‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.21Chapitre 2 sur 40 · DES · texte numérisé non relu

DES

€ORl'PllODO\'. Genre de colubridés aglyplies qu'on rencontre dans l'Inde et dans rAméii([uc du Sud. D.

CORlZA, koruza, vulgairement rhume de cerveau, rhinite, catarrhe nasal ; gravedo, dislillatio; catarrhus ad nares; Schnupfen, Sclmiippen (alloni.); a cold, calching cold (angl.).

§ 1. Pathologie. Le coryza est l'innanimalion de la membrane muqueuse qui tapisse les fosses nasales, le canal nasal et les sinus frontaux et maxillaires. Cette inllammation de la membrane pituitaire et de ses dépendances peut être produite par des causes diverses ou dépendre d'états morbides différents. La cause la plus oommune du coryza, sans avoir toutefois rien de spécifique, est l'action atmosphérique ou plutôt météorologique, soit qu'elle se traduise par une impression de froid continue, ou une transition subite du chaud au froid, ou par la respiration d'un air humide chargé de brouillards, ou enfin par une insolation. Quelle que soit celle de ces actions qui ait impressionné les nniqueuses nasales, et v ait déterminé l'état fluxionnaire et la phlegmasie qui en sera la suite, cet état phlegmasique revêtira le caractère des inflammations catarrhales ; et soit qu'il reste confiné dans les limites de la région naso-frontale et maxillaire supérieure où il a pris naissance, soit qu'il franchisse ces limites, qu'il passe des fosses nasales postérieures dans le pharynx, de là dans le larynx et la trachée, ou que, précédé par la phlegmasie de l'arrière-goige ou par celle des voies laryngo-trachéo-bronchiques, il ne soit que l'effet de l'extension de ces dernières, le coryza n'est autre chose, dans les premiers cas, que le rhume de cerveau, comme on le désigne vulgairement, et l'une des localisations primitive, secondaire ou simultanée du rhume proprement dit, ou rhume général, dans le second cas {voy. le mot Rhume).

Mais, bien que ce soit là le cas de beaucoup le plus fréquent, tous les coryzas ne procèdent pas de ce même ordre de causes. Il y a des inflammations de la membrane muqueuse pituitaire et de ses annexes qui sont dues à l'action

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d'agents irritants directs, et qui, quoique présentant quelques caractères comnuins, diffèrent en réalité entre elles par leur évolution, leur durée et leur issue. Il en est d'autres qui sont le résultat de la propagation de pblegmasies de voisinage. 11 en est qui sont liées à des états morbides généraux, à des affections pyrétiques aiguës, fièvres éruptives, rougeole, scarlatine, ou à des états diatliésiques ou discrasiques spécifiques, la diplithérie, la morve, la syphilis. Enfin, on voit parfois des coryzas se manifester comme par un effet répercussif ou métastatique, à l'occasion de la cessation ou de la disparition brusque d'une phlegrnasie cutanée, d'un eczéma, etc. De là la nécessité de scinder l'iiistoire du coryza en plusieurs espèces et de distinguer, en outre, pour plusieurs d'entre elles, un état aigu et un état chronique indépendamment encore d'autres distinctions fondées sur l'âge, sur les tempéraments et enfin sur les constitutions médicales régnantes et sur la circonstance de la sporadicilé ou de l'épidémicité.

Nous commencerons par la description du coryza type, de l'inflammation superlicielle catarrbale de la membrane de Schneider, le rhume de cerveau.

