i CORNEE (pathologie
Vient-on à faire l'examen de profil, on reconnaît sans peine la saillie conique avec cette apparence d'épaisissement au sommet que nous avons signalée, on aperçoit même cette opalinité légère que Sichel avait prise pour un iilcère.
Un examen systématique des fonctions optiques ne tarde pas à faire décou* vrir,un à un, les symptômes que de Graefe a si bien analysés, et qui se rapportent tous à un énorme astigmatisme irrégulier. Pour compléter le diagnostic, on peut étudier sur la cornée une série de reflets, et enfin se servir de l'ophthalmomètre d'Helmholtz, si l'on a cet instrument à sa disposition.
Aucune maladie ne saurait être confondue avec le kératocone, pas même la myopie qui est corrigée immédiatement par des verres concaves, lesquels restent inutiles dans le premier cas.
Pronostic. Le pi-onostic a perdu beaucoup de gravité depuis que l'on est en possession d'une méthode de traitement assez sûre. Sans les secours de la thérapeutique, la marche de la maladie est fatalement progressive, et aboutit à la perforation de la cornée avec toutes ses conséquences.
Thérapeutique. Le traitement s'est nécessairement ressenti de l'idée que les différents auteurs se sont faite de la nature de la maladie.
Ceux qui la regardaient comme un symptôme d'affaiblissement général ont conseillé l'hygiène aidée des toniques, les astringents, les reconstituants, fer et arsenic, selon les vues de Travers.
Ceux qui ont cru à une exagération de la pression, par hypersécrétion d'humeur aqueuse, ont conseillé les évacuants. Le docteur Pickford prétend avoir employé avec avantage l'émétique et les purgatifs, pour agir sur les absorbants de la cornée, par l'intermédiaire des voies stomacales. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que quelques malades ont eu le courage de suivre ce traitement avec persévérance. Les uns y ont renoncé au bout d'un an ; une autre, qui s'y était soumise pendant dix ans, avait perdu sa santé, mais gardé son kératocone.
Sichel, partant de l'idée fausse de l'ulcération, a conseillé : 1* de toucher tous les jours le sommet du cône avec un pinceau imbibé de laudanum de Sydenham ; 2" tous les deux jours de passer le nitrate d'argent sur le sommet du cône, là où l'on trouverait des dépressions et des facettes ; dans le cas où celles-ci manqueraient, il faudrait toucher le point le moins l'ésistant au stylet.
Sir' P. Brewster, en physicien, essaye de corriger la lésion au moyen de verres concaves très-profonds, et comme lui, John Herschel, avec une vue trèsprécise des conditions dioptriques défectueuses, pense qu'on pourrait faire avec une gélatine animale un solide moulé en arrière, sur la courbure nou velle de la cornée, et terminé en avant par une surface sphérique. Malheureusement tout cela est irréalisable et nullement pratique.
W. Adams, toujours avec son idée de tension extérieure, et aussi pour diminuer le pouvoir collectif de l'organe, a osé pratiquer l'extraction du cristallin, et un cas lui a donné raison. Il est cependant bien à craindre qu'un œil aussi compromis par l'amincissement de la cornée ne supporte mal une opération si grave.
Tyrrel {Practical Wo-k on the Diseuses ofthe Eyes, London, 1840) a préconisé le déplacement de la pupille, dans le but de l'amener en face des parties cornéennes les moins compromises ; il dit avoir obtenu deux guérisons par ce procédé; seulement White Coopcr, qui a retrouvé ses malades, prétend que l'un
CORNÉE (pathologie). 575
d'eux n'a rien obtenu, et Hugues Walton en a vu dont l'œil avait été trèsconapromis.
Warlomont eut à son tour l'idée d'appliquer au staphylome pellucide le traitement de Quadri pour le staphylome opaque et d'enlever latéralement un petit lambeau de cornée ; mais déjà Fario {Bulletino délie scienze mediche, Bologne, novembre 1839) avait indiqué le même procédé d'après Rognetta.
Van Roosbrœck mit deux fois la même idée à exécution, le l-i^avril 1856, seulement il incisa en haut une première fois, et encouragé par le résultat il excisa en bas et obtint une guérison.
Enfin Bader, en 1873, a pratiqué 9 fois l'incision du'cône et suturé les lèvres de la plaie.
11 faut donc tenir grand compte de ces procédés où l'art peut trouver une ressource contre une maladie des plus rebelles ; d'autant plus que les paracentèses successives préconisées par Ware et Ghelius sont toujours restées infructueuses.
