitique. Mais, en général, le seul moyen efficace, sinon pour guérir les malades, au moins pour prolonger leur existence, consiste dans la trachéotomie : c'est ainsi qu'on élimine la cause la plus immédiate des accidents, le spasme de la glotte. Par conséquent, alors même que la lésion serait située dans la trachée ou dans les grosses bronches, la trachéotomie est une médication presque toujours indiquée. Nous ne faisons exception que pour les cas où il peut être démontré que le rétrécissement sous-glottique est assez avancé pour que le spasme de la glotte ne puisse plus augmenter le danger de la situation. Quant à ce spasme lui-même, on pourra le plus souvent aisément le constater au laryngoscope, et, sous ce rapport, notre conviction s'est établie sur des faits nombreux. Il arrivera, il est vrai, que chez quelques corneurs l'examen laryngoscopique ne donnera qu'un résultat négatif, ce qui tient à ce que les malades n'ont été soumis à l'inspection qu'en dehors de leurs accès et alors qu'ils ne cornaient pas. Il en a été ainsi du malade de M. DaroUes {Annales des maladies de Voreille et du larynx, 1877, n° 1), homme de cinquante-sept ans, mort dans le service de M. Dieulafoy. L'autopsie ne révéla aucune lésion ;

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c'était par conséquent du cornage dû au spasme de la glotte dite essentielle. Si l'examen avait été fait au moment même oii le cornage se produisait, il eût donné un résultat positif. Nous ajouterons cependant que sur les individus trèsimpressionnables, nous comprenons l'hésitation d'un examen laryngoscopique à faire pendant l'accès de spasme, à moins de suivre la pratique, que nous avons adoptée dans ce cas, d'être tout préparé pour ouvrir la trachée, si le spasme était augmenté par le fait de notre examen. Gomme nous sommes très-partisan de la trachéotomie dans le cornage, sauf les cas que nous avons signalés, nous fixons ordinairement le moment de l'opération pour faire un examen approfondi, ayani toujours de cette façon la facilité de nous abstenir, si, contre toutes prévisions, le spasme n'existait pas pendant le cornage. Krishaber.

CORI^ARIL'S. Voy. HaGenbut.

CORIVARO (Louis). Ce personnage ne paraît pas avoir appartenu à la profession médicale par l'obtention de quelque degré académique. Mais le livre dont il est l'auteur est devenu tellement célèbre, et il touche si directement aux questions d'hygiène et de sobriété, que le nom de Cornaro doit nécessairement se trouver dans ce Dictionnaire. Cornaro était un noble Vénitien, lequel, né d'une constitution des plus faibles, livré à la bonne chère, se vit tourmenté, dès l'âge de 35 ans, par des douleurs d'estomac, des coliques, de fréquents accès de goutte, en proie à une fièvre lente continuelle, à une soif insupportable, etc. Convaincu que les excès de table étaient seuls la source de tant de maux, il se mit bravement à changer de manière de vivre. On rapporte qu'il s'accoutuma à ne prendre chaque jour que douze onces de nourriture solide, en pain, soupe, jaunes d'œuf, viande ou poisson, etc., avec quatorze onces de liquide. Gela, ajouté au soin d'éviter le froid ou le chaud, les exercices violents, les veilles, etc., le conduisit jusqu'à 99 ans passés, âge auquel il mourut le 29 avril 15G6. Le livre auquel nous faisons allusion a été imprimé, soit en italien, soit en traduction, un grand nombre de fois. Voici les éditions que nous avons vues :

I. Traitato de la vita sobria ciel tnagnifico M. Luigi Cornaro, nobile Yenitiano [jiubhllcalo per Bernardin, tomitono). Padova, 1558, in-8°. — II. Discorsi délia vita sobria, del sig. Luigi Cornaro.... Nuovjmente rislainpate. Venezia, 1620, in-8°. — lll. Luigi Cornaro, overo discorsi délia vita sobria. In Pariggi, 1646, in-24. Trois discours nouveaux et curieux de Louis Cornaro, noble Vénitien, dans lequel il enseigne le régime de vivre trèsfacile à toutes personnes , par le moyen duquel il a vécu sain et robuste de corps et d'esprit

jusqu'à l'âge de cent ans Nouvellement traduit d'italien en français... (par Jacques