CoRïZA. CA.TARRIIAL AIGU. Lc coi'yza s'annoucc et débute par une sensation de sécheresse et une sorte de chatouillement incommode dans les fosses nasales, qui provoque des éternuments, rares d'abord, puis de plus en plus fréquen^^. Les fosses nasales sont enchifrenées et comme obstruées. Le malade fait de vains clforts pour chercher à désobstruer ses narines, soit en effectuant des mouvements alternatifs rapides d'inspiration et d'expiration, soit en essayant à plusieurs repises de se moucher, mais toujours sans résultat. Bientôt à cette première sensation de sécheresse et de picotement succède une chaleur intérieure acre dans les fosses nasales, qui redouble les éternuments. Si dans cette première période on examine les fosses nasales aussi loin que peut pénétrer la vue, on voit que la membrane pituitaire est rouge, sèche et tuméfiée. Cet état s'accompagne presque toujours d'un petit mouvement fébrile et de petits frissons alternant avec des bouffées de chaleur, d'une céphalalgie frontale assez intense et d'un état général de malaise et de courbature. 11 dure de quelques heures à un jour au plus. Une sécrétion d'un liquide séreux, extrêmement ténu et acre, ne tarde pas à s'établir; les éternuments, de secs qu'ils étaient, deviennent humides; quelquefois cette sécrétion dégénère rapidement en un véritable flux, et l'action de se moucher, si fréquemment répétée qu'elle soit, ne suffit plus pour le tarir, c'est une phlegmurrhagie quasi-continue qui exige une sorte d'étanchement presque incessant. Et cela persiste ainsi jusqu'à ce que, la période de coction étant arrivée, l'écoulement séreux fasse place à une sécrétion muqueuse de plus en plus épaisse, parfois muco-purulente, dans quelques cas même légèrement teintée de sang, qui exigera par la suite de vrais efforts d'expirations fortes et répétées pour être rejelée au dehors.

Si la phlegmasie se borne aux fosses nasales, c'est à peu près à cela que se réduit toute la série des phénomènes du coryza dont l'évolution complète peut être effectuée en trois ou quatre jours. Le coryza simple dure rarement plus longtemps, à moins, ce qui arrive quelquefois, que, le premier coryza à peine éteint, un second et un troisième lui succèdent.

Mais la phlegmasie, au lieu de se berner aux fosses nasales, s'étend-elle aux cavités annexes avec lesquelles elles sont en communication directe par le prolongement de leur membrane muqueuse de revêtement, un nouveau groupe de symptômes vient s'ajouter au précédent. L'inflammation gagnant la muqueuse

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du canal nasal donne lieu au larmoiement, à l'injection et à une sensiliilile extrême delà conjonctive. Dans les sinus frontaux elle produit cette céphalalgie sus-orbitaire gravative si pénible, qui redouble à l'occasion de cbaque cternument et qui acquiert cliez quebjues malades une telle intensité qu'ils l'expriment souvent en disant que leur tète va éclater. Celte sensation résulte de ce que la muqueuse en se tuméfiant rétrécit l'orifice du sinus, que ce rétrécissement a lui même pour effet la rétention et l'accumulation des produits de sécrétion dans la cavité du sinus, d'où une pression douloureuse sur ses parois et sur les nerfs de la mu(jueuse qui en transmettent l'impression au cerveau. M. Peler, dans des leçons faites récemment sur le coryza à la Faculté de médecine, a rapporté deux faits qui montrent à quel degré peuvent être portées quelquefois ces douleurs de compression et à quelles erreurs elles peuvent entraîner le médecin. « 11 m'est arrivé, dit-il, d'être appelé pour un malade en proie à la plus vive terreur. Une attaque d'apoplexie, ou tout au moins une congestion cérébrale était imminente, disait-on. Je trouvai le malade appuyant sa tête dans les deux mains et se plaignant de celle voix nasonnée, pliaryngo-bronchique, de douleur violente au front avec sensation d'éclatement; celte sensation était due tout simplement à un état catarrhal des sinus frontaux. J'avais affaire à un vulgaire rhume de cerveau pcuir le([uel je conseillai l'application de cataplasmes Irès-cliauds à la racine du nez. (Juatre licures après le malade, redevenu souriant, constatait l'écoulement d'une grande quantité de li(piide par le nez. » Dans le deuxième fait rapporté par M. Peter, on avait diagnostiqué une carie récente des os du crâne. Le même traitement eut raison de cette prétendue carie. Cette même sensation ou plutôt une sensation analogue se jiroduit à l'occasion de la tuméfaction de la membrane muqueuse de l'orifice des sinus maxillaires. Mais cet orifice étant plus large, les phénomènes de constriction ou d'étranglement sont moins intenses. Les malades accusent bien une sorte de sentiment de plénitude, quelquefois conune un bar.ottement que produirait un corps étranger, mais ces pbénomèiies dépassent rarement ces proportions et n'atteignent jamais au degré qu'ils présentent dans les sinus frontaux.