Bowman, abandonnant les errements anciens et ne voulant pas s'attaquer directement à la cornée, ce qu'il regardait comme dangereux, imagina de créer en quelque sorte une fente sténopéique intérieure en imposant à la pupille cette forme.
Pour atteindre son but il proposa, sous le nom d'iridodésis, un double enclavement de l'iris aux deux extrémités, dû même diamètre cornéen, de façon à tendre la pupille et à lui imposer la forme d'une boutonnière.
Critchett, à son tour, assura l'opération de Bowmann en posant sur la hernie irienne une fme ligature de soie, destinée, à la fois, à la maintenir et à la mortifier.
Malgré la valeur des hommes qui l'avaient produite, l'opération de Bowman ne fut jamais adoptée par l'école allemande, et de Graefe, dans son travail, la réprouve formellement. En Italie, Secondi, de Gênes, dirigea contre elle un mémoire où il démontra que les enclavements iriens et les tiraillements, qui en sont la conséquence, ont les plus grands dangers et qu'ils exposent aux plus redoutables irido-choroïdites. Bowman lui-même ne tarda pas à abandonner son procédé.
De Graefe, longtemps avant 1868, avait proposé l'iridectomie comme un bon moyen d'enrayer la marche du kératocone. Mais il fait remarquer que tous les efforts dirigés contre la tension ont produit peu de chose. Tout au plus l'usage de l'atropine pourrait-il être recommandé, s'il n'avait d'un autre côté l'inconvénient d'ouvrir un large chemin à la lumière irrégulièrement réfractée.
C'est donc à la courbure même de là cornée qu'il faut s'adresser, et on peut espérer en réprimer la trop grande déformation en lui imposant un travail cicatriciel, qui a, comme chacun le sait, le résultat de l'aplatir. Ce travail doit être réduit le plus possible, et s'adresser au point malade lui-même, en d'autres termes occuper le sommet du cône. Les deux objections à de pareils essais étaient : 1" le danger possible d'une attaque sur une membrane déjà malade; 2° la persistance d'une opacité centrale. Heureusement des précédents montraient la possibilité d'agressions bien autrement graves, et d'une autre part le peu d'inconvénients d'un petit leucome central.
Une fois rassuré, de Graefe procéda ainsi : il fit avec un couteau très-mince, sur le sommet du cône, une petite pert& de substance de | de millimètre à 1 millimètre d'étendue, avec le soin de ne pas perforer la cornée ; dans le cas
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où cet accident arriverait, il faudrait remettre à quelques jours la reprise de l'opération.
Le lendemain, aucune réaction ne se manifestant, il touche, avec un crayon mitigé de nitrate d'argent très-pointu, le lieu de la perte de substance. Cette première cautérisation suffit à amener un léger infiltrat grisâtre. Mais il faut aller plus loin, il faut provoquer une auréole légèrement jaunâtre avec un peu de réaction ' périkératique , parce qu'alors seulement on sera sûr d'amener plus tard une réaction cicatricielle suffisante.
Pendant le développement de l'infiltration, la vue, loin de s'améliorer, peut devenir plus mauvaise. Ce n'est réellement que lorsque la cicatrice se forme que l'amélioration se produit. Cette cicatrice, après réduction, a environ | de millimètre.
Le procédé de de Graefe fut employé et donna presque immédiatement à Meyer, son élève, un très-beau résultat qui fut présenté, en 1868, à l'Académie de médecine de Paris. Horner l'adopta à son tour. Steinheim en produisit trois observations suivies de succès, puis ce fut Lourenço de Bahia.
Nous-même l'avons employé quatre fois, trois fois avec un résultat remarquablement heureux. Une fois, la cautérisation au nitrate d'argent ayant été un peu trop énergique, nous eûmes une irido-choroïdite pseudo-membraneuse qui compromit l'œil.
Dans ces derniers temps, ayant à ti'aiter deux yeux à la fois, nous essayâmes de substituer, pour la cautérisation, le sulfate de cuivre au nitrate d'argent. Ce caustique nous a donné une cicatrice presque sans leucome, mais malgré cela le résultat a été moins beau de ce côté.
Bowman, adoptant le procédé de de Graefe, a fait construii'e, pour régulariser l'incision du lambeau, une tréphinc que Mathieu et Colin ont perfectionnée chacun de leur côté. Enfin tout récemment, dans son ouvrage, Abadie a proposé d'associer l'iridotomie au trépan et il affirme s'en être, bien trouvé.
2" Cornée globuleuse. Ce que nous venous de dire du kératocone facilitera singulièrement notre tâche , car l'affection désignée sous le nom de cornée globuleuse, pour être d'apparence différente, reconnaît une cause analogue.