• Martin). Paris, 1647, iii-8°. — IV. Conseils pour vivre longtemps. Traduits de l'italien de Louis Cornaro, par M. û*'* (de l'icrnont). Paris, 1701, in-12; 1785, in-12. Le livre de Louis Cornaro se trouve encore, traduit, .soit en latin, soit en français, dans Vllygiasticon de Léonard Lessius (Antverpiœ, 1613, in-S»; Mediolani, 1615, in-12; Pai'is, 1646, in-24\ Enfin, on a imprimé ; U Anti-Cor naro, ou remarques critiques sur le traité de la Vie sobre de Louis Cornaro, Vénitien. Paris, 1702, in-lS. A. C.

CORI^AX (Matteo). Était né dans la Romagne au commencement du seizième siècle, et suivit à Venise les leçons de Nicolas Massa, puis, après avoir résidé pendant quelque temps dans cette ville, il se rendit en Allemagne auprès de l'empereur Ferdinand qui l'avait nommé son médecin. Cornax occupa une chaire à l'Université de Vienne; c'est là qu'il mourut. La science obstétricale lui doit une curieuse observation : Une femme au moment de l'accouchement avait éprouvé une rupture de l'utérus avec passage de l'enfant dans l'abdomen ; au bout de quatre ou cinq ans, il survint un écoulement fétide par le vagin et il se

lit au bas-ventre une ouverture qui donna passage à de la sanie et à un os. Cornax aorandit cette ouverture et en tira le cadavre en partie putréfié de l'enfant. La femme guérit parfaitement, mais elle succomba au bout de deux ans dans une couche que l'étroitesse des voies ne permit pas d'effectuer naturellement, la famille s'étant opposée à l'opération césarienne. Voici l'indication des écrits de Cornax :

I. Historia quinqidennis fere gestalionis in utero cjuoque modo inf'aiis semiputridm resecta alvo exemptus sit, etc., et Historia secunda quod eadem femina denuo concepcrit, etc. Vindob., 1550, in-4°. — II. Medicœ consultationis apud œgrolos sccundum artem et expcrientiam, etc. Basilese, 1564, in-8°. E. Bgd.

CORNE (production cornée, corniia cutanea, humana, Hauthôrner). Ce sont des productions accidentelles qui se développent le plus souvent sur la peau, quelquefois sur les muqueuses; leur substance est analogue à celle de l'ongle, du sabot, de la corne de certains animaux ; tantôt elles croissent en longueur et se développent en corps conoïdes (cornes), tantôt elles s'étalent en largeur pour constituer des plaques, des écailles, des proéminences plates. Englobées par Alibert dans l'icbthyose cornée, elles sont généralement séparées avec raison de cette dermatose, bien que, de part et d'autre, il y ait souvent une grande analogie dans la conformation extérieure et dans la structure anatomique.

Ordinairement uniques, quelquefois multiples, mais en petit nombre, ces excroissances se continuent directement avec la couche cornée de la peau, ou elles se développent aux dépens de l'épiderme qui revêt la face interne d'un follicule sébacé hypertrophié. On a même plusieurs fois observé le développement simultané des tumeurs foUiculeuses et de ces appendices cornés.

Bien que les productions de ce genre ne soient pas très-communes, les observations qu'on en trouve dans les recueils scientifiques sont assez nombreuses pour qu'il soit impossible et superflu de les rapporter toutes ici. Nous n'en mentionnerons que quelques-unes choisies de manière à mettre en relief les caractères essentiels de cette singulière affection de la peau.

Ingrassias observa à Palerme une jeune fille dont la tête, le front, les avantbras, les mains, les genoux, étaient couverts d'excroissances cornées, recourbées et coniques, qui existaient depuis plusieurs années.