Un des autres effets de cette compression est la propagation de la douleur qu'elle provoque sur les filets nerveux de la membrane enflammée à la branche nerveuse dont ils émanent : d'oj ces douleurs névralgiques que les sujets atteints de coryza accusent si souvent sur le trajet d'une des branches ou des deux branches du nerf ophthalmique, les névralgies maxillaires, etc.

C'est par une voie de propagation analogue que se produisent aussi ces troubles de l'audition que l'on constate souvent dans ces mêmes circonstances, l'inflammation gagnant de proche en proche l'orifice de la trompe d'Eustache, et de là jusque dans la caisse du tympan, ainsi que cela arrive si souvent aussi dans les angines pharyngées. Les malades accusent, dans ce cas, outre une douleur au niveau de l'orifice de la trompe, une sensation pénible de plénitude et de distension de la caisse qui accompagne les bourdonnements et autres troubles de l'audition.

Un phénomène qui accompagne presque toujours le coryza aigu, soit limité aux fosses nasales, soit étendu aux sinus, est l'obtusion du sens de l'odorat, obtusion qui va parfois même jusqu'à son abolition complète. Cette obtusion de l'odorat est presque constamment accompagnée d'un certain degré d'altération du goût. Enfin il n'est pas rare que le mouvement fluxionnaire de la muqueuse nasale soit porté au point de donner lieu à des épistaxis.

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Nous avons dit que la durée du coryza aigu simple dépassait rarement Irois ou quatre jours, elle se prolonge ordinairement davantage lorsque l'inflammation a cnvalii la membrane des sinus. Toutefois même dans ces conditions elle dépasse rarement une semaine. Cette durée est souvent plus longue, il est vrai, si on y comprend la phase terminale qu'on est convenu d'appeler la période de coction. Il persiste en elfet assez souvent, après la cessation des phénomènes aiïïus, un certain degré d'enchifi'ènement, d'obstruction partielle des fosses nasales par les mucosités concrétées, et de gène de la respiration nasale qui ne se dissipe que d'{Hie manière lente et graduelle. Le coryza aigu est sujet, d'ailleurs, comme nous l'avons dit, à de fréquentes répétitions ou recrudescences qui ne permettent plus de lui assigner un terme quelque peu exact. Enfin on a cité des cas de coryzas périodiques ou intermittents. On en verra plus loin des exemples.

Le coryza aigu est d'un diagnostic trop aisé pour qu'il y ait lieu de s'y arrêter. Il ne peut être confondu qu'avec lui-même, c'est-à-dire avec les diverses variétés dont nous allons avoir à faire l'histoire tout à l'heure, et c'est à propos de cette histoire même que nous aurons à présenter quelques considérations diagnostiques et à signaler quelques-uns des caractères qui distinguent ces variétés de corvza aigu simple. Les autres affections que l'on pourrait, au premier abord, confondre avec le coryza aigu, comme les phlegmasies traumatiques de la pituitaire ou les inflanunations produites par l'action irritante de certains agents toxiques, tels que le phosphore, les poussières arsenicales ou le bichromate de potasse, ont, soit par la connaissance de la cause elle-même, soit par leurs signes propres, des caractères trop tranciiés pour que la confusion puisse subsister longtemps.

Quant au pronostic, tout ce qui précède réduit ce que nous en pourrions dire aux termes les plus simples, la guérison spontanée étant la règle. Mais il n'en sera pas tout à fait de même, comme on le verra plus loin, pour certaines des autres variétés du coryza aigu et pour le coryza chronique. Toutefois, bien que la guérison spontanée soit la terminaison habituelle du coryza, il ne faut cependant pas méconnaître qu'il laisse quelquefois après lui soit une prédisposition au retour fréquent de nouveaux accès plus ou moins périodiques, qui ne laissent pas que de constituer une atteinte à l'intégrité complète de la santé, soit une disposition à la formation ultérieure de polypes ou d'hydropisies des sinus. Enfin, le coryza chronique est une des terminaisons du coryza aigu, surtout lorsque celui-ci a été fréquemment répété.