Nous avons dit que Wardrop avait fait dessiner au trait, dans son atlas, une cornée de ce genre ; on peut voir que la membrane transparente est uniformément développée.
Quand nous disons uniformément développée, nous voulons simplement dire que tous les diamètres de courbure ont augmenté, mais en réalité la chose s'est passée irrégulièrement, car le principal caractère de cette maladie, c'est un astigmatisme irrégulier, assez considérable pour troubler profondément la vue.
En même temps, l'emploi de l'ophthalmomètrefait reconnaître des inégalités d'images très-multipliées à la surface, et il est impossible de trouver, comme on peut le faire dans le kératocone, une loi de déformation.
Aussi cette maladie est-elle plus grave que la précédente, précisément parce que la correction d'un point de la membrane ne rétablit pas la courbure normale des autres points.
Ici l'agrandissement cornéen s'est fait encore aux dépens d s l'épaisseur, comme de Graefe l'a constaté au moyen des paracentèses, et pour lui il reconnaît la même cause. C'est une atrophie de la membrane qui, au lieu de ne porter que sur le centre, a atteint l'aire tout entière et a permis à la pression interne,
CORNEE (i'atiiologie). 577^
qui d'ailleurs peut rester normale, de dilater une enveloppe devenue trop laible.
Une preuve qu'il en est ainsi, c'est que les yeux à cornée globuleuse sont presque toujours irritables, ou le deviennent à mesure que le mal fait des progrès.
Lorsque l'affection a débuté dans l'enfonce, ce qui est presque la règle, elle peut acquérir un remai-quable développement et donner lieu à ces yeux à cornée énorme que* l'on rencontre quelquefois. Puis vient un moment où l'état irritable de ces cornées passe à une véritable infdtration, et aux imperfections visuelles de l'astigmatisme se joignent les troubles de la transparence.
Le traitement est à peu près nul comme résultat, pour la raison que nous avons exposée plus haut ; de plus il est dangereux. On ne peut pas attaquer de semblables cornées sans s'exposer à y provoquer des inflammations redoutables. En outre, les évacuations brusques d'une quantité d'humeur aqueuse devenue très-considérable peuvent entraîner des accidents sur l'uvée déjà distendue et altérée.
La paracentèse, cette opération si inoffensive d'ordinaire, donne lieu à des hémorrhagies de la plus haute gravité, quelque soin que l'on prenne de soutenir l'œil par un bandeau compressif.
Dans un cas de buphthalmie double, ayant voulu essayer de ce moyen, nous avons vu survenir une irido-choroïditc séreuse, qui entraîna la perte de l'autre œil par sympathie.
Dans l'état actuel des choses, le chirurgien est donc à peu près totalement désarmé devant une semblable affection. 11 ne lui reste que la ressource illusoire des toniques généraux, des applications astringentes et de la compression par les bandages occlusifs.
Ghap. y. Maladies congénitales de la cornée. Ces affections sont assez rares, et les documents qui s'y rapportent ne sont pas nombreux.
Nous trouvons dans Middlemore un chapitre intitulé bnperfect and excessive Development ofthe Cornea, dans lequel l'auteur dit qu'il a vu des cornées imparfaites par suite de l'envahissement de leurs bords par la sclérotique. Quelquefois cette atrophie est le résultat d'une maladie, d'autres fois il est impossible de lui reconnaître une cause appréciable. En général une cornée petite dès la naissance accompagne la microphthalmie.
Dans d'autres circonstances, la cornée est démesurément grande, et Middlemore en a observé deux exemples remarquables ; il ajoute que Demours a dessiné un fait de cornée atrophiée, pi. LXI, fig. 2, et que Seiler a signalé plusieurs défauts liés au développement de la cornée dans Beobachtiingen ursprûnglicher Bildungsfehler und gânzlichlen Mangels der Aiigen bei Menschen iind Thieren. Dresden.
Mais l'auteur qui a sans contredit le plus largement traité ce sujet est von Ammon dans ses Kranklieiten des menschlichen Auges, t. III, p. 25.
D'après von Ammon les maladies congénitales de la cornée sont en somme assez rares, et on peut les considérer comme altérant
1° La transparence
2° L'épaisseur;
3° La grandeur; »
4° La force et la courbure.
DICT. ENC. XX, "7
578 CORNÉE (pathologie).
Comme Middlemore, il fait remarquer que les anomalies sont rarement isolées et s'accompagnent le plus souvent de microphthalmie.
En ce qui concerne les altérations de transparence, celles-ci sont partielles ou totales.