Fabrice de Hilden a laissé l'histoire d'une jeune fille dont le dos et les membres étaient recouverts de végétations cornées droites et incurvées; quelques-unes mesuraient deux travers de doigt de longueur ; la malade ne pouvait marcher, ni s'asseoir, ni se coucher sans éprouver de vives douleurs : elle tomba dans le marasme et mourut.

Willan raconte le fait suivant emprunté à une lettre de Saint-Georges Ash

au secrétaire de la Société de Londres : il s'agit d'une jeune fille de 14 ans dont

la plus grande partie du corps (et surtout les régions articulaires) était couverte

de végétations cornées ; celles des coudes et des genoux se détachaient de temps

à autre et repoussaient ensuite ; chaque coude en portait une, conformée comme

une corne de bélier ; celle de gauche avait jusqu'à 4 pouces de long sur 6 de

large. La peau des fesses était recouverte d'une multitude de cornes aplaties par

la pression ; il y en avait de plus blanches, de plus minces aux aisselles, aux

mamelons, aux oreilles, à la nuque. La maladie avait débuté à l'âge de trois ans.

En 1805, il parut à Paris deux individus, les frères Lambert, connus sous le

nom d'hommes porc-épic, qui ont servi de spectacle à toute l'Europe, et dont

Alibert nous a conservé l'histoire : toute la surface du corps était couverte

d'écaillés cornées très-épaisses; les seules parties qui en lussent dépourvues étaient la face, la paume des mains et la plante des pieds, ainsi que les interstices et les bouts des doigts.

Sœmmering raconte, d'après Behrends, l'histoire d'un individu de cinquantetrois ans qui depuis l'àgo de trois ans avait les faces palmaire et plantaire des mains et des pieds couvertes d'excroissances tuberculeuses de consistance et d'aspect cornés. Abraham Haskel (dans le New England Journal of Medicin and Surgery, 1819) et M. Ileurtaux (dans [& Nouveau dictionnaire de médecine et de chirurgie praticjues) rapportent chacun un fait analogue.

Le professeur Ileschl a observé une jeune Israélite qui portait 16 cornes : l'une

avait poussé à la conque auditive gauche, toutes les autres à la partie antéro-

interne de la jambe droite, depuis le genou jusqu'au gros orteil; la production la

plus volumineuse était constituée en réalité par six cornes confondues à leur base.

Les exemples de cornes uniques ou limitées à im petit nombre sont beaucoup

plus fréquents que ceux où, comme dans les faits précédents, on trouve ces

excroissances répandues sur la plus grande étendue de la surface cutanée.

Wesllng coupa, sur une religieuse âgée do soixante ans, une corne de la longueur

d'un doigt, située sur le côté gauche du front; l'opération fut répétée un certain

nombre de fois, mais, l'excroissance se reproduisant toujours, on dut avoir recours

au fer rouge pour arrêter la repullulation. '

Gastellier raconte ({u'une femme de 88 ans portait à la partie inférieure du pariétal gauche une tumeur cornée, mobile, implantée dans la peau ; enlevée à plusieurs reprises, elle se reproduisit toujours, et ce qu'il y eut de remarquable, c'est que la première excroissance était dure et bien arrondie, tandis que les suivantes étaient plus molles et d'une conformation moins régulière.

Bertrand enleva sur une femme de quarante-quatre ans une corne longue de 5 pouces développée sur le pariétal gauche. Cette corne avait commencé àpousser cinq ans avant la ménopause; elle était implantée dans la peau et mobile; la femme l'avait toujours coupée très près de la tête avec un rasoir ; elle ne reparut plus après l'opération.

[]n fait de foi'mation cornée prodigieuse est rapporté par Westrump. Un homme portait à la partie latérale et supérieure de la tête une masse dure de 14 pouces de circonférence, qui, à quelque distance de sa base, se divisait en deux branches, i-eprésentant deux grosses cornes recourbées de dehors en dedans et d'arrière en avant. Ces cornes s'étendaient jusqu'à plusieurs pouces au-dessous de l'oreille; l'extérieure donnait naissance, à environ 5 pouces de son origine, à une excroissance beaucoup plus petite qui se recourbait de haut en bas sur la joue et couvrait en entier l'os de la pommette. Cette excroissance ne tenait qu'à la peau; elle était tout entière striée à la surface, noueuse, formée de plusieurs couches superposées.