Ce que nous avons dit dans le court préliminaire de cet article à propos de l'étiologie nous dispense -^presque d'y revenir ici, toute l'étiologie du catarrhe nasal aigu se résumant, en définitive, dans l'action d'un refroidissement lent ou brusque, général ou partiel (le froid aux pieds particulièrement), sous les conditions d'une aptitude individuelle ou de conditions organiques actuelles qui en secondent l'effet. Nous avons mis l'insolation au nombre des causes qui déterminent quelquefois le coryza. Nous pouvons mettre sur la même ligne une température trop élevée dans un espace confiné. Ces deux influences, bien qu'en apparence contradictoires avec celle du froid, aboutissent en réalité au même résultat, par une action congestive directe sur la membrane de revêtement des fosses nasales, au lieu d'une action indirecte ou par réaction, comme est le plus souvent la manière d'agir du froid.

Quant aux causes irritantes directes, telles que l'introduction dans les fosses

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nasales de vapeurs, de poussières ou de poudres irritaulcs, l'action d'agents mécaniques, la présence passagère d'un corps étranger, etc., elles peuvent bien donner lieu à une irritation momentanée ou même à une inllammalion de la membrane muqueuse, une vérilable rhinite aiguë; mais soit qu'il s'agisse d'une simple irritation passagère ou d'une inllammation traumatique, ce ne sera dans un cas ni dans l'autre à un véritable coryza ipie l'on aura aflaiic.

On comprendra (jue l'anatomic patliologique ait peu de cbose ù nous apprendre à propos du coryza aigu simple. On ne constate guère autre chose, quand l'occasion se présente d'en faire l'examen, que les lésions très-supcrficielles et très-passagères que présentent en général toutes les mend)ranes muqueuses qui sont le siège d'iuie pldogniasic catarrlialc : un peu de rougeur et de goidlemcnt hyperémique de la pituitaire. M. Hanvicr, <|ui a examiné le liquide nasal sécrété au début d'un coryza, y a observé des cellules cylindro-coniques avec cils \ibvatilcs à plateau, des cellules granuleuses turgidcs analogues aux précédentes, des cellules vibratiles sans plateau et des cellules arrondies à cils vibratiles. (]es dernières cellules sont de nature épilliéliale et peuvent être distinguées des globules blancs du sang.

Coryza infantile. Une des premières variétés du coijza (pic lums aiiruin^ à étudier serait le coi'yza iufanlile, à cause des circonstauces [lailiculières aggravantes ipi'il emprunte à l'âge même et aux conditions organitpies et physiologiques qui lui sont inhérentes. Le symptôme prédominant du coryza chez les très-jeunes enliuits, et qui en constitue à peu près à lui seul la gravité relative, est cette gène de la respiration qui s'accuse chez eux par le bruit particulier de ronlleraent qu'ils font dans le mouvement d'inspiration, surtout ])endant le sommeil, lorsque la respiration est encore possible par le nez. Le gonllemi'ut de la membrane muqueuse des narines est porté queUjuefois au point (pic la respiration par le nez devient tout à l'ait impossible et se l'ait unii(ueuient par la bouche. C'est alors que les enfants n'expirent littéralement qu'en souillant, ce (|ui a fait donner à ce symptôme, en Angletei'ic, le nom vulgaire de sniiffles. Mais cette variété de coryza sera étudiée spécialement au mot Nouveau-né.