Les premières occupent toujours le limbe et jamais le centre, elles sont ou légères ou accusées. Les opacités accusées s'étendent de la sclérotique à la cornée, de façon qu'il est impossible de distinguer le point où les deux membranes se séparent. La transparence n'existe qu'au centre et derrière elle se voit la pupille. Cette partie pénétrable à la lumière affecte souvent une forme triangulaire ou oblongue ou ovale, mais jamais ronde.
Dans la forme légère de l'opacité, la cornée, d'ordinaire allongée transversalement, est séparée de la sclérotique par un anneau bleuâtre. Cet anneau, ou bien entoure toute la cornée, ou bien affecte la forme de deux croissants lunaires disposés en haut ou en bas et se regardant par leurs concavités. Quel- ([uefois il n'y en a qu'un seul en haut ou en bas (PI. YIl, fig. 14).
La raison étiologique de ces anomalies est liée au développement de la cornée. La séparation entre cette membrane et la sclérotique ne se fait que le troisième mois de la vie fœtale. A cette époque, l'une acquiert de la transparence, tandis que l'autre s'épaissit et blanchit. C'est donc par un arrêt de développement que la cornée reste opaque, et comme il y a là un motif pour que le reste de l'organe croisse misérablement, cela explique la coïncidence de la microphthalmie.
Von Ammon a remarqué que l'opacité congénitale légère s'éclaircit rarement. Il l'a constatée sur les deux yeux de plusieurs membres d'une même famille ; il l'a vue aussi exister sur un œil, l'autre étant bien conformé. Très-fréquemment le vice congénital apparaît en même temps que plusieurs autres malformations des paupières, le blépharophimosis, la présence d'une troisièmfe paupière, par exemple. On observe rarement le nystagmus.
L'opacité congénitale totale se distingue absolument de la forme précédente. Von Ammon l'a observée sur deux enfauts venus ainsi au monde.
Le trouble s'étend sur toute l'aire de la cornée, la périphérie et le centre sont également opaques. La membrane présente une teinte nacrée ou bleuâtre, elle est unie comme un miroir, très-bombée, très-grande et ne rappelant que de loin la métamorphose staphylomateuse. La forme du globe est sphérique et rappelle celle du bulbe dans les premières phases de son développement. Avec cela on ne voit qu'une très-petite portion de la sclérotique à cause du grand développement de la cornée. Le bord de cette membrane n'est pas toujours nettement tranché, il se continue avec l'autre par des dents ou des crénelures (pi. Vil, fig. I), parfois il existe entre les deux une zone plus claire.
La plupart du temps l'œil est dirigé en haut et animé d'un nystagmus. L'observateur ne peut pas plonger son regard dans la chambre antérieure et se rendre exactement compte de son état ni de celui de l'iris.
Von Ammon observa chez ses deux petits malades des changements excessivement importants. Les bords de la cornée devinrent plus sombres, perdirent de plus en plus leur couleur nacrée, et le tissu transparent parut tendre incessamment vers son état normal, tandis que le milieu gardant d'une façon immuable son opacité tranchait d'autant plus par le contraste. A partir des bords la transparence gagna vers le centre et en même temps la cornée s'amincit, ce dont on put se convaincre en examinant les points où commençait la transparence.
L'œil pendant ce temps-là devenait de plus en plus bleu clair et la pupille
CORNÉE (bibliographie). 579
commençait à s'apercevoir. Après une année la cornée droite était à peu près complètement éclaircie, mais il restait à gauche une opacité centrale.
L'iris de son côté subissait des changements de couleur très-remarquables et passait au brun, il restait cependant dans la chambre antérieure un peu d'hydropisie. Quant à la grandeur de la cornée relativement au bulbe, il peut exister des anomalies congénitales. Krause et Treviranus ont démontré qu'il existe un rapport proportionnel entre les différentes parties de l'œil ; or ce rapport peut être changé en plus ou en moins.
Si la cornée est trop grande, elle semble étonnamment ronde, tandis que, si elle est trop petite, elle paraît ovale ou angulaire, et dans ce cas sa forme est susceptible de variétés infinies. On ne la voit presque jamais que sur un bulbe trop petit lui-même. Elle est encore d'une transparence imparfaite et se fusionne d'une manière insensible avec la sclérotique, à moins que les opacités n'en soient séparées par un cercle fœtal.
Enfin nous retrouvons encore à l'état congénital deux vices de forme que nous avons déjà étudiés :
1" La cornée globuleuse, qui occupe environ le tiers antérieur de l'œil, reste transparente, brillante, et garde avec la sclérotique des rapports normaux. Avec elle on trouve souvent l'iris infundibuliforme en arrière, tremblottant (iridonésis), et avec une pupille déplacée le plus ordinairement en haut (korectopie).