Les cornes uniques siègent quelquefois sur d'autres parties que la tête. Rigel a vu une corne sur le sternum; sur un autre cas, sur la tubérosité de l'ischion; Scalio'er en a observé une dans le dos d'une domestique; Otto trouva sur le dos de la main droite d'une femme une corne longue de 2 pouces, épaisse comme le bout du petit doigt, cylindrique, légèrement courbée; Dumonceau et Carradori rapportent plusieurs cas dans lesquels des cornes avaient poussé sur les cuisses de vieilles femmes.

De nombreux exemples prouvent que les cornes peuvent naître au niveau des solutions de continuité de la peau, à la surface interne des kystes, sur les plaies,

les cicatrices. Chez un homme qui s'était fait une contusion au temporal droit, Bauhin vit se développer au point contus une corne semblable à celle d'un bélier. Au niveau d'une coupure siégeant à la région temporale droite^ Yicq d'Azyr vit naître une corne épaisse d'un pouce à sa base et longue de 5 pouces. A la suite d'une violente contusion de la peau de la tête, Caldani observa la formation de plusieurs tumeurs ; l'une d'elles se rompit et, à la face interne du kyste, il se développa peu à peu une corne considérable qui repoussa après qu'on en eut fait l'ablation. Everard Home, Parkinson, Roots, Ritter, rapportent des faits semblables. Dans l'observation de ce dernier, il s'agit d'une femme de soixante-un ans qui fut atteinte tout à coup de plusieurs tumeurs enkystées du cuir chevelu; l'une d'elles fut extirpée et traitée par des stimulants : le sac, au lieu de s'oblitérer, devint douloureux, et on vit successivement neuf cornes s'y développer et tomber l'une après l'autre ; la chute arrivait toujours spontanément à l'époque du printemps.

Les cornes se forment parfois sur des cicatrices anciennes ou récentes : Rayer raconte qu'il a observé à la Charité un ancien militaire chez lequel des productions squameuses nacrées s'étaient développées sur la surface d'une plaie étendue de la jambe. Plus récemment, M. Corlieu a communiqué à la Société de médecine pratique le fait intéressant d'un garçon de dix-huit ans amputé quelques mois auparavant des deux dernières phalanges du petit doigt de la main gauche, et chez lequel une sorte d'ongle s'était développée peu à peu au milieu de la cicatrice du moignon auquel il servait d'organe protecteur. Richond- Desbrus rapporte dans les Archives de médecine l'histoire d'un vieillard de soixante ans qui présentait sur le gland une corne de 1 pouce de diamètre et 2 pouces de haut, survenue à la suite d'une inflammation chronique du prépuce. Dans le supplément à l'article Corne du Dictionnaire des sciences médicales, on irouye l'observation prise par Caldani d'un vieillard de soixante-dix ans, opéré autrefois d'un cancroïde du prépuce, qui vit s'élever peu à peu du milieu de la cicatrice un corps blanc, dur, insensible, dont les dimensions égalèrent au bout de dix mois celles du gland lui-même ; en même temps cette production acquit la dureté et l'aspect de la corne, et s'incurva de façon à ce que son extrémité libre vînt correspondre vis-à-vis de l'orifice de l'urèthi'e. Ces dernières observations sont intéressantes par le siège qu'affectaient les productions morbides; elles rappellent les excroissances cornées et pointues qui garnissent le gland d'un grand nombre de mammifères, carnassiers et rongeurs.

Dans rénumération des faits qui précèdent se trouvent réunis les traits essentiels de l'histoire des pi-oductions cornées. Nous allons retracer dans un exposé succinct les particularités les plus saillantes de ces altérations, en nous basant sur l'étude el la comparaison attentive des observations que nous avons reproduites.