Coryza svmptojiatique. Coryza des fièvres ériiptives. Le coryza est un des prodromes ou l'un des symptômes concomitants les plus communs de la plupart des fièvres éruptives. C'est dans la rougeole surtout (ju'ou l'observe le plus constamment, il constitue l'un de ses prodromes presipie obligés; il fait, en effet, partie de cet ensemble d'élat catarrhal qui constitue l'un des éléments essentiels de la fièvre rubéolique. Il se distingue du coryza simple, en ce qu'il est toujours accompagné d'un mouvement fébrile et le plus souvent d'une conjonctivite catarrhale ordinairement très-intense. Lorsc^u'on voit survenir, sur un enflmt surtout, un coryza intense avec toux, conjonctivite accompagnée de larmoiement et fièvre, on peut presque à coup sur prévoir et prédire l'éruption prochaine de la rougeole. Élément presque essentiel du cortège des phénomènes prodromiqiies de la rougeole, le coryza persiste souvent encore pendant la période d'éruption, se compliquant presque toujours alors d'un certain degré d'angine et même de bronchite. 11 est rare qu'il ne cesse pas au moment où J éruption commence à pâlir. Cependant, dans quelcjues circonstances on le voit persister et devenir le point de départ soit d'une angine glanduleuse persistante, d'une otite interne, d'un eczéma des fosses nasales, ou même d'un coryza chronique, surtout chez les enfants de tempérament lymphatique et à tendances >^trumeuses.

6 CORYZA (pathologie).

Beaucoup moins fréquent dans la scarlatine, dont il constitue quelquefois aussi, avec l'angine caractéristique, un des signes prodrorniques, il s'y montre plus particulièrement, à titre d'accident appartenant au groupe des symptômes secondaires, sous la forme pseudo-membraneuse.

Dans la variole il est plus larc encore comme phénomène prodromique. Quand il s'y rencontre, c'est pendant la période d'éruption ; mais ce n'est plus à proprement parler un coryza, la membrane pituitaire pouvant être, comme toutes les autres membranes muqueuses, le siège d'un développement de puslules varioliques qui s'accompagne nécessairement d'un certain degré de phlegmasie.

Nous ne parlerons ici que pour mémoire du coryza qui n'est que le prodrome ou l'un des éléments constitutifs du rhume proprement dit ou de la grippe. Ce sont probablement des épidémies de grippe avec prédominance du coryza au début, qui ont pu faire considéi'er par quelques auteurs le coryza comme susceptible de régner à l'état épidémique. Cependant il paraît y avoir eu en realité quelques épidémies de coryza seul, sans complication ou succession de laryngotrachéite ou de bronchite. M. Anglada (de Montpellier) en a rapporté un exemple qui ne peut hisser subsister aucun doute à cet égard.

Coryza, syphilitique. Le coryza est un des symptômes les plus constants de la syphilis infantile. Dès son début il se révèle par de l'enchifrènemcnt ; l'inspiration nasale devient pénible et bruyante. La sécrétion nasale, d'abord diminuée, augmente et devient fdante et mélangée de pus et de sang. La pituitaire ne tarde pas à s'ulcérer; il s'écoule alors par les narines un pus ichoreux qui, en se concrétant, forme des croûtes brunâtres ou verdàtres adhérant au rebord des narines et sur la lèvre supérieure. Enfin, dans une période plus avancée, le mal gagne les os du nez et les perfore, érode les cartilages et détruit la charpente nasale. Mais les choses arrivent rarement à ce degré, soit qu'on y ait apporté à temps les remèdes nécessaires, ou que les enfants succombent avant que ces phénomènes aient pu se produire. En général, dans le coryza syphilitique les deux narines sont prises en même temps.

M. Bouchut a vu un grand nombre d'exemples de coryza chronique développé chez des enfants à la mamelle, qui avaient un vice héréditaire syphilitique traduit par un eczéma de toute l'étendue du corps et de la face. M. A. Deville lui a communiqué quatre observations de ce genre recueillies à Lourcine. Il s'agissait d'enfants nouveau-nés affectés de coryza et qui, tous les quatre, devaient le jour à des mères infectées de syphilis. Trois d'entic eux présentaient en môme temps sur le corps des signes de cette infection.