2° La cornée conique que nous avons longuement décrite et sur laquelle nous ne reviendrons pas. Nous mentionnerons seulement que le docteur Winner, élève devon Ammon, a rappelé, dans sa thèse inaugurale, que les personnes atteintes d'hyperchératosis présentent souvent une forme de crâne caractéristique qu'il a nommée tête pointue.
Nous n'avons rien trouvé de plus complet sur les maladies congénitales de la cornée, et le travail du savant ophthalmologiste allemand, dont nous venons de donner presque une traduction, a inspiré tous les auteurs qui, depuis lui, ont écrit sur ce sujet.
11 va sans dire qu'à part les cornées coniques l'art est impuissant à corriger de semblables anomalies. On aura toutefois remarqué que la nature a une certaine tendance à rectifier elle-même quelques-unes de ces imperfections.
Gayet.
BiBLiOGBAPUiE. — Nous avoiis mis à profit pour établir cette bibliographie celle de Wel- LER, qui se rapporte aux auteurs anciens et surtout à ceux du dix-huitième siècle, celle de Lannelongue dans le Dictionnaire de Médecine et de Chirurgie, enfin celle si riche du Compendium de A. de Graefe et Th. SjEmisch. Pour les dernières années, la compilation de Nagel nous a été d'un grand secours.
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CORNEJO (les). 591
CORî«ElLLA-DE-LA-RIi'lÉRE (Eau MINÉRALE de), protothermale, bicarbonatée ferrugineuse faible, carbonique faible. Dans le département des Pyrërénées-Orientales, dans l'arrondissement de Perpignan, à 17 kilomètres de la ville de ce nom, émerge la source de Corneilla-de-la-Rivière, plus connue dans la contrée sous l'appellation de fontaine de Laverne. Son eau est claire et limpide, mais elle laisse déposer sur les parois de son bassin, avec lesquelles elle est en contact, une couche notable de rouille ; son odeur est légèrement piquante et son goût un peu atramentaire ; sa température est de 17" centigrade. Nous ne connaissons sa composition élémentaire que par l'analyse qualitative qu'en a tentée Anglada. Cet habile chimiste lui a assigné les caractères propres aux eaux bicarbonatées ferrugineuses peu chargées de principes minéralisateurs. La fontaine de Corneilla-de-la-Rivière n'est fréquentée que par les buveurs de la contrée : aussi l'action physiologique et curative de son eau n'est-elle que très-incomplétement connue. A. R.
coR]\EJO (Les).
Cornejo (Juaïn). Médecin et philosophe espagnol, dont le lieu de naissance est inconnu ; ce qui est certain, c'est qu'en 1590 il était médecin à la cour de Philippe il, roi d'Espagne, et déjà très-avancé en âge à cette date. 11 était un ennemi acharné de la polypharmacie, dont il a cherché à démontrer les dangers et les inconvénients dans ses ouvrages. Notons encore son opinion sur la goutte, qu'il attribue à une matière corrompue, excrémentitielle, très-subtile, qui parcourt le corps de la tète aux pieds, et produit les désordres et les inflammations qui la caractérisent ; il prétend la guérir par des frictions pratiquées sur la tète avec Vor ijotable végétal, qui n'est autre chose qu'une décoction plus ou moins concentrée de lentisques, plante très-commune en Espagne.
Voici le titre de ses ouvrages :
f. Discurs.0 y def<pertador preservatlvo de corrhnientos y enfermedades de ellos. A la sanilad del beatissimo, etc., Papa Clémente VIII. Madrid, 1594, iii-4'>. — II. Discurso particular preservativo de la gota, en que se descubre la naturaleza, y se pone su propria cura. Mad.rid, 1594, in-4''. L. Htr.
Cornejo (Alonzo-Lopez). Né à Salteras, étudia la philosophie et la médecine à l'Université de Séville et y prit le bonnet de docteur en l'une et l'autre de ces sciences; plus tard il obtint la première chaire de médecine à la même Université, puis fut nommé médecin de l'Alcazar , royal de Séville. Homme d'un grand savoir, il combattit énergiquement l'invasion en Espagne des systèmes de Paracelse, de VanHelmont, de Silvio, etc., démontrant que ces auteurs n'avaient fait autre chose, en grande partie, que de copier les Grecs et les Arabes, Hippocrate, Galien, Avicenne, etc., auxquels il conseillait de s'en tenir; l'un des premiers en Espagne il s'éleva contre le système spagyrique et chimique dans la pratique médicale. On a de lui :
Galeno ilustrado, Avicena esplicado y doctores Sevillanos defendidos : Refutase la nueva con la antigua medicina : Dase a entender cuan jjernicioso es regularmente usar dt los medicamentos espagiricos y antimoniales, etc., etc. Sevilla, 1699, 111-4°.