Les productions cornées sont uniques ou multiples ; on les rencontre exclusivement sur la peau et les muqueuses ; pour ce qui concerne la peau, c'est la têle et le front qui en sont le plus souvent le siège; puis viennent, par ordre de fréquence, la face interne des membres, surtout des cuisses, le tronc et le siège; en somme, on les observe le plus souvent sur la tète et sur les parties de la peau pourvues d'un grand nombre de follicules sébacés. Rreschet en a observé sur la langue, sur la membrane conjonctive; Richond-Desbrus et Caldani sur le gland. Dans soixante et onze cas réunis par Villeneuve, les cornes siégeaient trente-cinq fois sur les diverses parties de la tête, douze fois

BICT. ENC. XX. "^^

à la cuisse, douze fois au troue, trois fois à la verge et au gland, luiit fois sur les diverses parties du membre inférieur. Tantôt elles naissent spontanément à la surface épidermique, tantôt elles prennent leur origine dans la couche épidermique qui sert de revêtement à la face interne d'un follicule cutané distendu ; dans ce dernier cas, il existe souvent d'autres tumeurs enkvstées dans le voisinage; enfui, on les a vus naître sur quelques muqueuses (oland, conjonctive, langue), sur des surfaces enflammées, sur des plaies, des cicatrices.

Les cornes se montrent quelquefois sous forme d'excroissances plates ; le plus souvent pourtant, ce sont des productions allongées coniques ou un peu aplaties, droites ou contournées en spirales, incurvées en arc, ce qui les a fait comparer aux cornes de certains animaux, du bélier entre autres. Leur sommet est ordinairement simple, rarement bifurqué ; par leur base, elles ne s'étçndent jamais au delà de la peau ou des follicules dans l'intérieur desquels elles paraissent comme enchâssées ; aussi sont-elles d'ordinaire mobiles : elles participent aux impulsions que la peau reçoit des muscles sous-cutanés, à moins que l'inflammation chronique du tissu cellulaire sous-jaceut à la base n'ait immobilisé celle-ci. Les dimensions de ces productions sont variables : elles peuvent atteindre la longueur de plusieurs pouces. J. Cloquet rapporte l'observation d'une vieille femme morte à Saint-Louis, qui portait sur le front une corne de 7 pouces de diamètre sur 5 pouces de haut. Dumonceau en a décrit une qui mesurait 11 pouces^ do long sur o de large à la base. E. Home en a vu une semblable chez une femme de quarante-huit ans. Leur coloration varie entre le jaune-grisâtre et le brun ; elle est d'autant plus foncée qu'on se rapproche davantage du sommet ; leur surface porte des cannelures longitudinales qui suivent les contours des spires ; quehiuefois elle est rugueuse, inégale, mamelonnée, couverte d'aspérités. Leur consistance est à peu près celle des ongles, les parties les plus fermes composent le sommet de la végétation, tandis que la substance de la hase, de formation plus récente, est d'une consistance beaucoup moins considérable.

Au début de leur formation, les productions cornées constituent de petites proéminences coniques, molles, flexibles, enveloppées d'une couche épidermique qui les fait paraître enkystées; au fur et à mesure qu'elles grandissent, elles deviennent plus dures, d'une coloration plus foncée; la couche épidermique qui les recouvrait, soulevée par l'excroissance, se déchire et finit par former autour de la base une sorte de gaîne qui s'élève plus ou moins haut ; elles tombenf quelquefois spontanément, mais elles se reproduisent avec opiniâtreté.

Bien longtemps avant qu'on n'appliquât l'analyse microscopique à ces productions, leur nature avait été parfaitement définie par les observateurs. L'aspect, la forme, la consistance, l'insensibilité, l'odeur caractéristique qu'elles répandent par la comlmstion, les avaient fait ranger à côté des végétations cornées de l'épiderme, des ongles, des griffes, des cornes de certains animaux. Ces vues se sont coufii'mées par les examens histologiques. Rokifansky, Robin, Lebert, Krause, furent les premiers qui montrèrent que les excroissances en question sont des végétations de la couche superficielle de l'épiderme, dans lesquelles les cellules desséchées, feuilletées, dépourvues de noyau, ont pris une direction perpendiculaire à la surface cutanée, et se sont allongées de manière à former un aspect fibroïde. La même nature fut reconnue par Vogel et Wilson aux cornes développées dans les kystes sébacés. Une corne provenant d'une vieille femme du service de Grisolle, et examinée par Lebert, se montra composée de feuillets épidermiques à cellules sèches, cornifiées, sans noyau, qui sur une coupe Ion-