Coryza diphthéritique. Nous ne saurions mieux faire, pour donner une description exacte et complète du coryza diphthéritique, que de l'emprunter à l'excellent Traité de la diplithérie publié récemment par M. le docteur Sanné. L'enchifrènement accompagné d'un certaine rougeur de l'orifice des narines, dit cet auteur, forme un des premiers symptômes de cette affection. A très-court intervalle , sinon en même temps , on voit filtrer un écoulement nasal , séreux , muqueux, incolore, puis jaunâtre, assez souvent sanguinolent; il exhale une odeur spéciale, qui peut être très-fétide, mais qui n'est pas celle de la gangrène ni de l'ozène. Aune époque un peu plus avancée, des fragments de fausses membranes sont rendus dans les efforts que fait le malade pour se moucher. D'abord très-peu abondant, l'écoulement ne forme qu'un léger suintement; il consiste seulement en une goutte de sérosité claire que l'on fait sourdre en pressant la narine. Il augmente bientôt d'abondance et baigne la lèvre supérieure qu'il

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rougit, tumélie et corrode même quelquefois. Ce jetac/e a lieu d'un seul côté d'abord, puis de l'autre successivement et quelquclbis des deux côtes d'cmbldc. Les narines sont alors tapissées à l'inléiieur de fausses membranes blancbes, minces, résistantes au début, jaunâtres, brunes plus tard. L'examen avec le spéculum nasi peut montrer jusqu'à quel point les fosses nasales sont envabies. Souvent la fausse membrane déborde les narines et s'étend sur l'extrémité de la cloison ou s'étale même sur la lèvre supérieure. Les ailes du nez sont tiuuéliées; la rougeur, limitée dans le piincipe à leurs bords, monte et gagne le nez luimême dont la peau devient tendue, luisante, érysipélatcuse.

Par suite de cet engouement nasal, la respiration est bruyante, rondante, la parole est nasonnée; le malade respire la bouclie ouverte; les dents et les lèvres se dessèchent promptement et se recouvrent, par place, d'enduits épais, noirâtres et durcis.

A ces phénomènes morbides il faut joindre l'épistaxis, qui est un des accidents habituels du coryza dipbtiiéritique.

Il est rare que la diphthérie reste limitée aux fosses nasales. Tantôt elle s'étend dans le canal nasal et provoque un larmoiement abondant, puis elle traverse les points lacrymaux et s'épanouit sur la conjonctive. Tantôt elle gagne le pharynx et chemine par k trompe d'Eustache vers l'oreille moyenne, mais les parties pour lesquelles elle a le plus d'al'finité sont la gorge et le larynx.

Le coryza diplithéiili(|ue est en effet très-fré(jiieniment suivi d'angine et de croup, mais il n'est pas rare qu'il soit consécutif à l'angine ou qu'il se développe en même temps qu'elle. Enfin il coïncide souvent avec la formation de fausses membranes sur la peau, sur les organes génitaux, sur l'anus ou les lèvres et quelquefois dans les bronches, sans l'intermédiaire du larynx et de la trachée.

Les synq)tômes généraux qui accompagnent le coryza riipblbéritique sont ceux de la diphthérie infectieuse ou maligne. Cette localisation a été considérée à juste titre comme une des plus graves, une de celles qui caractérisent le mieux l'infection dipbtiiéritique.

CoRvzA rstUDO-MEMBRANEUx. Lc coryza paraît, dans certaines circonstances, s'accompagner de productions pseudo-membraneuses qui ne dépendent pas d'un état diphthéritique. Billard, llilliet et Barthez, Bouchut, dans leurs traités spéciaux sur les maladies des enfants, en ont cité des exemples. Notre savant collaborateur, M. Laboulbène, dans ses Recherches cliniques et anatomiques sur les affections pseudo-membraneuses , a étudié ces concrétions plastiques et il a constaté que leur aspect rappelant celui qu'il a décrit, pour le coryza diphthéritique, s'en distinguait cependant en ce que la pseudo-membrane, dans le coryza pseudo-membraneux simple, est plus baignée de liquide, moins blanche, plus jaunâtre. Elle reste, dit-il, limitée à quelques points de la muqueuse des fosses nasales, elle a bien moins de tendance à s'étendre et à gagner au loin ; elle offre souvent du sang exhalé à sa surface. Les concrétions membraniformes de ce genre de coryza présentent à l'examen microscopique une composition élémentane qui diffère de la pseudo-membrane du coryza diphthéritique par moins de fibrine et par une plus grande abondance de matière amorphe granuleuse et de globules purulents (leucocytes à noyaux et corps granuleux).