Cornejo (AloiNzo). Fils du précédent, exerça comme son père la médecine à Séville ; il est l'auteur d'un ouvrage destiné à réfuter les opinions de Juan Vazquez de Cortès sur l'emploi de l'eau froide et chaude en thérapeutique ; c'est un livre qui brille par son érudition et par la justesse de ses critiques. En voici
le titre :
Respuesta a un papel apologetico que con el litulo de medicina de las fuenles y purgas, sacô D. Juan Vazquez de Cortès. Granada (1735), in-4°. L. Hx.
CORMETS ACOUSTI^JUES. Les cornets acoustiques sont des instruments destinés à renforcer les sons de manière à leur permettre d'impressionner rouie des personnes atteintes d'une surdité plus ou moins prononcée.
Le type général de ces instruments est un entonnoir dont la petite extrémité s'enfonce dans le conduit auditif externe, tandis que l'extrémité évasée recueille les ondes sonores; en même temps que l'entonnoir rassemble et condense les ondes sonores, ses parois, ébranlées par les mêmes ondes, vibrent et renforcent les sons arrivés du debors ; ces sons sont ainsi transmis avec une intensité plus grande à la membrane du tympan et à l'oreille interne.
JjCS cornets acoustiques peuvent être faits d'argent, de tôle, de fer-blanc, d'étain, de bois, de corne, de gomme élastique. La surface interne du cornet est généralement unie ; quelquefois cependant elle est à facettes, mais cette disposition ne présente aucun avantage réel. Les cornets de corne ou de gomme sont généralement préférés aux cornets métalliques ; ceux-ci ont l'inconvénient de retentir, sous l'influence des ondes sonores, de manière à rendre les sons confus et pénibles à supporter. Cet excès de retentissement présente cependant quelques avantages dans les cas où la surdité est excessivement prononcée, mais toutes les fois que l'on se sert de cornets métalliques, la parole ne peut être saisie qu'à la condition qu'elle est mesurée et très-lente.
Que les cornets soient en corne ou en métal, il est utile déplacer, non loin du pavillon, une cloison de baudrucbe, afin de diminuer le retentissement qui se produit inévitablement dans l'intérieur du cornet.
Les cornets qui rendent le plus de service, dans les cas de surdité ordinaire, sont en même temps les plus simples : ils représentent une sorte de corne de 20 à 30 centimètres de longueiu-. Pour les rendre plus portatifs, on peut les composer de tubes rentrant les uns dans les autres comme ceux d'une lorgnette, mais ces brisures rendent les sons moins nets.
On a aussi essayé de diminuer la longueur du cornet en le formant d'un tube replié deux fois et adossé à lui-même ; cette disposition détermine plus de confusion de son que la forme habituelle.
Pour diminuer les bourdonnements qui se produisent à l'intérieur des cornets, Itard a tenté de donner aux cornets une forme analogue à celle du conduit auditif lui-même : un pavillon évasé communique, par un col étroit, à une cavité qui s'ouvre dans un conduit spiroïde, conduit terminé par un tube destiné à s'adapter au méat auditif. Deux diaphragmes de baudruche placés, l'un entre le pavillon et la cavité centrale, l'autre entre celle-ci et l'évasement spiroïde, séparent les trois parties principales du cornet.
L'ingénieuse disposition d'Itard n'a pas atteint son but. Après en avoir obtenu des avantages momentanés, presque tous les sourds, pour ne pas dire tous, reviennent au cornet primitif.
Dans ces derniers temps, M. Marshall a proposé, dans le but d'éviter la répercussion des sons, une forme nouvelle de cornet acoustique dans laquelle il a employé le principe de la parabole pour conduire directement les ondes sonores à l'oi'eille. L'expérience n'a pas encore prononcé sur la valeur de cette
proposition.
Quand la surdité est très-prononcée, la personne qui parle est obligée d'approcher sa bouche de l'extrémité évasée du cornet, ce qui la force à une situation
très-gèiiaute. On peut loiimer cette diflicultc en plaçant l'entonnoir à l'extrémité d'un long tuyau, ce qui donne ù l'appareil la forme d'une pipe à fumer.