oitudinale avaient un aspect fibroïde, tandis que sur une coupe transversale on les voyait former des couches concentriques, au centre desquelles on distinguait encore assez nettement un certain nombre de vaisseaux coupés en travers. Les cornes examinées par le professeur Heschl de Gracovie montraient éo-alement des stratifications transversales formées par des lamelles cornées, transparentes, de 1 I lignes d'épaisseur qui, sous l'influence des réactifs, se résolvaient en cellules sèches, écailleuses, sans noyau. Les deux échantillons de corne humaine, étudiés par Simon, ne différaient point des précédents par leur structuz-e : l'un d'eux pourtant était parcouru suivant, l'axe par des canaux microscoi)iques renfermant une sorte de moelle sans structure apparente; cette disposition rappelle celle des cornes des ruminants, avec cette différence pourtant que, chez ces derniers, on ne trouve qu'un seul canal médullaire au milieu de la corne.

En résumé, les cornes sont formées par des couches stratifiées de cellules épidermiques sèches, feuilletées, sans noyau ; au premier abord, le microscope nous les montre amorphes, comme le tissu des ongles, des sabots, des cornes proprement dites ; mais digérées pendant quelque temps dans l'alcali caustique, elles se décomposent en petites écailles épidermiques tout à fait semblables à celles que l'on obtient par le môme traitement avec les callosités de la peau, les cors, etc. Ces cellules sèches, cornées, sont disposées en couches concentriques autour de papilles hypertrophiées qui servent de noyau central à la corne; aune certaine distance de la base de celle-ci, les papilles disparaissent, ou sont remplacées, comme dans l'observation de Simon, par des canaux remplis d'une sorte de moelle; mais la disposition concentrique des couches épidermiques persiste jusqu'au sommet de la corne. Vers la base de celle-ci, les cellules prennent peu à peu l'aspect et la forme des cellules du corps de Malpighi; elles affectent une forme ronde ou ovale avec un noyau de plus en plus distinct. Au niveau de la base, l'épiderme de la peau ambiante s'est épaissi , les papilles hypertropliiées, élargies et allongées. A chaque corne correspond un groupe de papilles malades, et chaque arête répond à l'une de celles-ci.

Les ongles peuvent subir des altérations plus ou moins analogues aux cornes. Chez un malade, dont Behrends rapporte l'histoire, et qui portait d'ailleurs des excroissances cornées sur la face palmaire des mains et à la plante des pieds, les doigts étaient surmontés d'ongles en forme de griffes ou d'ergots. Musaeus cite une jeune fille chez laquelle les ongles acquirent près de 5 pouces de longueur ; ils tombèrent au bout de quatre mois et furent remplacés par d'autres. Locke a observé un fait analogue chez un jeune homme. Chez certains individus, surtout chez les vieillards, les ongles des pieds croissent démesurément et se recourbent vers la face plantaire, de manière à former des espèces d'ergots ; en mêmetem])s ils deviennent épais, raboteux, striés, tuberculeux ; ils ont une couleur foncée, une texture lamelleuse, écailleuse ; bi'ef, leur aspect tient plus ou moins de la corne.

Les productions cornées anormales ont été observées aussi à plusieurs reprises chez des animaux. Bartholin et Otto en ont décrit qui avaient poussé chez des brebis, sur le flanc. Malpighi a observé sur le cou d'un bœuf, à l'endroit oii appuie le joug, une corne longue de 10 pouces d'épaisseur, conique et un peu recourbée à l'extrémité. Conrad Furer, Eusèbe de Nuremberg, J. Renaudot, en ont vu chez des chiens, des lièvres, des chevaux; ces produits étaient mobiles et tombaient à certaines époques de l'année. Froriep parle de trois plaques cornées

qui se formèrent à la surface d'une plaie qu'une vache portait au niveau de la région lombaire. Simon a étudié des productions cornées anormales provenant de divers animaux domestiques, et leur a reconnu une structure histologique tout à fait semblable à celle qui a été décrite plus haut.