Le danger du coryza pseudo-membraneux simple ou non diphthéritique, chez les enfants très-jeunes, tient à l'obstacle que les concrétions apportent au passage de l'air et à l'impossibilité dans laquelle ces petits malades se trouvent de pouvoir respirer et prendre le sein.

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Coryza chronique. Nous avons dit que le coryza clironique succe'dait souvent au coryza aigu. Il s'établit cependant quelquefois d'emblée, c'est surtout le cas de ceux qui dépendent d'une cause diathésique. Jl y a lieu, en effet, de faire pour le coryza chronique, comme nous l'avons fait pour le coryza aigu, une distinction entre ceux qui sont idiopatliiques et simplement inflammatoires et ceux qui sont symptoniatiques d'un état diathésique ou secondaires et spécifiques. Parmi les diathèses qui peuvent donner lieu au coryza chronique, il faut citer eu première ligne la syphilis, la scrofule, le lymphalisme, surtout lorsqu'il s'associe à un certain degré de nervosisme, l'herpétisme, l'arthritisme, le farcin. Dans les coryzas chroniques secondaires, nous trouverons ceux qui reconnaissent pour origine la rougeole, la diphthérie, la lièvre typhoïde, etc. Nous aurons à considérer, en outre, à côté des coryzas de nature diathésique ou secondaires d'une affection spécifique, d'autres variétés tenant à des influences traumatiques ou à des lésions de voisinage, ou enfin à des causes diverses, que l'on pourrait grouper et résumer sous le nom de causes prol'e^^sionnelles : telles sont celles qui reconnaissent pour origine l'abus de la parole, du chant ou du cri en plein air, l'usage ou la fabrication de certains produits toxiques, tels que l'iode et les iodurcs, les bromures, etc.

Bien que dans toutes ces variétés il y ait toujours un certain nombre de phénomènes communs, comme il en est aussi de particuliers à chacune d'elles, et que l'abondance et la nature de la sécrétion morbide, notamment, varient suivant l'état diathésique, nous nous trouverons dans la nécessité, au lieu de faire une description générale, de procéder par espèces et de consacrer à chacune des principales d'entre elles une histoire particulière.

l" Corijza chronique, idiopalhiquc ou commun. Les symptômes du coryza chronique idiopathique, commun, sont : une gène notable de la respiration, de l'enchifrènemeut, le nasonnement de la voix, une céphalalgie plus ou moins intense, plus particulièrement localisée au niveau des sinus frontaux, du larmoiement, enfin une sécrétion des glandules piluitaires, dont la nature et la quantité varient beaucoup, suivant l'intensité de la phlegmasie, ses périodes, suivant aussi les sujets, enfin .suivant que l'affection comprend la totalité des cavités nasales ou une partie plus ou moins limitée seulement.

L'affection est-elle limitée aux fosses nasales antérieures, elle constitue le coryza chronique simple, dont toute la symptomatologie se réduit à peu près aux phénomènes énoncés plus haut : gêne habituelle de la respiration, enchifrènement, nasonnement de la voix et sécrétion muqueuse ; c'est surtout dans les caractères de cette sécrétion que consistent les différences et les variétés que présente le coryza chronique. Le li({uide qui s'écoule par les narines, le plus souvent avec abondance, est tantôt transparent, tantôt opaque, purifornie, parfois d'une couleur verdàtre. D'autres fois plus rare, le mucus qui s'écoule du nez se dessèche, dans ce cas, forme des croûtes i|ui encombrent et finissent par obstruer presque complètement les fosses nasales ; ces croûtes acquièrent quelquefois une ténacité telle qu'on a beaucoup de peine à les arracher. Dans quelques circonstances rares, elles acquièrent une telle densité qu'elles finissent par durcir et prendre uns véritable consistance pierreuse, ce qui leur a fait donner le nom de rhinolithes; c'est la forme sèche, plus commune généralement chez les adultes, tandis que la forme humide est plus commune chez les enlants et les adolescents. Dans un cas de coryza chronique simple de ce genre, M. Mascarel a constaté un symptôme important à signaler. Le malade étant obligé de res-

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pirer exclusivemoat par la bouclio, sa langue se desséchait, devenait coniine cornée, et au milieu de la nuit il était réveillé par le besoin d'humecter la langue avec de l'eau fraîche ; sans celle précaution il était pris de dyspnée et d'angoisse.