Il est beaucoup plus simple d'adapter un pavillon à l'extrémité d'un tube (lexible en caoutchouc ou en crin, soutenu par un fil de fer, tube muni d'un petit embout d'ivoire destiné à être introduit dans le conduit auditif. L'embout doit être bien ari'ondi et avoir à peu près le diamètre du conduit auditif dans lequel il tient seul, si l'on a soin de lui donner une forme légèrement recourbée. Le tube élastique a une longueur moyenne de trois pieds. Le pavillon doit être d'autant plus vaste que les sons à recueillir sont produits à une distance plus considérable ; en général, les sourds ont deux pavillons à conduit élastique, l'un pour entendre la conversation ordinaire, l'autre pour les assemblées publiques.
L'appareil à conduit acoustique élastique rend de grands services, même aux personnes atteintes de surdité moyenne, dans les assemblées et surtout au théâtre. Il faut, en effet, que le pavillon soit dirigé vers le lieu d'oîi provient le son; il résulte de là que le sourd, muni d'un cornet drdinaire, est oblifié de changer de position avec chaque mouvement de l'acteur, ce qui est gênant et même impossible en certains cas. Au contraire, avec le cornet à tube flexible, le sourd n'a plus à changer sa situation : il lui suffit de modifier la direction du pavillon.
J. D. Larrey a imaginé de réunir deux petits cornets acoustiques par un ressort passant sur le sommet de la tête. L'ensemble de l'appareil est assez petit et assez léger pour pouvoir être dissimulé dans la coiffure.
La puissance de l'appareil de J. D. Larrey est des plus faibles, aussi il ne peut convenir qu'aux personnes atteintes de surdité peu prononcée et dont le but principal est de cacher leur infirmité. Ces personnes pourraient plus commodément peut-être se servir d'un petit cornet, également caché par les cheveux ou par le chapeau, et qui s'adapte dans l'oreille, oh il est retenu par un prolongement qui, s'enroulant autour du pavillon, dispense de ressort.
Parmi les appareils invisibles il convient de citer les otophones dont on attribue l'invention à Webster, de Londres. Ces petits appareils se composent de pinces en argent adaptées à la face postérieure du pavillon de l'oreille, pinces maintenues en place à l'aide d'un petit prolongement courbe et supérieur. Le but de ces pinces est d'éloigner le pavillon de la tète et de favoriser ainsi la réception du son provenant d'en avant. Les otophones trouvent leur application surtout, dit M. Trœltsch, chez les femmes dont le pavillon a perdu toute sa valeur fonctionnelle par suite de la pression constante que lui a fait subir la coiffui-e.
Bans tous les appareils que nous venons de décrire, si nous exceptons le dernier, qui n'est pas un cornet acoustique proprement dit, l'instrument se termine par un petit embout introduit dans le conduit auditif. M. Trœltsch, ayant remarqué que quelques personnes entendent mieux en appliquant une plaque ovale légèrement concave sur le pavillon de l'oreille, a essayé de supprimer l'embout et de le remplacer par des plaques de ce genre. Il espère que les sons reçus par le cornet pourront être transmis convenablement par la plaque ovale ; il fonde cet espoir sur ce fait que souvent des sourds qui n'entendent rien avec des cornets comprennent assez bien les paroles dites très-haut contre l'oreille même. On sait, en effet, que Politzer explique ce fait en disant que dans ces cas le pavillon et le conduit cartilagineux facilitent la transmission des sons à travers les os.
DICT. ENC. XX. 3S
CORNETS ACOUSTIOUES.
Quoi ({u'il en soit, l'expéiùence n'a pas encore prononcé sur l'importance et sur la valeur réelle de la modification pi'oposée par M. Trœltscli.
Tout dernièrement, M. Constantin Paul [Btill. de thérapeutique, année 1874) a fait construire un appareil biauriculaire qui n'a rien de commun avec celui de Larrey, ni avec les appareils biauriculaires construits, d'après Larrey, par les fabricants anglais. En effet, l'appareil biauriculaire de Larrey et ceux qui en dérivent, n'étant reliés que par un ressort, agissent comme le feraient deux cornets isolés ; ils n'associent pas les deux oreilles à la perception d'un son unique, but poursuivi par M. Constantin Paul.
L'a]ipareil de M. Constantin Paul, construit par M. Léger, se compose d'un entonnoir ou cornet acoustique (fig. 1) fixé. à un tube flexible en caoutcbouc; à l'extrémité de ce tube, du côté opposé au cornet, s'adaptent deux tubes de caoutchouc vulcanisé, auxquels on donne la cavité la plus grande possible, en ne lais-
sant au caoutchouc que l'épaisseur nécessaire pour maintenir les tubes rigides; ces deux tubes marchent parallèlement, mais ils peuvent, grâce à leur élasticité, dévier à droite et à gauche, pour aboutir aux deux conduits auditifs. Les ajutages auriculaires se coudent peu à peu, par plusieurs plans, et se terminent par un petit instrument en os ou en ivoire qui vient s'appliquer exactement sur l'orifice du conduit auditif.