La forme, la couleur, la consistance, le siège, la structure, l'odeur que ces appendices exhalent par la combustion, les distinguent suffisamment des croûtes sèches, dures, pyramidales, qui surmontent quelquefois les ulcères syphilitiques cancéreux et scrofuleux ; ces cornes ressemblent encore moins aux tumeurs fongueuses de la dure-mère, avec lesquelles elles ont été quelquefois confondues. Enfin des exostoses, des appendices osseux du fémur, de l'humérus, etc. , analogues à ceux dont parlent Cahrol, Vicq d'Azyr, ne pourraient être pris pour des productions cornées alors même qu'ils formeraient extérieurement une saillie plus ou moins considérable, après avoir percé la peau.

TiCS productions cornées se développent toujours avec lenteur. Tantôt elles sont uniques ou en petit nomljre, réunies sur une région limitée du corps ; d'autres fois on les rencontre disséminées en nombre plus ou moins considérable sur presque toute la surface cutanée, témoignant ainsi d'une prédisposition étendue à tout le té"-ument externe. Elles sont rarement douloureuses par elles-mêmes, mais peuvent le devenir par l'irritation et l'inllammation chroniques de la base (fait qui n'est pas rare), par l'implantation de l'extrémité libre et recourbée dans le tégument ambiant, ou enfin par les enliavcs qu'elles opposent à la marche, à la position assise ou couchée. Elles sont mobiles avec la peau, car elles n'intéressent jamais les os ; toutefois cette mobilité peut être diminuée par l'inflammation chronique et l'induration du tissu cellulaire sous-cutané. Elle reparaissent opiniâtrement après la section par la scie ou la ligature, et les productions ultérieures sont souvent moins compactes et d'une conJbrmation moins régulière que les premières; parfois elles tombent à la suite d'un travail ulcératif qui s'empare de leur base; mais cette chute peut être tout à fait spontanée ; elle s'accomplit même dans ce cas en vertu d'une sorte de mue périodique : témoin les frères Lambert, dont les écailles tombaient légulièrement aux approches de l'hiver et du printemps. Dans le fait rapporté par Rilter, la mue avait lieu vers l'équinoxe dij printemps, et chez un malade opéré par M. Heurtaux, vers le mois d'octobre, toujours sans ulcération préalable. Des faits semblables ont été rapportés par d'autres observateurs; jamais ou presque jamais cette chute spontanée n'a été suivie de guérison définitive.

Les individus atteints de végétations cornées jouissent ordinairement d'une santé régulière ; ces productions constituent rarement une affection sérieuse par elle-même ; elles peuvent devenir graves : par leur multiplicité et par leur siège ; chez la jeune fille de Fabrice de Hilden, elles rendirent la marche, la position assise et le décubitus impossibles, et la malade finit par succomber dans le marasme ; par leur accroissement continuel qui amène peu à peu l'extrémité libre et incurvée à léser les parties du tégument plus ou moins éloignées; par lesinfiammations douloureuses, les cancroïdes mêmes (Boyer, Denucé), qui peuvent se produire à leur base continuellement irritée par les chocs, les frottements, les mouvements imprimés à la corne ; enfin, par l'influence morale dépressive qu'elles exercent quelquefois sur le sujet.