Dans cette variété du coryza chronique, la plus simple de toutes, on trouve ordinairement la membrane muqueuse de la cloison et des cornets injectée, vascularisée, quelquefois même variqueuse. Elle est d'un rouge-violacé, unilorme quelquefois, d'autres fois par place seulement. Dans la forme sèche elle est d'un rouge sombre. A une période plus avancée de la maladie, il n'est pas rare de trouver, au contraire, la membrane pituitaire pâle, décolorée, blanchâtre, mais épaisse, villeuse, comme boursouflée. Cet épaississement est quelquefois assez considérable pour diminuer sensiblement le calibre des fosses nasales. En général, dans le coryza clironique sinqde on ne ti'ouve jioint d'ulcérations. Dans quelques cas cependant, M. Duplay, en examinant attentivement à 1 aide du rhinoscope, a vu de petites érosions très-superticiclles qu'il présume avoir leur siège à l'embouchure des glandes.

Lorsque l'affection a pour siège exclusif la cavité pharvngo-nasale, ce qui constitue le coryza postérieur, les malades accusent généralement une sensation de sécheresse et de gène ou d'embarras au niveau de l'oi'ilice postérieur des fosses nasales, derrière le voile du palais. Les sécrétions morbides prennent plus naturellement leur cours par l'orilice postérieur dans le pharvnx : il on résulte un besoin fréquent dexpecloration, la(piel!e est souvent pénible, ditlicile et ne peut s'effectuer qu'à la suite d'eflorts de reniflements et comme par une sorte de râclement. M. Ch. Fauvel a mentionné un signe peu connu du coryza postérieur, c'est une douleur derrière la tète, au niveau de la ligne courbe inférieure de l'occipital, douleur s'étendant le long des muscles du cou et qui n'augmente pas à la pression. Enfin, on a signalé encore comme sym|)tôme propre de la forme sèche du coryza postérieur ou naso-pharyngion un sentiment d'angoisse extrême.

Dans celte localisation du coryza chronique la muqueuse est le siège d'hypertrophies glandulaires pouvant être limitées à l'un des points ou gagner toute l'étendue de la région pharvngo-nasale. Ces glandes hypertrophiées, d'une forme et d'un volume variables, sont grouj)ées d'une manière irrégulière.

Diagnostic. Le diagnostic pour le coryza chronique qui siège dans les fosses nasales antérieures ne présente aucune dil'ficullé. 11 n'en est pas de même pour celui qui siège dans les fosses nasales postérieures, et qu'il serait possible, par exemple, de confondre soil avec une angine glanduleuse avec laquelle elle a beaucoup de ressemblance symptomatique, soit avec une inflanunation des bourses séreuses sous-muqueuses assez nombreuses dans cette région. Mais l'examen rhinoscopique lève tous les doutes en faisant constaler la coloration, l'aspect tomenteux, granuleux, de la muqueuse, l'existence de produits de la sécrétion catarrhale et l'absence de toute autre lésion plus, profonde. Cependant il pourrait subsister quelques doutes à l'égard d'ulcérations siégeant au-dessous des cornets et qui pourraient échapper à l'exploration même la plus attentive. Mais d'après l'expérience que M. Duplay a acquise dans de fréquents examens de ce genre, les ulcérations des fosses nasales se développant presque à la surface extérieure des cornets et sur la cloison, on peut concluve presque constamment à coup sûr, de l'absence d'ulcérations sur ces points, qu'il n'en existe pas ailleurs.

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