Ces ajutages sont suspendus par un fil élastique qui, passant sur la tète, soutient le poids de l'appareil, de sorte que celui-ci se maintient de lui-même fixé aux oreilles sans le secours des mains et sans causer aucune gêne.
L'augmentation de l'intensité du son obtenue par les cornets biauriculaires, cornets dont l'idée a été inspirée par le stéthoscope biauriculaire de Marsh, de Cincinnati, est telle qu'elle ne répond pas à la somme de perceptions isolées de chaque oreille ; il faut rechercher la raison de cet accroissement, non-seulement dans l'addition des deux sensations, mais encore dans un mode de perception
qui exige l'association des deux oreilles. En un mot, l'accroissement de l'intensité du son est telle, qu'on pense au phénomène de la vision binoculaire, dans laquelle certaines perceptions, comme celle du l'elief, par exemple, ne s'obtiennent que par l'association des deux yeux.
M. Constantin Paul a appuyé les vues théoriques d'après lesquelles il avait fait construire le cornet biauriculaire sur des faits que nous croyons utiles de relater pour bien faire saisir la portée de cette invention, appelée à rendre de très-grands services dans les cas de surdité très-prononcée.
Sous l'iniluence de l'exercice simultané des deux oreilles, les progrès d'une jeune sourde, progrès très-lents et presque nuls avec l'appareil ordinaire, se sont accrus d'une manière très-rapide. Les oreilles, jusque-là impressionnées inégalement par les sons, n'ont pas tardé à prendre une sensibilité égale, et la parole s'est accrue eu proportion, La malade peut coucher dans une autre chambre que son institutrice et correspond par le cornet biauriculaire, ce qui lui est impossible avec tout autre cornet. Si on termine le tube acoustique par un pavillon large et recourbé pour recueillir les sons qui viennent de loin, la malade peut percevoir la voix, même à l'air libre, à une distance de trois mètres.
Voulant se rendre compte de ce que vaudrait l'instrument dans une salle de spectacle, l'auteur se rendit au Théâtre-Français. « On jouait, dit-il, ï École des Femmes; la pièce en était arrivée au troisième acte. Je me plaçai d'abord dans une baignoire du rez-de-chaussée et, après avoir écouté le dialogue entre Aniolphe, Alain et Georgette, j'écoutai avec mon instrument le dialogue d'Arnolphe et d'Agnès ; j'entendis Got dans le rôle d'Arnolplie avec sa diction nette et ferme et si vibrante à la fin des tirades. Le son était très-augmenté ; mais^ lorsque la voix prenait, à la fin des tirades, une sorte d'éclat métallique, le cornet faisait l'effet d'un résonnateur et accentuait encore ce caractère particulier des fins de phrase. Les applaudissements qui suivirent firent dans l'appareU un tapage épouvantable.
« Puis mademoiselle Reichemberg, remplissant le rôle d'Agnès, lut les maximes ; elle ne lut que les deux premières ; sa voix, tout en arrivant avec plus d'intensité, ne s'accrut pas autant que celle de son interlocuteur, et je pensai que, si l'instrument n'était destiné qu'à entendre une voix de femme et, en particulier, une voix plus aiguë, le pavillon eût gagné à être construit en conséquence ; le pavillon dont je me servais formait un résonnateur trop grave.
(( Cette première expérience faite, j'allai me placer dans les loges les plus élevées de la salle, à la hauteur de l'amphithéâtre ; là, je fus frappé des différences considérables de son. Lorsqu'on se sert pour écouter d'un appareil à pavillon, on entend ce qu'on appelle le bruit de conque, c'est-à-dire que la cavité sert de résonnateur pour certains bruits : on entend donc alors les bruits qu'on écoute, plus d'autres bruits qu'on ne cherche pas à entendre. Dans cette loge, située presque à la hauteur du plafond, le bruit de conque s'accrut considérablement ; il me semblait que j'avais la tête dans un tambour ; tous ces bruits qu'on ne perçoit pas quand l'attention est éveillée ailleurs prirent une intensité énorme ; il est vrai que la voix s'accrut de la même manière. On en était à la scène IV, au dialogue entre Horace et Arnolphe. Le rôle d'Horace était tenu par Delaunay, à la voix large et vibrante, à la diction scandée; le son en arrivait dans le cornet avec une intensité beaucoup' plus grande qu'au bas de b salle; mais, je dois l'avouer, le son, en augmentant d'intensité, n'avait pas gagné en netteté. J'en ai conclu que le j oint le plus iavorablc pour l'audition avec