L'étiologie des cornes est difficile à établir. L'âge, le sexe, les conditions sociales, bien qu'obscures dans leur mode d'action, ne paraissent pas sans influence dans la production de ces excroissances épidermiques. Les divers observateurs

que nous avons consultés tendent à confirmer la remarque de Blumenbach, que c'est le plus souvent chez les individus du sexe féminin que les cornes ont été observées; pourtant, cette assertion nous paraît encore sujette à caution : ainsi, tandis que M. Demarquay, dans 50 cas où le sexe est indiqué, trouve 31 femmes pour 19 hommes, la statistique de Villeneuve, qui porte sur 73 cas, montre une proportion à peu près égale pour les deux sexes. Si l'influence du sexe est discutable, il n'en est pas de même de l'âge : c'est presque toujours chez les sujets avancés en âge qu'on observe les pi^oductions cornées; pourtant l'enfance n'est pas absolument épargnée ; on cite même des enfants nouveau-nés qui en étaient atteints, et il est à remarquer que quelques-unes des observations de cornes multiples ont été relevées sur des jeunes filles.

Dans un grand nombre d'observations, les irritations locales ont provoqué manifestement le développement de ces excroissances, aussi celles-ci se sont-elles rencontrées presque exclusivement chez la classe pauvre, livrée au travail manuel et peu soucieuse des soins de propreté. II suffit de parcourir quelques observations pour reconnaître que les points où se développent les cornes ont été souvent antérieurement le siège de solutions de continuité de toute nature, de contusions répétées ; à ces injures ont succédé ordinairement des tumeurs enkystées, qui, après leur ouverture, devenaient le siège des végétations en question. Cellesci se sont même développées quelquefois sur les cicatrices, ainsi que le prouvent les observations de Caldani, de Rayer et de Corlieu. Enfin, mentionnons encore parmi les agents étiologiques l'influence de l'hérédité, qui n'est relatée que dans une seule observation, celle des frères Lambert.

Il n'y a pas à compter sur la guérison spontanée de ces excroissances cornées. On ne trouve qu'un seul exemple cité par Rayer, où la chute spontanée d'une corne fut suivie d'une guérison durable. Lorsqu'on s'est borné à scier ou à lier ces appendices à leur base, ils ont toujours repullulé. Pour les enlever, l'instrument tranchant est préférable aux caustiques ; on extirpe la tumeur par deux incisions elliptiques cernant sa base et intéressant toute l'épaisseur de la peau ; la corne étant presque toujours mobile sur les tissus sous-jacents, cette opération ne présente aucune difficulté sérieuse. Dans les productions cornées multiples on pourrait en user ainsi pour les excroissances les plus gênantes par leurs dimensions on leur siège. L'action combinée des bains simples, des bains alcalins, des bains à vapeur, pourrait être avantageuse pour faire tomber des appendices peu adhérents à la peau. Fabrice de Hilden assure que la jeune malade dont il rapporte l'observation fut délivrée pour quelque temps des cornes dont elle était couverte par l'usage des emménagogues, des eaux thermales sulfureuses et alumineuses de Neuham ; mais au bout d'un an les cornes se reproduisirent ; il faudrait, pour des cas pareils, détruire la disposition interne, mais aucune expérience thérapeu

tique sérieuse n'a encore été faite dans ce sens. A. Kelsch.

Bibliographie. — Ingrassus. De tumore prœfernat., t. I, p. 530, 1553. — Fabrice de Hilden. Cent. II. Obs. 25. Francfort-sur-le-Mein, 1646. — Malpighi. Decornuum vegetatione ; in Mangetl Bibl. anat., p. 38. Genève, 1685, in-fol. — Saint-Georges Ash. Philosoph. Traiisact., n» 176, p. ISS'i; 1685. — Locke. Ibid., n» 230. — Musaeus. De unguibus moiistruosis et cornuum productione in puella cornigera. Copenhague, 1716. — Ddmonceau. Journal de Vandermonde, t. XIY, p. 145, ann. 1761. — Gastellier. Mémoires de la Société de médecine. 1776. — VicQ d'Azyr. Histoire de la Société royale de médecine, p. 295, 1777-1778. In Mémoires de la Société royale de médecine, p. 494, 1780. — Evekard Home. Philos. Tramact., t. LXXXI, p. 95, 1791. — Parkinson. Memoirs ofthe medic. Society of London, vol. VI, app. — Otto. Seltene lieobachtungen, cah. 1, p. 109. Breslau, 1816. — Meckel. Sur les^ cornes accidentelles en général, et en particulier sur celles qui viennent au gland chez l'homtne

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